« FAF40 » : enquête à la croisée des milieux d’affaires et de l’extrême droite
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Amis, ami du café malgré les 37 degrés, ami de la police bien sûr, amis des multinationales, ami des investigateurs, des observatoires, des multinationales, bonsoir, bonjour, bonjour à tous les trois. Bonjour, il y en a un que je ne connais pas.
Barnabé, moi-même, Barnabé Binctin.
Voilà, tu n’es jamais venu Au poste.
Non, c’est une première. J’en suis ravi.
Bien connue de nos services, Anne-Sophie Simpere n’en parlons pas. Donc ils m’ont dit, ouais non, il faut le faire venir, faut le faire venir. J’ai, quand même, regardé, attends, tu travailles pour différentes officines, notamment Basta. Bah moi, j’ai plus mes notes, alors c’est quoi ?
Je peux le faire si besoin, je travaille en effet beaucoup avec Bastamag, je suis compagnon de route aussi depuis quelque temps avec l’Observatoire, et sinon je travaille pour le groupe So Press, Society, So Foot, So Films, et puis par le passé, pour faire court, j’ai cofondé un média sur l'écologie qui s’appelle Reporterre.
Ah tu m'étonnes ! Ah ouais d’accord ! Pourquoi tu t’es barré ?
Ah bah…
Ok d’accord, on va voir comment va se passer cette émission. FAF 40, le meilleur titre de la presse indépendante depuis au moins un siècle.
Quarante donc !
C’est absolument génial, FAF 40, pourquoi c’est génial ? Parce que voilà, le titre dit tout. L’alliance des milieux d’affaires, de l’extrême droite. Et puis il y a un troisième point dont vous parlez. Alors attends, c'était quoi ? Je ne sais plus.
Alors, c’est une vaste opération que vous avez lancée le 5 juin. Aujourd’hui même, vous sortez deux papiers, me semble-t-il. Donc, vous montez en puissance et on va parler évidemment de tout ça. Alors, j’ai une petite présentation. Le Sommet des libertés organisé à Paris le 24 juin, dont Anne-Sophie nous éclaire aujourd’hui même. C’est toi qui as fait le papier, non ? Oui, c’est moi. Ben oui, tu vois ? Oui, oui, c’est moi ! Je ne sais pas ce que vous faites, bref, va faire converger les médias Bolloré représentés par le JDD avec le projet Périclès de Pierre-Édouard Sterin et des organisations libertariennes partenaires du réseau Atlas comme les Contribuables associés.
Olivier Petitjean présentation rapide, toi t’es le boss.
Ah tu étais génial ! Ce gros bouquin là, ah ouais, j’ai adoré ce bouquin et Barnabé Binctin. Alors, on va commencer par, je vais casser les habitudes d’Au poste, c’est-à-dire je vais commencer par l’actualité. Tu vois, d’habitude, je mets ça à la fin, ce qui est complètement contre-productif, mais en fait une des raisons de votre venue, un c’est pour saluer votre travail et le faire connaître, FAF 40, et l’autre c’est parce qu’il y a cette actualité la semaine prochaine au Casino de Paris, ai-je découvert tout à l’heure en lisant l’Observatoire, de cette grande rencontre qui va réunir un certain nombre de gens qui ne sont pas nos camarades qui s’appellent le Sommet des libertés. Anne-Sophie, peux-tu nous faire le Brief ? Nous donner envie d’aller là-bas.
Donc en gros, il y a Marion Maréchal-Le Pen.
Bon mais là t’es pas à Amnesty International, tu peux y aller, on va pas faire de réunion pour savoir si on peut citer les noms, on balance, alors vas-y balancez.
Alors, l’institut en question, c’est celui qui nous a valu, Au poste, notre premier droit de réponse, je crois, non ?
Ah c’est l’IFRAP.
Alors, j’imagine que vous serez là-bas en catimini pour essayer d’enquêter, mais puisqu’on va parler de vos objectifs, et notamment un, c’est de nommer, donc de savoir qui est là. Mais d’abord, avant d’entrer dans le vif de FAF 40, j’adore ce titre, et j’adore ce style, je voudrais rester sur cette convention, ce petit sommet là, qui va avoir lieu le 24 juin à Paris, parce que c’est la première fois, mais sans doute… Je suis ignorant, que je vois sur la même affiche Bolloré et Sterin, enfin en tout cas leurs filiales, c’est-à-dire que là il y a comme une convergence de luttes, tu parlais de ça tout à l’heure, et c'était la première fois que je voie ça, j’avais l’impression jusqu’ici que c'étaient deux milliardaires. Alors, c’est marrant parce que vous faites pas la même tête.
