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Immersion totale au commissariat de Roubaix

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonjour. Voilà, Mikael est là, vous avez 34 ans. Vous êtes né à Brest, vous avez grandi dans le Finistère Nord et vous êtes venu à Paris à 18 ans faire des études, Master à L’EHESS. C’est quand même là ce que l’Etat produit de mieux en islamo gauchistes, non ?
Mikael Corre
C’est vrai qu’en ce moment, c’est au cœur des débats.
David Dufresne
En fait, vous allez faire le choix d’aller piger pour plutôt la presse catholique. Comme quoi le HSS mène à tout puisque vous avez démarré avec le monde des religions, puis ensuite vous avez été trois ans à l’hebdo Le Pèlerin et vous êtes à La Croix depuis 2017. En 2019, nos services vous ont repéré sur une enquête sur les violences policières
Mikael Corre
Oui, c’est le marketing du numéro spécial. Mais moi je pense que vous pouvez l’appeler comme vous voulez.
David Dufresne
Un numéro spécial. Alors je vais montrer tout à l’heure que je l’ai lu.
Mikael Corre
Ça doit faire 150 000 signes.
David Dufresne
Donc c’est un petit livre en fait.
Mikael Corre
Ouais, c’est ça, Ouais, un petit livre, on peut dire. En tout cas, c’est oui pour un article. C’est extrêmement long en tout cas. Je n’avais jamais écrit un article aussi long.
David Dufresne
Mais vous songez à le publier en bouquin ou pas.
Mikael Corre
Je pense. D’autant que dedans il y a quelques chapitres que je n’ai pas écrit.
David Dufresne
D’accord, d’accord.
Mikael Corre
Par exemple sur la paperasse, sur les accidents de la route, sur les conflits de voisinage et sur les cambriolages par exemple.
David Dufresne
Et sur les cocaïnomanes Vous avez donc passé une semaine par an pendant un an. Au commissariat central de Roubaix. Moi je dis je balance. Au départ, c’est le service marketing de la Croix qui dit toc, Monsieur Dufresne. On va, on va publier un petit machin. Tenez, voilà le PDF. Je tombe en arrêt. D’une part parce que déjà celui-ci, c’est la charte graphique d’Au poste qui est respectée. C’est orange et noir. Donc déjà je me dis bon, ça c’est un très bon point. Je dévore le truc. Et c’est vrai que je me suis dit bah au fond, c’est génial que La Croix fasse un truc pareil. Laissez un de ces journalistes travailler une semaine par mois sans apporter quoi que ce soit, c’est-à -dire que c’est un investissement en temps, en argent, etc. C’est un engagement de la part du journal qui se fait quasiment plus aujourd’hui, qui se faisait il y a 20 ans, 30 ans, mais qui ne se fait, qui ne se fait plus gérer. Et je m'étais dit ouais, ça va peut être pas intéressé grand monde, sauf évidemment Auposte. Et en fait, en fait, là, ce matin, vous êtes en fin de promotion. C’est à dire que je vous ai entendu à France-Inter Le service marketing de la Croix est redoutable quand même.
Mikael Corre
Je n’en reviens pas, ce qui me marque, c’est le spectre des retours. C’est-à -dire quand on a on arrive avec cet objet Enfin, j’arrive avec cet article dans un moment de la campagne où on parle de sécurité, donc de manière extrêmement clivée politiquement. Tous les candidats ont leurs idées, Puis moi j’ai envie avec cet objet qui finalement est certes pour dépolitiser au maximum le sujet pour parler de la police, un peu comme je l’ai vu, j’essaye sans complaisance mais avec aussi des choses très humaines. Et en fait ça parle à plein de gens et ça je suis, je suis, je suis bien au ressenti.
David Dufresne
Alors Michael Cela dit, c’est peut être là où il y aura discussion entre nous sur le fait que justement vous avez politisé la question. Mais je comprends très bien la démarche. On va être bref, on va en parler. Alors je fais un petit point, un petit point de lecture Je vais vous piéger et ça va bien se passer. Alors vous expliquez. Justement page quatorze, à l’heure où la police fait l’objet d’incessants débats, je voulais comprendre ça. J’adore parce que déjà vous parlez à la première personne et ça, ça me plaît. Voilà, un côté Gonzo qui me plaît et qui affirmé Je voulais comprendre ce que c'était qu'être flic, entrer dans leur tête, raconter ce qui se passe, surtout quand il ne se passe rien. Pas grand chose à raconter. Le quotidien, les contrôles, la paperasse, les découvertes de cadavres, les autopsies, les points de deal, les auditions, les accidents racontés aussi, les découragements que font les policiers concrètement et avec quels gestes, quel ordre reçoivent ils et pourquoi, et quelles sont leurs limites ? C’est ça le point, le point de départ. Et alors ?
Mikael Corre
Oui, voilà, c’est ça le point de départ. Le point de départ, c'était aussi une espèce de fatigue d’entendre toujours parler de la police de manière réformiste. C’est à dire il faudrait, je vais rejoindre un petit peu déjà la limite que vous allez amener plus tard sur peut être la dépolitisation, mais cette idée que la police, il faudrait plus ou moins l’armée, plus ou moins mieux, l’organiser, recruter comme ci ou comme ça. Et en fait moi je n’ai pas de jugement sur ces différentes propositions. Mais à un moment donné, même en tant que rue Bricard, j’avais le sentiment de ne pas avoir de prise. J’avais un sentiment d'être saturé de discours de spécialistes, de syndicalistes, de et en fait de pas savoir moi même comment bien les doser, comment bien jauger. Et en fait, pour être plus concret, comment ça s’est passé ? La genèse de ce travail, c’est que quand j’ai fait le boulot sur les violences policières, je n’étais évidemment pas le seul à travailler sur les violences policières. D’autres travaillaient sur ces questions depuis plus longtemps et mieux que moi, et à commencer par vous, Mr Dufresne. Moi, je me suis posé la question qu’on se pose toujours quand on aborde ce genre de sujet, c’est qu’est ce qui n’a pas été fait ? Et en fait, sur les violences policières, je trouve que c'était les policiers qu’on entendait peu à part pour dire des conneries. C’est-à -dire qu' il n’y a pas de violences policières, ce qui est un mensonge. Et du coup, j’ai voulu faire un article dans lequel il y avait que des policiers qui parlaient mais qui parlaient de violences policières. Donc ce sont des policiers qui parlent de leur violence, qui parlent d’un coup de poing, qui parlent d’un tir de LBD illégal, enfin voilà, et qui nous expliquent le contexte psychologique, les ordres, etc. dans lequel ils avaient tiré. Et à ce moment-là, j’avais contacté pour la première fois le ministère de l’Intérieur, le SICOP donc, est le service de presse de la police nationale. Donc là, on est en 2019, avant votre film. Et je leur avais dit : Voilà, je vais faire un article, on est en septembre 2019, si j’en crois ce que vous avez écrit.
David Dufresne
D’ailleurs, la première phrase que vous allez bosser sept ans dans. Le six coups, le six comme la maison qui dit non normalement. Pour les gens qui nous écoutent, quand on ne veut pas d’infos, on appelle le SICoP Et c’est à peu près ça.C’est votre expérience depuis un certain nombre d’années, je sais que. D’autres journalistes, notamment radio télé, travaillent beaucoup avec les syndicats, mais dès lors qu’on est dans une position critique, alors là, le SICOP c’est alerte rouge quoi. Mais, mais, mais vous, ils vous donnent Comment ça se passe ? Parce que vous évoquez en introduction que vous les contactez, vous ne dites pas exactement ce qu’ils vous ont dit et comment ça se déroule.
Mikael Corre
C’est important en fait. Donc la première fois, c’est avant septembre 2009, c’est sur le précédent article. Et en fait je leur dis voilà, je vais faire un article sur les violences policières dans lequel il y aura des policiers qui parlent en off. Donc c’est-à-dire dans le mois, ils ont le devoir de réserve, donc ils n’ont pas le droit de parler. Et je leur ai fait un mail en leur disant moi je ne veux pas, je vous demande pas accès à un reportage. J’aimerais bien avoir accès pendant deux ou trois jours à un commissariat parce que je ne connais pas. Je n’avais jamais écrit sur la police en fait, parce que je ne sais pas ce qui se passe dans un commissariat. Je ne connais pas le travail de police et je pense que j'écrirais mieux mon article en ayant cette connaissance là. Mais par contre, soyez bien conscients que si vous lisez l’article sur les violences policières de cette immersion là, j’en ai repris un encadré. Et en fait, il se trouve qu'à la suite de cet article là, il y a une personne, notamment aussi qui a trouvé que j’avais fait un travail sincère. Et du coup, ben quand quelqu’un au ministère de l’Intérieur vous manifeste un peu d’intérêt quand vous êtes journaliste, la première question que vous vous posez quand vous êtes à peu près équilibrée, c’est qu’est ce que je vais pouvoir ? Comment je vais pouvoir le monétiser, comment je vais pouvoir le faire, le monétiser ? Vous m’avez compris. Qu’est ce que je vais pouvoir en faire entre guillemets ? Et c’est là où j’ai fait cette demande tout de suite, d’une longue immersion dans un commissariat en disant Mais en fait, je ne m'étais pas rendu compte que je comprenais aussi peu le travail de policier. Concrètement. Et à ma grande surprise, ça a été autorisé. Donc on va pouvoir parler des conditions si vous voulez, parce que ça, je pense que ça intéresse absolument.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr, j’ai juste failli à tous mes devoirs, mais ça, c’est une habitude. Ici, on me demande : est -ce que c’est disponible sur Internet ? Alors, il y a des parties qui ont été publiées sur le site de La Croix, le dessinateur ? Évidemment, j’aurais dû commencer par là. Il s’appelle Stéphane Jarry. Et effectivement, l’article est richement illustré. Et d’ailleurs on va y passer un certain temps, je vais feuilleter le livre. Mais voyez là dessus, je vais feuilleter la revue. Et il y a ces dessins de Stéphane Jarry qui dit d’ailleurs à la toute fin qui a droit à son petit encadré, ce qui est très, très, très chouette, où il explique grosso modo que lui aussi est venu à Roubaix et qu’il s’est inspiré d’une petite série américaine.
David Dufresne
qui s’appelle Ailleurs. Euh, voilà, c’est ce qu’il dit. Ils sont forts en marketing
Mikael Corre
Non. Mais quand Stéphane est venu à Roubaix parce qu’on ne voulait pas qu’il illustre mon papier en fait, parce que ça aurait été fait, ils auraient réinterprété des scènes, Et là, on fait vraiment austère En fait, c'était vraiment des photos qu’il a recomposé. Et quand il est arrivé à Roubaix, on avait un temps assez contraint et du coup je l’ai amené. Enfin, j’ai demandé qu’il monte avec le GSP parce que c’est une unité. Le groupe de sécurité publique, c’est une idée. Les acronymes, c’est vraiment l’enfer, mais on en reparlera. C’est une vraie passion, ça.
David Dufresne
C’est une vraie question.
Mikael Corre
Qui a une unité avec laquelle j’avais beaucoup tourné. Et donc on est à peine sortis du commissariat boulevard de Belfort qu’il y a une qui en appelle sur les ondes. Normalement, pas pour ce type d’unité, mais en fait, c'était à une personne qui s'était suicidée à l’arme à feu dans son dans son appartement et donc c’est la première. Voilà, c’est la première intervention qu’a vu Stéphane Jarry donc ça a énormément marqué. D’ailleurs, elle est dessinée avec une délicatesse rare parce qu’en fait il n’a pas, été justement cherché l’extraordinaire. Et je trouve que cette image se résume à elle seule. C’est un moment où on voit les pieds c’est celle ci
David Dufresne
Michael ici, c’est un peu la police judiciaire. Ici, on bosse nos notes, nos dossiers, d’accord. Alors voilà, six dessins, là, voilà qui est très beau. C’est ça ?
Mikael Corre
Ah ouais, Non, mais voilà. C'était vraiment un super moment en fait. En fait, c’est une manière de travailler avec les journalistes. On est habitués à travailler comme ça, avec des photographes en fait. Oui, on travaille avec un illustrateur, mais quelqu’un qui est un journaliste, en fait, c’est un deuxième journaliste.
David Dufresne
Alors il y a plein de questions dans le chat. Je vous le dis à tous et à toutes. Jessie, que je salue avec Euryale, est en train de thématiser vos questions. Là déjà je vois réactions, journalistes, police, invités. On va y passer. Et oui, évidemment, on va parler de la question de la manipulation. Il y a déjà des questions autour du travail de Valentin Gendreau qui est d’une certaine manière opposé à celui de Michael et ce serait intéressant qu’on en parle tout à l’heure. Mais d’abord, continuons à parler du travail de
Mikael Corre
C’est une anomalie que vous soyez en train de le lire et qu’on soit en train d’en discuter. C’est pour ça que on va discuter de toutes les limites de ce travail parce qu’il y a plein de questions de méthode sans moi, vraiment, je suis très tranquille avec ça. Mais c’est une anomalie parce qu’en fait, le SICOP et donc le ministère de l’intérieur me dit assez vite oui, ok pour une immersion longue et la direction générale de la police nationale me dit assez vite ok pour une immersion longue dans une sûreté urbaine, donc un commissariat sans relecture. Mais une fois qu’on a dit ça, en fait moi sur le moment j'étais vraiment content parce que je me disais bon c’est bon. En fait, après, ça a encore pris sept mois parce qu’il fallait que je trouve un commissariat qui accepte de l’accueillir. Donc avec des commissaires qui comprennent la démarche qui me laissent libre et qui eux même acceptent pas de relecture, c’est à dire concrètement qui prennent un risque quand même. Il fallait que je trouve une direction départementale qui veuille bien. Il fallait que je trouve aussi une procureure qui veuille bien, parce que moi je ne voulais pas seulement avoir accès aux voitures, je voulais avoir accès aux auditions, aux perquisitions à l’origine. Et les perquisitions, on en parlera, mais je n’ai pas accès aux perquisitions.
David Dufresne
Parce qu’en fait. Les perquisitions, vous les racontez depuis la fenêtre puisque pour des raisons juridiques. Vous n’avez pas le droit d'être sur la scène en tant que tel. Voilà.
Mikael Corre
Parce qu’il y a un arrêt de la Cour de cassation qui a fait annuler une perquisition parce qu’il y avait une équipe télé pendant cette perquisition. Donc, en fonction des parquets, il y a une interprétation un peu différente. Certains parquets se disent bon, si c’est un journaliste de presse écrite, il a juste un carnet, un stylo, ça va aller. Mais d’autres se disent OK, aucun journaliste donc d’abord, j’avais eu plusieurs idées de commissariat, donc certaines je les ai écartées parce que les commissaires allaient me donner un accès restreint à certaines unités ou je les sentais trop dans le contrôle, ça allait pas le faire. D’autres parce que les commissaires ont finalement eu peur. Et ce que je peux comprendre. Et faut quand même le dire, c’est la maison police. Ce n’est pas une maison dans laquelle il y a une culture de la transparence.
David Dufresne
Là, ça on peut le dire et voilà.
Mikael Corre
Et on ne peut pas totalement en vouloir aux policiers parce que c’est cette absence de culture de la transparence qui est au fait une absence de culture démocratique de mon point de vue. En fait, elle commence au ministère. Alors à la fois on peut voir le fait qu’il met autorisé ça comme commune, comme une relative ouverture, ou alors comme une anomalie, je ne sais pas encore très bien comment l’interpréter. En tout cas, je pense que c’est bien en soi. Donc en fait, comment ça s’est passé ? Carole Etienne, qui est la procureure de Lille, m’a donné les accès à demander plus de la rencontrer plusieurs fois. Ce n’était pas ça. Ce n’est pas fait. D’un simple coup de fil, une procureure, elle vous dit pas non mais c’est bon, vous allez pouvoir aller vadrouiller avec mes enquêteurs comme ça. Il a fallu vraiment discuter. Entendre aussi certaines de ses craintes, notamment sa grande crainte, c'était vis à vis des gardés à vue, comment j’allais travailler. Donc en fait, moi je me suis engagé pas par écrit parce que j’ai refusé de signer aussi des conventions, ce genre de choses. Parce qu’en télé, ça se fait beaucoup, que ce soit avec les parquets ou avec le ministère. Moi j’ai rien signé du tout.
David Dufresne
Après. Il faut dire ce que ça veut dire les conventions. Il y a eu un scandale, il y a eu une tribune qui a été signée, y compris par des gens assez peu fréquentables. Et qu’importe, qui explique que la police va vraiment trop loin. C’est-à -dire que la police, la gendarmerie vont jusqu'à décrocher le soir du tournage avec les journalistes et font effacer …
David Dufresne
Voilà, voilà. Michael est de retour, c’est bon, on a l’autorisation pour prolonger la garde à vue. Donc on vous écoute complètement.
Mikael Corre
Carole Etienne, procureur de Lille. Son inquiétude, c'était que. Eh bien tout simplement que j'écrive sur les gardés à vue ou les personnes interpellées. Sans leur dire que j'étais journaliste lorsque je ne l’ai jamais fait. Voilà donc il y a énormément de discussions que j’ai pu avoir très intéressantes avec des personnes gardés à vue ou interpellés, mais je ne les retranscris pas dans ce travail. Et ce n’est pas uniquement, de mon point de vue, une question de. Bien d’accord avec la procureure. C’est aussi une question de déontologie. C’est à dire qu’une personne entravée, une personne menottée ou une personne emprisonnée, c’est une atteinte à sa dignité.
David Dufresne
Alors c’est compliqué parce qu'à l’image, c’est interdit. La loi et les télévisions notamment, on a d’info en continu, se gênent plus maintenant pour ça. Mais normalement, on n’a pas le droit de montrer ou de photographier quelqu’un entravé. Mais en revanche, alors un journaliste. Effectivement, à la convention de Genève, normalement on ne peut pas interviewer quelqu’un qui n’est pas libre de sa parole. Mais est ce que ce n’est pas aussi la limite du genre ? C’est-à -dire que. Est ce que ce n’est pas dans cette condition extrême que la personne a quelque chose d’extrême à dire aussi ?
Mikael Corre
Alors à des moments, je me suis posé la question je reviendrai tout à l’heure aux autres, après je reviendrai. Côté directions département. D’abord, il y a ce qui m'était demandé, mais sur ce point, parce que c’est essentiel. Donc évidemment, j’ai discuté avec des personnes en geôle parce que parfois j’y étais pendant 8 h. J’ai aussi discuté avec des gens sur des points de deal. Par exemple. Il se trouve que l’endroit dans lequel je logeais à Roubaix, en fait, il y avait un point de ville qui était pile entre le commissariat et mon logement. Donc le soir, je m’arrêtais sur le point de deal pour fumer une cigarette. Ça fume beaucoup.
David Dufresne
Dans cette enquête, faut reconnaître, ça fume, des roulées, ça fume du haschich.
David Dufresne
Et vous, vous avez arrêté ?
Mikael Corre
Non mais plus sérieusement, je restais discuter avec les gens et c'était un peu étonnant parce que 5 h auparavant, j’avais pu bien. Alors je débarquais sur ce même point de deal avec un avec euh, un équipage et. Et donc j’avais un brassard observateur et un gilet pare-balles. Et le ministère m’avait donné un gilet pare-balles avec écrit ministère de l’Intérieur dans une sorte de rondache, ce qui était ce qui était parfait pour mon intégration, non ? J’aurais bien aimé quelque chose de plus sobre, mais on ne m’a pas laissé le choix du. Du gilet. Ce que je veux dire par là, c’est que j’ai déjà eu des discussions, mais emmené. Je me suis dit si je donne l’illusion dans ce travail d’avoir entre guillemets, donné la parole à tous les côtés, en fait, je mens au lecteur, c’est parce que je peux, ce n’est pas possible dans une année de faire un vrai travail en étant en même temps avec la police et puis en même temps avec d’autres personnes et tout. Donc je préfère que vous lisiez ce travail et vous vous dites bah c’est que la vision des policiers ou c’est que la vision de quelqu’un en immersion avec la police, Il faudrait compléter ça avec d’autres reportages. Donc là bas par exemple sur les points de deal, mais aussi avec, je ne sais pas, dans les hôpitaux psychiatriques, dans les l’aide sociale à l’enfance, parce que je suis assez critique de oui, de ces services là. Je parle des policiers aux prises avec des réalités qu’ils ne devraient pas avoir à traiter parce que d’autres services publics sont débordés. Je préfère qu’on se dise voilà, ce n’est pas un article total, loin de là, il est limité et en fait ça mérite d’autres travaux journalistiques, c’est clair. Donc ça c’est important pour moi.
David Dufresne
Et il est limité, oui, comme tout est limité, mais surtout il ouvre beaucoup, beaucoup de choses et il bat en brèche tout un tas de tout un tas de clichés. C’est de ça dont on va parler. Mais effectivement.
David Dufresne
Et voilà, là vous êtes malin, vous désamorcez les critiques, mais d’une certaine manière. Manière comme cum, comme dit votre dessinateur. Si ces hommes sont en ligne de mire. Il faut cinq ans, c’est votre première saison, c’est du côté des flics. Et puis là, vous repartez un an, mais cette fois-ci pour un deal. Et puis là on aura une version totale. Mais déjà là, ce qu’on a là, c’est un matériau très rare. Et je le dis à moi, vous voyez, il y a des notes partout. Je l’ai lu avec passion. Je dois dire que, à certains moments, je suis un peu perdu dans le récit parce qu’il y a des personnages qui viennent, qui reviennent, qui repartent, etc. Et je me suis dit tiens, en fait, c’est peut être une figure de style aussi pour nous donner le tournis. À un moment donné, y tient peut-être comme à un policier finalement. De plus, savoir qui est le cousin de qui, qui est allé avec qui. Il y a deux ans où je me suis demandé si c'était une tournure de style ou si c'était l’urgence de l'écriture ?
