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Houellebecq, Tesson, Moix : Enquête sur l’extrême droite littéraire

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonjour les amis j’ai lu le livre de François Krug Réaction française Enquête sur l’extrême droite littéraire, Le Seuil. Pour tout vous dire, je l’avais lu il y a trois semaines. Je me dis est ce que je l’invite ce gars-là ? Donc hâte d'écouter tout ça Vincent. Bienvenue bonjour. Alors on se tutoie parce que alors qu’on ne se connaît pas. Mais l’autre jour tu me dis bon allez, on se tutoie. Alors j’ai dit d’accord, nous ne nous sommes jamais rencontrés, comment ça va ?
François Krug
Très bien. Ravi d'être là.
David Dufresne
Eh bien, nous sommes ravis que tu aies accepté l’invitation. Je fais une petite présentation et on démarre. En tout cas, la technique est bonne, on a. On a peu de temps ce matin, c’est super cool. Tu ne voulais pas voir désormais les preuves à disposition. Houellebecq, Tesson, Moix surgit dans les années 90. Star de l'édition à la française, viennent des rivages bruns voisins dans son enquête méticuleuse. Lui, La rédaction française enquête sur l’extrême droite littéraire. Le Seuil. Le journaliste indépendant François Krug. Raconte le parcours tortueux de ces trois-là. Donc Houellebecq fait son max, aidé par un gratin éditorial pas bien fréquentable. On va parler aussi des personnages secondaires qui m’intéressent beaucoup, notamment ceux qui grenouilles à la télévision, plongée dans un peuple. Dans un monde peuplé de royalistes, d’ombres de la nouvelle droite, de trolls, de la fachosphère, de négationnistes de toujours. Ça va le résumé ?
François Krug
Bon, très bien.
David Dufresne
Est ce que tu veux dérouler déjà ton propos, nous expliquer dans les grandes lignes où tu veux ou tu veux des questions ?
François Krug
On pose des questions parce que sinon je suis parti pour 1 heure.
David Dufresne
1 h, il y a aucun souci, page 20 parlons en,tous trois donc. Houellebecq, Tesson, Moix. Donc en gros, en gros, en gros, c’est une enquête sur l’itinéraire de ces trois-là, itinéraires qui s’entrecroisent d’ailleurs. Et il y a des amitiés, il y a des relations qui sont dites directes ou indirectes entre les trois, on va, on va, on va y venir, mais pour. Pour résumer la situation, tu dis que tous les trois ont fréquenté l’extrême droite dès leurs débuts. C’est ça qui est saisissant je trouve dans ton travail. Puis au long de leur carrière, par goût de la provocation, dis-tu, par curiosité intellectuelle, par fascination esthétique et parfois par sympathie idéologique. Le sujet est sensible, écris tu, et aucun des trois ne souhaite aujourd’hui l’aborder. Houellebecq est joueur, il entretient le doute sur son positionnement politique. Moi, j’estime en avoir assez dit. Il s’est repenti publiquement d’expériences de jeunesse et d’amitiés douteuses, notamment des fanzines négationnistes dont on pourra, donc on va parler largement. Tessons, Admirer, à gauche comme à droite, revendique son indifférence à la politique. Il reste discret sur ses relations avec l’extrême droite la plus radicale. Voilà pour le couvert, il y a une petite note que je ne vais pas lire parce que on veut entendre ta voix ou tu expliques. En effet, ces trois-là ont refusé de répondre à tes questions circonstanciées. Question de béotien Pourquoi ces trois-là ? Parce qu’ils ont une puissance commerciale ? Parce qu’ils ont une puissance dans l’opinion ou parce que l’extrême droite, quelle qu’elle soit, il faut la traquer là où elle est.
François Krug
C’est un peu un prétexte, J’allais dire un mot prétentieux, mais un prétexte narratif quoi, pour raconter l’histoire. Moi, je suis parti de l’idée que l’extrême droite, ce n’est pas uniquement le but de dans les manifs ou le Rassemblement national dans les élections. Mais quelle extrême droite culturelle en fait, ne la prend pas au sérieux et qu’il fallait raconter cette histoire-là. Donc j’ai pris le milieu littéraire aussi parce que c’est un milieu sur lequel, sur lequel on enquête rarement et pas habitué à faire l’objet de travaux journalistiques autre que de la critique littéraire. Un milieu un peu préservé.
David Dufresne
Et qui, paradoxalement, lui publie des enquêtes sur les autres. Mais c’est un peu comme si le journalisme ne supportait pas qu’on vienne enquêter sur lui.
François Krug
Ouais, non, non, non. Je prends un exemple d’un scandale récent. Si on prend l’affaire Gabriel Matzneff Oui, l'écrivain pédophile, on va dire ça comme ça, parce que dans les faits, c’est ça. Grosso modo, le milieu littéraire à garder ça pour lui, alors que tout le monde était au courant. Et quand ça explose, il y a un énorme malaise parce que ce milieu n’est pas habitué à ce qu’on lui demande des comptes. Et moi ce qui m’intéressait, ce n’est pas ce n’est pas les écrivains eux-mêmes, c’est pas ce qu’ils ont, c’est pas ce qu’il y a dans leurs bouquins. Je ne suis pas critique littéraire, moi, je suis plutôt journaliste, j’aime pas ce mot là, mais d’investigation ou politique, c’est le fait que les écrivains en France, ils ont un statut très particulier, donc un respect. On n’a pas le droit d’y toucher. Et puis ce statut leur donne le droit d’intervenir dans le débat public. En fait, les des acteurs politiques de faire des remarques dans pour Waldeck sur l’islam etc. Mais ça pourrait être sur des sujets de gauche aussi. Ça, ça vaut aussi pour les écrivains de gauche. Et à partir du moment où ils deviennent des acteurs politiques, je pense qu’on a le droit de leur demander des comptes et de chercher à comprendre d’où ils parlent. Et dans le cas de ces trois écrivains, Houellebecq, moi et Tesson. On ne sait pas. On ne sait pas d’où ils parlent, on ne sait pas quelles ont été leurs expériences, quels sont leurs réseaux, quels sont leurs, leurs amitiés. Et ça, ça m’intéressait. Alors pourquoi j’ai pris ces trois là ? Il y avait toute une nébuleuse, une panoplie d'écrivains possibles, imaginables. Et puis tout bêtement, moi, ce que je voulais faire, c'était un récit que les gens puissent lire de la première à la dernière page, un peu, ça s’est réussi sans se perdre en lisant, un peu comme c’est peut prétentieux, dire comme un roman. En plus, en plus, je tiens à ce que tout soit vrai dans le bouquin. Évidemment, c’est mon boulot, mais. Et si on multiplie les personnages, on se perd. Et ces trois-là, ils sont clairement identifiables en parlant par le public parce qu’ils sont connus. Donc tout simplement, je les ai pris parce qu’ils sont connus, et puis aussi parce qu’ils occupent chacun une place très particulière dans le milieu littéraire, qui remplissent des cases assez classiques. Houellebecq, c’est le c’est vraiment le grand écrivain respecté qu’on adore en France et beaucoup à l'étranger, quoi. La littérature française à l'étranger, c’est Houellebecq, Moix, c’est la créature médiatique. En fait, c’est l'écrivain qu’on voit sur les plateaux. Qu’on ait lu ou pas ses bouquins, on sait qui, on sait, qui sait. Et c’est le type grosso modo, c’est l'écrivain habitué des talk show et Sylvain Tesson. Et y' a ce côté de vieille littérature de voyage apolitique qui fait rêver, qui écrit dans un style très classique et qui plaît un peu à tout le monde. Parce que grosso modo, c’est l'écrivain mainstream assez calé, assez inoffensif parce que parce que grosso modo, c’est très joli les histoires de panthère des neiges ou de la traversée de la France par les sentiers ruraux. Et chacun donc occupe sa place. Et puis chacun occupe une place hyper importante parce que ils n’ont pas les mêmes chiffres de ventes, ils ont pas les mêmes styles littéraires. Moi avons énormément moins que Houellebecq et Tesson, mais chacun dans leur domaine y sont puissants. Et donc je trouvais intéressant de prendre ces trois personnages que le public peut identifier facilement, qui ont démarré à la même époque, au début des années 90, mais qui n’ont pas tout à fait le même âge. Moi, j’ai fait démarrer le récit au début des années 90, d’abord par curiosité et un peu par égoïsme, parce que moi j'étais ado ou étudiant, donc c’est là que je les ai découverts. Et puis parce que je pense que c’est une époque où l’extrême droite était encore quelque chose de fort, de puissant, mais de marginal en France, parce que Le Pen, le père pouvait faire 15 % aux présidentielles, mais personne ne se disait qu’un jour, d’une part il irait au second tour et d’autre part, sa fille pourrait être un jour être prise assez au sérieux pour qu’on se dise quelle qu’elle sera, quelle pourrait être la prochaine présidente de la République ? Donc l’extrême droite est un petit et un truc puissant, mais pas prépondérant dans la vie politique. Et puis on ne se dit pas que les idées d’extrême droite sont banales à l'époque, ça ne se fait pas de se revendiquer d’extrême droite quand on est dans le milieu culturel à l'époque, alors ça ne se fait toujours pas. Sauf que. Sauf que les connexions sont beaucoup plus la déconnexion très forte entre certains représentants du milieu culturel et puis les puis l’extrême droite. Et je me suis dit que sur 30 ans, le parcours de ces trois écrivains, raconter une histoire, raconter comment l’extrême droite et ses idées se sont banalisées et comment il y a une espèce d’accoutumance en 30 ans. Et je pense que ces trois écrivains y sont deux choses : c’est les symptômes de ce que d’une évolution générale en France. Et puis ils ont contribué à cette évolution, je pense, mais je pense qu’on y reviendra bien sûr.
David Dufresne
On va on va rentrer dans les détails, Éric Naulleau ?
François Krug
Il pourrait apparaître dans l’histoire. Il y a plein d'écrivains qui pourraient apparaître dans cette histoire, mais après c’est idiot, c’est de la technique journalistique dans le jargon, c’est l’angle, quoi. Je me suis dit je vais prendre trois personnages, ils vont et on va les suivre, on va les suivre sur 30 ans. Je le dis dans le bouquin au début pour expliquer la méthode, mais l’idée m’est venue aussi en lisant une interview de Waldeck en Hongrie essayer d’expliquer qu’il n'était pas politique et que ses bouquins n'étaient pas politiques. Il dit bah moi je prends des personnages du romancier, je prends mes personnages, des personnages, je les plonge dans un, un contexte, un milieu, puis je les suis. Donc là, y part. C'était à l'époque où il faisait Soumission et son roman où il imagine que grosso modo des partis musulmans arrivent au pouvoir en France et imposent à cause de la charia, des règles que Houellebecq associe à l’islam. C’est ça ? Et donc il explique Bah moi j’y suis pour rien. Je les ai plongés dans les personnages et je les ai suivis. Bah moi je te promets. Sauf que moi c’est une histoire vraie, mais je plonge mes trois écrivains au début des années 90 dans un milieu où grenouille avec des gens plutôt réacs, voire franchement d’extrême droite. Et puis on va suivre sur 30 ans ce qui leur arrive. Et comme tu disais, ils se croisent, ils se croisent. Il y a des réseaux communs, des amitiés communes, des. Donc ça je trouvais ça assez intéressant.
David Dufresne
Le carton d’invitation donné rendez-vous le 17 septembre 1991 à partir de 19 h au trois rue Guyonnet. Michel Houellebecq se présente le soir, dit à l’adresse indiquée. C’est une entrée privée du Luxembourg. Le jardin du Sénat. Derrière la grille, Houellebecq découvre une maison d’un étage et Londres. On lui a raconté que c'était la résidence de fonction de la médecin chef du Sénat, la docteur Tencin. Elle compte parmi ses amis quelques écrivains et organise chez elle des cocktails en leur honneur. Dans le salon, on a poussé les meubles anciens pour accueillir les invités. Ils sont déjà plus d’une centaine. Voilà, commence ton livre. Donc on est fait, on est. On est dans une écriture, on n’est pas Ce n’est pas, ce n’est pas. Oui, alors le numéro de compte bancaire, ce n’est pas un bouquin investigateur, pas du tout. On est dans le décor. Et ce décor, ce décor, c’est donc un cocktail organisé en l’honneur de Marc-Edouard Nabe qui va lui irriguer quand même ton livre. Beaucoup. A la limite, c’est le quatrième mousquetaire, si je puis, si je puis dire, qui à l'époque, figure montante du journalisme parisien aujourd’hui marginalisé, qui publie à compte d’auteur depuis je crois, la Suisse qui publie des pamphlets antisémites, etc., etc. Et donc, comment s’appelle Houellebecq ? Hé, Mais je crois qu’il a aussi des souvenirs, moi. Ils sont très jeunes, tous les deux y sont invités. Et voilà, c’est là. Tu commences ton histoire.
François Krug
Eh bien, en fait, souvent les enquêtes naissent d’une ou d’une anecdote qu’on a, qu’on a entendu ou découverte qui font, qui font tilt et. Et je me souvenais avoir lu dans une biographie de Houellebecq qu’il était allé à ce cocktail. Ce qui se trouve que quand il a démarré, il a été édité dans une maison d'édition qui s’appelait et qui s’appelle toujours les Éditions du Rocher. Est éditée un petit peu toute la littérature de droite de l'époque à la fin des années 80. Et il se retrouve donc à ce cocktail en l’honneur de la star de cette maison d'édition qui était Marc-Edouard Nabe.
David Dufresne
Dont on peut dire quand même que le style, et particulièrement toi tu ne te préoccupe pas des affaires de style, mais le style de Nabe à l'époque, notamment aux règles des vermines, c’est pas rien.
François Krug
Sinon ce n’est pas rien. Et puis c’est assez proche de Céline dans son nom, son idole. Et donc grosso modo, c’est quoi la littérature ? Je dis même de droite, pas forcément d’extrême droite à l'époque, c’est des gens un peu inoffensifs quoi. C’est Eric Neullot Patrick Besson et encore, il se revendique de droite. Pas vraiment. Et ils écrivent dans le Figaro. Ils disent qu’ils n' ont rien à faire de la politique. Ils font quelques remarques un peu réacs sur c'était mieux avant. Et à côté, c’est les héritiers J’espère que mon bouquin n’est pas un bouquin de prof de lettres parce que c’est pas du tout mon métier, mais il faut quand même dire que c’est des héritiers d’un mouvement des années 50 qu’on appelait les hussards. Antoine Blondin, Nimier, des auteurs comme ça, qui grosso modo disaient qu’ils n' avaient rien à faire de la politique, mais qui étaient anti-gaullistes, qui avaient des copains, qui avaient été miliciens, qui avaient des copains, qui étaient à l’organisation armée secrète. Donc, l’erreur, l’organisation terroriste qu’il faut bien appeler le mot comme ça, appelez ça comme ça, qui militait pour l’Algérie française. C'était ça la littérature de droite. Et dans les années 80, on a un petit mouvement qu’on a appelé les néo hussards, avec des gens comme, effectivement, Éric Naulleau, Marc-Edouard Nabe qui ont essayé de relancer cette littérature de droite qui ne disait pas son nom. Bon, et c’est dans ce milieu-là que Waldeck démarre, parce que c’est dans ces maisons d'édition là et autour de ces écrivains qui débutent. Donc on le retrouve à ce qu’on appelle. Donc, ça me faisait rire parce que ça permettait de faire une scène, effectivement, pour démarrer le récit où on croise le Tout-Paris pour réunir en plus au Luxembourg dans L’embrouille.
David Dufresne
C’est une scène balzacienne ou presque. Je veux dire, c’est ici si.
François Krug
J’ai pu me mettre dans la position de Balzac bébé, mais je trouvais ça très marrant.
David Dufresne
Moi lecteur, j’ai tous les droits. Si je dis que ça c’est du Balzac, j’ai le droit de le dire, hein.
François Krug
Tu ne pourrais pas avoir lu Balzac depuis très longtemps ? Tu le lisais je pense.
David Dufresne
Mais non, mais tu sais, sur le côté sexy, il y a quand même quelques Rastignac là-dedans. Il y a quand même. Enfin, tu vois, tu racontes comment les uns et les autres se placent.
François Krug
Bon, on est dans un décor incroyable, dans les arbres, au milieu des arbres du Luxembourg, dans une espèce de résidence privée pour les auditeurs. Enfin les internautes parisiens qui y connaissent le Luxembourg, c’est quand même ce n’est quand même pas rien, c’est le jardin du Sénat, etc. Et là, on a une centaine d'écrivains ou de d'éditeurs ou de gens qui espèrent réussir dans ce milieu-là, qui sont réunis, on a Philippe Sollers, sont des gens qui deviendront plus connus comme. Philippe Muray, qui était un essayiste assez important dans le milieu conservateur, mais qui était basculement et qui sont réunis. Pourquoi ? Pour rendre hommage à Marc-Édouard Nabe. Maintenant, c’est qui ? C’est quoi ? C’est. C’est le type qui, encore un peu gamin quand il y a une vingtaine d’années, dans les années 80, publie son premier bouquin qui s’appelle Au Régal des vermines, dans un style qui est très proche de Céline et avec des remarques. Monsieur, il y a une formule qui m’avait frappé en lisant, en lisant ce bouquin, c'était des essais, des formules à l’emporte-pièce du genre c’est pas parce que Hitler était contre les juifs que je dois être pour des choses comme ça. On dit bon, grosso modo, je me fous de la gueule de tout le monde. Donc il parle des gros, des vieux, des jeunes, des pédés. Je mets des guillemets, c’est sur ces mots des noirs, des blancs, etc. Puis dit bah pourquoi on ne peut pas se moquer des juifs aussi ? On est tout de suite accusé d’antisémitisme. Donc il fait ce bouquin, il va chez Bernard Pivot. Apostrophes était la grande émission littéraire de l'époque. Il va faire l’apologie d’auteurs collabos en disant mais c’est scandaleux, on méprise Céline parce qu’il a fait ses pamphlets antisémites.
David Dufresne
Et il y a surtout Rebatet
François Krug
Rebatet où a été le grand auteur collabo parce que c’est un et qui, à mon avis, est plus intéressant que Céline, parce que c’est un type qui écrit dans un style beaucoup plus classique, donc il est moins. Quand on lit, on a l’impression que c’est -1 excité que Céline, mais c’est un type donc qui a écrit en 42 un énorme pavé qui s’appelait Les Décombres est un récit de, grosso modo la débâcle de la France en 40. Pourquoi on a perdu la guerre ? Puis l’explication est très simple : c’est à cause des juifs et de tous les gens qui sont. Je remets déclinée parce que je l’ai dit en juillet c’est la faute des youpins. Je ne vais pas faire des guillemets à chaque fois, mais ce ne sont pas mes mots, c’est les siens. Et c’est un pavé de 1000 pages qui raconte ça dans un style. C’est horrible. Passons. Je dois avouer que quand j’ai lu ce bouquin, je m’attendais à lire littérairement à une espèce de logorrhée insupportable. Et c’est bien écrit. Et c’est ça qui rend ces bouquins là encore plus dangereux, je pense. Et donc ce bouquin, Les Décombres, c’est un best-seller à la Libération, à l’eau sous l’Occupation, à la Libération, Rebatet Les condamnés à mort, puis les graciés. Mais on l’oublie quoi, c’est ça ? C’est un nom qu’on n’ose pas trop prononcer. Surtout que le milieu de l'édition français sous l’Occupation, il n’a pas vraiment de raisons d'être très fier de son attitude. Julien Rebatet a été publié chez Denoël, Gallimard a continué à publier pendant la guerre, etc. Et donc Rebatet, c’est un truc qu’on se refile sous le manteau chez les fachos, pour résumer. Et là, on a ce Marc-Edouard Nabe qui arrive à Apostrophes, l'émission la plus prestigieuse, en disant Mais Rebatet sans génie, il est temps de le réhabiliter. Et donc cette émission est complètement hallucinante où dans un pivot dit nul ne vous seriez pas un peu antisémite ? Nabe va expliquer mais on ne peut plus rien dire en France. C’est déjà peut être que Céline, l’inventeur du on peut plus rien dire, rien à dire transmis à la LICRA qui nous emmerde grosso modo. Et ça fait cinq, ça fait scandale, mais ça attire comme ça une petite foule de fans en disant ce mec et comme on entre nous, je peux, je vais être un peu vulgaire, mais ce mec, il a des couilles quoi. Et c’est ça, hein ? Et donc il devient l’espèce de mascotte d’un milieu branché qui va être aux manettes de d'émissions et de journaux importants dans les années qui vont suivre. Donc c’est Thierry Ardisson, c’est Frédéric Taddéi qui adore Nabe. Et ce n’est pas un hasard si, 30 ans plus tard, les seules émissions où on voyait Nabe, c'étaient les émissions d' Ardisson et les émissions de Taddeï. C’est la survivance d’un petit milieu branché de droite, voire d’extrême droite, qui s’est réuni autour de cet écrivain. Et donc, désolé, je fais très long.
