« La France, empire », le joli théâtre décolonial de Nicolas Lambert
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Amis du café, amies de la police, amis du théâtre libre, du théâtre documentaire, amis des jolies lunettes, bonjour monsieur Lambert Nicolas.
Bonjour monsieur Dufresne David.
Comment allez-vous ?
Écoutez, fraîchement et joyeusement, et optimisement, et joyeux… Non, non, c 'est virant, c 'est formidable d 'être au show, au poste, comme ça. C’est la première fois que je vais me dire ça.
C 'est un secret de famille nationale, des noms dits en pagaille sur plusieurs continents et quelques siècles. C 'est une pièce de théâtre, la tienne, on vous tutoie ?
Oui, s 'il vous plaît.
Une pièce de théâtre drôle et documentaire où Nicolas Lambert détricote tout ce que les manuels d 'histoire ne disent pas ou plus. Le temps des colonies, de la guerre du Cameroun, des écrasements d 'insurrection en Syrie, à Madagascar, des tapis de bombes en Asie ou à Sétif, et du démantèlement de l 'empire, entre guillemets, républicain, jusqu 'à Mayotte. Et si la cancel culture était bien là, dans l 'effacement des pires atrocités commises au nom de la France. Encore que Trump nous donne quelques leçons de cancel culture en ce moment, c 'est quand même absolument sidérant ce qui est en train de se passer de l 'autre côté de l 'Atlantique. Est -ce que j 'ai bien résumé l 'affaire ?
Remarquablement. On dirait un vrai travail de journaliste, chapeau. Ou de fiches de renseignements généraux, je ne sais pas.
Alors justement, c 'est une pièce de théâtre que tu joues à Paris, mais pas seulement.
Pas seulement, oui.
Alors il y a déjà des dates qui sont sur le site que Euryale, notre modératrice, qui va mettre plein d 'informations au fur et à mesure de l 'entretien, notamment celle de ta compagnie de théâtre et celle du théâtre à Belleville à Paris, qui accueille ta pièce, la France Empire. Mais il y a aussi les dates à venir.
En tournée, oui. En tournée, soit dans des réseaux associatifs, soit dans des vrais théâtres, soit dans des universités aussi, voilà, ou dans… Il y a un certain nombre de dates avec des établissements scolaires qui viennent d 'être cancellés depuis la semaine dernière, depuis vendredi. Là, tout ce qui n 'était pas encore validé avec Pass culture vient de disparaître. Je ne sais pas si tu as suivi. Il y a ce dispositif Pass culture qui aide les jeunes gens à aller voir des spectacles, notamment. C 'était une possibilité. Surtout, il y avait un dispositif qui était une des rares choses de biens qui avaient été réalisées sous le quinquennat précédent, qui permettait à des établissements scolaires de financer des sorties ou de financer des accueils de spectacles. Et comme ce spectacle -là, la France Empire, a quand même une visée pédagogique, j 'étais très heureux de pouvoir échanger avec pas mal de lycées qui essaient de le faire venir. Et c 'est devenu de plus en plus compliqué au fur et à mesure de la construction des accords avec ces établissements scolaires, jusqu 'à ce que là, au moins, ces peinards disparaissent, tranquilles.
Et tu n 'as pas envisagé de jouer ta pièce, la France Empire, sur l 'empire colonial français jusqu 'à aujourd 'hui, ce qui en reste, et ça reste d 'actualité, en Vendée au Puy du Fou puisque le Pass’culture va permettre l 'entrée au Puy du Fou. Tu pourrais avoir un petit stand, un petit estrade, un petit podium, quelque chose, non ? Ce serait pas tellement raccord, je suis d 'accord ?
Ce serait pas mal. En réalité, je ne sais pas, mais tout ce qu 'on m 'a fait remonter, il paraît que c 'est très bien fait, le Puy du Fou, en termes artistiques, il paraît que c 'est vraiment très bien fichu, mais ce serait vachement pertinent d 'avoir un lieu…
Un contre -spectacle.
Ouais, peut -être qu 'il faudrait avoir, comme il y a le Festival Off à Avignon, il y a un vrai Festival Inn et un Festival Off, peut -être ce serait pertinent d 'avoir des propositions historico -artistiques ou théâtrales ou autres, ou danse, ou musique, ou que sais -je. Écoute, c 'est à gamberger, mais ce n 'est pas facile parce que ce n 'est pas l 'un à l 'autre. Par exemple, j 'ai découvert ce weekend qu 'il y avait un lycée avec lequel j 'essayais de faire quelque chose depuis un petit bout de temps à Pau.
Oui.
Et voilà, c 'est un des petits postes qu 'a gardé dans son portefeuille notre Premier Ministre actuel, et figure -toi que ça n 'a pas bouché.
