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Ennemis d’État / Passé Colonial / Algérie / 1er Mai / Kanaky

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Transcription de l’émission

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Qu’avons-nous fait au poste ?
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Mitterrand nait, grandit sous la IIIe République, au moment où on apprend à l'école les tâches roses sur la carte de l’Empire, au moment ou tout le monde pense que l’empire va durer, perdurer, ad vitam æternam. Il est ébloui par l’exposition coloniale en 31. C’est un jeune adolescent. Il monte pour la première fois à Paris. Il est l’homme de son époque. L’exposition coloniale, le temps des colonies, la grandeur de la France, les taches roses, ça fait partie presque d’une certaine manière d’une vulgate que tout le monde partage. Puis après, c’est le président de gauche de la Vème République qui va totalement faire perdurer le système de la France-Afrique. Et puis tout ça se termine quelque part dans les ténèbres de l’histoire avec le Rwanda. C’est un parcours qui traverse un peu le siècle, puis qui questionne la gauche sur la manière de penser ses héritages et de penser d’une certaine manière l’Histoire impériale qui a été celle de la France dans ce siècle.
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L’affaire remonte à la nuit du 2 au 3 mars 1957 dans la casse-bas d’Alger, une vingtaine de parachutistes de plusieurs nationalités hollandais, allemands et français, conduits par un lieutenant grand, fort, blond ont déboulé dans au sept rue des Aboncérages, qui était le petit palais où habitaient plusieurs familles algériennes. C'était donc Jean-Marie Le Pen. La famille l’a reconnue ensuite. Grâce à sa photo dans les journaux, quelques semaines plus tard, quand il a été décoré par Massu. Et donc cette nuit-là, il a interrogé Ahmed Moulai, ce père de six enfants, et le papa n’a pas parlé, malgré le supplice de l’eau, devant les six enfants devant la maman qui tenait encore dans les bras sa dernière année de cinq mois Nassima qu’elle nourrissait au sein. Ça a été le supplice de l’eau, puis le supplice de l'électricité et à la fin une rafale de mitraillettes en pleine poitrine et sur le visage pour faire croire qu’ils s'étaient enfuis. C'était donc même pas dans le dos. Et le lendemain matin, le jeune garçon, l’aîné des enfants, 12 ans, a trouvé dans le couloir une ceinture. Un ceinturon sur lequel était accroché un poignard et il m’a toujours dit qu’il ne savait pas pourquoi instinctivement il s’est dit c’est important et il l’a caché dans le compteur électrique de la maison et quand moi j’ai retrouvé le poignards 40 ans plus tard quoi je suis pas sûre du chiffre bien le poignard il dormait depuis depuis toutes ces dizaines d’années dans le dans le l’armoire, le buffet de la salle à manger, des Moulet. Et il y avait une croix gammée dessus, qui était tombée à force d’avoir été manipulée par les enfants Moulet, mais on voyait encore distinctement le triangle swastika.
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Et vous madame, c’est votre 1er mai ? Oh non ! J’en ai déjà fait beaucoup beaucoup beaucoup ! Bon, et qu’est-ce que vous pensez de celui-là alors ? C’est une grosse manifestation cette année ! On en fait des manifs, vous dites pas ? Oh bah oui, j’avoue ! Ça a été la retraite, ça a été le salaire, ça a était les logements, ça à été les expulsions, c'était tout, tout, on continue notre combat !
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À partir du XV, XVI, XVIIe siècle, le but de ceux qui gouvernent, des souverains, c’est de sécuriser l'État, de protéger l’État. Protéger ceux qui gouvernent, les souverain, protéger le territoire, ne pas surtout perdre des petites parties de son territoire. Et puis protéger les institutions de l'état comme l’armée, par exemple, puis ensuite la police. Donc ce qui compte, c' est la protection de la chose publique, la sûreté de l'État et non pas la sécurité des personnes, la sûreté de L’état et ça c’est extrêmement important parce que c' est le début véritablement de la répression et puis la manière dont on va commencer à envisager ce qu’est l’appareil répressif, ce qu est punir, ce qui est jugé, ce est emprisonné etc. Qu’est-ce que c est l’extension du filet pénal ? À partir des années 70, 80 et 90, on va avoir une multiplication des infractions. On va créer de nouveaux délits, de nouveaux crimes qui n’existaient pas avant et qui vont conduire des gens en prison. Je prends un exemple volontairement pas provocateur, mais enfin.C’est le cas des délites routiers qui n’existaient pas avant et qui sont créés dans les années 70-90 et qui va massifier la population carcérale en tout cas massifier le nombre de gens qui peuvent être pris par l’appareil répressif. Et je donne un exemple dans mon livre, c’est celui de Tony Blair, dans les années 90, il va créer plus de 450 nouveaux délits. Ça veut dire que 450 comportements qui étaient légals, légaux, pardon, qui étaient