Mikael Corre
Là, je pense que ça tient à plusieurs choses. Alors déjà, au moment où, à La Croix, on s’est décidé sur cette forme, en fait, j’ai eu un délai d'écriture assez court, c’est-à -dire en fait, je l’ai relu en entier une seule fois. Je n’ai pas eu beaucoup de et je l’ai écrit en en trois semaines et demi, ce qui pour la longueur du papier, pas pour moi en tout cas. C'était assez long parce que c’est assez court, pardon. Après, il y avait une tension dans ce que je voulais faire entre d’un côté, il y a, il y a du récit, il y a des personnages récurrents, il y a une histoire un peu fil rouge parce que j’aimerais bien évidemment, mon ambition, c’est que les gens, c’est que quelques lecteurs aillent au bout de ce travail. Donc il faut quand même que ce soit tenu par ma part des éléments narratifs, mais ça reste une enquête, c’est -à -dire qu’il y a du débit de Salmon dans votre travail.
David Dufresne
David Salmon, c’est donc le père des aboyeurs qui a d’abord commencé comme journaliste au Baltimore je ne sais pas Depuis, il a réédité ses chroniques. Et quand on lit, quand on lit votre papier, c’est enlevé et c’est écrit il y a de la sauce quoi. C' est super, franchement.
Mikael Corre
Bah merci parce que j’adore son travail et comme David travaille bien en général. Mais ce qui nous perd, je pense à des moments dans le récit Mais en même temps, ce qui ce qui nous raccroche aussi, c’est que je ne suis pas juste là pour raconter des scènes un peu anecdotiques. C’est que le chapitrage est clinique, C’est la question des mineurs, la question des contrôles au faciès, le trafic de bagnoles, les rodéos urbains, le tir au mortier, les émeutes, etc. Ça, c’est mon idée. C’est quand même que fait pourquoi j’ai passé un an dans un commissariat ? Ce n’est pas juste pour vous raconter des jolies histoires anecdotiques. Et puis pour ce que c’est facile pour un policier, il a toujours un ton un peu gouailleur. D’ailleurs c’est les éléments que vous reprenez dans Lancement de post, etc. Il y a une esthétique policière, évidemment. Je m’en sers dans le récit. Évidemment qu’elle est là, mais fallait qu’elle soit au service de quelque chose et en l’occurrence, elle est au service. J’espère de nous apporter des éléments de compréhension dans plein de sujets dont on débat ou qui posent question. Donc le trafic de stupéfiants, voilà, il y a plein de choses comme ça. Il y a le rapport à la mort aussi. C'était l’une de mes obsessions personnelles.
David Dufresne
On va en parler, on va reprendre le chapitrage. Je reprends juste dans l’introduction, vous citez puisque là on n’est pas chez les c***s à la Croix. D’ailleurs je précise quelque chose pour ceux qui nous écoutent. La Croix et la police, c’est une vieille histoire, j’allais dire d’amour. Il y a maintenant une trentaine d’années, un journaliste s’occupait de ces questions là. Il s’appelait il s’appelle Didier Assous. Il va travailler après à Libération. Et aujourd’hui, c’est un des journalistes de police du Canard Enchaîné. Il a écrit des bouquins sur Squarcini. Tout ça pour dire qu’il y a toujours eu. Il y a une sorte de tradition. Alors je ne sais pas, je ne sais pas si c’est ici. Je ne sais pas si ça a un rapport avec l'église ou pas, mais il y a toujours une tradition policière à la Croix. Et alors je dirai Dites moi Michael, si je me goure, c’est. Il y a un petit côté euh, catholique de gauche dans votre article. Il y a un côté humaniste dans votre article, vous essayez de comprendre le travail des policiers sans les juger. En leur pardonnant parfois certaines choses, on va en parler. Je me goure, je m'égare ou pas ?
Mikael Corre
Non, non. Après, c’est au journal. Il y a une attention quand même à la défense des libertés. Il y a quand même beaucoup d’associations catholiques dont le journal, je pense, est proche philosophiquement qui sont, je pense à la catho, par exemple, l’action des chrétiens contre la torture, qui a fait plusieurs, plusieurs rapports, notamment sur les violences policières, etc. Donc il y a vraiment cette question là et en. Ce qui amène aussi le journal à avoir toujours en moi, depuis que j’y suis, une rubrique par police, quelqu’un qui travaille sur ces questions. Vraiment. Et comme en fait, on ne fait pas de faits divers. Ça libère du temps pour d’autres types d’articles, donc des articles souvent plus intellos, plus réflexifs, etc. Sur le côté catho de gauche humaniste, je pense que j’ai essayé aussi. Enfin je pense qu’il y a une tension. Oui, évidemment, il y a un côté humaniste et un côté très humain. J’ai essayé aussi prendre au sérieux entre guillemets, les questions de sécurité parce que, en fait, quand on arrive sur un point de deal à Roubaix, qui est une ville hyper pauvre, la demande de sécurité et la demande de pôle d’une action policière ajustée, on pourra y revenir. Mais en fait elle émane des habitants de ce quartier pauvre eux mêmes qui sont qui, qui subissent un point de deal dans un hall d’immeuble. Ce n’est quand même pas rigolo. Et c’est ça. Ce n’est pas une question de vision politique.
David Dufresne
Non, bien sûr, bien sûr.
David Dufresne
Vous vouliez apporter des précisions sur les demandes du commissaire et de la direction départementale.
Mikael Corre
Voilà. Donc sans rentrer dans les détails, il y a d’autres endroits en France où ça ne l’a pas fait. Oui, parce que notamment la question des relectures posait problème. Donc là, côté proc de Lille, je vous l’ai dit, donc là ça s’est bien passé côté directions départementales. Donc la seule demande qui m’a été faite, c’est de ne pas trop insister sur la radicalisation. Alors, je me suis posé la question de ce que ça voulait dire. Donc je suis allé poser. Donc en fait, Roubaix, c’est une ville dans laquelle il y a eu beaucoup de beaucoup de bah il y a eu beaucoup de départs en Syrie. De toute façon, ce n’est pas au niveau d’un commissariat que ce genre de question se gère. Moi ce n’était pas mon sujet en soi. Il y a quand même un chapitre qui s’appelle le terroriste. Donc par correction, quelques jours avant la parution, j’ai prévenu qu’il y aura un chapitre qui s’appelle le terroriste. Mais en fait, l’inquiétude, c' était plutôt que je dise que je fais un sujet sur la police au quotidien et qu’en fait je le transforme en une enquête au long cours sur la radicalisation. Donc voilà, j’ai dit que ce n’était tout simplement pas le cas, sinon. Et la seule question qu’on m’a posée est côté commissariat. En fait, les choses se sont faites assez progressivement. C’est à dire qu’au début, j’ai rencontré les commissaires qui m’ont quand même, et ça, je tiens à le souligner tout de suite, donner accès aux réunions de commandement. Et ça, c'était vraiment intéressant parce que c’est là où on voit quelles sont les demandes qui sont faites dans un commissariat, les demandes de la mairie, les demandes de la préfecture, les demandes de la proc et ça, c’est vraiment passionnant.
David Dufresne
Et alors c’est là où c’est, là où je trouve, on voit justement de la politique, C’est à dire que vous dites j’ai essayé de dépolitiser, mais quand même, parce là, effectivement, la pression politique, la pression médiatique, on va en parler, ça c’est sûr, on va en parler. Cela dit, on va aussi parler tout à l’heure du Commissaire, Est ce qu’il y a des commissaires ? C’est un drôle de zozo quand même. Vous êtes bien tombé, mais on en parlera tout à l’heure. Alors, je veux vous citer au départ, dans votre introduction, un ami à vous qui enseigne la philosophie à Brest. Donc comme quoi vous êtes bien un Breton et à qui vous échangez, avec qui vous échangez, j’imagine semaine après semaine quand vous Revenez de Roubaix et Il vous dit Ce que tu décris montre que le travail concret des policiers a peu évolué depuis la création de la police moderne au XVIIIᵉ siècle. Et ça, vous le mettez en introduction, ce qui place tout de suite le niveau. Au départ, on n’est pas sur CNews là tout d’un coup. Mais au fond, pourquoi voulez nous dire ça ? Pourquoi vous nous mettez dans cette condition de lecture ?
Mikael Corre
Parce qu’en fait ce n’est pas de la même manière. Je n’ai pas mis. On n’a pas mis Roubaix en une sur la couv. C’est à dire c’est pas un reportage sur la ville de Roubaix, ce n’est pas un reportage sur Jean. J’ai eu envie un peu de décontextualiser ce que j’ai vu parce que à mon avis, enfin moi j’ai vraiment ressenti ça le travail de police en fait il ne change pas tant que ça, il y a, il y a quelque chose d’extrêmement comme si je ne sais pas comment l’exprimer là, mais comme si en fait tout le monde s’agitait autour de la police avec énormément de questions. Mais en fait, comme toutes ces questions, toutes ces tensions rejoignent toujours des problématiques qui sont originelles, structurelles. Je pense notamment à la tension entre le judiciaire et l’administratif par exemple. Donc le judiciaire, c’est à dire on intervient dans le cadre de la loi pour ensuite judiciariser une affaire et puis obtenir une peine, l’administratif. Là, on est beaucoup plus dans des demandes de la préfecture ou de la ou de l’armée à des demandes plus politiques. En fait, ça peut être par exemple l’occupation d’un hall d’immeuble, ou alors. Ou alors la propreté, ou alors le bruit, ou alors les rodéos par exemple. Voilà, là on est purement dans des questions, des questions d’ordre. En fait, c’est toute c’est toute cette cristallisation là, ces tensions là, en fait, elles remontent énormément. Et moi, en fait, je rends hommage quand même. Je voulais rendre hommage. Ça, c’est un deuxième niveau de réponse à Nicolas le maire, qui est donc qui enseigne la philosophie du droit à Brest. Parce que quand on est comme ça, à proximité de policiers, on n’a pas toujours un regard juste sur ce qui se passe tout de suite, notamment parce qu’il y a quand même beaucoup de choses très choquantes. On pourra parler des violences et tout, mais. Mais ce qui est le plus choquant au quotidien, c’est quand même la misère humaine, la misère sociale à laquelle ils sont confrontés et comment ils doivent la gérer et parfois comment ils la gèrent mal aussi, faut le dire. Mais en même temps, en même temps, il y a aussi une misère qu’ils ne devraient pas avoir à gérer. Bref, et tout ça, des fois on rentre d’une semaine au commissariat et on a une vision qui va des fois qui est policière sur des fois ça met deux ou trois jours avant de reprendre un peu de champ. Ou alors des fois on est très énervé, on n’a pas bien compris ce qu’on a vu et discuté comme ça avec un philosophe un historien, Voilà, on parlait de Michel Foucault
David Dufresne
Donc je me rappelle, c’est un policier qui travaille en ce moment même. Il est en poste Auposte et regarde Auposte qui nous dit que la délinquance est endémique. Du coup, effectivement, notre travail sur le fond évolue peu, mais la forme, elle, a beaucoup évolué. On parlera des chiffres puisque la délinquance est endémique, on parlera des chiffres. Alors vous démarrez quand même sur, j’allais dire un cliché, mais peut être que ce cliché est vrai. Peut être que ce cliché vous a marqué. C’est la drogue. C’est-à -dire que dès le départ, vous vous mettez dans une situation. D’immense trafic de drogue. Vous nous expliquer qu’on vend une quantité industrielle de cocaïne et d’héroïne venue des Pays-Bas et du cannabis produit localement. Est ce que c’est ce qui vous a frappé ? Et c’est pour ça que ça ressort dès le départ ou est ce que c’est dans un souci narratif où vous êtes dit Il faut que je démarre par ça, parce que ça, ça et immédiatement ça, ça déclenche l’imaginaire de tout le monde. Qu’est ce qui vous fait parler autant des trafics de drogue dans votre enquête en fait ?
Mikael Corre
Je voulais commencer par une scène avec le commissaire adjoint, parce que l’une des choses, à mon avis, qui est la plus originale dans mon travail, c’est d’avoir eu accès à comment se prennent les décisions dans un commissariat. Et en fait. Donc, la première scène que je décris est donc un point de deal qui est en face d’une école. Et je donne quelques conseils. Effectivement, je donne pas mal d'éléments de contexte sur la sur le trafic, parce que là j’imagine que dans le chat, tout le monde sait ça, tout le monde a une vision un petit peu du trafic de drogue,
David Dufresne
Qu’est ce que vous êtes en train de filmer là ? On est sorti pour s’intéresser aux questions de police, bien sûr. Mais par exemple, j’ai envoyé un SMS à des gens qui lisent La Croix et qui sont d’un certain âge pour demander "Est ce que vous savez ce que c’est qu’un point de deal ? Et en fait, à la fin, il y avait aussi un travail de pédagogie. C’est ça que je veux dire. Et donc au début, il y a un peu de pédagogie, un peu de contexte qui effectivement est un peu redondant pour des gens plus pointus. Mais ce qui est important, c’est comment on travaille. Policier quand un point de deal devant une école et comment sur tout ce travail, main dans la main, avec la justice, avec la justice, pardon, et peut être rendue difficile par, par exemple l’absence de plainte. Parce que je pense que cette dimension très juridique, très judiciaire du travail de police en l’occurrence. Donc, la directrice de cette école n’avait pas porté plainte. Oui, et du coup, du coup, j’ai assisté à des discussions entre le commissariat, la mairie, le parquet, la préfecture.
David Dufresne
Et ça c’est absolument passionnant. Il y a une colonne où vous expliquez que les flics veulent absolument qu’elles portent plainte pour pouvoir faire leur travail. Elle, elle ne veut pas. Il y a des profs qui sont en désaccord avec ça. Et là on voit bien qu’on parle de politique, on parle de gestion, on parle de gestion de la cité
Mikael Corre
Et en fait c’est donc au début, si je parle du trafic de drogue, c’est un prétexte pour parler de ça, parce que je pense que c'était ce qu’il y avait de plus clair pour montrer à quel point l’action de la police, elle est complexe quoi. C’est à dire qu’on comprend qui accompagne quand la police arrive à cinq véhicules sur un, sur un point de deal pour contrôler tout le monde et éventuellement procéder à des interpellations. En réalité, il y a généralement quand même un magistrat qui a pris en 78 deux des articles du code de procédure pénale le permettant et rendant extraordinaires certaines autorisations de contrôle. Et du coup, tout ce processus c’est l’idée que les policiers peuvent de telle heure, à telle heure, dans telle ou telle rue, contrôler qui ils veulent. Il n’y a pas, il n’y a pas besoin de voies de fait ou de quoi que ce soit. C’est open bar, si je puis dire. Et ce qui est quand même, et bien évidemment, c’est une atteinte à la liberté de circuler. Donc un magistrat qui a une procureure qui prend cette décision c’est qui en gros décidé de donner cette autorisation, le fait sur la base d'éléments concrets. Là en l’occurrence, elle, il l’aurait fait s’il avait eu une plainte en disant ben voilà, il y a des dealers qui ont menacé des enseignants etc. Mais sans ça ils ne le feraient pas. Et c’est intéressant parce que parfois on parle des limites de la police, donc sur certaines chaînes que je ne citerai pas, mais, mais vous allez vous en charger. Celui de La police est limité.BFM à rien faire, elle finit son site et en fait c’est ce que me disait ce prof de philosophie, il disait mais ces débats là, on les a déjà au 19ᵉ en disant mais on les connaît en fait, les délinquants qui pourrissent ce quartier, pourquoi est ce qu’on s’embête, etc. Mais en fait, ce qui limite la police, ce n’est pas la faiblesse des politiques, ce n’est pas l’inaction du gouvernement comme on peut le dire, comme peuvent le dire certains, certains politiques. C’est tout simplement le fait que là on est dans un état de droit, il y a des règles et ces règles, elles sont complexes et elles rendent effectivement complexe l’action policière. Mais pour terminer là dessus, les meilleurs policiers que j’ai rencontrés sont ceux qui justement s’intègrent et trouvent ça passionnant de rentrer dans les méandres de la procédure face à une problématique. Donc soit un point de deal ou que ce soit une affaire de violence conjugale ou une affaire de corruption de mineur de se dire ok, par quel versant est ce que je l’aborde en termes de droit, en discutant avec le magistrat. Tout ce travail vraiment de construction d’une affaire au niveau judiciaire, est passionnant.
David Dufresne
Alors les violences conjugales, comme on m’avait appris, ça s’appelait comme ça on va on va en parler après, je voudrais juste sur la drogue, il y a un petit passage, il y en a pas eu beaucoup, mais il y a un petit passage qui m’a un peu étonné, c’est page 36 un guetteur gagnerait entre 50 et 70 € par jour. Donc on reste sur le trafic. Selon certains policiers de terrain, le gérant du point de vente, lui, peut gagner plusieurs milliers d’euros dans la journée. Là, vous balancez ce chiffre. Et là, d’une certaine manière, je vais vous dire, j’ai l’impression, là. Je ne sais pas si je suis dans une campagne électorale et c’est un candidat qui me balance un chiffre comme ça sur quoi vous voulez, sur quoi vous baser pour nous le dire ? Parce que plusieurs milliers d’euros, là, on est bien d’accord que tout le monde dit ça. Qu’est ce qui se passe ?
Mikael Corre
Bon, en fait, j’aurais dû être plus précis sur mes sources à cet endroit là, parce que c’est intéressant. En fait. Ce qui est ce qui m’intéresse là dedans, c’est que mes sources, c’est le parquet, là, en l’occurrence des magistrats, en fait, sur ce que gagnent des dealers, quand vous parlez avec des policiers, souvent c’est énormément. Et quand vous parlez avec le parquet ou c’est, c’est souvent un peu moins. En fait, il y a une explication à ça qui est très concrète. Il y a des gens qui se servent au passage, c’est clair, il y a des vols, etc.
David Dufresne
Ah bah bien sûr, on va en parler ici.
Mikael Corre
C’est quand je dis qu’on se base sur le discours des guetteurs, des dealers, etc qu’ils ont dans les voitures et qui souvent sont dans la fanfaronnade. Souvent on va avoir des discussions du genre ouais mon fort, ce que je gagne vous la, c’est une personne en ville qui s’adresse aux policiers. Toi tu le gagnes. Je gagne en deux semaines ce que toi tu gagnes en trois mois Oui, il y en a un qui hurle ça depuis, depuis sa cellule Donc il y a un petit enjeu sur les chiffres, mais là c’est vrai que soit j’en ai trop dit, soit je n’en ai pas dit assez. Après, je voulais donner quelques données de cadrage pour qu’on se rende compte. Après. Ce que je voulais surtout souligner avec ça, c’est qu’il y a un enrichissement via le trafic de drogue, c’est une certitude. Mais en fait, toutes les petites mains du train en fait, le trafic de drogue, c’est avant tout quand même un trafic d'êtres humains et un trafic d’enfants. Et c’est ça la réalité. C’est dur à judiciariser comme ça parce que parce qu’il faut, c’est comme les trafics, c’est comme le proxénétisme en fait. Faut trouver des victimes qui acceptent de témoigner contre un proxénète et c’est super dur. Mais, en fait, tous ces gamins là qui gagnent 50 ou 100 balles ou peu importe, en travaillant de treize ans et qui guettent qui ou qui vendent un peu de drogue et qui travaillent de 18 h jusqu'à 3 h du mat. Je parle aussi des nourrices, les gens qui cachent de la drogue ou de l’argent chez eux et chez qui les dealers viennent chercher en fait le stock. À Roubaix, il y avait un type qui avait un cancer en phase terminale chez une personne alcoolique payée en bouteilles. Enfin voilà, le trafic de drogue, c’est ça aussi quoi. Et donc peut être que ce passage là est à réécrire,
David Dufresne
Je l’entends tout à fait, mais sur le fond.
Mikael Corre
J’en parle très rapidement dans l’intro, mais en fait il y a une raison pour laquelle j’en parle pas, c’est que ça, ça se joue pas au niveau d’un commissariat, ça se noue, ça se joue au niveau de la police judiciaire par exemple. À un moment donné, j’ai des policiers, donc dans le trafic de voitures qui arrêtent une, une, une Audi Q3 RS parce qu’elle a le pare choc un peu d'éclipser, ce qui est souvent un signe, parce que c’est en fait, en fait les voitures extrêmement puissantes qui permettent de faire des go fast au niveau de la frontière. Souvent, elles sont achetées en leasing dans les pays de l’Est ou en Pologne et elles sont ramenées en France ensuite. Et ils arrêtent de payer les instructions du Parquet. Et donc comme ça ils sont intraçables. Et donc par exemple, là, en l’occurrence, c'étaient des policiers qui arrêtaient cette voiture elle avait été mise sous balisé par la police, par une police judiciaire de région parisienne. Mais non, je prends juste cet exemple pour dire que.
David Dufresne
C’est marrant ça. Je ne crois pas que vous le précisiez. Il y a la balise. Alors c’est dans les bagnoles le chapitre sur les bagnoles. Je crois que la balise avait été enlevée. Peut être, mais ce que je veux dire par là, c’est que donc vraiment tout ce qui est, tout ce que tout ce dont vous venez de parler, qui est vrai, en fait, c’est face à l’Occident. Voilà, au niveau de police judiciaire, si ça ne se fait pas au niveau d’un commissariat central. Parce que C’est ça le point, alors c’est important, j’ai oublié de le dire, le commissariat central de Roubaix, c’est 400 bonhommes et 400 dames, donc c’est quand même costaud. Mais vous, votre travail ? Est ce que c’est mentir de dire en fait, ils s’arrêtent au bureau de la PJ. On est dans la rue, c’est plutôt de la voie publique. C’est plutôt ça ?
Mikael Corre
Oui. Après, j’ai aussi suivi des auditions, donc du travail en fait. Globalement, sur les 400 bonhommes dont vous parlez, on va on va dire qu’il y en a 60 % qui sont en voie publique, donc, c’est à dire de la Police Secours. De la de la brigade anti criminalité. Et puis ensuite des sortes de brigade anti-criminalité en tenue. Donc GSP, BST. Et un peu de pédestre. Depuis peu l’actuel gouvernement a remis un peu de pédestre. Alors c’est marrant parce que dans le Nord, ils ont appelé ça la "brigade de reconquête républicaine", ce qui est un peu ampoulé. Mais en fait c’est aussi une brigade pédestre et donc 40 % c’est vraiment des proportions à la louche qui font donc de la judiciaire. Donc on a le service de quart là on est sur les urgences judiciaires, c’est à dire que dès que quelqu’un est interpellé, il est présenté au quart qui passe les premiers coups de fil au parquet. Alors il y a la décision de placer quelqu’un en garde à vue ou deux ou le moindre acte d’enquête quand même pris après un coup de fil à un magistrat, Voilà, là, c’est ce qu’on voit. Et puis après, il y a évidemment les mineurs, les stups, les violences conjugales. Donc effectivement, j’ai décidé de m’arrêter au commissariat de Roubaix parce qu'à un moment donné, je voulais aller par exemple rencontrer les magistrats au téléphone, à la permanence du parquet. Je voulais aller au CIC, le centre d’information et de commandement qui, en fait, c’est le CIO qui passe les appels radio. Il y a CTN 59, donc c’est eux qui envoient les policiers sur une intervention. Mais le TN c’est NC national été ça veut dire quoi déjà ? Je ne sais plus. Comment les commandes, les ordres sont donnés sur les ondes ? C’est une vraie question, mais j’ai voulu vraiment limiter le terrain, sinon je serais parti dans tous les sens.
