Et la République, bordel ? François Ruffin convoqué Au Poste
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Vous avez reçu le César du meilleur film documentaire pour Merci patron !
C’est du flan de dire que la loi se fait à l’Assemblée. Niel, Drahi, Bolloré, Bouygues, Lagardère et Arnault. Je pense qu’il faut penser que cette crise nous offre l’opportunité d’une transformation plus volontaire encore. Ne pas m’empêcher de pousser un cri d’amour. Alors Bernard, et notre objectif, c’est quand même de mordre. Ce n’est pas parce que c’est légal que ce n’est pas utile. Il y a des endroits où on va traînant les pieds et ce n’est pas le cas ici.
Bien sûr, j’ai mis ma petite cravate, bien sûr. Qu’est ce que vous croyez ? Pour les grandes occasions, petites cravates, mais quand même, il n’est pas évident. Il est chez lui, dans sa cuisine rouge.
Un jour, j’aurai un badge sur la plage.
Non, justement, je vais te demander s’il te plaît, peux-tu aller ouvrir le placard juste pour être bien sûr que ce n’est pas un four ou le frigo, ce n’est pas un verre. Voilà, voilà, c’est réalisé sans trucage, fait Au poste. On se tutoie. On va expliquer dans quelques instants pourquoi on se tutoie.
Parce que j’ai auditionné à l’Assemblée nationale, très officiellement dans une commission, dans ma commission d’enquête.
Absolument.
Donc
C’est pour ça, bien sûr, je m’en souviens. Et d’ailleurs tu en parles dans ce petit ouvrage qui est un prétexte. Que faire de la police ? François Ruffin. Vous êtes né le 18 octobre 1975 à Calais. Avec vous, on va parler de quelqu’un qui est très défavorablement connu de nos services. Bernard Squarcini : On va parler de Bernard Arnault, on va parler de Debout les Femmes. Peut-être du football, de votre travail à l’Assemblée de Jacques Brel et de la police. En 2003, vous avez sorti Les petits soldats du journalisme. En 2003, j'étais à Itélé. Je vous avais proposé, vous ne vous souvenez pas de ce que vous faisiez le malin. Vous aviez refusé. 20 ans plus tard, vous êtes au poste. Vous avez travaillé au Monde Diplomatique, à Fakir, à Acrimed, là bas, si j’y suis, en 2017, vous avez reçu Putain salaud, le César du meilleur film documentaire pour Merci patron ! En 2019, vous avez réalisé un tour de force avec Gilles Pérez. Je veux du soleil, espèce de documentaire d’urgence assez punk dans son montage bouleversant, avec une petite auto qu’on retrouve quelque temps plus tard dans Debout les femmes sorties.
Cette année, elle est morte la bagnole.
Celle qu’on voit dans Debout les femmes. Elle est morte. Eh bien, ça me rassure parce que je me disais qu’un député qui roule avec un truc qui ne passe pas au contrôle technique, ça ne marche pas.
Ça passait. Mais bon. Allez.
Je termine, j Entre-temps, Vous êtes député Picardie Debout, député de la Somme, proche de La France Insoumise 2015, vous avez réalisé la meilleure interview qui soit avec la plus grande personne qui soit, un dénommé Gramsci. Antonio est très défavorablement connu de service aux éditions Fakir. Avec lui, vous avez parlé d’hégémonie, de guerre, de position, d’intellectuel organique. Évidemment, cette interview est un faux. Mais le pire, le pire, monsieur Ruffin, c’est que nous, nos services, connaissons ce livre. Or, il n’y a rien dans votre fiche Wikipédia concernant ce livre.
Pourquoi ce n’est pas moi qui ai dit un jour ma fiche Wikipédia, Ce n’est pas moi qui l’ai créé et ce n’est pas mes collaborateurs qui se chargent de ça. Donc je crois que comme c’est libre d’accès, si vous voulez la compléter, puisque vous avez des fiches à jour, Monsieur Commissaire, vous pouvez aller compléter ma fiche Wikipédia.
Le vrai prétexte en réalité, c'était quand je. Quand je l’ai contacté, c'était à propos de LVMH, de Bernard Arnault et de la décision de justice qui t’a été faite d’une certaine manière, parce que c’est une forme d’affront. Est ce que tu peux nous rappeler de quoi il s’agit ?
Bon, on est dans un dossier qui, sur le fond, est assez comique quelque part puisqu’il s’agit d’un bonhomme qui se balade avec des tees shirt ad hoc Bernard, des allocs Bernard et même des tongs. Bonjour Bernard ! Donc pour Bernard Arnault, le patron du premier groupe de luxe au monde, LVMH et il se trouve qu’on me met sur le dos à l’occasion du tournage de Merci patron Bernard Squarcini, donc, qui est recruté par Bernard Arnault, qu’il y a une infiltration de Fakir, que moi je suis suivi, y compris un peu dans ma vie privée, et qu’il y a les forces de police qui gèrent à peu près autour de nous pendant le temps du tournage, ce qui nous nous amuse plutôt en vérité. Donc on découvre à posteriori où est ce que ça a été puisqu’il y a un article qui paraît dans la presse qui explique que le commissaire qui est quand même. C’est pour ça que je ne peux pas m’empêcher d’avoir de la sympathie pour ce dossier aussi. C’est que c’est lui qui me fait mon film. Le commissaire des Renseignements généraux, donc dans Merci Patron, qui s’appelle Jean-François Milon, et c’est Celui qu’on voit dans le film. Dans le film de Michel Audiard, il a des répliques, on les rêve, on n’arriverait pas à les écrire, nos mots. Et lui, il est comme ça. Donc il me fait mon film. Il se retrouve mis en examen à cause de moi parce que dans ses papiers missionnés par Bernard Squarcini, on voit qu’il y a eu, il y a eu qui sont venus fouiller les poubelles de Fakir et des choses comme ça. Donc ça part sur un dossier qui, sur le fond, est assez un peu burlesque, carnavalesque quoi. Et on se retrouve avec en face Bernard Squarcini qui lui, on l’entend dans Les Échos de Mediapart, puisqu'à l'époque il est sur écoute pour d’autres affaires. Bernard Squarcini, qui sollicite jusqu’au numéro deux du renseignement à l'Élysée le jeudi, le dirigeant de la préfecture de police et même les services de police belges, c’est Interpol, voyez, qui sont mis sur le dos pour choper nos photos, avoir un trombinoscope et avoir un suivi. Donc il y a une immense disproportion entre le petit groupe d’activistes et de journalistes qu’on est et les forces qui nous sont mises en place avec donc un gars du privé. Parce que Squarcini, à ce moment-là, est dans le privé, qui sollicite les services de l’État qui lui sont très largement fournis. Alors, ce n’est pas dans mon film et c’est dans les bonus de mon film, il me semble, à un moment où on voit Johanna qui travaille avec moi à cette époque là, qui va dans une boutique Dior avec sa copine Léa, donc ses deux filles, elles sont arrêtées par les Renseignements généraux. Derrière, il y a six cars de CRS et les renseignements généraux qui sortent un trombinoscope en disant Vous êtes là, vous êtes là, on sait qui vous êtes, on sait que vous venez d’Amiens, vous êtes surveillés. Et donc voilà, c’est quand même, c'était pour moi choquant quelque part que la police française se mette juste au service de la première fortune contre 16 %, à quoi bon ? Donc voilà, ça c’est le premier volet donc qui était le volet policier on va dire. Et donc suite à ça, on porte plainte à un juge. J’en fais pas une affaire d'état non plus, je n’ai pas envie de l’ordre dans tout aussi là, de me poser en victime terrible
Il me semble qu’au début tu ne dis rien.
