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Face à CNews et TF1, les médias indés doivent-ils fusionner ?

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Transcription de l’émission

Mathieu Molard
Bonjour merci d'être si nombreux, je prends trente secondes pour vous expliquer, c’est une table ronde, un débat, une discussion, tout ça, je vais vous présenter mes voisins et voisines. C’est aussi une émission qui est diffusée en direct sur Twitch et qui va être rediffusée sur le YouTube de StreetPress tout cela je vais l’expliquer, mais c’est pour ça que je vais faire un lancement un peu formel. Voilà, je vous donne un peu le contexte avant qu’on commence mais c' est parti ! Donc, bienvenue à cet épisode de rentrée du podcast des indés, enregistré pour la première fois en public, c’est un podcast de StreetPress c est un média d’enquête, de reportage et de documentaire entièrement en accès libre, c’est un média engagé contre l’extrême droite et les discriminations et pour un monde plus juste. À ma côté, j’ai la fine fleur du journalisme indépendant, Anna Jégo, cofondatrice du Média Commune, salut ! C’est un jeune média qui aide à mieux comprendre les sujets d’immigration. Tout ce qu’ils font est clair, didactique et vrai, et si vous ne connaissez pas, allez voir, notamment sur Insta. Robin Andraca, tu es rédacteur en chef d’Arrêt sur image, le média de référence de la critique des médias. Vous faites de l’enquête et de l' analyse, mais je pense, et vu l’ovation, il n’y a plus besoin de vous présenter. Et enfin, David Dufresne, tu as presque tout fait, de la presse écrite, de la télévision, même si tu n’aimes pas trop qu’on le rappelle des livres, t’es d’ailleurs l’auteur d’un de mes bouquins de journaliste préféré, Tarnac Magasin Général, et tu sors là, ces jours-ci, un livre qui retrace l’histoire de ta grand-mère, qui était une terroriste d’extrême gauche, j’utilise des mots qui font peur, mais ça fait vendre. Pas du tout, elle était écoterroriste. Pardon. Voilà, et surtout, d’Extrême Gauche. Et surtout, tu as monté, Au poste, un média sur Twitch.
David Dufresne
Alors, personne n’a rien compris. Elle a fait sauter la centrale nucléaire de Fessenheim le 3 mai 1975, qui était en construction. Merci pour elle.
Mathieu Molard
Voilà, je reprends, c'était pas dans mon conducteur, mais c’est pas grave. Et donc, surtout, tu as monté, au poste, un média sur Twitch, et on est d’ailleurs en direct sur Twitch. Bonjour à tous, et, on prendra, au fil de l'émission, les questions du tchat. Donc, bonjour à tous ceux qui nous suivent, là, en ce moment. Le sujet du jour. Alors, c'était écrit à l’entrée. Est-ce que, pour être plus fort, Ferrari à CNews et TF1 ? Est-ce que les médias indés, qui sont réunis dans ce village aujourd’hui, devraient tous fusionner pour ne devenir plus qu’un seul média ? Qu’est-ce-que vous en pensez, Anna ? Je te lance.
Anna Jégo
Moi, je dirais non. Je dirais qu’une fusion totale, en tout cas, c’est pas souhaitable. Déjà, pour la pluralité éditoriale, et pour la diversité des points de vue. Mais je pense qu’il y a quand même des choses à mettre en place, de plus en plus, pour garder un côté de solidarité et d’entraide entre nous.
Robin Andraca
Bah non, mais moi, je vais donner une réponse à peu près similaire, qui est que, en fait, pour la pluralité de l’information et pour permettre aux gens d’avoir un vaste choix, parce qu’au poste, arrêts sur images, communes, StreetPress c’est des trucs qui sont hyper complémentaires, qui répondent à des obsessions différentes. Et du coup, non, je ne pense pas que ce serait, je comprends la question un tantinet provocatrice. Mais je pense que je n’ai pas du tout envie de faire comme l’extrême droite, qui a plein de médias qui racontent exactement la même chose tous les jours. Donc non, tant qu’on peut continuer comme ça, je pense que c’est mieux.
David Dufresne
Eh bien, c’est un débat, donc je vais dire que oui, nous devons tous fusionner. Mais tout de suite, immédiatement, je veux les caméras d’arrêt sur images, je veux des moyens d’enquête de StreetPress. Non, évidemment, je déconne. On est très emmerdé parce que personne ne veut fusionner, donc je ne sais pas comment ce débat est tenu par Mathieu Molard, parce qu’il ne s’est pas présenté de la maison StreetPress, lui-même rédacteur en chef, ou… Eh ouais, bah ouais. Je ne sais pas ce qu’on va pouvoir vous dire. Alors, en fait, est-ce que tu veux expliquer l’objet provocateur ? En fait, c’est à cause de StreetPress, puisque Olivier Legrain, millionnaire, qui est derrière la Maison des médias libres, on pourra en parler, puisqu’on participe à l'édification de cette Maison des médias libres a proposé dans StreetPress une espèce de truc complètement dingue. Il voudrait qu’on fusionne tous dans un…comment il appelle ça ? Une holding. Et là-dessus, il s’est dit, tiens, si on faisait un intitulé de débat, faut-il fusionner ?
Mathieu Molard
Je ne suis pas plus que les autres pour cette fusion, mais je pense qu’il faut expliquer ce qu’y a derrière son idée, que je ne partage pas, mais qui n’est pas si dingue. Il y a l’idée de se dire qu’on pourrait peut-être partager des comptables, qu' on pourrait partager du matériel, que tout n’ait pas à jeter. Et je pense que c’est aussi le projet de la Maison des médias libres de dire qu’on pourrait se réunir à un endroit qui fait qu’on pourrait mettre en commun un certain nombre de choses. Et d’ailleurs on est isolé, mais on est un archipel, une somme d'îles, ces médias indépendants, mais il existe des passerelles nombreuses. Par exemple, au poste cette année, vous travaillez avec Mediapart. Comment ça se passe ? Vous vous entendez bien ?
David Dufresne
Eh bien justement, hier, j’avais une réunion à Mediapart et comme je te disais quand on a préparé le débat, effectivement, depuis un an, au poste hacke Mediapart en faisant une émission mensuelle sur l’extrême droite, eh bien le résultat est un échec total de cette collaboration. C’est-à-dire que le plaisir est intense, donc ça c’est super, les invités c' est super, etc Ça ne rapporte rien ni à auposte, ni à Mediapart. Il n' y a pas plus d’abonnés pour Mediapart, et pas plus de donateurs pour au post. Donc d’un point de vue purement d’intendance, cette collaboration ne sert pas. Elle sert sur d’autres choses. Elle envoie un signal qui est de dire, face à un ennemi qui est l’extrême droite, soyons unis. Et c'était d’ailleurs le point de départ du village des médias indépendants il y a deux ans avec ce que vous avez pu faire place de la République. Ou tout d’un coup, il y a eu un truc qui était de dire, voilà, il ya une urgence anti-fasciste à mener, on va se mettre ensemble, là où d’ordinaire, on ne travaille pas forcément les uns avec les autres. Donc ce que je voulais dire, c’est qu' effectivement la collaboration au poste Mediapart, elle est très plaisante, mais en fait, on n’additionne pas les publics. Et c' est ça, le truc qui est un peu triste, c' est que… BFM additionne le public de ses news, mais nous on n’additionne pas le public, c’est-à-dire, vous êtes là. Voilà, les gens qui aiment les médias indépendants, ils sont là. Ils ne sont pas extrêmement nombreux, et merci infiniment tous d'être là, évidemment. Mais je ne suis pas sûr que les collaborations vont ouvrir l’audience des uns et des autres. Oui, on pourrait poser une question après.
Mathieu Molard
Après, il y a des expériences quand même qui ont marché. Anna, vous, vous travaillez avec Histoires Crépues, et déjà, est-ce que tu peux nous raconter quelle est cette collaboration, et est- ce que pour vous, c’est positif, est ce que ça a marché ?
Anna Jégo
Oui, nous, c’est quelque chose qui marche très bien, qui nous apporte… Je suis un peu stressée, du coup, je tremble un peu, mais tout va bien. Qui marche très, qui apporte beaucoup d' abonnés à chaque fois. Eux, ils ont beaucoup plus d’abonnés que nous, et ça leur apporte quand même des abonnés et surtout beaucoup de vues sur les vidéos. Ils ont fait des meilleures statistiques sur la vidéo qu’on a fait ensemble que plusieurs qu’ils avaient fait avant.
