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Féminicides politiques dans le monde. Des centaines de victimes. Les révélations de « Femmes à abattre »

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, amis de la police, amis du travail bien fait. Nous avons trois invitées qui avec sept autres personnes qui ont bien travaillé. Féminicides politiques dans le monde. C’est si compliqué à comprendre parce que femme à abattre ? Qui sont nos invités ? Ce n’est pas un collectif, c’est un sous collectif du collectif YouPress. Bon, on essaiera d’aborder cette question là qui fait quoi exactement dans leur truc ? C’est une enquête. La première enquête internationale sur les crimes genrés, sur les féminicides politiques. Plus de 300 victimes identifiées et une centaine assurément identifiées comme féminicides politiques. On parlera de ça tout à l’heure. Un cas en France, des cas dans le monde entier, singulièrement en Amérique du Sud. Mesdames, Attention, ça va être à vous dans quelques secondes. Êtes-vous prêtes ? J’ai l’impression que oui. Attention, Un, deux, trois Bonjour mesdames, Bonjour.
Hélène Molinari
Bonjour. Bonjour.
David Dufresne
Alors que je ne me trompe pas. A gauche Hélène, peut être qu’il faudrait changer un tout petit peu si c’est possible la caméra pour voir mieux Alors toutes les trois, vous êtes journalistes ? Hélène Molinari, Leïla Miñano, c’est ça le nom ?
Leïla Miñano
oui c est çà
David Dufresne
Ah ça y est, c’est sept ans d’espagnol ! Aïe, aïe,
Hélène Molinari
Alors bonjour.
David Dufresne
Comment allez-vous toutes les trois ?
Hélène Molinari
Ça va bien.
David Dufresne
Ça va bien. C’est lancé après des années de boulot dans l’ombre.
Hélène Molinari
Exactement.
Leïla Miñano
Oui, des années et des mois de travail. Enfin, très heureuse et très touchée. C’est-à -dire qu’on a un plan de retour.
David Dufresne
Mais quel genre de retour ?
Leïla Miñano
Alors il y a Nicolas Mathieu qui nous a mis dans sa story Instagram. Donc du coup, on était content. Hier, on s’est pas mal déroulé. Hier on était à la télé, on a été repris dans plusieurs sites. Que dire d’autre ? Ça c’est récent. Mais. Mais voilà, on peut dire aussi que l’apparition a déclenché plusieurs dons sur notre cagnotte. Donc je pense que les gens se disent qu’il faut continuer de nous encourager. Et c'était un soutien pour le coup, inattendu. On ne s’attendait pas à cet effet là.
Hélène Molinari
Mais ça montre qu’on a touché au bon endroit.
Hélène Molinari
Je pense.
David Dufresne
Le site et je pense que va le mettre dans le tchat c’est femme à abattre point com. Tout simplement Oui. Alors, est ce que vous pouvez nous dire de quoi il s’agit ? Qu’est ce que vous avez fait pendant des mois sans rien dire à personne pour tous, à tout sortir ces chiffres qui sont terrifiants et ces témoignages qui sont complètement fous parce que parfois, la nature des crimes. On va, on va, on va en parler et est complètement folle. Comment vous pourriez résumer, comment vous pourriez résumer votre travail ?
Leïla Miñano
Alors, pour le résumer en quelques mots, l’idée, c'était de prouver l’existence d’un crime qui aujourd’hui n’est pas connu. C’est-à-dire le féminisme politique. Et donc du coup, le fait de tuer une femme parce qu’elle est une femme et également pour sa cause. En fait, il y a deux raisons.
Leïla Miñano
Aujourd’hui qu’on décrit un assassinat politique de femmes activistes, on parle tout simplement de sa cause. Or, il se trouve que, en enquêtant sérieusement, on peut se rendre compte qu’il y a souvent des motifs genrés qui apparaissent derrière. Ça veut dire le l’assassin peut derrière un typique un assassinat néo, un assassin néonazi peut être motivé pour tuer cette femme parce qu’elle va défendre la cause des migrants. Mais également, ce qui va le heurter, c’est que ce soit une femme qui prenne la parole. Je pense effectivement à l’histoire de Joe Cox. Alors que pour la députée britannique assassinée en 2008. Et donc du coup, effectivement, il y a ça et on va toujours chercher, on ne va jamais chercher la cause, la cause genrée. Et pour nous, et c’est ce qu’on a fait, on va être pendant trois ans sur une base, sur une base de 300 assassinats politiques. On a été cherché à chaque fois s’il y avait des motivations, des modes opératoires et des impacts genrés dans chaque assassinat. C’est Hélène, c’est Hélène est Regatta, elle est data journaliste qui ont commencé, qui ont travaillé pendant des mois, voire des années sur la base de données en faisant une analyse méthodique.
Anne laure Pineau
Effectivement. En fait, quand on est parti de cette hypothèse, de cette intuition, à la base, on avait des bases de données qui existaient déjà sur des bases faites par des ONG. Mais alors il y avait l’UID et le HCR dès Mémorial. Ah oui, c'était spécifiquement les femmes des femmes mortes et qui étaient militantes. Et donc nous, on a extrait de ces bases de données la RDC c’est les militants assassinés, mais hommes, femmes, personnes non-binaires, c'était tout le monde. Et donc on a commencé par faire l’extraction de ces noms en partant sur de deux points importants 23 en l’occurrence femmes militantes assassinées. Et puis petit à petit, on a affiné, on a. On a complété cette base de données avec des noms qui apparaissent dans des rapports, des noms qui apparaissent dans des interviews qu’on faisait au fur et à mesure avec des chercheuses, des survivantes, des militantes toujours en lutte. On est allés voir d’autres, d’autres bases de données comme la base de données Women en tête, de Transit Lives Matter. Et puis petit à petit, voilà, on arrivait à 287 noms.
Anne laure Pineau
Depuis 2010. On a commencé en 2010 parce que c’est la date du premier rapport de l’ONU qui va vraiment dire OK. Les femmes défenseures des droits subissent des violences spécifiques et il est temps de s’y attarder. Quoi ? Et donc on s’est dit 2010, c’est pas mal, surtout qu’en fait on a travaillé sur open, donc ça veut dire aller vraiment fouiller tous les internets et avant 2010, ça devient plus compliqué. Donc on s’est dit que voilà, c'était déjà une bonne date. 2010 2022 pour 300 noms. Et sur ces 300 mots, une centaine. On a pu avoir suffisamment de sources. Et donc de preuves que c'était des assassinats politiques genrées, des féminicides politiques et puis 200 autres où soit on a suffisamment de faisceau d’indices, mais on n’a pas encore assez de sources pour confirmer, soit on a les premiers éléments de départ, mais on n’a pas assez de sources pour vraiment aller jusqu’au bout. Et donc voilà, les doutes font partie aussi de notre base de données.
David Dufresne
Donc à l’origine, vous êtes trois journalistes, non ? Vous êtes dix journalistes, c’est ça dit beaucoup de femmes dans un collectif s’appelle YouPress. Peut être qu’il faudrait présenter ce collectif.
Leïla Miñano
Alors ce collectif. Il a quinze ans d’existence, donc un collectif de journalistes indépendants. Donc là, on est dans le bureau du 13ᵉ, on est pigiste comme on dit dans la profession, on travaille pour. Pour pas mal de deux journaux dont Mediapart, comme vous avez pu le voir sur la publication du projet il y a trois ans de ça, on a décidé, après une grosse déception de prendre les rênes d’un projet nous mêmes. C’est-à -dire que, en gros, on avait déjà mené un projet sur le volcan. On devient un projet collectif avec d’autres personnes qui nous dirigeait, qui ont payé. Après une déception, on s’est dit qu’on allait peut-être essayer de le faire nous mêmes. Et donc du coup, on s’est lancé. C’est à dire que quand on a fait trois ans de projet, ensuite ça a été aussi d’aller chercher de l’argent pour pouvoir financer le travail journalistique, financer le travail de terrain parce qu’on vous l’explique. On a parlé un peu de la DATAR.
Hélène Molinari
Mais il y a Les journalistes qui sont partis effectivement dans différents endroits du monde pour pouvoir développer des cas en spécifique le temps de travail, mais aussi le site, le site internet, etc. Donc, tout ça, ça fait partie de la partie gestion de projet de femme à abattre. Donc je ne sais pas si c’est sous presse en particulier, mais ensuite, tous les journalistes de La Presse ont rejoint le projet Femmes à abattre.
Hélène Molinari
Dont un homme, Je me permets de le spécifier. Un site Internet, c’est quelqu’un.
David Dufresne
Balancez son nom.
Hélène Molinari
Il s’appelle David Bringer,
David Dufresne
C’est un David.
Hélène Molinari
Et de la femme.
Leïla Miñano
Que le féminin l’emporte sur une Écrasante majorité comme ça.
David Dufresne
C'était quoi votre déception ?
Leïla Miñano
On a fait comment ? Après avoir fait ce projet, donc, le groupe de deux producteurs a essayé de rembarquer tout seul notre projet, c’est-à -dire nous pro. Et donc on s’est dit que bah effectivement, on connaissait bien le syndrome Mafalda. C’est à dire qu' un groupe de femmes qui se fait prendre ses idées par et on avait aucune intention que ça se produise avec nous. Et du coup on a décidé de faire la chose nous mêmes. Effectivement, on s’est mis des bâtons dans les roues parce qu’effectivement quand on est pigiste, on n’a pas, on est payé, on n’a pas besoin d’aller chercher des sous pour un projet, tout ça. Mais bon, on s’est dit que ce projet-là en valait la peine. Donc du coup, on s’est lancé.
David Dufresne
Alors, vous avez vu une question d’entrée de jeu ? Je vous ai vu la regarder Kiki pourquoi je vous la relis ? YOLO qui vous demande pourquoi est-ce important de connaître l’interprétation de l’objectif de l’assassin, c’est-à-dire le fait que ce soit un féminicide politique ? Et comment objectiver cette interprétation puisqu’on n’est pas dedans, dans sa tête ou dans leur tête ?