Alors on ne parle pas de crypto-communistes.
On parle de crypto-monnaie.
Dans les temps confus dans lesquels nous sommes aujourd’hui, il faut quand même être précis.
Alors voilà, j’ai découvert qu’Alexandre Jardin serait là, moi j’avais l’impression que c'était un gars mou, tiède, macroniste, sarkozyste, mais pas à ce point quoi !
L'École Alsacienne étant une des écoles de l'élite parisienne.
Alors je vous propose qu’on décortique vos objectifs, les objectifs et vos moyens, évidemment, de FAF 40. Premier objectif, avez-vous écrit le 5 juin, « Démasquer ceux qui soutiennent l’extrême droite dans le monde économique ». Allez-y, on ne t’a pas encore entendu, si tu veux répondre.
Ah, moi j’ai plus travaillé sur le monde politique, donc je ne me sens pas tout à fait…
C’est aujourd’hui d’ailleurs.
Aujourd’hui même, oui, absolument.
Un portrait d’un dénommé Bernard Carayon.
Le nom au complet, s’il te plaît.
Bernard Carayon de la Gaye.
Mais ça on en parlera tout à l’heure, un gars assez extraordinaire, que tu nous as déniché, moi je le découvre, qui est dans le Tarn, à qui on doit le secret des affaires, qui est un truc absolument incroyable, on va en parler tout à l’heure.
C’est parce que définitivement, on ne regarde pas assez les chaînes d’infos en continu, je plussoie ce que dit Anne-Sophie, parce qu’en fait Bernard Carayon est régulièrement sur les plateaux de CNews ou de BFM pour défendre l’A69 également.
Mais je ne sais pas comment dire, je préfère passer par votre filtre pour découvrir ces personnages. C’est comme ça, voilà.
Tu vois, c’est comme ça de donner tort.
Alors, démasquer ceux qui soutiennent l’extrême droite dans le monde économique.
Vous avez publié, à propos de Bolloré, une enquête intitulée Le Système Bolloré, il y a quelques jours. Sur le site de l’Observatoire, on retrouve notamment une infographie qui est quand même assez stupéfiante. Tu parlais tout à l’heure de l’Olympia, donc l’Olympia, ça appartient à Bolloré. Il y a évidemment Europe 1, ça tout le monde le sait, mais il y a aussi l’Agence Havas, il y a Les Relais, il y a Universal Music, il y a Canal+, Dailymotion, Studio Canal, Canal C-Star, CNews évidemment. Bon voilà, il a quand même un paquet.
Le fameux projet Périclès, en partie révélé par L’Humanité, 150 millions d’euros sur 5 ans, pour former des cadres, ouvrir des think tanks, créer des sondages, irriguer le débat public.
Non, je disais gagner des municipales, enfin gagner des villes aux municipales, je crois que ça fait partie des objectifs importants de Périclès. Je ne voudrais pas dire, mais je crois qu’il y a un objectif chiffré de villes, non ? Il y a des chiffres qui avaient été publiés à l'époque.
Mais qui ont été révisés à la baisse, paraît-il. Mais effectivement, il y a cette idée de former des cadres, et il y a de l’argent surtout, parce que n’oublions pas qu’il y a beaucoup de pognon par rapport à tout ça.
Dans les premiers articles que j’ai lus, que vous avez publiés. Vous ne qualifiez pas toujours d’extrême droite, les gens. Par exemple, Sterin, vous le qualifiez d’ultraconservateur. Mais vous ne dites pas tout à fait extrême droite. Alors, je voudrais savoir quel est le degré, comment ça se passe dans vos conférences de rédaction. Est-ce que vous vous écharpez, ce que lui, on dit que c’est un facho, FAF 40, ou est-ce que lui, on dit qu’il est un ultraconservateur ? C’est-à-dire que c’est juste la porte d’avant. Comment vous faites ?
