L’ex-inspecteur PJ devenu sociologue : Jean-Michel Schlosser
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Amis du café, amis du café, amis de la police, amis de postes. Bonsoir, il est 18h Certes, vous aurez des petits problèmes de transmission avec notre nouvel invité Jean-Michel Schlosser. Vous êtes là ? Vous êtes en direct. Votre nom ? Comment ? Comment ça se prononce ?
Schlosser
Il me plaît de vous demander de décliner votre identité. Vous êtes policier. Enfin, vous avez été policier. Vous comprenez bien que pour moi, c’est un plaisir de vous demander Votre. Votre. Votre nom ? Vous avez eu 35 ans. Dans la PJ, aux RG, à la formation de la police. On va parler de tout ça aujourd’hui. Vous êtes sociologue, vous êtes sociologue depuis combien de temps ?
Qu’est ce qu’une dizaine d’années maintenant ? J’ai commencé à devenir, si je puis dire, chercheur vers la fin, vers la fin de ma bande. Une fonction policière après une période de tuilage au moment où je me trouvais à la formation. Donc, ce qui était un avantage pour, d’une part, raccrocher un petit peu les humanités, poursuivre des études, reprendre les chemins de la connaissance à charge de la formation. C’est donc un peu ça aussi Dans quelle forme ? Depuis l'âge entre la fin de ma carrière à la formation et le début de par je ne dirais pas ma carrière parce que ce n’est pas sympa à 60 ans passé qu’on me répond qu’on engage une nouvelle carrière, mais ensuite, on devient chercheur.
Votre nom revient souvent dans mes dans mes lectures. Je vais plus longuement parler de ça. Mais la revue du Syndicat de la magistrature délibérée, dans laquelle vous avez écrit un papier sur la. La deuxième des infractions de la police judiciaire. Et c’est grosso modo beaucoup du sujet qui nous occupe. Là. Vous avez aussi dans Alternatives Non-violentes, écrit un papier. Il y a deux grands penseurs, on pourrait dire il y a Dominique qui revient souvent, et puis il y a Jean-Paul Brodeur à Montréal, que j’ai eu le plaisir de connaître quand je quand je suis allé vivre là bas. Brodeur, c’est notamment celui qui a inventé cette expression du chèque en gris qui revient souvent dans Le chat. Jean-Michel ne doit pas se raconter d’histoires. Au début, vous n'étiez pas très chaud pour venir dans l'émission.
Mais disons que je m’astreins à une voie que je respecte, que j’aime beaucoup qui pose du sérieux dans la recherche. Et je ne suis d’aucune façon un militant dans le sens de la défense de la police. Donc je ne me ferais pas ce soir l’avocat de la police, pas plus que je ne suis militant dans le sens de son accusation. Et donc je ne me ferai pas non plus de procureur ce soir. Je suis un chercheur qui essaie d’avoir un regard distancié avec cette particularité d’avoir un regard distancié et un petit peu plus affiné du fait effectivement de mon ancienne vie, si je puis dire, de mes 35 ans passés dans la police.
On m’avait confié un papier dont on parlera peu puisqu’il n’est pas encore paru apparaître, dans lequel vous expliquez votre regret de voir et d’entendre et de lire. Beaucoup de réactions sur la police plutôt que de la réflexion.
Oui, si vous voulez, il y a le problème de la police. Et ce n’est pas le seul, mais c’est sans doute on comprend pourquoi. Un fait social pour reprendre un peu les termes même si je veux éviter dans la mesure du possible de faire trop de sociologie, il y a ce soir avec des termes trop scientifiques et pourtant essayer et aussi le jargonnage policier de part et d’autre. Savoir peut être pas toujours être facile pour moi, mais plus facile je pense.
Pour le Charbonnage policier vous dites.
Jargonnage
Nous on aime bien entendre ça quand même, n’hésitez pas à trop nous expliquer.
. Oui et c’est vrai que la police, objet de fascination et de répulsion, ça restera, a déjà été dit. Brodeur l’a dit également d’ailleurs, c’est souvent l'émotion émotionnelle et qui s’exprime. Et puis il y a aussi beaucoup de bruit et de condamnation. Ces derniers temps, je travaillais, je travaillais encore, notamment sur une partie intéressante de la police qui est l’information. On en parlera peut-être. Oui, oui, je formule une critique principalement dans un premier temps, du fait de l’institution elle-même qui est très peu ouverte et qui se laisse très peu, voire sur laquelle il est difficile d’enquêter. Difficile d’enquêter sur les enquêteurs. Et de fait, et bien évidemment, le résultat fait qu’il y a parfois des choses qui sont un peu et qui sont un petit peu à côté de la plaque. Pour le dire de façon plutôt rapide et vulgaire.
On peut regretter que très peu d'études d’impact sur les réformes de la police nationale et vous, votre grand dada, c’est si je puis me permettre de ce que j’ai compris, c’est la grande réforme de 95 qui irrigue encore aujourd’hui de 1995 dont. A mon avis, il va falloir qu’on parle assez sérieusement aujourd’hui. Mais votre regret, c’est de dire qu’il y a de plus en plus de réformes, un rythme effréné, un rythme constant, et qu’il n’y a en fait jamais de leçons à tirer par l’institution, par les syndicats, par les policiers eux-mêmes. En partie parce que justement, c’est ce que vous faisiez. Vous étiez en train de dire, si j’ai bien compris, parce que finalement l’institution se refuse aux regards extérieurs, c’est bien ça ?
Et aussi tout simplement parce qu’il y a beaucoup de réformes qui ont lieu, sont suivies, qui sont principalement des réformes pardon, qui portent sur le sur les ressources humaines, sur les moyens, sur le matériel. A côté de ça, on mettrait les réformes qui ne concernent pas directement la police dans laquelle la police est directement concernée. C’est paradoxal, ce sont les réformes pénales et qui sont plus des réformes de justice et qui impactent, qui impactent de façon très importante la police, notamment la police judiciaire, la communication. On aura l’occasion d’y revenir, mais les policiers ont effectivement assez peu eu l’occasion et je dirais même l’envie de faire des constats dans le temps sérieux. Et puis c’est sur le résultat de ces réformes. La première raison, c’est que le policier et finalement c’est quelqu’un de très obéissant, de très républicain, de très démocrate, et que la loi, une fois passée, c’est la loi, on y obéit, et puis finalement, on ne cherche pas. A savoir si elle était bien, si elle était moins bien, elle aurait pu faire mieux. Je parle très rapidement.
