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Et si l’alimentation devenait un bien commun ? – Défense d’une révolution sociale

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Transcription de l’émission

Nora Bouazzouni
Bonjour, bonjour, bonsoir, bienvenue à tous et à toutes dans ce septième épisode de Bouffe de là. Je suis toujours Nora Bouazzouni et je suis toujours ravie de voir qu 'il y a autant de monde qui est là. Bonjour Euryale, bonjour Nayan qui est à la prod, bonjour Valeur Anarchiste, bonjour Glaudioman, bonjour RGZR7, bonjour NoKline, bonjour GhiMouz,, bonsoir les humains, bonjour les gens, bonjour aux gens dans le chat, n 'hésitez donc pas à réagir, à poser vos questions, à discuter entre vous aussi et n 'oubliez pas Pour qu’Au poste continue à proposer interviews et vidéos de qualité, il faut s 'adonner. Et oui, Pauline, pas s 'abonner, enfin si, abonnez -vous aussi, mais adonnez -vous. Adonnez des gens parce qu 'on est indépendants. Et comme je le dis à chaque fois, l 'indépendance, contrairement à la gentillesse, ça n 'est pas gratuit. Et abonnez -vous. Ce YouTube, c 'est nouveau. En fait, ça prend deux secondes et ça permet à Auposte de prétendre, j 'ai du mal, ce n 'est pas la fin de semaine, c 'est le début, à certaines aides financières. Donc n 'hésitez pas à vous abonner, ça prend vraiment deux secondes. On en parlait dans l 'épisode numéro 5 sur l 'insécurité alimentaire. Se nourrir, ce n 'est pas une question de disponibilité, mais d 'accès. On en a parlé avec Bénédicte Bonzi et Marie -Drique. La production alimentaire mondiale s 'accroît, mais la fin dans le monde aussi. Je me rappelle les chiffres. En France, entre 6 et 8 millions de personnes sont en insécurité alimentaire à peu près et 8 millions ont moins de 3 euros par jour pour se nourrir. 41 % des Français disent ne pas avoir les moyens financiers de consommer autant de fruits et de légumes frais qu 'ils et elles le souhaitent parce que ça coûte cher, en disant que les frais de légumes ont augmenté en moyenne de 40 %. C 'est trois fois plus que le niveau général des prix. Le problème, c 'est que les salaires stagnent, sauf que les charges sont incompressibles, elles augmentent et le prix de la nourriture aussi. Donc, l’alimentation est devenue la variable d 'ajustement. On le sait aussi, on l 'a déjà parlé dans l 'épisode que je citais, une nouvelle alimentation a des conséquences sociales mais aussi sanitaires sur la santé mentale, retard de croissance, obésité, diabète de type 2, maladie neuro -vasculaire, cancer… Selon l 'adresse, les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés à âge et sexe comparables, 2,2 fois plus de diabète et 2,2 fois plus de maladie du foie ou du pancréas. On a aussi parlé dans le dernier épisode de Bouffe de là, sur les colères paysannes, des problèmes structurels du modèle agricole en France et des difficultés énormes rencontrées par les paysans et les paysannes et toutes ça, des répercussions sur le système alimentaire. Mais comme pour le capitalisme, l 'impérialisme et le patriarcat, on nous dit que c 'est comme ça, on a toujours fait de cette manière et qu 'il n 'y a pas d 'alternative. Donc les gens qui voudraient changer le système seraient au mieux des utopistes, au pire de dangereux communistes comme nous tous dedans au poste et dans le tchat bande de communistes. C 'est sûrement ce qu 'ont entendu les premières personnes qui ont suggéré de créer une sécurité sociale de santé en France, qui a été unifiée après la Seconde Guerre mondiale par Ambroise Croizat. Et en 2018, un collectif pour l 'accès digne à l 'alimentation qui a été initié par le groupe ISF Agrista, c 'est les agricultures et souveraineté alimentaire d 'ingénieurs sans frontières qui ont été rejoints par Réseau Salariat et les CIVAM. Les CIVAM, c 'est les centres d 'initiative pour valoriser l 'agriculture et le milieu rural, mais aussi la Conf Paysanne et d 'autres organisations. Ils se sont demandés comment faire pour converger, faire converger ces luttes pour remettre de la démocratie dans nos assiettes, tout en transformant le système alimentaire. Et si on crée une sécurité sociale ? de l 'alimentation, une SSA, donc… Après cette longue intro, je n 'ai même plus de souffle. Avec moi pour en parler aujourd 'hui, j 'ai le plaisir de recevoir Pauline Scherrer. Salut, Pauline. Eh bien, bonjour. Vu qu 'on se connaît, on va tout faire, on va faire semblant. Tu es sociologue, t 'es intervenante en recherche -action et tu copilotes depuis deux ans la Caisse alimentaire commune de Montpellier, l 'une des trente et quelques expérimentations, on dira pourquoi on dit expérimentation après, de SSA qui ont cours en France en ce moment. Alors, avant d 'expliquer en quoi ça consiste la ÇA, Comment toi tu t 'es retrouvée à copiloter le projet et est -ce que tu connaissais déjà la SSA avant et comment tu l 'as connue ?
Pauline Scherer
Moi, comme t 'as dit, je suis sociologue intervenante. Donc ça fait une petite dizaine d 'années maintenant que je travaille sur les questions d 'inégalité sociale en matière d 'alimentation. Donc en gros, c 'est toutes les précarités qu 'on va retrouver dans le système alimentaire. Et notamment ce qu 'on appelle la précarité alimentaire, c 'est -à -dire que le fait qu 'on a une proportion de plus en plus importante de la population en France qui n 'arrive pas à se nourrir, qui n 'arrive pas à se nourrir en quantité, mais aussi et surtout peut -être aujourd 'hui en qualité. avec tous les effets négatifs que tu as que tu as dit. Donc voilà, ça fait un petit moment que je travaille là-dessus. Et comme qui dit recherche action, on dit que je travaille à partir de situations concrètes. On avait déjà travaillé avant avant de faire cette caisse alimentaire commune avec des associations d 'aide alimentaire, par exemple, qui commençaient un peu à se questionner sur ce système d 'aide et à en voir un peu les limites, les limites, on va dire, du dispositif. On avait travaillé aussi sur comment on peut créer des lieux. des lieux communs autour de l 'alimentation, des lieux citoyens, qui justement font un peu moins la différence entre les riches et les pauvres, cette idée de « il y a ceux qui aident, il y a ceux qui sont aidés », comme on revisite un peu tout ça. C 'est un peu moins stigmatisant. Voilà, et en fait finalement ce qui a attiré mon attention, c 'est ce qu 'on appelle la démocratie alimentaire, enfin l 'enjeu de démocratie alimentaire, parce qu 'il n 'y a pas de démocratie alimentaire aujourd 'hui. Et donc quand on dit démocratie alimentaire, il y a un peu deux aspects. Un premier aspect qui est très concret, en gros, c 'est toutes les initiatives que les habitants et les habitantes inventent depuis des dizaines d 'années pour essayer de se réapproprier leur alimentation face à un système qui est profondément injuste d 'ailleurs. Voilà ! qui est opaque aussi et qui a des effets extrêmement négatifs et qui finalement est piloté par des grands acteurs économiques de l 'industrie alimentaire notamment et donc qui créent des jardins partagés, des AMAP, des épiceries associatives, des supermarchés coopératifs, des systèmes d 'échanges, de troc, de récup, des groupements d 'achats, des cantines solidaires, voilà. Donc il y a un vrai mouvement qui existe depuis longtemps autour de ça. des groupements d 'achats. mais qui restent assez minoritaires, on va dire. C 'est la question des alternatives. Et puis, par ailleurs, en sociologie, en recherche, c 'est aussi un concept, la démocratie alimentaire, qui a été caractérisée notamment par un chercheur anglais qui s 'appelle Tim Lang. et qui a justement essayé de définir par ce terme ce qu 'il appelle une lutte titanesque entre la pression démocratique et la force du contrôle. C 'est un peu ce que je décrivais juste avant, c 'est -à -dire comment on peut, en tant qu 'habitant et habitante, se réapproprier cette question de l 'alimentation. C 'est avant tout une réflexion autour de cette question -là qui m 'a animée, on va dire, comment on fait de l 'alimentation un sujet de démocratie. Comment on constate que finalement, le fait qu 'on fasse tous et toutes, beaucoup, beaucoup nos courses dans les supermarchés, ce n 'est pas forcément un choix démocratique. Le fait d 'avoir toutes ces marques de yaourt, de jambon, ce n 'est pas forcément non plus un choix démocratique, ça ne l 'est pas, et ça nous est plutôt imposé par ce système du marché autour de l 'alimentation. Donc, comment faire de l 'alimentation une marchandise pas comme les autres, justement ? Alors, il y en a qui parlent de biens communs, enfin voilà, on pourrait se balader un peu dans les termes évocateurs. Et donc, c 'est un peu cette question -là qui m 'a animée, qui m 'occupe encore aujourd 'hui. Et en 2021, à cette époque -là, j 'accompagne un collectif d 'associations au niveau national qui veut faire du plaidoyer, justement, sur ce droit à l 'alimentation. C 'est quoi le plaidoyer ? Plaidoyer, ça veut dire revendiquer tout simplement, ça veut dire faire valoir des arguments notamment auprès des institutions, mais pas qu' auprès aussi des citoyens, du grand public, sur une idée, sur une cause. Et en gros là, la cause qu 'ils voulaient défendre, c 'était la cause du droit à l 'alimentation et de l 'accès de tous et toutes à une alimentation de qualité. Donc c 'est un peu avec ces assos -là qu 'on a commencé à travailler, à réfléchir. Et puis, dans le même temps, émergeait cette idée de sécurité sociale de l 'alimentation. Donc moi, je n 'étais pas à l 'initiative de cette réflexion, de cette idée. Elle a été portée, comme tu dis, par différentes organisations. Mais travaillant sur le sujet, assez vite, je m 'y suis intéressée. Et c 'est devenu une source d 'inspiration.
Nora Bouazzouni
Et alors comment t 'es arrivée avec cette casse alimentaire, avec ce projet ? Qui est venu te chercher ? Est -ce que toi t 'as été voir d 'autres expérimentations qui avaient cours avant, avant qu 'on rentre dans le sujet et que tu expliques en quoi ça consiste ? Est -ce que tu peux me raconter vraiment la jeunesse du…
Pauline Scherer
Pour nous, moi je suis à Montpellier, l 'expérimentation elle est à Montpellier. Il n 'y avait pas tant d 'expérimentations à ce moment -là, si ce n 'est une qui se lançait. Donc à Cadenet, dans le Vaucluse, avec l 'équipe de l 'association Au maquis, qui avait commencé à initier quelque chose. Et il se trouve qu 'on s 'est rencontré à ce moment -là et que moi je les avais un peu soutenus, accompagnés dans leurs réflexions pour essayer de faire naître un peu cette idée d 'expérimentation autour de la sécurité sociale de l 'alimentation. Mais je dirais que c 'est peut -être aussi et surtout des choses qu 'on faisait déjà sur Montpellier, notamment autour d 'une épicerie solidaire, associative, dans un quartier populaire, avec tout un collectif d 'habitants qu 'on avait commencé à initier depuis un petit moment. Et on commençait à tester un système de bons d 'achat solidaire à dépenser sur un marché, où il y a pas mal de producteurs, producteurs en direct, notamment bio, etc. Donc avec une cinquantaine de familles du quartier. Donc un peu déjà les prémices de cette idée que l 'on pouvait être solidaire dans le fait d 'accéder à une alimentation plus qualitative. Donc ce projet s 'appelle l 'Esperluette, c 'est un projet auquel je tiens beaucoup aussi, qui est vraiment un lieu de vie, un lieu citoyen dans un quartier de Montpellier, là où je vis d 'ailleurs. Il est où ? Il est dans le quartier de Celleneuve, voilà. Et c 'est tout un collectif d 'habitants qui s 'est mis en mouvement autour de cette idée du droit à l 'alimentation. mais aussi autour du lien social, je dirais, tout simplement, de l 'entraide, de la solidarité, de ce qui nous réunit, de ce qui nous rassemble malgré la diversité, et tant mieux qu 'elle soit là. Donc je pense que c 'est né aussi beaucoup de ça et d 'autres activités qu 'il y avait sur Montpellier. Il y avait un supermarché, il y avait toujours un supermarché coopératif, une association de paysans, etc. Et un peu le sentiment, enfin le désir en tout cas, qu 'on a essayé d 'initier avec mon camarade, donc Marco Locuratolo, qui travaille à Fédération Régionale des Cimes, que tu as cité tout à l 'heure, de dire comment on va plus loin que ce qu 'on fait déjà. Comment on va plus loin que nos actions qui sont certes hyper importantes, hyper nécessaires, mais qui butent tout le temps, un peu comme on dit le plafond de verre des alternatives, on a du mal à aller plus loin, à embarquer plus de monde. On a parfois du mal à dépasser aussi un peu ces appartenances sociales. Voilà, bobo écolo, quartier populaire, comment ça crée du lien, comment on ne reproduit pas, des rapports de classe. Voilà, on avait vraiment ce désir de se questionner ensemble. Et c 'est vrai que l 'idée de sécurité sociale d 'alimentation, elle est arrivée à ce moment -là comme une inspiration hyper forte, parce que très politique. Et donc qui pouvait commencer à nous faire réfléchir un peu différemment que ce qu 'on avait fait jusque -là.
