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La France a un problème avec l’alcool

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Transcription de l’émission

Nora Bouazzouni
Bonsoir et bienvenue à tous et à toutes pour ce troisième épisode de bouffe de là. Bonjour à toutes les personnes sur le tchat. J’espère que ça va. Aujourd’hui on a un peu la gueule de bois et ça tombe bien parce qu’on va parler d’alcool dans bouffe ou de là. N’hésitez pas à réagir, à vous poser, à poser, à vous poser des questions. Oui, à poser des questions aussi, en direct sur le tchat. N’oubliez pas non plus de vous adonner à donner pour qu’au poste puisse continuer à proposer des vidéos, des interviews de qualité en toute indépendance. Parce que l’indépendance, contrairement à la gentillesse, ce n’est pas gratuit. Voilà, aujourd’hui on va donc parler d’alcool. Oui, c’est là. Tu t’y attendais pas David On va parler alcool avec Bernard Basset. Bonjour Bernard. Bonjour. Vous êtes médecin en santé publique et présidente de l’association Addictions France.
Basset Bernard
On s’occupe de toutes les addictions mais on a toujours une expérience et une compétence historique, si j’ose dire, sur le risque alcool.
Nora Bouazzouni
Et vous êtes là aussi, on en parlera plus tard pour chatouiller les annonceurs, les marques qui ne respectent pas la fameuse loi Evin, on en parlera après. Cette émission a pour titre La France a un problème d’alcool, mais elle aurait pu être aussi intitulée comme ce livre que vous avez Bernard Caux coordonné avec Karine Le Morvan. Le livre s’appelle Alcool, santé, prévention, marketing et lobbying. Tout un programme. Donc c’est un peu le titre de l'émission. On va aborder tous ces sujets là aujourd’hui. Mais d’abord je vais donner quelques chiffres sur l’alcool en France qui ne sont pas piqué des hannetons, comme dirait une personne plus âgée que moi. Alors déjà 5 millions, 5 millions de personnes boivent de l’alcool tous les jours, 25 % des adultes dépassent les repères de consommation. Chez les 18 35 ans, 5,8 % des hommes ont une consommation Risque de dépendance. L’alcool est responsable de plus de 200 maladies. C’est une des premières causes d’hospitalisation en France. C’est la deuxième cause de mortalité prématurée. Chaque année, 40 000 décès sont imputables à l’alcool, dont 30 000 hommes et 10 000 femmes. La moitié attention des violences familiales ou conjugales ainsi que la moitié des féminicides sont en lien avec l’alcool. 25 % des faits de maltraitances sur enfants sont en lien avec l’alcool. 30 % des viols et agressions sexuelles sont en lien avec l’alcool. Et enfin, le coût social de l’alcool s'élève à 102 milliards d’euros par an. Donc le coût social, c’est les soins, les décès, la perte de productivité en entreprise, la répression. Pour comparer, le coût social du tabac, c’est 158 milliards d’euros par an. Et donc on dit que ça a un coût social parce que c’est l’État qui paye, évidemment. Alors, j’ai une première question un peu naïve, Bernard, mais pourquoi est-ce que l’alcool est encore autorisé à la vente ? Après tous les chiffres que je viens de citer.
Basset Bernard
Il bénéficie L’histoire, c’est qu’il était présent depuis longtemps. Comme on le sait, il est lié à l’histoire de l’humanité. Parce que l’alcool, c’est un produit qui est issu de la fermentation naturelle des fruits qui tombent. Donc ça existe depuis la préhistoire. Donc ce produit a été consommé longtemps, il a paru paré aussi, je dirais, de vertu religieuse. On entrait en transe, on était ivre, Bacchus dans l’antiquité romaine, etc. Et puis, comme il a accompagné toute l’histoire de l’humanité, c’est vrai qu’on a parlé de certaines vertus dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’elles sont inexistantes, en particulier par rapport à la santé. Et vous avez rappelé des chiffres qui sont tout à fait éclairants.
Nora Bouazzouni
Mais alors, pourquoi est ce que, par exemple, on a sur les paquets de cigarettes des images horribles depuis pas mal d’années maintenant ? Justement, inciter les gens à arrêter de fumer alors que sur les bouteilles d’alcool on n’a pas alors que 200 maladies quand même, on n’a pas de chiffres, on n’a pas, on a des chiffres sur les paquets de clopes, on n’a pas de chiffres, on n’a pas d’images qui pourraient inciter les gens à ne pas consommer ou à moins consommer.
Basset Bernard
Alors si vous voulez, l’industrie du tabac a tout inventé en termes de promotion d’un produit dangereux. Elle a menti, corrompu, etc. Mais justement, elle a été décrédibilisée très vite au milieu du XXᵉ siècle, de par ses pratiques. L’alcool, c’est un peu différent parce que c'était pas des c'était pas uniquement des grandes industries. Les multinationales comme Philip Morris, British American Tobacco, etc. Il y a un certain nombre de petits viticulteurs. Ils sont sympathiques et c’est vrai. Je veux dire, ils font leur métier, essayent de le bien faire, ils essayent de valoriser leur savoir faire et l’industrie joue sur ça. Même si évidemment, ceux qui en profitent le plus, c’est l’industrie de l’alcool justement, les grands brasseurs LVMH, les industries du luxe Pernod Ricard qui est une multinationale française. Donc si vous voulez de l’alcool. C’est mis en avant sur un aspect qui ne concerne qu’une partie du secteur économique, mais qui est la partie la plus sympathique et la plus facile à vendre.
Nora Bouazzouni
Et à laquelle on s’identifie, c’est à dire à laquelle le terroir, c’est le Terroir, nos racines, c’est à dire le monde. Il faut aider l'économie française à aider les petites structures viticoles.
Basset Bernard
Alors on l’a associé, effectivement, je dirais, à l’identité française, avec tout ce que ça véhicule, évidemment d’ambiguïté, mais on l’a identifié à la culture, au patrimoine, et c’est vrai que le secteur alcoolisé ne manque pas de dire on fait partie de la culture française, donc si vous n’aimez pas le vin, vous êtes un anti-français.
Nora Bouazzouni
Alors à tout à l’heure avec les politiques qui instrumentalisent justement cet amour du vin, etc. Pour des fins clientélistes, Quelqu’un dit dans Le château a l’air BP dit il y a des émissions de ce n’est pas sorcier ou ils disent un ou deux verres par jour, c’est bon pour la santé. Le doublage n’a jamais été refait contrairement à d’autres émissions et c’est dispo sur You Tube. On va en parler quand on parlera du French paradoxe. Tout à l’heure, un petit fan de base qui dit que l’alcool n’a pas que des défauts, les chasseurs vous diront que ça améliore la visée. Voilà, on n’embrasse pas nos amis chasseurs. Enfin moi non.
Basset Bernard
Ça ne m’attire pas, la visée non plus. Ce qui est clair pour moi, c’est que ça n’améliore pas la précision du geste à priori..
Nora Bouazzouni
J’ai donné pas mal de chiffres qui sont glaçants. Est ce que c’est difficile de se soigner quand on est alcoolique ? Quand on a une dépendance à l’alcool.
Basset Bernard
Quand on est alcoolique, ça veut dire qu’on est dépendant. Et quand on est dépendant, qu’on a une addiction, une addiction à l’alcool, ça veut dire qu’on ne maîtrise plus sa consommation, qu’on est obligé de la renouveler sans cesse, On ne maîtrise plus son comportement de consommation. Et comme toutes les addictions, c’est évidemment assez difficile d’en sortir. Il faut se faire aider. Dans ce cas là, il faut se faire aider par des médecins. Il faut se faire aider par des psychologues par exemple, mais aussi par des professionnels du social, parce que souvent ça atteint la vie sociale, le rapport avec autrui, la vie conjugale, le rapport avec les enfants. Le travail. Il y a des accidents de travail, il y a des rapports avec les collègues de travail qui peuvent être dégradés et difficiles avec sa hiérarchie. Évidemment, on est plus sujet aussi aux accidents de travail. Enfin voilà. Donc c’est vrai que c’est un traitement complexe qui fait intervenir, je dirais, un grand nombre de professionnels. Pour qu’on puisse s’en sortir, il faut se faire aider. Il y a aussi des groupes d’entraide, c’est-à-dire des anciens malades qui s’en sont sortis et qui viennent en aide aux plus connus, ces Alcooliques anonymes. Mais il y en a d’autres qui viennent en aide à ces personnes de manière fraternelle, amicale, et c’est très important.
Nora Bouazzouni
Dans les hôpitaux, ils ont un nom d’ailleurs, je crois, ces personnes là, il y a un nom.
Basset Bernard
Il y a des patients experts. Alors effectivement, c’est des anciens malades, mais qui se sont formés, qui se sont formés à la fois en addictologie, à la connaissance des addictions, pas seulement celle de l’alcool, mais aussi celle de l’alcool. Et qui donc, avec leurs expériences anciennes et puis leurs compétences qu’ils ont acquises, peuvent aider de manière efficace et adaptée des gens qui essaient de s’en sortir.
Nora Bouazzouni
Est ce qu’il y a un médicament vraiment efficace aujourd’hui pour combattre l’alcoolisme ?
Basset Bernard
Est ce que les médicaments efficaces, il n’y a pas de médicament miracle ? Pendant un moment, il y a quelques années, on parlait du baclofène. Vous savez peut-être que c’est un médicament qu’on a présenté comme miracle. Il ne l’est pas, il ne l’est pas. Et il a des effets aussi. Comme souvent les médicaments, il y a des effets négatifs, donc il n’y a pas de médicament miracle. Il y a des médicaments qui aident, en particulier, je ne sais pas, des psychotropes pour essayer de supporter la difficulté, l’angoisse liée à l’addiction et au sevrage. Mais l’essentiel c’est d'être entouré, de se faire aider par des gens compétents et puis de garder sa motivation.
Nora Bouazzouni
Justement, on parle de motivation. Il y a un chiffre qui est assez terrible. Je lisais un des chiffres de l’Inserm, c’est que le taux de rechute dans l’année est de 40 à 60 %.
Basset Bernard
Oui, mais c’est vrai pour toutes les addictions. On arrive difficilement à se débarrasser d’une addiction du premier coup. On le voit pour le tabac, c’est très connu. Il y a beaucoup de rechutes quand on essaye. Avant d’arriver à se sevrer complètement du tabac, il y a un certain nombre de rechutes, la plupart du temps pour la plupart des gens. C’est vrai pour l’alcool, c’est vrai pour la cocaïne. C’est vrai pour toutes les drogues.