Vous n'êtes pas en train de parler plutôt de vos souvenirs plutôt que du présent. Parce qu’aujourd’hui, on entend quand même beaucoup de voix contestataires de la police contre les lois qui sont posées, contre le regard qui est posé, etc. Aujourd’hui, on n’est plus du tout dans une police obéissante qui obéirait aux lois et aux ordres ?
Non parce qu’aujourd’hui, comme hier, vous entendez les syndicats, ce sont les syndicats qui ont leur intérêt, qui sont, comme je le disais d’ailleurs, dans une forme de militantisme, en l’occurrence militantisme syndical tout à fait tout à fait légitimes sur le terrain, plus critiques à formuler, mais qui restent du militantisme syndical. Alors, on sait que les syndicats ont un poids extrêmement important dans la police, à tout niveau, sur tous les sujets et dans tous les domaines, dans tous les compartiments du globe. Est ce que les syndicats, ou plus exactement la même chose, ou plus exactement. Est ce que tous les policiers font exactement ce que les syndicats disent ? Non. Donc, ce qu’il faut écouter, ce sont les policiers, les policiers, les policiers qui sont sur le terrain ou dans les bureaux.
Les policiers parlent peu, donc ceux qui sont soit autorisés à parler, soit ceux qui ont un mandat syndical sont précisément ceux dont on est en train de parler. Voilà, il faut aller chercher des policiers à la retraite ou alors il faut les chercher. Cas très rare, ce qui est le vôtre, des policiers qui sont devenus sociologues pour avoir une parole, j’entends une parole publique parce qu'évidemment on peut tous recueillir des confidences personnelles ou individuelles, mais c’est très difficile de percevoir, de prendre la température. La température, en fait, on l’a, on la prend de plus en plus, soit par la voix du ministre, soit par la voie des syndicats. Et vous vous dites que ce n’est pas la bonne température.
Vous l’apprendrez très difficilement parce que, comme vous l’avez dit justement, les policiers ne parlent pas. Ils ne parlent pas parce que tout simplement, ils n’ont pas l’autorisation de parler, étant tenus, disons, par un droit de réserve et un droit de réserve très important dans la police nationale et au-delà du droit de réserve. J’y ajoute d’ailleurs pour certains le secret de l’enquête et le secret de l’instruction. Mais je pourrais dire beaucoup de choses sur le secret de l’instruction, mais c’est un autre débat. Donc les policiers ne parlent pas. Seuls s’expriment effectivement les syndicats et vous aurez parfois des policiers en retraite qui s’expriment ou qui sont en dehors du ban de la société policière. Moi, j’observe et observe encore dans un passé récent que beaucoup de ces policiers qui s’expriment ont souvent, allez, on va dire, quelques. Quelques comptes à régler avec l’institution sont partis en étant quelque peu en délicatesse et constitueront ce qu’effectivement vous avez peu de témoins actuels directs qui sont en capacité ou en volonté de dépeindre exactement la situation. Et je poursuivrai terminerai sur ce sujet en disant qu' il est difficile de répondre à ce sujet.
Alors il y a un truc que vous connaissez bien, c’est la PJ. Vous avez travaillé combien d’années en PJ ?
En tout ? 17 ans, 18, 17, 18 ans
17 ans en PJ, c’est-à -dire ? Vous étiez au 36 quai des Orfèvres, vous étiez à Paris où vous étiez ailleurs.
Donc j’ai toujours été à Paris. Je dépendais, si vous voulez, administrativement du 36, puisque le 36 qu’il avait été et c’est lui qui a déménagé, était le siège de la direction de la police judiciaire qui couvrait tous les services PJ de la préfecture de police, à savoir à l'époque les commissariats PJ le quartier dans lequel j'étais pour faire comme les divisions, pour faire ce qu’on appelle aujourd’hui les districts de police judiciaire, mais qui se sont appelés auparavant les divisions de police judiciaire et qui se sont même appelés avant que j’ai connu cette époque là aussi, les brigades territoriales et puis qui comportent par lesquelles j’ai été et qui comportent également les fameuses brigades de direction, ce qu’on appelait les brigades de direction, à savoir les brigades les plus connues, la brigade criminelle, la BRB, la BRI, les stupéfiants, proxénétisme, les mineurs. Ça, c'était leur organisation des directions actives très actives de la PJ. Sachant qu'à côté de ça, bien sûr, il y a d’autres services extrêmement importants qui prennent de plus en plus d’importance. Je pense bien sûr à l’identité judiciaire avec le côté technique, scientifique aujourd’hui, qui devient, c’est presque vous dire, la part prépondérante des enquêtes de police.
Alors, ce qui m’a donné envie de vous inviter, c'était votre article La police d’investigation de la fascination, la désaffection qui est parue dans la revue délibérée, qui est la revue du Syndicat de la magistrature bien connue de nos services. Mais alors, avant de démarrer l’entretien en deux mots, c’est quoi la structure de la police judiciaire ? Et c’est quoi ces missions ?
La police judiciaire, c’est ces deux choses d’une part, cette ultime structure et d’autre part, ce sont des acteurs. Et d’ailleurs cette différence s’inscrit même puisque l’on parle lorsque l’on parle de la police judiciaire, structure et action pour expliquer de suite, on l'écrit dit avec un grand P et un grand J. Et lorsqu’on lit, on écrit les missions, les actes, les actions de la police judiciaire, c’est un peu coupé en petits J Oui, il y a même un distinguo à l'écrit, d’où l’importance. Alors la PJ structure la direction, c’est quoi ? C’est la direction de la police judiciaire telle qu’elle a été créée par Clemenceau. Je profite du début de cette citation pour rappeler que Clémenceau disait à l'époque que la police judiciaire est la seule police qu’une démocratie puisse avouer. La PJ, c’est donc une direction comme les grandes directions de l’administration, qui est chargée, conformément à l’article quatorze du code de procédure pénale. On ne va pas faire trop de devoirs ce soir. Mais c'était important d’identifier, d’interpeller et de déférer à la justice les auteurs de crimes ou de délits, crimes et délits prévus et réprimés par le législateur, c’est-à -dire qui se trouvent listés dans le code pénal. C’est la direction de la police judiciaire. C’est donc une direction, Là où on en parlait à l’instant de la direction de la Francisque et des Orfèvres, hein, la direction P.J. Il existe également son équivalent au ministère de l’Intérieur, la direction centrale de la police judiciaire, qui coiffe les grands offices centraux, les grands services centraux, la traite des êtres humains, l’Office central de la grande délinquance financière, etc. Ainsi que les délégations, les délégations interrégionales de la police judiciaire qu’on appelait les SRPJ auparavant. Donc tout un maillage territorial, ça, c’est l’organisation institutionnelle, administrative qu’on appelle la police judiciaire et qu’il faut distinguer d’autres directions que sont la sécurité publique, la police aux frontières, les CRS, etc. Et puis il y a la PJ dans le sens de la mission de police judiciaire. Cette mission de police judiciaire, ce sont les actes qui se réfèrent au fameux article quatorze que j’ai cité il y a deux minutes. Toutes les missions qui concourent à la mise en œuvre de ces actes par la réalisation de procédures qui sont des missions de police judiciaire à distinguer des missions de police administrative. Et en ce sens, ces missions police judiciaire peuvent être remplies bien évidemment par les fonctionnaires qui dépendent de la direction Grand P grandis par les huissiers, mais également par des fonctionnaires qui dépendent d’autres directions en sécurité publique.Vous avez les gardiens de la paix que vous voyez dans la rue que vous croisez tous les jours, qu’on appelle la police du citoyen, la police du quotidien. Mais vous avez également des gens qui font de l’investigation. Et ces gens là, bien, donc partent dans pas à la direction de la police judiciaire, remplissent malgré tout des missions de police judiciaire. Je prends un autre exemple. La Direction générale de la sécurité intérieure, dont la première mission est le renseignement. Eh bien, lorsque des agents de la DG établissent des procédures, alors principalement actuellement, s’agissant des affaires de terrorisme, eh bien, ils sont dans des actions de police judiciaire, ils font de la police judiciaire. Et ce qui veut dire qu' il n’y a qu’une seule direction de la police judiciaire, mais dans toutes les autres directions, on peut faire de la PJ, c’est à dire on fait des actes de police judiciaire. Tout ça pour faire la distinction entre les actes de police administrative et les actes de police judiciaire.
