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Hacker Protester ! Les nouveaux outils des nouvelles luttes citoyennes
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Libertés

Hacker Protester ! Les nouveaux outils des nouvelles luttes citoyennes

2 h 4530/05/2022
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Depuis des mois, Geoffrey Dorne, designer de profession, curieux par vocation, observe, scrute, et répertorie les outils neufs de lutte citoyenne à travers le monde. Bricolées, détournées, hackées, ces armes d’auto-défense au service de la justice sociale et environnementale du XXIe siècle, sont plus surprenantes et ingénieuses les unes que les autres. Dorne en revient avec un livre tout chaud : « Hacker Protester » (hckr éditions). Sa convocation Au Poste était inéluctable (d’autant plus que l’émission lui doit ses logos, ses émoticônes et tant d’autres visuels !).

Jeune étudiant de 25 ans, Geoffrey rédige son mémoire sur « le hacking et le design », sujet traitant du mélange des deux disciplines, pour détourner  les systèmes de surveillance. S'en suivent quelques années plus tard, l'écriture de son premier livre « Hacking citoyen » sur la manière de se réapproprier la ville (détourner des systèmes, se brancher sur les réseaux électriques, abriter les sans-abris, recréer de la nature en ville...).

D'où vient ce besoin de répertorier les méthodes de luttes ?

Son parcours l'amène à travailler à la fondation Mozilla France, à la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés), au CERN (Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire), à la fondation Wikimédia, au CEA (Commissariat à l'Énergie Atomique), ou encore à la Quadrature du Net. Peu à peu, Geoffrey se découvre une fascination pour l'intelligence citoyenne mise en œuvre lors des luttes sociales, protestations et révolutions à travers le monde. Commence un minutieux travail de collection, visant à partager cette intelligence collective.

Comment écrire si ouvertement sur ce sujet ?

De nombreuses techniques décrites dans l'ouvrage sont « à la limite de la légalité », voire pour certaines, tout à fait illégales.  Ainsi, l'ouvrage se consulte plus comme une compilation ethnographique à simple but d'archivage, que comme un guide pour guérilleros en herbe.

Les pages ne se succèdent pas seulement en détaillant la manière dont les manifestants à travers les pays et les époques, recouvrent soit leurs bras de film alimentaire pour masquer leurs tatouages, soit les véhicules de la presse, de Post-it revendicatifs. On y découvre aussi des entretiens avec des militants des droits citoyens, comme Olivier Laurelli (fondateur de Reflets.info), Olivier Tesquet ( « État d'urgence technologique » ), Mathilde Larrère ( « Il était une fois les révolutions » )... qui contextualisent chaque chapitre.

Les tactiques d'expression ont également la part belle, au fil d'un chapitre fourmillant d'exemples et d'anecdotes réutilisables, à base de peintures, de miroirs, de sprays et autres matériaux insolites : des objets du quotidien mis au service de la défense face la répression.

Face à la multiplication des remises en cause du système capitaliste tout autour du monde, la répression, partout, se durcit ; accompagnée de lois accommodantes et liberticides. La lutte pour les droits humains et la dignité n'a jamais eu tant besoin de l'imagination de chacun, et de la mise en œuvre collective.

Hong-Kong, France, Biélorussie, Kazakhstan, Thaïlande, Ukraine... en 2022, le monde a changé, l’activisme aussi. Le citoyen hacker ne protège plus uniquement son environnement mais l’Environnement, la Liberté et la Démocratie.

Hacker Protester est un guide pratique qui étudie au travers le monde, 100 outils de lutte citoyenne. Bricolés, détournés, hackés, ces armes d’auto-défense sont au service de la justice sociale et environnementale du XXIe siècle.

