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Gaza, la faillite des médias

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis des streams qui déconnent, amis de la police, amis du café, Bonjour Meriem, Laribi comment ça va ?
Meriem Laribi
Bonjour David, merci de m' recevoir, ça va, ça va pas très très bien avec ce qui se passe à Gaza
David Dufresne
Tu es là pour parler justement de Gaza et de ton livre Ci-gît l’humanité (Éditions Critiques),Gaza, le génocide et les médias ». Quelques semaines après le 7 octobre, tu t’es fait accréditer au point presse de l'Élysée. Dans ce livre, tu racontes comment semaine après semaine le service, les services du président et certains de tes confrères et de tes consœurs ont tenté de te museler. Au-delà de ton expérience, ton essai démonte le traitement médiatique de la guerre en Palestine et pointe du doigt un biais systémique comme en sous-couverte de neutralité, la presse occidentale a validé un récit tronqué, invisibilisé les victimes palestiniennes, normalisé l’inacceptable. Meriem, tu es journaliste, notamment pour Le Monde Diplomatique Orient 21, et tu es donc convoqué pour la deuxième fois au poste. Puisque tu étais déjà venu, tu avais fait une apparition il y a 2, 3 ans lors d’un débat autour de Julien Assange parce que tu participais, tu participes au collectif de soutien d’Assange. Est-ce que la deuxième prise est meilleure que la première ?
Meriem Laribi
Je vais juste mettre deux petites précisions, c’est que je suis journaliste indépendante, donc j'écris régulièrement pour différents médias, donc je ne suis pas en poste pour reprendre des termes d’ici, ni au Monde diplomatique, ni au Orient 21 j'écris pour différents médias et tu disais qu’au fil des semaines comment des confrères ou les services de presse de l'Élysée ont tenté de me museler, je trouve que le terme est un peu trop fort par rapport à la réalité de la situation parce que je peux toujours y aller et je ne suis pas interdite, il y a des confrères qui ont été bannis complètement de l'Élysée. Moi, ce n’est pas mon cas, je peux y aller, etc. Mais oui, et puis je ne suis pas la seule, surtout, à avoir été… On va en parler, je pense, dans le détail. On va en parler, on va en parler. Muselée, c’est un peu trop fort par rapport à la réalité de la situation. Disons que j’ai ressenti des pressions Oui, un mécontentement par rapport Pas seulement ma présence, mais notre présence, avec notamment un autre confrère, Cemil Şanlı, que tu connais peut-être, il travaille au Média, qui est maintenant journaliste indépendant. Et notre présence a dérangé, Il fait vraiment partie de l’histoire, vraiment, il fait partie complètement de l’histoire et à son arrivée, oui, ça a rajouté un élément qui a fait que lui posait plus en général des questions sur des questions nationales, de politique nationale, et sa façon de faire à 2000, il est toujours très piquant, poil à gratter, toujours avec le sourire mais à ne pas lâcher les porte-paroles, toujours à relancer, etc., et oui, cette nouvelle façon de faire à l'Élysée à perturber le ronron dans lequel ils étaient, de l’aveu même de certains confrères journalistes honnêtes qui ont été sympas avec nous, qui a été sympa avec nous parce qu’en fait il n’y en a qu’un. et qui nous a dit qu’on avait un peu perturbé un espèce de ronron à l'Élysée où les gens allaient poser des questions sans attendre de réponse réellement alors que nous on est arrivés et on attendait réellement des réponses.
David Dufresne
Alors on va rentrer dans les détails parce que c’est vrai que ton livre, le gros du livre, 90 % du livre, c’est ce qui s’est passé à Journal de Bord. Alors moi, j’ai cru que tu l’avais écrit au fil des jours, puisque c’est mois par mois, année par année. Mais en fait, tu m’expliquais juste avant l'émission que tu l’as écrit d’un G, mais tu avais pris des notes, en fait, au fur et à mesure. Alors qu’on a vraiment l’impression que…
Meriem Laribi
Oui, en fait, les deux sont vrais. En fait, ce qui s’est passé, c’est qu'à partir du 7 octobre 2023, moi, j’ai été pigiste, indépendante. Avant, j'écrivais beaucoup plus sur des questions qui étaient relatives à l’affaire Assange, à l’Amérique latine. Et puis, à partir du 7 octobre, je comprends très rapidement qu’on va au-devant d’un grand massacre, d’un génocide. Et je ne peux plus me concentrer sur autre chose que sur ce qui se passe à Gaza. Et je continue, bien sûr, à écrire des articles pour les médias avec lesquels je travaille, j’ai réalisé un documentaire sur Gaza, mais j’ai besoin de faire plus et donc je publie beaucoup d’informations. sur les réseaux sociaux, et notamment sur X, anciennement Twitter. Et donc, chaque jour, j’ai publié des informations qui me venaient des journalistes palestiniens de Gaza ou des médias internationaux, en anglais ou en arabe, comme Al Jazeera, etc., des informations qu’on voyait pas ou trop peu, et pour certaines, pas du tout, dans nos médias français. Et donc, au fur et à mesure du temps, ça me suffisait plus, je me sentais inutile, j’avais l’impression que la profession.. J’avais vraiment le sentiment que la profession était en dessous de tout par rapport à ce qui se passait à Gaza, qu’on ne nous donnait pas à voir même pas 10 % de ce qui se passait à Gaza. Et donc, j’ai décidé d’aller, il y a eu un événement particulier que je raconte dans le livre qui a fait que j’ai décidé d’aller moi-même à l'Élysée et puis au Quai d’Orsay assez rapidement, quelques semaines après au Quai d’Orsay, donc je passais le mercredi à l'Élysée et le jeudi au Quai d’Orsay pour aller interroger les porte-paroles du gouvernement sur ce qui se passait à Gaza et les confronter à la situation et leur dire qu’est-ce que vous faites par rapport à ça. Et c’est comme ça que je me suis fait un peu connaître sur le réseau X, j’ai gagné des abonnés. et une proche de l'éditeur des éditions critiques lui a recommandé ma personne en lui disant « Pourquoi tu ne publierais pas cette journaliste ? » et donc il est venu me proposer d'écrire un livre sur Gaza. Et au format que je voulais et à ce moment-là, je me suis dit « Qu’est-ce que moi je peux apporter par rapport à tout ce qui a déjà été écrit ? » et je me suis dit que j’allais reprendre le fil de mon compte Twitter, en fait. et j’ai commencé à compiler toutes les informations qui étaient dans mes tweets depuis le 7 octobre. à partir du mois de juillet et c’est en septembre réellement que je me suis mise vraiment à la rédaction du livre et j’ai fini fin décembre donc ça a été une écriture intensive et au départ j'étais partie pour faire un journal de bord, c'était ça mon idée je trouvais que c'était intéressant pour montrer un autre point de vue, le nôtre, celui qui se place du point de vue décolonisé voilà, re-raconter cette histoire avec une tonne d’informations qui sont pas parues dans les médias dominants Et de notre point de vue, donc au départ j'étais partie sur vraiment un journal, 7 octobre, 8 octobre, 9 octobre, etc. et pendant un an. C'était vraiment une entreprise titanesque que j’avais entrepris, mais assez rapidement je me suis rendu compte que vraiment au jour le jour, ça devenait illisible parce que les massacres se répétaient et à la fin vous ne pouvez pas lire en fait. Et comme m’a dit mon éditeur, c’est pas… Tu n'écris pas un dossier pour la Cour internationale de justice, tu écris un livre. Donc voilà, on est restés sur l’idée du journal, quand même. Donc comme tu as dit, les mois, c’est octobre, novembre, décembre, janvier. Donc ça part d' octobre à octobre, même si je déborde un peu, vu que le livre est parti à l’impression là en janvier 2025. Juste le jour de l’annonce du cessez-le feu. de l’accord de cessez-le-feu, en tout cas, c’est ce jour-là que le livre partait à l’impression. Donc j’ai vraiment écrit jusqu'à la dernière minute. Et donc les chapitres, c’est effectivement les événements principaux qui se déroulent à Gaza et dans le monde en relation avec Gaza. au jour le jour, mais si tu veux, je prends par exemple un événement, Macron qui se rend à Tel Aviv et qui, le 24 octobre, devant son cher Bibi Netanyahou, dit « Israël a le droit de se défendre, c’est une cause juste, point final ». Et donc, par exemple, je vais partir de cet événement et dire « Israël a le droit de se défendre, qu’est-ce que ça implique ? Qu’est-ce que ça veut dire au regard du droit international ? » Voilà, et je vais développer. Donc c’est ça, le livre c’est ça, et je le raconte à la première personne parce que ça m’a semblé quelque chose de pertinent de raconter à la première personne parce que je pense que mon jeu, J.E. et collectif. Je ne parle que de moi quand je dis que je viens d’Algérie, je suis née en Algérie, j’ai grandi là-bas jusqu'à l'âge de 15 ans et j’ai été élevée dans la mentalité anticolonialiste. Je viens de l’Algérie post-coloniale. Quand mes parents sont nés, l’Algérie était colonisée et il était inimaginable qu’elle soit décolonisée. Quand ils naissent et quand ils sont petits, c’est vraiment pas toi,mes parents, oui. Et moi, quand je nais.L’Algérie est déjà décolonisée, donc il peut y avoir un retournement de l’histoire entre deux générations. Voilà, les choses auxquelles on ne s’attend pas.
David Dufresne
Mais précisément, je voulais te demander, d’où parles-tu et page 21, tu viens de le dire, mais j’aimerais quand même que, excuse-moi. J’ai deviné, peut-être. Tout va bien, tout va bien. Un récit résolument anticolonialiste, un point de vue désoccidental, si j’ose dire. Et effectivement, on voit bien que dans ton récit, et là je salue ton éditeur qui a eu raison de te faire reprendre les choses, parce qu’on ne le lit pas du tout C’est vrai que si ça avait été un remix de tweets, ça aurait été un digeste, c’est pas du tout ça. En fait, ton livre nous permet de revivre tous les événements depuis le 7 octobre 2023. ce qui nous fait faire un travail de mémoire et on se demande pourquoi tel événement on l’a oublié, etc. Pourquoi on est passé à côté d’un tel événement, etc. Donc on peut lire ça comme un journal de guerre, finalement, une guerre qui se déroule sous nos yeux, etc. Et dedans, il y a toi. Mais d’où tu parles est très important pour toi. Je viens de citer un petit passage, j’en ai cité un autre tout à l’heure. Ça veut dire quoi, à un point de vue désoccidental ?
Meriem Laribi
Ouais, merci de m’avoir posé cette question.
David Dufresne
Puisque tu oses le dire, tu m'écris « si j’ose dire ».
Meriem Laribi
– Oui, oui, oui, merci de me poser cette question. Mais je vous en prie madame, vous êtes les bienvenus.Il ne s’agit pas de, quand je dis désoccidentaliser, je parle de l’Occident dans le concept politique de l’Occident, il ne s’agit pas, géopolitique, il ne s’agit pas de parler des Occidentaux en tant que peuple, je ne dis pas que je m’extrais de cette population occidentale, je vis ici depuis 30 ans maintenant presque. Et il ne s’agit pas de ça, c’est vraiment au sens géopolitique qui s’oppose au sud global. Moi, je viens du sud global et ma mentalité est plus celle du sud global que celle de l’Occident colonial. Et c’est ça que je veux dire, c’est-à-dire sortir de l’impensé colonial, sortir de ce récit de ce qui se passe en Palestine qui nous est imposé d’un point de vue occidental colonial. Vraiment, c’est un briquet. C’est pour quelqu’un qui vient de là où je viens ou qui pense comme je pense, pas importe, parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont d’origine non-coloniale, qui pensent comme moi, exactement comme moi. C’est-à-dire qui pensent du point de vue du colonisé, du point de vue de l’opprimé. Or, ce n’est pas du tout ce qu’on nous a servi sur les plateaux télé. Et je pense que ça, c’est un point important de ma démarche dans mon livre, c’est de raconter cette histoire du point de vue du colonisé. Parce que ici, ce qui est flagrant, c’est le postulat de départ en France et en Occident en général, je dis en Occident, mais pas partout en Occident. Par exemple, en Irlande, ce n’est pas le cas, en Espagne, c’est moins le cas. Mais en France, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne en particulier, il y a la présentation du conflit et celle-là. C’est-à-dire on parle du postulat qu’Israël est l'État refuge des Juifs, Juifs auxquels on a tellement de mal ici en Europe, et on trouve tout à fait normal de faire payer ce qui a été fait aux Juifs en Europe par des Européens, aux Palestiniens. Et c’est ça qui est pour nous sidérant, c’est-à-dire qu’ils considèrent tout à fait normal, et d’ailleurs vous remarquerez que même des médias, par exemple, j'étais très étonnée, enfin très étonnée, pas vraiment en fait, mais même des médias ou des politiques qui se considèrent, disons, de gauche, tendent à défendre, dans une situation comme celle-là, qui est pourtant claire, Le colon et le colonisateur en même temps, ils vont dire que les palestiniens ont le droit d’avoir un État Voilà, je défends les deux en même temps
David Dufresne
Mais ça veut dire quoi ? Tu penses qu’Israël ne devrait pas exister ?
