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L’éco-terrorisme n’existe pas

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

Sylvain Lapoix
Vendredi 17 février dernier, la personne que nous attendons donc avait été convoquée devant le tribunal judiciaire de Niort pour une poursuite en diffamation intentée par le colonel Ludovic Vestieux pour un tag réalisé devant la gendarmerie de Melle le 1er mai 2023 qui succédait à la manifestation dite « Tentative de l'État » qui a été annoncée à la fin de l’année. Le président s’adresse ainsi à la partie civile, Monsieur Vestieux. Vous écoutez ces termes. Est-ce que ces images ne pouvaient pas vous préparer à la suite ? Il y a des compensations, des suites ? Avez-vous été affecté au fond de vous-même, car derrière le gendarme, il y a un homme ? Pour me demander où est-ce que nous avons commis une erreur pour en arriver là, oui effectivement, tous les jours. J’ai été hanté par le souvenir de ces blessés. J’ai par ailleurs été heureux de savoir qu’il était sorti du coma. Ce tag, c’est une attaque frontale. Je l’ai mal vécu pendant pas mal de temps. Il a nourri en moi le doute. Il m’a obsédé. En me demandant par ailleurs ce qui pourrait être la conséquence ultime. Est-ce que quelqu’un ne viendrait pas se venger ? Et par ce tag, Monsieur Le Guet me pose une cible dans le dos. Il s’agit ici de la retranscription fidèle d’un vrai procès qui s’est tenu il y a une semaine au tribunal judiciaire de Niort, qui était le 5e, le 6e ayant eu lieu le lundi suivant, intenté à un ou une activiste anti-bassine depuis le 1er janvier 2025. La répression dont a fait preuve la manifestation de Sainte-Soline, la première, puis la deuxième, beaucoup plus médiatisée, a rendu extrêmement populaire, presque d’un usage proverbial, le terme d'« éco-terrorisme ». Un terme qui en fait n’est pas si neuf que ça, on va y revenir, mais un terme qui pose un nouveau cadre sur toute forme d’expression, toute forme de mobilisation des activistes dans la défense du vivant, de l'écologie, de l’environnement et de leur corollaire. Inégalité sociale, inégalité de revenus, oppressions diverses et variées, menaces sur le vivant, la santé des personnes et évidemment des territoires. Avec cette table, on va, pendant une heure et demie, revenir sur ce que c’est que ce mot, éco-terrorisme, d’où il sort, quel est son auguste instigateur qu’il a réinjecté dans le débat public et pourquoi. On va voir ce qu’il permet de faire en termes médiatiques, en termes politiques aussi. Et enfin, à l’aide de mes trois invités, et le troisième arrive, on va voir comment est-ce que ce narratif, qui est d’abord un narratif politique, peut éventuellement être combattu, non pas afin d’innocenter des personnes qui peuvent aller en justice pour des faits reconnus comme des faits délictueux, mais surtout pour remettre au cœur du sujet les vrais débats qui sont ceux de l'écologie, de la défense du vivant, de la santé, de la lutte contre les inégalités, qui sont portés par toutes les luttes qu’on va évoquer ici. Pour ce faire, j’ai convié autour de cette petite table trois personnes que je vais tutoyer parce que je les tutoie dans la vie. Donc, on se comporte ici comme dans la vraie vie. À commencer par Lauren Boudard de Climax, média indépendant. Bonjour Lauren.
Lauren Boudard
Bonjour Sylvain. Merci de m’avoir invitée à cette table.
Sylvain Lapoix
Et je suis très content de t’avoir ici. Tu vas nous parler d’une autre façon de faire du journalisme, mais aussi de toi en tant que journaliste spécialisée dans la question écologique et dans le bullshit à la fois sur l'écologie, mais aussi sur les luttes écologiques. Ce qu’on peut faire et ton regard là-dessus. On va avoir Antoine Chao à ta droite. Antoine.
Antoine Chao
Salut Sylvain.
Sylvain Lapoix
Journaliste indépendant, producteur radio, passé par « Là-bas si j’y suis », « Comme un bruit qui court ». Et une dernière émission, « C’est bientôt demain », dont j’ai appris pour l’anecdote l’annulation pendant la précédente conférence ici même au Festival Imprimé en direct par Anne-Sophie Novelle. Et je t’ai écrit un SMS, je n’imaginais pas te convier à une table, mais finalement te voici. Tu vas nous parler d’une autre façon dont tu traites ces luttes à l’intersection du point de départ. Antoine était également, c’est l’offreur de Manu, de Manu Chao. Il était également dans la Mano Negra. Il était trompettiste. Tout à fait. On s’est revus ensuite à Bressuire, donc on est des copains de la pointe. Et troisième et dernier invité, le prévenu, le condamné, interdit de territoire dans plusieurs communes des Deux-Sèvres. Ce n’est pas tous les jours. Sachez que c’est possible. On peut interdire à quelqu’un de passer les frontières administratives d’une commune. Julien Le Guet, porte-parole de Bassines Non Merci. Bonjour Julien. Salut à tous. Nous nous tutoyons. Donc je vais te tutoyer parce que quand on se croise au Café du Boulevard, on se tutoie. Tu es le porte-parole de Bassines Non Merci. Tu étais batelier dans le Marais poitevin. Tu es natif des Deux-Sèvres.
Julien Le Guet
Non, je suis natif de Picardie, de Beauvais.
Sylvain Lapoix
Tu as vécu dans les Deux-Sèvres depuis bien longtemps et tu es porte-parole et une figure identifiée de la lutte anti-bassines. Ce qui nous vaut de nous croiser très régulièrement devant les tribunaux puisque c’est maintenant l’un de tes lieux de villégiature.
Julien Le Guet
Jusqu'à maintenant, c'était beaucoup les hôtels de police. On mettait des notes Airbnb et tout. Maintenant, c’est les tribunaux.
Sylvain Lapoix
C’est un peu le Nicolas Sarkozy de la cause environnementale si vous voulez. C’est quelqu’un qui squatte. Sauf que voilà, pour le coup, malgré tout ça, il n’a pas encore de condamnation lourde et pour cause. On va commencer par un petit rappel des faits. Alors, on a un petit graphe. J’ai cherché de manière un peu basique. L'éco-terrorisme, ça date de quand, d’où ça sort. On a un Google Trends, juste une page pour voir à quel moment ça commence à péter le plafond. Si on peut l’afficher, c'était la page Google Trends. Alors que j’ai fait, il y a un petit tout depuis 2004 à la régie.
Julien Le Guet
Attends en attendant, pour meubler, puisqu’il y a quand même une redite. On est plutôt là, si vous voulez savoir ce qui se cache derrière un éco-terroriste.
Sylvain Lapoix
La cause anti-fasciste. Je l’adore, ce t-shirt avec deux tracteurs. Sur le mot éco-terrorisme. Alors là, vous avez un petit pic. Le 1er janvier 2004, c’est une erreur. C’est juste parce que c'était le début de la mesure. Mais vous voyez que le gros moment, l’heure de gloire est arrivée un certain jour par l’entremise d’une certaine personne. Mais très très précis qu’il a réinjecté dans le débat à l’occasion d’une manifestation. Et cette manifestation se trouve qu’il y a deux personnes parmi nous qui y étaient, dont l’une avec un micro. Et je lui ai demandé d’envoyer le son d’Antoine Chao à l'époque. C'était à Sainte-Soline.
Antoine Chao
Aujourd’hui, on va repartir de notre nature. Aujourd’hui, on va remercier toutes ces espèces qui nous ont accompagnés depuis ma vie. Qu’on a pris la possession de ce terrain. On va avoir avec nous l’esprit de l’outarde canne-peutière. Ok, il y a déjà eu beaucoup de prises de parole. Nous allons lancer l’opération 1, 2, 3, bassine. Bravo à tous d’avoir réussi à braver les interdictions et à s'être rassemblés sur ce camp. Depuis plusieurs jours pour certains, depuis hier pour d’autres et depuis aujourd’hui pour les derniers. Ça fait chaud au cœur de voir tout ce monde. Le monde d’après, c’est maintenant. C’est bientôt demain. Le monde d’après, c’est maintenant. c’est ça la lutte, c’est juste un truc qu’on gagne. C’est 1, 2, 3, bassine. Quand on dit 1, 2, 3, on marche, on avance. Et quand on dit bassine, on s’arrête et on essaie de s’avancer comme ça tranquillement jusqu'à ce qu’il nous laisse passer.
Sylvain Lapoix
Alors avant de revenir sur cette séquence d’une violence insondable, je rappelle que nous sommes en direct sur Twitch avec David Dufresne au poste. Et que les questions sont les bienvenues. J’ai une petite loupiotte si elle veut vous en poser.
David Dufresne
On est là C’est le logo au poste dans un écran. Tu sens à l'époque cette manif qui va donner naissance à ce vocable et qui va le faire exister dans le débat public.
