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« L’agroalimentaire a fait de nous des cobayes » Foodwatch contre-attaque

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Transcription de l’émission

Nora Bouazzouni
Bonsoir ! Bonsoir à tout le monde, Bonsoir aux gens qui se sont connectés sur le tchat, Je vais essayer de prendre le pli, de regarder si vous avez des questions, des remarques et de les faire passer. Je suis Nora Bouazzouni, indépendante, autrice. Et je suis très contente d’animer cette nouvelle émission. Au post de David, on ne va pas manquer de proposer Et tu veux faire une émission sur Au Poste ? J’ai dit mais grave pourquoi il m’a dit Ben je pas, tu veux quoi ? J’ai dit l’alimentation. Il m’a dit Mais bien sûr, faisons-le ! Donc je suis très contente. Donc c’est la première émission et je suis très content de recevoir pour cette toute première émission Karine Jacquemart qui est la DG de Foodwatch, comment ça va ?
Jacquemart Karine
Bonsoir, ça va très bien et je suis ravie. Merci de ton invitation. Je suis ravie d'être là et ravie qu’on puisse avoir cet échange sur un sujet aussi important.
Nora Bouazzouni
On ne va pas faire semblant de se vouvoyer, parce qu’on se connaît depuis pas mal longtemps, mais on se voit se tutoyer comme ça vous saurez que faire comme à la télé ? Oui. Alors comment allez-vous ? Très chère, alors que tout le monde mange ensemble après ? Je voulais juste introduire l'émission pour dire pourquoi est-ce que j’ai choisi ce thème alimentaire ? Parce qu’il me semble que le discours dominant médiatique ne parle pas d’alimentation en France. C’est un peu vulgaire. On parle plutôt de gastronomie, on parle du guide Michelin, des chefs étoilés, on invite des chefs à dire à quel point c’est super facile et pas cher de bien manger. On invite aussi des patrons de la grande distribution à dire qu’en fait, c’est la faute de l’industriel si les marges sont énormes, si les prix sont élevés, etc. Et qui se pose en héros de notre pouvoir d’achat ? Donc moi je voulais faire une émission où on va parler d’alimentation plutôt pratique pour qu’on puisse chacun, chacune comprendre les rouages de ce système alimentaire qui est complètement malade et qui profite aux plus privilégiés. Et là, il y a de l’orage ou du métro, je ne sais pas. Il y a une forme de censure auditive qui s’annonce, qui est là ? Est-ce Leclerc ? Est ce carrefour ? Et si c'était mieux ? En tout cas, je pense que c'était important d’avoir Foodwatch au début. Je vais laisser Carine présenter Foodwatch, mais vous allez voir qu’en plus il y a une très grosse actu. C’est pas du tout fait exprès, mais il y a une actu incroyable qui fait que Foodwatch pour notre première émission, c’est hyper important et intéressant. Donc je vais te laisser nous présenter Foodwatch Karine si tu le veux bien.
Jacquemart Karine
Merci. Donc oui, alors Foodwatch c’est une association européenne qui a été créée il y a un peu plus de 20 ans par l’ancien directeur international de Greenpeace. Donc l’idée c’est d'être un contre pouvoir citoyen indépendant. Donc on a aucune subvention publique ni d’entreprise. C’est vraiment financé par les citoyens des citoyennes. Pourquoi ? Pour être indépendant et indépendant de ce qu’on dit, de ce qu’on fait. C’est européen. On est en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche, en France depuis dix ans et une petite équipe à Bruxelles. Et la mission sociale, c’est tout simplement ça, tout simplement. C’est ce dont on va parler en tout cas aujourd’hui. Mais moi, ça me paraît tellement simple que ça vaut le coup de se battre. C’est une alimentation saine, choisie, durable, abordable, élément important pour toutes et tous.
Nora Bouazzouni
Un bingo avec des cases pas hyper faciles à cocher. On a l’impression qu’aujourd’hui c’est très compliqué, donc je ne parle même pas. En fait.
Jacquemart Karine
Moi je pense que l'équation devrait être simple. On devrait avoir un système agro alimentaire qui permet de produire une alimentation saine, de qualité et durable, qui permet aussi aux producteurs, aux productrices de vivre dignement de leur production en France, en Europe, mais aussi dans la vision partout dans le monde. Et on devrait avoir en fin de chaîne des citoyens citoyennes dont le droit à l’alimentation, à cette alimentation de qualité est choisi et respecté, c’est-à dire qu’ils devraient pouvoir accéder à une alimentation saine et durable. La réalité, malheureusement, c’est qu’on en est loin. On va en parler, mais en fait ça devrait être le b à bas et c’est pour ça qu’on ne lâchera pas et qu’il faut faire respecter ce qui semble être finalement du bon sens.
Nora Bouazzouni
On parlera plutôt de droit européen plus tard dans l'émission Je reviens sur YouTube sur le droit à l’alimentation. L’hypocrisie commence avec cette expression puisqu’elle est inscrite normalement, chaque État doit garantir le droit à l’alimentation de chacun, chacune de ces citoyens citoyennes sur son territoire. Or, c’est un droit qui est inscrit mais qui n’est pas opposable. Donc déjà là, on voit qu’on va essayer de faire comme on peut, mais sinon ce n’est pas grave, y aura pas sanction.
Jacquemart Karine
Alors il est vrai que la France a signé quand même des traités européens dans lesquels le droit à l’alimentation on peut considérer incluent puisque ça fait partie des droits fondamentaux. Mais on regrette que le droit à l’alimentation aujourd’hui ne soit pas véritablement inscrit dans la Constitution française ni dans les traités européens. Et d’ailleurs, il faudra y remédier et beaucoup de gens, Magali Ramel notamment, qui est experte de ce sujet et beaucoup d’organisations vont œuvrer en ce sens. Néanmoins, je considère que même avant que ce soit inscrit dans la Constitution, c’est un droit de base et. Et qui peut dire qu’il n’est pas normal que tout le monde, toutes les citoyennes et citoyens accèdent à une alimentation saine et de qualité. Et justement, ce qu’on va décrire, décortiquer, aujourd’hui, décrypté, c’est quel est le système aujourd’hui, ce système à qui profite finalement cette privation d’une alimentation saine et durable ? Et c’est là qu’il faut pointer les responsabilités pour tout simplement faire un rapport de force pour changer ce système. Et puis heureusement, il y a aussi des alternatives, donc c’est tout ça qu’on va brosser. Mais en tout cas, il est hors de question d’accepter une espèce de statu quo où on a un agriculteur ou une agricultrice sur cinq qui est en dessous du seuil de pauvreté et où on a des millions de nos concitoyennes et concitoyens qui sont considérés aujourd’hui comme en insécurité alimentaire, c’est totalement intolérable. C’est intolérable n’importe où dans le monde. D’ailleurs, j’ai bossé dans l’humanitaire avec Action contre la faim il y a quelques années. Donc voilà, c’est intolérable partout, mais a fortiori dans un pays aussi riche que la France, ça prouve bien une fois de plus que c’est un manque de volonté politique, un dysfonctionnement du système. Et on n’est pas obligé d’accepter l’inacceptable. Donc qu’est ce qui se passe et comment on peut changer ça ?
Nora Bouazzouni
Justement, tu parles de pointer les responsables puisque vous faites à Foodwatch dans votre ADN, vous, c’est la transparence. Il y a l’impact sur la santé, les contaminants, les choses trop grasses, trop sucrées, trop salées, les additifs aussi, les scandales alimentaires. Je voudrais qu’on revienne d’abord sur la transparence, les scandales alimentaires et l’impact. Je vais, je vais, je vais. Il y a une citation qu’il y a quelques jours, il y a Michel-Edouard Leclerc qui, je le rappelle, n’est pas le patron de Leclerc qui a agi en tant que communicant, héritier de la grande distribution, qui a donné une interview au Parisien. Et je vais juste lire quelques passages où le journaliste qu’il interview lui dit Les prix ont augmenté, ça coûte quand même encore cher aujourd’hui de bien manger. Et sa réponse regroupe quand même certains éléments de l’ADN et des missions de Food Watch. Alors je vais citer Michel-Edouard Leclerc. Il affirme qu’on peut manger sainement et pas cher en cuisinant soi-même. Il fustige, je cite des gens pas si pauvres mais qui dépensent trop. Personne n’est obligé d’acheter du coca, du Nutella ou des biscuits industriels. On peut se régaler pour pas cher si on a la culture du prix bas et si on prend le temps de cuisiner soi même beaucoup de choses. Dans cette citation, on voit qu’il y a un petit peu on est cultivé.
Jacquemart Karine
Tous les deux. Vous voyez ma tête ?
Nora Bouazzouni
Donc il y a d’abord, ça ne coûte pas cher de manger sainement et de cuisiner soi-même. Personne n’est obligé d’acheter des produits ultra transformés et qui pour le coup n’ont aucun intérêt Nutritionnel coca, Nutella, céréales et qui sont délétères pour la santé. Donc on est sur la santé et puis la culture du prix bas et le côté pas cher. Alors tu veux commencer par quoi ?
Jacquemart Karine
Là je crois que ce qui est important c’est effectivement de regarder le système dans son ensemble et après de décortiquer. Donc ce qui est totalement intolérable déjà dans ce que dit Michel-Edouard Leclerc, mais dans ce que disent tous les tous les grands patrons de la grande distribution, la première chose, c’est en fait ce qu’on ne voit pas, c’est leur responsabilité. Et en fait, ils passent leur temps à mettre la responsabilité sur les consommateurs, mais c’est eux qui veulent des produits pas chers. Donc c’est pour ça que nous, on met cette offre là, soit sur l’industrie agroalimentaire. Quand il y a eu l’inflation l’année dernière, plus de 20 % d’augmentation des prix alimentaires sur deux ans, on les a vus, les patrons de l’industrie agroalimentaire et de la distribution, se renvoyer la balle en permanence. Tout le temps en faisant un poker menteur totalement inacceptable. En mode ce n’est pas moi, c’est l’autre. Alors qu’on a documenté et je vous invite à aller voir sur le site de Foodwatch faire un article qui s’appelle Le système alimentaire à la dérive. Et on a une pétition d’ailleurs sur la pour la transparence, sur les marges, parce qu’en fait on a documenté que les deux. Profiter de l’inflation, c’est à dire au delà de l’augmentation des coûts de production, au moment où les coûts d'énergie augmentent après la guerre en Ukraine, certains coûts de production ont augmenté, c’est vrai, mais ils sont allés au delà et ce n’est pas moi qui le dis. En l’occurrence, c’est même la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international et l’Autorité de la concurrence.
Nora Bouazzouni
Ce n’est pas des gauchistes patentés qui sont là pour dire, c’est le comportement, l’expression comportement de marge. Elle est dans les rapports du FMI qui disent que l’inflation est due majoritairement à des marges délirantes. Et on sait que les dividendes aussi ont augmenté pour des gros industriels pendant cette période.
Jacquemart Karine
Exactement. Et la marge brute de l’industrie agroalimentaire était passée de 21 28 % en 2021 en 2021 à plus de 48 % au deuxième semestre 2023. Et donc voilà, donc ce n’est pas moi qui le dis. Et d’ailleurs, quand Foodwatch s’exprime et prend position, c’est toujours sur la base d’avis d’experts, que ce soit quand on a besoin de Nutritionnistes, de toxicologues, là en l’occurrence, pour que le Fonds monétaire international et l’Autorité de la concurrence sonnent l’alerte, c’est qu’il y a déjà le feu en fait. C’est-à dire que ce n’est pas des gros lanceurs d’alerte de base. Donc voilà. Donc tout ça pour dire qu’en fait, ils profitent du système. Et ce qui est du coup insupportable, c’est également la responsabilité qu’ils ont envers cette attraction, vers des prix bas. Donc ça veut dire quoi ? On a dit tout à l’heure qu’au début de la chaîne, les producteurs productrices, il y a ce problème qui n’arrive pas à vivre dignement. En tout cas, beaucoup d’entre eux, certains très bien, une minorité qui profite aussi du système. Mais pour beaucoup d’entre eux, ce système n’est absolument pas juste et il faut un prix juste. Donc il ne s’agit pas de travailler à un prix bas, il s’agit de travailler à un vrai prix et un prix juste. Et à la fin de la chaîne, on a ces millions de personnes qui n’ont pas accès à une alimentation saine. Mais le problème, c’est que du coup, le goulet d'étranglement au milieu, avec un contrôle du marché qui fait que ce sont ces 70 multinationales de l’industrie agroalimentaire et six distributeurs qui font la pluie et le beau temps parce qu’ils ont une mainmise sur le marché. Ces six distributeurs, ils contrôlent 90 % du marché. Aujourd’hui, en France, on a à peu près encore 70 % des achats alimentaires qui sont faits dans les supermarchés. Ça veut dire qu’en fait, les consommateurs, les consommatrices n’ont pas tellement le choix et à plus forte raison les personnes dans la précarité sont doublement victimes parce qu’elles n’ont pas tellement le choix puisqu’elles ont des moyens financiers limités. Or, qu’est ce qu’on regarde dans les rayons ? Et c’est là que la responsabilité est immense des distributeurs. On voit que souvent les produits les moins chers vers lesquels il attire par le porte monnaie en attirant vers des promotions et des produits moins chers, sont souvent des produits de moins bonne qualité, ultra transformés et qui certes sont très nourrissants, peut être parce qu’ils sont très gras et très sucré sur le moment, mais qui n’apportent pas en fait les éléments pour la santé et les produits les plus sains qui sont eux souvent trop cher et avec des marges quand on regarde qui sont, qui sont excessives. Donc là ils ont un rôle à jouer ne pas surcharger les produits les plus sains, parce que cela veut dire que les plus riches peuvent y accéder et qu’ils privent l’accès délibérément à des personnes plus dans la précarité. On le voit sur les jambons avec nitrites et sans nitrites. Et une autre des campagnes de ce match, tu l’as, tu l’as mentionné là. L’impact de l’alimentation sur la santé ? Comment ? Parce qu’il y a d’une part, au niveau Nutritif, trop gras, trop sucré, trop salé, des publicités du marketing qui sont très excessifs, mais aussi parce qu’il y a des additifs controversés pour la santé, qu’on met des années à faire interdire et on ne lâchera pas. On y arrivera et on reparlera de lobby après. Et qu’est ce qui se passe avec ce jambon ? Pourquoi j’en prends l’exemple ? Parce que typiquement, on a une industrie qui sait très bien qu’il y a un sujet santé avec les additifs à base de nitrite dans le jambon pour ce genre morose. D’ailleurs, il.
Nora Bouazzouni
Faut rappeler à quoi servent les nitrites ? C’est ça sert à conserver.
Nora Bouazzouni
Conservateur jambon. Mais il y a des alertes lancées par notamment l’OMS. Est ce que ça peut être potentiellement cancérogène ?
Jacquemart Karine
Oui, j’ai fait un pas de côté. Donc on va effectivement tirer le fil jusqu’au bout. En fait, dans la réglementation européenne, on en parlera aussi après. Mais dans la réglementation européenne, il y a 330 additifs qui sont autorisés. C’est beaucoup, c’est trop. Et les toxicologues alertent aussi en disant attention, on n’est pas en capacité d'évaluer les risques. Donc on estime que les risques sont en fait importants de ce qu’on appelle les effets cocktail. C’est à dire que dans un plat, si vous avez plusieurs additifs, plus des résidus de pesticides, plus des perturbateurs endocriniens et pourquoi pas des bifaces, ces fameux polluants éternels. En fait, on ne maîtrise pas du tout. Finalement, qu’est ce qui finit dans votre assiette ? Et surtout les effets chimiques entre ces éléments ? Mais quand on prend en plus certains additifs, ils sont eux pointés du doigt par les scientifiques avec des études crédibles qui montrent les risques pour la santé. C'était le cas pour le 271, le dioxyde de titane qui était pointé du doigt pour risque pour la santé et qui ne servait plus à rien parce qu’il servait juste à blanchir des aliments. On a réussi avec d’autres associations et Foodwatch à œuvrer vraiment aussi à l'échelle européenne, à le faire interdire en France en 2020, puis dans toute l’Europe en 2023. Là, maintenant, on prend le cas d’après qui sont ces additifs à base de nitrites. Donc c’est eux 249 250, Vous les voyez dans les ingrédients, eux 251, eux 252. Ils servent effectivement notamment à la conservation de la charcuterie. Et enfin, il y a beaucoup d'études scientifiques qui pointent le risque. Et le risque, c’est quoi ? C’est un risque d’aggraver des cancers et notamment le cancer colorectal ce qui pourrait être évité par an si on interdisait ces additifs. Ce n’est pas les nitrites en soi qui sont dangereux, c’est une réaction chimique dans la viande quand on les ingère. Donc en fait c’est vraiment en mangeant cette charcuterie qui en contient que le risque qu’on s’expose à ce risque.