Nora Bouazzouni
Il y a une pression sociale qui est quand même supérieure en termes de consommation de. Car c’est la bonne chère, c’est la vie, c’est la fête, etc. Quand on parle de l’alcool, je me rappelle de cette émission à l'époque avec Léa Salamé. Au mois d’avril, l’humoriste Artus et réalisateur vient et donc il lui explique qu’il a arrêté de boire de l’alcool et lui dit Vous êtes devenu chiant.
Basset Bernard
Oui, alors c’est une réflexion de Léa Salamé qui était un réflexe, si j’ose dire. Donc très choquante parce qu’elle y est. Et effectivement, le fait de ne pas être joyeux ou d'être amical, ou de se sentir bien avec la consommation d’alcool pour elle, on ne pouvait pas faire la fête si on ne buvait pas d’alcool. Alors ça c’est le discours du lobby de l’alcool. La convivialité c’est avec l’alcool, sinon on s’emmerde. Et en fait non. On peut apprendre à vivre avec les autres, à avoir des relations amicales, à les entretenir amoureuses, à avoir des repas entre amis sans forcément boire de l’alcool à tous les coups. Donc je pense qu’il faut déconstruire cette image. On peut se marrer avec ses copains sans boire d’alcool, on peut avoir des fous rires sans avoir bu de verres.
Nora Bouazzouni
C’est ça aussi qui fait que c’est difficile d’arrêter l’alcool en France aujourd’hui et ou de ne pas rechuter. C’est ce discours qu’on entend et c’est ce stéréotype là.
Basset Bernard
Où il y a des stéréotypes. On est environné par un discours qui vient de loin. On l’a dit en France, qui vient de loin et qui nous incite à banaliser notre consommation et à considérer que finalement, ça fait partie de la vie normale, non ? Je veux dire, on peut boire de temps en temps, éventuellement ne pas boire si on n’aime pas ou si on n’a pas envie, sans pour autant être un martien.
Nora Bouazzouni
Il y a une question dans le chat de tranchée qui dit j’ai une question pourquoi la gauche n’arrive pas à être politique, n’arrive toujours pas à être à l’avant garde de ce combat contre l’alcool ? Pire, sa consommation semble parfois plus que valorisée dans les milieux de lutte de gauche. Alors je ne sais pas si c’est plus valorisé
Basset Bernard
Je sais que c’est le plus valorisant ? C’est selon un spectre politique. Mais il a raison de dire que l’alcool est valorisé sur par la classe politique de gauche ou de droite de gauche. Il y a un argument souvent qu’on entend, c’est si vous vous empêcher de boire, c’est un plaisir qui est accessible, dont vous allez les priver alors qu’ils sont pauvres, ils ont peu d’occasions de profiter de la vie. Et donc voilà. Alors donc, l’alcool, finalement, c’est une drogue du pauvre, il faut la respecter. Bon, c’est un discours qui escamote aussi une partie de la réalité. C’est que si on dit que les pauvres sont légitimes pour boire, ça veut dire que déjà ils sont en situation d’inégalités sociales, mais en plus on aggrave les inégalités de santé. Donc c’est un discours effectivement qu’il faut déconstruire. C’est compliqué. Souvent aussi, je veux dire les élus de gauche, comme ils sont dans des circonscriptions viticoles, brassicoles dans le nord de la France, si dry col dans l’Ouest, je ne sais pas quoi et tiennent compte de leur inculture à l’océan.
Nora Bouazzouni
Et on en parlera après le clientélisme alcoolique. On entend souvent je demandais la question c'était pourquoi est ce qu’on continue à autoriser la vente d’alcool alors que c’est une drogue, certes licite, mais c’est une drogue qui fait énormément de dégâts. On l’a vu, On entend souvent parler des mythes que si on interdisait la vente d’alcool, il faudrait compenser une énorme perte de revenus fiscaux de l’Etat. Est ce que ça rapporte ? Je me rappelle quand même 102 milliards de coût social. Est ce que ça rapporte tant que ça à l’Etat, l’alcool ?
Basset Bernard
Ce qu’il faut savoir, c’est que les taxes sur l’alcool ne couvrent que la moitié des dépenses de santé. Donc en fait, l’alcool coûte davantage à l’Etat qu’il ne rapporte. Alors c’est quand même déjà une donnée qu’on n’aura pas assez souvent. Et effectivement, vous avez parlé du coût social qui, au-delà des dépenses de santé, qui sont le coût du fonctionnement de l’administration, le coût des hôpitaux, le coût de la répression, les contrôles sur la voie publique et les handicaps et les violences. Vous avez parlé des violences à juste titre. Toutes ces couleurs, évidemment, sont quasiment invisibles. On en parle jamais, mais ils font partie de ce fameux coût social. C’est les années de vies perdues aussi. Des années où on aurait pu travailler et rapporter à l'État, cotisé pour les retraités, pour les générations futures. Et puis au-delà de ça, il y a quand même des souffrances, des souffrances dans la vie sociale, affective, amoureuse, etc. Et il ne faut pas les nier.
Nora Bouazzouni
D’un point de vue purement calculateur et cynique, économique.
Basset Bernard
Économique oui.
Nora Bouazzouni
Rien que pour ça, c’est un pas important. L’Etat pourrait prendre, prendre en charge ça justement, se dire mais ça me coûte tellement d’argent que je rêve de faire autrement. J’ai vu ce chiffre dans les recettes fiscales de l’alcool en France, c’est 4 milliards seulement.
Basset Bernard
Oui.
Nora Bouazzouni
Par rapport à 102 milliards de coût social.
Basset Bernard
Et surtout par rapport aux 8 milliards de dépenses de santé. Cela, c’est la moitié.
Nora Bouazzouni
C’est quand même incroyable. Justement, la proposition que vous avez fait le 20 octobre dans un article dans La Tribune dimanche avec le psychiatre et addictologue Amine Benyamina, qui est président de la Fédération française des idéologies. Vous défendez tous les deux l’idée d’une taxation de l’alcool comme outil de prévention. Donc on est moins sur l’aspect aussi financier et économique. Mais quand même, vous en parlez beaucoup dans cette tribune. Qu’est ce que vous proposez concrètement ? Comment est-ce qu’on taxe l’alcool ?
Basset Bernard
On peut taxer l’alcool en fonction de la teneur en alcool, C’est à dire plus il y a d’alcool dans un bar, plus ça coûte cher.
Nora Bouazzouni
Encore un peu pollueur payeur.
Basset Bernard
Alors pollueur payeur, c'était plutôt là où on abordait plutôt la publicité, la publicité qui nous incite à boire. Elle nous incite à boire et occasionne des dommages sociaux, des dommages individuels. Donc c’est cette publicité qui nous incite à boire. On peut la taxer puisqu’elle provoque des dommages. La fiscalité des alcools en. Surtout, elle est complètement incohérente. Elle n’a pas de logique en elle-même, elle reflète simplement la force des différents lobbies. Le vin n’est quasiment pas taxé, la bière un peu plus et les spiritueux davantage. On voit que c’est le résultat de l’influence de la viticulture de l’industrie viticole sur les élus qui font que le vin n’est pas taxer à la hauteur des autres alcools, alors que pour la santé, évidemment, l’alcool c’est le même, c’est la même molécule qui provoque les dégâts, que ce soit consommé sous forme de vin, sous forme de bière, sous forme de whisky, vodka.
Nora Bouazzouni
Sur le site Addiction France, il y a un visuel très simple où il y a plusieurs verres d’alcool différents pour montrer qu’une dose est la même. Par exemple, 25 centilitres de bière, c’est la même dose d’alcool qu’un verre de vin.
Basset Bernard
C’est la même chose qu’une petite dose de cognac ou de whisky. C’est la même chose, c’est le même danger, c’est la même quantité d’alcool et c’est les mêmes conséquences.
Nora Bouazzouni
Et donc cette taxation, vous vous dites plus c’est alcoolisé, plus le degré d’alcool est élevé, plus on taxe. Comment ça se passe ? On taxe à quel moment est ce qu’on taxe ? Quand nous on achète, on répercute la taxe sur le produit que vont acheter les gens dans les bars ou les restaurants, cette taxe est répercutée.
Basset Bernard
Alors effectivement, c’est une taxe qui se répercute sur le consommateur et c’est évidemment l’objectif parce que le prix est dissuasif pour un produit cher. Évidemment, on regarde, on hésite un peu, on se dit, etc. Et c’est vrai surtout pour les gens qui sont les plus sensibles à l’effet prix, les jeunes et les gens qui ont peu de moyens. Ils sont obligés de faire des arbitrages sur leur budget. Et donc, comme les jeunes, c’est quand même là où on doit avoir une cible, une cible de prévention. Évidemment, on essaye de ne pas les faire rentrer trop tôt dans une consommation dommageable. Donc la fiscalité comportementale, ce qu’on est en train d’inscrire, l’utilisation des taxes pour influencer les comportements, c’est ça. Donc effectivement, on taxe tous les alcools pour freiner la consommation, freiner les achats, Donc très.
Nora Bouazzouni
Efficace de prévention. Donc moins le côté gagnant de l’argent avec de l’alcool.
Basset Bernard
Tout à fait gagner de l’argent, c’est pour éviter tout sur les comportements de consommation.
Nora Bouazzouni
L'École, c’est le fait d’expérimentations, c’est ça non ?
Basset Bernard
Alors l'école, elle a fait une expérimentation qui est plus, qui est assez intéressante, c’est de mettre un prix minimum par verre d’alcool, par dose d’alcool. Ce prix minimum, évidemment, fait en sorte que la consommation de base. Et plus cher. Mais la consommation des alcools qui sont au-delà de ce prix minimum n’est pas affectée. Et alors on a le même, le même effet, c’est à dire que ça percute évidemment les comportements des jeunes et des gens qui sont en difficulté sociale. Ce qu’on vise en priorité en France, si on le faisait, ça voudrait dire qu’on met une inverse standard que vous avez décrit tout à l’heure, à peu près à 0,50 €. Ça voudrait dire qu’une bouteille de vin, par exemple, qui comprend le standard, ne pourrait pas être vendue moins de 3,50 €. Alors il faut savoir qu’on a beaucoup d’alcool vendu à moins de 3,50 € ans. Il y en a qui sont vendus à moins de 2 €. Ce n’est évidemment pas des vins de grande qualité, c’est souvent des vins en vrac qui sont importés d’Italie ou d’Espagne, qui sont reconditionnés dans des cubis. Tenez et consommez pour boire, pour boire, pour célébrer.