Antoine Chao
Alors moi j'étais venu, c'était plutôt annoncé comme une farandole anti-bassine. Donc il y avait beaucoup de gens qui étaient réunis pour dénoncer un projet de méga-bassine. Et puis de façon assez festive et bien orchestrée par toute une bande de joyeux lurons qui étaient là. Et effectivement, malheureusement, il y avait eu toute une campagne, une stratégie du bras de fer qui avait été mise en place quelques semaines auparavant par le ministre de l’Intérieur de l'époque, Darmanin. Et alors le terme d'« éco-terrorisme » est sorti avant ou après ou pendant, je sais plus trop, juste après. Et il y avait eu aussi une directive du garde des Sceaux à l'époque qui avait demandé à ses procureurs d'être très fermes et très durs vis-à-vis des manifestants contre les bassines. Donc c’est à ce moment-là qu’on a été taxés d'éco-terroristes, tout autant qu’on était là-bas. Donc plusieurs milliers de personnes pour cette première manifestation, je crois que c'était 7 000, 6 000, 7 000. Mais on s'était déjà vu avant, moi j'étais venu à une manif précédente sur le Mignon quelques mois avant. Donc en septembre, c’est ça, 2021, il y avait déjà une grosse mobilisation. Il y avait déjà le front, enfin, une mobilisation contre les bassines qui existait et qui avait pris forme quelques années auparavant. Alors il y a un film documentaire qui donne à connaître toute l’histoire de ce mouvement.
Sylvain Lapoix
C’est De l’Ojaille-le-Feu.
Antoine Chao
De l’Ojaille-le-Feu, voilà. Et moi j’avais suivi un peu dès le début ce mouvement.
Sylvain Lapoix
Et donc toi tu l’as suivi et toi, Julien, tu y as participé. Alors on parle du mouvement. Concrètement, ce jour-là, le terme d'« éco-terrorisme », cette qualification qui quand même élève la manifestation au rang d’acte terroriste. Quand est-ce qu’il est apparu ? Quand est-ce que tu l’as entendu pour la première fois ? Et quelle a été la réaction du côté des militantes et des militants qui s'étaient mobilisés sur cette cause qui, encore une fois, est une mobilisation contre des réserves… Camille, non, les préfets sont les représentants de l'État dans les départements et dans les régions. Donc non, là, il n’y a pas de problème de séparation de pouvoir.
Julien Le Guet
Le terme, il le sort vraiment au sortir de la manif où finalement on a réussi l’objectif qui était de leur montrer que malgré un gros dispositif de plus de 2000 flics sur place, on arriverait à traverser les lignes et on arriverait à aller jusque sur le chantier. Le chantier que je me rappelle à l'époque, c’est juste une digue, c’est un cratère. Ce n’est pas plastifié, il n’y a pas de dommages, c’est vraiment montrer qu’on peut y aller. C’est aussi toujours dans l’optique, un des éléments les plus mobilisateurs pour des gens qui ne comprennent pas ou qui ne sont pas convaincus de l’aberration de ces méga-bassines, c’est d'être sur le terrain et se retrouver face à ces grands trous géants. C’est tellement immense, c’est démesuré.
Sylvain Lapoix
Tu peux donner une échelle parce que je ne sais pas, moi j’y passe mes week-ends, mais tout le monde n’a peut-être pas vu la gueule que ça a une méga-bassine, la taille.
Julien Le Guet
On est confronté à une difficulté de faire parler des grands chiffres. Des fois, pour parler de volume, on va parler en volume de piscine olympique, genre Sainte-Soline, c’est 2000, c’est 16 hectares l’emprise totale, donc ça fait une vingtaine de terrains de foot. Et je pense pour faire parler les volumes, c’est les camarades Gilets jaunes de Saint-Nazaire qu’on avait accueillis sur un campement avant que la lutte prenne cette dimension-là. Ils descendaient au sommet anti-G8 et on les avait accueillis en bivouac. On se donnait rendez-vous, on vendait sur un chantier de bassine en cours. Et on avait pénétré sur le chantier et là leur réaction c'était, wow, trois fois le stade de la Beaujoire. Alors je sais que vous êtes plus girondin, mais ça vous parle quand même. Trois stades de foot, quoi, en volume.
Sylvain Lapoix
Et du coup, toi, quand vous recevez ce terme, on va voir après qui en est l’instigateur, mais quand vous recevez ce terme comme qualificatif de votre action, c’est quoi la réaction dans le rang des militantes et des militants anti-bassines ?
Julien Le Guet
En fait, on avait senti quelque chose qui arrivait de cette acabie-là, puisque concrètement, ça faisait une semaine qu’il y avait une communication de la part du gouvernement pour annoncer, comme ils l’ont fait à Sainte-Soline 2, des manifestations violentes, que ça allait être quelque chose de complètement incroyable, etc. En fait, vraiment préparer, et on l’avait déjà vu comme ça, préparer l’opinion publique à des choses graves. Parce qu’en fait, c'était ça, eux, leur plan. Nous, quand on parlait et quand on imaginait Sainte-Soline 1 et la plus forte raison Sainte-Soline 2, non, non, le plan, c'était en effet des balades, percer les lignes, il y avait un niveau de détermination, mais certainement pas de s’offrir comme ça à des blessures aussi importantes, etc. Donc, on sentait que la bataille médiatique, c'était un truc hyper important. Le jour où Voldemort, puisqu’il ne faut pas le citer, sort ce terme d'« éco-terroriste », ça nous fait d’abord marrer. Et on trouve ça tellement énorme qu’on n’imagine à aucun moment que ça puisse poindre, ça puisse être approprié par une partie de l’opinion publique. Et je trouve que là-dessus, il y a peu de temps, quand le camarade de Sea Shepherd sort de prison et qu’on lui demande s’il est éco-terroriste, je crois qu’il a la meilleure réponse, il dit, moi, j’ai jamais bossé chez Monsanto, j’ai jamais bossé chez Pioneer, et en fait c’est quoi un éco-terroriste ?
Sylvain Lapoix
On y reviendra bien sûr sur les autres luttes. Lauren, à l'époque déjà, tu bosses sur les questions écologiques de manière appliquée, c’est un de tes sujets de prédilection, que tu creuses dans cette… Tu faisais une newsletter qui s’appelait Tech Trash qui s’intéressait au bullshit dans la tech et tu lances Climax qui s’intéresse au bullshit dans l'écologie, notamment à l'éco-blanchiment, à tout ce qui est de ce registre-là. Toi, t’entends parler de ça, en tant que journaliste, c’est quoi ta réaction, n’ayant pas été sur le terrain, le prenant comme une news, comme une info, un fait de société ?
Lauren Boudard
Je pense que j’ai un peu la même réaction que toi au début, je me dis que c’est un peu une énorme blague, ce truc, et j’arrive pas trop à le prendre au sérieux parce que ça me fait un peu penser aux Khmers verts ou ce genre de trucs qui sont quand même restés de l’ordre de l’insulte confidentielle. Mais en fait, pour rappeler vraiment l’origine de l'éco-terrorisme, ça vient d’un militant libertarien américain, anti-environmentaliste Ron Arnold, qui était bien vénère contre les écolos dans les années 80 et qui prônait une exploitation totale de la nature au nom de la liberté d’entreprendre. Donc voilà d’où ça vient, ce qualificatif-là. Effectivement, après, il a un peu disparu. Il est revenu à la surface dans les années 2000 aux États-Unis, après les attentats du World Trade Center. En 2002, le FBI le remet sur le devant de la scène. Il y a un groupe d’activistes de militants qui s’appelle Earth Liberation Front, qui est à ce moment-là, en 2002, la deuxième menace terroriste sur le territoire américain après Al-Qaïda. Donc c’est pour dire que c’est un qualificatif qui est quand même relativement pris au sérieux. Et c’est vrai que quand il arrive en France.Alors déjà, en fait, dans les années 2000 aussi, on traitait José Bové, les arracheurs d’OGM, de Jay Edistan. Mais bon, c’est vrai que c’est celui dont on ne doit pas prononcer le mot qui a vraiment remis ce qualificatif-là sur le devant de la scène. Et on est dans le bullshit pur et dur. Mais sauf qu’il est instrumentalisé pour plusieurs choses. Tu l’as un peu rappelé, pour disqualifier et délégitimer les prises de parole, mais aussi pour préparer la répression. Et pour habituer finalement à ce que les militants soient réprimés politiquement et par la police, et on y reviendra tout à l’heure. Mais ça, je pense que c’est un vrai agenda, en tout cas derrière ce mot.
Sylvain Lapoix
Est-ce qu’il y a des questions dans la salle éventuellement, avant qu’on prononce le nom ? Bon, donc étant donné que c’est moi qui m’expose, je vais prononcer le nom. La personne qui remet sur le devant de la scène ce terme, c’est le ministre de l’Intérieur de l'époque, depuis devenu garde des Sceaux, ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Il le fait dans un tweet, mais quelque chose d’assez… Bon, déjà Twitter à l'époque, déjà en pointe sur tout ce qui est caricature politique. Et il ne développe pas vraiment. Et il a l’occasion de le faire devant les caméras, sur le plateau de BFM TV. Alors, je suis désolé, il faut se mouiller un peu la nuque, mais vous allez voir devant vous un journaliste de BFM qui tente de recadrer le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sur un abus de langage. Ça peut paraître surprenant, mais il y a des journalistes qui font leur taf, même là-bas, et il faut savoir le souligner. Far-ouest, on défend quand même aussi, les gens restent indépendants. Et Gérald Darmanin, surtout, explique…
David Dufresne
On n’est pas sur BFM non plus. Alors Corbin, le journaliste de BFM, il est plus à BFM. Ce n’est pas lié à cette émission, mais c'était effectivement un des rares journalistes de BFM qui était pas mal. Il est retourné aux États-Unis, où il est depuis très longtemps un des spécialistes des questions américaines.
Julien Le Guet
Ce qui s’est passé jadis sur d’autres situations. Et on a été ferme parce qu’on a aussi dû dire des mots sur les choses. Alors moi effectivement, je viens d’un territoire, j’ai pas fait de grandes études, mais on dit des mots sur les choses. Et les mots sur les choses, c’est la première façon de pouvoir régler le problème.