Nora Bouazzouni
Alors, c 'est quoi ? En quoi ça consiste ? Tu sais que je le sais, voilà, je vais faire semblant, évidemment, je connais bien le sujet, sinon je ne m 'intéresserai pas à ce point -là. On s 'est rencontrés comme ça. D 'ailleurs, tu m 'avais invitée à Montpellier pour parler de précarité alimentaire avec les gens concernés, les comités citoyens du projet. En quoi ça consiste concrètement à la SSA ? C 'est quoi les piliers ? C 'est quoi la théorie derrière la SSA ? Allez, c 'est parti.
Pauline Scherer
Donc la sécurité sociale de l 'alimentation, comme t 'as dit, on peut dire qu 'aujourd 'hui c 'est une réflexion, une réflexion politique qui a été menée au niveau national par quelques grandes orgies que t 'as cité tout à l 'heure. Ça part de pas mal de constats, mais surtout ça propose quelque chose, les constats on les a fait un tout petit peu, on pourra y revenir, mais c 'est à la fois cette précarité alimentaire, ces inégalités sociales surtout, d 'accès. et puis toutes ces problématiques autour du système alimentaire en lui -même et de ses effets pervers, que ce soit des effets en termes de pauvreté, des effets en termes d 'écologie, des effets en termes de précarité du travail, que ce soit au niveau de la production des paysans ou dans la chaîne alimentaire, dans la grande distribution, dans les lieux de transformation, dans les usines, c 'est vraiment un constat assez global. et une idée qu 'en fait, les réponses à ces problématiques doivent être systémiques. On ne peut pas se contenter de dire qu’on va donner des colis alimentaires à des gens qui ne peuvent pas se nourrir ou qu’on va essayer de subventionner un peu telle production agricole. En fait l 'idée c 'est vraiment de dire c 'est un système donc il faut prendre en compte le système si on veut qu 'il bouge et qu 'il évolue et qu 'il se transforme. Ça déjà c 'est très important donc c 'est une tentative d 'avoir une réponse systémique déjà. Ensuite, c 'est tout simplement l 'idée que l 'alimentation est un droit et donc on doit garantir, notre société doit garantir à chaque résident, à chaque foyer en France, l 'accès à une alimentation sécurisée, je dirais, et adéquate et adaptée aux besoins, à la culture, à la santé de chacun et de chacun.
Nora Bouazzouni
Je l 'ai mis dans mon conducteur parce que je voudrais citer exactement ce qui est dit. Le droit à l’alimentation est un droit fondamental qui est inscrit dans la Déclaration et l 'invitation des droits de l 'homme de 48. Je cite, toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer la santé, son bien -être et ceux de sa famille, notamment pour l 'alimentation. on parlera plus tard aussi de ce droit d 'alimentation mais on peut peut -être en parler maintenant si tu préfères comme ça au moins on pose les choses. Le code rural précise aussi je cite que la politique publique de l 'alimentation visa assurer à la population l 'accès dans des conditions économiques acceptables par tous à une alimentation sûre diversifiée en quantité suffisante de bonne qualité gustative et nutritionnelle produite dans des conditions durables elle vise à offrir à chacun les conditions du choix de son alimentation en fonction de ses souhaits de ses contrats de ses besoins pour son bien -être et sa santé. Un vaste programme ! Très vaste programme, on est loin.
Pauline Scherer
Donc le droit à l 'alimentation est défini au niveau international. Il n 'est pas inscrit dans notre constitution, donc ce n 'est pas un droit reconnu aujourd 'hui en France. Impossible. Ce que tu dis est très important parce que ce n 'est pas juste se nourrir pour rester en vie. c 'est considérer l 'alimentation, on pourrait dire, on dirait, côté sciences sociales, comme un fait social total, c 'est -à -dire qu 'il va y avoir des imbrications culturelles, individuelles, collectives la manière dont on mange, c 'est extrêmement lié à ce qu 'on est, à notre identité, et c 'est pour ça qu 'on ne peut pas se limiter, on va dire, à juste dire, oui, les gens n 'ont pas à manger, on va leur donner un kilo de pâte, un kilo de riz.
Nora Bouazzouni
Et leur dire, contentez -vous.
Pauline Scherer
Cette question du choix, de la dignité, du respect des cultures, c 'est quelque chose qui est vraiment fondamental. Donc ça en fait quelque chose de pas du tout anecdotique en fait. Or on n 'a pas aujourd 'hui l 'organisation sociale et politique pour garantir ça. C 'est à ça qu 'elle vient répondre l 'idée de sécurité sociale de l 'alimentation. C 'est une autre organisation sociale et politique de cette question de l 'alimentation dans la société. Donc à partir de là, voilà, on a posé des choses, comment on fait ? Donc la proposition de SSA, d 'une part, donc c 'est trois piliers. Donc premièrement, c 'est l 'universalité. Ça veut dire que c 'est pour tous et toutes. C 'est pour tout le monde. Ce n 'est pas un dispositif qui cible certaines personnes, qui dit c 'est pour les plus précaires, on va faire ceci, on va faire cela. C 'est un droit pour tous, c 'est universel. Et c 'est là où ça fait le lien avec la sécu qu 'on connaît. Comme je dis souvent, quand on sort sa carte vitale chez le médecin, on se pose pas la question de savoir si on est riche ou pauvre. On sort sa carte vitale et on est légitime pour le faire. On se sent légitime pour le faire. Donc c 'est vraiment reprendre cet enjeu de l 'universalité, tout le monde disposerait de cette fameuse carte vitale de l 'alimentation. Le collectif qui a réfléchi à ça, a proposé pour l 'instant une somme de 150 euros par mois et par personne comme budget alimentaire de base, voilà. C 'est pas forcément suffisant aujourd 'hui, le budget alimentaire moyen pour une personne, ça va être plutôt 280 euros par mois, mais c 'est déjà une base de budget garantie.
Nora Bouazzouni
Donc ça, c 'est l 'universalité.qui permet de sanctuariser aussi un budget pour soi et que ce soit pas comme j 'ai une variante d 'ajustements une fois que les factures que vous payez vous voyaient.
Pauline Scherer
Donc quelque part, c 'est une logique, on pourrait appeler ça si on s 'intéresse à la santé par exemple ou aux effets pervers sur l 'environnement, c 'est une logique plutôt préventive. Avant que ce soit le bordel, quelque part, on garantit ce budget alimentaire. Et c 'est très important aussi ce que tu dis, la question de la variable d 'ajustement. Les gens payent déjà leur loyer, leur facture d 'électricité et pour l 'alimentation, on fait avec ce qui reste. Or, on a vu tout à l 'heure que l 'alimentation était super importante. Donc c 'est un problème. Donc c 'est une autre approche que celle qu 'on a aujourd 'hui qui est en gros on laisse faire le marché, débridé, mondialiser, financiariser tout ce qu 'on veut et puis après tant bien que mal on essaye de réparer les dégâts alors que notre système alimentaire nous coûte extrêmement cher je pense que ça a déjà été évoqué ici.
Nora Bouazzouni
On parlait sur la santé, 12 milliards d 'euros à minima par an pour la santé
Pauline Scherer
Exactement. Et puis ne négligeons pas, et j 'en parlerai tout à l 'heure dans les résultats de la caisse, le coût, on va dire, psychosocial, psychologique de cette question de la précarité, quand on ne sait pas si on va pouvoir manger jusqu 'à la fin du mois, quand on ne sait pas si on va pouvoir nourrir ses enfants le mois prochain, etc., on génère un stress, on génère une souffrance, voilà, qui est extrêmement importante à prendre en compte sur les questions alimentaires. On génère de la culpabilité, notamment chez les femmes, qui ont de par la construction de notre société cette charge nourricière, n 'est -ce pas ? On pourra en reparler aussi. Donc on a potentiellement beaucoup d 'effets à rechercher à travers cette sanctuarisation du budget alimentaire.
Nora Bouazzouni
L’isolement social, on reçoit plus de gens chez nous, on n 'ose pas aller chez les autres tout qu 'on n 'a rien à ramener. Le travail, on peut perdre son travail pour ça aussi, enfin c 'est vrai que ça a des effets.
Pauline Scherer
Donc c 'est vrai que ça se retrouve, alors ça interagit avec le reste. L 'idée c 'est pas d 'isoler la question de l 'alimentation, quand on est en situation de précarité, de pauvreté, bien sûr que la question du logement, la question de l 'accès à l 'école, à la formation supérieure, la question du travail, enfin tout ça c 'est tout aussi important et ça fait malheureusement système, on n 'isole pas, mais l 'alimentation interagit avec tout ça.
Nora Bouazzouni
Oui, parce que d 'autant plus, pardon, mais on a vu avec le Covid et le confinement que des gens qui, entre guillemets, pourtant, avaient un toit sur la tête pérenne, un travail pas précaire, donc un CDI, par exemple, payaient pas non plus extrêmement mal, mais vraiment avec… On ne crut pas crête, un taux sismique. avaient des difficultés à se nourrir, donc on a un public aussi, on en parlait avec Bénédicte Moussy, que l 'aide alimentaire n 'avait jamais vue avant et qui est arrivée notamment avec le Covid et aussi la baisse des minima sociaux, le conditionnement des minima sociaux, etc. Donc effectivement, tu le dis, on ne peut pas décorer les restes, mais on se rend compte que même quand on a une situation qui n 'est pas, disons, dramatique, c 'est -à -dire qu 'on a un logement et un travail, on a quand même du mal à se nourrir aujourd 'hui.
Pauline Scherer
Oui, je pense que là c 'est vraiment à remettre en perspective de la précarisation un peu malheureusement globale à laquelle on assiste dans la société, notamment dans l 'accès au travail, et à un travail qui rémunère, à un travail pérenne, sécurisé, etc. Donc oui, c 'est sûr qu 'il faut mettre ça en lien. Donc, en tout cas, si je reprends un peu mes piliers de la SSA, universalité, c 'est pour tous et toutes. Deuxième pilier, comment on finance une carte vitale de l 'alimentation ? Ha ! That is the question. Eh bien c 'est par la cotisation. Donc c 'est aussi remettre sur la table l 'idée d 'une nouvelle cotisation obligatoire qui permette de socialiser, comme on dit, de la valeur de l 'économie, qui permet en gros de faire un pot commun et de reconnaître, enfin, et que finalement l 'ensemble de la société reconnaisse l 'importance, la nécessité de faire de l 'alimentation un droit pour tous et toutes. Donc là, il y a un chemin culturel, de réflexion à faire, parce qu’aujourd’hui, on ne valorise pas trop les cotisations sociales, on ne valorise pas trop la protection sociale, alors que pourtant, c 'est un petit peu la base de notre démocratie, de cette idée de l 'interdépendance des uns avec les autres, de la redistribution, voilà, toutes ces valeurs qu 'on a tendance à pas mal oublier en ce moment. Oui, d 'ailleurs, ça m 'énerve.
Nora Bouazzouni
On est en train de parler de privatiser de plus en plus de choses, d 'éviter de laisser les unies avec des mutuelles privées, etc. De boumer des tricots aussi, ce qu 'on a appris pour des activités.
Pauline Scherer
Donc voilà, on va le dire tout de suite comme ça, au moins ce sera dit, c 'est complètement un contre -courant du contexte politique actuel, voilà, donc c 'est l 'idée vraiment d 'une cotisation qui viendrait donc financer, on est une estimation autour de 120 milliards d 'euros par an pour avoir cette carte vitale de l 'alimentation, donc générée par des cotisations. Cotisation salariale, cotisation patronale, part de la valeur ajoutée. Le travail sur la modélisation économique est toujours en cours. Et ce sera surtout avant tout une lutte politique, si on en vient à penser à la cotisation. En tout cas, c 'est sur ce modèle -là que l 'idée repose. Voilà, ça c 'est important aussi. Et troisième aspect qui est au cœur, finalement, de cette proposition de la SSA, c 'est ce qu 'on appelle le conventionnement démocratique. Alors je vais expliquer, évidemment. C 'est ce qui m 'explique. En gros, tout simplement, c 'est de dire, en fait, c 'est les citoyens, les citoyennes, les parties prenantes, qui vont décider de la manière dont on va se nourrir. Voilà. En fait, l 'idée, c 'est qu 'avec cette carte vitale de l 'alimentation, on n 'accède pas à n 'importe quel produit dans n 'importe quel magasin. On va accéder à une alimentation conventionnelle. c 'est -à -dire qui aura été choisie à partir de critères élaborés de manière démocratique. Donc ça, j 'y reviendrai beaucoup dans l 'expérimentation de Montpellier parce que c 'est un peu le cœur de ce qu 'on a essayé justement d 'expérimenter et de mettre au travail. Mais donc ça, c 'est ce qui fait de la proposition de SSA à la fois une proposition très ambitieuse, voire un peu complexe à mettre en œuvre, mais c 'est ce qui en fait aussi son intérêt. Parce que ce n 'est pas juste entre guillemets un chèque alimentaire. qu 'on va pouvoir aller dépenser dans n 'importe quel supermarché et puis voilà qui va quelque part juste solvabiliser des porte -monnaies qui ne le sont pas pour aller acheter les mêmes choses et donc quelque part soutenir financièrement les mêmes groupes. Voilà, c 'est pas ça l 'idée de la SSA, c 'est vraiment de dire qu’en fait on va faire ce travail de remettre l 'alimentation sur la table de la démocratie. on va essayer d 'en faire un sujet approprié, attrapable par les uns, les autres, les autres pour que collectivement on se dise comment on veut se nourrir. Et donc si on se dit comment on veut se nourrir, comment on veut que notre alimentation soit produite. Parce que c 'est tout le système qui est mis en question. Donc c 'est sûr que ça paraît gigantesque. Là, on est un peu dans une époque où les systèmes nous écrasent. On a l 'impression qu 'on est impuissants, qu 'on ne peut rien faire. Les quelques grands groupes de l 'industrie alimentaire qui dominent le marché paraissent inatteignables, effectivement. On sait aussi que les lobbies de l 'industrie alimentaire sont extrêmement puissants dans les choix politiques qui sont faits. Mais justement, cette proposition de SSA, c 'est un peu l 'antidote, on va dire, de l 'impuissance. Et comment peut-on refaire la démocratie autour de cette question ? Et là où moi j 'y vois un intérêt énorme, malgré la difficulté, la complexité, c 'est que l 'alimentation, pour le coup, c 'est un commun. C 'est -à -dire qu 'il se trouve que nous mangeons, enfin, il y en a qui ont des difficultés, mais quand même, on mange tous et toutes, tous les jours, plusieurs fois par jour, potentiellement. C 'est quelque chose qui nous touche, voilà, intimement, socialement, donc c 'est potentiellement quelque chose qui intéresse pas mal de monde, alors de manière différente, avec des entrées différentes, voilà, il y a l’approche écolo, il y a l’approche plaisir, il y a l’approche viande -pas -viande, il y a plein plein de débats de société autour de l 'alimentation, mais c 'est quelque chose qui touche, et ce qu 'on observe quand même dans nos dans nos travaux. c 'est qu 'à travers l 'alimentation, c 'est un bon vecteur pour faire la démocratie parce que c 'est rattrapable par tout le monde. Tout le monde a quelque chose à dire sur le sujet.