David Dufresne
Non, pas du tout. Je coche parce que, quand je parlais des personnages secondaires, il y avait Ardisson, Taddeï, mais on en reparlera après. Restons, restons sur les trois. Alors pour bien répondre, parce qu’il y a une petite ambiguïté dans le job Tesson, on parle du fils, on parle de Sylvain, le fils mais là il s’agit de Tesson Sylvain.
François Krug
Oui mais pour finir, il m’intéresse encore une fois, il ne m’intéresse pas comme écrivain et en plus, il est en ce mot dont la présenter Stéphane, le présenter comme un génie. Bon maintenant il a une tare. Si ses fans me regardent encore, me faire assassiner sur les réseaux sociaux ? Mais ils sont une poignée de fans qui sont qui, qui l’adulent et qui lui permettent de vivre en pastichant ses bouquins à compte d’auteur. Mais franchement, plus personne n’en a rien à foutre de marquer noir arbitrairement à juste titre ou pas. Moi ce n’est pas mon problème, mais voilà. Mais à cette époque-là, y pouvait réunir une partie de la branchitude parisienne dans le jardin du Luxembourg, attirait Philippe Sollers, attirait plein de futurs écrivains autour de lui, dont Houellebecq qui vient là parce qu' ils ont le même éditeur. Je pense qu’il en a un peu rien à faire de Marc Édouard Nabe Pour son boulot, il faut grenouiller veut, il faut faire des essais, il faut se faire des réseaux. Houellebecq, ce n’est personne à l'époque et il n’a pas de réseau. Il ne peut pas s’il veut décoller. Il a 40 ans, il est informaticien à l’Assemblée nationale. Ils sont merde, il a un boulot de merde et il rêve d'être un grand écrivain. Bon, il vient là et moi cette anecdote En soit, elle ne m’aurait pas intéressé si par ailleurs je n’avais pas lu dans je ne sais plus quel texte publié justement par Nabe. À cette même soirée se trouve un jeune étudiant qui s’est incrusté là, qui n'était même pas invité et qui s’appelle Yann Moix.
David Dufresne
Et qui a 23 ans.
François Krug
Et a 23 ans et Yann Moix. Là en l’occurrence, ce n’est pas la même position pour elle qui est le type qui commence à publier mais qui se dit que bon, j’ai 40 ans, il serait temps quand même que ma carrière décolle. Yann Moix n’est plus personne. C’est un étudiant qui vient. Je caricature un jeune mais qui vient de son petit village dans le Loiret, qui sort emmerdé toute sa jeunesse. Kalu qui a vu Nabe à la télé justement dans Apostrophes, qui a été bluffé, qui s’est dit Ah c’est super ! Et qui a fait de Nabe une de ses idoles et qui s’est incrusté à cette soirée un peu comme un gamin avec les yeux, les yeux écarquillés en se disant Ouah putain, il y a un Philippe Sollers, Cela, il y a Machin et puis surtout, il y a Édouard, Marc-Edouard Nabe. Et donc je me dis tiens, c’est marrant quand même, deux futurs écrivain célèbres se retrouvent à la fête dans un type qui qui est qui est blacklisté. Maintenant, plus personne n’ose se réclamer de Marc-Edouard Nabe, c’est plus à la mode. Et puis surtout ses idées ici, c’est grillé, avec ses remarques antisémites aussi. Mais que faisait Houellebecq et moi à cette fête qui est hallucinante ? En 1991 je crois. C’est ça et c’est le début de l’histoire.
David Dufresne
Alors il y a un point important. Après, on peut, on peut clore sur Nabe, mais c’est Nabe parce que tu dis bon, il a une poignée de fans, mais Nabe il a, il a quand même un truc, c’est qu’il continue à écrire énormément. Il produit énormément. C’est un graphomane et notamment un journal intime qui est assez fou. Je mets à part les idées qui peuvent y être développées. Qui est assez fou ici en fait ? Nabe, si j’ai bien lu, qui va un peu esquinté. Il a la stature de Moix, puisque c’est par Nabe qu’on va apprendre pour la première fois dans son livre Les pauvres que le jeune Yann Moix, qui a 23 ans, en fait peu de temps avant. Dis moi si je me trompe, mais peu de temps avant d'éditer un fanzine. Alors moi je suis incapable de prononcer le nom.
François Krug
Alors je me plante régulièrement, c’est ça ? Dieu sait si j’ai bossé dessus. Donc c’est Ushuaia, donc un jeu de mot, un jeu de mot sur fond choux. Ah, Il a quitté l'émission Nicolas Hulot sur TF1 au début des années 90. Et Yann Moix qu’il est. Il est étudiant et il va faire avec un copain de son copain, un voisin dans son village du Loiret. Un fanzine qui s’appelle ou chaud ou chaud, hein. Décidément, c’est.
David Dufresne
En gros un jeu de mot entre le nom de l'émission de joie de l’art et la Shoah et la Shoah.
François Krug
Bon voilà, voilà. Et ils vont rédiger ensemble sans qu’on puisse savoir exactement qui a écrit quoi dedans. Un fanzine alors selon. Selon les pages, parce qu’il faut être précis sur les termes façon tout le tout est antisémite. Ensuite, il y a des passages vraiment révisionnistes en disant voilà, je caricature, mais grosso modo révisionniste, c’est-à-dire bon on a tué des juifs, mais pas autant qu’on le dit. Et puis ce n’est pas aussi méchant qu’on l’a dit. Bon et puis négationniste, c’est clair, on n’a pas tué les juifs. Voilà. Donc il y a des pages négationnistes, il y a des pages révisionnistes, il y a des pages antisémites sous couvert de provocation, pour essayer. C’est exactement comme Marc-Edouard Nabe. Et c’est dire que même si on ne peut plus blaguer sur la race, sur le fait que 6 millions de juifs ont été tués, Sèvres, franchement, on peut quand même blaguer. Et puis on peut quand même se poser la question est ce qu’il y en a vraiment eu 6 millions ? Et puis d’ailleurs, est ce qu’il y en a même eu dix qui ont été tués ? Et donc c’est des fanzines ou moi qui fait les dessins qui sont envoyés, on ne va pas les montrer, là, mais qui sont qui sont ignobles. Voilà. Et les textes sont hallucinants, sont hallucinants. C’est des cd, c’est des logorrhées sur 20 pages. En imaginant des gags qui se passent dans les camps de concentration, on lui fait son petit fanzine, il distribue. À l'époque, il est étudiant à l'école de commerce de Reims. Donc il le distribue. Mais bon, il n’y a pas grand monde. Je pense que ça a été photocopié à 20 à 20 exemplaires. C’est vraiment le fanzine dans toute sa splendeur ou toute son attention.
David Dufresne
Attention, hein ?
François Krug
Ah non mais c’est dans les fanzines ! Mais on ne met pas cela avant.
David Dufresne
Cela Alors c’est clair, c’est clair.
François Krug
Mais grosso modo il passe ses soirées à faire ça avec son pote et qui le photocopient, le distribue à quelques autres potes, et puis et puis ça s’oublie. Sauf que. Sauf que Marc-Edouard Nabe fait partie des gens qui sont au courant de cette histoire. Parce que moi, Accent, quoi qu’il en dise, ce n’est pas juste un petit accident de parcours où pendant un an, deux ans, il a fait son fanzine. Déjà, il n’était pas si jeune que ça, il avait une vingtaine d’années, 20 ans, 21 ans. Moi à l'époqueil est étudiant et les jeunes il est innocent. Mais c’est un type qui lit beaucoup, qui est très prenant parce qu’on veut du personnage et de ses bouquins. Mais il est intelligent quoi. Les lettrés, c’est récent, c’est un type pour donner une idée qui se vante qu'à quatorze ans, il avait déjà sa carte d’adhérent à l’Association des amis d’André Gide, qui a quatorze ans dans les années 80, lisait André Gide et pouvait citer André Gide à grand monde. Donc c'était un type un peu lettré. Et puis voilà qui fait un fanzine antisémite, négationniste, révisionniste ou qui sait ce que c’est. En plus, on a une époque, c’est exactement l'époque du procès de Klaus Barbie, de la profanation du cimetière de Carpentras.
David Dufresne
C’est le milieu des années 80, c’est ça ?
François Krug
Voilà des blagues Le Pen sur Durafour crématoire. Le point de détail quand Le Pen dit que les chambres à gaz sont un point de détail de l’histoire de la Seconde guerre mondiale, c’est un moment où, quand même, l’antisémitisme, c’est une question centrale dans le débat politique. Et Yann Moix que c’est un garçon éclairé, trouve marrant de faire des blagues là-dessus. Et alors il dit des années après justement quand sort cette histoire Alors Nabe, effectivement, je m'éloigne de ce que tu disais, donc cette histoire de fanzine. Mais l’histoire des fanzines, ça passe totalement inaperçu. Mais moi, pendant 30 ans, il a raconté autour de lui genre ne vous savez pas ce que j’ai fait quand j'étais jeune, j'étais quand même assez punk etc. Bon, personne, pas grand monde en parle, mais pendant 30 ans, les gens avec qui moi qui se fâchent, mettent des petites remarques sur internet, sur des forums, sur des et sur des blogs en disant ah ben Max, le jour où il y a un truc qu’il a un secret de jeunesse, le jour où ça pétera, ça va lui péter à la gueule et rira bien qui rira le dernier.
David Dufresne
Et salut, salut paix à sa gueule justement.
François Krug
Parce que moi c’est brouillé avec Nabe. Ou alors c’est le sens, C’est en sens inverse que moi, Nabe, s’est brouillé avec tout le monde. Et Nabe en 2017, c’est un énorme bouquin auto édité qui s’appelle Les Ports, où il règle ses comptes avec tous les gens qui fréquentaient à l'époque, qui étaient aussi les gens que fréquentaient également ex parce que c'était la même bande. Donc on retrouve par exemple Alain Soral.
David Dufresne
Lui dont on va parler.
François Krug
Voilà, donc on va parler. Donc Nabe pour régler ses comptes et faire un chapitre ou dit ouais enfin moi c’est gentil, mais vous savez ce qu’il a fait quand il avait une vingtaine d’années Il a fait ses fanzines dans le bouquin de Nabe, personne en parle,, Il n’y a pas de presse parce que plus personne s’intéresse à Nabe. Bon, et puis deux ans après, ça ressort dans L’EXPRESS qui retrouve les fanzines qui retrouvent des exemplaires des fanzines et qui qui les publie et qui dit bon bah quand même, moi, vous avez vu ce qu’il est, ce qu’il a fait, Ça c’est un gros scandale. Mais justement, c’est un de ces scandales propres au milieu littéraire, cercle qui dure pas longtemps et où finalement les gens qui sont touchés par le scandale s’en sortent. C’est comme je prenais l’exemple tout à l’heure de l’affaire de Gabriel Matzneff. Oui, voilà, des gens disent Ah mais en fait on savait sans savoir. Et puis en fait, on n’avait pas compris, on pensait que c'était de la blague. Et puis ça fait scandale dans les médias pendant un mois, puis après on a pris, on oublie.
David Dufresne
Après on passe à autre chose.
François Krug
Après on passe à autre chose. Donc voilà. Donc finalement Yann Moix s’en est très bien tiré en expliquant que c'était une affaire de jeunesse quand il était sous la loi.
David Dufresne
Alors je suis obligé, parce que d’abord c’est drôle, obligé de faire l’avocat du diable. D’autant que tu le fais toi-même. Dans le livre, tu donnes les positions des uns et des autres. Donc pour l’instant on parle de Yann Moix que ça prend par Houellebecq, puis de Tesson. Mais voilà, la défense de Yann Moix, c’est de dire bon bah en gros, c'était une erreur de jeunesse, il considère qu’il fait amende honorable. Je crois qu’il est d’ailleurs invité chez son ami Ruquier qui, comme le dit le chat, a quand même eu un talent de castor absolument incroyable. Ah ça, Zemmour, moi, c’est pour moi. On se souvient de cette scène-là, Toi tu dis que c’est pas entendable.
François Krug
Alors oui, c’est entendable, mais Yann Moix, quand il va faire, il vient faire comme une première contrition chez Ruquier.
David Dufresne
Oui, c’est ça.
François Krug
Larmes aux yeux, je ne remets pas en cause sa sincérité et Yann Moix sait. Il a fait carrière paradoxalement en ayant deux mentors quoi, Marc-Edouard Nabe et Bernard-Henri Lévy. Et je pense qu’en fait il y a une forme de schizophrénie.
David Dufresne
Tu racontes même et effectivement, tu racontes même qu’eux, ils se présentent sur des plateaux de télévision avec un costume des deux têtes. Tu peux raconter ça ?
François Krug
Ses premières apparitions à la télé, on a ce gamin qui a fait son premier bouquin chez Grasset. Bon, voilà. Et il dit que j’ai le. Il vient avec une chemise blanche grande ouverte et un costume, et il imagine la chemise de Bernard-Henri Lévy et le costume de Marc-Edouard Nabe. Il y a quand même une schizophrénie. Marc-Edouard Nabe dans ses bouquins passe son temps à casser Bernard-Henri Lévy. Bon, et. Et donc je pense que je pense qu’il y a une part de. Je pense franchement que Yann Moix, s’il est sincère dans ça, son admiration pour BHL, son soutien à Israël, son soutien aux juifs, à son refus de l’antisémitisme, c’est très paradoxal que je suis en train de dire que l'évolution d’un personnage qui a fait des conneries dans sa jeunesse. Sauf que Yann Moix qui va expliquer quand il est pris un peu la main dans le pot de confiture et qu’on lui dit mais alors ses fanzines, c'était quoi ? Ben il va expliquer. Bah c’est une erreur de jeunesse, ça a duré quelques mois. J'étais sous l’influence d’un copain. Quand j’habitais dans mon village près d’Orléans, d’un copain qui était encarté au Front national. Aux élections, on a voulu. C'était pour provoquer. Bon, et voilà comment le scandale s'étend. Surtout qu’il y a des réseaux dans les médias et les chroniqueurs un peu partout. Personne n’a envie de personne dans les médias, envie de faire du mal aux copains également. Mais moi, ça m’a intrigué. Donc j’ai essayé de retrouver déjà ce copain.
David Dufresne
J’allais y venir, un dénommé Philippe Pichon.
François Krug
C’est le pseudo que parce qu’il y a de moi que ça a fait un bouquin pour expliquer cette jeunesse, cette partie de sa jeunesse. Donc il lui a donné ce nom-là. Après voilà, quand vous faites des enquêtes, vous faites quelques concessions. La personne en question a bien voulu me parler à condition que je ne révèle pas son identité. Il n’en a aucune. Il n’a plus aucun engagement politique. Il n’a aucun rôle public.
David Dufresne
Voilà c’est un peu amer quand même.
François Krug
Ouais, enfin, il a envie de tourner la page et il a envie de dire bah oui, effectivement, on a fait des conneries, mais euh, franchement, Yann Moix sa version de l’histoire est un peu édulcorée. Donc Yann Moix que si pendant quelques mois j’ai vécu sous l’influence de ce gamin, je m’emmerdais juste ce gamin de mon âge qui était encarté au Front national, qui avait un peu de charisme, m’a entraîné dans cette connerie. Bon, ce que je raconte dans le bouquin, c’est qu’ils sont restés amis, très proches très longtemps. Donc au point où ils avaient une passion commune qui était le cinéma et ce personnage qui a, qui a qui a fait des blagues antisémites avec Yann Moix. Et en fait, on va dire que le coscénariste caché d’un film de Yann Moix, c’est Podium
David Dufresne
Podium oui,
François Krug
Un film inoffensif et une comédie sur Claude François. Mais, mais j’ai trouvé. Les contrats avec les producteurs y sont, ils ont eu l’idée ensemble, ils ont écrit le scénario ensemble. Donc ce n’est pas une histoire de jeunesse où il y a un mec sur la cour a dit Ah merde, j’ai un copain qui est facho juif, Je me suis arrêté de fréquenter, donc ils sont restés très copains longtemps, puis sont brouillés. Et puis un mois après a été découverte d’autres copains. Tout aussi douteux. Alors y a Marc Édouard Nabe. Il y a il y a un an Soral. C’est sous cette borne un peu branché Soral. Y faut. Il faut savoir qu' avant d'être le personnage qu’il est aujourd’hui, c’est une espèce de gourou avec sa secte d’extrême droite. C'était à la fin des années 80, encore un écrivain branché. C'était qui traînait dans ces milieux-là, qui écrivait des bouquins, des je sais plus sur le comment ça s’appelle, peut-être sociologie du dragueur ou ça c’est vrai. Et auparavant, ce genre de truc, c'était un écrivain qui essayait de se faire une carrière. Il écrivait dans un magazine qui s’appelait 20 ans, qui était le magazine branché magazine féminin branché. C'était. Voilà, c'était toute cette bande là, mais qui créait, qui partageait quand même des idées un peu douteuses et empruntées à l’extrême droite. Yann Moix qui a fréquenté ces gens-là. Alors on y reviendra peut être après, Je raconte toutes les années où il a été sous l’influence d’un autre personnage qui s’appelle Polémique.
David Dufresne
On va en parler absolument pareil.
François Krug
Donc je t’avais dit que ce serait monsieur Parfait.
David Dufresne
C’est parfait.
François Krug
Question : je pense que les arguments de Yann Moix sont en partie défendables. C’est Sire, non, il est pas antisémite, non, il n’est pas d’extrême droite, il a été, il a fréquenté des gens douteux et puis les a fréquentés longtemps, y compris quand il était le petit protégé de Bernard-Henri Lévy. Donc il y a cette idée qui me fascinait, c'était ce l’attraction que l’extrême droite et les idées d’extrême droite peuvent avoir peuvent exercer sur un jeune homme et un jeune écrivain qui est par ailleurs intelligent, cultivé, qui sait ce que c’est que l’extrême droite qui connaît l’histoire de France. Il y a ce goût pour le soufre, et ce alors oui, qui d’ailleurs ?
David Dufresne
Qu’est ce que tu attends ? Ça m’a heurté, mais je n’ai rien dit et j’ai repris le mot punk.
François Krug
Je suis sûr que ça allait être ça..
David Dufresne
Je me suis dit je vais couper, je vais dire tiens, pas d'église. Mais. Mais il est évident, il est évident que dans les années 80, le secret est ce qu’on voit aujourd’hui, c’est l’extrême droite qui finalement, finalement, la rébellion, c’est nous. Élisabeth Lévy avait une chaîne à un moment donné qui s’appelait Réac n Roll. Je me souviens du tutu les bras, on tombe mais on est obligé de constater les dégâts. Ça existe. Il y a une pensée autour de ça. Et ce qui est intéressant, c’est qu’en effet, moi que. Alors là, toute la question c’est est ce que c’est à son corps défendant ou pas ? Participe un peu de ce brouillage total dans ces années et c’est ce que tu racontes. Alors ce qui est compliqué, c’est qu’on le voit, me semble-t-il, avec Dieudonné à un moment donné. Mais on va parler de politique d’unqui est totalement inconnu mais qui est extrêmement important. Mais d’abord, et pardonne-moi, je t’ai parlé de Pichon Philippe, le coauteur des fanzines antisémites de jeunesse. Parce que lui donc, tu l’as dit, t’as parlé. Or, je l’ai dit au tout début, les trois auteurs en question, Tesson, Houellebecq, Moix, ont refusé de te parler. Et il y a une question du chat qui te demande est ce que tu as eu des réactions depuis la publication de ton enquête par le seuil de ces trois-là ?
François Krug
Non, non, non. Mais des réactions par la bande
David Dufresne
Est ce qu’il y a diffamation ? Est ce qu’il y a des poursuites judiciaires ?