Mathieu Molard
Pour qu’on comprenne bien, c’est des vidéos sur Instagram qui sont postées par les deux médias.
Anna Jégo
Oui, des capsules réseaux sociaux qui sont posées sur les comptes de chaque média, en fait. Et oui, ça marche très bien, même celle qu’on a fait avec vous aussi, avec StreetPress, nous, ça nous a apporté un nombre d’abonnés assez énormes. Donc, je pense que pour des médias un peu plus petits qu’au poste, ça marcherait bien.
Mathieu Molard
Je pense que sur les réseaux sociaux, et notamment sur Instagram, l’outil, le réseau social, il est pensé aussi pour ça et il aime beaucoup. L’algorithme, il aime bien ça, donc il favorise et il pousse et on en profite. Parce que oui, on est très critiques les uns et les autres des réseaux sociaux, mais malheureusement, on n’est pas présent sur un certain nombre de réseaux sociaux, pas tous. C’est aussi comme ça qu’on touche des gens et je suis sûr que dans cette salle, il y a plein de gens qui connaissent. David Dufresne, parce qu'à un moment, il a été sur Twitter, il fait deux, trois machins pendant les Gilets jaunes. Parce que vous, vous êtes sur Instagram, parce que nous, on est sur Instagram. Et c’est là que beaucoup de gens nous découvrent. Donc, on a beau être critiques de ces réseaux sociaux. Aujourd’hui, nous, nous avons besoin de Arrêt sur image, vous avez un projet de plateforme d’abonnement. C’est aussi une forme de collaboration et qui est, pour le coup, sur ce qu’on disait, sur mettre ensemble des moyens administratifs, logistiques.
Robin Andraca
C’est quelque chose en fait que les gens, et notamment l’année dernière quand on était à la fête de l’Huma, nous réclamaient énormément en nous disant, en gros, nous, on aimerait soutenir plein de médias indépendants, mais on n’a pas les moyens et tout. Et c’est pour ça que Arrêt sur image, d’aller chez Norman et à l’origine d’un projet qui s’appelle la presse libre, ils ont un centre juste là. C' est donc la première plateforme, donc deux médias indépendants, qui réunit plusieurs médias. Et qui vous permet en fait de vous abonner pour un montant fixe. À huit médias indépendants différents, dont Arrêt sur image, Reflet, Politis Rue 89 en région. Et donc voilà, vous pourrez aller les rencontrer, ils sont juste à côté.
Mathieu Molard
Et dans un an, on fera le bilan. Est-ce que ça a marché ?
Robin Andraca
Alors, ça commence mi-octobre. Et donc, dans un an, on pourra commencer à voir, d’autant qu’on a l’ambition d’ouvrir ce portail à d’autres médias qui ne nous ont pas encore rejoints, mais qui pourront le faire ensuite.
Mathieu Molard
Et après, il y a d’autres formes de collaboration. Il y a des collaborations éditoriales. À StreetPress, on en a fait plein. On a fait les Drahi Leaks. Patrick Drahi a, c’est un milliardaire qui était propriétaire de BFM, de Libération, de SFR, de médias dans le monde entier. Et à un moment, les copains de Reflet, qui ont leur stand dans le coin là-bas, ont récupéré un Leaks, c est-à-dire des millions et des millions de pages de données qui avaient été piratées par des hackers russes. Et que ces hackers, d’abord, ont tenté de faire chanter Patrick Drahi. Ils lui ont demandé quelques millions. Il aurait refusé. Ils ont tout balancé dans un recoin du dark web. C’est plus romanesque de le dire comme ça. Et Reflet, ils ont récupéré ces données. Et face à cette montagne de données, ils ont pris le téléphone et ils ont appelé plein de médias. Et avec Blast et StreetPress, tous les trois, on s’est mis ensemble. Et on a enquêté. Et on a enquêté pendant 18 mois. D’abord, ça a permis de ne pas tout faire le même travail. C’est-à-dire que des fois, on est plusieurs médias enquêtés sur le même sujet et on perd un peu d'énergie. Et aussi, au moment où on a sorti ces enquêtes, on avait imaginé un petit truc marrant, c’est qu’on disait rendez-vous demain à 9 heures. Et à 9h, on disait on sort un scoop par heure toute la journée. Et on faisait monter comme ça la sauce. Et nous, sur StreetPress, on a fait 1,5 million de vues en une journée sur ces enquêtes-là. Blast, ils ont fait d' excellentes audiences sur les vidéos de ces enquêtes. Et ce travail collectif a très bien marché. Et on avait fait une cagnotte commune qui fait que les gens pouvaient se soutenir et on a pu financer le projet comme ça. Parce que, voilà, sur des opérations comme ça, il y en a. Et il y a en a à imaginer. Et c'était rentable ou pas ? Soit sincère. Je ne pense pas que ce soit… C'était pas loin d'être à l'équilibre parce que ça a quand même permis de ramener pas mal d’argent. Mais surtout, ça… Nous, on vit des dons. On est un média en accès libre. On vit des dons. Il y en a d’autres qui sont sur abonnement et c’est les deux modèles principaux dans les médias indés. Et nous, 80 % des dons, on les fait au moment d’une campagne annuelle. On dit à tout le monde, « Eh les gars, oubliez, les gars les filles, si vous ne nous faites pas de dons, on crève. » Et c' est parce qu’on dit ça que les gens nous font des dons. Ça marche, tant mieux. On grandit, tout ça, on est contents. Je crois que vous, vous êtes un peu sur le même modèle.
Anna Jégo
Ouais, c’est pas le discours en marche. Enfin, vous donnez pas de dons, on crève.
Mathieu Molard
Ouais, essayez l’an prochain, ça marche mieux. Non, mais c' est une réalité. A partir du moment où c’est notre première source de revenus, si on supprime les dons, ben on n’existe plus. C' est comme sans les abonnements, vous mourrez.
Robin Andraca
Et merci d’ailleurs si y a des gens qui sont abonnés ou qui donnent dans la salle.
Mathieu Molard
Et toi, tu vis aussi grâce aux dons ?
David Dufresne
Oui, oui, absolument. Le modèle, c' est celui du don. Et c’est assez rigolo parce qu’on a lancé une forme de sondage cet été chez tout le monde, tous les aupostiens et les aupostiennes, et notamment les donateurs et les donatrices. À qui on proposait ? Est-ce que vous aimeriez avoir l' exclusivité pendant 24 heures, 48 heures, d’un certain nombre de contenus, avant de le verser pour tout le monde ? Et y a une levée de bouclier magnifique en disant mais moi je donne pour que tout le monde puisse regarder. Je donne, j’ai des moyens de donner pour partager. Donc je ne veux pas l' exclusivité. Et donc on vous parle de beaucoup d’argent depuis le début parce que c’est en fait quand on dit face à CNews, face à TF1, c' est de ça dont on parle. En dehors de leur idéologie, c' est leur moyen financier qui est sans commune mesure avec les nôtres. Donc on essaie les uns et les autres de trouver des moyens de survie et je trouve très beau. Chez les donateurs d’au poste, et je pense que c’est le cas ailleurs, à StreetPress, etc, où il y a cette idée de non, non, moi je donne pour que ça existe, pour que ça circule. Et pas du tout pour avoir en exclusivité, arrêt sur image, vous avez un système, les abonnés votent toutes les semaines je crois. Pour deux contenus. Deux contenus gratuits, voilà. Donc ça c' est effectivement, nous notre modèle il est là. Enfin modèle, c’est pas un modèle, mais notre façon de faire c' est celle-ci.
Mathieu Molard
Est-ce que vous pensez qu’on devrait travailler plus ensemble ? Est- ce que par exemple, on devrait, au moment des grandes périodes électorales, monter une émission tous ensemble ? Est- ce qu' on devrait faire des enquêtes tous ensemble, ou ça a ses limites ?
Anna Jégo
Je sais pas si ça a ses limites, mais moi je suis clairement pour, et on le voit par exemple sur ce que vous avez fait au moment des législatives, c'était hyper fort, et on a vu que ça avait un vrai impact. Je pense que ce serait cool que tu expliques un peu ce que vous avez fait.