David Dufresne
Et par rapport à ce que dit Julien Le Guet tout à l’heure sur la préparation des esprits, on avait effectivement entendu Darmanin annoncer jeudi des images violentes qui seraient… Enfin, vous allez voir des images violentes d’ultra-violence. C'était donc une annonce.
Sylvain Lapoix
Je vous rassure, mais voilà, il y aura des respirations. Mettre des mots sur les choses, c’est une première façon de régler le problème. C’est tout un programme. Par la suite, il y a eu Sainte-Soline 10.2. Alors, toi, entre-temps, t’avais été condamné, tu n’avais pas le droit de te présenter sur le terrain de la commune de Sainte-Soline. Là, très grosse affluence. Et néanmoins, il y a quand même un point que rappelle Gérald Darmanin. Et encore une fois, là, on voit, comme on le disait, une stratégie de communication politique que vous avez commencé à évoquer Antoine et Julien. C’est qu’on ne veut pas qu’il y ait une ZAD qui s’installe. Donc on voit que le terme d'« éco-terrorisme » n’est pas comme ça. Il n’apparaît pas. T’as évoqué les Khmers verts aussi, qui était un truc très en vogue. Je ne sais plus laquelle de vous trois. Et on voit que là, il y a cette notion de ZAD qui revient comme une perspective, comme un risque. Comment est-ce que le terme d'éco-terrorisme, pour vous, se raccroche finalement à des peurs plus anciennes, celles de la ZAD, celles des Khmers verts, celles typiquement du terrorisme, qui veut commencer sur celui-là, peut-être Lauren, si vous voulez reprendre la parole, sur cette historique et le fait que ça se raccroche finalement à d’autres paniques morales précédentes ?
Lauren Boudard
Oui, il y a une longue tradition de l’action directe dans le militantisme écologique, en France aussi, contre le mouvement anti-nucléaire en Bretagne. Notamment, il y a eu Françoise d’Eaubonne, on en parlait, qui est une des pionnières de l'écoféminisme qui posait des bombes dans les centrales nucléaires. Ça a aussi eu lieu en Angleterre, après Thatcher. Il y avait Reclaim the Street, qui bloquait des autoroutes pour faire des fêtes, pour détruire les autoroutes aux marteaux piqueurs et planter des arbres. Il y avait des bacs à sable et tout. Ça faisait vraiment penser au village de l’eau et à cette joie aussi qu’il pouvait y avoir à Sainte-Soline. Et du coup, oui, c’est quelque chose qui n’est pas du tout nouveau, cette tradition de l’action directe. Je parlais du Earth Liberation Front aux États-Unis, qui est né dans une petite ville américaine qui s’appelle Eugene, où les militants foutaient le feu à des scieries, à des stations de ski, ce genre de choses. Effectivement, ce n’est pas nouveau, cette tradition de l’action directe. Il y a aussi une vraie efficacité, notamment, et je pense que c’est ça aussi qu’il faut souligner, c’est qu’il y a des victoires. C’est ça qu’il faut célébrer aujourd’hui. Et nous, dans le dernier numéro de Climax, on a une grande interview justement avec les Soulèvements de la Terre qui nous parlent de leur stratégie et qui parlent de l’importance de célébrer leur victoire, notamment. Et sur ce point de mettre les bons mots, etc., eux, ils ont une stratégie que je trouve super intéressante. Ils ne parlent plus de sabotage, ils parlent de désarmement. Pourquoi ? Parce qu’ils considèrent que les infrastructures auxquelles ils s’attaquent sont nocives. Et donc, c’est aussi une manière de se réapproprier le débat public que de mettre les bons mots, les justes mots, pour qualifier leurs actions.
Sylvain Lapoix
On y reviendra sur justement les façons de contrer ce narratif. Je pouvais passer la parole à Antoine, parce que toi, Antoine, ce qui est intéressant, c’est que tu as commencé avec Là-bas si j’y suis, l'équipe de Daniel Mermet, qui était une émission de radio mythique pour qui aime la radio, qui aime les médias ou qui s’intéresse aux luttes. Encore aujourd’hui, on se balance comme ça. Quand est-ce que tu as commencé à percevoir la lutte écologique à la fois comme un nouveau front de l’action sociale où se croisaient des préoccupations qui n'étaient pas qu'écologiques ? Et d’autre part, quand est-ce que tu as commencé à constater qu’on tapait violemment sur la gueule aux écolos et qu’on avait un discours différent, encore une fois, sur les luttes écologiques par rapport à d’autres luttes qui pouvaient émerger ?
Julien Le Guet
Moi, j’ai démarré Là-bas si j’y suis dans les années 2000. C'était le grand mouvement altermondialiste à l'époque. Et il s’agissait de désarmer les marchés à l'époque. On ne désarmait pas Bolloré, mais on désarmait les marchés avec un édito dans Le Monde diplomatique qui devait dater de 93 ou 96, peut-être. On était vraiment déjà dans cette lutte-là, altermondialiste avec Là-bas si j’y suis. On a beaucoup traité de la question de la finance internationale, de tout ce mouvement naissant et qui s’est arrêté face à la répression brutale, notamment au G8 à Gênes où il y a eu des blessés, un jeune qui est mort aussi par les armes de la police. Donc on a vécu cette répression à ce moment-là. Et moi, j’ai continué à ouvrir un front écolo à Là-bas si j’y suis où les questions principales étaient sociales. Daniel était plus sur un logiciel des 30 Glorieuses à ne pas remettre en question le progrès qui pouvait être les OGM, etc. Donc on a démarré toute une série sur la lutte contre les OGM, les faucheurs volontaires…
Julien Le Guet
Voilà, et c’est là qu’a commencé mon engagement sur les luttes environnementales et sociales, notamment au moment des Gilets jaunes où là on a commencé à parler du « fin du monde, fin du mois, même combat ». Et ça, c'était plus Là-bas si j’y suis, mais une émission qu’on a eue après qui s’appelait Comme un bruit qui court. Et de s’occuper beaucoup, de traiter beaucoup des luttes dans la rue sociale et environnementale des Gilets jaunes, ça nous a coûté notre émission aussi à ce moment-là. Donc c'était en 2018, souvenez-vous, les Gilets jaunes, et on a été convoqués au bureau de la direction qui fêtait pompeusement le mai 68, 50 ans plus tard. À se souvenir quand même qu’en 68, Radio France à l'époque a été en dessous de tout, a interdit les reporters d’aller couvrir les manifestations au Quartier latin. Ce qu’a fait très bien Europe 1 à l'époque, on a été connu dans la direction, c'était irresponsable d’aller donner la parole aux Gilets jaunes, avec derrière nous les affiches de mai 68 qui avaient été célébrées en grande pompe sur France Inter. La roue tourne et peut-être que dans 50 ans, on nous remerciera d’avoir traité les Gilets jaunes. Notre émission a été supprimée juste après, comme ma nouvelle émission, C’est bientôt demain, est supprimée après avoir beaucoup, effectivement, documenté toutes ces luttes environnementales, documenté le travail des Soulèvements de la Terre, enfin les actions des Soulèvements de la Terre et l’importance, je pense, de leur implication dans le débat social et politique aujourd’hui.
Sylvain Lapoix
Tu l'évoquais et c’est intéressant que tu évoques aussi les Gilets jaunes. À l’instant, tu parlais de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. L'évocation de la ZAD, c’est une évocation et des Gilets jaunes, c’est l'évocation de deux victoires politiques après des luttes de longue haleine, des luttes qui ont fait des blessés, qui ont fait des morts, qui ont aussi demandé des engagements profonds, longs, de la part de personnes qui n’avaient pas forcément les moyens de le faire. Et là, Gérald Darmanin l’exprime clairement, c’est aussi une façon de couper l’herbe sous pied. La ZAD ne s’installera pas, c’est un mot d’ordre politique et on sent que cette répression… Toi-même, tu te retrouves ciblé par la répression. Il y a le reporter qui avait fait une ultra-intéressante sur la construction de l'écologie comme ennemi, si on peut l’avoir, parce que ça résume pas mal la réutilisation, la réinjection de ce terme par une certaine presse, donc « écolo-ultra-radicaux », « jusqu’où la violence », « les écolo-radicaux en quête de Marianne », « ultra-gauche », « la violence en marche », Le Figaro Magazine, « la montée des violences d'écologochisme », Le Figaro, autant de titres que je suis désolé, vous ne trouverez pas sur les tables du village des stands du festival imprimé. Du coup, je me tourne vers Julien, « écolo-ultra-radical jusqu’où la violence ». Est-ce que vous condamnez les violences ? Plus sérieusement, Julien, dans cette histoire des luttes et de la répression, comment est-ce que vous l’intégrez dans votre action, comment est-ce que vous vous inspirez pour justement contrer la répression ? Et on donnera la parole au chat.