https://hckr.fr/

Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis des logos bien faits, amis des détournements, des contournements, des retournements, amis du hacking, amis de la protestation. Bonjour, bonjour, bonjour. Au Poste, aujourd’hui, nous recevons Geoffrey Dorne, pas n’importe qui.Je vais vous dire qui. C’est l’auteur d’un livre qui s’appelle Alors, à la française, Hacker Protester, à l’anglaise, Hacker Protester. Il est là.Ça, c’est la version immontrable à l'écran, la version collector de son livre. Véritable Bible qui va s’arracher comme des petits pains si je puis m’exprimer ainsi. Tu es né en 1985.Dix ans plus tard, tes parents ont la drôle d’idée de te mettre dans les mains un Commodore 64. Donc déjà, ils ne sont pas hyper à la page, mais enfin bon. Puis, tu vas faire les Beaux-arts.Tu vas faire l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. En 2010, tu es embauché par la fondation Mozilla Firefox. Tu me plais tant, car moi, j’utilise Firefox.Et oui, qu’est-ce que tu faisais chez Firefox ?Alors Firefox, c'était assez rigolo parce qu’ils cherchaient un designer graphique pour faire des interfaces numériques pour promouvoir les nouvelles technologies HTML5, CSS3 à l'époque. Et donc, ils passent une annonce sur leur site internet. Et moi, je repassais ça et je me dis qu’en fait, ils veulent embaucher quelqu’un.Et moi, j’ai toujours voulu être indépendant freelance. Donc, je relève leur annonce en disant, voilà, Firefox cherche quelqu’un en CDI, CBD, machin, ce n’est pas pour moi parce que moi, je veux rester freelance et tout ça. Et là, il y a un développeur de chez Mozilla qui est passionnant, qui est génialissime, qui s’appelle Paul Rouget, qui est un des développeurs phares qui bossait chez Mozilla en France.Et qui me contacte, il me dit, ah, Geoffrey, c’est sympa ton annonce, mais j’ai vu un peu ce que tu fais. Est-ce que ça ne te dirait pas de venir demain à Grand Boulevard, à Paris, dans les locaux de Mozilla Firefox ? Et là, Paul me reçoit et me dit, bah, je suis désolé, Geoffrey, je ne peux pas te recevoir.Je suis un peu déçu. Je me dis, mince, on s’est travaillé avec lui et tout ça. Et il me dit, bah, c’est juste qu’on a reçu un canapé IKEA dans la salle de réunion.Il prend plein de cartons. Est-ce que ça te dit qu’on le monte ensemble ? Donc, on monte ensemble le canapé IKEA.On ne se connaissait pas du tout avec Paul, etc. Le canapé se monte, on ne se prend pas trop la tête, ça va. On ne parle pas suédois, mais on se débrouille.On s’installe dessus, on ouvre les ordis.Ce côté start-up américain, c’est quand même extraordinaire. Enfin, bon, toujours est-il que par la suite, tu reviens à tes… Tu continues ton travail de designer, tu vas travailler pour la Croix-Rouge, pour la recherche sur le SIDA, pour la CNIL, pour le CERN, le CERN, là où a été inventé le World Wide Web, ce n’est pas rien, à Genève.Où donc tu planques ton pognon. Ensuite, la fondation Wikimedia, le commissariat à l'énergie atomique, la Quadrature du Net et puis je ne sais pas comment c’est arrivé, mais il y a plus d’un an et demi de ça. Tu te proposes, on ne se connaît pas, et tu m’envoies 30 emotes, trois logos, 15 bannières.Tu me dis que c’est pour Au Poste. Et c’est toi qui es donc le responsable des stickers d’Au Poste, du logo d’Au Poste, de tout le visuel d’Au Poste. Comment tu t’as connu Au Poste ?Moi je connaissais David Dufresne des documentaires que j’avais pu voir par-ci par-là, des interventions sur des documentaires sur le numérique, sur Internet, sur les débuts d’Internet. Et je lui dis qu’il a une bonne tête ce type.Donc après les réseaux sociaux, Internet et tout ça, je commence à suivre un peu des activités depuis plusieurs années maintenant.Et puis après je vois passer, bien évidemment, Un pays qui se tient sage et puis il y avait Au Poste et puis tout ça. Et je me dis, mais en fait, j’aimerais bien contribuer. On peut contribuer à Au Poste avec de l’argent, on peut contribuer en étant modérateur, on peut contribuer de pas de manière.Moi, je ne sais pas faire tout ça. Donc je me suis dit, mais en fait, je sais faire du graphisme. Et en fait, je t’ai dit, bah vas-y, ça te dit que je te fasse des trucs, du graphisme, des éléments visuels, un petit logo, un truc, etc.C’est ma façon pour moi de dire merci pour le travail accompli. Et puis, de fin en début, on a commencé un peu à bosser ensemble. T’avais des demandes précises sur des trucs précis, etc.C’est ma façon pour moi de dire merci pour le travail accompli. Et puis, de fin en début, on a commencé un peu à bosser ensemble. T’avais des demandes précises sur des trucs précis, etc.Avec des exigences et tout.Ah là, je suis devenu moins sympa là, c’est ça, c’est ça. Le mec, il est devenu moins sympa.C’est ça qui est bien, parce que moi, quand je propose des trucs, j’essaye de proposer avec mon imaginaire, ma façon de voir les choses. Et quand il y a ta façon de voir les choses qui arrivent, bah ça complète, c’est génial. Moi, j’aime bien la contrainte dans le design.Et donc, voilà, ça m’a permis d'échanger plus. Et je suis toujours hyper content à chaque fois quand tu m’envoies un petit mail.Bon, bref, on passe aux choses sérieuses. Hacker Protester, une espèce de Bible qui fait… Attends, j’ai terminé hier, mais je n’ai pas vu le nombre de pages.337 pages, tu as répertorié depuis, je pense, des mois, des années même, tout un tas de nouvelles méthodes de prendre la rue, de défendre la rue. Mais pas seulement, on va voir, il y a les drones, les airs. Il y a l’expression défense tactique, stratégique.Comment ça te vient ?