Mathieu Molard
Au moment des législatives, à StreetPress on a fait deux choses. D’abord notre travail de journaliste, c’est-à -dire enquêter. On a sorti en 5 semaines à peu près 60 enquêtes. On prenait la liste des candidats d’extrême droite, par le haut, par le bas, par la milieu, et on épluchait toutes les candidatures. À la fois il y avait des journalistes spécialisés, certains sont dans la salle, parce qu’ils ont l’expérience du sujet, et ils savent que dans certains territoires, il y a plus de chances qu’il y ait des liens avec des groupuscules violents, parce qu’ils savent des fois sur un nom de famille. Par exemple, il avait un candidat, on apprend que son nom de famille c'était Gana, mais quand on est spécialiste de l’extrême droite, Gana c’est un nom famille qui parle, parce qu’il y avait son frère qui avait été à la tête d’un groupuscule qui a été interdit. Donc on se dit, oh lui doit avoir un passé intéressant, etc. On a enquêté comme ça, et on travaillait. De manière un peu informelle avec d’autres médias, je vais peut-être briser un secret, mais on avait créé un petit groupe de signales avec les gens de Mediapart, et de temps en temps on se disait, là-dessus t’as quelque chose, nous on bosse sur tel candidat, ils disaient, ah bah j’ai ça, je vous laisse si vous avez le truc, et nous on se concentre sur un autre, il n’y avait pas le temps, il y avait tellement de travail à faire, donc on faisait ce travail-là d’enquête. Et puis, on a lancé, mais pas tout seul, avec plein de médias indépendants, on était une soirée, une soirée du fond pour la presse libre, qui devait soutenir financièrement un certain nombre de médias, dont StreetPress, donc on y était, et tout le monde parlait de ces projets, sauf qu’il venait d’y avoir une dissolution, et on se disait, non mais ça n’a aucun sens, on est déconnecté avec le monde qui nous entoure, on est en train de parler de projets qui sont certes importants, qu’on avait imaginé il y a plusieurs mois, mais là, on est à un moment où, Bardella, il est peut-être premier ministre dans trois semaines, c’est complètement cinglé, on vit en dehors de la vraie vie de ce qui va se passer. Et, à ce moment-là, on dit, non non mais on arrête, venez, à la fin on se parle. Et on s’est réunis, on a discuté, d’abord à trois, quatre, qu’est-ce qu’on pouvait faire, et puis je crois que c’est Karine, la directrice de Mediapart, qui a dit, venez, on fait un truc Place de la République. Et on se dit, ah ouais, on pourrait faire un grand événement Place de La République. Et puis on a passé des coups de fil, d’avoir appelé les médias, puis après les associations, les syndicats, la CGT, tout le monde est venu, et on s’est retrouvé à être 100 000 Place de La République pour un grand rassemblement, et.
David Dufresne
Selon les organisateurs.
Mathieu Molard
Selon… Pas du tout. Je ne sais pas de quoi tu parles. Et on avait surtout la collaboration des médias, aussi il y avait les responsables des réseaux sociaux des différents médias qui étaient réunis dans une même pièce pour partager tous les contenus qui sortaient ce jour-là pour qu’il y ait un max de bruit et que ça circule un maximum. Et je pense qu’y a aussi peut-être une piste à réfléchir sur est-ce qu’on pourrait pas se donner un peu plus de force pour visibiliser le travail des uns des autres. Après, arrêt sur image vous êtes aussi bien placés pour savoir qu’on n’est pas tous pareils et qu’il y a une question de pas trop uniformiser ce qu’on fait.
Robin Andraca
Ben c’est ça, ouais, et puis les médias se singularisent aussi par les enquêtes qui sortent, c' est ça qui leur permet de récolter des dons. Et on ne va pas se cacher non plus sur le fait que les journalistes aiment bien sortir des enquêtes sur les médias pour lesquels ils bossent en fait. Bon, par ailleurs, nous, à arrêt sur image, on a un truc où bosser avec d’autres médias, étant donné qu’on est censé les critiquer, c’est un peu contre-nature quoi. Mais malgré tout, en fait, le contexte politique fait que depuis quelques années, on est obligé en fait de s’assouplir un petit peu là-dessus. Parce que, par exemple, un projet comme la Maison des médias libres, dont tu parlais tout à l’heure, qui est donc un projet dans le nord de Paris avec un bâtiment qui est repris par Olivier Legrain et qui doit héberger, d’ici la fin 2026, début 2027, beaucoup, beaucoup de médias indépendants, ben arrêt sur image, par ex, dans l’intention en tout cas, a répondu pour l’instant favorablement à ça. Mais pour nous, ça veut dire cohabiter, partager… Par exemple, des soucis administratifs avec des médias qu’on va peut-être critiquer aussi. Ça, c’est un truc qui aurait été inenvisageable pour nous il y a 5 ans même, mais qui aujourd’hui, de par le contexte politique, et ça dit quelque chose aussi je pense, on n’est pas obligé de le faire, mais on y réfléchit très sérieusement quoi.
David Dufresne
Juste pour préciser, cette maison des médias libres, c’est quoi ? C’est en fait de proposer aux médias indépendants, de gauche, parce qu’il y a une charte quand même à respecter, faut pas déconner.
Mathieu Molard
Tu veux pas que Frontières vienne ?
David Dufresne
Ben c’est à dire que Frontières, ils viennent déjà quand.
Mathieu Molard
Mais quand ils viennent, ils se planquent, c’est ça le problème.
David Dufresne
Ils se planquent ou ils se font passer pour au poste, comme ils ont fait aux enfants l’autre jour. Bon, bref, passons, oublions, oublions. Et donc le principe c’est quoi ? C’est de créer une maison commune avec des loyers qui seraient inférieurs au prix du marché, avec des salles des studios, des sables de conférences, et éventuellement des services de mutualisation, type comptabilité, juridique, etc. Après, chacun est dans son local, dans son bureau, travaille en toute indépendance. On se croisera dans l’ascenseur, c’est cette idée-là. Donc c’est en train d'être construit, donc Legrain, qu’est-ce qu’il a fait ? Il a gagné du pognon dans une autre vie, il met à disposition son pognon pour acheter ce truc-là, et ce truc-là n’est pas financé par le grain. Il est financé par les médias, qui vont louer leur bureau, et qui vont rembourser, en fait, l’achat du machin. Voilà, c’est juste pour que vous ayez une précision
Mathieu Molard
Est-ce que le risque, c’est qu'à la fin, on ne pense pas tous pareil ? Parce que, en fait, là, déjà, on est à la fête de l’Huma, on a un certain nombre de points communs, on a déjà fait un tri, il n’y a pas tout le monde à la fin de l' Huma, il n y a que les gens biens. Et donc, mais on a des différences. Je pense que si on passe tous les gens qu’ont dans cette pièce, si on reste très longtemps ensemble à discuter., il y a des chances qu’il y ait une forme de consensus qui se crée, ou qu’au fur et à mesure on se met à penser un peu la même chose, et finalement, on va tous porter peut-être la même vision du monde, alors ça a des côtés positifs, mais ça aussi s'élimine, parce que même entre médias indés, même à gauche, il y a des différences.
Robin Andraca
Non, mais on peut complètement cohabiter et accepter les nuances des uns et des autres, il n’y a absolument aucun problème, ce n’est pas parce qu’on se croisera de temps en temps dans l’ascenseur que je me sentirai obligé de penser la même chose que David, ou toi, ou Anna,
Mathieu Molard
Je ne pense pas qu’on se sente obligé, je pense que ça se fait naturellement. Ah ouais ? Ouais ! À force de traîner avec des gens, on devient d’accord avec eux.
Robin Andraca
Ouais, ou alors on apprend à les connaître plus en profondeur et à comprendre que sur certains sujets, il y a des désaccords qui ne sont pas des désaccord profonds, mais qui sont les désaccords les plus intéressants, en fait. Des désaccords qui sont complémentaires, sur lesquels on peut encore discuter.
David Dufresne
Alors là, dans le tchat d’au poste, ça réagit, Olivier Legrain, fin de la blague, pourquoi Legrain. Moi, j’attends ça, les questions. Je serais ravi de savoir ce que vous pensiez de l’idée d’aller voir des millionnaires de gauche, de gauche molle, pour nous aider. Il est milliardaire, non ? Non, il n’est pas milliardaires. C’est que millionnaire ? C' est que millionnaires. Les milliardaires, c’est à droite. Voilà, à gauche, c’est millionnaire. Bon, ça m’intéresse de savoir ce que vous pensez de ça. Est-ce que l’argent n’a pas d’honneur ? Est- ce que c' est de l' argent sale ? Est- ce qu' il ne faut compter que sur nous nos énergies pour essayer de contrecarrer la doxa à la fois des médias conventionnels, des médias dominants et des médias fascistes ? Vraiment, je vous pose la question très sincèrement, à titre personnel, je n’ai pas tout à fait la réponse. Il y a des questions concernant la presse libre. Il y à Supermurgemann qui demande quelle sera la péréquation quand les gens vont s’abonner mi-octobre à la presse libre. Comment allez-vous allez verser aux différents médias que vous avez pris ?
