Guy Birenbaum : la nostalgie tonitruante
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Bonjour tout le monde ! Bonjour ! Tout le monde est là ! C’est super ! Je vais bientôt mettre l’ami Guy à l’antenne. Voici une cascade qui est réalisée avec un grand professionnel, Guy Birenbaum est le premier invité en deux années d’au poste, à arriver trois quarts d’heure en avance pour être sûr que tout fonctionne bien. Ça, c’est la marque des immenses professionnels. Attention, c’est un quatre trois deux un en direct de peut être de Deauville on verra. Bonjour Monsieur Guy Birenbaum.
Je ne suis ni à Trouville, ni à Deauville je suis en banlieue parisienne.
Et en banlieue parisienne. Bien voilà de toute façon, iI y a trois lieux dans ton bouquin, c’est la banlieue parisienne, c’est Trouville et Deauville. Comment vas-tu ?
Très bien Je fais partie des abonnés, Je me suis abonné pour voir mais je vais rester abonné.
Génial ! C’est vachement bien.
Non, non, c’est vrai, c’est vachement bien. Et puis je suis très content de venir discuter avec vous.
Alors mon cher Guy, il faut quand même être honnête. Nous nous connaissons. Tu as voulu, il y a quelques années, me tendre un piège. Tu voulais que j'écrive un livre pour toi. Je ne sais même pas si tu te souviens.
Ah oui, mais c’est rigolo quand on y repense.
Oh c’est bien ça c’est bien parce que justement, je vais te présenter, je vais expliquer pourquoi tu es là. Et là, je vois bien qu’avec ta tasse, tu as compris. La question qui va se poser entre nous deux, c’est la musique. Après un bon exemple dans toutes les histoires vraies, son premier roman, Le féroce Birenbaum, Guy traverse les époques comme d’autres chérissent la nostalgie. La scène est tonitruante, tantôt sombre, tantôt laser. Redouté éditeur, chroniqueur à la dent dure, professeur de tennis, mélomane aux goûts peu sûr, dézingués en chef de l'éditeur dont il fut l’ami, Guy s’est raconté des histoires comme personne. Le voici convoqué au poste. D’ailleurs, son éditeur s’appelle les éditions Braquage. Si ce n’est pas un signe. Bonjour Monsieur Guy Birenbaum.
Bonjour Monsieur Dufresne.
Donc ce livre là, c’est un livre extrêmement étrange. C’est un roman qui n’est pas un roman, qui est un roman où tu te racontes et tu te racontes non pas au jeu, mais au il. Tu racontes les 60 dernières années, grosso modo, c’est à dire comment tu as traversé les époques, que ce soit Mitterrand, que ce soit la loi Devaquet, que ce soient les heures, les grandes heures de l'éditocratie que tu as quitté, que tu as, que tu dézingue, on va en parler parce que c’est un régal. Et puis bien sûr, tes origines familiales sur lesquelles on va revenir, qui comptent tant pour toi, le tennis et ainsi de suite. Qu’est ce qui t’a ? Qu’est ce qui t’a fait dire en dehors de ton ego boursouflé dont tu parles toi-même ? Je me permets. Qu’est ce qui t’a fait dire Tiens, ça vaut le coup que j'écrive mes mémoires si jeune ?
Je ne dirai pas d’abord que ce sont vraiment des mémoires. En fait, le principe, ce qui s’est passé, c’est que je. Sur Instagram, donc, un réseau social de photographies, C’est là où c’est amusant parce que je fais de la photo depuis très longtemps. Je me suis mis à raconter des histoires avec des photos qui n'étaient pas forcément des photos récentes, avec des photos anciennes, avec des photos de famille, etc. Et petit à petit, je me suis rendu compte que je recevais beaucoup de messages vraiment sympa en privé et parfois même sous la photo, que les gens étaient très intéressés par cette espèce de récit qui ne disait pas vraiment son nom. Bon, donc j’ai avancé, j’ai avancé et j’ai vu que cette forme d'écriture séduisait, séduisait ses gens. Il se trouve que Sylvain Bourmeau, le patron dossier et producteur, a depuis 27 ans, je crois, à France-Culture, Sylvain, qu’un vieux copain m’a dit Mais c’est vachement bien, tu devrais en discuter avec les éditions Braquage. Tu parlais des éditions Dragon, je ne connaissais pas les éditions Braquage et en fait ils ont. Romain Le jeune, qui est le patron des éditions Braquage, a publié le très beau livre que je recommande de JD Beauvallet qui s’appelle Passeur et dans lequel se situe cette légende des Inrockuptibles, se raconte à la première personne et raconte ses années d’entretiens avec Bjork, Bowie. Donc on a commencé à discuter. Et puis il se trouve qu’on s’est mis très vite d’accord, et il y avait pour moi quelques calculs, quelques limites à l’exercice. Alors d’abord, et le livre commence comme ça, je ne veux plus dire absolument, je ne sais pas, j’ai passé une partie de ma carrière. Je déteste ce mot, une partie de mon épopée professionnelle, avec effectivement un ego comme tous les gens qui sont à l’image ou qui sont devant le micro. Parce que pour faire ce genre de job, il faut que l’ego soit nécessaire et effectivement il est qui peut être boursouflé, etc. Donc j’ai passé cette épopée, cette carrière à dire je et je ne supporte plus la redondance. Et quand je le dis comme ça, ça va, mais de donner mon avis, donner mon opinion comme j’ai pu le faire pendant des années, avoir un avis sur tout et surtout mon avis dans des micros.
Quand on va venir, on va venir à ça parce que là t’as la dent très dure par rapport à cet exercice que tu as mené plutôt brillamment. Et il y a notamment mais on a vraiment le temps, on ne va pas en parler tout de suite, mais il y a notamment une rencontre avec le fils Sarkozy qui va si je comprends bien, tu tapes allègrement et tu le rencontres un jour au hasard de la vie. Et en fait ça va être un petit électrochoc pour toi parce que le type va te dire ben vous avez raconté n’importe quoi mais va pas n’importe quoi, mais vous avez été très dur et sans me connaître et ça, ça se fait pas. Et c’est intéressant parce qu'évidemment c’est depuis Sarkozy qu’il dit il parle bien et il part plutôt. Avec un désavantage. Voilà. Et donc tu décides de ne plus dire jeu parce que tu ne veux plus participer à ce cirque.
En gros, je veux plus participer, je veux plus participer au cirque. Et une bonne façon à mon sens de raconter des histoires, c’est de mettre, de se mettre à distance soi même. Et j’ai choisi pour ça le il, comme si je parlais de quelqu’un d’autre. Et j’ai choisi surtout de raconter des histoires. Alors qu’est ce que ça veut dire raconter des histoires, me raconter des histoires ? J’ai fait ça toute ma vie. J’ai été payée pour raconter des histoires, pour venir devant le micro et pour. Ayant choisi un sujet dans l’actualité matinale par exemple, soit dans la matinale d’Europe ou d’Europe 1, l’ancienne radio qui n’existe plus, ou de France info. Oui, je dirais d’accueillir les auditeurs et d’essayer qu’ils soient plus souriants, plus intelligents à la sortie de la chronique. Donc ça, j’adorais faire ça. Et donc je me suis dit Mais en fait, ce texte, ça va être comme si tu racontais des histoires. La seule différence, c’est que les histoires, tu les connais vachement bien parce que c’est les tiennes. Alors après, j'étais très content du titre. Toutes les histoires sont vraies parce que je trouve que c’est un joli titre. Et ayant fait comme tu le sais et faisant encore beaucoup d'éditions, le titre, c’est très important. Et je trouvais que ce titre était pour une fausse autobiographie où toutes les histoires sont vraies mais qui tombait vachement bien, il tombait vachement bien. Donc voilà, ça c’est le. Alors, on va dire, c’est la façon dont ça s’est goupillé pour commencer.
Sur cette idée d’utiliser le il plutôt que le jeu pour raconter tes propres histoires, je dois te dire qu’en tant que lecteur, c’est très agréable parce que ça donne beaucoup de haut, beaucoup, beaucoup de légèreté, de souplesse. Et on sait qu'à tout moment tu parles de toi, mais sans te mettre en avant parce que c’est le il et pas le jeu. Donc tu étudies, tu deviens un personnage effectivement romanesque et en tant qu’auteur écrivain, je peux te dire que je suis très jaloux de ne pas avoir eu cette idée plus tôt.
Parce que c’est vachement bien, parce que je pense que ça facilite aussi l'écriture mine de rien, une fois qu’on a trouvé ça, je dirais.
C'était impossible pour moi. Je ne peux pas dire j’en ai ras le bol et écrire ce n’est pas possible. Donc déjà ce n’était pas possible. La mise à distance est géniale et le fait de deux, quand je dis mise à distance, il y a aussi cette histoire d’ego sur laquelle il faut revenir 40 secondes ainsi. Dans un premier temps, j’ai fait une dépression en 2014 2015 qu’on a très largement attribuée en bossant beaucoup avec le docteur Maso qui s’est occupé de moi à l’histoire familiale. Et puis ils trouvent que ça hante ton livre. C’est qui hante aussi ce livre ? Bien sûr.
Oui, c’est un peu obligé. Et il se trouve qu’en 2017, alors que tout allait bien, j'étais à France info, j'étais avec Bruce Toussaint que tu que tu connais aussi dans la vie. Bien, on faisait, on faisait vraiment des trucs qui allaient bien. Et puis le 31 décembre, impossible d’y retourner. Et là, je m'écroule à nouveau. Je ne suis pas bon du tout, donc. J’ai fini par comprendre et j’espère que c’est bien ça et que j’ai bien compris que ce que je ne supportais plus, c'était en fait cette exposition quotidienne, cette mise en avant et que j’avais fini. Mon égo avait fini par être rattrapée par Babar, l’autre personne qui était à l’intérieur, le gamin qui est à l’intérieur et qui est quand même très largement aussi le sujet du livre. Absolument. Et que ce gamin, il disait mais arrête tes conneries quoi ! Arrête tes conneries ! T’as fait des études ? T'étais plutôt sérieux ? Arrête de raconter des conneries, recentre-toi sur les choses essentielles. Non pas que je racontais, ce n’était pas tant ce que je racontais qui était des conneries. C'était peut être probablement ma façon de le faire. Et il y a eu un déclic que je n’ai pas du tout raconté parce que je n’ai pas estimé nécessaire de le raconter. Mais je peux raconter là. En fait, à l'époque, si tu t’en souviens, je suis sûr que nos auditeurs s’en souviennent. Christophe Castaner était porte-parole du gouvernement. Et en fait, un jour, Christophe Castaner y fait le compte rendu. Comme porte parole à l’arrière de sa limousine. Enfin, de ça, je ne sais pas de quoi était fait le Satis ou je sais pas quoi dans la voiture. Et alors je vois ça. Et moi, mon sujet de chronique était tout trouvé parce que j’avais envie de me moquer de lui et dire non mais c’est ça ! Et la prochaine fois, t’as qu'à le faire en Vélib mon pote. Donc je fais ça à l’antenne qui montre qu’on était super libres et qu’on est cool. On est vraiment super libres sur le service public parce que c'était assez foutage de gueule et violent. Et je pars faire la sieste parce qu' on a la matinée on fait la sieste et là je me réveille et je trouve un message d’un numéro que je ne connais pas. Et qu’il dit Écoutez, bonjour, c’est Christophe Castaner. Ça m’a vachement fait marrer votre truc. Et du coup je l’ai fait.
Tu sais, tu te dis mais c’est quoi ce truc ?
Je checke le numéro et là c’est bien Christophe Castaner et il m’envoie. Il m’a envoyé une vidéo de lui en vélib en se racontant sa vie. Qu’est ce que tu dois faire avec ça ? Et bien tu fais quoi le lendemain ? Parce que t’es un peu obligé tu dis Bah je pensais que je l’avais piégé. En fait, c’est lui qui m’a piégé,et je suis obligé de faire une chronique le lendemain. Alors qui va bosser ? Bien sûr, à la télévision, tout ça. On va voir les images de Castaner avec son casque sur son vélib et de moi, couillon, qui est obligé de manger ma casquette. Et en fait, là, sans que je m’en rende vraiment compte, un tic tac a commencé, un tic tac a démarré et qui dit mais en fait voilà, tu viens d’avoir la démonstration que c’est, puisque ça n’est plus possible, que cet exercice n’est pas tenable. Et un mois et demi plus tard, c'était fini.