David Dufresne
On va y venir dans un instant, parce que c’est absolument central. Un point important, c’est ce que vous appelez les auditions, et notamment la première audition que des policiers Transmissions nationale, Alors n’hésitez pas à parler des procès parce que ça intéresse beaucoup. Je pense qu’il y a des problèmes, qu’il y a des gens qui ont des problèmes avec la justice dans le chat. Ils veulent en savoir beaucoup sur le ou plus exactement, ils aiment bien qu’on précise le rôle clé du parquet et vous en parlez dans votre enquête, donc je pense que ça peut venir naturellement. Alors voilà, première audition, et ça vous le racontez dès le départ et c’est assez instructif en plus.
Mikael Corre
Donc moi c'était ma première audition, donc c’est cela que je raconte parce que ça m’a beaucoup marqué. Donc en fait on est sur une personne interpellée pour du harcèlement et des violences conjugales. Quelqu’un qui avait été interpellé par le RAID parce que parce qu’il y avait une suspicion de présence d’armes, il était lui-même sous écrou, donc sous écrou. Ça veut dire qu’en fait il était condamné à une peine de prison. Mais, en fait, il est introuvable, donc il n’est pas en prison. Voilà, en l’occurrence. Donc là c'était pour des violences, je ne sais plus exactement quel type de violences, voilà des violences. Et en l’occurrence, cette première audition était très étonnante parce que donc on est avec une jeune enquêtrice, Marion Donc évidemment, tous les tous les noms sont changés, le et prénom sont changés parce qu’il y a des questions sur l’anonymisation, j’y répondrai aussi.
David Dufresne
Voilà, ça c’est un point important parce qu’on a dit tout à l’heure aucune relecture. En échange de quoi ? Et je pense que ça ne pose absolument aucun problème aux lecteurs. Vous avez changé tous les noms, que ce soit des prévenus, des policiers, sauf peut-être des officiels et encore, je ne sais pas.
Mikael Corre
et deux commissaires. Voilà, c’est leurs noms sont des personnages publics.
David Dufresne
Voilà, c’est ça. Et l'époque aussi.
David Dufresne
Mais ça ne gêne absolument pas. Et alors effectivement, il a cette jeune Marion.
David Dufresne
Que Vous aimez bien, que vous aimez bien dans sa tête, dans son énergie, à essayer de résoudre ces problèmes là.
Mikael Corre
Déjà, elle est étonnante parce qu’en fait, elle ressemble à un policier. Quand on parle d’un policier, on ne pense pas à Marion. Marion, elle a 23 ans, elle a un jean, des baskets et une capuche.
David Dufresne
Ah ben si on pense à un policier
Mikael Corre
Non mais elle est rentrée dans la police.
David Dufresne
Pour moi c’est impossible.
Mikael Corre
Mais parce qu’en fait on parlait de la com. de la police tout à l’heure. Mais en fait parce que la police, ils ont quand même des enjeux de recrutement, pas uniquement quantitatifs mais qualitatifs. Et à force de faire passer des reportages de Cow boy où on casse des portes et où on rentre, et puis on tient des propos à la Walker Texas Rangers après qui a envie de rentrer dans la police ? Des gens qui ressemblent à ces reportages là. Et en fait, si on veut recruter des Marion, c’est-à -dire des jeunes femmes qui sont là pour mettre en prison des auteurs de violences conjugales ou des violeurs d’enfants, qui demandent un peu de finesse et de compréhension du code de procédure pénale. Il faut aussi donner une image de la police qui soit un peu plus juste.
David Dufresne
Voilà, ça c’est un petit point. Mickael Est ce que vous pensez que c’est ce qu’avait en tête le SICOP quand il vous a autorisé ce travail en se disant peut être qu’on va toucher un milieu intellectuel, le lectorat de La Croix Et si ça se passe bien, et ça s’est très bien passé. France Inter la Cinq est maintenant Auposte, alors Là, c’est la consécration. Est ce que vous pensez qu’il y a cette arrière pensée là ?
Mikael Corre
Hum, je pense, mais pas de manière concertée, c’est à dire pas cinq personnes autour d’une table qui se disent ça. Je pense que c’est plutôt une ou deux personnes dans l’eau qui ont cette sensibilité là et qui se disent faut vraiment qu’on arrête les reportages cow boy et peut être qu’on témoigne du métier de manière de manière plus, plus précise. Et oui, oui, je pense que ça a joué, je pense que ça a joué, je le dis, je le dis sincèrement. Et en l’occurrence, pour revenir à Marion, donc Marion, c’est la première, sa première grosse affaire qui sort. Donc elle a passé quatre mois à travailler, donc ça a demandé des écoutes parce que cette personne que j’appelle, c’est Charfi dans le reportage. Donc il harcelait au téléphone son ex-compagne, il la faisait surveiller. Il aurait enlevé, séquestré à un moment donné sa fille. Fin voilà, on est quand même dans des faits assez graves. Et en fait, la première audition, l’audition de chic, consiste à ne jamais rentrer dans le contradictoire. Donc l’inverse de ce que David Dufresne fait depuis le début de cette. Non, je blague, mais voilà. C’est à dire qu’en fait on laisse la personne parler, on laisse s’instaurer une sorte de climat très calme. Le ton change un peu. Il y a le visage même de Marion. Et c’est hyper étonnant parce qu’on a cette image du policier qui crie ou qui brusque à des moments, il y a des moments de tension dans des auditions. Mais je crois qu’il écrit à un moment. Moi, de ce que j’ai vu, les meilleurs enquêteurs ne crient pas.
David Dufresne
Non seulement vous écrivez ça, mais vous expliquez qu’ils disent aux autres c’est comme ça qu’on peut obtenir des choses. Il y en a un qui. Engueule un autre parce qu’il a. Il a traité de c*** par exemple.
Mikael Corre
C’est étonnant parce que le fait que les auditions durent très longtemps, en fait, ce que disent beaucoup des policiers, c’est que les gens ne se souviennent pas de leurs mensonges. Donc en fait, l’audition elle sert aussi à ça. Elle sert à ce que la personne parle, Et puis à un moment donné, eh bien si elle ment, en fait, elle va d’elle-même se dédire. Il n’y a pas forcément besoin du policier qui insiste et qui confronte aux faits. Donc ces techniques d’interrogatoire, parce que c’est de ça qu’il s’agit, elles m’ont vraiment beaucoup intéressé.
David Dufresne
Ce sont des techniques qui sont apprises en école de police ou ce sont des techniques qui se transmettent de génération en génération, de policiers, de policières.
Mikael Corre
Je pense qu’il y a un peu des deux. De ce que j’ai compris en école de police, qui insiste aussi beaucoup sur la sécurité en interrogatoire, mais sur le côté audition chic, j’ai l’impression que c’est plus quelque chose qui s’apprend au commissariat.
David Dufresne
D’accord, d’accord. Alors il y a ce personnage dont j’ai oublié le prénom, et enfin le nom qui revient régulièrement. Je laisse les lecteurs découvrir parce qu’en fait, c’est une aventure au sein de votre papier. C’est là où il y a une technique. Voilà, si c’est ici, on n’est pas loin du roman, de la réalité en réalité. En fait, quand on vous lit. Donc si c’est vraiment, c’est vraiment super. Je laisse les gens qui nous écoutent découvrir comment ce personnage se découvre d’une certaine manière au fil des pages. Et puis il y a alors l'âge. Là, j’ai plus du tout envie de rigoler ou de faire des blagues. Il y a quand même une chape de plomb terrible. C’est ce que les policiers vous apprennent ? Ils appellent ça les violences conjugales, les violences conjugales. Et là où là aussi, on est dans un désastre fou, je parle à quelqu’un de la croix. Donc le désastre, l’Apocalypse. Le dénouement Les mots sont fins. Franchement, ils conviennent bien au sujet, il faut dire les choses alors là, qu’est ce que vous avez appris du travail policier sur les violences conjugales ?
Mikael Corre
Alors déjà, je vais faire une petite chose que je n’aime pas Je n’aime pas quand on parle de la société d’un point de vue policier, parce que je trouve que le point de vue policier est toujours limité. Mais il n’empêche, on parle beaucoup des violences conjugales depuis quelques années, le hashtag mytho. Ce n’est pas des violences conjugales, mais bref, sur les violences faites aux femmes d’une manière générale, j’ai l’impression que c’est un débat dont on parle et c’est une question dont on parle beaucoup. Moi j’ai réalisé à titre personnel peut être que ceci c’est moi. J’ai réalisé vraiment la quantité d’hommes qui tapent sur des femmes en rentrant dans une voiture de police. C’est à dire que vraiment c’est une quantité d’appels et des appels qui parfois mènent à rien, rentrerons dans aucune state. C’est un type qui est sorti de prison et qui va rôder autour de chez son ex-compagne dont on imagine la terreur. Et puis bah la voiture d’une voiture de police qui a envoyé là bas et qui tourne un peu et puis cherche. Et puis le type est reparti. Fin des inters comme ça c’est tous les jours. Du coup, si c’est une problématique, ça ne va pas.
David Dufresne
Vous avez dit quoi ? Les inters ?
Mikael Corre
Des interventions
David Dufresne
Après vous avez dit des inters ?
Mikael Corre
Ah Pardon !
David Dufresne
Non, non, non, c’est bien, c’est bien. Continuez.
David Dufresne
Et je trouve ça formidable. Ça veut dire qu’on sent que vous êtes vraiment, non pas glisser dans la peau d’un flic, à aucun moment vous ne parlez, vous n'écrivez et est fort heureusement comme un policier. Vous restez, si je puis dire, à votre place, mais on sent quand même que ça a irrigué en vous cette affaire.
Mikael Corre
Alors les avantages de l'écrit, c’est que ça permet d'être plus juste. C’est sûr qu'à l’oral, à des moments, là, la distance est moins ajustée. Mais concrètement, qu’est ce qui se passe sur ces violences conjugales ? Et bien on décide notamment après le confinement de 2020 où il y a eu une montée des violences faites aux femmes, mais pas tellement à Lille. Donc ce que me disait le parquet, ce n’est pas tellement en nombre, mais plutôt en intensité, avec énormément d’armes par destination. Et en fait, on décide de monter. Donc le commissaire adjoint, Quentin Bachelay et le commissaire ont décidé de monter une unité de violence conjugale. Donc c’est douze enquêteurs et enquêtrices. Donc déjà c’est un coup pour le commissariat parce que ces enquêteurs, faut bien aller chercher quelque part. Donc ça veut dire qu’on enlève la financière, on en enlève à droite, à gauche. Donc ça c’est déjà fait. Et en fait on les met à travailler là dessus. Et en fait, je prends cet exemple dans l’article pour bien expliquer qu’en fait la police ne peut jamais à elle seule réparer la société. Ça ne veut pas dire que son action est inutile. Mais aujourd’hui, dans cette brigade des violences conjugales, elle travaille sur 1200 dossiers. Mais ça, c’est les chiffres de novembre 2020 et ils ont une centaine de dossiers chacun, c’est ça en fait par contre, ça veut dire concrètement. C’est impossible concrètement. Le lundi matin, donc, après avoir passé un weekend éventuellement avec sa famille parce qu’il ne travaille pas tout le temps, et puis en fait, il a son dossier, donc, Et si un féminicide qui arrive demain, il ne sait pas lequel descend, il doit juger un peu des priorités et en fait faut se rendre compte du temps de procédure. Mais c’est normal parce qu’on parle de la paperasse. Mais faut pas tout mélanger. En l’occurrence, ces dossiers là, on parle quand même éventuellement d’envoyer quelqu’un en prison pendant, je ne sais pas, potentiellement dix quinze ans. Donc ça ne peut pas être fait à la légère non plus. C’est grave. Imagine qu’une femme mente parce que ça peut arriver. Enfin, il faut vraiment, il faut vraiment que ce soit judiciaire correctement. Ça prend du temps. Et en fait, pourquoi il y en a autant ? Et donc ça a un impact psychologique, ça, je voulais insister là-dessus. Il y a deux enquêtrices, là, qui ont craqué psychologiquement, qui sont parties en burnout cet été.
David Dufresne
J’ai prévu tout un passage sur la psychologie des policiers, mais on en
Mikael Corre
Oui, oui, ils se sont intéressés, les certains sur une question. L’action de la procureure, par exemple Carole Étienne, la procureure de Lille, elle, elle a décidé que. Elle demande à ses policiers. Elle dit à ses policiers que c’est intéressant le regard du parquet et des magistrats sur la police. C’est intéressant. Les 40 % d’enquêteurs. Là, dans le lot, il y a des officiers de police judiciaire qui sont notés par le parquet. Donc ils ont des. Donc, ils ont une double casquette, quoi. Ils sont à la fois soumis à une autorité administrative, donc, c’est le commissaire, la direction départementale, le ministère de l’Intérieur, mais aussi soumis au parquet, au procureur, au ministère de la Justice. Donc on ne se rend pas compte de ça. Mais des fois la tension police justice se joue dans le commissariat. Faut que je vous raconte une scène tout à l’heure en exclu. Carole Étienne, elle dit aux policiers Maintenant moi je ne veux plus que vous demandiez en fait sur la prise de plainte, comment les policiers prennent les plaintes des plaignantes. Elle dit aux policiers : "Je ne veux plus que vous demandiez aux victimes si elles portent plainte. En gros, vous rentrez dans un appartement, il y a une situation floue et il y a une femme qui a un beau visage. Vous renseignez tout ça dans une main courante. Et moi je poursuivrai quoi qu’il arrive, même si ça mène à un non-lieu. Au moins on aura enquêté, on aura donné une réponse aux victimes, mais derrière, ça fait une surcharge de travail. Je n’ai aucun jugement sur cette décision, mais derrière ça fait un travail pour les enquêteurs qui est absolument délirant.
David Dufresne
Je dois faire une petite précision parce que je vois que Bodyguard dit Bonjour tout le monde, Enfin les femmes qui mentent c’est tellement la minorité et pourtant on entend tout le temps cet argument. Je précise que là elle vient de le donner, mais ce n’est pas du tout la teneur de son article.
Mikael Corre
En fait, ce n’est pas tellement en fait quand je dis ça, ce n’est pas tellement que les policiers seraient obsédés. Je suis un enquêteur des violences conjugales. Ma question ce n’est pas tellement est ce que la personne que j’ai en face de moi ment comme s’il y en avait une sur deux qui raconte n’importe quoi ? Ce n’est pas ça. C’est que si jamais l’auteur de violences ou de harcèlement ou de que sais je est condamné, il ne va pas être condamné uniquement sur du déclaratif. C’est lui qui est présumé innocent. Il ne va pas être condamné demain s’il est condamné parce que sa femme a dit ou son ex-femme a dit Il m’appelle tous les soirs, il me menace. Il va être condamné éventuellement parce qu’une enquêtrice a montré, après avoir obtenu du parquet, une autorisation, d'écouter, qu’il y a eu 3507 appels verts, donc provenant de dix portables et qui l’ont harcelé. Vous voyez ce que je veux dire ? C’est à dire que c’est un mensonge, ce n’est pas uniquement une femme qui inventerait ça pour ses malades. Donc je suis C. C’est que pour condamner quelqu’un, notamment sur du pénal et des cas aussi graves En fait, si ça demande une précision de procédure et un travail qui est long, mon propos, il est juste là.
David Dufresne
Bien sûr. On nous donne une petite précision pas obligé de répondre si vous voulez, vous pouvez. L’augmentation des violences conjugales n’est pas tant une augmentation des faits qu’une augmentation des plaintes liées à la prise de conscience sociétale.
Mikael Corre
Alors je sais qu’il ya la brigade des violences conjugales aussi. C’est que le fait que le fait qu’on en parle plus, et ça, pour le coup, les enquêteurs et les enquêtrices s’en réjouissent, fait qu’il y a des personnes qui auparavant n’avaient pas idée de porter plainte et qui aujourd’hui le font parce qu’il y a des dispositifs qui sont mis en place dans les pharmacies, etc. Ça, c’est une réalité, c’est salutaire, mais derrière, c’est sûr qu’il faut judiciariser tout ça.
David Dufresne
Alors moi, j’aime beaucoup votre modestie parce que vous passez votre temps à dire dans l’article non mais attendez, si cette année il y a eu une enquête, on est que le 15 juillet et le quinze 17 janvier. Enfin, s’il y a bien une enquête qui a été publiée ces six derniers mois, c’est bien la vôtre. C’est plus qu’un article, votre affaire, c’est celle ci. C’est un morceau quoi ? Ah non, non, c’est vraiment super ! Bravo ! Là vous pouvez dire Moi, j’appellerai ça une enquête. Une vraie enquête, un grand reportage.
Mikael Corre
Enfin pour terminer, ce que je veux dire sur les violences conjugales, c’est que là où elles me paraissent intéressantes, c’est que, en fait, la police ne peut rien à elle seule. C’est-à -dire que la police n’a la capacité de ne régler aucune problématique sociale toute seule. La police, elle, n’a de sens qu’en partenariat avec d’autres acteurs. La question des violences conjugales, évidemment, la prise en charge policière de ces questions, la prise en charge judiciaire, elle est importante.
David Dufresne
C’est ça ? Grosso modo, c’est votre thèse. Alors ça, c’est assez rigolo parce que vous la placez maintenant comme si on était sur France Inter. On a sept minutes où c’est politique, on a quinze minutes. Vous vous dites Je la place et effectivement C’est ce qui sous tend. Et en fait, on finira l’entretien sur ce plan là qui me semble très important. Mais est ce que c’est votre conclusion ou est ce que c'était votre idée de départ et vous êtes venu chercher les éléments, C’est à dire en gros on demande trop à la police et je vous apporte les preuves qu’on lui demande trop.
Mikael Corre
Non, franchement, je n’ai pas travaillé comme ça. Déjà parce que je ne travaille pas comme ça. Moi je viens de la sociologie et ma manière de travailler, je le fais ainsi, en sociologie, on appelait ça de l’observation non focalisée, ça en fait, je remplis des carnets en notant absolument tout ce qui me passe par la tête et tout ce que je vois. Ça veut dire que là, par exemple, je serai en train de décrire autant votre coupe de cheveux, vos lunettes, qu’il y a dans là, ce qu’il y a dans la bibliothèque derrière vous. Et en fait, je prends tout ça en notes. Et en fait, ce qui est incroyable, c’est que le regard que j’ai sur ce que j’ai pu écrire dans les premières semaines, et ce même regard au bout de plusieurs mois, il a changé. Il y a des faits qui me paraissaient intéressants au départ, qui me paraissent plus doux. Par exemple, je vais vous donner une petite anecdote
David Dufresne
C’est celle qui était prévue, qui était promise tout à l’heure. L’exclu, c’est donc. Attention, il y a l’exclu et l’anecdote. Alors commençons par l’anecdote et après l’exclu.
Mikael Corre
En fait, quand je suis rentré pour la première fois dans le bureau des commissaires, ils avaient déjà accepté l’immersion. Donc eux c'était déjà réuni entre eux. Donc c’est ce qu’ils m’ont dit après pour se demander mais qu’est ce qu’on va lui faire faire ? Et ils m’ont envoyé tout de suite voir un policier que je ne citerai pas ici, un vieux policier qui du coup m’a reçu et qui m’a tenu un discours sur la police qui m’a paru extrêmement intéressant. On a tué la vraie police, on a tué le métier d’inspecteur. Une chose qu’on entend beaucoup, qui ne sont pas forcément fausses, mais en fait, au bout d’un moment, je me suis rendu compte qu’il y avait un peu deux types de policiers au commissariat. Il y avait les policiers qui m’expliquaient. Donc ils me faisaient un cours théorique, généralement sur la police et ceux qui voulaient montrer des choses précises. Et en fait, moi, c’est ces policiers que j’ai sélectionnés parce qu’au début les discours étaient hyper séduisants. Mais il y a aussi des policiers en fait. Bon, ce n’est pas très sympa, mais en Police secours, vous avez des policiers…
David Dufresne
Ils ont l’habitude qu’on ne soit pas très sympa ici avec eux ils ne vous en voudront pas.
Mikael Corre
Il y a des policiers et ça c’est vraiment. Enfin tout le monde le sait. Dans la police, il y a des policiers dont l’action est rare et minoritaire, mais dont l’action consiste essentiellement à cramer du gazole en voiture. C’est-à -dire qu’ils ne font aucune initiative. Ils répondent aux appels, mais alors mollement. Bon après, s’il y a quelque chose de grave, ils vont quand même le faire face à des policiers. Mais vous avez des policiers comme ça et des vacations de cinq ou 6 heures dans une voiture avec des gens qui vous expliquent le métier ? Donc en ne faisant strictement rien, ça peut être extrêmement long. Et pour revenir à la question de départ, j’ai construit cette enquête comme un rapport d'étonnement. Voilà. C’est à dire qu’est ce qui m’a le plus étonné sur le terrain ? Et j’ai essayé justement d’essayer déjà d’assumer une subjectivité. Donc j’ai créé la première personne. Je n’essaie pas de construire de fausse objectivité en donnant la parole aux uns et aux autres, en construisant des, des parfois des oppositions un peu factices. J’assume qu'à des moments je plonge dans un regard et là c’est le regard de la hiérarchie sur les polices secours ou en essais, le regard du geôlier sur la hiérarchie,. Donc d’essayer d’assumer aussi de quel point de vue on se place. Mais, j’ai essayé vraiment d'écrire sur tout ce qui m’a étonné. L’audition chic par exemple. Je ne m’attendais absolument pas à ce que ce soit le démarrage, l’audition de fin, de manière d’interroger quoi ?