Julien Le Guet
Je sais pas si ça va répondre pleinement à la question comme tu la formules là, mais en tout cas on sait qu’on se situe dans une histoire, justement. Si Sainte-Soline 2, restera je pense dans l’histoire comme à un moment fort, il s’est passé quelque chose, il y a eu un niveau de violence policière rarement vu ou rarement révélé et rarement vu peut-être par des blancs écolos parce que c’est le niveau de violence qui est vécu dans les cités quotidiennement. Là, on comprend un petit peu ce que les camarades peuvent vivre et après ça pourrait être un sujet dans lequel on mesure quand on est réprimé, ça crée aussi des coalitions, comment ça fait des ponts, parce que finalement on subit les mêmes choses. Mais il faut un passage dans l’histoire. Mais en fait, cette oppression des gens qui se battent pour le vivant, elle n’est pas nouvelle en France. Et moi, un truc qui me revient, comme tu l’as dit Sainte-Soline, je me suis arrêté à la moitié du chemin, je me suis arrêté à la limite communale. Si je franchissais la commune et vu les médias qui suivaient, c’est sûr que je vais me faire griller, mon contrôle judiciaire tomberait et mon sursis se transformerait en peine ferme. C'était ça le truc. Et donc quand je vois le carnage qui se passait au loin, parce que je suis sur un point haut, et quand je vois les premières images sur CNews de camarades qui se font dégommer et qui sont évacués et que l’ambulance des médics passe devant là où j'étais en point d’observation, je comprends ce qui est en train de se passer, je ne mesure pas à quel point, je rentre sur le campement et pendant tout l’après-midi, c’est des alternances entre répondre très vite aux conneries, aux mensonges de Darmanin qui dit qu’il n’a pas tiré avec des LBD sur des quad, etc. et faire du brancardage parce qu’il y a des dizaines de camarades qui arrivent et qui ont besoin d'être pris en charge très rapidement.
Julien Le Guet
Quand je repars, quand on quitte le campement et qu’on rejoint Melle, qui était la ville qui nous recevait pour qu’on puisse se restaurer, se réparer, faire le lendemain des tables rondes, etc. Je suis avec un éminent journaliste, Rémi Barrou, Rémi Barrou du Monde qui a couvert énormément de conflits sociaux en France pendant des décennies et on est dans la même bagnole. Je lui demande, je suis abasourdi et comme c’est un vieux de la vieille, je ne sais pas si l’expression est encore correcte, mais il en a vu beaucoup. Je lui demande, je lui dis que je place ça où ? Il dit que pour voir un tel déchaînement de violence policière, il faut que je remonte à 1977, il faut remonter à Crémainville et à la mort au meurtre de Vidal Michelon. Quand je dis qu’on se place dans une histoire, il ne faut pas oublier que derrière ça, il y a eu le Rainbow Warrior et derrière ça, il y a eu Rémi Fraisse. Et c’est clair que Rémi Fraisse… Depuis le début qu’on lutte sur les méga-bassines, on a Sylvaince. L'État français et un gouvernement de gauche à l'époque avaient été capables de tuer un jeune naturaliste qui veut simplement se battre pour un fond de vallée et pour la biodiversité. On n’est pas des perdres de l’année, mais quand on prend la route de Sainte-Soline à la 2e manif, jamais on n’imagine qu’il puisse donner de tels ordres. Si on avait eu conscience qu’ils étaient capables de ça, évidemment que la stratégie aurait été différente.
Sylvain Lapoix
On reviendra sur l’ampleur de la répression plus en détail. Il y a une question. Je te donne la parole sur le chat. Depuis le temps que je la réclame, il n’y a pas une question, il y en a 4 ou 5. Je balance, mais d’abord le chat salue un certain nombre de tes invités très très favorablement connus de nos services. C’est pour Julien et Antoine notamment. Il y a une question pour Lauren. C’est Pierrot qui la pose. Comment se battre contre la mauvaise utilisation du langage ? Et si tu pouvais préciser ce que tu avais commencé par dire sur le fait que les Soulèvements de la Terre, par exemple, utilisent des termes comme désarmement. La question c’est comment se battre contre la mauvaise utilisation du langage ? Et par ailleurs, il y a Valor Anarchiste qui nous dit que le projet de Sylvain risque de revenir à l’ordre du jour. Est-ce que la médiatisation pourrait jouer ? Une dernière chose, il y a plein de questions sur Antoine, comme ça tout le monde est servi. Antoine, où est-ce qu’on peut t'écouter ? Alors Lauren, sur la question du désarmement et de l’usage des mots, et ensuite Antoine, après t'être fait débarquer de chez Radio France, où est-ce qu’on peut t’entendre ?
Lauren Boudard
Ce que je disais sur le désarmement, c’est tiré de l’interview qu’on a faite des Soulèvements de la Terre dans le dernier numéro. C’est un renversement sémantique pour expliquer que les infrastructures auxquelles les Soulèvements de la Terre s’attaquent ne rendent pas service à la communauté. C’est pour essayer d’aller contrer le narratif des saboteurs. Là où certains d’autres militants peuvent se revendiquer saboteurs, les Soulèvements de la Terre ont fait le parti pris de dire qu’on ne sabote pas, on désarme. Je trouve que c’est un choix hyper intéressant parce qu’on voit bien la puissance de nouveaux mots qui sont érigés dans les années 80 aux États-Unis et qui arrivent aujourd’hui des années plus tard. Le fait de se dire que peut-être dans 20 ans ce sera désarmement qu’on utilisera au lieu de sabotage, c’est une perspective qui m’enthousiasme.
Sylvain Lapoix
Ce qui est intéressant dans le terme de désarmement, c’est que la description qui est faite des actions typiquement de celles et ceux qu’on qualifie d'éco-terroristes, on renverse le front en pointant une autre responsabilité qui est celle de celles et ceux qui par leurs actions, qu’elles soient des entreprises, des États, des investisseurs, finalement favorisent un certain monde qui est celui que les écologistes combattent. Ça, c’est quelque chose qui remonte encore à avant. Ce terme de désarmement vient de quelque part.
Lauren Boudard
Je ne connais pas l’origine, mais effectivement, je trouve qu’en termes de responsabilité, il est intéressant parce qu’on ne pointe pas les mêmes personnes. Je m’avance un petit peu, mais il y avait un procès dont on parlera sûrement tout à l’heure contre des militants écologiques dans les années 2000. Ce qui était intéressant, c’est qu’ils s'étaient attaqués au PDG de Total et on les avait qualifiés d’anti-pollueurs. Et ça, je me dis, mais attends, on dit plus anti-pollueurs aujourd’hui pour parler de militants écologistes.
Sylvain Lapoix
C’est au lieu d'éco-terroristes, anti-pollueurs, c’est vrai que ça place le curseur très différent. Vachement intéressant. OK, je ne savais pas. Antoine, tu es demandé, la communauté te réclame, où est-ce qu’on peut t'écouter, où est-ce qu’on peut te suivre ou même peut-être assister à des choses que tu organises toi ou auxquelles tu participes ?
Julien Le Guet
J’ai rejoint la grande bande des journalistes indépendants, pigistes et précaires. Je viens de faire par exemple une série sur les élections aux chambres d’agriculture qui a été diffusée sur là-bas.org chez mon camarade Daniel Mermet, donc une petite série de 6 épisodes. Et sinon, j’ai quand même eu, après avoir été remercié, après 23 ans de travail à Radio France, j’ai eu un petit cadeau de départ ou un lot de consolation, donc j’aurai une petite série de podcasts cet été, toujours repoussés dans les marges, bien évidemment, donc Radio France, France Inter, un podcast cet été. Et sinon, je continue à faire beaucoup d'éducation populaire, de chantier d’insertion par la radio, parce que je pense que la radio est un média important. Je suis aussi actif sur ce qu’on appelle aujourd’hui les radios d’intervention, qui sont nées justement un peu de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, aussi avec Radio Klaxon, qui était une radio pirate et d’intervention pour défendre cette ZAD pendant toutes les années d’occupation.
Sylvain Lapoix
Il y avait aussi Radio Béton à une époque.
Julien Le Guet
Il y a toute une histoire des radios pirates, qu’on connaît bien, des années 70, etc., de Radio Lorraine-Cœur d’Acier à Radio Vert Fessenheim. Mais là, il y a une nouvelle génération de gens qui utilisent la radio comme moyen d’autodéfense, parce que local, vraiment d’intervention in situ, avec un peu comme première grosse opéra fin, comme exemple Radio Klaxon à Notre-Dame-des-Landes, mais qui continue. Il y a eu la méga-radio pendant les méga-bassines. Je suis assez attentif à tout ce qui se passe. Il y a tout un tissu de radio associatif qui alimente ces collectifs qui font de la radio de lutte, de la radio de résistance en local. Je voudrais aussi remercier La Clé des Ondes, qui participent beaucoup, et que je retrouve souvent à Radio UZ à Uzeste près d’ici aussi, où on fait de la radio aussi d’intervention plus culturelle, sociale et politique pendant le Festival d’Uzeste, à quelques kilomètres d’ici.
Sylvain Lapoix
Avant de passer à la partie sur la répression, est-ce qu’il y a des questions dans la salle éventuellement ? Oui, monsieur, je ne vous avais pas vu. Une deuxième question. Monsieur, madame ensuite, on n’a qu’un seul micro volant, malheureusement. On vous écoute.
Sylvain Lapoix
Il y a d’autres choses un peu en dehors de l’action même. L’appareil de répression, c’est quelque chose qu’on connaît, on va en reparler et dont certains et certaines… ? Une autre question ?
Sylvain Lapoix
Julien, je te voyais opiner. Merci beaucoup pour votre question. Je sais que BNM, les Soulèvements de la Terre, XR, sont en contact avec des organisations à l’international. Tu parlais tout à l’heure du village de l’eau. Il y a eu des tables internationales où on avait des intervenants et intervenantes notamment d’Amérique latine. Qu’est-ce que tu sais de tout ça ? Quelle est ta crainte par rapport à l’importation de ces méthodes de répression qui sont une façon de légitimer des choses très graves ? On verra comment ça se présente en France.