Page 249 tu écris de tout ce bruit que tu viens de décrire, de tout ce bruit. Le bruit ambiant. Il ne voulait déjà plus. Il avait même perdu l’ambition qui lui, plus jeune, de se donner le beau rôle, celui du chevalier blanc. Cela n’aurait fait que gonfler un peu plus son ego si boursouflé. Voilà, Voilà ce que tu es, ce que tu écris. Ça, c’est la dernière partie du bouquin qui va évidemment intéresser beaucoup de gens, je pense ici, mais j’aimerais quand même qu’on fasse les choses dans l’ordre. Quand bien même tu es dans un truc de désordre absolu puisque, et là c’est à d’autres trucs, c’est une autre lecture. C’est à dire qu’elle est à la fois chronologique et surtout géographique, c’est-à -dire qu’on passe les périodes selon des endroits qui ont compté pour toi. 86 rue de Sèvres, le lycée Victor Duris, Deauville, Trouville et puis après ailleurs et ensuite euh tu nous parles, On est dans quelque chose de plus contemporain, où il y a moins de géographie, C’est plus une question de rencontres et de et de et de profit. Sur l’art d’abord, évidemment, il y a, il y a ton enfance, il y a ta famille. Et ça c’est extrêmement, extrêmement important, parce que ce n’est pas rien. T’es ce que tes grands parents ont vécu Est ce qu’on peut en parler où on laisse les gens découvrir
Non, non, je veux bien dire un mot.
à l’inverse de Sylvain Bourmeau sur France Culture. Moi, je ne parlerais pas de la fin à quitter, puisqu’il y a une fin qui révèle une chose extrêmement importante, c’est que si c’est le lieu où ont été cachés tes grands parents, je pense que ça vaut le coup de laisser ça au lecteur.
Ah oui, bien sûr. Alors ce n’est pas ce n’est pas seulement, mais mes grands parents, c’est ma mère.
Oui, pardon, mais bien sûr. Oui, bien sûr, bien sûr.
Ma mère, entre l'âge de treize ans et quinze ans, elle est cachée effectivement pendant deux ans et un mois. C’est-à -dire qu’il échappe à la rafle du Vel d’Hiv parce qu’ils ont été prévenus dans des circonstances absolument rocambolesques, romanesques et incroyables. Ils se cachent pendant deux ou trois jours dans un autre appartement qui se trouve dans la cour de là où ils habitaient, ce qui fait qu’ils voient la police française entrer, pour la petite histoire, dans leur appartement depuis un autre appartement français. Un truc de fou. Et puis ils vont traverser, ils vont traverser la capitale, ce que ça se passe dans la capitale. Ils vont rester effectivement pendant deux ans et un mois cachés, vraiment cachés. Il y a un épisode où mon grand père se blesse avec le poêle, Godard y ré y réussiront à le soigner à l’hôpital pendant quinze jours où il sera amputé du doigt et où le personnel de l’hôpital absolument extraordinaire, ne les dénonce pas parce que ce sont des juifs polonais et que s’ils avaient été dénoncés, bien évidemment, ils seraient partis immédiatement dans les camps. Donc ça, c’est structurant, les camps, les petits garçons, tu ne sais pas que ça va te structurer toute ta vie ? T’en sais rien. Tu sais bien qu’il y a des choses qui se sont passées, que tu vois par exemple tous les tous les Noëls. Il y avait un paquet qui partait de chez moi avec des douceurs pour les gens. Alors ces gens, c’est ceux évidemment qui avaient caché mes grands-parents maternels et ma mère. Mais tu ne comprends pas trop en fait. Tu ne sais pas trop. Tu vois bien qu’il y a quelque chose, que ta mère est surprotectrice. Tu vois bien que ta grand-mère est sûre. Sur surprotectrice. Tu vois bien que ce sont elles qui t'élève et qu’il ne faut pas que tu fasses quatre mètres 50 pour t'éloigner parce que sinon probablement tu vas mourir, te faire renverser, te faire enlever ce que c’est vachement à la mode à l'époque. Enfin t’es surprotégé. Et donc en fait, je comprends mieux très tardivement, c’est là où je ne suis pas très malin et peut être que cela veut dire qu’on n’est pas malin. Non mais c’est vrai. Non, non, non. Mais honnêtement, c’est vrai, parce que je crois que c’est faux. Il y a plein d'études maintenant, scientifiques, neuroscientifiques sur les traumatismes des enfants et des petits enfants. Et moi je suis enfants et petits enfants sur les deux. Donc si tu veux faire passer pour passer à côté.
Mais cela dit, si je t’ai bien lu, ton père, qui est communiste, ne t'énerve pas. Dans la religion. La télé, la guerre, la question religieuse n’est pas, n’est pas centrale dans la famille. Page 23 Tu écris La vie cachée dans Paris pendant les deux ans de l’occupation avait fait de sa mère. Donc tu parles de sa mère. Pour ceux qui prennent les routes, c’est donc la. C’est donc la tienne, sa mère et de sa grand-mère deux boules d’angoisse. Il comprit bien plus tard qu’il avait reçu un sacré legs, leur anxiété en héritage, sans en avoir alors la conscience. Alors après, tu as deux grands mères qui ont le même prénom, donc tu joues beaucoup avec ça, on comprend plus qui est qui, etc. C’est assez fort, Tout le monde est très en couleur, c’est-à -dire qu’il y a une vitalité du fait de ce qui s’est passé.
Ce sont des rescapés donc j’ai mes quatre grands parents, ils s’appellent pareil, il y a deux Rivka et deux Moshé, et ils viennent à peu près du même village, pas loin de Varsovie. C’est ça qui est assez drôle. Et alors ? Il y en a qui sont épiciers, des tout petits épiciers qui vont traverser la guerre des commissions. Ils ont eu la nationalité française, alors ils font partie de ces Juifs français qui miraculeusement s’en sont sortis. Parce que, contrairement à ce que raconte le cher Eric Zemmour, non, non, les juifs français n’ont absolument pas été protégés par le régime de Vichy, les juifs, les juifs français et je peux en parler facilement. Ils ont été protégés par des Français, ils ont été protégés par des citoyens français qui n’ont pas tous d’ailleurs été récompensés à la hauteur de ce qu’ils ont fait mais sont des Français. Beaucoup de Français, beaucoup plus de juifs français ont été déportés. Je termine la parenthèse. Donc des épiciers et des gens qui sont de condition extrêmement modeste aussi, parce que c’est des tout petits épiciers. Elles faisaient, je ne sais pas, un passage. Je pourrais vous retrouver sur internet. La photo facilement, c’est toutes. C’est dans mon souvenir, cette épicerie au-dessus de laquelle j’ai habité à peine un an. Elle était vraiment minuscule quoi. Le magasin existe encore. C’est rebelote vers la gare de l’Est. Et ce qui est drôle, c’est que c’est un magasin internet et téléphone ces endroits où tu vas acheter. Comme quoi, l’histoire est amusante. Donc oui, c’est des personnages hauts en couleur, tu as raison et pittoresque parce que Passé qui parle un français avec un accent à couper au couteau quand ils parlent et parce qu’ils ont su, c’est des survivants. Donc le fait d'être un survivant, ça change tout quoi.
Donc à la fin on comprend qu’il est parti. Ils ont été protégés par quelle famille de juste bien, bien que bien connue aujourd’hui parce qu’ils ont fait l’objet c’est juste là ont fait l’objet de de film et de et de et de bouquin. Je fais un saut dans le temps puisque je fais comme toi tu vas dire tu vas démarrer ta vie professionnelle. On pourrait dire enfin ta vie étudiante par une thèse sur le Front National. À aucun moment, à aucun moment, tu ne dis dans le livre que tu ne fais de lien entre le trauma familial et ton intérêt. Très tôt pour le Front national, il y en a un ou pas ? Ah ouais, t’es pas mal en fait non ?
Je te confirme que je suis pas mal. Les gens croient que c’est très intelligent, ils se trompent. Et non, je n’ai pas fait le lien. Surtout il faut dire un mot de mon père. Donc mon père est vivant, il a 96 ans, il a eu la légion d’honneur cet été dans la promotion du 14 juillet et c’est bien le moins puisque mon père s’est engagé le jour de la rafle du Vel d’Hiv. Oui, avec ceux qu’on appelle les FTP-MOI. L’affiche rouge, c’est dans ce qu’il fait, dit l’Affiche rouge. Une partie de sa famille est embarquée, une de ses cousines. On est le 16 juillet 17 juillet, on discute avec lui et lui dit Est ce que tu veux faire quelque chose ? Et le petit Robert n’y sait pas trop. Le fils des épiciers, il ne sait pas trop ce que ça veut dire. Et puis il va se retrouver pendant deux ans lui, pour le coup, à mener des opérations absolument incroyables dans la capitale et dans la banlieue parisienne. Pour ceux que ça intéresse, je vous renvoie au très beau livre d’Agnès Wieviorka Il était juif, communiste et résistant dans lequel il y a un long passage sur les îles et les aventures de Guy Birenbaum. Parce que ça aussi, c'était super malin. Pourquoi je m’appelle Guy ? Parce que c'était le blase de mon père dans la résistance. En fait, on a coché toutes les cases, des conneries qu’il ne faut pas faire. Et dans la famille, ça on a expliqué et j’ai dit que c'était je pense. Je ne pensais pas que c'était une super idée de donner un nom de résistant là. Pourquoi je te dis ça ? Parce que je ne comprends pas. Lorsque je commence à travailler sur le Front National, c’est-à -dire dans les années 83-84, à la très tôt, très tôt, très tôt, j’ai fait la première thèse sur le front. Le Front national en politique a été publié à l'époque et donc je ne fais pas le lien que tu viens de faire. Et ce lien, je l’ai fait quand je suis tombé, quand je suis tombé malade bien plus tard et que je me suis dit mais qu’est ce qui se passe ? Pourquoi je m'écroule ? Et on a beaucoup travaillé avec le psy et il m’a fait remonter toute cette toute cette époque. Et ici, il y avait comme une évidence puisque c’est un peu une évidence ce que tu dis. C’est vrai qu’un type qui a été élevé comme ça par des gens qui ont vécu ça, qui s’intéressent à l’extrême droite à l'époque la plus virulente, parce qu’on est. Lorsque je commence à travailler sur le Front national, je rencontre et je fais des interviews de gens qui m’expliquent, comme Jean-Marie le Chevalier notamment, qui était le bras droit de Jean-Marie Le Pen, en fait. D’où ? Après, après deux ou trois verres de pinard dans un restaurant, puisque pour ma thèse je fais des entretiens et lui, je le fais picoler selon la bonne vieille technique que j’utilise dans ce livre, de verser le vin dans la plante à côté puisque je la réutilise dans ce livre. Et ça marche toujours très bien. Je suis sûr que tu as souvent fait ça dans tes enquêtes.
Ouais, c’est ça que tu allais dire. Il n’y a jamais eu de vin, je n’avais pas peur.
Jean-Marie le chevalier me dit Birenbaum
Qui sera maire d’une ville où on a un maire de Toulon, c’est ça ? Dans les années 90 ?
Monsieur Birenbaum, on peut se dire les choses. Le journal d’Anne Frank est un faux grossier. Donc là, à deux de là, tu fais à deux possibles. Alors ça, c’est écrit noir sur blanc dans ma thèse et dans le livre qui a été publié en même temps, je n’ai jamais été attaqué en justice, ni rien, ni donc. Et donc là, soit tu te lèves et tu lui mets ton poing dans la gueule, mais moi ce n'était pas du tout mon truc. Mon truc c'était d'écrire et de noter tout. Oui, Monsieur Truc. Et donc j’ai. C’est comme ça que j’ai réussi tous à les faire parler et que j’aurais pu jeter le verre de vin à la figure.
Je n’aurais jamais. Tu as bien fait la raison et je pense que tu as bien fait. C’est toi, C’est moi qui allais faire comme ça. Bien sûr, on s'écarte de l’ouvrage, mais c’est l’idée de l’entretien de ce matin. Aujourd’hui, tu regardes le RN. Comment ? Par rapport à l’histoire familiale, à ton savoir sur le Front national, puisque tu es en 83 84, c’est-à -dire le début ? Où ça ? Où ça va devenir le poison de la politique française.
C’est-à -dire que c’est le moment de l’avènement où j' ai ma thèse. Et là, en 92 donc, j’ai suivi les vraiment de très près pendant dix ou quinze ans, ce que j’ai appelé dans ma thèse l’institutionnalisation du Front national. Donc vraiment, j’ai suivi ça de très près. Alors, je vois bien, je vois, je vois à la fin de ta question, donc je l’anticipe. Écoute d’abord, ce qu’il y a de marrant, c’est que j’avais fait un papier sur la première intrusion entre guillemets, des députés du Front National, puisque pour nos plus jeunes camarades, le Front national a déjà eu un groupe de partis. Bien sûr, Mendès entre en grâce à la proportionnelle en 86, 86 et 19, entre 86 et 88, et je l’avais étudiée, je l’avais étudiée scientifiquement et d’ailleurs le papier a été vachement partagé lorsque le Front national a eu un groupe parlementaire. C'était donc dans une revue de science politique que j’avais à l'époque fondé avec Bastien François qui s’appelait Politis, dont tu parles.
Dont tu parles dans "Les vents".