Nora Bouazzouni
On le voit quand on intervient, quand tu interviens, quand j 'interviens, c 'est vrai que tout le monde a quelque chose à raconter sur l 'alimentation. C 'est consternant.
Pauline Scherer
Donc à la fois, ça nous relie, ça nous différencie aussi, il ne faut pas nier, comme on dit en sociologie, il y a tout un processus de distinction sociale qui va se faire autour de l 'alimentation. On mange aussi en fonction du groupe auquel on appartient et on se distingue des autres à travers ça. Mais c 'est aussi quelque chose qui relie. Et tu parlais tout à l 'heure du lien social, de la convivialité. Voilà, on est dans un pays en plus dont le modèle alimentaire repose notamment sur le fait de manger ensemble, de créer du lien autour de l 'alimentation. Et finalement, dans toutes les enquêtes que j 'ai pu faire autour de l 'aide alimentaire ou de la précarité alimentaire, C 'est quand même beaucoup de ça dont parlent les personnes. C 'est -à -dire cette horreur qu 'est l 'isolement, cette difficulté à manger, à se faire à manger quand on est seul, et ce besoin de lien, notamment autour des repas, autour de la bonne bouffe ;la fameuse commensalité.
Nora Bouazzouni
Donc les trois piliers, universalité, cotisation, conventionnement. Je vais poser la question, est -ce que Nayan, tu peux remonter juste légèrement le tchat pour que j 'ai la question qui est juste en haut, s 'il te plaît. Voilà, Glaudioman 56. Mais ce modèle de ÇA ne s 'approche -t -il pas du désir de certains patrons d 'une infantilisation en gérant le budget à la place des gens au lieu de leur verser de l 'argent de dispatcher par des bons à un usage précis, alimentation, chauffage.
Pauline Scherer
Oui, je comprends la question et c 'est souvent un des questionnements qui peut se faire autour de la sécurité sociale et de l 'alimentation. Finalement, pourquoi consacrer toute cette énergie, cette réflexion à quelque chose qui serait spécifique à l 'alimentation par rapport à d 'autres propositions telles que augmenter les minima sociaux, augmenter les salaires, il y en a qui parlent de revenus universels, etc. Je pense que la réflexion, en tout cas, c 'est de dire qu 'on a besoin de cet effet systémique. on a besoin de cet effet sur le système qui produit l 'alimentation. Et donc le fait quelque part d 'isoler un peu l 'alimentation et d 'en faire… Effectivement, il ne s 'agit pas de dire je te donne un bon et je t 'oblige quelque part à aller faire comme ci ou comme ça. Mais par contre, c 'est plutôt l 'idée d 'une sorte de contrat social qu 'on a un nouveau contrat social qu 'on essaierait de recréer autour d 'alimentation en incluant les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et finalement les mangeurs -mangeuses dans un espèce de contrat de bonne répartition de la valeur, par exemple, de qualité des produits. Donc c 'est vrai que c 'est pas forcé, ça va un peu à l 'encontre de cette idée de on va imposer, forcer, parce que ça met au cœur cette idée qu 'on va faire un exercice démocratique autour de ça. Après j 'entends… que ça puisse paraître compliqué à mettre en œuvre, concrètement comment ça va se passer, qui va participer, est -ce que c 'est toujours les mêmes quelque part qui vont participer, qui vont imposer leurs normes, donc toutes ces questions bien sûr qu 'elles sont là. On va en parler justement.
Nora Bouazzouni
Justement par rapport à Montpellier et justement on va parler aussi du comité citoyen parce qu 'encore une fois l 'idée c 'est pas qu 'il y ait un savoir descendant, qu 'il y ait des gens qui disent aux autres. Tu vas faire comme ça, tu vas faire comme ça, c 'est tout le monde réfléchit ensemble, on en parlera concrètement. Quelqu 'un posait la question aussi juste avant de comment est -ce qu 'on finance, on en parlera aussi évidemment de la question du financement, des subventions, des cotisations, sont -elles suffisantes ou non. Merci pour le raid, il y a eu un raid tout à l 'heure, merci beaucoup, je sais plus si c 'est pas un point, je crois le pseudo, merci pour ce raid. Taxi collectif aussi, on envisage cette sécurité à l 'échelon national, Est -ce que ce n 'est pas une façon de séparer et donc normaliser l 'abandon de la lutte pour le droit international à l 'alimentation ? Peut -être qu 'on pourra en parler tout à l 'heure, quand on parlera justement du côté national.
Pauline Scherer
J 'ai pas de réponse, vraiment une bonne réponse à cette question. Ça me fait penser par contre aux questions qu 'on a par exemple au fait d 'expérimenter localement. Versus revendiquer la sécurité sociale au niveau national et je pense que ça va un peu dans cette idée là, c 'est à dire, est -ce que si on avance finalement de manière un peu moins ambitieuse est -ce que ça affaiblit la lutte plus large et plus globale peut -être qu 'à la fois oui et non je dirais, parce qu 'en même temps pour moi d 'avancer sur ces sujets là, que ce soit au niveau local ou au niveau national, c 'est aussi concrétiser des idées, les rendre palpables, les rendre aussi si appropriable peut -être. par les uns les autres, et du coup ça nous permet quand même de nous engager dans des choses concrètes, accessibles, qui nous touchent, là où des grandes luttes comme le droit international est beaucoup plus difficilement parfois attrapables. Donc ça c 'est toute la réflexion qu 'on a sur l 'enjeu d 'essayer de faire avancer des choses, même de manière à plus petite échelle entre guillemets, mais sans perdre cette perspective politique. On en parlera tout à l 'heure avec la loi.
Nora Bouazzouni
On en parlera tout à l 'heure avec la loi qui a été prise à l 'Assemblée. Alors, ben écoute, on va parler concrètement, comment ça marche concrètement. Ben, tu vas nous parler de Montpellier, puis de ce que tu connais, d 'autres expérimentations que tu connais, donc en termes d 'assemblée citoyenne, de cotisations, le conventionnement, l 'auto -gestion, voilà, comment ça a fonctionné tout ça, quoi. Comment ça fonctionne depuis le début, depuis que c 'est lancé ? Qu 'est -ce qui s 'est passé ? C 'était quoi les prémices de la caisse ? Et quand elle s 'est mise à fonctionner, on va dire concrètement, avec cette monnaie dont tu nous parleras, Voilà, si tu peux nous raconter un peu la genèse et les différentes étapes de cette caisse alimentaire.
Pauline Scherer
Donc voilà, comme je disais, on avait déjà quelques collectifs actifs sur Montpellier, autour d 'épiceries solidaires, de groupes d 'habitants, etc. On a donc eu cette idée, au départ, ça part plutôt d 'un collectif d 'associations, de coopératives et d 'habitants -habitantes, militants ou autres. Donc il y a déjà eu tout ce temps, on va dire, d 'interconnaissance entre nous, de commencer à définir un peu, et les chercheurs, oui, faut pas que j 'oublie la recherche là -dedans. Ne t 'oublie pas. Et aussi peut -être dire qu' assez rapidement on est allé chercher les collectivités locales, non pas pour qu 'elles contrôlent ou qu 'elles pilotent, mais pour qu 'elles participent à cette réflexion. Parce que je crois qu 'il y avait quand même un parti pris au départ de dire ça n 'a pas rien à voir avec l 'argent public cette histoire, ça n 'a pas rien à voir avec la question de la redistribution au niveau national et via les impôts. Et donc il y avait vraiment cette idée de dire ça concerne les acteurs publics, ça concerne les institutions. C 'est pas uniquement à nous, entre guillemets, de nous auto -organiser. Mais par contre il y avait cette ambition très forte de donner le pouvoir. à des habitants et à des habitantes, donc ça on a fait un gros travail de mobilisation tout simplement dans les quartiers de Montpellier, on a passé pas mal de mois à aller discuter avec des habitants, avec des associations de quartier, avec des structures diverses et variées, ou même en porte à porte, pour donner envie à des personnes de rejoindre cette initiative, cette aventure, qui était à la fois… On avait dessiné les contours, mais on n 'avait pas tout décidé par avance. C 'est comme ça qu 'on a constitué ce comité citoyen de l 'alimentation. C 'est une cinquantaine d 'habitants -habitantes qui se sont portés volontaires pour faire exister cette caisse. Important de dire aussi que dans ce comité citoyen on avait des personnes d 'horizon et de classe sociale, de conditions de vie très différentes. Et que ça c 'est ce qui a fait la force de ce comité depuis le départ et encore aujourd 'hui. Plus de femmes que d 'hommes ou pas ? Beaucoup plus de femmes que d 'hommes. Sur l 'alimentation il y a des effets de genre extrêmement forts qu 'on a retrouvés dans notre expérience à Montpellier. Donc ce comité citoyen a commencé à se réunir, donc là on est en octobre 2022, de manière très régulière. pour décider tout simplement du fonctionnement de la caisse. Et donc on avait ces quelques éléments, on va dire, de qu 'est -ce qu 'une caisse alimentaire commune, c 'est un budget, donc c 'est de l 'argent qu 'on met en commun. Déjà, ça c 'est le premier élément. C 'est un comité citoyen, donc une instance qui prend des décisions, qui décide du fonctionnement, qui décide de ce qu 'on fait de cet argent.
Nora Bouazzouni
Par un vote par exemple ?
Pauline Scherer
Voilà, par des délibérations, par des votes, alors on a plutôt fonctionné au consensus dans ce groupe, la recherche du consensus, mais… C 'est quoi la différence ? C 'est -à -dire que ce n 'est pas forcément vote à main levée, la majorité l 'emporte, c 'est -à -dire qu 'on va délibérer, débattre pendant un temps suffisant pour arriver à un consensus du groupe. Et dans le processus décisionnel qui a été établi, si on n 'arrive pas au consensus, on passe au consentement. et là quelque part c 'est je n 'étais pas d 'accord avec cette proposition mais je peux vivre avec donc un peu comme un jury quoi voilà je vais dans le sens de la décision qui est prise finalement par le groupe c 'est un peu une sorte de vote mais c 'est juste que les processus sont pas tout à fait les mêmes que je lève la main je compte si on a plus là c 'est pour essayer aussi d 'aller vers une cohésion plus forte Donc en gros, qu 'est -ce qu 'il a fait ce comité citoyen, il a décidé de deux choses, première chose, le système de cotisation, donc là évidemment on n 'est pas sur une cotisation obligatoire, c 'est des contributions volontaires des personnes. Donc ce qu 'ils ont décidé c 'est que chacun cotise chaque mois en fonction de ses moyens à la caisse, la cotisation est libre, c 'est -à -dire qu 'il n 'y a aucun contrôle des justificatifs de revenus, c 'est déclaratif. mais on propose aux participants un guide de cotisation. Donc, ils ont beaucoup travaillé là -dessus. Ça a été un gros travail de leur part pour savoir ce qui était juste. Donc, définir collectivement ce qui est juste. À partir de combien on considère, de quels revenus on considère que la personne doit cotiser plus qu 'est ce qu 'elle ne reçoit. À partir de quels revenus elle peut cotiser vraiment au minimum, c 'est -à -dire un euro par mois, en l 'occurrence, qui est le minimum que tu peux cotiser à la caisse. mais ça reste une suggestion, voilà, et la personne reste libre de sa cotisation. Ça c 'est très important dans l 'histoire de la caisse de Montpellier, ça a été clairement une décision collective qui allait contre des pratiques qu 'on voit beaucoup dans l 'aide alimentaire notamment, ou dans l 'action sociale plus largement, où il y a un très très fort contrôle social qui s 'exerce sur les personnes qui doivent prouver de manière très régulière leur précarité. Et ça c 'est quelque chose qui a été fort et assez fondateur dans l 'histoire de la caisse, de se baser sur la confiance et sur cette notion de solidarité au sens interdépendance. Voilà, on est liés les uns aux autres, on doit créer un système de confiance pour que ça marche.
Nora Bouazzouni
Et puis, on rappelle aussi que pour l 'aide alimentaire, il y a des gens qui ne peuvent pas justifier d 'un revenu, qui ont des revenus qui sont pas légaux, on va dire, et qui du coup peuvent apporter de papiers non plus à ce moment -là, donc qui vont être privés de toute chose, puisqu 'en fait, ne sont pas dans les clous de la loi à Trouy-Bourg -Session. de lois à tout niveau que ce soit.
