Gaza, un génocide sous silence médiatique - Aymeric Caron. Best Of Poste
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Amis du café, amis de la police, amis des invités en retard, Aymeric Caron est en chemin, je l’espère en tout cas, il arrive, il est arrivé, tout est bien calé avec lui, avec son assistante parlementaire, on a évidemment beaucoup de choses à se dire avec Aymeric Caron qui est invité ici au titre évidemment de défenseur de la Palestine, de son travail sur la Palestine, mais aussi de son travail de documentariste parce que il a sorti un documentaire. Un film de montage, il y a maintenant plusieurs mois, qui est disponible chez les copains des Mutins de Pangée. Un film qui s’intitule “Gaza depuis le 7 octobre” et qui est un film d’archives de tout ce qu’il a pu récolter lui et son équipe sur les réseaux sociaux.
Qu’est-ce qu’il s’est passé, ma chérie ? J’ai dit que j’allais m’occuper de l’enfant. J’en ai encore un. Je ne sais pas qui c’est. Mes frères et frères, je n’ai pas d’enfants. Je ne veux pas qu’ils m’accueillent. Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’y a-t-il à faire ? J’ai faim, c’est la salaud ! Nous pétillons un certain arrêt sur la ville de Gaza. Il n’y a pas d’alimentation, pas de magasin, pas d´eau, pas du verre. Tout est fermé. Nous nous réunissons dans les vies de l’homme, et nous nous réagissons à la vérité. Allez, allez, allez !
À Gaza, 48 348 personnes ont été tuées, dont 14 770 enfants. 11 1761 personnes ont étés blessées, dont plus de 24 940 enfants. 11 200 autres personnes étaient portées disparues, c’est les chiffres d’hier, et seraient probablement sous les décombres. Plus de 95 % des écoles ont été endommagées. Et côté israélien, les attaques du 7 octobre 2023 en Israël ont blessé 7 500 personnes et au moins 1 200 personnes dont 37 enfants ont été tués. Au 25 février, on estimait que 63 personnes étaient encore retenues en otage. Voilà les chiffres froids de cette guerre. Donc voilà, Aymeric Caron est arrivé avec son collaborateur. Mathis. Ah, c’est Mathis ! Je disais mal les noms. Tu peux fermer la porte, si tu veux. Tu voulais un café, toi, peut-être, non ? Non, ça va. Bon. Donc, Nayan va te mettre un micro. OK. Et après, tu vas te mettre, mon cher Aymeric Caron Comme à l'époque, j’ai vu sur ta fiche Wikipédia que tu faisais 1m88. J’ai compris pourquoi tu m’avais toujours paru grand. Alors ici tu as le tchat, ici tu a la caméra qui te filme, non il n’y a pas de retour.
Ah, donc on ne sait pas, on découvre après si on a été bien cadré ?
Mais je…
Si tu me diras, c’est le cadre correct.
Mathis, nous expliquez dans le tchat que si vous étiez en bagnole, c'était pour des raisons de sécurité.
Je ne prends quasiment plus le métro, ça peut m’arriver mais on est en évite vraiment parce qu’on est quand même passés par des phases de menaces très intenses.
Alors la situation aujourd’hui, j’ai donné les chiffres de l' UNICEF. On a d’un côté un cessez-le-feu qui est moribond. On a une aide humanitaire qui est bloquée depuis dimanche. Et on a aujourd’hui, les pays arabes qui se réunissent pour essayer de porter une alternative au plan de Trump. Juste cette actualité-là te fait dire quoi ? Tu penses quoi de tout ça ?
