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« Impact » de Rudy Burbant : le documentaire photo bouleversant sur les mutilés

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonjour tout le monde ! J’espère que vous allez bien !Ah je t’entends ! Super mon cher Rudy, je viens de présenter ton livre.
Rudy Burbant
Bonjour à tout le monde. Bonjour David.
David Dufresne
Bonjour, Denis alors, est-ce que le format est carré ?
Rudy Burbant
Première question et non, le format n’est pas carré. Le format c’est le format avec des photos qui sont en format pour les connaisseurs on va dire du format six-six, c’est en argentique, donc c’est entre un carré et un vrai rectangle on va dire mais c’est vrai que ça fait un peu carré de loin,
David Dufresne
Tu sais, d’habitude je massacre les livres que je reçois, je stabilote, je prends des notes. On me dit : « Qu’est-ce que tu fais là ? » Je ne l’ai pas fait là, je me suis assagi. Je n’y touche pas parce qu’il y a un tel soin accordé de ta part, de ton éditeur. Et puis j’ai l’impression qu’il y a un maquettiste qui a travaillé avec toi. Là, ce serait de l’hérésie, ce n’est pas possible, l’argentique, je croyais que ça avait disparu.
Rudy Burbant
Non, ça revient même au goût du jour. Je dirais que disons que c’est une autre approche, Une approche un peu plus, un peu plus tranquille, poser des photos que tu vas faire et du coup t’as beaucoup, beaucoup de gens que ça intéresse parce que ça sort un peu de la frénésie de faire beaucoup d’images très vite. Et voilà, on prend plus le temps.
David Dufresne
Je pense qu’on ne peut pas trouver de meilleur slogan commercial que ce que tu viens de dire. C’est-à-dire que ton livre est vachement intéressant parce que ton livre est à l’opposé des images de réseaux sociaux que par ailleurs, je… Comme tu le sais, je peux apprécier, mais effectivement, c’est tout sauf de la musique.
Rudy Burbant
Tout à fait. En fait, l’idée c'était vraiment de sortir du tumulte un peu, de dresser de ces images qu’on a vues en masse à une période, mais qui ont, il faut le dire quand même, beaucoup, beaucoup servi à documenter et qui m’ont moi-même servi à documenter. D’ailleurs, je te remercie avec d’autres, avec d’autres personnes, toi tu as vraiment contribué à tout ça. Et du coup, moi je voulais vraiment sortir de tout ça. Ça faisait écho aussi à mon idée de devoir rencontrer les personnes quelques mois après l'événement. Au moins tu vois, on n’est pas sur des blessures toutes récentes et du coup je trouvais que ce serait cette façon d’approcher les photos a été aussi, voilà, écho à toute cette démarche de prendre le temps de l'écoute du regard parce qu’on les voit dans le livre. Ils sont là, nous qui nous regardons tranquillement, voilà, ils nous donnent à essayer de comprendre ce qui leur est arrivé et puis voilà.
David Dufresne
Avec Impact, le photographe signe un livre bouleversant, clinique et sensible. Ce sont des photos, mais ce sont bien plus que des photos. Dix mutilés, dix violentés, racontent l’assaut policier qui leur fut fait et la vie qui n’est plus tellement une vie qui a pris place. Ce sont des corps, un détail, une bascule, une main arrachée, un œil perdu, des lunettes de secours, une prothèse dit : « vie brisée qui se raconte. » Voilà comment j’ai pillé ta quatrième de couverture pour essayer d’en faire un petit texte à ma manière.
Rudy Burbant
Ça marche très bien, ça va et ça marche très bien. Écoute, c’est cinéma. Je pense que tu as compris. Tu as compris l’essence de ce travail de connaisseur. On est sur oui, dans des portraits dits des histoires, des histoires différentes. Alors il faut savoir que c’est déjà des histoires qui sont passées dans différents contextes d’opérations de maintien de l’ordre et c’est relié souvent à une arme en fait. Donc soit une grenade, soit une munition de LBD, soit une grenade lacrymogène, mais aussi un Flashball. Enfin voilà, on a aussi une histoire avec une matraque égale qui s’est fait briser les dents de manière sauvage. Voilà à Toulouse par des policiers, donc munis d’une matraque. Et du coup donc on a des objets au début du livre que tu as feuilleté tout à l’heure, qui sont reliés pour la plupart à des… Comment dire, on va dire ces objets de reconstruction de certaines personnes comme Antoine là par exemple, Antoine Boudinet de Bordeaux donc, qui a perdu sa main en essayant de repousser une grenade, GLI-F4 pensant que c’est une grenade lacrymogène et du coup, il a pendant un moment utilisé cette prothèse qui lui a permis un peu de se reconstruire. Voilà, j’ai oublié le début de ta question.
David Dufresne
C’est aussi une question simple, ces objets, tu les prends en photo comment ?
Rudy Burbant
Techniquement ?
David Dufresne
Tu veux dire techniquement ? Parce que c’est ça qui est à la fois très violent et très doux, c’est que c’est presque des objets de mode. Je veux dire que tu y mets un éclairage, un cadrage, quelque chose d’extrêmement précis. C’est pictural on va dire. Alors qu'évidemment ce ne sont pas des objets de mode, évidemment. Donc comment… ça veut dire qu’ils t’ont prêté les objets, les mutilés les uns les autres ? Comment ça s’est fait pour que tu dises voilà, le livre va s’ouvrir sur dix pages avec les choses qui sont à vie.
