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François Ruffin Au Poste

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Là, il y a le son. Maintenant tu vas avoir le micro à côté de toi. La caméra qui te filme, c’est celle ci, celle qui est derrière toi. Je te file mon amorce et moi en petit et la grand, la petite filme l’ensemble. Et ici tu as le chat. Le people,le peuple de gauche. Le peuple de gauche Qui va parler ? Est ce que tu es capable de discuter et de lire en même temps.
François Ruffin
Je pense et dis moi.
David Dufresne
Oui.
François Ruffin
Et qui est celui qui fait la sélection des caméras du coup ?
David Dufresne
C’est moi.
François Ruffin
D’accord. Donc en même temps tu m’interroges.
David Dufresne
Attends, prend le micro si tu veux qu’on entende. Moi j’ai tout là.
François Ruffin
En même temps que tu m’interroge, tu appuies sur tes boutons pour faire la réal et tout ça, mais putain, il n' y a plus rien.
David Dufresne
Regarde, je vais te montrer, je vais te montrer. Regarde là on a un gros plan, d’accord ? Et là je vais juste faire ça. Et voilà. Ruffin François en grand.
François Ruffin
D’accord.
David Dufresne
C’est ça, c’est la diffusion.
François Ruffin
Là, t’as choisi celle-là.
David Dufresne
Là, j’ai choisi celle là, et puis là, si je veux,
François Ruffin
C’est extraordinaire. C’est génial. Après tout, faire tout seul, c’est autre chose. C’est pire que les gars de BFM avec leurs caméras, tous ces micros Il y avait quand même trois personnes. Il y a le preneur de son, le caméraman et le journaliste, et puis après on a réussi à en faire deux et puis maintenant c’est un et ils doivent se débrouiller tout seuls. Mais toi tu fais carrément au studio de cinéma et toi tu as peut être un grand rôle. Le nombre de postes que tu dis.
David Dufresne
Auposte, tu les postes alors. Mais c’est vrai, t’as rien d’autre à dire. Cela dit, y a des modératrices qui sont à la convention collective des journalistes puisque monsieur veut faire le syndicaliste, des syndicalistes et convention collective des journalistes. Nous avons des cartes de presse. Mais si au départ tu étais venu il y a deux ans, je faisais ça chez moi et moi j’aime ce côté punk.
François Ruffin
Je l’avais fait en visio.
David Dufresne
Je l’avais fait en visio depuis ta cuisine.
François Ruffin
C’est le comité de cuisine
David Dufresne
Qui tu peux parler. Alors attends, est ce que tu as ton café ? Non, toujours pas. Non, toujours pasOn va tester le son
François Ruffin
Nous sommes en silo parce qu’on m’a prévenu qu’il n’y aurait pas de touillette pour mon sucre. Et moi, je veux sauver l’industrie de la betterave.Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois tu, je sais que tu m’attends.
David Dufresne
Ouah ! Ah ! C’est comme ça que tu fais, toi ?
François Ruffin
Oui.
David Dufresne
C’est de qui ?
François Ruffin
. Demain, dès l’aube, il perd sa fille Léopoldine. Et puis elle écrit un poème pour dire Voilà, je vais le rejoindre sur ta tombe. Je crois que c’est un poème d’amour et qu’il va retrouver une femme. Mais en fait, il va retrouver la tombe de sa fille.
David Dufresne
Exactement.
François Ruffin
Et ça, c’est un mauvais début de matinée.
David Dufresne
C’est bien. Maintenant c’est bien, tu fais ça, c’est Muse quand tu arrives à ces yeux heureux.
François Ruffin
Hugo. Oh, souvent celui-là, c’est quand même celui qui vient le plus automatiquement.
David Dufresne
Alors nous avons deux mag à toi qui aiment les mag. C’est de l’eau en fait. Benalla ou le Parisien 200 Punk qui attaquent la police.
François Ruffin
Je prends Benalla.
David Dufresne
Tu prends Benalla, J’en étais sûr.
François Ruffin
Tu sais que j’avais croisé Benalla un moment bizarre dans la campagne de 2017. Macron était venu à Whirlpool et il y avait ce gros bazar sur le parking avec les ouvriers qui commençaient à être très énervés, qui voulaient jeter des trucs sur Macron et tout ça. Et il y avait Benalla au milieu qui essayait de gérer le bordel à ce moment-là. Le chien, lui.
David Dufresne
Tu te souviens de lui Dis moi, nous avons qu’une heure parce qu'évidemment tu as un agenda de député forcené, Nous sommes sous le joug de ta commissaire politique qu’on ne voit pas à l'écran mais qui est là que je que je remercie infiniment, qui s’appelle le Emma, que je remercie infiniment parce qu’elle a travaillé d’arrache pied pour que tu n’es pas bon à jeter dehors. Bon, très bien. Alors je fais le, je fais le, je fais la petite introduction et je précise aux copains je copains mais qui surveillent la surveillante aimable. Et ça c’est c’est l’histoire
François Ruffin
Là, il y a du monde, tu sais, il y a un certain nombre de niveaux hiérarchiques. Non, je déconne, c’est vrai.
David Dufresne
Mais dis donc, tu es chic.
François Ruffin
Ben ouais, parce qu’hier j'étais quand j'étais dans l’hémicycle et en fait, je ne suis pas repassé au bureau avant de retourner chez moi et de venir ici. Donc j’ai gardé mes habits.
David Dufresne
T’as dormi habillé ?
François Ruffin
Non, je n’ai pas dormi habillé, mais j’ai dormi chez moi. Je ne suis pas passé par le bureau, là où j’ai déposé mes habits de civil.
David Dufresne
Où on avait convoqué le remuant il y a deux ans. Depuis la bête d’affiche, comme le surnomment les jours qui lui consacrent une série, il n’arrête pas de faire parler de lui. François Ruffin revient donc au poste pour cause de son boulot. Un nouveau livre, Mal travail, que j’ai lu aux éditions Les Liens qui libèrent de son ascension, de ses vues, de ses visées, mais aussi de joie, de bonheur, de militance qu’il a. Ça va être court 1 h, mais ça va être bien avec du café, un tchat en feu comme nulle part ailleurs. Alors le chat, il est là. Si tu veux lui répondre, tu es absolument le bienvenu. Parce que l’idée c’est que le peuple s’exprime. Et hier, j’ai bien dit aux copains et aux copines du chat on n’est pas là pour démolir l’invité, on peut, on peut le critiquer, on peut le critiquer, faire une critique constructive.
François Ruffin
Besoin de faire de la modération alors ?
David Dufresne
Eh bien figure toi que ton nom électrise un peu les foules. T’es au courant de ça ?
François Ruffin
Oui, oui, ça arrive.
David Dufresne
Veux-tu bien te dire ton micro un peu plus près, s’il te plaît ? Est ce que c’est le député ? Et comment on vit ça ? De se dire Ben en fait, il y a plein de gens à gauche qui ne m’aiment pas.
François Ruffin
D’abord, il y a toujours eu beaucoup de monde qui ne m’aiment pas. J'étais quand même le journal fâché avec tout le monde ou presque, y compris dans mon coin, avec de la gauche aussi. C’est à dire que quand même, quand je suis arrivé que j’ai lancé Fakir, c'était quand même pour secouer une gauche atone et pour lui poser des sujets qui étaient pas dans son angle de vue et pour procéder à de la remise en cause.Donc j’ai toujours eu des rapports compliqués avec la gauche, enfin tout en voulant la rassembler. Mais par exemple, quand je lance Merci patron, avant de le lancer, je fais visualiser Merci patron. Ah, des gens de gauche, notamment la direction d’Attac à l'époque et tout ça. Et le regard sur le film est hyper critique. C’est un film de. Ce n’est pas un film de classe. Il n’y a pas de vraie lutte collective, c’est joyeux. Qu’est ce que c’est qu' ce truc pour qu’on rigole ? Et donc finalement, je sais que mon rapport à la gauche et à la gauche de gauche et à la gauche de gauche de gauche par exemple, quand on fait le lancement de Merci Patron, c’est pareil, il y a un mec qui vient monter à la tribune salle Olympe de Gouges devant 1000 personnes. C’est ma première projection à Paris parce que je sais que Paris est particulièrement compliqué Dans tous les lancements de films, j’ai toujours décidé de passer par la province, d’aller loin et de produire une espèce d’encerclement de Paris. Parce que c’est ici que c’est le pire. C’est ici que les gens se bouffent la gueule le plus les uns les autres, parce qu’il y a assez de gens de gauche pour qu’ils puissent se diviser. Et tu as compté dans des coins comme la Picardie. Il y a moins que moi, ce ce luxueux là quoi.
David Dufresne
Oui, mais est ce que la Picardie, c’est la France ?