Robin Andraca
Tu vas perdre tout le monde, mais en gros, ça faisait partie des nœuds techniques et économiques qu’on a dû affronter en créant ce projet, c’est qu’en fait c' est réparti en fonction de ce que pèse un média. Ça veut dire concrètement combien de personnes sont abonnées et aussi de l’audience. C’est reparti, on a fait un calcul que je ne vais pas détailler ici parce que sinon tout le monde va s' en aller. Mais concrètement, c’est de trouver un truc juste. Pour tous les médias, en fonction de leur audience, du nombre d’abonnés et du prix de l’abonnement aussi. C’est hyper compliqué parce que sur le principe, je pense que tout le monde est d’accord sur le fait que c’est bien de coopérer et tout, mais la réalité, à chaque fois quand on commence à mettre les mains dans le cambouis entre les difficultés techniques et aussi les relations humaines, fait que pour arriver au résultat qui n’a pas été simple mais qui, à mon avis, dont on peut être fier aujourd’hui, ça demande beaucoup beaucoup d’ajustements.
Mathieu Molard
Vous parliez, et je rebondis, sur ce que tu disais tout à l’heure des médias non indépendants. Parce que, bon déjà, qu’est-ce qu’un média indépendant ? Je vais me permettre de donner ma définition. Pour moi, un média indépendant, c’est un média dont la majorité du capital appartient à quelqu’un dont l’activité principale, c' est faire vivre le média. C’est-à -dire qu’il a une mission, c’est faire vivre ce média ! Ce média peut être une association, il peut être une entreprise privée, mais le propriétaire de ce média, son but principal, c’est de faire vivre des médias. Si le propriétaire de ce média, son but principal, c' est de construire des autoroutes et des prisons, il y a un moment, il faudrait peut-être passer les autoroutes et les prisons avant les médias ! C’est TF1, Martin Bouygues, etc. Il y en a d’autres qui vendent des avions de guerre, il y en a Bolloré des ports etc Voilà, donc, c' est ça un média indépendant et après, David t’as parlé des médias de gauche, c' est un peu un écosystème qu’on voit ici, ceux qui sont représentés dans ce village. Et après, il y a le reste du monde, les autres médias qui ne sont pas indépendants, mais est-ce que c' est nous contre eux, ou est- ce qu' on doit collaborer avec certains d’entre eux si ça nous est utile ? Anna, est- ce que tu ferais.. Je vais te jeter sous le bus. Est-ce-que tu feras une collaboration avec Konbini ? Est- ce-que tu ferais une collaboration avec Le Monde ? Est- que tu feras une collaboration avec Libé ? Est- ce que tu ferais une collaboration alors ?
Robin Andraca
Tu mets Le Monde et Konbini sur les mêmes rails.
Mathieu Molard
Ça se discute, mais justement, j’ai fait exprès, justement, de montrer les nuances qu’il y a à l’intérieur des médias qu’on qualifie depuis ce village comme des médias pas indés, même si eux seraient pas forcément d’accord. Mais justement, ce n' est pas tout pareil. Il y a Canal+, il y a CNews, il y à Le Monde, il y a Konbini, il y a plein de nuances.
Anna Jégo
Je pense que rien n’empêche, je ne vais pas répondre par rapport à chaque média, mais je pense que, rien n' empêche de base de s’asseoir à la même table qu’un autre média et de discuter avec. Surtout quand c’est sur des sujets d’intérêt général. Je pense qu’il faut toujours quand même vérifier la gouvernance et ce qu' il y a derrière. Est-ce-que ce n’est pas l’objectif final ? De servir des intérêts politiques derrière.
Mathieu Molard
Oh bah je t’ai vu…
Robin Andraca
Non mais nous c’est toujours la même équation. C’est-à-dire qu’on est relativement protégé de cette question-là étant donné qu’il y a très très peu de chance que Le Monde nous appelle pour s’asseoir à la même table que, pour faire un partenariat ou même Konbini. Et nous, on a pas de… Faudrait étudier au cas par cas. Mais par exemple t’as dit Canal, Canal c' est mort. Non Canal c' est pas possible, Canal est Bolloré. C' est pas assez l’extrême droite et voilà. Il y a quand même des frontières pour le coup assez nettes quoi. Enfin après avec certains médias indépendants ouais je pense que c’est possible de faire des collaborations sur certains sujets précis si nos intérêts se rencontrent et que ça sert à l’intérêt public. Mais Canal non.
Mathieu Molard
Mais nous on a fait des collaborations avec des médias pas indépendants. Et alors c’est comment ? Mais ça c' est bien passé. On a fait une enquête avec l'équipe sur les hooligans dans le foot et notamment leur lien avec l’extrême droite. Et à un moment il y a eu la une de l' équipe et 4 pages dans le journal. C' était aussi à un moment une manière d' amener un sujet à un public qui n’est pas le même public qu' est le public. Celui qui va dans les stades, qui lit l'équipe et à un moment on fait la une de ce journal et on fait 4 pages dans lequel on peut dire regardez attention il y a des fachos dans vos stades et il serait peut-être temps de faire le ménage. Et puis en plus, comme cette enquête on l’a fait avec eux. StreetPress on avait une certaine expertise sur l’extrême droite donc on a amené ça. Mais eux ils avaient les téléphones directs des présidents de club. Donc à un moment il a fallu demander à Lyon et alors comment ça se fait qu’il y ait des nazis chez vous ? Bah nous on avait déjà essayé et la réponse était vue et sans taper. Mais quand c’est l' équipe qui appelle et qui dit comment ça se fait qu' il y a des nazis chez vous, bah l’Olympique Lyonnais ils sont un peu plus obligés de répondre. Donc dans ce cas là ça avait un intérêt.
David Dufresne
Mais si je peux me permettre. Mais permets-toi. Du temps où Daniel Schneidermann était encore à Arrêt-sur-images il était aussi chroniqueur à Libération. Mais ce n’est pas pareil. Daniel c'était le boss.
Mathieu Molard
Ah c'était pas mon boss ? Non c'était à l'époque.
Robin Andraca
non non mais ça, il y avait une chronique à Libé mais ça atteste pas d’un partenariat entre Libé et arrêt sur-image. Ça atteste que lui avait en gros, il écrivait pour arrêt sur-image et il publiait des chroniques qui étaient employées par un autre journal. Mais il n’y avait pas de pont éditorial si tu voyais qu’il écrivait ce qu’ils voulaient dans Libé et c'était pas relu par arrêt image et vice versa. Donc pour moi c’est pas exactement pareil.
Mathieu Molard
Est-ce que tu joues pas un peu sur les mots ? Il y a un lien économique. C’est le boss qui fait ça ? Il y en a un. Est- ce que derrière… Moi je crois sincèrement que ça ne vous a pas empêché de dire ce que vous voulez y compris sur Libération. Mais il y a toujours le risque que quand la critique, l’enquête sur Libé arrive, le patron, il soit un peu gêné.
Robin Andraca
Que Daniel soit gêné, ça lui arrive rarement quand même. De ce côté-là, c’est vrai qu’on est assez préservé de ça.
David Dufresne
Précisément, moi je notais évidemment pour m’enquiquiner, mais aussi pour avoir ta réponse. C’est-à-dire qu’en réalité, je pense en aucune manière que ça a influé sur le travail d ' arrêt sur-image. Donc ça veut dire que oui, on peut se compromettre avec un journal qui appartient à un milliardaire, car je rappelle que Libération appartient à Krestinsky. Quoi qu’on dise toujours Libération en disant Krestinsky quand il parle de lui, créanciers de Libération, oui oui, il a votre vie dans les mains.
Mathieu Molard
Libé appartient à une fondation officiellement, mais cette fondation siège au conseil d’administration de cette fondation les gens qui lui prêtent de l’argent. Donc en fait, ils ont juste trouvé que c'était fiscalement plus rentable de créer une fondations que d'être une entreprise classique, mais c’est un montage financier.