Ouais, tout à fait. Donc c'était très intéressant pour moi. 86 2022 de voir réapparaître un groupe parlementaire et un groupe parlementaire trois fois plus gros que le groupe de 86. Alors, le groupe. 86 88 qu’il était un peu de bric et d' broc. C'était un peu tout ce qu’il avait trouvé. Alors pour pouvoir aller directement sur ta question. Bien évidemment, y a des bases au Front national, des référents culturels, des invariants pour employer des mots scientifiques et compliqués qui restent à dire. On voit bien quand on observe les candidats aux élections par exemple, et pas toujours les élus, mais les candidats aux élections, qu’il y a des gens dont les origines personnelles dans les histoires personnelles, même s’il y a de moins en moins de gens de la génération Le Pen père, font qu’on voit bien où ils se situent sur l'échiquier politique et que c'était des vieux fachos. Il n’y a pas que ça. Et déjà il n’y avait pas que ça, même dans les années 80 et 90. Et c'était C’est là où c'était très intéressant parce que mon patron de thèse, qui était un mec absolument merveilleux, qui s’appelait Jacques Lacroix et qui était une des sommités de la science politique française, quand je reviens le voir avec mon sujet et je dis Je voudrais travailler sur le Front national et je voudrais continuer à travailler là dessus. Et donc c’est le l’un des plus grands spécialistes de science politique de la science politique en France. Mais il en est Guy, c’est les poujadistes, ça va durer, ça va durer deux mois, votre truc ? Donc c’est très intéressant. Et donc il y a à la fois ces référents culturels historiques qu’on retrouve beaucoup maintenant chez Zemmour. C’est à dire qu’en fait, moi, l’analyse que j’ai faite de Zemmour quand il a débarqué non pas dans l’espace médiatique mais dans l’espace politique, c’est que, en fait, Zemmour, c’est Jean-Marie Le Pen 2022. C’est-à -dire c’est l’héritage. Le vrai héritier de Jean-Marie Le Pen, c’est Éric Zemmour. Est ce que sa fille, la fille de Jean-Marie Le Pen, n’a eu de cesse que de s’autonomiser et de faire exister le Rassemblement national, indépendamment de l’histoire du parti ? On a vu d’ailleurs que l’anniversaire n’a pas vraiment été fêté.
Et je te pose cette question de manière très sincère et ingénue. Tu ne crois vraiment que Marine Le Pen, que le Rassemblement national d’aujourd’hui a viré cette cuti par rapport au Front National et qu’aujourd’hui. Où le feu couve sous la braise, toujours.
Je ne sais pas, Je n’ai pas dit qu’il avait viré leur cuti. Ce que je dis, c’est que l’extrémisme le plus radical, il est avec Zemmour depuis la campagne présidentielle. Il y a évidemment des extrémistes radicaux qui ont été autour de Marine Le Pen, Châtillon et compagnie. Tous, c’est sûr, on sait très bien qui l’ont fait, Ils ont fait leurs campagnes et tout ça. Il suffit d’observer. Je suis simplement plus, comment dire, plus sourcilleux. Et j’observe ça de façon. Par exemple, moi, il m’est arrivé de discuter aussi bien avec Jean-Marie Le Pen qu’avec Marine Le Pen. C’est des gens que j’ai rencontrés dans le cadre, aussi bien dans l’activité journalistique que dans mon activité de chercheur. Je le dis très honnêtement, autant que Jean-Marie Le Pen, je n’ai aucun doute sur le fait qu’il est antisémite. On peut parler au présent. Jean-Marie Le Pen est toujours vivant. Marine Le Pen, je ne crois pas une seconde qu’elle, elle, soit antisémite pour aller directement, du moins au cœur, au cœur du sujet. Après, sur la façon de se comporter et de désigner des boucs émissaires et nos nos immigrés sont évidemment toujours les boucs émissaires qu’ils étaient pour le Front National originel. Il suffit de regarder les affiches, elles n’ont quasiment pas changé. Et la problématique, elle n’a pas changé. Simplement, il y a toujours eu, et c’est ce que j’expliquais dans mes travaux universitaires et que j’ai essayé d’expliquer dès le départ Ce n’est pas à un moment qu’ils sont gentils, à un moment ils sont méchants, ils sont toujours. C’est à la fois on essaie de s’adapter au système politique et donc on joue le jeu. Et puis il faut qu’on se radicalise et qu’on s’autonomise en étant plus radicaux. Ça, ça a toujours existé. Ça existe depuis les années 80-85, 90. En fait, cette double stratégie que moi j’avais définie aussi bien dans mon mémoire de béret que dans ma thèse qui était adaptation démarcation. Elle ne change pas et elle ne changera jamais. Ce parti, il est, il est sur deux pieds le pied. On est des députés comme les autres. Et puis on voit bien que tout d’un coup, il y a un gars qui beugle Durand qui retourne en Afrique. Voilà donc pan pan, c’est les deux, c’est les deux jambes et pour certains il y a qu’une jambe, pour d’autres y' a que l’autre jambe, mais l’ensemble ce sont les deux jambes. Donc pour moi si tu veux la question elle ne se pose pas. Donc est-ce qu’ils sont maintenant institutionnels ? Ça ne marche pas toujours sur ces deux jambes ?
A propos d’Eric Zemmour, il fait partie de ceux qui provoquent un peu l'écriture du bouquin, si je comprends bien. Parce que dans ton introduction, tu nous dis qu’il y a deux fictions récentes qui quittent, qui a travaillé la première, je l’ai oublié, je crois que c’est le confinement, c’est ça ?
C’est ça, oui. C’est d’abord le confinement qui était quand même une épopée très étrange.
Et ensuite, la présidente de la présidentielle qui subit le grand confinement repose elle aussi sur une fiction. Elle se fit d’abord pendant des mois, au rythme d’une théorie complotiste le Grand remplacement, une infamie héritée d’un vieil écrivain rabougri, raciste, retiré dans son château dans le Gers, dont tu ne le cite pas d’ailleurs. Tu cites très peu de noms. Tu m’expliqueras pourquoi. Ignominie portée par un candidat dont il connaissait les fêlures égotiques et les névroses pour l’avoir croisé dans ses vies antérieures, dans les médias et l'édition. Et là, tu parles évidemment de d’Eric Zemmour sur lequel tu ne reviens pas plus tard, bien que tu reviennes sur d’autres personnages, tu racontes que tu avais prédit et gardé d’ailleurs des messages en disant Y vas y, vas y ! Il va se brûler les ailes pendant la campagne, il n’ira pas aussi loin Mais qu’est ce que tu pourrais nous dire de Zemmour que tu n’as pas raconté dans le livre ? Ça veut dire quoi ? Les faits ? Les fêlures égotiques du bonhomme ? C’est quoi ses névroses ?
Mais qui a croisé et qui a connu Eric Zemmour depuis Comme toi, tu as dû le croiser depuis 30 ou 40 ans au bord de plateaux ou dans des émissions. On sait bien d’abord qui pense qu’il est plus intelligent que nous tous réunis, ça de toutes. Depuis que je connais Eric Zemmour, j’ai été très frappé par ça. Alors là, lui, ce n’est pas un ego, c’est ses références et c’est lui.
Qui a inventé l’ego.
Oui, je crois que l’ego de l’ego a été inventé par lui et donc c’est quoi ses fêlures ? Bah c’est qu’en fait, c’est le petit Juif. Hyper sémite physiquement avec son nom était très emmerdé parce que ce n’est pas super et ce n’est pas super casher à droite et à l’extrême droite de s’appeler Zemmour et d’avoir cette pauvre tête qu’il a qu’il n’a pas choisi. Le pauvre comme moi j’ai moi j’ai l’air ashkénaze, on y peut rien, c’est comme ça. Et donc pour si tu veux pour la Syrie et le grand remplacement, ce n’est pas apparu pendant la campagne de 2022 sous la plume d’Eric Zemmour. Ça ne fait pas très longtemps que cette théorie est complotiste. Faut toujours dire que c’est une théorie complotiste. La théorie du grand remplacement que très souvent maintenant sur les plateaux des chaînes d’info, ça passe crème.
Bien sûr
Des enfants, mais en fait non, c’est Renaud Camus et une théorie complotiste, point barre. On sait d’où ça vient et on sait où ça repart. Donc si tu veux, Éric Zemmour a toujours été cette espèce de personnage, une sorte de Rubempré, mais de Rubempré venant de l’autre côté de la Méditerranée et qui a eu qui n’a eu de cesse que de vouloir s’imposer. Et il y a réussi dans l’espace médiatique, dans l’espace éditorial. Et puis la, à la dernière marche qui montait, probablement, c’est la marche politique et c’est là où il s’est complètement gouré. Et effectivement, moi, tous mes copains, j’ai plein de copains qui ne sont pas du tout dans le milieu du journalisme politique et tout ça, qu’on commençait à vraiment flipper pendant la campagne et qui m’envoyait les messages, mais qu’est ce qui se passe ? C’est vrai que j’ai gardé les textos parce que ça me faisait marrer. Usenet, vous n’inquiétez pas à un moment. Bon, bien sûr, il va pourrir la campagne avec ses thèmes pourris, ça c’est sûr. C’est certain que pendant des semaines et des semaines, on ne va parler que de trucs absolument, dont on ne devrait même pas, dont on ne devrait même pas parler. Notamment, on a entendu des élus considérés comme respectables utiliser l’expression grand remplacement sur les plateaux à qui les journalistes se sont mis à l’utiliser de façon totalement décontractée, quoi. Donc ça c'était un problème, bien sûr, sur le on va dire, le déplacement du débat politique pendant une campagne présidentielle. Mais j'étais absolument certain que, comme disait notre président bien aimé, je plaisais à Jacques Chirac, ça allait faire pschitt. Et le psy, il est arrivé. Alors Zemmour essaye d’expliquer qu’il s’est fait avoir à cause de l’Ukraine. Non mais de toute façon c'était, c'était écrit, c'était cette histoire, elle était écrite et donc la fiction dont je parle, pour moi, les deux fictions qui m’ont motivé pour utiliser la fiction, c’est effectivement ce n’est pas seulement le confinement, c’est toutes les la je dirais, le fait que plus personne ne croit les scientifiques dans ce pays. De toute façon, le discours scientifique, le discours académique, le. Le discours qui tend à rationnellement essayer d’expliquer les choses pour 30, 40, 50 % des gens, ça n’existe plus. Et la deuxième fiction, c’est Eric Zemmour va être président. Voilà, ça c’est deux fictions. Et je me suis dit mais puisque tout est faux, puisque tout est fake, ben moi aussi je vais faire un bouquin en partant de la fiction puisque point de départ, très exactement.
Puisque le vrai ne comptait plus, il écrivait un roman, une fausse autobiographie où toutes les histoires sont vraies. Nous sommes page quinze et après on se régale. Voilà, tu fais un peu ton Debord le faux est un moment du vrai si c’est ça.
Tu veux que je te fasse une grosse confidence ? Tous les auditeurs. Et auditrices mais énorme.
J’ai adoré.
Bien sûr. T’as jamais lu Debord parce que ça parle de toi. Bref, peut être un peu ça, je trouve que c’est pas mal. Non mais tu sais, ce n’est pas très bien écrit en fait.
C’est boursouflé. Mais par exemple, le livre Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici, qui est un livre en fait, sur le traitement médiatique de son ami Gérard Lebovici, producteur de cinéma, auteur, éditeur.
Et tu viens de m’en parler, je vais le lire.
Édition de son livre, parce que celui là, il est très pigiste, il répond à la presse, il répond aux accusations et tu vas voir que c’est quand même c’est brillant celui là.
Je vais le lire. Mais tu sais, moi j’ai plein de lacunes et donc je reconnais mes lacunes. Et donc quand j’ai derrière moi, je pourrais le sortir. Là, à côté du livre, ce remède génial des affiches de Mai 68 qu’on devine.
D’ailleurs, le chef l’a souligné pull rouge et poing levé. Bravo ! Bien sûr, bien sûr, hein ? Oui, mais Que de la frime ! Et le livre après ? Il y a une carte lui donnant, je sais que selon les intervieweurs, tu changes de décor.
Oui, bien sûr. Quand le Figaro va venir, il y aura toute l'œuvre, toujours œuvre de Renaud Camus.
Et en fait non, je cite si tu veux, j’ai derrière Commentaire sur la société du spectacle, etc. Mais moi je suis. Plus. J’ai plus été bercé de par mes études, par les écrits de Bourdieu, de Champagne et de tous ces gens là que j’ai eu la chance de croiser et qui étaient quand même très supérieurs à mon sens sur la télévision et sur les médias. Bourdieu, sociologiquement très supérieurement.
Bourdieu dont vous prenez le nom pour en faire autre chose. C’est bien ça ? J’ai bien compris ?
Oui, en fait tu peux. D’autres encore qui avaient inventé, dont j’avais inventé dans une note de bas de page Peter, Nick, Mary et c'était passé. Le patron PS n’avait rien du tout, il s’est dit Micky, cet auteur anglo-saxon dont je n’ai pas lu les travaux, c’est des trucs qu’on faisait à l'époque, on n’était pas Peter. Nick, Mary, Peter Bon, vivre c’est beau, c’est bien de l’art.