Rudy Burbant
En fait, ça s’est construit. Je n’ai pas pensé à un livre au départ si tu veux. En fait, je suis là pour te raconter la genèse du projet. Pour répondre à ta question juste après. En fait, l’idée au départ, c’est que je voulais documenter un peu les armes, les armes au début, tu vois. Et du coup je trouvais intéressant de les sortir du contexte de la rue pour les mettre sur des fonds.
David Dufresne
Elles sont là les neutres.
Rudy Burbant
Oui, tout à fait. Sur des fonds neutres, que ça fasse vraiment clinique, ça devienne un objet un peu intrigant parce que justement, on n’a pas l’habitude de voir ces objets-là sur un fond aussi, on va dire neutre, calme et doux. Et en fait, au départ, je voulais afficher ces photos en très grand dans les rues et que les gens soient intrigués par son approche et découvrent un texte à côté de ce qu’est cet objet techniquement et de ce qu’il peut poser sur les corps et sur les vies des gens en fait. Et voilà, il s’est avéré que j’ai fait autrement après, puisque j’ai rencontré des personnes et associé à ces armes. Ouais mais du coup pour les objets de la reconstruction, je les ai pris comme ça en… Ça m’a sauté aux yeux. En fait, quand je suis arrivé chez Antoine Boudinet, qui était le premier des mutilés que j’ai rencontrés, j’ai vu cette prothèse posée sur la table et je me suis dit ça marche. Ça m’a fait une espèce de choc quoi. Je me suis dit en fait, ça, ça raconte vraiment quelque chose de ce qui se passe après. Et je ne voulais justement pas raconter le jour de l’impact, le jour de l'événement, mais aussi le parcours en fait, au niveau de la santé, au niveau psychologique et au niveau judiciaire, etc. Pour les personnes qui avaient des avancées à ce niveau-là. Et voilà. Et du coup cette prothèse m’a sauté aux yeux. Donc le dispositif était très simple, j’avais un fond gris bleu. Voilà, j’ai touché les gens à chaque fois, donc ils ne m’ont pas prêté des objets. Donc à chaque fois c’est des rencontres en déplacement à droite à gauche. Moi je suis à Nantes, mais Antoine par exemple, je l’ai rencontré à Bordeaux avant d’aller chez lui.
David Dufresne
Dans son fief.
Rudy Burbant
Son fief, tout à fait dans son nid. Et du coup j’ai posé ce fond. En fait, je l’ai vu deux fois, Antoine. La première fois on a fait l’entretien qui était assez long et puis après on a fait le portrait et en fait il n’avait pas encore cette prothèse définitive puisqu’il est encore en rééducation avec une autre prothèse.
David Dufresne
Et si tu permets Rudy, je vais dire après je vais lire ce passage. La prothèse myo-électrique sur mesure d’Antoine a été fabriquée en octobre 2019. Tu l’as dit. Rappelons-nous. Antoine voit sa main arrachée au pied de la mairie de Bordeaux parce qu’il ramasse une grenade GLI-F4 voulant s’en débarrasser. Bon, il y a des lacrymogènes. Il ne voit pas ce que c’est, des hurlements de terreur, ceux qui les ont entendus s’en souviendront à vie. Hurlement de terreur d’Antoine.
Rudy Burbant
On parlait de ça après.
David Dufresne
Et il s’est ensuite reconstruit puisqu’il a été élu. Il a démissionné depuis pour d’autres raisons. Mais au conseil municipal, sur la liste Gilets jaunes, NPA Bordeaux en lutte, Gilets jaunes, NPA, etc. C’est un type extrêmement drôle, d’une gentillesse incroyable, drôle dans le sens il a de l’humour, notamment sur ce qui lui est arrivé. Et là, le fait est là. Tu donnes des explications sur comment il vit aujourd’hui, avec quoi il vit. Il vit donc avec une prothèse myo-électrique sur mesure d’Antoine qui a été fabriquée en octobre 2019. Donc un an plus tard, elle fait partie des prothèses les plus élaborées. Mais elle demande un effort de rééducation extrêmement important comparé à une prothèse mécanique. Son coût est d’environ 30 000 € pris en charge par la sécurité sociale, la condition pour en bénéficier : se faire prêter une prothèse de même type, apprendre à l’apprivoiser durant une rééducation très rigoureuse, en sorte de s’assurer de son efficacité. Cette prothèse n’est pas adaptée à tout le monde. Elle est équipée d'électrodes qui, posées contre le moignon, captent les contractions musculaires et permettent d’actionner la main. Elle n’a pas la fluidité d’une main naturelle, mais permet seize positions différentes, dont certaines peuvent être programmées via une application mobile. D’après Antoine, rien n’est devenu impossible, tout est question d’adaptation. Il dispose également d’une prothèse mécanique en cas de panne de sa main myo-électrique dont le coût est de 7 000 €. Au total, ce sont donc près de 37 000 € que la sécurité sociale et la mutuelle prennent en charge. Antoine pourra changer de prothèse tous les cinq ans en fonction de l’usure. Certaines mutuelles ne prennent pas en charge les frais médicaux des lésions causées lors des manifestations. De ce fait, certains mutilés se retrouvent dans une position difficile. Des cagnottes ont été mises en place pour leur venir en aide. Il y a notamment les mutilés pour l’exemple. Dans le tchat, tu peux éventuellement donner leur adresse. Ils ont une cagnotte. Un grand nombre des mutilés dont tu parles ont participé ou participent à ce collectif. Voilà, je voulais lire ce passage-là parce qu’il y met l’ambiance on va dire. Il met l’ambiance sur ton travail, sur l’impact fait à ces manifestants et à leurs blessures. Tu voulais dire quelque chose Rudy ?