Alors, La France Empire, c 'est une pièce de théâtre que j 'ai eu le bonheur et la joie de voir il y a un mois, quelque chose comme ça, peut -être un petit peu moins. Ce jour -là, tu as 39 de fièvre, t 'es dans la merde, et tu tiens tes 30 personnages.
Oui, une trentaine, oui.
Il y a une trentaine de personnages, et est -ce qu 'on dit combien de temps dure le spectacle ou on dit simplement que c 'est une performance ?
Ça dure deux heures. Théoriquement, ça dure deux heures.
Et là, ça avait duré ?
Je n 'arrivais pas à reprendre ma respiration. Ça a duré deux heures dix, deux heures et quart.
C 'est ça.
Oui, non, non, je n 'étais pas très fier. Mais bon, c 'est comme ça, des fois, c 'est le spectacle vivant, des fois, ça s 'enrhume.
Et malgré le rhume, les 39 de fièvre, les 10 minutes d’oracles, et bien, j 'ai dit, il faut que je l 'invite, ce gars, c 'est quand même incroyable. J 'appelle ça du théâtre documentaire. Voilà, est -ce qu 'on peut dire du théâtre documentaire ? Et puis, on va quand même raconter de quoi il s 'agit rapidement.
Alors, du théâtre documentaire, en fait, j 'en fais depuis un petit… Enfin, j 'avais proposé de faire du documentaire au théâtre il y a une vingtaine d 'années. En assistant au procès E L F pour raconter la France Afrique, en gros, pour résumer.
Un précédent spectacle.
Un précédent spectacle. Et ça, c 'était du documentaire au sens où j 'avais fait une série de documentaires sur trois thématiques, une sorte de bleu -blanc -rouge, bleu -pétrole, blanc -nucléaire, rouge -armement. Et le principe était de ne prendre que des propos qui avaient été tenus. C 'était que du verbatim. Donc là, pour moi, c 'était un documentaire strict. C 'est -à -dire, moi, j 'étais responsable que du montage qui permettait de faire raisonner telle ou telle situation, telle ou telle phrase pour entendre ce qu 'elle signifiait. Et ici, je… Alors, à l 'époque, on disait, non, mais ça n 'existe pas le documentaire au théâtre, ce n 'est pas la peine. Alors que ça existait beaucoup auparavant et aussi autour de la France. Et puis finalement, le documentaire au théâtre, ça l 'a emporté. Il y en a eu, il s 'est mis à y en avoir beaucoup et c 'est vachement bien. C 'est vachement précieux comme outil. Là, ici, je fais encore un petit pas de côté. Je propose, je crois, être un essai au sens essai journalistique, essai littéraire, essai… Alors là, ce serait un… J 'essaie de dire plutôt essai théâtral que essai scénique, parce que les copains journalistes m 'ont dit essai scénique. Ah oui, tu piches chez l 'auto -journal. Donc ça, j 'ai arrêté cette blague -là. Mais j 'avais quand même écrit ça sur le bouquin. C 'était un essai scénique au sens où..
Attention au micro.
Attention au micro, pardon. Je parle de moi, de je. Je parle de mon personnage, d 'un Lambert qui est un mal blanc dominant, moyen d 'arriver au début du 2e quart du XXIe siècle, qui essaye de porter un regard sur ce qu 'il a entendu sur nos relations avec les gens qui sont autour de lui, qui ne sont pas des blancs. Et au fur et à mesure du spectacle, j 'essaye de proposer des concepts, des petits concepts, je ne suis pas très bien, pas bien loin, mais quand même de nommer les choses. Et il me semble que nous, on souffre aujourd 'hui de ne pas savoir nommer un certain nombre de choses. Et voilà, donc c 'est en ça que je pense que c 'est plus un essai qui se sert du documentaire, mais qui sert d 'autres outils du théâtre. Moi, je me sers de la comédie à l 'art, de la farce, de plein de documents et de verbatims, souvent. Voilà, je mélange un petit peu tous ces gens -là.
Il y a un moment dans ta pièce où tu déploies, je ne le dis pas ?
Si, si, si, si, on peut le dire.
Où tu déploies des mètres et des mètres d 'opérations militaires, françaises, que tu ne cesses de documenter puisqu 'elle continue.
Absolument.
La colonisation continue d 'une certaine manière, on va y venir. Est -ce que je montre l 'extrait, la bande annonce des spectacles précédents pour montrer un peu comment tu joues ou est -ce qu 'on démarre ?
Pourquoi pas ?
C 'est comme tu veux, on l 'a fait un peu.
Oui, ça donne une petite idée comme ça, on voit à quoi ça ressemble.