Nora Bouazzouni
Je précise juste une chose aussi qui est importante parce que moi je ne suis pas spécialiste alimentation et genre aussi le cancer colorectal, la consommation de charcuterie, c’est davantage les hommes qui sont concernés. Les hommes mangent beaucoup plus de charcuterie que les femmes en France et dans quasiment tous les hommes. Et le cancer colorectal est un des cancers les plus mortels pour les hommes aussi. Mais juste le rajouter, est ce que c’est. Oui, mon petit grain de sel sans mauvais jeu de mot sur les consommations qui sont aussi des consommations, on le sait, genrées, qui sont aussi selon les classes sociales. On en parle tout à l’heure ?
Jacquemart Karine
Absolument. Et le point du coup que je voulais faire, parce qu’en fait tout est tout est lié. C’est ça qui est passionnant dans ce sujet, c’est qu’on peut prendre les sujets un par un et on se bat pour faire interdire ces additifs controversés pour la santé un par un. Et encore une fois, on y arrivera. Mais le sujet c’est quand on voit qu’une industrie, et notamment là, le lobby de la charcuterie qui s’appelle l’affixe derrière le derrière, un nom que personne ne connaît se cache des grandes marques que sont Fleury, Michon, etc. Et vous le voyez comme moi dans les rayons, ils savent très bien qu’il y a un sujet puisque ça fait déjà un moment qu’ils commercialisent des gammes de jambon et de charcuterie sans nitrite et ils se font fort de bien l'écrire en gros pour attirer les personnes et dire à juste titre bon bah là vous voyez, on a pris en compte le risque santé, donc ils le savent. Pour autant, ils se sont battus bec et ongles pour interdire une proposition de loi, et notamment la pétition lancée par Foodwatch avec Yuka et la Ligue contre le cancer pour demander l’interdiction de ces additifs. Pourquoi ? Parce qu’en fait, ils sont en train de garder un petit marché à deux vitesses où ils gardent des gammes sans nitrite mais plus cher et par contre ça leur permet de garder des gammes avec nitrite moins cher. Autrement dit, c'était l’illustration du système que je décrivais tout à l’heure et de leur responsabilité dans une vie et un marché de l’alimentation à deux vitesses plus un pour les gens qui auraient plus d’argent. Pour les gens qui seraient plus précaires, c’est totalement inacceptable.
Nora Bouazzouni
Pourtant, c’est pour ça que la citation de Leclerc me plaisait parce qu’elle regroupe. Comme tu dis, on ne peut pas prendre une seule pièce du genre garde si on en prend une, tout s'écroule, etc. C’est que pourtant on continue d’entendre ce discours dominant qui est de responsabiliser l’individu, le consommateur, la consommatrice qui irait là pour le coup, acheter du coca. Parce qu’un objet du coca dit la personne dont les supermarchés mettent en tête de gondole en promo uniquement des produits ultra transformés et qui pour le coup ont pas des marges et qui se rattrapent pour le manque à gagner sur des produits comme des légumes frais ou des fruits frais. Donc cette responsabilisation du consommateur, j’ai l’impression qu’on n’en sort jamais.
Jacquemart Karine
Mais c’est normal parce qu’en fait il y a une tactique d'écran de fumée. D’une part, moi je dis toujours qu’il ne faut pas simplifier les discours. Donc quand on me dit et on entend à peu près au moins une fois par jour, que ce soit dans les ministères ou dans les discours des lobbies, quand on entend effectivement oui, mais quand même, c’est la responsabilité du consommateur dans son choix de consommation. Non, ce n’est pas cette responsabilité là. Est ce que le consommateur a une part de responsabilité ? Est ce que des programmes d'éducation, c’est intéressant et utile ? Oui. Je ne suis pas en train de dire le contraire. Ce n’est pas l’un ou l’autre. En revanche, la responsabilité du consommateur quand il est face à une opacité, quand son droit dans l’informatique, quand l’information n’est pas là, quand c’est le règne justement de la désinformation. Et on va y revenir. Et quand surtout, il est face à un choix qui est dicté par ces distributeurs, qui décide de quels produits il commercialise ou pas et à quel prix ils le mettent ? Et donc est-ce qu’ils le rendent accessible ou pas ? Alors en fait, les gens, quand on va à la rencontre des vrais gens, et particulièrement des personnes malheureusement qui sont confrontées à la précarité, ce qu’ils nous disent, ce qu’elles nous disent tout de suite, c’est on sait très bien, merci, on sait ce qui est bon pour la santé, on a compris on nous fait pas une leçon de classiste, de mépris de classe en mode en mode vous êtes trop bêtes pour savoir ce qui est bon pour votre santé. Absolument pas. Ils, ils et elles le savent très bien. Sauf qu’ils n’ont pas le choix. Soit parce que ce n’est pas disponible géographiquement dans certaines zones, soit tout simplement parce qu’il n’y a pas le choix, le choix pécuniaire. Donc ce qu’il faut faire en fait, c’est changer. J’ai le micro, sinon je vous ferai une balance comme ça. Et ce qu’il faut faire en fait, c’est effectivement rééquilibrer le prix, juste un prix juste qui serve à la fois aux producteurs, productrices et accessibles aux consommateurs consommatrices. Ça ne veut pas dire qu’on demande aux grands distributeurs et à l’industrie agroalimentaire de devenir des philanthropes et des mécènes et de faire des dons. D’ailleurs, on peut en parler. Donc ça veut surtout dire qu’ils arrêtent en fait de faire des profits sur le dos du droit à l’alimentation et de la sécurité alimentaire des gens. Donc on rééquilibre un peu les choses. Et par ailleurs, il faut aussi qu’on passe le système. Passe-moi par ce biais là des supermarchés. En fait, tant qu’il y a ce contrôle ce monopole.
Jacquemart Karine
Ce monopole est quasiment son monopole puisqu’on parle de 90 % du marché. Donc il faut aussi qu’il y ait un soutien et notamment par l’Etat, des alternatives.
Nora Bouazzouni
On parlera à la fin d’émission justement sur un plan plus positif.
Jacquemart Karine
Les solutions, il y en a toujours.
Nora Bouazzouni
Je vois des gens qui disent c’est la galerie des horreurs, c’est la vitrine aux horreurs,
Jacquemart Karine
Mais en donnant de l’espoir, on est là pour ça
Nora Bouazzouni
Merci. D’ailleurs, vous êtes super nombreux, nombreux et hyper encourageants, encourageants. Merci beaucoup pour tous vos commentaires que j’essaie de lire. Je voulais. Je voulais faire un petit aparté justement sur la responsabilisation outre mesure de l’individu, sur ses consommations, sa façon de manger. Déjà, on sait que sur les enquêtes de terrain, quand on rencontre les gens qui sont en difficulté pour se nourrir, déjà, il y a effectivement cette présomption d’ignorance, cette présomption de méconnaissance de la Nutrition, de ce qui est bon. Je n’aime pas le bon, pas bon, mais bon, On s’entend en tout cas de ce qui serait meilleur pour la santé, de ce qui serait Nutritionnellement intéressant. Évidemment, moi quand je lis encore des gens dire "bah les pauvres, ils ne savent pas manger. Et d’ailleurs je vous conseille aussi un livre qui s’appelle Où va l’argent des pauvres de Denis Colombi qui est passionnant. Et j’en profite pour dire aussi dans mon livre Manger les riches, hashtag autopromo.
Jacquemart Karine
Je vous recommande vivement.
Nora Bouazzouni
C’est une de mes marottes. C’est expliqué pourquoi la phrase ça coûte pas cher de bien manger me rend folle parce que là on parle d’argent. C’est le principal frein sur les enquêtes de terrain. Les sociologues de l’alimentation, quand ils demandent population précaire, qu’est ce qui ferait que vous achèteriez plus de fruits et légumes frais et de poisson ? La réponse c’est si j’avais plus d’argent. Donc déjà augmentons les salaires, hein, arrêtons de conditionner les aides sociales. Mais on oublie aussi trop souvent tous les facteurs qui font qu’on a du mal ou qu’on ne peut juste pas se nourrir autrement. Donc il y a certes, l’argent qu’on a, donc le reste à vivre comme on appelle ça une fois qu’on a payé les charges incompressibles. Et on sait d’ailleurs que les charges incompressibles sont plus élevées dans le budget d’une personne précaire que dans celui d’une personne qui gagne plus d’argent. Ça, c’est pareil, c’est documenté, c’est factuel, c’est statistique. Et on sait aussi qui a l’argent, c’est quoi, c’est payer les factures d'électricité. Donc quand on dit t’as qu'à faire un curry, ce n’est pas cher, Bah euh. Mais est ce que j’ai les moyens de payer 35 minutes d'électricité ? Je ne crois pas. Un article de Mediapart que je cite dans mon livre où elle, elle rencontre des gens qui sont en difficulté. Pendant qu’Ovide, après les périodes qu’Ovide et une femme, lui dit qu’elle a arrêté de faire cuire ses pattes. Une femme qui a un toit sur la tête, qui a une retraite et qui lui dit Je fais tremper mes pattes dans l’eau froide la nuit parce que je n’ai pas les moyens de payer l'énergie. On pense aussi au matériel. Il faut avoir du matériel pour faire à manger. Moi, j’habite à côté de plusieurs hôtels sociaux et quand je veux, quand je pars, je vois tous les jours des femmes monoparentales avec des enfants et je sais donc dans quelle surface elles vivent. Elles ont une plaque ou deux, ou alors juste un micro-onde. Comment on cuisine comme ça ? Comment on cuisine quand on fini à 23 h 30 le soir ? Comment on cuisine, comment on achète si on n’a pas géographiquement d’endroit où acheter ses provisions, Comment on fait quand on a des maladies chroniques, quand on n’est pas valide, quand on a du mal à se déplacer, s’il n’y a pas de transports communs ? Enfin, tout ça pour dire qu’il y a une multitude de facteurs qui font que et d’ailleurs auxquels on ne pense pas forcément. Moi, quand je fais des tables rondes, des conférences, les gens viennent me voir souvent, systématiquement. Quand je parle de ces questions là, il y a plusieurs personnes qui viennent me voir et qui me disent merci parce que je n’avais pas réalisé, je n’avais pas réalisé que oui, il y a des gens qui n’ont pas un four. En fait, tout le temps, j’ai découpé quatre couteaux de casserole, des gens qui n’ont pas les moyens de payer de l'énergie, du gaz, etc. qui n’ont pas le temps parce que du coup, ces gens se rendent compte qu’ils ont une forme de privilège. Je ne dis pas qu’ils ont beaucoup d’argent, mais en fait le temps c’est un privilège. Le matériel, c’en est un. Avoir un micro-onde, c’est un privilège aussi, un four. Donc ça c’est important. Je fais une grosse parenthèse, mais c’est important aussi de le dire parce qu’on oublie toujours ça. Et j’ai encore des gens qui viennent de milieux sociaux défavorisés. Moi je viens d’un milieu très ouvrier, assez pauvre, qui juge aussi la façon de manger des gens qui sont de leur milieu en disant moi je fais mieux ou moins, je ferais mieux qu’eux avec un RSA par exemple.
Jacquemart Karine
Et c’est le mot que tu viens de dire, C’est ce que j’allais rebondir. Merci. Merci de redire tout ça parce qu’en effet, on est tous pareils. C’est à dire qu’en fait, quand on ne sait pas bien, on est pris, on fait des raccourcis, on est pris de préjugés. Moi, moi aussi ça a pu m’arriver et puis je me suis renseigné, puis on va un peu sur le terrain et puis on est un peu des sociologues, on se rend compte que c’est toute la réalité que tu décris. Donc premièrement, ne jugeons pas, mais surtout revenons à nos responsables. Parce que quand je disais c’est un écran de fumée, quand du coup, les gros de l’industrie agroalimentaire de la grande distribution sont sur les plateaux de télé en essayant de mettre la responsabilité ailleurs, c’est bien pour qu’on ne regarde pas la leur. Et le rôle de Foodwatch. C’est bien de mener des enquêtes pour mettre le doigt et épingler les pratiques abusives de ces industriels et de ces distributeurs qui quand même se foutent de la gueule du monde un peu trop souvent. Alors comment déjà le manque de transparence ? Donc nous, c’est simple, on a une campagne, c’est facile à comprendre. Elle s’appelle arnaque sur l'étiquette. Voilà. Donc on passe notre temps à faire des enquêtes et on sait que ça les fait un peu flipper au niveau de l’industrie et tant mieux. C’est le but parce qu’il y a aussi un rôle comme ça, un peu un peu préventif, dissuasif parce qu’en fait, à n’importe quel moment de l’année, ils savent qu’on peut sortir une enquête avec des produits à l’appui, qu’on montre avec le Name and shame, c’est à dire qu’on nomme la marque et on dénonce le produit en nous disant on est là, donc on va faire une enquête et on dénonce sur les allégations santé qui ne sont en, qui ne repose sur rien, mais qui leur permettent de mettre des prix plus élevés. On a également évidemment dénoncé Vous en avez entendu parler ? Alors pardon pour l’anglicisme, mais la seringue fléchée, ça.
Nora Bouazzouni
On va en parler juste après.
Jacquemart Karine
En tout cas, ce que je veux dire, c’est que les rayons des supermarchés sont pleins d’eux. En fait, c’est le règne de la désinformation et donc on passe notre temps à enquêter pour dénoncer. Et quand je disais il flippe un peu et tant mieux, c’est que j’ai on le voit, on ne peut pas le mesurer vraiment. Mais j’ai entendu dire. On m’a rapporté plusieurs fois que dans des départements marketing de certaines marques, il peut y avoir des discussions du genre tiens, on va mettre ça sur l'étiquette et des gens d'équipe. Qui a dit Non, non, si on fait ça, Foodwatch va nous tomber dessus. Mais tant mieux, parce que Foodwatch, en fait, c’est 450 000 personnes dans la communauté en France et ça augmente tous les jours. Et ce sont les gens en plus la plupart du temps qui nous remontent les informations. Et d’ailleurs on a un mur des articles en cours dans lequel on a lancé le mur, des arnaques sur le site pour que les gens puissent effectivement eux mêmes nous envoyer et poster en ligne.
Nora Bouazzouni
Allez, je vous encourage. Alors le principe, moi je l’ai fait cet été. J’ai vu un exemple que j’ai envoyé parce que vous pouvez prendre en photo un produit dans un supermarché de votre choix et vous l’envoyer à Foodwatch en disant voilà, j’ai pris ce truc là tel jour à tel endroit. Voilà le problème. Moi j’en ai vu une pour vous montrer à quel point en fait, ce qu’ils font n’est pas illégal mais est complètement trompeur. J’ai vu un pot de ricotta. J'étais à Leclerc en Bretagne cet été et il y avait la ricotta. Il y avait la marque distributeur, la MDD comme on appelle ça, donc la marque de Leclerc, les croisés et il y avait une marque nationale à côté et sur donc même 250 grammes, les deux champs et tout. Et sur la marque nationale, il y avait écrit je ne sais plus combien de grammes de protéine. Puis ça c’est de la super ricotta qui fait des gros muscles. Donc je me suis dit ce n’est pas possible qu’il y ait autant de protéines dans leur truc, c’est un délire. Et en fait non, c’est qu’il y a X protéines dans le pot, pas aux 100 grammes.