Julien Le Guet
En réponse directe, ce qui me vient, c’est le soir de Sainte-Soline 2 où on est dans Melle. Il y a certainement plein de gens qui étaient là dans la salle. On discute avec un camarade, Massa Koné, un des porte-parole des paysans sans terre dans la Corne africaine. Il me dit que chez nous, on meurt. Il me disait qu’il avait perdu 20 camarades. Vous parlez de l’Amérique du Sud. Il y a un excellent documentaire qui va sortir, la boîte de prod. C’est la même boîte qui a produit De l’Ojaï-le-Feu. Il vient parler de l’opération Condor, l’Amérique du Sud. L’opération Condor, c’est le FBI, les États-Unis qui s’organisent, qui forment des milices et des gouvernements autoritaires pour empêcher la gauche, les communistes et les socialistes, de résister. Ce que met en évidence ce documentaire, c’est que tout ce savoir-faire, tout ce maillage, tout ce réseau, est réorienté vers ceux qui résistent pour leur terre. C’est très intéressant. On a ça en tête. On y a été exposé, on le sait. L'État tue, la police tue et est capable de tuer des militants écolos. Comment on fait avec ça ? Est-ce qu’on se résigne, est-ce qu’on baisse la tête, est-ce qu’on admet ? On a décidé de l’apporter. Dans l’adversité, il fallait qu’on se structure, qu’on soit plus fort. Le logiciel et le manuel de survie d’un militant écolo en France n’est plus le même qu'à 20 ans. Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire comme campagne sympa ? Comment faire en sorte qu’il y ait des médics ? Malheureusement, sur notre lutte, on a pu constater des vraies défaillances du système de sécurité des pompiers qui ne viennent pas chercher les blessés sur place alors qu’il y a des dangers de mort imminents. Des camarades qui sont interpellés alors qu’ils sont aux urgences ou hospitalisés. On vient confisquer les papiers dès la sortie et balancer par des chefs de service. On doit monter en compétence. Il y a des choses autour du soin qui ne sont plus optionnelles. Face à la répression juridique, le fait de constituer des légales n’est plus optionnel. Le fait de devoir monter en compétence sur des aspects logistiques et de réussir à nourrir 30 000 personnes pendant une semaine alors que toute la ville est entourée et qu’il y a 7-8 barrages à chaque fois qu’on veut venir, ça fait partie de l’attirail à développer. Ça nous rend résilients et créatifs. On leur mène la vie dure, on ne se laisse pas faire. En tout cas, avec toutes ces mesures de répression, s’ils espèrent que ça nous fasse baisser la tête, ils se trompent, ça nous renforce, ça nous confirme dans nos convictions et ça nous oblige à être plus forts.
Sylvain Lapoix
On reviendra en conclusion sur toutes ces façons à la fois militantes, médiatiques, de répondre à ce narratif pour se protéger et aussi pour remettre le sujet au cœur du débat public. Il y a une question, David, du côté du chat.
David Dufresne
Oui, c’est justement la question des médias que tu soulèves à l’instant. J’ai l’impression qu’on a toujours un même mur. Au niveau local, on a plein de sources d’informations, mais les gros qui balancent leurs inepties ont une grosse audience. Comment retourner le rapport de force de l’information ?
Sylvain Lapoix
C’est une lourde question. Je me souviens d’une excellente citation de Daniel Mermet, qui était reprise notamment dans le film adapté de la BD de notre consœur de ce film Les Algues vertes. Il disait, Inès Leroux, qui est une ancienne de Là-bas si j’y suis qui disait, « les médias locaux savent tout, mais ne peuvent rien dire, les gros médias peuvent tout dire, mais ne savent rien ». Ça, c'était juste pour l’anecdote, mais habitant et travaillant à La Rochelle, je ne vais pas dire que c’est vrai, mais ce n’est pas faux. On va prendre une petite réponse rapide avant de passer sur la question de la répression. Antoine, aujourd’hui, t’es confronté à cette problématique parce que tu avais cette place. Là-bas, Comme un bruit qui court, t’es considéré comme des émissions, puis par la suite vos petites émissions avec Give, t’es considéré comme des espaces d’amplification aussi de ce message, de ces luttes. Comment faire face à cet enjeu-là par des médias ? On y reviendra à la fin, mais au rythme où on y reviendra à la fin, il n’y aura pas de fin. Toi, c’est quoi ta réponse à ce type de préoccupation par rapport aux gros qui racontent n’importe quoi pour reprendre le terme du tchat ?
Antoine Chao
La réponse est les médias indépendants qu’on a entendus tout à l’heure sur la rencontre précédente. Effectivement, c’est créer des contre-pouvoirs qui n’existent plus ou de moins en moins. On ne va pas dire que c'était mieux avant, on va dire que ça sera mieux après. On voit l’audiovisuel public, c’est catastrophique, mais on essaye de ne pas lâcher les services publics, je suis pour, et je me battrai toujours pour que ça existe et qu’il y ait un audiovisuel public digne d’une démocratie. Macron disait qu’en 2017, en arrivant, que l’audiovisuel public était une honte. Après, il y a eu différents changements de direction, et une camarade de classe a accédé à la direction de Radio France, c’est un concours de circonstance. Aujourd’hui, on regrette que ces voix qui sont différentes disparaissent de l’antenne, ce qu’on appelle le reportage, qui n’est pas le reportage de la rédaction. C’est des tons, des formes différentes qui ont été initiés par Daniel Mermet il y a 40 ans maintenant, l'émission a duré 30 ans, et qui donnait la parole à ceux qui n’ont pas la parole autorisée, à sortir des studios, à aller vers les gens. Effectivement, quand on nous a rappelé pour refaire un podcast d'été, c'était juste après la dissolution, où il y a eu quand même une prise de conscience que l’extrême droite était très proche du pouvoir et qu’il fallait peut-être pas en faire trop. On a eu ce petit cadeau de consolation qui ne suffira pas pour redonner la parole à tous sur l’audiovisuel public, sur les chaînes du service public. Après, il se pose la question des médias rachetés par les oligarques français et autres. Là, la question est d’autant plus inquiétante.
Sylvain Lapoix
J’aimerais qu’on évoque maintenant un peu la répression parce que dans toute cette histoire, et le parallèle est un peu énorme, mais on a fait une projection au débat de Personne n’y comprend rien, le film qu’on vous recommande de Mediapart, sur l’affaire Sarkozy. Une des remarques principales de Fabrice Arfi, c’est de dire que l’un des problèmes de cette affaire, c’est que Mediapart se tue à la tâche en essayant de documenter tout ce qui est reproché et reprochable à Nicolas Sarkozy dans ce financement occulte, dans ces arrangements, ces différents accords politico-financiers, en dehors de tout cadre légal. Mais ce qui rythme la vie des médias, finalement, c’est chaque fois qu’il s’en plaint, chaque fois qu’on tend le micro, qu’on lui donne la parole. Il se passe un peu la même chose avec les questions de lutte environnementale. Je suis sur le terrain des bassines, je le vis à titre personnel. On m’appelle quand il y a un procès, quand il y a des blessés. J’informe les confrères qu’il y a aussi des luttes, des personnes qui se font virer de leur terrain, des projets agrivoltaïques de panneaux solaires gigantesques qui menacent des terres arables par milliers d’hectares. Ce dont on va parler, c’est ce classement en fait divers. Je crois qu’on ne se rend pas toujours compte de l’absurdité que ça revêt et de l’extension. Tout à l’heure, tu as parlé du village de l’eau, le village de l’eau d’action anti-bassine qui avait été organisé notamment par Bassines Non Merci, à l'été dernier, avant la manifestation de La Rochelle. À cette occasion, des milliers de gendarmes ont été mobilisés pour fouiller toutes les personnes qui y pénétraient, moi-même également. Au bout d’un moment, c'était quand même tout un truc. À cette occasion, il y a des dizaines de milliers d’objets qui ont été confisqués. Quelques jours après, il y avait beaucoup de journalistes qui venaient de Paris, et même de Paris pour certains et certaines. Quelques jours plus tard, on a appris que les objets allaient être restitués. Je me suis retrouvé devant le commissariat de Sausset-Vost, juste à côté de Melle. Et là, on était trois, qui venaient respectivement de La Rochelle, Niort et Poitiers, pour des médias locaux, et voir ce que les gens s'étaient fait piquer au village de l’eau et sous quel prétexte. Il y a une liste qui a été constituée que je t’ai redonnée parce que ce jour-là, tu as pris la parole pour un peu énoncer le genre de truc que la gendarmerie a confisqué ce jour-là, étant considérés comme des objets dangereux, pouvant être soit des armes par destination, soit des protections par destination. Je te laisse ta parole.
Julien Le Guet
Je crois que Boris Vian avait écrit une chanson qui s’appelait La Complainte du Progrès, qui était une belle liste. C’est sur le même air. Ça pourrait faire office de masque. Très important. C’est fou, parce qu’en effet, ils communiquaient là-dessus sur des milliers d’objets, d’armes, etc. Et là, la stratégie, c’est avant chaque manif, maintenant, de prendre des marques, et de montrer tout ce qu’ils ont saisi.
Sylvain Lapoix
Un peu comme avec les trafiquants de drogue. On montre tout le bordel.