Meriem Laribi
Alors ça, c’est la question qui tend à te tétaniser, à t’intimider, etc. C’est une question importante. Justement, par exemple, dans un communiqué du Monde dans lequel ils étaient répondus au Figaro, dans lequel avait été écrit un article pour leur dire « Vous êtes trop pro-palestinien ». Et le communiqué du Monde dit « Attention, nous sommes très attachés à l’existence d’Israël ». Ça, c’est très important Pourquoi ils ont besoin de préciser ça ? Qu’est-ce que ça veut dire être très attaché à l’existence d’Israël ? Si c’est être attaché à l’existence des Israéliens, à la présence d’une communauté juive en Palestine, moi je n’ai aucun problème avec ça. En plus la présence de la communauté juive en Palestine, elle est ancienne, comme celle des autres religions là-bas. C’est ça qui est important. Il faut être attaché à ça, bien sûr, à cette présence, au droit à cette présence, etc. Maintenant, quand on dit, on est attaché à l’existence de l'État d’Israël. Or, l'État d’Israël, du point de vue des Palestiniens, depuis le premier jour, depuis 1948, ce n’est qu’une histoire, du point de vue Palestiniens, ce n’est qu’une histoire de spoliation, de nettoyage ethnique, de massacre, d’apartheid et maintenant de génocide. Donc, être attaché à un État colonial, l’exprimer comme ça, pour moi, c’est… Ça n’a pas de sens. Il faut être attaché, bien sûr, à la présence de toutes les communautés, mais pas dans un contexte colonial. Il faut que les Israéliens cessent de se comporter comme des colons, qu’ils acceptent de vivre à égalité avec les Palestiniens. Et pour moi, ça, c’est la base, en fait, et dire. que je suis attachée à l’existence d’Israël, c’est quelque chose qu’il faut vraiment appeler les gens qui disent ça, à préciser de quoi tu parles, en fait. Si c’est l’existence des Israéliens, on est tous enfin, j’espère, c’est pas un sujet, tu vois ? Mais l’existence d’un état colonial, pour moi, ça résonne comme je suis attachée à l’existence de l’Algérie française. C’est ça qu’il faut comprendre, que de notre point de vue, enfin de mon point de vue en tout cas, c’est ça que j’entends. C’est-à-dire, les Israéliens ont le droit de coloniser cette terre et de se comporter en colon. C’est ça le truc ! Moi, qu’ils soient sur cette terre et qu’ils vivent en égalité avec les Palestiniens ne me pose aucun problème. Il faut définir les choses et on te lance ce slogan. Excuse-moi, parce que c’est quand même important. Bien sûr, bien sûr. C’est important et c’est un sujet délicat que je ne voudrais pas. Je ne voudrais pas être mal comprise. Il faut vraiment définir, c’est à ceux qui disent qu’ils sont attachés à l’existence d’Israël de s’expliquer sur ça. Parce que qu’est-ce que tu me dis ? C’est comme si tu disais que je suis attaché à l’existence de l’Algérie française.
David Dufresne
Il se trouve que ça revient à la mode l’Algérie française, tu vois ?
Meriem Laribi
Ouais, j’ai remarqué, j’ai vu un tweet de Zemmour d’ailleurs, j’ai répondu ce matin, en disant, bravo.
David Dufresne
Je ne nie pas la dimension religieuse de ce qu’on appelle le conflit israélo-palestinien écris tu page 199, mais je la rejette. Au regard des 76 ans d’histoire de la Palestine occupée par Israël, le discours religieux est d’ailleurs moins prégnant du côté de la résistance palestinienne, qui a longtemps été dominé par le courant laïque, jusqu'à ce qu’Israël favorise le Hamas, comme nous l’avons déjà vu écrit, et ça on va sans doute y revenir, pour mieux se choisir un ennemi qui colle aux clichés islamophobes de l’Occident et à une époque où nous sommes tous traumatisés par la barbarie du terrorisme islamiste type GIA, Al-Qaida ou Daesh. Je cite ce passage parce que ça n’est pas qu’un journal de bord, c’est aussi un point de vue des autres.
Meriem Laribi
Anticolonial en fait, c’est plus simple, le mot est plus simple et c’est vraiment ça le terme.
David Dufresne
Alors, tu reviens donc sur les événements. Ce qui est absolument prodigieux, c’est de voir à quel point, même quand on s’intéresse, quand on est concerné par le conflit, on a une forme de cécité, on a des points aveugles et puis on a un problème de mémoire. C’est quand même fou. Moi aussi.
Meriem Laribi
Moi aussi. Parfois, je suis amenée à relire des passages du livre et je me souviens « Ah oui, il s’est passé ça, ah oui, Tel a dit ça. » On ne peut pas se souvenir de tout, il s’est passé tellement de choses en une année horrible, tellement de déclarations horribles, tellement d'événements horribles que c’est impossible de garder ça frais dans sa mémoire.
David Dufresne
Et justement, page 37, tu poses la question parce que non seulement il y a eu des atrocités depuis cette guerre, mais il y a eu aussi des mensonges, des fake news qui d’une certaine manière sont plus restés dans la mémoire collective. que des événements réels, et tu poses la question des fake news, c’est page 37, je trouve que c’est une excellente question que tu poses, pourquoi diffuser ? Bon là, parmi les fake news, il y a les 40 bébés
Meriem Laribi
Les 40 bébés décapités, les femmes éventrées, il y a eu des histoires absolument abominables racontées qui étaient totalement fausses et qui ont circulé pendant des mois et qui sont toujours en ligne dans les comptes officiels des officiels israéliens ou des médias israéliens et même des journalistes ici français.
David Dufresne
Donc là on parle de l’attaque du 7 octobre 2023 où tu dis pourquoi diffuser de fausses informations quand les vraies, c’est-à-dire l’attaque en tant que telle, voilà.
Meriem Laribi
Elle est déjà suffisamment horrible.
David Dufresne
Exactement, c’est exactement ce que tu as écrit, dis donc, c’est bientôt que tu as écrit des sons déjà suffisamment horribles. Et ça je trouve que c’est un point de vue très intéressant. Comment tu expliques ça ? Pourquoi il y a ce besoin de surenchérir, d’aller encore au-delà des atrocités qu’il y a pu y avoir ?
Meriem Laribi
Ça, Enzo Traverso, que tu as reçu, il l’explique très bien, c’est-à-dire, il s’agit toujours de montrer le visage le plus barbare de l’ennemi, en fait, pour mieux le déshumaniser et pouvoir, après, ensuite mener une attaque. bien plus importante en fait, une vengeance totale. Il s’agit de déshumaniser totalement l’ennemi, de dire qu’il s’en prend à des bébés, qu’il décapite des bébés, qu’il viole en masse, etc. pour, après, justifier ce qui s’est passé après le génocide. Je ne vois que ça Pourtant c’est évident, en plus ça tend à décrédibiliser totalement et après il y a des théories du complot qui disent non mais en fait il ne s’est pas passé grand chose, tout est faux, etc. Tout n’est pas faux, bien sûr que l’attaque du 7 octobre, elle était en un bien des égards horrible, mais il n’y a pas besoin d’en rajouter. et en en rajoutant non seulement ils se décrédibilisent mais ils montrent que l’objectif n’est pas tellement la réalité, la vérité de ce qui s’est passé. D’ailleurs on nous a empêché de dire la vérité, la vérité est que l’attaque du 7 octobre elle s’inscrit dans un contexte colonial et ça c'était interdit pratiquement dans les premières semaines de rappeler ça, sans passer pour quelqu’un qui justifie ce qui s’est passé. Expliquer n’est pas justifié, on l’a déjà dit à milliards de fois, expliquer un contexte c’est pas une attaque qui sort de nulle part, qui est ex nihilo, elle est inscrite dans un contexte colonial, ce sont des gens qui étaient dans une prison à ciel ouvert, Gaza, sous blocus pendant 16 ans, voilà.
David Dufresne
Précisément parce que moi je vais prendre quelques exemples de presse étrangère, quand j’ai étrangère par rapport à nous la presse française parce que ton livre est une critique pas personnelle, il y a un ou deux noms de journalistes français mais ce n’est pas ton point, c’est plutôt un système que tu démontes mais on voit bien qu’il y a certains pays ou certains médias qui ont pris des positions beaucoup plus justes. on va dire, mais on pourrait presque dire courageuse par rapport à ce qu’on voit dans l'échiquier médiatique global ici. Par exemple, dès le 8 octobre, tu cites page 33, le 8 octobre 2023, éditoriale du journal de centre-gauche Haaretz qui désigne Netanyahou comme, j’ouvre les guillemets, le responsable de l’attaque du 7 octobre. Je cite le passage, le désastre qui s’est abattu sur Israël et la responsabilité évidente d’une seule personne, Benjamin Netanyahu, le premier ministre qui se tarde de sa vaste expérience politique et de sa sagesse irremplaçable en matière de sécurité, n’a absolument pas su identifier les dangers dans lesquels il menait consciemment Israël en établissant un gouvernement d’annexion et de dépossession, tout en adoptant une politique étrangère qui ignorait ouvertement l’existence des droits des palestiniens. Ça, c’est écrit le lendemain. des attaques terrifiantes.
Meriem Laribi
Dans Haaretz, dans un journal israélien. Si les médias français avaient au moins fait le travail qu’a fourni Haaretz, on n’en serait pas là, on n’aurait pas autant escorté le génocide et couvert au sens de couvrir, de laisser faire en fait ce génocide. Haaretz, qui est un journal de centre gauche, n’est pas non plus le journal le plus radical de gauche qui soit, mais qui a fourni des analyses et des informations bien plus intéressantes que la plupart des médias mainstream français. D’ailleurs, certains sont souvent des sites comme Le Monde ou Libération, site souvent Haaretz dans leur travail. Et oui, on a des éditorialistes chez eux, comme Lidia de Lévis, qui font un travail remarquable d’analyse et puis c’est dans Haaretz qui a été rappelé d’ailleurs dès le lendemain, le 9 octobre, que Netanyahu a déclaré en 2019 quiconque veut contrecarrer la création d’un État palestinien doit soutenir le renforcement du Hamas et fournir de l’argent au Hamas. C’est notre stratégie. C’est-à-dire que pendant des années, Israël a favorisé l’expansion du Hamas pour délégitimer la résistance palestinienne. C’est quelque chose qui est pensé, que Netanyahu réfléchit depuis longtemps, depuis des dizaines d’années. Il s’agissait de décrédibiliser la résistance palestinienne.
David Dufresne
En se choisissant son ennemi, en le favorisant.
Meriem Laribi
Exactement en le fabriquant, en façonnant l’ennemi, parce que ça n’allait pas du tout que la résistance palestinienne est un visage romantique, laïque, anti-colonialiste, façon Che Guevara ou révolution cubaine, tu vois. Il s’agissait de montrer un visage le plus flippant possible, qui correspond aux clichés, disons, voilà, les clichés du terrorisme islamiste, en fait. que ça ressemble à ça physiquement, tu vois. Et du coup, d’ailleurs, tout de suite, immédiatement, ça a été comparé au Bataclan, etc., comme si ça avait un quelconque rapport avec le Bataclan. Et ils sont forts, parce que justement, les mecs du Hamas, quand ils développent un discours islamiste et qui vont au nom de Dieu, ils le disent, je veux dire. Donc c’est vu, quelqu’un qui connaît pas. Ils ne voient pas la différence entre un terroriste du Bataclan et ce qu’il se passe en Palestine et un combattant du Hamas, tu vois. C’est ça qui est terrible et ça, ça a été voulu travailler, renforcer, etc. Ils ont tout fait pour détruire l’OLP.
David Dufresne
Mais tu vois par exemple là, tu viens de dire combattant du Hamas. Certains vont te reprocher ce terme là, en te disant non c’est pas un combattant.
Meriem Laribi
Oui, c’est un terroriste. Oui, je choisis mes mots. C’est-à-dire, ça ne veut pas dire qu’ils ne font pas du terrorisme. Ce qui s’est passé le 7 octobre, en grande partie, a été des actes de terrorisme, clairement, puisque ça a été de la violence aveugle contre des civils. Mais c’est exactement ce que fait Israël, c’est de la violence aveugle contre des civils. Donc je peux aussi dire, à chaque fois que je prononce le mot Israël, « État terroriste ».
David Dufresne
Alors, point de vue désoccidentaliser, dis-tu, et page 39, tu nous rappelles qu’au tout début de la guerre, alors évidemment, on se souvient, Gérald Darmanin interdit toutes les manifestations pro-palestiniennes, anti-guerre aussi, enfin je veux dire voilà, tu dis que tu es présente à la plupart de ces manifestations, Et ce que tu rappelles, c’est qu'à Alger, à Tokyo, à Washington
Meriem Laribi
Ouais, il y a eu des manifs. Après Alger aussi ça a été réprimé à un moment, mais pour d’autres raisons.
David Dufresne
C’est ce que tu racontes après, Alger a été réprimé, mais donc ce que je veux dire, ce que tu rappelles, c’est que ce qui s’est passé en France, cette chape de plomb, cette façon de couvrir chape de plomb, il n’y a pas forcément d'équivalent ailleurs, c’est-à-dire qu’ailleurs, il y a eu des protestations par rapport à la guerre qui est faite aux Palestiniens.