Jacquemart Karine
Ouais, donc en fait c’est ce qu’on appelle ouais, c’est ce qu’on appelle un muesli en anglais, parce qu’on a cette campagne internationale
Nora Bouazzouni
Ça limite, ils contournent.
Jacquemart Karine
En fait, ça dit quelque chose, c’est qu’ils poussent. Ils poussent la plupart du temps jusqu'à la limite de la légalité. Parfois, ils tombent dans l’illégalité, du coup on les attrape bien et c’est trompeur. C’est vraiment illégal. Et d’ailleurs on peut en parler puisque c’est le cas, n’est ce pas ? Des scandales alimentaires et notamment des fraudes récentes sur les eaux minérales ? On va en reparler, évidemment. Mais, mais, mais du coup, c’est ça qui pousse à la limite de la légalité. Et comme quelque part à l’Etat, à la répression des fraudes, etc. Ils n’ont pas beaucoup de moyens et parfois on a l’impression que ça ferme un peu les yeux. En fait, on a vraiment l’impression que ce n’est pas vu, pas pris. Quitte à prendre les consommateurs consommatrices pour des pigeons. Et y compris avec ce qu’on appelle des arnaques aux prix. Quand il y a ce qu’on appelle les paquets pleins de vide, ou en fait, d’un point de vue environnemental, de gaspillage des chips par exemple. Oui, et d’un point de vue environnemental, c’est totalement, c’est totalement inacceptable. Et en plus, les gens ont l’impression d’acheter une plus grande quantité que ce qui était auparavant. Donc il y a déjà ce manque de transparence dans les rayons. Ensuite, il y a le manque de transparence effectivement, dans les contrôles et dans les scandales alimentaires.
Nora Bouazzouni
Quand on propose le mot confusionniste confusionnel pour cleaning.
Jacquemart Karine
Ouais, c’est intéressant, merci. Et après il y a la question de la santé. Ils le savent, donc pourquoi on s’intéresse à aux additifs, etc. Encore une fois, si.
Nora Bouazzouni
Je voulais qu’on parle peut être de ça avant de parler de l'étiquetage, la transparence, les coûts, ce qu’on appelle les coûts cachés, qui est une expression que pas grand monde ne connaît à vrai dire. Et je sais que toi, c’est un truc qui te tient vraiment à cœur. Il y a aussi Foodwatch. Est ce que tu peux nous expliquer ce que sont les coûts cachés et quels sont les impacts, les conséquences que ça a ?
Jacquemart Karine
Tout à fait. En fait, c’est vraiment ça, c’est vraiment les angles morts de ce système. Donc, est ce que c’est important de regarder le produit par produit et de regarder problème par problème ? Encore une fois, les additifs ou les pesticides, on se bat aussi évidemment pour les faire interdire, qu’on les retrouve plus dans l’assiette et que là aussi, les agriculteurs agricultrices soient protégés contre le glyphosate, on a une campagne aussi pour demander un engagement aux distributeurs, qu’ils ne mettent plus de produits dans les rayons de produits avec lesquels il y aurait des céréales qui ont été pesticides. Parce qu’en fait, c’est là qu’on les retrouve le plus et les gens ne le voient pas. Quand vous achetez du pain de mie avec des céréales qui ont été aspergés de pesticides, vous vous ne posez pas la question
Nora Bouazzouni
C’est un effet cocktail puisqu’on en mange beaucoup, beaucoup.
Jacquemart Karine
Exactement. Et là encore, c’est pour in fine obtenir une interdiction au niveau européen. Et là encore, c’est certainement pour punir personne et encore moins les agriculteurs agricultrices, puisqu’on demande toujours que ce soit dans des délais acceptables et surtout avec un accompagnement des agriculteurs agricultrices à qui on a imposé un modèle. En fait, ce n’est pas eux qui utilisent des pesticides pour le plaisir. Donc tout ça doit se faire dans l’accompagnement des acteurs, que ça doit se faire dans le but de la santé et donc les coûts cachés. En fait, c’est un peu lié parce que ce système déjà qui est totalement injuste au niveau économique, avec des acteurs qui contrôlent tout. Non seulement il est au profit financier de ces acteurs qui font des marges au détriment de tout ce qu’on a déjà décrit, donc l’impact sur l’environnement, l’impact sur la santé, mais en plus ça a des coûts phénoménaux pour la société, ça a des coûts humains. Quand vous tombez malade, ça a des coûts environnementaux, de la destruction de la biodiversité qui est aujourd’hui et absolument catastrophique, la contamination des sols, des eaux et de l’air. Alors, c’est quand même notre outil de production du futur. On peut parler aussi de souveraineté alimentaire, mais enfin, quand on m’explique qu' il faut plus de pesticides pour faire plus d’agriculture intensive pour assurer la souveraineté alimentaire, en fait ils veulent parler d’autonomie alimentaire, ce n’est pas la même chose. La souveraineté alimentaire, là encore, c’est une alimentation choisie.
Nora Bouazzouni
Il faut en plus, même si on produit plus, on ne nourrira pas plus de monde. C’est un choix.
Jacquemart Karine
Question d’accès en fait, il n’y a pas besoin de produire plus. C’est un choix d’utilisation des sols. Et c’est surtout que si on n’utilise plus de pesticides, on va contaminer plus et donc on va on va, on va abîmer tout notre champ.
Nora Bouazzouni
C’est carrément des sols qui n’ont plus notre outil de production de demain..
Jacquemart Karine
Donc on voit bien que tout ça est hypocrite. Donc le coût environnemental, le coût humain et le coût santé sont absolument phénoménaux. Donc on a des bénéfices privés dans un système qui rend beaucoup trop de gens malades. Et l’Organisation mondiale de la santé parle d’une épidémie. En France, on a quand même un enfant ou adolescent sur six en surpoids ou obésité, la moitié de la population adulte. Tout ça, ça amène des risques de maladies cardiovasculaires. On a des millions de gens qui sont infectés par un diabète de type deux et en fait, ce sont des milliards.
Nora Bouazzouni
Il y a des maladies non transmissibles en plus comme les neuraux cardio vasculaires qui, on le sait en plus, touchent spécifiquement les personnes les plus précaires..
Jacquemart Karine
Mais. Et du coup c’est des milliards. Donc j’ai repris les chiffres là, parce qu’effectivement j’avais envie de vous le raconter. France Stratégie à publier en 2021. Ils ont. Le coup du diabète de type deux, c’est 7,7 milliards d’euros par an en France. A l'époque, la FAO a sorti des chiffres mondiaux hallucinants. C’est assez. C’est toujours en milliards d’euros. En France, ce chiffre n’est pas mis à jour. Mais déjà en 2000. En 2014, il estimait que le coût de la surcharge pondérale en France, c’est 20 milliards d’euros par an. Après, on vient nous raconter qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. Pardon. Donc là, on a des acteurs privés qui ont et qui font des bénéfices colossaux. En choisissant un système et une alimentation qui certes leur permettent de faire des profits à coup de sucre, ajouté aussi beaucoup d’huile de palme parce que c’est moins cher que certains autres fruits. Donc en fait, eux, ils optimisent leurs profits. Tout ça avec un impact environnemental et de santé humaine qui est absolument catastrophique pour des milliards d’euros qui eux ne sont pas privatisés. Le public ? Ces milliards d’euros, c’est nous qui les payons avec eux, avec nos impôts.
Nora Bouazzouni
En fait, il y a huit mois, il y a toujours une question C’est parce que je ne suis pas riche. Je n’en suis pas une. Je ne suis pas l'élite de la nation. Je ne suis pas une femme politique, je ne suis pas une industriel, je ne suis pas le patron du CAC40. Mais à chaque fois, je me pose la question quand on parle des coûts cachés, quand on parle de l’impact sur les budgets de l' Etat, quand on parle justement du coût pour la sécurité sociale, du coût humain derrière du coût santé que tu viens d'écrire, des milliards, des dizaines de milliards comme ça, moi je me demande toujours quel est l’intérêt. Alors les intérêts, ils sont privés, individuels, personnels. Pour ces gens là, Quel est l’intérêt de tuer une population à petit feu et donc d’avoir un gouffre financier tel de façon très cynique, de dire en fait, si les gens dans mon pays étaient mieux nourris, pouvaient se nourrir, mieux, va, ça me coûterait moins cher, moi en tant que l’Etat, donc ce serait peut être plus chouette, non ? Qu’est ce qui se passe ? Je veux dire, je suis un peu naïve, je sais, mais c’est toujours des gens qui ont intérêt à se poser en fait. Quel est l’intérêt en fait d’avoir des gens qui qu’on tue à petit feu comme ça ?
Jacquemart Karine
Ce n’est pas une question naïve, c’est que ça devrait être comme ça. C’est-à dire que c’est le B A BA. Dans un raisonnement normal où l’intérêt où on considérait l’intérêt général et des politiques à long terme. Tu as raison, sauf que ce n’est pas comme ça. Et ce à quoi on est confronté et la raison pour laquelle il faut des contre pouvoirs citoyens comme Foodwatch et comme beaucoup d’autres. Et il faut qu’on fasse des fronts unis. La raison pour laquelle on est obligé malheureusement de faire ce bras de fer, c’est la guerre de David contre Goliath de façon non violente sur employer le mot guerre. Donc on emploie quand même un principe de non-violence fort, mais de confrontation parce qu’il ne faut pas laisser faire. On ne peut pas laisser faire sans rien dire. Parce que précisément, ce qui devrait être du B-A-BA, si c'était l’intérêt général qui primait, n’est absolument pas le système en place et c’est pour ça qu’il faut le dénoncer. Moi je trouve ça vraiment scandaleux déjà de devoir se battre pour le B A BA, mais c’est la réalité. Pourquoi ? Parce que ce sont les intérêts économiques qui priment et qu’on a. Honnêtement, on a un Etat, un gouvernement et c’est le cas du gouvernement qui est là depuis ces dernières années. Mais finalement avant ce n'était pas mieux. On a des responsables politiques aujourd’hui qui soit regardent ailleurs, soit servent finalement les intérêts économiques avant tout parce qu’il y a du chantage à l’emploi, parce qu’on regarde toujours le côté économique et le à court terme en fait. Mais moi, combien de fois j’ai été dans les ministères en leur disant Mais regardez, en fait, le coût des cancers, c’est ça, on interdit les nitrites et les nitrates, ça fait quoi comme manque à gagner à l’industrie en fait ? Et mettons les deux en parallèle. Et je sais bien que ce n’est pas des vases communicants, mais quand même, quand on raisonne comme ça, ça saute aux yeux que les milliards de coûts cachés qui sont en fait des coûts sur la société, sur les gens, y compris les plus précaires à travers leurs impôts, ça n’est pas acceptable mais encore faut-il avoir la volonté politique de placer l’intérêt général au centre. Et ça n’est pas le cas. Les services publics, l’intérêt général aujourd’hui passent toujours en second. Le mot santé dans les dents, dans les dents, dans les rendez-vous qu’on a dans les ministères. Une fois qu’on a fait des bras de fer un peu pour obtenir ces rendez-vous et dire voilà, on veut une décision pour protéger la santé des Français et des Françaises. Le mot santé, c’est souvent c’est moi qui le répète. Il m’est même arrivé dans des rendez vous aux ministères de dire Excusez moi, ça fait 40 minutes de rendez vous. Il y a que moi qui ait prononcé le mot santé parce qu’en face c’est Mais vous vous rendez compte, les emplois ? Oui, mais en fait, je ne suis pas idiote, je vois très bien la partie économique. Je répète qu’on est prêt à comprendre qu’il peut y avoir l’interdiction, il peut y avoir du temps. On peut accepter et comprendre que le processus industriel demande du temps. Le glyphosate, les nitrites…
Nora Bouazzouni
Même des amendes, leur chiffre d’affaires. Avez-vous invoqué le chantage ?
Jacquemart Karine
chantage l’emploi en disant d’accord sur tous les points avec dépit face et du coup on ferme nos usines ? Non bien sûr. Et donc nous, ce qu’on leur dit c’est mais expliquez nous qu’il faut un an, deux ans, trois ans selon le secteur pour sortir des nitrites en fonction en fonction des catégories de produits mais n’interdisent pas la langue en fait. Prenez la décision politique de l’interdiction sur le glyphosate, sur les nitrites, sur l'épi face, fermons le robinet, actons la décision d’interdiction et faites un plan d’action où là vous allez m’expliquer. Ben oui, il faut deux ans, mais très.
Nora Bouazzouni
Bien en fait, c’est le sens d’engagement bien sûr. C’est qu' en fait, ce que vous cherchez à voir, en fait, on est aux engagements chiffrés.
Jacquemart Karine
Oui, mais en fait, en fait, le problème c’est que ça reste un problème de posture. C’est-à dire que souvent c’est pareil. L'écran de fumée, c’est quoi ? C’est de dire ah, ces associations, ils demandent des trucs totalement abusés, ils sont naïfs, c’est hors sol, mais c’est eux qui sont hors sol. Alors moi je demande toujours des trucs réalistes, je ne peux pas le dire plus clairement. Là, on demande des choses basées sur la science qui sont vérifiées. Toutes les sources sont dans nos communiqués de presse. Je suis prête à entendre qu’il faut un certain délai pour adapter un processus industriel. Bien sûr qu’il faut accompagner les producteurs, les productrices dans les changements, mais ce que je demande, c’est des décisions politiques aux endroits où il est extrêmement clair qu’il y a besoin de protéger la santé publique et des engagements. Et ce qu’on nous retourne, en fait, c’est une posture et c’est cette posture néo libérale à laquelle on continue à être confrontés. C’est quoi cette posture néolibérale ? Ce sont des responsables politiques qui partent du principe qu’on ne va pas mettre de contraintes aux entreprises et que quand vraiment c’est grave parce qu’il y a un problème de santé publique, on va quand même leur demander gentiment de prendre des engagements volontaires. Mais ça ne suffit pas.
Nora Bouazzouni
On en parlera tout à l’heure avec le droit et avec ce qui est possible d’avoir bien sûr ACTA avec la législation, notamment européenne.
Jacquemart Karine
Mais, Mais du coup, là, je tire le fil de ça parce qu’il y a deux exemples concrets. On a déjà parlé des nitrates, on a passé des mois de campagne, on a plus de 500 000 signataires de la pétition avec Lucas et la Ligue contre le cancer, la Ligue contre le cancer, c’est quand même pas rien quoi. J’ai eu X rendez vous au ministère de l’Agriculture, notamment parce que ce n’est pas le ministère de la Santé qui pilote. Il y a des députés qui ont porté des missions parlementaires, une proposition de loi, etc. Et finalement, on a obtenu quoi ? On a obtenu, on a obtenu une coquille vide d’un engagement volontaire vers une réduction. Alors, moi, je sais qu’on a gagné parce que ça veut dire qu’ils savent, ils savent et on va finir par l’obtenir, cette interdiction. Mais en fait y gagne du temps et c’est pénible. Et c’est la même chose sur nous. On va obtenir l’interdiction du marketing et de la publicité qui ciblent les enfants. Pour les produits trop gras, trop sucrés, trop salés. Et quand je dis nous, c’est une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé de santé publique France de la Cour des comptes. On a été auditionné par tous ces organismes là dans plusieurs rapports ces dernières années. Ils disent quoi ? Ils disent : Là, il y a quelque chose de très grave avec la surexposition, le matraquage des enfants, des adolescents avec cette publicité pour la malbouffe est la meilleure façon. Encore une fois, ce n’est pas la seule. Il ne s’agit pas de faire des raccourcis, mais la façon, la décision qui les protégerait le plus efficacement dans un premier temps et qu’il faut faire le plus vite possible. C’est un encadrement de cette publicité et du marketing sur ces produits là. Et là encore, on ne demande pas la lune. J’ai jamais demandé l’interdiction de la pub sur toute l’alimentation.
Nora Bouazzouni
Réglementation qui est exactement ce mot et cette réglementation qu’ils ne comprennent pas. Et s’ils ne veulent pas comprendre.
