France Déter 15.09 : Aurélien Le Coq, Stérin infiltre une fac catho, revue de presse antifa
Retour à l'émissionTranscription de l’émission
Vous êtes, il est quelle heure chez vous ? Parce que moi, sur l’ordinateur, j’ai deux heures différentes. J’avais 7h39, et on avait rendez-vous à 7h35. Donc déjà, je suis à la bourre, c’est bien ça ?
Il est 37, c’est bon, on est dans les temps.
La Topette, c’est un journal indépendant d’investigation. On est basé à Angers, donc on couvre l’actualité du Maine-et-Loire. Et en fait, là justement, ça tombait bien, nos 5 ans. Donc ça fait 5 ans qu’on crée ce journal papier, qui est distribué dans tout le département. Et voilà, l’idée c'était de faire de l’investigation, parce que malheureusement, dans des villes moyennes comme Angers, on n’a pas forcément l’occasion d’avoir des médias qui font ce travail-là. Et nous, l’idée, c’est de proposer une information un peu différente, une info qui va gratter un peu ce qui peut se passer dans notre territoire. Et voilà, on sort tous les 3 mois et c’est un beau succès pour l’instant.
L’ombre de Pierre-Édouard Stérin plane sur l’UCO, qui est dite la catho. Vous sortez donc ce scoop avec les copains de Disclose et de Reflet. Ce scoop, c’est le suivant : depuis 2023, l’Université catholique de l’Ouest bénéficie de financements du magnat de l’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Est-ce que vous pouvez nous expliquer exactement combien il donne, comment il donne et les tenants et les aboutissants de cette affaire ?
L’Université catholique de l’Ouest, dont le siège est basé à Angers, est une vieille dame. Elle fête ses 150 ans cette année. C’est quand même une institution qui forme près de 13 000 étudiants par an. Donc ce n’est pas rien du tout. Et il se trouve, c’est ce qu’on a pu révéler avec Disclose et Reflet, que depuis 2023, il y a un fonds de dotation qui a été créé, notamment par Pierre-Édouard Stérin via son outil de mécénat, le Fonds du Bien Commun. Pour l’instant, ce ne sont pas des sommes énormes. On est sur quelques centaines de milliers d’euros qui ont été versés grâce à ce nouveau fonds depuis 2023, sur un budget d’environ 50 millions d’euros pour l’Université catholique de l’Ouest. Donc ça peut paraître modeste, mais d’ici quelques années, ils ambitionnent de multiplier par 20 les investissements. Donc on va être sur une manne financière de plus en plus importante. Et forcément, quand Pierre-Édouard Stérin arrive quelque part, on peut se douter qu’il y a des arrière-pensées politiques. Ce n’est pas anodin.
Alors cette fac, elle a quand même 13 000 étudiants. On est bien d’accord. Ce n’est pas rien. Et puis parmi les gens qui sont venus la visiter en 2022-2023, j’ai appris alors je ne sais plus si c’est dans votre article ou celui de Reflet, mais qu’importe ont été attirés des personnalités politiques du style François Bayrou, du style Bruno Retailleau, qui sont venus voir. Ce n’est pas un petit machin derrière l'église.
Non, non, pas du tout. Ce n’est pas une petite institution. Et puis ce qui est très important à remarquer aussi, avec l’arrivée de Stérin, c’est qu’il ne met pas les pieds dans une petite école supérieure à la noix. C’est-à-dire qu’en fait, tous les diplômes de l’Université catholique de l’Ouest ont le tampon de l’enseignement supérieur. Un diplôme à la catho a la même valeur que si on allait dans le public. Donc c’est vraiment quelque chose de très important, validé par l'État. Il faut savoir que l’université catholique de l’Ouest a des partenariats avec des universités publiques un peu partout dans le pays, justement pour que ces diplômes soient homologués et qu’ils aient exactement la même valeur que si vous alliez à la fac publique à Angers.