François Ruffin
Bien sûr. C’est pas juste un peu, ça ne réduit pas la France. Mais en tout cas, la Picardie appartient à la France, elle est un bout de la France, ça aussi, il n’y a pas de doute. Tu veux remettre en cause ? On est déjà en train de perdre la Corse. Alors moi je suis aussi pour une grande Picardie socialiste qui intègre la Wallonie. J’ai prévenu les. J’ai prévenu les Belges pour qu’ils ne soient pas surpris, mais que. On avait des projets expansionnistes.
David Dufresne
Mais à la limite, quand tu fais Fakir, tu es dans un rôle de journaliste de poil à gratter. Quand tu deviens politique et que tu cherches à être élu, tu dois aussi séduire les lecteurs. Ils vont aimer le fait que tu sois corrosif. Les électeurs peut-être moins. Ben c’est pas exactement la même position.
François Ruffin
Oui, oui, je le sais bien. Tu sais, par exemple, moi je. La campagne de 2022 à la fois était une réussite pour moi puisque j’ai quand même été réélu avec 61 % des voix face au Rassemblement national. Je le dis avec fierté dans un coin comme Flic Secours, c’est Marine Le Pen qui fait 55 % au premier tour, c’est moi qui fait 55 % aux législatives. Au premier tour, elle fait 70 %. Au deuxième tour, je fais 70 % au deuxième tour et je le dis avec fierté. Maintenant, je sors de cette campagne là en ayant la nécessité d’une remise en cause et en me disant attention, on va peut être foncer dans le mur. Pourquoi ? Parce qu’en Picardie, tu dis est ce que c’est la France ? " Est ce que c’est pas la France ? Mais en fait on se retrouve avec huit députés sur 17 du Rassemblement national avec la candidate en face de moi.Elle n’a quasiment pas fait campagne et fait quand même 39 % au deuxième tour. Donc je vois une espèce de montée et je vois des gens de centre gauche ou des modérés que je rebute personnellement et que notre gauche rebute. Et j’ai des voyants qui s’allument, j’ai des voyants qui s’allument en disant comment on va faire avec ? On viendra peut être dans la durée, mais pour moi, dans la durée, on a un bloc central libéral qui s’effrite, qui s’effrite maintenant à vitesse accélérée. Depuis, le traité européen de 2005 a été un point marquant de ça. Le mouvement Nuit debout dans les centres villes pour les éduqués du supérieur, le mouvement des gilets jaunes, le mouvement des retraites, tout ça réduit le bloc central libéral. Et on le voit, ce qui s’annonce pour les élections européennes, c’est quand même un naufrage de la Macronie. Et quelle est l’issue pour les gens ? Est ce que l’issue, elle est dans le bloc national autoritaire ou bien est ce que l’issue aller dans le bloc progressiste ?Et je sais qu’il y a une bagarre à ce niveau là et je le dis enfin, moi, je suis habité par une forme de gravité quand même, quand on est pas en avance, que sans doute on ne pose pas aujourd’hui une issue qui soit appétissante, qui soit rassurante. Voilà. Et donc je sais qu’après ma campagne de 2022, c’est pour ça que j’ai écrit un bouquin sur lequel j’ai pas été invité entre deux invitations, je publie quand même 3 livres, donc c’est difficile pour toi. Ben oui, je vous écris du Front de la Somme. C’est un bilan de ma campagne de la campagne de Jean-Luc à la présidentielle et qui interroge parce que je crains que si c’est comme ça, enfin, je n’ai jamais, moi, brandi l'épouvantail des Le Pen et du Front National parce que d’une part, je croyais pas à leur accession au pouvoir pendant longtemps et parce que d’autre part, eh bien je pense que c’est pas en brandissant l'épouvantail qu’on attire les gens à soi. Donc j'étais réservé là dessus. Et là, plus ça va, plus on a l'évidence que l’entrée de Marine Le Pen à l'Élysée devient possible et que chaque jour on passe un peu plus du possible probable et donc que normalement, on a une responsabilité face à sa.
David Dufresne
Valeuranarchiste demain dans le débat. Parce que j’ai aussi le chat sous les yeux qu’elle est à gauche. C’est quoi ta gauche ? Tu viens de dire le mot, la clé progressiste, le camp progressiste ?
François Ruffin
Moi je me suis situé d’ailleurs, c’est marrant parce que tu sais, j’ai fait une année de fac ici à Censier. C'était la première fois que j’y retournais. Mais moi je suis né politiquement sous la gauche plurielle et en rupture avec la gauche plurielle. J’ai voté Lionel Jospin en 1997. Au deuxième tour, j'étais très content.
David Dufresne
Et t’as pas voté Chevènement Alors c'était 2002.
François Ruffin
Mais 97, j’ai voté, c'était Jospin. Le gauche plurielle, Oui, c’est ça. Donc voilà. Et puis et puis j’ai bénéficié, moi, d’un emploi jeune. Mais en revanche, l’effacement de la question ouvrière, laisser faire la mondialisation, privatiser les services publics sur le plan économique et social, la doxa de la gauche socialiste dans ces années là et en fait qui remonte à 1983, si j’ai un point où je tiens à me situer, c’est ça. Je dis je suis en rupture par rapport à ça et je veux qu’on ait une gauche qui ferme la parenthèse libérale qui avait été évoquée en 1983, le Parti socialiste, et qu’il ouvrait une parenthèse qui ouvrait une parenthèse libérale qui aujourd’hui n’est toujours pas refermée dans le pays. Donc moi, je veux refermer cette parenthèse là. Après, dans ma manière d'être, je pense que je porte quelque chose non pas d’anarchiste, mais de libertaire. J’ai une forme libertaire avec un fond qui est assez marxiste quoi.
David Dufresne
Merci M. Ruffin de reprendre les anciennes idées de la gauche sur le travail qui paye dignement et toute la vie sans tomber dans le réchauffé et le populisme. Vous êtes le seul a et les FI à porter haut et fort ces anciens principes qui nous restent chers. C’est Master chiffres qui nous dit ça ? A mon avis, si un gars de chez toi il est jamais venu dans le tchatche ce petit bonhomme. Mais c’est très.
François Ruffin
Bien. Il y en a chez moi.
David Dufresne
] D’abord, j’imagine que tu as fait ton temps.
François Ruffin
Non, pas du tout. Je ne savais pas que ce genre de chose se pratiquait. Non. On ne sait pas faire ça. Mais tu vois, tu m’en donnes l’idée. On n’a pas fait. On avait un nom, non ? D’accord.
David Dufresne
Mais là. Il s’adresse donc à la commissaire politique Emma, qui est bien. Trop bien ça.
François Ruffin
On a mené une opération de manipulation, mais elle ne semble pas qu’on procède à une invasion du poste non plus. Le populisme, par exemple. Moi, je me revendique que populiste de gauche populiste. On sait que c’est Sir Julie dans un édito le 29 mai 2005, qui dit Voilà, il y a en France une épidémie de populisme populisme. La seule définition qui existait dans le dictionnaire courant littéraire s’applique à décrire avec réalisme la vie des gens, du peuple et le Réalisme ça, c’est la littérature du 19ᵉ. début 20ᵉ. Et donc je pense que décrire avec réalisme la vie des gens, du peuple, ça devrait être un objectif des journalistes plutôt que d'être un épithète injurieux. Tu vois donc mieux par une certaine forme. Je me revendique d’un populisme en tout cas.
David Dufresne
Le populisme, c’est aussi l’idée de dire qu’on s’adresse aux tripes plutôt qu'à la tête et que c’est en ça que l’extrême droite est forte parce qu’elle s’adresse au ressentiment plus qu'à l’analyse. Est ce que tu partages ?
François Ruffin
Je ne pense pas que le populisme, c’est le populisme. En politique, c’est l’opposition du haut et du bas. Donc après ? Il y a quelque chose à lier. Je voudrais pas qu’on ait une gauche de la raison et qui laisse tomber les émotions. Moi, chaque fois que je fais un film, je sais qu’il y a une place pour l'émotion. Si on prend pas en compte l'émotion, l'émotion ça veut dire qu’il y a Mohed dedans, ça veut dire moteur. C’est la force motrice, c’est ce qui met en mouvement. Or, on a bien besoin de mettre les gens en mouvement. On mettra pas les gens en mouvement seulement par du raisonnement historique, juridique, politique, statistique, tu vois. Et il faut qu’il y ait un moteur, il faut intégrer l'émotion. Par contre, c’est comment on fait pour avoir une alchimie finalement, qui transforme la colère en espoir, qui transforme l'émotion en raisonnement, en propositions et en espérance quoi.
David Dufresne
Ce qui est cool, c’est que tu parles vite, donc l’heure va être dense. Non, non, ça ne va pas.
François Ruffin
Normalement, on me dit de ralentir.
David Dufresne
Donc non, au contraire. Alors n’hésite pas à boire.
François Ruffin
Benalla.