Non, non, on va y venir parce que c’est ça qui est très passionnant dans vos papiers, c’est qu’on voit bien qu’il y a des ramifications dans le monde entier, on va y venir. Parce que bon là pour l’instant on a parlé de deux cas archi connus et scrutés, Bolloré et Stérin, mais en fait on voit dans vos papiers que vous écrivez que certaines figures du monde de l'économie donc, n’hésitent plus à s’afficher en compagnie de leaders du RN ou de proches d'Éric Zemmour comme Arnaud Lagardère. Donc Hachette. Ou l’ex-PDG d’EDF, Henri Proglio. Vous parlez également d’Olivier Andriès, je ne connais pas, patron du groupe Safran, qui n’hésite plus à dialoguer avec les leaders du RN. Et puis là justement, j’arrive à l'étranger. En Inde, Total Énergie qui a noué un partenariat avec un proche allié du Premier ministre Modi. En Hongrie, des groupes comme Bouygues ou Decaux font affaire avec le gouvernement Orban. Au Brésil, un actionnaire et partenaire important de Carrefour qui a soutenu le parti de Bolsonaro. Et il y a aussi, s’il y a des détails, on ne compte plus les liens, écrivez-vous, entre les collaborations entre les industriels français et le complexe militaro-industriel israélien. Et nous rappelons que le gouvernement israélien est un gouvernement d’extrême droite. Il faut toujours le rappeler, voilà. C’est de ça dont on parle. Alors, dans les noms que j’ai cités, est-ce que ça veut dire qu’il va y avoir des enquêtes sur ces gens-là ? Tu n’es pas obligé de répondre.
Alors ça, c’est le fameux déjeuner qui avait été raconté, je crois, par Le Monde, où il est au bout du restaurant, exprès, et où Marine Le Pen prend tout son temps.
Bien sûr au vu de ce qu’on appelle le tout Paris, étrange expression.
Deuxième objectif de FAF 40, maintenir l’expression que tu viens d’employer, un cordon sanitaire autour de l’extrême droite, mais là tu vois, j’ai pris moins de notes, parce que ça me semble moins convaincant mais étayé. Alors, ça veut dire quoi, un cordon sanitaire ?
Ça, c’est le cordon sanitaire médiatique qui a explosé en plein vœu, mais là vous parlez d’une espèce de cordon sanitaire, si j’ai bien compris, économique, du monde de l'économie.
Question naïve du tchat, c’est le tchat lui-même, c’est Fémina Sapiens elle-même qui qualifie sa question de naïve, existent-ils des milliardaires de gauche ? Si j’en crois votre barre de dons ou la mienne, ou la nôtre, on ne les connaît pas en tout cas.
Non, non, rien du tout.
Ah moi j’attendais le hasard, il vient pas, ok, mais par rapport à cette histoire de cordon sanitaire, est-ce que ce serait pas chouette de faire une espèce de classement justement d’entreprises qui seraient vertueuses, c’est-à-dire d’entreprises qui disent non aux fachos, est-ce que ça existe ?
Historiquement,
Troisième objectif, vous vous en souvenez ? Documenter les véritables politiques de l’extrême droite.
Mais alors, justement, la question que je me posais en lisant vos différents papiers, c’est que, pour les entrepreneurs, là je parle des gens qui veulent gagner de l’argent. Dans le but, c'était de gagner de la chance et de valoriser leur capital, etc. Qu’est-ce qui leur garantit finalement de jouer le cheval extrême droite comme un truc qui va leur rapporter toujours de l’argent ? Parce que si on regarde économiquement, ça finit toujours très mal par l’extrême droite, y compris d’un point de vue capitaliste.
Bien sûr, on va venir au cas d'école révélé cet après-midi même, ton ami là, ton ami du Tarn, mais je voulais rebondir sur un truc, oui, dans vos écrits revient souvent une idée qui a peu été évoquée jusqu’ici : la captation de l’argent public au profit de l’extrême droite ou des entreprises. Est-ce que vous pouvez expliquer le mécanisme qui se met en place ou qui se mettrait en place ?
Nous allons passer à ce monsieur Bernard Carayon, du GUD à l’A69, ou la droite béton, ah ! vous êtes en forme, l’Observatoire. Bernard Carayon, ancien Gudard, ancien RPR, partisan depuis toujours de l’Union des Droites. Aujourd’hui, donc, il est du côté du forcené Ciotti. Il est ce monsieur, Bernard Carayon, maire,
À Lavaur, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Toulouse. Donc, ah oui, à l’est de Toulouse ? Il est au sud-ouest du Tarn et donc à l’est de Toulouse, une quarantaine de kilomètres. On dit que c’est la troisième couronne de Toulouse.
Il est un partisan de l’A69 et il est aussi le père de la directive secret des affaires et de l'école de guerre économique. Donc c’est un cas d’espèce.
