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Gilles Perret : reprise en main

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Transcription de l’émission

David Dufresne
C’est un film de bonne humeur, de bon esprit. Ça fait du bien quoi.
Gilles Perret
On s’est inspiré d’histoires de copains, de voisins. Donc en fait, c’est très très documenté. C’est très précis sur le fond, sur la forme, c’est plutôt plutôt léger, mais c’est vraiment inspiré du réel. Pour le coup, même si c’est une fiction, c’est inspiré du réel. C’est la finance qui imprime le rythme.C’est eux qui demandent des taux de rendement rapide, ce qui est tout le monde court après ça. Pour le roi, la recherche de prix de la main d'œuvre le plus bas possible qui fait bouger ses entreprises et les salariés tout autour de la planète dans le temps pour mettre à bas des règles ou les enlever. On ne s’attaque pas au problème de répartition des richesses parce qu’on voit à quel point les financiers se sont gavés ces dernières années et continuent de se gaver éhontément depuis depuis la crise. Et c’est tous ces mécanismes là qu’on décrit qui le permettent. Mais c’est sûr que ce n’est pas avec la main de la finance qu’on est à la tête de l'État en ce moment où ça va se passer.
David Dufresne
Amis du café et amis de la police. Bonjour, bonjour, bonjour Les manifestants d’hier à aujourd’hui, on reçoit Gilles Perrret, le documentariste qui s’essaye maintenant à la fiction. Alors il donne plus et ça rigole plus. Attention, on enlève les lunettes. Bonjour Monsieur Gilles Perret
Gilles Perret
Bonjour Monsieur Dufresne. Ça va ?
David Dufresne
Je suis allé voir le film. Tu sais, dans ces cinémas réservés à la presse, où le fauteuil est extrêmement confortable et où il y a un gros risque d’assoupissement. Je ne me suis pas assoupis, j’ai adoré.
Film
Faudra bien qu’il se décide à la changer cette putain de machine. Et ce serait un fonds de pension anglais ou américain ? Apollo est prêt à signer pour 60 millions. C’est super, Apollo c’est les pires. Et toi, toi ça te fait rien de te faire du fric sur la vie des ouvriers ? Non mais attends, je choisis ton compte ! Va être racheté par des charognards. Moi je peux pas laisser faire ça. Et pour ça, j’ai besoin de vous. On va monter notre propre fonds d’investissement. Le côté financier maintenant. Tu as bien allure avec tes chaussures de marche. Le projet vers la vallée en forme le conseil d’administration. Et pour ça, on a juste besoin d’une petite mise de départ de 5 millions. 5 millions. Eh bien tout à fait, merci. Si vous réussissez à l’avoir, 45 millions, c’est le coup du siècle. Attends, mec, c’est gagné. Le frisson ? Il y avait un concurrent très bien et montrer que vous êtes les meilleurs. Mais ne t’inquiète pas, on va se battre et le prix peut s’effondrer. Mais ça ne vous dit rien ? Donc vous allez voir la bande. Alors on s’est fait prendre pour des cons.Oui, un peu, mais parce que je suis moi-même du sérail. Donc si tu veux, je pense qu’il va falloir s’endurcir. On va les niquer, on les garde, mais on va se planter. Toi, tu aurais pu te battre, aurait pu sauver tout le monde et t’as rien à foutre de faire ce que crétin ! Ça veut dire qu’on ne peut pas se permettre de travailler par amour de l’humanité.
David Dufresne
Perret Gilles, vous êtes né en juin 1968. Très bonne année. Vous êtes donc mon cadet depuis deux mois. On vous doit les jours heureux, on vous doit l’asocial je veux du soleil. Debout les femmes ! L’Insoumis est donc, à partir de mercredi, reprise en main une fable montagnarde et ouvrière sous fond de capitalisme vorace qui marque l’irruption dans le doux monde de la fiction plutôt bobo. Et là, tout d’un coup, tu arrives et tu nous fais une petite comédie sociale, c’est-à -dire un film drôle sur un truc pas drôle. L’histoire de cette entreprise de décolletage. Tu vas nous dire de quoi il s’agit ? Qui est menacé de rachat par des méchants Américains ou anglais ? On ne sait pas trop au départ. Pour nous aussi qui c’est à Londres ? C’est américain, on ne sait pas faire. Bref, voilà.
Gilles Perret
Et puis stop, ça suffit, on va voir comment on peut se reprendre en main et reprendre notre avenir en main en fait,du coup, ils se déguisent,décident de se déguiser en financiers avec leurs potes d'école de lycée. Donc il y a des histoires qui surgissent des ES pour piquer la boîte. C’est fonds d’investissement en utilisant les mêmes méthodes qu’eux qui s’appellent des méthodes des Delbo et une méthode guerre qui est assez dégueulasse, qui inquiète même la Banque centrale européenne à ce moment parce que ça a créé des taux …
David Dufresne
Puisque bon,t’as un comédien qui est parfaitement anglophone qui dit donc le terme LBO, ça veut dire.