David Dufresne
N’oublie pas de boire Benalla. Voilà. Alors tu sors donc le travail, le choix des, le choix des élites, le mal travail c’est en gros 100 zéro zéro zéro personnes chaque année. Ce que tu appelles le plus grand licenciement social, qui sont jugés inaptes au travail, c’est à dire ceux qui sont éjectés du monde du travail. Il y a les forçats, il y a le problème physique, il y a le problème psychique. Et tu t’es intéressé à cette question là, à la fois par humanisme et aussi par politique, parce que tu sens qu’il y a quelque chose à jouer. Mais est ce que c’est aussi par rapport à ce que tu viens de dire au tout début en disant on va dans le mur Si on change pas nos préoccupations, ça participe de ça.
François Ruffin
Dire que les 100 zéro zéro zéro inaptitude, j’y reviendrai peut être, mais c’est le pire du pire de ça. Mais que le mal travail, il est répandu, c’est tous les gens qui nous le disent. J’aime mon travail, mais je n’aime pas comment on me fait faire mon travail. Si tu veux, tu vas à l’hôpital, tu vas chez les caristes, mais je loge, je vais dans le monde de la télé. Il y a des tas de gens qui ont ces 47 % des Français qui aujourd’hui vont au travail avec une forme d’angoisse, avec un mal être au travail, contre 11 % en Allemagne. C’est pour dire qu’on a quand même un gros, un gros souci avec ça, en dehors même de ceux qui sortent du boulot par inaptitude. Mais oui, l’une des raisons qui d’abord, je sais pourquoi le National, c’est de s’installer dans une région comme la mienne.Elle s’est installée par le travail, elle s’est installée par le travail, écrasé par le travail, délocalisé Whirlpool, Goodyear, Magnéti Marelli, Honeywell, Flow Door et ainsi de suite, qui fait que les gens ont été considérés comme une espèce de matière première qu’on pouvait jeter en permanence. Et je sais que c’est par là que dans une région comme la mienne, le Rassemblement national s’est installé. Et donc je suis convaincu que dans la durée, je ne dis pas sur le court terme, mais dans la durée. Si on veut chasser ça, c’est par là, et ensuite c’est par le travail aussi, c’est le travail et la cause. Et le travail doit être aussi la solution.
David Dufresne
Et ce que je vois. Les amis, regardez bien, il a fait des notes
François Ruffin
Oui, j’ai mes notes internes. Parce que je n’ai pas le temps de regarder.
David Dufresne
Là où on ne voit pas la caméra, mais c’est la première fois qu’il y est invité. Il a ces deux notes et ces deux pages.
François Ruffin
C’est comme une espèce de filet de sécurité, même si finalement je l’utilise pas.
David Dufresne
Mais oui, je vois bien. Et puis je vois aussi que t’as été complètement fasciné par le geste.
François Ruffin
Ouais ouais ben oui. Et ensuite il a été montré par des tas de chercheurs, des politiques. Le ressentiment privé, le ressentiment dans l’entreprise devient du ressentiment public, c’est-à dire pousse des bulletins de vote à l’extrême droite. Et donc il y a là, évidemment, c’est le. Dernier nœud que la macronie voudra résoudre parce que ça voudrait dire poser des lois à l’intérieur du travail, remettre de la démocratie dans le travail comme.
David Dufresne
Le mal travail, c’est beaucoup de choses, c’est l’objet de ton livre. Alors tu es malin parce qu’effectivement tu as dit qu’entre deux invitations au poste, tu sors 3 livres, Je veux dire, pourquoi tu utilises ton travail de parlementaire puisque tu bosses, c’est reconnu, y compris par tes adversaires politiques bosseurs et donc tu ne perds rien. C’est-à dire que quand tu fais une enquête parlementaire, c’est vite un bouquin.
David Dufresne
Je veux dire. C’est balancé, là.
François Ruffin
C’est un rapport sur les accidents du travail, maladies professionnelles. Normalement, l’année dernière, le rapport, il faisait une page. D’accord, donc je l’ai poussé à 80 pages et je fais un bouquin de 240 pages.
David Dufresne
Donc tu vois qu’il y a la production, oui, l’activité non.
François Ruffin
Mais je veux dire qu’un rapport ordinaire d’un député devient pas un bouquin parce qu' il y en a plein qui tiennent en une page et qui en fait ils font faire tout le travail aux administrateurs et je peux faire aussi du travail en plus de ça aux administrations. Maintenant, je te dis pourquoi je fais des livres ? Parce que si tu veux, quand tu veux poser la question du travail, quand tu veux poser la question sociale. Aujourd’hui, on a le CAC 40 qui a dépassé les 8000 points, on a les dividendes qui battent des records 56 milliards d’euros si tu veux. Quand tu lis Les Echos, t’as l’impression qu’ils veulent comme ma fille, mettre des points d’exclamation et des smileys à la fin de tous leurs titres tellement ils sont joyeux, tellement ils hallucinent de ce qui est en train de se produire. Et dans le même temps, on te réduit 10 milliards d’euros sur l'éducation, sur les personnes âgées hier soir et ainsi de suite dans un truc de gavage pour les uns et de rationnement pour les autres.C’est gros comme une vache au milieu du couloir. Et pourtant, il faudrait que tous les jours, quand on va dans les médias, on ne voit pas ça, ça non. Cette question n’est jamais posée. La question sociale n’est jamais posée. Et donc, si tu veux porter la question sociale, tu es obligé de venir avec un objet à porter pour l’imposer dans le débat public. Genre je fais des livres à la fois parce que c’est un soulagement pour moi. Je veux dire, la vie politique, c’est pas ce qui m’enthousiasme le plus tous les jours à bien des points de vue. Donc c’est une manière de se réaliser soi même en réalisant de faire un livre ou de faire un film. Et je le fais aussi parce que je sais que quand j’ai un objet à portée, ben voilà, ils sont contraints. S’ils veulent m’avoir dans leur média, ils sont contraints de parler du travail, ils sont contraints de parler de l'économie, ils sont contraints de parler du social et pas que de leur petite affaire, de qu’est ce que, comment ça se passe avec Mélenchon et ainsi de suite quoi.
David Dufresne
Et comment ça se passe avec moi.
François Ruffin
Ça se passe bien, j’ai vu la semaine dernière, voilà.
David Dufresne
Bon, on s’en fout, il y a deux thèses dans le fond, on s’en fout. On reparlera tout à l’heure. Je tiens à vous dire, les amis, que Pauline remonte vos questions les plus pertinentes et que je les poserai tout à l’heure. Mais là je sais pas.
François Ruffin
Si ça veut dire que tous ceux qui sont passés, tu considères que leurs questions ne sont pas pertinentes ?
David Dufresne
Non, c’est pas ça, C’est que là il y en a tellement que je ne peux pas. Mais ils peuvent les poser et ça suscite des discussions. Et donc il y a une intelligence collective qui se crée. On ne pourra pas. Ou alors alors tu prends 3 h, si tu prends 3 h, je veux dire Ah, c’est toi. C’est toi qui pose le problème. Bon bref, le bouquin, le bouquin, il y a me semble t il, il est très documenté donc sur les troubles psychiques dont tu dis qu’ils sont l’amiante d’aujourd’hui, Sur les troubles physiques, on parlait tout à l’heure des gens déclarés inaptes.Il y a des comparaisons avec l’Europe qui rendent la France absolument catastrophique en termes de mal être, de souffrance au travail. Bon, c’est très documenté et il y a, me semble t il, deux points très très originaux. Le premier, me semble t il, c’est l’idée de dire que le mal travail en fait rapporte de l’argent. Tu viens de parler du CAC 40. En fait tu fais un lien entre le fait que les travailleurs souffrent beaucoup plus au travail aujourd’hui qu’il y a une quarantaine d’années. Si j’ai bien lu ton bouquin mais qu’en réalité c’est fait exprès, c’est-à dire que ça rapporte. Est ce que tu peux m’expliquer comment ? Le deuxième point, c’est ce que tu proposes qui est plus de démocratie dans les entreprises ?
François Ruffin
je rajoute un troisième point mais bon. Donc sur le oui, il y a une vision du travail du mal, travail qui serait comme une espèce de fatalité qui sont très tombées sur le pays ou sur le monde et qui n’auraient pas été voulues. Je tiens à dire que c’est un choix. C’est un choix qui a été opéré par les élites françaises à partir des années 80 et qui se poursuit aujourd’hui et qui est au fond de considérer le travail non pas comme un atout, mais de le considérer comme un coût. Si c’est un coût, si c’est un coût à diminuer, c’est un coût à écraser. Et en fait, en écrasant le coût du travail, on écrase le travail lui-même et on écrase les travailleurs. Et tout ça rapporte beaucoup à quelques-uns. Quand je viens de citer les dividendes du CAC 40 mais, et plus largement, le glissement de la part de la valeur ajoutée qui est en 40 ans passée, donc c’est de 5 à 10 points, mais ça représente des dizaines de milliards d’euros qui chaque année, grosso modo, sont passés du travail vers le capital. Tout cela né du mal, travail né du mal, travail d’un mal, travail organisé. La délocalisation, c’est évidemment le premier mode de pression, de mise en œuvre du mal travail.On va chercher du mal travail au loin, voire du mal, travail des enfants pour remplacer un travail organisé qui pouvait être structuré. En France, on a la sous traitance qui est une forme de maltraitance, par exemple sur les agents d’entretien. Je doute qu' ici ce soit un agent d’entretien qui passe pour faire tous les locaux et qui 8 h par jour pour le faire. Mais vraisemblablement c’est sous traité à une autre entreprise et il a. Pas à coup sûr, mais il y a des chances, un temps partiel. Bon bref. Et donc c’est une forme d'économie qui est faite sur le travail et les cadences. Ce qu’on voit dans les chiffres, c’est à quel point les cadences se sont accélérées pour les salariés et pour les salariés intellectuels comme pour les salariés physiques.