Non, ce n’est pas moi qui sollicite le dossier, ça paraît dans la presse et je fais même assez peu de commentaires sur cette affaire. Je laisse, je la laisse suivre son cours.
Est ce qu’il n’y a pas quand même où va où va ? On va parler de la suite parce que c’est gravissime ce que tu viens de dire. Il y a un côté loufoque, grand guignol, pieds nickelés, etc. Mais c’est quand même gravissime, c’est à dire un ancien grand serviteur des renseignements, Bernard Squarcini. Tu ne l’as pas dit, mais c’est l’ancien patron de la série, la DST, RG fusionnées par Sarkozy, puis des gens ici qui ensuite montent sa boîte privée et qui travaillent pour l’homme le plus riche du monde. Ce que j’ai vérifié hier, Bernard Arnault aujourd’hui, c’est l’homme le plus riche. Au mois d’août, c'était l’homme le plus riche du monde. Est-il plus riche que Bezos ? Bon, est ce que quand même, entre vous, là, à Fakir, il n’y a pas un moment, au début, vous êtes un peu fier. Vous dites Putain, c’est quand même dingue.
Et tu dis moi, on est toujours Julien ? Je suis toujours fier. C’est pour ça que je viens de parler de ça ici avec fierté quand même. Face aux petits gars qu’on est de Picardie, il faut qu’ils viennent nous mettre un ancien Le squale puisque c’est comme ça qu’il était surnommé Squarcini et il allait recruter des services de police tout azimut pour arrêter trois activistes et finalement qui ne vont pas arrêter. Parce que la vérité, c’est que ma situation personnelle était simple d’un point de vue conjugal, j'étais seul chez moi. Bon, d’un point de vue salarial, ma situation, je n’avais pas de chef, on ne pouvait pas faire pression sur moi. Mais la vérité, c’est que la manière dont fonctionne Bernard Arnault depuis 30 ans, c’est que dès qu’il peut faire pression sur un journaliste par le biais de sa hiérarchie ou de lui sortir une affaire de maîtresse instituée, il y a un chantage qui s’exerce. Voyez, tu vois le truc, bien sûr. Donc bon, moi j’avais une tranquillité de ce côté là. Vraisemblablement, ils n’ont pas trouvé grand chose. Voilà. Si mon CV est passé dans les radars quand même de Squarcini et de dessous tous ces gugusses parce qu’il y a eu des sous traitants et des sous traitants à l’arrivée. Bon, ils n’ont pas trouvé trop de casseroles, sinon ça serait sorti dans les journaux quoi. On a une grande fierté, il n’y a pas de doute que toute l’histoire de Merci Patron est portée par moi et par l'équipe avec une immense fierté et jusqu'à ces déroulements judiciaires présents quoi.
Si j’ai bien compris tous les papiers que j’ai lus, notamment Mediapart qu’on salue, qui a bossé énormément là-dessus, un des objectifs, c'était de récupérer la copie du film avant qu’il sorte. C’est ça ?
Oui, c’est un des trucs quoi. Moi je pense que ça démontre quand même leur fragilité. Si on veut en tirer des leçons d’optimisme, c’est que voilà, il y a une quarantaine de bonhommes qui se mettent en branle et ça fait paniquer Bernard Arnault Parce que c’est comme ça que ça, on l’entend dans les écoutes. Franchement, moi ce que je regrette, c’est que les écoutes de Squarcini, elles s’arrêtent au moment de notre défaite qui est en fait le tout début du film et qu’on n’a pas la suite. Qu’ensuite il est plus sur écoute, Parce que sinon, je faisais un deuxième film qui était Merci patron numéro deux avec la même histoire mais vu de leur point de vue, tu vois. Et ça se voit parce qu’il y a des moments qui sont trop drôles. Il y a un moment où je me présente à l’entrée du siège de LVMH, donc avec des caméras derrière et on vient proposer un mug à Claude Bernard, les tongs à Bernard, toute la collection, tu vois. Et il y a le vigile à l’entrée qui dit bon, d’habitude on laisse entrer personne, mais nous on monte, on se présente comme étant des étudiants en école de commerce. Tu vois un projet créatif ? Et donc dit Bon allez, vous allez faire saint Paul, je vous laisse entrer, Ils nous laissent rentrer et là on entre dans le hall. Malheureusement, il fait couper les caméras mais on entre dans le hall. Et qui ? Je vois, tu vois là coïncidence ? Bernard Arnault Alors là quand même, je ne peux pas m’empêcher de pousser un cri d’amour. Alors Bernard, tu vois donc, Monsieur Arnault, et je cours comme ça, où ? Bernard dans une scène, tu vois, tu crois être dans un dessin animé Tati sur un tapis roulant, je sais plus trop. Je cours comme ça et j’arrive tout de Dubois à lui tendre un œil qui l’attrape, tout surpris, sans comprendre ce qui lui arrive. Et à ce moment là, je suis bien heureux. Plus saisi par le milieu et embarqué en marche arrière. Et à la sortie, le mec qui m’a dit je te préviens, si je suis viré, je te retrouve, tu ne tapes pas, tes enfants. Bon, là c'était moins drôle.
Ah ouais ?
Ça se traduit dans les écoutes de Squarcini avec la secrétaire de Bernard Arnault qui dit Bon, monsieur Squarcini, est ce que vous ne pourriez pas nous installer un bouton anti panique ? Parce que là, il y a quelque chose qui vient de se passer. Les gens de Fakir qui sont arrivés au siège de LVMH, Monsieur Arnaud, étaient là. Alors là, vous savez, j’imagine la catastrophe. Et en plus ils étaient avec Philippe de Rothschild. Bon, ça va, qu’est ce a compté dans le tout Paris, tu vois ? Donc c’est quand même voilà, moi ça me fait je ne. Je ne peux pas m’empêcher, je suis là pour ne pas m’ennuyer dans la vie. Si tu veux, j’ai la fantaisie de mettre dans ma bulle qui. C’est toute cette histoire-là, même avec ces développements policiers judiciaires. Pour moi, il y a de la fantaisie à l’intérieur.
Alors on va parler du développement judiciaire qui lui, pour le coup, je trouve, est très grave. Là, il y a pu en mettre trop.
On va trouver moyen de rigoler quand même.
Oui, bien sûr, bien sûr. Est ce que l’on sait si Squarcini a surveillé d’autres journalistes ou d’autres personnes ? Pour Bernard Arnault ?