Jean-Michel C’est très intéressant ce que vous dites, parce que moi, je trouve que ça traduit quelque chose de terriblement ennuyeux. Je ne dis pas que vous êtes ennuyeux, mais je veux dire par là que pour finir, puisqu’on va parler de la désaffection de la PJ, mais une des raisons qui expliquent la désaffection, c’est l’idée qu’il y a une procédure de plus en plus lourde, qu’il y a justement des distinguo entre police judiciaire, police administrative, le chef qu’il faut contenter. Est ce que vous confirmez que, par exemple, c’est ce qui vous a fait quitter la police et éventuellement ce côté extrêmement lourd dans la procédure, dans les services ? Est ce que c’est ce que vous êtes en train de nous expliquer ? C’est Si c’est Brazil, c’est extrêmement compliqué. Il y a le service, le sous service, le sous service, etc.
L’Organisation ou les organisations administratives des différentes directions, des différents services de la police nationale. C’est extrêmement compliqué. C’est vrai que c’est un bordel, il faut le dire. Oui, mais vous le savez pas plus que d’autres générations. J’ai découvert donc, il y a quelques années, l’organisation du ministère de l'Éducation nationale et plus spécialement du ministère de L’enseignement supérieur et de la Recherche. Sacré bordel ! Aussi employer votre expression. Entre les acronymes, les différentes directions sous direction, bureaux, services, rencontres tirent profit de la lourdeur de la procédure dont on va parler. Ça n’a pas de rapport avec la avec la lourdeur si je puis dire, ou la difficulté d’aborder toutes les arcanes des différentes directions ou des différents services. La lourdeur de la procédure tient aux actes mêmes. Alors si vous voulez, on pourrait, pour faciliter peut être la compréhension, utiliser une autre expression à la place de mission PJ. Je vous propose d’utiliser le terme d’investigation. C’est pour ça que je parle d’une désaffection de l’investigation.
Jean-Michel. Aujourd’hui, la presse s’intéresse de plus en plus à des faux en écriture qui sont le fait d’officiers de police judiciaire. Vous disiez tout à l’heure Clémenceau ne revendique qu’une seule police, la PJ, comme la police la plus respectable, la plus belle et, et on peut le dire, c’est celle qui, effectivement, c’est celle de Maigret, c’est celle de Gabin, c’est celle du 36, quai des Orfèvres. Et voilà, c’est celle ci, celle qui est accompagnée de mythologie. Sauf qu’aujourd’hui, c’est aussi celle-là dont on apprend de plus en plus. Est ce que c’est un effet de loupe parce que les médias ont décidé de s’y intéresser ou est ce qu’il y a effectivement une nouveauté ? La PJ n’est plus aussi sacro-sainte qu’elle l'était. Vous êtes d’accord avec ça ou pas ?
Et est ce que vous faites référence aux articles de presse qui concernent très récemment l’affaire de Virgin.
Entre autres, mais pas uniquement ? Ce sont bien des OPJ ?
Là encore, je vais devoir devenir un petit peu plus complexe. Excusez-moi. Les OPJ et les PJ parce qu’il n’y a pas que les officiers de police judiciaire, il y a aussi des agents de police judiciaire qui concourent à la fin.
C’est encore plus petit. PJ C’est tout petit.
Alors pour non, pour le dire, ce sont des gens exactement à la même fonction et les mêmes missions que l’origine. La seule différence, c’est qu’ils disposent de moins de droits. Leur qualité judiciaire ne leur octroie pas autant de droits qu'à l’OPJ par exemple. Ils n’ont pas le droit de mettre en garde à vue, ils n’ont pas le droit de faire des et de mener des perquisitions. C’est la différence.
Et sur les faux alors, qu’est ce que vous dites sur les faux en écriture ? Sur le fait qu’il y a eu. Est ce que ce qu’on appelle en langage employé un peu de jargon, l’habillage, un peu de cuisine interne où on modifie des choses ?
C’est absolument d’une part interdit par la loi et d’autre part ontologique. Voulez vous que je vous dise Au début c’est ma réaction et en plus. Je ne vois pas l’intérêt que ça a passé si ce n’est pas vraiment constructif par principe. C’est condamnable, c’est interdit et à terme ça ne sert à rien dans la justice. La justice va passer et la justice bien évidemment va découvrir et fera le lit de ses de ses erreurs qui sont plus que des erreurs, qui sont des fautes.
Quand vous lisez des choses comme ça, qu’est ce que vous ressentez au fond de vous ?