C’est une excuse Alors on conclut On verra si tu t’excuses. Pareil pour la musique, mais d’abord ta rencontre avec la corruption. Moi, c’est comme ça que je t’ai connu. C'était à l'époque où tu étais un pourfendeur de la corruption. Tu vas être l'éditeur du juge Halphen, Eric Halphen, le grand, le grand juge et qui sera le fondateur d’anticorps notamment. Mais son livre, c’est bien avant. Et en fait, tu découvres la corruption, tu en profites sur bénéficié, c’est les trois jours et en fait on distribue les trois jours de l’armée et on distribue des petites enveloppes pour se faire réformer. Et donc tu te fais réformer mais là tu te dis ce n’est pas 63. Ce n'était pas glorieux. Il se sentait vaguement honteux par rapport à ses copains qui perdraient leur temps sous l’uniforme. La corruption, il fallait nommer les choses par leur nom, avait fait son entrée dans sa vie très tôt, mais il n’y avait pas lieu de s’en vanter. Bon, ça, c’est évidemment une réécriture. C’est après coup, c’est au moment.
. Pour le moment, je trouve ça très bien que mes parents payent pour que je n’aille pas à l’armée. Zara comprend. J’ai compris la corruption très tard, bien sûr. Bien sûr. Mais c'était possible à l'époque. C'était possible à l'époque. Je ne suis pas là. Je ne pense pas que j’ai été le seul. Et effectivement. Je sais. Si tu veux, quand tu comptes, tu tires le fil de l’histoire comme tu l’as fait tout à l’heure en disant Hey toi, vu tes origines, c’est quand même assez marrant que tu fasses en un bouquin une thèse sur le Front National. C’est vrai que la corruption est en très tôt dans ma vie parce que ça s’appelle comme ça et que c’est vrai que si on est, si on essaie de reconstruire tout a posteriori, c’est marrant d’avoir été après eux l’un des éditeurs les plus en pointe. Parce que j’ai eu cette chance puisque j’ai suivi Montebourg au moment où vraiment on s’attaque au pouvoir, je pense à la machine à trahir. J’ai suivi effectivement et j’ai accompagné Halphen, mais aussi plein d’autres auteurs. J’ai publié la K7 mairie en même temps que le Monde. Enfin, j'étais vachement anticorruption.
La K7, la cassette, il faut rappeler ce que c'était quand même.
Alors la cassette Mery, c'était le témoignage d’un affairiste qui accusait Jacques Chirac d’avoir pris des valises de billets quasiment dans ses mains, des mains de ces gens qui financent les campagnes de ce qu'était le RPR à l'époque, si je ne m’abuse.
Alors c’est justement, je parlais tout à l’heure qu’on s'était rencontré à cette période là. Alors effectivement, on avait, on avait fait des petits débats, etc. Mais surtout, tu voulais absolument me faire faire un livre concernant Jacques Chirac. Tu te souviens ce que c'était ou pas ? T’avais une folie. Voilà, je sais le truc japonais,
Voilà le truc japonais.
Alors à ce moment-là, il faut rappeler Guy, tu es le roi de Paris, tu as un éditeur à succès. Si tu as l'éditeur à succès, tu vends des bouquins à n’en plus finir et et tu es persuadé que Jacques Chirac, amateur de sumo, n’est pas tout à fait amateur de sumo pour rien. C’est parce qu’il aurait un fils qui au Japon et tu m’as dit toi tu vas y aller, je te parle de voyage, tu vas aller à Tokyo Qui était là ? Tu n’as pas voulu y aller ?
Je déteste ça. Par exemple, il s’avère venu en lisant le bouquin Tu Tu n’en parles pas parce que ça c’est complètement un détail, mais ta vie est aussi faite de ça. Et dans tes rencontres, il y a aussi ça. C’est à dire que parfois tu vas t’enflammer pour des choses qui sont qui sont dérisoires. On pourrait dire que ce n’est pas moi, j’en sais rien Alors, j’ai écrit avec Laurent Beccaria un très beau livre dont je suis extrêmement fier, qui s’appelle Le Cabinet noir dans lequel je racontais en 2008 toutes ces tous ces trucs que j’ai failli faire ou qu’on a essayé de me faire faire. Parce que ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que dans les années 2000, avant les réseaux sociaux, il y a pas mal de mecs qui traînent dans la capitale et qui viennent te vendre des trucs quand t’es éditeur. Et c’est ça que je raconte dans ce bouquin. Et je raconte comment je me suis fourvoyé à plusieurs reprises et là je le raconte à la première personne est Services que j’aime vraiment bien, dans lequel je raconte notamment comment j'étais l'éditeur Imad Lahoud. On est dans l’affaire Clearstream. Voilà comment je me suis fait avoir par un as du bleu et ça m’est arrivé plusieurs fois de me faire avoir. J’aimais bien me faire avoir en fait. Et tu vois, je croyais aux histoires en fait. Et puis après les histoires, les histoires, elle sort, elle te rattrape et la grosse histoire peut te rattraper. Plus que les petites histoires dérisoires comme celles que tu as évoquées.
Alors le livre traverse les périodes, et les périodes elles sont ponctuées par des émissions de télé. Alors il y a quelque chose qui va, qui va jouer pour toi, c’est que ta culture musicale, c’est les Carpentier si j’ai bien compris, c’est le samedi, évidemment c’est mal parti. Donc forcément j’ai bien compris que tu allais tenter un clash parce qu’il faut que tu fasses du buzz et tout et c’est lamentable. Si tu veux qu’on s’oppose.
À c’est sur la musique alors que nous tomberons d’accord de tout à l’heure.
Mais nous allons tomber d’accord. Je bataille puisqu’on parle de ça, tu parles de la mort de John Lennon. Tu apprends la mort de John Lennon et tu t’enfermes dans ta chambre. Tu parles des coups. Alors malheureusement, tu parles d’un album de 78 qui n’a aucun intérêt. Mais après tu te rattrapes. Tu parles de Madness que tu hurles dans l’amphi de la Sorbonne si j’ai bien compris ?
Dans l’amphi de Tolbiac
De Tolbiac ?
Oui, oui, avec un camarade à moi, on chantait « One step beyond » En se levant un moment de nous seul connu et on comptait dans nos têtes. On faisait un décompte et l’amphi de Tolbiac, pour ceux qui connaissent, il est immense, immense. Et on se levait, on se levait chacun dans un coin, on n'était pas assis à côté. La nana on sait où elle cette bière. C'était la fac à l'époque, on pouvait faire des trucs comme ça.
Écoute, c’est bien parti, tu peux faire le riff.
Non non. Je n’ai pas le matos, mais sinon je pourrais le faire.
Non mais à capella avec. Attends, c'était bien là, C'était bien. Je ne me moque pas.
ne te moque pas. Il y a même des vidéos où je chante qui existe sur internet qu’il m’arrive de chanter dans un restaurant. Donc le répertoire, je peux faire Ouais bien. Il ne faut pas de moi, mais vas y que le boss nous arrête, ça nous mettrait en joie. Bon après tu vas avoir une rencontre très difficile parce que tu as quand même, il faut le dire, une enfance. Surprotégée, protégée. Tu as du. Tu le dis, tu ne t’en cache pas. Et d’ailleurs c’est assez rigolo parce que moi j’apprends, j’apprends des choses de la vie de base, de la vie de l’ouest parisien. Tu sais, tu as pointé du doigt Steph, le mec qui connait bien trop vite, qui est quand même plus joli que Deauville. Bon ça c’est à lui de l’esprit. Et donc tu vas être prof de tennis. Et pourquoi j’en parle ? C’est parce qu’un jour ça m’a fait beaucoup rigoler. Page 101 jour tu donnes un cours de tennis, mais tu n’entends pas tout, Tu ne peux pas te concentrer parce qu’il y a sur le toit d’un hôtel. Alors c’est merveilleux.
Merveilleux un groupe extraordinaire. Vas-y, vas-y ! Raconte-moi !
Qui est donc en pleine répétitions pour une émission de télévision C’est sûr, ça doit être un truc de Drucker ou un truc comme ça. Et en fait aussi la grande époque du festival du film américain qui commence à Deauville et moi je joue au tennis
Rendez vous du dimanche.
J’en passe. Oui, ça doit être ça Et en fait, y a un village people et qui chante Diams et qui répète mais pendant je ne sais pas, 3 h, 4 h, je ne sais pas si t’imagines. À la télé. Tu m'étonnes que tu sois allé voir un psy après presque 3h de musique. Je ne dis pas que c’est trois à 4 h.-t. alors je tente. Je tente de les allumer avec une balle de tennis que t’es mon jeu préféré à l'époque, comme on n’était pas très loin, c’est d’envoyer des balles. Tu sais, j’ai déjà réussi à en faire passer une par la fenêtre de l’hôtel, mais là, je n’ai pas atteint un des six membres du groupe, ce que j’aurais adoré. Mais malheureusement, ils ont continué à chanter. C’est un souvenir atroce.
Tu parles aussi de Charles Trenet qui selon ta mère, a tout inventé ?
Et mon père ? Mon père pense que Charles Trenet a inventé le rock.
Voilà, exactement. Et ce n’est pas tout à fait faux.
Ce n’est pas tout à fait faux. Il a fait faux bond après.
À Deauville, tu nous parles toujours d’un concert de Police. Tu sais que ce groupe est interdit sur cette scène. Mais alors tu te rattrapes magnifiquement. Et ça, j’aimerais que tu nous en parles. Il y a deux groupes. Deux groupes qui viennent des années 77. Il y en a un tué en 1980, tué dans ta ville préférée si j’ai bien lu ton livre qui s’appelle Londres et tu vas acheter son album, c’est Clash.
se promène dans Londres et puis il y a London Calling dans la bagnole, quoi. Et c’est une claque absolument phénoménale que d'être en des petits Français en bagnole dans Londres. Et pis tu mets ça à fond. À l'époque, c’est le radio cassette avec les hauts parleurs un peu à l’avant. Et pis si t’as tué la voiture, t’en a derrière, mais là, elle n'était pas tunée, mais non mais c’est un souvenir incroyable ! Je ne peux. Londres, c’est sans doute la ville que j’aime le plus au monde. Je n’ai pas beaucoup voyagé, mais vraiment Londres, je suis fan. Et cette scène, c’est comme une scène, tu sais, C’est comme une scène primale où je ne sais pas comment dire. Je la revois, je la reverrai, je pense tout jusqu'à la fin, dans ma tête. Lily. Les pieds nickelés dans la voiture, en train de hurler London, Calling coincée. C’est merveilleux. Et je ne peux pas dire autre chose.
Et plus tardivement. Alors on ne sait pas quelle radio, si, je sais. Franceinfo ou pas Et t’entends un groupe qui répète.
Alors ce n’est même pas ça. C’est presque, je travail à l'époque, on est en 2010, 2011, je crois à Europe, on a une émission le soir et j’arrive vers 5 h de l’après 12 h ou 4 h de l’après 12 h et j’entends un clavecin qui joue dans une pièce et je me dis tiens, c’est fort quand même. Donc je rentre. C’est ça l’avantage. Je rentre dans la régie, j’entre dans la régie et là Golden Branch L’ASE, Midas.
Et tu restes comme ça gueule dans l’assemblée. Génial ! C’est génial ça ! Je pense qu’il va y avoir des gens qui vont faire le clip et toi ?
Voilà. Et là je me répétais de belle voix bon moment, salaud ! D’ailleurs, c’est la suite de ma carrière je pense. Ah ouais ? Et donc voilà, je me retrouve et donc je me cale dans un coin. C’est Thierry Le Guen qui faisait une formidable émission. Il faisait jouer les groupes live à l'époque, Hé hé ! Je regarde, Ils jouent trois quatre morceaux, ils refont deux fois Golden Round parce qu’il faut que ce soit, il faut que ce soit parfait quoi. Et je ne fais pas de photo, je ne fais pas de vidéo, je suis juste calé sur le poteau et c’est un souvenir merveilleux quoi.
Voilà. Donc, comme on s'était aussi parlé vendredi ou samedi parce que, en tant que grand professionnel, tu étais inquiet de savoir comment allait se passer l'émission, etc. Je t’ai dit il y a un truc qui ne va pas du tout, c’est la musique. Et puis comme j’ai terminé le bouquin et là je découvre qu’il y a les Stranglers et Clash. Je te pardonne, je sais plus si c’est Genesis ou Indochine, mais parce que tu n’as pas parlé de Genesis.
Oh je ne sais pas, pour moi c’est Queen.
Ah oui, mais qui ? Non, je ne sais.
Si tu parles de quoi tu parles,de Queen ?
Je connais mieux que toi ou tu parles de Queen ?
Oui, oui, tout à fait mais le guitariste de Queen je ne sais pas ce qui arrive
Je me dis tiens, c’est marrant ça ! Mais non je parle de la scène. Mais non, c’est parce que je parle de la scène, je raconte tu sais, la scène du film dans laquelle ils font Bohemian Rhapsody dans la voiture qui est une scène de film mythique. Voilà, ça ne veut pas dire que si tu dis du bien, tu dis du bien du morceau. Mais après chacun a le droit d’avoir ses mauvais goûts..