Ça remonte à quand j'étais étudiant. J'étais jeune, j’avais la vingtaine, vingt-cinq ans. Et en fait, mon sujet de mémoire quand j'étais étudiant, c'était le hacking et le design.Comment on mélange le hacking et le design pour détourner les systèmes de surveillance. Et puis, quelques années plus tard, j’ai sorti un premier livre qui s’appelait Hacking Citoyens. Comment les citoyens peuvent se réapproprier la ville et donc détourner les systèmes dans la ville, mettre des prises électriques pour se brancher, pour partager, mettre des rampes axées pour les personnes en situation d’handicap, faire des abris pour les sans-abris, faire des systèmes pour refaire venir la nature en ville, etc.C'était très, très orienté sur la nature et la ville en général. Et en fait, chemin faisant avec… J’ai beaucoup regardé ton travail, évidemment, la Quadrature, le travail de Gaz par Glace aussi qu’on salue, et bien d’autres projets.En fait, petit à petit, j’ai commencé à répertorier, à être fasciné par l’intelligence citoyenne qui est mise en œuvre pendant les luttes sociales, pendant les révolutions, pendant les protestations. Je me suis dit, en fait, toutes ces choses-là, elles sont belles, elles sont parfois inconnues, il faut les faire connaître pour promouvoir justement ces outils de protestation, de révolution et de lutte tout simplement, et pour accompagner ces luttes par l’intelligence des citoyens quelque part. Donc je me suis fait porte-voix, on va dire, avec du graphisme, du texte et puis ce livre tout simplement.On peut dire très clairement que c’est un livre subversif, au sens où de temps en temps il y a des techniques, des tactiques qui sont à la limite de la légalité qui sont même complètement illégales, clairement je les décris un peu comme un ouvrage ethnographique, en sens où je les décris, je raconte l’histoire, je raconte le lieu où j’ai pu les retrouver, etc. À aucun moment j’essaie de dire, alors faites comme ci, comme ci, comme ça, et puis là vous pouvez tuer quelqu’un, vous pouvez blesser quelqu’un, mais j’essaie vraiment de les raconter. Et vraiment je me suis valu des filtres, là où parfois j’aurais pu me mettre des filtres, etc.Si j’avais eu une maison d'édition par exemple, j’aurais peut-être eu un certain cadrage, etc. En fait, en l’occurrence, j’ai mis aucun filtre et j’ai vraiment essayé de ratisser large, même si en effet il y a certains outils qui sont dangereux, qui sont illégaux, mais qui existent.Donc premier chapitre, outils stratégiques. On va s’arrêter si tu veux bien au film d’action. Et ça me permet de présenter l’objet, le nom de l’action, le lieu d’observation, l’année d’apparition, quand on peut la dater, parce qu’on va voir que ça c’est extraordinaire, tu vas du Moyen Âge au futur. C’est-à-dire que des gens, on verra ça tout à l’heure, sont allés rechercher des techniques moyenâgeuses, médiévales, et d’autres, au contraire, utilisent la haute technologie. Et parfois, et c’est souvent le plus marrant, je trouve, c’est les détournements d’objets du quotidien, comme c’est le cas, par exemple, du film d’action.Ensuite, la description, masquer ses tatouages avec du film transparent, et ensuite une source, parce qu’on peut aller sur ton site, avoir d’autres informations. Ensuite, un petit texte très clinique, très clinique, très factuel, généralement très court, et on passe à une autre action. Dans les descriptions, il y a souvent la contextualisation.C’est-à-dire, tu resitues les luttes. Alors, je vois que dans le tchat, il y a déjà des gens qui commandent. Alors, vous pouvez commander le livre directement sur le site que j’ai mis en haut, hacker.fr.Vous enlevez les voyelles et puis vous avez le site.Exceptionnellement, pour les gens du tchat, si vous commandez le bouquin, je vous ai fait un petit code promo, j’essaie de retrouver, un petit discount exprès pour Au Poste.Ah, ça c’est bon ça, ça c’est bien.Le code c’est Au Poste, A-U-P-O-S-T-E. Et donc, si ça vous dit, vous avez 15 % en moins sur vos commandes.Au Poste, tout simplement.Au Poste, tout simplement.Et c’est le temps de l'émission, bien entendu.Oui, oui, après c’est pour tes followers.Garde le code promo quand même pour dimanche, quand on sera sur Blast. Par contre, il va falloir que la primarisation équilibre ton média. Alors les titres des actions sont de toi, j’imagine.Parfois, tu récupères le nom original, puis parfois, il n’y en a pas.