Gilles Perret
Leverage by out. Donc c’est rachat par effet de levier, mon cher Piaget. Alors cette méthode, en fait, consiste à racheter des boîtes et de mettre de sa poche qu’une petite partie du rachat d’environ 10 à 20 % et tout le reste est racheté par un fait, par un emprunt. Jusque là, vous allez me dire oui, mais ces boîtes, elles coûtent cher, donc c’est normal qu’on fasse un emprunt. La grosse différence, c’est que vous, quand vous achetez une maison, un appartement ou un appart, si vous avez les moyens d’en acheter des biens, l’emprunt, c’est vous qui le rembourser. Sauf que là, c’est pas vous qui c’est pas le fonds d’investissement qui rembourse un emprunt, c’est la boîte qui a été rachetée, qui se rembourse et donc en fait elle se rachète elle-même. Donc en gros, ça veut dire que même en menant 10 à 20 %, vous êtes propriétaire de la boîte. Le truc malin de Elbow, le bail out, c’est qu’en fait on est toujours dans l’inconscient collectif. Ils achètent des boîtes pour les revendre plus cher quatre ans plus tard, etc. Et ils sont malins et tout. Mais en fait ils ne vendent pas plus cher la boîte. Il s’en fout de la rendre plus chère parce qu’en fait, contrairement quatre ans plus tard, il empoche tout ce que la boîte a remboursé sur l’emprunt. Et comme ils demandent des taux de remboursement de l’ordre de 15 %, si la boîte, elle vaut 20 millions d’euros ou 15 % par. An. Sur quatre ans, vous voyez ce qu’il empoche ? Parce que quand il remonte, bien évidemment, il empoche tout ce qui a été remboursé sur les quatre ans. Donc, même s’ils demandent pas plus cher ou même un peu moins cher, de toute façon, c’est bingo. Tout ça, ça a des conséquences sur la boîte. Ce qu’elle est sur endetté, c’est qu’elle a plus de marge de manœuvre pour investir dans les machines. Évidemment, tout cet argent qui quitte l’entreprise, bah c’est autant d’argent qui n’est pas reversé aux salariés et à l’innovation. Donc voilà. Et ça, ce n’est pas ma petite histoire dans ma petite vallée en Haute-Savoie. Ce n’est pas une petite histoire unique parce que l’année dernière, mais en 2021, le volume d’affaires, c’est 1000 120 milliards de dollars qui ont été investis comme ça en Elbow. Et c’est pour ça que je citais la Banque centrale européenne tout à l’heure, qui s’inquiète aujourd’hui du surendettement des entreprises, qui a atteint un taux d’endettement qui est équivalent à celui de 2008 avant que ça ne vous saute à la figure. Donc moi, dans mon histoire, je me suis dit bah finalement, puisque les fonds d’investissement, ils ne sortent pas beaucoup d’argent de leur poche, les ouvriers sont pas plus cons, donc les fonds d’investissement, sinon ils ont pas beaucoup d’argent eux. Ils vont faire aussi une nouvelle B.O. Est ce qu’il faut avoir les bons golds ? Faut se déguiser un peu en financier, faut trouver quand même la mise de départ. Et puis forcément ça fait un peu de comédie parce qu’ils ne sont pas toujours au top dans les règles et dans la façon de faire dans le milieu de la finance.
Film
Donc toi ça ne me surprend pas. Donc c’est financier de merde. Et puis les supports sur le web zéro principe, zéro engagement. Le type qui fait l’escalade mais en salle. Bientôt il va faire un tour de France mais en vélo d’appartement. Prudent. Non mais c’est moi votre histoire, hein ? Allez, je dois y aller parce qu’on m’attend à la maison. Je. Sais pas moi en fait. Bien au contraire.
David Dufresne
Et là, le film bascule.
Film
J’ai une proposition à vous faire. Un truc génial, un truc énorme. On va monter notre propre fonds d’investissement. Ha Ha ! Ha ! Nous oui. Mais à notre arrivée, on n’est pas plus d’accord maintenant. Tu as bien l’allure de tes chaussures de marche ? Non mais si les fonds d’investissement achètent des entreprises sans argent, je ne pourrais pas le faire. Ha bah oui, c’est facile, si on fait ça en deux coups de cuillère à pot.
David Dufresne
Alors ça plombe un peu. Là, on se dit merde, je suis le pire dans ces documentaires là. Non, non, non, non, non,t’en malin Parce que le film, en fait, tu nous fais exactement les mêmes trucs que dans les documentaires, c’est-à -dire une vision sociale que nous partageons, mais il nous habille en histoire, en comédie.
Gilles Perret
Ou non un des premiers pas étonnés parce qu’on a écrit de la comédie, mais à quel point ça rigole dans les salles ? Parce qu’en fait, si tu avais laissé poursuivre l’extrait, mais tu n’as peut-être pas, c’est que tout ça, ça se finit quand même par une soirée bien arrosée où vous échafauder leurs plans de reprise derrière et voilà. Donc ça part un peu dans le délire par moment et donc ça rigole forcément Parce que déjà on s’appuie sur un comédien qui s’appelle Grégory Montel, qui a aussi la capacité de rendre drôle des situations, mais aussi parce que forcément, ces trois copains ont des histoires qui sont parfois lourdauds quand justement ils vont mettre les pieds dans le monde de la finance à Genève qui est tout proche. Ça donne l’occasion de voir des scènes plutôt cocasses. Et puis, et puis et puis voilà, c’est des histoires de copains, donc des histoires de copains. On est pas toujours toujours très fin qu’on est entre nous. Et cette histoire là, ça met de l’humanité et de la comédie et de la drôlerie dans un dans un monde qui effectivement n’est pas super sexy.
David Dufresne
On te demande l’ironie sous-jacente, permet elle de faire passer des messages précis ? Alors c’est pas sage
Gilles Perret
J’aime bien faire des films qui servent à quelque chose. Donc effectivement, ça sert à faire passer de l’information, ça sert à faire passer des messages, mais sans être chiant.
David Dufresne
Est ce que tu pourrais nous parler de cette vallée qui la tienne ? La vallée de larmes, c’est ça, comme on dit en Haute Savoie, où il y a en fait tout un tas d’usines que tu filmes. Donc l’usine, L’usine Berthier qui, il se trouve, a été l’usine dans laquelle tu as travaillé. Tu as démarré parce que toi, tu n'étais pas du sérail. T’es comme moi, quoi, t’arrive, tu arrives, tu arrives sur le côté, t’es pas du sérail, tu as commencé dans cette usine. Donc voilà, il y a évidemment quelque chose de très biographique dans ce film. C’est quoi ces usines de décolletage dans cette vallée ?
Gilles Perret
En fait, dans cette vallée, on a l’habitude de dire que c’est la plus grosse concentration au niveau du nombre d’entreprises qui travaillent toutes dans le même secteur d’activité. Donc il y a bien longtemps déjà, il y a une quinzaine d’années, une vingtaine d’années, on appelait déjà ça un cluster. Mais entre-temps, le store est devenu autre chose. Et en fait, on fait de la mécanique de précision. Donc on part de barres de métal, d’acier dès que ce métal est travaillé, usiné, percé, travaillé dans tous les sens et pour faire des petites pièces, principalement pour l’industrie de l’automobile. Et donc là, la boîte, par exemple, dans laquelle on a tourné le travail pour tous les tous les constructeurs automobiles du monde, y compris des Chinois, des Indiens, des Coréens et donc toutes les dents. Si vous avez une voiture, il y a entre 150 et 200 pièces qui viennent de palettes. Donc effectivement, moi j’ai grandi là bas, j’habite toujours là bas, dans la ville, dans un village à quinze kilomètres au sud de cette vallée, dans un petit hameau. Et mes parents travaillent dans ces usines. Et effectivement, moi je ne vais pas du monde du cinéma, je n’ai pas de jouets, j’habite pas à Paris et j’essaye aussi de proposer un cinéma un petit peu différent de ce qu’on voit plus d’habitude un sur deux sur les questions sociales. Et comme j’avais un diplôme d’ingénieur, je faisais partie des résistants.