Nora Bouazzouni
Pourquoi est-ce qu’on augmente le prix du tabac quasiment tous les ans ? Les prix des paquets augmentent, augmentent, augmentent, On voit. Moi je fumais il y a fort longtemps. Quand je vois le prix aujourd’hui, je me dis mais c’est quand même assez délirant. Et alors Déjà, est ce que ça a un effet en France d’augmenter le prix du tabac ? Vous allez me dire. Et deuxième question pourquoi on n’augmente pas le prix de l’alcool comme ça aussi progressivement ?
Basset Bernard
Alors l’augmentation du prix du tabac a un effet, on a baissé les consommations, pas uniquement avec le prix du tabac, avec les avertissements sanitaires, les campagnes d’information, etc. Mais aussi avec le prix. Le prix décourage clairement si on augmente les prix. Évidemment, ça décourage un certain nombre de consommateurs. Il y a une résistance. Vous avez dit que le prix augmente à chaque fois qu’on veut augmenter le prix du tabac. Il y a quand même une résistance des buralistes, etc.
Nora Bouazzouni
Ils sont fortement subventionnés chaque année.
Basset Bernard
Totalement subventionnés, qui voient leur chiffre d’affaires augmenter mais qui sont quand même subventionnés. Et il faut savoir que les buralistes sont agités en sous main par l’industrie du tabac, par les grands industriels du tabac qui préfèrent présenter les buralistes comme l’industrie de l’alcool présente les viticulteurs. Alors pour l’alcool, c’est plus difficile pour plusieurs raisons. La première, c’est que la fiscalité du tabac est la même pour toutes les cigarettes. Vous achetez je ne sais pas quoi, une Phillip Morris, une Camel, etc. La fiscalité est la même. Donc on a un mécanisme simple : quand on augmente, on augmente toutes les cigarettes. Pour le tabac, pour l’alcool. On a une fiscalité extrêmement opaque, très complexe. Et donc quand on veut augmenter l’alcool, on se heurte à des lobbies qui ont des intérêts différents et qui jouent chacun dans leur sens et qui défendent chacun leurs propres intérêts auprès de Bercy.
Nora Bouazzouni
Mais vous disiez on a les petits viticulteurs, mais qui sont quand même dans des syndicats. On a aussi les experts du cognac, on a vraiment plein de petites entités comme ça aussi, qui sont dans des syndicats différents et les grosses entités, les énormes groupes qu’on évoquait tout à l’heure, il y a dans le tchat quelqu’un dit les taxes, punirait avant tout les moins fortunés, risque de créer un marché noir et de baisser la qualité des produits. Qu’est ce que vous en pensez ?
Basset Bernard
Les taxes, comme je l’ai dit, effectivement, peuvent affecter davantage les gens qui sont moins fortunés. Mais il faut savoir que c’est eux qui payent le plus fort tribut en termes de santé, en termes de dommages, en termes de dégâts. Donc, c’est cela qu’il faut protéger d’abord, et c’est cette philosophie là qu’ils vont avoir en tête quand même. On essaye par les taxes de corriger des inégalités de santé. Marché noir sur l’alcool, on y croit pas du tout en instaurant le marché noir sur l’alcool a existé historiquement. Quand on a interdit les alcools, ça a été le cas. Mais la prohibition aux Etats-Unis, la prohibition dans les années 30, dans les années 20, qui a fait la fortune de la mafia et de Al Capone, le célèbre bandit. Alors on n’est pas des prohibitionnistes, mais nous, on essaye de faire en sorte que les comportements de consommation soient le moins dangereux possibles pour ceux qui les consomment que consomment de l’alcool ? D’où l’intérêt de faire de la pédagogie sur les risques de donner des repères de consommation à moindre risque, ce genre de choses.
Nora Bouazzouni
Alors justement, en termes de repères, quelqu’un, disait tout à l’heure qu’il y avait cette phrase de deux verres d’alcool par jour, etc. Et bien il est temps de parler du French paradox. Alors on a le french paradox sur pas mal de choses, notamment sur l’alcool. Est ce que expliqué Bernard Basset. Qu’est ce que c’est le French paradox ?
Basset Bernard
Alors le French paradox, c’est une opération de communication commerciale qui s’est faite à la fin du XXᵉ siècle et qui reposait sur un message de communication qui était le suivant. Les Français vivent longtemps et pourtant ils mangent du gras et y boivent de l’alcool. Donc il faut boire de l’alcool pour vivre longtemps. Alors c’est un raisonnement totalement spécieux qui repose évidemment sur aucune étude scientifique. Et puis on voit très bien la limite. Je veux dire, les japonais y vivent plus longtemps que nous, donc faut tous boire du saké. Donc non, c’est une opération de pure communication. Il se trouve que maintenant, avec les progrès des données scientifiques, on sait que c’est faux. D’une part, la longévité tient à beaucoup de facteurs. Elle tient au fait de dire la richesse d’un pays. On vit plus longtemps dans les pays riches que dans les pays pauvres. Globalement, elle tient aussi à la diversité de l’alimentation. Plus on a une alimentation diversifiée, plus on vit longtemps. Et puis d’autres facteurs l’exercice physique, l’accès aux soins.Voilà donc ce French paradox. C’est une opération de communication pour défendre le vin. Il a été bien relayé, bien mis en valeur. Maintenant, il ne tient plus. Plus personne ne défend et on sait que c’est faux. Et les dernières données de la science montrent par contre que la consommation d’alcool est toujours dangereuse.
Nora Bouazzouni
Dès le premier verre, j’allais le dire dès le premier essai, il faut quand même le rappeler un 2 h par jour et il est encore dans notre tête.
Basset Bernard
On se dit c’est toujours, c’est toujours à risque. Alors évidemment, les risques croissaient, les dommages croissent avec la fréquence de consommation et avec le volume de consommation évidemment bio consommé par hypothermie.
Nora Bouazzouni
Consommé à jeun, c’est pareil. Je me rappelle qu’on parlait de communication, mais c'était la sécurité routière qui disait Anvers, ça va de verre, bonjour les dégâts. Oui alors on comprend le message qui essaie de mettre une limite en fait, mais à l’envers ça va. C’est quand même très problématique comme phrase.
Basset Bernard
Oui, c’est très problématique, mais c’est à une époque où les je veux dire les données de la science était un peu imprécise. Vous savez, il y avait cette communication. Est ce que ça protège le cœur quand même ? Bon, avec un verlan, maintenant, on sait que c’est faux. Mais à cette époque là, la science se construit et la science est propre. Elle avance, je veux dire à l’avance, par par bonds, par études de plus en plus précises, de plus en plus robustes. Et maintenant, c’est vrai qu’on est fondé à dire que dès le premier verre, on prend des risques.
Nora Bouazzouni
En regardant le tchat avant ma prochaine question, il me semble que l’espérance de vie s’est infléchie. Est ce que l’espérance de vie est infléchie en France ?
Basset Bernard
Non elle croît moins, elle croît moins vite, elle croît moins vite. Alors c’est très difficile de trouver une explication. Il peut y avoir des épidémies, par exemple, quand on a une épidémie. Ça, c’est en effet évident. Il y a peut être une limite à la longévité humaine aussi et donc aux gains qu’on peut faire. On n’est pas éternel, on le sait. Donc peut être qu’on se rapproche d’une limite.
Nora Bouazzouni
Plafond de verre de la longévité.
On veut gagner davantage.
Nora Bouazzouni
Alors on est qu’au mois de novembre. Mais bientôt on va entendre parler un peu partout de ce qu’on appelle en anglais le druide. Jean-Marie Mais vous allez me dire en France, quel est le nom ? Que c’est le mois de janvier sec, le mois de janvier sobre, le mois de janvier sans alcool qui est une campagne de santé publique qui a été lancée il y a plus de dix ans au Royaume-Uni. Alors ça sert à faire le point d’abord sur sa consommation et se faire du bien. Parce qu'être sobre en trois jours, ça ne peut que faire du bien au corps en tout cas. Et encore une fois, ça dépend des situations de dépendance dans lesquelles on peut être. On sait que le sevrage est compliqué, mais en tout cas c’est à la base pour se dire allez, c’est un défi que je me lance, je ne bois pas pendant 30 jours. Ça permet de savoir aussi à quel point on est dépendants ou pas. Cette initiative, elle est portée depuis quelques années en France par des Assos, notamment Addiction France et elle a failli et je dis bien failli être soutenue. Enfin en 2020 par l’Agence nationale de la santé publique qui s’est finalement rétractée et pareil en 2024, en tout cas pour le janvier 2024. Qu’est ce qui s’est passé en 2020 et en 2024 ?
Basset Bernard
Alors ce qui s’est passé, c’est que, en 2019, il était prévu de préparer ce premier à cette première opération pour janvier.
Nora Bouazzouni
Qui s’appelle comment en français ?
Basset Bernard
Alors en français, on l’appelle défi de janvier. C’est vrai qu’on trouve que l’appellation britannique, très jeune, n’avait pas totalement facile à prononcer par tout le monde. Mais surtout, la traduction c’est janvier, c’est cool et ça donne une idée un peu triste, un peu drôle.
Nora Bouazzouni
Mais ce n’est pas un peu puritain ?