Rudy Burbant
Oui, sur la prothèse. Alors là comme tu disais Antoine, il a de l’humour sur ce qui lui est arrivé et je ne sais pas si tu en as parlé, mais il y a des témoignages sonores qui sont en ligne que j’avais mis dans celui d’Antoine. Voilà. Et on l’entend bien en fait, on l’entend bien. Moi je l’ai rencontré, c'était en juillet, donc quelques mois après et il avait déjà fait, on va dire le deuil de sa main. Il était en mode combatif et vraiment sur un mois il arrivait, il arrivait à en rire. Alors ça peut paraître étonnant, mais moi ça m’a surpris parce que c’est le premier que j’ai rencontré. Je me demandais vraiment à quoi m’attendre.
David Dufresne
Oui, je sais, c’est l’humour comme commun, comme catharsis. Tout à fait.
Rudy Burbant
C’est ce qu’il raconte justement dans ce témoignage. Et on l’entend. Et à la fin, on l’entend, on l’entend manipuler sa main, raconter un peu comment, comment elle fonctionne. Et il en rigole aussi. Enfin voilà, c’est assez, c’est assez étonnant. Et je… Je vous invite, j’imagine c’est ce que tu feras après, mais à écouter ces témoignages.
David Dufresne
On va le faire maintenant. J’ai peu de temps. Mon cher Rudy, oui, tout à fait, on va le faire maintenant. Christian Soulié a eu la gentillesse de me donner ce qu’on appelle des TC, des times codes. Alors est-ce que je vais pouvoir y aller normalement ?
Rudy Burbant
Ce n’est pas ultra précis sur mon site, mais t’inquiète, on va se débrouiller, on va écouter quatre minutes de témoignages d’Antoine.
David Dufresne
Qui sont disponibles sur le site de Rudy.
David Dufresne
Voilà donc j’ai mis le passage Rudy que tu m’as suggéré par email cette nuit. Donc Rudy, ne t’inquiète pas, toi tu n’entends pas, tu n’as pas de retour mais les gens nous entendent et d’ailleurs ça a été le silence. Enfin on a entendu les témoignages, ça a été le silence radio sur le tchat, le temps des quatre minutes du témoignage d’Antoine. Au petit couillon qui pose toujours la même question : « Mais pourquoi il a ramassé ? » Et bien toi, il suffisait d’attendre, tu avais la réponse. Mais surtout, la question est : pourquoi la France utilise des armes de guerre contre son peuple ? C’est ça la question qui compte. Voilà, c’est juste parce que je n’ai pas envie de m'énerver toute la journée, donc je le dis juste une fois. Et d’ailleurs, ces armes de guerre, tu en parles, tu en parles à la fin, tu l’as dit tout à l’heure Rudy, avec ce catalogage d’armes, d’armes qui ne sont pas toutes cataloguées armes de guerre, mais certaines comme le LBD 40 et la GLI-F4, qui sont les deux pourvoyeuses de blessés, de mutilés. Donc il y a des chaînes comme CNews, etc. pour les réacs, ici on peut discuter, on peut vraiment discuter.
Rudy Burbant
Si je peux me permettre cette question-là. En fait, c’est aussi pour ça que j’ai fait ce travail, c’est-à-dire comprendre ce qui peut se passer à ce moment-là, en fait. Moi je me souviens, je n’avais pas encore commencé le travail, mais j’y réfléchissais. À l'époque, il y avait beaucoup de débats sur ces événements qui commençaient à venir dans les… tu vois, tu vas chez des amis et j’en discutais tout, et des gens que je pensais de mon côté et qui disaient : mais quand même, si le type ramasse la grenade, c’est qu’il a une mauvaise intention derrière. Et moi, dans ma tête, je me disais : c’est certainement beaucoup plus compliqué que ça, et j’ai envie d’aller voir, j’ai envie de comprendre. Et Antoine, il le raconte très bien dans ses témoignages, et je pense que c’est à ce moment-là qu’on a écouté là, c’est le moment où il confond ça avec une grenade lacrymogène, il se protège en fait. Voilà, il dit bien : je n’ai pas l’intention de la renvoyer, moi je suis comment dire je veux me protéger d’un danger. Il n’avait même pas connaissance de ces grenades comme moi à l'époque.