Julien Le Guet
Sur Sainte-Soline 1, on a vu les chiffres précis. Il y a eu 5 000 contrôles pendant une semaine. Tous les gens qui habitent Melle ont été fouillés. Ça veut dire que les artisans, les copains, oh une tronçonneuse pour aller couper la tête des flics. Il y avait un tournoi de pétanque à 5 km de là, une épreuve du championnat national. C’est de l’orchestration, c’est de la manipulation. Nous, ce qu’on propose à présent, c’est que si Darmanin refait ce genre de manipulation, demandez en même temps que l'État expose tout son matériel. Et là, on voit qui sont les violents. Là, on voit qui vient avec une œuvre réalisatrice, avec un projet de destruction. Darmanin, avant Sainte-Soline 2, ce qu’il annonçait dans la presse pendant une semaine, il faut s’attendre à des images dures à Sainte-Soline. Si c’est pas un scénario savamment écrit, simplement, il suffit de regarder à Sainte-Soline 9 hélicos. C'était pratiquement la moitié de tous les hélicos de la gendarmerie française. 4 véhicules blindés, 4 000 bombes balancées sur les camarades. C’est un niveau d’armement. D’ailleurs, l’ONU le dit et Michel Forst, qui a réagi après Sainte-Soline, ce sont des armes de guerre qui sont utilisées contre nous aujourd’hui pour réprimer nos mouvements.
David Dufresne
Michel Forst, c’est un rapporteur de l’ONU qui avait fait tout un travail concernant les violences policières faites aux Gilets jaunes.
Sylvain Lapoix
Ce sont deux militantes et militants qui étaient accusés de sabotage et, en l’occurrence, pour les confondre, la gendarmerie, et ça a été constaté d’ailleurs par la défense, a déployé des moyens totalement délirants, sachant qu’en l’occurrence, ils avaient dévissé une pompe. Pour cela, il y a plusieurs gendarmes qui ont travaillé à plein temps pendant plusieurs jours et qui ont posé deux balises GPS sur véhicule, mis sur écoute leur téléphone ainsi que ceux de leurs proches, procédé à des surveillances physiques. Autrement dit, vous aviez des gendarmes qui poursuivaient ces gens pour les confondre. Les seules preuves physiques ont été apportées au tribunal, et encore une fois, je m’en réfère au compte rendu d’audience, des confrères et consœurs d’Ouest France, ce sont des vêtements de la même couleur que ceux des personnes qui étaient en train de dégrader les lieux.
Julien Le Guet
Précisément, des chaussettes vertes.
Sylvain Lapoix
Des chaussettes vertes. Comme quoi, vous voyez, on est tous les couturiers de quelqu’un. Du coup, on a cette débauche de moyens qui questionne. Je te voyais opiner, Lauren, notamment à l'évocation de Forst, le rapporteur au droit de l’homme de l’ONU. Toi, par rapport à ça, tu observes aussi parce qu’il y a Tech Trash, il y a Climax, c’est très fun, c’est très bien écrit, très recherché, pour aussi en rire un peu, mais vous avez aussi cette veille sur la réponse en face. On parlait de Forst, c’est quoi les réactions des défenseurs des droits de l’homme sur ces questions-là par rapport aux moyens qui sont engagés ?
Lauren Boudard
Justement, sur l’utilisation de lumières stroboscopiques pour empêcher les gens de dormir, etc., ça a été qualifié de torture, notamment, parce que c'était des armes qui ont été utilisées contre des vrais terroristes pour les empêcher de dormir. C’est des trucs que j’entendais quand j'étais petite sur Guantanamo. J’ai halluciné quand j’ai entendu que ça avait été utilisé notamment au village de l’eau et contre d’autres militants. Et c’est vrai que quand on a, nous, notre rôle, on n’est pas un grand média, on est un petit média, mais on veut aussi donner une caisse de résonance aux luttes écologistes, et donc on donne la parole à Sea Shepherd, aux Soulèvements de la Terre, etc. Et quand on a entendu, effectivement, le niveau de répression sur les villages de l’eau, moi, les tampons et les serviettes hygiéniques, ça a été la goutte d’eau, je pense.
Sylvain Lapoix
Pour rappeler, c'était parce que ça pouvait être une protection par destination contre les gaz, éventuellement, hashtag patriarcat.
Lauren Boudard
Et ce qu’on a essayé de faire aussi, c’est un journaliste qui travaille avec nous qui s’appelle Nicolas Beublé, qui a fait un truc super intéressant, c’est qu’il a été au village de l’eau et il a essayé de raconter la lutte à hauteur des enfants. Et donc il a été interviewé tous les enfants qui étaient sur place, et on en a sorti un article avec des verbatims, et ce qui en ressort, c’est qu’il y a à la fois beaucoup d'émerveillement de ce qui s’est produit, c’est génial, il n’y a pas d’argent, il y a beaucoup d’entraide, on a plein de jeux, c’est fantastique et tout. Et puis il y avait toujours des petites citations en creux d’enfants qui disaient, mais il y a des policiers partout, on ne comprend pas pourquoi les méchants, vraiment racontés à hauteur d’enfant avec du vocabulaire d’enfant. Et nous, ça nous a brisé le cœur, ému, et en même temps, on trouvait ça super beau comme angle. Parce qu’on savait que Reporterre, que Vert, que tout le monde malheureusement, mais que beaucoup de médias, déjà investis sur ces questions, allaient le raconter. Donc nous, on s’est demandé un peu comment trouver un angle différent. Et on a trouvé cet angle de l’enfance. Et c’est vrai que de voir des enfants qui racontent la répression policière, ça a quelque chose d’assez crève-cœur.
Sylvain Lapoix
Antoine, la répression policière, toi que tu constates, t'étais sur beaucoup de fronts différents. Alors là, on a parlé beaucoup des bassines, mais il y a aussi la A69, il y en a aussi… Tu parlais de l’usine à saumon, il y a beaucoup de choses qui se sont passées. On a parlé de Sivens. Toi, concrètement, qu’est-ce que tu as pu constater comme évolution de cette réponse pénale, policière, de la brutalité qui est mobilisée pour répondre, pour contrer les mobilisations écologistes ?
Antoine Chao
Elle est passée de policière et judiciaire. On a eu la dérive qui s’est faite au fur et à mesure des dernières années et de l’amplification de la résistance de terrain. Je pense que c’est vraiment l’implication des Soulèvements de la Terre, le moment où il y a eu la tentative de dissolution des Soulèvements, etc. Ce qui a créé aussi une dynamique forte qui a été après réprimée judiciairement de plus en plus. Nous, on est légèrement protégés avec nos cartes de presse, même si ça n’empêche pas la garde à vue ou d'être ciblés par les armes sur le terrain, etc. Et que tous les confrères n’arrivent pas à voir. Ils concernent, bien évidemment. On a vu que l’année dernière, il y a eu pas mal de… Les lauréats des prix Albert Londres n’avaient pas réussi à avoir leur carte de presse. C’est quand même triste que Nicolas Legendre n’ait pas sa carte de presse.
Sylvain Lapoix
Silence dans les champs.
Antoine Chao
Ça donne une petite protection. On peut peut-être essayer d'éviter une garde à vue si on a une carte de presse. Ça nous a permis plusieurs fois sur les manifestations de pouvoir aller en véhicule et avoir mon téléphone portable qui serait certainement borné, mais où je pourrais m’arguer que j'étais journaliste et que j'étais envoyé par Radio France à l'époque pour couvrir une manifestation.
Sylvain Lapoix
C’est du plastique souple, donc contre un LBD, ça ne marche pas. Pardon, tu disais, excuse-moi.
Antoine Chao
Bien sûr qu’on a constaté cette criminalisation du mouvement qui est passée de policière sur le terrain à Sylvain, où j'étais, bien évidemment, à une partie des procès que j’ai suivis, à Niort et ailleurs.
Sylvain Lapoix
Alors tu es vraiment un professionnel de la radio parce que tu fais une transition fantastique. Parce que je vous ai récité un bout de compte rendu d’audience à laquelle j’assistais et où le prévenu était Julien. Il se trouve que, Lauren, quand on a préparé ce débat, tu m’as ressorti une archive absolument géniale, ce qu’on appelle à l'École nationale de la magistrature, un banger. C’est un procès qui n’est pas si vieux que ça, au final. C’est à moins de 10 ans et qui concerne une action suite à deux catastrophes écologiques dont on a tous entendu parler, en tout cas pour celles et ceux qui ont plus de 30 balais. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ça et après on va voir comment ça s’est déroulé à l’aide d’une petite fiction radiophonique ?
Lauren Boudard
Oui, c’est ce que j’ai un tout petit peu teasé tout à l’heure en parlant d’anti-polluer, mais c’est effectivement une histoire dont on a parlé dans le numéro précédent de Climax, qui s’est passé en 2001. En 2001, tu as sept activistes bretons et toulousains qui ont décidé de s’introduire dans le château du président de Total, Thierry Desmarest, pour contester l’implication du groupe dans les deux catastrophes que Sylvain a cité, Erika et AZF. Ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont tapé sur le minitel 3615 Total, ils ont trouvé du coup le domicile du PDG, ils s’y sont introduits.
David Dufresne
Oh, il y avait quasiment plus de minitel en 2002, faut pas exagérer.
Lauren Boudard
On n’est pas allé chez vous par hasard, qui reprenait le slogan de Total à l'époque, et ils ont commencé à taguer le mur de la propriété privée du PDG, ils ont tagué AZF et Erika avec du pétrole qui venait de Bretagne, ils ont démonté les fenêtres en disant vous verrez ce que ça fait d’avoir votre domicile qui a été soufflé par une explosion, vous verrez ce que ça fait d’avoir votre littoral tagué, nous notre littoral il a été tagué, nous on va taguer votre maison, et ensuite ils ont ouvert les caisses de pinard, ils ont bu un peu de vin, et ils ont été arrêtés par la police, mais la police a bu des coups avec eux, et ensuite ils ont été jugés, et effectivement le procès est particulièrement croustillant.