Meriem Laribi
Bien sûr, ouais. Non mais c'était terrible en France. C'était absolument terrible. Pendant presque deux mois, on n’a pas pu manifester légalement. Il y avait des centaines de personnes qui se rassemblaient malgré tout avec leurs enfants, etc. Et puis on avait la BRAV M, les gaz lacrymaux On se serait cru à l'époque des Gilets jaunes à un moment donné. Et ensuite, elles ont été autorisées, mais dans un premier temps, c'était interdit parce qu’il est présenté comme des manifestations de soutien au Hamas, ce qui est totalement faux. Et vraiment, il fallait ne pas être là pour dire ça. Et je cite d’ailleurs, à un moment donné, Macron, qui est interpellé par un gamin dans la rue, qui lui dit pourquoi vous ne nous laissez pas manifester. Il dit non, mais il y a eu un acte terroriste, il a fallu du temps.
David Dufresne
Un délai de décence.
Meriem Laribi
Un délai de décence. Exactement, merci de ne pas rappeler le mot. Et tu vois, par exemple ça, je l’avais oublié, et quand je le lis, je me dis « mais oui, c’est vrai qu’il a dit ça ». Mais quelle indécence de dire ça ! Évidemment. Mais quelle indécence ! C’est-à-dire, il y avait déjà, au bout de deux mois, il y avait combien de dizaines de milliers de morts, donc combien d’enfants. En fait, c’est le suprémacisme qui est en vigueur en Israël depuis 1948 et qui est flagrant là aujourd’hui est entretenu ici en fait. C’est-à-dire attention, il y a eu un attentat contre les Israéliens, on va être en deuil pendant deux mois, vous n’allez pas pouvoir manifester pour les Palestiniens, pourtant il y a 100 fois, 500 fois plus de morts côté Palestiniens, mais il n’y a pas de décence.
David Dufresne
Oui, mais quand tu parles d’un point de vue désoccidental, là je me dis oui, mais si on est juste, en réalité l’Occident n’a pas réagi de manière univoque à cette guerre.
Meriem Laribi
Oui, alors ici, en Allemagne particulièrement, il y a une répression des voix pro-palestiniennes. Après, c’est lié à l’histoire des deux pays par rapport à la Shoah, etc. Aux États-Unis, les gens ont pu manifester, même si on a vu quand même la répression dans les campus, etc. Ce n’est pas non plus des grandes démocraties. Je veux dire, les États-Unis en ce moment, les arrestations de militants, ce n’est pas non plus la panacée. Mais, il y a eu quand même, les manifs n’ont pas été interdites. Ça c’est quand même fou d’interdire des manifestations pacifistes avec des organisations officielles, des associations qui ont organisé ça et d’interdire les manifs, ça c’est quand même fou quoi. Mais après ici, on a comme pris l’habitude depuis les Gilets jaunes, c’est quand même devenu un grand problème, mais c’est toi le spécialiste de la question.
David Dufresne
Erkom te demande, penses-tu que tenir un discours rationnel, comme celui que tu tiens, est la bonne réponse face aux fake news contre la Palestine ? La post-vérité a pour but de se faire plaisir, les gens ne s’intéressent pas à la vérité et aux faits.
Meriem Laribi
Oui, merci pour cette question, je pense que oui, c’est la bonne attitude à tenir, c’est de tenir un discours rationnel et comme il dit aujourd’hui à l'ère de la post-vérité, c’est la vérité devenue comme une opinion, comme les autres, alors que la vérité c’est la vérité. Je veux dire, ce n’est pas quelque chose de négociable et oui, il faut surtout rester rationnel, avoir le courage de rappeler les faits parce que c’est maintenant, c’est un courage de rappeler les faits, des faits simples pourtant. et juste les appeler, on vous stigmatise, on vous dit attention, tu es contre l’existence d’Israël, tu es anti-sémite. Ça devient, les faits deviennent antisémites ou anti… ou voilà, c’est vraiment… Et c’est important parce qu’en fait, il y a une, comment dire, une stratégie de communication israélienne. Ce n’est pas quelque chose qui est improvisé. D’ailleurs, ils ont un nom pour ça, ça s’appelle l’Azbarah. J’en parle dans mon livre.
David Dufresne
On va en parler, on va en parler, page 60 61. d’abord j’aimerais te faire parler.
Meriem Laribi
Attends, je voulais finir de répondre c’est-à-dire, il y a une stratégie de communication élaborée pour comment dire ? A chaque fois que tu parles des Palestiniens, à chaque fois que tu dis ce qu’ils subissent en termes de colonisation, d’oppression, etc., et maintenant de massacre, à chaque fois, tu remarqueras qu’il y a toujours quelqu’un sur les plateaux télé pour prendre le projecteur. Toi, tu l’as braqué sur les Palestiniens en disant « Regardez ce qu’il y a fait aux Palestiniens. » Il prend le projecteur et le braque sur les Israéliens. Comment peux-tu accuser les Israéliens de ce qu’ils font étant donné que c’est des victimes éternelles, absolues. Tu vois ce que je veux dire, c’est que par exemple quand il y a un risque de génocide dénoncé à la CIG, que dit le ministre des Affaires étrangères français immédiatement ? Stratégie de communication, c’est vraiment diabolique, je n’ai pas d’autres mots. Je veux dire, tu dis, il y a un génocide probablement commis contre un peuple. Je prends le projecteur et je dis, accuser l'état juif de génocide, c’est franchir un seuil moral, tu vois ? C’est-à-dire, toi, tu parles de la victime, on te parle des bourrons. On te dit, non, mais comme il est juif, il ne peut pas commettre un génocide. Netanyahou ou Galan, etc. On est sur quelle planète, là, en fait ? Et il te retourne le cerveau. Personne n’a répondu, ça a tétanisé tout le monde, cette phrase. Tu vois c’est très très fort en terme de communication et il n’y a pas quelqu’un qui a dit non en fait c’est commettre un génocide qui est grave qui est franchir un seuil moral c’est pas me dire que Et surtout que quand tu imagines la situation inverse, jamais personne oserait dire une chose pareille, tu vois dans une situation inverse ?.
David Dufresne
Alors, j’aimerais qu’on revienne sur ton livre, mais moi je te répondrai que je crois quand même qu’il y a une dette de l’humanité. Je crois à ça par rapport à ce que le peuple juif a pu subir depuis des siècles, et notamment la Shoah. C’est-à-dire que je pense qu’il y a une spécificité, et je pense, et pour autant, je suis révulsé et révolté parce qu’il peut être fait au nom de cette dette. Actuellement, je ne le supporte pas comme toi, mais peut-être c’est un avis qu’on ne partage pas. Je pense qu’il y a quelque chose.
Meriem Laribi
o Il y a une spécificité, d’ailleurs, Enzo Traverso en parle dans son livre.
David Dufresne
Enzo Traverso qu’on avait reçu au poste, que tu as découvert et à priori tu le vends à tout le monde maintenant. Oui, j’aime bien, j’aime beaucoup, vraiment.
Meriem Laribi
J’aime beaucoup, vraiment très intéressant, je recommande la lecture de son livre, d’ailleurs je l’ai là, je vais le montrer.
David Dufresne
Ben vas-y, voilà, Gaza devant l’histoire.
Meriem Laribi
il y a une spécificité, mais il y a une dette occidentale, exactement. C’est une dette occidentale, c’est ça. C’est-à-dire, il faut comprendre que l’Occident n’est pas le centre du monde, que ici, je peux comprendre qu’il y a une histoire très particulière, etc. Moi, encore une fois, je viens d’Algérie, cette histoire, je n’ai pas grandi avec comme quelqu’un qui serait né en France, mais il y a d’autres massacres dans l’histoire qui ont été à une échelle… tout aussi industriel comme le génocide des Américains natifs en Amérique latine. Moi, j’ai beaucoup travaillé sur l’Amérique latine et il y a eu des génocides là-bas. Bien sûr, bien sûr, oui. Les aborigènes, la colonisation de l’Afrique, l’esclavage, c’est un traumatisme, en fait. Après, le traumatisme de la Shoah, on le partage tous. Mais ce qui est dommage, c’est qu’on ne partage pas les autres traumatismes aussi, en fait. Et puis si on devait fonctionner comme ça pour tout le monde, beaucoup de peuples ont subi du racisme, de l’oppression, des génocides, etc. Et si on devait raisonner comme ça, c’est pas un raisonnement rationnel. Qu’est-ce que tu veux dire quand tu me dis ça, quand tu me dis, c’est spécifique, au moment où je te dis on parle de Netanyahou de Ben-Ghivir, de Smotrich, de Galan, qui sont des fascistes absolus, tu vois ? Et on nous dit, accuser l'État juif de génocide, c’est franchir un seuil moral. Tu te rends compte ? C’est-à-dire, c’est juste parce que c’est vraiment pour tétaniser
David Dufresne
Alors, il y a Charque d’or qui s’en prend à moi, je le comprends. Il y en a marre de cet avis désastreux. Le génocide des Juifs d’Europe n’est pas plus exceptionnel que celui de mes ancêtres. Il y en a marre de cet ethnocentrisme, même à gauche. S’il y a quelque chose d’exceptionnel, c’est la forme d’industrialisation de l’extermination qui est exceptionnelle. Ça n’enlève rien, évidemment, à la saloperie des autres.
Meriem Laribi
Moi d’ailleurs, il y a Beau Bureau. qui dit après je comprends ce que David veut dire, c’est spécifique à l’Europe parce que ça s’est passé sur notre territoire, absolument. Oui, oui. Et la Palestine n’est pas ici. Non, mais bien sûr. Tu vois ce que je veux dire, c’est tout ce que je dis. C’est-à-dire, il y a une dette, etc. Non, mais je veux dire, tu ressens une dette ou une spécificité et tout, j’entends, ça a été horrible, bien sûr, la Shoah, ça a été atroce, épouvantable. Mais on parle de la Palestine, pourquoi les Palestiniens, les Israéliens ont le droit de faire tout ce qu’ils veulent aux Palestiniens, mais vous vous rendez compte de ce qu’ils sont en train de leur faire. Tu vois ce que je veux dire ? Bien sûr. C’est-à-dire que ça n’honore pas cette mémoire, au contraire. Elle est instrumentalisée gravement. pour commettre un crime abominable en Palestine sur le peuple palestinien qui est privé de toute forme de beauté, toute forme de vie, toute forme de quotidien normal. Les Palestiniens ne peuvent pas vivre depuis 1948. Ils peuvent être arrêtés à n’importe quel moment. Leurs enfants peuvent être arrêtés. À partir de 12 ans, un enfant palestinien peut être emprisonné à vie, à perpétuité. Il y a des lois suprémacistes juives. Il y a une soixantaine de lois. Israël n’a pas de constitution. Ce sont les lois fondamentales, qui sont des lois d’apartheid, avec des lois pour les Juifs et des lois pour les Palestiniens citoyens d’Israël. C’est pas normal, en fait, ça n’honore pas cette mémoire, tu vois, et ça n’a aucun sens, c’est ça qu’il faut arrêter. On peut dire que la Shoah a été un crime abominable et qu’il a une spécificité, tout ça, sans associer ça à Israël. Et je crois d’ailleurs que c’est un manqué de respect aux victimes de la Shoah que d’associer ce que fait Israël à ça. Parce que moi, je sais pas, je serais juive, je trouverais ça scandaleux, l’instrumentalisation de toute la souffrance des juifs ici en Europe Et d’ailleurs, il y a beaucoup de juifs qui disent ça.
David Dufresne
Le drame, je crois que c’est d’ailleurs, on le lit à la fin de ton livre, le drame c’est que, j’espère que je ne me trompe pas parce que je lis aussi beaucoup de papiers, etc. Mais il semblerait que quand même les Israéliens de gauche, qui portent plutôt le discours que tu portes là, soient de plus en plus minoritaires par cette guerre.
Meriem Laribi
Minoritaires, c’est-à-dire ?
David Dufresne
C’est-à-dire en Israël.
Meriem Laribi
Ah, en Israël, oui. Ils ont du courage.
David Dufresne
Oui, ils ont un courage dément, mais la pensée, cette pensée là qui existait, la guerre est en train de l’effacer et il y a une espèce de retour en arrière, de suite en avant. de retour en arrière, de suite en avant.
Meriem Laribi
Un sauvagement de la société israélienne, c’est impressionnant. C’est rare de voir autant d’anecdotes totalement flippantes, par exemple des dizaines de médecins israéliens qui signent une pétition pour rappeler au bombardement des hôpitaux de Gaza. Un soldat israélien qui a accusé d’avoir participé à un viol collectif d’un détenu palestinien qui devient un héros en Israël. Des centaines de familles se mettent au point de passage de Gaza pour empêcher l’aide humanitaire de rentrer. Non, ça ne va pas dans cette société, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas. Il y a une minorité extrêmement courageuse à laquelle vraiment je tiens mon chapeau. C’est vraiment extrêmement émouvant la force qu’ils ont de refus de jeunes de 18 ans, de gamins qui font des centaines de jours de prison parce qu’ils refusent d’aller participer à ce génocide à Gaza. Il y a un professeur dont je parle qui dès l’8 octobre a dit arrêter ce massacre en voyant les corps des enfants palestiniens.
David Dufresne
Tu parles d’une jeune femme aussi qui fait des soirées-débats, des tracts, des trucs qui se retrouvent en prisonniers
Meriem Laribi
La répression est terrible par rapport aux voix israéliennes. Mais par contre, des personnalités juives à travers le monde qui s'élèvent contre cette instrumentalisation de la Shoah par Israël, il y en a beaucoup. Il y a Sophie Bessis que vous avez reçue. Au poste récemment, il y a Rony Brauman, Norman Finke-Einstein, Aron Mathé, Max Blumenthal,. Même mon ami Médéa Benjamin aux Etats-Unis, qui est de Code Pink, Il y a, d’ailleurs, dans les mouvements étudiants à Columbia aux Etats-Unis, les leaders de ces mouvements-là sont souvent issus de jeunes de la communauté juive. Et qui ne veulent pas être amalgamés à l’État d’Israël. Et je serai juif, je serai comme eux.