David Dufresne
C’est-à-dire qu’effectivement, en 2018, 2019, c’est là où finalement la France et le monde entier vont découvrir que la France utilise massivement ces armes-là. Il y avait déjà eu des blessés. Il y a quelques témoignages, on va en parler notamment de gens qui ont été mutilés avant les Gilets jaunes. En 1986, il y avait eu place du Trocadéro, déjà des gens qui avaient perdu leurs mains, etc. Donc en effet, ce n’est pas nouveau. Ce qui était nouveau là, c'était la masse. C'était d’une certaine manière l’industrialisation de la mutilation et des blessures. D’où l’objet. Alors il y a quelques points critiques dans le tchat dont je te fais part. J’imagine que tu lis déjà… Est-ce qu’on te demande par exemple… Attends, je vais retrouver la personne. Je crois que c’est Steph qui dit : par contre, je me pose la question au marché destiné au public Gilets jaunes. Certains disent alors : combien coûte le bouquin ? Par exemple, plusieurs personnes ont demandé ça en disant : « Voilà. Est-ce qu’il n’y a pas un décalage entre l'élégance du livre, son prix ? »
Rudy Burbant
Une vraie question, oui, il n’y a pas tabou. Alors l’idée, c'était de passer 30 €. Donc c’est édité par un éditeur de livres photographiques à part, qui n’est pas un éditeur on va dire, qui aborde vraiment des sujets militants. Mais en fait c’est aussi un choix de ma part de le sortir devant un public déjà convaincu. Et en fait l’idée c’est de le trouver un peu en librairie, un peu partout et de faire un objet artistique. Ce n’est pas pour de la fantaisie en fait, c'était vraiment pour, comment dire, faire quelque chose qui n’avait pas encore été fait sur ce sujet-là et du coup l’idée c’est de faire vraiment un objet qui fonctionne et du coup ça demande un travail, un certain… un assez grand travail et de faire ça sur un beau papier. Alors pour certaines personnes, ça peut paraître fantaisiste, mais pour moi c’est important et l’idée c’est de rendre toutes ces personnes dignes en fait, de mettre un peu de dignité dans tout ça, et voilà d’ailleurs j’en venais à… J’ai fait un don public au Collectif des Mutilés qui va pouvoir en vendre aussi sur… ses stands à droite à gauche où ils ont plutôt bien accueilli. Alors après, l’idée n’est pas fermée. Pourquoi pas un jour faire quelque chose d’un peu plus accessible on va dire. Pourquoi pas. Mais bon, c’est aussi tout ça, c’est un énorme travail et c’est vrai qu’à un moment donné, les choses ont aussi un coût. Et voilà, je sais, c’est ouvert, pourquoi pas.
David Dufresne
C’est toujours la même question. Mais c’est vrai qu’en photographie, notamment en photographie de presse, en photographie de guerre, moi j’estime que tu as fait un travail de photographe de guerre. Je veux dire, tu n’as pas fait autre chose que ça de mon point de vue.
Rudy Burbant
Juste un peu à distance. Donc je n’ai pas pris trop de risques.
David Dufresne
Non mais tu racontes une guerre ?
Rudy Burbant
Oui, tout à fait.
David Dufresne
Je veux dire, raconter une guerre, effectivement, tu n’es pas au front, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’images pendant longtemps pendant les manifestations, mais on est dans la… Pour moi, on est dans la catégorie photographie de guerre finalement, puisqu’on parle de mutilés, « Des gueules cassées ». Mais effectivement, de tout temps la question s’est posée de l’esthétisation de ces images-là. Et voilà, c’est un peu une vraie question, certes, mais par exemple entre photographes, vous parlez de ce genre de choses.
Rudy Burbant
Oui, après on a… enfin la photo, ça a des milliers d’approches différentes je dirais. Tu vois là par exemple j’ai pris le parti de sortir des images qui, à mon sens pour moi, je trouve ça important que d’autres le fassent, mais moi je n’avais pas envie de le faire, où tu vois du sang, du feu En fait je voulais que ces images, elles portent à réflexion. Ce n’est pas simplement une image esthétique. Alors c’est de beaux portraits moi je trouve et je m’y suis attaché. Mais c’est aussi une histoire de dignité. Pourquoi faire des belles photos en fait de ces personnes ? Et puis dans l’intention, c'était aussi vraiment de poser quelque chose quand tu poses, quand tu fais poser quelqu’un pour un portrait, tout de suite et dans une esthétique assez particulière, moi je trouvais ça assez important. Voilà, voilà, on voit Lola là, qui nous regarde. Enfin moi je trouve son regard, il est intense, il pose plein de questions. Et c’est ça que je voulais en fait. Il faut dire que les dix portraits, tous nous regardent. C'était vraiment une intention. Et c'était à l'époque en fait, parce qu’on en parlait beaucoup moins. À part toi, à part toi et quelques autres, on en parlait beaucoup moins et l’idée c'était de faire face un peu au déni en fait, et à l’invisibilisation qu’avaient ces gens-là en disant : regardez-nous quoi. Et aussi pour eux, c’est quand même une démarche assez forte à faire. Faut dire qu’Antoine a perdu sa main. Lola, elle a quand même encore une marque par rapport à leur propre image à se mettre en portrait comme ça, ce n’est pas une évidence. Donc oui, faire un beau portrait, pour moi c'était important.
David Dufresne
Mais qu’est-ce qu’il regarde ? C’est nous ? C’est la situation ? C’est ce qu’il leur a été fait ?
Rudy Burbant
C’est pour moi, c’est nous en fait et pour moi c’est nous. Et chacun porte dans son regard quelque chose qui lui est propre. Lola n’a pas le même regard que Yann, que Yann qui a eu les dents brisées par un coup de matraque, qui n’a pas le même regard qu’Antoine, qui n’est pas au même stade de son combat et de son deuil, du deuil de sa mutilation.
David Dufresne
Bien sûr.
Rudy Burbant
Et après évidemment, on va tous recevoir les choses de manière différente. Mais il y a mon intention, il y a ce que je propose, ce qu’on a fait avec les mutilés, c’est-à-dire que moi je les ai jamais, évidemment, et ça ne l’aurait pas fait, mais je les ai jamais obligés à faire quoi que ce soit. C’est une proposition à chaque fois, c’est en travaillant ensemble. Et il faut se dire qu’avant chaque portrait, il y a trois ou quatre heures d’entretien, il y a des personnes je les ai vues deux fois, il y en a trois fois. Voilà. Donc il y a, on va dire c’est co-construit cette histoire, à la fin, ils font plus que consentir. Ils participent quoi. Je pars un peu dans tous les sens Je ne canalise rien du tout
David Dufresne
. Alors je te propose qu’on écoute Lola. Tu as choisi le TC de trois minutes quarante-sept. Lola, étudiante à l'École des beaux-arts de Bayonne en décembre 2018, participe à un rassemblement de protestation contre l’organisation à venir du G7 à Biarritz. Elle avait 19 ans à l'époque. Alors tout le monde courait, forcément. Je mets le témoignage de Lola il y en a pour six minutes.