Basset Bernard
Enfin, pas très entraînante. Tandis que depuis janvier, c’est un défi. On enlève ou pas, Mais enfin bon, voilà, c’est quelque chose de dynamique, de positif, donc on préfère cette appellation depuis janvier. Alors il se trouve qu’on en 2019, dans la préparation de cette opération, on avait tous été consultés par Santé Publique France qui nous avertissait qu’ils allaient lancer cette opération. On y était tout à fait favorable. En fait, il y a eu l’intervention des viticulteurs et en particulier de. Deux champagnes qui sont intervenus lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Épernay et à la suite de cette visite. Les représentants de la profession ont dit qu’on a parlé au président. Il n’y aura pas de janvier. Ça, c’est l’intervention qui est revendiquée par ses politiques. Elle a été revendiquée récemment par celui qui est devenu président de la région Grand Est, qui s’appelle Franck le Roi. C’est un politique, mais qui vient du milieu de la viticulture. On sait qu’Emmanuel Macron est aussi assez sensible aux intérêts de la filière viticole. Il avait pris comme conseillère santé quand il a été élu, la déléguée générale du lobby du lobby du vin qui s’appelle Vin et Société. Donc ça a influencé ses prises de position et sa politique en particulier sur cela. Donc ils ont interdit à Santé Publique France de faire cette opération. Alors on était assez scandalisé et l’ensemble des associations s’est réuni en disant qu’on va le faire quand même. On va lancer quand même cette opération. Et on a bénéficié d’un effet de scandale. Bien entendu, les journalistes ont dit qu’est ce que c’est que cette histoire ? Voilà, on se rend sur une campagne de prévention, etc. Alors nous, on le fait quand même. Alors on l’a fait. Mais je veux dire, on n’est pas le moyen. Donc nos seuls moyens, c'était effectivement notre capacité à parler devant la presse, c’est à dire on le fait quand même, et voilà ce qu' on voudrait faire. Est ce qu’on voudrait faire ? C’est que les gens interrogent leur rapport avec l’alcool, leur les sollicitations qu’ils acceptent dans leur vie sociale. Et donc aussi, est ce qu’on peut s’en passer pendant une période ? Est ce qu’on peut maîtriser sa consommation ? C’est ça le sujet. Alors on sait que ça marche, en particulier pour les gens qui le relèvent. Ils retirent des bénéfices. Ils sont plus détendus, sont plus reposés, ils dorment mieux, certains maigrissent. Alors ça dépend d’où on part, évidemment, mais il y a des tas de bénéfices quand même à 100 % plus concentrés. Donc il y a des séries de bénéfices évaluées scientifiquement de ce mois de janvier.
Nora Bouazzouni
. Moi je le fais chaque année en janvier ou en février. Et c’est vrai que quand on commence à le faire, on se rend compte du nombre d’occasions qu’on aurait de boire et on se rend compte à quel point ça peut être difficile de dire non. Parce qu’en fait, par réflexe, on dit oui ou par réflexe les gens nous servent. Alors après, on peut comprendre si des gens nous ont toujours connu en train de boire, évidemment. Mais c’est vrai qu’il y a des milieux où c’est plus, on est plus détendu au fait que des gens autour de la table nous disent ah non moi je ne bois pas ce mois-ci je ne bois pas ou bien j’ai arrêté de boire. Et puis il y a d’autres milieux où on dit moi, cet été, je pense, on buvait tous les jours et un jour je dis non, ce 12 h, ce 12 h en plus ce 12 h je ne bois pas. On m’a dit "ah bon ? Oui, là, pas de chiante. Voilà fallait dire Léa Salamé, sors de ce corps. Mais c’est vrai ça m’a choquée. Je dis à quelqu’un, je n’ai pas envie de boire et on me répond à rabat joie
Basset Bernard
Oui, vous avez raison, mais. Mais quand même, je trouve que les esprits progressent pour la première fois. Alors moi je peux vous dire que la première fois, effectivement, j’allais voir des copains à moi, du bois, etc. Maintenant non. Je veux dire, on sait qu’il y a des gens qui en janvier ne boivent pas d’alcool. Il y a un petit restaurant à côté de chez moi où je vais souvent. J’aime bien le patron et tout ça. Et quand j’y vais en janvier. Ah oui, oui, bah vous faites le mois sans alcool. Je pense qu’il y a une acceptation. Bon alors évidemment, tout le monde peut trouver ça un petit peu bizarre quand même, mais il y a une plus grande acceptation de son corps, de son comportement où on refuse de l’alcool.
Nora Bouazzouni
Mais elle, elle est là parce que justement, des campagnes comme les vôtres permettent de médiatiser, de normaliser, de montrer que ça a des bénéfices, de montrer que ce n’est pas de la prohibition comme vous le disiez, mais que c'était aussi un moyen de contrôler notre consommation, de maîtriser, etc. Et justement, c’est pour ça que s’il y avait un ministère, en tout cas, si le gouvernement soutient cette campagne, ça peut être normalisé les gens qui, qui ou qui lui répondent à ce défi.
Basset Bernard
, c’est porté par des associations. Et donc on a très peu de moyens. L’année dernière, on avait une myriade d’associations, on a mis 30 millions d’euros pour une campagne nationale pilote, on va mettre le double, mais franchement, ce n’est pas grand chose. Vous savez, les prix des campagnes suivent en millions quand même les campagnes nationales. Et nous, on le sait, c’est la parole qui fait notre capacité à convaincre. Notre capacité à intéresser le journaliste sur cette opération qui fait que ça réussit. Mais effectivement, ça réussit quand même. Donc il y a peu à peu un changement dans la société. On voit qu’on a en quelque sorte développé le secteur économique du sans alcool qui se développe sur des tas de boissons. Les plus connues, évidemment, c’est la bière sans alcool, mais il y en a d’autres. Donc je pense qu’on peut le voir aussi de manière un peu optimiste. Peu à peu, le rapport avec l’alcool, la société change et je pense que les politiques n’en prennent pas assez conscience.
Nora Bouazzouni
Et justement, sur ce janvier défi de janvier, en 2024 aussi, il y a eu un rétropédalage.
Basset Bernard
On a vu avec une lettre d’addictologie du gouvernement. En 2024, il y a eu beaucoup de choses. Il y a eu une campagne d’abord de santé publique France qui était une excellente campagne, une excellente campagne. En janvier 2024, qui en janvier 2023, pardon, qui disait ? Qui montrait des gens en train de trinquer à différentes occasions. Un des adversaires du mariage de je ne sais pas quoi, des rencontres amicales et la signature de la campagne, c'était le dire Mais pourquoi on dit santé quand on boit de l’alcool alors que l’alcool n’a rien à voir avec la santé, bien au contraire. Alors c’est cette campagne qui a été très bien faite, très agréable, très compréhensive en plus, très pédagogique. Elle a mis en rage le milieu de l’alcool. Ils ont écrit à Emmanuel Macron Les plus jamais ça.
Nora Bouazzouni
On sait que c’est efficace comme ça en général, on mesure la réaction : fou de rage.
Basset Bernard
Ils ont réussi à faire annuler deux campagnes qui étaient déjà dans les tuyaux, dont une à propos de au moment de la Coupe du monde de rugby. Alors nous on le savait pas, mais par contre les journalistes de Radio France, je les salue, ont fait une enquête et ont mis en évidence ça. C’est cette censure en fait de campagne de prévention. A la suite de ça, il y a eu une lettre de tous les professeurs d’addictologie de France d’une quarantaine au ministre en disant voilà, l’alcool est un problème. Il y a une opération positive tous les mois de janvier, le ministère m’honorerait à reconnaître que ça contribue à la prévention. Donc, monsieur le ministre, soutenez ça, ministre. Et en plus, il a malheureusement changé. Il avait aussi un autre problème : la loi immigration. Il a démissionné, c'était Aurélien Rousseau. Donc après ça a continué. En tout cas, la position du gouvernement n’a pas fléchi.
Nora Bouazzouni
Et pour l’année prochaine ?
Basset Bernard
Alors pour l’année prochaine ? Nous, on a essayé quelque chose. Il y a un Fonds national de lutte contre les addictions qui est géré à la fois par l’assurance maladie, le ministère de la Santé et des CA et la Mission interministérielle de lutte contre les conduites addictives, qui donne des subventions pour des campagnes de prévention. Alors, on a fait un dossier pour être financé pour ce mois de janvier qui vient par ce Fonds national de prévention. On sait qu’il ne le sera pas. Mais ce qui nous intéresse, évidemment, c’est les motivations qui vont avancer pour ne pas le financer.
Nora Bouazzouni
On a hâte, on a hâte de voir ce qu’ils peuvent inventer encore. Il y avait un commentaire dans le live tout à l’heure, une personne qui disait être abstinente mais c'était compliqué. Elle parlait des publicités tous les 20 mètres dans le métro. On en parlera après. Mais je tiens à dire à cette personne qu’on va parler justement de la pub et de la loi Evin. Tout à l’heure, Erato dit : la légalisation du cannabis, nettement moins dangereux sont. Les études permettraient de proposer une alternative et d’atténuer l’addiction à l’alcool. Qu’est ce que vous en pensez ?
Basset Bernard
Alors comme on l’a dit, nous, on n’est pas prohibitionnistes, on ne l’est pas pour l’alcool, on ne l’est pas non plus pour le cannabis. Et je pense que pour des tas de raisons, la légalisation du cannabis serait une bonne chose. Le spectateur a raison. Toutes les études montrent que le cannabis est beaucoup moins dangereux que l’alcool ou le tabac. C’est clair. Et s’il était légalisé, ça permettrait évidemment d’une part de ne pas laisser ça, de ne pas laisser ce secteur à des gens peu recommandables, de contrôler la qualité de ce qu’on offre aux consommateurs, de faire des campagnes de prévention plus adaptées, je veux dire un produit légal. Donc effectivement, il a raison. Je pense que je ferais mieux de légaliser le cannabis, c’est un autre sujet. Mais par contre, je suis un peu perplexe sur le fait que les gens qui ne boiraient pas d’alcool fumant du cannabis se consomment. Ce n’est pas du tout sûr, ça passe pas d’une drogue à l’autre comme ça.
Nora Bouazzouni
On va parler des politiques. Encore un peu un Macron en 2018. Or c’est en marche de rencontres avec les jeunes agriculteurs. Mais c'était deux jours avant le Salon de l’agriculture. Il a eu deux phrases qui m’avaient scotché. La première, c'était Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse, sous la vitesse accélérée de ce qu’on appelle le business drinking avec les alcools forts ou de la bière. Mais ce n’est pas avec le vin.
Basset Bernard
Ou alors c’est une déclaration qui n’a aucun sens vers le besoin car il existe avec tous les alcools. Il y a un ancien ministre de la Santé d’ailleurs, Olivier Véran, qui est un ministre de la majorité, qui était un médecin, qui a dit que cette déclaration ne reflète pas la réalité, que les gens qui arrivaient aux urgences, parfois en commun, ils pouvaient avoir bu la bière ou des spiritueux, mais ils pouvaient aussi avoir bu du vin. Cette déclaration. Politique Politique Sympathie La paix à la veille du Salon de l’agriculture et de la viticulture.