David Dufresne
Plusieurs choses. Quand vous me parlez de ma coupe de cheveux, ce qui est très aimable, je comprends mieux maintenant pourquoi vos personnages sont tous si bien décrits vous, décrivez les visages. Ça fait partie tout bonnement là pour le coup, du plaisir du lecteur. C’est à dire que voilà, on n’est pas simplement aidé avec des noms, on est avec des silhouettes, avec des visages, avec des gueules. Donc je comprends mieux. Le sociologue qui fait une observation non focalisée. Malgré tout, il influe sur la scène. Il n’est pas neutre. Je veux dire que sa présence modifie la perspective de tout le monde. Ça, ça n’apparaît pas dans votre dans votre enquête. C’est à dire qu'à aucun moment, sauf à un moment donné, quand vous rencontrez un dénommé Mutique, vous l’appelez le mutique. C’est lui qui ne veut pas vous parler dans la bagnole. Et puis je laisse la surprise à ceux qui nous écoutent. Mais ça, par exemple, est ce qu’il n’y a pas un tout petit peu tromperie sur la marchandise, si je puis me permettre, c’est à dire on est plongé dans une immersion et un moment donné, vous nous faites oublier que vous êtes là et que donc, en tant que observateur, observateur malgré tout, vous influer sur ce qui se passe.
Mikael Corre
Alors, et évidemment, c’est un biais. Alors je peux répondre à deux niveaux dans l'écriture, ce qui était super compliqué pour moi, c'était de bien mesurer de quoi est ce que le lecteur a besoin comme mise en scène. Pour déjà s’y retrouver parce que je suis un élément de fil rouge. Je vais un peu à Tintin au commissariat en fait. C’est-à -dire j’arrive, je découpe, je me balade, on change. Mais en fait, sans moi, il n’y a pas de prétexte pour ouvrir telle porte ou pour changer de bureau, etc. Donc là on est purement de la narration. Et donc à des moments je me disais à quel moment j’en fais pas trop, à quel moment je ne mets pas trop en scène et ça ne va pas agacer. Ou alors. Voilà. Donc ça déjà, c’est une vraie question d'écriture. Et sur le terrain, concrètement, il y a des situations où je me suis sincèrement posé la question est ce que telle unité ne déclenche pas telle affaire parce que je suis là ? Et quand j’ai eu ces doutes, la rage n’est pas décrit la scène. De toute façon, j'étais assez protégée par une décision que j’avais prise. C’est que je n'étais pas là pour dire que dans cette enquête, il n’y a pas de grande affaire. Moi, je m'étais fixé une limite. C'était la Voix du Nord. C’est-à -dire que la Voix du Nord a de très bons faits divers. Et dès que l’effet diversité de La Voix du Nord traitait une affaire concernant Roubaix, ça veut dire qu’elle était trop grande pour moi parce que je ne voulais pas que le. Par exemple, un homicide. Je ne voulais pas que l’attention à cet homicide et à sa résolution en fait, capte l’attention du lecteur et qu’il le désintéresse du travail de police.
David Dufresne
Il y a un contre exemple dans votre travail, puisqu'à un moment donné, et on en parlera aussi avec les ripoux et les violences policières que vous abordez tardivement, je vous en parlerai. Il y a irruption d’un fait divers au commissariat par des policiers eux-mêmes. Et ça, ça fait. C’est même RTL qui le révèle. Donc voilà. Mais là, c’est autre chose.On a compris votre point de vue, là. Dites moi, l’exclu, vous nous la donnez maintenant. Et après je Continue.
Mikael Corre
En fait, elle m’est totalement sortie de la tête. Je sais plus du tout de quoi il s’agissait.
David Dufresne
Vous voyez les techniques d’interrogatoire ? C’est foireux chez moi. Bon, ça me permet de plaisanter un peu, alors que là, je replonge dans quelque chose qui m’a bouleversé. C’est la place des enfants évidemment, dans votre enquête. Je viens de vérifier. Vous avez 34 ans, donc vous êtes éligible à Albert Londres. Donc j’espère que les gens de la Croix vont vous mettre à Albert Londres puis voilà, on est déjà le 17 janvier, donc ce n’est même pas la peine que les autres y concourent.. Vous avez l’Albert Londres cette année. Avec ça, vous allez pouvoir faire un bouquet. Mais moi je dis ça va, je ne fais pas partie du comité. Mais ça c’est de l’Albert Londres. Je veux dire, c’est un grand reportage. Qu’est ce qu’il faisait ? Albert Londres ? Il allait sur le Tour de France, les forçats de la route. Il a passé trois semaines. Il allait en Guyane, il allait en Guyane pour fermer les bagnes. Vous, je ne suis pas sûr que vous ayez envie de fermer les commissariats. On ne peut pas dire que vous soyez abolitionniste.
Mikael Corre
Non, à titre personnel, je pense que la police est nécessaire, l’action de la police est nécessaire. Je pense qu’elle est, je crois, ce qu’il est nécessaire de bien la cadrer aussi. Ah oui, j’ai retrouvé la ce que je voulais raconter et d’ailleurs ça a un lien avec ça, c’est que prenons ce slogan « la justice est laxiste »
David Dufresne
Oui.
Mikael Corre
Donc cette opposition police justice par exemple, en fait elle se joue et pourtant. Et pour pourrait et se surjoue d’ailleurs parfois dans le service de quart pour montrer tout à l’heure ce lieu où les policiers de voie publique présentent des interpellés. Alors il y a différents policiers de voie publique, il y en a de très bons au niveau en termes de procédure. Par exemple, le chef de la BAC à Roubaix est un officier de police judiciaire. Ça a l’air de rien comme ça, mais c’est assez incroyable.
David Dufresne
Ça change tout. C’est à dire que lui, sur le terrain, il est déjà en train d'écrire son PV, c’est à dire qu’il n’est pas dans un schéma. Où est-ce que je peux le traduire autrement ? Il n’est pas en train de dire que la police fait la justice sur le champ mais remet à la justice les personnes pour que la justice ait lieu. C’est la différence, non ?
Mikael Corre
Exactement et puis c’est abandonner des situations. C’est à dire que par exemple, s’il est avec, s’il interpelle quelqu’un qui a, je ne sais pas, une dizaine de bonbonne d’héroïne sur lui et qu’en fait il a une suspicion que cette personne, bah elle cachait la drogue à tel endroit, s’il a rien pour accrocher la personne à l’endroit, c’est à dire une clé, une telle identité avec une adresse, il va même pas s'énerver en fait, il va même pas se sentir frustré, va même pas se dire ah non mais je sais qu’il a drogué là, il faut absolument que je l’attrape. Non en fait il se dit bon bah façon ça sert à rien d’aller s'énerver, je ne pourrai pas l'écrire, ça donnera rien judiciairement. Donc on s’arrête là. Et l’histoire que je voulais raconter c’est qu' un jour je suis au quart et il y a eu un coup de fil avec un policier de voie publique avec qui je tournerai plus tard et j’aurai le plaisir de le constater, qui est un type très sympa. Mais alors le code de procédure pénale, ça fait beaucoup trop longtemps qu’on ne lui en a pas parlé de manière précise. C’est une sorte d’abstraction. C’est un livre. Bon, il ne sait pas ce qu’il y a dedans. C’est un grand livre rouge. Et pourtant c’est plutôt un bon flic. Et là, en l’occurrence, il y a eu un cambriolage. Il avait réussi à repérer que ça devait être un voisin parce qu’il avait repéré des pas dans une pelouse mouillée. Pas vraiment. On est dans un film. Et puis une sorte de barrière un peu affaissée. Et puis il est rentré dans le domicile. Ce qui est évidemment interdit perd, même si son instinct lui dit de rentrer dans le domicile. Et il se trouve que dans ce domicile, il a trouvé des éléments volés, dont dans l’appartement d'à côté. Donc en fait, il avait raison entre guillemets je dirais du point de vue de son instinct policier. Mais après il appelle le quart pour dire aux gardes de se déplacer et de venir faire une perquisition. Et là il se fait engueuler. Donc là, il y a le policier qui l’engueule, lui dit mais t’es rentré ? Enfin la procédure elle ne tient pas la route et en fait ils n’ont pas la procédure, elle a été fondée, ils ne sont même pas allés jusqu'à faire la procédure parce qu’ils savaient très bien que ça allait être cassé quoi. Et ce que je voulais raconter à travers ça, c’est que ça arrive quand même régulièrement. Et en fait, dans le jargon, ils appellent ça une perquisition mexicaine. Voilà, c’est Cécile Collet qui rentre.
David Dufresne
Donc on est bien d’accord, la perquisition mexicaine, si ce terme existe, c’est qu’Il y a un usage. Donc il y a une répétition, il y a vous savez avant de rentrer Ce n’est pas parce qu’il est mexicain votre copain ?
Mikael Corre
Non, pas du tout, C’est parce que c’est parce que c’est une perquisition n’importe comment. Avant de rentrer au commissariat de Roubaix, j'étais persuadé que le gros problème dans la police était la formation initiale qui est un sujet. Parce que quand on veut recruter plus de policiers, étant donné que le cheptel de recrutement n’est pas extensible et que globalement c’est aussi c’est aussi souvent le même que l’armée etc. Ben du coup, ça oblige à recruter à des niveaux plus faibles. Mais en fait au commissariat, ce que j’ai plus ressenti, c’est que le vrai problème, les policiers, quand ils sortent de l'école, ils ne sont pas si mal formés, notamment le droit, ils le connaissent à peu près. C’est plus qu’en fait, c’est la formation continue qui pèche. Il y a fait les policiers, il faudrait les recycler comme des pilotes d’avion, notamment sur le juridique. Il faudrait qu’ils aient chaque année quelques jours de formation là dessus. Parce que, au bout de certains, au bout de X années, police secours d’un certain, en fait, ils ont une vision. Alors il y en a des excellents aussi, hein, c’est pas, ce n’est pas, mais il y en a certains, c’est loin quoi.
David Dufresne
Alors je disais, il y a les enfants qui courent, si je puis dire ça comme ça, dans votre reportage, dans votre enquête, il y a ces enfants qui dorment dans des voitures, des voitures qui ne peuvent même pas rouler. Vous allez nous expliquer pourquoi il y a ces enfants dont les parents. Vous écrivez page 35 n’ont pas été déchus de l’autorité parentale qui se débrouillent pour garder le lien. C’est pour les allocs. C’est un policier qui dit ça. Et comme ce n’est pas un syndicaliste de police qui balance ça sur Cnews, on vous écoute. Je veux dire, on se dit bon ok, d’accord. Donc là il y a une réalité ce n’est pas du slogan de flic qui veut plus d’adhérents Qu’est ce que vous pourriez nous dire de ces deux points là que moi j’ai noté ? Peut être que vous en avez noté d’autres sur la question de l’enfance ?
Mikael Corre
Moi, c’est ce qui m’a sidéré femmes, enfants, l’aide sociale à l’enfance, Ce que l'État doit à des enfants en France n’est absolument pas respecté et les policiers sont désolés. En fait les policiers s’en désolent et c’est désolant que ces enfants soient aux prises avec ces policiers. En fait, concrètement, il y a beaucoup d’enfants des rues à Roubaix. Je les appelle comme ça, c’est-à -dire d’aider des enfants qui se sont échappés d’un foyer pour fuir des violences parfois, et puis qui du coup se retrouvent les petites mains du trafic. Il y a aussi des enfants évidemment abusés. Je raconte cette scène aussi. C’est la première fois que vous voyez une perquisition, donc la porte qui vole à 6 h du matin, si c’est avec le raid, il y a une colonne qui rentre, etc. La première fois, c’est ça que vous regardez ? Et puis en fait la deuxième, la troisième, la quatrième fois après celle-ci, c’est les gamins qui sont là en fait, qui voient leurs parents se faire interpeller ou qui vivent dans des conditions qui sont quand même extrêmement compliquées. Et ça, en fait, chez les policiers, ça génère une sorte de moment de tristesse, des moments de frustration, d’incompréhension, de sentiment de solitude. Avec parfois aussi. Du coup, bon, moi c’est l’une des choses qui m’a le plus marqué à titre personnel, c’est l’une des choses les plus dures. Enfin voilà, cette année, à Roubaix, j’ai assisté à une autopsie, j’ai assisté à des situations pas faciles. Mais vraiment les enfants, voir des gamins de treize ans par exemple, attrapés par des policiers qui font guetteurs sur un point de deal et les policiers les ramènent. Or déjà c’est un peu étonnant parce qu’ils les ramènent presque pour des raisons éducatives. Ce n’est pas parce qu’ils sont guetteurs sur le point deal, c’est parce que. Bah juste il parlait un peu mal au qui a un petit côté bizarre. Donc les policiers décident de le ramener au poste en se disant aussi bon, cette fois on met un coup de frein. On ne les laisse pas nous parler comme ça. Voilà mais là, la scène se fait sans force, c’est banal, il n’y a pas de violence, il se passe rien. Et puis arrive au car justement. Et puis il y a une discussion entre le magistrat et le policier de quart. Et puis en fait il n’y a pas de solution pour ce gamin, donc il n’y a pas de place dans les foyers. En fait, il y a des conventions en fonction des départements entre l’Etat et les et entre l’Etat et les départements qui gèrent du coup l’aide sociale à l’enfance. Et donc parfois, quand il y a un enfant comme ça qui est livré à lui-même en fonction de ces conventions-là, le département doit envoyer quelqu’un pour le ramener dans un foyer. Concrètement. Là, on parle d’enfants qui n’ont, qui n’ont pas de tuteurs légaux et dans d’autres hommes et d’autres fois, en fait, c’est simplement le parquet qui doit obliger le département à envoyer quelqu’un. Et là en l’occurrence, ils ne l’ont pas fait tout simplement. C’est le signe que cette situation, elle, est trop récurrente. Et en l’occurrence, ce gamin c’est ces deux gamins là y sont bien. Il est 23 h 45, on est un jeudi soir et ils sont relâchés donc ils repartent dans la rue sur le point de deal. Donc il y a quand même une sorte d’impuissance de l’Etat vis à vis de ces gamins qui est qui là est absolument terrible. Et le policier qui parlait des allocs, c’est dans une autre situation, le policier qui parlait de ses gammes, de ses parents qui garde le lien pour les allocs. Et effectivement c’est un ancien propos extrêmement dur. Je ne sais pas du tout s’il est vrai. En tout cas dans ce chapitre, je voulais bien montrer en fait la afin qu’il y ait des parents défaillants pour X raisons à Roubaix et c’est une certitude. Pourquoi est-ce qu’ils sont défaillants ? Moi j’ai vu des situations avec des parents qui étaient toxicomanes, foufous aussi. J’ai pas voulu danser dans cet article, faire un énorme point sur le la sociologie de Roubaix parce que. Parce que j’estime que Roubaix mérite mieux que simplement une vision policière. Faudrait la compléter tout. Mais néanmoins on peut la faire si vous voulez, en deux secondes. Roubaix, c’est une ville par exemple, dans laquelle il y a. Parce que ça, c’est une question qui est peut être pas venue là, mais il y a beaucoup de personnes avec des noms à consonance maghrébine dans mon dans mon sujet.
David Dufresne
Mais je dois vous dire. Je ne sais pas combien on a fait d'émissions, là on en est à 200, 300. C’est la première fois qu’on a eu un raciste, il a fallu le bannir. C’est très, très rare qu’on enlève les gens. Un type qui est venu là dans le chat, a parlé du grand remplacement, de ceci, de cela. Donc bon, là donc là ça marche pas, mais on vous écoute, faut il faut revenir. En fait, les réalités, elles sont souvent bien plus simples que ses délires politiques. Il se trouve qu’en fait, à Roubaix, il y a une proportion, une forte proportion de personnes d’origine algérienne. Je ne sais pas, mais c’est peut être 40 % qui sont venus. Donc pour travailler dans les grandes usines du Nord, à Roubaix, il y a la grande, il y a de la grande misère, mais juste en dessous de Roubaix, au niveau du parc Barbieux, vous avez la ville de Croix où à un moment donné, on était dans l’une des villes dans lesquelles on payait le plus l’ISF. Donc c’est toutes les grandes fortunes qui ont fait fortune dans le textile. Et donc, concrètement, ces personnes d’origine maghrébine en fait, sont venues travailler dans les grandes usines textiles, Damart, les trois Suisses, etc. Et aujourd’hui, bien toutes ces usines sont parties et Damart pour la petite histoire, aujourd’hui sont en Tunisie. Donc il y a aussi quelque chose, il y a un regard. Voilà, je dresse ça rapidement, ça mériterait d’en parler pendant des heures, mais il y a un contexte qui fait que quand on parle de parents défaillants, faut voir ce que vivent ces gens. Donc après que la misère amène à des situations où comme celle que décrit ce policier, ses parents qui gardaient le lien pour des allocs, je ne sais pas, je pense que c’est surtout un regard dur. Ce policier aussi je le décris de manière assez… Ce n’est pas un très bon enquêteur. Dans la manière dont je le décris, je pense qu’on le comprend. C’est aussi un type qui se décharge sur ses parents défaillants en disant j’ai envoyé la gendarme parce que. Mais en l’occurrence, pardon, je n’ai pas expliqué, c’est un policier qui un petit qui interroge une mineure sans avocat. C’est ça la situation.
David Dufresne
Oui, c’est ça,
Mikael Corre
Et donc moi, à la base, ce sur quoi j'écris, ce n’est pas le policier qui dit ouais, ses parents machin c’est j'écris sur même un policier qui euh. Alors on peut considérer qui déconne parce que normalement un mineur doit être assisté d’un avocat, alors le parquet finalement en avait plus sous la main et tout le monde a accepté cette confrontation parce qu’en l’occurrence, une confrontation se passe sans avocat. Et en fait ce n’est pas inintéressant parce que lui a envoyé les gendarmes chez les parents chez qui cette jeune fille, c’est. Cette mineure ne vit plus puisqu’elle vit en famille d’accueil et les parents n’ont pas répondu, n’ont pas répondu au téléphone et n’ont pas répondu aux gendarmes pour les prévenir que leur fille était en garde à vue. Donc il y a cette gamine qui se retrouve seule. Donc il y a quand même un problème de parent, même si je ne souscris pas totalement à ce que dit ce policier. Enfin, je n’ai aucun moyen de les couper plutôt. Pour le dire clairement, il y a quand même un problème de parents qui laissent cette gamine seule. Un problème aussi de la zone et du foyer dans lequel elle était qui ne se déplace pas. Mais il y a aussi un problème avec ce policier. Parce qu’en fait, dans le droit français, vous pouvez faire venir un adulte de confiance en adulte tiers, peut être un adulte tiers qui viendrait assister un enfant. Ça peut être n’importe qui, ça peut être, je ne sais pas, le responsable du club de boxe ou de ou de danse dans laquelle cette gamine est. Elle fait une activité, voyez et en qui elle a confiance. Donc ça aurait pu être ça, voilà. Et je pense que, et ça aurait été, ça aurait été évidemment souhaitable. Donc, c’est là dessus aussi que je veux insister.
David Dufresne
Alors, Michael Le chat vous écoute, il répond, beaucoup posent des questions, alors certaines je les prends direct, mais la plupart on va les prendre à la fin. On est assez loin de la fin. Mais c’est passionnant. Mais quand même, l’honnêteté commande de vous dire que certains estiment que vous idéalisez un peu la police, notamment Je reviens sur les soins de la formation. Vous avez dit que les policiers étaient plutôt bien formés alors qu’on entend notamment ici mais pas qu’ici, que la formation n’est pas toujours idéale. Qu’est ce que vous répondriez à ça ? L’idée que je pense qu’en fait, la formation, elle est pas..Que peut être vous idéalisez un peu la police.
Mikael Corre
Je ne pense pas que j’idéalise la police, je pense que je fais un choix. C’est-à -dire mon but n’est pas de répéter des choses qui ont déjà été dites. Ce n’est pas parce que ces choses sont fausses, par exemple sur les violences policières. Ce que j’en dis, et on en parlera peut être tout à l’heure, est loin d'être exhaustif.
David Dufresne
Mais bien sûr.
Mikael Corre
S’il y a des choses qui ont déjà été dites et du coup j’essaye de dire des choses qui n’ont pas été dites sur la formation par exemple, j’insiste sur le manque de formation continue en matière judiciaire et ce que j’ai dit, c’est en formation initiale. En fait, les policiers qui sortent, moi, je les ai vus parfois reprendre des vieux en leur disant bah non, ça t’as pas le droit de le faire. La procédure, c’est comme ci, comme ça. Après, pour aller dans le sens du chat là dessus. Enfin pour ce qui est, il y a quand même une qualité rédactionnelle des jeunes qui sortent d'écoles qui est extrêmement problématique parce que le travail de police, ça consiste quand même beaucoup à écrire. Certains s’en plaignent, mais en même temps…
David Dufresne
Alors, le paradoxe, c’est que vos amis vous diraient mais les policiers non, jamais ! Ils sont recrutés comment ? Les jeunes policiers recrutés n’ont jamais eu un tel niveau d'éducation. En gros, ils ont tous le bac, c’est le minimum. Là où il y a photo, il n’y avait pas de bac. Sauf que vous, ce que vous expliquez, c’est que les procédures, c’est bourré de c’est bourré d’erreurs, d’approximation, ce n’est pas précis, c’est une catastrophe. Et c’est une catastrophe d’un point de vue judiciaire déjà.
Mikael Corre
En fait, je crois que c’est aussi une question de, j’allais dire de je ne sais pas comment l’exprimer, de mobilisation mentale. En fait, ce n’est pas qu’une question de niveau, c’est aussi hum. Par exemple, il y a un formateur dans la police qui me dit Mais le vrai problème qu’on a, c’est que parfois on a des jeunes, on les forme pas si mal et puis après ils arrivent sur le terrain, ils sont déformés en six mois quoi. Tout ce qu’on leur a appris en matière de déontologie, peut être déformé et ce n’est pas tout à fait faux. C’est-à -dire que le jeune policier, en fonction de l’unité dans laquelle il va se retrouver. C’est pour ça d’ailleurs que les unités ne sont pas totalement stables. Ils ne sont pas toujours avec les mêmes qui tournent un peu, donc on n’est pas dans le cliché à l’américaine. J’ai mon partenaire pour toujours, etc. Aussi pour éviter ça, mais en fait certains peuvent être assez facilement déformés. Et en fait, s’ils sont entourés de policiers qui leur disent ouais, la paperasse c’est chiant, la procédure c’est chiant, Remplir des PV c’est chiant, mais ils vont jamais s’y intéresser. Alors qu’en fait, oui, y a un petit côté chiant. Notamment, ce qui est chiant, c’est tous les logiciels dans lesquels ils doivent renseigner des codes. Par exemple, quand ils rentrent d’intervention, ils doivent renseigner le code du quartier dans lequel ils sont. Ils ont passé le code de l’amende forfaitaire parce qu’ils ont mis 200 balles à quelqu’un qui avait un peu de cannabis et ils doivent faire ça pour tout ce qu’ils ont fait dans la journée.