Ça me dérange parce que, encore une fois. C’est. C’est contre la loi. C’est contre productif. Permettez-moi de vous citer Achille, parce que je ne sais pas si on aura l’occasion d’en reparler, mais c’est aussi très important. Et il y a un film qui est sorti il y a des années. C’est proche de la réalité. Il s’appelait La guerre des polices et on passe donc cette heure et cette réplique à Claude Rich dans le film qui dit je cite et je trouve ça très vrai. Moi. Vous savez, je m’en fous. Je serais même à la limite un excellent fouteur de bordel. Moi, ce qui compte pour moi, c’est la loi. Et bien vous avez trouvé le PPJ dans cette phrase. Et c’est à partir de cette phrase que je résonne, à la fois éraillée et à la fois air et accent aigu. A propos de votre question sur les En écriture, c’est la loi qui compte.
J’ai lu dans Sous votre plume une ritournelle, dites vous au moins un inspecteur. Il inspecte un officier. Il fait quoi ? Il officie ?.
Alors que pour la garde, il y avait deux polices où les deux formes de police. D’un côté, vous aviez la police en tenue qui, comme son nom l’indique, était des fonctionnaires, portait l’uniforme. Et donc il y avait deux types de missions. Deux grands types de missions régaliennes. La première, c'était la sécurité publique, la police de tous les jours. Il y avait la police pour les patrouilles d’otages telle qu’on la connaît aujourd’hui. Et puis le deuxième, pendant qui était l’ordre public, l’ordre public qui concernait le maintien et le rétablissement de l’ordre public. À côté de cette police en tenue. Vous aviez la police en civil, la police dite en civil qui, comme son nom l’indique, était composée de gens qui ne portaient pas une barbe et avec également à leurs propres moyens leurs propres missions, s’appropriera cette police en ville. Elle couvrait les autres missions régaliennes, à savoir l’investigation judiciaire, la police judiciaire, puis l’investigation en sécurité publique. Mais le côté gâteau concerne uniquement ceux qui font des enquêtes. Et puis l’autre grand pan, régalien également. Ce qui est de l’ordre. Du renseignement, ce qu’on qualifie aujourd’hui de renseignement intérieur. On qualifiait à l'époque de renseignements généraux un sigle qui relevait du compagnonnage et de la garde, de la défense des intérêts fondamentaux de la nation, c’est à dire la DST, voire de la DG.
Je vous coupe une seconde, Jean-Michel, puisqu’ici, dans le Châtelet, les gens sont curieux. Quand vous étiez RG, vous étiez RG à Paris ou pas ?
RG Paris.
Juste pour que chacun sache, Il a eu affaire à vous ou pas, quoi ? Voilà.
C’est ça. Et si d’aventure vous avez une question mais que faisait il exactement à Paris ? Évidemment, je ne répondrai pas tout de suite.
Évidemment. Mais on le saura tôt ou tard.
Au delà de l’aspect civil d’un côté, tenu de l’autre, qui n’est finalement que l’arbre qui cache la forêt, il faut savoir qu’il y avait derrière tout un ce que j’appelle moi un pan de professionnalisme. C’est-à -dire lorsque vous rentriez dans la police en fonction évidemment du niveau de diplôme qui était requis. Par exemple, vous n’aviez pas le bac, et bien vous étiez joué à être gardien de la paix ou enquêteur, Vous saviez comme étant gardé rentrant comme gardien de la paix. Vous feriez et vous ne feriez que de la sécurité publique. Ou de l’ordre public du maintien dans.
La sécurité publique. Il faut dire ce que c’est un discours.
Il faut que la police soit plus qu’on voit tous les jours dans la rue. C’est le commissariat du quartier police pour les bacs aujourd’hui à Lille.
On vous demande les féminicides sont classés dans quelle catégorie ? Vous l’avez dit, les féminicides seront homicides. Donc c’est la PJ avec une grande pédagogie.
Alors je vais encore vous décevoir.
Mais ça devient pénible.
Je vais encore vous décevoir. En principe, en principe oui. Mais seul le parquet qui a l’opportunité des poursuites, a également l’opportunité de saisir tel ou tel service. Et c’est un homicide dont on peut penser détenir les tenants et les aboutissants dès le début de l’enquête. Parce qu’il y a déjà beaucoup de preuves. Ou tout simplement parce que l’auteur est déjà sur place. Le procureur de la République peut décider de saisir un service moins important.
Sur le distinguo entre les missions des uns et des autres, alors qu’ils font de la PJ avec ou sans majuscule. Est ce que cela signifie qu’il y a dans les commissariats les chevaliers et les seigneurs ceux qui sont particulièrement. Euh voilà les cadors qui seraient la PJ avec les majuscules et les autres ? Ou est ce que, au fil du temps, avec l’apparition notamment des BAC, les seigneurs ne sont pas devenus plutôt bons ? Ceux qui font des interpellent, ceux qui saute dessus et qui sont plutôt ce qui attire, notamment les jeunes recrues. Moi, c’est ce qu’on me dit.
Alors c’est à la fois très vrai et à la fois très faux. Oui, bien sûr, il y a qu’il y a quelque chose de l’ordre de la caste de. Vous avez en vous une paire de chevalerie. Je le reprends à mon compte. Il est très juste. Les Seigneurs de la guerre, c'était la PJ à une certaine époque, quand j'étais jeune policier, on me disait qu’il n’y a pas de petite ou de grande affaire, il y a des affaires, donc il n’y a pas de petits ou de grands policiers. D’abord parce qu’on n’est jamais un policier, seul un policier tout seul ne fait jamais rien. C’est du travail d'équipe. Mais c’est vrai que pendant très longtemps, la PJ a été considérée comme étant un peu l'élite, si vous voulez, de la police. Et alors cette guerre, j’emploie le terme à dessein. Cette guerre, elle était très importante justement à l'époque où il existait une police en tenue et une police en civil. Pour info, je lis pour vos auditeurs depuis 95, tous les policiers sont dotés d’une tenue d’uniforme où j’irai peut être un peu dans votre sens. Et j’ajoute malheureusement, c’est qu’on voit de plus en plus ces dernières années que la PJ délaisse délaisser un petit peu la partie terrain au profit d’unités spécialisées. Moi, mon époque n'était pourtant pas si mal que ça. Je suis un diplodocus, n’en parlons pas encore quatorze pour me donner mon âge. Lorsqu’on nous demandait d’aller arrêter quelqu’un le matin à 6 h par exemple, et d’y aller nous mêmes, aujourd’hui, de plus en plus, on envoie des unités spécialisées, alors les battre. Mais on voit même la barbe. Il y a quand même toujours cette différence qui fait que oui, peut être que les rois de l’enquête et des grosses affaires, puisque ce n’est pas écrit comme ça, resterait la PJ, c'était les premiers du classement, on voyait qui choisissait la PJ.
Est ce que policiers en civil ou ans en tenue doivent porter le brassard ? La question du brassard est une question qui revient souvent. Le brassard c’est une question de Lila.