Alors, c’est compliqué de te répondre pour la raison que je suis ces choses-là toujours de très près, quotidiennement, mais que je les suis maintenant avec une certaine distance, tant les mois écoulés m’ont un peu fait perdre espoir en la rationalité. En fait, ce qui est dingue, quand tu vieillis, c' est de constater que des tas de fondamentaux sur lesquels tu as bâti ton existence, en fait s'écroulent. Ce qui se passe toujours à Gaza, c’est des choses qu’on n’aurait jamais pu imaginer quand j’avais 15 ans, 20 ans, 25 ans, ou même quand on travaillait ensemble, il y a donc 15 ans ou 20 ans. On disait que ce n’est pas possible. L’Occident ne laissera jamais un génocide se dérouler sous ses yeux. Si, il est capable de faire ça. Donc là, je le suis. Je suis les derniers sombres sauts, en tout cas les déroulements. Mais euh… Sans en tirer de conclusion particulière, j’observe et j’attends de voir ce qui va se passer. Quand on entend des dingueries, effectivement, comme celle de Trump, qui dit « Brouillon, on peut vider à la vente de Gaza, il n’y a pas de problème, enfin, faire un nettoyage d’ethnie, que tout ça soit proposé par le président des États-Unis, puis validé par certaines personnalités ici en France, tout ça est tellement fou… » — Et discuté comme si de rien n'était. — Bien sûr, mais même sur les chaînes d’infos, j’ai entendu que tu avais commencé à parler un peu des médias. La manière dont nous… On rapporte les choses, enfin pas de toi et moi, mais c’est sidérant là aussi, comme les médias mainstream nous racontent ça comme si tout était absolument normal. Donc le Parisien, hier, qui faisait un titre sur le fait que Netanyahou avait déclaré, enfin pas Netanyahu, enfin son porte-parole, avait déclaré qu’il n’y avait aucun problème d’alimentation, qu’au contraire, ils étaient gavés de nourriture dans la bande de Gaza, donc il ne fallait surtout pas les plaindre si on coupait l’aide alimentaire. Mais c'était rapporté comme une… Comme une situation tout à fait classique, une déclaration qui n’avait aucune incidence. De la même manière, Trump envisage de vider la vente de Gaza. Ok, pas ceci, on ne dit pas Trump envisage de commettre un crime, un crime de guerre, enfin bref. Donc, de manière générale, ce qu’on a vu, c’est que le peuple palestinien n’intéressent pas grand-monde parmi les gouvernements, à part ceux dits du Sud Global. Pas que, on a des gouvernements, soit en Espagne, par exemple, ou d’autres en Europe qui ont su avoir des voix fortes, mais assez peu. Donc je suis assez pessimiste, moi, sur la suite des événements, parce que même les pays arabes eux-mêmes sont dans un soutien qui est assez minimal, assez minimum. Et là, je parle des gouvernement, je ne parle pas des populations, parce que les populations arabes soutiennent évidemment les Palestiniens, mais au niveau des gouvernements, on voit que c’est beaucoup plus ambigu. Et c'était avant, bien évidemment avant le 2023, octobre 2023, mais on voit bien qu’il y a d’autres intérêts qui sont mis en jeu et qui passent avant la sécurité des Palestiniens, ou le droit à vivre tout simplement des Palestiniens, parce qu’on n’est plus dans la question de la sécurité, on est dans la question du droit à vivre, du droit a exister. Donc tu me demandais mon avis, bah écoute, j’en ai pas vraiment, à part que tout ça est lamentable et assez désespérant. Hunter Anders disait « Je suis désespéré que vous vouliez que j’y fasse ». Un peu mon état d’esprit en ce moment.
Ce droit international qui est remis en cause par tout le monde, etc. Est-ce que s’y accrocher, c’est pas aussi être dans un…
Alors, t’as raison, mais on est obligé de s’y accrocher parce que, une fois de plus, la justice internationale est née après la Seconde Guerre mondiale pour des très bonnes raisons. Pour essayer précisément de ne pas retomber dans des épisodes de barbarie comme la Seconde guerre mondiale, ça a plutôt fonctionné à peu près correctement même si l’ONU a quand même été toujours une machine très poussive. Et puis surtout lorsqu’on refait l’histoire des différents… Conflits, différentes crises internationales, depuis 1945. C’est vrai qu’en réalité, le droit est quand même dominé par les États-Unis à chaque fois. En gros, il y a des décisions qui sont appliquées ou pas appliqués, l’Union n’en tient compte, on n’en tient pas compte en fonction de ce qui arrange. On ressemble aux États-unis qui dominent cet équilibre sauf que, et puis des décisions de l’ONU, ce n’est pas nouveau qu’elles ne soient pas appliqué. Israël, ça fait des décennies qu’ils n’appliquent pas les décisions de l’ONU. Il y en a des dizaines et des dizaines sur le retour aux réfugiés, sur l’arrêt de la colonisation.
La France aussi n’applique pas, par exemple, des résolutions à Mayotte, de l’ONU contre elle, ça fait des années que ça n’est pas appliqué..