David Dufresne
On te demande Impact pourquoi au singulier ?
Rudy Burbant
Malgré les impacts au pluriel, au singulier c’est la force du mot à charge. Comment dire ? Je ne me suis même pas posé la question. Parce qu’il est vrai qu’on parle de l’impact le jour de l'événement, on parle des impacts successifs dans la vie d’après, on parle de l’impact sur nous, de ces regards, on parle de l’impact dont on parle… voilà, ça c’est au pluriel. Mais je trouve que le mot est plus fort comme ça, au singulier. Voilà, tout simplement.
David Dufresne
Pierre qui est fan absolu de ton travail : « J’ai eu la chance de rencontrer Rudy plusieurs fois. Vous ne pouvez pas imaginer le temps qu’il a pris pour le choix de chacun des paramètres de son travail, c’est précis, c’est fin. Il n’y a pas de place pour le hasard à part Impact où tu ne sais pas pourquoi, c’est au singulier plutôt qu’au pluriel. »
Rudy Burbant
Mais tu sais, c’est à l'évidence. En fait, des fois c’est quelque chose qui vient, tu te dis… Si je te dis que je ne me suis même pas… Pourtant, j’ai réfléchi à beaucoup de choses effectivement. Mais alors là c'était vraiment… enfin tu vois… je ne sais pas, je trouve ça hyper fort comme Impact avec un « t » claquant à la fin, tu vois, moi ça me saute aux yeux en fait c’est vraiment…
David Dufresne
Pierre te pose une question justement : « Quel parcours Rudy ? Entre notre entretien fleuve de plusieurs heures à Toulouse, te dit Pierre, et la concrétisation de ce travail, ça fait quoi pour toi enfin de toucher ton livre ? »
Rudy Burbant
Tu sais, il y a beaucoup de choses parce qu’il y a eu deux festivals de photographie, donc des expositions. À chaque fois, c’est une émotion particulière. Et puis bon, là, le livre, il y a quelque chose d’un peu différent parce que c’est l’aboutissement et forcément… Ben c’est une émotion vraiment singulière, c’est vrai. Et surtout, ce qui est important pour moi, c’est qu’il plaise aux personnes à qui je les dois, aux dix personnes qui ont participé et que ça les touche et que ce soit juste pour eux. Et c’est le cas. Donc c’est vraiment ça qui est vraiment plus, on va dire, émouvant. Après, l’objet en tant que tel, ben oui, émotion, ça a super bien fonctionné, ça marche bien, c’est juste. Et je vais remercier Pierre qui m’a accordé beaucoup de temps et qui est à l’Observatoire toulousain des pratiques policières.
David Dufresne
On ne balance pas ici.
Rudy Burbant
Ils font un travail formidable d’observation des manifestations, ils m’ont aidé à documenter certaines armes. Donc merci à eux, même Pierre fait partie de cet observatoire.
David Dufresne
Un autre, comment tu les appelles ? Protagonistes ? Personnages ? Rencontres ? Amis ?
Rudy Burbant
Personnages de l’histoire, je ne saurais pas te dire.
David Dufresne
C’est difficile.
Rudy Burbant
C’est des victimes et à la fois, je n’aime pas ce mot, mais à la fois, c’est ce qu’ils sont en fait. Mais oui, donc victime de ces violences, et puis c’est des rencontres aussi parce que c’est des moments assez forts et des longs moments. On ne passe pas vite fait faire une photo et on s’en va… et voilà, on écoute et puis on se prend l’histoire dans la figure. En bref, voilà. Jérémie on est où là ? Alors là on est sur le quai Wilson à Nantes, là où le 21 juin 2019, donc nuit de fête de la musique bien connue, Jérémie et d’autres tombent dans la Loire, dont un certain Steve, du fait de l’attaque des forces de police qui étaient présentes ce soir-là et qui ont envahi le quai de grenades, de gaz lacrymogène et autres tirs de LBD et grenades de désencerclement. Et voilà, donc Jérémie, je l’ai rencontré à Nantes et c’est le seul à qui j’ai proposé d’aller sur les lieux. Parce que c’est vraiment un endroit symbolique aussi parce que je suis nantais sans doute, et que cette histoire-là m’a aussi beaucoup touché. C’est un endroit où je passe assez souvent, je n’étais pas sûr.
David Dufresne
Et peut-être aussi parce que c’est le seul qui ne soit pas physiquement mutilé à vie ?
Rudy Burbant
Quand je l’ai rencontré, oui, c'était vraiment dans son monde, en dansant, dans son… dans son intérieur, dans sa tête.
David Dufresne
On va écouter son témoignage. Mais ce que je veux dire, c’est qu’évidemment, retourner sur les lieux traumatiques, ça a un sens. C’est une responsabilité qu’on soit photographe, documentariste, journaliste, tout ce qu’on veut. Et donc j’imagine qu’inconsciemment peut-être, tu t’es dit : avec lui, je peux retourner sur les lieux parce qu’il n’y aura pas forcément de remontée aussi dure que d’autres. Je sais que, sans la trahir, Vanessa, dont tu prends aussi le témoignage, a eu du mal à retourner à Paris parce que c’est là où elle a perdu son œil sur les Champs-Élysées et donc pour certains, retourner sur les lieux, c’est absolument impossible. Retourner en manifestation, ça a été très dur pour certains même. Certains n’y vont pas. Donc voilà, je me suis dit tiens, peut-être que là..