Bah ouais c’est quelqu’un qui cristallise d’une certaine façon un peu tout ce qu’on vient de raconter et déjà une volonté claire et assumée de mettre un coup de canif au cordon sanitaire. Il a été un des tout premiers à rallier Éric Ciotti à l'été 2024 à la suite de la dissolution puis des législatives qui ont eu lieu, donc c'était quelqu’un qui a fait sa carrière dans la droite dite républicaine pendant pas loin d’une quarantaine d’années. Et qui aujourd’hui assume vraiment publiquement l’idée d’un rassemblement entre cette droite républicaine et l’extrême droite puisque c'était le projet porté par Éric Ciotti, dont on sait par ailleurs qu’il est globalement en prise avec Pierre-Édouard Sterin. En tout cas, Pierre-Édouard Sterin est présenté comme quelqu’un d’assez influent dans ce nouveau parti UDR qui signifie Union des Droites pour la République. Donc voilà, on retrouve les personnages dont on a parlé, on retrouve cette idée aussi qu’Olivier a évoquée de forme d’opportunisme qui se présente, en tout cas ça ne traduit pas une cohérence idéologique sur les questions d'économie très claires du côté de Bernard Carayon. Ce qui est intéressant aussi c’est la manière dont il fait toujours des mêmes personnes, les boucs émissaires de son propos, c'était Bernard Carayon à le verbe « haut », c’est un avocat par ailleurs de métier, donc il a le sens de la formule. Il n’hésite pas à l’utiliser au moment de s’attaquer aux écologistes, aux islamo-gauchistes, aux wokistes…
Ah non, c’est mieux que ça. Sur l'écriture inclusive. Il faut lui rendre hommage. Ah non, l'écriture inclusive, je n’ai pas noté, mais vas-y.
Oh bah il a fait passer une directive ou un amendement pour le conseil municipal interdisant l’utilisation de l'écriture inclusive, une pratique loufoque venue des États-Unis, dixit.
Voilà, c’est ça. Mais par ailleurs, nous sommes à ses yeux des décroissants archaïques, des bobos pacsés à l’ultragauche et évidemment des extrémistes pro-Hamas.
Il a l’outrance verbale, facile, sur les réseaux sociaux, sur les plateaux télé, à l'égard de ses opposants en conseil municipal, c’est quelqu’un qui ne s’embarrasse pas de politesse.
Ouais, il a une pratique.
Pratique du pouvoir extrêmement autoritaire, il est maire de Lavaur depuis 1995, c’est évidemment quelqu’un qui a cumulé sans doute bien avec des postes de conseiller départemental, conseiller régional, une de ses opposantes me racontait à quel point c'était absolument impossible de prévoir les conseils municipaux puisque c’est lui qui en décide 5 jours avant comme ça, enfin voilà, il y a eu plusieurs démissions au sein de son conseil municipal, il y a quelque chose qui ressemble un peu au fait du prince dans sa pratique à Lavaur. Donc c’est en effet toujours intéressant de rappeler ce que c’est, même si on ne peut pas lui accoler l'étiquette officiellement d’extrême droite, même si c'était toujours intéressant de rappeler ce que la pratique du pouvoir. Le mec il a été au GUD en effet, ce qui est intéressant c’est que c'était quelqu’un qu’on pourrait considérer qu’il s’est servi de la droite dite républicaine, notamment chiraquienne au moment des années 80, pour se racheter une forme de respectabilité, mais en fait lui à ses yeux l’idée de cordon sanitaire, Bernard Carayon, ça a toujours été quelque chose d’absurde, il a fait le GUD, il est ensuite au Club de l’Horloge.
C’est la Nouvelle-Droite, c’est le laboratoire de la Nouvelle-Droite avec Le Gallou et Alain de Benoist aussi ?
Exactement. Ça dit quelque chose quand on est au Club de l’Horloge.
Et c’est quelqu’un qui, en 2003, rappelles-tu dans le portrait que tu brosses de lui aujourd’hui, qui sert Raffarin, donc cette espèce de gauche de droite qui se voulait sociale et bonhomme, on va dire ça comme ça. Voilà, c'était des gens comme ça qui pouvaient être dans son entourage. C’est ça dont on parle.
Raffarin en 2003 lui commande un rapport sur à quoi pourrait ressembler une politique publique de l’intelligence économique en France. Donc c’est aussi un peu à partir de ce moment-là que Carayon se construit cette image de père de l’intelligence économique à la française.
Alors l’intelligence économique, c’est quoi ? C’est l’espionnage industriel ?
Je passerai bien la parole à Olivier qui est bien plus expert que moi là.
Alors ça, c’est assez marrant…
Il a lancé, il faut reconnaître quand même, parce qu’il a l’inverse de ce que vous, vous faites, il a lancé le baromètre de transparence des ONG. Et là on voit que nos amis ONG sont évidemment tout en bas du classement, il y a je ne sais plus quelle association tu dis, à 1 sur 10, France Nature Environnement, qui n’est pas non plus la plus véhémente.