Alors soit signer, je ne sais pas. Ce que je sais moi, c’est que pendant cette histoire là, j'étais en relation avec Tristan ou Alex qui travaillait il me semble, pour un complément d’enquête. Ils ont subi une immense pression de Bernard Arnault très directement et des services de Bernard Arnault. Mais là, ça n’a pas fait de cadeau. Parce que Benoît Duquesne, il avait une hiérarchie, parce qu’il avait une femme, parce que voilà, des tas de trucs. Dans le bouquin de Rivoire, on voit qu’une journaliste de l’AFP, c’est la même chose s’est produite. Mais même Bernard Arnault, il posait des micros pour voir que ce sont des jeunes dire ah pis parce que moi, j’espère avoir un jour à poser indirectement avec Bernard Arnault. Donc pour moi ce sont des voyous. C’est une bande de voyous issus des années 80 qui faisaient des affaires façon Tapie et compagnie à tous les Bolloré machin. Ils ont employé des méthodes de voyous qui consistaient entre autres à surveiller, à poser des micros chez leurs concurrents. C’est pour cela qu’en août, à la barre, le procureur et les bombes. À toute façon, on ne va pas tout condamner, Monsieur Arnault, Il n’y a pas besoin d’avoir de peine, de vraies sanctions, parce que bon, il ne risque pas de faire de récidive. Ce n’est pas vrai, ça fait 30 ans qu’ils récidivent. Donc si tu veux, moi je trouve que mon histoire c’est un peu Al Capone arrêté pour fraude fiscale. C’est à dire que c’est parce qu’il y a plus grave dans sa carrière, mais si c’est par là qu’on va l’arrêter, je prends, tu vois ?
Bien sûr. Alors j’ai montré le livre de Rivoire dont tu viens de parler à l’Élysée et les oligarques contre l’info Squarcini. Rapidos, je le raconte dans le bouquin que j’avais fait sur l’affaire dite de Tarnac. Tarnac magasin général. Moi j’avais rencontré Squarcini à l'époque où il était grand patron de la Syrie et un jour, je me permets de lui dire ça ne marche pas très bien parce que je voyais que dans les PV de synthèse sur les surveillances des gars et des filles de Tarnac, c'était un peu merdique leur truc. Et là, Squarcini, qui est quand même plein de faconde, me dit ah mais si vous voulez, monsieur Dufresne, je vais mettre des balises sur votre moto et je prends ça à la rigolade en me disant mais bon, c’est quoi ? Et après, dix ans plus tard, quand je vois ce qui t’arrive, je ne pense absolument pas avoir eu de balise. Ce que je veux dire c’est que oui, sous le ton de l’humour, ça peut se transformer en réalité. C’est-à dire ? Bah oui, un documentariste, un journaliste, on peut le suivre, on peut le surveiller, on peut chercher des trucs, on peut. Et ça quand même, si c’est toi qui es député de la République, c’est un vrai problème quand même.
Je n'étais pas député au moment où tout ça, je le sais bien.
Non, non,
mais il y a et je le dis parce que comme si il n’avait pas déjà suffisamment de moyens de pression sur l’information pour en plus rajouter ça quoi. Mais tu sais, moi c’est pour ça que je veux déplacer le curseur. Où est le mal que Bernard Arnault ait du pognon ? Qui cherche à acheter les gens ? C’est normal, tu vois, je ne me fais pas d’illusions. Là où pour moi ça ne va pas, c’est quand l’État français, par sa police et par sa justice, se laisse acheter. Parce que là, la police française c’est un peu nous. Et la justice française, c’est un peu nous aussi. Tu comprends ce que je veux dire ?
Normalement, la police est un service public et la justice est rendue en notre nom. Donc c’est un peu nous voilà. Oui, oui, bien sûr.
Et donc si tu veux que Arnaud, il se croit tout permis, mais c’est une chose maintenant, c’est qu’il en passe pour lui rappeler qu’il est un citoyen et pas plus avec ses droits et ses devoirs de citoyen faisant passer les droits avant les devoirs. Mais voilà, tu vois cette complicité, elle se voit tellement dans d’autres moments. Quand tu vois François Hollande qui inaugure la fondation LVMH main dans la main avec Bernard Arnault et que sous les feux des projecteurs et tout ça alors que bon, l’homme qui fraude avec les paradis fiscaux, c’est Bernard Arnault, je vous rassure. Et donc c’est accepter cette complicité quand le chef de l’État se montre côte à côte avec l’homme le plus riche de France à cette occasion là en plus, un gars supposé être de gauche. Mais alors Macron qui est pire accroc, il vous fait toutes les semaines chez Bernard Arnault avant d'être élu président de la République. C’est à dire qu’il savait très bien que pour mener à bien une campagne électorale, il fallait qu’il ait Bernard Arnault dans son jeu et donc il allait bouffer en couple, Brigitte et Manu allaient bouffer avec Xavier Niel, Delphine Arnault et chez Bernard Cauchois. Mais une fois par semaine.
Et est ce que tu penses que parce que vous êtes des marioles, Apathie Ah, vous êtes des rigolos ! Est ce que tu penses qu’ils se sont aussi comportés avec une forme de légèreté étonnante ? Est ce que vous provoquez cette situation d’une certaine manière ? Est ce que votre état d’esprit provoque cette situation ?
Je pense. Moi, j’aime bien être pris pour un plouc. Tu sais, c’est Bourvil. Si on prend Popaul, Bourvil, t’as déjà gagné une partie parce que t’arrive en humour. Ma stratégie de journaliste a toujours été celle-là quand j'étais à la Bastille, j’y suis. Et puis on peut me prendre pour un con. Et mieux, c'était parce qu’on confie des choses à un con. On se comporte avec un con comme on ne ferait pas si on prenait le mec corse méfiant en disant mais tu oses ! Donc en effet, je ne pense que cette manière d'être et de faire fait qu’ils ont un peu joué le truc à la légère. Ils se sont pas dit en arrivant chez les clients qu’il allait y avoir des cons, étaient capables de faire comme Bernard Arnault et de troquer les micros. Dans les dents, les poupées de cire et les coussins avec des chats et les faux chats dessus.
Dernier point sur Squarcini dans les révélations faites par Mediapart l'été dernier je crois, je le remets dans le chat. Il y a donc ces conversations après ces écoutes téléphoniques où on entend Squarcini Et alors moi, j’aimerais avoir ton point de vue sur la manière de parler de Squarcini.
qui marque à quel point c’est un paillasson, quoi. Je veux dire, il est supposé représenter les services, il a été à la tête des services secrets français. Tu vois, parce que ce n’est pas ma spécialité. Moi, il arrive dans mon dossier alors que moi, ce qui m’intéresse, c’est Arnaud. Il est tout mouillé, le doigt en haut, il se couche et le lèche. Fouille, Tu te dis merde, un homme, ça ne va pas se comporter comme ça.
Tu permets que dans le PV d’audition je dise plutôt "Obséquieux plutôt.
Ah ben oui, carrément.