À Taïwan, il faut savoir que dans certaines grandes villes, soit au Japon ou à Taïwan, etc. les gens sont parfois très… La manifestation, c’est très différent que ce qui se passe avec les Gilets jaunes en France ou aux États-Unis encore.Les styles et les univers de manifestations sont très différents. Là, pour manifester contre les médias, justement, et sur, on va dire, la propagande médiatique, ce qu’ont fait un certain nombre de Taïwanaises, c’est qu’ils ont pris des post-it et ils ont écrit ce qu’ils pensaient de tel ou tel média, ils sont venus coller par dizaines, par centaines, des post-it sur des véhicules et médias. Pour dire, ces médias font partie des médias mainstream, ou alors ils appartiennent au gouvernement, ou alors ils vous mentent, etc.Et donc, je trouvais ce geste-là assez pacifique quelque part, et en même temps, très médiatique aussi, et permettait aussi aux gens de venir s’approcher des véhicules et des médias pour lire ce qu’on a lancé Oui, comme disait l’autre, le média est le message. Je passe parce qu’il y en a plein, il y en a plein, et c’est vraiment, c’est très beau. Pour aller justement au deuxième chapitre, tactique défensive, et là, ça me permet d'évoquer donc les entretiens que tu as eu avec différentes personnes.Donc là, c’est Olivier Laurelli, un des fondateurs de Reflet, plus connu sous le nom de Bluetooth. Pourquoi tu as considéré qu’il te fallait interviewer Olivier Tesquet, Mathilde Larrère, Paul Rocher et d’autres ?C’est des gens que j’aime bien écouter, j’aime bien leur esprit, etc.Et puis en plus, ce sont des gens qui auront des choses à dire sur ces sujets-là. En l’occurrence, là, Olivier Laurelli, Bluetooth, l’idée, c'était vraiment de pouvoir avoir un regard sur le côté bidouille numérique, hacking, etc.Et donc, j’ai pu justement lui poser des questions qui permettent de contextualiser aussi chaque chapitre pour que chacun puisse avoir une entrée.Et puis aussi pour créer de la diversité entre les propos de Mathilde Larrère qui sont historiques, enfin, un historien forcément, qui ont un regard historique sur la révolution, etc. Et puis, que ce soit les tiens, justement, sur les barbouzes de l'État et sur, on va dire, le regard aussi sur l’histoire de la police que j’ai trouvé fascinant. Et puis, quand c’est Bluetooth qui parle de l’ascension d’Internet, je trouve ça assez…Voilà, tout ça, ça résonne, c’est complémentaire, ça crée un contexte aussi. Et puis, ça vient aussi expliquer pourquoi ces outils existent. Dans mon bouquin, je parle de beaucoup d’outils, mais ces outils-là, ils ne sortent pas de nulle part, ils existent parce qu’il y a des manifestations, il y a des protestations, il y a des revendications, et parce qu’il y a des problèmes dans la société sur les rapports de force qu’on a avec la question politique.Et ça, pour moi, ça permettait d’offrir ce contexte-là qui ne venait pas juste de ma voix, parce que ma voix, elle est celle d’un designer, mais de la voix d’autres personnes qui ont un regard et une expertise aussi dans ces domaines-là.Une vision sur le numérique et les protestations Et donc, dans l’interview de Laurent, il y a une réponse que je trouve très significative parce que je trouve qu’elle traduit presque l’esprit du livre. Si tu permets, je vais le lire. Le terme d’arme électronique me semble adéquat, dit-il, car il s’agit bien là d’une force armée, même si elle est numérique.Avant tout, sachez que je suis contre la censure. Je suis même pour que ces personnes continuent de raconter leurs idioties en ligne, car en attendant, elles débattent et ne font pas la guerre. C’est le principe de la théorie de l’ambassade. Quand deux pays vont déclarer la guerre, la première action qu’ils font est de fermer leur ambassade et rompre ainsi le dialogue. Internet est un territoire comme un autre, non pas un territoire à conquérir, comme le racontait Nicolas Sarkozy, mais un territoire sur lequel les gens doivent continuer à échanger et débattre. Voilà, et je trouve que ça éclaire bien ton bouquin.Celui-là, peut-être j’ai été attiré d’abord par le visuel, le levier de défense. Lieux d’observation de Santiago, au Chili donc, en 2019. Description, l’utilisation d’un levier comme bouclier.En novembre 2019, les manifestants, contre les gouvernements chiliens, ont fait plus d’une vingtaine de morts. C’est pendant cette période qu’un citoyen a l’idée de transformer un levier de cuisine en bouclier de fortune. Son objectif étant de se protéger des coups des forces de l’ordre, mais aussi des balles en caoutchouc. Robuste, en métal, récupéré, le levier de cuisine semblait tout trouvé.Et dans cette gravité, il y a des gens qui ont une idée lumineuse. C’est-à-dire, tiens, il y a un truc par terre, il y a un truc chez moi qui traîne, je le prends. Ça correspond parfaitement à quelque chose qui peut venir me protéger.En plus, c’est un évier avec un bac égouttoir. Ça descend jusqu’en bas. Il y a un creux, ça peut faire envie de mettre mon épaule.Et en plus, il y a le robinet, je peux le tenir. C’est un outil parfait. Et ça, je pense que si on n’est pas dans la situation, jamais on peut l’imaginer, jamais on peut l’inventer. C’est vraiment de l’observation et de l’urgence que naissent ce genre de choses. Et je trouve ça drôle aussi, quelque part, de se dire je vais prendre un objet complètement farfelu pour en faire un super objet de défense. Et ce côté drôle, parfois, il vient me rassurer quant à la gravité des actions qui sont menées contre les citoyens qui manifestent.C’est en ça que tu associes l’esprit du hacking à l’esprit de la protestation finalement.Exactement, tu as tout compris, c’est exactement ça.J’ai tout lu, surtout, donc comme c’est bien fait, on comprend vite. Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Le bouclier d’invisibilité.Alors ça, si tu peux nous rendre invisibles, ça m’intéresserait beaucoup. Mais avoue, je n’ai pas compris.