Leïla Miñano
Et je peux me permettre de répondre ceci oui aussi, je peux prendre l’exemple de Ben. J’ai travaillé sur le cas de Jacobson qui a été assassiné en 2016 par un militant, un terroriste néonazi. Clairement, même si j’ai demandé une interview à L’assassin qui est incarcéré. L’important, c’est de. Comme le dit très bien la personne derrière la violence, l’important c’est d’objectiver en fait ce qui part de quelque chose d’individuel à quelque chose de collectif. Donc par exemple, dans ce cas précis, il s’agit d’une personne qui a une pensée néo-nazie. Dans la pensée néo-nazie, il y a eu de nombreuses études qui ont montré le biais misogyne évident mais sûr qu’on retrouve dans cette idéologie là. Et dans le passage à l’acte. Il y a des éléments qui nous permettent de dire qu’il y a le motif genre par exemple, la députée n’a pas été assassinée simplement entre guillemets, elle a été rayé de la carte, enfin massacrée, c’est à dire qu’elle a reçu quinze coups de couteau et trois balles à bout portant, à la tête et au thorax. Ce qui s’appelle un overkill. Un overkill, c’est qu’on ne tue pas simplement, on pense surtout en gros. Et sept, sept. Ce biais là, on l’a retrouvé dans 43 % des cas de féminicide. C’est à dire que et ne s’est pas contenté de tuer la députée, il a voulu lancer un message et ce message, c'était celui qu’il adressait aux personnes comme lui, des comme on dit, des loups solitaires qui pourraient passer à l’acte aussi. En l’occurrence, plusieurs. Plusieurs personnes ont tenté d’assassiner des députés, ensuite des députés femmes en disant qu’elles allaient être juste excisées. Et aussi, surtout, un message aux femmes de la vie publique, c’est à dire le cyberharcèlement, c’est une chose, mais derrière le cyberharcèlement, on est là, on est là pour vous menacer sur votre trottoir, dans vos dents, devant votre maison, à la sortie d’une voiture. On sera toujours là. Et donc il y a eu une vraie vague de terreur chez les députés britanniques, mais aussi dans toute l’Europe suite à cette. Assassinat. Donc l’objectivation, c’est le passage à l’acte et elle overkill. La pensée idéologique, néo nazie et misogyne et les conséquences sur les autres femmes de la vie publique, c’est je ne sais pas pour les autres cas, mais c’est quelque chose qu’on a fait systématiquement de montrer que c’est objectivement un féminicide politique dans l’intention du tueur, mais surtout dans les conséquences que ça a eu. La motivation n’est qu’un élément en fait, et elle fait partie d’un ensemble d’indices en fait, qui vont arriver ou pas à la qualification de féminicide politique. Effectivement, ça peut être un indice particulièrement probant si la personne dit je voulais tuer une femme parce qu’elle était une femme, effectivement, on a un indice qui est particulièrement profond. Après, ça arrive très rarement. En général, la plupart du temps, les assassins veulent se défausser, on joue au jukebox et on est aux nazis, donc non. Ou alors ils disent que c'était une cible facile. Une femme est une cible facile, elle va moins se défendre, elle est moins protégée, elle est plus facilement atteignable.
Hélène Molinari
Ce qui est objectivement un indice d’enfermement diplomatique genré.
Anne laure Pineau
Et il y a aussi le pourquoi c’est important. De parler de féminicide politique et d’aller chercher justement le caractère genré et politique de ces assassinats. Beaucoup d’ONG de défense des défenseurs des droits, c’est de dire qu’avec eux, en mettant le point là dessus, on peut créer des dispositifs plus adaptés de protection. Ça va être aussi de mieux mener les enquêtes par la suite, parce qu’en fait, c’est ça, c’est une donnée très importante. Je l’ai et je l’ai. J’ai commencé à en parler tout à l’heure. C’est qu’on on manque d’informations. Il y a très peu d’enquêtes, que ce soit médiatique ou des mesures techniques. Les enquêtes justice. Et lorsqu’elles sont menées, ces enquêtes, elles ne sont pas forcément. Elles vont se focaliser sur un aspect, mais pas forcément sur le sur la vision globale. Et en fait, si on pose jamais la question de est ce qu’elle a été tuée en tant que femme, on ne voit pas effectivement le système à l'œuvre d’effacement des femmes, de la vie publique et politique. Et ça c’est un point très important en fait de notre de notre projet, c’est de montrer que ça s’inscrit dans le fameux backlash, le retour de bâton. Quand les femmes veulent prendre une place en politique, elles reçoivent des menaces, du cyberharcèlement, elles ont des insultes sexistes. Ça, c’est des choses qui commencent à être connues, mais ça peut aller beaucoup plus loin. Et les menaces sont réelles. Les menaces de mort sont réelles et, et on le voit bien ici.
Hélène Molinari
C’est tout ce que tout ce qu’on montre dans nos enquêtes.
David Dufresne
Est ce que, est ce que la justice internationale reconnaît le caractère genré du crime ou pas ? Est ce qu’il y a une législation ?
Leïla Miñano
. En fait, aujourd’hui, il y a seulement deux pays qui reconnaissent seulement le féminisme dans le code pénal, c’est la Bolivie et la Colombie. Mais on parle de féminicide de manière générale. Donc ce que celui qu’on connaît, notamment le féminisme intime. Mais aujourd’hui, il n’y a aucune législation, que ce soit nationale ou internationale, qui reconnaît en fait l’existence de ce crime. D’où pour nous l’importance de ce travail là qui est le fait de tuer effectivement une femme publique, d'œuvrer notamment dans un contexte où on veut qu’elle soit de plus en plus présente dans l’espace public, devrait être reconnue d’une manière ou d’une autre. Et ce n’est pas le cas. Ce qu’on a aussi, c’est qu’effectivement il y a une augmentation des violences à leur égard. C’est ce que disait Hélène, c’est le fameux retour de bâton backlash. Plus elles sont nombreuses, plus les violences augmentent de manière incroyable. Donc ça par contre, l’ONU le dit. L’ONU dit qu’effectivement les violences et donc le meurtre augmentent partout dans le monde pour les femmes activistes.
David Dufresne
Donc dans votre rapport, vous expliquez cette notion d’ overkill, c’est à dire d’acharnement. Brûler, massacrer au couteau, à l'épée, au fusil, empaler, crucifier, découper en morceaux défigurés à l’acide et nucléaire. Et ça, ça représente, je l’ai dit, 43 % des victimes que vous avez identifiées.
Anne laure Pineau
Ça représente 43 % des féminicides politiques qu’on a plus avérés. Donc les fameux 82, mais c’est quelque chose en fait.
Anne laure Pineau
Le chiffre pour augmenter. Parce que dans les 200 autres cas de la base de données, on, ça revient aussi, c’est overkill. Et au départ donc quand on fait de la data, on remplit ces cases, ces données dans un gros tableau Excel. Et puis c’est petit à petit. En fait, nous, on s’est rendu compte que c'était quelque chose de très important parce que ça revenait constamment. En fait, ce n’était pas juste tuer à chaque fois, ce n’était pas une balle, c'était quinze balles, ce n’était pas une balle, c'était quinze balles et trois coups de couteau. Ce n’était pas juste. On vient chez elle pour la tuer. Non, On vient chez elle pour la tuer. Et par exemple, il y a un cas au Brésil. Elle est tuée en même temps que son mari et un ami. Les deux hommes vont être tués d’une balle dans une balle. Elle va l'égorger en plus, en plus de la balle, on va lui trancher la gorge.
Leïla Miñano
Et la tue devant ses enfants aussi. Après, il y a un objectif politique dans le fait d’overkill. C’est à dire qu’on est non seulement là pour tuer une personne, mais on envoie un message aux héritières, c’est à dire aux futures femmes qui voudraient prendre le relais, relever le plan go de la lutte, mais également à la communauté, c’est à dire voilà ce qui vous attend si vous même vous continuez le combat. Voilà ce qui attend vos sœurs, vos femmes, vos filles, voilà ce qui va vous arriver. C’est à dire ce n’est pas une balle, c’est un ensemble de tortures, d’actes de barbarie qui vont, qui vont atteindre vos sœurs. Et donc vous feriez mieux de les décourager à elles-mêmes. S’engager dans la lutte, on est vraiment dans un symbole et dans le fait d’envoyer un message, est ce qu’on montre aussi dans notre lead qui est en ligne sur Mediapart depuis hier, c’est que le féminicide appartient à un continuum de violence, C’est à dire que ça commence par du cyberharcèlement, ça commence par des menaces, ça commence par des insultes sur internet, des agressions sexuelles et et le féminicide est l’aboutissement de tout ça. Mais tout ça appartient à la même, c’est la même politique au fond. Décourager les femmes de prendre la parole, décourager les femmes d’avoir une existence dans la vie publique. Et le film ici, c’est l’expression la plus violente de toutes.
David Dufresne
Alors vous évoquez régulièrement votre base de données. Il faut qu’on y rentre un peu. D’abord, ces crimes, vous les avez identifiés à peu près partout dans le monde. Est ce qu’il y a quand même des régions ? Moi, j’ai la réponse à l’Amérique du Sud, mais je laisse la donnée. Voilà ce que vous pouvez faire. Un panorama. Et j’ai été très surpris de voir qu’il y avait un cas de féminicide politique en France.
Anne laure Pineau
Alors je vais commencer par les zones géographiques, c’est très compliqué. Effectivement, l’Amérique du Sud et Amérique centrale ressortent, c’est elles sont toujours sous représentées. Mais en fait on a notamment la Colombie. Mais en fait c’est très compliqué de ne juste s’arrêter sur la zone géographique parce qu’il y a énormément de biais de recherche et de biais de collecte. Déjà à la base d’informations, par exemple la Colombie, c’est un pays qui est extrêmement organisé au niveau des associations, des militants sur place, de la collecte d’informations, et donc les cas sont connus. Et encore, on a dans notre base de données, il y a eu un moment où il a fallu qu’on s’arrête de rentrer en. Je rappelle qu’on était juste deux et qu’on avait tout ça à la main. Donc il n’y avait pas d’automatisation. Donc on a arrêté à un moment, mais moi j’ai encore des pages remplies de mes carnets avec des cas potentiels en Colombie par exemple. Voilà. Donc ça, c’est des zones où on a de l’information, on a des données, donc effectivement, c’est là où c’est massif comparé à d’autres régions, mais il y a des zones où on a quasiment pas d’informations. Sans grande surprise, la Chine où il y a énormément par exemple, de disparitions aussi forcées et donc on ne sait pas si les femmes en sont décédées ou non. Moi par exemple, j’ai rentré un cas en Chine, je n’ai même pas son nom en fait, mais j’ai suffisamment d’un fil pour dire que ça rentre dans ma catégorie. Mais je n’ai pas dans la base de données, mais je n’ai même pas son nom. Donc en fait oui, c’est très difficile de répondre. Telle zone est très dangereuse, telle zone n’est pas dangereuse, ça va vraiment dépendre de est ce que sur place il y a des enquêtes qui sont menées ? Est ce que les médias sur place font des articles pour, pour en parler en fait au moment du décès ? Est ce qu’il y a un suivi aussi médiatique tout ça ? Est ce qu’il y a des organisations sur place pour faire le décompte ?
Hélène Molinari
Voilà.
Anne laure Pineau
Mais on a des cas dans 58 quand même.
David Dufresne
Est ce qu’on peut citer quelques-uns des 58 pays ?
Anne laure Pineau
Oui. Donc il y a la Colombie, donc, on l’a dit, le Brésil, Afrique du Sud, Kenya. C’est d’ailleurs l’article. Hier, deux premiers articles sont sortis. Il y en a un, c’est sur le sur le Kenya au Royaume-Uni. Donc c’est Anne Laure qui a travaillé dessus. Et donc la France, on en a un aussi et c’est très bien là dessus, il y a la Turquie, l’Afghanistan. Aux Philippines. Donc on a quand même vraiment essayé de chercher vraiment partout, partout dans le monde.
Hélène Molinari
Voilà.
Leïla Miñano
Très bonne question. Souvenez-vous de Yann Piat. Effectivement, ça a été une vraie question pour nous, mais notre base de données se limite à dix ans. Donc là on parle d’un mandat, d’un assassinat qui est beaucoup plus ancien, mais c’est un des assassinats politiques que ont peu de femmes qu’on peut retenir en France.
Hélène Molinari
Donc il y a une élue du Front national, donc Rassemblement National aujourd’hui qui aurait été assassiné notamment par ce qu’on appelle la criminalité organisée.