David Dufresne
C'était un des rares moments intéressants du Beauvau de la sécurité. Celle des équipes des logiciels d’aide à la rédaction de PV. En fait, c’est plus un problème qu’autre chose semble t il.
Mikael Corre
Donc je ne pense pas que j’idéalise le métier de policier. Je pense que j’essaye d'être efficace dans le regard que je pose sur lui et je pense que cette efficacité, elle consiste à ne pas répéter des choses qui ont déjà été dites. Mais ce n’est pas un jugement, encore une fois, sur ce qui est dit sur la police.
David Dufresne
Alors il y a un truc marrant. Après, je vais revenir sur votre enquête, je voudrais, j’aimerais parler avec vous des geôles, de la politique, du chiffre. Peut être l’institut médico légal et les violences policières, et la psychologie des policiers. Et puis votre analyse. Donc, il y a encore du pain sur la planche. Je peux accélérer le truc ou sinon on a le temps.
Mikael Corre
Moi je suis vraiment content d’en parler avec vous. C’est un grand coup dans le fond, donc on prend le temps.
David Dufresne
Bon super, pour le coup c’est moi qui perds le fil. J’ai vu dès vendredi ce que j’ai oublié de préciser ? C’est en kiosque encore une semaine. Il y a tout ce dont on parle. Les gens, c’est 3,80 €. Franchement, ça vaut le coup. C’est en kiosque encore une semaine. Merci Michael. Je vous remercie de prendre le temps de rentrer dans les détails. Votre enquête est saluée dès le départ par quelques comptes Twitter de syndicats de police qui ne sont pas forcément très amicaux à mon endroit. Très sympathique on pourrait dire. Et puis il y a des gens comme moi qui trouvent votre travail passionnant. Donc d’une certaine manière, on pourrait dire c’est là la réussite, c’est à dire que vous arrivez à parler, à parler à tout le monde. Néanmoins, est ce que vous ne pensez pas que votre travail est une façon de légitimer, de ne justifier de rien ? C’est-à -dire ? Je vous renvoie à la critique que des policiers font aux sociologues en disant oui, la culture de l’excuse. La culture de l’explication de certains. Je vous la renvoie. Est ce qu'à un moment donné vous vous êtes posé cette question là finalement, est ce que je ne suis pas en train de dire à tous d’expliquer
Mikael Corre
Moi je suis quand même un idéaliste pour le coup. Donc par exemple, cette enquête, ça donne ça vous donne une idée de pourquoi je l’ai fait, je l’ai envoyé à un 70 politiques. Avec un message personnel, un message personnel avec un message global, mais avec une petite ligne personnelle en disant voilà, étant donné votre travail, que ce soit sur le Beauvau Voilà, je pense que ça peut vous intéresser pour telle ou telle raison. Et donc des gens de la France Insoumise dans l’entourage de tous les candidats des personnifiés qui s’intéressent aux questions de sécurité. Enfin, j’ai essayé de l’envoyer à tout le spectre politique, mon but sincère en fait, c’est si ça peut augmenter un peu la qualité du débat public sur ces questions, amener certains un peu de modération je ne pense pas à vous, je pense plutôt à droite, ça m’intéresse. Et en fait, faire ce lien entre les gens par contre. C’est une base en fait sur ça n’a pas vocation à remplacer des débats qu’on a et qui sont nécessaires sur, je ne sais pas, sur l’armement, sur le recrutement, sur les effectifs, sur l’organisation des commissariats, loin de là. Mais, mais déjà qu’on soit d’accord sur le diagnostic et en fait l’idée, elle était un peu aussi. Voilà, quand on parle des profs par exemple, d’un autre type de fonctionnaire, ça ne viendrait pas à l’idée de se dire. On va augmenter le nombre de profs pour former plus de citoyens et faire de la reconquête républicaine dans les quartiers. Et en fait, quand on parle de police, il y a des gens qui se permettent ce genre de propos qui sont complètement abscons.
David Dufresne
Mais alors. Justement, j’allais y venir parce que là, vous avez employé ce terme de reconquête républicaine que j’avais noté tout à l’heure. Et alors je crois que c'était hier. J’ai vu sur Tweeter, je pense que c'était hier, Vous étiez face à Mathieu Valet. C'était hier ou c'était dans la semaine ? Mathieu Valet C’est ce commissaire de police qui a démarré en bas de l'échelle, gardien de la paix. Donc, d’une certaine manière, il a la gouaille du gardien de la paix. Je le vois, je l’interprète comme ça. Sauf qu’aujourd’hui, ce sont aujourd’hui les commissaires de police. C’est un commissaire de police qui parle comme un gardien de la paix et qui, de mon point de vue, à des propos totalement outranciers à longueur de temps. Il a une table ronde, il a une table ouverte sur CNews. Est ce que vous pensez que votre travail ? Je n’ai vu que des extraits sur Twitter. Il avait l’air d'être agacé. Est ce que vous pensez que votre travail peut le calmer et peut calmer ces gens là qui sont en train de politiser plus que jamais cette question là ? En tout cas, qui alimente cette politisation ? Est ce que vous pensez que votre travail peut le modérer
Mikael Corre
Et puis moi je suis aussi vraiment preneur de retours sur ce travail fin. Mathieu Valet on a prévu de prendre un verre pour continuer à échanger sur cette question, parce que c'était assez court en fait notre échange. Mais c’est vrai que moi je lui ai dit de manière assez ferme sur le plateau pour moi, un policier qui commence d’ailleurs c’est marrant, c’est le commissaire divisionnaire de Roubaix qui me le dit dans l’article. Il le dit dans l’enquête Un policier qui est là pour courir les plateaux, pour commenter l'état de la société, pour nous parler d’ensauvagement et de ce genre de choses. Faut qu’il lâche son képi, il faut qu’il devienne député. Voilà. Et ça, c’est ce que je pense. Il y en a plein en interne qui le pensent. Et le problème dans la police, c’est que la parole, elle est réservée à quelques-uns qui du coup. Je pense que ça, c’est un vrai problème. Donc lui, effectivement, son parcours est super intéressant. Moi j’ai apprécié parler avec lui avant le plateau. Par contre, c’est vrai que dès qu’il arrive sur le plateau, on est dans un discours très rodé sur l’ensauvagement des quartiers qui n’est pas du tout la vision. J’ai rappelé d’ailleurs que le caillassage des passages, voilà l’idée que dès qu’une voiture rentre dans un quartier à Roubaix, elle se fait caillasser. C’est des choses qui sont fausses, ça arrive, il y a des moments de tension. Évidemment, la question des rodéos est un grand pourvoyeur des acrobaties en moto est un grand pourvoyeur de moments de tension. Bref, il ne s’agit pas de dire tout roule et ça se passe toujours bien. Mais. Mais comme je le lui rappelais après l'émission, moi j’ai aussi dit des policiers qui commencent une petite course poursuite, qui s’arrêtent aux trois ponts qu’est le quartier. Si vous voulez voir à quoi ressemblent les Trois Ponts à Roubaix, vous regardez Sourire de millionnaire de Z car il y a un rappeur roubaisien qui monte C’est extraordinaire et vous verrez l’intérieur glacé, c’est une tour qui va être détruite et dans laquelle auprès de laquelle il y a un point de deal, notamment héroïne kafkaïen. Et donc là, la course poursuite, ce se fait mène à rien, c’est termine en eau de boudin et du coup les policiers sortent et fument une cigarette sur le point de deal avec les gens qui sont là. Et ça se chambre et c’est bon enfant. Ces situations là, elles existent aussi, elles arrivent. Donc je trouve qu’il faut être mesuré dans ses propos et c’est sûr que ce n’est pas son fort. Après son, son parcours, là d’où il vient. Ce n’est pas tellement pour parler de lui. Il parle. Par ailleurs, c’est un syndicat extrêmement minoritaire que moi j’ai suivi de près et qui s’est fait connaître notamment par Twitter. C’est comme ça qu’ils ont percé en étant très agressifs à l’endroit de certains journalistes, de certains enquêteurs, sociologues, chercheurs, etc. Et aujourd’hui, ils ont leur rond de serviette. Bon voilà, c’est ici. C'était juste pour rappeler ça et pour essayer de comprendre quelle était votre position par rapport par rapport à eux.
David Dufresne
C’est donc Mickaël qui a passé une semaine par mois pendant un an au commissariat central de Roubaix et qui raconte sans fard, cliniquement les choses et on va dire sans jugement, sauf un tout petit peu à la fin. On y viendra après. Il n’y a presque plus de jugement dans cet entretien que dans ce reportage, on pourrait dire ce reportage au long cours, ce grand reportage. J’aimerais qu’on parle de ce qu’on entend des policiers « pue la pisse. » Vous savez à quoi est réservée normalement, cette insulte « pue la pisse »dans la police ?
Mikael Corre
C’est généralement les militants, les militants d’extrême gauche, le pue, la pisse est le zadiste, Donc c’est normalement réservé. Voilà, ce n’est pas quelque chose qu’on entend tous les jours, mais c’est plutôt des choses que j’avais lu, notamment sur eux, sur internet, dans des groupes de policiers. Et là en l’occurrence, j’ai un policier qui me fait une sorte de hiérarchie sensible, donc la sienne de policière. Donc il me dit voilà, en bas de l'échelle, il y a la police municipale, en bas de l'échelle, du respect quoi. Ensuite, il y a nous, les policiers secours et les geôliers notamment. Après, il y a les enquêteurs et après il y a les magistrats. Et en fait, c’est intéressant parce que le geôlier. Donc moi Je sais l’endroit et c’est le policier qui m’a le plus intéressé au commissariat. Le geôlier Donc j’ai fait des vacations en geôle, des vacations complètes. C’est le moment où le policier de police secours doit passer 8 h d’affilée dans les geôles, donc dans un petit local, avec une vision panoptique sur les cellules. En fait, c’est un boulot extrêmement complexe, extrêmement technique parce que parce qu’en fait c’est une vraie lessiveuse. Il y a des gens qui vont vous expliquer même que c’est votre poste d’observation préféré. Un bout de parking devant la porte vitrée qui mène aux cellules de garde à vue est un endroit incroyable par exemple. J’ai essayé vraiment d’avoir des chiffres sur le nombre de morts, les chiffres dans la police et une vraie question. Ce qui en gros 90 % des chiffres concernant la police, notamment en France, sont faux. Voilà. Donc d’où l’intérêt aussi de passer par une méthode qualitative comme ça. Parce qu’en fait, pour approcher de la vérité, il fallait, je ne pense pas effrayer par les chiffres. Vraiment, si c’est si compliqué.
David Dufresne
Pourquoi et pourquoi ils sont cohérents, Pourquoi sont-ils faux ?
Mikael Corre
Parce qu’ils sont construits sans base scientifique. Parce qu’il n’y a pas de transparence sur la construction de ces chiffres C’est déjà deux points assez essentiels.
David Dufresne
Alors les geôles.
Mikael Corre
Les geôles, moi je cherche à comprendre. Est ce qu’on enferme plus ? Est ce qu’on enferme trop ? Enfin voilà, j'étais vraiment dans ces problématiques et la scène qui m’a permis de répondre un peu à ça, c’est la rencontre avec la personne qui fait le ménage depuis une vingtaine d’années dans les geôles. Donc il y a une scène absolument incroyable, incroyable. Elle valse avec le geôlier.
David Dufresne
Très belle scène,
Mikael Corre
Les geôles, c’est un lieu… il y a des moments, c’est à pleurer, c’est rempli de mouches, ça pue, c’est célébrant. La misère totale, c’est sûr. Et bien des moments de pouffe, de rire extrêmement drôle, de violence, mais en même temps, c’est absurde. C’est vraiment un monde absurde très intéressant à observer. Et donc cette personne qui vient faire le ménage en fait, en fait souvent elle ne vient pas le faire parce que pour qu’elle puisse faire le ménage, il faut qu’il y ait des geôles de libres. Ça a l’air tout bête quand même, mais quand on le sait, ça va mieux. En le disant bien, il faut qu’il y ait une geôle de libre, pouvoir transférer le détenu qui est dans une geôle, la personne en garde à vue dans la geôle libre pour simplement nettoyer. Et en fait, comme à Roubaix, souvent toutes les geôles sont libres. Enfin, toutes les geôles sont pleines, elle ne fait jamais le ménage. Et de ce fait, on est dans une crasse, dans une saleté qui a été dénoncée par la contrôleuse générale madame Simoneau, mais qui a une crasse, qui est une atteinte à la dignité des détenus. J’ai un policier d’ailleurs, sage, qui me disait mais moi des fois je leur dis je l’ai vu faire. Ils disaient dès à des personnes gardées à vue et écrivaient au président de la République. Mais ça par exemple, je l’ai pas décrit, voyez, parce que je pense qu’il le disait aussi un peu parce que j'étais là. En tout cas je n’en étais pas sûr. Donc vous voyez ça, par exemple, mais quand même, il semblait vraiment interpellé par cette situation. Mais c’est aussi les conditions de travail du geôlier que le geôlier pendant 8 h, il est dans cette crasse et en théorie doit manger dans les geôles où personne ne le fait en réalité. Donc ils mangent ailleurs les gardés à vue des gardés à vue sont mineurs à Roubaix.
David Dufresne
Voilà, c’est ça, c’est la première illustration de l’enquête. Vous parlez alors justement à propos des plats cuisinés. Je vais revenir sur les plats, vous racontez à un moment donné, qu’il y a des plats qui sont prévus pour les gardés à vue, qui sont fait les policiers se sont servis en fait, ils les ont mangés.
Mikael Corre
Alors dans les états major, c’est une vraie question. Déjà, les couvertures de survie c’est un problème. Mais je raconte aussi que des fois, quand il y a des situations compliquées, par exemple, quelqu’un qui veut se suicider, ça c’est une grande angoisse du geôlier, quelqu’un qui veut se suicider ou se blesser, des fois ils lui donnent une deuxième couverture de survie. Et puis là, il y a toute une bagarre entre les policiers et leur hiérarchie sur le nombre de couvertures. Vous dépensez trop de couvertures et à un moment donné, on a ces policiers qui se font voler parce que parce qu’ils manquent, il manque des couvertures. Parce qu’en fait il en a donné pour calmer des gens qui ont froid, qui sont en panique, qui sont en détresse, qui sont en geôle. C’est tout un mécanisme qui se met en place. Puis ça, ça permettait d’incarner ce que ressentent beaucoup de geôliers, c’est-à -dire que la hiérarchie ne comprend pas leur travail. Après, il y a aussi une dimension un peu théâtrale, c’est-à -dire voilà. La direction départementale nous dit qu’on consomme trop de couvertures, qu’est ce qu’on peut faire ? Et puis là, le commissaire et les commandants cherchent une solution, mais dans le fond, ça les arrange, ça les ennuie aussi à ce sujet. Pour revenir au Jean Louis, Leuze, en fait, je raconte un cours de geôle, donc, c’est-à -dire un vieux geôlier qui explique à un jeune geôlier comment on fait les geôles. Il dit de bien fermer l'étagère dans laquelle il y a notamment les gâteaux secs parce que certains collègues se servaient. Donc ça, c'était plutôt rigolo. Quand ils avaient un petit creux, ce n’était pas pour mais. Mais bon, la question des scellés d’une manière générale qui excède ça parce qu’il y a les scellés de gardés à vue, hein, que ce que les personnes ont, l’argent qu’ils peuvent avoir, etc. C’est un gros sujet, parce que le geôlier est responsable de tous les scellés. Donc si quelqu’un vient voler et des vols dans un commissariat, il y en a. Les policiers ont souvent cette blague en disant que dans la police, il n’y a pas de voleurs, il n’y a que des voleurs. Voilà donc un peu Dorothy qui disparaît, un peu d’argent. C’est une réalité. J’en parle, j’ai un chapitre sur les ripoux.
David Dufresne
Mais on y viendra.
Mikael Corre
Et donc je raconte aussi des faits, des erreurs ou des fautes de geôliers, et aussi des situations avec lesquelles je ne sais pas comment. Comment ils peuvent faire en fait. Par exemple, des personnes qui ont des problèmes psychiatriques en geôle et qui se blessent, qui peuvent se. Quelqu’un qui peut se taper la tête contre un mur de manière extrêmement forte.
David Dufresne
Alors j’ai appris ça, le coup des casques.
Mikael Corre
Et ça c’est illégal. Il leur met un casque de moto, il les menottes, c’est illégal. Et en même temps, le geôlier, il me dit, c’est un geôlier qui m’en parle une fois.
David Dufresne
Donc on est d’accord, vous racontez je crois. Vous parlez de six casques de mémoire qui sont sur une étagère donc Casque de moto.
Mikael Corre
C’est ça Un casque de moto intégraux.
David Dufresne
J’imagine un fou intégral quoi. Afin que le gardé à vue, s’il se tape la tête contre les murs, ne se blesse pas, c’est ça ?
Mikael Corre
Exactement qu’on appelle « les fous ». Et c’est sur toute la gestion des policiers, des personnes avec des problèmes psychiatriques. Parce qu’en fait, aujourd’hui, on le sait, il y a un manque de moyens. Dans l’hôpital psychiatrique, il y a des puits évidemment, avec toutes les souffrances. Ça va aussi avec l’addiction, avec fin, avec la consommation de drogue. Et donc il y a des fêtes. Les policiers sont aux prises en permanence avec des gens qui n’ont pas toute leur tête pour prendre un propos parce que je ne suis pas psychiatre. J’ai pas pu savoir exactement de quoi souffraient toutes les personnes, mais avec aussi des gens en rupture de traitement etc. Et de la gestion de ces personnes là, c’est extrêmement compliqué parce que déjà ce sont des personnes vulnérables et certains policiers peuvent être violents. Je raconte une descente de voiture assez violente, riche, ou une personne toxicomane en manque. Je raconte ça aussi. Voilà, on leur met des casques et tout, mais en même temps c’est compliqué. Enfin, je n’ai pas de solution pour eux quoi. Je ne sais pas comment ces personnes sont prises en charge.
David Dufresne
Il y a Nino, qui me semble un petit peu remonté ce matin, donne son point de vue et dit que les geôles sales et infestées sont un moyen de pression. Voilà, c’est un moyen de pression. Ce n’est pas tout à fait pour rien, c’est cette misère pour être orchestrée. Ça, ce n’est pas du tout un point que vous développez. Vous décrivez, vous dites voilà comment. Mais vous n’expliquez pas tout à fait si de manière machiavélique ou non, elles sont aussi dans cet état pour agir psychologiquement. Est ce que c’est ce que vous avez ressenti ou pas ?
Mikael Corre
Je ne pense pas parce que parce que les jours tels que je les ai vus, en fait, les politiques et notamment le ministre les a jamais vu comme ça. Parce que quand un ministre se déplace dans un commissariat, on repart. Les geôles, c’est le premier truc qu’on repeint. Et du coup, il y a, il y a cette envie de montrer ce qui est faux, que qu’en fait dans les geôles, les gens sont, sont, sont. On n’est pas dans des conditions déshumanisantes, etc. Après est ce que c’est orchestré ? Je pense quand même que les policiers de ces conditions là en souffrent aussi, notamment les polices secours qui font leurs vacations en geôle. Je ne pense pas que ce soit orchestré comme ça de manière machiavélique. Je pense que. Certains geôliers et certains policiers disent et peuvent même le verbaliser, que certains gardés à vue l’ont bien cherché. Et ça c’est une certitude. Donc en fait, ma réponse est nuancée. D’ailleurs, je raconte une scène avec un geôlier qui. Mais en fait, ce qui est assez intéressant, c’est que cette posture là, je ne pense pas qu’elle soit la plus commune. Non pas parce que les policiers sont des gens extraordinaires et très humains, ce n’est pas ça mon propos, mais parce que concrètement, en fait, ce n’est pas bon pour eux non plus. Je raconte par exemple une femme qui se trouve être obèse, vous comprendrez pourquoi je donne ce fait là. Qui veut aller aux toilettes ? Et en fait le geôlier lui explique qu’il y a des toilettes dans sa geôle. Sauf que les toilettes dans les geôles, elles sont immondes. Il y a des gardés à vue qui y mettent les couvertures des couvertures. Voilà. Et du coup, avec des excréments dessus. C’est vraiment quand je parle d’une crasse, c’est pas juste que c’est sale sexé, c’est que c’est absolument horrible. Et en fait, le geôlier aurait très bien pu le lui autoriser à sortir et aller aux toilettes parce qu’il y a d’autres toilettes un peu plus publiques dans les geôles. Simplement, il ne l’a pas fait. Ce qui est complètement con de sa part. Vous verrez pourquoi. En fait, il s’est mis à l’insulter, à lui mettre la pression, à la traiter de tous les noms. Sauf qu’il avait son fils à cette dame qui était aussi en geôle. Donc c’est parti en sucette. Tout le monde s’est mis à hurler et la dame donc très grosse et a un peu de colère et de détresse, est rentrée dans la porte et la porte s’est dégonflé. Voilà. Et là, ce qui est intéressant dans cette scène, outre le fait que c’est foufou, c’est je. Voilà, je ne sais pas quoi en dire. C’est absolument terrible. C’est le regard d’autres policiers, la série notamment, notamment les policiers qui. Qui sont les. Les enquêteurs, en fait. Eux, ils ont pas envie que les personnes remontent des geôles en étant dans tout leur état, en ayant été maltraités ou quoi ? Eux, ils veulent que les auditions se passent bien. Donc en fait, par exemple, en l’occurrence, c'était pour du stups. Les enquêteurs des stups ont demandé à ce que le geôlier change et ils ont parlé entre eux. Ils disaient Mais le collègue, il est complètement fou de faire un truc pareil et tout. Donc je vous dis pas du tout que tout se passe bien, en geôle même. Mais vous voyez, j’ai plus. Moi, j’ai plus le sentiment que ce genre de réaction inhumaine, fort, inhumaine, ce genre de réaction est en tout cas déshumanisante.
