Guillaume Meurice Au Poste
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Amis du café, amis de la police, amis de France-Inter, bonjour.
Regardez la bibliothèque.
Monsieur Meurice Guillaume, vous êtes né au troisième tour de l'élection de François Mitterrand. Alors vous y êtes né le 14 juin 1981 à Chenôve, en Côte d’Or.
On dit « Chnôve », au cas où il y aurait des habitants dans le Nord qui seraient sur le chat, qu’on ne se fasse pas engueuler.
Et je vous connais, vous, Guillaume Meurice, je vous connais, vous êtes la bien-pensance incarnée, ça me débecte. Par une dame à chapeau très énervée au marché des Capucins à Bordeaux, on dit « Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas sociologue, je ne suis pas universitaire, je ne suis pas philosophe, je ne suis pas chercheur, je ne suis pas scientifique, je ne suis pas sondeur, je suis spécialiste de rien du tout. Je suis expert en que dalle ». Ensuite, vous continuez. À la fin du bouquin, vous nous expliquez que vous êtes plutôt anarchiste subventionné que suppôt des milliardaires. Est-ce que vous voulez vraiment nous emmerder à ne pas donner de définition de votre travail ?
C’est un peu ça, ouais. J’aime bien dire « blaguiste ». Et quand on me demande une définition de mon travail, j’aime bien le côté artisanal de la fabrication de blagues en circuit court.
Le bouquin en fait, tout bête, chez Jean-Claude Lattès, c’est dit. Voilà, voilà une star sympathique, bankable à mort. Donc il va dire qu’il n’est pas sociologue. Bon, on va quand même dire qu’il est sociologue de trottoir. Bon, très bien, on va mettre un petit bandeau au cas où les gens n’auraient pas compris.
Donc c’est le bandeau de l'éditeur. C’est le bon éditeur. Voilà, en gros, c’est un bouquin assez court, circuit court comme tu disais, où tu racontes ton travail qui est celui de l’homme qui écoute le murmure de l’opinion publique, bien compris.Ouais, c’est ça. Ça fait huit ans que je fais ça, ça fait huit ans que je fais des micros-trottoirs où je vais emmerder les gens, soit à l’Assemblée, dans les salons professionnels, dans les meetings, etc. Et je me suis dit tiens, faudrait en faire quelque chose. Or, souvent, les éditeurs, ils veulent faire des recueils de chroniques parce que ça fait un bouquin pas cher à produire, ce que pour les auteurs, tu fais juste un copier-coller les chroniques que t’as écrites et que t’as gardées sur ton ordi, et puis à l'éditeur.
Attention, je me suis fadé un certain nombre de chroniques de Meurice.
Il a parlé de mémoire.C’est très agréable, c’est très frais.Le mec a des chroniques sur l'écologie, la nature, faut défendre les petits oiseaux et les arbres, et le pollen, il me charge tous les ans quoi. Dans la nature, c’est vraiment une connasse. Ils ont raison les actionnaires de Total.
Et donc j’ai regardé justement dans tes chroniques, y a quand même une part d’improvisation parce que tes camarades de jeu envoient des trucs. Donc si l'éditeur avait voulu faire un livre de chroniques, il y aurait quand même eu un peu de travail, il aurait fallu rajouter.
Ouais, c’est ça. En plus, moi, cette base, mes chroniques, ça passe pas mal aussi sur les hésitations des gens, sur le fait qu’ils bafouillent, qu’ils bredouillent quand j’interroge un député et qu’il se perd dans son raisonnement. C’est difficile à retranscrire par écrit, ça ne m’intéressait pas de faire ça. Moi, ce qui m’intéressait, c’est de faire un livre un peu plus, un peu plus général sur qu’est-ce que ça fait d’interroger des gens au pif depuis huit ans ? Quelles sont les choses que j’entends le plus souvent ? Quelles sont les petites anecdotes de tournage de cet auteur rigolo ? Car j’en ai plein. C'était plus ça qui m’intéressait. Une sorte de petit carnet de bord quoi.
En effet, ce bouquin, c’est bien mieux qu’un recueil de chroniques qui aurait peut-être pas franchi la rampe de l'écrit. Finalement, il y a plusieurs niveaux de lecture et un premier, un des niveaux de lecture, c’est justement celui que j’ai cité tout à l’heure, c’est-à-dire une citation de quelqu’un et sa description physique. Et tu décris : « C’est pour ça que j’ai mis une cravate ». Parce que toi tu dis toujours par exemple un éleveur de bovins, sourire chaleureux, chemise à carreaux au salon de l’agriculture, ensuite par un manifestant, autocollant CGT sur sa veste en cuir à une manifestation contre la réforme des retraites. Je voulais savoir si le contact visuel… Parce que si tu décris physiquement les gens et leur manière d’être ou de s’habiller, est-ce qu’en fait c’est ce contact visuel qui fait que tu vas vers eux au départ ?
Alors c’est vrai qu’au début, t’as ça, quand tu commences à micro-trottoir et que t’es sur un marché, t’as tendance à faire ça au faciès et tu te rends vite compte que c’est complètement con parce que ça marche pas quoi. Heureusement d’ailleurs qu’on a pas le physique de nos idées. Je ne voulais pas faire de blagues sur toi. Du respect ?Que c’est une convocation en distanciel Au poste ? Alors ça, c’est un peu bizarre comme concept. Tu ne peux pas me tabasser techniquement ?
Par où ? Attends.
Et donc ? Oui, non, ça ne marche pas du tout. Donc il faut faire au hasard, il faut le faire au hasard. Et puis surtout, faut prendre ce qui se passe quoi. Faut pas chercher nécessairement quelque chose, il faut juste poser des questions les plus ouvertes possibles. Si j’avais un conseil aux jeunes qui voudraient faire Guillaume Meurice comme métier, il n’y a pas de C.A.P encore, y a pas de formation. Et mon conseil c’est de rester open à ce qui se passe et à ce qui se dit.
Il y a Barbiche qui te demande. Guillaume disait ne pas vouloir faire de chroniques vidéo, tu en parles dans le bouquin afin de ne pas afficher des gens qu’il interroge. Justement, y a-t-il des anecdotes sur des personnes qui se sont fait reconnaître ou prises ?