C’est vrai. Donc c’est pour ça qu’on peut déjà s’interroger depuis longtemps sur l’efficacité de l' EU, mais ce n’es pas nouveau. Il y a déjà des gens qui disent depuis des années, il faudrait supprimer tout. Mais bon, je trouve quand même que c'était un outil qui a le mérite d’exister. Il faudrait au contraire l’améliorer, le renforcer, lui donner plus de pouvoir, changer les équilibres politiques au niveau du Conseil de sécurité, et ainsi de suite. Il y beaucoup de choses à revoir.
Attention, dis donc, qu’est-ce que tu fais avec le micro, là ? Tu as un micro. Oh là là, est-ce-que c’est toujours bon, là, ou pas ? Attends, je crois que, oui, là a priori, ça devrait être bon. Bon, pardon. Fais attention. Je voulais bien faire comme dans un bureau. Ah mais non, mais tu n’es pas à France 2, là ! Justement, à France.t’es pas à France 2 là !
Justement, à France2 j’aurais fait gaffe tu vois. Mais là je me dis bon, j’avais presque oublié qu’on était en live. Le problème qu' on a c’est que… D’ailleurs il y avait une très bonne tribune de Jean-Pierre Filu dans le Monde il y a quelques jours qui expliquait précisément que ce qui s’est passé à Gaza est absolument crucial. C’est là que tout se décide. Finalement, c’est aussi pour ça que j’attache autant d’importance au-delà de l’insupportabilité des images qu’on peut y voir et qui nous obligent à réagir. C'était un peu l’avenir, même droit international, qui se joue à Gaza, c-à-dire que vu la quantité hallucinante, la gravité des crimes qui ont été commis, et compte tenu de la complicité de l’Occident, C’est-à-dire que c’est une folie, c' est une dinguerie. C' est-à dire que l' Occident a laissé se dérouler un génocide, a la laissait être assassiné. Alors les chiffres sont toujours un petit peu aujourd’hui encore incertain, mais on sait qu' il y a au moins 20 000 enfants qui sont morts, au moins vingt mille. Et donc à partir de là, tout tombe, tout s'écroule. Et aujourd’hui, on le voit bien, lorsqu' on discute du dossier ukrainien, qu' est ce que l Occident, enfin qu’est ce que les Européens vont aller… Comment les européens vont-ils faire les leçons à Trump, parce que, Trump, vous avez fait quoi, vous êtes en train de parler de droit, de droit mais il n’y a pas de droit. Il n’existe plus le droit. Et il peut s’appuyer sur ce qu’il a constaté des réactions des gouvernements allemands, des gouvernements britanniques, français, et ainsi de suite.
J’aimerais qu’on revienne sur ton travail, le travail de ton équipe autour d’un film qui est passé à la fois inaperçu et qui a été vu puisque, je le disais, il y a à peu près 500 000 personnes qui ont vu ce film sans publicité. Donc il s’agit d' un film qui est disponible gratuitement sur leur plateforme, qui est très dur, qui est insoutenable. “Gaza depuis le 7 octobre”, on est bien d’accord, ce qui est insoutenable, c’est la réalité. Mais d’abord, j’aimerais que tu nous dises pourquoi tu as fait ce film, comment tu l’as fait. Prends le temps d’en parler puisque t’as pas eu l’occasion de le faire ailleurs.