François Krug
Non alors non parce que ce n’est pas pour me jeter des fleurs, mais tout ce que je raconte, c’est ça. J’essaie d'écrire de façon assez, vraiment factuelle et assez clinique quoi. C’est l’effet et toutes les citations, toutes les dates, toutes les anecdotes sont un désastre pour le jargon journalistique, mais sont sourcées auprès de plusieurs sources. Parce que sinon j’en suis moi je. J’en ai encore sous le pied. Le plein d’anecdotes que je n’ai pas pu, que j’ai pu vérifier qu'à 50 % en gros. Et donc elles ne valent pas le coup d'être racontées. Mais, mais donc en termes de diffamation avant, il y a un délai un, donc ils peuvent toujours s’amuser à porter plainte dans quelques mois. Mais il n’y a pas eu de réaction. Yann Moix Que ce soit Yann Moix qui s’est contenté de poster sur Instagram un article assassin dans je sais plus qui, dans un journal dans lequel il est chroniqueur. Donc le journal c’est une page entière pour dire que mon bouquin par texto, mon bouquin sans la merde, ce qui n’est pas étonnant, ça raconte des idées de merde, donc des gens qui avaient les pieds dans la merde. Donc oui, bon, pourquoi pas. Moi ça ne me choque pas. Mon métier c’est la fouille. Merde, je n’en ai pas honte, c’est ça ? Ça, c'était la seule réaction. Houellebecq, Je ne sais pas. Alors ouais, le truc qui est censé publier dans quelques semaines, paraît-il, un bouquin où il règle ses comptes. Avec ça, il y a une histoire de film porno qui a envie. Voilà. Et puis il y a eu la polémique sur ses remarques sur l’islam qu’il a faite dans la revue Michel Onfray, etc. Donc il est censé faire un bouquin où il explique que pendant ces quelques derniers mois, il a été victime, il a été la cible quoi. Je ne sais pas s’il ira jusqu'à évoquer ce que je raconte sur lui dans le dans mon bouquin, mais pour l’instant il n’a pas réagi. Et Sylvain Tesson je sais plus par ses copains quoi, les copains du Figaro du Point, les Franz-Olivier Giesbert qui ont qui ont réagi de façon assez violente au bouquin. Mais il n’y a pas eu de réactions directes, non ? Désolé. La réponse était longue et la voilà.
David Dufresne
Et pour rester après, on revient sur moi pour rester dans les dents dans la cuisine. Question là aussi, quelles sont les étapes pour enquêter, écrire un livre comme celui-là ?
François Krug
Voilà.
David Dufresne
Pour toi ça sonne, ça doit être banal, mais la question se pose. Certes, tu commences par ce que tu dis qui a été écrit ?
François Krug
Ouais, ouais bah déjà je réunis quelques anecdotes. Alors moi j’ai beaucoup écrit. Donc oui, je collabore au Monde et au magazine du Monde qui paraît le weekend et j’ai fait. J’ai fait beaucoup d’articles sur ce qui tournait autour de l’extrême droite culturelle et des réacs, parce que je crois que c'était un. C'était important de dire que de raconter des choses de ce côté-là de l’extrême droite. Donc forcément, ça m’a apporté des gens qui m’apportent quelques tuyaux et qui me disaient Moi, tu devrais être intéressé. Enfin, vous devriez vous intéresser à tel ou tel personnage. J’avais des noms qui me revenaient souvent On parlait de moi, de Houellebecq Je me dis bon ben je mets ça de côté. Puis un jour, peut-être que je ferai un article. Puis je me suis rendu compte que ça méritait carrément un livre. Donc après on fait quoi ? Bah on ne lit pas. Déjà relit tous les livres concernés, hein, On essaie de retrouver Bah tiens, puisque Yann Moix qui parle, il y a une histoire de fanzine, on va essayer de retrouver ses fanzines, on va essayer de retrouver l’auteur, Ça n’a pas été facile. On va essayer de rencontrer le maximum de gens. Et puis, et en dernière étape, on contacte les personnages principaux ou après essayons en mai
David Dufresne
Qui en règle générale est déjà au courant qu’il y a un gars qui est en train de jouer.
François Krug
Mais c’est un peu ça en fait. Enfin, c’est là, c’est la cuisine interne, mais moi je ne pars pas dans une, jamais dans une posture hostile. Quand je fais une enquête, je ne sais pas, je ne suis pas justicier. Moi, je suis là pour raconter une histoire, je m’y tiens. Il y a une histoire à raconter que personne n’a racontée. Je vais la raconter après je. Mon boulot de reporter, c’est de poser les, d’apporter des faits et des histoires. Je les pose là, vous en pensez ce que vous voulez. Par exemple dans le bouquin, je pense qu’il n’y a pas de jugement de valeur sur l’extrême droite. Ce n’est pas mon art, évidemment. Si je parle de l’extrême droite, c’est que je ne suis pas. Je ne partage pas ses idées, mais je veux que chacun puisse se faire ses propres idées. Donc résultat, je sais plus où j’en étais. Mais oui, en dernière étape, vous contactez les personnages principaux qui effectivement sont déjà un peu au courant. Le but c’est vous contacter leurs copains, vous donner un petit coup de pied dans la fourmilière quoi. Mais vous le faites à la fin pour pas que. Si vous contactez les personnages principaux dès le début, ils vont appeler tous leurs potes pour leur dire surtout ne lui parle pas. Alors que si vous contactez les potes avant les personnages principaux, ils vous parlent plus.
David Dufresne
Parce qu’ils ont la question. Ah ben quand même, une remarque de ma part, c’est que dans le livre donc on voit bien que le premier cercle en règle générale refuse. C’est-à -dire ? Et il y a même eu des consignes qui ont été passées. Et ceux qui te parlent souvent, pas uniquement pour partager des bons souvenirs, c’est qu’ils en ont un peu gros sur la patate quand même.
François Krug
Ouais.
David Dufresne
Et ça, c’est pas désagréable de recueillir la parole de gens amères d’une manière générale.
François Krug
Euh oui, mais en fait moi ce qu’essayé de faire, c’est de me concentrer sur les anecdotes que je voulais raconter, sur les épisodes, la raconter. Donc souvent, moi je suis encore sous modo les paroles des gens en termes de enfin au sens de mes citations, ça m’intéresse aussi uniquement si c’est vraiment important. Mais ce que je veux surtout, je les appelle pour vérifier. Bon, est ce que ça s’est bien passé à telle date ? Est-ce que telle et telle personne était bien présente ? Est ce qu’il s’est bien passé ? Donc c’est vraiment sur des choses factuelles. Donc là, l’amertume allait laisser un peu de côté. C’est vraiment. Je ne leur demande pas Alors, comment vous sentez-vous ? J’essaie d'éviter la psychologie. Et c’est aussi pour ça que je peux faire l’enquête sans Houellebecq ou moi ou Tesson qui qui me parle parce que je n’essaie pas de me mettre à leur place et de parler de sentiments. Je parle de faits quoi. C’est effectivement, il a fait un fanzine où Yann Moix ex il a fait un fanzine antisémite, donc j’ai raconté ce qu’il a dit dedans, quel était exactement son état d’esprit quand il les a fait. Ben je ne sais pas, je ne suis pas dans sa tête. Il n’a pas voulu me parler. Je ne sais pas, je ne vais pas parler à sa place quoi.
David Dufresne
Alors justement, terminons sur moi avant d’entamer les deux autres. Il y a. Il y a. J’ai parlé un peu de Dieudonné tout à l’heure. Peut-être que tu peux raconter les quelques moments où ils sont. Ils se sont fréquentés, mais il y a surtout eu ce Paul Éric Blanrue, ancien militant du Front national, grand défenseur du négationniste Robert Faurisson. Mais il n'était pas le seul à défendre Faurisson parce qu’il y avait ceux qui défendaient Faurisson en fait contre la loi Gayssot. Si, au nom de la liberté d’expression et d’autres qui le défendaient pour ses idées, alors là je mets des guillemets.
François Krug
Défendu pour ses idées le font officiellement au nom de la loi Gayssot.
David Dufresne
Tu as raison.
François Krug
Ah oui, mais Robert Faurisson, pardon, faut le laisser parler pour qu’on puisse l’empêcher de parler. Il faut du débat, on ne l’a pas découpé.
David Dufresne
Mais parce que bon, y a la question de Chomsky, c’est pour ça que je pense à ça.
François Krug
Vous casse la gueule, mais c’est parce que lui, voilà, c’est au nom de la loi Gayssot, mais il apporte sa caution de fait à ces complicités.
David Dufresne
Mais bon.
François Krug
C’est très compliqué, très compliqué.
David Dufresne
Mais c’est intéressant parce que on va venir justement à cette difficulté de parler de ces choses là. Ce n’est pas d’un bloc. Mais alors ce Blanrue, quand même, il va mourir en 2018 Ils se voient jusqu’en 2018.
François Krug
Il est en pleine forme.
David Dufresne
Bon, très bien. Qu’est ce que tu peux dire de cette relation ?
François Krug
Blanrue, c’est encore, encore une fois, un de ces personnages qui, au début ou à la fin des années 90, grenouille dans le milieu, un peu branchés, branché, réac quoi. Il y a toutes ces expressions. Moi je n’aime pas de dandy réac ou d’anar de droite qui sont en fait des façons un peu. Des euphémismes qui permettent de ne pas parler de nous, d'éviter de dire facho ou ex-amant, à quoi bon ? Dans ce milieu, là où on croise Nabe, on croise Ardisson, Vous avez ce sosie pas très connu, Blanrue, qui s’est spécialisé dans des bouquins sur les pour dire un peu sur les mystères de l’histoire, les ovnis, les conneries comme ça. On le voit dans les émissions de Christophe Dechavanne. Bon, et y crois un jour dans un bar et croyez-moi, ils deviennent potes. Alors je raconte cette anecdote. Ils se rencontrent dans un bar et Blanrue allume une clope avec un briquet, un briquet avec des citations de Mussolini dessus qu’il a soi-disant ramené d’Italie parce que ça se vend dans les boutiques touristiques donc le lien se fait un peu comme ça, genre ah qu’est ce qu’on rigole ! C’est quand même drôle. Et puis viennent vraiment les meilleurs amis du monde et ce qui en soit n’est pas forcément un crime, c’est juste bon. Chacun choisit ses amis, ses amis comme il veut. Sauf que. Alors Blanrue, à un moment, il se met en tête parmi. Comme il se considère comme historien, il n’est pas rare de profession, mais il se considère comme historien. Il se met en tête de faire, de publier une anthologie de l’antisémitisme. Alors c’est ça le vrai nom, C’est le je respecte le monde contre soi et c’est anthologie des propos contre les juifs et le sionisme.
David Dufresne
Donc c’est des dégueulasseries sur les juifs.
François Krug
Ouais.
David Dufresne
En fait c’est présenter son sous l’angle d’une encyclopédie.
François Krug
Euh oui pour l'édification des gens en disant regardez comme c’est dégueulasse l’antisémitisme. Bon, c’est ce qu’il écrit dans l’introduction de son bouquin, c’est un énorme pavé ou c’est un dictionnaire de citations ? Vous avez une citation ? Ça va de je ne vais pas le faire dans l’ordre alphabétique. Nous, à la citation d’Hitler Vous avez des citations ? Vous avez des citations de de, de Céline, de rats, de tous les auteurs antisémites possibles et imaginables ? Mais surtout, c’est ça qui est intéressant. Des auteurs qui ne sont pas liés à l’antisémitisme. Mais ils vont aller chercher la petite phrase chez Zola qui va parler d’un banquier juif, la phrase chez Proust, la petite phrase chez Voltaire, etc., etc. Il va sortir même des extraits de Rabbi Jacob, le film qui est plutôt une comédie contre l’antisémitisme. Évidemment qu’il y a des propos antisémites qui peuvent prendre le personnage de Louis de Funès étant antisémite. Donc c’est tout le propos du film bien sûr, et il va dire ah mais regardez donc, Blanrue fait son bouquin, il dit regardez, l’antisémitisme est partout. Donc après il est hyper ambigu parce qu’il ne dit pas ce qu’il faut en comprendre. Est ce que ça veut dire si l’anti. Si on dit qu’il faut de l’antisémitisme partout, y compris chez des gens très recommandables, est ce que ça veut dire que tout le monde est pourri ou au contraire qu’il.
David Dufresne
N’y aurait pas un fond de vérité ?
François Krug
Il y a un fond de vérité. Ou alors en quoi l’antisémitisme a un problème ? Donc ce bouquin est très ambigu. Donc le problème c’est qu’il faut le crédibiliser ce bouquin. Donc comment on crédibilise un bouquin ? On va chercher un préfacier qui va écrire un petit texte et qui va apporter sa caution. Bon bah il va chercher son copain Yann Moix et son copain Yann Moix qui est très content de faire une préface qui a un rejet d’antisémitisme. Il a aucune envie antisémite. Ambiguïté là dessus. Mais donc Yann Moix qui va faire la préface de ce bouquin, va essayer de le faire publier chez Grasset, qui est son éditeur à lui. Et puis ça ne marche pas, donc il l'édite ailleurs et puis et puis voilà qui. Le bouquin commence à faire un peu polémique. Il sera publié quelques années après par Alain Soral. Et là, à ce moment-là, il sera condamné. Le bouquin sera condamné par la justice parce que les choix des textes sont bas. D’une part, vous avez les extraits de plein d’auteurs antisémites qui ne sont jamais publiés pour une bonne raison, c’est qu’on ne peut pas les publier parce que ça tombe sous le coup de la loi. Et puis chaque texte, accompagné de petites notes écrites par Paul Éric Blanrue qui sont hyper ambigus. C’est-à -dire que je prends l’exemple de l’article en dictionnaire qui concerne Hitler, il n’y a pas une ligne sur la Shoah. En revanche, avec ce versets, c’est un type qui n'était pas antisémite et qui a été rattrapé grosso modo
François Krug
Alors qui l’a fait éditer chez Soral et pour aller sous les radars de la de la LICRA et des autres. Et désolé ce racisme me semble qui ont été les deux associations qui ont porté plainte là le premier. La première fois que le bouquin sort par là, personne ne s’y intéresse est édité dans une maison d'édition qui s’appelle Les Éditions Blanches, qui sont. Ça n’a rien à voir avec la race blanche en juin, mais qui est surtout connue, qui édite des polars, qui dit surtout beaucoup de bouquins de cul ou de littérature érotique, Excusez moi. Et donc sympa.
David Dufresne
Bruno Le Maire, tu le mets dedans ?
François Krug
Moi je parle que des bouquins que j’ai lu donc je n’ai pas eu la chance de lire le bouquin de Bruno Lemaire. Mais tout va bien. Dès qu’on aura fini ses missions, j’irai l’acheter, bien sûr, bien sûr, parce que voilà. Mais donc, ce bouquin, cette anthologie de l’antisémitisme passe inaperçue dans sa première édition, puis la deuxième édition, et c’est chez Soral, donc. Donc ça fait un peu plus de un peu plus de bruit. Mais, mais donc moi je fais la préface de ce bouquin, essaye de le faire publier chez Grasset. Il écrit de moi que c’est son copain colérique. Blanrue écrit tous les deux dans les petits journaux. Que fait Marc-Edouard Nabe pour les RIC ? Blanrue affirme qu’il a écrit des chapitres de lui, de moi, qu’il a, qu’il lui a soufflé des idées. Ils ont fait des choses ensemble. Et puis. Et puis en 2010 arrive tu parlais de Faurisson et des négationnistes arrivent dans un épisode quand même assez étonnant et même.
David Dufresne
Bon, avant que j’oublie, il me semble que Moix retire sa préface quand c’est publié chez Soral, non ?
François Krug
Oui voilà
David Dufresne
C’est important.
François Krug
Oui, c’est ça. Mais ça fait partie de cette histoire de préface, ça fait partie, C’est un peu comme c’est fanzine, c’est un peu léger j’imagine. C’est un peu des conneries, des boulets qui traînent et oui se dit pourvu qu’on ne m’en reparle pas. Mais il se rajoute à ça un peu. Je ne sais pas moi, dans Tintin, Capitaine Haddock, il a un sparadrap, il n’arrive pas à s’en défaire. Mais c’est exactement ça. C’est bon, pourvu que pourvu qu’on ne le sache pas. Et euh. Et l’amitié avec Paul ? Éric Blanrue Elle prend un tour assez inattendu vers 2010, où ce colérique Blanrue se met en tête de lancer une pétition parce que un des plus célèbres négationnistes français qui s’appelle Vincent Reynouard est condamné pour la XI ème fois dans le cadre de la loi Gayssot. Et au bout d’un moment ça clash pour la cinquième fois qu’il est condamné pour avoir fait des brochures négationnistes etc. Il est condamné à de la taule à un an de prison et il part en cavale. Donc grosso modo, la justice a vraiment envie d’aller le chercher. On cherche, on le trouve en Belgique où il est caché chez des copains cathos tradi, bon et il va faire de la taule. Et la polémique ? Blanrue fait une pétition en disant. Libérons. Grosso modo, c’est un prisonnier politique. On partage. Je ne partage pas ses idées négationnistes, évidemment, mais au nom de la liberté, il faut déjà le libérer. Et puis abroger la loi Gayssot qui est une atteinte à la liberté, à l’esprit des Lumières, Enfin, c’est l’argument habituel. Qui va signer cette pétition ? Toujours les mêmes les Soral, les Robert Faurisson et tous les tous les gens qui gravitent dans les milieux antisémites, à l’extrême droite, ce n’est pas très sérieux et c’est pas très vendeur qui va apporter sa caution à cette pétition. C’est Yann Moix qui va le signer cette pétition. Bon, et quand des journalistes repèrent son nom et font un article pour dire bah tiens. Et Yann Moix signe un truc au milieu de Robert Faurisson. De tout ce qui a de plus de plus fâcheux en France. Qu’est ce qui fait Yann Moix ? Il fait un texte dans le site de la revue de Bernard-Henri Lévy où il a sa chronique pour dire ah mais je n’ai jamais signé cette pétition et. Et donc la pétition ou pas, c’est un petit gag, mais la pétition en ligne, elle est modifiée pour enlever son nom. Et puis le problème c’est qu’ils sont tellement peu au fait de comment fonctionne internet. Ils ne savent pas que vous allez dans le cache de Google et vous revenez vous retrouvez la version initiale.
David Dufresne
Oui alors YouTube, tu donnes plusieurs fois le lien de archive org où est marqué.
François Krug
Est ce que le nombre de sites douteux qui ont été fermés depuis mais qu’on peut retrouver est assez utile ? Mais donc il y a une maxime cette pétition pour libérer un des pires négationnistes de France, voir le pire. Et puis dit bah non, je l’ai pas signé et puis après on lui met sous les yeux qu’il a vraiment signé, c’est ah ouais mais j’ai été piégé par mon pote qui m’a dit que Robert Badinter avait signé cette pétition. Et moi j’adore Robert Badinter, donc j’ai signé. Et puis en fait c’est bien. Robert Badinter n’avait pas signé et je me retrouve comme un con au milieu de fachos, donc j’ai été piégé. Donc c’est là, ils vont là, ils vont se brouiller. Mais, mais c’est un épisode assez intéressant là, on est en 2010 2011. Yann Moix À l'époque, il a eu des prix littéraires, il est connu. Les chroniqueurs à la télé y tiennent la plus grosse chronique dans Le Figaro littéraire, qui a un truc à ses côtés. Et c’est une place de pouvoir dans le milieu littéraire, bien sûr. Et puis c’est quand même ce truc où il faut, il faut dire un peu, qui est le négationniste pour lequel il fait une pétition, une pétition. Vincent Reynouard c’est un type qui…
David Dufresne
Alors attends je vais te laisser prendre ta respiration. Je fais un petit sondage dans le tchat pour demander le prochain dont on parle. Est ce que c’est Houellebecq vous avez trois minutes, on parlera des deux.
François Krug
Ah ouais mais je suis trop bavard
David Dufresne
Parfait, Mais arrête, arrête ! Ce qui est drôle, c’est que tu es plus loquace que le bouquin. Le bouquin, il est rapide, il est court. Effectivement. Tu réfléchis bien, assez bien, tout va bien,
François Krug
Mais je n’aime pas trop quand on part dans des grandes circonvolutions quand on écrit.
David Dufresne
Tout va bien.
François Krug
Sauf que le sujet verbe complément et pas d'émotion et ce n’est pas voilà, c’est au lecteur d'être horrifié ou pas, parce que ce qui est raconté, ce n’est pas à moi de d’agiter des petits, des ragots, d’agiter des panneaux en disant attention, là vous devez trembler, vous verrez, vous devez avoir envie de gerber ou pas, ce n’est pas moi, c’est pas moi.
David Dufresne
On adore les bavards ici. Donc tu peux y aller, la pétition ?
François Krug
Parce que faut donner une idée de ce que c’est que cette pétition. Le type pour lequel on fait la pétition Vincent Reynouard, c’est un type qui a été condamné x fois dans le cadre de la loi Gayssot pour donner une idée de ses faits d’armes. C’est un type, il s’est fait connaître jeune Pascal, il était dans le Calvados, à Caen je crois, et des gamins d’un lycée reçoivent tous les ans, il y a un prix décerné par l’Éducation nationale, je crois, un prix de la Résistance et de la mémoire de la Shoah ou quelque chose comme ça pour des lycéens qui ont travaillé sur ces sujets là. Donc, il va écrire à ces lycéens, il leur envoie par la poste une brochure négationniste avec une lettre où il se fout de leur gueule en disant Je suis très heureux que vous vous intéressiez à cette période, mais peut être qu’il faudrait vous ouvrir l’esprit. Je suis sûr que cette lecture, cette brochure vous sera très utile. C’est un type qui est viré, qui devient quand même prof dans l’Éducation nationale, qui est viré de l’Éducation Nationale parce qu’on découvre que dans les ordinateurs de son lycée, il a stocké des documents négationnistes et qu’il a fait il était prof de maths, il fait faire à ses et à ses élèves. Oui.