Alors, comment se fait-il que ce soit une révélation ? Je veux dire par là que les finances d’un truc comme ça sont nécessairement opaques, ou normalement c’est transparent et vous n’auriez pas dû avoir cherché pendant de longs mois cette information.
C’est ça qui est étrange. Normalement, tout doit être très transparent parce qu’en plus l’Université catholique de l’Ouest bénéficie d’importants financements de l'État. C’est à peu près 8 millions d’euros chaque année. Les collectivités territoriales mettent aussi la main à la poche. Donc elle est auditée tous les ans, elle est contrôlée par un organisme qui s’appelle le HCERES, qui surveille et contrôle le fonctionnement des établissements de l’enseignement supérieur. Mais l’arrivée de Stérin a été complètement masquée. L’université n’a pas communiqué là-dessus.
On dit catimini ou cathomini ?
En cathomini aussi.
Pardon, pardon, pardon. Je suis explosé de fatigue. On a passé trois jours à la Fête de l’Huma, on n’a pas dormi. Excusez-moi. Alors, vous venez de le dire, les enseignants, les syndicats, en tout cas un certain nombre de ceux que vous avez interviewés, ignoraient l’origine des fonds. Qu’est-ce qu’ils vous ont dit exactement ?
Effectivement, ils étaient complètement surpris. Certains ne connaissaient même pas Stérin, ce qui nous paraissait assez étonnant. Mais il faut savoir que tout le monde n’est pas au courant de qui est ce milliardaire. Par contre, toute cette arrivée de Stérin s’inscrit dans un contexte de droitisation de l’université. Historiquement, c’était un établissement plutôt progressiste. Depuis une dizaine d’années, comme on l’avait déjà révélé dans une enquête, il y a eu l’implantation d’une communauté catholique relativement conservatrice, la Communauté de l’Emmanuel. Les enseignants sentaient quand même un durcissement idéologique de l’université. Ça s’est manifesté surtout avec l’ouverture d’une faculté de droit et sciences politiques, clairement marquée à droite, contrairement à d’autres filières où il y a même des gens très à gauche. Donc il y avait vraiment un virage. Et ça, les enseignants le ressentaient, même sans forcément mettre des mots dessus.
Mais qu’est-ce qui se passe à Angers, Julien ? Où est passée la douceur angevine ? Je veux dire, Angers fait parler d’elle de plus en plus avec les fachos ?
C’est vrai que l’extrême droite et la droite identitaire ont pris beaucoup de place ces dernières années. On a beaucoup parlé de l’Alvarium, avec des figures de l’extrême droite qui sont importantes au niveau national. On l’a vu encore lors du comité du 9 mai, ce rassemblement fasciste qui a lieu tous les ans, où il y avait plusieurs porte-paroles issus de notre ville. La droite est très implantée. Elle s’appuie aussi sur le fait qu’on est dans un territoire encore très catholique par rapport aux autres départements. La déchristianisation a eu lieu beaucoup plus tard qu’ailleurs. Il y a peut-être une convergence, en tout cas un terreau assez favorable pour des idées d’extrême droite. Ça ne se fait pas sans conflit, parce qu’il y a aussi beaucoup de cathos de gauche qui ont été très importants en Anjou. Le militantisme catholique de gauche existe. Mais c’est vrai que ces dernières années, on voit quand même une montée forte de l’extrême droite, avec parfois une complaisance des politiques qui laissent perdurer tout ça.
Je lis le chat en même temps, je vais reprendre des questions dans quelques instants, mais j’aimerais, avant de terminer notre entretien, que vous reveniez sur cette université. Parce que vous révélez dans vos papiers respectifs, Reflet, Disclose et vous, qu’il y a des incidents antisémites, des incidents racistes, des symboles d’extrême droite, type croix celtique, qui ont été retrouvés. Qu’il y a bien eu quelques sanctions, mais qu’elles sont extrêmement légères. Je crois même qu’il y a eu une exclusion pour salut nazi. Qu’est-ce qu’on peut dire d’autre de ce qui se passe dans cette université, qui, je le rappelle, est en partie maintenant financée par Stérin via son fameux plan Périclès ? 13 000 étudiants chaque année passent par ces couloirs.