David Dufresne
Oui.
Mikael Corre
Plus précis je trouve, était plus le fait d’un policier que d’une décision de les maintenir dans la crasse. Mais. Mais chacun a le droit d’avoir aussi son analyse.
David Dufresne
à propos des politiques qui viennent visiter les commissariats Ça va nous amener à la question de la politique du chiffre. J’ai noté plusieurs passages et notamment page 24, deux passages. Donc nous avons, nous sommes là une réunion. Donc ça, c’est un commissaire qui vous qui vous parle. Des commissaires dont on parlera plus en détail tout à l’heure et qui vous diront que ça tombe bien, ce sera juste avant. Ils parlent d’une opération juste avant le prochain GLTD. C’est le groupe local de traitement de la délinquance qui est une réunion entre les commissaires, la procureure et d’autres responsables pour harmoniser leurs actions dans les quartiers difficiles. Et il vous dit ce commissaire, comme ça j’aurai du stock, c’est-à -dire j’aurais des chiffres à donner. Et il vous faut un officier de police judiciaire judiciairement parlant, c’est du travail pour rien. Ce sont des opérations d’armes, ni même des opérations d’armes. Donc ça, c’est ce que moi c’est ma vision de la politique, du chiffre que vous décrivez là. C’est-à -dire on fait plaisir au ministre qui va les communiquer. Est ce que je me goure ou pas ? Là, j’ai l’impression, page 24, deuxième colonne, premier paragraphe que je ne suis pas dans le faux.
Mikael Corre
Non, vous n'êtes pas dans le faux. Et en même temps, si vous me demandez est ce qu’il y a une politique du chiffre ? Euh je vais vous répondre, je ne sais pas et je vais vous expliquer pourquoi. Bon, ce dont je parle là, c’est notamment. Ils appellent ça les signaux dans le Nord. Mais on s’en fiche des sigles, parce que vous savez les faire, les sigles. En fait, en fonction des régions, ça peut changer.
David Dufresne
C’est infernal, c’est infernal.
Mikael Corre
Pour les sigles, dans la police, c’est un vrai poison et c’est vraiment infernal. Donc le problème de la police, c’est les sigles. Ça ne facilite pas la transparence, c’est sûr. Donc ces SIAO, ça consiste en quoi ? Ça consiste ? C’est une manière de travailler sur un point de deal pour la police. Donc en gros, on réunit plusieurs voitures, on arrive sur le point de deal avec notamment généralement un chien des chiens stups. Donc, comme les guetteurs et les systèmes de guet sur les points, ils sont quand même assez performants. Ben ça ne fait pas, tout le monde est prévenu et du coup personne n’en fait. Les personnes s’enfuient. Pas forcément, mais les dealers n’ont pas de drogue sur eux, elle est cachée à proximité et en fait les chiens cherchent de la drogue, la trouvent dans des poubelles ou sous une plaque d'égout, etc. Ou sous une voiture et puis et puis voilà. Donc dans le jargon policier, ils appellent ça des découvertes sèches. Donc c’est à dire que c’est des découvertes qu’ensuite judiciairement on ne pourra raccrocher à personne, même si, imaginons la scientifique trouver des empreintes digitales sur le pochon ou sur la bonbonne d’héroïne. En fait, clairement, même un avocat moyen plaiderait la consommation, le fait qu’il les a eus dans la main. Mais à la fin, ça serait impossible de caractériser judiciairement qu’il était là pour les vendre. Donc c’est du travail juridique judiciairement pour rien. Et effectivement, dans ces réunions là, les commissaires arrivent avec les chiffres, le nombre d’interpellations fait dans tel quartier, etc. C’est vraiment un rapport très politique à la lutte contre le trafic de drogue que Gérald Darmanin a désigné comme l’une de ses priorités. D’ailleurs, je précise que je pense que s’il y a bien quelqu’un qui ne découvrira rien dans mon article en ce qui concerne le trafic de drogue, c’est Gérald Darmanin, parce que c’est au dessus de la station et on appelle ça ici un surnom.
David Dufresne
Mais pourquoi s’il y a des accusations, pourquoi c’est limitrophe de Roubaix, là ?
Mikael Corre
Donc en fait, c’est des réalités que tous les élus de la circonscription connaissent très bien. Et en fait, là dedans, il y a quelque chose pour les poulets Ils travaillent pour la sécurité publique. On faisait des opérations sur des points de deal avant Darmanin, mais c’est vrai que l’on nous l’impose depuis huit mois une opération par semaine et par commissariat.Voilà. Et en fait, ces opérations ça s’appelle la politique du chiffre. C’est la politique du chiffre parce que ça permet d’arriver à un chiffre totalement absurde qui est le nombre par exemple de points de deal éradiqué par exemple et 100 pour y revenir. Mais c’est des chiffres qui n’ont pas de sens. En fait, ces interventions que les policiers effectuaient effectivement faisaient déjà avant, elles peuvent avoir un intérêt qui a un intérêt pas judiciaire. Donc ça, je l’ai expliqué, qu’un intérêt d’ordre public, c’est à dire concrètement, qu’est ce qui se passe ? Il y a un point de deal en bas d’un immeuble. Bon, il y a deux aspects. Il y a d’une part le fait que des gens vendent de la drogue et c’est illégal en France. Donc ça c’est un aspect judiciaire. Et il y a aussi ensuite un aspect ordre public, c’est à dire par exemple dans un immeuble social dont je parle à la fin de l’enquête, le 63 rue de Mouvaux, eh bien il y avait un dealer que j’appelle Brian qui fouillait les gens à l’entrée de l’immeuble, notamment les personnes qu’il connaissait pas, qui pouvait être l’aide soignante de la personne du quatrième. Donc là on est dans autre chose. Ou alors qui dégradait tout simplement les parties communes, puisque le problème c’est que appointé il notamment en drogue dure. Il y a des personnes toxicomanes qui viennent acheter de l’héroïne et de la cocaïne et parfois ils la mélangent et puis en fait il consomme sur place. Donc en fait ça s’est essayé donc bon. Mais une personne qui consomme ce genre de substances, c’est quand vous imaginez la misère dont on parle. Et en fait, elles sortent de chez elles. Et puis sur le pas de la porte, y a un homme étendu qui vient de se faire une bouillie, un mélange d’héroïne et de cocaïne, et qui est étendu là. C’est des situations qui sont quand même extrêmement complexes. Et le travail policier, c' est aussi de se dire bah, le point de deal, on va peut être pas forcément le faire fermer en travaillant judiciairement, mais peut être qu’au moins il sera plus dans le hall. Voilà. Mais politiquement, c’est impossible d’assumer ça. Que la police en fait travaille aussi à déplacer le point de deal. Mais. Mais en fait, la lutte contre les stups, elle est aussi là et elle prend en compte aussi des questions de saleté ou des questions de bruit entre guillemets. Pour des riverains, il vaut mieux un point de deal où il n’y a pas de la musique trop forte. Là je prends des exemples concrets mais. Mais en fait c’est là dessus aussi que la police travaille.
David Dufresne
Alors il y a d’autres moments où il est question de cette politique du chiffre, elle surgit, elle surgit comme ça. Alors j’ai l’impression que je me suis gouré. Alors Richard, c’est un policier qui vous résume faut faire de l'étranger en situation irrégulière. Voilà pour les statistiques,
Mikael Corre
Là, on est un mois avant que le ministère de l’Intérieur communique sur le nombre d'étrangers en situation irrégulière interpellés dans le Nord. Parce qu’il faut rappeler que, en fait, une bonne partie des migrants qui essayent de passer en Angleterre depuis Calais ou Grande-Synthe en fait, passent par la frontière belge.
David Dufresne
J’en profite pour dire que Louis Witter a été avec nous la semaine dernière. Photographe indépendant qui s’est installé à Calais, était avec nous au poste et que Euryale a fait une version courte de l’interview qui est sur Blast. Allez y, soyez sympa, Allez y laisser des commentaires pour que la vidéo monte. Louis nous raconte son quotidien de photo-reporter à Calais. Ici, c’est à sa poursuite. Exactement ce que vous êtes en train de dire.
Mikael Corre
Donc là, la situation que vous évoquez, c’est on est avec, on est on est en patrouille au tout début de la patrouille. Et puis il y a un coup de fil et la patrouille avec laquelle je suis est déportée. Donc là par exemple, ça c’est un petit point intéressant. Mais le commandant qui passe un coup de fil à cette patrouille, ce n’est pas que dans la voiture par exemple. Donc il y a quand même face sur la méthode. Ça, ça permet quand même de comprendre aussi le temps long, parce que je n’ai pas vu que ce qu’on voulait me montrer quoi. C’est ça que je veux insister là dessus. Et en l’occurrence, on arrive à un gros téléport où le policier avec qui j'étais, qui était quelqu’un de plutôt jovial, voulait tirer un peu la gueule.
David Dufresne
Oui, on est au repos.
Mikael Corre
Les portes, c’est pour les Parisiens, c’est Châtelet les Halles. Donc c’est en fait le principal hub. C’est là où on rencontre le métro qui fait Roubaix, Lille et puis le tramway. Donc c’est un point important de passage. Et en fait, il se trouve qu’on est pendant Un Couvre feu. Donc en fait, les policiers sont envoyés donc là on est sur de la pure police administrative. En fait, on leur demande d’utiliser la vérification d’attestation et d’utiliser ça pour en fait demander aux gens leurs papiers et cibler, chercher des étrangers en situation irrégulière. Et donc là, le policier qui me dit c’est bon comme t’es là, je vais arrêter quelques blancs. Mais en gros, si je veux faire de l'étranger en situation irrégulière, c’est ce qu’on demande. Bah de toute façon ça ne sera pas le plus efficace.
David Dufresne
Mais attendez parce que là, c’est un point important. Et il vous dit comme tu es là, je vais quand même contrôler quelques blancs, il va vous faire plaisir, il va vous montrer une image de la police qui serait pas raciste. Il veut dire qu’est ce qu’il veut faire exactement ?
Mikael Corre
Ce qu’il veut là, c’est critiquer l’ordre qu’on lui demande et qu’il estime en fait être dévoyé. Sa mission en fait, qui est de chercher de l'étranger, situation irrégulière. Voilà, concrètement. Et du coup il me dit bah voilà, on nous accuse de faire cela Il y a un autre policier qui me dit ça. Après, on nous dit qu’on fait du contrôle au faciès, mais en fait on ne s’interroge jamais sur ce qu’on nous demande, sur les ordres qu’on nous demande. Et ça, c’est vrai que c’est assez intéressant. C’est-à -dire que comme on a, on s’intéresse très vite au racisme du policier. Les policiers sont-ils racistes. Qu’il y a une vraie question mais assez peu à. Concrètement, qu’est ce qui fait que ce policier était là à ce moment-là ? Par exemple, il y a un autre moment et un autre moment où je parle d’un cas de harcèlement. Donc, il y a une magistrate de mémoire, c’est une magistrate qui, en fait, a entendu, elle a pris la plainte. D’un gamin de je ne sais pas quel âge, il a peut être quatorze ans, qui vient jouer au foot avec ses copains dans un quartier. En fait, un policier de la BAC, le harcèle tous les jours, lui demande sa carte d’identité. Et donc la première scène, c’est que je suis ce policier de la BAC. On est dans la voiture Et puis va voir ce jeune qui du coup a porté plainte pour harcèlement. Et puis il lui met un petit coup de pression et lui dit Viens voir, il est où ton ballon ? Alors comme ça tu viens jouer au foot et tu lui as dit à la magistrate que t'étais, que tu faisais le chouf, donc le guetteur sur un point de deal, etc. Le gamin était réellement sur un point de deal et il était réellement sur le point deal tous les jours et il n’avait pas de ballon. Mais. Mais force est de constater que le policier lui met un petit coup de pression. Ça s’est arrêté là et en fait moi j’avais cette scène qui traînait dans mon carnet et je ne savais pas très bien quoi en faire. Qu’est ce que je racontais à travers ça ? Ce coup de pression ? Mais en même temps, ma scène n'était pas très claire et quelques mois plus un mois plus tard, j’ai réalisé que le quartier dans lequel le policier intervenait. En fait, il y avait eu un 78 deux dessus. Ça classe la procureure. Le parquet. Je suis passé à procureur, mais un magistrat de Roubaix avait décidé que les policiers devaient, et c’est le jargon qui était utilisé, harceler le point de deal. Donc en fait, il. Y aller tous les jours pour bien montrer aux dealers qu’en fait il ne fallait pas déborder, etc. Donc on a ce policier à côté et lui demande de harceler le point de deal. Et de l’autre côté on lui dit ben oui, mais vous harcelez ce gamin. Donc on a quand même une fin. Je trouve que ça apporte un autre élément que simplement la responsabilité personnelle, individuelle du policier qui existe aussi.
David Dufresne
Alors sur la politique du chiffre. Vous avez votre commissaire divisionnaire. En fait, il y a deux commissaires. Après, j’amènerais juste après sur l’autre. L’adjoint Mais là, votre commissaire divisionnaire, lui, vous dit dans un premier temps ce que j’observe à mon niveau et que les contrôles d’identité sont utiles aux enquêtes. Donc ça, c’est un peu le discours classique. Puis deux lignes plus bas il vous dit, le commissaire, toujours le même. Mais on peut imaginer que le coût social et politique est trop important dans ce cas, que les députés votent une loi les interdisant, nous l’appliquons. C’est ce qu’ont fait les Anglais. Et je crois que vous expliquez, nous expliquez que le stop in search à l’anglaise a été soumis à des règles strictes et qu’il a, semble t il, il y a moins de moins de racisme dans le travail policier..
Mikael Corre
Voilà. Alors ça c’est. Intéressant parce que là on parle des politiques toujours facile fait, vous prenez un méchant. D’un point de vue narratif, vous prenez un méchant, c’est à dire le policier, et puis vous vous en faites, vous le faites passer pour un gentil en prenant un méchant plus grand. Le politique, d’un point de vue narratif, c’est un gros ressort et ça peut être très efficace. Donc il faut aussi s’en méfier, etc. Bon là je suis un peu dans l’autocritique et tout ça,
David Dufresne
Mais ce n’est pas parce que vous êtes dans l’autocritique qu’on sera clément, monsieur.
Mikael Corre
Non, en fait vous avez raison mais le politique c’est aussi nous. En fait. Qu’est ce qu’on demande à notre police ? Qu’est ce qu’on accepte d’elle ? Voilà, ça c’est des vraies grandes questions infranchissables de manière totale et pour toujours. Et on va prendre deux exemples. Ce que me dit ce policier, c’est qu’il me dit bon, c’est efficace le contrôle d’identité. Moi je rajoute quand même dans l’article sans l'étayer parce que j’ai cherché quand même, parce que j’essaie de recouper quand même ce que les uns et les autres me disent, au moins pour le remettre en perspective. Voilà, je fais juste mon travail de journaliste. En fait, je n’ai pas trouvé d'études qui nous montrent en France que….
David Dufresne
Pardonnez moi, je vous lance une nouvelle fleur. Vous, vous ne faites pas votre travail de journaliste, vous démontrez que les autres journalistes ne font pas leur travail.
Mikael Corre
Il y en a quand même qui font leur travail quand même. Je trouve que vous exagérez un peu, mais bon. En tout cas, en tout cas, je vais essayer de me recouper maintenant. D’ailleurs, de manière amusante, quand par exemple il y a un policier qui, les policiers par exemple, croit beaucoup que pendant la pleine lune il y a plus de criminalité ou délinquance. J’ai fait plein de recherches, j’ai trouvé un chercheur, la trouve qu’il est finlandais en plus, donc chez eux c’est quand même un vrai, un vrai sujet. Parce que la pleine lune, c’est le seul moment où il fait un peu jour la nuit. Il a fait une étude très sérieuse qui montre qu’en fait, la criminalité, il y en a beaucoup moins quand c’est la pleine lune et beaucoup plus quand il fait nuit noire. Mais pour les raisons qu’on imagine. Mais je reviens sur ce cas important des contrôles d’identité. En fait, ce policier, c’est à la fois quelqu’un qui va être ce commissaire, quelqu’un qui va être très critique de moment où par exemple quelqu’un comme on parlait de syndicalistes tout à l’heure, vont parler de l'état de la société en disant Mais attendez, ça ce n’est pas notre rôle. Ça, c’est le rôle des politiques. Mais en même temps, il renvoie aussi le politique et nous à notre responsabilité en disant mais attendez, si le contrôle au faciès et trop attentatoire aujourd’hui, eh bien à des questions, discriminations, qu’on vote une loi, qu’on l’interdise, non ? Peut être qu’il y aura des réticences côté police, mais entre guillemets, on est soumis à ces lois là, quoi. Et ce qui est assez intéressant, c’est que si on prend les anglais, donc les Anglais qui sont, qui peut être aussi du fait de leur culture, c’est à dire qu’ils ont une culture moins, ils ont un modèle d’intégration qui est beaucoup plus communautaire. Donc là, la ou les communautés et la visibilité de ces communautés, qu’elles soient ethniques, religieuses, a beaucoup plus de place. Donc en fait, c’est des questions qui dans le débat public sont pas du tout les mêmes que chez nous, mais en fait eux évidemment ils ont beaucoup avancé, ils ont limité les contrôles. Donc par exemple, un policier ne peut contrôler que sur certains motifs très précis, y remettre un récépissé. En France on n’est pas là, mais pour dire un peu de mal des anglais quand même, c’est pour souligner un peu la problématique.
David Dufresne
, depuis Jeanne d’Arc, ils l’ont cherché.
Mikael Corre
Voilà le reste un peu philosophique et intellectuel dans le rapport à la police, que tout ça, nous, ça nous amène à Londres. A un moment donné, il y en avait un. Il y a eu un énorme problème de vol à la tire des deux roues qui passait et qui embarquait des sacs à main. Voilà ce qui en fait un vol quand même très violent. Parce que pour cette fois, une femme qui a son sac à main, généralement elle reste un peu accroché et vous imaginez la scène pour lutter contre ça. Donc il y a une telle exaspération qu’en fait les Londoniens et les Anglais ont accepté de leur police qu’ils fassent de ce fait ce qu’ils appellent du tactical shock. Je vous invite à taper sur YouTube Tactical Shock Police anglaise. En fait, ça veut dire que concrètement, les anglais acceptent qu’une voiture de police percute un deux roues quand ils le cherchent. Mais vous allez voir les vidéos, elles sont absolument hallucinantes. En France, quelque chose comme ça, ça ne passerait absolument pas, ça serait absolument impossible, en fait, c’est intéressant.
David Dufresne
Pardon, Michel, mais il y a beaucoup de cas.
Mikael Corre
Alors attendez, on va y revenir parce que j’en ai vu, moi, notamment deux des deux roues percuté par des policiers. Mais en Angleterre, à un moment donné, il y a une exaspération telle qu’on accepte quelque chose d’absolument inacceptable. C’est-à -dire que ces personnes, et même on le conceptualise. Vous voyez la différence en France, on va dire quand même que c’est un dérapage. En Angleterre, on a même inventé un terme, c’est le choc tactique. Et en fait, qu’est ce qui va se passer ? C’est qu’un jour il va y avoir une voiture de police qui va renverser un deux roues. La personne va mourir. Ce sera un drame pour cette personne, pour toute sa famille. Ce sera aussi un drame pour le policier qui aura tué quelqu’un. Je ne pense pas qu’il sera rentré dans l’histoire entrer dans la police pour faire ce genre de chose. Et à ce moment-là, il y aura évidemment une vague d’indignation. On s’indigne de cette méthode policière, elle sera bannie. Et en fait, ça montre toute la complexité du travail de police qui doit composer aussi avec des sensibilités sociales qui bougent. Et cette question, par exemple, des deux roues et des rodéos à laquelle j’ai consacré un chapitre, elle est passionnante parce que, par exemple, moi, j’ai des dealers. Il y a eu des cas comme ça, un peu flou. Par exemple, une moto cross est rentrée dans une voiture de police est tombée. Il y a un autre cas où il y a un quad qui est amené à freiner. Et puis du coup le policier percute le quad. Et dans ces moments là, quand vous êtes dans l’habitacle, il y a un silence de mort. Et vraiment, les policiers là se disent OK. Est ce qu’il est blessé ?
David Dufresne
Ça, c’est ce que vous racontez. Là en fait ce que vous voulez dire, parce que j’ai l’impression qu’il y a un peu de malentendu dans ce que voulait dire, c’est qu’en Angleterre, c’est une tactique qui a un nom, qui a appelé, qui régit et qui tire, qui découle de techniques. Là où en France ce serait plutôt des usages et il n’y aurait pas de Contrat, il n’y aura. Pas de directive. Mais, mais cela dit, on a une pensée pour Ibrahim Ba au moment où vous parlez de ça et de sa famille. Voilà, il y a eu des morts en France.
Mikael Corre
Mais, c’est de ce fait là que je dis ça. C’est à dire qu’en France, en fait, la première chose qui est demandée à un policier quand il prend en chasse un deux roues, c’est de ne pas prendre de risque. On lui dit ne prenez pas de risques, on leur dit assez vite de cesser la chasse, etc. Il y a une prise en compte du commandement qui d’ailleurs exaspère certains fonctionnaires qui disent bon, dans ce cas là, singulier, ce n’est pas pour aller au bout, etc. Mais le commandement leur demande de cesser la chasse, ça veut pas dire qu’ils le font tous. Et évidemment, il y a des policiers qui sont prêts à les arrêter coûte que coûte. Et ces gens, il faut les retirer de la voie publique. Et d’ailleurs c’est ce qui est fait. Il y a, il y a des policiers, vous savez, ils n’ont même pas de sanctions administratives ou pénales, mais il y a des commandants qui vont voir leur major et qui leur disent Ok, lui, je veux plus le voir au volant. Ça arrive parce que simplement je sais que lui il va passer. C’est la chasse. Je ne suis pas en train de vous dire que la police ne dérape pas. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il n’y a pas des policiers qui poursuivent de manière totalement délirante des jeunes en deux roues. Justement, je prends cet exemple parce qu’il est il est en tension sur d’un côté et c’est ça montre la complexité du commandement dans un. Et d’ailleurs une grande problématique est ce que, est ce qu’il y a un bon management ? Est ce que c’est, est ce qu’il y a un commandement suffisamment strict dans un commissariat ? On peut en parler, mais en fait d’un côté ce n’est pas possible de ne pas intervenir sur des acrobaties en moto. Pourquoi ? Parce qu’il y a des riverains qui se plaignent et que si personne n’intervient déjà, la justice à Marseille a condamné, elle a condamné l’Etat pour non action sur ces questions là. Donc déjà la justice elle-même. La justice française considère qu’on ne peut pas ne pas intervenir. Et puis il y a aussi un autre risque d’ordre public, c’est qu’un voisin descende et puis se mette à tirer sur des jeunes qui font juste des roues arrière à la chevrotine. C’est important d’intervenir parce que c’est ce que disent aussi tous les commissaires, mais par contre pas à n’importe quel prix. Et du coup, évidemment, le dosage entre les deux est d’une complexité, il est extrêmement complexe.