C’est ça le terme imminent.
Médicalement obséquieux, tu.
C’est incroyable. Moi je trouve ça incroyable, Arnaud.
Et puis il s’essuie les pieds dessus, il vient chercher son sucre quoi ? C’est terrible. C’est vrai que ce qui m’a le plus marqué dans les écoutes, moi aussi je me dis mince, mais alors comment il se comporte quand c’est Poutine en face ? Quand c’est Trump ? Quand c’est un tueur ?
Donc c’est à la fois mielleux, fielleux, obséquieux. C’est très étrange. Mi décembre, la justice dit Bon, on va passer une convention judiciaire d’intérêt public, nouveau concept qui vient du droit anglo saxon. LVMH va payer 10 millions d’euros d’amende. Et puis on parle plus de cette affaire.
Je vais contacter mon avocat, pardon, avocat, qui me dit bah voilà, demain en gros, ils veulent éteindre l’affaire ici. Tu sais, je ne savais même pas ce que c'était moi ce truc. Ben non, bien sûr. Bernard Arnault va donner 10 millions d’euros à l'État et ils seront sortis du dossier. Ce n’est pas possible que ça se passe comme ça. J’ai 12 h entre le moment où je suis prévenu et le moment où ça passe au tribunal. Et donc le tribunal, c’est un sketch parce que l’objectif c’est de ramener du fric le plus vite possible dans les caisses de l'État. Attendus, la juge lui a dit que ça permet une solution rapide et efficace. Faisons rentrer de l’argent dans les caisses de l'État. Attends, on te parle du fait qu’un mec a été espionné, que par ailleurs c’est un journaliste, que ça touche un peu au droit de la presse et ce à quoi pense l’État, c’est à dire bon moi ça permet de faire rentrer de l’argent vite dedans. Après le fait quand il y a eu espionnage, il y a eu infiltration, qu’il y a eu atteinte à la vie privée, quel. Qu’est ce que ça touche aux droits de la presse ? Tout ça on s’en fiche. On fait rentrer de l’argent, la caisse de l'État Vous n'êtes pas d’accord, monsieur ? On n’est pas c’est. Et alors ? Il faut voir. Bon, je ne vais pas m'étaler là dessus, mais la convention telle qu’elle est rédigée, tu vois très bien que c’est des services de communication de LVMH qui l’ont fait avec le ministère de la Justice, main dans la main, parce qu’on a presque l’impression que les coupables, à l’intérieur, c’est nous, c’est Fakir. On parle des agissements de Fakir. Alors j’ai regardé dans le dictionnaire et justement c’est le rangement que je pratique. Tandis que eux, c’est que des manquements. Nous, on a commis des agissements, mais eux ils ont des manquements. Et ensuite nous avons mené pendant plusieurs semaines des actions de déstabilisation qui ont eu lieu. Quand tu tapes déstabilisation sur Google, t’arrives au Niger ou au Mali, tu vas où ? À Bagdad ? Mais pas franchement en Picardie où en assemblée générale, on efface le rôle de Bernard Arnault et de LVMH puisque à un moment, c’est le numéro deux de LVMH, Pierre Godet, qui demande à Bergé, Bernard Squarcini d’infiltrer LVMH. Et ça, c’est l’absence de la de la CJ machin. Là, tout est euphémisé les concernant. On nous dit que les plus anciens sur les faits datent de 2018.
Donc les avocats de Bernard, de Bernard Arnault ont dit non mais c’est une vieille histoire. On a changé, le Directoire n’est plus le même, C’est des méthodes qu’on utilise, pas qu’on utilise plus. Bon, pourquoi pas le pardon, mais effectivement si ce n’est pas si bio que ça et c’est. Et cet argument, s’il est valable pour Arnaud, alors à ce moment-là, il devrait être valable pour tout le monde quoi.
Oui, et surtout, on a quand même affaire à un récidiviste, je le rappelle. Et bon, moi ce n’est pas parce qu’après on recrute un directeur en charge de l'éthique que. Ça efface le passé. Donc bon, là, en plus de ce qui est demandé, je vais rapporter ce qui était demandé au chiffre d’affaires de LVMH. C’est comme si Bah voilà, vous êtes poursuivis parce que vous avez espionné votre voisin pour des histoires de ce que vous voulez, de gonzesses, de PMU, de tout ce que vous voulez. À la fin, vous êtes poursuivis. Et en équivalent de votre salaire, c’est comme si vous posiez un billet 10 € sur la table du juge et vous disiez bon bah voilà, je vous donne 10 €, puis vous effacez le truc. Bon, moi tu vois, je ne peux pas m’empêcher de continuer à regarder ça avec un œil rigolard quoi. Il y a là le lien entre le fait que la justice se fait acheter officiellement. Là, elle est officiellement achetée. C’est super parce que d’habitude ça se passe un peu en loucedé, mais il y a des émotifs et tout ça. Là maintenant, j’attends quand même. Franchement, il y a le logo LVMH sur la tête, sur le sur la devanture du tribunal de Paris quoi. Donc c’est tellement franc du collier cette manière de faire acheter la justice que du coup, ça ouvre la possibilité à une critique sociale assez radicale.
Laquelle ?
Laquelle ? Le fait qu’on a une justice
De classe, être infiltrée par un espion pour le compte d’un milliardaire, est ce que c’est. Est ce que ce n’est pas le symptôme de notre temps ?
C’est déjà une médaille quand même. Je rajoute quand même avec la complicité de l'état, ça veut dire que on est dans un temps où les milliardaires qui au passage se sont enrichis de 86 % en France par temps de crise sanitaire. Les milliardaires ne supportent plus la critique. Le temps du libéralisme autoritaire, c’est le temps. Ils veulent avoir la mainmise sur les affaires. Emmanuel Macron est leur homme ? On danse dans cette histoire d’hier. Voilà un temps où il délègue plus. Il s’en charge un peu directement.
Si j’ai bien lu les compte rendus d’audience qui n'étaient pas très nombreux et c’est ça qui est aussi fou. C’est à dire que d’une certaine manière, le silence médiatique est quand même coupable autour de ça. J’ai cru comprendre qu'à l’audience, certains je ne sais pas si ce sont les si c’est le procureur ou les avocats de LVMH t’ont fait comprendre que finalement c'était dans la loi. Cette possibilité donc de tractations finalement très possibilités, très anglo-saxonnes. On vous donne du pognon. Enfin d’ailleurs ce n’est pas à toi qu’on donne le pognon. Il faudra préciser.
C’est parce qu’il y a des gens à une des titres dans Le Point et Picard en disant voilà le Ruffin pas content 10 millions d’euros de LVMH pour la paire, les gens disaient que j’avais reçu millions d’euros. Bon an, je ne serais pas content, mais quand même, là. Vous continuerez à me dire que sur le principe, les principes sont violés et tout ça,. Un financement, la presse alternative.
Ce serait pas mal, ce serait pas mal. Donc si j’ai bien compris, des comptes rendus d’audience, certains ont dit Mais attendez, monsieur le député, puisque tu es député à ce moment là, finalement, nous ne faisons qu’appliquer que des lois qui ont été votées par les députés.