C’est ça. Effectivement, il y a une présence de l’extrême droite sur le campus. Ce qu’on a pu montrer, c’est qu’il y a régulièrement des tags néonazis comme des croix celtiques retrouvés sur le campus. Il y a eu des étudiants qui se sont manifestés avec des propos antisémites et racistes, et souvent les sanctions paraissent bien légères par rapport à la gravité. Mais ce qui est aussi important, c’est qu’il y a tout un contexte. On a notamment étudié les profils d’une quarantaine de professeurs dans la faculté de sciences politiques et de droit. Et sur cette quarantaine, une quinzaine, ce qui est beaucoup, sont proches de mouvements d’extrême droite ou de mouvements catholiques réactionnaires.On a notamment épinglé un professeur qui, depuis la sortie de nos révélations, a démissionné. Il avait tenu il y a une dizaine d’années un compte Twitter d’une violence inouïe. Sous pseudo, il postait des messages ouvertement racistes.
C’est le compte… ?
C’est ça, le compte Moralisme, qui a eu un certain petit succès à l'époque sur Twitter. Même sa bio de profil affichait une image représentant Hitler avec des étoiles de David à la place des yeux. Il se présentait comme raciste et misogyne. Voilà. Ce professeur avait pourtant été recruté comme maître de conférences et directeur de master à la rentrée. Alors oui, ces agissements remontaient à dix ans, mais on a pu l’identifier aussi lors d’une manifestation de soutien à Génération Identitaire, au moment de sa dissolution. Enfin, il y a quand même une quinzaine de profs identifiés : il y a tout un climat qui montre que cette faculté de sciences politiques et de droit est vraiment marquée à droite.
Merci beaucoup Julien. Un petit mot sur La Topette, votre média, parce que d’abord j’aimerais saluer votre travail d’investigation. Il n’y a pas plus dur que l’investigation locale : enquêter sur son voisin, sur quelqu’un qu’on peut croiser à la boulangerie, c’est très compliqué. Donc vraiment un grand bravo à vous. La Topette, c’est 12 euros par an d’abonnement. Comment fonctionne votre affaire ?
C’est ça. En fait, nous sommes deux journalistes indépendants à l’avoir fondée, par souci démocratique. On pense que même quand on habite à Angers, on doit être informé sur ce qui se passe autour de nous. Les élites politiques, économiques ont beaucoup de pouvoir, donc il y a des choses à révéler. Nous n’avons pas de publicité, nous fonctionnons uniquement grâce à nos lecteurs. Nous essayons d’être vendus à un tarif démocratique, c’est seulement 3 euros le numéro, quatre fois par an. Voilà, soutenez-nous si vous voulez qu’on puisse continuer ce travail-là.
Merci beaucoup. Merci aussi à Ariane de Disclose qui a eu la bonne idée de dire : moi je ne vais pas me lever pour faire une visio, mais il y a Julien à Angers, c’est lui qui a fait tout le boulot. Merci beaucoup d'être venu. À tout hasard, c'était un t-shirt des Thugs que vous portez là, ou pas ?
Je l’ai mis exprès.
Purée, je suis heureux ! Génial ! Ah ça c’est cool ! Occasion jamais ratée ! Les Thugs, je voyais bien la typographie, il faut le montrer. Les Thugs, groupe angevin, sans doute le plus grand groupe de rock’n’roll français qu’il n’y ait jamais eu. Hop, le t-shirt ! Bon bref, On Strike, un des albums des Thugs. Groupe d’Angers, la seule chose qu’ils disaient sur scène en français : « Bonsoir, nous sommes les Thugs, on vient d’Angers. »Et puis ça partait ! Merci beaucoup Julien ! Et merci pour le t-shirt ! Ça me met en joie ! Merci beaucoup ! Bon courage à vous, à bientôt !