possibles, légitimes, souhaits, deviennent illégales, illégaux, et donc sont passibles de répression. Mais il faut toujours un ennemi. Quelque chose a réprimé et donc on va focaliser sur de nouvelles figures, non plus l’ennemi politique, non plus de l’intérieur, mais la racaille. La racailles, les loups-bas, la vermine, enfin tout un tas de termes qui émergent véritablement milieu des années 70, fin des années 1970 et qui vont vraiment exploser dans les années 80. Et mon hypothèse est qu’il y a toujours besoin d’un ennemi ou de quelque chose d’où, par exemple, pour pouvoir parler si ça t’intéresse, Le cas du narcotrafic, il y a une focalisation tout à fait flagrante là des pouvoirs publics français et des ministres sur le narcotrafic, peut-être aussi parce qu’il y a moins d’attentats, moins de risques terroristes, etc. Michel Foucault disait si on faisait juger n’importe qui par une cour d’assise, c’est-à-dire par des citoyens, même un voleur de canard serait condamné à la peine de mort. C’est à peu près ce que disait Badinter pour justifier l’abolition de la peine-de-mort, il disait quand on met des jurés populaires, donc les citoyens sont plus répressifs, plus sévères, plus durs que les juges professionnels, c’est terrible de se dire que c’est la population elle-même qui peut être plus répressive et vouloir plus. Et c' est ça qui fait que la répression elle marche aussi. C' est parce que les politiques peuvent s' appuyer sur cette partie de la population qui non seulement réclame, mais parfois participe à la répression, les voisins vigilants, etc.
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Fred ! Fred, ça suffit ! Je filme ! Ça suffit. Ça suffit !
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Dans ton livre tu parles d’un racisme d’anéantissement.
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Oui, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Alban Bensa, l’anthropologue, qui a bossé sur ces questions-là, parce que, d’une part, il y a cette dépopulation dont on a parlé, et le choc épidémique est terriblement aggravé par ces spoliation foncière, l’enfermement dans les réserves, qui fait que des gens qui étaient des ennemis traditionnels se mettent à devoir se côtoyer, ce qui accentue la violence interne au monde kanak, etc. Et puis, il y avait cette croyance racialiste de l'époque, raciste, très développée, disant que la confrontation d’une race dominante et d’un race inférieure, c’est la disparition inexorable de la race inférieur qui allait de pair complètement avec le projet. Évidemment, le projet colonial de colonisation de peuplements, c'était de faire disparaître la présence autochtone. En fait, c' est bien plus simple. Et regarde, à New York, tu penses rarement, quand tu es à New-York, tu pensais rarement aux Amérindiens de New York. De fait, ils ont été nettoyés de Manhattan, nettoyé, entre guillemets, je veux dire. Et 99 % du temps, quand on pense ça à l’Amérique, aux États-Unis par exemple, ou par exemple à New York, on ne pense jamais à cette question-là. C’est-à-dire que ça a marché, ils ont été effacés, grosso modo. Donc le projet, c’est celui-là en Calédonie. Donc comme il y a ça, il y à la dépopulation, on a réussi à les repousser aux marches sociales et géographiques de la société coloniale qui se développe dans son coin, on s’intéresse pas du tout à ces gens-là et on attend finalement… Qui disparaissent, qui s'éteignent, ce qui n’a rien d’une calamité naturelle, mais c’est le résultat de choix politiques, comme ce sont éteints les aborigènes de Tasmanie-Voisine, et vraiment, les colons en Calédonie et les Kanaks regardent beaucoup sur ce qui se passe en Australie, dont on oublie l’importance du génocide aborigène. Schématiquement, l’idée qui est promue, c' est qu’il nous faudrait un territoire loin dans lequel on pourrait expulser les indésirables de la métropole. Et se faisant faire œuvre de colonisation en même temps, c’est-à-dire de faire d’une pierre de cou, se débarrasser ici de ceux qu’on n’aime pas et faire en sorte que là-bas ils deviennent des colons. Et c'était ce qu’ont fait les Anglais à partir de l’ouverture du bain de Botany Bay, qui deviendra Sydney en 1788. Et c’est vraiment un moment de basculement dans l’histoire coloniale du Pacifique où jusqu’alors il y avait des circulations, mais en fait là c’est l’implantation vraiment d’un fort et puis d’une ville et puis une société anglaise dans le Pacifique. Sur un projet de colonisation de peuplement, c’est-à-dire que les Anglais en Australie, comme les Français en Kanaki et en Calédonie, ne vont pas s’installer seulement pour exploiter les ressources, avoir des poids pour la marine, etc mais pour créer une nouvelle société blanche locale. Sur le modèle un peu de l’Amérique du Nord, par exemple, enfin des Amériques globalement. Et donc, l’idée particulière de l’Australie, suivie par les Français en Nouvelle-Calédonie 50 ans plus tard, c’est de bâtir cette nouvelle société des antipodes avec des forçats.

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