David Dufresne
Donc avec ce que tu racontes sur le fait qu’il y ait plus de pauses, le temps d’aller chercher sa perceuse, de faire quatre mètres était un moment de respiration. Aujourd’hui, la perceuse tombe d’un coup.
François Ruffin
ce qui est génial. C’est qu’on te présente ça comme de l’ergonomie, C’est ça qu’on te dit. Voilà. Finalement, vous avez vous outils à disposition, vous êtes plus obligés d’aller les chercher, mais en fait il y a plus le temps. Moi, je considère que le travail à la fois intellectuel, Emmanuel c’est quelque chose qui doit être de la brasse coulée, c’est à dire tu fais un mouvement, tu veux que tu respires, tu fais un mouvement, tu respires tu à un moment tu respires et on est passé de la boîte school à l’apnée chez les caristes. Mais aussi quand tu regardes les témoignages de juristes, de juges, il t’explique comment il enchaîne les dossiers, les dossiers, les dossiers, les dossiers. Or, si tu veux bien faire ton travail, bien traiter un dossier quand tu es juge, ça veut dire que t’as le temps d'écouter les gens, mais après, tu ne passes pas tout de suite à l'écriture. T’as une espèce de décantation de ce que tu viens d’entendre, tu réfléchis à ça et tu le laisses reposer. Quand tu es infirmière à l’hôpital, t’as besoin de faire, t’as des tâches à remplir.Mais si jamais tu n’as pas le temps de prendre la main d’une personne âgée, si tu n’as pas le temps d'échanger quelques mots avec elle, quel est le sens de cette succession de tâches qui non seulement use les corps beaucoup plus vite que de manipuler toujours, mais en plus usé l’esprit ? Parce que Dieu, tu reviens chez toi avec un sentiment de maltraitance. Et il en est de même pour les caristes. Alors c’est plus facile quand on a des cartons en face que quand on a des humains en face, mais qui sont amenés à maintenant avec la commande vocale, multiplier leur rythme par cinq dix et puis à répondre ok, ok ok en permanence. Donc les canaux, oui. Ce que je veux dire, c’est que ça rapporte beaucoup à quelques-uns et ça coûte beaucoup à la société.
David Dufresne
Ca chiffre, les coûts cachés.
François Ruffin
Voilà, les coûts cachés sont gigantesques. La France recordman ou du moins sur le podium déjà avant les Jeux olympiques, des accidents du travail, des maladies professionnelles et ainsi de suite en Europe. Et donc c’est évidemment un coût gigantesque pour la sécurité sociale. C’est un coût, y compris pour les entreprises, parce que tu as du turn over en permanence, t’as de l’absentéisme qui est là. Et puis c’est un coût plus général pour la société. Parce qu’en fait, aujourd’hui, on est dans une société où tu as des tas de services qui sont désorganisés. Aujourd’hui, ce qui est en gros craquage, c’est le médico social, les auxiliaires de vie, les aides à domicile va dire on ne peut pas.Alors après, il y a une réflexion sur comment on peut affronter l’avenir. On a deux défis à affronter. On a le défi démographique. Il va y avoir de moins en moins de personnes en âge de travailler et de plus en plus de personnes âgées dont il faudra s’occuper. Comment on va faire ça ? Avec un travail qui est humilié, qui n’est pas respecté ? On a un défi évidemment climatique qui réclame pour moi du travail. Si on veut en finir avec les passoires thermiques, 5 millions de passoires thermiques, c’est du travail. Si on le met dans un atelier de réparation par quartier, par canton, c’est du travail. Si on veut changer notre énergie, c’est du travail. Tout ça représente beaucoup de travail. On ne peut pas faire ce grand saut là sans ZAPA. C’est au présent qu’il faudrait le faire. Parce que le réchauffement climatique, il est d’ores et déjà là. On ne peut pas faire au présent ce grand saut là en n’ayant pas un travail qui est humilié. Il faut avoir des Français qui ont le cœur à l’ouvrage. Or les Français, ils aiment faire leur travail, mais ils n’aiment pas comment on leur fait faire leur travail. Donc ça, c'était le premier point. Le deuxième point, c’est les solutions. Mais je vais dire un truc sur il y a un concept sur lequel je suis tombé parce que bon, il y a des choses que je savais déjà avant de parler.
David Dufresne
Oui, tu empruntes à quelques penseurs.
François Ruffin
Je peux te faire un bouquin qui s’appelle Que sait on du travail, qui est une espèce de bible qui est parue en même temps que je faisais mon truc et qui m’a aidé à progresser, alors que sur une question comme celle là, j’aurais pu penser que je maîtrisais déjà pas mal. Mais un concept qui, je pense peut être intéressant pour pour les spectateurs, c’est le concept de planeur. Absolument. Les planeurs, j’ai trouvé ça passionnant quand je suis tombé dessus. Donc c’est une chercheuse qui s’appelle Marianne Dujarric et qui dit Voilà. Auparavant, on avait des cadres qui, pour la plupart, étaient au contact de leurs équipes. Ils faisaient du management de proximité.Et là, maintenant, on a un tiers à la moitié des cadres qui sont en fait détachés de l’entreprise elle-même, soit qui se retrouvent dans des cabinets conseil, soit qui se retrouvent aux sièges sociaux. Et en fait, ce sont eux qui, tout en étant éloignés, vont dicter comment doit se faire le travail. Ils vont le dicter par des logiciels qui mettent en place, par des. Par des dispositifs, par tout ça, et ça va tomber sur la tête de ceux qui font le travail réel et non pas le travail abstrait qu’on a, qu’on a prévu pour eux et qui tous les jours vont se heurter aux outils qu’on met en place, aux processus qu’il met en place parce que ça ne colle pas à leur travail. Et en fait, ça va être un travail empêché et ça va les faire souffrir. Et eux, ce concept là que, donc, que j’utilise dans le bouquin que j’utilise sur le cas d’une cimenterie par exemple, où on a changé tous les process dans la cimenterie pour des raisons de transition environnementale, mais sans consulter les salariés, et donc ils se retrouvent à respirer de la fumée parce que ça n’a pas été testé avec eux. En fait, je pense que le concept de planeur est un concept qui s’applique à plein de choses. J’avais des rencontres sur l'éducation avec des profs et qui me disaient voilà.Mais en fait, ce que vous décrivez avec la politique par les chiffres, les évaluations, les circulaires qui nous arrivent du ministère, qu’on n’y comprend rien, que ça nous tombe dessus à jet continu. C’est exactement ce que vous décrivez dans les planeurs. Je rencontre des gens dans le monde de la télé qui me disent bon, voilà, on vient d'être rachetés par une boîte de prod, on vient d'être rachetés par un gros truc, eh bien ils nous envoient leur fiche process dans machin, Alors, tout ça. Et en fait on ne peut plus faire, on ne peut plus faire notre travail. Et enfin voilà, je pense qu’il y a plein de domaines où ce qu’on fait aujourd’hui, on a des espèces de planeurs gouvernementaux en fait. Mais tu regardes Bruno Lemaire je dire, c’est ma bête noire du moment, c’est ma bête noire dans la durée mais tu regardes Bruno.
David Dufresne
Dans la durée, tu veux dire.