Un petit morceau des Thugs en vidéo, la vie de fée ! Bonjour France Déter ! BAM BAM BAM J’essaye de vous trouver une vidéo des Thugs, mais pourquoi elle n’avance pas cette vidéo ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Ce n’est pas possible ! Même YouTube déconne ce matin ! Je vais vous mettre l’image, ne vous inquiétez pas ! Voilà, là c’est Christophe Sourice e qui chante, et normalement le chanteur c'était l’autre frère. Éric, il y avait aussi Pierre-Yves Sourice, Valère à la guitare, Thierry Mean Oh là là ! J’ai fait des tournées avec eux, notamment aux États-Unis. C'était un groupe français qui avait été signé chez Sub Pop à l'époque, le label de Nirvana, et les gens de Sub Pop ne juraient que par les Thugs, en disant que pour eux c’étaient leurs meilleures signatures. Vraiment des légendes ! Les mecs avaient signé Nirvana, Thugs, et ils disaient : les Thugs ! Alors déconnez pas les angevins, revenez à la raison !
Je ne sais pas si vous vous souvenez : nous sommes à Paris, qui croisons-nous le 10 septembre ? Le voici, le voilà, Serge D’Ignazio est avec nous ! Salut Serge, ça va ? Un peu de gaz ? Alors raconte-nous ce qui s’est passé.
Bah écoute, c'était très rapide : une charge de la BRAV pour éparpiller les mouvements, et puis voilà, je me suis chopé assez de gaz. Mais chose intéressante : au Châtelet, j’ai vu le bouquin de Jordan Bardella dans un camion de policiers, sur la plage avant. Je pense l’avoir pris en photo. Ils l’ont vite retiré. C’est sympa quand même, Jordan Bardella dans un camion de police.
On verra ça demain sur ta page j’espère. Merci Serge. Voilà, au débotté, les rencontres impromptues dans les déambulations manifestives. Et donc évidemment, qu’est-ce qu’Euryale a fait le lendemain ? Elle est allée voir immédiatement le compte Flickr de Serge et badaboum ! Dans un camion CRS, hier à Paris, notre camarade ouvrier photographe Serge D’Ignazio repère ce livre sur le tableau de bord. Il nous en parle en live, sans être sûr d’avoir immortalisé l’instant. La réponse est sous vos yeux : petit sujet d’ Auposte que nous avons pu faire le lendemain. Et voici la photo prise par Serge. Il y a deux photos en réalité, et vous voyez donc le tableau de bord de ce camion de CRS, un peu bordélique il faut le reconnaître. Cette main, tatouée, essaie d’attraper le livre qui avait malencontreusement échappé à la vigilance policière : Provocation, Jordan Bardella, Fayard.
Bonjour à vous, bonjour à tous ceux qui nous écoutent.
Merci d’être avec nous. Alors, vous avez vu comme nous : Fitch dégrade la France à A+, Lecornu recule sur les jours fériés, et Bardella est partout, jusque dans les camions de CRS. Mais avant de rentrer dans le dur, un petit mot : vous n’étiez pas à la Fête de l’Huma, mais à Hénin-Beaumont ce week-end. Qu’est-ce qui s’y passait ?
Oui, tout à fait. J’étais à Hénin-Beaumont parce que c’est une terre symbolique. C’est une terre où le Rassemblement national essaie d’imposer ses idées depuis longtemps. Et nous, on est allés pour dire qu’il y a une alternative. On a organisé un grand meeting populaire, avec des habitants, des syndicalistes, des jeunes. Et ce qu’on a vu, c’est que les gens ne sont pas condamnés à voter RN. Il y a une colère, une révolte, mais aussi un espoir. Et c’est à nous de l’incarner.
Et comment vous percevez la situation politique actuelle, avec cette Assemblée fracturée, cette incapacité à trouver une majorité stable ?