Leïla Miñano
Notre cas français, c’est Vanessa Campos qui a été assassinée en 2018 dans le bois de Boulogne. Elle était travailleuse du sexe et elle se battait en fait pour pouvoir travailler correctement dans un contexte très difficile, à savoir la loi de répression de la prostitution..
Anne laure Pineau
Des clients qu’il y a de la Prostitution qui faisait que les travailleuses et travailleurs du sexe devaient prendre des risques. En fait, pour travailler. Elle était originaire du Pérou. Elle avait traversé le monde entier pour travailler, vivre correctement, survivre même, puisque en Colombie, au Pérou comme en Argentine où elle s'était réfugiée, les femmes sont particulièrement sujettes à aux violences. Donc elle était venue travailler en France et elle a été assassinée, donc par une bande de criminels qui agissaient sur le bois de Boulogne et qui avaient visé donc Vanessa parce qu’elle, elle était. Elle organisait en fait la lutte et la défense de leur de leur collectif de femmes originaires la plupart de l’Amérique du Sud, dans ce coin vraiment très reculé du bois de Boulogne. Et pareil, là on avait un cas d’ overkill puisqu’elle a été battue et elle a reçu des coups à l’arme blanche et plusieurs balles de revolver. Le procès d’ailleurs en appel commence la semaine prochaine. Pour l’instant, les criminels ont été condamnés à 20 ans de réclusion. Pour cet assassinat.
David Dufresne
C'était quand L’assassinat ?
Hélène Molinari
2018.
Leïla Miñano
Le 2 juillet.
Hélène Molinari
2018.
Leïla Miñano
C'était passé plus ou moins inaperçu. C’est d’ailleurs le problème avec les cas de femmes trans assassinées, c’est que les médias ne s’emparent pas de leur de leur cas. Et la police, souvent d’enquête pas. En fait, surtout dans des pays comme la Colombie, le Honduras, le Guatemala. Il y a vraiment énormément de personnes tuées pour leur genre et leur combat pour les droits des personnes trans qui ne sont pas enquêtés. D’ailleurs, Hélène et Hérodiade Assal, qui a travaillé avec elles, ont beaucoup documenté cette absence d’enquête et en l’occurrence, en France, il y a eu des gros problèmes dans l’enquête de la police qu’on va qu’on va révéler dans quelques temps, dans un autre papier qui paraîtra dans Mediapart.
David Dufresne
Ils ont de la chance, Mediapart
David Dufresne
Redoutable investigatrice pour le prix d’une.
Leïla Miñano
De manière plus générale, il va y avoir de toute façon une volonté de réécrire le récit des morts que des morts et des assassinées en fait, c’est à dire c’est ce qu’on note à travers le monde. De manière générale, on va vouloir renvoyer à la sphère intime les assassinats de femmes militantes, c’est-à-dire qu’on va décrédibiliser leur combat et va très souvent faire passer ça pour une histoire de féminicide intime ou de féminicide dans la sphère familiale. Donc elle n’a pas été tuée parce qu’elle était militante. Elle a été tuée par sa famille en général parce qu’elle s’est moralement mal comportée. Et par ailleurs, où on va la faire passer pour quelqu’un de fragile psychologiquement ? Et donc du coup, c’est pour ça qu’elle s’est suicidée. Donc du coup, il va y avoir une volonté de salir le récit de leur mort pour éviter d’en faire des héroïnes, d’en faire des femmes d’en faire des représentantes de leur cause qui serait arrivée jusqu’au sacrifice ultime. Ce qu’on fait plutôt volontiers pour les hommes, c’est à dire voilà, c’est des héros qui se sont battus jusqu’au bout pour leur cause et puis qui sont morts quand il s’agit de femmes. On va essayer de réécrire au maximum le récit de leur mort. Et c’est. Il y a maintenant un peu plus d’un an, il y a une décision historique de la Cour interaméricaine des droits humains sur le cas de l’assassinat de notre choix. Donc activiste, avocate des droits politiques au Mexique, il y a donc 20 ans d’activisme derrière elle, très reconnue à l'échelle internationale Et donc du coup, les policiers vont enquêter sur un côté, c’est-à -dire qu’elle est fragile psychologiquement d’ailleurs, allez les voir en thérapeute. D’ailleurs sa relation amoureuse était conflictuelle. Et donc du coup, le suicide, ça va être on va renvoyer. Donc on va faire passer sa part ensuite parce que depuis, ça a été démontré par ailleurs que c'était plutôt un assassinat politique déguisé. Mais en tout cas, la Cour interaméricaine de justice va dire voilà, là on est face à une enquête qui a été menée sous le biais du genre.
Hélène Molinari
Et du coup.
Leïla Miñano
L’enquête de l’enquête de police a été menée avec un biais de genre. Et donc du coup, il y a une discrimination sexiste dans cette enquête. Et donc du coup, cette décision victimaire pour notre, pour notre, pour notre travail est effectivement fondamentale puisqu’elle montre en fait à quel point c’est important de repérer en fait ces biais de genre pour pouvoir, pour pouvoir mener à bien les enquêtes et prendre les bonnes décisions.
David Dufresne
Il y a, si j’ai bien lu vos premiers travaux, seize femmes politiques sur 82 victimes. D’autres avaient une autre profession, plus proche, on va dire, de leur militantisme en plus de leur militantisme agricultrice, poétesse, chauffeuse de taxi. Donc là, je euh, je. J’ai copié honteusement les illustrations de Juliette. Robert c’est ça, hein ?
Hélène Molinari
C’est ça,
David Dufresne
C’est depuis diffusé hier dans Mediapart. Et donc il y a quelques très beaux graphiques, donc terribles, mais très beaux comme celui-ci, qui rappelle. Donc en gros, c’est l’extraction de votre base de données. Sept femmes politiques lycéennes, trois influenceurs sont journalistes, etc. Tout le monde peut le lire. Qu’est ce que cette catégorisation ? Nous nous disons oui à ce phénomène.
Anne laure Pineau
Oui. Alors du coup, on a. Quand on a créé ces catégories fonctions, c'était pour faire ressortir leurs fonctions principales, mais parfois elles en ont plusieurs, comme les luttes pour lesquelles on les a. On a retenu la lutte pour laquelle elles ont été tuées. Mais parfois il y a plusieurs luttes. Là, ce qu’on voit, mais c’est aussi c’est à la fois des informations très intéressantes, mais il faut aussi les prendre avec des pincettes puisque, encore une fois, seules les données pour lesquelles on avait suffisamment d’informations et on voit qu’il y a une majorité de femmes politiques, journalistes, défenseurs des droits, leadeuse communautaires, c’est des c, des. C’est des fonctions qui sont déjà visibles en fait.
David Dufresne
Oui, bien sûr.
Anne laure Pineau
Elles sont déjà très visibles dans la vie publique. Pour nous, il n’y a pas grand chose d'étonnant à les voir apparaître en majorité dans notre base de données, à la fois parce qu’elles sont visibles et donc en étant visibles. Et il va y avoir des échos dans la presse, des échos dans les rapports, elles sont connues. Par contre, ce qui est vraiment moi, ce qui m’a frappé Alors après il y a, il y a l’Iran aussi, le fait qu’on ait des lycéennes, mais ça apparaît dans d’autres, dans d’autres zones géographiques. Il peut y avoir des du tout des victimes très jeunes encore lycéennes, collégiennes. Et puis surtout, il y a des fous, des personnes qui donc sont militantes sur leur temps à côté de leur travail. Et c’est là. Ces métiers sont très variés : coiffeuses de taxi, patronnes de cafés, syndiqués. Enfin voilà, il y a vraiment docteur, poète, poétesse. C’est très varié et ça, c’est important, c’est de montrer que le politique, le militantisme, il n’est pas, ce n’est pas l’apanage des élus ou des défenseurs des droits très identifiés qui travaillent dans les ONG. Ça peut être vraiment très comment tout le monde peut s’emparer du politique en fait, et devenir militant et devenir une cible du coup, par là, par le même chemin et surtout, une femme politique élue du parlement britannique va vivre et être menacée de la même façon que la coiffeuse militante transe du Honduras par exemple, ou la défenseuse des droits de la terre, on la leadeuse communautaire. Dans la jungle colombienne, c’est les mêmes, ça va être les mêmes, les mêmes mécanismes de dénonciation.
Leïla Miñano
David Peut être il y a une question auquel on peut répondre, qui est bien, c’est un peu ce qu’elles sont et ce qu’elles sont, ou nous financeurs en fait, et nous financeurs. Donc toujours juste question. Donc on a.
Hélène Molinari
Un exemple.
David Dufresne
Ici, il y a toujours la CIA.
Hélène Molinari
Il y a une boucle.
Leïla Miñano
La Coupe du monde a été financée par la bourse de Bruce pour le journalisme, donc qui a une bourse qui en langue flamande, donc qui fait que nos enquêtes seront traduites par le média d’investigation flamand Apache et également publié dans le magazine dans la revue. Axel Voilà, donc effectivement, toutes nos enquêtes seront disponibles en langue belge sur les premiers financeurs de la femme à abattre. Et ensuite, effectivement, ça a été un média. Donc du coup, qui a financé les terrains, notamment tout, tous les terrains que vous allez pouvoir découvrir ? La déferlante donc.
David Dufresne
Alors quand tu dis les terrains, tu veux dire là, les enquêtes de terrain, c’est aller sur place.
Leïla Miñano
Exactement. Les reportages, la déferlante aussi.
David Dufresne
Tu peux le remettre, que je fasse une petite photo pour Twitter. En fait, c’est un métier où tout peut bien sortir de son travail.
Leïla Miñano
La déferlante qui nous a mis dans ces des éléments, dans cette newsletter. Et puis elle va diffuser une bande dessinée Voilà, faut peut être dire ce que c’est une revue féministe en fait, qui existe maintenant depuis deux ans je crois, mais qui nous a mis dans sa newsletter et qui va diffuser la première bande dessinée sur le féminisme politique. Voilà. Donc, est ce que j’ai oublié d’autres gens qui nous financent On a fait un appel aux dons nous-mêmes la majorité du temps, soyons honnêtes, ça a été effectivement un travail de Pôle emploi.
Hélène Molinari
Ça ne compte pas bien, ne faut pas le dire.
Leïla Miñano
Moi, parce que je veux dire, la situation de Pôle Emploi et des pigistes est parfois compliquée. Et effectivement, on a fait un appel aux dons. Sur HelloAsso. Vous pouvez retrouver sur notre site femme à abattre.
David Dufresne
Femme à abattre Je remets le site. Voilà l’enquête de fin d’année. Nous avons besoin de vous faites un don
Anne laure Pineau
C’est ça.
David Dufresne
C’est bien parce que moi. Je demande aux gens de s’abonner au post, mais tous les invités ont une collecte de dons et ça roule. Alors, si je peux me permettre, j’ai été un tout petit peu étonné, si je puis me permettre de deux choses pour votre site apprendre à revenir sur votre travail, c’est que oui, le financement n’apparaît pas, me semble t il, mais surtout la base de données n’apparaît pas. Et ça je suis assez étonnée parce que même d’un point de vue d’impact, je pense que s’il y avait un peu d’infographie, un peu de data visualisation à Mediapart, ils ne savent pas trop faire ça, mais pourraient trouver d’autres gens qui comme moi.