David Dufresne
Je vois que le tchat discute beaucoup et c’est super. Chacun fait part de son avis, de ses doutes. Moi, c'était plus une question de doute que je voulais dire. J’ai vu passer des choses très intéressantes, d’autres avec lesquelles je suis moins d’accord, mais qui sont intéressantes aussi. C’est bien, on peut se parler. Et c’est quoi ce livre SVP ? C’est « Si j’ai l’humanité », c’est le livre de Myriam Laribi, journalistes qui racontent par un journal de bord d’abord la guerre, ensuite son point de vue désidentialisé, et troisièmement on va dire… Oui, mais tu vas comprendre pourquoi, parce que là, je vais te faire parler de l’Afrique du Sud. Et ensuite, on en parlera longuement tout à l’heure, de comment ça se passe pour toi, quand tu vas à l'Élysée, que tu poses des questions, et au Quai d’Orsay, comment ça se passe. Alors, j’ai essayé de trouver dans ton livre, parce que je me suis dit, tiens, pour la faire parler, mais je crois que je n’avais pas besoin, Je me suis dit, tiens, je vais essayer de voir où est-ce que l’Occident n’a pas déconné. Alors effectivement, l’Afrique du Sud ce n’est pas l’Occident mais il va y avoir l’Espagne qui va soutenir l’Occident, les Palestiniens.
Meriem Laribi
Enfin, il n’y a pas eu de mesure pour l’instant concrète, de sanction ou quoi, mais oui, il y a eu un rappel des ambassadeurs, etc. Il y a eu l’Espagne et l’Irlande, notamment l’Irlande qui n’a pas la mémoire courte, vu qu’elle a une histoire coloniale. Tu vois, en fait, tu sais, en Algérie, chez moi, il y a une expression, je ne vais pas te la dire en arabe, mais vas-y. Mais est-ce que tu es en Irlande et en Irlande ? C’est ça, ça veut dire, nous ressentons la douleur de la braise de celui qu’elle a brûlé. Et c’est d’ailleurs dans des chansons irlandaises
David Dufresne
C’est plus joli que chat échaudé, craint l’eau, c’est pareil.
Meriem Laribi
Je sais pas, mais ça veut dire ce que ça veut dire. On ne ressent pas la douleur de la braise de celui qu’elle a brûlé. Et les Irlandais, ils savent ce que c’est que la colonisation, tu vois, et la lutte anticoloniale et ils se sont mobilisés pour la Palestine. Parce que c’est ça la réalité de la situation, c’est tout. Après, que le colon soit… Tu sais, on nous a dit que, d’ailleurs, ils n’arrêtent pas de dire aux autorités françaises, israéliennes et américaines, etc., que c’est le plus grand, le 7 octobre était le plus grand pogrom depuis la Shoah. Et ça, la rapporteure spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens a répondu non, ils n’ont pas été tués parce qu’ils étaient juifs, c’est dans un contexte colonial. Et moi j’avais ajouté justement à ça, oui, s’ils avaient été chinois, catholiques, protestants, eskimos, ça aurait été la même chose de cet octobre. Tu vois, c’est ça qui est important à dire, c’est un contexte colonial, il faut rétablir cette vérité, c’est important en fait.
David Dufresne
Donc nous avons l’Afrique du Sud qui, dans sa chair, a été brûlée, pour reprendre ton expression, et qui, effectivement, va porter le fer, pour continuer en disant, on va porter plainte, on va attaquer Israël devant la Cour internationale de justice. Or, page 127, tu nous dis. alors que le monde entier a les yeux rivés sur l’audience via internet. Aucune chaîne d’information française de grande écoute, à l’exception de France 24, déjà pas une grande écoute, ne l’a diffusée ni même évoquée, même pour les chaînes anglo-saxonnes.
Meriem Laribi
On dirait qu’ils s'étaient donné le mot. Si j'étais conspirationniste, ce serait incroyable. C'était fou. Nous, on était tous, tous ceux qui suivent ce qui se passe à Gaza, on était tous sur le live stream de l’audience de l’Afrique du Sud devant la CIG toute la journée. Ça a été des plaidoiries incroyables, même pour quelqu’un qui a suivi minute par minute le génocide, ça a été des plaidoiries incroyables. Et aucune chaîne d’infos n’en a parlé, c’est à peine si l' AFP en a fait une dépêche, même pas reprise, rien du tout quoi. D’ailleurs, Arrêts Sur Image avait fait un bon papier sur ça, sur la dissonance. Et le lendemain, c'était la défense d’Israël. Et là, toutes les chaînes d’infos, tout, l’AFP, tout le monde, tous les médias, ils ont relaté ce qu’avait dit Israël à l’audience. C’est quand même dingue, tu vois ? Edward Snowden l’a noté, a dit, dans les médias anglo-saxons, ça a été la même chose, on dirait que se sont donnés le mot.
David Dufresne
À l'échelle internationale, le lanceur d’alerte Édouard Snowden, écrive-tu toujours page 127, il remarque la symétrie, il écrit « Quel que soit votre bord, vous devriez être concerné que les médias qui prétendent se soucier le plus de la désinformation n’aient pas couvert les arguments de l’Afrique du Sud contre le génocide à Gaza, mais entièrement couvert la défense d’Israël le lendemain, vous privant intentionnellement de l’histoire dans son ensemble »
Meriem Laribi
Exactement, mais ça c’est terrible, mais ça c’est fou ce qui s’est passé ce jour-là. C’est tellement flagrant en fait, parce qu’il y a des choses moins évidentes, moins flagrantes à expliquer, mais ces deux jours-là ont été incroyables, c’est-à-dire quand c’est l’Afrique du Sud qui plaide au Merta, et le lendemain on va dire tout ce qu’a dit Israël pour se défendre.
David Dufresne
Page 218, c’est la suite de ça. Le 19 mai 2024, le procureur de la Cour pénale internationale, rappelles-tu, Karim Khan, émet des demandes de mandat d’arrêt à l’encontre de Netanyahu, de son ministre de la Défense Yoav Galant, celui qui a comparé les Palestiniens des animaux. À des animaux humains. Ainsi que trois dirigeants du Hamas. Dans ses réquisitions, il précise que les deux dirigeants israéliens devaient être jugés par le droit international pour crime de guerre et crime contre l’humanité, parmi lesquels la famine imposée, le traitement cruel, l’homicide volontaire, l’attaque intentionnelle contre une population et pour extermination. La diplomatie française va avoir une communication évolutive sur cette actualité.
Meriem Laribi
Tu veux que je te raconte ? Ça a été fou ! Donc il y a une demande. Première réaction du quai d’Orsay, c’est qu' on soutient la Cour pénale internationale. Communiquer, simple. On soutiendra, voilà. Parce qu’en fait, il y a les trois dirigeants.
David Dufresne
Trois dirigeants du Hamas ?
Meriem Laribi
Du Hamas, c’est ça ? Et deux dirigeants israéliens, Netanyahou et Galan. Et donc ils disent, oui, on soutient la Cour pénale internationale. Là, tout de suite, levé de bouclier de l’Asbarah et du camp israélien. Comment vous osez ? Le CRIF, tout le monde. Et il y avait, je crois, Israël 4 qui était là, qui était, je ne sais pas s’il était déjà ministre de la Défense, mais je crois qu’il était déjà ministre de la Défense israélienne, qui était là, à Paris. Et levé de bouclier, comment vous pouvez mettre en équivalence, la CPI met en équivalence les dirigeants d’un état démocratique comme Israël. D’ailleurs, le chapitre Israël était une démocratie, fait partie du livre. C’est quelque chose qui a remis totalement en question de fond en comble. Et donc ils disaient, comment pouvez-vous mettre en équivalence des dirigeants d’un état démocratique élu comme les dirigeants israéliens et les dirigeants du Hamas, une organisation terroriste, tu vois. éléments de langage, équivalence, tu vois. Et soudain, le terme équivalence fait son apparition parmi les dirigeants français. Stéphane Séjourné va à l’Assemblée nationale et se met à dire « il n’y a pas d'équivalence » alors qu’ils avaient fait venir de faire un communiqué, il n’y avait pas le mot équivalence. Donc il fait un discours à l’Assemblée nationale juste après avoir rencontré Israël Katz en disant ça. Et après le tweet de la vidéo de Séjourné en train de dire ça à l’Assemblée nationale « il n’y a pas d'équivalence », il a été ajouté au communiqué du quai d’Orsay. Et après t’as Israël Katz qui dit bravo, c’est fin de ses journées, qui dit qu’il n’y a pas d'équivalence,.
David Dufresne
Et alors ça, c’est la force de ton livre, c’est qu’on revit donc des événements dramatiques en Palestine. Je passe sur les détails insupportables, mais il faut les lire, évidemment. Et puis cette diplomatie médiatique, au fond, c’est-à-dire que tout est imbriqué, totalement imbriqué. Là-dessus, tu parles beaucoup des réseaux sociaux, notamment de x. D’ailleurs, je me demande si parfois tu n’en parles pas un peu trop. si finalement tu ne prêtes pas plus d’importance que ça en a à X par rapport aux coulisses de la diplomatie, aux réalités, au cynisme politique, à la réalité politique des uns et des autres, je me demande.
Meriem Laribi
Je pense que je parle beaucoup des réseaux sociaux parce que c’est le premier génocide qui a été diffusé en direct sur les réseaux sociaux, c’est ça aussi, c’est que ce n'était pas à la télé, ce n'était pas dans les infos mainstream, donc c’est aussi pour ça que j’ai passé beaucoup de temps là-dessus, pas seulement sur tous les réseaux sociaux mais surtout sur tous les sites d’informations en ligne, mais oui, alors oui, je ne C’est pas… disons que ce… Ce n’est pas une enquête au cœur des diplomaties ou à l’ONU, c’est pas ça. Non, bien sûr, oui, oui. Je n’ai pas eu accès à ça, c’est pas la démarche en fait. Mais oui, j’entends ce que tu dis, mais beaucoup de choses maintenant se passent là-dessus. Bien sûr. Et beaucoup de clashs se passent là-dessus. On est dans la diplomatie du clash, de toute façon, c’est plus… Une des personnes sur le tchat parlait du rationnel, on est sortis de l'ère du rationnel et de… Et de l’importance de la vérité, on est à l'ère de la post-vérité à celui qui lâchera le plus fort, à celui qui fera des ratios, tu vois. Mais ça dit quelque chose de notre époque.
David Dufresne
Et pourtant, on vient peu à peu à la partie médiatique, pourtant tu ne questionnes pas tant que ça le fait qu’en effet on peut, à l’inverse d’autres génocides où il va falloir des années, ou parfois des siècles, pour savoir ce qui s’est passé. Là c’est en direct, à la limite on peut presque avoir un pied en Palestine, tellement il y a d’images, et pourtant ça ne change pas. Les prises d’opposition, tu vois, il n’y a pas l'équivalent de ce qui a pu se passer contre la guerre du Vietnam, alors que là justement l’image avait joué son rôle. Comment t’expliques, est-ce que le fait que finalement ce soit un tel déversoir d’image, finalement ça saturait pas un peu les esprits et on se détournerait de ça ?
Meriem Laribi
Je pense qu’il y a la dissonance entre ce qui nous est présenté dans les médias officiels et par les politiques occidentaux et la réalité de ce qu’on voit sur les réseaux sociaux. Il y a une espèce de dissonance de dire « attends, c’est atroce et quand je veux dire que c’est atroce, on me reproche d'être anti-israélien voire anti-sémite ». Les gens, tu vois, ils n’ont pas forcément le temps. Ils ont leur vie, le travail, l’usine, le truc, machin. Ils n’ont pas le temps, les gosses. Ils n’ont pas le temps de, comme moi, de regarder en profondeur le conflit ou comme toi, tu vois, c’est pas, ils ne vivent pas notre vie, le commun des mortels. Et donc ils voient ça et ils disent non, c’est horrible. Mais en même temps, on me dit que c’est normal parce que c’est Israël et que Israël, c’est gentil. Oh là là, c’est trop compliqué. On présente ça comme trop compliqué, tu vois, et les gens sont un peu terrifiés avec les interdictions de manifs. Tu sais, ça joue sur le. Ça joue beaucoup, ça, sur les… Moi, j’ai rencontré des gens qui m’ont dit « J’ai peur d’aller en manif, je soutiens, mais j’ai peur. » Et ça, c’est pas une minorité, je pense que c’est une majorité des gens. Et la peur de se mouiller, de risquer sa carrière, parce que tu risques ta carrière, en fait. Moi, j’ai risqué ma carrière, il y a des médias qui veulent plus travailler avec moi, même sur d’autres sujets à cause de mes positions sur Gaza, tu vois. C’est comme ça, en fait. Encore plus quand t’es journaliste, mais même dans d’autres domaines, même dans des domaines autre chose, je sais pas, moi, avocat, chercheur. On m’a dit que même chez les chercheurs, au CNRS, ils ne veulent pas se mouiller, parce qu’ils ne veulent pas avoir de problèmes. Et il y a ça, il y a cette pression, il y a une pression réelle, tu vois, il y a un lobby pro-israélien qui est une réalité. En France et encore plus aux États-Unis, le lobby, il est carrément, il finance des trucs officiels, l’IPAC, les représentants, les députés, on les appelle les représentants là-bas, ils sont financés, on sait combien ils touchent.