Le film, j’ai eu envie de le monter pour une raison extrêmement simple à la fin, début de l’année 2024 peut-être, fin 2023. Parce que j'étais confronté à cette réalité qui me paraissait sidérante, à savoir que moi je suivais de très très près tout ce qui se passait à Gaza par les réseaux sociaux, Instagram notamment, Twitter, Instagram. Et, évidemment, ce que je voyais était bouleversant, absolument atroce, scandaleux, ignoble. Tous les jours des enfants brûlés, des enfants mis en pièces, des enfants décapités, des enfant amputés, des enfants rendus orphelins. Les images étaient absolument terribles, c’est dérivé, ce sont des images qui font que, quand vous prenez le temps de les regarder. Vous ne pouvez plus ensuite passer une journée normale, c’est pas possible. Et ensuite je regardais les chaînes info, je regardai les médias classiques, France Télé, j'écoutais la radio. L’audiovisuel public est censé pourtant incarner une certaine forme de hauteur, de neutralité, de qualité. Et alors, ces images, je les voyais nulle part à la radio, je ne pouvais pas les voir, évidemment, mais ce n'était même pas mentionné à la radios. À un moment, j’ai même vu un truc sidérant sur France 2, c'était un peu plus tard, ça, c'était peut-être au printemps 2024, où, dans la même nuit, il y avait eu… Alors c’est de l'à peu près que je vais faire, parce que je ne suis pas venu avec des fiches en particulier, Et derrière mes nuits, il y avait eu une roquette, je crois, qui était tombée côté israélien dans un camp militaire. Il y avait eu 3-4 morts côté israélien, dans un camps militaire, je tiens à le préciser. C’est important pour comprendre l’anecdote. Et donc il y a 3- 4 soldats qui étaient morts. Et puis, il y avait les frappes habituels qui continuaient du côté gazaoui. Et là, on avait, je croit, 20 morts, des familles, des tantes, etc. Et France 2, elle était capable de nous sortir un reportage sur le camp militaire avec la photo des 4 soldats victimes. Voilà, en nous montrant la tristesse de tout le monde, etc. Dans le camp militaire israélien. Et puis, dans l’une des deux éditions, il n'était absolument pas fait mention de ce qui s'était passé du côté des Palestiniens, puis dans l’autre, c'était une ligne. Par ailleurs, une frappe a touché un camp. Alors que de l’autre côté, on avait 5 fois plus de morts, et c'étaient des civils. Donc, ce déséquilibre-là, il m’a tellement choqué. Pourquoi ? Alors évidemment, on rappelle la situation. Netanyahou qui empêche les journalistes étrangers d’entrer dans la bande de Gaza. Donc déjà, la couverture classique d’un conflit, même si c’est pas vraiment un conflit ça peut en reparler aussi, c'était pas un conflit, c’était vraiment un massacre. Donc la couverture d’une conflit classique n’est possible, ce que moi j’ai fait pendant des années. On peut pas, en principe, situation de guerre, bombardement, tout ce que tu veux, les journalistes rentrent, ils rentrent. Ils sont là, ils sont identifiés, ils ont un gilet avec marqué dessus TV ou presse, ou tout ce que tu veux. Et là, pourquoi ? C’est fait exprès, c’est pour qu’il n’y ait pas de preuves, c' est pour qu il n' y ait pas des témoins, c’est pour que le monde ne puisse pas s’offusquer, précisément. Ce n’est pas un hasard si les journalistes ont été visés en priorité. Donc selon les bilans, entre 150 et 200 journalistes palestiniens, parce qu' il y a aussi des gens, des médias français qui ont été capables, je pense à Géraldine Woesner du point qui était capable d'écrire qu’ils n’avaient pas de journalistes palestinien à Gaza, que c'était un concept inconnu. Alors ça, c’est très intéressant, parce que je t’entendais dire aussi quand j'étais en train de t'écouter avec passion. Bon, il qui critique les médias, il donne pas beaucoup de noms. Je t’en donne un, mais je peux t' en donner plein. Donc ça, très bien, cette remarque de Mme Woesner qui exprime tout le racisme. Qui sous-tend énormément des réactions dans les médias classiques. Parce qu’il y a du racisme, c’est ça la réalité. C’est que beaucoup de gens, en France et dans les milieux notamment, traitent le conflit palestinien, en tout cas les massacres de Gaza, les massacres désormais en Cisjordanie, en ayant un inconscient qui leur addiction que ce sont des Arabes, des Musulmans et que ça compte moins. La télé ne relate pas, ne montre pas ce qui se passe. Mais honnêtement, pendant six mois, tu ne vas pas voir une image, tu ne va pas voir un cadavre palestinien. Et donc, je suis scandalisé, donc je dis, on va le faire nous, puisque