Rudy Burbant
Moi, je l’ai questionné. On l’entend aussi dans son témoignage à la fin, sur son rapport à la Loire en fait, et son rapport à la Loire depuis ce moment-là, parce que c’est quelqu’un qui a vécu presque toute sa vie pas loin de ce fleuve. Et donc je trouvais ça important de l’amener jusque-là puisqu’il en parle dans son témoignage. Et aussi c’est un endroit où on est moins Là, on va être plus sur le fait qu'à chaque portrait, l’idée c'était de ne pas faire en sorte que le fond prenne la place du regard et prenne la place du portrait. Et toute… la plupart des mutilés, ça s’est passé en pleine ville, en plein centre-ville, dans un tumulte… je ne voulais pas qu’on ait tout ça et que ça pollue l’image, que ça enlève la force du regard et tout ça
David Dufresne
En ça, ton travail est remarquable d’un point de vue étymologique, c’est qu’effectivement tu es en rupture avec les images qu’on a l’habitude de voir par rapport à ça, à ces drames-là. Alors on va écouter le témoignage de Jérémy, ça dure dix minutes… alors… On espère qu’on ne va pas être aussi traqués, ça fait du bien d'écouter. On va comprendre pourquoi. Pour ceux qui ne savent pas pourquoi c’est si important d'écouter Jérémie, le 21 juin 2019 à Nantes, sur le quai Wilson, des Sound Systems sont installés pour profiter de la fête de la musique. Ce soir-là, Jérémy, passionné de free party, quitte le travail vers 2 h 30. Il arrive sur le quai Wilson vers 3 h pour danser, décompresser après une semaine de travail à l’usine. Plus tard dans la nuit, aveuglé par la densité de nuages de gaz lacrymogènes, des grenades lancées par la police pour stopper la soirée, il tombe huit mètres plus bas dans la Loire. On écoute dix minutes de son témoignage. Donc je rappelle, c’est un livre et ce livre renvoie à ton site internet sur lequel il y a ces témoignages qu’on peut aussi retrouver sur Deezer. On se remet à l'écoute et on se retrouve dans dix minutes.
David Dufresne
Voilà, c’est glaçant et bouleversant, nous dit Badaboum. Qu’est-ce qu’on fait là ? On écoute les Bérus ou on continue la conversation ? Là, c’est un peu dur quand même…
Rudy Burbant
Je vais prendre la photo de Jérémy. Là, on la voit. Je ne sais pas ce que voient les personnes ici. Voilà, donc pour en revenir à cette photo en fait, tu pourras rebondir, mais l’idée c'était aussi on est sur une violence quand même inouïe et là, pour le coup, le paysage y prend plus de place quand même, parce que c’est quand même le paysage de la Loire à la base, c’est quelque chose d’assez apaisant. On a tous cette vision-là et là, en fait, on a… l’idée, c'était d'être en contraste avec la violence inouïe qui s’est passée cette nuit-là. Et puis ce regard de Jérémie c'était un an après. C’est le dernier que j’ai rencontré Jérémie. Donc après, dans la suite du témoignage, il raconte un peu les suites de l’enquête, les plaintes qu’il a déposées, les plaintes qu’il a déposées en collectif, avec d’autres personnes qui ont été atteintes cette nuit-là. Et puis son rapport à la Loire, tout ça Voilà la suite de sa nuit. Enfin, je sais plus où s’arrête le témoignage.
David Dufresne
Il y a Gwendal, ton copain Gwendal de Rennes, Gwendal Leroy.
Rudy Burbant
Je le découvre dans ton film.
David Dufresne
Oui, absolument. C’est lui qui est au tout début d’« Un pays qui se tient sage », l’objet qui se rapporte à lui, c’est ses lunettes, je crois.
Rudy Burbant
C’est à la première page.
David Dufresne
C’est la toute première en fait. Voilà. Et des verres fumés parce qu' il explique comme d’autres qui ont perdu l’usage de leur œil qu’en fait, il y a des clignotements de lumière, et que pour apaiser ces flux de lumière que naturellement nos yeux font, certains utilisent soit des vitres…
Rudy Burbant
Des cache-œil…
David Dufresne
Des cache-œil.
Rudy Burbant
Quand même, un verre fumé…
David Dufresne
Vanessa elle fait ça elle a un…Je ne sais pas s’ils les portent toujours maintenant, je ne sais pas si tu as eu des nouvelles récemment de Gwendal, mais je sais qu'à l'époque il les portait aussi pour… il avait l’impression que ça cachait un petit peu parce que lui, en fait, on ne le voit pas surtout sans le fait qu’il soit éborgné. Parce qu’il a encore, on va dire, la matière de l’œil. Pour Gwendal, on le voit, on le voit un peu, comme Cassi dont tu as parlé tout à l’heure ça lui permet un peu de, on va dire, de mettre comme un voile et d’avoir… être plus en confiance en fait au regard des autres. Parce que enfin l'œil c’est quand même le visage quoi, c’est extrêmement mutilant.enfin je ne sais pas comment ils arrivent à se remettre de ça
David Dufresne
Cassi, lui, est un supporter de foot. Bon en plus il ne supporte pas une bonne équipe…
Rudy Burbant
Montpellier ? C'était à Saint-Étienne contre Montpellier. Donc là, on est en 2012, le 12 septembre 2012. Et donc lui, ce qui était intéressant, c’est que c’est des années après je l’ai rencontré je ne sais plus exactement mais bon, à la même période quoi. Et du coup c'était sept, huit ans après. Et donc il m’a raconté un peu les suites judiciaires. Donc ce qu’il faut savoir, c’est que lui souvent, il porte plainte, les personnes mutilées portent plainte contre, on va dire, la personne en question dans les forces de l’ordre qui a tiré, qui a lancé la grenade, etc. Et quand on arrive à identifier le tireur, il y a peut-être éventuellement la possibilité d’avoir un procès, mais ça arrive extrêmement rarement.