David Dufresne
Alors, évidemment, je ne pensais pas à l’ouvrier à l’usine ou à la mère seule au foyer. J’ai peut-être mal compris. Non, non, ce n’est pas ça. Mais ce que je veux dire, c’est qu’il va y avoir un argument qui va tomber le jour où la paix sera revenue, pour tout un tas de gens, personne ne pourra dire « je ne savais pas », car on sait. C’est quand même là une différence énorme, parce qu’on sait. Oui, on est en direct, on sait qu’il y a un truc qui ne va pas du tout. Voilà, et ça se passe en direct.
Meriem Laribi
Tu comparais ça à la guerre du Vietnam justement, les étudiants de Columbia ils lâchent pas l’affaire justement parce qu’ils savent qu’ils sont la clé de voûte, en fait c’est eux qui peuvent faire quelque chose pour les palestiniens, qui peuvent libérer les palestiniens, c’est les gens aux Etats-Unis parce que c’est eux qui arment Israël sans les Etats-Unis, si les Etats-Unis décident de désarmer Israël, tout s’arrête en 48 heures tu vois, et ils savent le poids qu’ils peuvent avoir et ils ont et ils se mobilisent, tu vois, mais il y a une répression terrible. Après, oui, c’est pas assez, c’est clair. En France, par exemple, les manifs, franchement, c'était insuffisant par rapport à la réalité de la situation. Oui, les médias, je pense que c’est la complicité des médias. Ça joue, en fait.
David Dufresne
Alors, il y a la complicité des médias et il y a un terme que tu as employé à plusieurs reprises. J’ai vu qu' Euryale était allée chercher la définition dans Wikipédia, Hasbara, comment on dit ? Explication ? Hasbara, je crois, oui. Hasbara, oui. Je ne sais pas comment prononcer en hébreu, je ne parle pas hébreu. Ça veut dire explication.
David Dufresne
Oui, parce que d’ailleurs tu dis que tu utilises Deeply parfois pour traduire de l’hébreu En hébreu, Hasbara signifie explication. Il s’agit de la stratégie de communication de l'État d’Israël à destination de l'étranger. Sa propagande, en d’autres termes, écris tu page 60. Elle tente de convaincre l’opinion internationale qu’il s’agit d’une guerre contre le terrorisme. Et là, il va y avoir des noms qui vont apparaître et qui vont sonner aux oreilles de tout le monde. Tu parles qu’en France, les relais de cette propagande c’est notamment le printemps républicain, c’est notamment Raphaël Enthoven, etc. Est-ce que tu peux rentrer dans les détails ? Qu’est-ce que tu as vu, toi ? Parce que là, en fait, c’est une bataille que tu vas voir sur X.
Meriem Laribi
A-t-on vraiment besoin d’expliquer ? C’est-à-dire n’importe qui qui allume sa télé se retrouve en face de ces gens qui sont des squatteurs des plateaux télévisés Caroline Fourest, Einthoven Céline Pina, Rachel Khan, Sophia Aram, etc. Tous ces gens font partie de la même sphère en lien avec le printemps républicain qui prétend lutter contre l’extrême droite mais qui s’en rapproche de plus en plus. en termes d’idéos islamophobe à fond et pro-israélien inconditionnel. C’est ça, avec des allures de gens très calmes et de gens plutôt à gauche, soit disant, ça me pique rien d’utiliser ce terme, présente les choses de manière la plus indécente qui soit, en présentant des idées totalement suprémacistes, en ayant l’air d'être anti raciste en disant ça. Voilà, on a entendu des choses absolument horribles de la part de ces gens-là, notamment Céline Pina qui a dit « Un enfant palestinien qui meurt sous les bombes n’aura pas l’impression que l’humanité a trahi tout ce qu’il était en droit d’attendre, contrairement à un enfant israélien. » Ok, donc un enfant palestinien… Ils ne meurent pas, on est en l’impression que l’humanité a trahi tout ce qu’il était en droit d’attendre à savoir un toit, de la nourriture, de l’eau, des soins, une famille qui n’est pas morte.
David Dufresne
Le droit de vivre ?
Meriem Laribi
Voilà, donc ça, ça passe et personne n’y a aucune contradiction et il n’y a pas nos voix, en fait. C’est pour ça que j’ai écrit ce livre. Nos voix, elles sont où ? Tu les as vues où dans les médias ? Parce que ces gens-là s’expriment à la rigueur, c’est représentatif de la mentalité de l'État colonial d’Israël. Mais nous, on était où là, en fait, à ce moment-là, pendant cette année ? Qui représente nos voix, les voix anticoloniales ? On a vu de rares fois Rony Brauman. Qui ? Tu as vu qui, toi ? Il y a Rima Hassan, pour mieux toujours, elle qui a pourtant un discours mesuré sur la situation, mais bon, qui est une provocatrice et tout, on l’invite juste pour après en faire des capsules, des petites choses pour faire du clash en fait, pour dire oui, voilà, elle a dit ci, elle a dit ça, on fait un épouvantail, on fait de Rima une caricature alors qu’elle est loin d'être une caricature
David Dufresne
Elle a passé deux heures sur ce canapé,
Meriem Laribi
J’ai vu une position extrêmement posée de juriste. Moi je la trouve plutôt mesurée. Après oui, elle sait, elle a la culture du classe sur les réseaux sociaux. C’est-à-dire nos voix ont été, voilà, pas Rima Hassan pas les Insoumis..
David Dufresne
Alain Gresh
Meriem Laribi
Très peu
David Dufresne
Alors, décembre 2023, tu vas décider suite à une discussion entre un porte-parole de Washington et un journaliste.
Meriem Laribi
Journaliste palestino-américain
David Dufresne
Tu décides. d’essayer à ton tour, donc ce journaliste qui essaye d’avoir un bout de vérité du gouvernement américain, tu dis, après avoir vu cet échange, nous sommes page 95, nous sommes en décembre 2023, je décide d’essayer à mon tour de me rendre au point de presse du porte-parole du gouvernement français à l’Élysée. Je mets du temps à comprendre comment y être admise. Je passe plusieurs coups de fil, écris plusieurs e-mails, j’envoie ma carte de presse le jour J, le 12 décembre, Alors que je n’y crois plus, vers 9h30, je reçois par courriel le sésame pour entrer au palais de l'Élysée mon accréditation. Là tu te dis génial, ou tu te dis les emmerdes commencent ?
Meriem Laribi
Je me dis, réfléchis pas, vas-y. Et j’arrive là, c’est impressionnant parce que t’arrives à l'Élysée. C’est la première fois que j’allais à l'Élysée, je suis pas une journaliste du pouls Élysée, donc je me suis rendue compte après que plein de journalistes connus et tout, que tu connais, ne sont jamais allés à l'Élysée, c’est pas une pratique forcément. Et oui, t’arrives là-bas, tu te dis, il faut y aller. J’assiste au point presse, je dis rien, j’assiste. Et à un moment donné, c'était Olivier Véran, le porte-parole à l'époque. Il dit, bon, il n’y a plus de questions. Et là, je me lève, je me dis, allez, il faut y aller. Il y a un aspect intimidant, bien sûr, parce que c’est, tu vois, il y a une ambiance d’entre-soi, les gens se connaissent, les journalistes avec les communicants, les conseillers de Macron, etc. Il y a les ministres, tout ça. Très intimidant mais je me suis lancée dans l’arène au début assez maladroitement d’ailleurs oui je suis pas forcément
David Dufresne
Attends, attends, attends, on va y venir. Déjà, il y a Alex qui nous dit que le gars qui vient à l'Élysée est très désagréable à ce qu’il paraît. Le point presse, le président n’est pas là. On est bien d’accord. Mais avant que tu nous dises que tu vas poser ta première question, je voudrais quand même lire ce passage. C’est le conseiller alors oui, tu vois une quinzaine de journalistes attroupés qui tendent l’oreille autour d’un jeune homme qui s’appelle Jonas. Et tu écris. C’est le conseiller presse du président de la République. Au centre de l’attention, il parle à voix basse, il fait exprès pour qu’on s’agglutine, balance ses éléments de langage et répond aux questions sur les coulisses de l’actu du jour. C’est le off. Cette séance informelle précède le point presse officiel, qui lui est public, filmé, diffusé sur les réseaux sociaux de l'Élysée. Un journaliste arrive, on lui sourit, le salue de manière familière, il le tutoie, il se tutoie tous. Je ne vais pas te faire paraphraser, on a compris ? Après il y a une petite difficulté, nous aussi on se tutoie, c’est-à-dire qu' est-ce que le tutoiement est nécessairement une connivence, une complicité
Meriem Laribi
Non pas nécessairement, mais là tu sens, bon après c’est normal, c’est des gens, parle par exemple de journalistes qui font partie du pool, des agences, AFP, Reuters, Bloomberg, etc. Ils sont là tout le temps et ils habitent presque à l'Élysée ces journalistes-là, donc ils croisent ces gens-là tout le temps. Et oui, ça ne veut pas forcément dire qu’il y a connivence, mais j’ai quand même observé, au fil des mois, oui, un journaliste de connivence, c’est un journalisme de court, clairement. Je ne dis pas à tout le monde, je ne veux absolument pas dire que j’ai inventé le journalisme et que c’est tout dé vendu, ce n’est pas du tout mon propos. Et moi, je me suis comportée de manière extrêmement respectueuse là-bas, je n’ai pas fait la… la rebelle Che Guevara, tu vois, pas du tout. Je suis arrivée tranquillement, discrètement, j’intervenais toujours à la fin, etc. Et je ne méprise pas du tout le travail ni des agences, ni des grandes radios. On en a besoin pour avoir l’information de base. Mais j’ai observé un journalisme de cour. Quand on est venu nous reprocher à moi et Djemil et à d’autres, notre façon de faire.
David Dufresne
On va y venir, on va y venir. J’ai envie de parler de Djemil. Non, mais tu vas en parler aussi, puisque tu en parles. Juste un petit détail, quand tu parles de cette scène, ça me fait penser à ce que Michel Deléan de la Maison Mediapart nous disait hier soir dans Extrêmorama, où il a couvert le procès Le Pen et il racontait ses points-presse. Faites par Marine Le Pen, on les superpose avec ceux de… C’est la même chose, c’est-à-dire, pour moi, la connivence, elle est plutôt là. Elle est plutôt dans l’idée de, je parle doucement, je vous donne le privilège de l'écouter, c’est plus ça que le tutoiement.
Meriem Laribi
C’est ça, c’est un jeu de dupes, ouais. C’est un jeu de dupes.
David Dufresne
Absolument. Donc, tu poses ta première question, etc., et là, page 112, est-ce que tu veux bien lire un passage assez long ? – Oui. C’est ici. Ça parle de toi. – J’ai pas mis les lunettes. Ah, ben si. Non, ça va, ça va. – Ça va aller.
Meriem Laribi
C’est quand même, je l’ai écrit donc je pense que je m’en souviens, je lis ça, d’accord. De retour à l'Élysée, j’ai de nouveau un échange extrêmement tendu avec Olivier Véran. Je dresse pendant une longue minute la situation cataclysmique à Gaza et lui redemande si la France est contagieuse pour les Palestiniens et applique des sanctions contre Israël. Quand je termine mon exposé, il dit, écoutez madame, je respecte les questions que vous posez et j’ai du respect pour le combat que vous menez. Je proteste. Je vous pose une question. Je suis journaliste. Il en profite pour me faire remarquer qu’il a vu ma publication de notre échange de la semaine précédente sur les réseaux sociaux. Il est manifeste qu’il n’a pas trop apprécié. Je respecte votre émotion, me dit-il, avec condescendance. Je le coupe. Je crois que la situation à Gaza mérite d'être soulevée. Elle est d’actualité. Vous pouvez répondre à ma question sans commenter la manière dont j’exerce mon métier. Véran me sert alors son gloubi-boulga indigeste d'élément de langage. Il me dit qu’en l'écoutant, il a l’impression que la France est belligérante, alors qu’elle ne l’est pas. Je lui rappelle que la proposition d’Emmanuel Macron d’une coalition internationale contre le Hamas et sa participation à la coalition contre les outils en mer rouge, je ne le lâche pas et conteste chaque réponse. Il s’empresse de clore l'échange au bout de quelques minutes.
David Dufresne
Tu fais très bien le Véran, comme ça. C’est quoi l’ambiance exactement, la salle ? Est-ce que le décor homme est impressionnant ? Est-ce qu’on s’habitue finalement, là c’est la deuxième fois que tu viens, est-ce qu’on finalement les deux rouilles on les voit plus ou il y a quand même rien que dans l’espace quelque chose qui te pèse ?
Meriem Laribi
Et c’est pas, je suis pas la seule, parce qu’au début je me disais que moi je me laissais assez intimidé, mais en fait je suis pas la seule, même des journalistes qui sont plus à l’aise, etc. me disent que une fois là au micro, etc. Et puis il y a toute cette ambiance, comme tu dis, de communicants, des autres journalistes qui se comportent, ne sont pas forcément de notre monde, c’est pas… Ils font plus partie pour beaucoup du monde des communicants de l'Élysée, ils fréquentent les mêmes écoles, ils vivent dans les mêmes quartiers,
David Dufresne
Le chat nous suggérait à l’instant, CBM à nouveau, tu étais de trop Myriam avec Djemil tu étais de trop. C’est-à-dire, tu n'étais pas du sérail, tu n'étais pas de la confrérie.