les images sont là. En revanche, ce n’est pas vraiment le rôle d’un parlementaire à monter un film. Mais je suis toujours journaliste. Et donc je me suis doté d’une petite équipe qui dépassait mon équipe classique parlementaires. On a embauché un monteur, on a embaucher une documentaliste. Parce qu’on avait vraiment le souci que nos sources soient sûres, que ce ne soient pas des images de propagande, que ce soit pas parce qu’en plus il a été raconté à un moment par les porte-paroles, du tout cas les soutiens de Netanyahou en France, etc. Tu sais, les images là-bas étaient fabriquées, on l’appelait ça « Pollywood ». Les gens disaient « Non, c’est pas vrai, c’est pas un vrai bébé ». Même c'était Estrosi qui avait racontée ça aussi dans une interview. « Non mais là, le bébé que vous avez vu, c’est un bébé en plastique ». Tu te rends compte quand même la honte ? Et tout ça, ces gens-là, ils parlent en toute impunité. Si tu te mets à défendre les patients, tu risques de te retrouver dans des policiers pour t’expliquer pour apologie du terrorisme parce que tu as simplement dit « Ça pourrait s’arrêter, la génocide ». Par contre, de l’autre côté, tu peux dire « N’importe quelle dinguerie, c’est open bar ». Bref, donc il y avait aussi la question de savoir si l’image, elle était authentique, si vraiment ce n'était pas une mise en scène. Donc on a fait vérifier tout ça, on a vérifié les sources, on voulait non plus pouvoir être accusé que tel ou tel journaliste, en tout cas fournisseurs d’images, soit amis du Hamas ou qu’il ait été associé à une action du Hamas ainsi de suite. Donc on a fait ce travail, ça a été long parce qu’une fois de plus, on n’est pas équipé en tant que parlementaire. Et on a sorti le film effectivement, je crois, au printemps 2024.
Tu l’as expliqué tout à l’heure, justement, personne ne peut filmer ce qui se passe dans la bande de Gaza. C’est d’ailleurs, si on fait un peu l’histoire, les guerres irakiennes, c’est l’avènement des chaînes d’infos, c' est CNN qui est embêté par l’armée américaine, parce que l’Armée Américaine ne veut surtout pas refaire le Vietnam, donc elle veut contrôler ces images, et là, on arrive à un nouveau système qui est carrément, on n’a pas d’image, on tue les journalistes, enfin voilà, il y a une progression depuis 50 ans. C’est dingue.
Depuis 50 ans. Oui, oui, parce que tu as raison de rappeler la première, excuse-moi, la deuxième guerre du Golfe, qui est très, très médiatisée, la première guerre en direct à la télévision et des images contrôlées. Parce qu’effectivement, la question de la communication est très importante dans une guerre, puisque chacun, parce qu’il y a la guerre sur le terrain, mais ça passe aussi par une guerre de communication, on l’a vu notamment avec la guerre du Kosovo. Où l' OTAN, la France notamment, ont désinformé les gens pour les entraîner dans l’adhésion à l’agression de la Serbie, avec beaucoup de fake news à l'époque.
Vous avez voulu absolument vérifier et sourcer vos images. Comment vous y êtes pris exactement ?
Bonsoir, bonjour Mathis.
Bonjour, tu es collaborateur comment c’est quoi ton titre ?
il n’y a pas de terme exact ces collaborateurs attachés ou assistants parlementaires Sur les images, déjà, dès qu’on avait un doute sur la provenance ou quoi, déjà on ne prenait pas. Nous, ça éliminait pas mal d’images. On avait quand même un gros gros stock, ce qui me permettait de pas prendre ce genre de risque. Et c’est vrai qu’en général, on remontait sur les comptes, soit à Twitter, Instagram, on essayait de voir s’il y avait des articles de presse qui avaient parlé de certains journalistes pour essayer aussi d'être sûrs que ce soit des gens qui soient vraiment sur place, que ce ne soient pas des comptes qui aient été créés comme ça un peu de toutes pièces, pour, voilà, comme Henri disait, ceux de propagande ou de fausses images, etc. Et donc voilà, on fait un peu d' Osint au final sur remonter à chaque fois, à l’origine des comptes. Essayer de trouver des choses qui pourraient nous mettre la puce à l’oreille sur « tiens, c’est bizarre cette image. » Enfin, il y a des images sur son compte où il a pu être identifié sur des images qui ne semblent pas être à Gaza. Enfin, c’est des montagnes, on se dit « mais c’est pas Gaza ici, c’est autre chose ». Donc voilà, essayer un peu de tracer, voilà, et dès qu’on avait un doute, de toute façon…
Oui, il y avait aussi le fait, tu l’as dit peut-être, de vérifier si le nom de la personne qui a filmé avait déjà été évoquée dans d’autres médias.