Jacquemart Karine
Et ça non, mais ils le disent et le disent clairement : on ne veut pas aller jusqu'à la loi. On va d’abord renforcer l’engagement volontaire. Mais du coup, Foodwatch a fait une enquête qu’on a publiée.
Nora Bouazzouni
J’adore l’idée de renforcer l’engagement, mais moi je sais que bien souvent ils disent qu’on va responsabiliser les entreprises.
Jacquemart Karine
Alors les lobbies en général, quand c’est quand ils sentent qu’il y a une loi qui va arriver, ils sont vraiment en mode Oui, oui, on va se responsabiliser, on renforce nos engagements parce qu’ils ne veulent surtout pas une loi. Sauf qu’il a été démontré par les scientifiques et tous ces rapports, et aussi même par une enquête de Foodwatch qu'à regarder. J’ai plus le chiffre, mais des dizaines de produits d’entreprises qui avaient pris un engagement volontaire de ne pas matraquer les enfants de pub sur la malbouffe et qui le font quand même, ça ne marche pas. Et puis on voit bien avec les scandales alimentaires, je te tends la perche pour peut-être y passer après.
Nora Bouazzouni
Mais après ?
Jacquemart Karine
On voit bien et vraiment moi j’essaye. Je n’ai pas un discours de tous pourris, ce n’est pas ça. J’adorerais. En fait, j’adorerais ne pas avoir à être là et à dénoncer ça. Et les espoirs, il y en a plein. Le premier, je vous en donne un parce que je sens bien que ça peut être déprimant. On peut changer ça parce que parce que David contre Goliath, ça marche et qu’on est un contre pouvoir citoyen et qu’avec le rapport de force, on arrive à faire changer des choses et surtout on leur envoie un signal de dire mais en fait on vous observe. Donc pas vu, pas pris. Opacité, impunité, c’est fini. On est là, collectivement, on vous observe et on ne va pas vous laisser faire.
Nora Bouazzouni
Alors c’est justement sur l’engagement volontaire, il y a quelque chose. Bien entendu, c’est le Nutri-score car il n’est pas obligatoire en Europe. C’est les marques qui veulent, elles seules peuvent décider. Donc c’est là où je voudrais qu’on parle de la transparence qui est quand même un des chevaux de bataille énormes de gauche. Tu parlais du mur de la honte qui fait justement de Name and shame d’afficher de leur dire mais attendez là, vous verrez que vous n’avez pas vu. Mais on vous a vu, on vous a vu très bien, je sais même on va le dire. Euh, je voudrais qu’on parle d’abord de ces trois mots anglais. Ces trois, on en a un peu parlé tout à l’heure. Donc il y a la green inflation, la shrink inflation et la désinflation. Vous vous êtes beaucoup engagés d’ailleurs, c’est comme ça. Je pense que peut être beaucoup de gens vous ont découvert pendant la crise, pendant la séquence inflationniste, avec notamment d’abord la shrink et la shrinkflation. Donc je pense que c’est d’abord greedflation, Greed, ça vient de la cupidité en anglais. Donc c’est justement ces industriels qui profitent qu’il y ait une inflation pour prendre encore plus de pognon, donc augmenter encore plus les prix par cupidité. La déflation d’abord. La shrink flache shrink ça veut dire rétrécir en anglais. Donc par exemple, c’est ça joue sur la confiance des consommateurs. Est ce qu’ils vont faire leurs courses de produits habituels, Donc ils vont plus regarder le prix au kilo, etc. Parce qu’ils ont l’habitude de prendre ce truc là, ils vont acheter, je ne sais pas, disons la barquette de Kiri. Bon, ils ne vont pas regarder, ils vont prendre leur Kiri, Le prix au kilo c’est le même, ils arrivent chez eux, il y en a pas huit. Une assise dans la boite, le shampoing, il y a justement le prix au kilo.
Jacquemart Karine
Ce n’est pas le même, c’est la norme.
Nora Bouazzouni
Il va prendre le prix que voilà. Mais ce n’est pas grave, le prix à l’unité va être le même kilo, donc on ne regarde pas le prix au kilo quand on connaît son produit et qu’on achète tous les jours depuis six ans. Et donc ils vont attendre. Et l’accueil, y a que six Kiri dans la boîte. C’est quoi ce truc là ? J’entends par là et je finis sur la je me. Je me. Je me perds là sur la chip flèche. Tu peux arrêter là l’huile de palme qui est moins chère que d’autres, puis la chips, la chaîne, c’est un peu plus récent, là, vous les avez aussi épinglés. C’est quand on change la recette d’un produit avec des produits sur un produit qui est plus cher, un produit moins cher et généralement bon pour la santé ou en tout cas plus délétère pour l’environnement. Aussi, Ne le dit pas, n’affiche rien. Encore une fois, on parle de gens qui ne sont pas dans l’illégalité mais vont aux confins de ce qui est acceptable, ce qui est illégal, voire de ce qui est moral. Et vous, vous êtes dans le buisson en disant On vous a vu, on fait quoi ?
Jacquemart Karine
C’est exactement ça. Alors ce qui est intéressant sur la string fléchette, je vais raconter, mais c’est que là, pour le coup, c’est nous qui avons fait bouger le curseur de la légalité. C’est à dire que là, pour le coup, on a vraiment forcé le gouvernement et obtenu un décret qui a changé les règles du jeu. Donc du coup, c’est devenu une obligation d’informer.
Nora Bouazzouni
Ça va se manifester comment ce décret ?
Jacquemart Karine
Donc en fait, on reprend, on reprend dès le début, c’est-à dire que quand on parle de pratiques abusives. Enfin voilà, moi ça fait neuf ans que je suis à Foodwatch, je peux, je peux vraiment dire sans exagération qu’il y a un règne de la désinformation. Et quand je vois que ces pratiques abusives, elles désinforment déjà les gens. Ça m'énerve parce que je trouve ça inacceptable. Donc nous nous battons collectivement. Mais quand en plus ça touche au porte monnaie, c’est à dire qu’ils en profitent pour en fait, pour attaquer le porte monnaie des gens sans leur dire donc augmenter leurs profits alors qu’on connaît les problèmes qu’on a déjà décrit de précarité alimentaire et d’impact sur la santé quand il s’agit de malbouffe et qu’on réduit la qualité des produits. Ce n’est pas possible en fait. Bien sûr qu’il est hors de question de laisser faire. Donc ce qu’on a dénoncé avec une enquête, ma petite équipe, là, on est onze.
Nora Bouazzouni
Donc moi, j’ai découvert ce principe. Je pensais que vous et je ne sais pas combien c’est une espèce d’usine tellement vous êtes présente. Et je dis ça parce que c’est quasiment que des femmes. Je ne vais pas invisibiliser les hommes chez Foodwatch, mais c’est quand même une équipe avec Camille. Camille, on embrasse Camille. Je ne connais pas assez pour m’embrasser, je dis bonjour à Camille. Bravo ! Mais c’est vrai que je dis que moi, quand j’ai quand je vois la manière dont vous êtes dans les médias, dont vous vous adressez aux ministères, au gouvernement, à l’Etat, à l’Europe, aux industriels, à la grande échelle, je me suis dit mais c’est une armée, Foodwatch. Et en fait vous êtes onze.
Jacquemart Karine
Alors, on vient d'être peut-être onze. Alors je crois que j’ai la chance d’avoir une équipe hyper d'été et très compétente et motivée, engagée et y a vraiment un beau travail d'équipe ensemble. En plus. Il y a shrinkflation et puis on essaie d'être, d'être à l’endroit où ça peut impacter et où ça peut faire faire la différence. C’est ça aussi, du coup, avec nos petits moyens qu’on essaye de faire, on a fait une enquête et donc on a sorti des noms, des exemples de noms, des gammes de produits. On avait par exemple ce fameux Pyrénéen, la même taille de la boîte, quasiment le même prix à l’unité, mais dedans, effectivement, au lieu d’en avoir 30, il y en avait 24 je crois de mémoire. Et. Et en fait, le prix au kilo change, mais sauf que ce n’est pas affiché et qui fait ses courses, surtout quand on achète toujours un peu le même produit et que là visiblement on voit la même boîte qui fait ses courses en comparant le prix au kilo. Et surtout, est-ce que le prix au kilo du produit que j’ai l’habitude d’acheter a changé depuis la semaine dernière ? Donc en fait, c’est totalement, c’est totalement malhonnête, ce n’est totalement pas moral, c’est vraiment de s’attaquer au porte monnaie des gens, mais c’est et donc ce n’est pas possible. Donc là on a dénoncé cette pratique et du coup on a surtout dénoncé, là encore, le manque de transparence parce qu’ils nous disent, ils nous disent oui, mais alors, comme le comme les coûts de production a augmenté, on est obligé. Mais tu fais ce que tu me dis.
Nora Bouazzouni
Les excuses sont fabuleuses.
Jacquemart Karine
Non mais moi. Je les ai. Oui, c’est sûr. Et en fait, on a publié et c’est ça aussi, On a créé sans que tu en parles, on en écrit, on publie les réponses, etc. Et donc il y en a qui nous ont dit. Alors, comme pour les gens, ça devenait un peu cher parce que, comme les coûts de production a augmenté, on a dû nous même répercuter, mais ça devenait trop cher pour les gens, alors on a gardé le même prix, mais on leur en gros mais on leur a pas dit qu’on avait enlevé si chocolat sur les 30 quoi. Donc en fait, ils se foutent de la gueule du monde, vraiment.
Nora Bouazzouni
Et nous on leur a dit quand même qu’ils changent d’emballages, On est en pleine transition d’emballage recyclable, donc en fait ça coûte plus cher et on a quand même qui vous répondent oui, bon bah d’accord, mais on n’est pas les seuls. Et du coup.
Jacquemart Karine
Et du coup, moi j’adore faire ça. Vraiment. Nous on publie les choses, mais on leur dit, on leur dit quand on leur écrit, on leur dit on se réserve le droit de publier et on publie parce qu’on est là pour, pour, pour donner cette transparence.
Nora Bouazzouni
Quelqu’un parle du nouveau paquet gain de place.
Jacquemart Karine
Et du coup, en fait, ce n’est pas acceptable. Et à chaque fois qu’ils nous disent ça, on leur dit "Eh bien très bien, on fait comme vous voulez. Sauf que vous informer les gens, en fait, vous ne le faites pas dans le dos des gens. Là, vous êtes en train de me raconter votre vie, peu importe, mais vous ne le faites pas dans le dos des gens. Ça, ça s’appelle des arnaques. Et c’est pour ça qu’on a réussi à vraiment faire un bras de fer avec le gouvernement, mais qui là, pour le coup, a suivi. C'était engagé au début à le faire et du coup c'était Olivia Grégoire qui s'était engagée. Et pour le coup, je dois dire qu’ils sont allés jusqu’au bout sur ce dossier là, qu’on pensait que c’est le seul. Mais sur ce dossier là, ils sont allés jusqu’au bout.
Nora Bouazzouni
. Ça a été compliqué de les convaincre de faire quelque chose.
Jacquemart Karine
Non, parce que c’est tellement choquant, honnêtement, non, parce que c’est tellement choquant et que c’est pareil. On a eu une demande, on a formulé une demande qui était crédible et réaliste. Ils ont dit : Mais on ne peut pas interdire la pratique. Mais très bien, on a compris. On vous demande pas d’interdire la pratique, on vous demande de rendre obligatoire l’information, qu’au moins ça ne se fasse pas dans le dos des gens. Et donc oui, il y a un décret qui maintenant est passé dans les rayons, parce qu’en fait c’est sur les distributeurs, parce que c’est ce qu’ils pouvaient faire à l'échelle de la réglementation nationale. Dans les rayons, les distributeurs sont obligés du coup d’informer, de mettre une affichette, d’informer. En tout cas les consommateurs consommatrices sur ce changement de prix au kilo. Mais quand on ferme une porte, ils cherchent à passer par la fenêtre. Et c’est cette culture là, en fait, qu’ils veulent changer. Oui, mais et peu importe, parce que non seulement on est onze, d’abord on est à l'échelle européenne, donc en fait on est beaucoup plus. Mais en plus, je le disais tout à l’heure, c’est la communauté Foodwatch, en France, c’est 45000 personnes et ça et ça, et ça s’agrandit tous les jours. Donc en fait, on est beaucoup plus. Et encore une fois, c’est la plupart du temps les gens qui nous remontent aussi des informations ou qui attirent notre attention sur certains, certains dossiers qu’on va ensuite creuser, vérifier. Mais on est évidemment beaucoup plus et beaucoup plus puissants qu’ils ne croient.
Nora Bouazzouni
Quelqu’un dit Quand vous dites on publie, c’est publier ou concrètement c’est sur votre site ? Oui, délateur aussi.
Jacquemart Karine
Absolument. Donc en fait, on a. Vous pouvez vous abonner à la newsletter, c’est gratuit. On envoie une newsletter par semaine sur footage.fr et puis on est bien sûr sur les réseaux sociaux aussi. Face book, Instagram, Tik Tok et LinkedIn également. Et puis et puis on publie, on publie sur le site, on informe par le biais de la newsletter. Et puis bien sûr, on a aussi un relais des médias puisqu’on envoie des communiqués de presse. Quand on a en tout cas des informations qui nous paraissent assez importantes, on envoie des communiqués de presse de façon à pouvoir informer le plus grand nombre et. Et du coup, le fait de pouvoir aller dans les médias et que cette information soit relayée dans les médias, ça permet justement d’informer le plus grand nombre, y compris auprès de gens qui ne connaissent pas forcément Foodwatch.
Nora Bouazzouni
Sur la TIPP flash code. Donc cette pratique qui consiste à choisir remplacer un ingrédient par un ingrédient moins cher, l’huile par exemple, ou à gonfler, à mettre plus de sucre, plus de sel, parce que comme ça on enlève des arômes, des trucs. Bon bref, ça vous en est tous. Foodwatch sur cette pratique malhonnête.
Jacquemart Karine
On surveille, on mène des enquêtes et si on a des preneurs, on ne se gêne pas pour les dénoncer. Après, en vérité, c’est compliqué de suivre ça parce que ça supposerait d’avoir un mécanisme où on peut dans le temps surveiller tout changement de recette, pouvoir comparer avec le produit demandant sa composition et le prix, etc. Cela dit, on en a assez. On est assez ingénieux et ingénieux, y compris avec des gens extérieurs qui travaillent avec nous. Donc oui, bien sûr, on mène ces enquêtes et on garde un œil. Mais voilà, c’est moins évident que de dire regardez dans la liste, il y a le 249 250 qui est dangereux pour la santé. Il faut les interdire, mais ça ne nous arrête pas.
Nora Bouazzouni
Pas parce qu’on va sur la shrinkflation Vous avez obtenu que les industriels soient obligés d’avoir un affichage qui indique qu’il y a moins que c’est passé de 150 à 85 grammes ou j’en sais rien sur la flèche jaune. On pourrait penser aussi à un affichage qui dit recette changer. J’ai fait des courses y a quelques jours et je voyais qu’il y avait sur un produit que j’achète régulièrement, il y a écrit recette inchangée. Alors là je n’ai pas compris. Est ce que c’est juste un moyen de nous dire qu’on fait toujours le même produit parce qu’il a pris 0,30 € de plus ? Je me suis dit mais.
Jacquemart Karine
En fait, les autres, ils ont, ils ont ils ont compris, ils ont compris d’abord, ils ont compris qu’on était là, on me l’a dit. Certains de l’industrie m’ont dit il y avait un avant et un après. Et ce n’est pas pour tirer la couverture.
Nora Bouazzouni
Ça, c’est un petit peu l’angoisse des industriels.