Absolument. Alors bien sûr, chacun ses mauvais goûts, ça je suis, je suis entièrement d’accord. Mais c’est marrant parce que je me suis demandé je dis ça en blaguant parce que c’est effectivement un truc que quand tu fais un bouquin nostalgique et qu’il y a quelque chose qui, qui ramène tout de suite à l’adolescence, c’est la musique sur laquelle on peut se battre et là on fait semblant de se battre. Alors que je pense qu'à quinze ans on se bat vraiment pour ça. Tu vois, si tu apprends qu’on se serait battu, toi. Mais je le dis sans fantaisie sur la musique et je trouve que tu as des goûts très éclectiques, parfois contradictoires. Et je me dis tiens, c’est marrant, c’est peut être aussi son boulot. C’est-à -dire que non.
Il n’y a pas de goûts contradictoires sur la musique, tu dis une connerie monumentale. Ah non, ça, ça ne veut rien dire. Excuse moi, j’ai arrêté de me laisser maltraiter par le taulier comme ils disent sur le forum, ça suffit maintenant à montrer qui c’est Raoul Il y a plein de goûts contradictoires dans la musique, ça c’est pas vrai. David On peut aimer des choses extrêmement éclectiques, moi je veux.
Absolument pas, ce n’est pas contradictoire.
est contradictoire dans le sens où si tu veux, je pense que certaines, certaines musiques, tu les aimes pour leur portée sociale, pour elles. Je pense que Clash c’est. Voilà. Et par ailleurs, tu peux aimer des choses totalement innocentes et anodines. C’est là où je parle de contradictions. Mais on peut aimer des choses.Oui oui, mais pas ce que tu dis. Parce que ce qu’il y a de central, d’ailleurs, il y a la Tête à Le chat qui est avec toi, là c’est bon là Guy a raison, dit pas tape coup droit direct blanc dit sorcière. J’avoue qu’il a raison.
Non mais ce n’est pas ça. C’est qu’en fait, pour moi, la musique est d’ailleurs la playlist du livre et absolument à la fin tu peux aller l'écouter, d’accord ? Je vois les polyphonies corses.
Parce qu’elle était dans le bouquin la playlist.
Elle est dans le bouquin, elle existe en vrai et en fait en fait l Michel Sardou noir, mais c’est fait exprès parce que. Parce que cette chanson renvoie à une histoire très précise. Mais bien sûr, bien sûr ce que je veux dire, c’est que la musique, ce livre, il est fait. Maintenant, Depeche Mode, c’est ça, Ce n’était pas Indochine, c’est Depeche Mode.Ouais, bah ça ce n’est pas grave non mais la musique, c’est des moments. Et moi. Bien sûr c’est mon chien vous avait prévenu ?
Absolument.
C’est Jedi qui n’est pas content parce que quelqu’un vient de passer là. Attention, faites tout gaffe. Et donc c’est des moments, c’est des émotions et je crois que tu peux avoir un souvenir absolument génial avec une musique de merde.
Bien sûr, elle va rester collée parce que c’est le souvenir qui est génial. Bien sûr. Alors je te taquine alors, tu as une passion dans la vie ? C’est Le chat quelle chanson de Sardou ? La France ? Oui, c’est la chanson La Français de France. Oui, le front. Non, pas la France, c’est le bateau abruti. Le Corse. Putain Brutus ! Bon, mais oui, abruti, ça suffit d’un petit temps. C’est la France que j’ai vu partir. Le France, c’est quand même quelque chose. Quand on va repartir sur le bon, ça c’est la première et la deuxième chose. Donc France, parce que là tu parles de l’histoire, c’est un paquebot.
C’est ça le paquebot France. Je l’ai vu quitter la France quand il a été vendu aux Norvégiens parce qu’il était venu le Norway après. Et donc je raconte ça. Et à la fin, évidemment, je mets la chanson de Sardou. Après, je voudrais dire à la personne qui s’appelle Romain je ne sais pas bien où est ce que c’est écrit tout le Yorkshire énervé que le Yorkshire de cinq kilos c’est un berger australien et si tu veux venir discuter avec lui, tu vas moins faire le malin.
Tu as entendu Renan Et en plus en plus, il ne faut pas déconner avec.Guy, ne faut pas déconner avec les chiens.
Les chiens et ça nous ramènera à la politique sans mauvais jeu de mot puisque avant de naître, tu te balades à Saint-Cloud, au parc Saint-Cloud et en promenant ton chien, tu vas rencontrer des hommes et des femmes politiques.
Tu peux en parler ?
Oui, j’y crois. Oui, bien sûr. En fait, je vais me balader souvent. Consultant quand je suis en région parisienne, je vais au parc de Saint-Cloud avec mon chien depuis longtemps et en fait la Saint-Cloud. Montre tout. C’est là qu’habite Jean-Marie Le Pen. Enfin, il n’habite pas vraiment là, mais c’est bien la résidence historique. Et une ou deux fois. Oui, effectivement, j’ai croisé Marion Maréchal dans le parc et Marion Maréchal qui me connaît puisque je l’ai interviewée. Et c’est assez drôle parce qu’il y a un gentleman agreement sur le fait qu’on fait comme si on ne se connaissait pas. Voilà donc je passe avec mon chien tout crotté et je pense que c’est mieux. De toute façon, on n’a pas grand temps, on a plus trop grand chose à se dire.
Ce que le roman ne dit pas, c’est est ce que ton chien aboie ? Quand il la voit tendue, quand il la voit. Non, non, monsieur, je reste dans la foi. Mais alors ? Non, non, non.
Mon chien aboie sur commande puisque j’ai développé avec lui quelques stratégies que je raconte dans livre d’ailleurs que de temps en temps, c’est bien de pouvoir faire aboyer un chien. Donc j’ai deux mots clés qui sont le petit mot qui peut me servir à le faire aboyer. Mais là il est parti donc je ne vais pas le faire. Je vous ferai peut-être une démonstration à la fin.
Puisqu’on est sur le FN, y a Pierre qui nous demande qui te demande à partir de gens à propos du Front national dont tu parlais tout à l’heure. D’accord pour les militants, mais les électeurs, ils font ils ont quoi de spécifique ? Tu parlais du fonctionnement du parti.
Alors moi j’ai toute mon analyse et toute mon étude. Bien, bien que ce soit bien clair, j’ai toujours travaillé sur les dirigeants, oui, dirigeants et sur les cadres et une partie des militants. Et à partir du moment où l'électorat est devenu aussi conséquent, je ne crois pas qu’on puisse caricaturer l'électorat en disant comme disait Bernard Tapie à une époque tous les électeurs du Front national sont des salauds se disant oui bon, la la proportion de salauds est assez, elle serait absolument gigantesque. Ça commence à faire énormément de salauds. La sociologie électorale a montré que pour tous les partis, quand on fait des analyses de sociologie électorale, il y a autant de raisons de voter pour un parti que d'électeurs d’une certaine façon. Et que si le bruit du parti que nous nous entendons parce que nous pensons que c’est en parti, on va dire extrémiste, etc. N’est pas forcément le bruit qu’entend quelqu’un au fin fond de la Creuse où il se tait pour des raisons qui sont les siennes et qui ne sont pas des raisons que nous nous allons interpréter comme des raisons extrémistes. Par exemple, il y a plus de poste, y a plus de café. Il a l’impression qu’il est déclassé, il est chômeur, il dit Bah tiens, ceux qui n’ont jamais exercé le pouvoir, tiens, je vais voter pour eux parce que peut être ils feront mieux pour moi. Ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut pas faire des analyses, on ne peut pas plaquer l’analyse qu’on fait sur des cadres, des dirigeants, des militants, sur les électeurs. Je ne sais pas si ça répond bien à la question.
Je reviens à ton, à ton roman. Il y a plusieurs de tes passions que tu veux que tu détailles. Il y a la passion de la photographie, donc les gens sur Instagram le savent qui remonte à loin. Dit tu avais un Nicod dont tu parles tout le temps, argentique et à un moment donné, tu vas rencontrer Coluche dans un café au petit matin où il a passé la nuit à visiblement fêter son César pour pas cher. Et cet appareil photo immortalise des scènes dont euh voilà qui reviennent à la mémoire et qui permettent de faire un fond de décor à ton ton roman.
Oui, et l’histoire de Coluche, c'était exactement le matin du César pour Tchao Pendant et j'étais. Je traînais autour du lycée Victor Duruy, mon ancien lycée où Café le Vilar. Voilà. Et j’ai vu arriver, j’ai vu arriver des motos. Et puis donc, il avait dû. Il n’avait pas pu fêter la fête qui arrivait. Et j’ai pris la photo de Coluche. D’ailleurs j’ai publié cette photo, elle est sur mon Instagram. Et en fait, j’ai toujours eu un rapport à l’image. J’ai dû avoir cet appareil dans les années 80 et il se trouve que là, j’ai entrepris un gros travail, mais on en parlera peut être plus tard sur Un jour, j’ai retrouvé mes diapos. Dans le garage dans le parking de mon père et donc j’ai sur la tête de. Disons 400 500 diapos des années 80 alors, qui vont de paysages à des animaux, à des amis, en passant par quelques scènes que j’ai eu la chance comme ça, comme sous Coluche, là, comme ça, avec son blouson de cuir, un peu de tout, tu vois, c’est le truc d’avoir été là. Et bien sûr. Et alors ? Je n'étais pas du tout, je n'étais pas reporter ni rien. C'était un gamin qui faisait des photos. Et moi, ce qui m’amuse, c’est que ces photos que j’ai prises de façon totalement à l’arrache dans les années 80, je les ai retrouvés et que je puisse en faire quelque chose 40 ans après, avec mon regard d’aujourd’hui et probablement inventer des histoires, inventer d’autres histoires totalement, de manière totalement fictive. Sur ces images, il y a Londres, il y a Paris. Voilà, je trouve. Je trouve que je trouve que la photographie, c’est peut être le truc le plus important de ma vie, mais je m’en suis pas trop rendu compte en fait. Et heureusement les réseaux sociaux sont arrivés et. Et Instagram en me faisant faire des photos avec moi, avec mon Smartphone aussi. Mais c’est complètement con. Tu savais faire de la photo, achètes toi des appareils. Et donc j’ai racheté des appareils, je me suis remis à la photo et aucune de mes photos que je publie n’est faite avec un Smartphone.
Pourtant, tu essayes de choper certains personnages dans la rue avec ton téléphone, racontes-tu. Je ne sais plus si c’est la dame en rouge ou si c’est quelqu’un d’autre.
Oui, parce que j’ai mis la dame en rouge et pas encore À l'époque. Je n’avais pas encore repris les appareils puisqu'à l'époque où je fais cette photo, il n’y en avait pas encore. C’est un peu au tout début des réseaux sociaux. J’ai mal capturé la dame en rouge
La dame en rouge fait partie de ces rencontres sur la plage, avec ton chien notamment, il y a une très belle rencontre où te suit de deux bonhommes qui se posent la question peut on rire de tout et l’un de nos messages codés ? La question c’est peut on pleurer de tout ça ? C’est magnifique et tu les dépasse et tu t’en veux de les avoir dépassés. C’est vrai que ça aurait été super d’avoir la suite, mais quelle belle question ! Et alors ? Il y en a un autre.
Qui te dit que je n’ai pas inventé cette histoire ?
Au revoir, Monsieur.
C’est ça ? Au revoir, Monsieur. Ben non, je pense que c’est vrai. Parce que toutes les histoires sont vraies.
Exactement. Alors il y a une autre passion, c’est le sport. Donc je raconte que tu as gagné ta vie en étant prof de tennis. Alors il y a des scènes absolument irrésistibles comme celle où tu donnes des cours à un milliardaire qui est très mauvais en tennis Après, tu joues aussi avec un manchot qui lui, au contraire joue admirablement C’est génial ! La partie avec le manchot c’est Fanfan. La leçon avec le manchot c’est formidable, mais là il coince la balle ici pour servir et il arrive en faisant un mouvement comme ça et hop ! C’est absolument génial ! Et je sais, vous n’avez jamais vu, jamais vu ça. C’est merveilleux ! Tu parles de Saint Étienne Glasgow, ça c’est mes premiers souvenirs de Dominique et l’autre tire, etc. Des poteaux carrés. Je laisse, je laisse, je laisse les lecteurs et lectrices savourer ça. Mais je voudrais qu’on parle d’un dénommé Johnny Carter qui me plaît énormément. Johnny Carter page 56.
Alors Johnny Carter En fait, je ne savais pas ce que c'était qu’un ami imaginaire. On ne parlait pas trop de ça dans les années 70 et donc je m'étais inventé un personnage. Et dans tous mes jeux, dans toutes les parties de billes
Donc il y avait un champion qui rejoignait les vrais, y avait un chanteur qui rejoignait les vrais, et il s’appelait Johnny Carter.
Et donc ce Johnny Carter, j’ai décidé de lui prêter vie. Et donc j’ai commencé à raconter des histoires de Johnny Carter. On peut les trouver déjà sur les réseaux et je pense que mon prochain bouquin, ce sera les histoires de Johnny Carter.