Ouais, on avait complètement essayé de remonter, des fois il y avait des articles, que ce soit en France sur l’Humanité ou d’autres journaux qui ont pu faire des articles en 2020 ou sur certains journalistes.
Souvent, on validait comme ça, souvent la personne qu’on prenait sortait pas de nulle part. Souvent on trouvait son nom dans un article il y a deux ans, trois ans. Des choses qui vont beaucoup énormément perturber, c’est qu’il y a des enfants qui meurent à l’image. On n’a pas juste des enfants en train de mourir, on n’en a pas juste d’enfants en train d'être blessés. On n’a plus les enfants qui vont être pris en charge dans des conditions terribles dont on ne sait pas ce qu’ils vont devenir. On a des enfants qui livrent leur dernier souffle, on filmait comme ça. Et on dit, on fait quoi avec ça ? Parce que c’est des images absolument bouleversantes. Et on se dit, mais on ne peut pas voler cette intimité, on ne peux pas la voler. Tu sais bien, c'était contraire à toutes les règles de ce qu’on apprend, c’est pas possible. Et je crois d’ailleurs qu' on en a enlevé celle-là. Je ne suis pas sûr qu’il y ait… Bref, à chaque fois, on s’est posé la question, on a eu un nombre de questionnements énormes. Puis on en a mis beaucoup quand même des images où on a des gens qui sont en situation évidemment dramatique, etc. On l’a mise quand même parce qu’on se dit, mais il y a tellement de téléphones qui tournent, c’est fait exprès, et s’ils tournent si les familles tournent si les amis tournent et les survivants tournent ce qu’ils peuvent, c'était parce qu’ils avaient tous ce besoin absolu que ce soit vu. Donc la question du respect, de l’intimité d’une personne, etc, de la dignité, ce qu’on appelle le respect de la dignité, etc., tout est remis à plat. Et là, on se dit que le monde doit savoir. Le monde doit le savoir. Ta propre mort ne t’appartient plus dans ces circonstances-là. Ça devient la preuve d’un moment historique qu’on est obligé de livrer, parce qu’il faut le dénoncer. En tout cas, c’est tous ces questionnements qu' on a dû avoir. Avec ces difficultés de la redondance des choses à montrer. Ce qui n’est pas redondant, forcément, c’est les déclarations des uns, des unes et des autres, des officiers de l’Israélien, mais pas que, parce qu’on va avoir aussi des observateurs, on va avoir des éditorialistes, des journalistes qui s’interrogent des humanitaires, des français, donc des gens du droit international, qui interroge précisément sur ce qui est en train de se passer. Donc il y a notamment les images, et puis on a des gens qui essayent d’expliquer ce qui en train se passer, donc on a les interventions du ministre de la défense, de Netanyahou, de députés de la Knesset qui, par leur déclaration, explique pourquoi le mot de génocide est tout à fait approprié, surtout quand on met cette déclaration en parallèle des images qu’on voit. On comprend que tout ça c’est pas fortuit, on comprend que non, ce n’est pas des accidents, on ne comprend que ce n’est pas de dommages collatéraux, qu’il y a une intention génocidaire derrière et ainsi de suite. On a des analyses qui nous le commentent, on a également la voix des Israéliens pour la paix, qui s’offusque des jeunes personnes qui devaient être enrôlées dans l’armée, qui refusent et qui se retrouvent emprisonnées parce qu’ils refusaient d’aller servir dans l’armée. Mais on voulait aussi montrer la diversité des points de vue, et montrer aussi qu’il y a des voix en Israël, même si elles sont très peu nombreuses, qui condamnent absolument depuis le début ce que fait Netanyahou.
J’avoue, contre mes préjugés, je me disais que cet Aymeric est plus dans sa permanence sur Twitter, dans ses combats, qu'à l’Assemblée. Mais pas du tout. Dis donc, ton assiduité, elle est très haute. J’essaie de faire les deux. – Les gens ont le sentiment, oui, alors en plus… – Donc, je sais pas, Nayan, si tu as le… Voilà. Il y a plusieurs sites qui permettent de connaître l’assiduité et le travail des parlementaires qui sont basés sur des données publiques. Il y en a DATAN, qui est le truc de Nodéputés.fr également, et DATAN qui est vraiment lié à l’Assemblée, je crois. Voilà. Et donc, on peut voir ce que chaque député vote, sa présence en commission, sa présance dans l’hémicycle, etc., et pas uniquement le mardi après-midi, quand il y a les caméras.