Oui, j’en ai et j’en ai deux ou trois. J’en ai. Alors je ne fais pas de vidéo. Ça, je l’explique dans le bouquin parce que la télé m’a beaucoup proposé, notamment au début, quand ça a commencé à bien marcher sur Inter, ils sont tous pointés en disant « on a une super idée pour toi ». En fait, tu pourrais faire la même chose mais avec une caméra ou une suite. Et voilà. Je ne veux pas que les gens se fassent afficher ou reconnaître le lendemain dans la rue, etc. Ce n’est pas mon but. Mon but étant les discours, ce qui se dit, comment ça se construit, etc. Donc il y a un contre-exemple qui est une personne que j’interroge tout le temps, qui s’appelle Roger, dont j’ai fait un personnage dans mes chroniques puisque je le croise tout le temps sur le marché au même endroit. Donc je me suis dit qu’il a une grande gueule, il est un peu symbolique du bon sens, espèce de bon sens populaire.
C’est ton boucher charcutier quoi ?
Ouais, c’est ça, c’est un peu ça. Et ça lui est arrivé quelquefois que les gens le reconnaissent. Il a une voix assez caractéristique, avec un accent de la Sarthe, et il y a des gens qui l’ont reconnu à la voix et qui lui ont dit « Ah mais tu serais pas le Roger des Chroniques de Guillaume Bourg ? Salut ». Ça ne lui pèse pas trop.
Ça n’a pas eu l’air de trop le déranger.
Un truc qui l’a anonymisé.
Ce qui m’a étonné et que je trouve vraiment très beau de ta part parce que c’est une forme de loyauté. Après, j’arrêterai les gentillesses quand tu sais que tu précises dans le livre que tu arrives toujours au micro éteint, que tu expliques aux gens ce que tu fais et ensuite tu allumes les micros. Certitude : tu ne pièges pas ou tu ne prends pas au débotté comme ça.
Et ce n’est pas tant la loyauté que le procédé le plus efficace pour obtenir ce que je veux.
Bien, mais c’est-à-dire ?
J’ai besoin d’un nom. Mais c’est dur, je suis déçu. Pardon.
Alors là, ça va, on ne m’a jamais fait ça comme ça. Un invité qui me déçoit aussi vite.
Là, c’était un compliment sympa. Je suis loyal par ailleurs. Ben là, j’ai besoin d’installer les mêmes avec les députés, même avec les gens de pouvoir. C’est pas seulement avec la personne dans la rue. J’ai besoin d’installer une chose de l’ordre de la discussion. Oui, donc je ne peux pas arriver en sautant sur le râble de la personne dehors. « Qu’est-ce que vous pensez du prix du lait à Madagascar ? » Tu vois, il faut que je dise « bon ben voilà, je bosse pour la radio ». Alors oui, je ne fais pas de micro caché, j’ai un micro France Inter, je dis voilà, je fais tel sujet, si vous avez deux minutes, puis des fois ils disent oui, des fois non. Et après ça, une fois que je dis « bon bah j’enregistre », clac et là peut s’installer l’échange.
Mais dimanche, quand t’es au Trocadéro, t’as pas besoin de dire qui tu es. Les gens te connaissent.
Pas tant qu’on est assez peu écouté par les fans de Zemmour. Bizarrement non, pas tant que ça. Ah oui, oui, j’ai vu que j’ai eu droit à quelques insultes, mais vraiment léger. On sentait que ce qu’on craignait, c’était plutôt un dérapage avec les insultes que j’ai eues, qui étaient de loin assez diffuses, ont toujours été suivies de « ah non mais laissez-le tranquille, il fait son taf » parce qu’ils sentaient qu’il y avait des gens de la sécu partout et qui craignaient vraiment un dérapage de ce qui s’était passé à Villepinte avec des journalistes virés, des insultes, etc. Là, c’était vraiment hyper cadré donc je ne me suis pas senti en danger du tout.
Et tu étais seul ou pas ?
Ouais, moi je fais toujours tout seul. On voit de temps en temps j’emmène un ou une stagiaire, on a des stagiaires de troisième qui traînent dans le bureau, je les embarque mais je suis assez solitaire.
Il y a des boucliers humains.
Ouais, donc il y en a bien. Mais non, cette petite personne. Elle n’est pas venue pour souffrir.
Ouais, ouais, j’aime bien. C’est aussi pour ça que la télé, ça m’aurait fait chier. Parce que la télé, t’as tout de suite une équipe, quoi. Et moi, ce que j’aime bien. Tiens, j’ai un tout petit malin, je n’ai pas la foule, mais j’ai un tout petit Nagra, tu vois comme ça ? Petit micro France Inter classique. Et si je veux m’arrêter boire un café dix minutes, je m’arrête. Si je veux poursuivre la conversation avec quelqu’un, je le fais. J’aime bien la liberté que ça procure d’être tout seul et peinard.
À propos de la télé, tu évoques le cauchemar Canal Plus. Grosso modo, on peut dire comme ça, c’est quand même assez drôle. C’est un cauchemar, un…
Mais c’est vrai, c’est une belle expérience de ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire à la télé. Ouais, voilà, je la raconte.
Oui, vas-y, puisque c’est important.
Ouais, carrément. Pour résumer, c’était en 2014. C’est mon pote Pierre-Emmanuel Barré qui faisait des chroniques dans La Nouvelle Édition à Canal, et je crois qu’il arrêtait de les faire les vendredis parce qu’il ne pouvait plus, et il cherchait un remplaçant. Et il m’avait proposé. Donc j’avais dit oui, j’en avais fait une, donc je faisais une revue de presse en images. J’en ai fait une fin 2014 pour tester une nouvelle et ils m’avaient dit : « c’est bon, on le prend pour toute la fin de la saison ». Et puis début 2015, arrivent les attentats de Charlie. Donc moi, c’était pile le jour où je devais être à l’antenne. Donc ils font sauter ma chronique, c’est normal. Et la semaine d’après, j’arrive avec une collègue, donc revue de presse en images où je voulais terminer par un dessin de Charb et le dessin. C’était juste : il y en avait un qui avait dessiné un cul et un petit bonhomme qui disait « Et le cul de Mahomet, on a le droit ? ».