On est dans une crise démocratique profonde. Fitch dit qu’on a une dette trop lourde et une instabilité politique. Mais l’instabilité, elle vient d’où ? Elle vient d’un gouvernement minoritaire qui refuse de changer de cap. Emmanuel Macron et maintenant Sébastien Lecornu refusent d’entendre ce que dit le peuple. Les Français veulent de la justice sociale, de l’écologie, des services publics. Et au lieu de ça, on nous promet des coupes budgétaires. Forcément, ça ne passe pas.
Et Lecornu qui recule sur les jours fériés, c’est une victoire ?
C’est un recul tactique. Mais ça montre que la mobilisation paie. Quand les syndicats, les associations, les citoyens se mobilisent, le gouvernement recule. Ça doit nous encourager à continuer. Le 18 septembre, il y a un grand appel à la grève et à la mobilisation. C’est ça qui peut faire plier le pouvoir.
Vous êtes à la commission des Finances. Fitch parle d’une dette excessive, 110 % du PIB, croissance molle. Est-ce que vous reconnaissez ce diagnostic ?
Je reconnais qu’il y a un problème, mais ce n’est pas celui que pointe Fitch. La dette n’est pas le vrai problème. Le problème, c’est l’utilisation de l’argent public. Depuis des années, on a fait des cadeaux fiscaux aux plus riches, aux grandes entreprises, sans contrepartie. On a détruit l’impôt sur la fortune, on a baissé les impôts de production, et ça coûte des dizaines de milliards chaque année. Si on arrêtait ces cadeaux, on aurait de l’argent pour financer les services publics, pour investir dans la transition écologique.
Et comment on fait avec l’Europe ? Parce que Bruxelles veut remettre en place les règles budgétaires strictes, avec 3 % de déficit maximum.
Justement, c’est ça le problème. On a un carcan budgétaire qui nous empêche d’agir. Ces règles sont absurdes. On ne peut pas demander en même temps aux États d’investir massivement dans la transition écologique et de respecter un déficit inférieur à 3 %. Ce n’est pas possible. Donc nous, on dit qu’il faut désobéir. Il faut dire à Bruxelles : nos priorités, c’est le climat, c’est la justice sociale, pas vos critères comptables. Et d’ailleurs, d’autres pays le font déjà. L’Allemagne a mis des centaines de milliards pour sauver ses entreprises pendant la crise énergétique. L’Italie ne respecte pas non plus les critères. Alors pourquoi nous, on devrait être les bons élèves qui se serrent la ceinture ?
Mais certains disent que si on ne respecte pas les règles, les marchés financiers vont nous punir, avec des taux d’intérêt plus élevés.
C’est vrai que les marchés financiers ont du pouvoir. Mais c’est à nous de reprendre la main. Pourquoi est-ce qu’on doit dépendre des marchés pour financer nos services publics ? On pourrait très bien emprunter directement auprès de la Banque centrale européenne à taux zéro. C’est une question politique. Tant qu’on acceptera que ce soit BlackRock ou BNP qui dictent la loi, on sera prisonniers.
Vous êtes donc pour une rupture avec ce système ?
Oui, clairement. Il faut une rupture. Pas pour tout casser, mais pour redonner du sens. On peut avoir une autre politique budgétaire, une autre politique monétaire. On peut taxer les superprofits, rétablir l’impôt sur la fortune, créer une vraie progressivité de l’impôt. Et avec ça, on finance nos écoles, nos hôpitaux, notre transition écologique. C’est une question de choix politique, pas une fatalité économique.
Vous parlez de choix politiques. Justement, le 18 septembre, il y a un appel à la grève. Est-ce que vous pensez que ça peut être un tournant, comme l’ont été les grandes mobilisations contre la réforme des retraites ?
Je le pense, oui. Parce qu’on est dans un moment où les colères s’accumulent. Il y a la question du pouvoir d’achat, la question des services publics, la question écologique. Tout le monde voit que ça ne peut plus durer. Et quand les syndicats appellent ensemble, quand les associations s’y mettent aussi, ça crée une dynamique. Ce qui fait peur au pouvoir, ce n’est pas seulement les députés à l’Assemblée, c’est le peuple dans la rue, c’est les travailleurs qui s’arrêtent de bosser. C’est ça, le vrai rapport de force.