David Dufresne
L’idée des collaborations entre nous, je trouve qu’elle est importante si on arrive à dégager sur un plan quasiment syndical ou politique. Je ne sais pas si vous le savez, mais le ministère de la Culture donne des aides à la presse depuis très longtemps. En fait, c’est une… Depuis le 19e siècle, depuis le 19ème siècle, il y a des aires à la Presse. Et le Conseil national de la Résistance, à la sortie de la guerre, a conseillé, a dit, l’information n’est pas une marchandise comme les autres, elle n’a pas vocation à être rentable, donc il faut soutenir industriellement ce secteur-là. Aujourd’hui, évidemment, on rigole puisqu’il appartient, comme vous le savez tous, à des milliardaires pour 90 % des quotidiens, etc. Mais n’empêche qu’il y a cette aide. Cette aide permet, par exemple, de soutenir les imprimeries, elle permet de soutenir la distribution papier parce qu’elle date du 19e siècle, donc ils sont encore très, très papiers. Mais il y a une petite aide dont nous bénéficions qui s’appelle pour les services de presse en ligne. Cette aide est de 4 millions par an. Cette enveloppe n’augmente pas. Or, on est de plus en plus nombreux à vouloir y accéder. Et donc, il y a de plus en plus de lauréats. Mais avec des bourses qui sont bien moindres. Et bien là, je dis que nous devrions imposer que cette enveloppe augmente ou nous devons imposer que des journaux qui appartiennent à des milliardaires ne devraient pas recevoir. Car le journal qui est le plus financé aujourd’hui fait l’objet d’un rachat en ce moment par Bolloré à Bernard Arnault, c’est le parisien, qui touche des millions par an au nom de cette aide. Eh bien, nous devions faire en sorte qu'à partir du moment où un journal appartient à un milliardaire, il n’y a plus d’aide pour ce journal-là, puisque le milliardaires l’achète pour de l’influence. Et cet argent devrait être redistribué, y compris à des journaux de droite, j’ai aucun problème avec ça, mais redistribué à des jours qui seraient indépendants. Et il me semble qu' en faisant des villages comme celui-ci, en faisant des opérations, en faisant des complémentarités, on apprend à se connaître, à travailler ensemble. Et j’espère qu’on va débouche sur quelque chose de plus… Ouais, de plus frontal, de plus politique.
Robin Andraca
Et c’est d’autant plus important qu’effectivement, il faudrait, dans un monde idéal, que cette aide soit plus importante pour que la part du gâteau, que se partagent les médias plutôt indépendants, soit plus importante aussi. Mais la réalité, c' est que cette aide permet à de nombreux médias, dont nous, de survivre, de continuer. Et malheureusement, je pense que cette aide est malheureusement plus prête d'être supprimée que d'être augmentée. Il suffit, par exemple, qu' un gouvernement d’extrême droite, je ne suis pas sûr de garder sa tête. Donc, c’est pour ça, ça vaut d’autant plus le coup de se battre pour qu’elle soit augmentée, au moins pour ne pas qu' elle disparaisse.
Mathieu Molard
Et puis, les aides, elles sont distribuées selon un modèle qui était celui de la presse, il y a plusieurs décennies, c’est-à-dire la presse-papier Tu l’as un peu dit, on subventionne le fait d’emmener le journal depuis l’imprimerie jusque chez les gens. Anna, vous n’emmenez pas Komune depuis l’imprimerie jusque chez les gens, en tout cas pas pour le moment. Et vous, est-ce que vous touchez beaucoup d’aides publiques ?
Anna Jégo
Non, c’est compliqué. C’est compliqué et du coup, on a dû vraiment axer beaucoup sur l'écrit, surtout dans nos dossiers, mais en réalité aussi, on fait plus que ce qu’on avait prévu de faire parce que nous, on pense qu' on est bon dans la vidéo et dans les réseaux sociaux parce qu' on parle à un public très jeune et sur les codes réseaux sociaux. Et donc, on n’avait pas envie de faire autant d'écrits et on a dû le faire pour ces aides qui sont assez archaïques dans leurs demandes.
Mathieu Molard
Mais c’est intéressant ce que tu dis. Ça veut dire que, en fait, parce que économiquement, c' est difficile, parce que le système d’aides publiques est complètement archaïque, vous changez votre façon de travailler et vous faites ce que vous n’aviez pas prévu de faire. Là où sur les réseaux sociaux, vous touchez des centaines de milliers de personnes, vous allez faire de l'écrit qui ne marche pas si bien que ça pour toucher net. C’est un vrai problème quand même.
Anna Jégo
Après, on avait quand même une volonté de le faire parce que ça nous permet de pousser des sujets. Enfin, c'était intéressant de le faire, mais on en fait plus que ce qu’on voulait. Oui, pour valider ces aides là.
Robin Andraca
Et juste pour conclure sur les aides, juste pour un cas très concret qui est celui d’Arrêt sur image. Cette année, c’est la première fois où on a demandé de l’aide à la presse parce que jusque-là, on avait le luxe comme Mediapart de pouvoir vivre uniquement grâce à nos abonnements. Depuis l’année dernière, on a perdu trop d’argent et on s' est dit, on va faire la demande d’aide et tout. On a touché, parce que là dessus, on est extrêmement transparent, 250 000 euros. C’est exactement ce qu’on avait perdu l' année dernière. Ça veut dire que concrètement, sans ces aides aujourd’hui, Arrêt sur image, c’est pas possible. Plus qu’en difficulté. Donc, ce n’est pas juste un truc cosmétique. Ça permet vraiment aux médias de continuer à vivre en plus des dons et des abonnements qu’on reçoit.
Mathieu Molard
Oui, oui, c’est aucun des médias.
Robin Andraca
On un enjeu démocratique, quoi.
Mathieu Molard
C’est un vrai enjeu démocratique. Et je pense que tous les médias qui sont sous ce chapiteau jouent un rôle démocratique, un rôle de contre-pouvoir. On l’a vu au moment des dernières élections, un rôle dans le débat démocratique en critiquant, en donnant la parole aussi à des voix qu’on n’entend pas. C' est aussi, par exemple, sur auposte, tu invites des gens qui écrivent des livres qui ne seront jamais invités sur BFM ou sur CNews, quoi. C’est aussi ça, le rôle démocratique.
David Dufresne
Non, c’est pas vrai parce que le plaisir fait que parfois on peut aussi inviter des gens qui vont ailleurs. Mais évidemment, l’idée, ce n’est pas de se superposer à ce qui existe déjà au déversoir. C’est d’essayer d’ouvrir des perspectives, d'éclairer des zones un peu d' ombre et de donner effectivement une diversité. Et c'était exactement ce que le Conseil national de résistance. Je reviens, vous voulez, c’est-à-dire en disant qu' il n' y a pas de démocratie. D’ailleurs, c' est écrit là. Bon, attendez, on va enlever les fauteuils. Non, non, tu ne démontes pas toute la scène. On enlève les deux secondes.
Mathieu Molard
C’est le problème avec David, il est intenable.
David Dufresne
On a passé une semaine sur cette banderole, personne ne la voit.
Mathieu Molard
Mais dis-nous ce qu’il a écrit dessus.
David Dufresne
Voilà, un peu de direct. Bon, alors, pas de démocratie sans les médias libres. Ben voilà.
Robin Andraca
Voilà, il y a le réel qui va devoir refaire tous les plans de cadrage.
Mathieu Molard
On voit qu’il a fait de la télé, il faut faire du spectacle. Parce qu' il ne le dit pas, il a créé une télé. Mais ça, il en parle moins.
David Dufresne
Alors, c'était à une autre époque ? Voilà, c’est vrai, ça, ça veut dire c’est vrai. C'était une autre époque.
Mathieu Molard
Non, mais moi, je connais les dossiers.