Nora Bouazzouni
Et justement, deuxième phrase, dans le même discours, il dit Macron. Il avait été un peu taclé par des collègues qui disaient des opposants qui disaient il n’est pas rigolo, c’est un mec de droite, c’est un peu ça, il ne boit pas, il est très sobre, c’est un mec avec qui on fait la fête, donc on associe encore une fois alcool et sympathie. Mais donc, pour se défendre, Macron dit moi je bois du vin le 12 h et le soir. Je crois beaucoup à la formule de Pompidou n’emmerde pas les Français. Il parlait justement de modérer sa consommation.
Basset Bernard
Doublement choquant parce que il dit que la prévention, merde, la prévention, c’est quand même fait pour améliorer la santé et améliorer la santé. Ça fait se sentir mieux quand même. Alors on n’emmerde pas les gens quand on leur permet de se sentir mieux dans leur corps, dans leur vie, etc. Donc c’est assez choquant et ce message est assez choquant quand même de jeter le discrédit sur la prévention. C’est ça, c’est ça qui fait. Et puis après il dit je bois tous les jours, je bois tous les repas le 12 h et le soir, ça veut dire qu’il boit au minimum quatorze verres de vin par semaine.
Nora Bouazzouni
C’est dix, non ?
Basset Bernard
Alors effectivement, les seuils de consommation à moindre bruit, c’est pas plus de 10 h par semaine, pas plus de deux verres par jour et pas tous les jours par semaine. Bon, donc lui, il boit. Au-delà des repères de consommation à moindre risque, c’est de repères de consommation à moindre coût. Et ça ne veut pas dire que c’est pas des seuils, ce n’est pas des seuils en dessous desquels tout irait bien, c’est les repères de consommation à moindre risque et toujours varient. Donc le message de Macron qui jette le discrédit sur la prévention et qui normalise une consommation supérieure à celle qui est proposée par les experts internationaux et par son agence sanitaire, c’est quand même très choquant.
Nora Bouazzouni
Pourquoi est-ce que les politiques, justement, on en parle tout à l’heure aussi, instrumentalisent et normalisent la consommation d’alcool, notamment les alcools bien français, le cognac, le vin, le champagne ?
Basset Bernard
Bien, ils défendent, ils défendent leur terroir et y défendent les intérêts de leurs électeurs. Quand même, Faut toujours avoir un politique quand même. Ils regardent l’effet que ça peut avoir sur sa réélection. Donc selon qu’on est d’un département viticole, brassicole ou d’une zone rurale ou d’une zone urbaine, on peut avoir des politiques qui réagissent différemment. Et puis on est on est toujours dans cette logique un peu dépassée quand même dans la France d’aujourd’hui, un peu dépassée de dire bon, la consommation de vin, c’est l’identité française, l’identité française, c’est des hommes blancs, ruraux, je ne sais pas quoi. On a, ils sont en dehors, du coup ils sont dépassés.
Nora Bouazzouni
Il y a un côté on ne peut plus rien dire en fait, c’est ça, hein, C’est quand il reprend la phrase de Pompidou on merdé pas les Français, c’est comme on entend nous ne faites pas chier avec votre limite 80 kilomètres heure dans un merdier. Pas que votre véganisme, votre féminisme, votre antiracisme, vous nous emmerdez, pas que le mariage pour tous, nous emmerder, pas que la viande avec l’alcool finalement, c’est un peu laisser les gens faire ce qu’ils veulent. On dit ce qu’on veut, on bouffe ce qu’on veut, on boit ce qu’on veut.
Basset Bernard
Oui, c’est irresponsable. Franchement, c’est irresponsable de percuter, de jeter le discrédit sur des messages de prévention qui améliore la santé des Français, de tous et de tous les Français. Donc c’est irresponsable.
Nora Bouazzouni
On a parlé des lobbies un peu tout à l’heure et je voudrais savoir est ce que les lobbies ont-ils autant d’influence que ça ? Parce que je me souviens justement par rapport au défi de janvier, je lisais hier des interviews, encore des syndicats de viticulteurs et donc de lobbies qui disaient on nous prête un pouvoir énorme, on nous prête une influence énorme, on n’a pas tant d’influence que ça.
Basset Bernard
Oui alors on a vu qu’ils ont quand même réussi à faire annuler plusieurs campagnes de prévention. Ils ne s’en sont pas vantés pour leurs campagnes annulées en 2023. Mais leur pouvoir, il est là, leur pouvoir, il est clair. Ils veulent avoir la mainmise sur la communication en santé. Or c’est un problème, je veux dire un problème, tout simplement de conflit d’intérêt. Ils ne sont pas légitimes pour parler santé, eux, ils sont légitimes pour défendre leur industrie. Ça, je le sais, j’en conviens, mais ils ne sont pas du tout légitimes pour parler santé. Les gens qui sont légitimes pour parler de santé, c’est les chercheurs, c’est les scientifiques, c’est des gens comme moi, c’est nos compétences, c’est notre métier, mais leur métier, ce n’est pas la santé. De quoi il se mêle ?
Nora Bouazzouni
Oui, c’est comme les prix du tabac, c’est ce qu’on appelle acheter du tabac donne toujours le cancer
Basset Bernard
. On a, un certain temps, dit que c'était bon pour la santé. On sait maintenant et on l’a su dès le milieu du XXᵉ siècle, que c'était très mauvais pour la santé et que ça provoque des cancers, mais bon. Et ils ont surfé sur des vérités alternatives comme on dirait aujourd’hui, c’est-à-dire des mensonges.
Nora Bouazzouni
Où est ce qu’on se situe en France par rapport à l’Union européenne, dans l’Union européenne, par rapport à la prévention et à la consommation d’alcool.
Basset Bernard
Par rapport à la consommation, On est assez haut, on est un des pays et on est les trois pays qui consomment le plus. Tiens, dans un mouchoir de poche qui retient entre dix et onze litres d’alcool pur par an. Donc les on est, on n’est pas bon. Julien Il y a les pays qui font, qui font mieux, qui probablement ont des politiques plus efficaces en termes de prévention et qui peut être ne tiennent pas un discours aussi irresponsable sur la consommation d’alcool.
Nora Bouazzouni
Alors on va parler de la loi Evin, la fameuse. J’adore mon passage préféré, la loi Evin, promulguée en 91 sous le gouvernement Rocard deux, qui vise deux je crois, qui vise à lutter contre le tabagisme et l’alcoolisme. Alors en quoi consiste la loi Evin ? Concernant l’alcool, je sais que c’est beaucoup, beaucoup de choses,
Basset Bernard
Alors la loi Evin concernant l’alcool. Alors ce qu’il faut savoir et ce qu’il faut d’abord dire, c’est que c’est une loi exemplaire. C’est une loi extrêmement cohérente dans sa philosophie d’action, dans le cadre qu’elle propose. Elle encadre la publicité pour les alcools, pour le tabac, elle interdit complètement les alcools. Elle encadre comment elle encadre, elle encadre à la fois. C'était. C'était l'époque. Elle l’encadre à la fois sur les supports de diffusion, On ne peut pas faire de la publicité pour l’alcool. Sur la presse destinée à la jeunesse par exemple, on ne peut pas le faire à l'époque, quand les jeunes sont devant leur écran télé, le soir, le mercredi, etc. On ne peut pas le faire au cinéma, on ne peut pas faire de la publicité pour les alcools au cinéma. Donc il y a un encadrement sur les supports et les créneaux sur lesquels on peut diffuser de l’information.
Nora Bouazzouni
La radio, c’est pareil. Les créneaux horaires, oui.
Basset Bernard
Ça c’est pareil indépendamment de cet encadrement sur les créneaux et les supports média, euh le. La loi Evin considère qu’on peut informer sur l’alcool, mais non pas le promouvoir. Ça veut dire que les messages publicitaires doivent être objectifs.
Nora Bouazzouni
Informatif et de neutralité.
Basset Bernard
Informatif mais pas incitatif. Alors ça a eu des conséquences majeures et des conséquences majeures que, évidemment, le lobby de l’alcool essaye de combattre pour nier l’importance et la je veux dire l’impact de la loi Evin sur l’activité publicitaire de promotion de l’alcool. Par exemple, on ne peut pas utiliser la séduction pour promouvoir l’alcool. Une des premières publicités qui était interdite, elle était assez gentille. C'était un jeune couple bien sage qui était autour d’une table. On voyait que c'était un amour débutant. Et puis il y avait un verre de vin et le slogan de la campagne c'était "Be romantique". Soyez romantique. Elle est contraire à la loi Evin. Elle a été interdite. Elle a été interdite parce qu’on ne peut pas se servir de la séduction de sentiments pour promouvoir de l’alcool. La loi de 20, elle autorise simplement qu’on dise c’est l’alcool. C’est un vin, il vient de tel endroit, il fait 30 degrés, etc. Et puis montre une bouteille.
Nora Bouazzouni
J’avais écrit : S’il y avait eu le vin de Bordeaux, là, ok, on peut.
Basset Bernard
Vin de Bordeaux. Oui, mais si on rajoute « be romantique ».
Nora Bouazzouni
Et donc Addiction France, vous vous attaquez régulièrement en justice. Des publicités en tout cas. Est ce que vous attaquez à la fois les médias qui ont diffusé la publicité, que ce soit de la presse, de la radio ou est ce que vous attaquez uniquement le propriétaire du groupe ou de la marque qui fait la publicité ?
Basset Bernard
La plupart du temps, c’est quand même là, c’est quand même le groupe, la marque, le groupe industriel. C’est eux qui font les publicités soit par affiches, soit sur d’autres médias. Alors parfois, ça peut être des organes de presse qui méconnaissent la loi Evin et qui lui font des publicités ou des articles. C’est quand même beaucoup plus rare la plupart du temps, et ce sont les industriels ou les gens qui les provoquent. Alors maintenant, on a le problème des influenceurs qui peuvent promouvoir de l’alcool nouveau. Alors oui, c’est nouveau, mais très souvent on a attaqué des affiches ou des publicités sur des supports dans les conditions pour travailler. Mais le contenu enfreint le cadre autorisé par la loi Evin.