David Dufresne
Pourquoi t’as dit J’essaie de proposer, c’est sympa, tu proposes, c’est pas à toi de le dire.
Gilles Perret
Je propose.
David Dufresne
Et nous, nous aimons ça.
Gilles Perret
Et je propose donc un cinéma un peu différent, social, qui n’est pas très présent sur les écrans de cinéma. On ne peut pas, et en plus en général avec des histoires sociales comme lorsqu’il est présent, qui se finissent plutôt mal. Donc l’idée c'était aussi d’amener une histoire sociale qui se finit bien. Et si j’ai travaillé dans cette usine, c’est juste que je faisais partie des rares fils d’ouvriers à avoir un diplôme d’ingénieur et j’ai un diplôme d’ingénieur en électronique et automatisme. Et du coup, au début de ma carrière, j’ai installé des machines automatiques dans la boîte. On a filmé cette histoire là, donc je connais bien les ouvriers. Je connais bien cette boîte depuis 20 ans. J’ai fait un premier documentaire qui s’appelait Mondialisation déjà et qui parlait de ça. Donc voilà, je vis là bas et j’ai l’impression que, en vivant là bas et en ayant connaissance de milieu social et ce métier, bah je raconte pas trop de bêtises et que j’essaye d'être juste et le plus précis possible pour que déjà les gens du coin et les gens de la vallée s’y retrouvent.
David Dufresne
Cédric c’est le personnage principal, c’est celui qui est au centre de l’image. Et ce Cédric, il a des traits communs avec toi.
Gilles Perret
Ouais en fait oui, voilà, c’est juste qu’il a un rapport avec son père qui est un ancien syndicaliste qui est à la retraite au début un peu en conflit avec son père parce qu’il ne veut plus entendre parler de ses histoires syndicales et politiques. Et puis, et donc lui après ? Par son courage et sa détermination et aussi son intelligence, il réussit à finalement se réapproprier la boîte et finalement mettre en place les théories de son père. Du coup, il y a un rapprochement à la fin qui est très très émouvant et son père est joué par Rufus. Et donc des similitudes, il y en a après ce film. En fait, il a irrigué toute ma vie dans le sens où il y a des copains. Il s’est inspiré d’histoires de copains, de voisins. Donc en fait, c’est très très documenté, C’est très précis sur le fond, sur la forme, c’est plutôt plutôt léger, mais c’est vraiment inspiré du réel. Pour le coup, même si c’est une fiction, c’est inspiré du réel.
David Dufresne
Alors ça, ce sont des images qui sont absolument magnifiques, qui reviennent, qui ponctuent le récit, qui sont pour le dire vertigineuses. Donc j’imagine, c’est filmé aux drones, il n’y a pas de corde
Gilles Perret
Il n’y avait pas de corde et on a vu que tout le monde se rassurait. Nous n’avons pas mis en danger la doublure de pierre qui est un copain qui fait pas mal d’escalade et il y a une corne mais qu’on a effectivement effacé en effets spéciaux après parce qu’on n’allait pas, c’est sûr. Je ne suis pas sûr que les assurances du film auraient été d’accord qu’on envoie quelqu’un sans corne sur une paroi de 300 mètres de haut. Quant aux effets spéciaux, c’est pas une, c’est pas de monde. Mais par contre, il y a quand même des effets spéciaux sur des questions météo et sur des aspects comme ça.
David Dufresne
Dans la montagne. Les gens qui grimpent à ce moment-là, si j’ai bien compris, il n ' y a plus d'échelle sociale, de hiérarchie, c’est tout le monde est petit et petit face à face à la montagne et ça permet des rencontres.
Gilles Perret
Oui, en fait c’est ça, c’est que la montagne imprègne beaucoup l’histoire de la vallée, parce que c’est avec les ouvriers, les patrons, tout le monde va un peu en montagne et au chalet, ça va faire la montagne en balade ou dormir en refuge. C’est vraiment très pratique et c’est vrai qu’il y a ce côté là en montagne, c’est que les barrières sociales tombent et l’apparat tombe et que du coup on peut se retrouver à discuter et à se tutoyer assez rapidement avec des gens qui ne sont pas du tout dans la même, de la même condition sociale, ce qui dans la vraie vie n’arrive quasiment pas. Un financier qui bosse sur la place financière de Genève est ce qu’il va rencontrer un jour, dans la vraie vie, un ouvrier décolletage de la vallée de l’Arve ? Je ne suis pas sûr parce qu’il y a la barrière et parce qu’il y a l’apparat aussi. Elle costume. Et à la dialectique qui fait qu’il y a des barrières qui se dressent. Les financiers sont très contents de dresser cette barrière là parce que ça leur permet de garder leur leur superbe et de faire croire que leur métier est super compliqué. Et nous, dans le film, on montre que c’est pas si compliqué que ça. C’est juste qu’il faut avoir le costume. La dialectique et le réseau.
David Dufresne
Les images de cette montagne sont époustouflantes. Sauf que ça fait très peur. Et c’est vrai que moi j’ai ressenti ça. Sans déconner.
Gilles Perret
C’est un film d’horreur. Non, non, non, C’est vertigineux, c’est vertigineux. C’est un peu fait pour. C’est à dire que quand on ouvre le film avec ça, pour se dire ce mec là, il est en train de faire un truc de dingue et on ne va pas être tellement surpris qu’après on va se lancer dans une histoire de dingue. Et puis en même temps, c’est vrai que ces images sont un petit peu renversantes et que ça, nous, ça nous installe tout de suite dans autre chose. Et c'était le but de cette séquence d’entrée en escalade, de prendre le spectateur tout de suite, le plonger finalement sans tomber dans cet univers de montagne qui est un peu renversant. Effectivement, il y a un contraste qui est voulu, c’est que finalement, ce mec là, il est à l’aise avec les éléments naturels, il est lui-même et puis il se sent bien quand il fait ça et on n’est pas dans l’artificiel.