David Dufresne
C’est terrible.
François Krug
De statistiques sur la mortalité par Auschwitz à Buchenwald. Pour calculer la vraie mortalité, sous entendu. Franchement, les juifs qui sont morts là, c’est parce que c’est parce qu’ils étaient vieux et souffrants. Mais franchement, personne ne les a tués. Et puis les rattraper une dernière fois et les rattraper aussi. Quand on se met à travailler sur un travailler avec des guillemets sur le massacre d’Oradour sur Glane quand des bâtonner SS à la fin de la guerre, fin 44 à l'été 44, massacrent plus de 600 personnes dans un village près de Poitiers, brûlent les femmes et les enfants dans une église et m’a expliqué Grosso modo, ça ne s’est pas du tout passé comme ça que c’est un acte.
David Dufresne
Et surtout tu racontes qu' ils envoient ça à des rescapés.
François Krug
Oui, ils envoient, c’est ça.
David Dufresne
Je trouve ça dingue.
François Krug
Il écrit une brochure et il fait même une vidéo. Il monte un film et l’envoie à une trentaine de personnes à Oradour sur Glane, dont les deux ou trois derniers rescapés de ce massacre. C’est des gens qui étaient gamins, qui étaient dans cette église, qui ont vu leurs parents, leurs frères et sœurs se faire, désolé, on va vous donner des cauchemars toute la journée, mais c’est quand même des gens. Les élèves et connaissances arrivent un jour dans le village, fusillent tous les hommes et mettent les femmes et les enfants dans l'église. Ils tirent quelques coups, mais surtout ils mettent le feu, mettent le feu. Et lui, Vincent Reynouard, va dire les hommes, ils n’ont pas été flingués au hasard. C’est parce qu’ils étaient liés à la résistance. Donc c’est un acte de guerre. Ce n’est pas de la barbarie, ça arrive, c’est la guerre. Et puis les gamins et les femmes dans l'église, ils sont morts parce que la résistance, ils étaient trop cons, ils avaient stocké des explosifs dans l'église, donc ça a pris feu. Et voilà pourquoi l'église est détruite. Et pourquoi ? Je ne sais pas, Je n’ai pas le chiffre exact, mais c’est près de 250 femmes et enfants meurent dans cette église. Et donc Vincent Reynouard, il va envoyer son petit et son petit document à deux ou trois personnes qui étaient dans cette église, qui étaient des gamins qui. Enfin. Et après moi j'écris de façon très clinique. Alors son bouquin, je pense que les lecteurs en parlent, je prends ça comme exemple. Je pense que les lecteurs n’ont pas besoin de moi pour moi.
David Dufresne
J’ai été saisi, j’ai été saisi. Je vois que certains dans le chat parlent de deux films qui ont été plus ou moins inspirés de cette histoire-là, de ce négationnisme. Mais je le dis vraiment clairement si jamais vous êtes sur l’autoroute de Limoges, vous vous décrochez et vous allez à Oradour sur Glane. Parce qu’il faut voir ça, parce que le village a été laissé en l'état et j’en ai la chair de poule en en parlant. Enfin je veux dire, c’est absolument invraisemblable et il faut voir ça, il faut voir ça une fois dans sa vie. Si Oradour sur Glane, si vous allez, je ne sais pas si vous êtes sur la route de vacances, c’est pas un moment marrant, mais c’est un moment fondateur. Je pense que quand on a visité cet endroit, il y a des choses sont très claires, très claires.
François Krug
Mais voilà, voilà. La personne pour laquelle Yann Moix qui apporte sa signature est ça et sa caution. Après l’argument c’est dire oui mais c’est parce que c’est au nom de la liberté d’expression. Enfin on va toujours sortir. Et la phrase de Voltaire, je ne sais même pas si elle n’est pas apocryphe, mais si elle a vraiment été oui. Pas vraiment. Mais bon, mon ennemi, je me battrai où je veux. Je n’ai pas vos idées, mais je me battrai toujours pour que vous puissiez les exprimer. Enfin c’est ça. Franchement, c’est une utilisation complètement focus de cette phrase. Parce que. Parce que quand on voit la liste des signataires de cette pétition n’y combat pas les idées de ce négationniste, il les partage. Bon, Yann Moix, c’est un peu l’idiot utile qui vient apporter sa caution. Mais alors j’utilise l’expression d’idiots utiles. Mais en fait il n’est pas si idiot que ça. C’est un mec intelligent, il est un critique littéraire, il a écrit des bouquins, il donne son avis, surtout dans les médias. Alors il peut plaider l’innocence. C’est un peu difficilement plaidé parce que quand même, il sait qui est ce Vincent Reynouard. On en parle à l'époque plein d’articles dans la presse. Yann Moix, qui est-il est à fond très engagé dans la lutte contre l’antisémitisme. Donc il sait qui sont les négationnistes, il sait qui est ce personnage, donc il sait ce qu’il fait en apportant sa signature. Et puis après dit j'étais piégé, donc pas mon pote, ce qui n’est pas forcément très élégant.
David Dufresne
Parce que oui, il dit qu’il attendait. Et il attendait un Robert, Mais c’est pas celui-là, c’est ça ? Non ?
François Krug
Et ça veut dire j’attendais la signature. J’attendais que ma signature soit avec celle de Robert Badinter. Elle a été à côté de celle de Robert Faurisson que je déteste. Or, Yann Moix, sur le site de BHL de la revue de BHL, avait justement écrit un texte en disant alors j’ai signé une pétition où il y a des gens que je ne supporte pas, mais c’est au nom de la liberté d’expression. Et quand la presse commence à s’amuser du fait qu’il ait signé ce. Il fait disparaître ce texte du site de BHL. C’est là que des sites comme Internet, sont très utiles parce qu’on retrouve ce texte. On voit bien que Yann Moix raconte n’importe quoi. C’est un peu le voilà, il est pris, il est pris comme ça en flagrant délit et il va ramer. Alors non, ça n’a pas eu lieu.
David Dufresne
Une dernière question et on ferme sur lui…Je n’en reviens pas. C’est Tesson avec 80 % des voix.
David Dufresne
Juste une question de HB à quel point les relations tribulations de Moix trahissent t elles une conviction idéologique profonde et à quel point sont-elles plutôt de la provoc pour la provoc ?
François Krug
Ouais, alors ça c’est vraiment une bonne question, parce qu’on n’est pas chez les cons. Non mais ça je le sais. Mais c’est une question importante parce que. La sauce a l’air un peu subtile et tordue comme argument, mais l’idée de cette enquête, justement, c’est bien moi j’arrive pas, je ne le suis pas en n'étant pas dans leur tête. Et puisqu’ils ne veulent pas me parler, je peux pas dire si partagent vraiment les idées ou pas. Pas non plus. J’ai mis la main sur la table et voilà comment ça me tient à cœur cet argument. Je tape sur la table. Mais donc je dis je ne. Je ne sais pas si je partage. Si ces trois écrivains partagent les idées et à quel point les partagent. Et même si j’aurais tendance à dire que Yann Moix n’est pas d’extrême du monde, le but de mon bouquin, c’est pas dire que Houellebecq, Tesson et moi sont d’extrême droite, c’est juste qu’ils ont des connexions et qu’ils ont facilité la banalisation de l’extrême droite. Ça a l’air un peu tordu de dire ça comme ça, mais c’est une nuance assez importante. Et est ce que Yann Moix est d’extrême droite ? Je ne pense pas. Est ce qu’il a flirté avec l’extrême droite ? Oui. Est ce qu’il a joué au con avec l’extrême droite ? Oui. Est ce qu’il a contribué à ce que ça. Quand l’extrême droite se banalise ? Oui, et voilà. Et. Et puis après on en passe qui veut. Mais il est en train de devenir. C’est pas dans mon bouquin parce que c’est arrivé après le bouclage du texte, mais les deux. Il est en train de devenir le bon petit soldat du groupe Bolloré. Il écrit dans Paris-Match, il est sûr d’avoir. Il arrive à chroniquer chez un copain du Nord et puis européen, etc. Ça ne le situe pas franchement à gauche. On ne se situe pas à l’extrême droite forcément non plus, mais il y a une phase de comment dire ça, Il est perméable à ces idées là et à ce milieu là. Est-ce que ça répond à la question ?
David Dufresne
Je ne sais pas je pense.
François Krug
Après, la réponse …
David Dufresne
Après on pourrit. Mais on pourrait dire que là, il y a une petite ambiguïté, parce que lui, l'éditeur, ton éditeur, Le Seuil, l’a attirée. Et moi je reprends ce titre Enquête sur l’extrême droite littéraire, donc bon.
François Krug
Ouais.
David Dufresne
Ça a chauffé pour la couverture sur le sous-titre ou pas ?
François Krug
Moi, je me suis dit que c'était un peu attention. Peut-être que je sais. Non, non, non. On en a beaucoup discuté et au final. Au final, après, quand tu choisis le titre d’un article ou d’un bouquin, il faut aussi taper, taper du poing sur la table et te dire bon, on va choquer, on va provoquer un petit peu et puis finalement le bouquin, les gens qui, les gens qui parlent dans le bouquin, qui, qui, qui font l’objet d’enquêtes, c’est aussi tous ces gens d’extrême droite qui sont lettrés et qui essayent de faire émerger une extrême droite culturelle, littéraire, etc. C’est plus une nébuleuse, c’est ça ? C’est ça qui est intéressant. C’est une nébuleuse dans laquelle un Yann Moix est censé son nom. Michel Houellebecq va mettre un pied de temps en temps, va ressortir, va revenir, etc. Ce n’est pas un objet hyper facile à définir. Donc forcément, à un moment on se dit bon allez, on y va, faut quand même mettre un soutien,
David Dufresne
Avec, des seconds rôles. Je parle par rapport à ton nom, à ton livre, avec des seconds rôles comme Taddeï dont on a parlé tout à l’heure. Il faut préciser qu’aujourd’hui Taddéi qui était très fort à l'époque de ce soir ou jamais, j’ai pu, comment ça s’appelait ? C’est ça ? Quand il a invité Nabe, mais pas seulement, il a invité un peu tout le monde. C'était. C'était un interlocuteur, un intervieweur hors pair. Le gars aujourd’hui, il est sur ses news quoi.
François Krug
Alors là, c’est You Are Russia Today.
David Dufresne
Voilà, voilà. C’est ça Beigbeder, on n’a pas prononcé son nom, mais il apparaît dans le livre
François Krug
C’est ce monde-là. Mais après, comme c’est une nébuleuse, voir Beigbeder, il m’intéressait, mais je l’ai pas mis dans le bouquin parce que lui dommage, non ? C’est dommage, mais en même temps, au départ, je voulais faire une enquête sur un peu sur les réacs. Les écrivains réacs genre Mais c’est quand même une nébuleuse, un milieu, c’est incroyable. Et puis clairement, j’ai recentré sur l’extrême droite et puis j’ai recentré sur ces trois personnages parce que c'était plus important. Donc évidemment, il y des choses à raconter sur Beigbeder. Il y a des choses à raconter sur d’autres écrivains, mais comment dire ? Je ne peux pas être exhaustif. Encore une fois, je voulais que ce soit un récit, quoi qu’on le lise sur les bouquins de journalistes. Je ne dis pas que le mien est meilleur que les autres, c’est pas ça. Moi je dis il ne sera pas au niveau des tiens. Voilà, voilà. Le passage d’un ordi, c’est n’importe quoi et en plus je suis sérieux. En plus là on ne voit pas la bibliothèque mais y a les tiens Mais comme on dit. Ah ouais, moi je veux faire un récit, quoi qu’on le lise, qu’on ait du plaisir à le lire.
David Dufresne
Donc tu sais que tu sais que pour information, je sais pas si je devrais dire je n’ai pas prévenu mon éditeur qui est le même que celui de Yann Moix.
François Krug
Ouais.
David Dufresne
Et Yann Moix, beaucoup plus lourd que moi chez Grasset. Mais je considère que ça fait partie des libertés et je pense que ça le prendra aussi. Mais c’est vrai que c’est compliqué le monde de l'édition, c’est un petit monde.
François Krug
Moi je. Ouais. Alors en fait, moi-même je pense que ma chance c’est que je connaissais pas du tout ce monde-là, ou très peu. Moi je n’ai pas je avant, j’ai fait avant, j’ai cosigné une bédé, une bédé qui était une adaptation de moi. J’avais 20 ans, j’avais beaucoup bossé pour Le Monde avec une journaliste qui s’appelle Ariane Chemin. Sur l’affaire Benalla, on en a fait une BD au Seuil. Excellente BD, je vous la conseille absolument. Bon j’en profite pour refaire de la promo Mais à part ça, moi le milieu d'édition je ne le connais pas, je le connais pas, on va pas faire les faux culs. Je suis journaliste, journaliste à Paris, etc. Forcément que je connais des auteurs et des éditeurs. Les machins je ne connais pas tant que ça et je lui dois rien. Je n’en ai rien à foutre en fait. Si ça me griller ce n’est pas ce n’est pas grave, important, mais c’est un tout petit. C’est effectivement un tout petit milieu où tout le monde a signé, a des connexions, à des A, à des choses comment dire, à des dettes envers quelqu’un d’autre, à des comptes, des services à rendre, on se protège, etc. Comme dans le milieu politique. Mais bizarrement, pour avoir aussi beaucoup enquêté sur le milieu politique, je trouve que le monde politique est plus simple. Même sur d’une affaire comme l’affaire Benalla. Parce que je sais, c’est un peu absurde ce que je dis, mais le milieu politique, il est habitué à l’inertie, il est habitué à il sait qu’il a des comptes à rendre. Le milieu de l'édition ici. Mais pourquoi on a enquêté sur nous ? Ils ne comprennent pas et voilà. Mais moi en fait, finalement, les gens que j’ai interrogés, c’est tous les personnages d’extrême droite, les personnages de l’Ombre que je veux que je cite dans le bouquin. C’est des gens qu’on ne fait jamais parler et qui qui ont des choses à raconter. Et donc finalement, l’enquête, bah le milieu de l'édition, ils ont fait un peu un blocage, ils n’avaient pas envie de parler de ça, mais les gens d’extrême droite avaient envie de témoigner, de raconter leur histoire. Après, on pense que ce qu’on veut de leurs idées et de leur faire des personnages.
David Dufresne
Je cherche un café…nous revoilà. Des caméras filment. C’est le loft.
François Krug
En ce qui me concerne, c’est un écran blanc.
David Dufresne
Alors j’avoue que je découvre. Je ne connaissais pas ce gars. Non mais même littérairement, pas chez moi. C’est drôle quand même, comme des trucs de capsules. J’ai découvert par le succès du film La Panthère des neiges, adapté de son livre. Donc d’abord, tu me fais découvrir un mec que pour une bonne littérature, tu ne m’intéresse pas et puis après tu me fais découvrir des trucs complètement dingues. Et visiblement, le chat attend avec impatience ce passage parce que visiblement tout le monde a un bouquin de Tesson chez lui.
François Krug
Oui, c’est ça. Mais pourquoi d’ailleurs, un Tesson ? Pourquoi il plaît à tant de monde ? Mais y vont, y vont plus que Houellebecq un énorme vendeur de livres. Encore une fois, je ne porte pas de jugement sur la qualité des bouquins. Ce n’est pas mon métier et c’est pas pour ça que je m’intéresse à lui. Et puis si on vend beaucoup de livres, un bien grand bien lui fasse un tant mieux. Mais c’est un mec intéressant parce qu’il y a un auteur qu’on aime à gauche comme à droite. Et à mon avis, c’est parce que les thèmes qu’il aborde, c’est un écrivain.
David Dufresne
C’est le cas des trois.
François Krug
Oui mais Houellebecq
David Dufresne
Mais même des gens du centre. Est-ce que ton journal avec lui a été très gentil pour le dernier bouquin ?
François Krug
Moi je suis pigiste en chant freelance donc je ne vais pas parler pour mon journal.
David Dufresne
Libé, les In rocks vont l’encenser.
François Krug
Et les In-rocks Les gens de gauche se désolidarisent de Waldeck, il va faire la guerre quand il devient copain. On en parlera tout à l’heure avec Valeurs Actuelles.
David Dufresne
Ah oui, on en parle ?
François Krug
Les gens des In rocks sont obligés de dire bon bah là ça là, franchement, on peut plus le suivre. On l’a soutenu pendant 30 ans, ça va trop loin. Et euh son lui en fait comme il écrit des bouquins, ses bouquins parlent pas vraiment, ont pas l’air en apparence, en apparence, ses bouquins ne parlent pas de la société ou de politique. Ça parle de quoi ? Comment dire. La panthère des neiges, qu’est ce qu’elle est ? Droite ou de gauche ? Franchement non. La montagne, c’est de droite ou de gauche ? L’aventure, c’est l’histoire d’un type qui dit Oh bah moi je m’enfuis. Je vis six mois dans une cabane en Sibérie et j’avoue, je vais vous faire un autre de ces bouquins et je vais vous raconter ma vie dans le froid, dans la neige, en Sibérie. Ben ça peut faire rêver des gens de gauche comme de droite. Si c’est en apparence totalement apolitique donc. Donc il est mainstream parce qu’il plaît, il peut plaire à des gens qui ont des opinions politiques différentes. Et puis c’est des thèmes assez universels. On peut prendre l’exemple de son tout dernier bouquin, ça s’appelle Blanc. Il traverse les Alpes enneigées à skis d’un bout à l’autre, d’où le titre blanc et puis voilà, Ça paraît con ce bouquin, ça paraît à Noël, un peu avant Noël, et vous en avez dans les librairies. Je ne sais pas si vous souvenez, vous aviez des piles et des piles monstrueuses de bouquins. Vous vous retrouvez ? C’est caricatural ce que je vais dire, mais vous vous retrouvez à faire vos courses pour Noël. Vous avez ce bouquin qui parle de montagne par un écrivain qui est visiblement respecté par la critique, de gauche comme de droite, qui écrit dans un style assez classique, donc ça ne changera pas grand monde. Et puis voilà, c’est le bouquin, vous l’achetez, vous pouvez l’offrir à votre vieil oncle qui regarde ses news et qui est devenu complètement réac ou à votre cousine qui est qui est écolo et qui qui rêve d' aller vivre dans une ZAD ? Je caricature, mais je veux dire, c’est un saint. Tiens, c’est un peu passe partout et c’est là que c’est intéressant. Parce que ce personnage passe partout, qu’on va admirer, parce que parce qu’il fait des gags par voilà, c’est un explorateur, un aventurier, il a une part de d’exploits, d’exploits physiques aussi. Et puis bon, ça je ne m’intéresse pas trop à sa vie personnelle, mais. Mais c'était ce c’est quand même ce tesson, C’est le type qui s’est cassé la gueule dans un chalet un jour et donc a frôlé la mort, est sorti du coma avec la gueule un peu déformée et qui a ce côté un peu, un peu martyr quoi, et qui va quand même se relever, qui va aller explorer le monde, qui, etc. Donc c’est ça un personnage, il y a un côté totem, on n’y touche pas à Tesson et euh. Et moi j’avais des échos des gens disait un mais quand même, ce n’est pas Tesson, tu devrais t’intéresser à lui. Du pourquoi à quoi, je ne comprenais pas. Et puis en cherchant finalement, c’est de tous les écrivains auxquels je me suis intéressé, c’est celui qui a les connexions avec les gens d’extrême droite et plus les plus radicaux. Il est et qui a les connexions les plus les plus intimes. Et c’est là que j’ai trouvé ça. Je trouve ça fascinant.
David Dufresne
Alors, on va te raconter. François C’est comme si on disait "Prends un petit café, une gorgée et ça fait du bien. Mais par exemple, à aucun moment tu n’expliques que peut être. Il n’y a pas de lien entre certaines accointances avec l’extrême droite et les succès de ces gens-là. Je pense à Welsby, je pense à Tesson particulièrement. Est-ce que c’est déconnecté ou pas ? Ou est ce que l’arrivée, la prépondérance aujourd’hui, la surpuissance de l’extrême droite dans le débat politique, dans l’opinion, tout ce que tu veux pourrait s’accompagner ? Ou alors tu considères que non, Tesson, sa littérature et de ce point de vue là, innocente, anodine ou non, il y a quelques petites choses qui passent, si bien qu’on va rentrer dans les détails des accointances.
François Krug
Alors je pense que ce serait être relié à l’extrême droite. C’est encore un handicap quoi. Dans le milieu littéraire, tu ne peux pas faire carrière comme ça, qui. Mais tu vendras beaucoup moins de bouquins au début.
David Dufresne
À leur début.