François Ruffin
Bien, je veux dire, je suis un adversaire de Bruno Lemaire. Je pense que celui qui incarne aujourd’hui un projet politique, je ne pense pas qu’il le portera à la présidentielle. Mais en tout cas, celui qui met en œuvre depuis sept ans, il n’a pas bougé, il n’a pas bougé sous Macron, il était déjà là sous Sarkozy. Donc il incarne une forme de continuité de l'État. Là où se trouve en vérité le cœur du pouvoir, c’est Bercy. Macron venant de Bercy lui-même. Et c’est lui qui pilote, c’est lui qui décide ce qui se fait, ce qui se fait, pas Bruno Le Maire. Il est rarement contredit, tu vois. Et ben voilà, on a une espèce de planeur. Le mec, c’est quand même comme Gabriel Attal qui vient de dénoncer la bureaucratisation, comme dans son discours de politique générale Quand est ce qu’il a fait autre chose que bureaucrate là ?A un apparatchik qui est Bruno Le Maire, un apparatchik du libéralisme, mais c’est quand même un apparatchik. La seule boîte qu’il a eue, il a coulé, il a coulé sans payer ses fournisseurs et c’est lui qui vient te. C’est le pire économiste du pays. Jamais on a eu un ministre de l'économie qui nous a autant endettés, qui a creusé le déficit budgétaire et le déficit commercial. Et c’est lui qui vient te donner des leçons sur ce que les manants doivent faire, tout ce qu’ils doivent renier pour leurs enfants, pour eux, pour nos aînés. Une incapacité à préparer l’avenir parce qu’on devrait préparer l’avenir. Face aux chocs que je te décris, comment tu peux préparer l’avenir en ayant pour matrice dans ton cerveau ? Réduire, réduire, réduire. Tu construis juste une France qui rétrécit. Voilà donc mon adversaire et Bruno Lemaire est un espèce. Tu as des planeurs au ministère de l'économie, mais aussi au ministère de la Santé. Les arts, c’est quoi ? Ce sont des planeurs qui sont détachés du travail réel des hôpitaux et qui viennent dire aux aides soignantes, aux infirmières comment elles doivent bosser. Et ça produit évidemment du malheur du côté des patients et du malheur du côté des soignants. Donc voilà, il faut qu’on redonne du pouvoir au travail réel contre le travail abstrait et redonner du pouvoir au travail réel. J’en viens à ma proposition. Entre autres, il y a comme renforcer les spectres du travail, la médecine du travail, des préventeurs, des choses qui sont assez classiques les comités d’hygiène et de sécurité. Donc renforcer le pouvoir des travailleurs contre le travail abstrait, c’est quoi ? C’est la démocratie par le haut. La présence des salariés aux conseils d’administration des entreprises. Pas sur un strapontin, pas de mec dans deux syndicats dans un coin, mais au moins un tiers qui puisse être présent au conseil d’administration et qui pèse sur les orientations stratégiques.Et tu sais, quand c’est deux dans un endroit et tu sais, on est qu'à deux être d’accord ensemble et que les 20 autres y sont, ils ne sont pas d’accord. Tu te tais dans ces cas-là, sauf si t’es un résistant de la première heure tout ça. Mais tu as tendance à te taire ou alors à lever le doigt comme ça, tu vois, sans oser vraiment parler.Mais vous croyez vraiment qu’il ne faudrait pas que. Tandis que si c'était un tiers qui est là et qui n’est pas d’accord, ça peut taper du poing sur la table ? Franchement, tout ça c’est la démocratie par le haut. Et enfin la démocratie par le bas, c’est que je pense qu’il faudrait une demi journée. Ça c’est parce que tu sais mon intérêt pour les auxiliaires de vie et j’ai vu des endroits où les auxiliaires de vie se réunissent. Ils sont de plus en plus isolés, elles ont juste leur téléphone qui leur sert de pointeuse à l’intérieur des maisons, mais elles sont plus en contact les unes avec les autres, voire même plus avec leur hiérarchie. Et une demi journée où elles parlent entre elles, où elles sont dans des groupes de parole, indépendamment de leur direction et où ça les libère et ça leur permet de porter des choses. Mais je pense qu’il faudrait ça pour tout le pays une demi journée dans chaque entreprise par mois où on puisse discuter avec ses pairs sans la direction et ensuite aller porter des revendications. Il nous faut une démocratie par le haut et une démocratie par le bas. Et ça répond aussi aux ressentiments privés
David Dufresne
Je m’adresse donc à la commissaire politique. Elle écoute plus, je veux dire. Elle voit le temps rouler. Voilà Benalla, Benalla, Ruffin c’est bon.
François Ruffin
Vas y, va diriger.
David Dufresne
Je voudrais te lire un passage que tu as écrit page onze qui m’a étonné ce jeudi 19 janvier 2023, jour de grève contre la retraite à 64 ans, j’ai choisi de rester en Picardie, loin de Paris. Il n’y aura pas de micros, ni de caméras. Mais je vais faire le plein de voix, de vie, de visages. Pourquoi je suis étonné ? Parce que je me demande si ta langue ne fourche pas quand tu dis je vais faire le plein de voix, je me dis bon bah si c’est le journaliste qui parle, c’est qui va chercher des témoignages pour eux, pour pour, pour nourrir sa connaissance. Mais plein de voix, c’est aussi gagner des électeurs. Je me suis demandé s' il n’y avait pas un petit lapsus.
François Ruffin
De couture sur un divan parce qu’il opère un travail de psychanalyste lacanien. Du coup.
David Dufresne
Tu es sur le divan ? Vas y.
François Ruffin
En tout cas, là en l’occurrence, je veux dire, si jamais j’avais eu comme objectif un objectif électoral et de présence sur la scène politique au moment où se lance la bataille des retraites, je pense que le choix que fait tout le monde, c’est d’aller sur les plateaux télé et c’est d’aller dans la grande manifestation à Paris où il y aura les caméras. Et je fais le choix de rester à un endroit où il n’y aura pas de caméras, où il n’y aura pas de plateaux télé. Il y a peut-être eu un micro qui a traîné le matin, mais enfin, tu sais pourquoi ? Parce qu’au fond, pour mener une bataille comme celle là, pour mener toute bataille pour moi, j’ai besoin de savoir pour qui je parle et que dans tous les moments où je vais me retrouver au milieu des poudrés et des maquilleurs chez les polis, et bien je sais pour qui je viens me bagarrer, tu comprends ? Et donc à ce moment-là, c’est le moment où je viens me charger de tout ça. Je viens me charger de tous ceux que je vais avoir à représenter, tous ceux à qui je vais avoir, avoir, apporter la voix et pouvoir ensuite la porter avec force et vigueur dans les endroits de pouvoir, sur les plateaux des médias, à la tribune de l’assemblée et ainsi de suite. Mais donc dans ma démarche, il y a quand même ça de manière constante, c’est-à-dire à partir du témoignage des gens, me charger à la fois de colère, de d’histoires de fin, et puis pouvoir pondre, mettre les autres en défaut. Parce que quand t’as des gens qui ne quittent pas et tu sais, c’est c’est un vrai défi. Et je je le redis à mon équipe parce que j'étais pas content, enfin entre guillemets. Je leur ai dit mais attendez, ça fait deux semaines, j’ai pas vu des vrais gens là, en vérité, tu vois, je suis allé chez une boîte à Calais qui a fermé. Mais sinon je vois des représentants d’associations, je vois des intellectuels, enfin tu vois, je vois tout ça parce que ce qui arrive à toi quand t’es dans un lieu de pouvoir, comme l’assemblée à la permanence parlementaire à Amiens, c’est un peu différent, mais c’est il y a un espèce de tri social qui s’effectue déjà. Il faut venir jusqu'à Paris, il faut avoir l’idée d’aller chercher le député. Il faut que tu vois, il y a toute une démarche qui fait qu’au fond, les personnes dans la vie ordinaire, eh ben elles sont éliminées de ça. Et donc ça veut dire que, aller chercher ça, c’est un effort et ça doit rester un effort, sinon. Et même à gauche, même à gauche. Sinon, à quoi Fakir s’est battu contre ça ?Moi, je suis né contre ça. C’est pour ça que mon rapport à la gauche a pu être compliqué aussi parce que je me suis battu pour ne pas avoir de représentants. Je ne dis pas seulement, mais au départ, ce n’est pas les avoir du tout. En vérité, quand j’ai lancé Fakir et c’est là qu’il y a un côté anar libertaire là dedans, mais de dire Voilà, je veux avoir la parole des gens, je veux avoir la parole des salariés, je vais avoir la parole des femmes de ménage pour avoir la parole des jeunes de quartiers. Je vais avoir toute cette parole là. Quand on souffre de racisme, si j’ai pas envie de parler de racisme en étant hors sol, il faut d’abord que quand je parle de racisme que j’ai à l’esprit, qui ça veut dire le mec qui a porté ses cv et qui s’est pris des vents dans toutes les agences d’intérim, qui se demandent pourquoi on lui donne pas sa chance, tu vois le truc ? Et donc c’est voilà, donc c’est une bagarre quand tu élèves. Malheureusement c’est mon cas, je m'élève d'être pris dans un truc de pouvoir, eh bien de continuer à aller chercher la parole des gens pour savoir pour qui tu parles, quoi.
David Dufresne
Comment quand tu lances des prénoms, c’est un peu ta marque de fabrique. Tu lances beaucoup de prénoms à l’assemblée.
François Ruffin
Ça n’arrive pas si souvent que ça, mais il se trouve que quand je les lance en disant que j’ai lancé des prénoms. Et puis c’est la question été piqué par les autres. Un Macron s’est mis à lancer des prénoms, des députés macronistes se sont mis à balancer des prénoms à tel point que quand y en a qui le fait, j’entends les autres, y compris leurs collègues, qui disent arrête de faire du bruit.
David Dufresne
Oui, mais précisément, je voudrais qu’on réfléchisse à l’effet que ça a produit. C’est-à dire que tout d’un coup, l’irruption du réel, l’irruption de la base a semblé complètement décalée ? Tu te souviens de ça au début ?