Non mais c’est surtout que France Nature Environnement publie ses rapports annuels, je veux dire tout est pour le coup assez transparent. Je crois qu’il leur est reproché, je ne voudrais pas dire de bêtises, mais je crois qu’il leur a reproché d’avoir un site internet en 2003-2004, ou peut-être un peu après, parce que la fondation Prometheus n’est apparue qu’après, mais qui n'était pas assez lisible, où le parcours dessus n’est pas bien fait. C’est des arguments complètement pipeaux. Pour, comme je disais, renverser le stigmate, c’est-à-dire qu'évidemment il sait que du côté des grandes entreprises, on pointe l’opacité, le manque de transparence qui caractérise leur activité. Donc lui, il s’amuse à dire, ah bah vous aussi, vous qui nous pointez, on va s’amuser.
Donc ils cherchent Soros partout, et puis tous les autres, en gros c’est ça.
Mais d’ailleurs, il faut que je vous pose la question, puisque transparence, transparence totale, qui vous finance vous ? Il y a des dons, donc là, il y a des dons.
Ah mais j’aime bien la ligne « frais de recherche », bon, je m’en servirai peut-être un jour. Alors revenons à ce Bernard, parce qu’en fait on lui doit quelque chose de mon point de vue gravissime, qui est ce qu’il a appelé le secret des affaires. Alors je te laisse poursuivre.
Non mais que t’as bien connu, bah donc le secret des affaires, il est en fait le père de ce projet de loi qui a mis du temps à être définitivement adopté à l’Assemblée nationale puisque je crois que c’est promulgué en 2018 ou tout début 2019 mais il est le premier à emporter le projet de loi en 2012 et en fait même en réalité il y a des précédentes versions sous Sarkozy qui sont retoquées et donc l’idée, pour résumer assez simplement, c'était de créer une forme de délit ? Ouais, en effet, de rendre délictuel le fait de délivrer des informations au sujet d’entreprises sans leur accord, on dit c’est une forme de secret entreprise, comme il existe un secret défense pour faire régner l’omerta sur les activités de défense de l'État français.
Donc il est le père de cette mesure, de cette loi, qui est en fait, on va dire détournée, mais en réalité je pense qu’elle a été faite pour ça, par un certain nombre d’entreprises qui maintenant n’attaquent plus la presse sur des délits de presse, la loi 1881, diffamation, etc. Mais sur cette loi-là, et cette loi étant beaucoup plus protectrice pour les entreprises que la loi de la presse qui elle protège plutôt la liberté d’informer, on va dire ça comme ça. Ce qui fait que des journaux sont condamnés, qu’il y a des procédures bâillons, vous-même je ne sais pas l’Observatoire des multinationales si vous avez fait l’objet de ce genre de choses, parce que vous, vous êtes en plein dedans, c’est-à-dire que vous passez votre temps à donner des informations qu’ils n’ont pas envie.
C’est clairement un outil pour bâillonner et ça dit quelque chose comme le disait Anne-Sophie, du rapport à la liberté de manière générale, la liberté de la presse, la liberté d’expression de manière générale que portent ces gens-là.
Alors, il a aussi un truc qui m’a séché quand même, c’est que c'était sa misogynie à ce monsieur. Il a plein de qualités, hein ? Il a plein de qualités. Je te cite, enfin oui, je cite le portrait que tu as publié cet après-midi. Une opposante politique, écris-tu, raconte la « misogynie ordinaire ». Et là, on ouvre la citation. Les remarques déplacées sont monnaies courantes. Il a déjà essayé de m’expliquer. Alors écoutez bien là, les aupostiens, les aupostiennes, ceux qui sont en train de se préparer à manger, là, posez la casserole deux secondes, écoutez bien, parce que ça, ça vaut quand même son pesant de cacahuètes. Donc, il a déjà essayé de m’expliquer que les inégalités homme-femme, attention, roulement de tambour, provenaient de l’acte sexuel. C’est la géographie des corps, selon lui, qui justifierait les rapports de domination. Moi je me marre quand je dis ça, mais en même temps je me dis ok, voilà c’est ça la pensée de ce genre-là.
Je vous avoue que moi aussi c’est bien pour ça que je le relate, c'était qu’il a le sens de la formule, je le disais, et donc évidemment il s’est balancé des punchlines comme ça, enfin je veux dire, il y a aucun doute sur le fait qu’il a dit ça à cette opposante qui continue de maintenir sa version, et de toute façon ça relate effectivement sa vision du monde sur les rapports homme-femme, cf ce que je disais sur l'écriture inclusive. Voilà, non, non mais oui, c’est ce que disait Anne-Sophie, c'étaient des gens qui, sur le plan des idées, le plan social, sont extrêmement conservateurs.
Ah oui, voilà.
Non, non, mais…
Alors pourtant, si tu as d’autres choses à dire sur ce Bernard.