Ça, j’ai beaucoup documenté. En fait, il y a un principe qui s’appelle la lentille de Lubor. C’est un truc utilisé par des magiciens.Ce sont des lentilles en plastique qui sont rainurées, très fines. Toutes ces rainures, si tu les regardes d’un côté ou de l’autre, la lentille en plastique, elle va venir diffuser la lumière qu’il y a sur les côtés, mais pas de ce qui se passe derrière. Et il y a quelqu’un qui s’est dit, ok, sur ce principe de lentille de Lubor, je vais récupérer un bouclier.Alors, vous savez, les boucliers des policiers souvent sont en plexiglas, c’est un très grand bouclier. On peut en fabriquer soi-même ou alors récupérer un de ces boucliers en plexiglas et commencer à faire ces petites rainures. Et en fait, ça va venir diffracter la lumière et masquer le porteur qui est derrière son bouclier.Et ça va venir faire apparaître les éléments qui sont un petit peu derrière la droite, un petit peu derrière la gauche, et masquer un petit peu la personne. Je n’ai toujours pas compris, mais c’est génial.Tu ne livres pas non plus les outils par contre avec le bouquin. C’est Do It Yourself, c’est à faire soi-même, c’est ça ?Est-ce que tu penses avoir des problèmes juridiques ou pas ? Le livre, est-ce que tu as pris le conseil du problème au bouquin ?Marc-Henri m’a posé la même question, figure-toi.C’est une question de papa ou de maman, c’est sûr.C’est une question bienveillante. On touche du bois, j’espère que non. Sinon, on verra ce qui se passe.Après, faire interdire un livre qui est plutôt un panorama, un tour du monde sur ces sujets-là, pourquoi pas, ça peut se faire. Si ça se fait, ça risque de ne pas être très sympa pour personne.Là, très, très, très bon jeu de mots, je reconnais. La Nuit DeboutQuelqu’un qui récupérait une cartouche de gaz lacrymogène, qu’il la mettait dans un thermos et qu’il secouait et après, il vidait son thermos. Personne ne comprenait comment cette personne avait fait pour éteindre en si peu de temps du gaz lacrymogène. En fait, c’est un mélange d’eau avec de la boue et en fait, ça t’a étouffé et noyé la cartouche.En quelques secondes, c’est assez fulgurant. Bien, le gaz lacrymogène s'éteint.Balles de match, moi j’avoue que la première fois que j’avais vu ça, ce n’était pas en 2017, c'était en 2018. En 2018, c'était aux abords de l’Arc de Triomphe autour des Gilets jaunes. Et là, toi tu dates de 2017 à Nantes, une raquette de tennis contre les gaz lacrymogènes.Je pense que tout le monde comprend la chose. Mais alors, ce qui est drôle, c’est qu’en fait, il y a des variations. Par exemple, justement, on dit la ou le chistera.Je ne pense pas que c'était quelqu’un qui jouait forcément à la pelote basque, mais en tout cas, il avait ce gant en panier tressé, en osier tressé. Et l’objectif, c'était de ramasser sans se brûler, puisqu’en plus, le chistera, ça permet d’avoir une allonge de bras et puis de le renvoyer avec une puissance assez extraordinaire vers la police ou vers le parc d'à côté pour ne blesser personne. Manifester, ça reste quelque chose de physique, de courageux.Et donc, le sport, ça incarne aussi pour certains sports ces valeurs-là, le courage et l’aspect physique. Et donc, on retrouve pas mal de similarités.Le chalutage. Ce que j’aime beaucoup dans celui-ci, en fait, c’est le geste qui est quasi ancestral. Et puis, justement, graphiquement, il y a quelque chose de très beau.Nous sommes au Chili en 2019, des filets de pêche pour bloquer la rue.Moi, c’est ça qui m’interpelle aussi, c’est de voir que c’est la culture locale des gens qui manifestent, qui vient inspirer ces outils de lutte. Au Chili, évidemment, il y a énormément de pêcheurs. Il y a 4000 km de côtes le long de l’océan Pacifique.Et donc, c’est des pêcheurs qui ont manifesté par rapport à l’augmentation du prix des services publics, les inégalités sociales et aussi, parfois, les questions de financement politique, etc. Et donc, ils ont pris ce qu’ils avaient sous la main, à savoir leur filet de pêche. Ils ont mis des clous, des objets dedans.Et en les lançant sur les routes, il suffit qu’un véhicule de police passe pour se retrouver ou bloquer.Alors, je vois que dans le tchat, certains parlent de mettre des câbles d’acier pour bloquer. Comme dit Natla Jitta, non, jamais de la vie tu fais ça. Est-ce que, par exemple, ce sont des questions que tu t’es posé ?Jusqu’où tu peux documenter voire populariser des méthodes ?Tout à fait. Là, en l’occurrence, les projets, tous les projets présents n’ont pas vocation à tuer des êtres humains ou des animaux. Donc, il y a des objets qui servent de projectiles, clairement pour effrayer, repousser, etc.On est plus sur des outils qui peuvent être décalés, différents, astucieux, créatifs. On est sur des armes par destination directement. Ça existe, mais ça m’intéressait moins le fait de hacker et de protester, c’est de détourner des systèmes, de détourner des objets, d’avoir la créativité derrière tout ça.Par exemple, en Birmanie, 2021, l’extincteur comme un brouillard, le brouillard de guerre.Très simple, on va pouvoir créer des espèces de grandes, énormes fumées qui masquent les foules qui s’enfuient. On a vu ça aux États-Unis, aux Chiliens, à Hong Kong, en Père-Manif, dans d’autres pays aussi, et les extincteurs, on les retrouve un peu partout, donc ça a été utilisé aussi comme ça.Le spray CCTV, c’est des caméras de surveillance.Tout à fait. Alors, sur les caméras de surveillance, c’est très créatif, dans le sens où ces objets techniques ne bougent pas. Donc, on peut les masquer de plein de façons avec des parapluies, dans l’occurrence, avec des bombes de peinture.Il y a aussi des bombes de cotillon, vous savez, pour faire la fête. C’est une espèce de petit serpentin en bombes qui vient s'écraser contre la lentille de la caméra. Il y a des lasers qui peuvent venir aussi brûler les lentilles des caméras ou les éblouir.Il y a énormément de stratégies. Je n’en ai pris que quelques-unes, parce que c’est vrai que, voilà, je n’allais pas vraiment tout lister là-dessus. Mais la créativité, presque au niveau des caméras, est un peu infime.Chapitre 3. Tactique numérique. À l’image, quelqu’un qui tient un téléphone.