Pauline Scherer
Donc une cotisation libre, ça veut dire qu 'en gros, concrètement, actuellement, il y a des personnes qui cotisent 1 euro par mois et qui reçoivent l 'équivalent de 100 euros en budget alimentaire, d 'autres qui cotisent 50, 80, et d 'autres qui cotisent 150, 170 euros, mais tout le monde perçoit la même somme, c 'est -à -dire l 'équivalent de 100 euros pour faire des achats alimentaires.
Nora Bouazzouni
C 'est quoi la moyenne de la cotisation que vous allez faire ?
Pauline Scherer
C’est 52 euros, ça veut dire que la caisse actuellement, elle est financée à 52 % par des cotisations. Donc l 'autre partie du financement de la caisse, c 'est des subventions. Donc c 'est des subventions qui ont été demandées, qui ont été recherchées par l 'équipe, par les gens, auprès de collectivités locales et puis auprès de fondations. Voilà, dans le cadre du projet expérimental, on est allé chercher des financements pour dire, on veut expérimenter cette chose -là, est -ce que vous pouvez le financer ? Ça a été compliqué. Oui, quand même. On cherchait de l 'argent, c 'est toujours un peu compliqué. Nous, on a eu, entre guillemets, la chance de démarrer assez tôt dans l 'histoire des expérimentations, et c 'est ça. Donc, on a pu quand même bénéficier d 'un certain nombre de financements, ce qui fait qu 'on a pu vraiment monter notre caisse. Là, il y a à peu près 400 personnes qui participent.
Nora Bouazzouni
Ça commence à 50, c 'est ça ?
Pauline Scherer
Et maintenant, c 'est 400,Voilà, et là, on va pouvoir faire entrer encore d 'autres personnes jusqu 'à 300 foyers supplémentaires. Je sais qu 'actuellement, justement, pour parler un peu des autres expérimentations, c 'est plus compliqué de trouver des financements parce qu 'il y a beaucoup d 'expérimentations qui se montent et que du coup, vu que ça fonctionne par un peu, on finance les choses nouvelles et puis après, on finance plus, voilà. Je sais que c 'est beaucoup plus compliqué aujourd 'hui de financer ce genre d 'expérimentation. Voilà, donc ce comité citoyen, donc déjà cette question des cotisations, très importante, et puis par ailleurs le fameux conventionnement. Donc là, pour moi c 'est un peu le cœur de ce qu 'on peut appeler la démocratie alimentaire, et en fait c 'est un travail d 'éducation populaire. Voilà, tout simplement au sens où on a tous des savoirs, on sait tous quelque chose, des savoirs qui sont tirés de notre expérience de vie. de notre travail, de nos recherches, de notre métier, de notre famille. Et donc, on va mettre en commun ces savoirs pour produire des nouvelles connaissances et pour pouvoir prendre des décisions éclairées, comme on dit, des décisions en connaissance de cause. Donc, à ce comité citoyen, il s 'est déjà beaucoup parlé entre eux, entre nous, puisqu 'on a participé aussi en tant qu 'animateur, on a invité des gens. On a invité un médecin, on a invité des agriculteurs évidemment, enfin d 'ailleurs on s 'est plutôt invité chez eux, on est allé sur les fermes. On a invité des chercheurs, on a invité des syndicalistes, on a invité plein de personnes qui pouvaient apporter au groupe des connaissances pour réfléchir à cette idée de caisse alimentaire, de sécurité sociale de l 'alimentation et puis pour toucher un petit peu on va dire les enjeux du système alimentaire qui sont pas simples. Pour personne, on en a tous un petit bout, mais justement, c 'est à dire comment comprendre tout le système et donc pour rentrer un peu notamment sur tout ce qui est effet du système alimentaire, comme on l 'a dit depuis tout à l 'heure, sur l 'environnement, sur la biodiversité, sur la santé, sur la dignité, la précarité, etc. Et de là, ce Comité citoyen a établi une sorte de liste de critères, de qualités qui leur semblaient très importants par rapport à l 'alimentation. et ils sont allés enquêter sur notre territoire pour voir qui pouvait répondre à ces critères. Et c 'est comme ça qu 'ils se sont mis à conventionner des lieux ou des producteurs, donc ça veut dire des endroits pour faire ses achats avec cette fameuse monnaie alimentaire qu 'on a créée aussi dans le même temps. C 'est la monnaie alimentaire. Et dans ce circuit aujourd 'hui, conventionné, vous allez trouver des producteurs en direct qui sont sur les marchés de plein vent. Donc voilà, maraîcher, producteur de miel, producteur de fromage, etc. Et vous allez trouver aussi des magasins, donc plutôt type épicerie, avec une tentative aussi de les répartir pour qu 'ils soient accessibles. Par exemple, l 'accessibilité géographique, c 'est un critère important. J 'aurais te demandé
Nora Bouazzouni
Voilà, ça a été un truc important à discuter avec ce comité, j 'imagine.
Pauline Scherer
En l 'occurrence, pour l 'instant, c 'est encore un peu concentré sur le centre -ville. On a quand même des points dans les quartiers plus excentrés, mais ça fait partie des limites, un peu des enjeux pour la suite de vraiment aller conventionner plus de lieux dans plus de quartiers, de plutôt éclater les choses pour que ça reste très accessible géographiquement. C 'est vrai que j 'ai pas trop parlé tout à l 'heure de ces fameuses inégalités d 'accès. Mais bien sûr que la question économique, elle est centrale, elle est première, je dirais, dans les inégalités d 'accès à l 'alimentation. Mais ce n 'est pas la seule. La question géographique est aussi vachement importante. La question de l 'accès à l 'information, toutes les dimensions, comme je disais tout à l 'heure, psychologiques. Dans le fait qu 'on n 'accède pas tous à une alimentation de qualité adéquate, il y a vraiment pas mal de facteurs qui entrent en ligne de compte.
Nora Bouazzouni
Et sur les commerces, c 'est aussi systémique, c 'est -à -dire que la disparition des commerces de quartier n 'aide pas, ne favorise pas des initiatives comme la vôtre dans le sens où pour conventionner quelque chose, il faut bien qu 'il existe. Donc c 'est vrai que quand on rase pour mettre un Lidl à la place et qu 'on vire 5 commerces de proximité, forcément c 'est plus compliqué que de conventionner.
Pauline Scherer
Ça n 'aide pas, et ça fait partie, d 'ailleurs, un peu des hypothèses qu 'on a, c 'est -à -dire, il y a ce qui existe et ce qu 'on peut conventionner, mais il y a aussi des choses qui n 'existent peut -être pas encore et qui pourraient être créées dans certains quartiers. Voilà l 'exemple de l 'Esperluette, par exemple, sur cette épicerie associative qui a été créée dans un quartier plutôt excentré où il n 'y avait plus grand -chose en termes d 'offres alimentaires. Et puis, après, il y a tout l 'enjeu des échanges qu 'on peut avoir justement avec des commerces, des commerces de quartier par exemple, qui peut -être a priori répondent peut -être pas tout de suite aux critères que s 'est fixé le comité, mais qui dans la discussion pourraient être intéressés, peut -être pour se rapprocher de ces critères. Et c 'est pour ça qu 'on travaille aussi, on essaie en tout cas de travailler en parallèle avec des réseaux paysans, pour aussi avoir des propositions à faire dans des commerces par exemple, sur l 'approvisionnement, sur certaines filières par exemple de produits. Donc ça c 'est un travail qu 'on a initié, qui n 'a encore pas beaucoup développé. mais qu 'on a envie de poursuivre derrière.
Nora Bouazzouni
On a demandé, la mona est -ce l 'équivalent du système d 'échange local ? Moi je sais pas ce que c 'est. Toi est -ce que tu sais ce que c 'est ?
Pauline Scherer
Non, c 'est pas, en fait la mona, donc les sels c 'est, oui c 'est quand on est, il me semble que c 'est quand on va échanger des services donc la mona pour l 'instant c 'est même pas une monnaie locale au sens où elle n 'est pas circulaire Tu peux expliquer si tu veux
Pauline Scherer
En gros, une monnaie locale, c 'est une monnaie qui est recrée locale -banque, comme son nom l 'indique, et qui est circulaire, c 'est -à -dire que la valeur qui circule ne va jamais repartir vers la banque quelque part. Nous, on a une monnaie locale à Montpellier qui s 'appelle la graine. Je te paye en graines, tu vas récupérer des graines et toi tu vas aller acheter par exemple ou tu vas aller chez le coiffeur ou tu vas aller acheter des matières premières et tu vas à nouveau payer en graines et du coup la graine circule et c 'est une manière de garantir justement une économie locale et l 'argent qui reste en gros sur le territoire et qui ne part pas dans les banques, la finance, etc. Donc on a travaillé avec la graine pour lancer la mona mais pour l 'instant la mona c 'est juste, je dirais, un outil de transaction. ce n 'est pas quelque chose qui est circulaire.
Nora Bouazzouni
Effectivement, on ne peut pas spéculer sur la monnaie locale, ce ne sont pas des cryptos. AnaGonou, comme disait Aimé Jacquet, ça ne coûte pas plus cher de bien manger. Bien sûr, on l 'a vu évidemment, ça coûte plus cher. Hélas, pour bien manger, on l 'a vu dans l 'épisode avec Bénédicte, Bonzi et Marie -Drique. Oui, bien sûr. Il y avait une question, quelqu 'un te posait la question sur le projet territorial alimentaire, projet PTA ou PAS, je ne sais plus, PAR, projet aliment territoire, c 'est ça, ou un truc comme ça ? Oui. Je te demandais, qu 'est -ce que tu en penses ?
Pauline Scherer
Oui, je peux expliquer, après je ne suis pas experte des PAT, mais disons que les PAT, c 'est plutôt un outil de politique publique qui a été mis en place, alors je n 'ai pas la date. Et en gros, l 'idée, c 'est d 'avoir un peu des instances, des espaces dans les territoires de concertation autour de l 'alimentation. Donc en gros, c 'est plutôt des outils qui visent à mettre ensemble les acteurs de l 'alimentation sur un territoire pour penser des choses, on va dire, collectivement. Donc, je pense que vous avez compris ce que j 'ai dit, c 'est pas forcément très opérationnel, les PAT. C 'est plutôt essayer de créer de la coopération, justement, entre des milieux de la production alimentaire, la collectivité locale. Donc, dans le cadre des PAT, il peut y avoir la création d 'une épicerie solidaire, par exemple, sur les questions de précarité alimentaire. Et il peut y avoir des projets autour du renforcement de certaines filières locales. Voilà, donc des choses comme ça. Mais c 'est vrai que ce qui est, je pense, reproché un peu au PAT aujourd 'hui, c 'est peut -être un manque d 'opérationnalité. Parce que, non pas parce qu 'ils ne veulent pas, mais parce que ça manque de moyens derrière, en fait. Il y a quelques moyens qui sont mis pour créer cette coopération, ce dialogue. Mais derrière, quand il s 'agit de mettre en œuvre des choses concrètes, ça manque de moyens.
Nora Bouazzouni
Est -ce que le territoire à vivre, c 'est un P.A.T ? Parce que t 'as dit oui, et derrière, l 'expérimentation de la S.S.A. à Lyon et à Montpellier notamment, qu 'est -ce que c 'est le territoire à vivre ?
Pauline Scherer
C 'est le nom qu 'on avait donné au premier programme d 'expérimentation qui a permis à la Caisse d 'exister derrière à Montpellier mais qui était plutôt justement un programme sur quatre territoires donc Montpellier, Lyon, Marseille et Toulouse autour de l 'idée de démocratie alimentaire, accès de tous à une alimentation digne et de qualité. Mais après chaque territoire a fait ses propres activités, nous on a fait la Caisse mais ailleurs ils n 'ont pas forcément fait des caisses.
Nora Bouazzouni
C 'était quoi les spécificités à Montpellier que toi t 'as identifié ? Peut -être les obstacles, les défis, les choses qui ont un peu bloqué peut -être ou bien en termes aussi de population, de démographie, comme on dit, c 'était quoi ? Qu 'est -ce qui est spécifique à l 'endroit où a commencé cette caisse à Montpellier ?
Pauline Scherer
Qu 'est -ce qui est spécifique ? Je pense que c 'est plutôt le réseau d 'acteurs en fait. On avait déjà des liens, il y avait cette envie, enfin on sortait quand même du Covid, ça avait mis quand même une bonne claque, il y a pas mal à la fois d 'acteurs et de personnes tout simplement. Donc il y avait, comme on dit, ce contexte de crise qui a suscité je pense une forte envie d 'agir. d 'agir plus, d 'agir autrement, et du coup assez vite on s 'est retrouvé en tant qu 'acteurs, tous ces acteurs, que ce soit de la recherche ou des alternatives, des milieux militants ou plus institutionnels d 'ailleurs, une envie de faire quelque chose. Moi je pense que c 'est ça qui a fait qu 'on a pu créer la caisse derrière. Et puis, le fait qu 'on soit une diversité qui a à la fois des acteurs paysans, de la solidarité, la monnaie locale, ça a donné de la force aussi, je pense, avec des compétences un peu variées.
Nora Bouazzouni
Il y a du monde en maraîchage, en paysannerie autour de Montpellier, ?
Pauline Scherer
Nous dans l 'Hérault, on n 'est pas très gâté, on est avant tout un pays viticole. Voilà, les villes prennent énormément de place dans l 'Hérault. Donc voilà, en termes d 'autonomie, on est très très loin du compte. Après oui, il y a du maraîchage diversifié, il se passe des choses là par exemple. Voilà, il y a des réflexions autour de ce qu 'on appelle des filières. à bas niveau d’intrant et d 'impact autour de la lentille. Mais bon, ça reste des microprojets. Au niveau agricole, c 'est quand même limité.