Jacquemart Karine
Non, en fait, on l’a entendu depuis le début, mais c’est crescendo parce que on est de plus en plus visibles et on dénonce de plus en plus fort et de plus en plus. Donc voilà. Mais encore une fois, on est là pour ça et je préférerais ne pas avoir à le faire. Mais, mais, mais voilà. Mais globalement, ils vont toujours trouver un truc, donc un on est là pour faire de la prévention, de la dissuasion. Pas vu, pas pris. On est quand même en train de leur dire on vous regarde donc vous allez être de plus en plus pris, surtout le pas vu, ça va être de moins en moins. Euh voilà. Néanmoins, sur le produit ultra transformé, ils ont plein de façons en fait. Parce qu’il y a tellement de choses dans ces produits, parce que par définition, ils sont ultra transformés, ce qui est déjà pas terrible en soi, mais en plus du coup il y a des additifs et ceci et cela. Donc en fait, ils ont plein de façons de brouiller et de brouiller les pistes et parfois ils mettent, ils vont mettre sans pesticides, mais par contre c’est bourré de conservateurs ou de je ne sais pas quoi, vous voyez ce que. Et en fait ils ont compris quelque part, ça veut dire qu’on a gagné collectivement sur le fait qu’ils ont compris que c'était important pour les gens et que ça pouvait être un élément marketing d’avoir des produits plus sains parce qu’il y a beaucoup de manipulation. Et encore une fois, je ne dis pas c’est tout le monde 100 %, mais c’est quand même une tendance qui est beaucoup trop importante et contre laquelle il faut lutter. Donc déjà en vrai, plus un ingrédient st brut quand vous les achetez, si vous pouvez, avec toutes les limites aussi de l’exercice dont on a parlé tout à l’heure. Mais si vous pouvez, franchement c’est mieux et c’est plus simple. Il y a moins de risque d'être, d'être mené, mené en erreur par une multitude d’ingrédients, on ne sait pas quoi. Et après ? Regardez, regardez le prix au kilo, regardez ce genre de truc. Mais nous on va continuer surtout à se battre pour leur dire mais en fait, opacité, impunité, c’est fini quoi.
Nora Bouazzouni
Alors là, on va parler d’un gros morceau. D’ailleurs, ce sera le sujet du deuxième épisode de Bouffe de là en octobre. Soyez présente et présent du Nutriscore parce qu’on parlait tout à l’heure d’engagement volontaire, on a parlé de droit, de contrainte, etc. Ça concerne l’Europe, le Nutriscore et d’ailleurs il y a une actu, ça tombe très bien, ce n’était pas fait exprès, mais comme quoi c’est bien, ils savaient je pense à Danone
Jacquemart Karine On
a une rentrée en folie.
Nora Bouazzouni
Un refus de vote, là c’est quand même oui.
Jacquemart Karine
C’est bien, ça va.
Nora Bouazzouni
C’est bien que vous soyez parti en été parce que sinon ça aurait été un peu le bazar. Donc je pense que tout le monde dans le top six, quel Nutriscore ? Quelqu’un te pose la question ? Tu répondras peut être après que pensez-vous de Yuka ? Ça on en parlera après le Nutriscore. Donc petit rappel, même si dans l'épisode deux vous aurez quand même des réponses à vos questions les plus brillantes. Le Nutriscore n’est pas obligatoire, chaque industriel peut choisir de le mettre ou pas sur ses produits. On sait que le Nutriscore il y a des études qui ont été faites donne plus envie à des consommatrices d’acheter des produits parce qu’il y a cette transparence. Donc on sait que les industriels, c’est à leur avantage. C'était à leur avantage à un moment donné, d’appliquer Nutriscore. Pourquoi est ce que Nutriscore ce n’est pas on compare des frites avec de l’eau, c’est on compare le même produit avec un autre produit similaire.
Nora Bouazzouni
Justement parce qu’il y a eu beaucoup de critiques et aussi parce que c'était quand même une expérimentation, donc en fait ça s’améliore etc. Ils changent évidemment, il y a des produits qui passent de P à D, voire à eux, et ils ne sont pas très contents ceux qui les fabriquent, dont Danone qui a décidé. Donc on a eu il y a quelques jours l’info la semaine dernière parce que c'était le 4 septembre, on apprend qu’il n’y a pas que Danone. Danone va retirer carrément le Nutriscore de certains produits parce que ces produits sont mal notés maintenant. Et on a aussi Bjorg qui dit la même chose les biscuits Bjorg. Alors que des allégations là beaucoup sur bien qui pareil voit ses notes chuter drastiquement et qui au lieu de carrément enlever tout ce qu’il remplace par le planet, score qui n’est pas du tout la même chose. Mais en fait ils se disent bah vu que les gens vont voir qu’en fait c’est ils ne vont pas l’acheter, on va carrément l’enlever. Et vous ? Je sais que vous êtes très énervé contre ça. Raison d’ailleurs passez à la télé pour en parler. Vous avez fait une campagne dessus en ce moment. Est ce que tu peux nous raconter un peu ce bazar Nutri, score, Danone, etc. Est ce que vous vous dites à Food Watch.
Jacquemart Karine
En deux mots, en deux mots pourquoi c’est intolérable et que donc oui, on est, on est énervé et surtout qu’en fait on continue notre engagement de dire on va, on ne va pas accepter. En fait ce n’est pas possible parce que la santé n’est pas à la carte. Or il s’agit d’une question de santé. Je vais, je vais faire une pirouette et commencer sur Yuka pour revenir sur le Nutriscore.
Nora Bouazzouni
Score très important quotidien je dirais. Sinon des gens demandent si vous avez des liens avec Open Food Facts ? Oui, et qui demande aussi organisme indépendant ou déclaratif de l’industriel, etc. Donc voilà, je te pose les questions.
Jacquemart Karine
Ok, très bien Yuka Si on les connaît bien d’ailleurs, c’est nous qui leur avons proposé de s’associer à notre pétition depuis fin 2019 et la collaboration continue pour faire interdire les additifs et ils sont indépendants donc. Donc du coup c’est transparent la façon, parce que nous, on n’aurait pas de partenariat si ce n'était pas le cas quoi. Donc ils sont indépendants financièrement des entreprises et la façon dont le score est transparent puisqu’en fait justement ils s’appuient sur le Nutriscore dont je vais parler juste après. Il complète avec des informations concernant les additifs, ce qui permet d’avoir aussi plus de notion de produits ultra transformés au-delà du Nutriscore. Et il y a aussi une partie de la note qui est basée selon si les produits sont bio ou pas bio. Donc Yuka aujourd’hui c’est hyper utile. Mon problème est Julie, la fondatrice sait très bien que ce que je dis, ça ne m’en voudra pas. Sauf que Foodwatch se bat pour qu’on n’ait plus besoin de Yuka. Parce que si on fait un pas de côté à qui ça paraît normal d'être dans un système où on dépend d’un Smartphone. Donc déjà, bonjour, encore les questions de classe. Mais bref. Mais même pour tout le monde, on débarque d’un Smartphone pour scanner par exemple les céréales pour savoir lesquelles sont les moins dangereuses pour les gamins, mais ça en fait déjà un. La réglementation européenne, elle, impose normalement de ne pas commercialiser des produits potentiellement dangereux pour la santé. Deux C’est la responsabilité régalienne de l’Etat de protéger la santé des consommateurs, des consommatrices, des gens, des citoyens, des citoyennes et donc de faire en sorte qu’il n’y ait pas des produits potentiellement dangereux pour la santé. Mais là, c’est tellement n’importe quoi ! On laisse faire n’importe quoi, qu’on a besoin d’un Smartphone pour scanner les produits, pour se dire alors celui là, il est moins dangereux que celui là, mais ce n’est pas du tout acceptable. Donc Yuka aujourd’hui compense. Un manque de transparence nous aide dans cette espèce de cirque, de règne de la désinformation. Mais le but du jeu, c’est de ne pas en avoir besoin, c’est d’avoir une information claire et de n’avoir dans les rayons que des produits qui ne présentent pas de risques pour la santé. Point. C’est ça l’objectif ne faut pas le perdre de vue. Donc maintenant, le Nutriscore qui est un des composants. Pourquoi c’est important ? C’est important parce qu’il y a des éléments et ça n’est pas le seul. Le Nutriscore ne répond qu' aux questions Nutritionnelles et tu l’as dit, mais je veux vraiment le redire, ne permet en fait n’a d’utilité que. Mais c’est déjà vachement important de comparer la qualité Nutritionnelle de produits entre eux dans une même catégorie. Donc on compare des céréales avec des céréales, on ne commence pas à être de mauvaise foi et à comparer des céréales avec du beurre. Donc pour cela, c’est important parce qu’il y avait jusqu'à maintenant uniquement un tableau Nutritionnel incompréhensible au dos en caractère quatre au dos des produits et que donc ça ne permet pas d’avoir ce pour quoi Foodwatch et beaucoup d’autres se battent depuis des années, c’est à dire un logo Nutritionnel coloré, facile à comprendre avant des emballages faciles à comprendre du premier coup d'œil pour tout le monde, quel que soit en gros l'âge, la classe sociale. On n’a pas besoin d’avoir un bac plus huit normalement pour lire un tableau Nutritionnel et surtout qu’il soit développé par des scientifiques de façon indépendante, sans aucun conflit d’intérêt avec l’industrie tout ça. Le Nutriscore coche les cases. C’est pour ça qu’on soutient le Nutriscore qui a été développé par notamment Serge Gerber et ses équipes
Nora Bouazzouni
Et c’est bien là dessus que du coup, c’est génial. Touvier qui a pris la relève.
Jacquemart Karine
Et c’est génial qu’ils viennent en parler parce que ce sont les scientifiques, donc pour le coup, qui n’ont pas de conflit d’intérêt et qui peuvent expliquer. Et le et l’algorithme est transparent et ils le font avec d’autres scientifiques évolués pour qu’ils soient plus, plus clairs et plus efficaces. Donc c’est génial. Et ce qui s’est passé au niveau repère, parce qu’il faut replacer le rôle de l’industrie dans tout ça. Ce qui s’est passé, c’est qu'à l'époque on n’existait pas en France, mais il y avait déjà les copains de Foodwatch en Allemagne et d’autres associations européennes. En 2010 a été débattue une réglementation européenne qui s’appelle INCO. C’est en fait l’information. Pour les consommateurs sur les emballages des produits alimentaires et a été débattue ce que Foodwatch défendait, qui était la possibilité de rendre obligatoire. A l'époque, le ce n'était pas le Nutriscore, il y avait un feu tricolore qui venait d’Angleterre. Bref, un autre système mais qui répondait aux mêmes critères, le Nutriscore étant mieux depuis. Et donc a été débattue au Parlement européen la possibilité d’un logo Nutritionnel obligatoire. Qu’est ce qui s’est passé ? Et ça a été documenté. La source est sur notre site internet. Ça a été documenté par une ONG indépendante à Bruxelles. Si pour ne pas les citer, qui regardent des lobbys. 1 milliard d’euros a été dépensé par le lobby de l’industrie agroalimentaire pour bloquer cette mesure, pour s’assurer que dans cette réglementation ne soit pas rendu obligatoire, un logo Nutritionnel qui. Ben oui, ça serait vraiment dommage, qui informait tout le monde de la qualité Nutritionnelle des produits. Encore une fois, l’impact et la responsabilité sur la santé. Merci à l’industrie agroalimentaire. Donc depuis, comme ce n’est pas comme ça a été rejeté à quelques voix près dans cette réglementation, ça ne peut pas être rendu obligatoire par un État membre. Et donc on continue à se battre pour que ça soit de nouveau adopté au niveau européen et on finira par gagner, même si là aussi, c’est un peu fastidieux. L’Italie bloque, on ne va pas rentrer dans les.
Nora Bouazzouni
Détails, les faits qui bloquent principalement.
Jacquemart Karine
Qu’on a par ailleurs, qu’on a par ailleurs attaqué en justice pour le scandale sur les canards. Il y a des vitamines. Et donc, qu’est ce qui s’est passé ? Non content d’avoir bloqué à cette décision européenne contre la France et là, bravo d’avoir fait ça. Du coup, suite au en soutenant les scientifiques Romain et son équipe quand ils ont adopté il y a plusieurs années le Nutri score, ils ne pouvaient pas le rendre obligatoire mais ils l’ont et l’ont adoubé en disant Bien, nous Etats, autorités publiques de santé, on veut que ce soit à ce système là. Et à l'époque, Danone, pour le coup, a été une des premières entreprises à dire Bon, nous on a un gros quand même, on fait partie du CAC40, on n’est pas trop d’accord avec ça, ce n’est pas celui qu’on préfère. Moi, ils me l’ont dit à l'époque, la secrétaire générale qui n’y est plus mais à l'époque m’a dit bon, ce n’est pas celui qu’on préfère, mais on s’est dit on est un gros, on va jouer le jeu, ok ? Qu’est ce qu’ils font maintenant ? Plus de tout ça. Entre temps, qu’est ce qui s’est passé ? On avait ce qu’on appelait les Big six, les grossistes. Donc on avait Nestlé, mon Delhaize, Unilever, les géants de l’industrie agroalimentaire, nos amis Coca, Pepsi et Mars. Qu’est ce qu’ils ont fait Quand tout d’un coup, ils ont vu que la France a proposé un logo, ils ont dit Waouh, il faut qu’on fasse un écran de fumée. Donc ils se sont dit : Ah au fait, nous en fait, on a changé d’avis. Enfin, on veut bien un logo, il n’y a pas de problème, on veut bien un logo, mais pas celui là. Et donc ils ont fait, ils ont fait un contre feu. Déjà en proposant, on a cédé, on a passé des mois à documenter, là encore à faire des bras de fer, etc. Donc au début, Nestlé compagnie, ils voulaient nous enfumer avec un logo qui n'était pas du tout sur les mêmes quantités, parce que là ça compare et vraiment des produits par Sandra, etc. Donc encore une fois, c’est scientifique, c’est clair. Eux ils commencent à nous enfumer en disant non, il faut faire par portions un truc. Alors un c’est l’industrie qu’ils proposaient. Les scientifiques disaient que c’est une information qui amène les quantités totalement là encore à Miss Leading pour l’anglais, mais en tout cas qui désinforment les gens. Donc il a fallu qu’on fusionne. Il a fallu qu’on documente, il a fallu qu’on dénonce, il a fallu qu’on fasse du bruit. Il a fallu que franchement, le directeur marketing de l'époque, j’ai dû plusieurs fois au téléphone en disant Mais vous ne pouvez pas faire ça quoi. Donc Nestlé a fini par s’engager et d’autres se sont se sont engagés, mais après un bras de fer. Et là il y a un changement d’algorithme parce que justement ils continuent à s’améliorer, à être plus précis. Et quand ça les arrange pas à Danone, tout d’un coup ils disent attendez la sur nous, yaourt à boire tout d’un coup.
Nora Bouazzouni
En fait, pour les enfants aussi.
Jacquemart Karine
En fait, ils étaient dans la catégorie nourriture et là ils ont été classés par les scientifiques dans la catégorie liquide boisson. Donc de facto ça a changé de sens, mais parce que ce sont des yaourts à voir très sucrés. Et donc on a jamais dit à personne si c’est des ne les buvez pas, ne les mangez pas. On a jamais dit ça, on a juste dit bah équilibrer un peu et c’est quand même intéressant de savoir ce qu’il y a, ce qui est bien et de comparer. Et donc la Danone qui quand même a un poids majeur sur le marché, envoie un signal de dire alors nous, la santé, c’est à la carte, là, sur cette marque là, ça ne nous arrange pas. Donc on va l’arrêter, mais on va le garder là où les notes nous arrangent bien, et surtout, vu le poids qu’ils ont sur le marché. En gros, ils sont en train de siffler l’appel d’air à tous les autres industriels pour dire votre exemple, pour vous dire bah en fait vous faites comme vous voulez puisque ce n’est pas obligatoire en fait à la carte, mais ça ne va pas du tout en fait. Donc là encore, la responsabilité qu’ils ont, ils la foutent sous le tapis et du coup ils ne font pas du tout ce qu’il faut et au contraire, ben moi je dis ils vont continuer à être responsables des maladies qui sont induites notamment par l’alimentation. Il n’y a pas que l’alimentation, mais on sait que c’est une grande cause et des coûts cachés et ce n’est pas possible de ne pas les rendre redevables de ça. Voilà, donc on ne peut pas laisser passer.