Sérieux Ah bah c’est super parce que déjà c’est page 36 et non pas 56 parce que j’ai fait avec mes notes et maintenant, maintenant je prépare mes interviews comme ça sur mon calepin, plutôt de tout mettre. Donc c’est un peu décousu, mais c’est plus vivant et c’est un peu comme ton bouquin quoi, ça passe d’un truc à un autre. Bon voilà. Et donc effectivement, Johnny Carter, là je le cherche. Il a joué avec Saint-Étienne, il a été coureur cycliste dans l'équipe avec Eddy Merckx, puis le tennis avec Merckx, etc. Je sais plus pour qui il a joué aussi, etc. Voilà. J’adore. Était partout, il était partout. Et donc il sera dans ton prochain roman. Alors on va attaquer maintenant quand même. Un truc sombre pour moi, c’est ce que tu écris concernant Bandana page 211, c’est la loi Devaquet. Et là je trouve que c’est extrêmement intéressant parce qu’on ne va pas être d’accord avec la loi Devaquet.
Pour moi, c’est absolument fondateur. Malik Oussekine, le maintien de l’ordre et je suis étudiant en Sorbonne, mais tout jeune, je dis en Sorbonne t’as vu, je fais le malin parce que c’est comme ça qu’on dit. Je vais déchirer ma carte en décembre 86 parce que je suis écœuré par tout ça.
Et toi, tu as des phrases assez dures sur ce mouvement là que tu rejoins le mouvement contre la loi Devaquet que tu rejoins au départ et dont tu vas t'éloigner. Et je trouve que ta ta raison de l'éloignement est extrêmement digne, tu vois ? Voilà. J’avais complètement oublié ce truc là. Est ce que tu peux nous raconter ce qui se passe pour toi ou tu parles de mépris de classe en fait ?
Oui mais en fait non. Mais c’est cette histoire. C’est une histoire que je vais raconter, qui, ce qui, ce qui sans doute se répète à chaque mouvement social. Donc après on en fonction de la position qu’on occupe, on agit différemment. Toi, tu étais jeune étudiant. Oui, moi j'étais surpris, chargé de cours, c'était mes premiers. C’est ma première année de TD, donc je fais TD de sociologie politique et de et de droit constitutionnel à la Sorbonne. On a dû se croiser dans les couloirs. C’est ça qui est fou. C’est que moi j'étais en lettres modernes spécialisées, j’ai toujours pas compris ce que c'était mais bon, on va se croiser.Bon, ce n’est pas grave, on s’est croisé et en fait très vite on fait débrayer nos étudiants et on part avec eux dans la rue bien évidemment. Malik Oussekine, enfin tout ça tout ça. Pas besoin de revenir sur tous nos soupçons, sur cette horreur, etc. Mais moi je fais de la science politique. Je suis. Je commence mes études de sciences politiques. J’ai déjà fait mon mémoire de débat sur le Front national. Je suis donc ce qu’on appelle un enseignant chercheur, un jeune enseignant chercheur je suis allocataire d’enseignement et de recherche en fait. Et donc je suis un peu comme on peut dire, maladivement soucieux de mon objectivité. C’est vraiment ce qui est fondateur à ce moment-là et ce qui va faire la différence avec toute ma bande de copains. Puisque je rencontre à la fac il y a les militants de l’UNEF, Je ne me trompe pas à l'époque.
Ah, c’est très intéressant. D’accord, parce que je vais te lire un passage Je suis convoqué à l'époque par Philippe Company qui doit être patron des étudiants de MINEFIELD et qui me dit que mon enseignement. Démotive et démobilise les étudiants. Je me confesse. Je vais me permettre de te lire parce que c’est très bien écrit le syndicaliste. Alors tu ne donnes pas son nom, là, tu viens de le donner. Plutôt vindicatif. Lui reprocher ses cours, arguant qu’il démobilise ses militants, en dégoûte certains en leur apprenant que ceux qui s’engager en politique n’agissait pas toujours pour défendre une idéologie, mais souvent par intérêt et par ambition personnelle. Ils se servaient de la politique au lieu de servir tout court. Il, c’est-à -dire toi, l’envoya paître. Il avait pigé son métier. Alors pour moi, c’est une page extrêmement importante parce que gênante. J’ai l’impression que, à ce moment-là, tu éprouves. Le cynisme, tu vois ce que c’est que le cynisme. Et donc c’est pour ça que moi, ça m’a intéressé de lire ce passage là, parce que sur le récit que j’ai de la loi Devaquet, ce n’est pas tout à fait celui ci, mais je trouve ça extrêmement intéressant de t’entendre en parler de cette manière là.
Si tu veux. Moi, mon job, c’est de commencer à enquêter et à travailler, à faire de la science politique. Et moi, mes profs, notamment Daniel Gaccio, il écrit un papier fondateur lumineux qui s’appelle Les rétributions du militantisme, où on montre bien que le militantisme. Bien sûr, il y a des gens qui croient. Il n’y a pas de, il n’y a pas de sujet, mais il n’y a pas que ça. Et si tu veux, une autre science politique d’obédience bourdieusienne s’appuie beaucoup sur les travaux de Weber, etc. De Max Weber, pas d’Angie Weber
Que tu vas retrouver plus tard. On va en parler pour le retrouver plus tard.
C’est un personnage incroyable, un des leaders de Mai 68. Et en fait, si tu veux, on voit très bien qu’il y a comme tout à l’heure j’expliquais les gens pour quelle raison ils votent. Les gens y militent, mais on le voit très bien. Il milite aussi pour rencontrer le petit ami. C’est comme ça qu’on le plus souvent, les couples se faisaient. Ces deux ne faisaient effectivement pas ce qu’ils croyaient. La cause est parfois pour trouver un job, parfois pour trouver un appartement, etc. Et donc en fait, cette sociologie politique tend à montrer que l’explication uniquement par l’idéologie n’est pas suffisante. Et moi, je découvre mon métier. David Et mon métier c’est d’essayer d’expliquer ça et d’analyser ça. Donc j’entre en contradiction avec ceux qui militent bien évidemment et qui me le reprochent. Et surtout, et on parlait tout à l’heure du dit, du mépris de classe. Il y a un des slogans. C’est ça qui est extrême, qui est choquant et pourquoi je disais que cette histoire se répète parce que c’est des trucs qu’on entend à l'époque. Le ministre de l'éducation, ce n’est pas Devaquet, c’est René Monory, Devaquet qui s’occupe de l’enseignement supérieur. Et Monory, il est garagiste. Et les mômes dans les manifs. Et je les ai, je les ai fait aussi. Y quoi ? Monory, passe ton bac. Et donc tu es vraiment dans un truc où voilà Louise de l'éducation tu ne peux pas être garagiste en fait. Et tu vois comment quand je dis ça aujourd’hui, c’est vachement choquant en fait.
Bien sûr,
Mais à l'époque, on ne se pose pas ces questions. Et donc c’est un de mes aînés qui dit Mais regardez monsieur Birenbaum, les gens avec qui vous êtes dans la rue, etc. Quand même. Ça, ça, ce n’est pas un slogan de gauche. Monory passe ton bac. Et ça, ça me rapproche si tu veux. Ça me déplaît et ça me remet d'équerre pour faire mon boulot qui n’est pas celui bien évidemment de militant.
Mais ce que ton livre n’arrive pas à dire, c’est est ce que tu vas échapper au cynisme ambiant ? Où est-ce que tu vas l’incarner en quelque sorte ?
. Je serais cynique, bien sûr. Je le serais quand tu entres dans le système médiatique comme moi, j’y suis entré dans un moment où le gamin. Est remplacé par quelqu’un de plus cynique. Mais probablement, j’ai eu de la chance. Et c’est ce que j’explique. Et c’est le sens de ce livre d'être attrapé par le gamin et le gamin. Kiki qui dit si tu veux, il y a un moment je me dégoûte quoi. Je ne supporte plus tout ça. Donc effectivement, il y a eu ce cynisme, il y a eu cette période cynique où je pensais que la fin justifie les moyens pour aller vite. Et puis j’ai été rattrapé largement par le môme et le môme. Il n’est pas cynique les enfants, ils ne sont pas.
Non pas du tout dans Il a le meilleur ami du monde John Carter. Il a en plus de Carter qu’il a à lui tenir la main. Donc oui, il y a eu cynisme, bien évidemment.
On va venir justement à cette période qui finalement est assez noire, bien qu'à l'époque elle soit dorée. C’est à période médiatique, Canal+ repeint RTL. Le fils Sarkozy dont je parlais tout à l’heure. On va revenir, mais juste un tout petit truc. D’abord, il y a un passage dont tu parlais d’Henri Weber, donc un des leaders de 68 qui va se retrouver je crois, sénateur me semble t il. Enfin en tout cas, oui, voilà, au Parti socialiste, incarnation de ce que certains avaient appelé le col Mao au Col, le Rotary Club. Et toi, tu vas souvent travailler avec lui rue Solférino. Donc chez les socialistes, tu n’as pas ta carte du Parti socialiste, tu vas avoir la dix rue Solférino 1993, tu as 32 ans à ce moment là et tu parles de Bérégovoy, Tu parles de Bérégovoy, d’une rencontre avec Bérégovoy.
Bah en fait, c’est le désastre électoral du Parti socialiste. Et à l'époque, Pierre Bérégovoy pense qu’il est là. Un Premier ministre pense qu’il est largement responsable parce qu’il est mis en cause dans l’affaire du près d’un million de francs pour acheter son appartement par un ami du président qui s’appelait Roger Patrice Pelat Et il va très mal le vivre et je crois, après le résultat désastreux dans les couloirs de la rue de Solférino, une espèce de silhouette grise. Un homme qui était donc Premier ministre ? Qui ne l’est plus ? Enfin, on est dans la transition avec la nomination de Balladur. Ça va être une nouvelle cohabitation. Et je vois cet homme. Totalement défait quoi. Et on sait que malheureusement, quelques jours ou quelques semaines plus tard, il se tuera d’une balle dans la tête. Le 1ᵉʳ mai ? Absolument. 93. Et je conserve. Tu vois, c’est tout à l’heure, je te disais que je me souviendrai toute ma vie de clash dans la voiture à Londres. Je crois que je me souviendrai toute ma vie. D’avoir croisé cet homme là. Eux que les autres ne regardaient plus trop un parce qu’on lui faisait porter vachement le chapeau. Tu te souviens de la période ? Il était quand même très largement culpabilisé pour le désastre alors qu’il était. Il était. C’était eux. Il n’était sans doute pas le seul responsable de cette défaite. Et donc oui, c’est une image très marquante pour moi. Très marquant.
On le sent rien qu’à l’entendre. Jouer aussi, parler de ton amour des livres. Mais on peut, on peu, on peut laisser la surprise au lecteur, et notamment des visites chez les bouquinistes où tu rachètes aussi, où tu achètes aussi tes propres livres quand ils sont à 1 € parce que ça te fait mal au cœur et que tu ne veux pas que tes jours voient ça.
Mais non, je ne sais pas du tout que je ne veux pas que les gens me voient d’abord. C’est toujours bien d’avoir son bouquin pour le filer à un copain, bien sûr. Et puis ça calme. Quand tu vois que ton livre y vaut 1 €, tu te dis putain, me suis fait chier et voilà, ça vaut 1 €. Merci les gars..
Et tu achètes et tu regardes quand même si à tout hasard, il n’y a pas une dédicace à un journal ici, ce ne serait pas un livre de journaliste. Parce que ça c’est quand même, c’est quand même le truc qui fait mal au cul, c’est tous ces livres de service de presse qui se retrouvent chez eux.
J’en ai trouvé beaucoup, mais qui n'étaient pas de moi. Mais ça, ce sont des mecs qui oublient d’enlever la page avec la dédicace. Ça, c’est un classique.
Ah, il y a Staline qui te dit Bah alors tu ne vas pas laisser tes livres pour voir ?
Moi je donne, mais je les donne. Je ne pense pas qu’on vende les livres, ça se donne, ça se vole et ça se donne.
Pas monsieur l'éditeur. Vous en avez vendu un paquet. Page 234. Tu appelles la chaîne ce qui doit être, j’imagine plus exactement Canal+ en fait, il me semble. Voilà. Donc là on est dans les années 2000. Tu es au fait de la gloire médiatique, tu es chroniqueur à Canal+, à RTL, ensuite à Europe 1, tu es éditorialiste, tu reviens. Il y a 30 pages, on peut dire à peu près sur ce plan là. D’abord, tu as une chaîne, une très belle rencontre sur un plateau de télé qui n’est pas cool avec toi. Il s’agit de On ne peut pas plaire à tout le monde qui va te t’assassiner avec un petit reportage contre On tombe ton livre alors qu’il t’invite enfin. C’est toujours les bonnes manières de ces gens là et tu as comme une voix derrière toi, une main qui glisse, qui s’agrippe et qui dit Moi j’ai lu votre livre, je vais vous défendre. Qui est cette personne ? Guillaume Depardieu, c’est ça ?