Par les policiers en tenue qui sont en plus l’uniforme ? Évidemment non. En revanche, bien évidemment, à partir du moment où le policier en civil doit porter son brassard, puisque c’est justement là la façon de la passion d’identifier, étant entendu qu' il ne doit porter son brassard qu' au moment de l’interpellation.
Revue délibérée dont je parle depuis tout à l’heure la police d’investigation de la fascination, La désaffection. Jean-Michel Schlosser, c’est vous. Et vous nous donnez les raisons principales de cette désaffection : manque de reconnaissance, réponse pénale insuffisante, distanciation relationnelle avec les magistrats, mais surtout lourdeur de la procédure qui, malgré les promesses d’allégement, s’est encore complexifiée. Tels sont les principaux griefs des enquêteurs aujourd’hui, que les enquêteurs expriment aujourd’hui. Alors que le mot investigation continue d’exercer un attrait dans la profession.
On rentrait dans la police pour être inspecteur, pour arrêter des voyous, pour faire de la procédure, comme d’autres rentraient dans la police, pour faire du secours aux blessés, du secours aux victimes ou du maintien de l’ordre en 95. Tout ça a été versé puisqu'à partir du moment où il n’y a plus de distinguo dès l’entrée, aujourd’hui, quand un jeune rentre dans la police, il ne sait pas s’il y va de l’investigation. Ce n’est pas du renseignement, ce n’est pas du mental. Il ne sait pas. Il le sera à la sortie de l'école. Au moment du classement en fonction.
C’est le classement qui va décider ?
Tout à fait
Est ce que c’est ce que vous demande Rachid ? Est-ce que cette frustration à l’affectation ? N’expliquent pas certains problèmes de la police.
Je ne pense pas parce que c'était pareil il y a 30 ou 40 ans. On ne savait pas non plus avant 95. Si vous passiez un concours en civil, vous étiez sûr d'être en civil, vous n’avez pas vous retrouver en tenue ? Et si vous passiez en tenue, vous ne vous seriez pas retrouvé en civil. Donc ça limitait déjà la sortie. Vous saviez qu’étant passé le concours d’inspecteur en 95, vous allez vous retrouver où ? La terre de l’investigation ? Ou du renseignement.
Dans les raisons de la désaffection. Il y a des choses qui m’ont étonné distanciation relationnelle avec les magistrats.
Les relations avec les magistrats ont changé. Pendant des années, je voulais. Les policiers de PJ avaient l’impression, qui était une impression assez juste d’ailleurs, d’avoir à côté d’eux, en face de lui, à côté d’eux, des magistrats, procureur de la République pour le parquet et juge d’instruction qui allait dans le sens de l’enquête qui allait dans le sens de aller, pour le dire un peu, la défense de la veuve et de l’orphelin. Et on est tous dans le même bateau et on est là pour arrêter des voyous, mettre fin au délit et on collabore dans le cadre de l’enquête, etc. Aujourd’hui, ses relations, ses relations ont changé et c’est vrai que les policiers, en tout cas les jeunes policiers m’ont été que je me suis entretenu, font remonter qu’il y a eu une plus grande distanciation sociale au sens de la distanciation sociale dont auraient pu nous parler Bourdieu. Je suis magistrat, j’ai fait l’ONG Bac plus huit alors que vous êtes gardien de la paix, vous avez à peine le bac en costard chez les magistrats dans cette montée, plus dans le sens que de celui qui sourire exprimait que j’exprime il y a deux minutes, c’est à dire est ce qu’on n’aurait pas affaire à des censeurs plutôt qu'à des gentils qui sont épaule contre épaule avec nous dans la lutte contre le banditisme ? Petite digression, permettez moi, mais très rapide, je vous rassure.
Allez y, allez y, on a le temps ici, vous savez, vous êtes au poste. Moi, j’ai droit à 48h avec vous. Ne soyez pas inquiets, soyez inquiets.
Petite digression sur la folie du droit. Très rapidement, le droit pénal français, de tout temps, la victime, il s’en fout du droit pénal, c’est la victime, ça l’intéresse pas. Ce qu’il espère, c’est le dommage causé à l'état causé à la société. D’où le parquet et le procureur de la République. Et puis l’auteur est où les droits de la défense là ? Il y a que ces dernières années, ces 20 ou 30 dernières années, c’est tout récent dans l’histoire du droit pénal français qu’on a vu apparaître des positions, mais également de décisions qui vont beaucoup plus dans le sens de la défense de la victime, du droit des victimes, de la reconnaissance du droit des victimes. Les policiers estiment que cette prééminence accordée aux droits de la défense oblige de facto. A l'écriture procédurale de procès verbaux les petits pas par dizaines pour préciser des choses qui sont anecdotiques.
Je vous cite ou plus exactement dans la revue délibéré syndicat la magistrature qu’on a reçue ici, bien connue de nos services, comme je le disais, je cite Patricia, que vous citez. Ce qui compte aujourd’hui, c’est le temps de l’information à tout prix. C’est ce que vous étiez en train de dire, j’ai l’impression. La transmission d’informations à la hiérarchie, le temps judiciaire n’est pas leur temps. Avant, c'était plutôt en fin d’enquête. Maintenant, c’est à chaque étape, presque toutes les dix minutes. En plus de ça, il y a tous les tableaux, les statistiques qui sont demandées par semaine et par mois. On finit par se dire commandants fonctionnels. PJ On n’est plus là pour eux, on n’est plus là que pour faire des stats. La grande question devient quand on enquête.
C’est le pendant de 95 ? Quand je dis tout à l’heure, je vais revenir à 95. Il y a d’une part tout ce travail énorme de compte rendu pour les droits de la défense de procès verbaux qui sont très anecdotiques. Mais il faut rajouter à ça deux choses qui là aussi un fait que beaucoup de gens veulent quitter l’investigation. Le poids de la hiérarchie qui effectivement, comme le dit cette fonctionnaire que j’ai cité là où la hiérarchie venait s’enquérir il y a quelques années, au bout de 24 ou 48 h de garde à vue, qu’en est il de l’affaire ? Aujourd’hui, c’est tous les cinq minutes.
Il faut filmer, mais ici, tous les cinq minutes. Pour qui ? Pourquoi ? C’est quoi l’intérêt ? Qui demande toutes les cinq minutes ? C’est BFM. Si c’est Nous qui appelle, c’est quoi ? C’est Dominique qui veut savoir ce qui se passe.
La direction et la hiérarchie administrative.
Oui, mais qui demande à la hiérarchie des comptes toutes les cinq minutes ?