En fait, c’est très étonnant, moi par exemple, mardi après-midi, on précise pour ceux qui nous regardent, pour nos invités, je t’ai trouvé un nouveau nom, c est… Ah c' est génial ! Ah ouais, bah ils sont invités ! C’est les questions au gouvernement. Oui. Donc effectivement, il y a beaucoup de députés qui vont se pointer ce jour-là pour dire aux gens qu’ils regardent sur les réseaux, je peux pas regarder, coucou, je suis là. En fait, mon engagement sur Gaza a été tel… Et surtout, j’ai cru comprendre qu’il détonait un petit peu par rapport à la musique politique générale parce que franchement, moi j’aimais honte du personnel politique français. Honnêtement, quand je rentre dans l’hémicycle c’est vous qui avez sauté le génocide ? Allez donc, et moi je m’assoie avec vous. Très honnêtement, je ne parle pas de mon groupe évidemment, je parle de tous les autres. Je crois que j’y ai pu avoir, très très très modestement et très marginalement, une petite utilité sur Gaza. J’essaie d’avoir une utilité sur un tas de sujets. Tu disais, c’est quoi ton activité ? Enfin, oui, t’as l’assemblée, etc. Oui, je porte des sujets, j’ai été rapporteur pour avis sur le budget, le audiovisuel public, par exemple. C’est un sujet qui m’intéresse énormément. Il y a un autre audiovisuel public. J’ai essayé de porter beaucoup de causes sur les animaux. Malheureusement, je n’ai eu aucun soutien de personnes, même de ceux qui devaient me soutenir. Donc, ça me pose un petit problème. Sur l'éducation, l’enfance m’intéresse beaucoup. Ça ne t’intéressent peut-être pas ceux qui nous entendent, mais là, je rencontre demain le réacteur pour parler des fermetures de classe dans la circonscription. Donc ça, c’est du concret. Quand on arrive à trouver un logement à quelqu’un qui galère, bien que le député ne soit pas sa fonction en principe, mais on est là quand même pour pousser des dossiers. Quand on a arrive à un logement social à quelqu',un qui n’en peut plus, qui en galère de logements depuis dix ans et tout, Ah ! Tu vois, on se réunit avec l'équipier, on a servi à quelque chose. Moi, c’est ça qui m’intéresse. On ne t’intéressent pas du tout, du tout. Il y a toute une partie du costume poétique qui ne me plaît pas, qui est celui réellement de la posture, où tu en campagne toi-même en permanence. Tu vas aller faire des matinales, tu n’as rien de spécial à dire, tu n’as rien de neuf à dire. Qui y va juste parce qu’il faut occuper l’espace, il faut taper sur l’adversaire, parfois avec mauvaise foi. Il y a quelque chose dans l’ordre du débat politique qui ne me convient pas parce qu il y a une tendance générale à systématiquement caricaturer l’opposant, pas forcément l’adversaire. Parfois c’est vraiment un adversaire, parfois c' est juste un opposant ou parfois même c' est un partenaire. Mais il y a un truc, tu vois, de l’ordre du calcul permanent qui fait que ta parole n’est pas tout à fait honnête.
Merci infiniment pour vos soutiens et vos dons, c’est ainsi que nous fonctionnons. Voilà, alors qui ? Ah la question rituelle ? Est-ce que quelqu’un l’a la question rituelle dans le tchat ? Il fallait lire les fiches ? Non ? Bon, ben je vais te la poser. Qu’est-ce-que nous avons fait, mon cher Aymeric Caron, pendant plus de deux heures ce matin ?
Elle est bien ta question. C’est à toi de me le dire. Je peux te dire ce que j’ai fait. Je me suis levé, je me suis mis en retard. J’ai regardé un bout d'émission en disant « Zut, zut, il nous attend, il nous attend ». Je suis arrivé parce que tu as eu la gentillesse et l’amitié de m’inviter. J’y ai répondu à tes questions. Voilà ce que je fais. Maintenant comment toi tu vois cet exercice ?
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