Nora Bouazzouni
Justement, vous avez lancé une campagne, vous lancez souvent un appel citoyen. C’est un contre pouvoir citoyen. Vous avez des centaines de milliers de membres, des gens abonnés, newsletter, vous lancez des pétitions, lancez aussi des campagnes qu’on peut relayer. Moi je voulais savoir est ce que ça. Beaucoup de gens disent Mais signer une pétition ? Est ce que ça vaut vraiment le coup ou est ce que ça sert à quelque chose ? Vos modes d’action, c’est quoi ? C’est les campagnes, les pétitions, interpeller les élus, le gouvernement, les industriels. Est ce que ça, ça marche ? Ça marche apparemment, hein ? On en parlait tout à l’heure, mais ça fonctionne vraiment. Est ce que nous, quand on signe une pétition, on se dit Bon, bah. Alors ça marchait quoi en fait ? On a, nous, citoyens citoyennes, en adhérant. Et je rappelle qu’on peut adhérer à Foodwatch aussi. C’est comme ça aussi que vous avez votre argent.
Jacquemart Karine
Ben oui, oui, Rejoignez et rejoignez la communauté parce que je le dis pas assez. Donc rejoignez la communauté des donateurs.
Nora Bouazzouni
Mais faites un don
Jacquemart Karine
c’est ça qui vous donne les moyens d’y adhérer et de rester indépendant surtout. C’est ça de garantir notre indépendance.
Nora Bouazzouni
Donc est ce que c’est nous qui avons ce poids là, citoyens citoyennes, quand on signe, on paye. En fait.
Jacquemart Karine
C’est absolument en fait, en fait, c’est une composante déjà on réussit et on réussit. Enfin, oui, on a des victoires et je suis ravi. Mais il y a des il y a des. Il y a des combats qui sont fastidieux. Je suis convaincu que quand on va y arriver et que de toute façon on a la responsabilité d’essayer de faire le maximum pour eux, pour le faire, de tenir tête. Comme je dis souvent, on ne va pas laisser faire sans rien dire. Mais l’honnêteté veut dire aussi que c’est fastidieux, ça prend du temps et c’est aussi pour ça qu’on a besoin d’une visibilité et d’actions dans la durée et de ne jamais lâcher les nitrites. On va y arriver. Enfin tout. Je suis sûr qu’on va y arriver. Mais ça, ça prend du temps et ça prend du temps parce qu’en face on a des lobbies qui sont très rodés sur des tactiques pour justement gagner du temps pour nous faire peur, pour défendre un peu leurs intérêts privés. Maintenant, c’est une c’est une combinaison de choses. Déjà, c’est ce que je disais tout à l’heure, c’est qu' il s’agit de militer et d’engager des combats qui sont justes juste parce que c’est des droits fondamentaux de base. Donc on ne demande pas la lune juste parce qu’ils sont documentés, précis, avec encore une fois des références scientifiques, des choses factuelles, des experts derrière, juste parce que la façon dont on les demande, comme je disais tout à l’heure en accompagnant les agriculteurs agricultrices pour sortir des pesticides, donc ils sont justes. Et donc quand on est ensuite publiquement les yeux dans les yeux, on met quand même un coup de projecteur face aux responsables politiques ou aux responsables industriels sur un plateau télé par exemple, qu’on les regarde droit dans les yeux et quand on fait. Priver les gens de l’accès à une alimentation parce que vous sur-marger sur les produits sans, ça n’est pas acceptable. Et donc on veut de la transparence sur les marges et un encadrement de ses marges. Je me suis retrouvé face à du coup le président de l’industrie agroalimentaire entre autres, et puis Bruno Le Maire et un président.
Nora Bouazzouni
De chez Marie Drucker sur France deux il y a quelques mois. C’est ça ?
Jacquemart Karine
Ouais. Au moment où justement on a sorti notre action pour dénoncer les profiteurs de l’inflation et donc il y avait Bruno Lemaire.
Nora Bouazzouni
Du coup, silence, l'émission est encore en ligne. Franchement, je vous recommande. Alors ça arrive rarement je trouve. Juste pour dire ça parce que ça arrive rarement d’avoir un discours différent et d’avoir quelqu’un comme toi sur le plateau face à. D’ailleurs, c'était que des hommes industriels et ministres et de leur mettre le nez dedans. Franchement, si vous avez l’occasion, c’est un moment de télé qui reste à ça. Et c'était assez croustillant, fondant.
Jacquemart Karine
Je crois. Je crois que je crois que l'émission en tant que telle n’est plus regardée sur France Télévisions, mais en tout cas sur le compte Instagram ou peut être le YouTube de footage, il y avait quelques extraits. Bref, toujours est il que l’idée c’est. Je vais le reformuler différemment. Je suis convaincu que les plus gros problèmes, les plus gros ennemis, sont l’opacité et l’impunité. Pourquoi Je cite ces mots là ? Parce que tant qu’ils peuvent jouer, encore une fois pas vu, pas pris. Donc tant qu’ils peuvent faire des choses, des pratiques abusives, des scandales alimentaires et que finalement ça ne leur retombe pas dessus, ils continuent. Donc quand on peut nous mettre un coup de projecteur grâce à nos enquêtes, grâce au fait de pouvoir aller expliquer sur des plateaux, à plus forte raison. Moi ce que j’ai adoré là, c'était les avoir en face. Et au lieu de les regarder et de m'énerver, aller voir passer de plateau télé et se renvoyer la balle. Je ne profite pas de l’inflation, c’est l’autre et surtout moi. Voilà, moi je ne fais rien. Là je les avais en face. Et donc quand on met un coup de projecteur sur leur responsabilité, quand qu’on en est. Mais alors du coup, en gros, profiter, créer de la précarité de toutes pièces. Va falloir arrêter quoi. Et là, en l’occurrence, quand je leur disais mais sur les sur les marges, nous on veut déjà de la transparence, pas non plus demander la lune et arrêter de sur marger. Et quand ils disent mais non on ne profite pas on ne marche pas très bien, vous êtes d’accord avec moi ? Alors vous êtes d’accord ? Vous serez d’accord avec moi pour qu’on demande à l’Etat et l’observatoire de la formation des prix et des marges de la transparence. Et donc non mais on ne profite pas sur les marges des très improuvables. Et alors là. Parce qu’en fait, ils ne peuvent pas dire publiquement oui, je vais continuer. Le gouvernement ne peut pas dire publiquement ben oui, je vais continuer à m’opposer à l’interdiction des nitrites parce que je m’en fous de la santé publique et je préfère privilégier le lobby de la charcuterie. Oui, je vais m’opposer à l’interdiction du marketing qui cible les enfants parce que la santé publique n’est toujours pas une priorité pour moi. Ils ne peuvent pas le dire publiquement. Donc soit ils sont de bonne foi et quelque part ça va les aider. Qu’on les mette au pied du mur, qu’ils le fassent, soit ils sont de mauvaise foi et du coup on les oblige en fait à sortir, à sortir du bois et et à dire mais en fait, vous faites quoi par rapport à ça ? Et dans ce rapport de force, la mobilisation citoyenne est essentielle. Parce que moi, quand je vais dans un rendez vous, dans un ministère, ce n’est pas à Karine Jacquemart, c’est je représente. Et ils regardent combien on a d’abonnés à la newsletter sur le site parce qu’on écrit et ils regardent en fait, combien de citoyens, de citoyennes on pèse quand on va dans un rendez vous politique. Quand ? Quand ? Une pétition est signée par plusieurs dizaines de milliers de personnes, plusieurs centaines de milliers de personnes. Moi, on me l’a dit dans les ministères, on m’a dit Je me rappelle la sur l’industrie abandonnée, on était à plus 300 000 on a encore largement augmenté. On m’a dit oui, enfin une pétition a plus de 300 000. Je ne vous cache pas que ça fait du bruit quand ils ne peuvent pas faire comme s’ils n’avaient pas vu. Ça ne veut pas dire qu’on a gagné tout de suite, ça veut dire que le sujet il est là quand ils ne pourront pas le mettre sous le tapis et que du coup ça pèse dans le rapport de force et qu’on a besoin de ça. Donc il faut le faire. C’est nécessaire mais pas suffisant. Signer une pétition, ça n’est jamais suffisant pour gagner une victoire, mais en revanche, c’est nécessaire. Nécessaire, mais pas suffisant. Continuez à nous donner un peu la force et c’est comme ça qu’on y arrivera.
Nora Bouazzouni
Alors on va parler de l'éléphant au milieu de la pièce de cette semaine incroyable. Les eaux Nestlé, l’eau, Nestlé, Nestlé et l’eau. Ma question, elle va être un peu plus large d’abord et après tu vas pouvoir nous raconter tout ça. Je parlais justement du poids qu’on peut avoir, du poids qu’on a en tant que citoyen citoyenne, du contre pouvoir qu’est Foodwatch et d’autres organisations aussi. On a quand même l’impression, quand on suit les nombreux scandales alimentaires des dernières années, que ce soit de la viande de cheval finisse même la crise de la vache folle. D’ailleurs, qui a été le déclencheur de la création de Foodwatch en Allemagne il y a une vingtaine d’années. Donc quand on regarde même. Il suffit d’aller sur Wikipédia pour mon livre Manger des riches pour avoir un petit une petite chronologie des scandales alimentaires de certaines grosses boites comme Lactalis par exemple, ou comme Nestlé sur Wikipédia, c’est long. Enfin, c’est un roman en fait, on voit en 1981, en 2009. Bon bref. Donc quand on regarde la liste alimentaire de tous ces géants de l’agroalimentaire, le lait, Lactalis, etc. Unilever, mon Delhaize et tout, on a l’impression qu’ils sont inarrêtables. En fait, il n’y aura jamais vraiment de conséquences puisqu’en fait ils continuent. Il y a très peu de condamnations, il y a beaucoup d’amendes et justement on va parler de ça. Les scandales les plus récents Ferrero dont on parlait tout à l’heure, qui savaient depuis 2021 qu’il y avait des salmonelles dans une de leurs usines, il y a eu une centaine de cas de personnes contaminées les pizzas Buitoni qui appartient à Nestlé, qui a une marque Nestlé infectée à la bactérie E. coli, qui a tué deux enfants, deux enfants en France d’ailleurs. Des gens qui ont responsabilisés les parents en disant on ne donne pas de la pizza à des enfants en bas âge, alors là, c'était quand même la cerise sur le gâteau à la merde. Si je peux me permettre ce langage. Et récemment, on a donc Nestlé. Tu vas nous raconter ce que c’est que ce scandale des œufs pour les gens qui n’ont pas suivi. Et Nestlé vient d'échapper. Pour le moment ou j’aime ce petit teasing. Oh c’est quoi ça ? A deux procès, il y a un procès pour forages illégaux. Mais si je me trompe et un procès pour tromperie, le procès pour tromperie ? C’est vous qui êtes à la base de cette plainte. Ils ont payé plusieurs millions d’euros dont tu vas nous raconter tout ça. Qu’est ce que ça dit de la justice et de l’impunité et de l’omerta autour de ces géants de l’industrie ? Déjà, est ce que tu peux nous rappeler ce scandale des Eaux et Nestlé ?
Jacquemart Karine
Oui, je vais même mettre en perspective un peu plus large si tu veux bien. Je te remercie. Parce qu’on est en fait Foodwatch. On est européen et il y a une raison pour ça que je n’ai pas encore mentionné, c’est que 80 90 % de la réglementation sur l’alimentation se fait à l'échelle européenne, ce qui est plutôt une bonne nouvelle parce que, autant qu’il y ait les mêmes règles du jeu et pour les entreprises et pour les citoyens citoyennes de tous les pays européens. Et donc il y a une réglementation très forte en Europe suite au scandale de la vache folle au début des années des années 2008 a quand même fait des morts. C’est là que l’ancien directeur international de Greenpeace s’est dit mais il y a pas d’organisations de la société civile 100 % indépendante comme Greenpeace, mais sur l’alimentation. Donc il a créé Foodwatch. Et aussi, c’est là que la Commission européenne, les Européens, ont mis en place des réglementations très fortes à partir de 2002 qui, sur le papier, protègent assez l’alimentation. Encore une fois, on a interdiction de commercialiser des produits potentiellement dangereux pour la santé à court terme qui précise bien à moyen terme. Donc les risques de cancers etc. sont normalement pris en compte. Et beaucoup de choses aussi sur les contrôles et après la responsabilité des contrôles dans les usines, etc. On en revient aux États membres. Et là, Foodwatch dénonce depuis des années, encore une fois, à force de doux, on a documenté tout ça, etc. Les scandales à répétition et à chaque fois on dit bonne nouvelle, c’est totalement évitable. Il suffirait de renforcer les contrôles et les contrôles de l'État parce que ce qu’il faut et déjà expliquer aux gens, c’est que ce il y a un système d’autocontrôle dans les entreprises. Et toujours dans cette notion de néolibéralisme, on responsabilise les entreprises volontaires. Ouais, c’est ok en fait, parce qu’on ne demande pas à ce qu’il y ait un fonctionnaire de la répression des fraudes dans chaque usine, chaque jour. Et donc bien sûr que l’entreprise, c’est important, qu’elle ait même son système d’autocontrôle avec l’obligation de remonter l’information justement en cas de doute, encore faut-il qu’il le fasse, etc. Mais à aucun moment ça devrait remplacer les contrôles de l’autorité publique qui doivent rester indépendants et qui doivent contrôler ces choses là. Donc il faut. Or, les moyens n’arrêtent pas de réduire. Je vous passe les chiffres, on les a mis dans nos communiqués de presse. Donc les moyens donnés aux contrôleurs.
Nora Bouazzouni
Inspection du travail, répression des fraudes.
Jacquemart Karine
Répression des fraudes et maintenant ministère de l’alimentation, parce qu’en plus là, ils ont réorganisé les choses, ce qui rajoute de la confusion pour tout dire. Mais voilà donc un. Il faudrait que l’Etat, encore une fois, joue son rôle avec assez de moyens pour contrôler de façon indépendante les entreprises, ce qui n’est pas suffisamment le cas. Deux Il faudrait qu’il y ait des sanctions dissuasives pour que dans le pas vu pas pris, on se dise si je suis pris, ça va quand même être compliqué parce que je vais avoir des sanctions dissuasives, pénales et donc ça va faire que les entreprises feraient un peu moins n’importe quoi. Encore une fois, je ne dis pas qu’elles font toutes n’importe quoi, je dis juste que les trous dans la raquette nous exposent à des risques qui seraient totalement évitables et notamment de la part des géants donc. Et puis trois, ça manque cruellement de transparence. Et d’ailleurs on a plusieurs pétitions sur les scandales alimentaires pour demander de la transparence. On a pas arrêté et on va continuer de demander aux autorités de publier les rapports de leurs contrôles pour que ce soit un peu plus transparent opacité, impunité, lutter contre ça. D’ailleurs, l'équipe me disait qui avait dit il y a plus de 100 000 personnes qui ont signé nos différentes pétitions sur la question de la transparence, sur les scandales alimentaires et au passage, Ingrid, qui est directrice de l’information dans l'équipe de Foodwatch et directrice des investigations, a mené une grande enquête sur les fraudes alimentaires et d’ailleurs qu’on a qu’on a publié sous la forme d’un livre qui s’appelle Manger du faux pour de vrai. Voilà, donc tout ça est documenté et ça fait qu’en fait on suit régulièrement les différents scandales. Malheureusement, il y en a eu quelques uns et comme on a en plus l’agrément Foodwatch a l’agrément en tant qu’association nationale de défense des consommateurs et des consommatrices, ça nous permet donc zéro subvention ne demandera jamais, mais ça nous permet de pouvoir acter en justice, d'être légitime à agir en justice. Donc on a attaqué Lactalis dans le scandale des laits contaminés à la salmonelle. En 2018, on a attaqué Nestlé dans le scandale des pizzas Brittany en 2022 et au même moment, on a attaqué Ferrero au moment du scandale des Quinze. Et là, au début de l’année 2024, on a déposé une plainte ciblant Nestlé Waters et socialement pour le scandale des eaux minérales filtrées illégalement. Alors en fait, c’est quoi ?
Nora Bouazzouni
Qu’est ce que c’est que cette histoire ?