Évidemment, évidemment, les suspects habituels, la Quadrature du Net. Et j’avance, j’avance, j’avance. J’ai adoré.Siri, on m’arrête.Il y a la même chose sur Androïd, je crois, mais ce sont des raccourcis vocaux. Par exemple, si vous dites, Siri, je vais faire la cuisine. Voilà, mon téléphone peut se mettre en mode avion.Ou alors mon téléphone se met en silencieux. Il m’affiche mes recettes préférées. On peut lancer une séquence comme ça.Et là, il y a des gens qui ont imaginé un raccourci vocal en cas d’arrestation. Vous dites, Siri, on m’arrête. Et là, le téléphone se met en luminosité faible.Se met à enregistrer. Donc, la caméra frontale, il peut commencer à enregistrer la vidéo. Ça peut envoyer un SMS avec votre géo localisation à votre meilleur ami ou à votre avocat, qui peut être la même personne, etc.Donc là, la créativité n’a pas de limite. C’est pour envoyer un tweet, par exemple, avec « ça y est, je me suis fait arrêter, » etc. Et ça, c’est un peu incontrôlable, parce qu’il suffit de le dire en commande vocale.Je trouve ça assez drôle aussi, et l’utilisation de la technologie me fascine aussi à cet égard, parce que souvent, on l’utilise pour des choses un peu de confort, mais là, on l’utilise pour des choses d’urgence, et je le trouve assez belle pour aller l’utiliser comme ça.Pokémon Go ?L’utilisation des jeux vidéo, et là, en l’occurrence, Pokémon Go, c’est un jeu vidéo contextuel. Donc, on est in situ, dans la rue, dans l’espace, on peut découvrir, on peut se déplacer, etc. Et donc, il y a des gens qui ont utilisé Pokémon Go pour se donner rendez-vous à ce qui s’appelle des Poké Stops, donc là où on a des arènes pour venir se retrouver tous ensemble pour capturer un Pokémon.« Eh bien, les gens ont utilisé cet outil pour se donner des lieux de rendez-vous. »Tinder comme outil de diffusion d’informations. Donc là, on est dans le détournement total, comme tout à l’heure avec Siri.Tout à fait, là, j’ai halluciné parce qu’il y a des gens qui ont utilisé Tinder pour élargir leur spectre de contact. Mais plutôt que de mettre des photos d’eux, ils ont mis des appels à manifester en disant telle heure, à tel endroit, telle date.Comment tromper la reconnaissance faciale avec des motifs qui agitent les algos ?C’est ça, il y a plein de façons de faire pour un peu brûler la reconnaissance faciale. On peut montrer plein de visages en même temps, on peut montrer des patterns qui représentent des visages. Là, c’est quelqu’un qui est un développeur logiciel et spécialisé dans la cybersécurité.Le mec a un peu creusé son sujet. J’ai rencontré sur Twitter, j’ai un peu échangé avec lui.Il s’appelle Bruce McDonald.Exactement, Bruce McDonald. Et son projet de pattern, ça a été justement de pouvoir perturber la reconnaissance faciale en créant, là en l’occurrence, en faisant à nouveau du reverse engineering, en inversant l’algorithme, il est allé comprendre comment l’algorithme reconnaissait des visages, pourquoi il se basait pour reconnaître un visage.Ce genre de petits systèmes qui vient de venir.On est dans la matrice. Il y a aussi des gens qui ont créé des codes-barres qui, une fois qu’ils sont scannés, viennent déglinguer la machine qui l’a scannée par exemple. Il y a ce genre d’outils qui existent, des anti-codes QR ou des anti-codes-barres.Il faut savoir que ça existe tactique offensive, avec justement l’entretien de Paul Rocher que tôt ou tard, il faudra qu’on convoque au Poste, qui est effectivement l’auteur du livre à la fabrique gazé mutilé sous maître. Là, j’avoue, il s’agit d’enflammer des flèches. Ce sont des étudiants qui vont utiliser, ils sont encerclés, ils vont utiliser des archers qui sont là parce qu’il y a un club en fait, c’est ça, il y a un club de tir.C'était vers les fins des manifestations de Hong Kong où les manifestants, notamment beaucoup d'étudiants, se sont retranchés dans leur université. L’université a été mise sous blocus de la police. Les étudiants ont fouillé dans l’université ce qu’ils pouvaient trouver.Il y a un club d’archers et donc ils ont sorti les arcs à fouiller, des arcs professionnels de jeux olympiques, etc. Ils ont pris du tissu qu’ils ont enflammé pour aller enflammer des barricades. Ça m’a choqué dans le sens où il fallait en parler parce que d’en arriver à un stade où des jeunes de 19-20 ans se retrouvent confrontés à devoir faire ce genre de gestes, je trouve ça assez marquant, assez choquant.Et ensuite d’imaginer ce genre de scènes, c’est que dans les films, on voit ça, ça ne peut pas exister. Eh bien pourtant, ils l’ont fait et en 2019. C’est des choses d’un imaginaire cinématographique où on vient avec une flèche enflammée, quelque chose de médiéval, et de voir que ça peut encore exister aujourd’hui, ça m’a marqué, je me devais d’en parler pour dire, voilà, des fois on se retrouve acculé à tel point qu’il y en a qui se mettent à faire ça.C’est dingue. 