François Ruffin
Je me souviens très bien et je vais le dire avec la vérité de mon orgueil. Non, tout le monde sait qu’il existe.
David Dufresne
Oh la vache, on a lu des critiques.
François Ruffin
Mais donc moi je pense que j’ai apporté quelque chose dans un style parlementaire. Après, il y a un épisode, je veux pas du tout qu’on pense que je me compare à lui, d’accord, mais dans les écrits politiques de Victor Hugo, puisqu’on citait Dumas dès l’aube au départ, dans les écrits politiques de Victor Hugo, il y a un texte qui m’a particulièrement marqué. Tu sais qu’il était pair de France. Enfin bon, bref, il n'était pas député et devait être aussi. Je me souviens plus exactement à quel moment c’est quand il fait ce discours là parce qu’il a été dans plusieurs chambres, mais enfin, quand il ne fait pas ce discours là, tu vas voir un moment. Blanqui Tu vois, je suis un économiste.Un économiste lui dit Il faut que tu viennes voir la misère ouvrière et il l’emmène à Lille ou à Roubaix. Et là, Hugo voit des taudis, on voit les murs qui suintent, on voit la sueur dans les dit voie de la merde. Pour être clair, il voit la misère et la merde et il écrit un texte à partir de ça et un texte que qu’il doit prononcer à la tribune de l’Assemblée nationale pour attirer. C'était avant. Ça fait 40 ans avant l'écriture des Misérables, mais pour attirer le regard sur Les Misérables. Et finalement, il ne prononce pas ce texte, il ne prononce jamais ce discours. Et mon interprétation, c’est qu’il a senti, lui qui était quand même un bourgeois. Il a senti la violence de ce que ce langage là sur cette réalité là, opérait dans ce lieu de dorures, tu vois, Et de ce choc que ça aurait et qu’il n'était pas en mesure d’opérer ce choc.Et donc je pense que voilà, j’ai opéré ce choc du réel quelque part au milieu, ça ne va pas éliminer le reste, mais au milieu des discours juridiques, statistiques, et ainsi de suite. Et parfois ça a fait mouche.
David Dufresne
Alors je vais prendre quelques questions. Déjà à la mi temps, il est 9 h 37, je te donne l’heure pour. Voilà ensuite on viendra sur la question de la joie militante que tu voulais que l’on aborde.Alors je tape au hasard. Supermangeman nous dit comment amorcer le réenchantement quand le quotidien est grevée à tous les niveaux par le management qui fait que ceux qui détiennent le pouvoir se déresponsabilisent sur ceux qui le subissent.Qu’est ce qu’on fait pour réenchanter le quotidien ? Il y a beaucoup de gens qui témoignent de leur souffrance au travail et qui te demandent qu’est ce que, qu’est ce que tu, qu’est ce que tu pourrais faire ?Il y en a d’autres qui disent au contraire pourquoi parler du travail, du travail, du travail ?Il y a d’autres choses à défendre. Anarchisme te demande Que pense François Ruffin des propositions de Bernard Friot et du Réseau Salariat ?
François Ruffin
Ça fait beaucoup de choses.
David Dufresne
Ah ben oui, oui.
François Ruffin
ou non, mais un peu. La première c'était sur le déboucher.
David Dufresne
Sur la déresponsabilisation et l’autre c'était sur le réenchantement. Comment faire face à ce comment direz vous aux effets secondaires dévastateurs, aux effets dévastateurs du management ? Et Bernard Friot ?
François Ruffin
Pourquoi le travail ? Je lui réponds et pourquoi pas le travail ? Tu me relancera sur le reste, d’accord ?
David Dufresne
Comment ça tu y vas ?
François Ruffin
Pourquoi le travail ? Au fond, je pense que ce qui fait société, c’est le travail qu’on met en commun, le travail, qu’il soit salarié ou qu’il soit bénévole. Mais si tu es là, dans ce que tu fais, toi tu travailles derrière, t’as des modératrices qui travaillent, mais t’as des gens qui ont fabriqué les caméras, qui ont travaillé. Tout ça, c’est la société en fait, c’est du travail mis en commun. Quand je bois un verre d’eau, t’imagine la quantité de travail qu’il y a là dedans pour fabriquer le mug, pour imprimer Benalla dessus, pour qu’on ait de l’eau qui soit, de l’eau pure à l’intérieur.
David Dufresne
C’est une boutique qui s’appelle enliser org et chacun peut trouver plein de mugs là bas.
François Ruffin
Et donc voilà, la société, c’est du travail mis en commun et je pense que, à partir du moment où on laisse s’effriter le travail à la fois dans ce que ce qui peut porter de matériel, c’est à dire que les gens puissent vivre de leur travail, eh bien en vivre, mais aussi qu’ils puissent bien le vivre. Et là c’est quasiment une valeur spirituelle du travail. Je pense que si pendant un demi siècle on laisse écraser et humilier, ça en fait c’est la société qui s'écroule. Et je pense que. Alors, tu sais, moi le vivre ensemble par exemple, je trouve que c’est dur quand c’est du slogan de premier communiant. Bon, c’est plutôt qu’est ce qu’on a à faire ensemble, qu’est ce qu’on a à faire ensemble pour l’avenir et faire ensemble pour l’avenir ? Ça veut dire quand même que, au cœur, il y a la question du travail. Je le répète, que ça soit du travail salarié ou du travail bénévole, ou un entre deux qui sera à construire après, qu’est ce qu’il y avait comme il y avait.
David Dufresne
Bernard Friot et le Réseau Salariat ?
François Ruffin
Bernard Friot que j’ai déjà rencontré plusieurs fois. On était arrivé au fait que parce que quand il dit voilà, il faut du salaire à vie et ainsi de suite. Moi la question c’est comment quand je vais dans ma Picardie ou ailleurs, je porte la question de cet horizon qu’est le salaire à vie avec des gens qui sont un peu au mur,on en est arrivé à la réflexion qu’il fallait finalement des espèces de tracts biface avec d’un côté ce qu’il y avait à faire immédiatement, c’est à dire le premier pas, et sur l’autre face qu’elle pouvait être l’horizon. Et grosso modo, c’est ma démarche générale, c’est comment on montre aux gens.Parce que enfin, mon quotidien, quand je suis chez moi, c’est quand même rencontrer des gens qui sont dans la mouise relativement immédiatement. Et donc de dire voilà le premier pas qu’on est découragé. La résignation a quand même gagné le pays. Qu’est ce que c’est le premier pas qu’on pourrait faire ensemble. Et je pense que peut être qu’une fois qu’on aura fait un pas, puis un autre pas, puis un autre pas, il y aura la volonté de relever son nez et d’aller vers un horizon, l’horizon pouvant être le salaire à vie. C’est comme la sécurité sociale de l’alimentation. Je pense que c’est une super belle idée, mais faut déjà qu’elle existe un peu pour que les gens ou beaucoup pour que les gens se mettent à y croire. Parce qu’il y a. Ce que j’aime bien Bernard Friot, c’est la notion de déjà là, c’est à dire qu’il y a du, il y a du déjà là, dissident, il y a du déjà là constructif, il y a du déjà là solidaire dans la société et en fin de compte, il faudrait s’appuyer dessus et l'étendre comme bonjour.
David Dufresne
C’est Fluxus, vivre ensemble versus faire ensemble. Alors entendre Mr Ruffin sur les questions d’immigration, de frontières, de travail, des sans papiers serait super. Il est venu à Busco, près de Calais, pour communiquer. Je l’ai trouvé très évasif sur ces sujets, s’est contenté de dire qu’il fallait faire appliquer les accords de Dublin. A t il d’autres considérations sur le sujet aujourd’hui ? Merci. Alors pourquoi je relève cette question ? C’est parce que beaucoup de. Tu sais bien qu’il y a beaucoup de critiques dans le chat. Beaucoup de gens te reprochent de te battre contre le RN uniquement sur la question du travail, la question sociale, la question du travail et pas du tout sur la question du racisme, de l’immigration. Tu sais que ça revient ? Je ne sais pas si on te pose frontalement la question et quelle est ta réponse par rapport à ça.