Nora Bouazzouni
Je conseille à tout le monde d’aller sur le site Addiction France. Déjà parce qu’il y a énormément de ressources et il y a un peu de présentation interactive où on peut aller voir les dispositions de la loi Evin et surtout moi je crois, hyper intéressant, j’ai passé des heures dessus, il y a des jurisprudences, virilité, sport, convivialité, etc. Vous pouvez cliquer sur chaque bulle et vous allez avoir plusieurs affiches et vous allez avoir un texte qui vous dise qu’est ce qu’il y a sur l’affiche ? Qu’est ce qui fait qu’Addiction France a attaqué l’industriel qui a ou qui a promu l’alcool de cette manière là ? Qu’est ce qu’ont dit le tribunal, le juge, etc. Et sur quoi est ce qu’ils ont été attaqués en fait ? Et c’est hyper intéressant parce que, en tant que non spécialiste, il y a des publicités que j’ai vu sur le site hier où je me suis dit mais je vois pas du tout, moi où est le problème ? Bon ben il y a un grand verre de bière, il y a écrit la marque dessus Leffe. Ok, très bien, il n’y a pas de slogan etc. Mais rien que sur un visuel c’est attaquable selon la taille du verre, selon plein de choses. Donc c’est vraiment je conseille à tout le monde alors parce que on va en parler juste après, mais c’est la manière dont les industriels contournent ou en tout cas essaient de se faufiler dans des brèches secrètes. Allez y, testent limite vous me disiez préparez l'émission, c’est ça ? Mais ma question d’abord, c’est est ce que depuis 91, il y a eu des changements à la loi Evin ? Est ce qu’elle a été durcie ou assouplie ?
Basset Bernard
Non, elle a été affaiblie. Alors je n’aime pas le terme assouplissement, je vous le dis parce qu’il est employé par les politiques justement pour affaiblir l'état du monde. On va assouplir la loi.
Nora Bouazzouni
Alors assouplir. C’est comme si elle avait été trop rigide à la base. Assouplir, c’est plutôt Positif de souplesse.
Basset Bernard
Personne ne veut être rigide. Mais en fait, quand ils disent assouplir la loi, clarifier la loi, tous ces termes positifs, en fait, ils veulent affaiblir la loi et en diminuer la portée. Alors elle a été bien faite, elle a été affaiblie à plusieurs reprises. La première fois qu’elle a été affaiblie, c'était que la promotion de l’alcool ne pouvait pas être faite par voie d’affiche. Ta fiche. Mais le législateur avait mis, sauf dans les zones de production. Alors on imagine bien les zones de production en France, c’est à peu près les trois quarts du territoire national. Bon, c’est Paris, c’est Paris. On fait quelques bouteilles de vin à Montmartre tous les ans pour le folklore, mais il y avait le ver dans le fruit. Donc les. L’industriel Colliard a dit : "Bah alors franchement, ça ne tient pas la route, il faut autoriser l’affichage partout. Donc on a autorisé la fiche partout et c’est pour ça que maintenant on voit des affiches pour l’alcool un peu partout. La deuxième attaque contre la loi Evin, c'était au nom du sport. Mais au nom des petits clubs sportifs. Des petites fédérations qui voudraient une buvette pour les spectateurs. On a un petit club, on n’a pas beaucoup de moyens. Si on avait une buvette, on aurait un petit peu plus de recettes. Et cette défense des petits clubs ? Elle a créé une jurisprudence. On a dit "Il faut que le législateur, les députés, les sénateurs disent" On va autoriser dix dimanches par an.
Nora Bouazzouni
Donc, avant, il n’y avait pas de buvette dans les stades.
Basset Bernard
Entre la loi Evin et le début des années 2000, il n’y avait pas de buvette dans les stades et donc ils ont été introduits. Mais, dit dimanche, parents du weekend, parents, si dans les petits clubs, il y a plusieurs fédérations sportives. Mais c'était pour les petits clubs. Après il y a eu la dernière bataille, la réintroduction d’Internet, la publicité sur Internet. Alors pour une raison simple, c’est que la loi Evin énumère ce qui est autorisé et tout ce qui n’est pas autorisé est interdit. En 91, Internet n’existait pas vraiment. Si vous voulez, ce n'était pas l’usage qu’on a aujourd’hui. Donc ils ont dit c’est pas normal. Maintenant, on vit tous à l'ère d’Internet. Il faut introduire la publicité sur Internet. Mais évidemment, sur Internet, on maîtrise beaucoup moins l’univers virtuel que l’univers concret matériel. Et c’est donc un moyen supplémentaire de flirter avec les lignes de meilleures opportunités de publicité qui passe éventuellement inaperçue. C’est une diffusion colossale. Et le dernier, c'était quand Emmanuel Macron était ministre de L'économie et des Finances. Mais il y a une certaine constance pour la défense du vin et au moins.
Nora Bouazzouni
Il a une conscience de certaines choses.
Basset Bernard
Au nom de la défense des terroirs, du patrimoine, du tourisme viticole. Il a élargi les modalités de promotion des alcools.
Nora Bouazzouni
Il disait celle de 2015, moi c’est celle que j’avais le quinze 2015, amendement qui permet de, je cite, clarifier. J’adore quand on commence par clarifier pour clarifier encore un argument, clarifier la législation actuelle en distinguant d’une part publicité et d’autre part contenu journalistique informatif tel que les reportages
Basset Bernard
Les reportages sur les alcools, sur le vin, sur les terroirs, ils ont toujours été possibles. Mais ce que voulait introduire Macron avec cette. Ce langage, c’est un élément de langage, c'était de pouvoir valoriser davantage les métiers et donc les produits. Au nom de la défense du tourisme, de l’industrie. Et puis derrière le patrimoine, la culture, tout ce qu’on veut. Donc il a réussi, hein ? Et donc il a élargi les possibilités de communication. Et donc ce que je vous avais dit, c’est que dans la loi Evin, c’est assez strict quand même, la loi Evin originale sur ce sur quoi on peut communiquer. Ce cadre a été jugé trop rigide et Emmanuel Macron l’adoucit.
Nora Bouazzouni
Oui, merci, d’adoucir la douceur, c’est vraiment synonyme de Macron. Vous dites qu’il y a un traitement de faveur apparemment des filières viticole et brassicole et j’aime bien ce que vous avez. Un mot où vous parlez du no législatiftisme ?
Basset Bernard
Oui, le no législatif, mais alors grignotage ? Oui. Alors le législatif c’est ce n’est pas moi qui ai inventé ce mot, c’est fort quand même. C’est Olivier Véran qui a été après ministre. Mais bon, il était ministre d’un gouvernement qui a affaibli la loi Evin. Mais il en avait parlé en disant qu’au Parlement, il y a des députés. Dont la seule préoccupation, c’est de défendre les intérêts des alcools et les intérêts du vin. Donc ils essayent d’influencer les textes de loi qui viennent en discussion en faveur du secteur viticole, donc eux, nos législatifs. Et puis le grignotage de la loi, c’est ce que j’ai essayé de vous décrire avec plusieurs étapes. On l’a affaibli en quelque sorte, mais il faut savoir qu’elle est quand même. Elle est quand même solide et elle donne des repères. Et quand on rencontre nos collègues étrangers qui font de la prévention en Europe, là, eux ils nous disent oui, mais au moins vous avez la loi Evin que eux n’ont pas. Et donc, sur l’encadrement de la publicité, c’est quand même assez efficace. La preuve, c’est qu’on gagne des procès contre l’industrie de l’alcool.
Nora Bouazzouni
Et je vois aussi, quand on regarde des compétitions sportives dans des pays étrangers, diffusé en France officiellement, il y a des fois où il y a des floutages de certaines bannières, notamment pour le tabac, mais aussi pour l’alcool, parce qu’il y a des choses qui ne sont pas autorisées en France à être diffusées.
Basset Bernard
Oui, c’est extrêmement important. C’est aussi un des piliers de la loi Evin, c’est qu’on ne peut pas associer la promotion de l’alcool et du tabac à des activités favorables à la jeunesse, la culture et le sport. Alors, l’alcool ne peut pas subventionner des événements culturels, par exemple des concerts de rap, de rock, de bac, de musique classique.
Nora Bouazzouni
Et pourtant on les voit partout, c’est marqué.
Basset Bernard
Là qu’on les voit, ils sont à l’entrée, mais ils ne peuvent pas subventionner l'événement en lui-même. Et c’est cet encadrement, évidemment. J’aime beaucoup. La majorité des députés a essayé de le remettre en cause avec des arguments là aussi qui étaient totalement spécieux. En 2019, ils ont essayé de faire ça en plein été et ça a échoué. Ce qui prouve aussi que la société française évolue. Elle ne gobe pas tout, tout ce qui vient de l’industrie de l’alcool.
Nora Bouazzouni
Sur le vin et la bière on parlait donc grignotage de la loi. Il faut savoir que dans la loi Evin, les exceptions pour certains alcools dans la loi Evin, il y a écrit qu’on a le droit de faire de la pub pour des fêtes et foires traditionnelles consacrées à des boissons alcooliques locales, par exemple en faveur des musées, universités, confréries ou stages d’initiation œnologique à caractère traditionnel. On aime beaucoup le mot tradition dit donc ainsi qu’en faire de présentation et de dégustation. Et aussi ne sont pas considérés comme une publicité ou une propagande. Les contenus, images, représentations, descriptions, commentaires ou références relatives à une région de production, à une indication géographique, à un terroir, à une zone de production, au savoir-faire, à l’histoire ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager.
Basset Bernard
Alors les exceptions, c’est dans la ligne de ceux dont on a parlé à plusieurs reprises et la défense de ce que certains prétendent la culture, la culture de notre pays, l’identité française, voilà qui serait lié à la production d’alcool, la production de vin, etc. Bon, à notre époque, c’est quand même de passer en produit autre chose quand même que de l’alcool. En France, on peut valoriser d’autres activités professionnelles, mais c’est le produit de l’histoire.
Nora Bouazzouni
Très ancienne dans la loi. C’est vraiment très précis, avec beaucoup de mots pour dire allez, venez faire la fête de la bière, Voilà l’endroit, parce qu’on peut le faire, parce que c’est la fête de la bière et ça fait deuxième.
Basset Bernard
Puis c’est les dégustations, vous savez, c’est les clubs de dégustation.