David Dufresne
Moi là, généralement dans les films dits feel good, je n’y vais pas et je ne savais pas que ça serait ça. C’est pas good, mais c’est un film de bonne humeur, de bon esprit, ça putain, ça fait du bien quoi. Permanent. C’est à dire qu’en fait, c’est pas simplement pour nous faire du bien, c’est pour nous véhiculer des messages en fait.
Gilles Perret
Déjà, oui, je pense que quand tu parles faire du bien, je crois que c’est important. En ce moment, on a quand même un automne qui n’est pas forcément très réjouissant vu ce qui nous attend. Donc il faut aussi être combatif. Et je crois que justement ce film, en jouant sur ces affects positifs, sur le rire mais aussi sur la combativité, avec une histoire qui se finit bien, on a des spectateurs qui tous les soirs, ça fait un mois et demi qu’on était tous les soirs dans une salle différente. Des gens qui nous disent Ah merci, ça nous a foutu la paix. Je sais, on a la niaque en sortant, on a le sourire et tout et je crois que ça contribue aussi à redonner de la force dans les dents les batailles qui s’annoncent ce film. Et puis c’est vrai que moi j’ai quand même du documentaire et que j’aime bien. J’ai rien contre les histoires d’amour et contre des histoires de je ne sais pas quoi, mais qui se passent beaucoup dans les milieux bobos parisiens. Mais moi c’est pas mon truc. J’aime bien passer aussi des messages et d’amener un peu de savoir et d’amener aussi des techniques pour ne pas se faire prendre pour des imbeciles,puis je crois que quand on est un citoyen un peu avisé, averti sur les mécanismes qui sont à l'œuvre, on est plus capable de le contrer ou en tout cas de voir qu’il y a du possible. Et là je pense que j’espère qu’on va mettre cette question de L.B sur la place publique et notamment dans le débat, dans le débat politique. Pour justement que les gens s’emparent un peu de ce sujet là. Avec les connaisseurs. C’est ardu sur le papier, mais dans les faits, c’est pas si compliqué que ça c’est la finance qui imprime le rythme, qui demande des taux de rendement rapide. C’est eux qui tout le monde court après ça pour leur à la recherche du prix de la main d'œuvre le plus bas possible qui font bouger ces entreprises et les salariés tout autour de la planète ? Et c’est la finance qui est derrière tout ça qui impose ce rythme là. Tant qu’on ne mettra pas des règles là ou les enlever. On ne s’attaque pas au problème de la répartition des richesses. Parce qu’on voit à quel point les financiers se sont gavés ces dernières années et continuent de se gaver éhontément depuis. Depuis la crise. Et c’est tous ces mécanismes là qu’on décrit qui le permettent. Donc ça, c’est des mécanismes qui sont, qui sont moins légaux, C’est ça c’est là qu’est le problème. Donc, si c’est légal et si c’est légal, pardon, eh bien, légal. Dans légal, il y a la loi, c’est qu’il faut mettre des lois qui justement restreignent l’impact de cette finance sur l’industrie et on résoudra aussi les problèmes environnementaux. Parce que quand on arrêtera de faire courir les gens tout autour de la planète, les marchandises tout autour de la planète et on détendra un petit peu la question, ça permettra aussi aux gens de vivre un peu plus dignement là où ils sont nés, là où ils ont grandi et que et qu' on pourra manger plus sainement et on sera un petit peu plus posé parce qu’on en a les moyens. Donc voilà, je pense que le nœud du problème c’est de s’attaquer à la finance, mais c’est sûr que ce n’est pas avec l’ami de la finance qu’on est à la tête de l'État en ce moment où ça va se passer.
David Dufresne
Donc voilà ce que je voulais dire par rapport à la bonne humeur du film, c’est que dans tes documentaires aussi, dans Je veux du soleil, dans Debout les femmes, tu oublies jamais de nous faire marrer quoi.
Gilles Perret
Même dans la sociale, même le rire c’est c’est super le rire, ça permet de faire digérer les choses et puis aussi d’intégrer, de se donner le temps de l’intégrer. Et puis surtout, je pense que ça donne de la force. Moogle Donc c’est vrai que même les films, j’ai fait avec François, mais même sur mes films précédents, quand il y a une blague, il y a un truc comme ça, faut surtout pas s’en priver puis ça permet aussi de relativiser. Faut pas non plus se prendre pour ce qu’on n’est pas de temps en temps. Eh bien faut redescendre au niveau de l'être humain qu’on peut être et puis de mettre un peu de dérision dans tout ça. Mais ça n’empêche pas après de remettre une nouvelle couche et de jouer sur les rythmes comme ça, pour amener un peu de connaissance d'éléments d’information, pour que le spectateur sorte quand même de ces salles de cinéma un peu moins con que quand il est rentré comme moi. Je suis un peu moins con quand je rencontre des gens et que j’apprends ses mécanismes de mémoire donc voilà, tu peux au moins servir à ça.
David Dufresne
Première question : que disent les gens qui ont vu le film en avant première ? Et deux, qu’est ce que ça fait pour toi d'être autant sur la route ? Cinéma après cinéma, projo ? Parfois tu fais deux débats, trois débats dans la même journée. Dumping social, c’est toi ?
Gilles Perret
Ouais bon, moi j’ai connu un mec qui s’appelle David Dufresne qui il y a quelques années a fait un film et je crois qu’il n'était pas mal sur les routes aussi. Donc voilà. Mais non, mais qu’est ce que ça fait ? C’est vrai que moi ça fait douze ans que je fais ça et les cinémas sont un peu habitués à ce que je passe. Donc donc ça se fait un peu comme ça, mais j’aime bien, j’aime bien aller à la rencontre des gens parce que je pense que quand ils participent à une soirée débat comme ça, on enfonce le clou et puis on amène du complément d’information et puis ça, ça fait un peu de fidélité et puis ça fait la proximité avec les gens qui aiment bien, Je ne sais pas, parce que là on a fait un film de fiction que tout d’un coup faut répondre pour ce qu’on n’est pas. Et donc on a continué de labourer le terrain, effectivement, d’aller dans tous les tous les cinémas avec ma compagne, avec Marion Maréchal quand même, qui a écrit ce film avec moi. Mais jusque fin novembre quasiment, on est sur les routes de France, mais on aime bien. Après, c’est un côté effectivement qui peut être fatiguant. Parce que voilà, on rentre tard et puis moi en ce moment il y a la presse et tout ça. Mais c’est quand même sacrément satisfaisant de voir qu’on amène quelque chose puis on voit aussi la réaction des spectateurs. C’est quand même sympa quand on les entend rigoler comme ça puis qu’on les voit s’essuyer, les larmes qui coulent sur les séquences d'émotion. C’est quand même assez agréable d'être là aussi pour eux, pour échanger avec eux..