Et là donc, ce n’était pas Canal directement, c’est la boîte de prod qui m’envoie un texto en disant « non, ça va pas être possible de diffuser ça à l’antenne ». Je dis putain mais ça fait une semaine que vous parlez de liberté d’expression les gars, il y a des logos et « Je suis Charlie » qui clignotent de partout. Et là, vous êtes en train de m’expliquer ? Connaissant Charb, ce mec n’était même pas enterré.
Il y a un truc qui court tout le long de ton livre, dont il ne fait aucun doute vu les mauvais jeux de mots, que c’est toi qui l’as écrit, qui lit partout, parfois sur note de bas de page, parfois sur le milieu de la page. Il y a un truc que j’ai particulièrement apprécié ici, c’est ton goût pour les mots, pour le mot, pour le verbe. J’ai toujours été fasciné par la manière dont, dans la même phrase, on peut affirmer une chose et son contraire sans jamais rougir de confusion, ni que notre cerveau ne s’autodétruise. C’est d’ailleurs cette faille cognitive qu’Emmanuel Macron a exploitée avec son célèbre « en même temps ». Donc ça, c’est au début du bouquin, et en fait, je trouve, ça résume très bien la philosophie du livre. Tu pars d’une réflexion et tu vas à l’anecdote ou l’inverse. Et il y a cet amour des mots. D’où il te vient cet amour des mots ?
Il y a plusieurs questions dans cette question : l’amour des mots. Je ne sais pas si j’irais jusque-là, mais je suis assez fasciné, oui, par les mots et la manière. C’est forcément ça qui nous aide à exprimer notre pensée. Donc c’est quand même un peu majeur dans l’histoire, vu que je passe mon temps à interroger des gens et à interroger ce qu’ils pensent. Là, ce chapitre-là, cet extrait que tu viens de citer, c’est un chapitre où je vous explique, mais vous êtes dans une structure de phrase que j’entends vraiment le plus souvent : « Je ne suis pas raciste, mais », « J’ai rien contre le foot féminin, mais ». Et tu sais qu’après ce « mais » vient systématiquement de la merde. Enfin en tout cas, systématiquement un truc qui va contredire le début de la phrase. Et c’est vrai que je me dis « mais comment tu peux penser ça et le contraire juste dans la même phrase ? ». En fait c’est vraiment… ah ouais c’est fascinant quoi. Et Macron a vraiment fait ça quoi, à la fois pour la justice sociale et pour baisser les APL. Donc c’est quelque chose qui existe en nous. D’ailleurs je pense que je le fais aussi, il n’y a pas de raison. Ah, je suis un être humain comme les autres. Ma théorie c’est que les gens sont beaucoup plus d’accord entre eux qu’ils ne le pensent. Simplement, ils ne mettent pas la même chose dans les mots. Le mot démocratie par exemple, impossible à définir. Le mot peuple est impossible à définir. En fait, il a cinq définitions. Alors ça nécessiterait que les débats politiques à la télé ou même les débats familiaux se mettent d’accord avant, ce serait un peu plus chiant, et ça fait un peu disserte de philo de se mettre d’accord avant sur les termes. C’est-à-dire quand on parle de démocratie, on parle de ça, quand on parle de république, on parle de ça. Je pense qu’il y a beaucoup de sources d’engueulades et d’incompréhensions qui sont dues à ça. Donc ouais, les mots simples, ça dit un chouïa important.
On nous dit « J’aime bien Guillaume Meurice ».
La gauchiste Voilà. Et bien oui, Mélenchon par exemple. Qu’est-ce que la République ? Vous voyez, il avait résumé le truc.
On voit que tu as ton badge 2016 et à côté tu dis : « J’adore les oxymores alors quand on me parle de capitalisme vert, je jubile ». Donc en fait, quand tu nous parles des mots, en fait tu nous expliques comment tu fabriques tes chroniques.
Ouais ben j’ai une phase. La manière de fabriquer n’est pas très compliquée, j’ai juste à laisser parler les gens donc ce n’est pas si difficile. Des fois on me dit « oh là là, mais tu dois passer des heures » et tout. Ben oui, ça prend du temps parce qu’il faut aller sur place et faire un montage etc. Mais si j’en fais une par jour, c’est que ce n’est pas un travail de titan. C’est juste que ces oxymores-là, ces contradictions-là, ces paradoxes-là sont en nous et sont dans le débat public en permanence. Donc j’aime bien aussi… pas trop les oxymores tu… par exemple « plan social » pour dire virer des gens. Il y a aussi les mots sur les invectives. Donc là il y a woke, mais ça a commencé vachement en avant avec les droits de l’homme. Il y a quelques années, on traitait les gens de droits-de-l’hommiste. C’est là que ça commence à déconner. Après, il y a eu l’islamo-gauchiste.
D’ailleurs, si je puis me permettre, c’est le seul moment dans ton livre où je me suis dit « ah là, il doit pas savoir ». Parce que « droits-de-l’hommiste », l’expression c’est vraiment celui qui va la populariser dans les années 80, c’est Le Pen. Là c’est vraiment une expression…
D’accord, voilà, je ne te dis pas pour la réédition.
Islamo-gauchiste aussi bien sûr, extrême droite et/ou wokiste, c’est la même. Donc ouais, donc c’est tout, toute cette sémantique, pis c’est des choses qui sont apportées dans le débat public. Donc moi, ce que je récupère à mon micro, c’est des choses que les gens, ils ont entendues à la télé, à la radio ou qu’ils ont lues quoi. Donc plus tu parles d’un mot lâché, là je peux aller faire un micro-trottoir en demandant aux gens : « qu’est-ce que vous pensez du wokisme ? » Et tout le monde va savoir à peu près… va avoir en tout cas sa définition, comme je le disais tout à l’heure, et va pouvoir se positionner par rapport à un mot qui n’existait même pas il y a deux mois ou trois mois.
On demande : Meurice a-t-il peur de se répéter à un moment avec ses chroniques ?