Nora Bouazzouni
Alors, il y a une question, il y avait une question de USEST. Est -ce que le projet de SSA exclut d 'office les supermarchés et hypermarchés ?
Pauline Scherer
Alors, je dirais que le concept ne le dit pas, ce qui est sousjacent, enfin en fait ce qui est sous-jacent dans le projet de SSA, c 'est quelque part, c 'est une sorte d 'hypothèse, je dirais, alors bon ça c 'est mon interprétation, mais que par la démocratie on va tendre vers un système alimentaire plus durable. C 'est ça un peu l 'hypothèse qu 'on fait, c 'est de dire, finalement, si on fait de l 'alimentation, un sujet démocratique, si tous et toutes se mettent autour de la table pour penser l 'alimentation, etc., quelque part, ça va produire une demande alimentaire qui est bien différente que ce qu 'on a aujourd 'hui. Donc, ça exclut pas, on va dire, ça dit pas, il n 'y aura pas de supermarché ou d’hypermarché. Mais oui, dans l 'imaginaire, en tout cas, de ce qui est porté par la SSA et par les expérimentations, Ce qui est attendu, c 'est un autre système et en fait la question des acteurs de la distribution, donc les fameux supermarchés, hypermarchés, est clairement pointée dans cette histoire puisque c 'est eux qui captent le plus de valeur. C 'est pas un principe, c 'est pas… Puisque les grosses injustices économiques, elles sont nombreuses autour des acteurs de la distribution et avant tout de la grande distribution.
Nora Bouazzouni
Oui, on en a parlé dans l 'épisode
Pauline Scherer
Par effet de conséquences, oui, on peut dire que ce n 'est pas les premiers… Après, clairement, on est très, très nombreux, on doit tout manger tous les jours. C 'est pour ça que souvent, même dans les militants de la SSA, ils vont dire que la SSA n 'est pas juste là pour demain. C 'est tout un processus démocratique et politique, je dirais même plus, à mettre en route. C 'est -à -dire que c 'est aussi et dans le même temps un changement de système et on ne change pas du jour au lendemain du système qu 'on a actuellement à un système complètement différent qui permettrait la juste rémunération des producteurs, qui permettrait la qualité nutritionnelle de l 'alimentation, qui permettrait la garantie d 'un budget alimentaire à tous, voilà, donc c 'est vraiment aussi un processus politique un peu long. Puisqu 'en l 'état actuel du système, c 'est sûr qu 'aujourd 'hui, si c 'était mis en place demain, sans toute cette réflexion sur la transformation, ça viendrait encore plus financer les mêmes acteurs.
Nora Bouazzouni
Oui, c 'est ça RGZR7 quelles actions menez -vous pour faire connaître l 'ASSA au niveau national ? Est -il possible de vous inviter à des événements solidaires ? Par exemple, Pauline.
Pauline Scherer
Alors oui, oui, tout à fait. Donc déjà, nous, au niveau de l 'expérimentation de Montpellier, on fait beaucoup de témoignages. D 'ailleurs, là, je suis là aujourd 'hui, mais souvent, ce sont aussi des membres du comité citoyen qui vont témoigner dans des événements, de leurs expériences, de ce qu 'on a fait, de ce que ça a produit. Nous, on le fait aussi en tant que chercheurs et d 'autres collègues le font aussi. Donc on essaie vraiment de répondre aux invitations pour au moins parler de ce qu 'on a fait. Sans dire que c 'est génial, c 'est la solution, mais montrer que c 'est un processus, une expérimentation, et que ça génère des choses, et que ça a des limites aussi. C 'est une expérimentation. Et puis après, il y a vraiment le collectif national pour une sécurité sociale de l 'alimentation qui existe, qui a des contacts et que vous pouvez contacter aussi et avec là il y a plein plein de gens, soit qui sont dans des expérimentations locales, soit qui portent plus la réflexion politique au niveau national, donc qui peuvent venir aussi parler de ça.
Nora Bouazzouni
D 'ailleurs, il y a un lien, on pouvait aller voir le Collectif SSA sur leur site, il y a énormément de ressources, il y a des choses très concrètes, il y a des guides, enfin il y a aussi le recensement de tous les experts qui se font en cours en France aujourd 'hui, donc vous pouvez vraiment aller voir les différences, parce que quasiment chacune a sa page, Montpellier a sa page aussi, donc on voit comment ça Montpellier, mais c 'est pas la même chose qu 'à Rennes, qu 'à Lyon., donc vous pouvez vraiment aller chercher sur le site collectif SSA plein de réponses, en tout cas à vos questions et des contacts. Et justement, je voulais te demander pourquoi est -ce qu 'on parle d 'expérimentation, est -ce que c 'est parce que ces différents modes de sécu social selon les territoires, est -ce que c 'est à cause de ces différences -là, est -ce qu 'il y a un socle commun hormis les piliers que t 'as cités ?
Pauline Scherer
Alors pour moi c 'est très important cette notion -là, après on peut y mettre diverses choses derrière, mais en gros c 'est dire on expérimente, c 'est -à -dire on va essayer à petite échelle de mettre en œuvre des principes, en l 'occurrence des principes politiques là. Parce que l 'idée c 'est de ne pas perdre de vue que ce qu 'on vise, c 'est quelque chose de réellement universel et de réellement pour tous et toutes. Nous, quand on expérimente une caisse à Montpellier avec 400 personnes, quelque part, c 'est un peu injuste. Pourquoi ces 400 là et pas les autres ? Je veux dire, des problèmes de précarité alimentaire, il y en a énormément. Donc, en gros, expérimenter, déjà, c 'est se dire on va tester à petite échelle pour produire des connaissances qui vont être utiles à tous et à toutes et à l 'intérêt général et à un projet politique plus large. Ensuite, c 'est se donner les moyens d 'observer ce qu 'on fait. Pour moi, l 'expérimentation, c 'est aussi émettre des hypothèses, mettre en œuvre des choses collectivement et ensuite pouvoir observer ce que ça produit, ce que ça produit pas, les limites, parce que c 'est pas dire l 'idée est géniale, donc c 'est géniale, donc il faut faire ça. C 'est aussi se donner les moyens d 'en tester un petit peu la faisabilité et on se rend compte que dans cette idée qui peut paraître extrêmement intéressante, et je continue à dire qu 'elle est intéressante, il faut quand même qu 'on la mette un peu au travail et c 'est ce qu 'on essaie de faire en expérimentant. Et puis après, c 'est aussi très politique, en tout cas, pour moi, l 'idée d 'expérimenter. On dit souvent, expérimenter, c 'est introduire une perturbation dans l 'ordre établi. On va sur un espace temps, sur un espace physique, faire autrement que comment ça fonctionne d 'habitude. Et en fait, se faire autrement, il va générer potentiellement, on espère en tout cas, des transformations, des positionnements de certains acteurs, certains conflits, certaines mises en évidence de problématiques. ça vient perturber un peu le ronron habituel finalement qui se reproduit, qui se reproduit. Donc il y a aussi cette idée de regarder ce que ça génère, cette perturbation. Et puis après, il y a toute la dimension d 'action collective à laquelle je suis très attachée. Finalement, cette expérimentation, c 'est aussi donner une opportunité à des personnes de se regrouper, de se parler, de s 'organiser, de porter une autre vision du monde, des choses, du sujet. C 'est dans ça que je dis que c 'est aussi très politique, c 'est aussi essayer de générer des espaces de résistance et de faire autrement par rapport à un système qui se resserre de plus en plus.
Nora Bouazzouni
Et qui ne donnent pas le choix, comme tu le disais au début. Avant de parler justement de ce que ça a produit, la caisse à Montpellier, je voulais prendre une question de You Know, qui demande à des personnes non valides, qui n 'ont le choix que des livraisons, des hyper et des super pour se nourrir. Est -ce que toi, t 'as été confrontée à ça dans le comité citoyen, des gens qui ne pouvaient pas se déplacer pour aller acheter à manger ?
Pauline Scherer
Oui, bien sûr. Après, ça ne dit pas du tout que l 'alimentation ne pourrait pas être livrée à domicile. Quand je disais, quand on pointait à la question des hyper -supermarchés, c 'est plutôt le modèle financier qu 'il y a derrière, le type d 'industrialisation très forte de l 'alimentation que ça génère, bien sûr que toutes les formes d 'accès, d 'accessibilité sont à penser, y compris de la livraison.
Nora Bouazzouni
Oui, en fait, le but, c 'est de transformer le système et de le rendre accessible à tout le monde. Comme aujourd 'hui, il y a des choses qui devraient être accessibles à tout le monde et qui ne sont pas pensées jusqu 'au bout par validisme ou par autre discrimination. Bien sûr ! par valide 10 ou par autre destination.
Pauline Scherer
L 'accessibilité pratique, d 'ailleurs c 'est une forte préoccupation aussi pour le comité citoyen, ça fait partie des critères.
Nora Bouazzouni
Il y a un bon réseau de transports en commun à Montpellier pour aller dans ces commerces qui sont conventionnés.
Pauline Scherer
Oui, en ce moment, il y a des travaux de partout parce que justement, il y a une ligne de tram qui est en train de se créer. Mais justement, oui, ça fait partie des… Là, il y a une géographe justement qui commence à travailler avec nous, qui veut s 'intéresser un peu à ce lien avec les transports en commun. En fait, en gros, oui, il y a un bon réseau, mais ça ne couvre pas toute la ville non plus, donc c 'est toujours un truc évolutif.
Nora Bouazzouni
Alors Baguettemarxiste n 'a pas suivi le début de l 'émission mais j 'ai rencontré un élu ce weekend qui m 'a dit que cette extension de la sécu ne sera qu 'exemple qu 'à celles et ceux qui cotisent. Oui ben oui c 'est ça c 'est ce qu 'on disait donc un des piliers c 'est la cotisation donc évidemment comme pour la sécu, celles et ceux qui cotisent ont la sécu de santé et bien celles et ceux qui cotiseront à des cases alimentaires etc. auront accès à ces commerces qu 'on mentionnait.
Pauline Scherer
Le projet de la SSA, c 'est un projet de sécu, ce n 'est pas un projet de mutuelle, c 'est vraiment différent. Là par contre, effectivement, dans les expérimentations, il n 'y a que ceux qui participent, qui du coup accèdent parce qu 'on est sur des nombres limités de participants du fait de la dimension expérimentale. Mais l 'idée politique, c 'est bien sûr que ce soit accessible à tous et toutes.
Nora Bouazzouni
Alors on va parler de ce que ça a produit, tu disais que ça a commencé à 50, vous êtes donc 300, vous allez ouvrir encore plus de gens, que c 'était un public un peu de tous horizons. Avez-vous des partenaires institutionnels ou pas ?
Pauline Scherer
Pour le financement, on est allé chercher les collectivités locales, donc ville, métropole, département, région, qui participent un peu, différemment les uns les autres, mais abondent un peu la caisse pour permettre à l 'expérimentation d 'exister. En gros, la première phase s 'est terminée en décembre, ça aurait pu être la fin de l 'expérimentation, on aurait pu rendre compte de nos résultats. D 'ailleurs, pour ceux que ça intéresse, on a deux productions qui sont accessibles en ligne. Un livret pédagogique sur la caisse alimentaire commune et le rapport de recherche qui rend compte des résultats de notre travail de recherche, pour plus de détails. Et puis là, on a pu envisager une suite, puisqu 'on est rentré dans un programme de la Banque des territoires sur la transition alimentaire. qui nous permet d 'obtenir un financement qui va prolonger une deuxième phase d 'expérimentation. Et là par exemple, il a été décidé par le comité citoyen et en lien avec les chercheurs d 'augmenter le budget de mon alimentation en fonction de la composition familiale pour quelque chose qui soit encore plus impactant et pour plus de justice sociale aussi. Donc là par exemple, une personne seule pourra recevoir 100 mona mais une famille de trois pourra recevoir 180 mona par exemple.
Nora Bouazzouni
C 'est quoi le retour ? On va écouter un son juste après, mais c 'est quoi les retours globalement, si tu pouvais nous faire un petit résumé rapide en positif comme en négatif que tu as reçu avec ces citoyens et citoyennes qui participent à ça depuis plus de deux ans ?