Il y a un acteur qui a un rôle secondaire, acteur qu’on avait rencontré au plateau des Glières. Parce qu’il faut rappeler que Gilles est également un agitateur puisque chaque année il fait sur le plateau des Glières la rencontre des résistants.
Gilles Perret
On est sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance et ce matin, c’est parole de résistance. Mais c’est plutôt des résistants aujourd’hui.
Film
Alors on les appelle des lanceurs d’alerte. Mais nous, on faisait déjà des.Trucs de lanceurs d’alerte il y a quinze ans en arrière. Donc ils prennent la parole sur des sujets qui ont trait à des motifs de résistance, des motifs personnels de résistance qui s’apparentent aux mêmes motifs que pouvaient avoir les résistants à l'époque sur les questions d’injustice, les droits de l’homme. Je crois que tout ce qu’on entend au niveau des lanceurs d’alerte, aujourd’hui ça s’appelle parole de résistance.
Gilles Perret
Alors Samuel, c’est vrai que là on le voit sur l’image, il a une belle cravate, un beau costume. Dans la vraie vie, ce mec, c’est. C’est le porte-parole de la coordination des intermittents. Et c’est quelqu’un qui se bat énormément. Mapou Dans les négociations avec le ministère du Travail pour les négociations. C’est lui aussi qui porte le revenue pour les intermittents comme pour les intermittents de l’emploi. On va dire avec eux que notre statut est généralisé pour les CDD, les saisonniers puisqu’il n’y a pas de raison que nous on ait un statut quand on travaille dans la culture en spectacle et que les précaires n’aient pas le même. Donc c’est quelqu’un qui est très militant et qui pour le coup, effectivement, est vraiment à contre emploi dans ce film puisque c’est lui qui est le directeur de la boîte et qu’elle est l'émissaire du fonds d’investissement et qui gère cette boîte de façon assez carnassière on va dire. Donc c’est assez drôle de le mettre là dedans et assez sympathique parce qu’en fait, c’est assez facile de tourner avec Samuel, parce que dans ce rôle là, l’une des énormes est inquiète. Ça va aller parce que moi je les ai toute l’année en face de moi dans les négociations, ces mecs là. Donc je connais leurs tics de langage, leur tics vestimentaire, le fait de se toucher, la cravate, etc. Donc du coup, c’est assez facile de tourner avec ce mec.
Film
Mais quand on écoute. C’est pour célébrer une carrière entière au service de Berthier que nous sommes réunis aujourd’hui. Cher Bernard, c’est avec plaisir que nous avons accédé à votre demande de retraite anticipée. Et tenez, voici ma part de la direction d’une invitation à la date qui vous conviendra. Dans un restaurant étoilé pour savourer votre temps libre. Dîner gastronomique pour deux personnes. Et qu’est ce que vous avez à nous dire sur le rachat de Berger par Apollo ? Rien n’est fait et vous pouvez nous en dire plus sur la liste des suppressions de postes ? Quelles suppressions de postes ? De quoi vous parlez ? On parle quand même d’une vingtaine de noms. Il y a la prime de prod. On va finir par la touche un jour ou pas et les heures supp. Attendez, attendez, C’est ni le moment ni l’endroit pour parler de ça. On est en train de gâcher la fête de Bernard, hein ? Moi j’ai du travail, moi j’y retourne. Merci encore Bernard. Les salariés ont le droit de savoir si vous avez va se cacher. Je vais prendre le relais. C’est sérieux, Il n’y a plus personne.
David Dufresne
Il joue très bien il y a un petit côté documentaire dans ce passage là, J’ai l’impression, en termes de cadrage, de manière de filmer, où tu passes de l’un à l’autre.
Gilles Perret
Moi j’aime bien d’une manière générale travailler près des gens et puis être dans l’ambiance la plus proche possible parce que je j’aime bien. Enfin en tout cas c’est ce que je crois. J’ai l’impression que quand on est proche des gens comme ça, avec la caméra et avec eux, le spectateur a l’impression d'être aussi avec eux. On est beaucoup avec des scènes de copains parce que c’est des scènes de bringue, etc. D'être vraiment proche d’eux pour que le spectateur ait l’air. Oui, ils auraient envie d'être avec eux, à boire des coups, à faire leurs conneries. Mais qu’est ce qui est assez récurrent dans le film ? J’aime bien donner de la proximité avec le spectateur. C’est pour ça que la caméra est utilisée de cette manière là dans mes documentaires. Mais tu as raison aussi dans cette fiction, plus j’avance aussi, plus dans la façon de faire, la façon d’aborder des documentaires, on utilise les mêmes méthodes que les fictions, c’est-à -dire de provoquer des situations de montage. Comme je ne mets pas de commentaire sur mes documentaires, eh bien on utilise aussi des artifices, ou en tout cas de phrases qui sont un peu refaites sur des montages sons pour mettre dans les ambiances et puis aussi pour pour travailler beaucoup sur les émotions, ce qui est un peu et sur les rythmes aussi, ce qui sont un peu les mêmes techniques que ce qu’on utilise en fiction. Donc c’est vrai que certes il y a un palier à franchir, en tout cas quand on fait une fiction, mais en même temps, il y a quand même beaucoup de techniques que j’utilisais déjà dans mes documentaires.
David Dufresne
Est ce que tout est écrit dans le scénario ? Demande de Sorcière ? Est ce qu’il y a aussi des propositions possibles par les acteurs ? Là, on parle de ton film.