David Dufresne
Non, mais voilà, ce que je veux dire, c’est que là, on a l’impression de se payer de mots. Mais en réalité, non, c’est extrêmement important. Cette idée que les petits médias, nous, on est minuscules. Nous, auposte, on est minuscules, mais on fait venir des gens, ils s’entraînent, ils parlent pendant une demi-heure, une heure, deux heures. Ça permet de se développer, de faire circuler les idées. Et puis après ça va sur StreetPress, puis après, ça va sur Arrêt sur Image. Alors après, il y a Mediapart, et puis après France Inter, quand ça se passe mal. C’est pas mal. Et moi, je trouve ça très, très agréable de jouer ce rôle-là de… ouais, de camp de base, de camps d’entraînement aux idées, aux débats politiques,Et si ça n’existe pas, si ces signaux faibles que nous sommes, en fait, n’existent pas, tout va s'écrouler. Il n’y aura pas de démocratie, au sens où il n’y aura pas de rempart. C’est pour ça que l’enjeu des médias indépendants me semble essentiel. De la même manière que la liberté de la presse est cardinale, c’est la liberté des libertés. Car si vous enlevez la liberté d’opinion, il n’y a plus de liberté. Toutes les autres libertés tombent. Et le problème auquel on fait face à, ce que tu disais sur Arrêt, sur Image, il faut bien entendre. Ça fait 20 ans que ça existe, c'était la première fois.. 30 ans. Combien ? 40 ans ? 30. 50 ? 30 ans ? 70 ans. 30 ans. 30 ans et c’est la première fois qu’il s’est obligé d’aller chercher une subvention. Pour survivre.
Robin Andraca
Alors qu’on ne s’est pas augmenté en salaire, c’est vraiment juste parce que… Après, c’est normal, les gens, avec l’inflation, ils s’abonnent moins et tout. C’est un problème que rencontrent de nombreux médias. Mais c'était juste que, maintenant, jusque-là, on pouvait se dire 100 % indépendants, ce qu’ont reste. Mais malgré tout, on reçoit les aides de l'État. Ce qui, rassurez-vous, ne nous empêchera pas de critiquer ni Rachida Dati, ni Emmanuel Macron. Je veux dire, Blast reçoit les aides de l'État. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il soit pro-Macron, par exemple.
David Dufresne
Ils ont changé, ils ont un peu molli.
Mathieu Molard
C’est vrai, ils sont embourgeoisés. Tu parles de signaux faibles et on explique que c’est compliqué économiquement. C’est une réalité, c' est compliqué économiquement. Mais je pense qu’il faut aussi voir que les médias indépendants, on peut être forts et très forts. On peut peser sur le débat public. Il ne faut pas non plus qu’on se voit seulement comme des petits médias qui sont faibles. Il y a des enquêtes de Mediapart qui ont fait tomber des ministres. Il y à des enquête de StreetPress, et j’en suis fier, qu' ont fait tomber des députés, qu' on fait perdre des circonscriptions à des députés d’extrême droite. Il y a des enquêtes d’arrêt sur images qui peuvent changer une grille télé, qui peuvent changer une émission, qui ont un poids sur la société. Et de la même manière, je pense qu'à Commune, vous avez un poids sur les sujets, vous touchez combien de personnes sur Instagram que les gens aient un ordre de grandeur ?
Anna Jégo
Là actuellement, on est à 67 000 abonnés, je crois.
Mathieu Molard
Et en vue, ça veut dire par mois sur Insta, vous faites quoi ? Des centaines de milliers ?
Anna Jégo
Oui, ouais…
Mathieu Molard
Un petit média fait des centaines de milliers de vues, donc ça veut dire qu’en fait, on est tous forts. Aujourd’hui, on a la fête de l’Huma. L’an dernier, ça a fait 400 000 entrées, la fête de l’Huma. Il y en a quand même 450 000, pardon. Ça, c’est selon les organisateurs. C’est le même selon la CGN. Ça veut dire quand même, je trouve que c’est important de se dire qu’on est capable d'être forts et que c’est aussi une raison de soutenir les médias indépendants. Oui, c' est une question de survie, mais c’est aussi parce que ces médias indépendants contribuent aux débats publics et peuvent faire bouger les lignes.
Robin Andraca
Oui, mais c' est important de reconnaître la part de fragilité qui existe en chacun de nous.
Mathieu Molard
C' est beau, tu as raison.
Robin Andraca
C’est vrai, mais pour faire comprendre aux gens que ça existe, ça existe et c' est bien et on peut être très forts et tout, mais ça peut aussi ne plus exister.
David Dufresne
Je voulais juste rebondir avant qu’on passe aux questions ou à la suite sur l’idée que tu disais, est-ce qu’il faut se réunir, les rédactions, avant des échéances comme les municipales, etc. Et bien, il me plaît de citer dans cette fête de l’humanité communiste, Léon Trotski, qui disait marcher séparément, frapper ensemble. Et bien je pense que nous devrions faire la même chose. C' est-à -dire, on en a parlé lors de la préparation de cette émission, de ce débat. Je pense que nous devrions, nous les médias indépendants, nous réunir deux, trois fois par an, en disant, il y a des échéances politiques, électorales, économiques, importantes. Il faut qu’on mette le paquet là-dessus, mais à l' inverse de tous les exemples qu' on vient de donner, où on dirait, on va travailler ensemble sur ça, c' est chacun travaille comme il en vit. Je donne un exemple, on dit les municipales, à ce moment-là, mécaniquement ça va se faire, mais c’est juste pour vous donner un exemple. À ce moment-là. Le reporter fait l’aspect écologique, vous l' aspect facho. Nous l' aspect contre-pouvoir, vous l' aspect médiatique et je pense, je pense que on resterait libres, chacun, chacune des rédactions, et on serait plus forts en frappant ensemble.
Mathieu Molard
Avant de passer aux questions de la salle, je voulais parler d’expériences qui existent, de collaboration entre médias, et dont on entend assez peu parler. C’est des collaborations internationales. StreetPress, on fait partie de Sherpa, c’est un réseau de médias indépendants européens. Nos partenaires, c’est El Salto, en Espagne, c' est une grande coopérative qui réunit une centaine de journalistes avec qui on travaille. C' est fort, c' est des médias en Hongrie, en Pologne, avec qui on fait des enquêtes, on fait les sujets vidéo, etc, en commun. Et ces collaborations-là. Elles ont un vrai poids, et aujourd’hui, les enquêtes qui ont peut-être le plus de poids et notamment sur les questions économiques, je pense au Football leaks, je pense aux Panama Papers, elles sont le fruit de collaboration entre médias du monde entier. Ça passe un peu sous les radars, c' est assez peu connu, mais ça montre quand même que quand des médias s’associent, travaillent ensemble, ils sont capables d' être très puissants, et y compris de faire plier des milliardaires, puisque c' est le cas des Panama Papers. Et on le dit peu, et pourtant ça montre. Après ça, je vous remercie, je vais répondre aux questions de la salle. Est-ce qu’il y a des questions pour les uns, pour les autres, ou pour tout le monde, ou des réactions ? Et je propose, selon une habitude qu’avait donné David, je crois, c' est de proposer une femme, un homme, sur les questions en alternance.
Spectateur
Bonjour, déjà je vous félicite pour tout ce que vous faites. J’aime beaucoup au poste, donc c' est pour ça que je le fais. Je ne connais pas ce monsieur. Je ne sais pas, il ne me connaît pas. Justement, je vais aller sur son terrain. Sur son terrain ? Sur son terrain. Justement pour vous aider à vous financer, est-ce que vous ne pensez pas qu’une plateforme comme Twitch, c’est aussi quelque chose qui est franchement rentable, aussi d’une certaine manière ? Bien sûr, sur les premiers coups, c' est difficile d’avoir une audience, mais je pense que pour des plateformes telles que StreetPress, qui ont déjà une certaine audience, c’est aussi un bon qui peut vous servir. Mais juste pour dire une chose, félicitations au poste pour le boulot qu’ils font sur Twitch, parce que ce n' est pas facile d'être sur Twitch. C' est les bizarreries de la télé. Ce n’est pas facile de d' être sur Twitch et d’assumer et d'être sur Twitch
Mathieu Molard
Nous, on ne sait pas si on arrive sur Twitch, mais on y réfléchit. On se pose la question de venir sur Twitch. On pense que ça vaut le coup, que c’est utile, que ça peut être intéressant parce que ça permet de parler à une audience différente. Par contre, je ne suis pas sûr que ce soit rentable. Je ne suis plus sûr qu' entre ce que ça coûte de produire des émissions Twitch et ce que cela rapporte, ce soit rentable, sachant que Twitch, et peut-être qu’on ira, donc je ne le dis pas pour dire qu’il ne faut pas le faire, mais ça appartient à Amazon. Et que quand tu donnes un euro via Twitch, Amazon prend 50 centimes.