Jacquemart Karine
Donc en fait, c’est quoi ? C’est que les eaux minérales, là aussi, ça répond en fait à un cahier des charges. On peut appeler eaux minérales qui sont quand même les eaux qui vont chercher dans les nappes d’eau profondes. Je vous passe la captation des eaux. Est ce que ce sont des biens communs ou pas ? Bref.
Nora Bouazzouni
Le vide juridique.
Jacquemart Karine
En tout cas. En tout cas, sur la partie droits consommation, il y a une définition très précise de ce qu’on peut appeler des eaux minérales ou pas, et en l’occurrence, elles sont censées être minérales et pures, et on n’est pas censé les filtrer. Et qu’est ce qui s’est passé ?
Nora Bouazzouni
Manifestement, c’est une législation au niveau national, européen et européen.
Jacquemart Karine
Et qu’est ce qui s’est passé ? En fait, il y a le Cellule d’investigation du Monde et de Radio-France qui ont révélé des informations prouvant en fait que les deux entreprises se sont adonnées à des filtrages illégaux de ces eaux minérales. Donc, en fait, qu’est ce qui aurait dû se passer d’après la réglementation européenne ? Alors à un moment, si une entreprise, donc Nestlé Waters Source, détecte un risque de contamination ou une contamination. Et là en l’occurrence, après qu’il y a eu des informations qui sont sorties, on parle de contamination potentielle E. coli. Donc ça c’est quand même les je ne sais pas comment on dit, mais c’est qui vient qui peut venir de la merde d’animaux par exemple. Mais on parlait aussi et c’est intéressant, résidus de pesticides, puis les polluants internet. Donc déjà je fais un pas de côté, je fais une pause. On est en train de dire que les nappes phréatiques profondes, souterraines, dans lesquelles ils puisent de l’eau censée être minérale et pure, sont contaminées par des résidus de pesticides d'épiphanies. Donc ça veut dire que cette industrie agroalimentaire, en gros, le système est responsable déjà de la contamination de ses eaux. Ils puisent les eaux. Manifestement, ils se rendent compte qu’il y a des contaminations ou au moins un risque de contamination. Et là, qu’est ce qu’il aurait dû faire ? Ils auraient dû tout de suite mettre en suspension la production, alerter les autorités, informer les consommateurs, les consommatrices et même, dans des cas importants, rappeler les produits, c’est à dire informer les gens qui avaient acheté ces bouteilles et leur dire il y a un risque, vous ramenez qu’est ce qui s’est passé ? Ils n’ont pas fait ça, Ils ont des contaminés potentiellement contaminés. Alors ce qu’on va faire, c’est qu’on va poser des filtres illégaux, un super la fuite en avant et on a en plus a appris que manifestement, il y a des gens au gouvernement qui ont été finalement mis au courant parce que Nestlé a fini par comprendre que ça allait sortir et qui ont un peu regardé ailleurs. Donc on a demandé du coup à la justice, on a porté plainte pour que la justice fasse la lumière là-dessus. En tout cas, une.
Nora Bouazzouni
Question d’où c’est intéressant aussi. Alors déjà, quelqu’un demande d’abord quelles sont les suites données aux plaintes que tu as cité, et je soutiens la question suivante. Mais je fais une parenthèse tout ça intéressant. Donc c’est quoi les suites données aux plaintes que tu as cité ? Ferrero, Nestlé déjà pour Buitoni ?
Jacquemart Karine
Alors c’est une très bonne question. C’est en cours, mais ça prend et ça prend beaucoup de temps, alors je ne sais pas s' il faut en tirer. Je n’en tire aucune conclusion. Simplement on ne lâche pas, on suit. Et il y a évidemment aussi dans ce travail de la justice. Nous, il y a un double objectif, je dirais. Quand on fait ça, le premier objectif, c’est déjà d’envoyer le message dès le début, de dire Mais en fait on vous observe, on va plus vous laisser faire. Donc on va dire que c’est un peu l’impunité en disant mais c’est fini en fait de faire les trucs dans votre coin et puis il se passe rien et après je laisse la justice faire son travail, mais ce serait rassurant pour les gens qu’elle aille un peu plus vite et qu’on arrive, je l’espère de tout cœur à des sanctions dissuasives. Malheureusement, le cas des eaux, du coup, n’est pas exactement ce à quoi on s’attendait.
Nora Bouazzouni
Pas juste comme ça. Je veux juste poser une deuxième question comme ça je fais participer aussi les gens qui sont là et merci. Vous êtes nombreux, nombreux.
Jacquemart Karine
Oui, Merci à toutes et tous
Nora Bouazzouni
Et donc Paolo, tu as ta réponse. Et deuxième question contrôle de la puissance publique nous demande l'État n’est il pas encore présent uniquement pour amortir la responsabilité d’un éventuel accident agroalimentaire ?
Jacquemart Karine
Mais en fait, quand il y a un risque pour la santé, là c’est là c’est l’eau, c’est la responsabilité, c’est la responsabilité de l’Etat de prévenir et de protéger la santé des citoyens et des citoyennes. Donc. Donc, donc voilà. Donc non, ce n’est pas juste ça. Et d’ailleurs du coup, Foodwatch a prévenu quand même, s’est inquiété avec ce scandale des eaux minérales parce que certes été sorti en France, donc on s’en est, on s’en est emparé.
Nora Bouazzouni
Enfin voilà, j’allais te demander en fait si ça arrive en France là.
Jacquemart Karine
Du coup c’est des bouteilles et des produits qui sont vendus dans plein d’autres pays, y compris y compris à travers l’Europe. Et donc on sait et normalement il y a des IAD, il y a des mécanismes de coordination européen qui font que quand il y a, quand il y a un Etat qui détecte un problème ou un risque sanitaire, il y a un mécanisme d’alerte, ils sont obligés d’informer les autres, les autres états, etc. Et donc on a vérifié, voilà, l'équipe a vérifié et a contacté la Commission européenne. Qu’est ce qui a été dit, qu’est ce qui a été fait, etc. Et en fait, même les consommateurs n’ont pas été informés, la Commission européenne non plus. Du coup, la Commission européenne a fait un audit de ce qui se passe en France sur ces contrôles et le manque de contrôles, etc. Et en juillet a été publiée la conclusion de cet audit qui n’est pas bon du tout et on a publié Allez voir sur le site internet dans la faire dans la rubrique presse, vous verrez les communiqués de presse où on raconte tout ça. Et à chaque fois il y a les sources et qui n’est pas bon du tout. Et quelque part, ben oui, ce n’est pas une surprise qui dit non.
Nora Bouazzouni
En fait, vous êtes l’Etat français, vous êtes mal organisé, mal équipé, pas assez de moyens pour assurer ces contrôles, y a sûrement des dysfonctionnements de l'état et du coup ?
Jacquemart Karine
Et du coup c’est ce qu’on disait aussi, nous on pareil on ne demande pas la lune, on dit juste "l'état fait ton boulot, on fait le boulot de protéger les citoyens, les soins, la santé.
Nora Bouazzouni
Et donc sur ces eaux. Donc je disais que Nestlé, là, il y a eu une décision qui est sortie, ils ont payé une amende. Alors, en fait, on poursuit, Mais est ce que tu peux nous expliquer précisément
Jacquemart Karine
Mais en fait on a appris, et moi je ne connaissais pas ce processus qui manifestement est relativement récent. Alors je regarde parce qu’il est tellement. Je ne l’aime pas, j’avoue. Du coup je ne me sens pas gênée pour être sélective ? Jézabel une c’est GIP, donc une convention judiciaire d’intérêt public. Donc on a appris, je peux en parler maintenant, Il y avait le secret de l’instruction, mais là maintenant, on peut, on peut, on peut en parler. On a aussi communiqué dessus. On a appris en fait que le parquet en a marre.
Nora Bouazzouni
Voilà, je pense que c’est vrai qu’on a loupé cet épisode là.
Jacquemart Karine
Donc on a porté plainte. Je crois que c'était en février et pardon, je n’ai plus la date, mais au début de l’année, quand le scandale est apparu, donc on a porté plainte, on a porté tromperie, on a porté plainte au parquet de Paris, on a porté plainte pour neuf infractions. Effectivement, au nom du code de la santé et du code de la consommation, et notamment pour tromperie. Donc, il n’y avait pas d’aspects environnementaux. Et du coup, on a appris d’une part que le parquet de Paris a renvoyé le dossier vers le parquet d’Épinal, là où il y a les forages concernés, etc. Bon, ça m’embête parce qu' on n’a pas de chance, mais en fait ça m’embête parce que nous, ce qu’on veut montrer dans tout ça, c’est casser le climat d’impunité. Donc c’est en fait systémique. La question ce n’est pas de régler le petit problème de cette source d’eau à l’endroit X ou Y. La question c’est d’adresser le rôle de l'État, le rôle de l’entreprise et que Nestlé, qui est quand même récidiviste et c’est la deuxième plainte que Foodwatch porte contre Nestlé, rendre des comptes et que ces responsabilités soient pointées du doigt et que ce soit dissuasif pour la suite. Pour tous les autres en fait.
Nora Bouazzouni
Bref, est ce que je rappelle que donc, pour les gens qui arrivent, on parle de contaminer les autres, d’accord, contaminer, filtrer. Et je rappelle, puisque je disais Épinal forages, que donc des Assos environnementales avaient porté plainte par ailleurs pour forages illégaux.
Jacquemart Karine
Donc il y a eu, il y a eu, il y avait, il y avait effectivement un cas, mais ça on l’a appris après. Mais du coup il y a, oui, Donc il y a des associations qui avaient porté plainte, mais pour quelque chose de totalement différent, qui était sur la base du code de l’environnement. Foodwatch a porté plainte sur la base du code de la santé et de la consommation pour effectivement tromperie. Et donc on apprend que le parquet d’Épinal en fait, prend la décision et manifestement on n’a pas le choix. Quoi ? Prend la décision de faire recours à cette GIP qui est donc une convention judiciaire d’intérêt public. Et alors, tout d’un coup, la question qu’il nous pose, à part notre avocat. Donc en fait, je me retrouve à avoir une discussion avec notre cabinet d’avocats qui dit, qui nous explique le truc et qui nous dit du coup on n’a pas le choix et est ce qui nous demande. L’idée c’est de faire un règlement en gros à l’amiable. L’entreprise reconnaît sa responsabilité et propose de payer des indemnités, mais il n’y aura pas vraiment de procès. Et donc à combien Foodwatch estime le préjudice ? Et moi, je suis tombé de ma chaise. Déjà, j’ai dit un Il est hors de question que Foodwatch reçoivent de l’argent de Nestlé. Ça n’est vraiment pas l’objectif. Deuxièmement, le magistrat.
Nora Bouazzouni
Un peu Robin des Bois quand même.
Jacquemart Karine
Non mais vraiment.
Nora Bouazzouni
Mais pour l’argent. Nestlé quoi !
Jacquemart Karine
Non mais surtout prend l’argent de Nestlé.
Jacquemart Karine
Ce qui veut dire qu’ils n’auront pas de procès, ce qui veut dire qui ne rendront pas de comptes. Donc en fait ce n’est pas possible. Donc non. Et ensuite le préjudice n’est. En aucun cas. Financière. C’est à dire que là, quand on a une entreprise comme Nestlé Waters qui manifestement découvre qu’il y a des contaminations, un risque de contamination dans ces eaux, et je rappelle quand même que ce n’est pas c’est pareil. En quoi c’est Perrier, Vittel et par Contrex San Pellegrino ? Socialement c’est Cristalline qui est bue par des millions de gens en France. Ce n’est pas en quoi. Donc quand on a tout d’un coup Nestlé Waters qui fait ça, des filtres illégaux parce qu’il découvre qu’il est contaminé et au lieu d’informer les gens, ils mettent ça sous le tapis et en plus ils font un truc illégal. Ben non, en fait, ce n’est pas une question de préjudice financier, c’est une question de climat, d’impunité qu’on veut casser. Et il est urgent que ce n’est pas parce qu’on s’appelle Nestlé qu’on est au-dessus des lois. Et il est urgent que la justice les confronte, pointe du doigt leur responsabilité et qu’ils puissent rendre des comptes. Donc finalement, ce qui s’est passé, on a quand même demandé, enfin on a écrit avec notre avocat, on a écrit au parquet d’Épinal et je sais, c’est pas contre eux. Du coup je sais pas, je n’ai pas du tout envie de me battre avec la justice, j’ai plutôt envie de compter sur la justice. Mais on a écrit au parquet d’Épinal en disant écoutez, apparemment cette procédure, en plus, elle est vouée plutôt aux infractions du code de l’environnement. Nous, on a un on a attaqué pour tromperie. Deux il est hors de question de considérer un préjudice financier seulement et trois il est encore plus hors de question que Foodwatch demande de l’argent de Nestlé. C’est pas le sujet et on en accepte pas ça, ça ne peut pas faire ça. Et malheureusement il y a deux jours. Du coup, le parquet d’Épinal a adopté cette mesure, donc. Donc voilà. Donc il n’y a pas de procès.
Nora Bouazzouni
. Donc, en fait, on a vu, parce que la décision a été rendue publique, Donc on a les Assos qui avaient porté plainte pour fourrages illégaux. Donc, là, l’autre partie de cette planète, procès qui n’aura pas lieu, ont reçu de l’argent en dédommagement de la part de Nestlé. Donc c’est chiffré, on a les chiffres, mais pour l’autre côté. Bon alors il y a ce que vous demandez, donc on a absolument à éviter un procès, mais quelqu’un demande ça les blanchit. Ils ne sont pas perdus puisqu’ils sont reconnus.
Jacquemart Karine
Ils ont dit que vous étiez du côté environnemental. Ce que dit les Assos aussi, c’est que pour ça acte quelque part c’est le cas aussi le principe pollueur-payeur. Donc là ils reconnaissent qu’ils ont déconné et ils paient. Mais maintenant ça ne peut pas être possible. Et puis pas sur le papier, pas sur tromperie. Et puis pas pour Foodwatch qui est 100 % indépendant et qui ne voudra pas de ça. Ça peut pas être possible en fait, pour une multinationale qui gagne en chiffre d’affaires en milliards de juste avoir de quoi faire n’importe quoi en provisionnement, là, une espèce de budget pour risque et puis voilà. Donc ils ne sont pas blanchis. Mais ce n’est pas les responsabilités qu’on veut qu’ils soient pointés du doigt et ce n’est pas suffisamment dissuasif. Donc après, il y a deux choses. Déjà, on a lancé la vraie on. Je vous invite à aller mettre la pression, on a fait, on a lancé une pétition avec, Du coup, on a une action d’interpellation sur le sujet sur le site. Donc il faut ce point. Fr Je le redis pour ceux qui nous rejoignent pour interpeller Nestlé et ils sont seulement là et leur dire déjà hein, mais vous, à quel moment déjà vous allez rendre des comptes ? Parce qu’en fait, ils n’ont toujours pas communiqué. On ne sait toujours pas sur quels produits ont été concernés, qu’est ce qu’ils ont trouvé comme contamination ou pas et qu’est ce qu’il en est aujourd’hui ? Moi j’en sais rien. Et les consommateurs, les consommatrices, encore moi. Les gens continuent à aller acheter des bouteilles d’eau minérale
Nora Bouazzouni
il n’y a pas eu, il n’y a pas eu de rappel et il y a zéro transparence sur où on en est aujourd’hui.
Jacquemart Karine
En fait de ces forages. Et les sources, elles sont plus contaminées ou elles sont encore contaminées, mais il y a toujours des filtres illégaux. En fait, que se passe-t-il ? On n’en sait rien.
Nora Bouazzouni
Pas très transparentes, non ? Et alors ?