Nora Bouazzouni
On déguste, on ne boit pas un peu ça Et juste une phrase parce que je suis tombé dessus il y a quelques semaines Sur un autre projet, il y a un rapport qui a été commandé par le ministère des Affaires étrangères et du Tourisme il y a quelques années, qui s’appellent Vin mesures pour 2020 en faveur de la gastronomie et de l’ontologie française. C’est rédigé par des chefs étoilés et par un ambassadeur de France. Il y a une partie sur la promotion du vin avec une phrase qui est complètement ahurissante et si vous pouvez la commenter, ça serait vraiment super. Parce que voilà, l’avenir de l’auto tourisme est probablement de rapprocher la santé, le vin et le patrimoine.
Basset Bernard
Oui, et c’est une cohérence et une contre vérité scientifique. Le vin ou la bière n’a rien à voir avec la santé. L’alcool provoque des dommages. Donc défendre le vin au nom de la santé ou la bière au cognac au nom de la santé. C’est complètement incohérent et contradictoire.
Nora Bouazzouni
C’est fou parce que vous disiez tout à l’heure que les lobbies du tabac, justement, ont essayé pendant 20 ans, pendant des années, a vu santé aux Etats-Unis, santé et cigarettes, cancérologues qui fumaient des grosses clopes sur des affiches en disant Moi, cancérologue, cardiologue, je choisis telle marque parce qu’elle est bonne pour la santé ou elle est meilleure, ça passe ou ça marche plus de faire ça. Alors que là, on a quand même des gens qui disent que dans le futur, ce serait bien de le faire en France pour le vin.
Basset Bernard
Oui, mais comme vous l’avez dit, les auteurs du rapport, ce ne sont pas des professionnels de santé. Les professionnels de la gastronomie, du tourisme, de l’industrie touristique, de l’industrie, Molière. Les professionnels de santé, de la prévention n’ont jamais été consultés sur ce document.
Nora Bouazzouni
Alors je peux vous confirmer qu’il n’y a personne qui a été consulté, à part les grands chefs pour ce document. Mais justement, sur la mention obligatoire à consommer avec modération et ce qu’elle est depuis le début dans la loi, ou est ce qu’elle a été ajoutée après ? Et est ce qu’il y a eu des pourparlers et des levées de boucliers.
Basset Bernard
Elle est à consommer avec modération, n’est pas dans la loi. La seule phrase qui soit dans la loi est la seule phrase qui est obligatoire, c’est l’abus d’alcool et dangereux pour la santé. D’ailleurs, maintenant, on pourrait se demander s’il ne faudrait pas la changer puisqu’il n’y a pas que l’abus qui est dangereux pour la santé. Mais à l'époque on a mis l’abus d’alcool dangereux pour la santé. C’est dans la loi. Mais évidemment, cette phrase est très négative quand même. Bon pour les alcools ne convenait pas à l’industriel colère. Donc c’est eux qui ajoutent de même la partie à consommer avec modération qui en termes de communication, a un petit côté injonctif ou conseil à consommer quand même, à consommer avec modération, mais quand même à consommer. Et puis la modération, c’est un mot valise, c’est flou, c’est imprécis, on ne sait pas chacun sa propre modération. Personne ne va dire moi, je suis excessif. Pas un mot, très peu de gens, donc tout le monde est modéré quand il consomme. Donc cette phrase à consommer avec modération, elle est plutôt vue par nous comme une incitation à consommer que comme un message de prévention.
Nora Bouazzouni
Je vais vous donner des exemples, Bernard. Attention, petit test, petit quiz et vous allez me dire si on a le droit ou pas de le faire en France. Si c’est contraire à la loi Evin, alors afficher une pub ou une célébrité, tient une bouteille d’alcool.
Basset Bernard
On n’a pas le droit, Il y a une jurisprudence bien affirmée. Il y avait le champagne qu’avait utilisé Scarlett Johansson, donc star de cinéma, pour vendre un champagne et c'était condamné. On n’a pas le droit d’utiliser ses briquets. Je veux dire, en raison de la philosophie de la loi qui découle évidemment de la culture, l’utilisation de la culture ou du sport pour promouvoir des alcools. Il y avait une pub dans une pub d’alcool aussi avec le champion automobile Michael Schumacher, qui a été condamné.
Nora Bouazzouni
Est ce qu’en France, on a le droit d’afficher ou diffuser une pub où quelqu’un boit de l’alcool ?
Basset Bernard
Non, la réponse est claire non ?
Nora Bouazzouni
Ok, donc on ne peut pas boire dans une pub pour l’alcool, Est ce qu’on a le droit de montrer quelqu’un qui prépare un cocktail ?
Basset Bernard
C’est une zone un peu floue parce qu’on a parlé des évolutions de la loi et des évolutions où ils peuvent valoriser le savoir faire des artisans, des terroirs, etc. Alors on est dans cette zone un peu frontière où, quand certaines nous paraissent particulièrement choquantes, on fait appel au juge et on essaye de construire peu à peu la jurisprudence sur ce plan.
Nora Bouazzouni
Je donne une question du tchat Domlemoine dit qu’elle ne voulait même pas d’une silhouette de personne enceinte ça avait fait scandale, les personnes enceintes, sur les bouteilles.
Basset Bernard
. C’est extrêmement intéressant cette histoire. On a l’impression que c’est anecdotique, ça n’est pas du tout ce qu’il faut savoir. Bon, on sait tous aujourd’hui, en principe, que quand on est enceinte, quand on a un projet de grossesse, il ne faut pas boire d’alcool parce qu’il y a un risque de provoquer un handicap sur l’enfant à naître. Ce qui est très important à savoir aussi, c’est que quand on parle de handicap, ça peut être un handicap sévère avec par exemple des déformations déformation en particulier faciale. Mais la plupart du temps, ce n’est pas ça. La plupart du temps, c’est un handicap dans les capacités cérébrales et qui donne ce qu’on appelle des troubles cognitifs, des difficultés à apprendre. Donc les gens ont une perte de chance sociale parce qu’ils réussiront moins bien à l'école, parce qu’ils réussiront moins bien dans la vie professionnelle. Souvent aussi, ils ont des troubles du caractère, des colères, des formes, etc. Donc ils auront des difficultés dans leur vie amicale, familiale, amoureuse,. Donc, est ce que ces troubles maintenant sont faciles à diagnostiquer ? On les connaît et il y en a quand même 8000 par an, 8000 par an, c’est énorme et il ne faut pas voir le. Un des messages de prévention, c'était justement de bâtir une silhouette, une silhouette de femme. Enfin, de profil. On voyait le ventre de la femme avait barré et ils ont tout fait pour le rendre le plus petit possible, le moins discernable possible, en fondant les couleurs, etc. Pour qu’on ne le voit pas. Ils ont même proposé qu’il soit remplacé par un QR code imaginé un moment. En tout cas, c’est vrai qu’ils ont tout fait pour que ce message soit le moins visible, parce qu’il nuit quand même à la promotion.
Nora Bouazzouni
C’est à dire qu’il met tout de suite en évidence les effets délétères de l’alcool sur la santé.
Basset Bernard
Ça c’est clair.
Nora Bouazzouni
Et il est obligatoire ce logo ?
Basset Bernard
Alors le logo est obligatoire, mais le texte réglementaire ne précise pas la taille, donc c’est un sacrilège. Pour le rendre le plus petit possible et le moins discernable possible.
Nora Bouazzouni
Est-il vrai que boire un verre de vin par jour est bon pour la santé ? À partir d’un verre. C’est dangereux. De toute manière, l’alcool n’est pas bon pour la santé. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Bernard Basset. Il est médecin,
Basset Bernard
Je ne suis pas le seul à le dire.
Nora Bouazzouni
Dans l'émission, ce n’est pas moi, les experts parlent. Je continue le petit quiz Est ce qu’on peut avoir pour slogan dans une pub Détendez vous, buvez une bière ?
Basset Bernard
Non, on ne peut pas avoir un slogan qui s'écarte de ce que fixe la loi, c’est-à-dire la description des caractéristiques. On dit que l’objectif de la boisson lui affecte un bénéfice pour je ne sais pas quoi, l’humeur, la santé ou autre, c’est interdit. Donc détendez vous. Non, ce n’est pas acceptable.
Nora Bouazzouni
Est ce qu’on peut boire de l’alcool dans un film ?
Basset Bernard
On peut voir de l’alcool dans un film parce que les films représentent la réalité. Et puis il faut quand même respecter la liberté de création. Bon metteur en scène, il a le droit de créer des situations. De la manière qu’il imagine utile à sa perception sociale, à son esthétique, tout ce qu’on veut. Donc il y a quand même une liberté de création qu’on peut voir dans les films.
Nora Bouazzouni
Mais est ce que sur une affiche de film, on peut voir une cigarette ?
Basset Bernard
Et alors les cigarettes, c'était quand même bon. Il y a eu le problème de Jacques Tati avec sa pipe dans le métro, le monsieur à la pipe. Je crois que là, on tombe quand même dans un excès. Jacques Tati, il avait une pipe…
Nora Bouazzouni
On n’est pas dans de l’incitation.
Basset Bernard
On est dans une image qui se réfère à l’histoire. On avait eu la même chose sur Jean-Paul Sartre, il faut quand même garder raison.
Nora Bouazzouni
Est ce qu’on peut se filmer sur YouTube ou sur Twitch ? David Dufresne en train de boire de l’alcool ?
Basset Bernard
On peut, mais on ne peut pas valoriser une marque. Si on valorise une marque. Là, on fait de la propagande de la publicité des marques dans le cadre de la loi Evin.
Nora Bouazzouni
Et dernière question du quiz :est ce qu’on peut sponsoriser une équipe de foot quand on est une marque d’alcool ou un groupe d’alcool ?
Basset Bernard
Pas en France.
Nora Bouazzouni
Parce qu’on va peut être raconter ce qui s’est passé récemment avec le PSG.