Et pourtant, malgré toutes ces mobilisations, le RN progresse. Aux européennes, Bardella a fait un score historique. Comment vous l’expliquez ?
Il y a deux choses. D’abord, le désespoir. Quand les gens ont l’impression que rien ne change, que voter pour la gauche, pour la droite, pour Macron, ça revient au même, alors ils se tournent vers le RN. Et ensuite, il y a le rôle des médias. On le sait : Bolloré, CNews, Europe 1, maintenant Fayard… ils donnent une caisse de résonance énorme à Bardella et au RN. Tous les jours, ils installent leurs thèmes : immigration, insécurité, identité. Et ça marche, parce que ça répond à des peurs réelles.
Et comment on lutte contre ça ?
D’abord en arrêtant de courir derrière eux. Quand la gauche se met à parler comme l’extrême droite, elle perd. Ensuite, en remettant au centre les vraies questions : les salaires, le logement, la santé. Parce que les gens qui votent RN, souvent, ce sont des gens qui galèrent. Si on leur montre qu’on peut améliorer leur vie concrètement, alors on les détourne de l’extrême droite. Et puis il y a le travail de terrain. On ne gagnera pas seulement à l’Assemblée ou à la télé. On gagnera en allant discuter avec les gens, dans les quartiers, dans les villages, sur les marchés, partout.
On a vu qu’à Hénin-Beaumont, vous faisiez du porte-à-porte.
Oui, exactement. On a frappé à des centaines de portes. Et ce qui est frappant, c’est que les gens ouvrent. Ils discutent. Ils disent qu’ils n’avaient jamais vu un député venir leur parler. C’est ça qui change tout. Parce que l’extrême droite, elle fait croire qu’elle est proche du peuple, mais en réalité, elle ne fait rien pour les gens. Bardella n’est jamais venu voir les habitants d’Hénin. Nous, on est là, on discute, on écoute, et on propose autre chose.
Vous êtes optimiste ?
Je suis lucide. L’extrême droite est forte. Elle a des relais puissants. Mais je suis aussi convaincu qu’on peut gagner. Parce qu’au fond, les Français veulent plus de justice, pas plus de haine. Ils veulent des services publics, pas des guerres de civilisation. Ils veulent du concret, pas des boucs émissaires. Et ça, c’est notre responsabilité de le porter.
Merci beaucoup Aurélien Lecoq d’avoir été avec nous ce matin. Bon courage pour la suite, et on suivra attentivement la mobilisation du 18.
Merci à vous, et à bientôt.
Il est 8h50, chers amis. On continue. Et comme promis, on va faire un petit retour en arrière. Parce que la fête de l’Huma, ce n’est pas seulement la musique, les débats, les stands de merguez. C’est aussi une histoire. Et j’ai retrouvé une archive des années 80, une archive qui montre que déjà à l’époque, la fête de l’Huma était un lieu de lutte, de rencontres, mais aussi parfois de tensions.
Vous entendez ? Les slogans, les discours, les chants. Rien n’a changé, au fond. C’est toujours le peuple qui se retrouve, qui fait la fête et qui fait de la politique en même temps. Et c’est pour ça que j’adore cette fête. Parce qu’elle est unique.
Oui, oui, je vois vos messages. Vous avez raison : il faut qu’on en parle plus. Et d’ailleurs, je vous le dis : on va lancer une rubrique régulière « Observatoire Antifa », pour suivre toutes ces infos, semaine après semaine. Parce que sinon, elles passent sous les radars.
Voilà, mes amis. C’était France Déter, la matinale d’Auposte. On se retrouve demain, même heure, même lieu. Prenez soin de vous, et surtout, surtout : ne lâchez rien.