David Dufresne
Oui.
Rudy Burbant
Comment dire ? Donc il a un procès, il a eu un procès. Et il m’explique que les policiers de l’IGPN ont tordu un peu les faits, ils ont inversé la chronologie des événements, ce qui fait qu’il n’aura pas gain de cause à la fin et donc après, ils attaquent au tribunal administratif, donc l'État, les donneurs d’ordres. En gros, pour avoir une indemnisation et faire reconnaître le préjudice qu’il a subi. Et là ça fonctionne. Et donc ça tombe en novembre 2018, il a une indemnisation. Et ça tombe à quel moment ? Donc novembre 2018, le début du mouvement des Gilets jaunes, d’autres mutilés. Et du coup, lui qui pensait un peu à… comment dire, à passer un peu à autre chose pour se reconstruire un peu autrement…
David Dufresne
Il va s’investir à fond.
Rudy Burbant
Tout à fait.
David Dufresne
Notamment autour des victimes, des blessés. Tout à fait. Et il est toujours très investi dans cette lutte-là. Puis Miqo’te demande : « On ne parle plus des Gilets jaunes et notamment des Gilets jaunes mutilés. Comment faire pour qu’on ne les oublie jamais ? »
Rudy Burbant
J’ai envie de dire que là, pour moi, c’est ma pierre à l'édifice et ce genre de travail. Et puis… à chacun de trouver son moyen d’en parler parce que c’est vrai qu’il ne faut pas que ça tombe dans le vide, dans l’oubli, pardon. Et que ça devienne juste une histoire de mémoire parce qu’on est encore dans ces histoires, c’est tout récent enfin c’est encore chaud, j’ai envie de dire.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr.
Rudy Burbant
Et bien relayez ces histoires, relayez autant que possible, toujours en parler. Voilà, pour ma part, c’est ce livre, c’est ce travail photographique.
David Dufresne
À relayer effectivement. Bien sûr, c’est un magnifique témoignage. Dis donc à la FNAC votre truc ou vous boycottez la Fnac ?
Rudy Burbant
Oui, tu n’as pas fait une émission hier
David Dufresne
Et je vais y revenir parce qu’on a dans le chat quelqu’un qui a des choses à redire sur l'émission, mais ça ce sera après. Le bouquin, il est partout, on peut le trouver où ?
Rudy Burbant
Alors ce n’est pas des gros tirages, des livres de photographie. Là on est à 600 exemplaires, sachant qu’on a fait une campagne participative à 200 exemplaires, qu’on était aux côtés prix à ce moment-là et du coup on peut le trouver quand même un peu partout en France, hein, je ne sais pas, dans les librairies indépendantes, vous pouvez demander, ils vont vous le commander. Il est disponible, donc si l’on parle même à vous commander. Et puis il y a des sites sur internet où vous pouvez à la station de publicité par exemple, Place des libraires.
David Dufresne
Place des libraires pour la France et Paris Librairies pour Paris. Ça favorise les libraires indépendants. En fait, c’est ça l’idée. Voilà ce que personnellement tu préfères. Je reviens sur la fin du livre et puis après on ne va pas tout déflorer non plus. Donc c’est cinq, six pages autour des armes. Voici la GLI-F4, celle qui a arraché la main d’Antoine Boudinet qu’on entendait tout à l’heure. Là aussi tu prends des photos presque contre nature, certaines contre-intuitives.
Rudy Burbant
Oui, c’est des fragments. Je ne sais pas si tu en as d’autres, là, mais donc en voilà, c’est une partie de la grenade GLI-F4. Ce n’est pas la grenade GLI-F4 en entier puisque l’autre partie a sans doute explosé. Et en fait, donc l’idée c'était de les sortir du contexte de la rue, comme je disais tout à l’heure pour intriguer. Là on est sur presque un objet d’art en fait, c’est assez étrange et étonnant. C’est peut-être moins reconnaissable que le LBD, la munition de LBD ou la munition de Flashball qui est aussi dans le livre ou les petits plots des grenades à main de désencerclement ou autres. Je n’avais aucune idée de l’existence avant de faire ce travail et donc à ces photos-là, elles sont associées dans le livre à des textes qui détaillent techniquement ce que sont ces armes et ce qu’elles causent sur les corps, les corps des personnes. Le bien connu malheureusement LBD.
David Dufresne
Donc ton travail, directement, ton travail sur les sites, sur les armes. J’ai vu tout à l’heure Sentier Battant qui a donné la référence évidemment de Maintiendelordre.fr.
Rudy Burbant
Donc en fait, il y a donc Maxime Reynié, auteur du site Maintiendelordre.fr, qui m’a aidé à documenter. Il y a Marion Guémas qui a fait un rapport très documenté pour l’ACAT, qui est une ONG de défense des droits humains. Tu vois, j’ai le rapport qui est là. Donc ça c’est un bon pavé. Et malheureusement, c'était sorti à l'époque du 18 février Et du coup, elle avait commencé à en parler, elle avait été invitée sur des plateaux et assez vite ils étaient passés à autre chose parce qu’il y avait le Covid c’est dommage.
David Dufresne
C’est probablement le travail le plus sérieux qui a été fait sur ces questions-là. C’est un travail absolument remarquable.