D’abord, on va mener une analyse juridique. Je veux dire, là, moi, je n’ai pas dit mon dernier mot dans cette histoire. Donc, on va mener une analyse juridique. On sait que la CJUE, donc elle est née sous François Hollande et elle n’est pas née pour ce type de dossier du tout, hein, Elle est née pour des dossiers de corruption de firmes. Et là, on est dans de l’espionnage, dans une atteinte à la vie privée, au droit de la presse. Bref, là on a une extension qui va à mon avis, très, très en dehors de ce pourquoi la loi est faite. Maintenant, c’est évident qu’on a une loi qui, sur la fin de Hollande et puis révisée en décembre 2020 sous Macron, a été une loi pour blanchir les délits financiers, pour atténuer tout ce qui est de l’ordre du délit financier. Donc je ne peux pas contester que la loi, elle, soit faite pour blanchir ce type de texte. Je pense que là on va démontrer que ce n’est pas fait du tout pour eux, pour nos histoires quoi. Nos histoires, c’est quand même du droit pénal et ça doit pouvoir être jugé devant une cour, un tribunal correctionnel, voilà quoi, ça ne m’empêcherait pas de toute façon de ne pas être d’accord, quand bien même ça serait dans la loi il y a un tas de lois que je ne trouve pas bien faites et ça ce n’est pas parce que c’est légal que c’est légitime.
Ah ça c’est toute la question. Est ce qu’on peut encore dire que les journalistes ont une liberté d’expression dans ce pays ?
Je pense qu’il y a plus de liberté aujourd’hui qu’il y a 30 ans. Mo C’est à dire que je pense que quand je lance Fakir, donc la fin des années 90, c’est un moment où c’est dur de faire exister un espace à soi parce qu’il faut du papier, il faut de la logistique, il faut de l’argent un peu pour faire ça. Bon, c’est compliqué aujourd’hui, tu vois tout ce que tu peux toi, là, tu as ton espace quand même un petit Après tu comprends que le business a son espace, Mediapart a son espace, donc des zones de respiration pour les journalistes, il en existe pour moi infiniment plus aujourd’hui qu’il y a il y a 20 ans. Traité punk que tu es peut être. Même si je pense que je pratique le journalisme punk sans avoir été punk musicalement. Mais je pense qu’il y a un côté punk qui peut exister davantage aujourd’hui que quand c’est le sentiment d’une chape de plomb entre Le Monde, Le Parisien, France info, l’AFP, France 2, France Télévisions, TF1 et qu’il n’y avait pas grand chose qui bougeait en dehors de ça. Donc je pense qu’aujourd’hui, il y a possibilité pour des aventures journalistiques. La question se pose plus sur la réception, on arrive à toucher, comment on arrive à faire bouger le pays. C’est à dire qu’au fond on a notre niche, mais une niche, Pour moi ce n’est pas très positif parce que le chien à l’intérieur de la niche, il a son collier autour du cou et la seule. Donc il peut aboyer, mais fort. Et notre objectif, c’est quand même de mordre. Et donc la question se pose -2 points de mon point de vue. De par là la création de trouver des informations que par auprès de qui on peut le répercuter. Est ce qu’on arrive à toucher les masses, le peuple, les gens en pâture ? Et qu’est ce qu’on arrive à bouger dans la société ?
M. Bernard Arnault, c’est aussi un groupe de presse. C’est aussi Le Parisien. Est ce que ça quel lien tu du tu tisses entre ce qui t’est arrivé, ce qui est arrivé à Fakir et ce milliardaire qui aussi fait partie de ces milliardaires qui possèdent 90 % de la presse nationale on va dire.
Il est évident que Bernard Arnault a tout à fait confiance en la conscience. Pardon ? Et les deux d’ailleurs, que posséder un groupe de presse est un instrument de pouvoir, est un pouvoir sur l’opinion. Est ce que c’est le titre d’un des journaux ? Qui le possède ? Qui le soutient ? Ça, c’est clair. Et quand on regarde l'élection d’Emmanuel Macron, il est très net que le grand séducteur qu’il est voit les points névralgiques du capitalisme français, qu’il faut aller, avec qui il faut le sympathisé pour pouvoir être candidat légitime. Et il va réussir plus qu’une quinte royal Macron puisqu’il va se mettre dans la poche Niel, Drahi, Bolloré, Bouygues, Lagardère et Arnault, ça lui permet d’avoir une résonance dans l’opinion qui n’est pas proportionnée à la place qu’il occupe. Il n’y a pas de partis institués. Donc moi, il y a de plus qui m’amuse. Je fais l’objet par Le Parisien et les échos d’une censure qui est comique au moment de Merci patron. Donc au moins ils ne vont pas parler du film. Ensuite, quand il y a eu La Nuit Debout, c’est devenu un peu plus problématique de ne pas en parler. Donc il y a eu un papier sur Merci Patron qui a été le point de lancement de Nuit Debout, mais ils ont réussi à écrire le papier sans écrire. François Ruffin Je pense qu’il y a une forme de lipogramme à la Georges Perec qui écrivait un bouquin La Disparition.
Bien sûr, avec son analyse
Et donc après il y a eu un épisode. Par exemple, quand je suis entré à l’Assemblée nationale, il y a un chroniqueur mathématicien qui écrivait dans Les Echos qui s’appelle Michel Broué. Je cite son nom parce qu’il y a autre chose que des crapules dans ce monde. Et donc il faut qu’on se souvienne aussi du nom des gentils ou des justes. Quoi ? Qui écrit un papier pour dire voilà, Bon, il faut que l’Assemblée nationale permette à Thierry Villani de rentrer avec son araignée, là, tu sais. Et à François Ruffin d’entrer dans les hémicycles sans cravate et dans les échos, sans qu’on lui dise. On a goûté, enfin sans cravate. Et donc le gars qui dit ce n’est pas le contrat auquel je me suis engagé avec Les Echos, vous devez publier tout ce que j'écris et ne pas me censurer. Et si vous me censurez, vous devez me le dire avant, je démissionne. Et le gars, il a quitté, il a abandonné sa chronique parce qu’on l’avait censuré de cette manière là. Donc voilà. Mais tout ça, ce sont des épisodes que je trouve assez comiques pour raconter l’autre.
En tant que député, est-ce que tu penses que la mainmise des milliardaires entrave votre travail d’une manière générale ? Est ce que tu penses que la législation est difficile ?
Il est difficile de ne pas avoir dans un coin de sa tête quand on va se mettre à critiquer les milliardaires français, les montages qu’ils peuvent faire dans les paradis fiscaux, tu vois qui va venir mettre sur la table franchement les montages de Drahi ? En se disant que derrière c’est quoi ? Qu’est ce qui va nous arriver ? BFM et RMC, tu comprends ce que je veux dire ? Donc il est évident que ça provoque une autocensure sur un certain nombre de dossiers qu’on va pouvoir poser de manière générale sans doute. C’est pas bien, la défiscalisation, ce n’est pas bien et tout ça, mais on ne va pas nommer les dossiers, les gens, qu’est ce qui se passe ? Il est évident que pour moi, il y a une autocensure qui s’exerce dans le monde politique parce que qu’est ce qui va m’arriver médiatiquement ensuite ?