Anne laure Pineau
Oui, mais pour ça il faut des sous.
David Dufresne
Donc c’est le fait de faire un don
Anne laure Pineau
Voilà, exactement, dans la situation, c’est celle là, le site, la base, c’est un site qu’on appelle vitrine, Donc c'était pour vraiment la présentation du projet et dire on arrive et voilà qui on est. Comme l’a dit L'œil, c’est un projet qui est mené vraiment par le collectif, une presse, laissez moi. C’est le collectif presque I qui a mené ce projet. Voilà, voilà notre site du projet. Oui, la base de données, c’est, c’est un énorme travail de mise en page, de mise en ligne, bien sûr. Et pour ça, il faudrait un site internet qui soit à part en fait, et qui soit capable de soutenir, même de supporter en fait autant de données. Ce site là, en fait, nous, l’identité visuelle, on a eu recours à LA Médiane qui nous a aidés. Donc c’est ça un studio qui aide les médias à développer un peu leur identité. Donc on avait besoin d’aide pour, voilà notre identité. Mais après le site internet, on l’a fait avec nos petites mains qui font pareil, avec nos propres moyens et on n’est pas développé.
Hélène Molinari
On est jugé, les Journalistes et donc on est déjà bien content d’avoir réussi à faire un travail.
Anne laure Pineau
Mais pour aller plus loin, en fait, clairement, il nous faut des sous pour pouvoir diffuser. Nous, ce qu’on voudrait, c’est qu’il y ait une plateforme dédiée avec la base de données, avec les articles en accès libre aussi par la suite. Parce que là, pour le moment, c’est chez Mediapart, nos partenaires. Mais notre objectif, évidemment, c’est de pouvoir vraiment diffuser au maximum et librement.
Leïla Miñano
Tout en plusieurs langues.
Anne laure Pineau
Dans plusieurs langues. On avait énormément d’ambition pour ce projet, pour ce travail. Après, il y a la réalité qui dit bon bah. On va déjà commencer. Par faire trois infographies et puis on a commencé direct sachant que toutes les journalistes et les journalistes de YouPress sont journalistes indépendants, pigistes en fait, et travaillent effectivement pour payer les factures. Voilà. Donc on a tout donné dans ce projet, mais effectivement on est obligés de travailler à côté pour payer les factures. Par contre c’est quelque chose qu’on redit avec l’IATA aussi. Donc le data journaliste avec qui j’ai travaillé sur la base de données, c’est que là, pour le moment, elle n’est pas diffusée, elle n’est pas accessible pour tout le monde. Mais si y a des chercheurs et chercheuses qui veulent avoir accès et pouvoir fouiller et pouvoir en discuter avec nous, bien sûr, ce sera accessible et il ne faut pas hésiter à nous contacter pour ça.
David Dufresne
Bien sûr, mais il y a moyen d’automatiser les choses. Évidemment, ça passe par des développeurs, mais de sorte que quand tu nourris le tableau, ça nourrit automatiquement la data visualisation. On avait fait ça à l'époque par exemple, mais c’est vrai que c’est une usine à gaz. Mais est ce que c’est un appel à des développeurs ou des développeuses ou pas ? Ou pour l’instant vous vous concentrez sur le fond et il faut être plus tard on n’a pas les moyens de les payer.
Anne laure Pineau
C’est ça. On n’a pas les moyens de les payer pour le moment. Ça c’est vraiment la seule raison pour laquelle ce n’est pas encore fait, c’est l’argent.
David Dufresne
Alors, je ça s’entend évidemment sur. On a parlé des victimes et de leur, de leur profession ou de leur fonction comme. L’intitulé de la colonne x, z, j. J’imagine le tableau.
David Dufresne
La question demande de l’engagement, de l’engagement de ces femmes victimes donc d’assassinat. Donc on voit ce graphique ci. Donc il faut que je redonne le nombre exact. Pour l’instant c’est 82. Sur les 82 victimes que vous avez clairement identifiées comme victimes de féminicide politique 38 Consacrer leur temps et leur énergie aux droits des femmes dix aux LGBTQ plus les droits humains huit. Non communiqués huit. Droits à la terre cinq. Quatre Corruption Quatre. Droits des autochtones trois Pardon, Environnement trois etc, etc. Là aussi, qu’est ce que Qu’est ce que ça nous dit, au-delà de la froideur des chiffres ?
Leïla Miñano
Donc du coup, vous voyez qu’il y a une surreprésentation des droits des femmes, donc de la lutte des droits des femmes dans ces chiffres. Ce qu’on peut d’abord dire en premier, c’est qu’il y a surtout des femmes qui se battent pour les droits des femmes. C’est une lutte qui est extrêmement féministe, féminisée en plus d'être féministe. Et donc du coup, effectivement, la logique veut que l’on soit, on soit effectivement dans une surreprésentation des femmes où les hommes vraiment sont très peu nombreux. Par ailleurs, cette classification-là a été faite. C’est la lutte principale de la militante. Il faut dire ce qui est. Par exemple, vous parlez de la Colombie. J’y étais personnellement il y a deux semaines pour une enquête que vous allez pouvoir bientôt venir lire, sur Mediapart notamment. On se retrouve avec des situations où c’est des militantes de la terre, des leaders sociales. Il délaisse le social, c’est ce qu’on appelle. Et donc du coup, effectivement, elles sont militante des droits des femmes, mais elles sont également militante des droits de la terre, militante écologiste, elles se battent contre eux ou contre les gros projets miniers. Elles se battent contre les narcotrafiquants, elles se battent effectivement pour. Les droits des femmes. On est dans des luttes qui sont multiples et les leaders sociaux sont les plus parmi les plus menacées du monde. C’est à dire qu’elles ont tellement d’ennemis que, effectivement, elles sont elles sont particulièrement exposées. Donc ce qu’il faut voir, c’est les deux choses que notamment je voulais dire. Après je ne sais pas si c’est Anne-Laure dite Peggy ou Hélène dite molle Veulent Dire il paraît qu’il ne fallait pas le dire.
Hélène Molinari
Alors là je rigole.
David Dufresne
On est trahi par les siens ? Ah ça c’est clair, on est trahi. En Lévy, il y avait les deux qui sont appelés comme ça, il ne faudra pas le faire. Et puis pas du tout un livre.
Hélène Molinari
Il allait nous écouter.
David Dufresne
On a vu votre travail. Attendez-vous à être un peu écoutées quand même.
Hélène Molinari
À défaut d'être entendues.
Leïla Miñano
Est ce que je parle de la surreprésentation ? Dans les dix qui se sont battus pour les droits des LGBT, en plus il y a plusieurs femmes trans et il faut dire qu’on a une surreprésentation dans la base de données des femmes trans puisque les personnes trans se représentent à peu près. Enfin, il n’y a pas de chiffre exact bien évidemment, puisque ce n’est pas ce n’est pas sur la base du déclaratif, mais à peu près 0,5 % de la population mondiale et c’est 10 % de notre de notre base de données en fait. Donc il y a vraiment une surreprésentation des femmes trans qui se sont battues non pour la cause des personnes, oui, des personnes trans ou aussi pour le cas de en poste du droit au travail, du sexe.
Hélène Molinari
Alors ce sera pareil sera l’objet d’une enquête et je vais continuer à aller en cours. Ce n’est jamais plein.
David Dufresne
Allez y, allez y, allez, abonnez vous, Allez à la fac.
Anne laure Pineau
Sur les luttes comme je le disais, en fait, on s’est vraiment intéressées au moment où elle a été assassinée. Pourquoi ? A priori, elle a été assassinée pour qu’elle lutte. Mais effectivement, il y a, il y a énormément. Une lutte ne veut pas dire que c’est un militant. Pouvez avoir plusieurs luttes différentes et Pour avoir. L’impression que les. Il n’y a pas de féminicide politique pour les femmes des défenseurs de l’environnement par exemple, alors qu’il y a énormément d’assassinats. Mais ce n’est pas ce n’est pas que ce n’est pas le cas, c’est juste qu’on n’a pas assez d’informations dans ces cas là. Et c’est assez, assez révélateur aussi de la façon dont on va mener les enquêtes. C’est-à -dire qu'à partir du moment où elles ont été. Alors là, pour le coup, c’est assez intéressant, c’est que pour Elles ont été tuées.
Anne laure Pineau
Parce qu’ils étaient en lutte pour l’environnement. Et donc on ne va pas se poser comme il y a des hommes qui sont tués aussi pour ça, on ne va pas se poser la question de si elle, elle était particulièrement visée en tant que femme, est ce qu’elle était ? Parce qu’en fait, il y a une chose, c’est que les femmes sont moins nombreuses dans la représentation en politique à travers le monde. C’est un fait, c’est un chiffre. Voilà. Elles sont moins nombreuses et pourtant il y a une augmentation constante sur des violences à leur encontre. Et là, ce n’est pas que nous l’utilisons. Il y a des données de plusieurs ONG, les données d’Aclad qui est un observatoire de la violence physique en politique. Donc. Donc voilà, c’est des données. Qui sont-ils ? On aimerait bien avoir une plateforme pour mieux expliquer toutes ces données, effectivement. Vous voulez nous faire un petit don ?
David Dufresne
N’hésitez pas. On a l’habitude de faire du taf militant pour vous,
Anne laure Pineau
On aimerait bien payer des gens quand même.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr Alors n’ayez crainte, je veux dire, on comprend très bien en lisant les papiers, vous avez dit Mais il n’y a pas que sur Mediapart, sur votre compte Instagram ou sur votre site, on comprend très bien que vous faites un travail empirique et c’est d’ailleurs d’une certaine manière, ça fait partie de la beauté de votre geste je trouve. C’est-à-dire qu’il y a à aucun moment vous dites ça y est, c’est arrêté, on a, on a l’heure juste. Non, c’est ça, ça avance au fil de vos de vos enquêtes, de vos de vos, de vos requêtes. Là dessus, il n’y a pas de, il n’y a pas, il n’y a pas de doute. Mais je reviens sur ce tableau et je vais le dire un peu brutalement. On a l’impression là aussi que des camarades sont assassinés. Est ce que. Est ce que vous avez aussi des femmes politiques d’extrême droite qui sont assassinées ou voyez ce que disent des femmes ? Oui. Qui n’ont pas des causes, qui sont assassinées et est ce qu’elles sont dans votre base de données ? Est ce que vous vous autorisez à ne pas les mettre ? Au contraire, vous considérez que ce qui compte, c’est le caractère genré ? Parce que cette question peut se poser à un moment donné.