Au delà des commissaires, vous avez des contrôleurs, on a des contrôleurs, vous avez des préfets. Mais. C’est l’administration, mais alors c’est multiplié.
Et derrière, par exemple, c’est l’informatisation qui permet ça.
L’informatisation, elle a obligé ou elle a entraîné un surcroît de travail qui est de l’ordre du troisième facteur que je vais vous citer et qui vient, qui est également un avatar de 1995. C’est la fameuse LOLF, loi d’orientation sur les lois de finances qui a entrainé son armée et RGPP non pas des renseignements généraux de la Préfecture de police, mais révision générale des politiques publiques et qui ont amené l’administration dans une dimension comptable plus qu’une dimension policière au sens de la sociologie des professions, si vous voulez. Et cette détermination comptable, alors ? On se souvient, c’est les indicateurs de performance. Voulus notamment par le ministère de Sarkozy. C’est la culture du résultat. Alors, tout ça a entraîné les services à avoir des missions qui sont venus grever en plus leur temps et leurs travaux, qui sont des missions relevant, pour le dire simplement, du contrôle de gestion. Et c’est la raison pour laquelle cette enquêtrice vous dit : Quand est ce qu’on enquête ?
Je me fais l’avocat du diable. J’adore ça. Surtout, surtout face à un policier ou un ancien policier. C’est comme ça. J’ai des copains avocats. Ils me disent mais quand les policiers se plaignent de ça, en fait, ce qu’ils oublient, c’est de dire qu’il y a des logiciels qui sont tout prêts, notamment pour les PV où il y a quand même beaucoup, beaucoup de choses qui sont déjà préenregistrées. Par exemple l’introduction du PV, nous entendons Monsieur Machin à tel endroit, etc. Et que finalement, lourdeur procédurale, certes, mais il y a aussi des applications, des logiciels qui y allègent des choses.
Ce dont ils parlent s’appelle le VLR, PPL, logiciel de rédaction de procédures de la police nationale. Pour aller vraiment très vite sur Alerte PPL, il faut parfois être informaticien. Je force le trait, mais très peu. C’est un logiciel dont tous les procéduriers vous diront énormément de mal. Alors oui, il a été fait pour aller plus vite, mais en fait son utilisation effective tous les jours pour des raisons qui sont on prendrait trop de temps, là ce serait trop technique. Mais si vous avez l’occasion un jour d’aller voir ça dans un service de police, faites vous expliquer à l’ERP par un enquêteur. Vous allez voir, c’est sa bouteille à l’encre. Voilà donc en fait d’aller plus vite. Bah ça.
J’accélère parce que je vois que le temps passe. Dernière citation de votre article vous écrivez dans la revue délibérée Les jeunes officiers se voient promettre le commandement d’unités plus importantes et se tournent maintenant prioritairement vers les services de sécurité ou d’ordre public plutôt que la PJ qui leur permet l’exercice d’un véritable commandement, trait commun à la nouvelle évolution du corps. Donc si je comprends bien, il vaut mieux aller en bac ou en ou en sécurité publique si on sait si etc. Parce qu’on sera plus vite chef, c’est ça ?
Alors en tout cas vous aurez, vous aurez plus vite chef en terme de grade donc ce sera pareil. L’avancement est automatique. En revanche, vous aurez. Un véritable commandement, c’est-à -dire beaucoup plus de personnel sous vos ordres. La PJ, ça reste des petites équipes de quatre, cinq ou six ou huit grand maximum. La réforme de 95 à engager aussi avec la LOLF. Un grand changement de mentalité dans la police. Et aujourd’hui on rapproche aussi Que font les PJ ? On en est plutôt au niveau des officiers. Une vocation gestionnaire plutôt qu’une vocation d’enquêteur.
Ça revient souvent dans votre sous votre plume. L’idée que les jeunes, les jeunes policiers rechignent à faire des heures sup ou auraient perdu l’allant des générations précédentes comme la vôtre, est ce que ce n’est pas un discours un peu de vieux schnock ?
Je le pensais au début, je le pensais au début et je me suis aperçu là encore en allant sur le terrain et en faisant des entretiens ou des observations, que malheureusement, non, ce n’est pas, ce n’est pas un discours de vieux schnock.
Je viens de mettre à l'écran un article que vous avez cosigné avec Frédéric Octo, sociologue réputé s’il en est. La fin d’un modèle de sécurité publique à la française. Je vais juste citer une chose de cet article parce que je voudrais vraiment qu’on passe à l’information. Vous expliquez la politique du chiffre avec ces termes. La politique du chiffre qui est arrivé de manière massive avec Nicolas Sarkozy en 2005 mais qui était un peu dans les tuyaux avant, je vous cite Dans la lente mutation de l’appareil de sécurité publique français, la pénétration de l’idéologie managériale, de la réédition de la reddition des comptes par les indicateurs de performance ont contribué à saper les fondements de stabilité du modèle entre guillemets au cours des années 2000. Comment vous, vous l’avez ? Parce que je pense qu’en 2005, vous étiez encore en fonction. Ça s’est traduit comment et comment avez-vous ressenti les choses ?
Exactement de la façon dont on vient d’en parler depuis dix minutes, à savoir que la politique du chiffre est la toujours plus ou moins existante dans la police. Et quelque part, on ne peut pas, on ne peut pas entièrement la condamner et le policier doit rendre des comptes. Ce policier doit exercer son métier et expliquer ce qu’il fait, comment il le fait et quels sont les résultats qu’il a.
La garantie des droits de l’homme nécessite l’instauration d’une force publique pour le bénéfice de tous et non de l’intérêt particulier de ceux qui l’emploient. C’est-à -dire que la police est au service du peuple et elle agit ouvertement.
Au service du peuple. Il faudrait en parler avec des constitutionnalistes qui n’ont peut être pas la même vision, mais ce sera un autre débat. En revanche, on va trouver un point d’accord. Je pense que de ce fait, elle a des comptes à rendre. Il y a eu une dimension nettement, nettement managériale qui est arrivée et qui a ciblé pratiquement. Loyer, si je puis dire pour le terme est peut être un peu fort, mais noyer certains services de police où une demande de l’aide de deux chiffres de paiement, c'était un travail administratif a été très conséquent. C’est vrai que ça a un petit peu déstabilisé le policier qui de d’enquêteur, qui avait des responsabilités pénales, judiciaires, plus des responsabilités managériales, d’encadrement d'équipes basses et tout d’un coup mué en administrateur.