Meriem Laribi
Ah, c’est ça qui veut dire que Djemil suffisait ? Non, non. Oui, on était de trop, bien sûr, on nous l’a bien fait sentir. Il y a eu tous les épisodes qui sont racontés dans le livre qui montrent qu’on n'était pas trop désiré. Tout le temps, nous ne pouvons pas nous interdire parce que comment ils allaient faire ? On a la carte de presse. Tu vois, en fait, j’ai découvert qu’avec la carte de presse, tu peux s’accréditer à l'Élysée, que tu sois affilié à un média ou pas. Il n’y a pas d’ordre de mission, c’est comme ça. c’est à la carte de presse, tu peux rentrer. Et tu peux s’accréditer en tout cas. Et ils ne peuvent pas nous interdire. Donc ils étaient dans un embarras et ils ont trouvé des petites astuces pour nous mettre mal à l’aise.
David Dufresne
On y viendra tout à l’heure. Alors, vous êtes chiant quand même, et page 130, "je sens leur regard, que certains journalistes commencent à être agacés par ma présence et ma façon de faire." Parce qu'à ce moment-là, Djemil n’est pas encore arrivé, il va arriver en cours de route, il va te rejoindre dans la bataille.
Meriem Laribi
Il ne me rejoint pas, on ne se connaissait pas, pas du tout, on s’est rencontré là. En fait, non, on s’est rencontré un jour, la veille de son premier jour à l'Élysée. J'étais invitée sur le plateau du Média et c’est lui qui a animé. Et c’est là que je le rencontre pour la première fois. On a échangé quelques mots et puis après on s’est revu à l'Élysée. Et puis on s’est revu, on s’est revu et après on est devenu pas.
David Dufresne
Et ça y est, vous êtes du sérail. La plupart d’entre eux, des journalistes, se contentent le plus souvent d’une seule question de moins de 10 secondes et ne font pas de relance, alors que moi, je reste au micro entre 3 et 5 minutes et relance plusieurs fois. Là, on a la preuve que tu lâches pas le morceau. Est-ce que tu peux comprendre, je me fais l’avocat du diable, est-ce que tu peux comprendre qu’eux, ils se disent « Qu’est-ce qu’elle va nous faire chier encore pendant 10 minutes ? »
Meriem Laribi
Non, je ne peux pas comprendre. Parce que qui a décidé de la règle qu’il fallait se lever, poser une question de 10 secondes, se rasseoir, l'écouter depuis la salle comme un gentil élève, c’est pas ma conception du journalisme. Ils veulent faire ça, ils font ça à leur aise, moi je ne les juge pas, mais qui ne viennent pas juger ma façon de faire. Moi quand je vais à l'Élysée, d’abord ça me prend toute la journée, parce que c’est en plein milieu de la journée, donc du coup je ne peux pas faire grand chose d’autre. Je ne viens pas pour être le crachoir d’Olivier Véran, de Prisca Thévenot ou de Sophie Primas. Je viens pour vraiment avoir un échange, avoir des réponses à mes questions. Si les réponses ne me conviennent pas ou je trouve qu’on me mène en bateau, comme c’est souvent le cas en me sortant des éléments de langage déjà préparés, je relance et je les mets devant leurs contradictions. Je pense que c’est le travail d’un journaliste.
David Dufresne
Bien sûr. Mais au fond, est-ce qu’il n’y a pas une forme de naïveté dans ta démarche qui consiste à croire qu' une conférence de presse a un quelconque rapport avec l’information ? Je veux dire, c’est de la pure propagande, c’est de la pure communication.
Meriem Laribi
Mais c’est ça que ça démontre. Donc non, il n’y a pas de naïveté de ma part. C’est-à-dire, je suis très bien qu’un porte-parole à qui on a dit ce qu’il fallait dire, il ne va pas improviser là devant Meriem. Laribi pour me donner une autre information, tu vois. C’est évident. Il n’y a pas de naïveté, mais simplement, je viens questionner la cohérence. Par exemple, je vais dire, je l’ai encore fait hier soir, hier après-midi, tu étais au quai d’Orsay. au quai d’Orsay hier, en rappelant, par exemple, pourquoi vous n’appliquez pas de sanctions contre Israël ? Non, ce n’est pas prévu, etc. Mais pourquoi vous appliquez alors des sanctions contre le Venezuela ? Vous estimez qu’au Venezuela, la situation des droits de l’homme est moins détériorée qu'à Gaza ? Tu vois, voilà, c’est ça mon travail. En fait, je les mets devant des contradictions. Depuis 2017, la France applique des sanctions draconiennes contre le Venezuela, qui d’ailleurs nuisent à la population vénézuélienne. Je connais bien la situation là-bas et à Gaza. Le massacre, il n’est jamais question de sanctionner Israël. Ça, c’est une question fondamentale. Pourquoi on ne sanctionne pas Israël ? Pourquoi il n’y a pas de sanction contre les dirigeants israéliens ?
David Dufresne
Alors justement, page 162, tu poses la question le 21 février au porte-parole du gouvernement qui m’assure qu’aucune munition tirée par Israël à Gaza n’a été livrée par la France et tu te demandes pourquoi il n’y a aucune sanction. À ce moment-là, Jamil vient d’arriver depuis deux semaines, alors journaliste au Média, il vient lui aussi chaque semaine, alors je le lis parce que ça te fera plaisir, à lui aussi et à Euryale, là, bon là c’est pas possible, avec son regard de lynx malicieux et son irrésistible bagou. Comme moi, il prend le temps des relances, ce qui donne lieu à des échanges édifiants, d’autant que Jimmy, l'état redoutable pour la gratter, détendu, s’exprime toujours très calmement, avec assurance, une pointe de désinvolture, sans se départir de son sourire désarmant. Et là, il va se passer quelque chose. Ce jour-là, écris-tu, après la conférence de presse, au moment du « off », nous sommes pris à partie par une journaliste d’agence.
Meriem Laribi
Surtout Djemil, elle s’en prend surtout à lui à ce moment-là.
David Dufresne
Balance pas, balance pas non plus !
Meriem Laribi
Non, mais il l’a raconté. Moi, je suis là, je regarde, mais elle dit, vous venez en groupe, non ? Genre c’est une coordination juste pour venir les emmerder. Vous venez en groupe, non ? Parce qu’avant c'était plié en 20 minutes, là ça dure 40 minutes. En gros c’est l’heure de déjeuner, laisse-nous sortir mes parts. Surtout que nous on intervient en général vers la fin, on pose des questions, on laisse toujours les agences bien sûr parce qu’ils ont des sonores à rendre ou des dépêches à écrire. Donc il vaut mieux laisser les journalistes d’agence avant comme ça ils terminent ce qu’ils ont à faire, mais va-t-en. Il est retransmis sur les réseaux sociaux, le conseil des ministres, tu n’as plus d’intérêt. Voilà, donc on se fait prendre à partie devant la ministre. Elle l’alpague, elle revient alors que la ministre est là, Prisca Thévenot, et elle dit « oui, quand même, ça a changé ». Et Prisca Thévenot, mal à l’aise parce que c'était une journaliste qui critiquait d’autres journalistes, ça en va. Et Djemil et moi, on hallucine de se faire prendre à partie comme ça.
David Dufresne
Tu dis que sentant le roussi, la porte-parole du gouvernement s’esquive mais ses conseillers ont l’air d’approuver. Et c’est là où on voit le journalisme de Cour et de connivence
Meriem Laribi
Ouais ouais, totalement, totalement. Ils ont osé, ouais ouais, c'était pas d’ailleurs. Il y a une autre conseillère qui est venue lui dire, à un des conseillers qui abondait dans le sens de la journaliste, qu’est-ce que, non attends, t’as pas à dire comment les journalistes doivent travailler, tu vois. Il y en a une qui était mal à l’aise, tu vois, une conseillère.
David Dufresne
Le quai d’Orsay, l’après-midi même, alors c’est plus tard, tu es submergé par ta propre émotion. Tu es au quai d’Orsay, au point presse du ministère des Affaires étrangères, tu poses une question et en fait tu t’effondres en larmes.
Meriem Laribi
Oui, c'était le jour du massacre de la farine. La famine commençait à s’installer à Gaza. Et puis un rare camion est entré. Et des centaines de personnes sont venues s’agglutiner autour du camion pour essayer d’avoir un peu de nourriture pour leurs enfants. Et puis ils ont été mitraillés. Il y a eu des centaines de morts. Et oui, c'était horrible. Et je vais au quai d’Orsay pour dire, ça suffit là, ça suffit. Enfin, tu tires sur des gens affamés. Où est on là ? Et je lui pose la question, qu’est-ce qu’il répond ?
David Dufresne
Pages 166, attends.
Meriem Laribi
Et il me répond, le porte-parole, alors que je viens de lui faire tout l’exposé, de lui rappeler le nombre de morts parmi les enfants, ce massacre. Moi je lui fais tout le tableau horrible de ce qui se passe à Gaza et il répond.
David Dufresne
"Nous avons condamné les attaques du Hamas du 7 octobre, et ça, c’est un fait. Nous avons toujours été constants sur ce point. Nous avons toujours reconnu le droit à Israël à se défendre". Incapable, écrit-tu, d’entendre la suite de sa réponse, envahi par une émotion incontrôlable. Je pose le micro sur la table, prends mon visage entre les mains, fond en larmes pendant qu’il continue de parler, imperturbable.
Meriem Laribi
Ouais, ce jour-là, j’ai craqué complètement parce que j'étais fatiguée.
David Dufresne
C’est tout.
Meriem Laribi
Oui, c'était très très dur et c’est tellement insultant, tellement blessant, tu vois. T’imagines si quelqu’un me posait une question en me disant voilà, le 7 octobre 2023 et des civils qui ont été tués, des enfants qui ont été kidnappés et tout. Je commence la première phrase en disant que je défends le droit à la résistance des Palestiniens. Tu vois, c’est ça le niveau de violence. Tu peux quand même dire un mot pour les victimes, dire… Voilà, c’est horrible, voilà, maintenant, ça s’est… Non. Et c’est toujours, en fait, c'était systématique. À chaque fois que je posais une question sur Gaza, le 7 octobre, c'était horrible. Nous demandons Israël a le droit de se défendre. Nous demandons la libération des otages, blablabla. Et après, à la fin, nous demandons l’entrée de l’aide humanitaire. C’est tout. Voilà. Et ça, c’est d’une violence, tu sais ? D’une violence raciale, en fait terrible. C’est-à-dire que tu sens la déshumanisation, ce n’est pas coupable, ils ne sont pas considérés comme des êtres humains à part entière parce qu’on défend leurs oppresseurs. C’est d’une violence terrible et ce jour-là, oui, je n’ai plus pu parler. Et il y a quelques journalistes internationaux qui sont venus me soutenir, c'était très dur. Mais ce n’est pas que ce jour-là, tous les jours, c'était dur, mais la plupart du temps, je prenais sur moi et tout.
David Dufresne
Et donc pour qu’on comprenne bien qu’il n’y a pas de malentendus, le livre là, moi j’accentue sur l’aspect, parce qu’il a écrit Gaza, le génocide et les médias, j’accentue maintenant sur l’aspect des médias, mais tu ne parles pas que de ça. Et en fait surtout ce qui est important, c’est qu'à chaque fois tu restitues le moment, qu’est-ce qui vient de se passer, qu’est-ce qui va se passer, la communication des uns et des autres. Voilà, c'était juste pour dire que ça ne tombe jamais comme un chou sur la soupe, c’est toujours à des moments très très très très précis. Alors, un peu plus tard, ça va monter en protestation. Il y a une journaliste radio, assise au fond de la salle, qui se met à parler, à poser des questions.
Meriem Laribi
à faire des grands gestes, apparemment, d' agacement on en a marre d’eux.
David Dufresne
A faire des grands gestes d’agacement, mais c’est extraordinaire. J’ai rarement reçu une autrice ou un auteur qui s’auto cite. C’est pas chatGPT qui a écrit ce bouquin, ça c’est clair. Ça fait trois fois que tu ne nous le fais pas. Prenons un témoin, c’est dingue, les conseillers de la ministre et l’ensemble des journalistes présents.soufflent
Meriem Laribi
C’est ça qui s’est passé, oui. Je ne vois pas, en fait, je suis en train de parler avec la ministre, je ne vois pas, et c’est Djemil qui est dans la salle, qui voit ça, et quand je termine mon échange, il me dit, mais elle, là-bas, au fond, elle s’est mise à souffler pendant que tu parlais et tout, on va aller lui demander des explications, c'était insupportable. Elle a pris à témoin de tout le monde, et c’est ce qu’on a fait, on est allé Djemil est allé lui dire, s’il te plaît, pourquoi tu soufflais pendant que ma collègue, elle, parlait ? Et là, elle dit, oui, vous êtes désagréable, vous restez des plombes, vous transformez ça en interview. Et très très agressive tout de suite, mais vraiment, elle monte dans les tours immédiatement, elle commence à parler très très fort, bon, il n’y avait plus personne dans la salle, il y avait elle et un autre journaliste. Et on a continué après à discuter avec l’autre journaliste parce qu’elle, elle est partie au moment où je lui ai dit, non mais attends, s’il te plaît, parce que moi, en plus, c’est moi qui ai été visée, mais j’ai pris le parti de rester calme, je lui ai dit, s’il te plaît, tu peux descendre d’un ton et qu’on parle tranquillement entre confrères ? On n’est pas des confrères, elle me dit. On ne fait pas le même métier. Elle m’a laissé comme ça, elle m’a méprisée, elle m’a regardé avec un regard ultra méprisant et puis elle est partie. Et après on est resté à discuter avec un autre journaliste qui était d’accord avec elle. et qui nous a dit oui, vous n’avez pas à faire comme ça, à cause de vous, vous allez voir et d’ailleurs c’est déjà en discussion, ça va changer ici, ils vont peut-être enlever les micros, de toute façon vous venez ici que pour faire des capsules vidéo, pour après les poster sur les réseaux sociaux pour vos followers,.