Sylvain Lapoix
Alors justement je vous ai distribué à chacune un rôle, donc j’ai pris celui du président parce qu’on ne peut pas toujours être dans le rôle facile, mais l’idée c’est qu’il y a une recension de ça qui a été faite en article du Monde de l'époque, en 2006, et chacune a son rôle, c’est pour vous donner le ton de cette audience qui va, vous allez vite le comprendre, pas mal contrastée avec celle que je vous ai récité précédemment. Le président, avez-vous bu du vin ?
Sylvain Lapoix
Jules Le Gouen, parfaitement exact.
Lauren Boudard
Alain Mallardet, mais les gendarmes ont bu le coup avec nous.
Sylvain Lapoix
Robert Prigent, c’est même eux qui en ont bu le plus.
Sylvain Lapoix
À qui appartenaient ces bouteilles ?
Julien Le Guet
Emmanuel Rigler, avocat de la Défense. Il n’y avait pas de facture, peut-être que c'était la société Elf ?
Sylvain Lapoix
Comment s’est effectuée la préhension des bouteilles ?
Lauren Boudard
Une dans chaque main monsieur le président, on s’est aussi servi dans le frigo.
Sylvain Lapoix
Je ne suis pas saisi de ce point.
Lauren Boudard
C’est pourtant important, pas de vin sans fromage.
Julien Le Guet
On a plié les tapis en arrivant.
Lauren Boudard
Et on a fait la vaisselle avant de partir.
Julien Le Guet
Vous avez aussi remonté les volets ?
Lauren Boudard
Non, mais il ne l’avait pas fait non plus à Toulouse.
Sylvain Lapoix
L’audience continue sur ce même ton. L’avocat de la partie civile, le maître Bruno Cantin, avoue ne pas être insensible au drame humain que des personnes ont vécu. Cependant, il considérait les faits comme inacceptables et réclamait des dommages et intérêts d’un euro symbolique. À quoi l’avocat de la Défense a répondu à ce prix-là, ça ne devait pas être du grand vin. Ce que je trouve quand même assez génial là-dedans, et spoiler alert, on va commencer à voir une lueur d’espoir et une sortie se présager, c’est que parfois, quand même, la légitimité de l’action est reconnue. Parce que j’oubliais de le dire également, c’est que les prévenus ont plaidé le geste militant et l’acte syndical. Autrement dit, là, il y a un moment où on est en justice, on est poursuivi pour une action qui est, pour le coup, mise en regard des préjudices, des dégâts qu’elle conteste. On va donc pouvoir passer à la catégorie qu’est-ce qu’on fait en face de ça. Est-ce qu’il y a des questions dans le tchat, David ?
David Dufresne
Oui, il y a une question notamment, puisque tu parles d’espoir. Est-ce que vous recevez, c’est Twist 654 qui vous demande, est-ce que vous recevez des soutiens de partis politiques ? Et il y en a un qui est cité, c’est EELV. Et d’une manière générale, que font les partis politiques avec cette accusation d'« éco-terrorisme » ? Est-ce que ça vous rend infréquentable ?
Sylvain Lapoix
Julien, est-ce que tu reçois le soutien de partis politiques ?
Julien Le Guet
En fait, sur les manifs bassines, il y a quelque chose qui est assez remarquable. C’est qu’il y a des élus, y compris des députés, qui bravent l’interdit et qui viennent manifester malgré les arrêtés préfectoraux qui tombent maintenant systématiquement. Et il y a eu notamment à Sainte-Soline 1 la figure de Lisa Bellucco, qui est députée sur la Vienne, juste à côté, et sur laquelle il y a des projets de bassine. Et où on la voit sur les images, un peu la même séance que ce qu’on voyait tout à l’heure. On traversait les lignes de flics et elle traversait comme ça les mains levées en écharpe. Pour la petite histoire, elle était enceinte à ce moment-là. Et elle se fait taper dessus par les CRS. Et derrière, qu’est-ce qu’on a ? On a une présidente de l’Assemblée nationale qui demande des sanctions contre les députés qui sont venus manifester à des manifs interdites. Moi, je pense qu’il y a une séquence qui est vraiment clé sur Sainte-Soline 2, qui a vraiment nous, en tout cas qui étions sur place et qui a marqué les esprits. C’est que, après différents assauts, il y a des camarades qui sont grièvement blessés. Et où ils continuent à être pris pour cible. Et où il y a tout un tas de députés, parmi lesquels Benoît Biteau, enfin, grosso modo, de toute façon, sur la lutte sur les bassines, les partis de gauche sont à nos côtés depuis le début. Et dans leur diversité, donc les partis de gauche, LEPA, EELV, LFI, le PCF, sont partie prenante de la lutte sur les méga-bassines. On pourra en parler longuement, mais en tout cas, pour nous, ce n’est pas un gros mot. On trouve qu’au contraire, ça fait regagner de la noblesse au statut d'élu des représentants du peuple. Et quand on a, en effet, des députés qui viennent faire de la protection de blessés et qui sont pris pour cible, par des LBD, tirés à partir de quad, et qu’on a Voldemort qui ose dire… En fait, c’est un menteur, ce monsieur est un menteur. Et d’ailleurs, il y a une plainte, et je le redis ici, et on a hâte que la plainte qu’on a instruite contre lui, notamment pour avoir menti devant une commission d’enquête parlementaire, soit instruite, parce que c’est bien le souci. Si on fait l’objet de répression très forte, la justice, on a vraiment le sentiment d’une justice à deux vitesses. Et quand nous, on est victimes, ça n’est jamais instruit. Quand on demande des comptes aux autorités, parce que très clairement, tirer avec des LBD, ce n’est pas une manœuvre légale. Donc donner l’ordre, ce n’est pas légal, et théoriquement, ça vous expose à des sanctions. Et obéir à un ordre illégal, ça vous expose également à des sanctions. Donc finalement, on est sur un travail d’histoire au long cours, et nous, c’est ce qu’on réclame. Et en sorte qu’on parlait d’histoire tout à l’heure, il y a une vraie bataille du récit, il y a une vraie bataille… Le mois prochain, c’est une mission internationale de la FIDH qui viendra enquêter sur ce qui s’est passé à Sainte-Soline. On ne lâchera pas l’affaire, très clairement.
Sylvain Lapoix
Je rappelle juste un petit élément. Tu parlais de justice à deux vitesses. L’audience à laquelle j’ai assisté et où tu étais prévenu il y a une semaine, en l’occurrence, la plainte a été déposée après Sainte-Soline. Mais il y a toujours, à l’heure où on parle, quatre enquêtes qui sont en cours par le parquet de Rennes pour violences par dépositaires de l’autorité publique sur chacune et chacun des blessés graves de Sainte-Soline et qui n’ont pas rendu leur conclusion bientôt deux ans après. Donc autrement dit, la plainte pour diffamation pour un tag est arrivée à l’audience avant que les quatre enquêtes pour violences par dépositaires de la force publique aient vu leur conclusion rendue publique. Donc je reprends ce que tu dis, parce que c’est une façon de remettre le débat sur l'écologie, sur la question écologique et sur les violences policières par le même fait que d’avoir le soutien, que d’avoir le relais d'élus locaux, d'élus nationaux d’ailleurs. Tu parlais d'écologistes. Isabelle Hucot, elle a témoigné d’ailleurs au procès pour dire qu’elle-même elle avait été témoin de ce qui s'était passé à Sainte-Soline. On va revenir vers les deux autres invités. Il y a, je trouve, une très belle phrase prononcée par une juriste, Valérie Codaccioni que j’avais reprise d’une interview, en l’occurrence qui avait été réalisée par Socialtair au moment de l’usage du terme éco-terrorisme, si on peut la voir. Vanessa Codaccioni pardon. « Un mouvement qui n’est pas réprimé est un mouvement qui ne gêne pas le pouvoir. » Comment est-ce qu’on fait par rapport à cette répression pour contrer le narratif, pour ramener les sujets de fond, créer un autre récit ? Encore une fois, pas pour manipuler l’opinion, mais pour mettre les sujets sur la table. Est-ce que vous voulez, l’une de vous deux, peut-être commencer sur cette question-là ?
Lauren Boudard
C’est tendre le micro et donner la parole à ces personnes-là. Au lieu de toujours entendre Darmanin, écouter les personnes qui luttent sur le terrain, et nous, c’est aussi notre mission avec Climax en tant que journaliste que de le documenter d’une autre manière. Et après, c’est aussi de montrer tout l'éventail des luttes qu’il peut y avoir. C’est-à-dire qu’il y a effectivement Bassines Non Merci, il y a aussi les Soulèvements de l’intérêt, il y a aussi toute une nouvelle frange de luttes qui revendiquent la joie, le techno-activisme, avec Mathilde Caillard, MC Dance pour le Climat. En Allemagne, pareil, il y a le Week Bassen, c’est des espèces d'énormes manifs techno qui ont des messages politiques très forts. C’est aussi les nouvelles manières de lutter et d’embarquer sur des imaginaires et des récits différents pour montrer que la lutte peut aussi être joyeuse et victorieuse. Et ça, c’est aussi à nous de le raconter, parce que c’est pas très audible comme discours. C’est vraiment ce que nous, on essaye de faire, de ramener aussi cette composante de joie, puisqu’elle peut manquer parfois, parce qu’on parle de sujets très lourds et très sérieux depuis le début, et que quand on parle de tirs LBD, d’arriver en parlant de fêtes à côté, ça peut paraître contre-intuitif, mais c’est aussi une dimension qui est importante et qui est de toute façon relatée par tous les activistes à qui on parle.