Le tchat réagit beaucoup en disant que la politique du chiffre s’est surtout abattue sur les classes laborieuses, les classes inférieures, pour arriver à, pourrait on dire, puisque ce qu’il y aurait des classes supérieures, etc. Si vous êtes d’accord avec ça. Est ce que finalement on est allés pour faire du chiffre, emmerder plutôt les classes, les classes laborieuses selon le vieux principe du XIXᵉ siècle, classes laborieuses, classes dangereuses.
Alors je ne sais pas. Alors il est évident que je vois à quoi vous faites référence et vous avez raison. Le fait de devoir augmenter absolument le chiffre en multipliant des affaires qui sont faites rapidement, c’est-à -dire après sur la législation sur les étrangers ou des petites infractions, la législation sur les stupéfiants, on conduit effectivement des opérations en direction d’un public qui est, comme aurait dit Bourdieu.
Je ne sais pas si vous l’avez dépeint tout à l’heure.
C’est ça. Il faut rapprocher.
Il y a beaucoup de bourdieusiens dans la police. On a arrêté la machine à café. On discute quand même un petit peu, non ? Vous avez dû vous sentir un peu seul quand même, non ?
Ah oui, mais je ne sais pas.
J’ai l’impression qu’il y a une question de Lightman. Est ce qu’il y a des conflits importants de génération dans la police ?
Non, parce qu’il y a toujours eu une relative euh non plus une relative d’ailleurs. Il y a toujours une différence importante des jeunes vis-à -vis de leurs anciens. On rentre dans une maison qui est difficile, dans un métier qui est difficile, dans une maison qui était, qui est fermée, qui ne pardonne pas beaucoup. On va faire un métier difficile, on va faire un métier qui est dangereux. On reconnaît aux anciens le fait qu’ils vont nous aider. Est ce que ce seront eux ? Non. Maître d’ouvrage, si vous préférez. Et puis ensuite, il y a une forme de tuilage qui s’effectue. Les générations se succèdent, se passent la main. Non, il n’y a pas de. Je dirais que ça se passe plutôt bien.
Alors il y a un effet, il y a un effet étrange et que d’un côté, je crois que vous avez tout à fait raison, c’est à dire que les gens qui sont recrutés sont recrutés avec un niveau bien supérieur à 20 ou 30 ans. En revanche, on les accepte avec sept sur 20.
Oui, et ça c’est la problématique d’une part, et de l’intégration dans le camp des garants de la paix des ADF, a besoin de sécurité, a empoisonné la police nationale. Et puis c’est aussi indirectement le résultat du renforcement des recrutements dus à la baisse des effectifs. Un recrutement de masse s’effectue toujours pour. Ou contre la qualité ? Et bien évidemment, on ne peut pas ne pas faire à la fois de la masse et l'élite politiquement être de l'élite. Mais ça, ce sera un autre débat. Mais évidemment, ça va un peu ce qui se passe en ce moment. Il y a eu des gens qui ont été pris à des niveaux faibles, y compris au niveau physique d’ailleurs, ce qui peut poser problème avec eux aussi. Un problème physique important qui touche aussi les jeunes policiers comme les jeunes Français, c’est l’obésité. Voilà encore un sujet dont on pourrait parler qui est important.
Alors on aborde le dernier tournant de l'émission, qui est celui de la formation notamment. Alors, vous, vous avez été formateur combien de temps ?
Onze ans.
Ah ouais, quand même. Plutôt en fin de carrière, j’imagine.
J’y ai terminé ma carrière..
La formation C’est un placard où c'était une volonté de votre part ?
Non, c’est une volonté de ma part.
Vous vouliez transmettre et transmettre quoi ?
Transmettre les bonnes pratiques, transmettre le métier. Au départ, la procédure pénale. Et puis, très rapidement, j’ai quitté le monde de la procédure pénale pour entrer dans celui des sciences humaines et j'étais alors là encore un peu une sorte d' OVNI, puisque j’ai commencé à essayer modestement d’intégrer quelques contenus avec des colorations un peu HS sciences humaines et sociales si vous voulez, dans la formation des policiers. Alors via le management au départ, en essayant d’avoir un management un petit peu plus ouvert, un petit peu plus moderne, et puis et puis après, directement, en essayant de parler un peu de sociologie, un peu d’anthropologie, et pourquoi pas même de philosophie à l’occasion de d’exposés sur la déontologie ou la déontologie, c’est bien, mais l'éthique c’est mieux. Voyez ce que je fais à la formation.
Si j’en crois la lecture de cette petite brochure publiée par la brochure qui s’appelle Alternative Non-violente, quelque chose qui existe depuis les années 70 dans le numéro 198 de mars dernier 2021, il y a un dossier police, police, forces de l’ordre ou gardiens de la paix, point d’interrogation dans lequel vous vous intervenez là aussi, au titre justement d’ancien formateur de police, ancien policier vous même, hein ? Un outil à réinventer. Des contenus à repenser, dites-vous. Et alors, vous vous démarrez sur le Beauvau de la sécurité en expliquant votre désarroi. On va dire ça comme ça. Un bureau de la sécurité dont effectivement, la deuxième table ronde, je crois, portait sur la formation. C'était le vide abyssal avec une seule chose qui était à peu près prévue, qui était de dire qu’on pourrait monter une police « Police Academy », une académie de police à l’américaine. Quand Gérald Darmanin. On parlait et c'était quelque chose qui semblait un peu loin. Et puis je crois que c’est Macron lui-même ou Castel, je ne sais plus. Un des deux qui a annoncé qu’il y aurait une académie de police sur le modèle américain, ça vous fait doucement rigoler, j’imagine.
C’est un des vieux serpents de mer, l’Académie de police sur la parole du printemps. Euh. J’ai entendu parler d’une académie de police à Bordeaux, après à Lyon récemment et à Montpellier. En fait, c’est quelque chose qui est évoqué depuis des années et qui ne voit pas le jour. Alors à mon avis, y aura des fruits plus importants. Mais cette académie de police au moins, permettait une chose à dire. J’aurais aimé pouvoir l’hétérogénéité des ruines et des carrières, faire que les commissaires puissent avec autorité et garder leur rigueur et que les informations de départ soient plus mélangées entre les bornes.
Alors je me demande si vous n’avez pas posé quelque chose sur votre micro parce que tout d’un coup votre voix est très sourde. Vous expliquez qu’en fait, dans la formation de policiers, les différents corps de police qui vont être amenés à travailler ensemble pendant des décennies, en fait, ne sont pas formés ensemble ou très peu.