Leïla Miñano
Je pense que s’il y a bien avait été assassiné dans les dix années. Les années, on aurait certainement eu des débats entre nous. Soyons très clair là-dessus. Mais potentiellement on se serait été très difficile de ne pas reconnaître qu’elles étaient victimes d’un féminicide politique. Et je pense que même si effectivement on ne va pas se cacher, du reste, on n’aime pas les idées d’extrême droite. Le fait est qu’on a on est tenu par un devoir d’honnêteté journalistique. Effectivement, si une femme d’extrême droite est tuée pour son genre et sa cause. On mène l’enquête de la même manière et on en conclut ou pas les choses. Après, la question, ce n’est pas beaucoup poser. Soyons très clairs. Ce sujet est posé avec Geneviève. Mais elle s’est très peu posée. Par ailleurs, on a raconté l’histoire, par exemple 2005, en amont de la très libérale, notamment en Colombie, une très libérale, donc l'élue Karina Garcia. On peut avoir des gens qui sont très à droite et qui ne sont pas. On pourrait ne pas du tout être d’accord un sur alléguer notamment de la cause LGBT actuelle, sur le féminisme, etc. On n’est pas, on peut être militante de la cause environnementale. Environnementale et par ailleurs absolument pas féministes. Il n’y a pas de candidate idéale pour nous toutes, quoi. Bon, et moi, dans le cas de l’Angleterre, une députée qui a été menacée d'être jocks oxydées, elle a été menacée par quelqu’un de Gauche. Elle était pro-Brexit et on lui a dit qu’on allait retrouver ses enfants et les couper en morceaux. Donc, malheureusement, le féminisme politique n’a pas trop de bord.
Hélène Molinari
Je crois mais après, il y a certaines militantes qui sont plus visées que d’autres. Comme vous avez pu le voir, les militantes des droits des femmes sont, elles deux, sociales, etc. Voilà, ce n’est pas ce n’est pas les militants d’extrême droite qui sont visés, en tout cas de ce qu’on a pu constater.
David Dufresne
Alors je ne sais pas si le chat fait grève, je ne sais pas pourquoi le chat ne réagit pas, il est tapi dans l’ombre. À mon avis, il est sidéré par ce que vous racontez puisque vous êtes. Étonnant parce que vous avez le sourire, parce que je pense que vous êtes hyper heureuse d’en sortir après des années de travail et tout. On écoute ça. Mais on écoute, on n'écoute pas. Et les amis, profitez en pour discuter, sinon pour se dire ça a joué ici, ça, je suis calmée, on écoute de ouf, dit Mad Max, on est sidéré et on bosse en écoutant
Hélène Molinari
Bon ok.
David Dufresne
Je n’ai pas l’instruction nécessaire, mais donc qu’est ce que ça veut dire ça ? Non, bien sûr, ici on fait de l'éducation populaire, tout le monde, tout le monde participe, on bosse en fait. Et nous, on fait quoi ?
Leïla Miñano
Après, c’est une affaire d’hommes aussi le féminisme politique. Donc au contraire, il faut parler.
David Dufresne
A Alors vous, dans le cadre de l’enquête, vous dites 2010 et 53 pays, ce serait possible de savoir de quel pays on parle, là, ce sont les joies. Si tu veux de l’information comme BFM.
Anne laure Pineau
Je me répète volontiers donc de quel pays on parle ? On parle donc des zones où il y a le plus d’informations disponibles et de collecte d’informations, puisqu’on est on a travaillé en sources ouvertes. Donc, je le rappelle, pour faire la base de données. Donc énormément Amérique Centrale, Amérique du Sud, mais aussi en Afrique, donc dans plusieurs pays on a des données Afrique du Sud, Mali, Kenya, euh, on a en Europe, Royaume-Uni, France. Et puis après on a les Philippines, Afghanistan, Turquie, Iran, Irak, euh et plein d’autres. Selon les dires du site du groupe, c’est très varié et comme je l’expliquais, ce n’est pas il ne faut pas s’arrêter là dessus, on. OK, c’est ça concerne l’Amérique du Sud est parce que c’est là où il y en a le plus. Et puis le reste du monde, ça va. Non, ce n’est pas le cas. Parce qu’en fait, comme on travaille en sous verre, ça veut dire surtout qu’il n’y a pas de sources disponibles pour pouvoir vraiment mener les enquêtes au plus haut, au plus proche. Et je le disais, par exemple, en Chine, on a des cas où a. On sait, il peut y avoir beaucoup plus de cas que ce que nous, on a relevés, mais c’est juste qu’on a zéro information et on n’avait pas les moyens d’avoir les informations. Nous, en tant que journaliste en France qui ne parlons pas chinois ou de nous, sans forcément de contacts dans le pays, mais aussi parce que le pays est complètement fermé et ça je l’apprends à je ne pense pas grand monde.
David Dufresne
Il y a. On va revenir sur les sur les victimes. Il a été enlevé. Un garçon qui dit "Comme je suis un garçon, j’ai peur de dire des bêtises ici ou là. J’ai vu ça.
Hélène Molinari
Oui, oui, j’ai vu des vidéos.
David Dufresne
Bonjour, connaissant peu le sujet et étant un garçon, j’ai peur de dire des conneries. C’est pour ça que je me tais et réponds. Je suis un garçon, j’ai peur de dire des conneries mais toi je ne m'étais pas parce qu’il faut quand même qu’il débat. Mais cette question là. Après, on reviendra sur cette question du regard des garçons, sur votre travail sur ce sujet. Est ce qu’il évolue ? Est ce qu’il est obtus qu’il est ? Comment ça se passe et comment les. Selon vous, les gars doivent se positionner par rapport à ça ?
Leïla Miñano
Je pense que pour l’instant, on n’a pas été confronté à des regards hostiles de la part des garçons.
Hélène Molinari
De ce qu’ils finissent comme eux comme tel. Ce que je veux dire, c’est que déjà ils font l’essentiel de nos sources quand même étaient féminines. C’est parce que ce n’est pas qu’on joue les parents, c’est que l’essentiel des chercheuses, des responsables d’ONG étaient dans l’immense majorité des femmes. Parce qu’il y a eu malgré, je crois, qu’on parle 80 spécialistes. Je crois qu’il y en avait une seule, un seul, qui était le responsable de l’ONU des droits des droits de l’homme, qui faisait partie des interviews. Et si vraiment on était confronté à une majorité ? Mais en tout cas, lui n'était pas hostile s’il connaissait un peu le sujet. Mais ce que je veux dire, c’est que franchement, il y a aucune question bête, il y a surtout des intentions malveillantes on prend toutes les questions. On va reprocher à personne de pas savoir ou d’employer le mauvais terme ou quoi que ce soit. La question c’est s’il n’y a pas d’intention malveillante, si l’intention ce n’est pas de traquer les gens personnellement ou de faire des choses comme on peut le voir sur internet, etc. Nous on prend effectivement toutes les questions, d’où qu’elles viennent. Par exemple, il y a une question qui revient de temps en temps que j’ai eu après. De plusieurs de mes amis mecs c’est oui, mais les hommes aussi sont assassinés. Ce qui est tout à fait vrai. Ce qui est tout à fait vrai. Les hommes qui défendent la terre, qui défendent les droits autochtones, qui se battent contre le capitalisme, pour les droits humains, les droits des hommes gais, des hommes 36 sont assassinés. Mais le fait est qu’il y a moins de femmes dans la vie publique et elles sont du Coup plutôt pas plus assassinées que les hommes. En parlant de proportion, et surtout, il y a cet aspect overkill dont on a parlé d’acharnement, donc de supplément à la mort auquel ont droit plus les femmes que les hommes. Et donc cette question, elle n’est pas du tout ridicule, au contraire, puisqu’elle nous permet d’expliquer un peu la base de notre travail. Et elle est juste. Les hommes sont assassinés pour leur combat aussi. Et si tu me permets d’ajouter quelque chose, alors je pense que le fait que des hommes soient assassinés pour leur cause, on le sait depuis longtemps en fait, ça fait quand même quelques décennies qu’on sait que les hommes sont assassinés, que c’est comptabilisé, qu’il y a des ONG qui travaillent dessus. Alors qu’effectivement aujourd’hui, il n’y avait aucune enquête journalistique en France et ailleurs consacrée à l’assassinat des femmes publiques. Et c’est hallucinant.
Leïla Miñano
On est encore une fois dans un crime genré totalement invisibilisées. Enfin, c’est Me too qui petit à petit lance effectivement la question de la visibilisation des violences sexuelles sur les femmes. On a une prise de conscience sur les féminicides intimes etc. Mais à ce jour on n’avait pas encore eu ce travail qui est fait au fur et à mesure.
Hélène Molinari
Les zones sont un peu déblayées et je pense que c’est un intérêt aussi.
Anne laure Pineau
Mais il y a des il y a des ONG, des comptes femmes. Pour les militants assassinés, on en trouve qu’à partir de 2017. Et il y en a pour qui ce n’est toujours pas le cas. Dire qu’on met tout le monde, tout le monde ensemble et on n’essaye pas de voir s’il y a des distinctions, des distinctions. Et sur le côté, plus d’hommes que de femmes. Il y a aussi l’impact. Je ne sais pas si on en a vraiment beaucoup parlé, mais l’impact ne va pas être le même non plus. C’est-à -dire ? Leila tu en parlais surtout sur le message qui est envoyé. Le fait est que sur l’amour, ça peut être ce qu’on appelle positif ou négatif. Donc en gros positif on dirait. Il y a d’autres femmes qui vont après un assassinat, s’organiser, reprendre le combat, etc. Mais on l’a vu, le plus gros impact, c’est quand même le message qui est envoyé de dire n’essayez même pas d’occuper cette place, voilà ce qui vous attend. Et énormément de femmes en fait. Peu importe en fait, si on arrivait à prouver qu’il y a féministe politique, tu as déjà des femmes qui vont nous comprendre. Dès qu’on va annoncer telle femme a été assassinée, elles ont le prendre, elles vont comprendre comme une menace contre elles aussi. Et ça, ce n’est pas quelque chose en tout cas qu’on aperçoit dans les assassinats politiques d’hommes. On ne va pas avoir les mêmes réactions au sein de la communauté ou futurs militants ou des personnes qui veulent s’engager en politique. Et d’ailleurs, on le voit bien, il y en a toujours. Les hommes sont toujours là, présents en politique, ils ont toujours accès aux postes de pouvoir sans se sentir particulièrement menacés en tant qu’homme d’accéder à ce genre de postes. Alors que les femmes, si. Je ne sais pas si j’ai été très claire, je suis peut-être un peu perdue, mais. Et sur le est ce que les hommes ne font pas de questions bêtes ? Ou au contraire il faut se poser des questions parce que ça ne doit pas rester quelque chose qui concerne que les femmes en fait c’est ces sociétés, c’est le système et c’est ensemble.
Leïla Miñano
Mais en fait le problème c’est qu’elles s’en vont, elles remontent alors je sais pas le temps que les collègues les collectent, pourquoi pas le temps ? Mais il y avait des questions intéressantes plus haut. Je ne sais pas si tu peux les lire à ce sujet.
David Dufresne
Je peux les lire mais ça dépend laquelle. Mais techniquement, si c’est vous qui interprétez ce message et devant un tribunal, cela donne la possibilité aux avocats adverses de minimiser un crime par cette même interprétation à la charge de la victime de prouver que l’interprétation qu’il en fait est réelle. N’avez vous pas peur du risque juridique derrière votre combat et au final vous desserve ?