Gilles Perret
Oui, alors c’est vrai que tout est en fait, c’est un scénario qui est assez complexe parce qu’il fallait que ce soit que ce soit réaliste et que ce soit faisable. Notre méthode, là, pour qu'à partir de mercredi, comme tout le monde va se ruer dans les salles, cette méthode de reprise en main par les elbow se généralise sur l’ensemble du territoire tout en ayant un manque d’ambition. Et donc du coup c'était assez écrit dans la mécanique pour reprendre. Par contre, on a des scènes et un peu plus d’improvisation et surtout on a quand même un super casting, des acteurs très bien, très compétents et donc ça aurait été bête de priver de leur composition. Et donc on était beaucoup dans l'échange. Et c’est vrai que plus le temps avançait sur le tournage, plus en fait ces comédiens se mettent tellement dans l’eau là en fait, que, à force, ils finissent par mieux connaître le personnage que nous pourtant, qui travaillons dessus depuis six sept ans. Et donc en fait, les propositions sont moins intéressantes, c’est pas assez,donc en plus, comme on a des bons, on écoute. Et puis des fois il y a des propositions et on bouge un petit peu le curseur avec eux et des fois les propositions sont pas mal, C’est pas grave, mais en tout cas moi je suis très à l'écoute, autant des techniciens que des que des comédiens, parce que ce film là, c’est le film de bande, donc tout est là, tout est bon à prendre pour voir un peu dans quel sens on va. Et donc c’est vrai que par exemple, on avait le personnage principal qui est joué par Pierre de la Donjon, donc Cédric est proposé sur une pierre et son jeu au fait que le personnage principal est devenu plus doux que la manière dont on l’avait écrit. On a vécu un peu plus rugueux. Au final, on a des personnages de plus joués par Grégory Monteil qui amènent la comédie Le jeu de Grégory Montel, donc Alain qui est un banquier dans une petite agence locale, eh bien en fait, on en fait un personnage encore plus drôle. Il amène vraiment la comédie, plus que ce qu’on avait écrit, donc c’est très agréable de voir ça. Et il y a des choses aussi. Alors on en apprend quand on fait une fiction, il y a des choses qu’on apprend. C’est aussi qu’il y a des choses qui se passent sur un plateau de tournage, dans le jeu, dans les regards, un truc que des fois on a. Il y a tellement de pression, ça va tellement vite sur le moment du tournage qu’on ne voit pas tout. Mais on découvre encore des choses au moment du montage, donc c’est assez, c’est assez agréable. Et ça, on doit quand même aux comédiens qui, eux, qui sont investis aussi dans ce film, au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer. C’est vrai que je crois que les spectateurs, ils sentent le film. C’est un film de bande avec des gens qui ont envie de porter à la fois le message et à la fois l’histoire, et qu’ils sentent de responsabilité pour être le plus juste possible vis à vis de moi, de mon histoire, mais aussi des gens où elle est tournée puisque tout est tourné en décors réels pour être le plus, le plus fidèle possible à la réalité.
Film
Il y a un réel engagement, un réel engagement sur ce qu’est aujourd’hui le capitalisme, ce qu’est le néolibéralisme, à quel point on ne s’appartient plus vraiment. Quand on est salarié d’une boîte, on ne sait plus, on n’est plus vraiment identifiable, on ne sait plus qui est le patron, on ne sait plus où se situe la direction et c’est ça que ça raconte.
David Dufresne
Nous avons adoré les documentaires documentaires et nous irons voir forcément le film avec une forte envie. Merci te dit Labelline et qui te pose la question pourquoi les personnages féminins sont ils si peu nombreux ? Une super ouvrière, la proche du patron et la femme du héros et jamais ensemble.
Gilles Perret
Alors en fait, dans ce film là, c’est vrai que là où part d’un principe de base une bande de copains. C’est des mecs qui ont volontairement fait le choix de plus de se féminiser que ce qui est la réalité dans les usines, c’est à dire qu’il y a plus d’ouvrières. On a fait le choix d’avoir une héritière, on a fait le choix d’avoir une directrice financière pour justement contrebalancer la présence de ces trois mecs, puis surtout, on a fait aussi le choix d’avoir des rôles féminins qui ne soient pas des faire valoir. C’est à dire que le rôle de la directrice financé par Laetitia Doche, c’est le rôle déterminant dans le film, mais elle n’est pas là pour elle n’est pas là pour soutenir uniquement son mari qu’elle n’a pas d’ailleurs. Pareil pour Marie de Normandie qui est la femme de Cédric qui n’est pas non plus là pour faire la potiche. On était bien conscient de quand on part sur un film de mecs et surtout en ce moment quand il faut, il faut féminiser ça. C’est ce qu’on a fait et c’est vrai que ça a été, ça a été reconnu, apprécié pour pour ça.
David Dufresne
Puisque pour toi a été le plus, le plus nouveau par rapport à ton expérience de documentariste.
Gilles Perret
C’est le fait d’avoir une équipe de 40 personnes de techniciens plus les comédiens tous les premiers jours. C’est un petit peu impressionnant, surtout qu’on sortait quand même de trois films, enfin deux avec François I tout seul ou j'étais vraiment tout seul à faire la technique et avec François avec les deux mains dans sa bagnole, on était là. Pour le coup, c’est vraiment le service minimum. Puis après c’est la direction d’acteur, c'était assez mystérieux, c’est comment ça va se passer ? Franchement, ça n’a pas été si compliqué que ça dans le sens où on les a vraiment immergés dans notre milieu et ils avaient vraiment envie de porter cette histoire-là.
Film
L’idée que des employés puissent se rebeller un petit peu pour ne pas se laisser faire, pour garder leur industrie et pas se faire piquer par un fonds, un fonds vautours comme ils appellent ça.
Gilles Perret
La nouveauté, c'était ça, c'était l’ampleur du projet et la direction d’acteurs qu'évidemment j’avais. Je n’avais jamais expérimenté mais ça donne envie de continuer d’oser en tout cas.
David Dufresne
Pimiko, propose de réfléchir à la question de pourquoi toutes les comédies mainstream sont de droite.
Gilles Perret
Alors je vais peut être faire un peu provoc, mais peut être que ce serait peut être bien que les gens de gauche soient un peu plus rigolos dans l’idée ou non. Mais c’est vrai, à force de dire qu’il y a rien qui va, que tout est triste, que tout va vers tout, va vers le bas et tout, on finit par désespérer tout le monde. Quoi donc je crois que c’est aussi pour ça qu’on met un peu de comédie dans nos films. C’est aussi de rompre un peu avec la désespérance ambiante. Et je crois que quand on met du rire, on met aussi de l’espoir, on met de la niaque.
David Dufresne
Est ce que tu vas jusqu'à dire qu’il est mal vu d'être joyeux, drôle, ironique quand on est à gauche ?