Sylvain Lapoix
On va reprendre une question, et après, je te passerai la parole, Antoine.
David Dufresne
C’est Rémi qui vous demande quel rapport vous avez avec une écologie plutôt, entre guillemets, petit geste et piste cyclable, plutôt bourgeoise. Est-ce qu’il est utile de pactiser avec cette écologie pour porter la radicalité et l’action directe ou faut-il s’y opposer radicalement dans nos luttes ?
Sylvain Lapoix
Alors, les pistes cyclables dans les Deux-Sèvres, on en est où ?
Antoine Chao
Je vais faire très rapide. Ce qu’on partage avec BNM et les Soulèvements de la Terre, c’est qu’on parle de composition de nos mouvements, on parle d'élargissement, de diversité des moyens de lutte, et je pense que c’est quelque chose qui s’est passé ces dernières années. On est OK avec le fait que des gens, des camarades, utilisent des modalités qui ne sont pas forcément les nôtres, et on pense même que c’est très important qu’il y ait toutes ces formes de lutte, parce que face à des rouleaux compresseurs qui utilisent tous les moyens, y compris militaires, à notre rencontre, il faut avoir l’humilité de savoir qu’on va gagner, qu’on ne sait pas comment, qu’elle est la carte qu’on va enlever du château et qu’ils trouvent à faire mieux à leur niveau parce que c’est ce qui leur est accessible directement. Le souci n’est vraiment pas là.
Julien Le Guet
Je rebondis sur un truc que tu disais, Lauren, que je trouve intéressant pour passer la parole à Antoine. Tu parles de nouveaux récits, il y a des victoires, et finalement, les victoires, on les oublie très vite quand on a cette menace du terrorisme, qui est présentée par l’actuel ministre de la Justice comme existentiel, comme un truc… Quand tu dis terrorisme, il parle des agriculteurs qui ont peur. Je passe beaucoup de temps à discuter avec des agriculteurs dans les Deux-Sèvres. Leur peur, c’est surtout de ne pas réussir à maintenir l’exploit et d’avoir rien à transmettre à leurs gosses, de ne pas pouvoir payer leur facture de flotte. La vérité, cette peur est plutôt une peur économique, une peur sociale, une peur aussi de mal faire parfois. Mais néanmoins, il y a ces nouveaux récits, des récits de victoire et des récits interactifs. Ça me fait penser à un grand titre, à un grand bonhomme qui malheureusement n’est plus, qui était « Comme si nous étions déjà libres ». C'était l’un des slogans d’Occupy Wall Street. On ne va pas attendre que les votes aillent dans le bon sens, que les bonnes lois soient adoptées. On va juste faire notre truc-là, ce qui était une des revendications de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, c’est-à-dire de vivre sur place, d’occuper la lutte. Encore un autre titre de bouquin, je n’ai pas la bibliothèque, il faudra reprendre le replay. Antoine, on a commencé par un fond de farandole, une toute autre façon de dire qu’on va percer une ligne. On va percer une ligne par le jeu, on va percer une ligne par aussi le collectif. C’est quoi ces nouvelles manifestations de la lutte, ces nouveaux imaginaires, ces nouvelles façons de percer la ligne pour prendre un terme paramilitaire, non pas dans le sens illimité mais qui va au-delà ? C’est quoi les expériences, les choses que tu as trouvées les plus marquantes et les plus fortes pour contrer cet imaginaire de l'éco-terrorisme ?
Antoine Chao
Pour moi, ça a été important de documenter tout ça, de raconter ces luttes de l’intérieur avec une certaine confiance des acteurs de ces luttes, donc pouvoir y passer du temps, raconter ce qui se passe en amont et en aval. Sur Sainte-Soline 2, j’ai fait un reportage sur les journées en amont qui avaient eu lieu sur ce sommet international sur les questions de l’eau, où des intervenants étaient venus de partout dans le monde. Il y a eu une manif réprimée violemment mais il y avait aussi toute une rencontre de réflexion, de débats sur cette question de l’eau, de la façon de lutter contre cet accaparement de l’eau par les puissances économiques, politiques, etc. Je pense que c’est important de documenter tout ça, de raconter tout ça. Je fais du journalisme situé, je suis plus du côté du documentaire que du journalisme, que du reportage, parce que je ne m’embête pas à donner la parole à la FNSEA quand je vais faire une manif contre les méga-bassines ou aux irrigants. Je ne m’oblige pas à le faire, après je peux le faire si la situation s’y prête et si je rencontre un irrigant au détriment d’une méga-bassine. C’est un journalisme qui est impliqué dans une lutte, qui donne la parole à des gens qui luttent. J’appelais ça un écho sonore des luttes en cours, un compte rendu sonore, un instantané sonore. C'était à l’endroit qui me semblait pertinent, d'être là sur ces manifestations-là et donner à entendre ce qui s’y passe de façon différente à ce qui était balancé sur les médias d’information continue, BFM, en tout cas de compléter ce narratif-là. C’est d’autant plus important aujourd’hui à l'époque des vérités alternatives de Trump et même de la novlangue de Darmanin. Donner la parole aux militants, une parole non autorisée qui n’a pas accès au plateau ou rarement et qui est une diversité de parole.
Sylvain Lapoix
Je veux juste une petite anecdote avant de donner la parole à Lauren. Tu parlais de luttes situées. J’habite à La Rochelle et j’ai fait cette expérience très étrange de couvrir une manifestation monstre dans la ville où j’habite, où je vais déposer ma fille à l'école, où je vais acheter mon pain, où je vais bosser, où je sors boire des coups avec des potes, où je vois ma famille, mes amis. J’ai vu 8 000 personnes débarquer comme ça et marcher dans 99 % de la durée de la journée dans un calme total. Et 1 %, effectivement, ça a été un peu le chantier du fait de quelques éléments énervés, de certaines agitations. Je ne vais pas revenir sur le fait. Mais il se trouve que ma ville a été marquée par ça. Si vous allez à La Rochelle, encore aujourd’hui, vous voyez des tags, des lieux qui ont été abîmés, des lieux qui ont été dégradés par certaines personnes, et par une toute petite fraction de ces 8 000 personnes. Mais la majeure partie, au contraire, c'était très rigolo parce que La Rochelle est traversée par un parc du Nord au Sud, le Parc Cherouillet, et on voit des manifs du 1er mai, on voit les Franco. Les Franco, vous avez des bagnoles qui se garent sur la pelouse dans le Parc Cherouillet. Et là, on avait 8 000 personnes, 8 000 écolos, qui suivaient les chemins en se pressant pour surtout ne pas marcher sur l’herbe, pour ne pas abîmer le parc. Et quelques mois après, dans ma ville, donc, j’ai vu des tags sur la chaussée, notamment devant Chénine Amétéyé, pour l’anecdote, la fameuse pâtissière, qui disait « merci aux habitants de La Rochelle ». Et j'étais vachement frappé, et on m’en a parlé. Des gens m’en ont parlé en me disant « t’as vu, c’est les anti-bassines, ils ont remercié ». Et effectivement, ce jour-là, il y a des gens qui ont guidé les anti-bassines, qui fuyaient la répression policière, et des gens qui ont guidé les anti-bassines, qui voulaient trouver un endroit pour reprendre leur souffle, et les militants et militantes sont venus marquer l’espace, remercier la population, et ça produit son effet. Et c’est une lutte située, encore une fois. Et La Rochelle a gagné ce statut de lieu un peu, comme Melle, comme Sainte-Soline. Tu voulais dire un mot Lauren avant une dernière question ?
Lauren Boudard
Oui, parce que ça me faisait penser, ce que vous disiez tous les deux d’ailleurs tout à l’heure, à la créativité qu’il peut y avoir aussi aujourd’hui dans la lutte écologique, face à une répression monstrueuse. Ça me fait penser au Bruit qui court. Vous avez peut-être dû voir passer cette opération qui a eu lieu l’année dernière pour expliquer ce que c'était le projet de Total en Ouganda, en créant une fausse entreprise, en créant un faux projet, mais rapatrié cette fois en France, et ils ont été jusqu'à envoyer des lettres d’expropriation pour dire aux gens qu’il y a un oléoduc qui va passer chez vous, donc on va vous déplacer. Ça a fait prendre conscience aux gens, avec pas grand-chose, de la réalité de ce projet-là, et ça a fait prendre aussi conscience à plein de personnes des racines néocoloniales qui se cachaient derrière un certain nombre de projets industriels comme celui de Total en Ouganda. Je trouve que derrière ces nouveaux mouvements aussi, ces nouvelles manières de communiquer et d’investir le terrain médiatique, il y a aussi plein de choses chouettes qui se passent.
Sylvain Lapoix
Merci beaucoup, Lauren, ce sera le mot de la fin parce qu’on est en retard, mais il y a de la créativité, il y a des médias qui peuvent aussi aller là où il faut dans des luttes, il y a d’autres alliances qui peuvent se créer, des alliances intersectionnelles aussi avec des causes antiracistes, des causes anticoloniales, des causes antisexistes, et qui peuvent aller au-delà de ces barrières posées par ce cadrage sur le fait divers. Merci à toutes les trois pour votre concours, pour toutes ces informations. Merci à vous toutes et tous.

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