Leïla Miñano
En fait, déjà, tous les féministes politiques ne sont pas forcément des messages et ce n’est pas nous qui en faisons. Souvent, l’interprétation surgit de la société elle-même qui le fait. C’est à dire que, en gros, un meurtre va déclencher des réactions en positif ou en négatif. C’est à dire que, en positif, en ce que nous on voit comme positif, il y a des manifestations énormes, des femmes qui vont se saisir de la cause type Marielle Franco, etc créent des héritières, des héros, des héroïnes. En fait, derrière, il y a des impacts négatifs. Donc comme on a pu le voir, notamment pour l’assassinat de JO Cox ou d’autres. C’est-à -dire que voilà, un retrait des femmes, de la vie publique en fait. Impact d’un assassinat politique, ce n’est pas le même qu’un impact de meurtre, mais ce n’est pas nous qui nous interprétons, c’est la société qui va réagir d’une manière ou d’une autre, ou parfois des deux, c’est à dire parfois effectivement y voir une partie des femmes qui vont se retirer et l’autre est quand même des manifestations gigantesques. Parfois, la tentative d’assassinat ne va pas réussir comme on le raconte dans notre article. C’est à dire que simplement la femme peut avoir la chance d’en réchapper, mais du coup va arrêter son action militante. Donc je vais vous lire dans le premier, le premier article avec la militante irakienne Claudia Alba, qui va effectivement manquer de se faire tuer et se retirer, se retirer des affaires derrière. Mais nous, ce qu’on dit, c’est que le fait de tuer une femme activiste pourrait un jour être une circonstance aggravante.
Hélène Molinari
En fait, aujourd’hui, dans le code pénal, il y a des circonstances aggravantes quand on tue son propre fils. Un membre de sa famille, etc. Le fait de tuer, et c’est le cas aussi en Colombie, en Bolivie, quand il s’agit d’un féminicide. C’est à dire qu’une circonstance aggravante on une femme parce qu’elle est une femme et on se dit que peut être le fait de tuer une femme qui est engagée dans la vie publique pourrait être une circonstance aggravante puisque effectivement la responsabilité de l'État qui souhaite que les femmes soient de plus en plus nombreuses à monter dans l’arène politique, être représentant parce que c’est quand même la moitié de la population mondiale pourrait effectivement être reconnue.
David Dufresne
Margot Old School vous dit alors peut être que vous l’avez vu et les victimes hommes sont aussi surtout assassinés par des hommes.
Leïla Miñano
Oui, la personne derrière l’arme est toujours un homme.
Hélène Molinari
Enfin, je peux vous donner 100 % des assassins.
Anne laure Pineau
Des qu’on a, des qu’on a l’information sur qui a tué c’est 100 % d’hommes. La donnée est claire et nette et précise.
Leïla Miñano
Je me permettais juste de faire une remarque sur l’argument du juridique. En l’occurrence, nous on n’est pas jugés, on n’est pas avocats et avocats. Nous, notre travail, c’est vraiment d’observer la réalité de la vie, de la donner à voir en fait et. Et pareil pour un meurtre ou c’est d’ailleurs plus qu’un meurtre. En l’occurrence, il y a des meurtres qui deviennent autre chose que des meurtres et c’est ce qu’on montre dans notre enquête, mais aussi en dehors du féminisme strictement politique. Il y a quelques jours, deux femmes ont été assassinées par leur ex-conjoint en France. C'était des cas isolés autrement. Autrement dit, pour certains, certains journaux encore des faits divers, mais qui ont un retentissement politique incroyable. Au moment où Emmanuel Macron veut défendre son bilan sur les droits des femmes. Donc faire d’un meurtre plus qu’un meurtre, c’est ce n’est pas un journaliste de le faire, c’est juste la société qui le dit et le contexte qui le provoque en fait.
David Dufresne
Au moins, on ne parle plus de crime passionnel. Si ce n’est pas connu ça. Vous n’avez pas connu cet endroit ?
Hélène Molinari
C'était il y a quelques années encore.
David Dufresne
D’ailleurs, Plenel y sera. Il sera auposte lundi pour son superbe bouquin Face à face à l’extrême droite. Alors je vous laisse découvrir le chat qui dit on nous engueule. Et voilà, ça veut dire qu’on est calme et après ça va trop vite il faut rebondir. Je vous laisse lire un tout petit peu et je me permets de mettre le troisième graphique qui a été publié hier. Très beau celui-ci aussi. C’est l'âge des décès. Donc là, la courbe de l'âge des victimes au moment de l’heure de leur mort. Est ce que là aussi il y a un commentaire particulier à faire ou pas ?
Anne laure Pineau
C’est surtout on voit que c’est nos âges, ils vont de 14 à 71 ans, donc il n’y a pas d'âge pour être assassinée. Il y a ce qu’on en fait, ce qu’on n’a pas. Je crois que c’est une légende. Peut-être ces pulsions. L’ami, c’est la lame, l'âge moyen du décès. On a 35 36 ans pour une femme, et 28 ans pour une femme trans. Donc ça, c’est une donnée que je trouve importante qui se retrouve le fait que les femmes trans sont une. Espérance de vie, une espérance de vie plus basse que les femmes. Si c’est quelque chose qui est, qui est déjà connu. Et voilà, on le retrouve aussi dans notre dans nos données. Ces données-là. C’est graphique en fait. Ou c'était des c'était des données sont trouvées quand même importantes pour plus se rendre compte de qui étaient les personnes dont on parle dans nos articles, dans les chiffres, dans les gros chiffres. Ce n’est pas des données non plus. Elles sont juste là pour faire voir que voilà, on avait des femmes très jeunes, des adolescentes, on avait des femmes âgées, il y en a, il y en a quand même beaucoup, pas mal de femmes trentenaires. On voit la courbe qui s’intensifie entre 20, 20 et 30 ans, c’est quand même plein. Il y en a beaucoup et c’est juste pour avoir un petit peu plus de détails sur ce qu’elles étaient.
David Dufresne
Mais alors, quel est votre regard sur le backlash avec le mouvement féministe ? Est-il inévitable ou la radicalité des combats les amplifie ?
Leïla Miñano
Exactement, parce qu' on est clairement dans le backlash fort. Le retour de bâton, c’est-à -dire que les femmes sont de plus en plus nombreuses à monter dans l’arène politique partout dans le monde. En fait, ça c’est un constat. Du coup, les violences à leur encontre augmentent de manière proportionnelle et de plus en et donc du coup sont plus nombreuses et de plus en plus violentes. Donc effectivement, avec le meurtre au plus haut sommet au sommet de cet iceberg, donc on est complètement dans le backlash. L’idée de tuer une femme, c’est de la faire disparaître de la vie publique. Il n’y a pas d’autre message que celui-là. En fait, on veut les terres, c’est l’acte de sidération ultime. Donc effectivement, on est dans le backlash et effectivement les combats sont radicaux, mais après tout dépend ce que tu veux dire radicaux et dire que plus elles sont. Par exemple, je parlais de la Colombie. Est ce que tu dirais que c’est radical de défendre sa terre, c’est à dire le fait d’avoir soi même une maison et faire en sorte que sa communauté reste là et se fasse pas dégager soit par les groupes paramilitaires, soit par les gars qui veulent faire des mines ou extraire du pétrole sous la colline, soit par les narcotrafiquants qui leur ont de la coca. D’où est ce que c’est radical ou bien c’est un peu basique, mais le truc c’est que la lutte, elle est centrale. En fait, on est, on est dans juste la propriété de la terre en fait, on est dans la structure du capitalisme, on est la base. Est ce que c’est radical ou pas ? Radical, je ne sais pas, mais en tout cas ça l’est beaucoup trop pour les personnes qui sont en face. Mais clairement, on est dans le backlash
David Dufresne
Oui, je ne retrouve pas. Il y avait une page il me semblait de votre site qui évoquait le livre Backlash, la guerre froide contre les femmes de l’usine.
Anne laure Pineau
C'était sur Instagram. Ici et dans la vidéo.
Leïla Miñano
Et d’ailleurs, on a interviewé Suzanne Fallu pour le projet et elle était très touchée parce que selon elle, ça correspond exactement à sa thèse, à savoir dès qu’il y a un pas en avant, il y en a trois en arrière. Le but, c’est vraiment de décourager les femmes de leur dire que le travail de sensibilisation au travail politique est un risque à prendre. C’est ça, c’est ça le backlash. C’est OK, vous pouvez avoir une vie politique, mais il y aura des conséquences. C’est ça, C’est ça que collectivement je veux vous montrer. La partie ultra, elle était partie de l’attentat misogyne de Polytechnique à Montréal en 89. Les femmes qui étaient qui avaient. Subi des attentats, il faut raconter, c’est l'École polytechnique.
Hélène Molinari
Oui à l'École polytechnique à Montréal..
Leïla Miñano
Donc c'étaient des personnes qui voulaient être ingénieure et Et à l'époque déjà, des femmes voulaient être ingénieurs. Et donc un étudiant misogyne a pris une arme et donc a systématiquement visé les femmes dans cette école. C'était une des premières dans le premier cas d’attentat misogyne. Qui a été répertorié. Et donc ces femmes n'étaient pas militantes, elles voulaient juste être ingénieurs. Mais est ce que. Est ce que de ce fait, elles étaient militantes ? La question peut se poser est ce qu’aller chercher son pain, est ce que quitter son mec c’est être militants et militantes ? Parfois oui, en fait, puisqu’on s’expose à un danger être, vouloir avoir une vie politique, être député et être tué pour ça, vouloir défendre sa terre contre un projet de méga barrage et mourir pour ça. C’est des cas de backlash. Les femmes devraient rester dans la cuisine comme on entend systématiquement, comme j’ai pu le lire dans plusieurs menaces dirigées vers des députés britanniques. Les femmes doivent rester dans la cuisine. Si elles en sortent, c’est à leurs risques et périls et c’est ce qu’on fait, ce qu’on montre.
Hélène Molinari
Dans toutes les enquêtes qu’on a menées et qui font paraître sur le site.
David Dufresne
Juste pour vous dire, J’ai eu le bonheur de vivre s, huit ans à Montréal et l’attentat de Polytechnique est dans toutes les mémoires,
Hélène Molinari
C’est un truc qui a marqué tout le monde, oui,
David Dufresne
Et il y a aussi les féminicides autochtones qui ne sont pas politiques, mais au sens où la police n’enquête pas sur ces disparitions
Hélène Molinari
Voilà l’autoroute de la mort.
David Dufresne
Voilà. Exactement.
Leïla Miñano
Deux réactions sur les féminicides des personnes autochtones au Canada qui sont un sujet passionnant. Mais bon, tant pis. Mais le premier c’est juste un truc, c’est que vous allez pouvoir lire le projet Épisodes des féminicides politiques de notre série consacrée et consacrée aux féminicides politiques collectifs, donc du coup à un assassinat collectif des femmes activistes. Donc du coup, on est dans une école. Donc du coup, c’est pour ça que Polytechnique me fait penser à ça,
Hélène Molinari
En Afghanistan, là où les talibans refusent que les femmes se rendent à l'école et là on est sur des lycéennes, des. Des menaces. Clairement, en dépit des violences que subissent les jeunes femmes pour aller à l'école, vont décider d’y aller. D’en faire un acte d’activisme sur les réseaux sociaux. Et du coup, elles vont appeler les femmes à se rendre dans ce don, dans ce lycée. Donc c’est normal, c’est préparatoire aux études universitaires. Et donc du coup, un homme va rentrer et va tirer en masse seulement sur les femmes présentes, c’est à dire que les hommes sont au premier rang, les femmes sont au deuxième rang et donc il va tirer sur les hommes qui sont au deuxième rang.Donc là on est dans un cas de féminicide politique collectif, c’est à dire que les femmes ont fait des actes de militantisme, alors que dans l’absolu, se rendre à l'école, que ce soit en France ou au Canada, c’est pas non plus un risque. En Afghanistan, on est dans un risque. Et puis par ailleurs, on a de l’activisme clair de ces femmes afghanes pour encourager les autres à se rendre en cours et en mode opératoire clairement genré puisque le tueur, le tireur va tirer seulement sur les femmes qui sont présentes dans la salle de classe. Donc du coup, voilà un prochain épisode à lire dans cet article. Nous avons nous aussi des ados.