Ce n’est pas une peur, c’est une interrogation du départ. Moi, quand j’ai commencé, je me suis dit que je ferais un an ou deux max. Mais après, les sujets, c’est toujours les mêmes. L’actu, c’est cyclique, je vais me lasser ou je vais lasser les gens. Et je me suis rendu compte que là, en fait, ce qui est rigolo, les thèmes reviennent tout le temps, ça c’est vrai, l’actu est vraiment cyclique, mais ce qui est marrant en tant qu’humoriste, c’est d’essayer de trouver des angles différents à chaque fois. Donc voilà, quand il y a une polémique sur, j’en sais rien, sur le voile par exemple, le voile ça revient tout le temps, ça fait tous les deux ou trois mois. T’as une petite polémique ? Du coup, ça me fait marrer parce que c’est vraiment l’équivalent des séries comme Martine : Martine à la plage, Martine à la ferme. Elle a le voile, ils ont vraiment tout fait, ils ont fait Martine voilée fait du sport, Martine voilée fait des recettes de cuisine, y a eu Amandine, Martine voilée à l’UNEF. Donc à chaque fois faut trouver des angles différents. Ça c’est le job, l’aspect du job qui est vraiment intéressant pour justement ne pas s’ennuyer et pour essayer de ne pas ennuyer les autres.
Quand t’es un peu en mal d’inspiration, tu sais qu’il y a un truc, c’est, tu joues gagnant tout de suite dès que tu vas dans un salon professionnel par exemple.
Mais les salons professionnels, c’est pratique parce que les gens, ils sont là pour parler.
Et donc t’as pas besoin de courir après dans la rue, ils sont là, ils ont leur stand. Et puis la thématique, c’est le salon. Donc ça, c’est assez pratique. Les meetings aussi, les meetings en ce moment c’est facile parce que pareil, les gens ils sont là, ils sont politisés, forcément, ils sont là pour parler, ils ont des choses à dire, ils ont un avis assez pratique. En fait, le plus compliqué entre guillemets fait des petits guillemets c’est les micros-trottoirs lambda sur un sujet, dans la rue, sur un marché ou devant un kiosque. Ça c’est vraiment plus technique parce qu’il y a plein de gens qui ont pas le temps déjà de répondre à la question, des pigeons, pas forcément un avis sur la question. Et les sujets encore plus techniques je termine par là c’est les sujets économiques. Faire des micros-trottoirs dans la rue, au hasard, sur une thématique économique. Là c’est un peu ardu pour essayer de trouver un truc marrant.
Y a un lieu sûr, c’est la salle des Quatre-Colonnes à l’Assemblée dont tu nous parles avec délices, page 57. C’est un endroit entre les médias, les partis, où tout ce qui se passe entre les médias et les parlementaires est assez codifié. Et tu dis : « j’ai toujours aimé l’improvisation. Ça tombe bien, les élus détestent ça ».
C’est un théâtre avec ses codes, où c’est même quasi un théâtre avec ses textes. Les textes sont déjà quasi écrits. T’as le rôle du journaliste qui va poser sa question sur l’actu du jour et le rôle du politique, qui va répondre les éléments de langage qu’il a reçus le matin ou que lui-même a écrits le matin. Et tout le monde repart content de ce petit dialogue. Le journaliste avec un truc à envoyer à sa rédac et le politique a bien fait passer son message. Et là, moi j’arrive etc. Et ce n’est pas du tout prévu qu’il y ait un gars comme moi qui se rebiffe. Et quand les politiques répondent pas aux questions, je dis : « mais ce n’est pas ma question du tout ». Et je vois au début, maintenant ils me connaissent là, les politiques maintenant, ils me connaissent.
Et donc tu dis même que certains t’invitent maintenant.
Eh ouais, ouais. Et comme je connais pas mal d’attachés parlementaires maintenant, y en a plein qui me disent : « oh putain, quand t’étais en salle des Quatre-Colonnes… » Alors du coup, ça me flatte à mort, tu vois. Tout le monde se passait le mot : « passez pas par la salle des Quatre-Colonnes, y a Meurice ». C’est vrai que j’ai l’impression d’être Élise Lucet… ou alors que c’est juste des blagues. C’est flatteur pour l’ego. Et ouais, ouais. Et j’adore voir, pas la panique, mais en tout cas l’incompréhension. Et j’ai même… je crois que je raconte dans le bouquin ou je suis raconté mais Nucci m’avait dit : « mais pourquoi vous m’interrompez ? ». Et je dis : « ben parce que vous ne répondez pas à ma question ». En fait, il me dit : « vous voulez m’interrompre ? Invitez-moi à la matinale d’Inter ». Là, c’est là le jeu, c’est d’interrompre la politique. Mais là, non, ce n’est pas le jeu. Il m’avait expliqué les règles du jeu de la salle des Quatre-Colonnes, ce que moi je dirais : « ben en fait, si vous ne répondez pas à ma question ». C’est assez jouissif d’improviser dans une pièce de théâtre ultra rodée depuis des années, la salle des Quatre-Colonnes. Donc c’est pour expliquer aux gens s’ils zappent : c’est là où la presse a le droit d’interroger les députés, et ce n’est pas un endroit où tu passes.
Il y a donc quatre colonnes et ça c’est bon.
Il y a quatre colonnes.
D’où le mot. L’hémicycle est ici. Et les députés, s’ils veulent se faire interviewer, ils sortent par là, là y a des journalistes qui les attendent.
Ils peuvent esquiver, ils peuvent partir par un autre chemin. Donc s’ils sont là, c’est que quelque part, ils sont quand même là. Et un mec comme Nicolas Dupont-Aignan, il est tout le temps là à traîner alors qu’il n’y a pas de machine à café. Il est avec son téléphone : « là j’envoie des petits mails ». Alors c’est marrant. Il a un texte un peu touchant, les médias, les retraités. Bon allez, je vais aller l’interroger, tu vois.
Il y a plusieurs questions dans le chat : pourquoi « les vrais gens » au féminin et non pas au masculin ?
Ah c’est l’orthographe ça ! Je suis désolé, c’est la langue française. En vrai, « vrai » placé avant le nom, c’est « les bonnes gens », on ne dit pas « les bons gens ». Et puis y a un petit côté on dirait que c’est de l’écriture inclusive. Donc ça me plaît assez. Il faut pas, ce n’est pas le cas du tout, c’est juste la vraie orthographe.
Tu réfléchis à cette question-là de : qu’est-ce que ça signifie d’être fier d’être français ? Et au fond, ce n’est pas tout ton travail de réfléchir à ce que c’est que la France.