François Ruffin
D’abord, je me suis positionnée pendant la loi immigration. Je n’ai pas fui le débat, j’y suis allé, j’y suis allé franchement, notamment. Enfin, la question c’est comment on fait pour regagner, pour construire une majorité dans le pays et donc pour construire une majorité dans le pays ? Il faut qu’on se sente reconnu largement dans le projet qui est porté. Par exemple, sur la question de l’immigration, je considère qu’aujourd’hui que tous les gens qui travaillent dans notre pays doivent avoir la possibilité de vivre, que même toutes les personnes qui sont aujourd’hui dans notre pays doivent avoir la possibilité de travailler. Évidemment, il y a des passages sur les premiers à être touchés par le mal travail. Aujourd’hui, ça va être quand même beaucoup. En fait, c’est des gens qui sont en situation, qui cumulent les fragilités. Donc compter par exemple dans les agents d’entretien, c’est quand même le cumul de femmes populaires et racisées et donc se battre contre le mal travail, je considère que c’est se battre pour relever le statut, en premier lieu des racisés dans le pays. Et pour moi, ma conviction, c’est que l’intégration dans notre pays, elle s’est toujours faite par deux biais : le premier billet qui est la langue, le deuxième biais qui est le travail. Et donc ça veut dire que toute personne qui est là sur le territoire français, on doit lui offrir ces deux outils là de manière inconditionnelle.On doit l’aider à avoir ces deux outils là. Premièrement, la langue, ça veut dire de l’aide à l’apprentissage de la langue. En fait, il y a plein de gens qui apprennent la langue, non pas dans des bureaux, dans des classes, mais qui la l’apprennent en étant en situation, en faisant ensemble. Et la deuxième chose, c’est le travail, c’est la possibilité d’accéder au marché du travail. Et pour des tas de gens pour qui cet accès au marché du travail est compliqué, je pense que j’ai. J'étais dans cette histoire d’entre deux. Je pense qu’il y a des postes dans les cantines, il y a des postes pour faire auxiliaire de vie et ainsi de suite qui relèvent pas du marché du travail, mais qui relèvent finalement d’une aide à vivre dans la société et pour lequel on doit permettre, pour moi toutes les personnes qui sont sur le territoire français de travailler..
David Dufresne
Mais pour autant, tu ne portes pas ces questions là, tu ne les considère pas comme prioritaires. Je considère que là, par exemple, je te ressors évidemment cette fameuse phrase que j’ai vue, je ne serai pas là.
François Ruffin
C’est foutu. Alors après, sur le rapport à la religion, peut être que les choses sont plus complexes pour moi, puisque c’est une manifestation non pas contre le racisme auquel j’irais sans difficulté, mais une manifestation avec quelque chose de religieux, ce qui pour moi est davantage le problème, c’est évident. En revanche, se dire que j’ai quand même écrit des bouquins sur les quartiers populaires d’Amiens. Mon premier temps a été sur les quartiers populaires d’Amiens. Et à voir très concrètement ce que signifient les discriminations subies par les gens. Maintenant, j’aimerais ça. Je ne vais pas juste au cœur de ça. Mon objectif est qu’on soit majoritaire dans le pays. Ma blessure est que, sur plein de thèmes, on est déjà majoritaire dans le pays, y compris sur la question du racisme. Les gens ne veulent pas, on veut, eux veulent pas massivement qu’il y ait un développement du racisme dans le pays. Je pense que la question clé pour moi est la question de l'égalité. L'égalité qui est au cœur du triptyque républicain liberté, égalité, fraternité. Aujourd’hui, l'égalité, elle doit valoir pour tous les jeunes qui sont dans les quartiers ou qui sont dans les campagnes.Or, on a une inégalité à l’endroit des quartiers populaires. On a une inégalité à l'égard de l'école. Il y a moins de moyens qui sont mis pour les jeunes qui sont en quartiers populaires que pour les jeunes qui sont ailleurs. Et en fait, quand je suis dans mon coin, c’est la grande souffrance des parents de se dire que l’issue pour leur enfant, elle va être bien compliquée par l'école. Il y a une inégalité au niveau du logement parce qu’une fois que t’es dans un quartier populaire, eh ben ça se referme et c’est bien difficile d’en sortir. Une inégalité, par exemple, par rapport à la police. La question de la police n’est pas une question que je fuis puisque je t’ai proposé de passer là dessus. Absolument. Je t’ai proposé de passer l’heure dessus, j’ai rédigé un rapport dessus, j’ai rédigé.
David Dufresne
Tu m’avais même dit auditionner.
François Ruffin
Oui, je t’ai auditionné pour un bouquin dessus et je pose au cœur de la fin en tout cas, l’un des points. Si j’avais à poser une mesure en matière de police, une mesure immédiate qui ne serait pas une mesure de restructuration de la police, ce serait un moratoire, au moins un moratoire sur les contrôles d’identité. Si tu regardes ce qui s’est passé encore à La Courneuve avec ce jeune homme qui est mort vraisemblablement. C’est d’abord par une demande de contrôle d’identité que naît le drame. Et donc, moi, je suis pour un moratoire sur les contrôles d’identité parce qu’il est prouvé par les sociologues, notamment par Sébastien Roché, que dans la police française, il y a deux biais aux contrôles d’identité par rapport aux polices espagnoles, allemandes et ainsi de suite. La première chose, c’est qu’on fait beaucoup plus de contrôles d’identité qu’ailleurs. Et la deuxième chose, c’est que ces contrôles d’identité se font beaucoup plus au faciès en visant des minorités qu’ailleurs.Donc hors un contrôle d’identité pour en avoir subi. Et pourtant, tu vois, je suis blanc et ainsi de suite. Et donc j’imagine que je ne sais pas, que j’imagine, c’est que je sais, j’ai dix fois -20 fois moins à le subir quand j'étais jeune que d’une personne racisée. C’est extrêmement violent. Tu te balades dans la rue, tu n’as rien fait, tu n’as rien à te reprocher. On vient te chercher, on te fait écarter tes jambes devant ta femme, devant tes enfants, devant tes copains et on commence à te fouiller. Et c’est pas comme si ça arrivait une fois, ça peut t’arriver deux ou trois fois dans la semaine. Tu vas au foot, on t’emmerde avec ça. Et donc je pense que voilà, elle est là et donc ça produit un sentiment d’inégalité, un sentiment d’exclusion, un sentiment de mise en marge de la société. Et moi, mon objectif, c’est de rassembler la société. C’est, je te l’ai déjà dit, mon raisonnement dans la durée. Je pense que la gauche, elle gagne quand elle arrive aujourd’hui à résoudre un double divorce qui est un divorce entre les classes intermédiaires et les classes populaires, et un divorce interne aux classes populaires. Entre en gros les classes populaires des quartiers d’origine immigrée et les classes populaires des campagnes et nous, on doit rassembler tout ça, mais sur une base. Pour moi, c' est la question de l'égalité.
David Dufresne
Non, je te laisse, je te laisse respirer. Il ne vous reste que neuf minutes sur merder, parce que là, il faudrait passer à la joie militante. Mais alors après ce que tu viens de dire, je me dis on y va, on n’y va pas. Il y a tant de Séverine qui te dit Pensez vous comme elle ? " Je pense que c’est Michaël Foessel que le plaisir et la joie sont une force révolutionnaire et que ça manque à gauche. Parce qu’en fait, voilà, on a, on a, on a un peu discuté avant l'émission et tu m’as dit que ce serait bien de parler de ça en tout cas.
François Ruffin
Enfin, je dirais que aujourd’hui c’est comme s' il fallait un plombier à la France ou un plombier, au moins la gauche, C’est-à dire qu’il y a un problème de débouchés. Tu vois qu’il faudrait un débouche chiottes et du Destop parce que quand t’as des millions de personnes qui sont dans la rue l’année dernière sur les retraites et y compris dans des coins comme les miens, il y a des endroits où normalement tu n’as pas une manif depuis 20 ans dans des petits bleds tout ça. Non. Il y a un malheur, je pense. Il y a un malheur à gauche parce qu’il y a une absence de débouché politique derrière. Tout Le mouvement social réclame un débouché politique. Tu sais, 80, pour moi, c’est le débouché politique tardif de mai 68 95, débouche sur des 195, débouche sur la gauche plurielle de 2017 et 2018.On a un grand mouvement sur les retraites contre Sarkozy, ça débouche sur Hollande 2012. Ça veut pas dire qu’on est d’accord avec tous les débouchés qu’il y a, mais aujourd’hui, il y a comme le sentiment que, à la fois, il y a quelque chose qui peut exister dans le pays. Il y a comme une envie dans le pays et que tout ça ne trouve pas un débouché. Et ce ciel bouché, un commercial basé lourd, qui pèse comme un couvercle, là, mais mais participe à une forme de malheur. Donc je pense que d’une part, il y a quand même la nécessité aujourd’hui de construire un débouché politique et que la seule issue pour les gens qui ne vont pas bien dans le bloc central libéral, qui se sentent étouffer et ainsi de suite, ça ne soit pas le bloc national autoritaire. Et je pense que ce contexte là, mais politiquement, est quelque chose qui est de l’ordre du spleen, du découragement dans le cœur des gens.Moi, j’ai mené ma première campagne en disant mon adversaire c’est c’est pas seulement la finance, mais c’est surtout l’indifférence. Et je pense qu’on a un combat à mener en effet, contre l’indifférence. C’est pour ça que quand tu disais tout à l’heure sur les émotions, je disais l'émotion, elle est motrice, donc il faut s’appuyer sur les émotions. Moi je demande toujours à ce qu’il y ait une fanfare qui soit présente à mes meetings par exemple. Il est évident que aujourd’hui, on doit avoir la gauche triste qui fait des tracts en noir et blanc, qui répètent toujours les mêmes trucs avec des ismes partout. Enfin bon, tout ça.Tu crois qu’une morale et tu es bien, il nous faut. Oui, malgré tout. Tu sais, Gramsci, c’est le pessimisme de la lucidité, l’optimisme de la volonté et malgré tout ce qui va mal, le climat, le machin, le social, les quartiers, la police, tout ce que tu veux. Malgré tout ça, je pense qu’il nous faut basculer. Qu’est ce que c’est le débouché ? Qu’est ce que c’est ? Et l’incarner si possible avec de la joie. Je ne sais pas si j’ai réussi ce matin.