Rudy Burbant
Voilà, tout à fait. Mais son rapport est toujours là et voilà pourquoi vous allez directement sur leur site. Soit j’avais mis le lien sur le mien aussi parce que je l’ai mis en témoignage sonore aussi, Marion je l’ai rencontrée. Donc il y a évidemment des choses qui ne sont plus d’actualité parce qu’on évolue en permanence, il faut le dire aussi. Il y a des nouvelles fantaisies des autorités qui commandent de nouvelles armes et de nouvelles choses. Donc tout n’est pas d’actualité. Mais sur l’approche et tout, c’est très intéressant. Et donc Maxime Reynié Servin Oui, je vois que ce n’est plus Reynié, son nom, effectivement, c’est Maxime Servin maintenant, Maintiendelordre.fr, un très bon travail sur le maintien de l’ordre et les armes, etc. L’Observatoire Toulousain des pratiques policières qui fait des rapports aussi sur leurs observations qu’ils font dans la rue, dans les manifs, tout ça, et qui m’ont beaucoup aidé sur les fragments certains parce qu’en fait ils collectent aussi des morceaux pour, on va dire, faire de la prévention. Ils vont expliquer : « Ben voilà, ce fragment-là, c’est une grenade machin, faut pas y toucher quand vous le voyez », du coup, ils m’ont pas mal aidé.
David Dufresne
On avait retransmis cet été dix heures de rencontre à Montpellier avec notamment l’Assemblée des blessés qui avait montré et Pierre Douillard de Nantes qui avait montré ses munitions. Et j’en profite pour dire que je crois que le 13 décembre, il y a une journée spéciale à laquelle on ne pourra pas participer parce que je serai dans le train toute la journée. Mais sur certains streams, il va y avoir une journée spéciale autour des violences policières, à laquelle l’Assemblée des blessés je crois va participer, Sentier Battant si t’es là tu peux peut-être faire la pub. Voilà, il va y avoir différents streams parce que c’est l’ouverture si mes souvenirs sont bons. Je ne voudrais pas écrire de conneries, dire de conneries, du procès de Laurent Théron, un des mutilés…
Rudy Burbant
Là aussi, avant les « Lois travail ».
David Dufresne
Voilà, c’est ça« Lois travail » 2016. Voilà, c’est ça. Alors permets-moi de le dire : les 12, 13 et 14 décembre prochains, plus de six ans après les faits, le CRS Alexandre Mathieu sera jugé devant la cour d’assises de Paris pour l’éborgnement de Laurent Théron par une grenade de désencerclement. Il y a un article là-dessus et il y aura des émissions un peu partout sur Twitch et ailleurs.
Rudy Burbant
Voilà, une histoire à suivre parce que je l’avais rencontré Laurent, il m’avait expliqué que c'était une des rares affaires qui allait en cour d’assises.
David Dufresne
C’est ça, absolument. Ils veulent transformer le procès en tribune, ce qui est évidemment de bonne guerre. Mon cher Rudy, tu as plein de félicitations dans le tchat, de « merci ».
Rudy Burbant
Merci à tout le monde d’avoir suivi.
David Dufresne
Beaucoup de gens te remercient pour ton travail. Donc on rappelle le secteur du livre photo. C’est un secteur très compliqué. Ce sont des livres extrêmement chers à fabriquer. Alors celui-là encore plus. C’est pour ça que j’ai mis l’image, parce qu’il y a tout un tas de jeux d’enchevêtrements, des pages, c’est quasiment du sur-mesure.
Rudy Burbant
Le papier photo coûte cher aussi. Mais si on veut quelque chose de juste et beau, Pour moi, c’est important. En fait, vraiment, ce n’est pas de la fantaisie quoi, ça sert le propos. En fait, l’idée, c’est ça, à quoi ça sert Une grande pensée pour les dix : Antoine, Lola, Vanessa, Patrice, Gwendal, Jean, Jérémy, Cassi et Joann, qui lui a été éborgné en 2009 par un tir de Flashball. Voilà enfin, tous les dix. Et vraiment merci à eux parce que ça n’a pas été facile pour eux, pour chacun et chacune de se raconter comme ça et c’est important pour eux, pour qu’on s’en souvienne. Et il faut dire aussi qu’ils sont dix, mais ils sont des centaines et qu’il y en a beaucoup qui se cachent, qu’on ne voit pas, qui ont des vies brisées, qui n’arrivent pas à en sortir ni à se montrer.
David Dufresne
À la limite, je te dirais que c’est peut-être effectivement, on le sent entre les lignes, mais en fait ceux-là au moins, courage extraordinaire de témoigner, d’accepter ton objectif, d’affronter, de nous affronter, d’affronter le regard. Mais ils le font aussi pour tous ceux qui n’ont pas la force de le faire, Il faut comprendre qu’il y a des vies sociales brisées. Il y a des couples qui se sont déchirés, il y a des gens qui ont perdu leur logement, il y a des gens qui ont perdu leur travail parce qu’en perdant un œil, une main, ils ont perdu beaucoup. Ceux à qui l’entourage a reproché d’avoir manifesté, c’est la double peine à longueur de temps, c’est du délire quand même.
Rudy Burbant
Tout à fait. Il faut vraiment avoir une pensée pour toutes ces personnes-là, parce que c’est des vies dévastées, vraiment. Pensons à eux et essayons de faire au mieux pour qu’on ne les oublie pas.
David Dufresne
Merci à toi, vraiment merci beaucoup.
Rudy Burbant
Merci à tous, à toutes.

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