François Krug
À leur début, mais maintenant en même maintenant je pense. Tesson, comme on est à Tesson, lui plaît. Je caricature, mais il plaît aux lecteurs de Télérama comme aux lecteurs des Valeurs actuelles, aux gens qui écoutent France Inter, aux gens qui qui vont regarder ses news. Donc si on commence à dire qu’on lit plus ses news que France Inter, il est plus aux Valeurs actuelles que Télérama, c’est sale coupe d’une partie de son lectorat, donc ils ont aucun intérêt à ce que ça se sache. Et puis après la fin de ta question, c’est peut-être plus sûr est ce que ça se voit dans leur bouquin ?
David Dufresne
Alors Tesson ?
François Krug
Alors Tesson, c’est bien Tesson, c’est ça ? C’est ça qui est étonnant, c’est que dans ses bouquins, ils ont l’air totalement inoffensifs. Et c’est vrai que vous avez. Il y a plein de remarques sur. Bon voilà, je. Je me casse en Sibérie, dans ma cabane parce que la société contemporaine c’est de la merde et que voilà, mais ça on peut être de gauche comme de droite et trouver que la société contemporaine est terrible, que la technologie qu’on est fliqué. Il va faire un bouquin qui a donné lieu à un film il y a quelques semaines sur lequel je me plante toujours, c’est sur les sentiers noirs ou les chemins noirs, les chemins noirs ou il fait le tour de la France à pied par les petits chemins ruraux. Et puis parfois ils tombent sur eux sur des zones commerciales. Il dit qu’est-ce que c’est moche ! Et le béton c’est moche. Et on voit bien que le capitalisme, ça a détruit, ça enlaidit la France, ça on peut être d’accord, qu’on soit de gauche ou de droite. Et puis c’est ça qui est marrant, c’est que les gens lisent aussi ces bouquins-là qui sont des best-seller. Mais si, si, vous êtes vraiment fan de Tesson et vous avez tout lu de lui, vous pouvez prendre Par exemple, il a publié un des extraits de son journal intime. Je crois que ce bouquin s’appelle une très légère oscillation ou quelque chose comme ça. Et qu’est ce qu’il y a dedans ? Mais c’est bourré de paragraphes sur l’islam, sur les musulmans. En plus il ne dit pas les musulmans dit les mahométans. On en revient à une islamophobie du XIXᵉ siècle. Et pour nous expliquer que bah ouais, clairement, dans ce bouquin, un texte de vas y va expliquer que bon, le terrorisme islamique c’est gentil, mais c’est du terrorisme musulman parce que ça tue.
David Dufresne
C’est dans son Journal. Un journal de bord, c’est qui qui se vend autant que le reste ?
François Krug
Non, mais qui est là quoi ? C’est écrit noir sur blanc. Ensuite, Tesson, il a commencé à Miribel, comme beaucoup d'écrivains. Une fois qu’il a atteint une certaine stature, il peut parler dans le débat public et prendre une cause, s’attacher à défendre une cause. Mais en l’occurrence, c’est beaucoup engagé pour faire vite, pour ce qu’on appelle les chrétiens d’Orient, que ce soit en Irak, en Syrie, etc. Et puis maintenant pour l’Arménie, enfin pour. Dans le cadre du conflit autour du je pense toujours ça très mal, mais du Haut-Karabagh, qui est l’enclave arménienne en territoire Azerbaïdjan, Azéris. Et qui sont donc grosso modo une huit voix ça et quatre. Il y a peut-être raison. Comme une enclave chrétienne dans un pays musulman qui fait l’objet d’une guerre, d’une invasion, de massacres. Je dis pas que ces causes-là sont pas nobles ou ne sont pas défendables, ça c’est pas mon point de vue. Peu importe. Mais qui va utiliser son nom, son statut d'écrivain pour défendre ces causes là. Mais il va faire très clairement dans toutes ses interviews, il va expliquer Je, je défends. Il faut défendre l’Arménie, pas parce que c’est un pays. C’est un pays historiquement ami de la France, qui a des amis, des soutiens à gauche comme à droite. Mais il va défendre l’Arménie parce que pour une raison très simple, il va le dire texto comme ça dans ses interviews. Parce que l’Arménie, c’est le dernier verrou qui protège l’Europe. De l’invasion musulmane. Si, si, l’Arménie saute pour ce mois d’août. Les musulmans et les arabes, plus rien ne les arrête. Donc il va faire des comptes, des comparaisons avec les avec là avec les empires arabo musulmans du moyen âge et avec la chute de Constantinople, etc. Et là, excusez moi mais est ce que c’est un point de vue de gauche ?. Est ce que c’est un point de vue de droite pas très modéré ? Est ce que c’est un point de vue d’extrême droite ? Oui, mais il le dit texto alors. Mais comme on ne touche pas à Tesson, on ne va pas le lui reprocher après moi. Et c’est pour ça qu’effectivement, le bouquin et hyper, j’essaie de le faire hyper. Sans prendre position. On peut être d’accord avec cette idée qu’il faut protéger l’Arménie. Il faut protéger l’Europe d’une invasion musulmane. On peut. Ce n’est pas mon cas. Mais je veux dire, voilà, il se trouve que ce n’est pas un crime et un délit. Dire ça. Et puis 40 ou 45 % des gens ont voté Le Pen au second tour. Mais à un moment. Encore une fois, je ne défends pas ses idées, mais peu importe. Mais à un moment, il faut dire d’où on parle bien sûr. Et. Et là on a le type Apple qui est un peu une figure, comment dire, de martyr, une figure presque christique quoi. Genre il a souffert, il s’est relevé, il va explorer le monde pour nous, il va nous faire découvrir la vraie vie, etc. Et qui utilise sa position pour relayer une vision du monde qui est clairement d’extrême droite, clairement identitaire. Parce que là, on n’est pas dans le on n’est pas dans, comment dire, dans la, je dirais dans l’extrême droite un peu folklorique qui est celle de Houellebecq est fasciné par les cathos intégristes et par L’action française, par les par les royalistes. Et finalement, c’est une extrême droite. Un peu, un peu, un peu un peu ancienne quoi. Traditionnelle. Tesson, lui, l’extrême droite avec le calife fricote. C’est l’extrême identitaire qui est là clairement pour nous dire qu’il faut défendre une civilisation européenne parce que déjà il faut, il faut être d’accord ou pas sur l’idée qu’il y a une civilisation européenne et qu'être européen on a une, qu’on est une France. On est d’accord sur le postulat qu’on a une façon de penser, d’agir qui est très différente de celle des autres, des autres continents. On n’est pas ses parents. C’est déjà un choix politique d’utiliser cette expression et de dire qu’il y a une civilisation européenne. Et puis après cette civilisation européenne, si vous creusez un peu la comment dire, c’est une façon polie de dire la race blanche. C’est cesser cette branche-là, d’extrême droite qu’il a, qu’il fréquente ou qu’il a lu, et qui dont il reprend certaines idées. Après est ce qui reprend toutes leurs idées ? Pas forcément. Est ce qu’il est encarté dans un parti ? Dans un groupuscule ? Pas forcément. Je pense en plus que la politique politicienne, il n’y a rien à faire. Mais c’est juste. Il y reprend ses idées. Là, il baigne dans cet imaginaire-là, Je ne dis pas que je fais un travail d’utilité publique, mais il faut que ses lecteurs le sachent. Parce qu'à partir du moment où c’est un personnage public, où dès que Sylvain Tesson parle, on l'écoute comme si c'était le Messie. Il faut dire d’où il parle. Après, on a le droit d'être d’accord avec lui ou pas.
David Dufresne
Alors il parle notamment depuis. Alors pour ses premiers pas, depuis une radio que moi j’ai beaucoup écouté parce que j’aime bien connaître l’ennemi et je ne sais même pas s’il existe encore. Radio Courtoisie, c’est encore très bien là. La radio du pays réel, la fameuse phrase de Maurras Sylvain Tesson démarre là Qui donc vraiment ? Une radio descend à droite n’est pas née dans les années 80-90 avec 87 pas. C’est ça qui démarre là.
François Krug
Oui, démarre là parce qu’il est étudiant, il a déjà fait un tour du monde à vélo. Et puis démarre, il fait une émission qui dure pas énormément, va pas très longtemps, un deux sur l’aventure, donc il reçoit des explorateurs, des voyageurs, etc. Sur cette petite radio qui est une radio associative où vous pouvez écouter tous les. Tout ce que l’extrême, tous les plus brillants esprits de l’extrême droite de l'époque, on va dire avec une. Je dis ça avec une certaine ironie, un et je pars avec.
David Dufresne
Ceci dit, quelque chose d'étonnant, c'était une radio qui arrivait à Paris à l'époque, c'était par le FN. Tout était groupusculaire et arrivait à réunir justement des gens qui qui s’auto-détestent, qui se détestaient entre eux. Mais il y avait un côté à l’extrême droite œcuménique sur Radio Courtoisie à faire avec des souverainistes, des royalistes et païens tout autour, tout le délire.
François Krug
Présentée comme la radio de toutes les droites. Alors que dire ? Tous les extrêmes droites ? Oui, c’est ça, tous les différents courants. Et Tesson, il est déjà invité à cette émission, à cette radio, pour parler de son bouquin où il raconte son tour du monde à vélo, quoi. Et puis on lui propose de faire une émission sur l’aventure. Ce n’est pas assez, c’est pas rien parce que c’est une radio quand même, que ce n’est pas innocent d'être sur Radio Courtoisie. Bon, mais je français, c’est un exemple intéressant parce que ce n’est pas un secret qu’il a été brièvement animateur sur Radio Courtoisie. J’ai vérifié, c’est marqué sur sa fiche Wikipédia et vous pouvez remonter sur Wikipédia, vous pouvez y monter l’historique des modifications. Donc c’est depuis 2010, il y a cette précision sur sa fiche Wikipédia, mais personne n’en n’a jamais rien eu à faire. Et puis quand c’est mentionné dans la presse, on dit oui bon, il a été animateur sur Radio Courtoisie, brièvement, etc. Donc moi ça m’a fait, ça m’a intrigué. Moi je me dis bon bah quand même, il serait temps de savoir comment il a atterri là. Est ce qu’il était ? Est-ce que c'était un accident de parcours ? Un petit peu comme Yann Moix avec ses fanzines ? Or, ce n’est pas du tout un accident de parcours. Son comment dire. Ici, il est son père était déjà proche des gens qui ont fondé, dont son père Philippe Tesson, qui était journaliste, patron d’un quotidien très à droite, qui était le quotidien de Paris. Son père était déjà assez proche des fondateurs de Radio Courtoisie. Sylvain Tesson les connaissait bien. Il a fait son émission, mais il est resté très proche de cette radio. Après, c’est-à -dire qu’il a fait une émission pendant une petite année sur l’aventure et puis par lui-même faire un nouveau tour aux nouvelles explorations trois de l’Himalaya. Et quand il revient à son deuxième bouquin, marche mieux. Donc on lui propose de participer à une émission sur la Montagne sur France trois, d'écrire dans des journaux un peu plus prestigieux. Donc l'étape Radio Courtoisie pourrait s’arrêter là. Sauf qu’il n’arrête pas d’y être invité. Il revient un peu, il est chez lui. Moi, les gens de Radio Courtoisie que j’ai interrogés avant, ils ne disent pas. Tous les gens d’extrême droite que j’ai rencontrés me disent que c’est Yohann ce que je veux dire, mais ils l’appellent Sylvain tout court quoi. Je me souviens de Sylvain, il était sympa, on a fait ça. Je me souviens d’un déjeuner avec Sylvain. C’est quelqu’un qu’ils ont vraiment connu, mais c’est aussi peut être une façon pour eux de se de se gargariser.
David Dufresne
Il est financé, c’est tout dire.
François Krug
D’une part, d’une part, il est lié à Radio Courtoisie et d’autre part, il est financé par une association qui s’appelle la Guilde Européenne du Raid. C’est une association pour défendre, pour soutenir les explorateurs, les voyages, les voyageurs, etc. C’est un peu un truc de boy scout, mais c’est aussi un truc de barbouze où les fondateurs ont amené les escrocs et les fondateurs de cette association et qui sont des anciens de l' OAS. Donc l’organisation Armée secrète des gens qui ont fait de la taule pendant la guerre d’Algérie et qui. Bon, eh bien le côté sympa, un club de mecs, c’est aussi un truc de.
David Dufresne
Cela dit, il y a un nom de gauche dedans, Je sais plus quelle page c’est possible.
François Krug
Oui, mais ce n’est pas une association d’extrême droite et c’est ça. On croise beaucoup de gens d’extrême droite alors on n’a pas noyé les gens sous les étiquettes. Il y a des gens qui viennent de Loches, des fondateurs qui viennent de l' OAS, de l' OAS, d’autres. C’est ce qu’on a appelé les solidaristes. C’est des gens de l’extrême droite qui. À la fin des années 70, début des années 80, par solidarité, sont allées rejoindre les milices chrétiennes au Liban, etc. Pourquoi pas un dès que la cause était noble ? Mais ils y sont allés pour tirer sur le sort des musulmans quoi ! Ben oui, c’est des gens dans le fond de la pensée, il est là, On reste dans l’idée des croisades et de. Et donc ils fréquentent ce milieu-là, et puis. Et puis comme ils rêvent d'écrire et de devenir un voyant, un écrivain voyageur, il va chercher les conseils et le soutien d’un écrivain voyageur qui est Jean Raspail ? Qui va lui écrire et. Et alors là, très ami le Raspail, on va pas se passer ici !
David Dufresne
Mais parce que je trouve qu'à l’heure ça c’est un effet de bord de ton livre, de ton enquête, c’est qu’on découvre quand même toute une littérature presque Inutile de te dire que moi, Jean Raspail, je l’ai pas lu, mais toute cette littérature finalement de vieille droite plus que ça, dans laquelle tous. Tout ce monde grenouille quoi. Voilà. Mais je te laisse dire qui est Jean Raspail, le camp des saints.
François Krug
En fait, Jean Raspail, c’est l'écrivain voyageur de l'évitement de la vieille droite. Il a fait des romans d’aventures, des romans historiques, un peu pour les boys, des boy scouts attardés, réac. Grosso modo, donc, mais il a surtout écrit un bouquin dans les années 70 qui s’appelle Le Camp des Saints et qui est. Alors pour le coup, ce n’est pas un roman d’aventures, c’est pas un truc de boy scout, c’est un roman ou dans lequel les grosso modo, ça commence en Inde, autour de Calcutta. Et les pauvres là-bas regardent l’Europe avec beaucoup d’envie, donc décidé de partir sur des bateaux et d’aller et d’aller en Europe. Donc il débarque un jour, part par cargos entiers entre Nice et Saint-Tropez, et puis donc y sont décrits. C’est un bouquin, foncièrement. Ce n’est même pas un bouquin réac, c’est un bouquin foncièrement d’extrême droite et foncièrement raciste. Et à un moment, il faut le dire parce que ça parle toutes les deux pages de la race blanche et texto, hein, Et grosso modo, c’est ces Indiens qui débarquent. Alors là, à l'époque, l’actualité c'était l’Inde, parce que c’est l'époque de Mère Teresa, etc. Si Raspail avait écrit son livre, maintenant, ça aurait été déjà des Africains ou des gens du Proche-Orient. Donc ces gens arrivent Raspail à des pages ignobles où il est décrit sur leur cargo qui débarque, où grosso modo, il fait tellement chaud dans leur voyage que ces gens-là révèlent leur animalité et passent leur temps, grosso modo, à se limite à partouzer sur le bateau, à vivre dans leurs excréments, etc. Ces descriptions déshumanisantes et dégueulasses débarquent et débarquent en France. Et là, phénomène intéressant à cause des médias, à cause des politiciens qui sont aveuglés par leurs idées généreuses, universalistes, on leur dit : bah vous êtes malheureux, venez en France, évidemment ! Que se passe t-il bien Ces millions et millions de gens qui ne sont pas de la race blanche prennent le pouvoir, viole les femmes blanches, tuent les hommes blancs, prennent le pouvoir et la civilisation. L’Europe disparaît. Et le message du bouquin, c’est. Nous, gens de la race blanche, ouvrons les yeux. Ils sont là ? On est menacés.
David Dufresne
Alors François, c’est important le chat réagit, LaBelline notamment nous dit mais quel est le rapport avec Tesson ? J’ai raté une marche parce qu’effectivement on ne l’a pas précisé.
François Krug
Je sais que Tesson adore cet écrivain et il n’adore pas que la partie ayant entre guillemets acceptables son œuvre. Il aime aussi le camp des saints. Il y a des petites références au camp des Saints dans ses premiers bouquins, des petites blaguounettes à destination de Jean Raspail. Donc ce n’est pas innocent de se réclamer de cet écrivain et de ne pas condamner ce livre là en particulier.
David Dufresne
Et surtout quand tu travaillais à Radio Courtoisie par ailleurs.
François Krug
C’est-à -dire que si tu fréquentes des anciens de l’Ouest, ça commence à faire beaucoup. Et c’est là que je me suis dit en soi, ce n’est pas un crime. Là-dessus, on a accroché sur
David Dufresne
On va venir aux reproches Monsieur, attends, je laisse t’installer,
François Krug
Et en fait c’est du journalisme où on dit bah machin a rencontré untel, donc il partage les idées d’untel, ce n’est pas ça ? Moi j’essaie de comprendre quel est l’imaginaire ou l’univers dans lequel grandit Sylvain Tesson dans le cas où il fait sa carrière. Si par la suite de sa carrière, il n’avait pas du tout été lié à l’extrême droite, ça aurait pas, comment dire, ça aurait pas mérité de s’y attarder et d'écrire quelque chose. Ça aurait pu être des coïncidences. Or, cet imaginaire-là, il va le garder, il va même l’enrichir pendant 30 ans. Et je pense que c’est intéressant et important de dire que l'écrivain a des écrivains les plus lus en France, les plus respectés, baigne dans cet imaginaire-là. Après, on peut être d’accord ou on peut ne pas être d’accord. Encore une fois, monsieur, très lâchement, je dis pensez ce que vous voulez, C’est juste que. Sylvain Tesson étant présenté comme une espèce d’exemple pour la jeunesse quoi, le type courageux, malin, etc. Encore une fois, je me répète, mais il faut savoir d’où il vient et dans quel milieu il évolue.
David Dufresne
Alors il y a la question. Non, non, mais c'était le rapport avec Jean Raspail. Donc effectivement, c'était un grand admirateur. Il fait des clins d'œil, Tesson fait des clins d'œil au bouquin de Raspail, Le camp des saints publié en 72, qui, devient une espèce de classique, on pourrait dire, de la littérature dans le monde d’extrême droite.
François Krug
Mais les trappistes aux États-Unis, se référer à ce bouquin-là, et c’est un bouquin, c’est intéressant parce que ce bouquin-là, il a été réédité plusieurs fois en France, ce n’était pas publier n’importe où, c'était chez Robert Laffont et Robert Laffont l’a publié aux trois, trois ou trois ou quatre fois. Dans Ma foi, c’est en 2011 C’est quand même un bouquin. J’ai dit un jour je vous invite à le lire. Ouais, non parce qu’en plus, là, pour une fois, je vais faire une critique littéraire. C’est extrêmement mal écrit, mais. Mais c’est surtout ignoble. C'était un bouquin. Sympa quant à ses histoires.
David Dufresne
Et il semblerait d’après le chat, que Marine Le Pen l’avait conseillé.
François Krug
Oui, en 2015 de liste de lecture. Et je me demande si dans la même liste de lecture, elle n’avait pas mis un bouquin. Houellebecq Soumission, Le bouquin dans lequel le musulman grosso modo deviendra le plus président est musulman et les musulmans prennent le pouvoir en France.
David Dufresne
Alors je prends deux petites questions. Non, je vais continuer parce que ça va dans les deux petites questions. Tesson m’a l’air de quelqu’un de droite, très saucisson vieille France et même dans son imaginaire de voyage très idéalisant mais d’extrême droite, point d’interrogation. Et il Zurich Bar qui nous dit que je ne trouve pas que le côté superman aventurier soit mis en avant dans ses bouquins. Au contraire, il fait plutôt l'éloge de la simplicité et la critique de la société libérale. Et d’autres disaient mais en fait, ce qu’il prône, c’est l’individualisme. Voilà ce que ça littérature. Alors je suis embarrassé parce que je n’ai jamais lu ses bouquins, je connaissais pas encore. Mais tout ça pour te dire alors tout c’est vrai.