David Dufresne
Alors effectivement, on vous explique que vous êtes en train de gâcher la fête et que le off va disparaître avec votre attitude.
Meriem Laribi
Il nous dit, votre simple présence ne lui donne pas envie de faire du off. Et comme eux, ils sont très friands de ce off-là, où ils ont des informations, ils disent qu’elle est terrifiée. Il nous dit, la ministre, vous ne vous en rendez pas compte, elle est hyper stressée avant de venir. Je dis, mais toi, tu es quoi ? Tu es journaliste ou tu es son protecteur, tu es son garde du corps, tu sais quoi ? Et c’est là que tu vois la connivence. Là, c’est flagrant, tu vois ? Oui, oui, absolument.
David Dufresne
Oui, oui, absolument.
Meriem Laribi
Non, là, c'était très choquant.
David Dufresne
Néanmoins, la critique qui vous est faite, et notamment à Djemil, sur le côté « vous faites ça pour faire des capsules vidéo », est-ce qu’elle est complètement dénuée de sens cette critique ?
Meriem Laribi
Non, elle n’est pas dénuée de sens, mais elle n’a pas lieu d'être. Parce que tu es bien passée pour le savoir, on est à l'ère des réseaux sociaux et à l'ère où l’information, elle se passe principalement là. Et puis, quand des journalistes indépendants comme moi, en l’occurrence, mais lui, ce n'était pas le cas à ce moment-là, mais même son média, il était intéressé pour diffuser ses capsules. Et moi, j'étais journaliste indépendante. Je voulais faire ce travail là sur Gaza. Je publie où ? Je ne vais pas, enfin, je veux dire, c’est comme ça. Je ne vais pas aller lire au Quai d’Orsay, poser mes questions. Souvent, j’en ai fait un livre, je raconte, donc ce n’est pas pour rien en fait, ce n’est pas que pour faire des capsules vidéo, ça fait partie de mon livre, et d’articles que j’ai pu raconter ou d’interviews que j’ai pu donner, etc. Et oui, il y a ces vidéos, mais ces vidéos sont un objet d’information en elles-mêmes. Pourquoi on n’aurait pas le droit de faire ça ? Mais tu vois, en fait, c’est à nous dire que c’est une forme de narcissisme pour nous mettre en avant, ça n’a aucun sens. Moi, vraiment, je déteste aller là-bas. Vraiment que ça soit clair, je déteste, si je ne pouvais jamais y aller, je préférais ne plus y aller parce que c’est une source de stress
David Dufresne
On a besoin que tu y ailles. Voilà, tu vois ? Eh ben voilà pourquoi je le fais. Sacrifie-toi, merde !
Meriem Laribi
Mais tu vois, c’est intéressant en fait. Et puis raconte-nous, raconte-nous. Oui mais tu vois, c’est intéressant, c’est impressionnant. Hier on était, d’ores et on était quatre journalistes, j’ai posté un tweet d’ailleurs là-dessus si ça vous intéresse.
David Dufresne
Non, on ne va plus sur X.
Meriem Laribi
Ah oui c’est vrai pardon, je devrais me mettre ailleurs aussi mais bref j’ai posté, on était quatre journalistes hier à poser des questions sur Gaza, voilà ça va.
David Dufresne
On ne peut pas être sur tous les fronts.
Meriem Laribi
Montrer ça, montrer qu’il y a quatre journalistes qui insistent devant le porte-parole pour dire « faites quelque chose par rapport à ce qui se passe à Gaza », c’est important. Parce que ça montre aux gens qu’il y a des journalistes qui sont impliqués. C'était en l’occurrence 100 % arabes, journalistes 100 % arabes. C'était que des chaînes arabes et moi qui suis indépendante et qui suis arabe aussi. Et voilà, tu vois, mais ça intéresse les gens, en fait, ça intéresse les gens. Et moi, encore une fois, si je pouvais ne plus y aller, je n’irais pas, parce que c’est une source de stress, c’est pas mon monde, c’est pas mon milieu, ça ne m’intéresse pas, je le sais de toute façon. Il m’a dit d’ailleurs, le journaliste qui nous a pris à partie, un des journalistes qui nous a pris à partie, m’a dit, mais toi, tu viens chaque semaine, alors que la position du gouvernement n’a pas évolué sur Gaza. Et tu sais très bien qu’ils m’ont pas de réponse. De toute façon, ils ne répondent jamais, il me dit. Mais c’est fou, on n’a pas la même approche du métier. Non, c’est clair. C’est-à-dire la situation a évolué à Gaza et puis moi je veux les confronter au fait qu’ils ne fassent rien alors que la situation ne cesse d'être de plus en plus dramatique.
David Dufresne
Il y a un certain nombre de journalistes qui sont des journalistes anonymes au sens des gens d’agence. Est-ce que tu penses qu’il y a peut-être pas forcément une forme de jalousie mais d’incompréhension chez eux puisque eux signent leur dépêche par des initiales, personne ne sait qui ils sont, etc. Alors que vous, vous incarnez, vous engrangez des followers et d’ailleurs tu reviens plusieurs fois là dessus en disant bah là j’ai de plus en plus de followers etc. Est-ce que tu peux comprendre ou qu’est-ce que tu répondrais à cette idée qu’ils puissent se dire bon bah en fait ils viennent faire les stars
Meriem Laribi
J’aimerais bien être à leur place et donc moi signer des dépêches AFP comme ça je raconterais l’histoire du point de vue anticolonial sur Gaza et oui certainement cette vision des choses. Après je m'épate, c’est ambivalent. Moi j’aime pas faire cet exercice encore une fois parce que moi je suis une journaliste de l'écrit déjà, je suis pas une journaliste de l’oral, je suis pas à l’aise forcément. Ah bon ? Ouais là aujourd’hui je suis à l’aise mais parce que c’est toi et puis là, c’est cool, avec le livre, ça m’a permis de m’exercer à des entretiens et tout. J’ai fait des rencontres de librairie, ça m’a un peu, comme on dit, comme un moteur qui se détend en fait, un diesel quoi, je suis un peu lente à la détente. Et oui, je suis un peu plus à l’aise maintenant, mais ce n’est pas un exercice dans lequel je prends du plaisir. Je prends zéro plaisir, je suis ultra stressée, j’ai l’impression de bafouiller, que c’est jamais assez bien. Et après, je mets quand même les vidéos parce que, encore une fois, comme tu disais tout à l’heure, les gens, ils veulent voir des journalistes qui posent des questions, qui ne plaisent pas, auxquels ils ne s’attendent pas, auxquels ils ne savent pas répondre autrement que par des éléments de langage. Et ça les montre, ça les révèle. Et c’est ça notre travail, c’est de révéler qui est au pouvoir. Est-ce que c’est des gens sincères qui répondent à des questions qu’on leur pose, ou est-ce que c’est juste des communicants ? Bon, on a affaire, là, en l’occurrence, à des communicants. D’ailleurs, un métier qui n’est pas facile, porte-parole. Parce que c’est quoi, porte-parole ? Si ce n’est porter une parole qui est déjà prédéfinie et doit être confrontée. Mais voilà, mais c’est comme ça, c’est la vie. Tu es confronté à des gens qui font leur travail et qui ne sont pas là pour écouter des communicants. C’est des journalistes.
David Dufresne
J’ai vu la photo d’une porte-parole blonde Barbie de Trump, elle doit avoir 25 ans et je me dis mais comment on peut se dire, j’y vais, je vais raconter n’importe quoi toute la journée,Oui, c’est un métier. Alors voilà, nous sommes en mars 2024 et là, il vous arrive un truc. Meriem, on ne voit plus les journalistes. C’est un ami, un de tes amis, qui suit la transmission, et qui t'écrit, Meriem, on ne voit plus les journalistes. Je souris, écris-tu, page 184, sié de ma propre naïveté. Ils ont trouvé le moyen de nous punir en retirant les caméras qui nous filmaient pendant nos échanges avec la ministre.
Meriem Laribi
Et ça, ça vient, ce passage vient juste après avoir expliqué, je ne vais pas trop spoiler puisque ça serait bien que les gens lisent le livre, mais ça, ça vient juste après parce que ça s’est su, en fait, les clashes qu’on a eues avec les autres journalistes se sont sues en haut lieu et on a eu une conseillère de la plus importante, je crois, à l'époque de Macron qui est venue pour dire tous les journalistes ont le droit d'être là, rien ne changera. Tout le monde est le bienvenu, voilà. Et elle me regardait, tu vois, Jimmy n'était pas là ce jour-là parce qu’il s'était blessé dans un accident. Et elle nous a dit, en gros, qu’on avait des façons de faire différentes, qu’il fallait essayer de s’entendre entre nous pour que les agences passent en premier, etc., ce qu’on faisait déjà. Oui, oui. Voilà, mais que tout le monde est le bienvenu, que rien ne changera, les microns resteront à leur place. Rien ne changera, tout le monde est le bienvenu. Grand sourire en ma direction, parce que nous, on s'était plaint, on s'était plaint, mais voilà, à une association de la presse présidentielle. l’association de la presse présidentielle, et c’est comme ça qu’elle vient donc faire un point pour dire à tout le monde en gros, Djemil,Meriem et ceux qui sont comme eux, parce qu’il y en a d’autres aussi, il y avait des journalistes de Mediapart, de Off-Investigation, Fabien Rives, etc. Qui venaient aussi, qui faisaient le même type de journalisme que nous, disons. Et donc elle a dit, tout le monde a le droit de venir, ok, on s’assoit, et la conférence de presse commence, et mon pote, il m’envoie un message en disant, il ne vous filme plus ! Et ça a été confirmé récemment à Djemil que c’est pour pas qu’on fasse de capsules. Bon, on en fait encore. On nous entend, mais on ne nous voit plus. C’est injuste parce que la porte-parole va faire des mimiques avec sa tête, etc. Et nous, il n’y a plus notre tête ni nos expressions. Et il n’y a plus que notre voix. Mais c’est masqué en quoi ?
David Dufresne
Justement, à propos de porte-parole, nous sommes, en mai 2024. Tu tombes sur des images du dîner du CRIF. Je tombe sur une photo de la porte-parole du gouvernement français, page 213.
Meriem Laribi
Prisca Thévenot
David Dufresne
Oui,, je ne la connais pas comme toi, tu la connais, donc je ne sais même pas de toute façon, j’ai un problème avec les noms, je ne sais jamais comment on appelle les gens, bref. Posant tout sourire dans les bras de Julien Perol. Voilà, exporte parole francophone et français de l’armée israélienne. Celle que je vois chaque semaine à l'Élysée et qui fait mine de déplorer, entre guillemets, la situation humanitaire à Gaza, ça c’est mine de déplorer, est une fervente militante pro-israélienne.
Meriem Laribi
Oui, ça je le savais déjà. Elle avait dit un an auparavant qu’il n’y avait pas d’apartheid en Palestine, en Israël d’ailleurs. Et oui, d’ailleurs, après, Djemil est allée la questionner. C’est raconté dans le livre, l'échange lunaire qu’elle a avec Djemil c’est incroyable. Il lui dit, mais vous posez avec ce gars qui est l’ancien porte-parole de l’armée israélienne, qui défend ce qui se passe à Gaza, qui est un soutien inconditionnel de ce qui se passe à Gaza. et elle dit… Je laisse les lecteurs découvrir, mais l'échange qu’elle a eu avec Djemil ce jour-là est lunaire, vraiment. L’art de ne pas répondre à une question… C’est-à-dire, Djemil lui pose une question, elle ne répond pas, et ce qu’elle fait, c’est une stratégie de communication qui consiste à, quand une question ne te plaît pas, à te poser toi-même une autre question. Absolument. Et c’est tellement drôle si c'était pas dramatique.
David Dufresne
Et ça, c’est pour le coup un truc très nord-américain. Est-ce que j’ai fait une erreur ? Oui. Est-ce que je suis pas là ? Et ça, c’est vraiment un truc nord-américain qui permet effectivement de retourner les choses.
Meriem Laribi
Ta question ne me plaît pas, je me pose la question qui m’arrange.
David Dufresne
Et Corrupti nous dit, d’ailleurs, qu' elle est en ce moment avec Atall, Kasbarian et Yadan en Israël. Elle est revenue, oui, ils étaient là-bas, oui. Bergernfolie nous dit, merci pour cet entretien, c’est super intéressant. Avez-vous des questions pour Meriem ? J’en ai posé un certain nombre pendant l’entretien. J’en ai une en attendant que ça chauffe dans le tchat. Est-ce que tu as eu les échos de tes confrères ? Est-ce qu’ils ont lu ton livre de celles et ceux qui sont au Point Presse ?