David Dufresne
Alors ce qui m’a plu particulièrement dans votre enquête, c’est que on voit bien quand même qu’il y a une différence de discours et d’approche selon que vous faites parler des policiers de terrain, des types qui vont en bagnole faire pimpon et des commissaires. D’ailleurs, il y a assez peu d’officiers, il y a assez peu d’intermédiaires. Me semble t il, dans votre enquête et le discours des commissaires, il est un peu plus charpenté, il est un peu plus construit. Il est, pour aller très vite, plus républicain d’une certaine manière. En tout cas, il c’est ce qu’il envoie. Mais alors moi je l’aime bien votre commissaire adjoint, parce qu’il est atypique en réalité, le gars il a démarré, il voulait urbaniste donc c’est assez rigolo aussi. Et il s’intéresse à la cité au sens.
Mikael Corre
Et il a un regard sur la ville qui est extraordinaire. Moi c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai voulu aller à Roubaix. C’est ma rencontre avec lui-même.
David Dufresne
Oui, mais là, est ce que là je parle au sociologue que vous avez failli être ? En tout cas, si vous êtes, vous êtes, puisque vous avez eu votre Master et tout. Est ce que ce n’est pas un biais, là, quand même ? C’est à dire que là, votre commissaire, est ce qu’il n’est pas quand même un peu exceptionnel ?
Mikael Corre
Si, complètement ? En même temps, je pense que s’il n’avait pas cette sensibilité a aux sciences sociales, aux sciences humaines, je ne pense pas qu’il m’aurait laissé autant d’accès. Pour discuter, bien sûr. Donc déjà, il y avait quand même cette dimension là qui est qui en soi typique. Euh. Et après oui, c’est un biais, c’est sûr, son discours n’est pas typique. Maintenant, le discours du commissaire divisionnaire qui lui a un parcours plus classique. Il est aussi assez étonnant parce qu’il assume quand même qu’il n’est pas là pour réparer la société. Il a quand même un regard qui est, qui est et qui n’est pas martial en fait. Parce qu’on imagine les policiers qu’un discours assez martial. Et il a un discours qui est en fait un commissaire quand même, passé sa vie en discussion avec tout un tas de gens, des collectifs citoyens, des maires, des députés, des femmes. Donc il y a quand même un travail qui est un regard sur la police et son action qui est quand même souvent plus, qui a plus de champ, heureusement. Après, si je parle peu de l'échelon intermédiaire, c’est à dire des commandants, oui, c’est parce qu’il y a un énorme manque en fait. D’ailleurs, là, ils sont en train d’en recruter beaucoup. Ils ont augmenté le recrutement dans les écoles à Roubaix, à un moment donné, il y avait sept commandants, donc pour 438 bonhommes. Donc on est quand même sur un taux d’encadrement.
David Dufresne
Vous imaginez Michaël grâce à vous, il y a des formations express qui sont en train de se faire dans le chat. On va envoyer 50 commandos, on va infiltrer la police.
Mikael Corre
Ill faut rentrer à l’U.M. Mais ça c’est important. Et surtout, le manque que j’ai vu à Roubaix, c’est le manque de commandant sur le terrain. C’est à dire que c’est une chose d'être commandant, puis d'être dans son bureau et d'être une sorte de duo de RH en fait qui gère l’absence de Dupont et puis et puis enfin voilà, vous voyez ce que je ce que je veux dire. Mais c’en est une autre d'être sur le terrain, d’aller rattraper celui qui par exemple, voilà celui qui fait n’importe quoi au volant. Bah de le voir en fait tout simplement de le voir que les pneus écrits, c’est un peu au démarrage quand même. Ou alors lui, je trouve qu’il n’avait pas une bonne attitude quand il discutait avec cette personne. Et puis dans un moment où ça part un peu en vrille, où les esprits s'échauffent. Mais être capable aussi d’aller le voir et de l’envoyer dans la voiture en disant tu vas te calmer cinq minutes et l’intervention va finir sans toi. Ça, c’est du commandement sur le terrain et ça manque, mais à un niveau qui est délirant.
David Dufresne
Est ce que, vous demande le chat, d’après vous ça évolue ou pas ?
Mikael Corre
Non je pense qu’il y a deux choses, mais une dont je ne suis pas sûr. Je ne sais pas exactement pourquoi il y en a eu si peu en fait. Donc je ne saurais pas répondre. Ça va être la limite de ma réponse. Est ce que ça tient à mon intuition ? Mais il faudrait le vérifier comme on est. Donc en fait, le problème du regard de droite sur la police, c’est que souvent c’est un discours qui apparaît très pro police, très martial. Il faut plus de policiers, donc c’est celui de Nicolas Sarkozy, c’est celui de madame Pécresse aujourd’hui. Mais en fait, le problème c’est que ce discours y se double aussi d’un autre qui consiste à dire il faut moins de dépenses publiques, il faut moins de fonctionnaires. Donc concrètement, les années Sarkozy, ça a consisté à mettre en place des brigades plus offensives. Mais ça a aussi consisté à supprimer beaucoup d’effectifs parce qu’on remplaçait, ont remplacé pas un départ à la retraite sur deux et les policiers sont des fonctionnaires. Donc si je dis ça, c’est parce qu'à mon avis, il y a eu des départs à la retraite énormes à ce moment-là, parce que les officiers sont souvent des gens du rang qui sont devenus officiers en fin de carrière. Voilà, faudrait vérifier ce que je dis, mais je pense que c’est une part au moins de l’explication. Et aujourd’hui, il y en a quand même un. Notamment du fait des bas, des problèmes de violences policières, des vidéos, des questions de maintien de l’ordre aussi. Enfin là je ne parle pas du maintien de l’ordre parce que ce n’est pas mon sujet,
David Dufresne
Alors vous parlez un petit peu d’encadrement, mais vous parlez un peu des émeutes. Mais bon, on n’est pas là pour lire les 150 000 signes, c’est très intéressant, vous expliquez que pour certains policiers, il y a aussi un effet d’excitation quand des émeutes ont lieu. Mais vous expliquez aussi très bien que parfois le fait qu’il n’y a pas autant d'émeutes qu’on ne le dit. Enfin voilà, vous vous tordez le cou à pas mal de pas mal de choses, mais alors là, je suis obligé quand même de vous amener page 41 sur les violences policières. Là, évidemment, vous vous imaginez bien que je vous attendais au tournant, aux tourments aussi et au tournant. Pour moi, il y a un peu de litote. Il y a un peu d’euphémisme quand vous parlez des violences policières. De la même manière que votre enquête de 2019, je l’avais trouvée. Très intéressante, très détaillée comme vous le faites ici. Mais quand même. En contrepied. C’est à dire qu’au moment où 2019, c’est celle des gilets jaunes, au moment où cette question des violences policières explose, Votre travail, pour moi, je l’avais ressenti comme ça, aussi impeccable soit il avait quand même une finalité qui était de dire, mais pas trop exagérée pas. Et j’ai un peu sur ce plan là, ressenti la même chose, là, dans votre dans votre enquête. Alors je peux me gourer, bien sûr, je peux avoir un biais particulier par rapport à ça, et vous, vous en avoir un autre, où est ce que la réalité vous amène à dire que la violence policière, ce n’est pas, on s’entend, tous par violences policières, on ne va pas faire de la sémantique, là, mais c’est absolument pas central dans votre dans votre enquête.
Mikael Corre
Alors, c’est vrai que ce n’est pas central. Non, non, je comprends ce que vous dites et ça me. J’ai deux réponses. La première, ça tient à ma manière d'écrire. J’ai une tendance à jamais très conclusive parce que je suis quelqu’un qui doute beaucoup.
David Dufresne
Oui, et du coup.
Mikael Corre
Je ne suis pas très sûr moi même de ce que je pense, notamment de la police. Donc en fait, je vous livre les choses et puis je vous laisse vous débrouiller avec, ça plaît pour une part, et puis des fois ça frustre un peu et il y a des sujets peut être qui mériteraient aussi à des moments de dire un peu plus les choses, peut être. Bon après. J’essaie aussi d'être sans ambiguïté. Je parle de violences policières qui, quand vous êtes avec des policiers et déjà par quelque chose d'établi, là par exemple, je chapitre des contrôles au faciès. C’est-à -dire qu’il y a un moment, il y a des réalités qui méritent quand même d'être écrites clairement sur les violences policières. Il y a deux choses qui expliquent que ce n’est pas central dans ce travail.. La première, c’est que ce n’est effectivement pas ça.
David Dufresne
Et n’oubliez pas ce que vous avez dit au tout début. « Les menteurs oublient leurs mensonges ». Alors là, quand vous me dites j’ai trois raisons, il y en a une ou deux, ça ce n’est pas pour moi, je n’ai pas de problème, car j’ai le temps, je vous fais une « audition chic ».
Mikael Corre
La première des raisons, c’est que je ne sais pas ce que je venais chercher parce que j’avais le sentiment pour une part de l’avoir déjà un peu traitée, c’est à dire le rapport des policiers à la violence policière, parce que moi j'étais dans un commissariat, donc toute façon, ma matière, c'était les policiers, donc je n’avais pas envie de refaire ce que j’avais fait. La deuxième, c’est que je n’ai pas vu de violences policières. Je décris une scène mais je n’ai pas vu quelqu’un qui se prend un coup de poing au visage. Je n’ai pas vu de chose comme ça ou de situation comme par exemple la vidéo récente. Là je crois que c’est à Gennevilliers où il y a un policier qui tire, qui met du gaz lacrymogène dans le visage d’une personne avec une béquille et la projette au sol. Je n’ai pas vu ça.
David Dufresne
Et ça, ça m’amène à la troisième. Je me permets une petite incise, puis vous dira votre troisième raison. Là, c’est un souvenir personnel. Je suis un peu plus jeune que vous. Je dois avoir 32 ans, je suis à Libération 30 ans et je fais une double page sur la Bac. Moi, je suis super content. Le lendemain, le journal sort alors à l'époque de Libération, c'était terrible. C'était la coupe du matin. C'était le matin. C'était la lecture à voix haute du journal par tout le monde. Ça s’envolait dans tous les sens. Les gauchistes et ces extrêmes. Gauchistes et ceux qui commençaient à être de droite. Bref. Et là, il y a un monsieur. J’ai encore son nom. Il est décédé, Philippe Rochette, que j’aimais énormément et qui dit. Bon, il dit des choses très gentilles, on oublie et il dit mais on ne peut pas donner un sujet comme ça à un gamin. Il voulait dire par là à quelqu’un 30 ans, qui on est déjà plus gamin. Mais ce qu’il voulait dire, et ça m’a marqué à vie, c’est que ce genre de choses, de reportage autorisé, même si vous, vous avez passé un an. Moi j’avais un souvenir assez précis. Il ne faut pas l’oublier. Et moi ça m’a marqué. Voilà. Je salue Philippe là où il est, avec un peu d'émotion d’ailleurs, parce que je mettais sous le coude. Ça m’avait fait mal. Je m'étais dit merde, j’ai essayé de faire mon boulot Et au fond, vous voyez. 20 ans plus tard, j’en parle, ça m’a marqué et c’est vrai que parfois j’ai ressenti ça dans votre papier en me disant est ce que bon, il y a quand même malgré tout, malgré votre implication incroyable, extraordinaire, je vous l’ai dit, je vous donne Albert Londres. Est-ce que, quand même votre position de journaliste observateur puisque s’est posé dans le champ pour des gens qui sont arrivés, vous avez toujours dit à tout le monde que vous étiez aux policiers et aux gardés à vue. Est ce que le troisième point….
Mikael Corre
Alors en fait non. Mais c’est important ce truc, c’est que j’ai la méthode que j’ai et elle est limitée. Elle est limitative. Et on parlait de Gendreau par exemple tout à l’heure. Gendreau qui ? Valentin Gendreau Oui, voilà qui devient policier ? Qui écrit ce bouquin ? Un flic, lui, a vu notamment une situation de violences policières assez extrême. Moi, il y a des policiers qui ont refusé de tourner avec moi, qui refusaient que je monte dans la voiture. Il y en a aussi qui ont accepté que je monte dans la voiture au bout d’un certain temps, etc. Et on peut imaginer qu’il y ait des policiers, même violents. Par ailleurs, ils sont auto contrôlés du fait de ma présence. Ça, je l’entends tout à fait. Vous imaginez que douze semaines ce n’était pas assez et que, en fait, dans les moments où j'étais là, il y en a pas eu, mais que si j’avais été là à un autre moment, rattrapé par sa manière de travailler un policier, j’aurais pu voir une situation comme ça. Moi je pense que le plus important, puisque je suis certain que ça va finir sur un bouquin, je pense que ça mériterait peut être d'être un peu plus. Il y a ce policier dont vous dites s’appelle le mutique, celui s’appelle Christophe ou comment il s’appelle son vrai nom. Et c’est le seul moment où on comprend qu’il y ait des gens qui sont sur leurs gardes. Mais je pense que ce n’est pas ça. Et oui, je pense que ça mériterait parce que vous imaginez à mon avis cet article, cette enquête va faire un effet de révélation.
David Dufresne
Donc à partir de maintenant, il y a des gens qui vont dire à la police c’est ça. C’est beaucoup ça.
Mikael Corre
C’est gentil et j’espère que ça participera en tout cas. Mais en fait je ne sais pas. Peut être que ça aurait mérité un peu plus de clarté, mais en tout cas, comme vous l’avez lu au démarrage de l’article, j’explique vraiment comment j’ai obtenu les autorisations, euh comment j’ai fait ce travail et cette histoire aussi de dire tout de suite ok, je suis autorisé à être là et vraiment poser le cadre, Alors c’est peut être que je peux le poser encore plus clairement, mais toute méthode limite. C’est-à -dire que si on Gendreau, ils n’avaient pas accès aux auditions, au travail des enquêteurs et aux réunions de commandement. Et moi il y a des choses auxquelles je n’ai pas accès et je pense que ça en fait partie. Par contre, sur les violences conjugales, les violences policières, j’ai un chapitre là dessus et du coup je peux écrire sur autre chose, mais qui effectivement, encore faut-il qu’on écrive sur les violences en tant que telles. Je suis d’accord avec vous, mais j'écris sur les faits pour les autres policiers, dans la police, dans ma collègue qui déconne.
David Dufresne
Oui, mais alors ça, je vais vous dire, c’est un peu le point de vue de l' IGPN C’est à dire quelle image on donne de la police. Et le problème, c’est l’image de la police plus que des agissements de la police.
Mikael Corre
Après, j’ai écrit le début là dessus et après sur comment on sanctionne. Alors évidemment, je ne suis pas monté au niveau. J’ai de la même manière que sur la drogue, je ne montais pas au niveau PJ, je ne suis pas monté au niveau IGPN pour rien vous cacher, c’est quelque chose qui m’intéresserait. Et l’une des choses qui me touche tout ce qui est contrôlé ou absence de contrôle et tout, c’est vraiment une réflexion. En tout cas moi je le dis clairement parce que je préfère le dire clairement plutôt que d'épiloguer. C’est une limite de mon travail. Je l’aborde mais c’est insuffisant et j'étais aussi limité du fait de ma méthode. Ma jeunesse peut être.
David Dufresne
Je me suis mal exprimé. Ce n’est pas forcément jeunesse dans l'âge et c’est jeunesse dans l’expérience. Dans la nouveauté, vous avez dit : Ça ne fait pas si longtemps que ça que vous vous intéressez aux affaires de police.
Mikael Corre
Et j’ai reçu un sur tweeter des personnes qui m’ont dit voilà, si tu avais vécu dans ce qui avait grandi dans notre quartier, si tu avais grande, si tu avais vécu autre chose, n’aurait pas ce rapport là et qu’ils l’ont trouvé pas assez présent. Et c’est chose que je peux entendre. Par exemple, j’ai écrit un message, y m’a pas encore répondu à ta boîte parce qu’on est en lien, on échange parfois et ça m’intéresserait d’avoir son regard sur ce travail peut être qui sera très critique. Et si c’est le cas, eh bien voilà, moi je voudrais l’entendre aussi.
David Dufresne
Il y a ce policier dont vous parlez au détour d’un paragraphe qui précisément déconne un peu semble t il. Et un des trucs qui fait qui déconne un peu, c’est qu’il fait ses récits sur Twitter de ces opérations un peu cow-boy et visiblement ça pousse un peu dans le commissariat. Vous pouvez nous en dire plus là-dessus ?
Mikael Corre
Oui. Alors après je peux vous en dire plus dans la mesure pour qu’il reste anonyme quand même, parce que si c’est les policiers sur qui j'écris, reste aussi en partie mes sources. C’est compliqué de fois faut que je l’ai, Voilà. Mais ce qui est intéressant là dessus, c’est que c’est assez lié au discours syndical dont on parlait. C’est à dire que le droit de réserve, théoriquement, eh bien, s’adresse aussi à Twitter, c’est à dire qu’un policier, voilà qui parle sur Twitter. Normalement, il est soumis à un droit de réserve, même anonymement. D’une manière générale, ce que j’ai observé, c’est que ça ne dérange pas tellement la hiérarchie quand c’est pour témoigner de son vécu de manière un peu précise. Ce qui dérange plus la hiérarchie, c’est quand c’est pour faire un peu de politique, que ce soit dans un sens ou dans l' autre.
David Dufresne
Plus souvent dans un sens que dans l’autre, c’est assez étonnant.
Mikael Corre
C’est assez étonnant parce que finalement je pense que certains policiers, pour être corrosifs dans l’autre sens, en montrent en fait le décalage parfois jusqu'à l’absurde entre la communication politique et puis la réalité de ce qu’ils font et voilà. Mais souvent c’est dans l’autre sens. Pour parler de ben voilà, l’ensauvagement de la société, ses quartiers, Je ne vais pas les répéter, même pour vous, vous connaissez ces discours et en fait tout ça agace énormément. Moi je dis il y a un moment par exemple, j’ai comme je n’ai pas pu assister à une réunion du matin, une réunion des commissaires en fait, j’ai appris par la suite que c'était parce qu’une personne est en train de se faire recadrer pour des propos tenus sur les réseaux sociaux. C’est vrai en ce moment, c’est un des gros moteurs à sanction avec les vols dans les commissariats.
David Dufresne
Voilà, donc il en est aussi question. Il y a plein de questions du chat. Je voudrais juste saluer aussi dans votre travail quelque chose de particulier. Il y a Andréa, et Romain, ce sont deux policiers qui ont grandi à Roubaix et je pense que leur regard. Il y en a un qui a grandi dans le quartier des Trois Ponts dont vous parliez un instant, je pense que leur regard aussi très ras du bitume mais en connaissance de cause amène beaucoup et en même temps donne à donner une vision du travail policier qui n’est peut être pas une vision générale.
Mikael Corre
Je vais le dire rapidement, mais la police en région parisienne, c’est une police de déracinés, c’est des gens qui n’ont pas envie de vivre là, qui sont loin de leur famille, loin de leur proche, etc. Et du coup ils sont aux prises avec une réalité sociale et territoriale qu’ils ne comprennent pas à Roubaix, même si le travail de police peut être parfois dur, les policiers sont contents de vivre dans le nord, souvent ils ont des attaches etc. Et du coup bah voilà. On n’avait pas parlé tout à l’heure, mais on parlait de la 206.Il y a un moment où il y a eu une interpellation d’un gamin parce qu’il est au volant d’une voiture, finalement il y a un débat entre les policiers. Il y en a un qui vole un gamin qui a treize ou quatorze ans et il y a un policier qui veut l’interpeller. Et finalement le chef décide de ne pas le faire. Et c’est un Roubaisien en fait. Il m’explique que, en fait, à Roubaix, s’il y a autant de gamins dans les bagnoles, c’est parce que comme il y a beaucoup d’appartements petits et qu’en fait les adolescents cherchent un peu d’intimité, donc ils sont dans les voitures. Et il me raconte le cas d’un gamin de quatorze ans qui avait acheté une 206. Je crois que c’est une 206 qui ne roulait pas, qui l’avait garée, en fait, il squattait dedans. C’est devenu sa chambre quoi. Ça, c’est des réalités. On n’est pas dans le discours, on est juste dans le réel. Si vous n’êtes pas roubaisien, ça existe peut-être ailleurs, mais en tout cas, moi je l’ignorais tout à fait.
David Dufresne
Alors un dernier petit point avant d’aller sur l’analyse et les questions du chat. L’enquête s’intitule Haut commissariat. Un an au cœur de la police et je vous l’ai dit, mais là, je reviens quand même dessus. Il n’y a pas de délinquance en col blanc dans votre enquête. Il n’y a quasiment pas de police judiciaire. La belle enquête, quoi. Il n’y a aucun gros bonnet. C’est à dire que d’une certaine manière, on est quand même dans une vision de la police qui est une autre vision, et c’est en ça qu’elle est précieuse. Mais c’est quand même une vision de la police qui est un peu la vision de ce que moi j’appelle la télé pimpon, c’est à dire le saute dessus, l’interpellation, la ronde, le gyrophare Est ce que là aussi ce n’est pas un regret pour vous ? Juste une seconde. Moi en fait, je vais m’absenter pendant une petite minute. Vous allez être tout seul avec les gens du chat.
Mikael Corre
Alors c’est écrit en petit, mais je vais essayer de lire et puis je vais essayer de répondre.