François Krug
Ou pas juste oui. Et encore une fois, ce n’est pas, c’est pas vraiment dans ses bouquins que ses connexions apparaissent, c’est-à -dire qu’il cherche la bonne ou la bonne formulation. J’ai lu ses bouquins, il y a des phrases, des idées, des points de vue qui m’ont rappelé des choses. En fait, je suis allé voir si effectivement il y en avait. Il avait pu lire les livres auxquels je pensais, les auteurs avec lesquels je pensais et en enquêtant, je crois que non seulement il les avait lus, mais il les connaissait. Il connaissait ces auteurs personnellement et qu’il l’avait fréquenté. Alors est ce que c’est un crime ? Non, mais je trouve ça intéressant parce que justement. Je vais prendre un exemple à son mec, c’est un truc. Les journaux d’extrême droite qui ont daigné parler de mon bouquin m’ont renvoyé à la gueule à chaque fois. Tesson, Il a fait une émission pendant tout un été sur France Inter, sur Homère. Bon, oui, alors c’est un très bon exemple, parce que Homère, c’est comme la montagne, la forêt, tout ce que le tesson, tout ce à quoi Tesson peut vous intéresser, c’est extrêmement consensuel et en même temps, tout se met en ordre avec des traumatismes du collège de lycée. Mais grosso modo, voilà, ça fait partie des choses assez consensuelles. Quand il a fait cette émission, moi pour le boulot, il se trouve qu’il m’arrive de fréquenter un peu déridé les réseaux sociaux d’extrême droite. Je voyais passer des messages ou des gens dire. Quand même, qu’est ce que c’est drôle ces grands qui commencent comme vous, qui diffusent la bonne parole aux cons qui écoutent ?
David Dufresne
Parce que la bonne parole, c’est quoi donner justement ?
François Krug
Alors la lecture qui risque de la lecture, qui fait de Homère. Et extrêmement identitaire en somme. Donc, pour faire très vite, on pourrait tout faire pour être à pied. Il va expliquer. Mais tout ça s’est noyé dans la masse, c’est noyé dans la dizaine d'épisodes de son émission. Et puis après, il fait aussi un bouquin tiré de l'émission. C’est noyé dans le récit qui fait de l’Odyssée, de l’Iliade, etc. Mais alors, qu’est ce qu’il va nous dire ? Va nous dire par exemple bien regarder les gens ? Alors je ne veux pas me planter. C’est les Achéens qui débarquent à trois, puis débarquent dans un pays qui n’est pas le leur. Donc forcément, il y a la guerre parce que les peuples ne sont pas faits pour les peuples, et les civilisations ne sont pas faites pour vivre ensemble. Regardez Ulysse, mais il le dit presque texto comme ça il y a des Ulysse. S’il se fait chasser ou s’il a des emmerdes à chaque fois qu’il débarque sur une île. Parce que bon, rappelons qu’Ulysse passe quand même quelques années à faire le tour des îles de la Méditerranée jusqu'à retrouver la sienne. Si à chaque fois, il a désormais un plan débarque sur une île qui n’est pas la sienne, ça prouve bien qu’on est pas fait pour. Les îles ne sont pas là pour communiquer, pour se mélanger, etc. Alors soit vous pouvez dire : c’est une explication de texte banale, soit vous pouvez être comme ces militants d’extrême droite qui applaudissent l'émission en disant ah ouais, c’est une façon de. Bon, ensuite, vous avez des obsessions de l’extrême droite qui apparaissent dans ce dans ce. Dans l’analyse que Tesson fait de d’Homère. Donc il va par exemple nous expliquer les textos. Encore que c’est l'époque où cette époque est un peu bénie, l'époque d’Homère où on respectait encore les héros. Et donc il explique dans son bouquin tiré de l'émission, il explique Je ne sais pas, je n’ai pas la citation sous les yeux, mais. Il va expliquer. Eh bien voilà, c’est une époque où on célébrait les héros. Maintenant on célèbre les faibles plutôt que les forts. Et grosso modo, si Ulysse débarquait sur son char sur les Champs Élysées, personne n’applaudit. Maintenant on applaudissait. Un migrant n’est plus, on dirait un pauvre, etc. Bon, il y a une espèce d’obsession comme ça L’idée qu’il explique aussi que grâce à Grâce à Homère, en relisant Homère, on peut se rappeler que la société est faite pour être hiérarchisée. Elle n’est pas faite pour être universaliste, elle n’est pas faite pour être égalitaire. Il y a des forts et des faibles. Les forts, il faut les respecter, les célébrer, les faibles, bah tant pis pour eux qui crèvent quoi. Et. Et puis il y a une espèce d’obsession dans tous les bouquins de Tesson pour la forêt, les esprits de la forêt, les critiques du christianisme, pourquoi pas ? Il y a sept, il y a une espèce de fond païen, quoi. Et donc tout ça, ça pourrait ne rien vouloir dire. Bon, il se trouve que, en creusant auprès des gens des savoirs pour savoir bon ben on est d’accord. Bon, et pourquoi ça vous plaît ? Sans que Tesson raconte ça à l’antenne de France Inter, la radio entre guillemets bien-pensante, enfin comme on dit. Alexandre. Oui mais en fait, parce que ça ressemble très fort à ce que disait un monsieur qui s’appelait Dominique Venner.
David Dufresne
Alors on va y venir. Voilà qui est un personnage fascinant.
François Krug
Un personnage fascinant, totalement inconnu du grand public ou presque. Dominique Venner, parce que c’est un personnage central dans cette histoire. C’est un type qui était bon, qui était né pendant la guerre ou qui a grandi pendant la guerre, donc qui était trop gamin pour savoir si l aurait été dans la résistance ou la ministre. Mais qui va rejoindre l' OAS pendant la guerre d’Algérie ? Qui va être un des gros en grand théoricien de l’extrême droite radicale ? Ensuite, il fait partie de cette génération de militant d’extrême droite qui commence un peu avec l'âge. Encore une fois, je caricature, mais qui commence un peu avec une batte de baseball à la main et qui en 68 se rend compte que ça ne sert à rien. Quoi, la bagarre dans les rues contre les gauchos, ça ne mène à rien. Et la bataille culturelle, idéologique, c’est la gauche qui a gagné. Donc il faut aller combattre la gauche sur le terrain des idées et donc il faut devenir théoricien. Donc lui, il va se retirer un peu à Tesson, dans une maison, dans une maison, dans la forêt. Et puis il va se mettre à écrire des bouquins d’histoire, de réflexion sur la civilisation européenne, la race blanche, le paganisme. Voilà, L’idée, c’est qu’il y a une civilisation européenne qui a pas démarré, qui n’a pas démarré avec la Bible quoi, Là, pas de 1000 ou 5000 ans, elle a 30000 ans, elle a commencé avec les celtes, les druides, les menhirs, les machins. Donc c’est tout un imaginaire païen. L’idée qu’il y a, oui, il y a une race européenne et donc tout y construit une bonne partie. L’idéologie de la droite, de l’extrême droite, pardon, identitaire, quoi De ce. De ce qui deviendra la génération identitaire, etc. Et Dominique Venner a énormément travaillé sur Homère. Et effectivement, en comparant paragraphe par paragraphe ce qu’il a écrit sur Homère, les leçons qui, tirées d’Homère et sculptées, sont tirées de Homère. Ça se ressemble. Bon en soi, ça veut dire quoi en soi ? Ça voudrait, ça pourrait ne rien vouloir dire. Après, la chose à vérifier pour que ça devienne intéressant, c’est Est ce que Tesson a vraiment lu Dominique Venner ? Est ce qu’il se connaissait ? Donc là ça a été plus du plus laborieux, Il a fallu trouver pas mal de témoins. En plus, c’est une autre génération de mecs vénères, donc beaucoup de gens ne sont plus de ce monde. Et puis au final, qu’est ce qu’on écoute ? C’est que Dominique Besnehard était un ami de longue date de Philippe Tesson, le père, que les deux familles se connaissaient et que Sylvain Tesson était très copain avec les enfants de Dominique Besnehard. Les deux familles étaient très liées qu’il a lu ces bouquins. Mais là, François, que ça infuse.
David Dufresne
Je t’interromps deux secondes parce que est ce que ce n’est pas là la limite de ton travail dans le sens où aller chercher les relations d’un père dont tu n’es pas responsable ? Est ce que ce n’est pas justement raisonner par capillarité comme on a pu te le reprocher ? Est ce que ce n’est pas un raisonnement par exemple ? Je le dis méchamment mais si pour que tu puisses te défendre. Est-ce que c’est pas un raisonnement de flic finalement que vous avez fréquenté ? Alors ouais, c’est ça.
François Krug
Il a beaucoup fait le coup du flic. On n’a même pas fait ça. Ça te rapproche de Cnews non stop.
David Dufresne
Là, on l’entend plus. Qu’est ce qu’il se passe ?
François Krug
C est bon, parce que c’est une très bonne question, mais c’est une très bonne question et je me la suis posée évidemment en bossant. Le père, le fils. Bon sauf que les ce n’est pas par quatre, ce n’est pas, c’est plus que de la capillarité, c’est le père et le fils était très proche, très lié. Et les amis du Père sont devenus les amis du Fils. Prenons un exemple qui n’est pas politique. Un grand copain de Philippe Tesson, c'était Je reviens à lui, décidément. Gabriel Matzneff lui indique un grand copain de Gabriel Matzneff. Ces dernières années, c'était Sylvain Tesson, un des rares à l’avoir soutenu, un des rares à être resté ami avec lui. Donc, et c’est pareil pour Dominique Venner, moins connu du grand public que Gabriel Matzneff, mais théoricien d’extrême droite, c’est cédé. C’est, comment dire ? Je pense que Sylvain Tesson Et à les lire dans la bibliothèque de son père, les livres de ces gens là, Mais après, on les a croisé chez son père et il a gardé. Les mêmes lectures. Il a gardé ses amis, ses amitiés là. Je ne sais pas si c’est très clair cette phrase-là. Ce que je veux dire, ce n’est pas uniquement son père fréquentait untel, donc c’est louche. C’est juste que Sylvain Tesson s’en est nourri et qu’on peut le prouver, qu’on peut le prouver parce qu’ils ont continué. Il a fréquenté ces gens-là. Lui aussi ne sait pas uniquement son père qui a fréquenté ces gens-là, il les a lu, il les a intégrés dans son monde, sa façon de penser, sa façon de raconter le monde. Et en cherchant un peu, ça se retrouve dans ses bouquins, de façon plus ou moins évidente. Je racontais, je parlais tout à l’heure, je pense, de son journal, donc elle y parlait de l’islam, de la civilisation européenne, etc. Là, c’est écrit noir sur ça, c’est noir sur blanc. Les mêmes idées dansaient dans ses livres les plus connus. C’est moins évident, mais j’essaie de retomber sur mes pattes et de retrouver la question qui était sur la capillarité et.
David Dufresne
Sur le fait que voilà, est-ce que on est bien d’accord qu’on est pas responsable des agissements de son père, de sa mère et voilà.
François Krug
Mais voilà, ce sont les agissements du fils qui m’intéressent.
David Dufresne
Alors donc, le plus le fils, puisque c’est de lui dont on parle, Sylvain Tesson est ce qu’il va connaître et fréquenter le dénommé Dominique Venner ?
François Krug
Alors ils ne sont pas copains, ils n’ont pas le même âge. Déjà, il y a une grosse différence. Mais ils sont, ils sont, ils se connaissent. Mais Tesson y va faire ça plutôt qu'être copain avec les fils. Le fils de Dominique Venner. Ils font de l’escalade, de la des trucs d’aventure. Il consent. Bon, très bien, mais euh. Mais ceux qui se croisent dans les fêtes du livre, dans quelques salons littéraires. Est ce qu’ils sont copains au point de se taper sur l'épaule et d’aller partir, de partir en vacances ensemble ? Je ne crois pas. Mais ils ont les médias une admiration. De même qu’il y a une admiration pour Tesson, pour Jean Raspail. Prions François, ce n’est pas des crimes, mais quand même. Et ce qui m’intéresse, c’est que ça a vraiment infusé dans son livre. Alors dans ses bouquins et dans l’autre fréquentation.
David Dufresne
Ce que j’ai perçu en te lisant, c’est que ce monsieur, c’est un penseur de ce qu’on appelle la nouvelle droite, donc c’est fou. Presque tous les livres que je lis à un moment donné, Alain de Benoît arrive.
François Krug
Et Dominique Venner,, je sais pour te tester et voir si tu te souviens dans tes questions, mais Dominique Venner, parce que les gens ne connaissent pas forcément ce nom, mais se souviennent peut être que voilà, 2013, un fait divers à Notre Dame de Paris la cathédrale, où un type est entré dans la cathédrale en pleine journée au milieu des touristes. Il avait un flingue, il s’est tiré une balle dans la bouche et c’est lui,
David Dufresne
Voilà qui est un geste effectivement incroyable.
François Krug
Un geste de sacrifice pour, au nom de la civilisation européenne, j’offre, j’offre mon corps en sacrifice à la civilisation. Voilà, c’est quasiment ce qu’il a écrit dans sa lettre, la lettre qu’il a écrite à Dieu.
David Dufresne
Et c’est pour ça que je parlais tout à l’heure de personnage fascinant et effectivement fascisant également comme le disait Roland
François Krug
Benoît bien avant moi, la nouvelle droite,
David Dufresne
Alain Benoit, la nouvelle droite, Est ce que ce n’est pas là puisque Alan Benoît, lui aussi a théorisé avec Dominique Venner à l’idée de dire il faut aller sur la bataille des idées ? D’Extrême droite, il se revendique d’ailleurs de Gramsci dont le contre sens est total, enfin bon, ils le font. Et est-ce que ce n’est pas ça, au fond, que tu as voulu décrire dans, dans ton ouvrage ? Et d’ailleurs, c’est comment Sylvain Tesson, Michel Houellebecq, Yann Moix de manière plus ou moins flagrante, évidente, ou ont donné des cartouches, des armes à cette bataille ? Des idées, c’est ça ?
François Krug
Au fond, oui, je pense qu’ils ont, je pense qu’ils ont contribué à banaliser, le banaliser certaines idées. Tessons Mais ils ont pas et en plus ils n’ont pas forcément fait consciemment. C’est plus à mon avis. Il y a un côté un peu, un peu comme une éponge quoi. Après tout, un écrivain c’est quelque chose, c’est quelqu’un qui vit, qui s’imbibe de l’air du temps et qui en sort des œuvres. Ben voilà, c’est comme une éponge imbibée des idées et puis et puis les ne diffuse peut-être pas très et pas forcément pas comme le ferait un militant ou quoi. C’est peut-être un peu confus dans leur esprit, mais cela contribue à banaliser ses idées je pense. Je vais prendre l’exemple de Houellebecq pour changer de Tesson.
David Dufresne
Oui, mais je suis d’accord,
François Krug
Quand il fait ses remarques sur l’islam, la prenons, la prenons. Prenons le dernier truc qu’il a dit. Donc c'était dans la revue de Michel Onfray.
David Dufresne
Fin 2022.
François Krug
Oui fin 2022.
David Dufresne
Des territoires entiers sous contrôle islamiste.
François Krug
Ouais, mais alors il y a un truc qui est dans ce que tu cites dans le livre, il va dire mais on sent que là c’est la fin de l’entretien, les bouteilles, plusieurs bouteilles ont été vidées peut être, ou pas d’ailleurs. Mais. Mehdi Oh bah moi j’habitais dans. J’ai habité dans le 13ᵉ arrondissement, donc le quartier. Pour faire vite, le quartier asiatique à Paris, dans mon immeuble, avait des chinois qui ne parlaient pas français, mais au moins ils connaissaient Estonien. Et en fait, je suis désolé, je cite, je cite ouais le bouquin et il dit ouais ben alors que les Français, eux, enfin les Français, s’ils en ont marre des musulmans, c’est justement parce que eux, ils ne savent pas se tenir. Les Français en ont marre qu’on les vole, qu’on les violent ou qu’on les viole, ça. Et grosso modo, les musulmans, soit ils rentrent dans le rang, soit ils rentrent chez eux. Bon alors imaginez ces paroles-là, prononcées par un député ou une députée du Rassemblement national, un peu comme celui qui a dit qui rentre chez eux à propos des migrants. Scandale, exclusion de migrants, exclusion de l’Assemblée nationale, Appel à la démission. Bon, mauvais, on aurait ça. Vous avez mis ça ou ce truc ? Ces paroles-là ont fait scandale en même temps. Michel Gobeil Ça ne l’empêchera pas de continuer à publier et d'être invité à la télé. Pourquoi ? Parce qu’il est écrivain, donc il peut dire ah oui, mais j’ai été mal compris. Puis moi je ne fais pas de la politique, donc je peux m’exprimer mal, etc. Peut être. Sauf que le grand public, il les a entendus, ces paroles-là. Il s’est dit on peut, il peut se dire mais si ou elle ? Houellebecq le dit. Pourquoi moi je ne pourrais pas le dire ? Si même le plus grand écrivain français peut me dire que les arabes sont des violeurs et des voleurs ? C’est bien, c’est sa liberté, c’est sa liberté, je pense. Ça fait sauter des digues, ça fait sauter des complexes, ça aide à libérer la parole. Et puis ça marche dans les deux sens. Ses paroles sur les sur les Arabes et les musulmans qui seraient des violeurs, ça pourrait être celles que tiennent des vieux, des vieux fachos au comptoir d’un bar après trois nuits. Et Houellebecq, lui, les popularise aussi auprès d’un autre homme, d’un autre public. Je m'éloigne de la question.
David Dufresne
On était passé à Houellebecq, alors si ça, c’est pas si un des trois personnages de ton, de ton, de ton enquête, si ce qui t’intéresse c’est un des rares dont tu cites alors ses pages 69 je crois, tu cites des extraits de 2 livres, là notamment tu cites Cité des particules élémentaires, on est en 98 et tu cites un personnage enseignant qui explique haïr les nègres. Vous voyez les guillemets ? Fermez les guillemets, il en a justement un dans sa classe. Et là où évidemment, toutes les filles étaient à genoux devant ce babouin, c’est comme ça que ça devait finir. La civilisation occidentale, me disais-je avec amertume. Se prosterner à nouveau devant les grosses bites telles le babouin Ahmadiyya. Bon, et puis il y a d’autres, d’autres extraits, etc. Là, après on va rentrer dans les détails. Des fréquentations de Houellebecq. Mais lui va te dire attention, la distinction entre l’auteur, le narrateur. Voilà. Je ne connais pas François, si tu ne crois pas que tu écris des romans, mais tu pourrais très bien avoir des idées, des personnages épouvantables. Ça ne veut pas dire que c’est toi qui parle de l’auteur.
François Krug
Mais là on en l’occurrence, je le cite parce que ça fait polémique. Enfin, ça paye. Houellebecq, à ce moment-là, il est plutôt soutenu par un petit milieu branché de gauche.
David Dufresne
Oui.
François Krug
À cause de ses premiers textes et notamment de leur œuvre. Tu n’es pas rentré dans tous les détails, mais là, elle évolue dans un autour d’une revue littéraire qui s’appelait Perpendiculaire.
David Dufresne
Absolument.
François Krug
Et l'équipe de perpendiculaire lit le manuscrit des Particules élémentaires et dit Michel. Est-ce que tu te reconnais derrière les personnages de ton bouquin ? Il a commencé à. Il commence à y avoir des tensions entre les gens de gauche. Qui. Ces gens de gauche-là qui soutiennent Houellebecq, Michel l’a tenu. C’est sûr que tu ne déconnes pas un peu, etc. Et ça, c’est ces gens-là de la revue perpendiculaire qui est un peu sonner l’alarme. Oui, en 98, en disant là, attention, parce que Michel Houellebecq avance masqué. Il y a une forme de confusionnisme. Les idées qui défendent son nom sont des idées d’extrême droite, etc. Sont assises, Non pas. Mais effectivement, à l'époque, Houellebecq peut dire mais c’est mon personnage qui parle, ce n’est pas moi. Sauf que là, je vais prendre un autre exemple des particules élémentaires, ça ne dérange pas. Vas-y le même. Le même personnage dit Ah mais l’islam est la religion la plus con. Texto. Ah mais ça c’est le personnage qui parle, c’est cet enseignant qui est raciste, frustré, etc. Quelques années plus tard, où est le mec dans une interview à dire l’Islam c’est la religion la plus con, mais c’est plus le personnage qui parle, c’est plus le narrateur, c’est l’auteur. Alors après, Waldeck va s’en tirer en disant je n’ai pas vraiment dit ça et puis après j'étais un peu bourré. Bon, sauf qu’il va répéter cette phrase ou cette dite, cette histoire de la faire des variantes sur cette phrase dans plein d’interviews, voire plus trop en France. Parce que, lui, il a eu chaud au cul, il a eu un procès et 100 il a été relaxé. Mais voilà. Donc il le fait en Allemagne, dans d’autres interviews où il va expliquer que l’islam c’est la religion la plus con. Mais là on est plus dans le personnage. Sauf que son personnage de 98 disait la même chose. Donc on peut se dire qu’il y a un truc qu’il y a, c’est ça ? Il lui arrive de de de partager les idées de ses personnages, mais ça la limite, ce n’est pas c’est pas mon problème. Oui, c’est un truc de critique littéraire ou de prof de lettres qui pourrait montrer le cul.