Ah, peut-être juste pour rattacher l’idée, justement, la proximité. Voilà, c’est ça que c'était. Son investissement pour défendre corps et âme, l’A69 aujourd’hui, est aussi étroitement lié à ses relations avec Pierre Fabre. Pierre Fabre en deux mots, donc groupe pharmaceutique bien connu, qui est un des plus grands patrons du capitalisme français. Du 20e siècle, enfin de la deuxième moitié du 20e siècle et qui est tarnais, qui vivait à Lavaur, qui a installé à Lavaur le siège d’une de ses branches dermatologiques et qui a été un des tout premiers soutiens de l’A69 quand le projet naît.
C’est pour les salariés de cette entreprise, c’est ça, de ce siège social pour qu’ils puissent aller plus vite de Toulouse à Castres et de Castres à Toulouse.
Voilà parce que Pierre Fabre est né à Castres et je crois que c'était là où était situé le siège pendant longtemps. Donc c’est toujours la même idée que pour favoriser le développement économique, il faut favoriser les axes de transport et de communication entre les deux grandes villes. Enfin voilà, c'était un discours assez classique et il y a eu tout au long de la carrière politique de Bernard Carayon, volonté d’accompagner et d’aider Pierre Fabre. Il a notamment fait passer en 2005 un amendement dont Pierre Fabre, un amendement sur mesure qui a permis à Pierre Fabre de fonder, enfin de créer sa fondation dans des conditions particulièrement avantageuses et dont il a été le seul à profiter pendant plus de dix ans, amendement qui est aujourd’hui surnommé les amendements Pierre-Fabre, c’est dire à quel point ils étaient taillés pour lui, c'était taillé pour lui exactement.
Pourtant, dans ton portrait, il y a quelqu’un qui dit qu’il ne pèse rien, il ne vaut rien. Et donc, je me suis posé la question, est-ce que… Pourquoi démarrer votre série par le portrait de quelqu’un…
C’est un politologue spécialiste. Non c’est Jérôme Lavrilleux ! C'était Jérôme Lavrilleux. Ah bah alors, bah oui, bah ça, évidemment ! Enfin, je veux dire, moi je le cite, je l’ai eu au téléphone, qu’il a accepté d'échanger une vingtaine de minutes au téléphone. Et donc, voilà, j’allais dire le rôle du contradictoire. Évidemment, lui aujourd’hui, Jérôme Lavrilleux, il faut rappeler, c’est l’ancien député européen, et puis l’ancien bras droit de Jean-François Copé. Je pense qu’il ne nous en voudra pas de le présenter comme le grand porte-flingues de la team Jean-François Copé quand il est président de l’UMP dans les années 2010. Évidemment, aujourd’hui, cette droite républicaine, parce que c'était le sens de mon propos, c’est d’interroger, mais comment vous avez pu aussi accueillir, voilà. Aujourd’hui l’argument c’est de dire, mais en fait ces gens-là ne pèsent rien, ne représentent rien. Ce n’est pas un courant. Et donc lui aussi, il a le sens de la punchline, il nous dit que c’est du clapotis. Un pet dans un bain, ça n’a jamais fait un jacuzzi.
On ne sait pas le reprendre, parce que c’est du monde de droite, il y a un moment où ça fait trop quoi. Tu vois, quand ça devient running out, ça commence à être désagréable.
Profitons-en tant que le secret des affaires ne nous gêne pas.
Mais bon, mais les mecs, c’est quand même, c’est bien, non, mais heureusement vous êtes là pour nous informer de tout ça, mais alors, néanmoins, toi tu penses quoi ? Tu penses qu’il est important ou il n’est pas important ?
Alors je pense qu’au niveau national effectivement, en fait je dirais les deux, c’est-à-dire que je pense qu’au niveau national on ne peut pas lui prêter d’avoir eu un rôle d’influence très important à l’intérieur du parti. Par contre ce qui nous a intéressé avec Oli est que justement on pense que son parcours, sa trajectoire raconte quelque chose malgré tout de relativement significatif, peut-être pas en volume, mais dans le positionnement et dans l’influence que ça joue aujourd’hui. L’UDR c’est un petit parti, il n’y a pas de doute là-dessus. Par contre, médiatiquement, ça existe et ça participe de ce cordon sanitaire qu’on déchiquette toujours plus. Et voilà, moi je cite aussi une syndicaliste dans le Tarn qui nous explique que c’est un des agents les plus importants, mais parce qu’il a les relais médiatiques, de l’extrême droitisation des esprits à laquelle on assiste dans le Tarn et qui a des effets très concrets, même si encore une fois en nombre, en volume, ils ne sont pas si importants. On voit des groupuscules néo-fascistes qui émergent dans le Tarn, qui est quand même historiquement une terre de gauche, c’est la terre de Jaurès, enfin vous voyez, la droite historiquement a rarement été très présente dans ce territoire, elle a élu son premier député en 2022, son député RN, son premier député RN en 2022. Voilà, et donc nous ce qu’on cherche à dire c'était peut-être qu’il n’a pas de courant très fort à travers le pays, mais par contre c’est sûr que son rôle est important dans les esprits, dans les mots, dans la manière de construire des discours.
