Journalisme de cour : le député Aurélien Saintoul (LFI) réclame une commission d’enquête
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Amis du café. Bonsoir. Un petit Au poste spécial. C’est le premier qu’on fait réservé aux abonnés pour vous remercier, pour vous remercier vous, les abonnés, de nous soutenir, de soutenir la riposte et de financer Au poste. Donc je me suis dit tiens, si tu faisais une petite interview rapidos de ce député France insoumise qui veut créer une commission d’enquête. Suite au déjeuner à l'Élysée de dix éditorialistes, la veille de la grande mobilisation sur les retraites. Déjeuner off, déjeuner officieux déjeuner qui va donner des éléments de langage qu’on va retrouver le soir même, le lendemain, que ce soit dans Le Figaro, France Inter, France, BFM, Le Monde, tous ces gens-là qui étaient allés déjeuner et qui avaient accepté une transaction. Voilà t’y pas qu’un député décide de faire une commission d’enquête, propose que le Parlement s’intéresse à ça. Pas d’accord avec tout ce qu’il a raconté. Cette introduction je l’enregistre juste après l’interview, notamment sur la déontologie des journalistes qui devrait être regardée par l’extérieur, etc. Je pense que c’est un peu plus compliqué, mais je pense qu’il a mis le doigt sur un vrai truc, ça s’appelle le journalisme de cour, de courtisan. Ces gens qui sont capables d’aller à l'Élysée, de côtoyer le pouvoir des pouvoirs, d'être à dix et de faire comme si de rien n'était le lendemain, de parler de l’entourage de Madame, de l’entourage de Monsieur, de l’entourage de l'Élysée, de la présidence. On dit que selon deux sources, tout ça ne va plus. Voilà, Au poste c’est vous les gars, c’est vous les filles. Merci beaucoup. Tout de suite l’interview.
Je me suis dit qu’il y avait matière à, en réalité, faire une commission d’enquête. Beaucoup de gens le contestent depuis à peu près 12 h maintenant, depuis hier soir. Pas mal de journalistes me disent que c’est banal. Moi, je crois que ce n’est pas banal du tout, parce que ce n’est pas juste une conversation entre un homme politique et un journaliste. C’est une convocation passée par l'Élysée. Théoriquement, l’homme le plus puissant de France en direction de dix journalistes, dix éditorialistes de rédactions qui, si on met leur audience bout à bout, couvrent quand même beaucoup, beaucoup de public, qui pose des conditions à la participation à ce déjeuner. Et parmi les conditions, une dont on est certain, c’est que c’est le secret. Il ne faut pas dire qu’on va rencontrer le président de la République. Je pense que quand on est journaliste, quand on rencontre le président de la République, on a une espèce d’obligation morale à dire soit il y a une information, soit c’est rien. Mais c’est bizarre de pouvoir accepter l’idée que rencontrer le président de la République c’est anodin et ça ne mérite pas de faire un papier. Et la deuxième condition dont on est presque sûr, c’est que l'Élysée aurait demandé que les éléments de langage présentés ne soient pas attribués. C’est-à-dire que dans les papiers éventuels des éditorialistes, n’ayez pas de guillemets. Ce qui est quand même pour le coup le B-A-BA de l’honnêteté intellectuelle.
Alors il y a Tabarot du Figaro, Yaël Goosz de France Inter, Dominique Seux de France Inter, des Échos, Saint-Cricq de France 2, Duhamel, Françoise Fressoz, c’est à peu près les noms qu’on connaît. Ils vont tous vous dire que le off, c’est quelque chose qui se fait régulièrement. Moi, je suis complètement outré par ce déjeuner. J’ai essayé de comprendre votre théorie et je fais l’avocat du diable. Donc le off par exemple, j’imagine que vous le pratiquez bien, quand bien même vous soyez jeune, vous avez 38 ans, jeune député, etc. Mais enfin voilà, du off, ça se fait tous les jours. Là, ce qui se passe, c’est le côté complètement dingue, 24 h avant la grande mobilisation des éditorialistes qui grosso modo représentent 80 % de l’opinion.
Mais cela ne dure que des journalistes le voient, ce problème. J’ai reçu pas mal de messages sur Twitter disant que c'était parfaitement banal, etc. Je ne crois pas que ce soit banal. Déjà, d’une manière générale, la question du off.
C’est banal en France, ça ne l’est pas dans d’autres pays. Et même Le Monde avait publié il y a quelque temps un papier en disant que franchement, c’est un problème, le off sous Macron notamment.
Moi, je crois que le off c’est un problème de probité et aussi d’intérêt du débat public. Notre statut de personne publique implique qu’on doive être capable d’assumer sa parole. J’ai parlé de transaction parce que moi, ce qui m’interroge, c’est quelles sont les conditions ? On en connaît deux, peut-être il y en a d’autres. Et la question qui se pose, c’est pourquoi un journaliste accepte de se taire, de ne pas dire qu’il a rencontré le président de la République.
Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez humiliant pour ces journalistes là dans cette mise en scène où on est reçu à dix.
Je pense que si j'étais journaliste j’aurais un petit problème d’ego peut-être à vivre ça. Mais ce qui fait problème du point de vue démocratique, c’est de se dire que le pouvoir exécutif a manifestement une influence telle qu’ils peuvent se permettre ensemble de chercher à façonner l’opinion.
Mais s’il y avait eu quelques journalistes amis de la France Insoumise, est-ce que vous auriez demandé la même commission d’enquête ?
Ah, moi je ne connais pas de journalistes amis de la France insoumise.
Vous avez lu les articles, les éditos écrits dans la foulée de ce déjeuner ?
Je n’ai pas épuisé la matière parce qu’en réalité, je ne sais pas ce qui s’est dit dans cet entretien.
Vous êtes intéressé par les questions de médias. Est-ce qu’on voit dans cette brochette d'éditorialistes qu’il y a autant des gens du secteur privé que du secteur public ?
Je ne dirais pas les choses comme ça. Le programme de la France insoumise porte plutôt la diversité des propriétaires ou la diversité du contrôle. On défend l’idée grosso modo d’un tiers de secteur public, un tiers de secteur privé lucratif et un tiers de secteur privé associatif.
Qu’est-ce qui peut se passer exactement ?
Non, non. Il faut y aller et surtout rester membre d’un groupe d’opposition. Je ne me fais pas d’illusion sur ce que la Cinquième République va me permettre de faire. Mais il y a une campagne à mener au sein de l’Assemblée nationale. Donc pour l’instant je crois moyennement à la possibilité d’aboutir, mais je crois à la nécessité de prendre date. Ce n’est pas possible de laisser filer les événements et de considérer qu’on n’a rien à en dire.
Je vous laisse fermer pour bien montrer qu’il n’y aura pas de hausse des impôts ce qui est très bien.
. Bonne soirée à vous.
Merci Aurélien, merci beaucoup. Et voilà, merci les aupostiens(nes), merci de vos abonnements, merci de votre soutien. Je vous embrasse et à très vite.