Ça fait partie des mots qu’on ne saurait mal définir. Et donc j’ai fait quelques chroniques sur « qu’est-ce que c’est pour vous être français ? ». C’est indéfinissable, mais c’est ça, ça m’intéresse vraiment beaucoup. Au-delà du mot, c’est la manière dont notre société est basée sur des fables. Et ça ne plairait pas bien aux nationalistes que je dise ça. Mais la France, c’est une fable, ce n’est pas une frontière. Dans la nature, ça n’existe pas quoi. Il faut une fiction à laquelle on adhère et qui fasse peuple, quoi. Donc tout ça est facilement démontable puisque c’est absurde, puisque ça n’existe pas, ça n’a aucun lien avec un quelconque réel. Donc qu’est-ce que la France ? On ne sait pas. Est-ce que c’est parler français ? Du pognon ? Est-ce que c’est payer ses impôts en France ? Est-ce que c’est habiter en France ?
L’argent, ce n’est pas tangible dans le réel, c’est juste quelqu’un qui fait confiance à un autre en disant : ce petit bout de papier-là, il va me permettre d’acheter telle quantité de… je ne sais pas quoi. Et pour toi c’est pareil. Tout ça est absurde. Moi j’ai tendance à penser que j’écrirai un bouquin là-dessus un jour. Mais je m’amuse souvent à penser qu’on est une téléréalité pour des… qui nous regardent qui nous regardent et qui disent : « les cons, regarde ! »
Red Bull te demande : est-ce que Louis de Funès te fait rire ?
Ah oui, ben je suis français alors attends, ça c’est marrant. C’est une belle question qui m’amène à un truc, c’est que j’ai la chance de m’appeler Guillaume Meurice. Donc moi je suis français de souche, mais de souche. Moi j’ai connu même l’invention de la souche. J’étais là, j’étais là à la pose de la première souche. Donc quand un mec qui s’appelle Jordan Bardella ou Éric Ciotti vient m’expliquer ce que c’est que d’être français et qui me dit : « c’est quand même les Français de souche qui doivent décider de qui est dans ce pays », je dis : « mais moi je m’appelle Meurice en fait ». Donc si je suis votre logique, c’est moi qui décide. Et si c’est moi qui décide, bah on va prendre les Érythréens et on va virer les Ciotti. Et il va plus me parler. Et gentil, il dit : « Oh non Monsieur Meurice, je ne vous… »
Je reconnais la qualité du travail de Guillaume Meurice. Cependant, je ressens la même gêne que devant Strip-tease, l’émission, c’est-à-dire de faire passer les gens de la rue entre guillemets et par extension des classes populaires pour des blaireaux incohérents et stupides.
Ça, c’est du vrai racisme social, non ? Pardon, non, mais dans le sens où c’est pas du tout comment il peut savoir que j’interroge les classes populaires ? Le fait qu’il puisse penser que les gens qui disent des conneries ne sont que les classes populaires est un peu problématique. Comment s’appelle notre ami ?
Il a un nom difficile. Bon bref, il n’est pas là, il n’est pas d’ici.
Là, ce qui m’intéresse, c’est vraiment ce qu’ils disent, ce que les gens y disent. C’est vraiment ce que j’ai ces deux trucs-là où on me dit parfois ça et on me dit parfois : « Ah mais c’est facile, il va interroger que les bourgeois ». Alors bah déjà, mettez-vous d’accord.
Déjà avant la fête. Si je veux résumer, je dirais, petite formule marketing, que je vais chercher la connerie qu’il y a en chacun de nous.
Mais ici c’est pas du tout à propos, il n’y a jamais de conneries. Est-ce que parfois tu t’autocensures ? Au sens noble du terme. Enfin je te dis non, là, si je mets ce son-là…
Ouais, ça m’arrive. Ouais, ouais, ouais. Par exemple, beaucoup sur les fautes de français ou de syntaxe, ou des choses comme ça. Bah ça peut tous nous arriver. D’ailleurs, il y a des gens qui ne savent pas que « les vrais gens » s’écrit au féminin.
Alors. Alors oui, bien sûr : Rend l’argent, mais rend l’argent.
Moi je fais que des trucs que je pensais être capable d’assumer derrière, et je n’aurais pas supporté faire une chronique sur les flics le jour où… et là je sais plus combien… qui se font dessouder au couteau. Donc ouais, ouais, ce n’est pas de l’auto… c’est de l’autocensure si tu veux, mais c’est des choix éditoriaux.
Faut bien choisir, bien sûr. Et non, il n’y en a pas deux. Alors bon, « rend l’argent ». Dans un rassemblement patriote entre guillemets, un identitaire est venu interrompre l’interview que je faisais d’un militant pour brailler dans mon micro : « T’es payé combien pour faire ta pute à France-Inter ? ». Et donc ça, c’est quelque chose qui revient assez souvent. Là tu racontes par exemple que si les gens veulent se faire rembourser.
Je dis aux gens : « Je suis désolé, si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je comprends que ça doit être chiant de payer pour un gars comme moi, donc je vous rembourse ce que je vous coûte en redevance. » Donc j’ai fait mon petit calcul. Alors je leur dis évidemment : « Faut m’envoyer une enveloppe timbrée pour que je vous envoie le chèque », mais le timbre coûte plus cher que ce que je leur coûte. Et donc je n’en ai jamais eu. Mais à chaque fois, je dis : « Mais je te jure, vraiment, je le fais vraiment quoi. Envoie-moi une enveloppe timbrée. » Histoire je te rembourse.
Tu as du plaisir à répondre à ça. Je ne sais pas comment tu fais aux gens qui te détestent et qui écrivent quand même massivement et régulièrement. Tu dis que tu prends un certain plaisir à leur répondre.
Nan mais c’est vrai. Ouais, ce n’est même pas de la perversion.
Non, c’est une passion. Tu écris : « J’ai une passion dans la vie : répondre aux mails insultants et aux messages de haters ».
C’est parce que ça m’intéresse. Ça m’intéresse de savoir. Parce que moi, les gens que je n’aime pas ou pas je pense que j’ai de la haine contre personne. Mais même les gens que je n’aime pas, je n’ai pas la rancœur de leur dire que je les aime pas. J’ai autre chose à faire. Et ça m’intéresse quand même que la personne fasse un pas vers moi, même si c’est pour m’insulter. J’ai envie de savoir : « tiens, mais pourquoi ? ». OK, fils de pute, bon d’accord, si tu veux, admettons. Je réponds toujours une petite pirouette à base de « je ne sais pas, tu connais mieux ma mère que moi », un truc comme ça. Et après je leur dis : « Mais pourquoi t’as pris ce temps-là ? Et avec quoi ne t’es pas d’accord ? ».