Gilles Perret
Je ne sais pas si c’est mal vu, mais, mais, mais en tout cas, c’est la tendance générale et moi je crois. Je crois qu’il faut aussi un peu de légèreté et que quand la boîte théorisée, tous ces mécanismes à l’extrême, ça empêche pas de mettre un peu de dérision, un peu de joie là dedans. Parce que sinon, effectivement, le constat et j’ai quand même le constat est quand même globalement depuis 30 40 ans, on peut pas dire que ça aille vers le mieux. Il faut dire aussi qu’on a un milieu du cinéma qui sans dire, de cette droite qui est comme un groupe qui est quand même très très autocentré sur leur milieu, leur milieu social et donc en fait le monde du cinéma, évidemment, il y a plein d’exceptions et pas un beau film, c’est pas la question. Mais globalement, que donne à voir le cinéma en France. C’est quand même des avocats, des flics, des professions intermédiaires, en tout cas des CSP+ qui ont des problématiques plutôt d’ordre sociétal et pas forcément sociales, et qui vivent plutôt à Paris dans des grandes appartements avec des hauts plafonds et qui font des brunchs et des dîners et des trucs qui qui correspondent à une réalité qui est certainement la leur. C’est pas la mienne, c’est pas celle de l’immense majorité des Français je crois.
David Dufresne
Il y a le monde du cinéma qui appelle à des états généraux parce que les salles sont vides. C’est une catastrophe. L’influence, la rivalité, la concurrence des plateformes, etc. Évidemment, on ne va pas parler de ça maintenant. Mais qu’est ce que tu penses, toi, de l’idée qu’il faudrait faire des états généraux du cinéma ? Est ce que tu penses que c’est une bonne idée ou est ce que ce qu’il faut faire, c’est faire des films comme les tiens ? Ça dépend de toi, tu ne peux pas dire ça, mais moi je le dis.
Gilles Perret
Mais on va faire des amis, eux non c’est l’idée, je pense, d’une manière ou non d’une manière générale, je pense que c’est bien de faire des états généraux. Il faut reconnaître qu’on passe tous les soirs dans un cinéma différent et que c’est pas drôle quoi. Est ce que le cinéma énormément. Donc encore une fréquentation qui a moins 30 % par rapport à il y a deux ou trois ans en arrière ? Non, ça remonte. Là, il semblerait que ça remonte un peu, mais en tout cas pas suffisamment et des habitudes ont été prises avec les plateformes etc. Donc c’est pas c’est pas rigolo ce qui se passé, il y a un petit côté triste aussi dans le sens où quand on voit ce qui se passe dans une salle de cinéma, quand on regarde collectivement un film, l'énergie que ça donne au niveau des émotions et des biens, c’est quand même quelque chose comme avant une aventure collective de cinéma. Et on a un peu oublié ma joie, c’est chaque soir, il y a des gens qui viennent, qui disent Ah bah vous savez, on est parvenu depuis depuis le Covid. Et qu’est ce que ça fait du bien de venir au cinéma et de vivre des choses collectives. Mais c’est vrai qu’on a perdu cette habitude là. Donc il faut que le cinéma vive. Ça peut être cher, mais après ils vont tout ramener, ça a le prix un au prix d’une pinte ou je sais pas quoi. On a quand même pas mal de cinéma, on pense à des tarifs quand même à peu près abordables. Bon après c’est pas pour tout le monde, ça j’en conviens. Donc c’est important de discuter de cette question là. Après, je pense qu’il faut aussi poser la question de ce qu’on fait boire au cinéma. Je ne sais pas. Je pense que le monde du cinéma n’est pas exempt de tout reproche, mais ça on en a parlé peut être un petit peu avant et après, il y a il y a quelque chose qui est assez frais, assez satisfaisant et effrayant en même temps, c’est que le fait d’avoir 30 % d’entrées moins au cinéma, faut se dire que c’est quand même ses entrées là, y compris les blockbusters américains qui, grâce à l’exception culturelle français puisqu’il y a une taxe de 10 % sur chaque ticket de cinéma, quand vous allez voir même à ou je sais pas quoi, il y a dix pour 100 qui va pour financer la production française et notamment les films classés. Après, c’est dans les films difficiles, donc c’est pour ça qu’on a une production française aussi, aussi riche, donc la même. Donc une fréquentation d’au moins 30 pour 100, ça veut dire que ça pose la question aussi de la production et aussi de la diversité et du coup sur le cinéma français. Donc, c’est pour ça que les états généraux, c’est important,puis par contre, il y a aussi peut être ceux qui souffrent aussi beaucoup en ce moment, c’est vraiment les gros aussi avec les immenses comment on appelle ça les multiplexes et finalement ce modèle là, elle a l’air de s’essouffler un petit peu plus vite que les salles où il y a encore un peu plus de chaleur ou en tout cas de d'échanges, de discussions et qui est beaucoup moins froid que ces multiplexes et leur simple loisir. C’est bien, mais en même temps, ça y est, les entrées des multiplexes permettent aussi de payer les films suivants. Donc il y a quand même des questions à poser. Donc je pense que les états généraux, c’est toujours intéressant. Il faut essayer de pénétrer ces milieux là pour essayer de porter un discours différent. C’est ce qu’on essaye de faire avec Pierre Carles, notamment à la SCAM, pour justement avoir des réalisateurs qui parlent de questions sociales, qui intègrent aussi ces institutions qui sont très refermées sur elle-même. Donc je n’ai pas l’impression de rien faire. En tout cas, j’essaye de faire ce que je peux. Après, une autre voie est quand même et pas forcément, en tout cas sur les question sociale et pas forcément très bien entendu. Mais par contre on a quand même, on a quand même des syndicats qui sont sur le front et qui portent tout ça au mieux. Après, on fait face aussi à des mastodontes du cinéma et des gens qui sont ou qui sont un peu loin de nous nos préoccupations. Mais cette exception culturelle française est tout le temps menacée. Parce que se dire qu’on va cotiser et comprend qu’on prélève une partie pour eux, pour un pays un peu comme la sécurité sociale, qu’on prélève une partie des recettes pour distribuer pour tout le monde. Dans un monde libéral, ça a été attaqué depuis 30 ou 40 ans. Mais là, encore une fois, on appelle ça la paix. Ça, c’est un des leviers sur lesquels le gouvernement, éventuellement pour imposer de rogner, pour justement laisser plus de marge et donner plus de gêne au cinéma. Je pense qu’il faut aussi être vigilant là dessus. C’est aussi un des un des chantiers qu’il faut avoir à l'œil en tout cas.