Robin Andraca
C’est ça, c’est pour ça que nous, on est sur Twitch, mais on n’accepte pas de ce qu’ils appellent les subs, les manières de soutenir sur Twitch parce qu’on ne veut pas de l’argent de Jeff Bezos. Mais ça fait partie de tous les trucs que chaque média peut avoir arbitrés et Anna, vous voulez aller sur Twitch ?
Anna Jégo
Non, ce n’est pas un projet du tout. Je pense qu’on n’a pas les moyens déjà de faire des émissions longues comme ça pour l’instant. Et c’est un truc auquel on n’en a pas réfléchi. On a plus envie de développer YouTube, nous.
Mathieu Molard
Et est-ce que YouTube, parce qu’on parle aussi de rentabilité, est- ce que YouTube c’est rentable ? Non, mais il faut le dire !
Robin Andraca
Non, non, il faut bosser comme un ouf
Mathieu Molard
Nous, on a une chaîne YouTube, on à 450 000 abonnés.
Robin Andraca
Il faut faire des vidéos tous les jours.
Mathieu Molard
On n’est pas du tout rentable sur YouTube, pas du tout. Heureusement qu’il y a tous les donateurs qui nous soutiennent, mais ce que l’on gagne par la monétisation, c’est infinitésimale. Ça ne couvre même pas 10 % des frais de production, des émissions, des documentaires, etc. Et toi, Twitch, est-ce que c’est rentable ?
David Dufresne
Alors non, c’est-à-dire que nous, depuis très longtemps, on propose aux gens de faire des dons par une plateforme qui s’appelle J’aime l’info, et pas du tout de passer par les fourches caudines de Bezos pour Amazon, Twitch ou pour YouTube. Ce qui veut dire que nous coûtons de l’argent en bande passante à Twitch, ce qui fait que leur algorithme, et c' est naturel, nous baisse. Considérablement, puisqu' on ne rapporte pas de subs, ou il touche la moitié. Et c’est la même chose sur YouTube, puisqu' en plus de ça, on ne prend pas la publicité. Donc YouTube n' a aucun intérêt à ce qu’on existe, puisque plus on existerait, plus ça leur coûterait de l’argent. Donc notre indépendance, elle est dans le fait qu' on utilise ces outils-là pour ce qu 'ils sont, c' est à dire des moyens de diffusion et de distribution, mais pas du tout des moyens de financement. En revanche, pour quelqu’un qui voudrait se lancer, effectivement, c’est une possibilité de financement extrêmement rapide, mais à mon avis extrêmement dangereux si on ne garde que ce modèle-là.
Mathieu Molard
Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a une autre question ? Une dame pour respecter un semblant de parité.
David Dufresne
Voilà, tout au fond. Et voici Mathieu Molard, rédacteur en chef qui court, il travaille avec l'équipe.
Spectatrice
Bonjour, merci beaucoup. Ma question, c’est en fait, comment vous voyez votre rôle à combattre la droitisation de la fenêtre d’Overton par les médias traditionnels ? Par exemple, le fait que CNews, LCI, BFM parlent de l’immigration comme un problème, pose la question comme si c'était un problème à résoudre. J’aimerais bien savoir, vous, les médias indépendants, comment voyez vous votre rôle ? En repoussant la fenêtre d’Overton un peu plus à gauche, est-ce que vous voyez un rôle là-dedans ? Comment vous concevez votre responsabilité dans cet enjeu ? Merci beaucoup.
Mathieu Molard
Je propose qu’Anna réponde, puisque c’est exactement la ligne de ton média. Peut-être que tu peux répondre. Elle dit, quel est le rôle des médias indépendants pour contrecarrer le travail que font les médias mainstream et notamment ceux d’extrême droite sur les sujets d’immigration, où ils repoussent la fenêtre d’Overton le plus loin possible vers la droite. Comment pouvons nous, médias indés, contrecarrer ça ? Poser dans la est-ce qu’il faut qu’on la tire à fond vers la gauche ? Qu’est-ce que l’on peut faire ?
Anna Jégo
C’est une très bonne question et c’est un vrai débat qu’on a. Je pense qu’il faut déjà prendre ces sujets-là, debunker les chiffres quand ils sont faux, les chiffre qu’ils utilisent, redonner les sources, expliquer d’où viennent ces croyances, pourquoi elles sont fausses en donnant des exemples, en donnait la parole au concerné surtout, choses qu’elles ne font que très rarement, je pense. Essayez de ne pas leur donner trop d’importance non plus, essayez aussi de nous faire nos propres formats sur ces sujets-là, toujours en donnant la parole au concerné, en essayant de sensibiliser au maximum, en valorisant, et en expliquant aussi comment aller chercher l’information quand on nous donne des chiffres, comment vérifier un chiffre. Je ne sais pas si vous voulez ajouter quelque chose.
Mathieu Molard
Non mais je suis parfaitement d’accord avec ce que tu dis, c’est porter un contre-discours aussi, et c'était ce qu’on disait tout à l’heure sur « on peut avoir du poids », c’est porter un contre discours à ces médias-là.
Mathieu Molard
Nous c’est vrai qu'à la place où on est qui est de critiquer les médias, pour l’instant la posture qu’on a, qui est très complémentaire avec les médias qui apportent un contre discours, qui permettent de penser contre ou de manière plus factuelle, c’est de documenter en fait, parce que c'était vrai qu’on parle beaucoup de CNews, de tous les média Bolloré, mais en fait nous on passe beaucoup de temps à regarder CNews, et on est encore surpris par toutes les dingueries qu’on entend. Alors je vais attendre que l’ambulance passe. C’est une ambulance de Bolloré pour nous faire taire. Ah ouais, ça marche bien. En gros là par exemple pour le 10 septembre, il y a notre journaliste Pauline Bock qui a passé la journée sur CNews, et c’est vrai que c'était important de, enfin c’est important de ne pas leur donner trop d’importance, mais c’est aussi important de documenter tout ce qu’on entend. La haine qu’ils avaient des manifestants, le nombre de contre-informations qu’on entendait à l’antenne. En fait moi je lui ai demandé, mais ils se sont encore radicalisés, et c’est le cas. Ça veut dire que la décontraction avec laquelle ils assènent des trucs monstrueux, sur des sujets comme l’immigration, mais sur des sujets comme les manifestations aussi, je pense que c’est important de l'écrire en fait. C’est important de laisser une trace de ce truc là. Enfin en tout cas nous notre rôle c'était de faire ça en ce moment.
David Dufresne
J’aurais tendance à dire que parfois il faut aussi ignorer, il faut refuser cet agenda de l’extrême droite. Évidemment pour Komune, la question était sur l’immigration, c’est évident qu’Anna répond, c’est tout son travail, arrêt sur image avec la droitisation des médias, c' est tout leur travail. Mais je pense que pour les autres médias en tout cas nous c’est ce qu’on fait, on donne plus de temps. À des pensées de gauche, et je mets gauche au pluriel, plutôt que de courir après l’extrême droite à essayer de la contredire. On essaye de construire, non pas un contre discours contre ces gens là, dont on n’attend strictement rien, dont on sait qu’ils ont des moyens sans commune mesure, et on essaye plutôt de construire un discours à l’intérieur de la gauche, avec des débats internes, y compris des débats cinglants parfois. Parce que ça nous semble plus important que de courir après les énormités de Retailleau minute par minute. Parce que en fait, pensez bien à la pensée de Steve Bannon, leur théorie c’est d’occuper l’espace médiatique 24 heures sur 24 sur n’importe quoi. Et si on joue à ce jeu -là, on est submergé. Et je pense qu’on est découragé. Alors que par exemple, nos interviews à la fin, on a une question rituelle, alors là pour le coup c' est Lénine, que faire ? On demande aux gens qu’on a interviewés, que faire ? Pour essayer d' apporter une forme d’espoir. Parce que si on est constamment en riposte de l’extrême droite, on s’essouffle et on se décourage.
Mathieu Molard
Je voudrais rajouter un truc Et après reposer, passer le micro au public à nouveau, l’extrême droite fait quelque chose qui est très efficace, c’est qu’il crée des polémiques pour mettre la pression à la fois sur l'écosystème politique et à la fois sur les écosystèmes médiatiques. Et le problème, c' est qu' énormément de médias cèdent. Récemment, il y a eu une conversation privée de journalistes, enfin privée, une conversation entre des journalistes et des gens du Parti Socialiste qui a été captée. Et ça a été publié par l’extrême droite. Ils s’en sont servis pour dire, regardez l' extrême droite, la gauche et notamment des journalistes qui sont sur le service public sont de connivence avec le Parti socialiste. Conséquence, ce journaliste a quitté France Inter.