Où est ce que tu t’informes, toi, à part les collaborateurs etc.
Mais je veux dire, je pense que des masses, moi, je lis beaucoup de livres, je suis resté à l’ancienne moi même, j’ai du mal à lire un journal tous les jours. En revanche, tu vois, je viens de terminer le bouquin d’Eric Guyard sur la guerre d’Indochine. C’est bête parce que bon, c’est 60 ans en arrière, mais ceci dit, par exemple, la description qu’il fait de l’Assemblée nationale du temps de la guerre d’Indochine, mais d’avoir ce qu’est l’Assemblée nationale aujourd’hui, avoir un temps de recul là dessus. Donc je lis ou je lis au moins un livre par semaine. Je te dis ça parce que c’est comment ne pas sombrer dans le crétinisme parlementaire qui est quand même une machine ? D’autant plus que le temps des réseaux sociaux a été aspiré par les Twitter, les Facebook, les machins, le truc, un truc d’immédiateté qui fait que t’y penses plus quoi. Et je pense enfin je pense qu’il faut penser.
Eric Guyard est probablement un des plus grands écrivains actuels. Je trouve que tu parles d’assemblée, de Twitch, etc. Il se trouve que nous ici au poste, on aime bien vous regarder, on aime bien faire le contrôle citoyen si tu veux. Donc on regarde beaucoup vos débats. Je crois que tu es au courant puisqu’il y a notamment un dénommé Bernalicis, Ugo, qui vient très souvent dans le tchat sur la loi sécurité globale. Voilà, tu parles un ministre de l’intérieur et tu lui dis vous avez l’obsession du contrôle et Papy VX te demande est ce que tu penses que l’obsession du contrôle par le gouvernement que tu as fustigé est le marqueur d’une nouvelle guerre des classes déclarée par la classe dominante envers les travailleurs ? Il est 9 h 41.
D’abord, l’obsession de contrôle. On la voit même par temps de coronavirus, puisqu’on a l’impression qu’on va pouvoir demander ses papiers au commissariat et que c’est comme ça qu’on va le chasser. La prise sur le sanitaire, c’est du volet policier aussi. Et le gros problème, ça serait le problème des faux pass sanitaire que les gens utiliseraient. Et donc il va falloir que tous les restaurateurs puissent à la fois contrôler le pass et contrôler les papiers d’identité. Bref, une phrase marquante du moment pour moi, c’est celle de Cédric KO, secrétaire d'État au numérique. Cette crise nous offre l’opportunité d’une transformation plus volontaire encore. Mais que veulent-ils ? Il est évident que ce qu’ils veulent, c’est à la fois un usage accru du numérique. C’est quand même la Start up nation alliée à un contrôle social renforcé, même si on peut le dire comme ça. Gramsci Donc c’est un peu compliqué de lire Gramsci pour deux raisons. D’abord parce qu’il était compliqué, le bonhomme, mais aussi tu sais qu’il écrivait quand il était en prison et il fallait que ses papiers passent entre les mains des geôliers et donc qu’ensuite il accepte de ne pas les censurer. Donc tout est un peu codé à la place de dire Marx, par exemple, est l’inventeur de la dialectique du prolétariat. Enfin il trouve des périphrases comme ça. Donc là je lis la phrase et puis ensuite on en discute. La crise moderne est liée à ce que l’on appelle crise d’autorité. Si la classe dominante a perdu le consentement, c’est à dire si elle n’est plus dirigeante, mais seulement dominante et seulement détentrice d’une pure force de coercition, cela signifie précisément que les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles, qu’elles ne croient plus à ce en quoi elle croyait auparavant. Vraiment, c’est ma citation clé, parce que je pense qu’on vit ce temps-là, qu’il y a un temps de détachement. L’idéologie dominante, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les mots de croissance, concurrence, mondialisation qui faisait le fond de commerce des dominants depuis 30 ans maintenant, ces mots-là sont usés, ils font plus envie. La mondialisation, plus personne peut la prétendre heureuse, tu comprends ? Et donc ça veut dire les masses, elles envoient plus de ça. Au fond, il y a un détachement des masses de cette idéologie là et résultat, qu’est ce qu’il faut qu’ils fassent ? Il faut qu’ils renforcent leur force de coercition, c’est la police. Et donc je pense qu’on vit ce temps-là que parce que les masses sont en train de s'échapper, on peut en avoir des gros symptômes de cette de cet échappement des masses. C’est le traité constitutionnel européen en 2005 qui pour moi est un gros marqueur. C’est une victoire et pour la maintenir dans nos têtes, c’est Nuit debout et pour on va dire les éduqués de centre ville, c’est les jeunes pour les classes populaires rurales, enfin tu vois. Et donc on vit un moment de détachement de cette idée aux yeux du monde qu’on peut voir sur d’autres trucs. Quand on demande aux Français de quelle maison vous rêvez, il y en a très peu, C’est 15 % je crois, qui disent moi, je veux plus de technologie. La masse des gens me disent je veux un jardin, je veux un cocon familial. Et pourtant, que va vouloir le pouvoir ? C’est nous imposer dans notre intimité de plus en plus de technologie. Quand on demande aux gens s’ils veulent ralentir ou accélérer la masse des gens, 55 % répond que le monde va trop vite et qu’ils veulent très massivement ralentir. Et pourtant, quel est le mot d’ordre du pouvoir ? C’est accélérer, accélérer On voit comme ça qu’il y a une tension entre au fond le désir profond des gens, mais dont ils ne sont pas pleinement conscients. Et je pense que l’un des travaux politiques qu’on a menés, c’est de rendre les gens conscients du désir qu’ils ont, mais qu’ils ne peuvent pas désirer quelque part. Et ça, ça vient en tension énorme avec l’objectif de l’oligarchie qui veut nous faire marcher dans le même système. Tu vois ? Donc, et je pense que c’est pour ça que, autant à travers la crise des gilets jaunes notamment, il y a le bras de la police qui est ainsi apparu au premier plan.
Alors justement, c’est l’objet, le deuxième objet de ta convocation ici et ce petit livre, Que faire de la police qui est en fait le résultat d’une commission des lois que tu avais menée ? Tu étais rapporteur sur les techniques d’immobilisation policières. Bon, c’est à cette occasion que tu m’avais entendu officiellement d’ailleurs, tu pas l’air d'être très content de ce que je t’avais raconté. Je suis sorti, je me suis. Tu as beaucoup noté ? Tu n’avais pas l’air très enthousiaste. C’est bizarre, mais ce n’est pas grave.
T’inquiète, c’est peut être parce que bon. Et il faut voir qu’on a des rôles et des costumes différents. La. Je suis rapporteur à l’intérieur de l’Assemblée nationale avec un administrateur, possiblement sous le regard de deux députés de la majorité conventionnelle.