David Dufresne
Mais est ce qu’il n’y a pas des moments où tu te dis merde, je devrais peut être prendre plus ma part, être être un Cédric pour reprendre le rôle titre de ton film ou pas ?
Gilles Perret
Bah disons. J’essaye déjà d'être un peu Cédric avec notre organisation du rassemblement des Glières, j’essaye d'être un peu Cédric dans d’autres mouvements, j’essaye d'être présent dans les manifestations, j’essaye de déléguer mon pouvoir dans les organisations. Mais c’est sûr que je pense que dès que j’aurai un petit peu plus de temps à partir de l’année prochaine, ça vaut le coup d’aller mettre le nez dedans et d’aller brasser un peu dans tout ça. Mais on le fait dans les salles et puis et puis on va proche des gens et c’est pas mal quand même aussi. Mais il ne faut pas non plus s’enfermer dans ses commissions et dans ces trucs-là, parce qu’après faut soit prendre un peu d’oxygène, prendre la température de ce qui se passe sur le terrain, c’est pas mal aussi.
David Dufresne
Le concept du monde. Sentierbattant à Aurillac : Comment faire pour convaincre sa salle de cinéma de diffuser le film ? RG ZR7 Toujours du mal avec ça. Bonjour Monsieur Perret :je suis impatient de voir votre film,peut-on savoir où il est diffusé ? Peux-tu répondre à ces deux questions ? Après je te libère.
Gilles Perret
Peut-on savoir où il sera diffusé ? A priori, il sera dans 140 salles à partir de mercredi. C’est huit salles à Paris et 132 salles en province. Après, comment faire venir le film ? Eh bien il faut aller au cinéma. En fait de salle de cinéma, ce n’est pas un espace fermé quand on les sollicite et qui voit qu’il y a du monde qui attend un film, ce sont des commerçants, donc ils ne sont pas bêtes. Ils font venir le film pour faire un peu de lobbying, pour y aller. Vous vous demandez, vous avez entendu parler, vous avez un grand bien et vous dites que vous avez envie de voir ce film de cinéma d’Aurillac. Il y en a qu’un donc ils ont l’habitude de faire.
David Dufresne
Quand je vous ai dit avec l'éditorial, il y a comment… il s’appelle, le Concorde, le comment.Est ce que ça ne serait pas le cristal ? Le tchat répondez nous.
Gilles Perret
Non, je ne suis pas sûr. Attends, je dis une connerie en tout cas.
David Dufresne
Attendez oui oui oui comment il s’appelle le cinéma ?
Gilles Perret
Je veux dire, ça m’a fait monter le palpitant. C’est le cristal pas vraiment. Il faut y aller, non, il faut aller demander et le meilleur service que vous pouvez nous rendre, c’est y aller. C’est aussi aller mettre des notes sur Allociné parce que les gens se réfèrent beaucoup aux notes, nos critiques. Si vous avez vu le film, n’hésitez pas à y aller. Là, je pense qu’on peut voir comment on peut commencer à laisser des commentaires parce que tant que les critiques presse sont pas mises en ligne, vous pouvez pas. Mais là je pense qu’on va commencer à la mettre. Et puis aussi un site qui s’appelle Sens Critique où il y a un méchant macronisme qui nous a mis quelques notes parce que c’est une bataille aussi idéologique sur sur ce genre de trucs qui mettent des notes pourries et qui règlent des comptes qui coûtent rien à voir ni avec le scénario, ni avec le jeu des acteurs, si vous voyez ce que je veux dire. D’accord, vous pouvez faire ça, en parler autour de vous.
David Dufresne
Sens critique, ça compte beaucoup, c’est vrai que ça compte beaucoup.
Gilles Perret
Oui, oui, c’est un peu les deux trucs où il y a des notes et c’est vrai que c’est un peu, un peu frustrant. Après, les notes d’Allociné, c’est pareil, c’est les notes des spectateurs, c’est bien, c’est vraiment un spectateur qui m’aide. Mais des fois il y a des bagarres qui se mettent là dessus, un peu comme les pages Wikipédia, vous voyez. Donc il faut y aller parce qu’il n’y a pas de raison, les autres y vont, donc il n’y a pas de raison que nous ne veulent pas. Et puis, et puis bah tenez vous au courant des salles qui sortent ce film. C’est vrai que la vie de jeu, on le disait au début, la vie d’un film comme ça, ça joue sur les deux ou trois premiers jours donc une seconde envie de le voir. En tout cas, allez-y, parce qu’en fait, les chiffres sont scrutés par tous les tous les exploitants de cinémas, commerçants, donc ça se joue sur le fait qu’il le reprennent en deuxième semaine ou pas, ou qu’il le prenne dans le mobile ou pas. C’est vraiment les premiers jours qui sont déterminants. Donc s’il vous plaît, aidez nous.
David Dufresne
Mon cher Gilles, je te salue. Je te salue en mettant une chorale que tu connais, que j’avais filmée cet été. Sur le plateau des Glières, là où tu organises chaque année Parole de résistance.
David Dufresne
Paroles de résistance.
Gilles Perret
J’en profite parce que vous pouvez déjà réserver votre week-end de la Pentecôte l’année prochaine. C’est le dernier week-end de mai de mémoire.
David Dufresne
Mais tu sais, on réfléchit ici.
Gilles Perret
Là, il va se passer plein de choses avec plein de résistants partout, donc ça va être encore plus sympa au plateau des Glières.
David Dufresne
Un grand merci à vous. J’espère qu’il passera dans nos campagnes des organisations qui donnent le lien direct sur Sens Critique pour aller positiver. Voilà, je pense que les gens vont te saluer. Grand merci Gilles et haut les cœurs pour la sortie du film, je vais naturellement y aller et ferai avec grand plaisir du lobbying.
Gilles Perret
Voilà on compte sur vous je pensais à Allociné.
David Dufresne
Alors Allociné Merci beaucoup ! Passez une bonne journée. Merci !On attend le prochain film. Merci, on va y aller. Merci beaucoup à vous. C’est parti !
Gilles Perret
Oui, merci à toi et à bientôt,merci pour tes émissions
David Dufresne
Arrête, on s’en fout ! merci pour tout. Merci beaucoup, il y a plein de remerciements, allez au cinéma !

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