Robin Andraca
Alors, pas parce que ça venait de l’extrême droite, mais parce que c’est par rapport au contenu des vidéos publiées. Ce n’est pas que l'émetteur qui pose problème. L'émetteur pose problème, mais ce que montraient ces vidéos pose aussi problème.
Mathieu Molard
Moi, j’ai regardé les vidéos, on voit deux vidéos de 30 secondes dans lesquelles ils disent, je cite Rachida Dati, on fait ce qu’il faut", on sait pas de quoi on parle. Franchement, on ne sait absolument rien. C’est publié par un média qui sont des proches de Marion Maréchal-Le Pen et derrière le service public où le journaliste recule. Et globalement, au-delà de ce cas particulier, moi, j’ai des échos, par exemple, de boîtes de production qui font des émissions pour le service public. Des gens qui produisent des formats pour envoyé spécial, à qui on dit de plus en plus souvent. Ouais, mais là, on va nous traiter de gauchistes. Mais là, on va nous traiter de gauchistes. Parce qu'à chaque fois qu’il y a un sujet qui dit que… Bah ouais, être pauvre, c’est difficile, que les entreprises fassent des saloperies. Eh ben, il y a des gens qui critiquent l’extrême droite, il y à des gens comme Sarah Knafo, comme Marion Maréchal-Le Pen et comme des gens du RN vont dire, regardez l’argent public, à quoi il sert, il fait de la propagande. Et ce discours a beau être caricatural, il pèse en interne dans les entreprises publiques qui s’autocensurent et qui droitisent le discours. Quand bien même, ces gens-là ne seraient pas des gens de droite ou d’extrême droite, mais ils ont tellement peur d'être traités de gauchistes que ça a un poids sur ces émissions. Je vais laisser le micro à des gens de la salle, est-ce qu’il y a d’autres questions ? Vas-y David.
Spectateur
Oui, alors je voulais vous renvoyer un petit peu sur le sujet quand même de la table ronde. Donc moi, je rejoins totalement vos avis sur le fait qu’il faut qu’on garde une pluralité dans la presse indépendante, mais il y a des choses à mutualiser. Moi, je m’en souviens notamment au coût juridique. Les attaques en diffamation, le resserrement en plus de la loi par rapport à la presse indépendante, c’est un enjeu pour les petits médias, les petits media qui se frottent à l’enquête, mais je pense aussi à la Presse locale, qui est souvent muselée face à une attaque en diffamation qui suffit à faire sauter quasiment le média. Donc je ne sais pas si c’est des réflexions que vous avez entre vous de peut-être mutualisé, mais au niveau juridique, c' est-à-dire là où ça ne touche pas au rédactionnel, c’est à dire partager des frais d’avocats, mutualiser dans le sens vraiment d’une mutuelle presque, pour pouvoir sauvegarder au moins la capacité de petits médias de pouvoir se frotter à des gros sujets sans avoir peur de disparaître quelques mois plus tard.
Robin Andraca
Ah c’est pas simple d’avoir envie de payer les frais d’avocat.Vous avez des procès vous ? Oui ça nous arrive, on les gagne tous, mais on est attaqué.
Mathieu Molard
C' est souvent que vous avez des procès ?
Robin Andraca
C' est quelquefois dans l’année. On a un avocat qui est super, Benoît Huey qui nous défend, mais ce n' est pas vrai que ça coûte de la thune quoi. Parce qu' en fait, même si on gagne, il y a les frais d’avocat, et encore bon, arrêt sur image c’est jouable quoi, mais il y à des médias qui sont attaqués tout de suite par un Bolloré, tout de suite ça devient injouable.
Mathieu Molard
Il faut savoir que même quand on gagne un procès, on perd de l’argent, parce qu' on a payé les frais d’avocat, et ils ne sont pas remboursés dans l’immense majorité des cas. Nous, aujourd’hui, on en a je crois 9 en cours des procès. On en a, ouais, je dirais une dizaine par an de procès donc c’est des dizaines de milliers d’euros. Mais après, soit ça veut dire payer pour les autres, mais mutualiser, on a besoin d’un avocat par procès il n' y a pas grand chose à mutualiser. C’est ça qui est compliqué, on peut mutualiser du matériel, je ne sais pas si on peut le mutualiser… David, tu n’as pas l’air d’accord.
David Dufresne
Non, je pense qu’il pourrait y avoir des collectifs d’avocats pour la presse comme il y a des legal teams. C’est-à-dire qu’en fait, il y à un savoir-faire qui peut être partagé par des avocats sur des affaires de presse. Pour l’instant, ça n’existe pas, mais ce que l’on peut dire c’est que je crois qu' il y a comme une forme de solidarité entre les médias quand un média est attaqué, quand il subit des procédures bâillons. Il y a notamment en région plusieurs médias locaux d’enquête. Qui se confrontent à leurs voisins, c’est ce qu’il y a de plus dur dans l’enquête. C’est quand tu parles de ton voisin, c' est beaucoup plus difficile que de parler de Bolloré qui est à l’autre bout de la planète, d’une certaine manière. Et il y a quand même un petit élan de solidarité. Il y a quelques instances, je pense, au front pour la presse libre, le SPIL pour le syndicat patronal. Il y a quelques instances où il y a quand même des discussions autour de ça. Mais je suis d’accord avec toi. Je pense qu’on pourrait aller un peu plus loin dans une forme de mutualisation, pas forcément des avocats, mais au moins des connaissances des affaires, de comment on réplique, comment on gagne des procès. Je pense que ça serait faisable.
Mathieu Molard
Une dernière question. Après, on va quitter nos chaises pour laisser la place au débat d’après. Est-ce que tu peux parler bien fort, parce qu’on n’entend pas forcément bien sinon ?
Spectatrice
Merci, bonjour. J’ai une question par rapport à la thématique. Du coup, combattre CNews et TF1, c’est des médias qui sont très gros et qui sont présents à la télé. Aujourd’hui, il y a beaucoup de personnes qui s’informent uniquement par la télé, c'était beaucoup plus facile d’allumer sa télé et de regarder CNews plutôt que d’aller faire une recherche sur Internet. Est-ce qu’il y a un monde où ces médias indépendants pourraient aussi leur faire face en étant présents sur leur terrain et donc à la TV ? Est- ce qu’ils auraient besoin de mutualiser ? Je sais qu’il y avait le média qui avait voulu avoir une chaîne sur la TNT. Mais comment est-ce que ça peut s’organiser ? Est-ce qu’il est envisageable ? Est- ce que vous en parlez, vous y pensez ?
David Dufresne
Alors effectivement, le média avait postulé pour avoir un canal sur la TNT. Son audition s'était vraiment très bien passée. Ils avaient très bien préparé leur coup. Mais ils ont été victimes de la censure par l’argent. Puisque pour être sur la TNT, il faut à peu près débourser 10 millions par an, pour pouvoir assurer le suivi technique de la TNT. Eh bien, vous n’avez que des milliardaires qui peuvent avoir des chaînes. Et l’Arcom, qui désigne les canaux, était un peu embarrassé. Il avait dit au média, si vous voulez, faites ça que sur Paris pour commencer, parce que ça coûte moins cher. Le média a dit non, nous on veut être sur la TNT. Et leur idée c'était pour le coup de mutualiser, d’aller prendre des émissions des uns et des autres. Et je crois que tout le monde était plutôt d’accord pour dire, ouais, tentons le coup. Mais en fait, il y a le mur de l’argent, on y revient. Et là, c'était rédhibitoire. Alors que d’autres ont eu gain de cause sans aucune idée de programme, sans aucune grille, sans rien. Mais simplement, 10 millions, mais c’est pas de problème..
Robin Andraca
D’ailleurs, la fréquence du média a été rétribuée à la chaîne T18, qui est financée par Krestinsky, sur laquelle il n’y a absolument aucune idée nouvelle. Je veux dire, à l’audition, il y avait Enthoven, et Denis Olivennes. Donc voilà, ça se passe effectivement comme ça.
Mathieu Molard
Ça va être la fin. Merci à toutes et tous de nous avoir écoutés. Merci. J’aimerais bien, avant de descendre de scène, qu’on fasse une photo tous ensemble avec vous, pour les réseaux sociaux et puis pour garder le souvenir, si vous voulez bien. Restez sur place, on fait une photo tous ensemble.

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