David Dufresne
Voilà alors ce qui est intéressant dans ton livre par rapport à ça, c’est effectivement on voit une trajectoire de Houellebecq et on voit un public, en tout cas une critique qui change. Au début, on a le romancier qui est. Décadents et qui plaît à Libération, ça fait des cadres qui, dans une posture décadente, qui critique le monde moderne, libéral, etc. Donc les Inrockuptibles vont le soutenir pendant plus d’une trentaine d’années, tu le tue, tu le dis, Libération, etc. Et puis peu à peu, dans ses livres, dans ses interviews, il y a une détestation de la gauche morale chez Welsby qui fait que les alliés du début deviennent, s'éloignent et on commence à voir de plus en plus. Une presse de droite qui le porte aux nues. Ce qu’on comprend en te lisant, c’est que dès les années 90, on va peut-être rentrer dans les détails, mais Houellebecq a un petit faible pour les royalistes, un petit faible qui continue puisque j’ai cru lire dans ton livre que, en juillet 2022, il donne une conférence à L’action française. DGSI, ce n’est pas rien. Et voilà. Et finalement y devient celui qui parle, par lequel le racisme anti-blanc existe, fait exister, La difficulté c’est est ce que tu penses que. Alors je sais que tu ne veux pas faire de psychologie, mais est ce que tu penses que. Comment est-ce qu’on peut faire l'œuf et la poule ? C’est-à -dire que. Est ce que c’est parce que tu es lâché par les premiers à lui que tu deviens l’inverse de ce que tu étais ? Ou est-ce qu' il a toujours été comme ça ?
François Krug
Et puisqu’il a toujours été comme ça en fait. C’est marrant parce que quand on connaît ces dernières années, à chaque fois qu’il a fait des polémiques sur pour des propos réacs ou islamophobes, il y une expression dans la presse qui m’avait frappé, c'était soit c'était dans le Monde, on parlait de la sortie de route de Michel Houellebecq, Sens ou la dérive ? En fait, ce n’est pas une dérive. La ligne allait à droite depuis le début, sauf qu’on ne l’a pas vu. Et ça. Est ce qu’il y a la ligne droite ? Il est réac, Le monde est pourri grosso modo. Voilà, il va expliquer. Ça fait 30 ans qu’il explique que la. L’Occident a déjà dû partir du principe que l’Occident existe. Bon, chacun son point de vue, que l’occident est foutu et il faut ça remonte au Moyen-âge quoi. Pour ce modo, les lumières, la réforme, les machins, la révolution a quand même apporté que de la merde. Il n’a jamais dévié là-dessus, c’est sept, c’est sa ligne. Après on à l’ avenir annoncé. Je voudrais faire un schéma et puis on a le personnage selon l'évolution de sa carrière, là où ça l’arrange. Il va situer, y vas-y, va être plus ou moins honnête, sera OK, se les alignant. Au début de sa carrière, il arrive à y trouver un éditeur qui est le même que Marc-Edouard Nabe pour ne pas être publié Là, il ne connaît personne. Langue d'édition. Ensuite, il fait ses premiers romans chez d’autres éditeurs et voilà qu’il est adoubé écrivain préféré de la gauche branchée. Et ma très bonne carrière, c’est très bon. Et puis peut-être. Et puis il est sincèrement, je pense, ami avec les Inrocks et les Inrockuptibles ou sur ce genre de journaux, et voilà. Et puis. Et puis à un moment, bah il se rapproche parce que c’est parce que c’est plus plus marrant, parce que c’est meilleur pour sa carrière va se rapprocher du Figaro et puis après bah il va revenir se rapprocher Les Inrockuptibles et du Monde et puis après, eh bah tiens. A un moment, il décide d’apporter, comment dire, de se rapprocher de Valeurs Actuelles. Et puis quand même, au bout de deux ou trois années de compagnonnage, de route avec l’heure actuelle, au moment de sortir son dernier roman, là, anéanti en bas, c’est jeudi 12h sans doute. Bon, il faut que je me recentre pour le marketing, pour le sel branding, comme on dirait. Et donc effectivement, c’est au Monde qui va donner ses interviews exclusives pour son dernier roman. Et voilà, pour se recentrer un peu.
David Dufresne
Pour se recentrer un peu. Et le monde qui accepte de jouer à ce jeu-là, Ah bon ? Mais je ne veux pas te mettre dans l’embarras.
François Krug
Tout en fait. Et puis le truc, c’est que indépendamment de ses idées, c’est pour ça aussi que ces auteurs, on se demande pas beaucoup quelles sont leurs idées politiques et leur rôle dans la banalisation de l’extrême droite. C’est aussi parce qu' ils sont considérés à tort ou à raison. Ah ce n’est pas mon problème. Comme de grands écrivains. Houellebecq est considéré par la critique comme un grand écrivain. Tesson est considéré comme un grand écrivain. Alors Yann Moix en a un peu moins. Mais voilà en tout cas un écrivain qui occupe du terrain médiatiquement, il est donc à la limite qui soit de droite ou de gauche, peu importe, c’est un grand écrivain, c’est. Voilà. Et donc ça, lui, ça, ça donne une espèce de d’immunité.
David Dufresne
Alors, parmi les révélations, ou en tout cas, enfin pour moi, de ton livre sur Houellebecq, il y en a, il y en a une dont j’aimerais parler peut être, et puis on va doucement prendre quelques questions du chat et puis se refaire un petit café. C’est quand même une amitié à moi que j’ignorais honnêtement, de Houellebecq. Une amitié en 2010, un dîner pas n’importe où et pas avec n’importe qui. Alors ça, je l’ignorais. Je. Je te laisse le plaisir de raconter ce dîner présidentiel 2010. Et puis son amitié avec le jeune Geoffrey, le jeune patron de Valeurs Actuelles. Enfin, je dis amitié. Je ne sais pas si amitié, on peut le dire, ça c’est ce que j’ai ressenti là.
François Krug
Je sais pas, vous invitez des gens à bouffer chez vous et à picoler jusqu'à 4 h du matin pendant des infos, à faire la fête et à écrire des textes ensemble et à vous inviter à votre mariage,
David Dufresne
Ah je ne sais pas alors on commence peut être par Geoffrey le jeune, si tu veux. Puis après on finira sur l’autre parce que je trouve que ce n’est pas rien ça.
François Krug
Ouais. Geoffrey le Jeune, c’est le directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles. Comme on dit là, qui est jeune, effectivement et facile. Ce label a une trentaine d’années, une trentaine d’années, mais il n’avait pas 30 ans quand il a été nommé directeur de la rédaction. Voilà, c’est une équipe effectivement assez jeune à l’heure actuelle, qui arrivait et qui a redynamisé ce vieux journal ringard et qui a fait toutes ces couvertures pour lesquelles le maire actuel est connu. Et puis. Petit à petit, il est entré en contact avec Michel Houellebecq. Comme tous les journaux, il a essayé d’avoir des interviews, Houellebecq ou Albert les a envoyés paître. Et puis. Et puis un jour, il contacte Houellebecq en disant : bon vous ne voulez pas donner une interview, au moins on pourrait se rencontrer, bouffer ensemble. Toi, Il y a un dîner entre Bolbec et la jeune équipe de Nevers actuelle. Ils s’entendent très bien. Houellebecq à ce moment. Il est fâché avec le reste de la presse parce qu’il en a marre des interviews où on lui pose tout un tas de questions, il en a marre de sa mauvaise réputation, etc. Mais il s’entend bien avec cette jeune et c’est vrai que tout au long de sa carrière, Houellebecq s’est toujours. Comment dire. Entiché de petit jeune qu’il a voulu, auquel il a voulu donner un coup de main, vous êtes très sympa, je vais vous donner. Il venait de faire une interview dans un journal allemand qui était censé être la dernière interview de sa carrière. On dit bah écoutez, je l’ai fait traduire, je vous l’offre. Donc Waldeck fait ainsi sa première couverture de malheur actuel. Il y en aura plusieurs autres. Houellebecq ensuite, est invité à recevoir un prix en Belgique.
David Dufresne
En Belgique oui.
François Krug
Ouais voilà, on ne comprend pas en détail, mais donnée par une fondation plutôt ultra conservatrice. Et ils appellent au journal Geoffroy le Jeune. Son nouveau copain en devient avec moi. Voilà donc il y va et hop, nouvelle couverture de Valeurs Actuelles. Pour Houellebecq, c’est aussi une façon de faire un doigt d’honneur au milieu littéraire, au milieu de gauche, parce qu' à l’heure actuelle, ce n’est pas rien. Et puis pour Valeurs Actuelles, c’est une caution hallucinante d’avoir Houellebecq, l'écrivain le plus célèbre, le plus, le plus scruté, le plus suivi en France, qui apparaît en couverture valeur actuelle. Et la littérature, c'était quoi avant ? C'était des couvertures avec Jean Raspail pour le côté polémique et avec Jean d’Ormesson pour le côté pépère, parce que le lectorat de l’heure actuelle était assez vieux au départ. Et là, hop ! Houellebecq, c’est comme dans le jargon, on dirait que ça avance un tout poil, c’est un sacré coup pour le journal. Super ! Et ils deviennent vraiment potes Geoffroy le Jeune, il est invité au mariage de Houellebecq. Ils se connaissent bien, ils font du design et s’invitent les uns les autres. Et puis, comme toujours, là encore, Waldeck s’entiche d’un petit groupe de jeunes qui débute, qui. Une amitié s’estompe au bout d’un moment. Et puis surtout, la musique. À l’heure actuelle, elle devient gênante. Parce que ouais, le mec à un moment s’est rendu compte que ça devenait gênant parce que. Parce que Valeurs Actuelles, c’est un bon exemple de ce côté nébuleux de l’extrême droite. Où est-ce que vous situez ce journal ? Est ce qu’il est d’extrême droite comme on aurait tendance à le dire ? Est ce qu’il est conservateur ? Est ce qu’il est à droite de la droite ? Il y a toutes les expressions, tous les euphémismes qui sont apparus ces dix dernières années. Moi, je le sais personnellement, quand je fais des articles sur l’extrême droite, j’ai fait beaucoup d’articles où je parlais de Valeurs actuelles. Ben comme je pense que comme tous les journalistes qui bossent là-dessus, je suis bien emmerdée, je me dis mais est ce que je dis magazine d’extrême droite ? Alors qu’il y a des gens de droite classique dedans. Est ce que c’est un magazine de droite alors qu’il y a beaucoup de gens d’extrême droite dedans ? Donc vous vous en sortez avec des euphémismes à la con. Et finalement, je ne sais pas pourquoi je disais ça, mais voilà, si ce journal reçoit la caution de Houellebecq. Donc ça c’est le côté où on prend le jeune. Et tu voulais parler du dîner et…
David Dufresne
Du dîner de 2010.
François Krug
Cette histoire ne me paraît pas dingue.
David Dufresne
Alors, simplement parce que j'étais en train de réfléchir à ce que je dis. Est-ce que c’est le journal des droits des femmes ? Non, pour moi, c’est clairement un journal d’extrême droite, sous des dehors de branchitude. Mais il y a quelques mois, il y a quelques articles qui sont écrits avec une détestation, pas une haine. Voilà, je pense à des choses sur Danièle Obono par exemple.
François Krug
Voilà, pour moi c’est clairement des journaux qui qui sont bien exposés dans les kiosques ou dans les news magazine, les quotidiens. Est-ce qu’il y en a d’autres, ces dernières années, qui ont été condamnés plusieurs fois pour incitation à la haine raciale ?
David Dufresne
Je n’y crois pas. Voilà. Donc voilà, je pense qu’il ne faut pas leur faire le plaisir de croire qu’ils ont mis un peu d’eau dans leur vin. Extrêmement, de mon point de vue. Voilà.
François Krug
Tout à l’heure, tu parlais du sous-titre du bouquin Là oui, Droite littéraire, Le seul a émis la seule prise de position idéologique personnelle que j’ai dans ce bouquin, c’est d’appeler ça l’extrême droite. Est-ce que quand l’histoire a commencé il y a 30 ans, c'était assez clair pour tout le monde ce que c'était que l’extrême droite et on appelait ça l’extrême, les idées et les personnages. Ils n’ont pas changé 30 ans après. Sauf qu’on n’ose plus dire extrême droite. Ils ont réussi leur grosse victoire, c’est qu’on dise droite nationale, droite de la droite, je sais plus quoi.
David Dufresne
Enfin la droite. C’est pour ça que je pense qu’il n’y a pas à tortiller du cul. Entre Valeurs actuelles les Français. Voilà, c’est l’extrême droite, mais parlons de 2010.
David Dufresne
Alors parlons de 2010. C’est au palais présidentiel.
François Krug
Ça c’est un palais situé rue du Faubourg Saint-honoré, occupé à l'époque par un certain Nicolas Sarkozy. Vous avez deux secondes pour trouver le nom du Palais. Mais donc, Michel Houellebecq, Michel Houellebecq reçoit le prix Goncourt cette année-là et il est de tradition que le prix Goncourt, l’auteur, soit reçu par le président de la République. Donc il est invité à dîner chez Monsieur Nicolas Sarkozy et Carla Bruni avec le maillot de la culture de l'époque, etc. Bon, ils sont une petite dizaine, mais il a invité, il a invité, puis on vous dit bah venez avec des copains si vous voulez. Est-ce que vous avez des déplacements comme on dit dans l’espace ? Qui peut les choisir ? Elle va qu’il y a des vieux copains et les copains, les Inrocks, il est copain avec ça ? Non, il va aller chercher deux types qui s’occupent d’un site qui s’appelle A qui qui est fermé depuis mais qui s’appelle Ring où ? Sur le ring sur le ring ? C'était un site fondé par des fans de Je vais partir dans les parenthèses, mais bon, peu importe.
David Dufresne
Tu peux y aller.
François Krug
Attention, il faut que tu m’aides à revenir, à faire le dîner après un article.
David Dufresne
Voilà, c’est le chapitre huit, Un dîner avec Houellebecq à l’Élysée.
François Krug
Voilà. Sur Ring, c'était un site fondé au départ par des fans de Maurice Dantec, l’auteur de polars, et qui ont un peu suivi la même évolution que lui et cette addition. Mais le côté lâche, faut dire punk. Ah oui, voilà.
David Dufresne
Moi je l’ai connu Maurice, je l’ai connu à l'époque où il habitait en région parisienne, avant qu’il aille à Montréal et avant qu’il y aille. Bon, moi je pense que c’est sa folie qui l’a amené là.
François Krug
Dantec, c’est une référence importante. Voilà, il y a le côté punk et puis peu à peu, il évolue vers l’extrême droite, la passion la plus pourrie. Il publie des textes sur ce site qui incite un peu, un peu le site de son fan club et qui devient ensuite un webzine, comme on disait à l'époque, absolument autrefois culturel, puis politique et.
David Dufresne
Et qui deviendra, pour répondre au JA Ring, comme la maison d'édition.
François Krug
Exactement. Voilà. Et donc Houellebecq parce qu' il aime les textes de Dantec, se met à lire ce site et à répéter partout, sur tous les plateaux de télé en interview, qu’il a découvert le meilleur site du monde qui lit plus les journaux. Mais qui lit Ring, c’est formidable parce qu’on trouve sur Ring par exemple, à l'époque des textes de Dantec sur les Arabes ou les premiers articles d’un type qui signe ses articles sous le pseudonyme de Laurent Obertone. Qui est un journaliste qui travaille dans un journal régional quelque part dans l’est de la France et qui signe sous le pseudonyme de Laurent Obertone sur Ring, des articles pour expliquer que la civilisation française est morte, que. Les mosquées poussent partout en France, qu’on est menacé par mon Valls. C’est assez, je chante, Voilà, vous voyez, Vous voyez le topo ? Eh bien, Houellebecq est ce qui fait. Il lit ses textes, il laisse même des commentaires sur les sous les articles à retrouver. C’est drôle parce que c’est tellement naïf Donc, il est invité à l'Élysée à dîner et il décide d’inviter le patron, le créateur de ce site et Laurent Obertone parce qu’il aime ses articles et qui vibre pour sa maman.
David Dufresne
et Laurent Obertone qui à l'époque n’a pas encore publié.
François Krug
Non, non, non. Il débute, il a fait une dizaine d’articles hyper violents, on va clairement voir d’extrême droite. Là, tu n’y as pas de questions. Et Houellebecq ne le connaît pas physiquement.
David Dufresne
Et donc, Houellebecq amène l'équipe de ring à l'Élysée
François Krug
à l'Élysée. Ils sont autour de la table. Et pour expliquer regardez, pour expliquer à Sarkozy, regardez, c’est Laurent Obertone. Vous ne connaissez pas ?Ce sera bientôt le plus grand pamphlétaire.
David Dufresne
C’est le grand polémiste de demain. Il se souvient néanmoins qu'à table, Waldeck fait son éloge au chef de l'État. C’est le grand polémiste de demain, puisque c’est Obertone qui résume, c’est ce dîner.
François Krug
Et donc. Donc voilà, comme ce n’est pas rien d’inviter ces gens là chez Sarkozy. Ensuite, ce qui va se passer, c’est qu’ il le cite effectivement comme. Ça a été dit tout à l’heure, va se transformer en maison d'édition qui va s’appeler Ring aussi, que Ring va se faire connaître par le bouquin d’un certain Laurent Obertone qui va La France Orange mécanique, une espèce d’amalgame de plein de faits divers où évidemment l’agresseur n’est pas, n’a pas la peau blanche et pas forcément la nationalité française.
David Dufresne
Pour montrer que si tu veux parler comme eux, ce n’est pas un Suédois.
François Krug
C’est pas un Suédois.
David Dufresne
C’est le genre de saloperies qui peuvent écrire. J'étais en train de chercher que tu parles. Les ventes d’ Obertone sont sidérantes. Le nombre d’exemples, je sais plus où ces études tu les donnes,
François Krug
Si je les donne.
David Dufresne
Il a écrit trois bouquins qui deviendront des dizaines de milliers d’exemplaires.
François Krug
. C’est ça le type, il est quand même invité chez Ruquier le samedi soir, il est d’accord, il fait la couverture de Valeurs Actuelles, ok. Et ça c’est une chose, c’est sa place naturelle. Mais il est invité chez Ruquier, il est invité et il va expliquer, le lance. Enfin le vieux thème de l’ensauvagement de la société à qui revient à la mode maintenant, on a le droit de dire l’ensauvagement même quand on n’est plus d’extrême droite. C’est un bon exemple de Ah oui, d’accoutumance à la haine. Un dit un discours qui n'était pas eux, qui n'était pas banal et encore quelques années. Bon après on peut s’en plaindre ou pas. Personnellement, je trouve ça plus que regrettable, mais voilà. Bon. Et donc Houellebecq va se, comme devient un peu un compagnon de route de ce de ce site et de cette équipe. Il va donner des interviews, la plupart des grosses interviews à son site, il va leur donner un sacré coup de pouce que même le plus grand écrivain de l'époque ou le plus célèbre ou le plus. Apporte sa caution A ainsi que le grand public n’a jamais entendu parler et qui en plus cette femme plus que très adroite et c’est typique, c’est typique de Houellebecq c’est qu'à un moment, quand les journalistes commencent à lui demander Mais alors quand Laurent Obertone devient ça, ça devient connu. Quand des gens disent que des journalistes commencent à demander à Houellebecq, alors il est très proche de Laurent Obertone. Ben ouais, avec le rétropédalage quand il va dire oui, non, je ne suis pas trop d’accord avec ce qu’il dit et puis voilà, il va passer à autre chose. Mais sa carrière est une succession de. D’amitié comme ça, avec des gens qui lui paraissent attirants, sont sympas, ils sont jeunes, c’est cool. Je vais leur filer un petit coup de main.
David Dufresne
Alors j’ouvre un tout petit peu pour arriver à la réception de ton livre. Mais d’abord, je voudrais quand même. Alors j’ai mal noté. Je ne sais pas pourquoi j’ai noté page 69, mais il y a un personnage qui apparaît dans ton livre dont on n’a pas du tout parlé depuis le début. C’est Raphaël Sorin, qui est un éditeur venu de l’extrême gauche, qui qui quitte, qui est un personnage de l'édition, qui est un mec affable et qui a déniché des talents dingues. Donc Houellebecq, on peut le dire et si je comprends bien, en fait, Raphaël Sorin, il va se retrouver à travailler chez Rageot, en fait.
François Krug
Oui, oui, oui.
David Dufresne
Et ça, je l’ai découvert dans ton livre.