Jacquemart Karine
Et alors ? Surtout. Du coup, forcément, ce genre d’entreprises a tendance à dire oui mais alors comme il y a une instruction en cours, on ne peut pas parler. C’est faux. J’ai vraiment vérifié avec les avocats. Je dis ils ont le droit de parler, ils n’ont pas le droit de parler, bien sûr, mais non seulement ils ont le droit, mais ils ont le devoir de rendre des comptes et de s’expliquer un peu publiquement sur qu’est ce qu’ils ont fait comme tests, où on en est et etc. Donc on a lancé cette interpellation pour dire déjà Nestlé, vous allez arrêter de vous cacher derrière votre petit doigt et de prendre les gens pour moins que rien et vous avez une explication à donner. Donc là, je veux vraiment qu’on soit des milliers à leur dire Vous avez une explication à donner ? Et après, sur les actes juridiques, déjà on a la plainte qui est toujours en cours dans l’affaire au DIT Donc ce n’est pas comme si Nestlé était totalement sorti d’affaire,.
Nora Bouazzouni
juste dire ça sur la plainte. Buitoni Il y a eu aussi un règlement à l’amiable avec les parents, les enfants qui sont morts.
Jacquemart Karine
Oui, mais pas avec Foodwatch.
Nora Bouazzouni
Donc la plainte est toujours en cours. A précisé aussi que justement il aurait pu y avoir un procès. Après chacun décide. Moi je ne suis pas là pour juger ce que les gens entendent. C’est tout à fait ça, vraiment. Les familles, elles font bien ce qu’elles veulent bien sûr, mais voilà, je précise aussi parce que justement il n’y a pas eu de procès, parce qu’ils ont réussi aussi à régler à l’amiable.
Jacquemart Karine
Mais la procédure est toujours en cours, la procédure n’est pas de votre côté. Là, voilà, la procédure est toujours en cours et la plainte de Foodwatch est toujours valable et active. Donc voilà. Et puis on va continuer à regarder sur ce que ce soit sur la lutte au niveau, sur les actes. De toute façon, on ne les lâchera pas et on utilisera tous les recours possibles. Mais aussi, et c’est là que vraiment j’en appelle à la communauté et à toutes et tous qui nous regardent et nous écoutent. Ouais, tu posais la question tout à l’heure. La mobilisation citoyenne, la. Montrons leur qu’en fait ce n’est pas OK, quoi que ce n’est pas acceptable et qu’ils ne peuvent pas se cacher derrière leur petit doigt. Faire des milliards, faire une petite provision l’air de rien et ne jamais expliquer ce qu’ils font et ce qu’ils ne font pas. En fait, ce n’est pas possible.
Nora Bouazzouni
Convoquons les Au Poste.
Jacquemart Karine
C’est une très bonne expression.
Nora Bouazzouni
On arrive à la fin. Il est 19 h 30. J’avais encore une ou deux questions à te poser. D’ailleurs il y a plusieurs personnes dans le tchat qui demandent ça serait quoi ? Donc il y a quelqu’un d’autre qui dit ça serait quoi du coup, les sanctions envisageables selon vous ? Des gens demandent aussi est ce que les dirigeants, à un moment donné, on ne les met pas devant le fait accompli, devant leur nullité ? C’est à dire qu’au niveau individuel aussi, qu’est ce qui pourrait, qu’est ce qui pourrait se passer justement sur un procès, comme si ce n’était pas payé ?
Jacquemart Karine
Et on parle en mode des alternatives vite fait.
Nora Bouazzouni
Et c’est pour ça, qu'à la fin, on parlera si ça marche.
Jacquemart Karine
Parce que voilà, je veux aussi qu’on ait de l’espoir et je regarde là où ça marche. C’est ce vers quoi, c’est vers quoi il faut sauver les épisodes. Mais en fait, en fait c’est les deux, c’est soyons pas naïfs, on documente, on enquête, on dénonce et on fait changer ce qui ne va pas. Et en même temps, il y a des il y a des il y a des belles choses qui se font et il faut les soutenir davantage et rééquilibrer, rééquilibrer ce système. Donc voilà des sanctions dissuasives. Il y a, il y a une loi, je crois que c’est la loi Hamon qui avait augmenté les sanctions. En théorie, Donc, ça peut aller jusqu'à 10 % du chiffre d’affaires. Mais faisons le en fait, c’est à dire qu’il faut qu’il y ait une sanction financière suffisamment grave pour l’entreprise pour que ce soit dissuasif, ce qui n’a pas été le cas jusqu'à maintenant, dans aucun des scandales qu’on connaît. Et puis, bien sûr, il y a aussi la responsabilité des dirigeants, qui doit être absolument engagée. Je rappelle que ce sont des plaintes au pénal.
Nora Bouazzouni
Est ce qu’on peut interdire la commercialisation ? Je ne sais pas. Je pensais à la réponse, par exemple sur les os. Est ce que là il aurait pu y avoir une décision de justice qui dise Vous avez toutes les marques que t’as cité là ?
Jacquemart Karine
Bah en fait on retire des rayons ces marques là et tant que vous n’avez pas prouvé que vos zones sont pas contaminées et qu’elles sont sur à la consommation, vous ne pouvez plus vendre dans l’absolu.
Nora Bouazzouni
Dans l’absolu, oui.
Jacquemart Karine
Et surtout l’Etat aussi peut le faire. Dans le cas du scandale Lactalis avec les laits infantiles contaminés avec des salmonelles en 2012 2018. En fait, Lactalis freinait des quatre fers pour retirer ces produits. Finalement, c’est au compte-gouttes. Il y avait le lot, le lot bidule et le lot truc. Et puis on découvrait qu’il y avait encore d’autres lots. Et finalement, l'État à l'époque avait vraiment finalement imposé de dire non mais là ça suffit ! On siffle la fin de la récré et on rappelle tous ces tous ces produits-là. Et même les distributeurs avaient mal fait les rappels. Enfin, c'était un scandale sur scandale et. Et la justice peut aussi bien sûr imposer des choses s’il y a des risques pour la santé. Là on parle plus de tromperie, on ne peut pas balayer du revers de la main les risques sanitaires contrairement à ce qui est dit. Parfois il y a des rapports qui montrent que ce n’est pas aussi simple. Mais en même temps, on ne peut pas non plus dire qu’il y a une contamination, donc on fait ça. Sauf que peut être qu’ils avaient des rapports avec de vraies contaminations. Les journalistes d’investigation quand même du Monde et de et de Radio-France avait quand même soulevé des éléments hyper intéressant de ce point de vue là. Et donc c’est ce que c’est, ce que c’est, ce que je disais tout à l’heure. Et c’est ce que Ingrid aussi qui est experte de la question rappelle à chaque fois. En fait, il aurait dû y avoir une suspension de production et en retrait et rappel de ces produits dès lors que l’entreprise avait détecté une contamination ou un risque de contamination.
Nora Bouazzouni
Non pas sur la chaîne de production.
Jacquemart Karine
Et donc au lieu de faire ça, d’informer les gens, il ne l’a pas fait..
Nora Bouazzouni
Je précise en Haut lieu, au lieu d’informer les gens. Et d’agir en conséquence, ce qui est par ailleurs ce qu’exige la réglementation européenne et qui est normale. Quoi ? Ils n’ont rien dit. Ils ont préféré faire une action illégale qui était de mettre ces filtres illégaux qu’ils ont caché, qu’ils ont. Donc en fait, ben oui, faites confiance. Non, en fait. Prouvez nous que non, en fait.
Nora Bouazzouni
Et la transparence, elle est comme nulle part.
Jacquemart Karine
Non. Et c’est pour ça que je parle de règne de la désinformation. Je préférerai avoir autre chose à dire, mais pour le moment c’est ça, et c’est pour ça qu’il faut le cacher. Et pour ça, il faut continuer à enquêter, à dénoncer, à pousser et à soutenir les alternatives.
Nora Bouazzouni
Et alors, quelles sont-elles ? Karine Jacquemart, DG de France Inter. Elle était belle la perche ou pas finie ? Pour finir sur une petite note un peu juste quelqu’un ou l’autre qui nous dit confiscation des biens des dirigeants et interdiction de gérer à vie. Et Jeanne de Brie dit nationalisation de Nestlé. J’aime beaucoup ce projet
Le gouvernement suisse va alors un peu rapidement, ce sont ces Suisses, mais donc rapidement on en parlera tout au long de cette année parce qu’on va faire une émission par mois. Donc il y aura plein, plein de thèmes abordés, on parlera de sécu sociale, de l’alimentation, on parlera de l’agriculture, on parlera de plein de choses.Je ne vais pas rentrer dans le détail juste pour dire qu’en fait ce système il n’est pas. C’est comme le capitalisme, on peut faire autrement, contrairement à ce qu’on nous fait croire. Donc qu’est ce qu’on pourrait faire autrement dans ce système de ce système alimentaire ? Ben déjà du coup, il faut changer les règles du jeu de ce système dominant, il va rester et on ne va pas supprimer tout d’un coup l’industrie agroalimentaire et les supermarchés. Très bien donc. En tout cas, il faut, il faut arrêter les pratiques abusives, avoir des réglementations qui limitent les dégâts aussi pour retirer les produits dangereux pour la santé. Tout ce qu’on peut craindre, contraindre absolument, donc tout ce qu’on a mentionné. Donc du coup, on doit continuer à travailler là-dessus et aussi ne pas garder un système où tout devrait passer par ce canal là non plus. Donc oui, le contraire des produits ultra transformés qui posent quand même question pour la santé, c’est des produits bruts et un autre, un autre canal que les supermarchés. C’est du coup plein d’initiatives et d’alternatives qui se développent au niveau local. Et quand on parle d’accès à une alimentation saine pour toutes et tous, bah déjà il y a une question d’argent. Donc commençons par remonter les minima sociaux pour que nous montions les salaires pour que, pour les citoyennes, les citoyens qui sont plus humbles, qui ont le plus de difficultés à un juste prix, qui rémunèrent quand même les producteurs, les productrices et puissent se le payer. Et que ce ne soit pas le discours de Michel-Edouard Leclerc et d’autres qui disent que les gens veulent des prix bas, non, en fait ils font comme ils peuvent. Mais du coup, si on leur donne un peu plus d’argent et que l’alimentation saine et à prix justes, c’est à dire pas trop parce qu’il y en a qui se goinfrent avec des sur marges et en même temps suffisamment pour rémunérer les producteurs et productrices qui puissent y accéder. Donc c’est quand même une équation qui ne paraît pas hors de portée, quoi. Donc ça, et puis et puis derrière les initiatives, donc, c’est que ce soient les épiceries sociale et solidaire, que ce soit les jardins partagés, que ce soient les initiatives, il y a des potagers dans les quartiers précaires, il y a un vrac qui fait des achats en groupements. Dans les quartiers précaires, il y a des initiatives de démocratie alimentaire pour que les gens retrouvent le choix de l’alimentation à laquelle ils accèdent
Nora Bouazzouni
De la pensée de pouvoir décider eux.
Jacquemart Karine
Et c’est exactement la démocratie alimentaire. On reparle aussi de créer un lien. C’est à dire on n’impose pas, on n’impose pas les trois produits ultra transformés décidés par l’industrie, on revient sur la démocratie alimentaire et l’accès à cette alimentation choisie et digne. Et par exemple, il y a. Il y a une trentaine d’expérimentations à travers la France de ce concept de sécurité sociale de l’alimentation qui est assez prometteur en tout cas. Et même les gens et le Collectif de sécurité sociale de l’alimentation disent voilà, on en est à l’expérimentation donc, mais n’empêche que c’est une expérimentation qui est géniale et voilà, il y a notamment la Caisse de l’alimentation de Montpellier qui est un super exemple.
Nora Bouazzouni
Et s’il y a eu un sujet sur une expérimentation, c’est ça. En Gironde, au 20h de France deux, il y a quelques jours, ça commence et commence à être connu.
Jacquemart Karine
Connu et c’est aussi pour ça que je veux en parlerEt les principes, c’est un principe d’universalité, c’est un principe où on met au pot commun et puis après.
Nora Bouazzouni
Du coup, la cotisation.
Jacquemart Karine
C’est comme la cellule sociale et du coup après chacune et chacun avec en plus un mélange de population, il y a des gens précaires et il y a des emplois précaires. Et puis ça fait aussi que ça crée du lien et que c’est une société où on se redécouvre, où on se respecte. Et en fait, c’est de façon démocratique que ce groupe décide les endroits qu’il conventionnés, c’est-à-dire les endroits dans lesquels ils vont pouvoir utiliser. Par exemple, je ne sais pas si c’est un chat avec une carte. En tout cas on a un montant par mois qu’on peut utiliser. Alors l’idéal ce serait 150 € par mois par personne selon les expérimentations. Il y arrive ou c’est d’autres montants, peu importe, mais en tout cas, il y a un truc collectif avec un montant par personne et ils décident ensemble où est ce qu’ils peuvent. Cet argent pour acheter leur alimentation. Ça peut être acheté à des producteurs directs, ça peut être dans une épicerie, ça peut être plein de choses, mais en tout cas c’est eux qui décident, c’est eux et elles.
Nora Bouazzouni
Comité citoyen. C’est ça que des gens concernés. Il y a des comités scientifiques, etc. Il y a un comité citoyen qui vote, qui décide, qui discute, qui se réunit pour que chacun, chacune expose les difficultés. Qu’est ce qui a marché là bas ? Qu’est ce qui ne marche pas ? Qu’est ce qu’on voudrait ? Ce n’est pas décidé par les gens d’en haut.
Jacquemart Karine
Ils sont tirés au sort. Nous, on n’est pas. On n’est pas enfermés dans un système individualiste, consumériste. On recrée du lien social, de la solidarité. Et il y en a, il y en a tellement besoin. Aujourd’hui, on recrée du lien social, on recrée de la démocratie, on recrée, on recrée aussi du lien, du lien local. Voilà. Et puis il y a aussi les AMAP, voilà, il y a plein d’initiatives et quand même cette évolution, effectivement, on a un peu vidé les villages de leur petit commerce parce qu’on a tout centralisé dans des centres commerciaux. On voit bien que c’est délétère et on voit bien que ça a cassé aussi pas mal de liens sociaux. Donc recréons et surtout recréons. Voilà ce que j’ai envie de vous dire à tous et toutes là, avec qui on partage ce moment. Et merci d'être là, de dire ben oui, il y a des choses qu’on peut faire. David contre Goliath, on y va parce qu’il n’y a pas le choix, donc il faut le faire. Mais surtout, on peut individuellement, collectivement, recréer des trucs. Soyons créatifs, redonnons nous de l’espoir et c’est à nous toutes et tous de développer ces alternatives. Donc ce n’est pas non plus des trucs qui viennent justement d’en haut. On peut se réapproprier, on a plus de pouvoirs qu’on ne croit, on a certainement plus de créativité qu’il ne pense.
Nora Bouazzouni
Tu as raison, c’est beau ce que tu dis. Finir en ces temps de grand silence qui dit merci. Je me sens rassuré qu’il y ait des gens assez déterre et courageux pour s’en prendre à ces Goliath de l’industrie. Et signe toi qui dit qui propose une loi Evin pour empêcher la pub pour la malbouffe.
Jacquemart Karine
Eh bien c’est carrément ce qu’on propose. Est ce qu’on sait ce qu’on a, ce pour quoi on se bat depuis des années ? Ouais, ouais, carrément.
Nora Bouazzouni
Et bien je crois qu’on va en finir là. Merci beaucoup Karine Jacquemin, Je rappelle que tu es la DG.
Jacquemart Karine
Merci à toi. Avec plaisir.
Nora Bouazzouni
Vous pouvez aller vous inscrire sur la newsletter de Foodwatch, lire Food Watch, relayer Foodwatch, donner à gauche, adhérer à Food Watch. C’est indépendant, ne dépend pas des subventions, de la tutelle de qui que ce soit d’autre que les gens qui donnent comme Au Poste
Jacquemart Karine
Merci tout le monde !
Nora Bouazzouni
Là, je suis hyper contente d’avoir fait ça. Merci vraiment de vos encouragements, c’est hyper plaisir ! Je suis très fière que cette émission existe. Merci à David de m’avoir proposé de la faire. Je suis très contente, je suis super excitée mais voilà, tout va bien
Jacquemart Karine
Merci de ton invitation.
Nora Bouazzouni
Merci beaucoup Karine. Merci pour les combats de Foodwatch. Longue vie et belle lutte à tous et toutes et bonne soirée, à bientôt.

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