Mais est-ce que là, il n’y a pas un peu de mensonge avec toi-même ? Parce que tu n’es pas qu’un petit humoriste à la con, tu le sais bien.
Alors si, franchement, si. Non, non, ce n’est pas de la fausse modestie, Mais c’est petit. T’as jamais cherché un conseil à des gens qui te Disent « ça va ? » Ça me fait marrer aussi, des gens qui disent : « Ouais, de toute façon, t’es pas drôle ». Et c’est marrant comme insulte parce que le genre répond toujours : « Mais moi je me trouve pas drôle du tout, mais les gens quand je fais des blagues, ils rigolent ». Alors est-ce que tu penses qu’ils se foutent de ma gueule ? Qu’est-ce que tu me conseilles ? Est-ce que je devrais démissionner ? Alors ils ne savent pas trop quoi répondre à chaque fois.
Ils s’enferment se délectent : est-ce que Guillaume a remarqué une banalisation des propos racistes ou d’extrême droite au cours de ces huit années de chroniques ? Est-ce que dans la rue, la parole se libère ?
Je ne saurais pas dire. Si je veux être tout à fait honnête, je ne saurais pas dire : sept, huit ans, c’est peu en fait. Moi-même, j’ai grandi dans une maison de la presse, dans un tout petit bled qui s’appelle Jussey, en Haute-Saône. Donc c’est vraiment perdu, perdu dans la campagne. Et mon père adore les débats politiques et débats d’idées et tout. Donc ça venait discuter tout le temps, tout le temps dans le magasin. Moi j’ai grandi là-dedans et j’entendais déjà des trucs racistes, bêtes. Donc je ne sais pas. Je ne saurais pas dire si ça a évolué. J’aurais tendance à dire que oui, mais j’ai l’impression que tout le monde dit ça sans vraiment Avant, je ne sais pas. Je ne sais pas du tout.
Est-ce qu’on peut parler de mimétisme entre les racistes de deux mondes ?
Souvent ça fonce. Souvent c’est de la peur. Il ne faut pas se mentir à soi quand on a dit H24 dans les médias : « Le danger c’est le musulman ». Attitude peur du musulman, comme si c’était gavé de CNews. Oui, tu vas avoir tendance à penser que si tu as du mal à payer ton loyer, c’est la stratégie qui est employée depuis le début : la stratégie du bouc émissaire. C’est elle qui l’a inventée.
Non, bien sûr.
Ça fonctionne en fait. Pour résumer. Donc je vais un peu répondre… un peu aller au-delà de la question. Dans un système de domination, en tout cas celui qui est à l’œuvre en ce moment, il y a deux manières de se maintenir. Y a la manière identitaire. C’est-à-dire : pour que les riches conservent leurs privilèges on va dire pour résumer vite fait il faut que les pauvres pensent que ce n’est pas de leur faute. Donc soit c’est de la faute des étrangers. Ça c’est la droite identitaire : c’est les Noirs, les Arabes, les gens qui viennent voler votre travail, c’est pour ça que vous êtes pauvres, c’est pour ça que vous êtes dans la merde, c’est à cause d’eux, et ce n’est pas à cause de nous.
À propos d’hommes de droite, il y en a un, il y en a un qui a fait ton miel, dont tu as fait passer Patoche.
Je pense que tu trouves Patoche.
C’est mon meilleur souvenir d’interview. Patoche, je posais la question : Balkany, est-ce qu’il n’en avait pas marre des hommes politiques qui magouillent ?
Et là qu’est-ce qu’il te répond ?
C’est un petit peu pénible de voir ça.
Et là tu écris page 71, donc dans ton petit chapitre « Balkany la racaille du neuf-deux », tu dis finalement que tu lui reconnais quand même une certaine tranquillité dans l’arnaque.
Ben il est sympa hein, c’est bon. Après les bons politiques sont les politiques les plus… Leur métier, c’est la séduction. Donc souvent les meilleurs sont les gens les plus séduisants. Et Balkany, il était tout le temps sur le marché le dimanche matin à Levallois. Et les gens venaient le voir pour tout un tas de problèmes qu’il réglait quoi. C’est pour ça que les gens, ils l’adorent. Et donc il détournait du pognon. Tout le monde le savait. Et les gens sur les marchés à Levallois disaient : « Mais au moins, le bac à fleurs de la rue, le machin, il a été changé », « Au moins j’ai une place en crèche », etc. etc. Il réglait les problèmes du quotidien. Il y avait du clientélisme, il offrait des tickets de vote. C’est vraiment la droite à l’ancienne quoi.
La droite nouvelle, c’est les milliards dans les conseils et les conseils municipaux de fleurs, quoi.
Oui, c’est vrai. La droite nouvelle n’est pas… Macron, il a pas du tout ça, quoi. Il n’a pas du tout ça. Ça se voit, il n’a pas le contact avec les gens, il n’a pas cette intelligence-là, ou je ne sais pas si on peut appeler ça de l’intelligence, mais il n’a pas cet instinct-là. Ce n’est pas Chirac. Pas Chirac, qui t’arnaquait, mais il tapait dans le dos et il disait : « Allez viens, on va boire une bière ». Et à mon avis, en faisant ça, tu peux vraiment arnaquer tout le monde. Mais c’est des trucs de commerçant, de commercial, tu vois, de VRP quoi. Et les macronistes, ils n’ont pas fait sa campagne macroniste J’essaie toujours de dissocier je crois que je le dis dans le bouquin aussi mais la part de cynisme et la part de bêtise qu’il y a chez les politiques que j’interroge. Donc la part de cynisme, c’est : je te la fais à l’envers, mais je ne suis pas dupe que t’as vu que je te la fais à l’envers. En gros, je pige le jeu où je suis, quoi. Et la part de bêtise, c’est : « Non baisser les APL, ça va relancer l’économie ». Et les macronistes sont beaucoup, beaucoup bêtes, Et je pense qu’ils pensent vraiment faire le bien.