Pauline Scherer
Alors, je vais essayer d 'être synthétique, mais peut -être je pourrais revenir après, si jamais c 'est trop long. Nous, ce qu 'on a regardé, c 'est, il y a plusieurs choses qui nous ont intéressées dans l 'observation, on va dire, et puis dans l 'échange aussi, parce que nous, on collecte des données, on va dire, à travers, par exemple, des entretiens qu 'on peut mener avec des participants, des enquêtes qu 'on peut faire. mais on organise aussi des temps d 'échange, de retour d 'expérience où les participants parlent avec les chercheurs, mais parlent entre eux aussi, échangent leur expérience de la caisse. Donc on essaie vraiment de multiplier aussi pour, on a un enjeu, comme on dit, un peu de recherche participative, recherche citoyenne, où les participants, qui ne sont pas forcément des chercheurs professionnels, peuvent devenir aussi un peu co-chercheurs et produire avec nous des nouvelles connaissances, ça c 'est très important. Donc déjà, peut -être, puisqu 'on en a beaucoup parlé, je vais parler de la question de la réduction de la précarité alimentaire. Je pense que c 'est peut -être avec la question de l 'engagement politique, c 'est peut -être un des résultats les plus forts qu 'on a eu sur la caisse. Et quand je le dis, je me dis presque que ça pourrait paraître un peu évident. Genre, est -ce qu 'il y avait besoin de faire tout ça pour le prouver ? prouver que si on garantit le budget alimentaire, on va améliorer l 'alimentation des personnes. Ben oui, en fait, tout simplement. Donc c 'est sûr que tout ce qu 'on a pu collecter, c 'est beaucoup de choses là -dessus. Cette réduction de la précarité alimentaire, elle n 'est pas effacée, c 'est pas avec 100 mona par mois qu 'on efface la précarité, mais en tout cas elle est réduite. Et surtout ce qui est intéressant, c 'est qu 'elle est réduite sur tous ces aspects. Sur la quantité disponible, on a cette garantie qu 'on peut au moins faire 100 euros d 'achat alimentaire par mois. Sur la qualité et la diversité, c 'est vrai que, par exemple, si je parle d 'un des facteurs un peu clés de l 'alimentation plus respectueuse anti -environnement, les fruits et les légumes, on a des effets forts sur la consommation de fruits et légumes chez des personnes qui sont plus précaires. qui du coup, influe aussi sur la manière de cuisiner, sur plein de choses. Mais la part de fruits et légumes dans les achats, c 'est 20 -25 %. On n 'achète que des fruits et légumes avec de la mona. On ne se nourrit pas que de fruits et légumes non plus. Donc il y a aussi plein d 'autres produits bruts qui sont achetés avec cette mona.
Nora Bouazzouni
S’il fallait encore le prouver, et il faut encore le prouver, vu les discours politiques, et pas que, qu 'on entend aujourd 'hui, que maintenant, on ne sait pas quand on veut, on peut, et c 'est qu 'il y a des gens qui ne peuvent pas s 'acheter autant de fruits et légumes qu 'ils le voudraient, et on le sait aussi avec la Recherche Action, avec Nicole Darmon, la chercheuse qui s 'intéresse aussi à cette question de précarité alimentaire depuis très longtemps, et dans tous les entretiens qu 'elle mène, les gens le disent. autant de fruits et légumes qu 'il est le voudrait. Si j 'avais plus d 'argent, la première chose que j 'achèterais en plus grande quantité sont les fruits et légumes. Et on a le but qui revient en France parce que justement, c 'est pas parce que les gens ne veulent pas manger de légumes, c 'est que c 'est compliqué d 'en acheter. Donc, voilà, c 'était une précision aussi, une parenthèse, parce que c 'est vrai que c 'est quand même un gros enjeu les fruits et légumes frais. parenthèse parce que c 'est pour les populations en précarité.
Pauline Scherer
Et après, c 'est un peu ce qu 'on disait tout à l 'heure, c 'est les effets sur le sentiment de sécurité. Réduire l 'incertitude, pouvoir compter sur quelque chose. Donc il y a des forts effets aussi, on va dire psychologiques, sur le stress, etc. Qui libèrent aussi de l 'énergie, je dirais, pour s 'occuper d 'autres choses. Voilà, donc ça c 'est, comme on disait, tout est lié tout à l 'heure. Voilà, sur la question des liens sociaux, de la sociabilité, tu l 'as dit tout à l 'heure, pouvoir recevoir chez soi, accepter une invitation parce qu 'on va pouvoir ramener quelque chose aux gens qui nous invitent. Voilà, la question du plaisir, la question du goût, qui est beaucoup revenue aussi. Ben oui, en fait, quand on mange tout le temps la même chose, quand on se prive un peu de tout, s 'autorise à se faire plaisir avec quelque chose qui… Voilà, c 'est quelque chose qui est aussi très important pour le sentiment de dignité, pour le sentiment d 'appartenir à cette société, de pouvoir, ben voilà, manger un peu plus comme tout le monde. Ce serait à ce que choisir ce qu 'on mange. Donc ça, c 'est un des aspects forts, je dirais, des résultats. Ensuite, deuxième aspect, c 'est qu 'on avait appelé citoyenneté autour de l 'alimentation. Donc c 'est plutôt cette notion d 'engagement, de.reprendre du pouvoir, voilà, reprendre du pouvoir sur son alimentation, mais même un peu plus largement. Ça c 'est vraiment pour les personnes qui sont dans le comité citoyen, qui participent activement. On a énormément de données sur cet effet développement de son pouvoir. Galvanisant. Ouais, voilà, c 'est -à -dire que déjà participer à un collectif, pour certaines personnes c 'est la première fois qu 'ils participent à un collectif, se dire que bah oui je peux faire un peu de la politique autrement, c 'est aussi un terme qui est revenu, en fait c 'est très politique ce qu 'on fait, on peut faire de la politique autrement, ça c 'est intéressant aussi par rapport à l 'énorme fossé qui s 'est creusé, bah voilà dans le rapport des personnes à la vie politique, cette espèce de défiance absolue, ce manque de confiance totale et pour cause. Donc voilà on se met ensemble, on s 'organise, on parle et on peut porter une cause collectivement et puis des effets plus individuels aussi sur la confiance, l 'estime, le fait de, bah oui, je peux me forger un avis, je peux donner mon avis, je peux en débattre avec d 'autres. On m 'écoute, on m 'écoute, c 'est reconnu, voilà, une espèce de légitimité aussi à pouvoir réfléchir, penser, dire.
Nora Bouazzouni
Et comme je l 'ai dit au début, tout le monde a des savoirs et en fait on les partage et on les apporte.
Pauline Scherer
Donc là -dessus aussi, on a des effets forts. Alors là, on pourrait le comparer avec d 'autres types d 'actions collectives. C 'est des effets qu 'on peut avoir sur d 'autres types d 'engagement, bien sûr. Mais là, c 'est particulièrement important. Des personnes qui sont très engagées, qui ont maintenu leur participation dans la durée parce qu 'elles voyaient des effets concrets à leur participation. Ça, je pense, c 'est hyper important. C 'est -à -dire que ce n 'est pas juste « je viens, je donne mon avis, et puis ma foi on verra bien ». Là, il y a une suite, on concrétise, on conventionné. Il y a des personnes qui accèdent à la mona, c 'est concret. Et donc, on a pu observer une sorte de politisation finalement du sujet alimentation, notamment chez les personnes du comité citoyen, qui ont aujourd 'hui à cœur de défendre finalement cette idée d 'un droit à l 'alimentation. Après sur le volet pratique alimentaire, j 'en ai un petit peu parlé déjà, c 'est sûr qu 'il y a moins d 'effets sur les pratiques alimentaires des personnes qui ont des revenus plus confortables. Pourquoi ? Parce que les profils des personnes qui participent et qui ont des revenus plus hauts, c 'est un peu des profils de militants, on va dire des gens qui sont déjà assez engagés finalement dans ces lieux alternatifs, donc il n 'y a pas eu forcément d 'effet de changement très fort sur leurs pratiques alimentaires. Et après, je dirais que sur le volet plus d’offres, donc la question des lieux conventionnés, des producteurs, il y a des effets économiques pour certains, qui à travers leur participation à la caisse, voient arriver une nouvelle clientèle. Pour certains, ça va être pas grand chose, ils vont pas forcément d 'un coup avoir une sécurisation économique énorme parce que ça reste petit quand même, 400 foyers, c 'est pas non plus un volume énorme. On a quand même fait circuler, je crois, 530 000 mona, équivalents à l 'euro, dans le circuit alimentaire, donc c 'est quand même une somme, mais c 'est sûr qu 'à l 'échelle de tout le système, c 'est pas grand chose. Mais surtout, ce dont ils ont témoigné, c 'est le… La satisfaction de voir dans leurs magasins ou sur les marchés des personnes qui ne voyaient pas jusqu 'ici, des personnes d 'autres classes sociales, d 'autres conditions, et du coup ça… Notamment les producteurs, ce dont ils ont témoigné c 'est de dire en fait moi ça me fait du bien par rapport à l 'utilité sociale de mon métier et il y en a un qui dit il y a un film en ligne, c 'est pour ceux qui ont envie de voir un petit film sur l 'histoire. Je vous remercie d 'avoir regardé cette vidéo. qui dit, je ne me rendais pas compte à quel point ça me faisait chier, en fait, de ne pas être accessible à tous. C 'est un producteur bio, en l 'occurrence, qui parle. Donc voilà, cette idée d 'une meilleure accessibilité, donc c 'est plutôt quelque chose d 'assez, finalement, en termes de valeurs, quoi, de valeurs, de valeurs politiques. Après, sur les effets économiques, pour l 'instant, ça reste relativement faible, parce que, je disais, voilà, la masse, on va dire, n 'est pas assez importante. Et ça fait vraiment partie des ambitions du projet, du comité citoyen, de dire comment on peut réellement soutenir par exemple des producteurs locaux. ou certains commerces qui font un effort qui va dans tel sens, dans tel sens. Donc c 'est pour ça qu 'on est ravis de pouvoir continuer l 'expérimentation parce qu 'on a encore beaucoup beaucoup de choses à travailler.
Nora Bouazzouni
Il y a une question sur la politique, on en parlera sur les chambres parlementaires, les différents rôles, on parlera d 'une loi après. Alors, avant d 'écouter la petite capsule audio, ça, c 'est ce qu 'il y a une partie, si on peut dire, sur une courte durée durant les vacances, j 'ai pas compris la question. Est -ce qu 'il y a une partie sur une courte durée pendant les vacances par exemple ?
Pauline Scherer
Si par exemple les touristes peuvent participer à la mona le temps d 'un été peut -être. !
Nora Bouazzouni
Ah, d 'accord.
Pauline Scherer
Oui, moi je suis fatiguée. Je pense que c 'est ça, c 'est moi qui suis crevée. En tout cas, pour l 'instant, non, pour l 'instant, on est vraiment plutôt sur un engagement, Après, les gens, bien sûr, peuvent se retirer quand ils veulent
Nora Bouazzouni
Mais là, c 'est vrai qu 'avec le comité citoyen, c 'est plutôt un truc à long terme. On n 'est pas juste là pour filer ses tunes et récupérer. Et voilà, il y a quand même un engagement politique, tu en parlais ?
Pauline Scherer
Et puis c 'est vrai que j 'en ai peut -être pas assez parlé dans les limites. Autant sur le comité citoyen, on a vraiment eu ces effets d 'actions collectives, de politisation, pouvoir d 'agir et tout ça. Autant sur l 'ensemble des participants, c 'est beaucoup moins fort. Et donc on s 'est rendu compte qu 'il y avait des personnes qui étaient à la caisse. mais qu 'ils n 'avaient pas forcément compris l 'idée, c 'est -à -dire qu 'ils n 'avaient pas compris qu 'il y avait un comité citoyen, qu 'il y avait des personnes avec tout type de revenus qui participaient et qui pensaient que c 'était plutôt une aide sociale. Donc on voit aussi qu 'on a encore un effort à faire sur l 'éducation populaire au sens large, la participation de tous et toutes, de porter la dimension politique un peu plus largement pour aussi faire un peu le levier parce que nous notre ambition bien sûr c 'est de porter cette action collective, d 'en faire un espace de résistance, pour nous c 'est très important, mais aussi que derrière ça puisse embarquer plein d 'autres gens dans l 'idée de défendre ce droit à l 'alimentation, même s 'ils ne participent pas directement à l 'expérimentation, au moins qu 'ils en connaissent existence et qu 'ils puissent potentiellement défendre ce droit -là.
Nora Bouazzouni
Eh ben on va en parler juste après, on va passer à un fichier audio. Ce sont donc des personnes qui sont à la Caisse alimentaire commune. Si tu veux nous présenter ce qu 'on va écouter maintenant.
Pauline Scherer
Voilà, c 'est un extrait sonore qu 'on a monté pour le séminaire qu 'on a organisé en décembre et ce sont des personnes qui sont dans la caisse et qui témoignent dans le cadre d 'un entretien collectif de ce qu 'a généré leur participation à la caisse, dans leur vie, dans leur alimentation.
Nora Bouazzouni
Nayan je te laisse lancer ça, s 'il te plaît.