Vas-y Olivier, après je rajouterai quelque chose, on aurait pu faire beaucoup plus là-dessus, mais Bernard Carayon, il faut bien comprendre que c’est quelqu’un qui continue de se présenter mais vraiment très fermement comme gaulliste. Il se revendique du gaullisme, il a ce mot-là toutes les trois phrases, il se revendique gaulliste, il dit que sa famille est gaulliste, que ses enfants sont gaullistes, enfin oui. En réalité, je pense que le Général se retourne dans sa tombe en voyant des personnes comme ça.
Le Général, il a dit le Général ?
Ah bah, je reprends les termes de mon sujet. Et je reprends les termes de mon sujet !
C’est la première fois en 800 invités !
Je voulais laisser ma marque.
C’est le dernier Au poste.
Alors, à propos de l’argument de dire, oh, il est un petit, voilà, Roland, dans le tchat que je salue, Roland dit que ça lui fait penser à Bolloré quand il avait auditionné qui se disait tout petit. Vous vous souvenez de ça ? En disant… Ah, vous ne vous en souvenez pas ? Il disait, mais nous, on ne pèse rien par rapport aux géants chinois, aux géants américains, donc c’est une espèce de modestie, de façade, on va appeler ça comme ça.
C’est vrai qu’on ne peut pas lui attribuer ça. Et puis, est-ce que c’est pas aussi une manière de, enfin je sais pas, une hypothèse, mais de justifier un peu les discours autour de la compétitivité, de l'économie en disant regardez nos adversaires qui sont tellement plus puissants et donc donnez-nous les pleins moyens pour développer l’intelligence économique.
Alors parmi les quelques groupes ou think tanks ou associations que vous allez sans doute suivre, enfin que vous citez souvent, il y a ce nôtre que t’as cité tout à l’heure d’ailleurs Anne-Sophie, des Contribuables associés. Alors déjà, bravo, ils ont un super nom. Alors ces gens, c’est qui exactement ? Qu’est-ce qu’ils défendent ? En quoi c'était un cheval de Troie de la pensée d’extrême droite ?
Celui qui est derrière le projet 2025 de Donald Trump.
Alors, Geoffroy Roux de Béziers vous demande si Samuel Lafont dont tu parles, c’est bien le directeur communication de Zemmour ?
Un autre nom circule dans vos premiers articles, c’est celui de l’Institut Sapiens. C’est quoi ça ?
Il sera au sommet, enfin on va ne pas faire la retape.
Les crétins du numérique, tu veux dire.
Très bien alors, c’est un des derniers points que je voulais évoquer avec vous. C’est la question du carbofascisme. Et en fait, vous expliquez combien l’extrême droite a besoin de démolir l'écologie. Est-ce que vous pouvez nous expliquer les raisons exactes de ce lien qui est fait entre l’environnement, peut-être pas premier, mais prioritaire pour l’extrême droite ?
Il y a plein de choses à dire, je pense que l’extrême droite a décidé d’en faire un cheval de bataille pour conflictualiser en fait le débat politique et c’est bien pour ça qu’elle utilise à ce point-là le terme d'écologie punitive, c’est qu’en fait elle se met du côté, enfin c’est comme ça qu’elle se positionne, du côté du peuple des perdants, donc c’est une manière pour elle assez habilement de se donner le beau rôle, des défenseurs, des petits, enfin tout ce que Anne-Sophie et Olivier ont déjà très bien expliqué depuis le début. Et en fait l'écologie, parce que c’est quand même un objet extrêmement clivant, on ne va pas se mentir, je veux dire, qui implique de profondément refondre nos politiques économiques. L'écologie ne fait pas que des gagnants. Et donc du coup, le projet de loi sur la ZFE l’a très bien montré, elle a construit tout son discours, elle a matraqué sur le fait de « nous on veut défendre » les précaires, les pauvres, qui vont être les premières victimes avec les voitures. Je passe la parole à ma camarade.