François Krug
Il devient directeur littéraire chez Fringale. Quand c’est devenu une maison. Déjà, il collabore au site, mais plein de gens collaborent aussi sur le site. Vous aviez des auteurs, des contributeurs qu'étaient Renaud Camus. Pour le plus, le plus marqué idéologiquement, mais des gens, Jean Philippe Murray, des gens comme ça. Mais voilà. Et donc Raphaël Sorin, comment ça contribue un petit peu à ce site, le trouve marrant et devient directeur littéraire de cette campagne de ring. Quand ça devient maison d'édition en mode bulle littéraire. Il a fini sa carrière dans l'édition, il avait 70 et quinze francs et grosso modo, vous êtes jeune, vous voulez vous lancer dans l'édition marchande des livres ? Je vais vous expliquer et je vais vous aider. Et on va dénicher des auteurs ensemble. Et donc on va éditer la France Orange mécanique et puis éditer des auteurs complotistes. Urbanité à côté, il n’y a pas que ça en sourdine. Et non, il y a du polar et de la science-fiction et des bouquins sur le rock. Je crois que je vais dans Bio de Daniel Darc, de Noir Désir, ce genre de truc. Et Mémé. Mais Sorin, ouais, qui vient de vient de l’extrême gauche littéraire. C’est le Sagittaire et son champ libre de grosseur.
David Dufresne
Libre. Le champ libre. Les maisons d'éditions de Guégan et de Lebovici qui avait publié la maison d'édition proche de Debord.
François Krug
Où est le Débord et qui sera dans ces maisons d'édition là ? Il a dû éditer des gens comme Bukowski, Charles Bukowski, des auteurs comme ça et. Voilà qu’on ne lisait pas en France à ces endroits. Et puis après, il est devenu éditeur dans l'édition mainstream. Et il a fait décoller la carrière de Houellebecq. Et puis, et puis il finit comme ça chez G. Ring, un fleuron. C’est un bon exemple de. Un bon exemple d’accoutumance et de passage d’un extrême à l’autre. Mais c’est en fait moi ce qui m’intéressait dans cette enquête lorsque je raconte
François Krug
C’est que ton livre pour l’histoire commence dans les années 80, début des années 90 en quelque sorte.
François Krug
Ils ne sont pas imperméables à l’extrême droite, c’est pas moi. Et ce n’est pas vrai que la gauche domine le débat idéologique en France maintenant. Et il faut le dire, qu’on soit de gauche ou pas, peu importe, on a 100, On s’en fout de savoir pour qui je vote, pour toi, pour qui tu votes, mais le fait est que c’est l’extrême droite qui donne le tempo culturel et idéologique. À un moment, il faut le dire et ça a changé. Ce n’était pas le cas il y a 30 ans, ce n’est pas le cas il y a dix ans, c’est on s’est accoutumé, on sait, ça s’est banalisé et c’est. Voilà. Il y en a qui se sont réjouis aussi, formatrices, mais à un moment, il faut appeler les choses par-là, donc à l’extrême droite et là. Et puis en trois questions
David Dufresne
Questions du chat dans votre travail ou vous trouverez des éléments de réflexion, c’est Félix Masse qui vous pose cette question. Avez-vous trouvé des éléments de réflexion sur la question de la porosité entre littérature et politique ? Sur une ambiguïté qui reste entre récupération des idées par les politiques, travail de propagande par les littéraires comme on a pu le voir dans les années 20-30 entre Mussolini et d’Annunzio.
François Krug
C’est un peu ce qui s'était dit tout à l’heure sur le fait que je pense pas que ces écrivains, d’une part, se considèrent comme je ne pense pas qu’ils se considèrent comme des militants, ce je pense que ou ils papillonnent un peu, ils vont prendre des idées ici et là et puis ils font leur propre sauce quoi. Et donc je pense que je ne pense pas que ce soit du un en eux, du militantisme conscient, organisé, structuré et coincé, ce qui n’est pas le cas effectivement des auteurs des années 20, 30 ou 40. Je ne pense pas. Ils ne sont pas aux ordres de. Oui, travaille pas pour l’extrême droite fâchée. Tu vois, c’est clair comme réponse ?
David Dufresne
Si, si.
François Krug
Après, je ne suis pas sûr d’avoir tous les éléments de réponse à la question. Mais. Mais c’est ça qui est difficile ce côté très nébuleux. Alors effectivement, pour revenir, on a choisi un sous-titre qui est plus rentre dedans et qui affirme un point de vue, mais j’espère que le livre est plus subtil et qu’on découvre que c’est un peu une question nébuleuse quoi. Mais ça l’est pour finalement c’est le c’est comme ça. C’est aussi un symptôme de ce qui se passe en France où des gens. Des gens normalement constitués ou bien-pensant tout d’un coup vont voir ou sortir un truc, un truc énorme et reprendre une idée qui est extrêmement rare pour les choses. C’est comme si les digues et les barrières sautaient, des fissures. Et je pense que c’est pareil pour signer pour ses écrivains. Ils ne sont pas forcément, comme je disais tout à l’heure, ils sont. Je n’irais pas jusqu'à dire qu’ils sont d’extrêmement parce que j’en sais rien. Alors quand on n’a pas parlé, je peux pas. En revanche, si on se base uniquement sur les faits, ils ont des connexions et reprennent des idées d’extrême droite.
David Dufresne
Mais quand on ne livre pas pareil. Il y a un peu plus d’un mois maintenant. Moi je le découvre parce qu’il y a une couverture médiatique, ça démarre sur les et ça démarre très bien. Je tape Mediapart, il y a l’Obs. Donc je me dis bon, le gars il n’a pas besoin de poste etc. Puis après dis-moi si je me goure. J’ai eu l’impression qu' une fois qu' une presse a tendu on va dire qui met des bonnes feuilles ou qui dit voilà, ce livre existe, il faut lire Jules. J’ai le sentiment, mais peut être que je me trompe, qu’il y a eu plutôt euh on ne parle pas vraiment de ce bouquin. J’avoue que je n’ai pas lu les critiques de la presse d’extrême droite dont tu parlais et je ne regarde plus ses news depuis que ça existe en fait. Donc je ne sais pas ce que CNews a pu dire, mais déjà est ce que dans la critique favorable pour ton livre, il y a eu un deux temps comme ça ou pas ? Où dans le monde la promo suit son cours ?
François Krug
En fait, c’est un peu prévisible quand le bouquin je ne le considère pas comme un bouquin de gauche. C’est très faux cul que j’aime dire, mais voilà, il est de droite. Mais il n’est pas militant ? Mais ce qui est sûr, c’est que les deux, les deux camps s’en emparent et forcément, la caricature. Jamais la presse de gauche ne l’a soutenue. Ouais, je vois que vous avez fait le plein de la presse de gauche et là, la presse de droite…
David Dufresne
Et qui a cartonné.
François Krug
Il y a ceux qui cartonnent et puis il y a ceux qui ne disent strictement rien, mais eux, parce que les écrivains en question sont chroniqués chez eux. Donc voilà, il n’y a rien eu dans le passé. Il y a des petits trucs dans le monde et les auteurs, les journalistes du Figaro ont attaqué le bouquin, mais via les réseaux sociaux. Il n’y a pas eu de papier dans Le Figaro, par exemple. Le Figaro. Il y en a dans Le Point. Franz-Olivier Giesbert a expliqué que c'était un pamphlet débile parce que certains attaquaient à, je cite, notre ami Sylvain Tesson. Donc voilà, tout ça au nom de l’amitié. Mais alors.
David Dufresne
Est ce que dans les critiques, par exemple, Libération à qui t’as consacré une bonne heure, une bonne place, qui a bien aimé, dit à un moment donné, n'échappera toutefois pas à l’accusation de procès en fréquentation interdite.
François Krug
Oui mais en fait. Ce n’est pas une question d’interdire les fringues, de dire qu’on fréquente des gens douteux, c’est qu’est ce qu’on fait avec ces gens douteux ? Yann Moix qui a fréquenté des révisionnistes. Pourquoi pas ? Peut-être que ça vous est arrivé à nous tous de fréquenter des Réunionnais sans le savoir. Mais qu’est ce qu’il a fait avec eux ? Est ce qu’il a fait des choses avec eux ? Oui, oui. Weber a fréquenté des gens de L’action Française, mais il y a des gens de Pierre. Moi, pour mon boulot. Pour le boulot, j’ai dû rencontrer des gens de L’action française et ma foi était forte. C'était très cordial, enfin très cordial. On ne s’est pas tapé dessus moi et mes amis, mais je ne suis pas allé faire de conférence. Ils veulent aller faire des conférences chez eux, ce n’est pas assez. Il a les plombs, il a fait des choses avec eux. Sylvain Tesson, très bien. Il a pu croiser Dominique Venner il a tout lui. Et ça ressort dans ce qui est une danse qui propose au public et que le public applaudit. La renommée, mais sans les fréquentations des mêmes Buena Vista. Je reviens avec. Je vais essayer de mieux répondre. Les fréquentations en elles-mêmes ne veulent pas dire grand-chose. C’est ce qu’on fait de ses fréquentations, toi et moi. En fait, je ne suis pas journaliste littéraire et donc c’est un bien grand mot. Dire journaliste d’investigation ou politique, c’est un autre débat. Mais je pense que j’essaye d’appliquer au milieu littéraire les mêmes principes, les mêmes, les mêmes méthodes que celles qu’on applique, que j’applique quand je combats sur Alexandre Benalla ou j’ai fait des enquêtes sur McKinsey par exemple pour montrer les connexions entre ce cabinet consulting et la Macronie. Ben voilà, si vous essayez d'établir des réseaux et après, une fois que vous avez établi le réseau, vite, vous essayez de voir quelles ont été les actions de ce réseau. Est-ce que le fait qu’untel prendre un verre avec untel, ça veut dire quelque chose ? Ça a débouché sur quelque chose ? Si oui, il y a une histoire. En l’occurrence, c’est le cas pour ces écrivains.
David Dufresne
Je déteste le langage non verbal est très puissant.
François Krug
Et donc ce n’est pas uniquement le problème des connexions, c’est qu’est-ce que qu’est-ce que ces gens font de leurs connexions ? Mais il faut que j’applique, c’est ce qu’on fait, je ne sais pas moi, évidemment, quand on bosse sur des entreprises qui font les frais de l'évasion fiscale, on va essayer de retrouver les mouvements des flux financiers.
David Dufresne
Oui, en Afrique, vous les suivez par où ils passent ?
François Krug
J’ai été juge, évidemment, je savais que ça serait que c’est ça qui compte, comme ressortirait. Parce qu’on ressort beaucoup d’un livre qui a été hyper important dans ces pages.
David Dufresne
J’allais y venir.
François Krug
Le rappel à l’ordre en 2002. Lindbergh qui était un essayiste, un philosophe, un politologue, un historien, enfin pas du tout ce que je suis, un universitaire, un chercheur, quelqu’un qui s’y connaissait vraiment, fait ce bouquin, le rappelle à l’ordre pour dire que. Dans le milieu intellectuel. Les réacs sont en train de prendre le pouvoir. Et son livre est un pamphlet. Un pamphlet très bien écrit, très bien réfléchi, mais très bien. Écrit et qui par un truc à l’emporte-pièce pour expliquer que voilà, vous avez un livre à expliquer au tel ou tel que Finkielkraut est un réac, Houellebecq et réac et les premiers à dire que Le Dantec est réac, Et qu'à un moment faut ouvrir les yeux sur le fait que la France est en train de changer même le milieu intellectuel est en train de vriller et devrait devenir de plus en plus réactionnaire.
David Dufresne
Après une enfance comblée, encore une fois ce qui lui est reproché ? C’est par exemple encore en parle encore aujourd’hui quand il a reçu Plenel sur France Culture et il lui parle de ce livre en me disant qu’il a un traumatisme en disant oui, mais c'était des listes d’intellectuels qui étaient faites, vous vous rendez compte ?
François Krug
Oui, c’est vrai, ça s’est très argumenté, mais c’est effectivement au final, ça fait une liste de néo réacs comme ça ou les néo excellemment, ça fait des listes. Moi, ce n’est pas ni un récit, c’est l’histoire. Je prends des personnages, je les suis et ce n’est pas pour désigner des gens qui absolument. Qui faudrait pendre quoi ? Ce n’est pas le but. Moi c’est une histoire. Et encore une fois, je résume ça de façon idiote, mais en l'écrivant et en l'écrivant effectivement, très simplement et avec le minimum d'émotion, de parti pris, je me dis je veux que ce bouquin puisse être lu par des fachos et qu’ils y trouvent aussi un intérêt. Je dirais qu’ils ne sont pas d’accord avec moi, mais au moins c’est au moins le boulot est bien fait et il n’y a pas de. Je ne sais plus pourquoi je disais ça, mais tu me dis le, tu me disais oui, ça, le côté police flic.
David Dufresne
Oui, police de la pensée, tu vois.
François Krug
Oui, vas-y, je secoue mais j’avais comme j’ai dit, tant que je pense à une réponse, Désolé mais comme tu es très sympa, tu me laisses te couper le sifflet.
David Dufresne
Bravo et on va au-delà pour t'écouter.
François Krug
Mais Comment dire. Voilà, ce n’était pas de moi. Mon idée c’est pas de désigner des cibles en quoi, mais c’est forcément vécu comme ça. Parce que de toute façon, il y a ce traumatisme de ce bouquin, de le rappel à l’ordre. Et puis parce que tu ne touches pas aux écrivains.
David Dufresne
rappelle à l’ordre. Voilà qui date de 2002. Et quand j’ai fait mes petites recherches avant cette émission de ce matin, j’avais complètement oublié. C’est le même éditeur, c’est Le Seuil, c’est un média À. Et B. Est ce que c’est de gauche, enfin qui fût à gauche.
François Krug
Que suis-je ?
David Dufresne
Je rigole, mais bon classé à gauche.
François Krug
Et à droite plus que d’autres.
David Dufresne
Donc voilà où nous en sommes, mon brave monsieur. C’est triste, non ? Mais tu vois, Est ce que dans l’idée du seuil, il y avait peut-être cette idée là parce que c’est un livre, là, on parlait de ce livre-là, de Daniel Imbert, de 2002. Donc, y a plus de 20 ans, qu’il agit encore quoi dans les dans les esprits, dans le landerneau éditorial, etc. Et est ce qu’il y avait un peu cette idée-là de par ton éditeur pour te publier, toi, sur ce ton ouvrage là ?
François Krug
Ça je sais pas, parce que je ne suis pas dans sa tête, mais on n’en a pas. Non, honnêtement, je ne crois pas en c’est, ce n’est pas pour cirer les pompes de mon éditeur deux que j’apprécie beaucoup par ailleurs. Mais voilà. Je suis venu avec cette histoire que je voulais raconter, en sachant pas trop si j’ai été intéressant, en me disant aussi qu’il y avait très peu de chances d’en faire un livre parce que ça parlait du milieu littéraire et mon éditeur a trouvé ça hyper intéressant et m’a donné la vraie carte de carte blanche. Mais je ne pense pas qu’il y ait de filiation avec le bouquin de Lindenberg.
David Dufresne
Ça fait plus de 3 heures. François parce que moi, pour tout te dire, je m'étais dit oh cette émission, ça va être tranquille. Et en fait, y a beaucoup de monde. Et oui, on est là, on est là. Et j’aimerais bien savoir pourquoi les gens sont avec moi. Évidemment, tout ce qui est extra Moix, ça m’intéresse. Mais je ne m’attendais pas à ça. Alors est ce que ça veut dire que ton bouquin cartonne ?
François Krug
Je ne sais pas, Oui, et le moment de mettre me remettre les idées en place, les écouter ?
David Dufresne
Quelle drôle de question
François Krug
Je ne sais pas, je ne sais pas. Je n’ai pas les chiffres et je ne les demande pas. Parce que s’ils sont mauvais, je n’ai pas envie de me dire….
David Dufresne
Et écoute, pourquoi les gens sont là, mais en fait ils sont avec nous, ils participent par le chat.
François Krug
Mais on m’a dit aussi, l’argument qui revient souvent c’est de dire ah ouais mais passons, c’est toujours comme ça les gens de gauche qu’on n’est pas d’accord avec vous, ça veut dire vous nous aidez, nous écrivez comme des fachos et balayez devant votre porte. Pourquoi vous ne faites pas un truc sur l’extrême gauche littéraire En vrai, ça m’a surpris parce que je ne m’étais jamais posé la question de ce qu’il fallait faire. Un truc sur l’extrême gauche littéraire. D’une part parce que ce n’est pas mon sujet, parce que moi, je sais pas du tout si j'étais journaliste sportif et que je faisais un bouquin sur le foot, quelqu’un qui viendrait dire le pourquoi pas un bouquin sur le basket. Donc c’est quoi l’extrême gauche littéraire ? Quels sont les écrivains en vue qui pourraient être étiquetés d’extrême gauche ?
David Dufresne
Si on dit gauche c’est la gauche
François Krug
Non mais voilà. Mais si tu prends, si tu prends Annie Ernaux, bah je suis désolé, elle ne se cache pas de ses opinions. Tu prends Virginie Despentes, elle ne se cache pas de ses opinions, tu prends Édouard Louis. Il ne se cache pas. Donc est ce qu’elle dit "Soit moi je suis journaliste. Ce qui m’amuse et c’est les trains qui n’arrivent pas à l’heure. Et c’est des gens qui cachent des trucs et qui racontent des choses. Enfin, on fait quoi dans ce métier pour dire aux gens j’ai une super histoire à vous raconter à ce niveau-là, je vais vous la raconter sur l’extrême gauche. Là, il y a rien à raconter, il y a des tonnes de bouquins qui ont été faits et ils ne se cachent pas. Là, on a des auteurs qui ont l’air totalement apolitique, mais qui sont liés à l’extrême droite. Et à un moment, bah écoutez les gars, l’extrême droite, elle est devenue omniprésente politiquement. Il y a 88 députés Rassemblement national à l’Assemblée à un moment. Ce n’est pas un délit, c’est pas un crime de dire extrême droite. Assumez-le, quel que soit le code, que le débat des idées soit clair. Quoi que les gens. Ne se cachent, ne se cachent plus. Ayez le courage d’assumer vos idées. Voilà, c’est ça mon bon message pour l’humanité aujourd’hui.
David Dufresne
Alors avec une petite difficulté, le chat en parle, c’est que certains à l’extrême gauche revendiquent aussi l’invisibilité. On se souvient du Comité invisible, l’affaire de Tarnac,
François Krug
Je fais des fautes, moi, je suis sur le bouquin, c’est sur un peu des pop stars, on les connaît, ils sont dans les médias, donc ce n’est pas comparable au Comité invisible
David Dufresne
C’est dans le blanc des techniques dans ta tête. Tu n’embêtes pas. Non, non, Je Je trouve ça rigolo que tu parles de Pop stars.
François Krug
Non mais oui, parce que c’est simple. C’est un peu des représentants de la Wii, d’une facilité idiote, mais la culture pop en France. Voilà. Vous imaginez des personnages que vous pensez écrivains même sans les avoir lus, Vous avez la gueule de Houellebecq qui vous vient en tête. Vous avez peut-être la gueule de Yann Moix qui fait son numéro sur dans les talk-show, il doit être La gueule de Méduse de Sylvain Tesson. Et donc ce sont des personnages. Et je veux que cette histoire que je raconte dans le bouquin aille vite. On peut le on peut le lire sans avoir lu les bouquins de vous, les trois personnages des trois personnages concernés, on sait à peu près qui ils sont, justement parce que c’est des personnages, les personnages, le public, le public célèbre. Je sais, j’aurais pu en prendre d’autres. Vers d’autres métiers, d’autres. Mais je sais que j’ai essayé une fois de voir si j’ai fait un petit papier un peu partout dans le monde sur le cinéma et l’extrême droite, mais en fait, c’est très dur à reconstruire. Il n’y en a pas et c’est dans le monde. C’est dans ce monde littéraire qu’on a des écrivains comme ça qui ont des fréquentations.
David Dufresne
Dans le cinéma, il y en a aussi, mais on est plus au niveau des années 80, de l'édition
François Krug
Et puis l'édition, c’est comment dire, Le cinéma, c’est une industrie où il faut être par nature, il faut être nombreux pour faire un film, un bouquin on est seul, enfin je ne sais pas comment dire, c’est plus facile je pense, et d’avoir une position personnelle plus forte qu’on est écrivain avant d'être, cela a son sens de sujet. Et en plus, j’ai déjà essayé de poser une question et je n’ai pas écouté comme d’habitude.
David Dufresne
Je vois comment tu fais tes enquêtes. Bravo ! Mon cher, mon cher François.
François Krug
C’est ça, c’est les ces salauds gauchisants.
David Dufresne
Mon cher François, j’ai été très content de faire ta découverte aujourd’hui.On a passé 3 h pas mal pour parler du bouquin. Je te ferai part éventuellement des échos qu’on aura sur l'émission. Merci c'était super intéressant. Passionnant et terrifiant te dit Martin. Voilà, Merci pour cette émission, Merci beaucoup François, Bon vent à toi et on se tient au courant. Et si jamais ne tu avais le moindre problème à cause du livre, tu es le bienvenu ici.
François Krug
J’espère que ça n’arrivera pas. Mais les temps ne sont pas marrants. A bientôt et merci pour l’invitation.
David Dufresne
A bientôt, à très bientôt. Merci, François.

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