Dans ce cadre-là, où est-ce que tu ranges Nicolas Sarkozy ? Nous sommes en novembre 2014, c’est le meeting de Sens Commun, et tu rappelles que Sarkozy avait d’abord sifflé…
C’était marrant à voir, parce que là, on est vraiment dans du pur théâtre, c’est-à-dire qu’il rentre dans la salle. Vraiment les gens, ils le huent parce qu’il avait dit qu’il ne reviendrait pas sur le mariage pour tous, « on ne va pas marier les gens », etc. quoi. Et donc les gens, ils le huent, et il monte à la tribune, comme il est, quoi : tout nerveux, tout puissant. Et il chope la salle. Mais tu sens que la salle, elle est encore hostile, quoi. Et petit à petit, t’as « abrogation », « abrogation », et il fait : « Bon écoutez… abrogation ! »
En gros, je n’en ai rien à foutre.
Vous voulez entendre « abrogation » ?
Ouais, Macron et moi. Moi j’étais là.
Mais cette comédie humaine dont tu essayes d’écrire tous les jours des épisodes, la comédie politique, elle m’apparaît au grand jour. Et qu’est-ce qui te motive ? Parce qu’au fond, quand on a connu ça… a connu, quelqu’un dit dans le chat : « Sarkozy, c’est le boss du game, du cynisme ». Quand on a connu Sarkozy, je veux dire, ici, rien ne peut advenir. Qu’est-ce qui te donne la force de retourner sur le terrain, dans des meetings politiques où finalement on va t’écrire à peu près la même pièce ?
Je n’ai pas besoin de force. Même si parce que ça m’amuse en fait. Tant que ça m’amuse, je continue. En gros. C’est vrai qu’un meeting politique intelligent et là, de tout bord c’est vraiment spécial. C’est vraiment une pièce de théâtre nulle, quoi. Tout est nul. Tout est nul, devant des gens qui sont là, qui sont déjà convaincus. Ça ne sert à rien. C’est une espèce de truc complètement absurde. Ça continue de m’amuser.
J’avoue que dans le bouquin, tu ne parles pas de votre relation avec la rédaction de France Inter. Attends, attends, je ne vais pas poser ma question avant de te coucher, avant de t’accuser. Je ne t’ai pas dit qui avait tué…
C’est un truc à me reprocher du coup ? Je ne connais pas. Je ne connais pas ces gens-là.
Vous ne connaissez pas très bien. Vous ne fréquentez pas le Nord.
C’est plutôt cordial grand froid. Enfin non, on s’entend bien.
Mais ta position…
Toi tu me défends. D’ailleurs souvent, c’est arrivé, ça. J’ai des retours de conf’ de rédac’. C’est arrivé deux ou trois fois que je fasse deux trois blagues qui plaisent pas je ne sais pas qui, et que mon nom soit évoqué en conférence. Là j’ai des copains journalistes qui ont dit : « Non mais Guillaume, il essaie d’être tranquille, il fait des blagues. C’est notre métier, tout va bien ».
Oui voilà. Même si, y a eu, notamment par certains de tes camarades de jeu à 7h58, un brassage, pour pas dire un mélange des genres.
Charline, ou la chronique de Charlie Hebdo. Euh ouais. Quelle est ta question ?
Est-ce que la variance des gens est-ce que l’humour et la politique c’est-à-dire que, par exemple, ce matin, c’était encore la seule qui avait une parole politique, en réalité. Et les autres, c’est le robinet d’eau tiède.
Alors je vais te faire un aveu dégueulasse : je n’écoute pas la Matinale. J’écoute de la musique le matin. Quelle merveille ! Donc je ne sais pas. Et j’écoute la chronique de Charline après, dans l’après-midi.
Quelle musique ?
J’écoute FIP comme un bon vieux Booba. Mais je me méfie. Attention, attention, je sais, Monsieur le commissaire, que vous avez un petit tropisme.
Ah oui, oui, je sais, moi je n’écoute pas, moi c’est rock’n’roll. Ah bon ?
Ah mais attends, ce n’est pas toi qui as écrit un truc sur Brel et Vesoul, tout ça ? C’est toi qui as fait ça ?
Non.
Eh ben tu sais que moi, où j’ai grandi, là, en Haute-Saône, c’est juste à côté. J’allais à Vesoul.
Je sais, bien sûr. Et d’ailleurs il y a dans le tube…
Bien, maintenant. Alors, bien sûr, je sais bien. David fait de la musique, musique, Brel…
Mais ça, c’est des cravates de Brel à partir des années 60. Mais non, non, mais tout est étudié, développé.
Moi j’ai mis longtemps à comprendre qu’il se foutait un peu de la gueule de Vesoul dans sa chanson.
Je vais envoyer le bouquin à Cholet, je ne l’ai pas lu. Ouais, je vais te l’envoyer parce qu’en fait c’est bien c’est un peu comme toi.
Il est taquin.
C’est taquin, mais surtout en fait pour aller très vite. Je voulais savoir ce qui restait de Brel dans villes qu’il a chantées. Donc je devais aller à Amsterdam, je devais aller à Vesoul, je devais aller à Vierzon, je devais aller à Paris, je devais aller aux Marquises. Et en fait, je me suis arrêté à Vesoul et je suis resté à Vesoul.
C’est la meilleure ville du monde des sifflements et voilà.
Attends, je vais t’envoyer, tu verras. Il y a tout : les grands bourgeois évidemment, il y a les vieux, il y a ces gens-là, il y a tout ça. Ah oui ?
Ah oui, bah je vais l’acheter.
Et je suis allé à l’aérodrome et je suis allé dans la queue. Une rumeur : est-ce qu’il avait rencontré une dame à Vesoul ? Et voilà. Bon, bref. Nomade Activité demande donc c’est un concurrent nomade est-ce que ça lui arrive à Monsieur Meurice, de tomber sur des gauchistes ?
Ah ben ouais, ouais.
D’ailleurs, quand je fais les mélenchonistes, je n’y vais pas. Il y a quinze jours, j’ai interrogé un mec qui distribuait des tracts sur Mélenchon et qui me parlait de l’Ukraine et du fait qu’il faut renégocier les frontières il est embrouillé son raisonnement. Alors après je reçois pas mal de mélenchonistes vénères qui disent : « Ouais, tu fais le jeu de Macron, t’as eu des consignes ? » Tu sais, il y a tout un tas de fantasmes sur les médias aussi. Je pense que c’est directement Macron qui écrit mes chroniques. Donc voilà, ça m’arrive, ça m’arrive. Alors là il m’arrive d’ailleurs un truc, c’est que je dois équilibrer les temps de parole pour les quinze prochains jours. Donc il me reste cette chronique. Sachant qu’hier j’ai fait deux minutes… donc c’est le temps de parole. Alors c’est stupide. Comment c’est fait ?