Audio
J 'avais pas du tout accès à la nourriture dont j 'avais besoin et donc c 'était une de mes demandes à l 'assistante sociale et je crois que la chance, bon timing, du coup, assez rapidement, elle m 'a parlé de la cassée alimentaire mais c 'est pareil, moi j 'ai eu très très peu d 'informations, je savais pas du tout de quoi il s 'agissait et je crois qu 'elle non plus n 'avait pas bien compris et c 'est plus la personne que j 'ai eu ensuite au téléphone, une jeune femme ou une femme en tout cas qui Voilà qui m 'en a it un petit peu plus. Et c 'est comme ça, vous nous avez expliqué le système. Et j 'ai dit oui parce qu 'en contraire, moi, ça m 'aide beaucoup. Vraiment, c 'est… Même ça me sauve sur le plan alimentaire. Accepter, c 'est une grande chance quand on en a besoin. J 'ai trouvé ça tellement extraordinaire et à chaque fois que je vais acheter quelque chose, en fait je suis émue, je suis émue parce que… Et oui, non mais… Pareil hein ! J 'en ai oublié ! En tant qu 'ancien chef de cuisine, manger tous les jours des pâtes et de la sauce tomate, les spaghettis sauce tomate, j 'en ai mangé pendant parfois 15 jours d 'affilée. La viande, je n 'en achetais pas. Parfois un peu de poulet parce que c 'était pas cher,et je suis tombée aussi malade avec ça. Parce qu 'il me manquait des vitamines, il me manquait parce qu 'il faut quand même manger des légumes et des choses comme ça. Le système m 'a sauvé. Moi, je ne cache pas de le dire concrètement, pendant des années, j 'ai quasiment mangé que du lait et des biscuits. En fait, je ne cherchais même plus à me nourrir. C 'est pas de la nourriture, puisque je me nourrissais quand même, mais c 'est vrai que l 'essentiel, c 'était juste de ne plus avoir faim, donc si je pouvais prendre un café au lait parce que c 'est super indigeste et que ça dure longtemps, ça m 'allait quoi. Et pour mon fils, c 'est pareil, c 'était pas foufou, bon, je le nourrissais un peu mieux, mais c 'était quand même très… Je pense qu 'au départ, il y a une situation financière qui nous amène dans une précarité. Et ensuite, même quand la situation va mieux, on est habitué, en fait, on a exclu cette partie -là de notre vie, c 'est comme faire les magasins, je ne fais plus les magasins. Moi j 'ai marché pendant 2 -3 kilomètres pour arriver à cet endroit sur une route très dangereuse. J 'arrivais là -bas et quand j 'ai vu les prix j 'ai dit oups ! Moi j 'étais déçu. J 'ai regardé un peu. Bon, il y a la qualité. Mais c 'est… 10… Il n 'y a que le poulet là -bas, le poulet entier. J 'ai trouvé que ça valait le coup. C 'est un magasin bio ? Oui, et local. C 'est exorbitant les prix. Enfin, je veux dire, à un moment donné, je me dis, mais ils sont sur la Lune ou quoi ? Enfin, à un moment donné, il faut atterrir. Enfin, il faut, je ne sais pas, il faut être réaliste, c 'est tout. Je suis un peu le cherché. Et au final, c 'est quand même les produits de base, farine, sucre, pâte, riz, que je trouve vraiment de qualité. Et après, oui, ça va être légumes, les produits, les compotes, les céréales pour le lait. tout ça Tout ça, c 'est la priorité. Alors moi je suis beaucoup vieille et c 'est vrai qu 'elle est plutôt abordable, j 'ai regardé encore dernièrement là par rapport à Lidl Je vais aussi au petit marché, à Selneuve, et puis aux Arceaux, il y a la poissonnerie et il y a Boucher. Il y a la poissonnerie, il y a la… Mais j 'achète de la viande, que normalement je n 'achèterai jamais, et même du poisson, parce que avant, j 'allais toujours au même endroit, toujours chez Lidl, et j 'achetais toujours la même chose, c 'était toujours le même prix, et je ne le dépassais jamais. En fait, quand on a une restriction financière, on tourne toujours autour des mêmes ingrédients. Voilà ! Ah oui, oui, oui, oui !Et on reste dans cette habitude -là parce que, comme tu disais tout à l 'heure, c 'est l 'inconscient. Oui, on renonce quelque part inconsciemment. Oui, bien sûr. Et c 'est vrai qu 'avec la mona, le fait est de se dire « ah ben tiens, je peux me permettre, je vais pouvoir prendre tel ou tel produit », eh ben ça te ressort un petit peu Moi je pense aussi comme ça. Moi je pense aussi comme ça, moi je pense, tiens je peux m 'acheter ça, je vais pas toucher à ce qui me reste en vrai argent. Oui, oui, moi aussi. Oui, on sait. Ça veut dire que je dépense avec la mona, mais c 'est comme ça que tu peux payer des factures, des choses comme ça. En plus, c 'est bien organisé, il y a l 'application, donc on a les adresses où on peut aller faire les courses. Je ne dirais pas que c 'est contraignant, mais ça a quand même changé mon temps consacré aux courses. Parce qu 'aller en ville, ça veut dire du coup, c 'est un vrai temps, aller et retour. C 'est pas ce que… C 'est vrai que je peux pas faire mardi marcher, jeudi, machin, C 'est beaucoup de temps que je n 'ai pas. Quand on est un peu consciente aussi de toutes les cochonneries qu 'il y a même dans des légumes, c 'est vrai que moi, j 'arrivais plus à les manger en fait. Et j 'arrivais plus à les manger parce que c 'est cher, que ça n 'a pas de goût. Je sais qu 'il y a très peu de nutriments et beaucoup de substances toxiques. Donc j 'avais vraiment, vraiment du mal à les manger et ça me permet aussi de me réconcilier avec la nourriture en fait. Après, c 'est vrai aussi de sortir de ces réflexes un peu de restrictions. En fait, aujourd 'hui, comme je veux prendre la bonne farine de sarrasin avec de bons œufs, du coup, je recuisine parce que je n 'arrivais plus à faire. Donc on fait de superbes crêpes et les enfants mangent les crêpes avec le chocolat qui est pas mal, un espèce de Nutella bien bon. Et ça va le prix, franchement, ça va. Moi j 'adore la cuisine, c 'était mon métier. Et de pouvoir cuisiner des bons petits plats, c 'est un plaisir. Ouais, j 'y suis ! Je sais plus ce que c 'est un plaisir, c 'est vraiment s 'autoriser à vivre. Et après quand tu goûtes, enfin moi je suis comme ça, quand je goûte, j 'ai perdu le goût des bonnes choses. Ce sont des bonnes choses. Tu manges même trop vite, parce que c 'est tellement beau…C 'est une renaissance quelque part. Le fait est de changer son alimentation parce que moi je suis toujours un peu en surpoids. Quand je cuisine autre chose de différent, mon corps il l 'intègre, ça déséquilibre un peu et ça le rééquilibre aussi. Et depuis que j 'ai la chance d 'avoir la mona, j 'ai moins de problèmes de santé. En fait, c 'est quand même en fait l 'image qu 'on renvoie à l 'autre. C 'est dans l 'inconscience, c 'est comme ça. Donc c 'est vrai que de lui faire plaisir, ça va, voilà, ça va aider à créer du lien et l’isolement social, ça peut faire beaucoup de mal. Et je trouve que dans cette démarche, ça peut vraiment. Enfin, moi, j 'ai perçu cet aspect là. Donc maintenant, je me tourne plutôt vers des gens qui sont sensibles aussi à cette démarche -là, qui travaillent sur des projets à impact et tout. C 'était bien que je puisse participer avec mes petits trucs un petit peu originaux, plutôt que d 'apporter des tuques, et je trouve que ça compte aussi. Si on invite des copines et qu 'on a des petits trucs sympas, et bien socialement ça aide aussi à construire, à tisser des liens et puis d 'être digne, voire fier, enfin content de ce qu 'on a, même si c 'est des petites choses, des pistaches, des trucs. Mais c 'est vrai que c 'est important parce que c 'est aussi des choses qu 'on a du mal à faire, des petits trucs de plaisir à partager. Moi j 'ai des voisins avec qui on avait fait un petit apéro et ils sont venus à la maison et ils sont venus avec des amandes grillées. Ils sont excellents et du coup, quand on se fait plaisir avec mon fils, lui il prend ses pistaches et moi je prends mes petites amandes grillées d 'Italie. Et c 'est vrai que c 'était par un lien social, avec un partage, autour d 'un partage que j 'ai découvert aussi. Oui, c 'est ça C 'est ça derrière le plaisir. Il y a une autre dimension, il y a celle de la dignité, il y a d’autres choses que juste le plaisir gustatif.
Nora Bouazzouni
On est de retour, Quand tu me l 'avais fait écouter, j 'étais très émue, je pense qu 'il y a beaucoup de gens qui sont émues dans le tchat aussi, de voir que des gens qui disent que ça m 'a changé la vie, ça m 'a sauvé la vie. Donc on voit que ça fonctionne. Si on en doutait, ça marche, et des gens à qui ça change la vie, ben oui, c 'est vrai, non clean, ça donne envie de transmettre l 'initiative. Merci d 'ailleurs, merci de partager vos expériences dans le chat, de nous raconter comment ça se passe chez vous, ce que vous vivez. Quelqu 'un disait, je mange les mêmes plats tous les jours depuis un an. Mangez sainement après avoir passé des périodes à presque faire les poubelles pour récupérer la bouffe des voisins. Merci Dado Space de raconter tout ça. C 'est intéressant aussi d 'avoir vos retours dans le chat. Et oui, c 'est très touchant. Il y avait deux questions que je vais te poser, qui étaient posées juste avant qu 'on diffuse cet extrait sonore. Et Baldek Aldwin qui demandait si avec la Mona on peut acheter du matériel pour cuisiner, parce qu 'on sait que c 'est aussi ça qui peut empêcher de faire à manger, de se faire à manger, d 'avoir des poils, des casseroles, des couteaux, un frigo, un congélo. Est -ce que c 'est possible aujourd 'hui d 'acheter du matériel avec la Mona ?.
Pauline Scherer
Alors non ce n 'est pas possible, c 'est vrai que pourtant ça fait vraiment partie des inégalités sociales à la question de l 'équipement. mais c 'est vrai que ça n 'a pas encore été abordé par le comité citoyen, mais je soumettrai l 'idée. Je sais que ce qui est en cours de réflexion, c 'est pas uniquement avoir accès à des produits bruts, justement où il faut pouvoir cuisiner, mais pouvoir aussi accéder avec la MONA à des plats cuisinés, soit sur des cantines collectives, soit des plats emportés, enfin voilà, de prendre en compte le fait que cuisiner soi -même à partir de produits bruts, ça ne peut pas être une injonction. des fois on ne peut pas le faire pour des raisons d 'équipement, pour des raisons de temps, et je pense notamment à toute l 'approche genrée de l 'alimentation.
Nora Bouazzouni
J 'allais te dire ça, la charge dont tu parlais au début.
Pauline Scherer
Et de la charge qui pèse sur les femmes et donc du coup qui peut être, finalement, accentué par cette idée d 'une alimentation plus saine, cuisine et maison, etc. Donc ça, par contre, c 'est vraiment des choses qui sont prises en compte actuellement par le Comité citoyen, pour aussi faire, par exemple, de la caisse un projet féministe, parce qu 'on a pu observer dans les témoignages qu 'on a eus que ça peut être aussi un poids. Finalement que de devoir changer ses habitudes, aller faire ses courses ailleurs, ça rajoute du temps. Donc ça, ça fait partie des marges de progrès.
Nora Bouazzouni
Oui c 'est vrai qu 'on peut après le reprocher à ses femmes. Ah oui, mais attends, maintenant que tu peux, vas -y, cuisine, si tu as l 'argent pour, qu 'est -ce que tu attends, c 'est vrai. Il y avait une question aussi de Nockline qui demandait si, avec la Caisse alimentaire à Montpellier, vous avez rencontré des agriculteurs qui auraient refusé la démarche ou qui se sont montré un petit peu aussi la démarche, parce qu 'en fait, les supermarchés à qui ils vendent déjà, leur garantissent peut -être un contrat, leur garantissant un revenu.
Pauline Scherer
Alors, on ne l 'a pas eu directement parce qu 'on n 'est pas assez gros quelque part donc ce choix ne s 'est pas manifesté pour un des producteurs productrices. Non, je dirais que peut -être c 'est pas tant sur le côté débouché, c 'est plus qu 'il y en a qui ont pu être sceptiques au départ en disant qu 'est -ce que c 'est que ce gadget un peu bizarre, qu 'est -ce que ça peut réellement nous apporter par rapport à nos problématiques et clairement, enfin voilà, on n 'a pas encore toute réponse, c 'est sûr que… pour sécuriser des débouchés économiques pour des producteurs, faire en sorte qu 'ils planifient leur culture en fonction de cette nouvelle demande avec cette nouvelle clientèle, je pense qu 'on a encore une marge de travail à faire. Par contre, la question s 'est posée un peu, en tout cas dans le comité citoyen, parce qu 'on a une des membres qui est fille d 'agriculteur, à côté de Montpellier, pas très loin, sur le littoral, et qui justement travaille avec l 'intermarché du coin. Et avec qui, il y a tout un partenariat qui s 'est tissé. Et donc, on n 'est pas sur une grande surface hypermarché. On est plutôt sur une moyenne surface. Mais avec qui, il y a un partenariat assez solide, voilà. Et donc, qui a vachement soulevé cette question -là en disant, bah ouais, mais du coup, comment on va pouvoir, nous, garantir ce type de choses à un producteur ? Donc, la question s 'est posée. Mais voilà, plutôt de manière détournée. Et effectivement, ça fait partie des gros sujets. Après, nous, aujourd 'hui, qu 'est -ce qu 'on peut faire avec la petite échelle qu 'on a ? c 'est montrer les possibilités, les chemins, on va dire, d 'impact, comme on dit, et qu 'est -ce que ça ferait si c 'était réellement national, si c 'était réellement massifié. Mais nous, à notre échelle, on ne peut pas tout démontrer en termes d 'impact parce qu 'on est trop petit.
Nora Bouazzouni
Et bien justement, nationale. Alors, je disais qu 'il y a une trentaine d 'expérimentations en France, vous la retrouvez sur le site de la Sécu sociale d 'alimentation. Lyon, Paris, Cadenet, on parlait aussi. D 'ailleurs, Cadenet, ils font des rencontres nationales là, dans une semaine, à Cadenet. J 'y serais, d 'ailleurs, à Bordeaux aussi. Donc, j 'imagine que le but, comme pour la Sécu de santé, c 'est donc d 'étendre le régime général de la Sécu à l 'alimentation. Ça te semble envisageable dans un avenir proche ? pas trop éloigné, et qu 'est -ce que tu… Voilà. C 'est que ça prête, qu 'on a déjà une masse critique, ça prête une dimension nationale, voilà. C 'est quoi, toi, ton sentiment aussi personnel et d 'expérience là -dessus ?