Mais c'était vraiment la sortie de nos délits d’initiés. Je me suis fait massacrer, massacrer. Heureusement, j’en ai vendu beaucoup. Donc comme ça, ça compensait et je me suis fait massacrer parce que je m’attaquerais déjà à la connivence entre journalistes et politiques. C'était ça le vrai.
C'était ça, oui.
Même, même si je l’ai pris par un angle qui me sera beaucoup reproché, c’est à dire de dire que cette collusion est passée largement par des relations privées et à l'époque, ça ne se faisait pas. Aujourd’hui, on publie les vidéos de sexe en érection de candidat aux élections. J'étais vraiment un enfant de cœur. Mais donc ? Guillaume Depardieu est avec moi sur ce plateau. A ma gauche, il y a Marc Blondel. Que je ne mentionne pas, qui meut, qui me calcule même, qui ne me calcule même pas. Et puis c’est Marc-Olivier Fogiel qui est le grand ordonnateur du massacre et Depardieu me dit Guillaume me dit T’inquiète pas, je suis là. Il m’a soutenu. Tu sais comment. Comme si on. Je ne connais pas. Je n’avais jamais rencontré de ma vie. Je ne l’ai plus jamais revu de ma vie. Le gars il a été avec moi pendant la douleur. Parce qu’il avait lu, parce qu’il ne trouvait que ce que je disais. Peut être que ça l’avait touchée. Peut être que j’avais raison. Peut être simplement, il ne supportait pas l’idée du lynchage qui était en cours et ça a été un moment très important. Et c’est très important le livre.
Le livre s’intitulait donc Délit d’initié et tu as été cartonné par des gens qui sont toujours des éditorialistes qui sont toujours là. La question que je voudrais te poser, c’est comment on barbote dans un milieu aussi hostile ?
Eh bien, je pensais que j'étais en titane. Je pensais que j'étais que ça ne me touchait pas. Je pensais que l’important c'était qu’on voit ma tronche. Alors on va repartir tout au début de l'émission. J’ai maintenant une analyse là-dessus qui ne dit pas, qui n’est pas explicite mais qui entre les lignes. Je pense que quand on a été le fils et le petit fils. D’une famille cachée. On a un problème est qu’on veut être vu et reconnu. En tout cas, moi c’est comme ça. C’est peut être de la psychanalyse de comptoir et de bazar. Mais j’ai eu envie d'être connu. J’ai eu envie d'être reconnu, presque. Pour payer pour. Pour solder la dette de ma mère qui avait passé ses deux ans. A l'âge le plus important, entre treize ans et quinze ans, enfermé dans six mètres carrés. C’est mon analyse en tout cas. Voilà, je le vois comme ça. Et donc. J'étouffais et ma mère était. Il n’y a pas de mot pour dire la fierté de ma mère. A chaque fois que je passais sur une antenne, mes parents y découpaient les articles de journaux. Ils ne feraient pas une émission. Ils faisaient des cassettes, des émissions de radio où je passais. Dans cet énorme paradoxe entre caché et très visible. Moi j’ai considéré que c'était normal et que je devais. C'était la dette quoi. Ai-je eu tort ? Parce qu’on ne règle pas ce problème comme ça. Là aussi, c'était du tu vois. Ouais, j’ai été cynique, mais je suis un très grand naïf en fait. Je suis très très naïve de penser que si on me voit, ça va régler ce problème. Ben non, ça ne va pas régler le problème, au contraire, ça va l’aggraver.
Et en fait donc comment ? Comment survit là dedans ?
On survit en étant pas très bien parfois, mais en se disant grâce c’est normal et visible, t’es visé, tu avances, tu avances, tu fais ton truc. Malheureusement, à un moment ou heureusement, j’ai été rattrapé par la patrouille comme on dit chez toi au poste. Et je me suis effondré. Et je pense que cet effondrement, il est ici très largement, très largement lié à cette contradiction entre eux, caché, super visible. Voilà, je ne sais pas ce que tu en penses, mais en tout cas c’est normal.
Je trouve ça très percutant. Question connexe de sentiers battus sans malice, dit-il. Comment peut-on être chroniqueur de médias avec des lignes éditoriales aussi diverses ? Est ce que ce que tu viens d’expliquer ou pas et pas en même temps ?
Non, non mais je n'étais pas en même temps dans tous ces médias, dans les deux. Passer de l’un à l’autre en même temps. Chroniqueur je l’ai été sur Europe 1 à la grande époque et France info. Les lignes ne sont pas diverses. Je vis à peu près la même chose, c’est-à -dire raconter des histoires et pas de ce n’est ce pas ? Ce n'était pas de l'éditorial politique, ce n'était pas vraiment. Je venais là, sur Europe1, vous raconter les histoires du web que je découvrais absolument sur France Info, sur France Info, Je faisais des choses qui étaient assez similaires, donc il n’y avait pas d’histoire de ligne politique au Grand Journal. Quand j’ai bossé les six mois que j’ai passé au Grand Journal à Canal, je venais là ou je faisais ou excusez une rubrique qui s’appelait Copinage et crustacés j’essayais, j'étais un bout d'être dans le dessous des cartes, etc. Ça n’a pas duré très longtemps. Je me suis fait virer avec perte et fracas, mais c’est une autre histoire. Mais donc il n’y en avait pas. Je n’étais pas dans un truc là. Le vrai moment où je donne mon avis, surtout si je le raconte. Et à RTL dans On refait le monde, c’est ça la mission secret créé à l'époque d’abord par Christophe Hondelatte et repris ensuite par Pascale Clark, puis par Nicolas Poincaré et en fait où nous avons débattu, nous avons débattu parce que moi j’ai eu ce petit moment là.
Mais dans son histoire aussi tu es passé par là toi
Mais donc ce n’est pas un problème de ligne. Moi je faisais à peu près la même chose partout où j'étais. Je n'étais pas, je n’ai pas, je ne changeais pas. Il n’y avait pas deux Guy Birenbaum, un de droite, un de gauche. Ce n'était pas ça du tout. C'était. Je venais raconter des histoires où quand on a fait des cliques et des claques, j’ai vu que des gens en parlaient dans le forum, avec eux, avec Guigner à Biquet, on était aussi, on faisait notre boulot de façon tout à fait. Il n’y avait pas de couleur politique dans le boulot qu’on faisait.
2005, la chaîne, c’est Canal plus. Tu écris à propos de ton travail deux minutes de pas grand chose ou d'à peu près. Très bien payé, C’est-à -dire toi, côtoyait toutes les vedettes qui venaient là en promo. On le maquillait, l’habillait, le chouchoutait. Donc là, tu racontes un peu le quotidien de la star de télé. Et puis on comprend petit à petit que ça, ça ne te va pas. Et toi, à propos de On refait le monde qui est un peu la matrice de tout et de tout le communautarisme actuel. C’est à dire qu’en fait c’est un vrai problème. Nous avons participé quand même au pourrissement du débat public. A part ça, la genèse de ces moments, mon analyse est là. Tu as un truc assez drôle que je voudrais dire page 238 rapidement, dans ces émissions de débats sur l’actualité où il avait son rond de serviette. Chaque chroniqueur finit par ressembler à une parodie de lui-même. Le vieux réac mais pas facho. Le facho n'était pas encore tendance Pour doper les audiences, le journaliste du Figaro, tiré à quatre épingles libérales sympa mais déjà très de droite, le vieux communiste au grand cœur et pochette assorti. Le représentant a aussi de la gauche caviar. Le journaliste. Si, si, si, je me suis senti visé. Toujours mal sapé de gauche, le patron de Kadar. Postillonner. Il fallait se baisser sous la table pour éviter ses éclats quand il était l’intello qui avait toujours la bonne citation et le bonheur en bandoulière. Même si personne ne vérifie la beurette ou le beurre, c'était incroyable. Et on utilisait vraiment ces mots là dans ces années là. Là où le journaliste en a vu d’autres, qui ont bourlingué, connu tout Paris et à qui on ne la fait pas, les correspondants étrangers avec un accent pittoresque, sinon ça ne servirait à rien d’avoir des étrangers. Le meilleur éditorialiste politique de France, officiellement dans le paysage depuis la fin de la quatrième République. J’adore. J’adore ce passage. Surtout. Ils sont. Ils sont toujours là. Ils sont toujours là. Tous. Nous on n’y est plus, mais ils sont toujours là. Tu les écoutes ou pas ?
Oui, j’adore ça, C’est un kif total. Ça me fait marrer de voir jusqu’où ça peut aller.
C’est vrai ?
Oui, ça me fait marrer parce que je me dis quand même Alors tu parlais de pourrissement du débat public tout à l’heure. D’abord, historiquement, ce n’est pas tout à fait vrai. D’abord, on refait le monde, ça vient de on refait le match. Absolument la première. La première émission, c’est Saccomano et c’est donc d’abord, ce sont des émissions de commentaires sportifs qui vont ensuite dériver vers le commentaire en plateau de l’actualité.
Mais, on va voir des commentateurs sportifs devenir des commentateurs politiques, Daniel Riolo, Jean-Michel, si tu nous regardes dire dans le tchat.
Exactement.
Mais donc je cite si tu veux.
Au départ, les gens qui sont autour de la table. Très rapidement, ils sont dans des rôles. Et si tu veux, moi ça me fait marrer.
Toi aussi ça te faisait marrer de faire le gaucho à RTL, ça te faisait en vrai, ça te faisait marrer.
Ah oui c’est sûr. C’est sûr, ça peut ne pas durer longtemps
Ça n’a pas duré longtemps, mais tu l’as fait. Et donc chacun est dans sa posture, chacun est dans son imposture même.
On a atteint aujourd’hui l’acmé, le point paroxystique de ce truc avec très très étonnant où des mêmes personnes sont capables de parler d’absolument tous les sujets. C’est ça qui est génial, parce qu'à l'époque, on était quand même assez centrés. Souviens-toi, chacun avait un peu sa petite pelote, sa petite spécialité.
Sa petite main, ses petites marottes.
Ses petites marottes. Et il me semble, qu’il y avait une sincérité. Que les jeunes que je ne perçois pas du tout aujourd’hui. Non ?
Tu penses que c'était déjà de la comédie humaine, toi ?
Moi je pense que c'était déjà de la Comédie humaine. Moi je pense que depuis Balzac, j’ai relu, j’ai lu pardon, Illusions perdues, là, récemment, pendant, pendant et le mois écoulé. Ça m’intéressait quand même de voir tout.
D’où le Rubempré tout à l’heure.
Doudou Rubempré. En fait, il ne s’appelle pas Rubempré, il s’appelle Chardon. En vrai que Rubempré, c’est le nom noble qui voudrait avoir absolument la famille de sa mère, et qu’il aura et qu’il n’aura pas. Et donc, en fait, je crois qu’on est déjà dans des rôles. Regarde autour de la table A, on refait le monde. Il y avait déjà Élisabeth Lévy. Elle était un peu moins radicale, beaucoup moins radicale que maintenant. Mais si tu veux ces personnages médiatiques sont très désagréables mais déjà très désagréables de mon point de vue.
Oui, mais après ? Après, il ne faut pas s’arrêter là.
Je n’aime pas les gens qui ne disent pas bonjour.
Ah ouais, c’est fou, c’est ça.
J’allume, j’allume la radio, j’entends comment ils s’appellent Toscano et Toscano. Ils étaient avec nous. C'était il y a 20 ans. Alain Duhamel. Ils étaient déjà. Tout le monde est toujours là. Donc c'était très intéressant quand même, sociologiquement, d’observer comment la non, c’est la non évolution. Maintenant, il y a des petits nouveaux, c’est ça que j’aime bien. C’est pourquoi je continue à écouter. J’aime bien écouter les petits nouveaux. Ça me fait marrer de voir comment la machine va les broyer.
Alors tu conseilles d'écouter quoi ? J’ai essayé hier, enfin je n’ai pas fait exprès, mais je voulais savoir pour le Brésil. J’ai allumé France info, je suis tombé sur un truc qui s’appelle les informés et j’ai rigolé parce qu’au moins on refait le monde. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise, c’est on refait le monde. Mais là, les mecs ils disent les informés, Ils sont informés de quoi ? Ils disent Parce que ce qu’il faut dire, ce que tu ne racontes pas, c’est que la plupart, la plupart de ces gens là, ce qu’ils font, c’est qu’ils se contentent, pour ceux qui travaillent, de lire deux ou trois articles dans le taxi. Oui, payés. D’ailleurs, ça tu le dis bien payé parce que c’est quand même une belle vie payée par la chaîne ou la station. Ils lisent deux trois articles en diagonale et il est et il bégaie à l’antenne sans forcément bien comprendre.
Le problème, si tu veux, c’est que, en dehors des vrais experts qui heureusement de temps en temps quand même, passent la tête. Oui, pour l’ordinaire, c’est cette espèce de profession de bavards. Qu’on appelle, que j’appelle les bons clients dont j'étais. C’est à dire que tu me. Tu me connais et je suis à peu près capable. J'étais à peu près capable de parler de n’importe quel sujet avec du vernis et en ayant l’air d’avoir potassé et d'être compétent sur la question.