Eh bien ça a toujours été ainsi. Les commissaires sont formés, ont leur propre cursus de formation initiale en école, dans leur école. Idem pour les officiers, idem pour les gardiens. Alors un petit bémol tout petit bémol très rapidement, ça il commence à y avoir actuellement, mais c’est tout nouveau. Il commence à y avoir des modules en début de formation où pendant une semaine ou quinze jours, on mélange les publics, notamment entre les commissaires et les officiers. Alors est ce que c’est précurseur ? D’accord, il est trop tôt pour le dire, mais en tout cas mais c’est un tout début.
C’est 1000 choses à te dire dont je parlerai après la pause, quand on se quittera, parce que j’ai eu le plaisir de le croiser à la manifestation de samedi. Mais il avait. Il rappelle quelque chose, c’est que la lumière est un peu faible dans les écoles de formation en France puisque, dit il, en France, on devient flics armés en huit mois maximum un an contre deux ans et demi par exemple en Allemagne. C’est un vrai problème je trouve, dit-il. Et ça illustre à un recrutement accru de policiers pour le maintien de l’ordre depuis quelques années.
Moi, je serais plutôt dans le sens d’une augmentation en temps de la formation. Maintenant, attention aux comparaisons européennes. D’abord, comparaison n’est pas raison. Et en plus on parlait tout à l’heure de la dimension constitutionnelle du devoir de police. La majorité, la plupart des polices européennes n’ont pas été construites et instruites sur le modèle de la police américaine centralisée française au service de l’Etat, même si elle doit être au service du peuple. Donc ils ont une vision de l’utilisation des policiers qui est tout à fait différente et de ce fait, demande une formation qui. Notamment sur les sciences humaines et sociales, est beaucoup plus renforcée que la formation française.
En on est bien d’accord. En France, ça n’existe pas. Je ne vous parle même pas de Bourdieu. En école, en école de police, il n’y a rien sur la sociologie.
Rien du tout, rien du tout. Et de façon institutionnelle dans les programmes, il n’y a pas de sciences humaines et sociales dans la formation des policiers. Je le dis, et c’est peut être la seule chose sur laquelle je serais militant. Les policiers français ont une formation qui à la base et trop sur le juridique et ils ont cette vision binaire, si je puis dire, du bien ou du mal. La société vous avez les gens, les méchants et vous avez les gentils. Vous parliez de classes laborieuses, classes dangereuses tout à l’heure. Eh bien, parlons, si vous voulez, de Robert Castel et de son livre sur la Sécurité sociale. Voilà tout un pan qui pourrait être criminologique ou criminologique et qui n’est pas regardé dans la formation des policiers. Parce qu’encore une fois, d’un côté j’ai la gentille victime et d' autre côté le vilain braqueur. Sauf que la réalité est autre et que les prémisses, qu’on les écrive avec deux thèses ou avec un c. Ce sont des choses qui sont ignorées du monde policier. Et je crois, je crois et je crains que les jeunes policiers aujourd’hui ne soient pas suffisamment armés.
Intellectuellement veut dire armés intellectuellement.
Bien évidemment. Soit pas armé intellectuellement, donc. Pour faire face à des situations dont ils n’ont pas la solution, le policier n’a pas la solution pour loger les sans domicile fixe. Le policier n’a pas la solution pour donner à manger aux gens qui sont sous le seuil de pauvreté. Donc vous voyez ce que je veux dire ?
Comme ça fait déjà 2h que je vous tire. J’ai bientôt lâché Jean-Michel, mais j’ai quand même quelques questions que je voudrais vous poser. Il y a un expert qui vous demande est ce que la gestion des émotions est enseignée aux policiers ?
Comme aurait dit ma directrice de thèse, c’est esquisse d’un survol.
Mais mieux radical, vous dites ? Vous vous demandez est ce que le fait de ne pas introduire de sciences humaines ou sociales n’empêchera pas créerait peut être une aliénation ? Aboutissant à un manque de sens qui ferait que certains policiers iraient au suicide ?
Pour moi, oui. Mais je me pose la question. Je ne peux que vous répondre oui bien évidemment
J’ai une question sur la vraie question, dit-elle. Ou, dit-il, je ne sais pas. Sur la défiance des policiers à l'égard des magistrats, donc on revient en arrière. Est ce qu’il n’y aurait pas un peu de lutte de classes inconsciente là dedans ?
Alors deux choses défient, non, je ne connais pas le terme sur l'évocation d’une possibilité de lutte de classe. Dans certains cas, je pense que oui. Je pense que oui.
Expliquez-moi pourquoi vous ne reviendrez pas au poste. Vous avez l’air de dire que ce n’était pas possible. Pourquoi ?
Ben tout simplement parce que vous êtes sans doute un des derniers à qui je parle de police dans le cadre de la recherche, parce que je ne m’intéresse pas qu'à la police. C’est vrai que la police reste un objet sale de la recherche et qu’elle se dérobe au projet de connaître. Même si aujourd’hui il y a de plus en plus de chercheurs qui travaillent sur elle, sur la police. Mais le sujet m’intéresse toujours. Mais il y a aussi beaucoup d’autres sujets qui m’intéressent, dont il faut se garder du temps pour aller investiguer d’autres, d’autres et d’autres endroits. Et la musique va me prendre aussi beaucoup de temps.
Donc quel genre de musique ? Attendez, attendez. Quel genre de musique a le jazz ?
Je voudrais vous citer une phrase qui pour moi reste très importante dans ce domaine et ce serait bien qu’on termine là dessus.
Marie-France Monney J’ai lu lui qui a été la dernière patronne avant Brigitte Julien de l’IGPN et qui avant s’occuper à l’essai une commissaire et qui avant s'était occupé de la communication place Beauvau.
Tout à fait, et qui a été aussi longtemps la formation. Et lorsque je lui ai posé la question de la réforme de la police, elle m’a dit une chose à laquelle je crois et très, très sincèrement, tant que les policiers sont persuadés de réussir tout seul, on n’avancera pas. Pour me concentrer sur le jazz, je vais essayer de faire un petit peu de pub. Allez sur Couleur Jazz sur le site couleur jazz fr et vous y direz toutes mes chroniques de jazz puisque je vous fais également de la critique de jazz.
Attendez, attendez, on va faire ça en direct.
C’est une radio. Il y a une vingtaine ou une trentaine de chroniques récentes dans tous les styles.
Merci beaucoup, Jean-Michel. Je vous dis à la revoyure, On vous libère. Merci d’avoir pris le temps de nous parler de la PJ.On n’a pas beaucoup parlé des RG, mais enfin, j’ai senti que vous n’aviez pas très envie d’en parler.Je vais me renseigner avant de vous interroger là-dessus et sur la formation. Voilà. Merci, merci beaucoup. Bonne soirée à vous. Au revoir.