2014 en Ukraine, lieu d’observation Ukraine, année 2014, description, la construction d’un trébuchet artisanal. Nous sommes à Kiev.Ce trébuchet a même eu son propre compte Twitter où il tweetait lui-même sur son état d’avancement, sur comment il fonctionnait, etc. Oui, des Ukrainiens à Kiev, en 2014, ont réalisé avec de grandes poutres en bois, etc. avec un contrepoids et puis un casque de chantier à l’autre bout pour pouvoir mettre des cailloux, des choses pour balancer sur les forces qui voulaient les empêcher de manifester.À l’inverse d’une catapulte qui fonctionne avec un élément en tension, le trébuchet emploie un lourd contrepoids et se comporte comme une fronde géante. Il a été utilisé entre le XIIe siècle et le XVIe siècle et à nouveau aujourd’hui au XXIe siècle. C’est dingue.Parce que c’est ça qui est très beau dans ton livre, c’est que, Hacker Protester, on se dit, on va être que dans la modernité la plus folle. On l’est parfois et puis la page d’après, on est cinq siècles en arrière. Chapitre 5, les tactiques anti-drones.On va voir que tu salues notamment la Quadrature du Net. On va y venir. Pourquoi avoir consacré un chapitre spécial au drone ?Mais devant, on va dire, la proportion de projets qui sont là pour se protéger des drones, je me suis dit qu’il fallait en faire un chapitre parce que ça devient un vrai sujet, autant dans l’observation, comme on peut le voir en France ou dans d’autres pays, que dans les drones qui sont utilisés presque avec des armes, sur des théâtres de guerre, on le voit, mais aussi sur des théâtres similaires. Et ça devient aussi des outils qui sont citoyens.Les citoyens peuvent acheter des drones et les utiliser parfois n’importe comment.Donc, c’est des outils qui commencent à se diffuser de plus en plus. Pour moi, c’est ça que je trouve intéressant, un peu comme pour les balles marquantes tout à l’heure. Ce sont des objets qu’on voit émerger tout doucement.Et je me dis, ça se trouve que dans 10 ans, il y aura des drones partout. Tout le temps, tout le temps au-dessus du ciel. Dès qu’elle manifeste, il y aura peut-être une cinquantaine, j’en sais rien, avec des messages, etc.On en a vu aussi pendant le confinement, où il y avait des drones avec des messages vocaux qui invitaient les gens sur la plage à rentrer chez eux et à ne pas se promener, etc. Donc, ça devient des outils aussi de répression auditive et pas que visuelle. Donc, j’ai l’impression qu’ils se propagent.C’est drôle parce qu’on a l’impression que dans les chasseurs de drones, il y a quand même ceux qui respectent les drones, ils ne veulent pas les blesser, puis ceux qui n’en ont rien à faire. Ils les font tomber. C’est la des…Il y a toujours ceux qui veulent que le drone revienne à la base en étant un petit peu dérouté, un petit peu perdu, il revient à son propriétaire, puis ceux qui veulent complètement les exploser au sol.Par exemple, il y a des drones contre les drones. Ça, c’est en France, 2020, des drones contre-attaque, des pilotes. Il irait, à l’image des pilotes des Spitfire de la Seconde Guerre mondiale, au contact direct avec les drones de force de l’ordre.Les drones seraient modifiés pour pouvoir impacter physiquement avec des extensions parce qu’en fait, normalement un drone, il est éduqué, il est dressé pour éviter les obstacles. Et donc là, c’est l’idée, c’est non, au contraire. Bloquer les ailes avec des fils de pêche, piéger en libérant un filet par exemple, les autres drones.Alors là, il y a un truc bizarre, c’est que là, toi-même, est-ce que c’est la seule fois ?Le projet n’a pas encore été réalisé.Voilà.Et ça, ça a circulé en fait, c’est un projet que j’ai trouvé sur les forums de la Quadrature du Net pour ne pas le citer avec le forum Technopolice. Et il y a des gens qui sont en train d'échanger pour essayer de se rencontrer, pour essayer de fabriquer son œuvre. Je me suis dit, il est trop cyberpunk pour ne pas exister.Et donc j’ai précisé, et c’est pour ça que j’ai précisé par souci, aussi d’honnêteté, dire qu’il n’a pas encore été réalisé quand j'écrivais le livre. Alors peut-être qu’aujourd’hui il y a des débuts. Mais il est en préparation.Moi ça m’a fait penser, ça m’a rappelé mon adolescence. Quand je regardais le câble à la télé, il y avait des espèces de drones qui roulaient par terre, des espèces de machines pilotées par des étudiants en école d’ingénieur. Et l’objectif c'était de détruire l’espèce de machine d’en face, avec des scies circulaires, avec des lance-flammes, des trucs comme ça.Il y avait des compétitions de ça.Il y a en ce moment même une plainte disponible sur technopolice.fr qui est fomentée, on peut le dire, par la Quadrature du Net, afin de donner justement mandat à la Quadrature du Net d’attaquer l'État sur notamment la gestion de la Technopolice, la reconnaissance faciale, les drones, etc. Et les illustrations qui sont saluées dans le chat, ce sont des créations originales, c’est des détournements de photos, de