Meriem Laribi
Ah, de celles et ceux qui sont au Point Presse. Ah non, pas encore. J’ai pas encore eu de retours. Je ne sais pas si certains vont le lire. Jamil l’a lu, bien sûr. Mais ça, c’est un ami et je crois qu’on va faire un truc sur sa chaîne YouTube prochainement. Il a bien aimé. Des retours. Oui, pour l’instant, les gens ont dit que cette partie où je raconte à la première personne, en fait, c’est pas une partie, c’est tout le long Je raconte à la première personne. est intéressante. C’est ça que j’ai eu comme retour. Après c’est difficile de faire mon autopromo en disant que les gens m’ont dit que c'était génial. Pour l’instant j’ai eu que des retours. Retour positif. Les histoires au Quai d’Orsay et à l’Élysée étaient un peu des respirations dans le récit un peu malheureusement comme si le récit d’une année de génocide il y a beaucoup de choses éprouvantes à lire mais que ça se lit bien.
David Dufresne
Oui, oui, absolument, bien sûr, on l’a montré, moi j’ai tout lu.
Meriem Laribi
Vous trouvez ça facile à lire ?
David Dufresne
Ah oui
Meriem Laribi
Ouais, malgré le récit d’Horreur.
David Dufresne
Non, non, non, non, il y a des choses
Meriem Laribi
Non, si je veux dire, dans le rythme
David Dufresne
Ah non, non, mais c’est nickel !
Meriem Laribi
Pas dans le contenu, le contenu je sais qu’il n’est pas facile.
David Dufresne
Mais je trouve que ça donne une clé de compréhension que je n’avais pas sur la médiatisation. Ce que tu racontes des points presse, etc. C’est-à-dire qu’effectivement, il n’y a pas de dérangements. à ce niveau-là, Alors j’ai vu que Schneidermann l’avait interviewé, j’ai pas voulu regarder, parce que je savais qu’on allait parler un peu de la même chose, dont je voulais pas d’interférence et compilée. Par contre, je trouve un peu dégueulasse le titre, que tu as échoué à faire entrer la clé… C’est quoi le titre ?Alors, une vraie journaliste courageuse et humaine nous dit sur YouTube
Meriem Laribi
Demain, je vais essayer d’y aller. Et il y a une question, Meriem, a-t-elle reçu des menaces ou des coups de pression ? Coups de pression, bah ouais, là notamment, des coups de pression professionnels, c’est-à-dire, par exemple, j’ai fait quelques piges pour le journal Marianne et j’avais un très bon interlocuteur là-bas, un super journaliste qui travaillait là-bas, qui me commandait parfois des papiers sur Assange sur l’Amérique Latine. Et un jour, il me commande un papier sur le Venezuela. et je commence à l'écrire, et le lendemain, il m’appelle, il me dit « Désolée, Meriem, il y a un chef qui a décidé que tu travaillerais plus pour nous à cause de ce que tu écris sur Gaza ». Sinon, des menaces et des coups de pression sur les réseaux sociaux, c’est tous les jours, toute la journée, tout le temps, mais pour l’instant, je ne suis pas comme Rima Hassan, je n’ai pas reçu de menaces directement. Elle a reçu franchement des choses horribles, des appels, des harcèlement, etc. Moi, pour le moment, ce n’est pas le cas, et j’espère que ça va durer parce que ce n’est pas évident. Je ne sais pas comment elle gère ça, mais… Vous en avez parlé un peu ? Oui c’est très évident. Et j’ai vu une autre question
David Dufresne
Et alors je pense sur le bec, comme on dit au Canard enchaîné, le titre c’est « Comment Myriam Laribi a fait entrer Gaza à l'Élysée ». Alors, comment parler de Gaza sans refaire toute l’histoire du conflit ? Parce qu’on passe pour des emmerdeurs auprès de tout le monde, ah pardon, les fake news et les éléments de langage sont toujours plus simples et plus courts à écouter. Comment parler de Gaza sans refaire toute l’histoire du conflit au risque d'être barbant
Meriem Laribi
on n’a pas besoin de refaire toute l’histoire du conflit, il suffit juste de dire que c’est un conflit colonial et que c’est une lutte anticoloniale dans laquelle il y a de la résistance et la résistance malheureusement dans beaucoup de luttes coloniales à la prix des formes de terrorisme, c’est ce qui s’est passé le 7 octobre mais ça arrivait aussi en Afrique du Sud dans la lutte de l’ANC de Mandela il y a eu du terrorisme, dans le FLN il y a eu des actions qu’on pourrait qualifier de terroristes mais voilà en fait ça se résume à quelque chose de simple il y a un peuple autochtone, les Palestiniens qui soient musulmans, juifs, chrétiens, athées, n’importe quoi, c’est les palestiniens, les autochtones. Et puis, il y a une colonie de peuplement qui s’appelle Israël et qui est contre laquelle, qui opprime le peuple autochtone. Voilà, c’est simple en fait. La situation est simple, on veut nous dire que c’est compliqué. C’est le piège d’ailleurs. Moi, je ne trouve pas ça compliqué du tout comme situation. C’est une situation simple de colonisation. Il faut arrêter la colonisation. Voilà, c’est tout. Tous ceux qui veulent vivre sur cette terre, il faut qu’ils vivent à égalité des droits. Il n’y a aucune raison de soutenir le suprémacisme. Au nom de quoi on soutient le suprémacisme ? Ils ne se rendent pas compte, les gens
David Dufresne
Question, as-tu fait, as-tu été interviewé par des médias dominants dont tu donnes une très bonne définition que tu empruntes à ton compagnon dans le livre de mémoire, c’est "les médias dominants, aident les dominants à dominer " ? – Pas mal. Laurent Doré ton compagnon, qui était le parrain du comité de soutien. Est-ce que tu as été invité par eux
Meriem Laribi
J’attends l’invitation de Léa Salamé, je ne comprends pas, elle n’arrive pas. Non, je me fais peu d’illusions là-dessus. Pour le moment, j’ai été invitée chez Arrêt Sur Images, Pascal Boniface m’a fait un entretien. Il y a eu une recension dans Off Investigation, c’est les médias alternatifs pour le moment, j’ai été invitée aux médias aussi. Voilà, et puis dans les librairies, c’est ça qui est important, c’est à la rencontre des gens, il y a eu des super rencontres, les librairies, j’en ai fait déjà trois à Paris, il y en a une quatrième d’ailleurs si votre public veut venir le 5 avril à 18h.
David Dufresne
J’aime ce vouvoiement de fin d’entretien. Votre public à tous les deux.
Meriem Laribi
La librairie La Régulière, je serai là-bas dans le 18ème, Rue Mira, à Paris, c’est ça. Et je suis allée à Marseille, en Corse, je vais aller bientôt à Avignon, à Limoges, à Toulouse, à Saint-Quentin, il y a une belle tournée de librairies et ça c’est génial, c’est vraiment un bonheur de rencontrer les gens, même si certains ont lu le livre, pour l’instant minorité, parce qu’il vient de sortir, il est sorti il y a un mois. Et certains n’ont pas lu le livre, mais s’intéressent à la cause. Et franchement, c’est hyper enrichissant, hyper intéressant ces rencontres-là en librairie. Et c’est ce qui fait vivre le livre. Les médias, moi, mon éditeur a dit que les médias, finalement, même les plus gros médias, ne sont pas prescripteurs en termes de vente de livres.
David Dufresne
Eh bien justement, regarde, Cilicie dit « je viens de l’acheter pendant le live ».
Meriem Laribi
Oh, merci.
David Dufresne
Ben tu vois, les grands médias sont pas prescripteurs, les petits, oui.
Meriem Laribi
Merci pour vos soutiens et n’hésitez pas à venir mettre en commentaire. J’ai mis un tweet épinglé… Ah ben oui, non, faut pas parler de Twitter ici. Non, mais tu peux, tu peux… Sur Instagram, envoyez-moi des messages pour me dire ce que vous avez pensé du livre. Franchement, à chaque fois, je reçois plein de messages par contre de gens qui ont déjà lu le livre et c’est touchant.
David Dufresne
Alors justement, où est-ce qu’on peut te suivre pour avoir les dates de la tournée triomphale ?
Meriem Laribi
Alors sur le site de mon éditeur,, les éditions critiques, là il y a l’agenda il va le faire d’ailleurs je crois, aujourd’hui il publie tout ce qui va venir là, sur les comptes des réseaux sociaux X et Instagram et puis j’ai le projet de créer un site peut-être, je ne sais pas quelle forme ça prendra, est-ce que ça sera un site juste mon nom en tant que journaliste Voilà pour les gens qui veulent me suivre, moi, ou ce sera un site plus comme un blog d’informations, mais je communiquerai là-dessus.
David Dufresne
Viens sur BlueSky, s’il te plaît.
Meriem Laribi
Oui, il faudrait, mais c’est une gestion, déjà, ça me prend beaucoup de temps, mais ok, je vais essayer de m’inscrire au moins sur Blue Sky.
David Dufresne
Merci pour ton courage en tout cas. Heureusement qu’il y a des gens comme toi pour tenir les digues. Il y a HeyCureuil qui te demande ce que tu as déjà été invitée dans un média arabophone pour parler des médias européens traitant de Gaza.
Meriem Laribi
Là, il y a quelqu’un de France 24 en arabe qui m’a dit que je serais invitée en arabe. J’espère que je vais m’en sortir parce que ma pratique de l’arabe commence à dater. Et je parle l’arabe dialectal, mais là je comprends parfaitement l’arabe classique. Mais parler en arabe, ça fait longtemps que je ne l’ai pas fait. Il faudrait que je m’entraîne. Mais apparemment, il y aura peut-être quelque chose à France 24 en arabe. Mais il faudrait que le livre soit édité en arabe pour que ça ait plus d’intérêt.
David Dufresne
Merci pour vos actions. Bravo pour votre courage, très bel entretien. Question rituelle, la question que je pose à la fin de chaque entretien. Meriem Laribi, qu’avons-nous fait pendant une heure et quarante-cinq minutes ?
Meriem Laribi
Qu’est-ce qu’on a fait ? On a parlé de mon livre. Tu as lu le livre. Ça fait plaisir de voir que tu l’as bien lu et vraiment en profondeur. Je te remercie beaucoup pour les citations. C’est vraiment appréciable de le voir, c’est vraiment émouvant parce que moi, c’est mon premier livre. Et c’est toujours très touchant de voir quelqu’un qui a lu en profondeur et qui a suivi. On a des choses, j’espère pas trop vite, parce qu’on a abordé des sujets délicats. Et voilà moi, je veux être très claire sur ce que je dis, même si ce que je dis est vraiment très radicalement opposé à ce qui nous est servi. Mais ça ne veut pas dire que c’est stigmatisé comme on essaye de faire. C’est juste montrer une autre vision du monde. On a une autre vision du monde et d’autres visions du monde existent que celles qui nous sont servies dans les médias dominants ici. Et je pense que c’est ce que tu essayes de faire dans ton média ? Et je te remercie pour ça.
David Dufresne
Merci beaucoup, merci beaucoup, merci madame pour ce passage, aborder le sujet posément, avec beaucoup de clarté et d’intelligence, c’est Bob Brown qui te dit ça, merci encore, bravo, c'était parfait, merci madame, te dis optimistik, vous osez lire les livres avant d’inviter, nous sur les grands médias, les critiques, sans les lire, merci à l’invité, à toute l'équipe, merci Myriam, merci beaucoup, c'était très fort, courage, merci, voilà. C’est la première fois que j’y suis.
Meriem Laribi
C’est la première fois que je participe à quelque chose comme ça avec un chat. Excusez-moi, je n’ai pas pu tout lire pendant qu’on était dans les grands moments de concentration où j’essayais de ne pas dire de conneries. Mais oui, c’est super intéressant comme format. Il faudrait plus prendre le temps de lire les commentaires, c’est vachement bien. Mais il faut avoir deux cerveaux, parce que je veux t'écouter aussi. Donc, ils sont forts les gens qui arrivent. Tu es fort à faire les deux d’ailleurs.
David Dufresne
Il y a toute une équipe, il y a Euryale, que je remercie à la modération qui remonte les questions, ainsi que Tommy qui les remontait aussi. Je vous dis que la semaine prochaine, on a des rendez-vous tous les jours. On va mettre ça en ligne dans l’après-midi.Abonnez-vous à la newsletter d’Au poste si vous voulez être au courant de tous les rendez-vous comme celui de ce matin. Si vous avez envie qu’on continue, soutenez-nous, le truc le plus idéal pour nous, ce sont les dons. Si vous êtes imposable, sachez qu’ils sont défiscalisables, c’est-à-dire si vous faites un don de 10 euros, que vous payez des impôts, vous pouvez les défalquer et ça vous coûte 3,40 euros.Sur la chaîne YouTube, on en a vraiment besoin parce qu’il faut affoler les algorithmes. Donc ça, ça ne coûte rien et voilà, on est 500 en ce moment sur Twitch, je ne sais pas combien on est sur YouTube. Si les 500 qui sont sur Twitch allaient s’abonner à la chaîne, clac, clac, clac, clac, YouTube d’un coup, ce serait top. On est à 39 000 followers, il faudrait qu’on arrive à 50 000 pour pouvoir prétendre, prétendre à des aides, notamment auprès du CNC. Voilà et si vous êtes déjà abonné, faites abonner vos voisins, vos voisines, vos oncles. Voilà, merci beaucoup à vous tous.
Meriem Laribi
Merci, merci infiniment, vraiment, au plaisir de revenir

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