C’est intéressant par exemple de regarder en ce moment ce qui se passe au Parlement européen où l’extrême droite est représentée par trois groupes maintenant différents et qui sont vent debout contre le Green Deal et qui ont la première force pour tenter de détricoter le Green Deal et sous quel motif, sous quel mot d’ordre elle le fait. Simplification, compétitivité, donc autrement dit, dérégulation. Et donc là en fait ça donne à voir quelle est la réalité de la politique économique que peut tenter de mettre en place l’extrême droite dans les faits, en tout cas au Parlement européen.
Je voudrais pour terminer qu’on évoque d’autres gens riches, d’autres milliardaires dont les noms peuvent être familiers ou non. Il y a un dénommé Jim Ratcliffe au Royaume-Uni, Christophe Blocher en Suisse, Andrej Babiš en République Tchèque. Est-ce que vous pouvez me dire qui sont ces gens-là ? Et ensuite, j’aurais une petite question par rapport à ça.
Néanmoins, est-ce qu’on peut considérer qu’il y a une internationale fasciste des milliardaires ou est-ce que ça c’est une vision complotiste ? Est-ce que ces gens se fréquentent vraiment ? Est-ce qu’ils se financent ? Est-ce qu’ils s’aident ? Toi tu peux peut-être répondre par rapport à ton travail sur l’Institut Atlas.
Non non mais t’as raison, alors il faut le dire là pour ceux qui se précipitent à faire des dons soit à FAF 40, soit à Au Poste, n’utilisez pas s’il vous plaît Paypal.
Et tout le paradoxe, c’est que justement cette extrême droite a bien compris son intérêt maintenant à se servir de cet outil européen, on peut aussi mentionner l’incroyable ils travaillent, ils se sont mis à travailler l’extrême droite là, européenne, si tant est encore une fois qu’elle existe en tout unique parce que déjà elle est répartie entre trois groupes différents, mais il faut regarder la démonstration de force, enfin je veux pas l’heure, mais du 9 juin dernier pour la fête de la victoire organisée à côté d’Orléans, à l’initiative du Rassemblement National et où il y a à peu près, il y a Viktor Orban, il y a les Italiens, les Espagnols, et vraiment du monde, et donc ils ont très bien compris maintenant l’intérêt pour eux aussi de se structurer dans les cadres que leur offre l’Union Européenne, et c’est ça tout le paradoxe, parce que évidemment c'étaient des partis qui se sont construits sur le sentiment anti-européen.
Chers amis, il est 19h26, dans le studio il doit faire 1926 degrés, tellement entre les projos, les trucs, donc il faut savoir arrêter un stream. Alors j’ai deux questions rituelles, mais qui sont nouvelles là, parce qu’il y a les autres là qui pensent répondre à des questions auxquelles ils ont déjà répondu, mais non, je les ai changées. Alors d’abord, une question, alors là qui est toute simple, toute simple tout ça, avez-vous chacun, chacune, une recommandation culturelle à nous faire, ça peut être un livre, un disque, un film, ça peut-être un vieux machin. Ça peut sortir demain, voilà. Allez-y, allez-y chacun ses mauvais goûts.
Bon allez, je peux commencer, j’ai lu il y a quelques mois, au début de l’année, Dalva, puisque tu disais que ça peut être ancien, et Dalva est un magnifique livre de Jim Harrison sur la question indienne aux États-Unis, voilà, ça me traverse l’esprit, recommandation.
L’esprit est traversé ?
Alors à toi Olivier, de nous sortir de là.
Et deuxième question, beaucoup plus compliquée, que faire ?
Merci beaucoup à vous trois pour votre venue, votre prestation, et surtout pour FAF 40. Je dis à chacune et à chacun, aux aupostiens et aupostiennes, qu’il y a un système d’alerte pour recevoir les nouveautés de FAF 40.
Voilà, et donc, inscrivez-vous sur la newsletter de FAF 40, enfin de l’Observatoire des multinationales. Il y a une campagne de dons pour financer votre travail. Nous, c’est la même chose et puis, là, je suis mort. La semaine prochaine, on a plein de trucs.
Lisez les commentaires, merci, c'était excellent, merci beaucoup pour votre travail, très bon conseil.
Belle émission, merci Au Poste numéro 1 d'éducation populaire et citoyenne. Merci beaucoup, merci Olivier, merci Anne-Sophie et merci Barnabé, ça c’est Euryale.Excellent conseil, ça, c'était suite à ce que tu venais de dire Anne-Sophie. Je voulais aussi remercier Tommy qui est à la technique plus près de l’ordinateur.Alors, est-ce qu’il a le ventilateur dans les pieds ou est-il a encore plus de chaleur avec le microprocesseur ? Je ne sais pas, mais là, on n’en peut plus, merci à vous trois, merci beaucoup.