David Dufresne
Mais je me demande comment Blast va diffuser cette émission parce que il y a tellement de retard pour Mediapart, pour moi
Leïla Miñano
Alors on nous a invitées, on est, on est dispos
David Dufresne
Ah bien très bien, je leur ferai savoir MAD Max vous demande Madame, Est ce que quand on regarde les parcours des auteurs de féminicide politique, on voit des liens avec des milieux où des thèses masculinistes ou pas forcément ?
Anne laure Pineau
Une partie, oui, c'était très compliqué d’identifier les tueurs, parce que dans certains cas, on a des commanditaires. Dans d’autres cas, c'était directement des personnes qui voulaient tuer, qui l’ont fait et mais, mais oui, il y a une partie, c’est surtout le Nord qui a travaillé sur soi, sur ce sur cela avec.
Leïla Miñano
Mais je pense qu’il faut savoir ce qu’on entend par thèse masculiniste, parce que le problème c’est qu’on vit dans une société qui est fondamentalement, parfois en tout cas défend une certaine idée du patriarcat même et même de façon économique. Par exemple, on a le tueur d’une femme en Colombie, il était proche du pouvoir. Le pouvoir était fondamentalement masculiniste, mais ils n’adhèrent pas à des causes masculinistes directement. Mais de fait, il était imprégné par cette idéologie-là. L’assassin de Joe Cox n'était. Pas profondément misogyne, ne hurlait pas. Il n’avait pas des relations problématiques avec les femmes, mais il lisait des livres. Qui disait, qui racontait la pendaison de centaines de femmes avec autour du cou un panneau disant Je suis une traître à ma race. Il était raciste, fondamentalement raciste, antisémite, mais de fait, il était imprégné de misogynie. Donc on ne peut pas dire que tous étaient masculinistes. Mais il faut savoir où ça s’arrête, où ça commence. Le masculinisme, c’est ça qui est vraiment compliqué. Et puis dans le cas d’Hélène, disait-on, parfois on n’identifie pas les personnes parce qu’aussi, parfois, les tueurs, c'étaient deux hommes à moto. C'était deux types arrivés en voiture qui s’en sortent leur arme repartent parce que c’est sans doute des personnes qui ont été recrutés pour faire ça. Recruté par qui ? Ça peut être des masculinistes, peut être juste des industries. Enfin, malheureusement, les enquêtes ne sont pas menées, donc dur de savoir. Il y a Leolio qui dit Je trouve qu’on s’est posé la même question avec les féminicides. Avant on ne disait pas que l’homme avait assassiné la femme parce que femme, parce que trop d’amour, elle voulait le quitter. La société, et donc la justice, a modifié un peu son regard sous la pression des mouvements féministes. Je pense que c’est un des plus beaux objectifs du projet. En fait, on propose aux gens de chausser leurs lunettes de genre à chaque fois qu’ils vont regarder un meurtre. Une femme activiste en fait, si on veut juste réussir à faire ça, c’est à dire voilà, y a telle femme qui a été tuée, peut être que ce n’était pas juste un fou dans un coin, peut être que derrière il y avait ça. Peut être que ça, elle n’a pas juste été tuée par ses. Pour sa position antiraciste. Chaussez vos lunettes de genre et regardez en fait de ce meurtre différemment.
Hélène Molinari
Une enquête approfondie sur les réseaux et milieux en selle, misogyne sur internet. Sachant que dans la plupart des actes des terroristes, on établit souvent un lien entre le terroriste et ses réseaux. Est ce que toi c’est un gars isolé ? Oui, ben j’ai interviewé une sociologue à travailler sur le terrorisme misogyne. Karen Gentry, c’est son nom, c’est une Anglaise. Et justement, elle parlait de building. Celle du mouvement désigne celle qui est quand même quelque chose d’assez récent. Apparemment, Polytechnique aurait été une des premières occurrences de tout ça, de cette pensée misogyne et de ce terrorisme misogyne. Et elle a fait une étude aux États-Unis et ses hommes femmes lui ont dit aussi de travailler là-dessus sur ces fameux loups solitaires, comme on dit, qui ont envie de se venger des femmes qui les rejettent. Encore une fois, il y a tout un récit un peu roman romantique réalisé autour de cette haine là et dépolitisée à mon sens, et au sens d’ailleurs de Suzanne Fallaci. Mais il y a énormément d’attentats misogynes qui sont perpétrés.
Leïla Miñano
Et en particulier aux États-Unis. Aux États-Unis. Si Alpha, lui, a travaillé, par exemple sur les conséquences du 11 septembre, sur la pensée, sur la virilité américaine, et elle a étudié en quoi c’est cet attentat, cette attaque de l’extérieur sur l’intérieur, elle a été perçue par les hommes et selon elle, c’est l’origine de la multiplication des attentats inside.
Leïla Miñano
Et surtout, ça a provoqué en fait chez les hommes américains, certains hommes américains évidemment pas tous l’envie de se protéger de l’extérieur. Et selon elle, le Brexit a eu les mêmes conséquences. Elle n'était pas étonnée, malheureusement, de voir ce qui est arrivé à JO Cox. Il faut se défendre de la violence extérieure qui arrive et en tant qu’homme, parce que la société nous dit qu’on est des soldats, des guerriers. C’est comme ça. C’est comme ça qu’on peut défendre notre pays, défendre nos femmes. Est ce que c’est vraiment comme ça que ces personnes pensent ? Il faut défendre nos femmes contre les violeurs extérieurs, donc les hommes non-blancs qui pourraient arriver sur le territoire et de fait, défendre nos femmes devient très vite les assassinées parce qu’elles sont des femmes qui nous menacent.
Hélène Molinari
Et du coup c’est Les célibataires involontaires, volontaires et parfois les gars qui sont tout seuls et qui en veulent aux femmes de la terre entière, quoi, où il y a des femmes. On pourrait dire voilà, c’est de leur faute, ils sont seuls. Voilà, c’est ça.
David Dufresne
Il y avait une autre question qui s’est envolée là haut, en fait, qui était aussi intéressante, je sais plus qui l’a posée malheureusement.
Hélène Molinari
C’est quoi la question ? Tu te souviens ?
Leïla Miñano
Est ce qu’on n’était pas contentes ? Parce qu’en fait, notre enquête était sortie dans la discrétion et on nous donnait un autre scoop bizarre.
David Dufresne
Alors c’est là que le fait que cette enquête soit inédite. Parce qu’en fait, figure-toi qu’il y a deux modératrices hors pair ici et elle me remonte les questions dans une petite application. C’est pour ça que moi, je les ai toujours à l'écran. Voilà les plus pertinents on va dire. Donc je peux citer. Et je profite d’avoir le micro deux secondes pour dire que tous les liens qui sont donnés dans le tchat sont et seront effectivement après l'émission sur le site aux postes point fr, vous pourrez voir la rediffusion. Donc le fait que cette enquête soit inédite en 2023 et qu’elle arrive dans une relative indifférence, je veux dire. Alors je ne sais pas qui c’est Pauline, mais un tir à Mélenchon, il y a 400 commentaires en 2 h. Pensez vous que ça dit quelque chose de notre société ? Faites-vous un lien entre l’objet de votre enquête et son contexte, y compris vos difficultés de financement ?
Leïla Miñano
Ah mais complètement. Quand je pense qu’on savait faire notre enquête. C’est une première pierre. Je pense que c’est quelque chose qui est encore pas encore accepté, peut être par les gens parce que personne identifiée, on peut. Le truc se dit est ce que c’est encore une enquête sur le féminicide intime ? Enfin, on est dans une incompréhension et on a un travail de pédagogie. On essaye de faire au maximum et merci de nous inviter pour essayer de L’expliquer. Mais en fait c’est vraiment qu’une première pierre et on vous invite à vous inscrire à notre newsletter. D’ailleurs, si vous voulez continuer à suivre les avancées du projet, les différents épisodes et histoire qu’on essaye d’expliquer par ailleurs. Mais effectivement, on s’attendait pas à faire le scoop international en deux secondes parce que ce n’est pas c’est quelque chose qui va falloir qu’on explique, qu’on ne convainc pas et on espère par la force des faits parce qu’on est juste.
Hélène Molinari
Pour revenir au financement, pour nous ça a été un véritable combat en fait. C’est à dire qu’on nous a renvoyé en permanence le fait qu’on était des militantes, C’est à dire que, enfin, alors que ça fait quinze ans qu’on est journaliste, que dans aucun des sujets qu’on fait, moi même je travaille pas mal, je suis pas mal d’enquêtes, etc. Personne ne me dit que je suis militante quand je travaille sur nos statuts et pourtant je n’en sais rien.
Leïla Miñano
Mais là sous encore si vous répondez ça, c’est à dire que pourtant on a clairement deux journalistes, on n’a pas il y a pas écrit qu’on est militant je ne sais pas quoi, mais qui à chaque fois qu’on faisait une demande de financement à des proches, on a décidé qu’on nous disait non. C’est ces militants. Effectivement, on s’attend à devoir faire ce travail d’explication et de montrer que ce n’est pas parce qu’on travaille sur un sujet qui concerne des femmes, la moitié de la population qu’on ne peut pas être journaliste d’enquête en fait, et militante aussi éventuellement.
Hélène Molinari
Ou c’est bien d’ailleurs il y a des journalistes dans notre base de données. On est pour pas mal d’ONG, pour l’ONU, des journalistes peuvent être considérés comme défenseurs des droits, donc ce n’est pas incompatible. Et c'était assez déstabilisant de construire un dossier de bourse. Et ouais d’avoir Ouais mais bon quand même ce que vous dites, ce n’est pas vraiment du journalisme, enfin pas vraiment d’enquête, c’est plutôt du militantisme là.
David Dufresne
Je me fais l’avocat du diable et j’aime bien ça. Ce n’est pas aussi cette forme de journalisme. Assez récente et très moderne, qui consiste à dire on va faire des tableaux, on va faire des bases de données, on va faire de la data visualisation qui donne cet effet à ces gens là, peut être de vieux croutons qu’on n’est pas dans l’enquête classique, mais dans une mise en scène qui est différente et qui pour eux s’apparente plus à un bilan ou quoi que ce soit et donc serait étranger à la noble, aux nobles vertus du journalisme du XIXᵉ siècle.
Hélène Molinari
Mais vous voyez les données, ça a toujours été la base du journalisme, que ce soit des tableaux Excel ou des compilations de témoignages variés sur le terrain. Bon, nous on était derrière notre ordinateur, mais c'était notre terrain, notre ordinateur. Et puis on a complété par ailleurs sur le terrain, littéralement.