Bien sûr.
Je ne vais pas...
Tu ne vas pas sauter au plafond.
Je ne vais pas m’exprimer évidemment de la même manière, mais voilà. Et je suis plus en position d’interroger. Et après c’est la question, c’est est ce que tu trouves que ce qu’on a de toi à l’intérieur ? Non, non Et alors ? Ou pas ? Tu comprends ?
Très fidèle. Mais ce n’est pas le sujet. En plus, il ne reste que quinze minutes. Moi ce qui m’intéresse plus, c’est ce que toi tu as ressenti. On est d’accord, on est en 2020. Tu es rapporteur de cette de cette proposition de loi qui d’ailleurs, je crois, n’est pas passée. En réalité, il n’y a pas eu de non.
Donc voilà, d’habitude, en fait, il n’y a pas de. Il n’y a pas de mystère à ça. Je ne me faisais pas d’illusions sur le plan législatif et je l’avais dit à mes concitoyens ici, dans la première circonscription de la Somme. Je leur avais dit Vous savez, ça va pas être Walt Disney. J’avais écrit dans ma profession de foi. Sans doute n’y aura pas une loi qui passera, et peut-être même pas un amendement, mais en revanche, je me tiendrai droit pour vous.Mais je veux. Ça veut dire que je distingue deux fonctions. Il y a une fonction qui est la fonction législative, et je pense que c’est du flan de dire que la loi se fait à l’Assemblée. La loi, elle est décidée à l'Élysée, elle est fabriquée dans les ministères techniques. Pratiquement, elle est enregistrée à l’Assemblée nationale. Il faut l’acter et passer à autre chose. Et en revanche, il y a une autre fonction qui est la fonction tribunitienne, qui est la fonction d’interpellation et qui, à mon avis, comme caisse de résonance, a mieux marché même que ce que j’espérais. Tu comprends ?
Mais bien sûr, bien sûr, bien sûr. Et ça, par exemple, tu le mesure comment ? Parfois vous dites aux Français qui nous regardent, etc. Ou aussi au doigt mouillé.
Moi, c’est les Français qui nous regardent, ceux qui me regardent sur ma page Facebook, qui me relaient sur Twitter. Qui c’est nos réseaux sociaux avant tout quand même. Et puis il y a des moments où ça perce complètement, tu vois, sur les femmes de ménage de l’Assemblée nationale, ça fait 10 millions de vues, c’est énorme. Et après, il y a autre chose, c’est que tu sors dans la rue et les gens parlent aussi quand même et ils te disent franchement ce que vous avez raconté sur Heureusement que vous étiez là. Souvent, c’est vous nous faites respirer et je pense qu’on peut contribuer à ça. Moi j’y vois un des trucs que j’aime bien comme terme pour me désigner représentant de la nation, ça me va. Pourquoi ? Parce que les plus invisibles de la nation, moi, ça fait 22 ans que je m’efforce de les représenter dans mon journal, de les représenter à la radio, de porter leur voix au cinéma. Et possiblement aussi, c’est finalement une autre qu’accorde à notre art. Il n’y a rien de plus à la tribune de l’Assemblée nationale, mais j’espère que voilà être un représentant de la nation et qu’il y a des pans du peuple qui se disent bah oui, Ruffin, il porte correctement ma voix et tu sais, ce n’est pas rien, hop.
Je te coupe le micro comme à l’assemblée. Top Top, top ! Et dans Debout les femmes, tu es dégoûté et tu dis Rejetées, rejetées, rejetées pendant des heures. J’entends ça, j’en ai plein le dos. Tu dis ça à Bruno Bonnell, qui est donc ton alter ego de La République en Marche, avec qui vous faites vous mener la bataille ? Comment on fait pour tenir ? Est ce que t’as pas l’impression de pisser dans un violon ? Qu’est ce qui fait que tu remontes ? Est ce que c’est l’ego, l’exaltation qu’on peut comprendre, le plaisir d’avoir le micro ? Est ce que votre façon d’empoigner le micro, d'être exulter, Enfin je veux dire, est ce que c’est ça ou c’est autre chose ?
En général, à 17 h l’après 12 h, dans un hémicycle qui est vide, je pense qu’il y a plein d’autres endroits où je me sentirais beaucoup plus exalté Si je me retrouve dans un amphi, devant des étudiants ou devant des militants, je me sens beaucoup plus exalté que à l’Assemblée nationale. Tu vois, je n’ai pas ça. Moi, je pense que c’est de mon pas. Ça fait 22 ans que je suis dans mon coin, en Picardie. Un tiers de pisser dans un violon, ce n’est pas mal non plus comme contrebasse. Non mais voilà. Donc je trouve que la taille du violon a augmenté. Je parle un peu moins dans le désert. Moi, mon objectif, c’est de franchir les barrières du ghetto, pas de sortir de la niche. Je pense que c’est un outil pour sortir de la niche, pour toucher davantage de gens qui marchent plutôt que tu vois. Donc voilà celle ci, en comparaison, de comprendre.
Comment on peut avoir l’esprit critique que tu as justement, que tu portes, etc. Et quand même pas se dire putain, ça fait cinq ans que je cours fabrique l’enfer dans lequel tout le monde est.
Point. D’abord, je n’ai pas le sentiment de fabriquer, moi de fabriquer. J’ai dit non, j’ai pas du tout le sentiment. Le co-fabriqué par moi, excuse moi, mais je le joue. Quels sont les textes pour lesquels j’ai voté pour ? Il n’y en a pas énormément quand même. Donc non.
Évidemment, je te provoque en disant ça. Dans Debout les femmes, il y a, il y a cette scène moi que j’ai, que j’adore tuer en commission des lois et ton projet de loi est adopté. Toi tu le votes pas parce que tu dis que vous l’avez complètement vidé de sa substance. Ce qui se passe quand même très régulièrement. Et là on a à côté, à côté de toi, on voit une dame, je crois que madame Bourguignon nous a quitté qui te méprise mais qui te méprise, qui méprise totalement et tu montes en colère, tu montes dans les tours comme tu sais faire. Et c’est là où je te dis Est ce que ta colère est saine ? Évidemment, mais est ce que à un moment donné, tu te dis pas Merde, c’est un jeu de dupes et je fais partie de ce jeu de dupes.
Où moi je ne pense pas. Tu vois, je pense que dans cette scène là et le ressenti des gens, c’est que j'étais méprisé et que au fond, c’est les femmes de ménage qui étaient méprisées aussi puisque c'était une proposition de Wauquiez qui tenait les femmes de ménage. Et qu’est ce que ça provoque ? Ça provoque de la révolte. Et donc si jamais l’autre mot que j’aime bien pour me définir, je ne sais pas si c’est vrai, mais je me pense être un animateur démocratique. Animateur ça veut dire réveiller les âmes, tu vois ? Et je pense que c’est comment on fait par des temps aussi calamiteux que ceux qu’on traverse pour maintenir la braise allumée quand même.C’est ça la question. Alors après, à ce moment là, si tu veux, là où je suis con, c’est que honnêtement, comme ça vient quinze jours après, les déclarations de Macron sur les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l’utilité commune et des tas de trucs comme ça. Il y a un moment où j’y ai cru si tu veux. J’ai cru que certes, y voterait pas mon truc tel quel, mais on arriverait à gratter quelque chose. Et là où là où je suis en colère, je suis en colère contre toi. Mais je suis aussi en colère contre moi parce que je me dis mais bon sang, t’es encore bien naïf mon gars.