David Dufresne
Ou sinon vous pouvez simplement faire une adresse à la nation, faire une déclaration.
Mikael Corre
Aucun souci. Merci pour vos questions en tout cas, C’est toujours très intéressant de voir. Moi aussi ça me permet de prendre du recul sur le travail en lui-même. En fait, j’ai un peu de mal à lire le tchat, mais du coup je vais vous parler de l’aide financière. Je suis journaliste et je viens de passer un an dans un commissariat sur la Financière. En fait, c’est intéressant parce qu’en fait je pensais avoir du temps et à un moment donné, mes accès sont restreints parce que les deux commissaires qui m’ont donné accès au commissariat de Roubaix ont été mutés de manière tout à fait normale. Le commissaire adjoint a pris un poste en région parisienne et le commissaire divisionnaire sur la façade Atlantique Mes accès sont restreints et du coup, je pensais par exemple avoir le temps de suivre quelques belles affaires avec la Financière ou quand je dis belle affaire, ce qui m’intéresse c’est jamais les très grosses affaires mais vraiment, la brigade financière ils sont cinq et ils ont doit avoir 1000 dossiers et c’est un travail de fourmi. Mais ça je n’ai pas eu le temps de le faire, donc c’est un manque donc des fois on est limité par ça. Mais je garde quand même quelques chapitres sous le coude pour un livre.
David Dufresne
J’ai posé la question à Stéphane, mais voilà, là vous devriez m’entendre à nouveau.
Mikael Corre
Oui, donc sur Stéphane Jarry, l’illustrateur, quelle a été notre démarche ? En fait, l’idée, c'était qu’il ne soit pas là pour illustrer mon article, mais qu’il soit là pour vraiment travailler comme un photoreporter, mais en dessin. Donc il a pu venir et ont trouvé intéressant que soit des illustrations pour justement ce côté tampon. L’idée n'était pas de photographier des choses choquantes ou d'être dans le sensationnel, ce n’est pas du tout le sens de l'écriture déjà. Et du coup là, le dessin permettait aussi une distance. Bon, ça c’est voilà, ça c’est pour le cadre. Et en fait, concrètement, il est venu sur le terrain deux jours et il a fait un reportage et du coup il a pris des photos et il a travaillé sur la base de photos quoi. J’ai vu, Il raconte quoi dans le papier ? Combien de photos il a prises ? Mais je crois qu’il a pris aussi six ou 700 photos. Et donc là, par exemple, la main que vous voyez là bas, c’est vraiment la police scientifique qui est en train de travailler dans un appartement. Il est 10 h et il y a une vieille dame qui se fait cambrioler, et puis voilà.
David Dufresne
Je cherche, c’est tellement épais. Non, je ne crois pas qu’il donne le nombre de photos,
Mikael Corre
Si 695 photos par dossier. De retour à mon atelier, j’ai classé les 695 photos par dessus et selon les lieux où elles ont été prises.
David Dufresne
Voilà son travail. Je vais poser des questions du chat. Déby demande votre avis sur le travail de Valentin Gendreau, je dois dire que votre travail donne encore plus de force à celui de Valentin Gendreau, pour lequel moi j'étais plutôt critique. Parce que l’infiltration est quelque chose que je trouve très compliqué. Mais on voit bien qu’en fait, il faut les deux, on a une part de la police, avec le votre, on en a une autre et on a la photo complète en fait.
Mikael Corre
L’important, c’est d'être clair sur sa méthode. Et évidemment, une méthode limite toujours le travail En fait, je vous rejoins tout à fait, je rejoins totalement et c’est vraiment ce que je pensais.
David Dufresne
Alors je prends à la volée des questions qui ont été remontées par Jessy, l’autre modo qui est également défrayée. Est ce que vous pensez que vous avez des missions ou on ne vous a pas envoyé à cause des conditions de « pas de relecture » ? Autrement dit, est ce que parce que vous avez dit pas de relecture, il y a des endroits où on vous a dit niet.
Mikael Corre
Dans le commissariat non parce que concrètement, la première semaine, j'étais un peu dans un stage en stage découverte, en fait j’ai tourné un peu avec toutes les brigades.
David Dufresne
De troisième quoi !
Mikael Corre
Exactement,
David Dufresne
Je parlais d’observation.
Mikael Corre
Bizarre, mais à la fin, en fait, je passais un coup de fil concrètement au commandant en charge des voies publiques et je lui disais bon voilà, j’ai croisé tel type, ils partent là dessus, je monte avec eux et puis ils me disaient oui, et en fait je préviens juste dans quelle voiture j'étais, c’était annoncé sur les ondes.
David Dufresne
Donc ils annoncent sur les ondes.
Mikael Corre
Ce sont tous les policiers qui sortent du commissariat s’annoncent sur les ondes. Et donc ils annonçaient qu’ils me prenaient en charge. Ce qui limitait le fait que je puisse être là, c’est que par exemple, les véhicules dans lesquels il y avait quatre fonctionnaires, je pouvais ne pas y aller. Mais concrètement, non, je ne vais pas épiloguer là-dessus, J’ai pu tout voir la première semaine. Il y a juste l’homme, le chef des stups qui ne voulait pas de moi et la BAC non plus. Et en fait ça s’est détendu sans que je raconte, sans que j’aie rien à dire en fait. Ils avaient des échos de mon passage dans d’autres services et ils étaient un peu intrigués par la démarche, en fait ça les intriguait beaucoup.
David Dufresne
Ils vous ont parlé de ce qu’on disait d’eux ? De ce que la presse disait d’eux. De ce que les réseaux sociaux disent d’eux, de ce que des sociologues disent, eux.
Mikael Corre
Oui, beaucoup de débats là-dessus. Alors, c’est difficile à synthétiser parce qu’encore une fois, les policiers sont divers, même sociologiquement, entre un vieux brigadier de voie publique qui a plutôt une sociologie ouvrière, et puis quelqu’un qui travaille dans un service d’enquête qui est plutôt, je ne sais pas plus, Urbain, qui a fait des études post-bac, etc. On n’a pas du tout les mêmes discours, mais ça c’est une première chose. Certains sont dans la négation totale des violences policières, mais la plupart de ceux que j’ai rencontrés sont surtout affectés par ça. Moi, je sentais une sorte de désir d’une vision juste. En fait, concrètement, j’avais fait ce travail sur les violences policières, cette enquête qui était certes limitée, mais elle existait quand même. Du coup, les policiers en interne l’avaient lu concrètement. Et donc le dès les premières discussions que j’avais eu le 12h à table avec les policiers, c'était sur les violences policières et je n’aborde pas le sujet en disant non mais y en a pas les gens, les collègues exagèrent. Évidemment que non, parce que si vous commencez à négocier votre posture comme ça, en mentant sur ce que vous pensez, vous obtiendrez jamais rien de sincère. Et après, pour écrire, c’est impossible. Donc moi je disais clairement ce que j’en pensais et du coup. Mais oui, il y a des policiers avec qui je n’ai pas tourné. Du fait de près, on s’entend plus ou moins bien avec les gens aussi.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr, c’est que c’est un peu la question de la Police. Vous avez des retours de vos personnages, de vos protagonistes ?
Mikael Corre
Ça commence. Certains excellents, d’autres très inquiets qu’on les reconnaisse,
David Dufresne
Mais c’est dans le sens honteux, dans quel sens ?
Mikael Corre
Inquiets dans le sens de sanctions qui pourrait pleuvoir en interne
David Dufresne
Oui, parce que vous parlez parfois de malversation, d’arrangements avec le code et ainsi de suite.
Mikael Corre
J’ai une manière d'écrire qui fait que je glisse des choses. Mais par exemple, à mon niveau, là, je parle de la radicalisation potentielle d’un agent, les renseignements territoriaux avaient alerté et comment le commissaire gère ça ? En fait, je n’en fais pas une seule scène, c’est un élément parmi d’autres. Mais par exemple, bien en interne j’ai eu une réaction par rapport à ça, mais les réactions sont quand même plutôt bonnes. Je ne vais pas surjouer, j’ai eu des relations plutôt bonnes. Puis les policiers, vous savez, ils sont assez rigolos, donc il y a un côté très cash, ce qui est assez appréciable.
David Dufresne
C’est rigolo, c’est appréciable quand on est journaliste ou quand on est observateur, mais mécontent, quand on subit le clash.
Mikael Corre
Ah non ce n’est pas le même clash non plus, C’est plus fin dans la discussion, il y a quelque chose par exemple il y a un policier qui a été muté et puis qui m’a écrit sur les réseaux et donc je vais lui envoyer puis m’a dit Voilà, je te ferais un retour et si j’aime pas, je te le dirais. Il y a quelque chose d’assez direct.
David Dufresne
Oui,
Mikael Corre
Ce qui pour un travail journalistique est appréciable. Oui, effectivement, dans la rue, ça peut être autre chose.
David Dufresne
Alors, on vous dit. Pour avoir écumé les commissariats de « province » depuis presque quatorze ans jusqu'à quatre fois par jour (C’est quelqu’un qui est assez connu, qui est soumis à un contrôle judiciaire depuis quatorze ans, c’est la personne qui a le plus long contrôle judiciaire en France jusqu'à quatre fois par jour. Je confirme le constat de Mikael Corre : les personnes qui se présentent ou appellent pour des violences intrafamiliales, des harcèlements à l'école et des problèmes de voisinage sont très nombreux. Je voudrais vous donner du travail. Ne serait-il pas intéressant d’enquêter depuis le Défenseur des droits ou les collectifs de victimes, depuis Amnesty International, depuis les militants pour la justice ? Ça pourrait être clairement probant en matière de visibilité des illégalités commises par les policiers.
Mikael Corre
Je suis d’accord. Ce travail là au commissariat, on pourrait le faire au parquet par exemple, ce serait passionnant je suis entièrement d’accord.
David Dufresne
Il y a plein de remerciements. Merci pour ce travail. A propos de film, on vous demande ce que vous pensez de Bac Nord ? Est ce que vous avez vu depuis votre travail ou pas ?
Mikael Corre
Alors non, je vais me faire assassiner par un collègue qui m’a dit qu’il fallait absolument que je voie Bac Nord. En fait, pendant que j'écrivais, je ne pouvais pas le voir parce que je ne pouvais pas encombrer l’esprit avec des. Avec d’autres, je ne pouvais pas lire ou regarder des films. Je ne peux pas faire les deux. J’aurais bien voulu le voir là, mais je n’ai pas eu l’occasion. Mais en tout cas, j’ai entendu des échos radicalement différents de deux policiers. J’ai des policiers qui ont adoré. En disant « ça décrit bien notre métier, les difficultés et le rapport à la hiérarchie qui nous soutient pas ». Et j’ai d’autres policiers qui m’ont dit « mais c’est un délire, ils attaquent un point de deal avec des Zodiacs » Même si on est dans de la fiction pure, je crois que le réalisateur assume ce côté ci. C’est le problème de la police aussi. C’est extrêmement séduisant en termes d’esthétique.
David Dufresne
C’est intéressant parce qu’on est un peu sur la même ligne que vous. Alors que ce qu’il développe est tout à fait différent. Mais en gros, ce qu’il dit, c’est moi. Je n’ai pas fait de film politique. Bon, lui il a une vision spectaculaire, j’allais dire du roman policier de la police. C’est son droit. Je veux dire, on baigne là dedans les uns et les autres depuis qu’on est petit, etc. On peut apprécier aussi cet aspect là des choses, tout en tout en s’en méfiant. Bon, voilà. Mais il dit mais moi ce n’est pas un film engagé. Et c’est vrai que j’ai été un peu surpris au début en lisant votre enquête. Et puis là, dans l’interview, dès le départ, vous expliquez que vous ne voulez pas politiser, alors qu’en fait, à mon avis, vous ne faites que ça d’une certaine manière. C’est-à -dire qu’en tout cas, vous donnez matière à politiser la question au sens noble du terme. Mais vous tous les deux, vous dites non mais moi, après tout, je fais un film spectaculaire mais qui est basé sur des faits réels, soit une enquête en immersion clinique mais qui est basée sur des faits réels, à vous de juger.
Mikael Corre
Là je suis gêné parce que du coup je parle d’un film que je n’ai pas vu et c’est gênant. Mais, d’une manière générale, je pense que le spectaculaire en fait affaiblit le niveau informatif. Oui, je prends pour moi le moment où j’ai compris ce que c’est qu’une perquisition. C’est le moment où j’ai été lassé. Du côté un peu spectaculaire de la colonne du rêve qui rentre. Mais à la fin, c’est quand je vous dis lassé, j'étais réellement lassé, c’est-à -dire quand ils faisaient la porte. En fait, quand les policiers cassent une porte à 6 h du matin, ils ont généralement appelé le serrurier. Le serrurier est déjà présent pour réparer la porte. Ce qui est d’ailleurs assez intéressant parce que voyez vous, il y a cette anecdote que vous racontez à des pompiers qui préfèrent casser la fenêtre plutôt que la porte pour pas emmerder les policiers qui seraient obligés de rester toute la journée que la porte soit réparée pour repartir. C’est ce que vous racontez la découverte de cadavres qui a quelque chose d’assez sidérant parce qu’on parle de ce qui emmerde les policiers en termes de paperasse, ce qui les bloque dans leur boulot font un certain embarras. Mais par exemple, quand ils découvrent un cadavre des policiers, certains peuvent rester jusqu'à 8 h de suite dans l’appartement avec le cadavre parce qu’il n’y a pas de médecin disponible pour venir constater le décès et éventuellement constater qu’il y a un problème et qu’il faut faire une autopsie. Donc ça, c’est des réalités, par exemple, auxquelles je n’avais pas idée, mais. Mais sur l’aspect spectaculaire, je pense qu’ils encombrent. Voilà à la fin, moi, l’intervention en elle-même, les courses poursuites m’intéressaient moins et ça me permettait de poser mon regard sur d’autres choses en fait.
David Dufresne
Alors je reprends deux ou trois questions, page 17. Vous interrogez le rôle de la police. Faites tout votre travail, c’est là dessus. Et d’ailleurs, je dois dire qu’au début, quand vous expliquiez, j'étais fatigué de la spectacularisation de la police. Moi je ne pensais pas que c'était ça qui vous fatigue. J’avais l’impression que c'était plus les critiques pas fondées sur la police ou pas fondées de votre point de vue. J’avais l’impression que c'était un peu votre point de départ. Alors je vous lis pas juste ce que ces policiers m’ont expliqué et je mettrai encore plusieurs mois à comprendre. A force de montées, de descentes, de véhicules, de sérigraphies, de suivre des auditions, de passer du temps avec des geôliers, je finis par intégrer que la police n’est pas là pour faire baisser la délinquance, mais pour la contenir en la sélectionnant d’abord, puis en traitant ensuite ce qu’il est possible de traiter. Est- ce seulement audible ? N’avons nous pas collectivement besoin d’un mythe, celui d’une société sans infraction, sans crime ? Que la police pourrait aider par son action à faire advenir. Il suffirait pour cela de mieux l’organiser, de mieux la former de plus ou moins l’armée, etc. Ça, c’est votre point de départ. Vous dites enfin et c’est le point de départ. C’est assez tôt dans votre dans votre papier, vous interrogez le rôle de la police.
Mikael Corre
Oui, je parle d’une fatigue de plusieurs choses. En fait, ce n’est pas et qui n’est pas un jugement sur les critiques qu’on adresse à la police, c’est à dire c’est plus j’avais, je ressentais un besoin de diagnostic. Quand on parle par exemple de je ne sais pas supprimer les brigades anti-criminalité ou les armer différemment, en fait, c’est quoi leur travail au quotidien ? Une brigade anti-criminalité, ça, je voulais comprendre par exemple. Et en fait, cette dimension toute simple que je décris, c’est à dire homme, c’est à dire qu’en fait, si on triple ou même. Allons, allons plus loin que tous les codes, toutes les propositions politiques. Imaginons qu’on multiplie par dix le nombre de policiers à Roubaix, on passe de 400 à 4000.
Mikael Corre
Et mettons de côté ce qui serait l’essentiel. Parce qu'évidemment il ne faut pas le faire, ce que ça aurait pour effet comme effet sur la ville en elle même, c’est à dire quand on augmente le nombre de policiers, on augmente le nombre d’interpeller, on augmente le nombre de gardés à vue, à quel moment ? Même philosophiquement, ça ne devient pas souhaitable. En fait, ça devient même violent. Mais au niveau général, ça c’est des vraies questions. Mais moi, ce que j’amène aussi un peu plus loin dans l’article, c’est que si vous augmentez le nombre de policiers de terrain, va falloir augmenter le nombre de policiers dans les services pour judiciariser ce travail. Il faut bien des gens qui rédigent ensuite. Ensuite, va falloir augmenter le nombre de magistrats pour travailler ces questions là. Ensuite, si ça mène à des à des peines de prison, faudra augmenter le nombre de places en prison alors qu' en France, on a quand même un taux d’enfermement. Voilà une surpopulation carcérale importante et ensuite faudra des gardiens. Et il faudra d’ailleurs des gens aussi pour bas, pour, pour, pour en fait, amener par exemple ces détenus aux urgences s’ils ont un problème ophtalmologique, parce que parce qu’on va être six. Et les missions de police, ça aussi. Donc en fait. Augmenter la police pour augmenter la police. Le nombre d’effectifs, ça ne mène absolument à rien. Et j’ai voulu, j’ai ressenti à certains moments. C’est pour ça que je l’exprime comme ça dans ce que vous venez de lire. J’ai ressenti le caractère un peu absurde de ce qu’on demande à la police. Soit on dit que la police n’est pas là pour réparer la société. Ce n’est pas juste une manière de dire que le policier est insuffisant, on a aussi besoin de professeurs. C’est plus profond que ça, c’est que c’est impossible. En fait, c’est. Et tous les policiers le savent et l’intègrent, y travailleront que sur une petite partie. Et en fait, les problématiques sociales que sont la pauvreté, le chômage, etc. Tout ce qui a mené à la délinquance en fait peut être travaillé uniquement politiquement, socialement et ça prend du temps. Mais on ne va pas demander à des policiers de résoudre toutes ces problématiques sur le terrain, ça ne ça n’a pas de sens. Et assumer en fait, rien que le dire que la police en fait a une action qui n’est que qui n’est que limitée, elle ne peut faire que certaines choses, mais par exemple faire reculer le trafic de drogue. L’action de la police, elle est quand même, si ce n’est quand même extrêmement limitée. Rien que le dire, ça en fait, ça paraît subversif. Alors que de mon point de vue, ça l’est pas tant que ça en fait. C’est juste que ce soit comme ça.
David Dufresne
Alors là, j’arrive à la toute fin, c’est à peu près la chute de votre de votre enquête. Mais vous me donnez un mot magnifique, subversif. Qu’est ce que j’aime ce mot Est ce que vous ne pensez pas que la police. Enfin pas la police mais la République a besoin de subversion. Est ce que vous ne croyez pas que la police a besoin de critiques ? Est ce que vous ne croyez pas que le monde politique a besoin de critiques qui soient frontales ? Est ce que vous ne pensez pas que finalement, si Lacroix vous accorde un an de travail, c’est absolument énorme ? Si c’est un engagement ? C’est clairement un choix éditorial. Mais pour le coup, c’est aussi parce que depuis quelques années, il y a des collectifs de quartier, il y a des juristes, il y a des avocats, il y a des documentaristes, il y a des historiens qui portent la critique et qui la portent de manière un peu véhémente
Mikael Corre
Bien sûr, j’arrive en fait avec ce travail là qui est quand même une alternative à la critique, et parce qu’il y a tout ce travail, parce qu’il y a toutes ces critiques qui sont portées, parce qu’il y a la manière de l’institution de se défendre. Et moi, j’arrive au milieu de ça et je me glisse. Donc effectivement, il y a une il y a une facilité. Après je crois que la réception de l’article témoigne de ça aussi. Il y avait un besoin de cette parole là qui ne doit pas être la seule qui doit être complétée, qui doit être aussi éditoriale. En fait, j’ai envie de dire mais qui en peut qui ressemble aussi à notre journal. On est un journal assez modéré. On est un journal qui met souvent l’accent sur l’humain, qui est qui, qui écrit les choses de manière assez à plat. Alors ça peut être critique, on peut trouver ça parfois mou, tiède, on peut trouver que ça donne aussi une place à la complexité. C’est en soi une ligne éditoriale, mais je comprends que ce ne soit pas suffisant pour certains. Moi, ça correspond aussi, c’est pour ça aussi à ma nature en fait. Pour le coup, je préfère les questions aux réponses.
David Dufresne
C’est bien une presse de journalistes.
Mikael Corre
Mes policiers préférés, c’est ceux qui s’interrogent.
David Dufresne
Plutôt que ceux qui sont pour les interrogatoires ?
Mikael Corre
Des policiers qui s’interrogent sur leur action, qui la remettent en cause, qui ne sont pas sûrs, qui se disent mais à quoi ça sert ce qu’on fait ? Voilà ce point de deal qui bouge, qui se déplace. Est ce que c’est totalement inutile ? Voilà, je trouve que parfois, parfois ne pas trancher, en fait, c’est aussi un courage éditorial. Et je le vis comme ça. En fait, à des moments, je pourrais, c’est plus facile de trancher à des moments.
David Dufresne
En tout cas, ça a été un plaisir et un moment extrêmement instructif de lire ce qui pourrait effectivement s’apparenter à un petit livre tant c’est dense et copieux. En 150 000 signes, ça ferait à peu près 100, 120 pages, 130 pages de livre, ce n’est pas rien gros, gros boulot qui je pense, peut apporter beaucoup de choses, y compris dans le monde médiatique. Bon, je vous ai senti un peu corporatiste quand j’ai attaqué les journalistes, mais moi je considère que là, ça va vous amener du courage et vous amener du temps, vous amener de l’engagement là où il en manque tant, où on a quand même un journalisme de préfecture qui s’est répandu absolument partout, c’est absolument invraisemblable. Il y a quelques îlots, donc je pense que votre papier fait date. J’espère aussi qui fera date sur d’autres sujets, sur d’autres sujets. Donc merci beaucoup.
Mikael Corre
Mais franchement, merci pour ce temps d'échange parce que ça donne du recul aussi sur ce qu’on fait. Merci beaucoup c'était passionnant.

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