Alors attention, parce que tout ça est extrêmement stupide. Attention les amis ! C’est-à-dire une stupidité absolue, le temps de parole. Que je diffuse des soutiens, genre meetings de Zemmour. J’ai interrogé des gens, j’ai du son, et j’ai passé deux minutes. Ma chronique fait 4’30, il y a deux minutes, 200 mots. Eh bien ça, ça compte dans le temps de parole de Zemmour. Sachant que je n’ai pas de thème. On fait une chronique trop émouvante, que je ne l’apprécie pas, mais ça compte quand même. Les questions que je pose à l’intérieur des sons ne comptent pas. Les questions que je pose à l’extérieur, tout ça est complètement absurde.
Et Kiffe ce compte là, par exemple, si quelqu’un en a
Alors là, hier, j’ai été voir le directeur des programmes, qui m’a dit : « En fait, faut vraiment la ramener cette année. Et nous, flic à mort, il faut vraiment être carré là-dessus. » Et alors, je lui ai promis. J’ai dit : « Je te promets que j’équilibrerai tous les temps de parole au poil de cul ». J’ai dit au directeur des programmes : « Ben ouais, j’ai qu’à faire Zemmour pendant quinze jours, et comme ça vous invitez Poutou dans la matinale. »Qui fait tout, tous les jours de la semaine. Ça négocie des trucs. Et il me dit : « Alors non, la politique devait se passer comme ça »
Est-ce que la suppression de la redevance envisagée peut peser dans le futur de la radio ? Il y a plein de questions.
Ah oui, c’est sûr, ça irait. Oui, oui, c’est sûr. Alors c’est hyper pervers. Malade. Pour le coup, c’est très macroniste, c’est-à-dire c’est très tactique. C’est-à-dire qu’il a dit qu’il supprimerait la redevance, mais il n’a pas dit qui. Zemmour a dit qu’il privatisait l’audiovisuel public. Là, au moins, tu sais où tu vas. Macron, il fait de plus en plus fourbe, c’est-à-dire qu’il a dit : « Je supprime la redevance, mais je continue à financer l’audiovisuel public. » Mais le fait d’avoir une redevance, c’est-à-dire avoir une somme allouée tous les ans. On connaît le montant, la somme allouée à l’audiovisuel public. Ce n’est pas la même chose que de diluer cette somme sur tous les autres. Donc quand tu la dilues, en fait, ça permet vachement plus facilement de réduire les budgets et de dire : « Ah bah non, cette année, on va moins donner à l’audiovisuel public », et puis petit à petit, de faire crever comme il faut à chaque fois. Toutes les politiques libérales sont basées là-dessus. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Pour faire crever un système public, ce principe, ce n’est pas Chomsky qui disait ça ? Tu le fais dysfonctionner, puis après tu dis : « Regardez, ça ne marche pas, faut le vendre au privé. »
Est-ce qu’il y a des gens où après les avoir écoutés, on a changé d’avis ?
Ces mêmes questions.
Il serait temps enfin.
Je savais que ça allait arriver. Je suis resté jusqu’au bout. Je me suis dit : « À un moment donné, avant de les faire avec mes collaborateurs, il va passer, il va poser des questions sans faire exprès ». Oui, alors comment dire…Je n’ai pas de souvenir, vraiment de « ah tiens, cette personne a raison, bien sûr ». On dirait bien changé maintenant. Je suis devenu végétarien, clairement, en faisant des chroniques. Et puis au bout d’un moment, les gens me disaient : « T’es bien sympa, mais tu manges de la viande ». Donc c’est un peu complètement con ton discours. Et je me disais : « Ah oui, bien sûr, ils ont raison ». Et puis voilà, j’ai changé quoi. Donc moi, ouais, ça m’a fait changer, quoi. Mais je n’ai pas dû répondre précisément à la question. Je n’ai pas d’exemple de personne qui m’ait dit quelque chose et où je me suis dit « ah oui ok ». Je me suis trompé là-dessus.
Il y a quatre ans qui te demande : comment rester neutre ? Alors est-ce que tu restes voyant et pas objectif du tout ?
Euh oui, merci, c’est mon métier en fait. Je me vois pas mal comme un caricaturiste. Moi j’aime beaucoup les caricatures, j’aime beaucoup les dessinateurs de presse. Je suis assez fasciné par leur tact. J’ai grandi avec Les Guignols de l’info, par exemple, en regardant Les Guignols. Et je me vois pas mal comme ça, c’est-à-dire grossir le trait. C’est quelque chose qui me plaît. Donc évidemment, je ne suis pas objectif du tout. Mon but, c’est de donner mon avis en faisant des « blagounettes ». Je trouve que l’humour, c’est une manière assez élégante de donner son avis. Enfin, au meeting de Zemmour, j’ai quelques personnes pas cinquante quelques fans de Zemmour qui m’ont dit : « On t’écoute quand même parce que ça nous fait marrer ». J’ai dit : « Putain, répétez pas ça, parce que je perds tous mes fans de gauche ».
D’abord, je vais répondre à une question : faut-il acheter son livre si l’on adore ses chroniques ? Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, il faut acheter son livre. On comprend mieux pourquoi on adore ses chroniques quand on les adore, et on comprend mieux sa démarche quand on ne les adore pas. Merci beaucoup !
Merci ! C’était trop sympa !
Les vrais gens donc. Guillaume Meurice, c’est lui, c’est le comédien chroniqueur dans l’émission Par Jupiter, avec un petit bouquin à 18 balles. Ça fait rigoler. Je ne sais pas comment ils font. Je fais un placement de produit mais il a encore disparu. Mais je le trouve génial et je suis sûr que ça va être bien.
Et surtout si vous n’avez pas vu, mais je pense que tout le monde doit regarder ton docu formidable : Un pays qui se tient sage. Magnifique, et dans le fond et dans la forme.
À bientôt Guillaume. Merci et bravo pour le bouquin, pour sa saveur et tiens bon !