Pas question sur la police. Tu as entendu parler des syndicats de police ? Tu as entendu des chercheurs, tu as entendu des journalistes ? Des avocats ? Au fond, qu’est ce que tu as retenu de tout ça.
Hein ? Le problème de la police, c’est qu’elle n’a pas de contrôle politique de mon point de vue aujourd’hui. C’est à dire qu’on est dans une forme d’autogestion délabrée où le politique n’ose pas dire à la police quel est le projet pour la police. Donc pour moi, je place le problème de la dégradation du service public, de la police et de tout ce qui lui arrive comme étant d’abord un problème du politique qui n’ose pas prendre les rennes. Et le dernier projet politique qu’il y a eu, c'était Sarkozy avec la politique du chiffre.Alors avant, on avait eu un projet avec la police du quotidien qu’on va dire de proximité. Aujourd’hui, par exemple, sous Macron, il n’y a eu aucun projet. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on est dans une forme de continuation de la politique du chiffre, mais en même temps faut pas faire de la politique. Donc les gars ils ne savent pas quel est le projet qui est porté par la police. Bon moi je sais ce que je réclame pour la police, c’est autour du bouquin de Sébastien Rocher qui m’apparaît assez convaincant sur la police de la confiance. Ce qu’on voit dans le bouquin de Rocher, c’est notamment que la France est l’un des pays qui fait le plus de contrôles d’identité et que par ailleurs, ce sont les contrôles d’identité qui sont les plus ciblés, notamment pour des raisons de racisme quoi,On va dire pas de contrôles au faciès. Donc bon. Moi je suis pour en terminer, la première mesure que je prendrais, c’est en terminer avec les contrôles d’identité. Je pense qu’on a le contrôle d’identité est inutile. Deuxième chose, je prends 30 secondes. David C’est la justice. Pour moi, il y a une responsabilité de la justice. C’est à dire que quand il y a des problèmes qui sont vus au niveau de la police, comment ça se fait que c’est jugé avec autant de clémence ? Donc, là c’est l’inceste police justice qui, au fond, rejoint le début de notre propos sur ce qu’on a dit sur l’affaire LVMH. Parce qu’il y a là un problème dans mon cas, dans mon petit cas, ce n’est pas tragique, tu vois, c’est pas la mort de Cédric Chouviat ce n’est pas fin, tu vois, c’est pas des tas d’autres trucs, c’est pas tous les gilets jaunes qui ont perdu un œil, qui ont perdu 1 à 1 main, c’est pas ça, mais c’est la complicité de l'état, la police, la justice et là la justice, normalement elle devrait venir, tu vois, David tu étais avec Mélanie qui s'était fait tabasser par un CRS en manif. Bah le jugement c’est une relaxe et le problème il est là quand la justice ne fait pas son boulot. Moi j’aurais. J’ai tendance à dire que le problème de la police, il y a un problème qui est policier, mais il y a un problème qui est du côté du politique et un problème qui est aussi du côté de la justice.
Je veux absolument qu’on en parle. Il nous reste trois minutes. Qu’est ce que tu aimes chez Brel ?
Je pense que c’est une forme d’envoûtement. J’aime le verbe de Brel et la manière dont il part. Il entraîne en soi. Il y a une transe pour moi et c’est ça que j’aime. Ben moi, j’aurais voulu être Brel. Je pense que Brel produit un envoûtement. Après c’est traumatisant je pense d'écouter Brel trop jeune avec les femmes. Comment veux-tu que ça se passe bien ?
Blabla Lo dit dans le chat c’est magnifique, Je pense qu’on peut arrêter avec ça. Elle dit J’ai accouché en écoutant Brel, mais le divin enfant, j’ai été avec vous.
Mon François, il est 10 h, tout le monde râle et moi le premier baiser c’est normal parce que c’est trop court. Tout le monde te remercie.
Lui disait tu me remercieras, tu me remercieras ? Mais il n’y en avait pas besoin. Quoi ? Parce que je suis ce que tu fais. Et puis j’aime bien toi. Voilà. Il y a des endroits où on va en traînant les pieds et ce n’est pas le cas ici.
Merci, Merci à toi. Tout le monde te remercie. On sera là. Merci Monsieur le député, à la prochaine ! Voilà, je te laisse vaquer à tes occupations et moi je vais rester qu’avec le monde qui est là, mais ça n’arrête pas. Alors là, vous vous abusez monsieur Ruffin Président, faut pas déconner. Merci et à très vite. Merci. A la fin, c’est nous qu’on va gagner, dit ainsi Ruffin.
Je reviendrai sur le truc police, parce que c’est quand même ta spécialité une autre fois.
Non mais parce que, notamment au début du bouquin, y a une forme d’autocritique que je trouve très intéressante sur pourquoi tu as mis tant de temps à t’intéresser à la police. Voilà. Mais on en reparle, voilà, on en reparlera.
Je ne promets rien.
Allez, à bientôt, bonne journée.Tu as arrêté tes conneries,à bientôt.
Salut !
Et voilà les amis. Bon sang, c'était bien. Enfin, je ne sais pas si vous avez aimé ?
Allo ? Bonjour Bernard, rebonjour, c’est Carine. Oui Bernard, on a reçu un courrier de Fakir. Tout commence le 6 mars.La secrétaire particulière de Bernard Arnault, appelle Bernard Squarcini qui vient d'être embauché à LVMH. Il y a de l’inquiétude dans l’air. Il y a un truc, je ne sais pas comment Monsieur Arnault s’est procuré, c’est un truc. On annonce clairement qu'à l’assemblée générale, ils vont faire le bazar. Je ne comprends pas qu’ils vont faire le relais parce que je vais vous montrer ce qui. Mais je vais vous le dire en vitesse. Vous avez rempli un papier il y a quelques semaines ou quelques mois pour adhérer à Si A.G. Et intervenir dans les assemblées générales d’actionnaires. Après, ils mettent les cibles. Le 18 avril, LVMH et le 10 avril, qu’est ce qu’il y a comme A.G. Il réagit à mon… non, non, pas à Montaigne. À quand celle du Louvre avec Carrousel du Louvre ? Ah ben c’est normal, je ne promets à personne. Il y a peut être 1000 personnes et c’est signé François Ruffin, PDG Fakir. Ils vendent aux gens en fait d’acheter une action pour pouvoir s’habiller, pour pouvoir s’introduire et faire le bazar. Mais là on va faire la liaison avec les RGPP pour qu’ils assurent un service, bon, mais vous me basculez tout ça ?Merci beaucoup. Merci Bernard.