David Dufresne
Ce matin ? Ce matin, c’est loupé. Bah oui, mais le gars, il arrive avec un bouquin sur le travail. Il voudrait qu’on parle de la joie militante difficile.
François Ruffin
Tu sais, il y a un bouquin qui m’avait marqué pas mal qui marque, mais l’histoire d’un Allemand de Stéphane Haffner où il raconte un jeune, un jeune homme dans les années 30 en Allemagne. Et il raconte la montée du nazisme, lui qui était étudiant en droit, il revient sur ça. Comment ça s’est installé ? Il dit ça, c’est moi. Installé par une volonté du peuple d’aller dans le nazisme qui dit qu’ils ont sombré par millions dans la dépression. Et je pense qu’aujourd’hui on comprend rien au pays si on n’y place pas au cœur le mot peur et une forme de dépression. Il y a une dépression qui est installée dans le pays, donc on doit être antidépresseur. Mais je suis désolé de pas avoir porté ça ce matin, mais on doit être antidépresseur..
David Dufresne
Edwy Plenel dénonce le présidentialisme en France. Qu’en pensez vous ? Comment un présidentiable compte y échapper ?
François Ruffin
Moi aussi, je veux dire depuis Mitterrand et le coup d'état permanent maintenant, le premier qui s’est installé dans le présidentialisme ayant été quand même à l'époque François Mitterrand, comment je compte y échapper ? Bon. Déjà, tu sais, il y a le petit pas et il y a l’horizon. L’horizon, c’est sortir de cette cinquième République et remettre de la démocratie parlementaire à l’intérieur, mais sans doute aussi des modes d’interpellation beaucoup plus directs. Et le premier pas que je vois, moi, le pas qui est mûr, il y a des choses qui sont mûres : le référendum d’initiative citoyenne. Je ne dis pas que ça soit l’alpha et l’oméga, mais je pense que c’est un outil maintenant à rajouter dans la boîte à outils démocratique, à un moment où le suffrage universel est au suffrage universel des femmes.Pour moi, le temps est venu d’au moins avoir le référendum d’initiative citoyenne. Je sais que j’ai moins envie de faire des très grandes promesses que de dire que qu’on a pour objectif la victoire de la gauche sous six mois. On a le référendum d’initiative citoyenne qui permettra à tous, tous les Français de dire voilà, je demande à ce qu’il y ait un référendum sur tel et tel sujet pour revoir la Constitution, pour révoquer les élus, pour enfin et que ça soit l’outil, le nouvel outil qu’on mette entre les mains des Français. Et je pense que là, vraiment, le pays est vraiment mûr. Il y a 80 pour 100 des Français qui sont pour le référendum d’initiative citoyenne, le vraiment le pays est vraiment mûr pour bousculer les élus parce que les députés n’en veulent pas, les sénateurs n’en veulent pas, les ministres n’en veulent pas. Le président de la République n’en veut pas. Faire monter une espèce de bouchon comme ça, de couvercle qui est mis. Et je pense que là, en tout cas, la mesure à mettre en œuvre le plus vite possible, c’est le référendum d’initiative citoyenne.
David Dufresne
Donc tu dirais le RIC c’est moi.
François Ruffin
Non je n’irai pas, le RIC c’est moi. Je pense qu’on peut dire aujourd’hui que le RIC c’est nous. Je pense qu’on peut dire aujourd’hui que le RIC c’est fort, mais je le pense vraiment parce qu'à la limite je te dis je me suis pas positionné moi d’emblée sur les questions démocratiques. Je considère que la Révolution française a débouché sur une question démocratique et sur la naissance de la République. Mais la Révolution française n’est pas née d’une question démocratique. Elle est née de la question sociale et ça a été longtemps ma réflexion.Je tiens à dire que je suis en chemin. Je prétends pas qu’il y a des gens qui me disent surtout changez pas, moi je veux changer, je veux changer sur plein de choses et en l’occurrence sur la question démocratique que j’ai un peu périphérique et que j’ai considéré, qui n'était pas le cœur du truc, parce que les révolutions ou les grands changements naissaient par le biais des masses intéressées à la question sociale et non pas par le biais de la question démocratique. D’une part, je pense que c’est faux.Cette analyse de la Révolution française est en partie fausse parce qu’il y a en vérité eu une fermentation pendant longtemps, pendant un siècle, des lumières du pouvoir qui doit plus être le pouvoir de la monarchie absolue et ainsi de suite, et que ceux qui ont eu ça à l’esprit ont permis que, au moment où il y a eu une crise sociale, il y a un débouché politique, il y a un débouché plus démocratique, il y a un débouché républicain parce qu’il avait fait mûrir ça. Je pense qu’aujourd’hui le fruit est mûr qu' avec ce qui s’est passé sur les retraites par exemple, ayant été la dernière crise anti-démocratique, il est mûr dans l’esprit des Français qu’on a un gros souci sur la gestion quasiment en monarchie absolue. Retour à une forme de monarchie absolue du pays
David Dufresne
Il reste deux minutes. Je suis obligé de te poser une question personnelle. Il s’agit d’un livre qui est sorti. Je suis embarrassé parce que j’ai demandé à l'éditeur le livre. Je n’ai pas pu.Enfin, je n’ai pas reçu. Si le livre de ton ancienne compagne et compagnonne de route à Fakir, Johanna Silva, qui grosso modo explique que c'était. Il y avait un côté boys band dans Fakir et qu’elle vivait sous ton emprise. Je suis obligé de te poser la question qu’est ce que Qu’est ce que tu penses de ça ?Elle t’a fait lire le livre, elle a modifié quelques passages.Il y a un article du Monde qui donne envie de lire le livre en parlant de politique, en disant que l’intime et le politique sont liés. Et puis il y a d’autres articles qui donnent moins envie de lire le bouquin. On a l’impression qu’on est dans une affaire plus privée qu’autre chose.
François Ruffin
Moi, je considère que c’est une affaire privée et je suis évidemment mal à l’aise avec la mise sur la place publique d’une bonne part de ma vie privée maintenant. J’ai l’un des verbes qui est le verbe exprimer. Ça veut dire pousser dehors. Je pense qu’il est toujours bien quand les salariés poussent dehors ce qu’ils ont en eux. Quand on pousse dehors ce qu’on a en soi. Johanna avait manifestement des choses à pousser dehors, à exprimer et je trouve d’une part bien qu’elle l’ait fait, d’autre part, je te l’ai dit, moi j’ai pour objectif de faire mieux. J’ai pour objectif de faire mieux sur un certain nombre de thèmes que j’ai peu abordés, que j’ai négligé dans mes années de journaliste reporter engagé, et j’ai pour objectif de faire mieux aussi pour ce qui est de la gestion de ce qui est de mon intimité, où je prétends pas avoir été parfait.
David Dufresne
Je me suis planté. On dit pas boys band mais boys club. Oui, je suis con. Voilà. L’intime et politique, l’intime et politique, répète le tchat. Voilà, je vais lire le livre et puis. La prochaine fois, cela prendra plus de temps.
François Ruffin
Ben oui, mais tu sais, j’ai quand même un nom.
David Dufresne
C’est super que tu viennes là.
François Ruffin
On nous demande d’avoir un espèce de don d’ubiquité à être toi. J’ai une boîte qui ferme chez moi. Enfin voilà, j’ai encore une boîte qui ferme malheureusement. Enfin, on ne se bat guère depuis des mois et des mois pour qu’elle ne ferme pas. Enfin, on doit être à dix endroits en même temps.
David Dufresne
Le l’ultime question est la question rituelle.Mais qui ? Qui ? Pas il y a deux ans Et qu’est ce qu’on a fait ici pendant qu’il y a de l’eau, là ? Si tu es ici, si tu veux. Qu’est ce qu’on a fait ici pendant 1 h ?
François Ruffin
On a pris un café. D’une part, j’ai découvert franchement tout. Jamais je n’avais vu un studio de cette nature là, avec un auto entrepreneur qui manipule tout en même temps. Je pense que j’ai eu beaucoup de trucs qui ont défilé devant moi et. Et voilà quoi. Bon, et puis on a échangé un peu à bâtons rompus comme.Mais bon, pour moi ça fait partie d’une forme de plaisir de la conversation. Merci beaucoup. Merci à toi David.
David Dufresne
Merci. Je coupe les micros, je laisse les caméras et je vous raccompagne. Voilà,merci beaucoup,les amis, je reviens dans quelques minutes, le temps de me refaire un petit café.

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