Jusqu’au jour où Il y a un jour où il y a un accident industriel que tu racontes, il avait marqué un blanc. Un truc de mec malin, avec du métier, qui voudrait montrer que ce qu’il allait dire serait essentiel. Puis il prononça la phrase interdite dans les médias.
Voilà, c’est tout. Donc moi j’ai fait ça il y a très longtemps et je me suis fait engueuler comme du poisson pourri comme on disait à l'époque et comme disait ma mère surtout. Et donc ? Sais-tu si c’est là où est le cynisme dont tu parlais tout à l’heure ? Si tu montes dans le taxi ? Tu ne peux pas dire Je ne sais pas. Donc ne prends pas le taxi, fais ce que je fais depuis 2017 où j’ai quitté l’antenne et tu ne peux en trouver aucune. Tu ne te trouveras pas confronté à ceux à ce moment, mais moi je n’entends quasiment. C’est rarissime d’entendre quelqu’un dire je ne sais pas, que ce soit les politiques ou les éditorialistes ou les commentateurs.
En fait, la phrase est interdite si je ne sais pas. C’est parce qu’il y a des gens qui n’ont pas compris. La phrase interdite c’est …
Et je ne sais pas. Moi je ne sais pas ce que j'écris. Il s’agit d’une guerre qui éclate et je crois dans mes souvenirs. Et on dit Est ce que la France doit intervenir ? Je ne sais rien de moi. Donc je ne sais pas. Et donc il ne faut pas, si vous voulez aller à la télé, ne dites jamais "Je ne sais pas".
Et voilà tu racontes qu’en fait, après l'émission, tu te fais tancer en disant par l’animateur que tu n’aimes pas. Mais qu’importe. Parce que ce qui est, ce qui est important, c’est le système qui t’engueule en disant mais tu ne peux pas dire ça et qui te dit même pense aux auditeurs. Et ça, précisément, je pense qu'à ce moment là, tu y as pensé plus que jamais. À dire je sais.
Moi je crois, et on l’a très bien vu au moment du Covid. Regardez tous ces médecins là qui étaient là bas et en fait ils ne savaient pas, mais sauf qu’il fallait dire quelque chose. Donc on vient et on dit quelque chose. Et encore, c’est encore pire, parce que logiquement, ce sont des médecins. Donc ils auraient dû, les scientifiques, au moins avoir l’honnêteté de reconnaître qui ne savait pas. Alors il y en a eu qui l’ont fait, mais c'était rarissime. Et donc voilà, la leçon de tout ça, c’est que si tu montes dans le taxi pour aller faire le malin, tu fais le malin. Et c’est pour ça que tout à l’heure, quand tu disais qu’on était sincère, je ne suis pas sûr parce que il nous est arrivé à l’un et à l’autre et à tous les autres de parler de sujets sur lesquels effectivement on avait lu trois papiers avant.
Et alors ? C’est juste pour une petite précision.
Pourquoi j’avais participé à ça ? C’est parce qu'à l'époque c'était Pascale Clark et je pense que Pascale Clark je le sais je me souviens bien, elle acceptait qu’on dise Je ne sais pas.
Oui, mais elle était très particulière par rapport à cet exercice, me semble-t -il.
Oui, je pense que c'était une erreur de casting.
Ah ben oui, c’est vrai, oui, c’est pour ça. C’est pour ça que c'était rigolo. Il y en avait. Il y avait un défi Sabotage, tu vois.
Oui, enfin, le sabotage n’a pas duré très longtemps.
Mais non. Bien sûr. Il y a eu un il y a eu quelqu’un, après il y a autre chose que tu racontes qui va être un révélateur. C’est dans des émissions où tu te trouves en train d'écouter des gens, notamment personnels, politiques, qui disent l’inverse de ce qu’ils t’ont dit quelques minutes avant dans les loges ou qu’ils te diront après. Donc l’espèce de dualité, de double discours permanent, et ça, ça te va ? Tu souffles, tu dis comment ça se fait ? Ou alors c’est parce que ça te rend malade.
Donc ça, moi, ça m’a rendu malade.
C’est le chapitre du recording.
C’est la campagne présidentielle 2016 2017 où en fait on est en pleine affaire Fillon. Et donc d’ailleurs, c’est sur notre plateau que Fillon vient tout de suite après sa phrase. Est ce que le général de Gaulle aurait été mis en examen ? Et qui dit sur ce plateau là que nous les journalistes, on n’enquête pas assez ? Tu te souviens de ça ? Il y a France Info et dix, mais quand il y a une affaire, vous la suivez pas et tout. Et après il va reprocher le contraire. C’est absolument génial quand on va enquêter sur lui. Et donc la campagne avance, avance, elle s’effondre. Et donc je vois arriver les Ciotti, les Estrosi, les Morlocks au maquillage qui te disent. C’est foutu, on est mort et hop, le rouge s’allume. Le mec se redresse. Non, non mais on va réussir. François Fillon est présumé innocent. Donc t’es là, t’es assis avec tes copains parce qu’on était Synthèse. Apathie. Bernstein. Bibi, On est deux, tu vois, C’est une armée mexicaine, là, on est tous là. Et toi t’es là et tu dis bon mais, Monsieur vous m’avez dit le contraire.
Là, dans la loge. Mais tu ne peux pas faire ça. Tu ne peux faire ça. Tu ne peux pas faire ça pour le média qui l’emploie, et tu ne peux pas faire ça pour tes copains, parce que ça veut dire les autres, c’est des complices. Donc t’as le truc qui te dit tu vois. Kit qu’il a sur l’estomac, j’ai envie de fuir, je te jure, J’avais envie de ouf de rentrer dans un trou, de partir, de nous retrouver. Et je ne peux pas. Donc deux ou trois fois, j’ai des petits moments de gloire parce que je vais réussir un coup avec un tel. Réussir une bonne question, mais à la longue. Ça m’a dézingué totalement et surtout, et c’est là où c’est intéressant que je dise ça pendant cette émission, que je le dise ici et avec tout, tout cet écosystème médiatique dans lequel on est, ça c’est le plus important de ma thèse.
C’est que nos glorieux aînés. Journalistes et politiques n’auraient jamais formé, nous n’aurions. Tu vois, c’est le moment où ça le fait. C’est quoi le mot clé pour que le chien aboie ?
Ce n’est pas bouclé, c’est glorieux. J’ai essayé de savoir qui entre nous, glorieux aînés, n’aurait jamais fait les carrières qu’ils ont faites. Avec les réseaux sociaux. Parce que moi, ce qui m’a le plus rendu malade, ce n'était pas seulement d’avaler les couleuvres, c'était que les gens me voient en direct et me disent qu’ils me voyaient les avaler en direct sur les réseaux sociaux parce qu’ils voyaient bien. Ils voient bien les gens. On. Donc il faut un cynisme considérable que je n’ai pas. Et je suis admiratif de mes confrères et de nos confrères qui arrivent à ne pas se poser la question de ce que pense et de ce que dit en temps réel le public. Parce que nos amis dans le temps, je dis ami avec des guillemets. La seule souffrance qui était la leur, c'était le courrier des lecteurs où on pouvait dire là vous n’avez pas fait votre boulot. Moi, tous les matins, tous les matins, j’en prenais des palanquées de mecs qui disaient t’as pas fait si t’as pas dit ça, t’as pas fait si t’as pas dit ça. Il y a un moment. C’est pour moi en tout cas. Je n’avais pas l’estomac suffisant, ni les épaules, ni la carrure pour supporter qu’il ait raison. Parce qu’ils ont raison. J’ai pas fait ça. Bien sûr, je ne l’ai pas fait parce que comme on le disait, je ne peux pas le faire. Je ne peux pas dire au mec tu mens. Je ne peux pas dire aux mecs que tu es un hypocrite. Tu as dit le contraire cinq minutes avant. Tu vas dire le contraire quand on va boire le café après, je ne peux pas faire ça. Et donc l’erreur fondamentale, c’est de se laisser entraîner là dedans et pour avoir voulu être connu et reconnu, d’avoir mis la main là dedans. Et c’est une erreur. Mais j’ai fait ma carrière comme ça.
Tu penses que les réseaux sociaux sont utiles en tant que vigies de la vie publique ou tu penses qu’ils sont nocifs parce que c’est le relais de déversoir, de haine, de détestation, d’incompréhension ?
Les deux. Le web, c’est le poison et l’antidote. C’est tout. J’ai toujours dit ça. J’ai tout. J’ai toujours considéré qu’il y avait le meilleur et le pire. Et donc voilà, c’est y. On ne peut pas. D’abord, le problème, ce n’est pas le tuyau, ce n’est pas les tuyaux, c’est les gens, c’est les usages et puis voilà. On ne peut plus faire sans. Imagine-toi les vies de Mitterrand à l'ère de Twitter. Tu vois bien que tu te marres. Donc je ne veux pas faire une dystopie. C’est comme ça qu’on dit une uchronie. Mais c’est si bien la dystopie, ça aurait été pour Mitterrand.
Voilà, c’est ça une uchronie.
Mais tu vois bien que tout ce qui a eu lieu n’aurait. Mazarine, la maladie, etc. Tu te rends bien compte que tout ça se serait passé différemment. Et donc on est maintenant sous cet œil à la fois vigilant et très néfaste aussi. Et c’est comme ça. Et donc moi je ne l’ai pas supporté, je ne pouvais plus le supporter. Parce que ce que je ne supportais pas, c'était qu’en fait il me renvoie à ma propre incapacité à briser le jeu.
Alors nous avons le chat qui a trouvé et les mots clés, on dit le journaliste politique, c’est ça les mots qui font aboyer ton chien. Journaliste politique, c’est la formule. Pour terminer, justement, si tu veux bien, il y a un retour qui n’est pas un retour aux réseaux sociaux, mais qui est un retour humain physique qui se passe en confrontation dans un restaurant. C’est le fils Sarkozy qui t’interpelle à la fin d’un repas. Vous n'êtes pas à la même table quand je te laisse raconter la scène que tu racontes dans le livre.
. J'étais là et puis il avait picolé un petit coup je ne sais pas quoi, il était vachement. On va dire une relaxe, décontracté, il vient me voir et me dit J’ai vu que vous aviez été malade. Vous avez fait une dépression quand même. Ça va mieux, Enfin tu vois. Il dit Je vous ai entendu en interview expliquer que vous étiez à l'époque vachement violent, vachement vindicatif, que c'était ça à l’antenne Il dit C’est bien que vous en ayez pris conscience parce que moi, vous avez mis plein la gueule et je ne suis pas sûr que c'était tout à fait tout à fait légitime. Donc j’espère que vous ne recommencerez pas et que vous avez compris ce que ça fait que d'être pris pour cible en permanence quand on pense que l’on ne doit pas l'être. Et je trouve que c'était assez intéressant d’avoir ce retour. Et de se rendre compte qu’on ne fait jamais assez attention aux gens en fait dans ces métiers et aux gens en général, aux gens connus ou gens pas connus, on est assez. Tu viens sur un plateau, tu viens dire ce que t’as à dire et puis soit tu dézingue. Moi j'étais plutôt du sud, tu l’as dit dans la présentation, je ne me posais pas la question de l’effet en retour. Et pour avoir vécu cet effet en retour, comme je viens de le raconter moi même dans la position de questionneur, me faisant tancer par le public qui trouvait qu’on ne faisait pas le boulot et soudainement ça m’a éclaté au visage. C'était vachement intéressant qu’il me dise. Qu’il ait tort ou qu’il ait raison, ce n’est même pas le problème qui l’a ressenti comme ça, c’est tout. Et qu’il le dise et que moi je le raconte parce que on raconte jamais ça, jamais ça se raconte pas, Jamais. Donc j’ai trouvé que c'était bien raconté et que c'était honnête, et que dans ce livre dans lequel j’essaye de me rapprocher le plus. De ce petit garçon que j’ai été. C’est un peu comme le petit garçon qui dit-il se fait taper comme ça, qui est pris en faute et qu’il raconte quoi ? Et j’ai trouvé ça vachement bien de sa part et j’ai ressenti la nécessité de le raconter.
Dernière question que dit ton papa ? Ton père qui est toujours vivant nous disait tu, 96 ans ? Est ce qu’il a lu ton livre ?
Il adore lire il la lu jusqu’au bout,
Non mais c’est une chance ! C’est une chance formidable d’avoir un père de 96 ans surtout et qui joue encore au tennis. C'était un bonheur de converser avec toi. Ça fait très longtemps qu’on ne s’est pas vu en réalité. J’ai vachement aimé ton bouquin. Toutes les histoires sont vraies. Je pense que ça s’est senti. Tu as été très bon, comme toujours en parlant des Éditions Braquage. Ce sont de très belles couvertures.
Ils ne sont pas belges ou alors ils sont tous des pirates.
Mais pourquoi j’ai pensé Belges les Francs ?
Il est mousquetaire français !
Renaud nous dit bien envie de le lire pas à pas, passionnant. Et là je pense que des remerciements vont arriver. Je t’embrasse. A bientôt. Merci beaucoup.