documents, de vidéos, c’est quoi ? C’est des dessins en fait. Moi j’ai tout dessiné moi-même et après j’ai travaillé vraiment avec une volonté de faire tous les éléments en pixels, en noir et blanc pour le côté un peu radical, un peu symbolique aussi, parce que voilà, je ne voulais pas rentrer trop dans trop plein de détails. Et puis voilà, le livre, pour parler de sa forme, il est en papier recyclé, en noir et blanc, le plus léger possible.Il n’y a pas de papier glacé, de trucs qui polluent trop ou qui sont trop consommateurs de ressources. J’essaye d’avoir un truc léger, robuste et accessible aussi, parce que les prix du papier ont tellement augmenté que je voulais quand même le faire sur du papier recyclé. Mais voilà, ça a été pas mal de choix aussi d’un point de vue du graphisme et de choix de conception qui étaient écologiques, accessibles et que ce soit esthétique également.On en arrive, je crois que c’est le dernier chapitre, Tactique d’expression où là on n’est plus sur des armes d’attaque ou de défense, mais plutôt sur comment communiquer. Alors tu introduis ce chapitre par un entretien avec Mathilde Larrère.Elle est favorablement connue au service historienne de son état.Je trouvais ça moins intéressant en termes de détournement, en termes d’action justement. J’essaie de sélectionner des projets les plus pertinents et les plus surprenants aussi.Dans ce chapitre-là, il y a ce truc très ingénieux. Biélorussie, 2020. Donc voilà, comme je disais tout à l’heure, c’est vraiment un tour du monde des luttes.Des drapeaux sous la glace. Alors évidemment là, il faut des éléments particuliers. Il fait un peu froid.Qu’est-ce qui s’est passé en 2020 en Biélorussie ?Donc là, il y a eu des protestations en 2020 contre le gouvernement en Biélorussie. Notamment, il y a des manifestants. Ils ont essayé de faire revivre l’ancien drapeau de Biélorussie pour essayer de promouvoir cette protestation.« Et ce qu’ils ont fait de façon assez ingénieuse, puisque à chaque fois que les manifestations sont en lien avec un contexte, un pays, un lieu, des contraintes, ça donne lieu à de la créativité. Ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont pris du colorant, de la peinture, et ils ont peint sur la glace du blanc, du rouge, du blanc. Et puis, ils ont recouvert ça avec de l’eau. »Et le soir même, la fine couche de glace est venue, ce par de rendant, ce drapeau qui était interdit, complètement bloqué dans la glace. Et ce qui est amusant, c’est que le lendemain, on a vu des photos des autorités avec des pelles et des pioches en train d’essayer de casser le drapeau sur la glace pour essayer de l’enlever. Et ça, je trouve ça assez fabuleux parce que presque le contrecoup est aussi drôle que l’impact de départ qui est la plus rebelle ? À nouveau en Ukraine, en 2014, des miroirs contre les forces de l’ordre.« Ça, souvent on l’a vu dans des manifestations de citoyens qui interpellent la police en disant : "mais vous êtes comme nous, vous êtes des citoyens, nous on défend vos enfants, etc." Là, c’est des personnes, en l’occurrence, une personne âgée et qui ont, différentes personnes, qui ont pris des miroirs pour refléter, tout simplement, les policiers pour qu’ils puissent se regarder en face. Ces techniques ont ensuite été utilisées à Oakland, aux États-Unis, à Ferguson, aussi en Angleterre, par Extinction Rébellion. »C’est des objets qui sont simples, assez symboliques, mais en même temps, ça donne des images médiatiques et ça peut peut-être faire aussi un peu réfléchir, changer aussi. On n’est pas obligé de cailler quiconque, mais on peut aussi parfois le faire plus poétique et plus doux.Tu termines le livre avec le Gilet Jaune. Est-ce que ça veut dire que s’il n’y avait pas eu les Gilets Jaunes, tu n’aurais pas eu forcément cette idée-là de livre ou pas du tout ?« C’est une très bonne question à nouveau. Pour moi, le Gilet Jaune, ça a fait un déclic aussi. En tant que designer, je me suis dit que c’est un objet emblématique qui au départ est haute visibilité. »C’est comme ça qu’on l’appelle ce gilet et qui a été détourné pour aussi faire de la haute visibilité. Il a été utilisé de plein de manières différentes, etc. Et peut-être qu’en effet, si je n’avais pas eu ce regard de designer sur un objet détourné, je n’aurais peut-être pas fait ce livre.Et je trouvais ça important de terminer là-dessus pour dire que c’est un livre en français, écrit par un Français qui a habité à Paris pendant trop longtemps et qui aujourd’hui aussi invite chacun à réfléchir sur ces outils, ces objets de protestation qui sont détournés pour promouvoir des luttes sociales et pour la justice sociale et environnementale en général. J’invite chacun aussi à donner, à distribuer, à diffuser, si vous l’avez lu et qui reste dans la bibliothèque. Je ne sais pas, glissez-la dans la bibliothèque, dans votre CDI, dans la boîte aux lettres de vos voisins.Voilà, avant qu’on conclue, je voulais déjà remercier beaucoup David pour tout ton travail. Là, tous les gens qui sont présents là, je suis super content de voir qu’il y a du monde, que ça te suit et que ça interagit, que ça réagit, et c’est hyper important. Merci et surtout bravo pour tes engagements depuis toutes ces années.À bientôt. Merci beaucoup, Geoffrey. Ciao.

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