Basset Bernard
Alors c’est vrai que le PSG, c’est intéressant On a rappelé qu’on avait grignoté la loi Evin en introduisant la buvette dans les stades au début des années 2000 pour les petits clubs. Alors, l’argumentaire, c'était les petits clubs qui sont en difficulté et qui n’ont pas beaucoup d’argent. On a créé une buvette, etc. Alors franchement, quand on dit quand on veut alimenter les caisses du PSG qui est un des clubs les plus riches de la planète, qui paye des stars, des millions ou des dizaines de millions ou des centaines de millions. Franchement, là, on est dans le cynisme absolu,
Nora Bouazzouni
Le Qatar Football Club comme on l’appelle parce que du coup, ce qui s’est passé, c’est que très récemment, Ricard a dit on va sponsoriser le PSG. Levée de boucliers de l’OM et de supporters de Marseille :, excusez nous, mais le Ricard c’est Marseillais vous sponsorisez l’ennemi juré de Marseille, etc. Ce qui est intéressant, c’est comment les médias ont tourné ça. C’est à dire qu’on n’a pas posé la question est ce qu’on a le droit d’associer sport et alcool et de sponsoriser en France, mais plutôt sur la guéguerre PSG-OM ?
Basset Bernard
Alors effectivement, on est tombé dans le folklore et ce n'était pas le fond du problème. Le PSG voulait sponsoriser, utiliser Pernod Ricard pour sponsoriser à l'étranger ce qu’il a dit parce qu’il ne peut pas le faire en France.
Nora Bouazzouni
Donc il ne peut pas avoir des maillots floqués Ricard. En France par exemple, on peut avoir des yaourts sur Lille,
Basset Bernard
On ne peut pas sponsoriser des activités comme je vous l’ai dit, sportives ou culturelles avec des industries d’alcool.
Nora Bouazzouni
Comment est-ce que les marques contournent ces dispositions de la loi Evin ? On le sait justement, vous attaquez souvent avec Addiction France des affiches. Qu’est ce que c’est leur stratégie ? Typiquement.
Basset Bernard
Leur stratégie. Typiquement, c’est essayer de rendre plus glamour et sortir, je dirais, du cadre assez, assez contraignant, il faut le reconnaître, pour la publicité, pour les marques. Alors ils essayent d’associer ça avec eux, avec des visuels, des visuels qui peuvent rappeler des univers. Il y avait une bière qui avait un visuel qui rappelait Game of Thrones par exemple. Évidemment, on voit bien l’intérêt de surfer sur la popularité d’une série à grand spectacle. Récemment, il y avait Budweiser, qui est un grand brasseur, les plus grands, plus grands brasseurs au monde, qui a essayé de surfer sur la Coupe du monde de foot qui avait lieu au Qatar. Mais enfin, ils faisaient une rue, une campagne de pub en France et ils avaient créé une marque spéciale pour cette occasion qui s’appelait BUUUUUD,comme le but qu’il marque. Et ils espéraient évidemment que la réaction, la nôtre en particulier, surviendrait après la campagne de pub et après la Coupe du monde. Alors on a on a fait une action, c’est-à-dire une action à faire auprès du juge, qu’on demande une décision immédiate du juge. Et le juge a compris que cette campagne flirte avec la loi et n'était pas admissible si on respectait la loi Evin. Le juge a ordonné le retrait de toutes ces bouteilles.
Nora Bouazzouni
En France.
Basset Bernard
En France, en 48 h, sauf s’ils ne le faisaient pas, ils étaient obligés de payer 1 000 € part par canette qui restait dans les rayons. Alors ils ont été très efficaces pour tout enlever. Pendant le weekend, il n’y en avait plus qu’une seule. Nous, on a évidemment vérifié, mais ils ont réussi à enlever toutes leurs canettes.
Nora Bouazzouni
Parce que vraiment ça prend plusieurs mois une procédure comme ça.
Basset Bernard
. Les procédures, en dehors du référé dont je viens de vous expliquer qu’on attend une décision du juge, les autres, les autres actions en justice, ça prend de mois. Il faut faire un constat ou le produire devant le juge. Il faut que le juge écoute les parties, les parties, nous, mais aussi les parties qu’on attaque, qu’ils écoutent les avocats. Donc ça prend du temps, ça prend des mois, ça peut prendre des années.
Nora Bouazzouni
Mais une énorme entreprise comme visée n’est pas quelqu’un, un juriste, une juriste qui est Dieu. Je pense que ça ne passera pas en France, ça.
Basset Bernard
Je pense que j'étais assez conscient du risque. Ils ont les moyens de se payer les avocats et leurs agences de publicité connaissent la loi, mais ils espéraient que cette campagne qui flirtait avec la limite, on ne réagirait pas immédiatement et que le juge, possiblement ne serait pas trop compétent ou pas trop sévère. Et que finalement, se passerait
Nora Bouazzouni
Que nenni !
Basset Bernard
Et non, ce n’est pas passé.
Nora Bouazzouni
Ah bah non, c’est dommage. On va clore l'émission avec un rapport qui est très préoccupant. Addiction France a publié fin septembre, on est vraiment dans cette actu qui s’appelle Promotion de l’alcool, les réseaux sociaux, un nouveau Far-West. Et dans ce rapport, il y a un chiffre qui est effrayant 79 % des quinze 21 ans déclarent voir des publicités pour de l’alcool toutes les semaines sur les réseaux sociaux, notamment TikTok et Instagram. Donc 79 % des quinze, 21 et 23 % de cette tranche d'âge avouent que ces pubs leur ont donné envie de boire en chiffres énormes. Comment ça se fait qu’il y ait autant de trous dans la raquette ? Est ce que ça veut dire qu’on disait tout ? Alors ça s’applique en France, la loi Evin. Donc sur Internet, c’est plus compliqué de la faire appliquer. Mais ça veut dire quand même qu’on a des gamins, des mineurs qui sont exposés à une quantité pléthorique de pubs pour l’alcool, et ça passe quand même.
Basset Bernard
Alors, l’irruption des réseaux sociaux ces dernières années, je veux dire maintenant, font partie de notre vie à tous. Ils n’existaient pas au moment de la loi. Donc là aussi, on a une nouvelle activité économique, une nouvelle activité de communication qui ? Qui permet éventuellement de le promouvoir. Il faut savoir que la loi Evin s’applique sur les réseaux sociaux, en principe. Mais l’intérêt pour l’industrie de l’alcool d’utiliser les influenceurs en particulier, c’est qu’on s’identifie. Quand on a un jeune, on s’identifie à un jeune comme moi. Qui finalement a réussi, qui vit dans un univers sympathique et bon. Il est fiancé et dans cet univers sympathique, il a introduit de l’alcool comme un élément de sa réussite, souvent de manière occulte quand même. Il y a des accords entre l’industrie de l’alcool et l’influenceur qui promeut cette boisson alcoolique, ce qui est interdit en an. D’autre part, c’est vrai qu’il peut y avoir de la part des influenceurs une ignorance. Ils sont, certains peuvent être coupables et être cyniques. Et voilà, je promets que j’ai un intérêt à promouvoir une passion. Certains peuvent être ignorants, ignorant la loi, puisque c’est déjà là où ils se lancent dans l’influence.
Nora Bouazzouni
Oui, et puis on se dit si je suis contacté pour un contrat avec tel truc, c’est que c’est la grosse boite qui doit être au courant. Je dois le faire quoi ?
Basset Bernard
Alors il y a ça aussi. Ceux qui pensent que s’ils ont un contrat plus ou moins plus ou moins occulte quand même avec une grosse boite industrielle, ils pensent que c’est l’industriel. Certains industriels donnent des faux conseils, il faut le savoir aux influenceurs en disant mais non, vous ne risquez rien. Si c’est l’influenceur qui peut être condamné, si elle enfreint la loi, elle va dans la loi du 9 juin 2023 qui encadre l’activité des influenceurs. Il n’y a pas d’interdiction.
Basset Bernard
On avait demandé que la publicité pour les écoles soit interdite par les influenceurs. On avait eu des contacts avec le ministre de l'époque ou le cabinet du ministre de l'époque, Bruno Le Maire. A cette loi, ils nous ont dit "Bah non, nous on règle l’activité générale des influenceurs, mais pas les contenus sur ce qu’ils font. Alors c’est tout à fait dommage, mais en fait ce n’est pas vrai. Dans la loi, on réglemente à juste titre d’ailleurs la chirurgie esthétique, la promotion de la chirurgie esthétique par les influenceurs. Donc il y a au moins un contenu qui est dans la loi de régulation des influenceurs. On pouvait le faire, ils auraient pu le mettre. Ils ne l’ont pas fait.
Nora Bouazzouni
Je prends juste une question dans le tchat, une remarque plutôt. Quelqu’un disait que les marques de bière sponsorisent plein d'événements artistiques.
Basset Bernard
Ben non, en France, elles n’ont pas le droit, elles ne peuvent être présentes. Alors là aussi, elles ont essayé. Elles ont créé des fausses marques, des marques, ce qu’on appelle des marques alibi Green Room pour Heineken,
Basset Bernard
Green Room. Voilà, c’est une marque qui n’existe pas, qui ne correspond à aucun contenu. Mais quand on va sur le site de Green Room ou de je ne sais pas quoi, et Carlsberg aussi avait mis une fausse marque. Et évidemment, d’un clic, on arrive sur le sur la publicité et sur le site de la bière elle-même. Mais c’est une manière de contourner la loi. Le juge s’est prononcé.
Nora Bouazzouni
Ma dernière question, c’est sur les influenceurs, les réseaux sociaux. Qu’est ce que vous préconisez chez Addiction France comme réglementation autour de ces contenus que notamment les jeunes qui sont quand même assez vulnérables ?
Basset Bernard Les
réseaux sociaux C’est vrai que c’est tellement puissant. Je veux dire, en termes de promotion, pas simplement d’alcool en promotion, de comportement en promotion. Si on l' attire parce qu’on s’identifie à un jeune auquel on pense ressembler ou auquel on veut ressembler. Donc ce qu’on préconise, c’est radical, c’est l’interdiction de la publicité par les influenceurs sur les réseaux sociaux.
Nora Bouazzouni
Très bien, merci beaucoup. Bernard Basset, médecin en santé publique, président d’Addiction France. Allez sur le site, c’est vraiment hyper bien fait, Il y a plein de ressources, il y a plein de vidéos très intéressantes et de rapports très intéressants. Vous êtes aussi coordinateur de ce livre que je vous conseille il est écrit par plein de gens des experts de la santé et pas des lobbyistes, pas des grands chefs ou des viticulteurs, très bon livre chez IG Editions. Merci à tous ceux qui ont suivi cette émission le numéro trois. Merci pour vos dons. Adonnez vous si vous pouvez, rendez-vous le mois prochain pour l'épisode quatre, bonne soirée à tous !

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