Leïla Miñano
Et la question de la data, c’est un pilier de l’enquête. Mais il y a d’autres piliers. En fait, y a un nombre incompréhensible d’ONG, de spécialistes, de chercheuses qui ont été interviewés à travers le monde. C'était ça plus le terrain. On est vraiment, on est trois piliers classiques. Non, mais vraiment, le sujet Pour eux Ça n’allait pas. En fait, je pense aussi que c’est le fait qu’on ne soit pas adoubé. Si on était le monde, si on était le monde ou rien qu’une équipe d’hommes.
Leïla Miñano
De journalistes qui ont, je ne sais pas, publié chez Fayard. On est des femmes, on est indépendante et maintenant je pense que. C’est moins crédible pour les huiles en gros que d’appartenir à un grand média e
David Dufresne
D’avoir avec vous vous êtes quand même vous avez été mis en lumière en Une de Mediapart, vous êtes adoubées au poste. Donc c’est bon.
Hélène Molinari
Ça c’est vrai.
Anne laure Pineau
Donc c’est bon, on a fait on a réussi, là, parce qu’on ne s’est jamais cachées d’avoir de l’ambition et de travailler en collectif. Et je crois que ça fait peur parce qu’en tout cas pour les bourses, on n’a pas celui là, des bourses européennes notamment. Et je crois qu’il y avait quelque chose du quand on attribue les bourses en journalisme, ils veulent savoir qu’on va pouvoir le faire, en tout cas dans leur tête ils se projettent ça va être faisable et je pense que nous notre sujet comment on s’en n’est pas caché et personne ne l’a fait. On fait un truc énorme, on ne va pas se mentir. Et je pense que ça leur a fait peur et que c’est pour ça que j'étais là. Bon on va leur donner trois sous mais elles ne vont jamais y arriver, ce n’est pas possible quoi. Moi j’ai moi j’ai eu ce sentiment là un peu aussi, vu le fait qu’on nous a clairement dit que c'était militant et que du coup ce n’était pas du journalisme.
Leïla Miñano
Là c’est écrit noir sur blanc pour les femmes et les opprimés.
Hélène Molinari
Ça c'était le retour des sources, c'était militant, ce n’était pas le journaliste.
David Dufresne
Et vous adosser à une ONG, ce ne serait pas possible.
Leïla Miñano
Alors il y a Frontline Defenders qui a voulu être partenaire du projet, donc Frontline Defenders qui travaille sur les défenseurs des droits humains. On a proposé à d’autres de voir notamment. Mais après effectivement, nous on veut être maîtres du contenu, le contenu journalistique et du coup les partenariats doivent être vraiment ciblés. Mais effectivement, on a pensé aussi à ça parce que dans notre quête permanente d’argent pour pouvoir financer le travail journalistique et potentiellement un site internet, ça a été une des questions qui s’est posée. Mais encore une fois, je ne sais pas, ça n’a pas marché.
Anne laure Pineau
Sinon, et Frontline nous ne donne pas d’argent, il n’a pas reçu d’argent de frontaliers vendeur C’est juste que quand on leur a montré le travail quasi terminé, on leur a dit Voilà. Et en plus vous avez été une source principale pour la collecte d’informations. Et on leur a dit C’est une façon aussi de vous rendre visible et de vous soutenir, parce que si vous considérez que ce qu’on a fait, ça vaut, ça vaut votre soutien. Et donc voilà, c’est pour ça qu’ils sont là, mais ils ne donnent pas d’argent. Et on y a pensé. On était dans la recherche de financement, vraiment, on s’est transformé. Parce que déjà en tant que pigiste, on a l’habitude d’aller vendre, d’aller proposer nos sujets aux rédactions et d’essayer de les convaincre pour qu’ils nous achètent le papier. Et là, on est allés voir vraiment tout le monde potentiel qui pourrait nous soutenir. Et donc à la fin, bah c’est ce qu’on a cité au début, on a quand même obtenu un petit peu et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui On est là et ça c’est Cool.
David Dufresne
Et avec les premiers travaux que vous avez publiés, peut être que l’obligation de résultat vous l’avez déjà et peut être que les bourses seront plus accueillantes. À la prochaine, mais au prochain dépôt. En tout cas, c’est plus petit.
Leïla Miñano
Même plutôt des conseils aussi. David Parce que globalement, on est quand même assez fort à faire ça, non à Développer son propre projet quand personne n’y croit, etc. Quand tu vois, c’est globalement le café.
Hélène Molinari
Le café.
David Dufresne
C’est plutôt du thé parce que ça n’arrête pas de gens. Et puis je pense que je vais vous laisser pour aller me chercher du café.
Hélène Molinari
Là ! C’est du café à un moment donné aussi, ils ont vendu des tasses. Pour financer l’association. On en est là écofabriqué.
David Dufresne
Ça veut dire quoi écofabriqué ?
Leïla Miñano
C’est-à -dire qu’on a sélectionné, Ce n’est pas moi qui l’ai fait, c’est mes collègues Des gens qui n’exploitent pas, des gens qui se payent correctement, etc. Voilà, donc c'était des tasses sous presse vendues, mais notamment d’ailleurs au festival de Bip.
David Dufresne
J’ai deux questions qui sont plus personnelles sur le des dernières, à moins que le chat en ait d’autres, c’est d’abord. Quand on répertorie tous ces cas. Quelle émotion on ressent ? Est ce que vous vous êtes préparés à des coups de mou psychologiques, il y a des choses comme ça.
Anne laure Pineau
C’est très dur. Moi, j’avais déjà travaillé sur les violences sexuelles, donc je savais déjà que c'était des sujets difficiles, mais là, je n’avais jamais passé mes journées à aller chercher des informations sur des femmes mortes assassinées et devoir aller vraiment fouiller la façon dont elles ont été tuées. Parfois, tomber sur des enregistrements ou elles ou c’est deux jours avant, elle aide à se filmer en disant Aidez moi, je suis menacée de mort, je vais mourir quoi ? Littéralement. Et puis en fait, toi, tu es en train de remplir ton tableau en disant ah oui, elle est morte.
David Dufresne
Mais là, par exemple.
Anne laure Pineau
Moi j’ai fait des cauchemars.
Hélène Molinari
Des cauchemars.
Anne laure Pineau
Des cauchemars, beaucoup de cauchemars. J’ai pleuré devant mon ordinateur. Elle raconte qu’elle a consulté son ordinateur aussi. Donc moi aussi ça m'était arrivé de vraiment en passer par beaucoup d'émotions. C’est encore un peu difficile parce que, en fait, il y a le il y a le côté récolte de l’information, puis après on doit pour être certain, il y a fact checking, donc on est obligé de repasser. Il y a des cas sur lesquels on est repassé trois, quatre, cinq fois. Et puis parfois on est on doit les écarter certaines parce que on se rend compte que c’est hors période où c’est. Elles n’ont finalement pas été assassinées. Enfin, on a suffisamment de preuves que ce n’était pas lié à leur militantisme. Et donc il y a ce côté genre. Ok, donc en fait il y avait déjà pas beaucoup de monde qui s’intéressait à toi là je jetais devant moi. J’ai quelque chose à faire avec ton histoire, mais là tout de suite je ne peux encore rien en faire donc je te remets de côté. Et ça, ça a été vraiment hyper douloureux à vivre.
Hélène Molinari
Ouais.
Leïla Miñano
Je pense que c’est juste qu’on n’a pas mesuré. En fait, les personnes qui sont allés sur le terrain ne sont pas forcément les personnes qui ont fait la base de données. Et en fait le fait sur le terrain, c’est-à -dire de voir ces guerrières en face de nous, c’est un moment d'énergie incroyable en fait. C’est-à -dire que ça permet de rééquilibrer en fait le trauma, de travailler effectivement sur des situations terribles, des images aussi, avoir une exposition, des images qui sont répétées, etc. Le fait d’aller sur le terrain, de voir comment est ce qu’elle travaille. De voir avant. Elle suscite l’admiration en fait, de voir comment elles se relèvent, de voir comment est ce que le il y a des femmes qui reprennent le flambeau, enfin toute cette énergie là, en fait, elles existent moins quand on ne va pas et qu’on ne va pas dans la réalité du terrain. Et je pense qu’effectivement ça, on a peut être pas mesuré cette histoire au départ qu’on a réparti en fait, les tâches entre nous. Je ne sais pas si vous vous rappelez de cet article incroyable des éditeurs de la FT au moment de la guerre en Syrie. Donc du coup, les sites des éditeurs photo de la fille qui recevait des images à répétition horribles de la guerre en Syrie, des tortures effectuées dans les prisons de Bachar el-Assad. Et qui à un moment donné, on fait un burnout en fait de voir ces images et ont développé un syndrome du choc post-traumatique. Donc j’ai dit qu’on dit qu’en allemand, qui est réservé aux personnes qui sont exposées dans la vraie vie, donc irréelles à ce genre à la mort en fait. Et donc du coup, ils l’avaient développé à force de voir des images et qui derrière leur ordinateur. Et donc du coup, moi quand on dit et mollement m’ont raconté ça et ça m’a tout de suite évoqué, évoqué ça Et donc je pense que ça, on y pensera la prochaine fois pour équilibrer ce genre de travail. Et par ailleurs, tout ça, là, il y a une personne, Sacha, qui disait Apathie, le journalisme de bureau, je pense que c’est quelqu’un qui ne connaît pas le métier de journaliste parce que déjà le journalisme l’est déjà. Les fact checker, les secrétaires de rédaction sont des journalistes qui doivent se taper de vérifier toutes les informations. Et voilà. Et le travail de data que Hélène et Ogata, en fait, c’est le travail le plus proche du terrain. En fait, c’est celles qui ont été le plus au contact du terrain entre nous et qui ont subi le plus les effets. Et par ailleurs aussi je parle de mon cas mais. Me taper à lire Tous les livres D’extrême droite qui étaient dans la bibliothèque de l’assassin. C’est assez atroce en fait. On fait des cauchemars pareils et on se dit que tout ça est bien présent en fait. Malgré cela. Malgré tout ce qu’on croit. Eh oui, se retrouver sur le terrain, oui, parfois, des fois. Même dans mon cas, je me suis retrouvée face à du désintérêt. Enfin, les gens n’ont plus envie d’entendre parler de cette femme assassinée devant la bibliothèque. Et c’est vrai que ça peut mettre en colère. Et quand on voit aujourd’hui que l’histoire sort, c’est un sentiment mêlé de tristesse et de soulagement, de tristesse. Parce qu’on se dit certaines personnes n’ont pas envie de les lire, ces histoires, elles ont envie de laisser couler. C’est pour ça que ce soit, une. On est content qu’il ne puisse pas échapper à ça.
Hélène Molinari
Enfin vraiment pas mauvais.
Anne laure Pineau
En tout cas les personnes qui arrivent sur le site
David Dufresne
, Merci infiniment à toutes les trois. Bravo pour votre travail Merci beaucoup pour ce travail et la super présentation de ce matin.
Leïla Miñano
Merci pour ton travail. Merci pour le Magasin général, je tiens à le dire. Merci. Les amis, si vous pouvez donner de l’argent pour magasin Général de cœur, je dis bravo !
David Dufresne
C’est fini ça ! Maintenant c’est Au poste.
Leïla Miñano
Merci David.
David Dufresne
Merci. Amusez-vous bien ! Allez, courage ! Au revoir.

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