Pauline Scherer
Moi ce que je dis souvent, c 'est que ce qui m 'intéresse aujourd 'hui dans ce projet de SSA, c 'est que c 'est un horizon mobilisateur. Ça nous met en mouvement, ça met en mouvement des citoyens, ça met en mouvement des chercheurs, ça met en mouvement dès assos. Ça crée un espace un peu d 'espoir. Par exemple, nous quand on a fait notre séminaire là au mois de décembre, on a diffusé là le son que vous venez d 'entendre. Il y a eu énormément d 'émotions, il y avait 350 personnes, des gens qui pleuraient. C 'est pas dire qu 'il faut qu 'on pleure, mais c 'est juste dire, Voilà, ça crée peut -être un espoir de se mobiliser pour quelque chose qui paraît pas complètement inatteignable. Voilà, une fois que j 'ai dit ça, je vais aller plutôt dans les limites. Comme je le disais au départ, on n 'est pas dans un contexte politique qui va favoriser ce genre d 'approche. Redistribution, solidarité, nouveaux contrats sociaux, justice sociale, voilà, j 'ai pas besoin de faire un dessin plus que ça. Donc le contexte n 'est pas du tout favorable à l 'institutionnalisation d 'une SSA aujourd 'hui. Quand on a institué la Sécu de Santé, c 'était après -guerre, c 'était un ministre communiste, c 'était des circonstances très différentes et puis une société qui fonctionnait aussi très différemment. Mais d 'ailleurs, j 'ai vu que dans le tchat, il y avait cette question -là. On ne peut pas non plus transposer littéralement l 'histoire de la Sécu de Santé à celle de la SSA. Ce n 'est pas tout à fait les mêmes mécanismes par rapport à ça.On n 'a pas tous besoin de gros traitements de santé tous les jours. Par contre, on a tous besoin de manger. Donc, il y a encore des questionnements sur ce parallèle. Donc voilà, par contre, ce qu 'on observe, c 'est qu 'il y a un vrai mouvement qui est en train de se mettre en place autour de cette idée -là. Elle a fédéré du monde, elle a mobilisé du monde, il y a énormément d 'expérimentations qui se montent, de groupes locaux qui se montent autour de cette idée de SSA. Et donc ça, pour moi, c 'est un signe qu 'il faut qu 'on continue, alors même si c 'est à petite échelle, il faut qu 'on continue à travailler la question et à cogiter, à réfléchir, à rassembler du monde autour de ça. Puisque là finalement il y a un peu trois chemins qui s 'offrent à nous. qui sont complémentaires. Le premier, comme on dit, c 'est d 'approfondir ce qu 'on fait. Donc nous, c 'est ce qu 'on va faire à Montpellier. On repart sur deux ans et on va essayer d 'aller plus loin, d 'aller plus loin sur la réduction de la précarité alimentaire. faire de l 'alimentation à ce sujet de démocratie, agir sur les pratiques, agir sur l 'offre, agir sur les inégalités de genre, etc. Donc il faut qu 'on approfondisse ce qu 'on fait, que la démonstration soit peut -être encore plus forte que ce qu 'on a pu faire jusque là. Le deuxième chemin c 'est les connexions qu 'on est en train de faire avec toutes les expérimentations qui se passent un peu partout en France. Il y a une intercaisses la semaine prochaine à Cadenet dans le Lubéron,Il y a de plus en plus de connexions, là nous on est très connectés avec Toulouse, avec la Gironde, on reçoit énormément de demandes de soutien, de petites expérimentations au milieu rural par exemple, donc dans la mesure de nos possibilités, on essaie de soutenir Donc ça, c 'est ce qu 'on pourrait appeler la mise en mouvement.
Nora Bouazzouni
C 'est -à -dire soutenir dans le sens où vous parlez, vous discutez de ce qui s 'est passé, où on se met les savoirs. Discuter de ce qui s 'est passé ou transmettre les savoirs.
Pauline Scherer
Répondre à des questions, donner des billets pour aller chercher des financements, enfin voilà. Donc ça c 'est plutôt un mouvement on pourrait dire latéral de se mettre en mouvement et faire politique ensemble autour de ce sujet là et se renforcer les uns les autres et s 'autocritiquer aussi parce que voilà, il y a aussi des choses qui sont qui sont questionnables. Et puis un dernier mouvement qui est plutôt l 'idée de monter en politique publique on va dire. Donc là, c 'est ce qui peut se passer, par exemple, ce qui s 'est passé avec le fait que des députés… Écolos et Nouveaux Fronts Populaires, il y a eu 59 signatures de députés, présentées à l 'Assemblée.
Nora Bouazzouni
Et même 102 députés, je crois. Ah oui, vous étiez resté à 59. Moi j 'avais eu 102, mais c 'est vrai que j 'avais entendu ce chiffre -là aussi. Je rappelle donc, fin février, le groupe Écolos, il y avait une niche parlementaire, c 'est -à -dire qu 'ils avaient une journée pour présenter plusieurs propositions de loi, et donc il y avait une proposition de loi transpartisane à l 'Assemblée, signée par 102 députés, il me semble, portée par le député NFP du Rhône, Boris Tavernier notamment. Elle a été adoptée en commission, on va vous mettre les liens aussi d 'ailleurs. Je me rappelle les gens… par rapport à ces propositions de loi et une interview de Boris Tavernier qui est assez éclairante là -dessus, donc elle a été adoptée en commission, bon, au Sénat. On rappelle que du coup, la commission est d 'accord, mais au Sénat. au Sénat, qu 'on rappelle que du coup les commissionnaires…
Pauline Scherer
Non, puis comme je disais tout à l 'heure, je pense qu 'il y a une question aussi de maturité de l 'idée. En tout cas, ce qui était proposé là, c 'était une loi d 'expérimentation, ce n 'était pas la Sécurité sociale et l 'alimentation. C 'était d 'essayer d 'obtenir un peu plus de moyens pour expérimenter un peu plus tout ça. Donc là, est -ce qu 'on a un enjeu aujourd 'hui à ce que ce soit porté de manière institutionnelle, le dialogue avec les députés, on va dire que c 'est un autre chemin pour essayer de faire monter un peu cette idée dans des sphères plus institutionnelles. Donc là, c 'est bas.
Nora Bouazzouni
Et puis c 'est aussi, pardon, un bon moyen, cette loi, même s 'ils savent très bien que le Sénat va jamais la faire passer puisque le Sénat, on sait de quel côté ils sont politiquement, de médiatiser, parce que c 'est vrai que là, en fait, moi, la SSA, je la connais depuis quelques années, mais ça fait à peu près un an. que des médias mainstream, parce qu 'on avait beaucoup de médias indépendants à gauche, reporters, bastas, etc. qui en parlaient régulièrement, Montpellier d 'ailleurs a fait l 'objet de plusieurs reportages, mais les médias mainstream, il y a eu au JT de France 2, je crois, un reportage dessus sur TF1, des médias nationaux, on en parlait, et avec cette proposition -là, fin février, il y a eu quand même beaucoup d 'interviews, donc ça permet d 'être présent aussi médiatiquement.
Pauline Scherer
Ben oui, c 'est vrai que je pense que cet enjeu de faire connaître, de débattre, de bonnes, mauvaises idées, pourquoi, comment, je pense que c 'est aussi un des gros enjeux de ce qu 'on fait. Après, sur la stratégie, je pense qu 'on pourrait en débattre longuement avec le tchat, et puis voilà, c 'est des débats qui ont lieu aussi beaucoup au sein du collectif national. voilà, est -ce qu 'il y a une recherche d 'institutionnalisation, est -ce qu 'on passe par un mouvement social, enfin voilà, c 'est toute la question de comment on peut conquérir des nouveaux droits, comment on peut faire advenir du changement, bon ben ça, voilà, c 'est un large débat sur la stratégie, mais en tout cas, moi, j 'identifie un peu ces trois dynamiques qui sont là, qui sont à l 'œuvre, donc voilà, faire plus d 'expérimentations, aller plus loin sur ce qu 'on peut faire localement avec les groupes engagés, Parce que ce n 'est pas rien non plus les effets que ça produit sur des personnes qui s 'impliquent dans les caisses. Voilà, il y en a pour qui ça a vraiment changé beaucoup de choses dans leur vie. Donc ça, je pense que c 'est aussi important de le dire, même si c 'est de petite échelle, ça fait partie de ce pourquoi on fait les choses. Ce mouvement plutôt de mise en mouvement par les initiatives elles -mêmes, et puis ce dialogue avec des représentants politiques, fait avancer l 'idée, comme on dit, un peu la bataille culturelle.
Nora Bouazzouni
Salvagraph, est -ce que dans un futur proche, il y a une idée de fusionner les caisses de différentes SSA locales ou du moins qu 'elles puissent aider entre elles quand une peut être en difficulté par exemple, c 'est intéressant ça.
Pauline Scherer
Je crois que ça a été abordé par quelqu 'un sur l 'inter caisse justement de dire est -ce qu 'on pourrait aller vers une solidarité inter caisse 'est pas encore sur la table je pense ça poserait pas mal de questions de mise en œuvre mais je sais que ça a été abordé mais plutôt comme une voilà comme une piste
Nora Bouazzouni
Merci pour ceux qui ont pris des abonnements, merci pour les raids. Taxi collectif dit que j 'ai élagué des questions parce que sur la Nef, oui, non, En fait, je n 'ai pas élagué, je n 'ai pas fait semblant La caisse n 'est pas à la Nef. Voilà, c 'est pour ça que je ne l 'ai pas posé, parce qu 'en fait, la caisse de Montpellier n 'est pas à la Nef. Donc je me suis permise de demander à Pauline que je vous dise, de façon transparente, pendant que le fichier audio était en train de passer, j 'ai dit il y a une question sur la Nef, est -ce que tu veux y répondre ? Elle m 'a dit, la Nef n 'a pas de billes dans la caisse alimentaire commune, donc c 'est pas de la censure, vous inquiétez pas, c 'est qu 'il n 'y a pas de raison d 'y répondre
Pauline Scherer
Pour l 'instant, la mona, c 'est comme je disais, ce n 'est pas une monnaie locale. C 'est plus un outil de transaction qu 'on a créé en gros en logiciel libre tout simplement pour que les gens puissent faire leurs achats. Mais sinon, voilà, c 'est l 'association qui gère l 'argent,
Nora Bouazzouni
Du coup, ce qu 'on n 'a pas dit, c 'est que c 'est une carte.
Pauline Scherer
C 'est un système numérique avec un code, oui. C 'est ça, il n 'y a même pas de carte. C 'est un système numérique avec un code.
Nora Bouazzouni
C 'est pas de la monnaie papier, c 'est une appli sur le téléphone. Donc merci, Télévie Le Kivu, d 'avoir reposé. Non, non, vraiment, il n 'y a pas de censure. J 'ai posé la question à Pauline. On va terminer. Il est 19h33, c 'est magnifique. On avait parlé des droits à l 'alimentation tout à l 'heure et je n 'avais pas cité les travaux de Magali Ramel, qui est une chercheuse française qui a écrit une thèse sur le sujet. Elle a aussi écrit des articles, donc on va vous mettre aussi les liens sur les articles et interviews de Magali Ramel. Je vous conseille vraiment de lire ou d 'écouter ce qu 'elle a pu faire. La thèse est longue, si vous n 'avez pas le temps, il y a d’autres choses que vous pouvez voir, on mettra les liens dans le chat. Il n 'y a même pas de carte en fait. Pour terminer, Pauline, si les gens qui nous regardent ou qui nous écoutent veulent lancer une expérimentation de SSA chez elles, chez eux, hormis le site qu 'on a cité, tous les sites, les guides pratiques qui existent, sont -ce que moi, par exemple, demain, sachez qu 'à Paris, il y en a aussi, s 'il y a des parisiens et parisiennes, dans le 20e, ça se lance, dans le 14e aussi, dans le 18e aussi, il me semble. Mais est -ce que moi, vraiment, je peux aller voir le maire de mon arrondissement, ma députée, comment est -ce que je peux faire concrètement, est -ce que je peux envoyer un message ? Qu 'est -ce que tu conseillerais de faire à des gens et à des gens qui ont envie ?
Pauline Scherer
Ce que je conseillerais c 'est déjà de se regrouper, je pense que ce qui fait la force quand même de l 'expérimentation et puis derrière du projet de SSA, c’est cette capacité d 'auto -organisation. par des habitants, des habitantes, voilà, cette capacité de se regrouper, de mettre un sujet sur la table, de s 'emparer de quelque chose, voilà, peut -être avant d 'aller chercher les politiques, même si je pense que nous, dans notre histoire à Montpellier, ça a été une alliance assez importante puisque il y a eu cette alliance quand même avec les collectivités locales, avec des élus locales. puisque ce sont des femmes, et qui ont pu embarquer un peu avec nous dans cette expérience. Ça a été quand même assez important pour nous. Après, en fonction des configurations locales, ce n 'est pas toujours le mieux à faire. Mais en tout cas, c 'est déjà se regrouper, essayer de constituer un groupe, parce que je pense que ce qui fait la force et ce qui peut continuer de faire la force du projet, c 'est que ce soit réellement gouverné, on va dire, par des citoyens et des citoyennes.
Nora Bouazzouni
Merci beaucoup Pauline Scherer, je rappelle que t 'es sociologue, intervenante en recherche action et que tu copilote depuis deux ans la Caisse alimentaire commune de Montpellier qui est une des trente expérimentations de SSA en France.Merci aux aupostiennes, aux aupostiens d 'avoir suivi et participé dans le chat à l 'émission. Vous pouvez l 'envoyer, la partager, vous pouvez vous abonner sur YouTube. Il nous manque une poignée d 'abonnés pour pouvoir prétendre aux aides financières.Merci à tout le monde, merci à Nayan, merci à Euryale, merci Auposte, à bientôt !

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