Mon cher Nayan es-tu prêt à envoyer la bande -annonce ?
La bande annonce de quoi alors, du coup
La pompe Afrique, qui est donc une précédente trilogie.
– Oui, et ça c 'est un long métrage que je propose actuellement, qui est à partir de tous les éléments de la pièce, mais on peut regarder.
Regardons.
Elle a toujours besoin d 'être bien avec le pouvoir en place, qu 'il soit d 'un parti ou d 'un autre. Bien. Le tribunal vous demande de justifier une telle somme de 13 millions de francs ainsi que les pourcentages très importants prélevés sur chaque opération qui passe par votre intermédiaire. – Pas intermédiaire, monsieur le Président, moi je suis… Laissez le tribunal terminer ses phrases, monsieur. Les commissions, ça c 'était un vrai travail, une vraie responsabilité de direction générale, monsieur le Président. Les virements correspondent à une répartition souhaitée par le Président Delphes lui -même. Je suis profondément écœuré, ce qui vient d 'être dit généralement une nausée. Le capital, ça a une histoire. Le capital est l 'histoire d 'une entreprise. Et le capital de Total était déduit parce qu 'il repose sur les activités criminelles d 'Elf en Afrique. Bon, on va appeler un chat un chat. Elf a été créé pour maintenir l 'Algérie et les Rois Nègres dans l 'orbite française par le biais du pétrole. Avec les Algériens, ça a capoté. Avec les Rois Nègres, ça se poursuit. Je pense que tout le monde doit faire face à ses responsabilités et ne pas fuir.
Voilà, c’est impressionnant, excellent. Bonjour tout le monde, dit le chat. Alors, on va raconter un tout petit peu le début du spectacle La France Empire. C 'est un père de famille que tu incarnes qui veut aider sa fille à faire un devoir d 'histoire.
Éducation, enseignement moral et psychique. C 'est une discipline au collège, enseignement moral et psychique.
Alors, tu m 'as dit, avant d 'entrer en studio, tu sais, comme tous les comédiens, moi, je perds mon texte dès lors que je ne suis pas en plateau. Est -ce que tu te souviens quand même de l'énoncé du devoir puisque c 'est lui qui propulse le spectacle ? Est -ce que tu te souviens ?
Montrer en quelques lignes que l 'armée française est au service des valeurs de la République et de l 'Union européenne. C 'est beau.
À partir de là, tu te grattes la tête et on a deux heures ultra drôles et tragiques évidemment qui nous renvoient à notre mauvaise conscience. Deux heures documentées, deux heures d 'histoire.
Ce qui est un vrai sujet. C 'est un vrai sujet qui a été donné, délivré aux enfants, de troisième en 2017.
Alors, tu as parlé tout à l 'heure, je ne sais pas à quelle occasion, de chapeau. Et j 'ai décidé de faire un truc aujourd 'hui que j 'avais fait il y a une dizaine d 'années avec un homme que j 'adore qui s 'appelle Greil Marcus, qui a travaillé sur le mouvement Dada et il y a une vingtaine d 'années avec Topor. C 'est un chapeau dans lequel j 'ai écrit des questions et tu vas tirer.
Je fais tout le boulot.
Tu fais tout le boulot, exactement, tu as tout compris.
Ah d 'accord, bravo.
Sétif.
C 'est un peu court, jeune homme, comme question. Mais c 'est un peu épais, c 'est un peu lourd. Sétif, effectivement, avec ce mot -là qui est là, ce petit mot -là, résume de façon épouvantable ce qui se passe quand après -guerre, alors quand on dit après -guerre aujourd 'hui, je pense qu 'on entend ce que je veux dire, c 'est -à -dire après la Seconde Guerre mondiale, qui a été remporté par les Alliés, et notamment dont faisait partie la France et le général de Gaulle et l 'empire français de cette époque -là, puisque la France de cet après -guerre -là, c 'est pas simplement le petit hexagone d 'aujourd 'hui, mais c 'est un empire composé… Alors j 'ai employé le mot empire, j 'utilise comme ça dans le bouquin.
Dans le livre qui est donc le livre de la pièce, tu as cette magnifique carte que j 'ai retrouvée sur Gallica qu 'on va pouvoir montrer de temps en temps pendant que tu parles. « Français, voici votre empire et ses routes maritimes. Empire colonial français. » Et donc, que se passe -t -il à Sétif et surtout quand ?
Après -guerre, c 'est -à -dire juste après que les Algériens, les Camerounais, les Vietnamiens, etc., les populations de l 'empire nous ont considérablement aidés à libérer l 'Hexagone des nazis. Et il se trouve que dans les années 40, en 1942, le général de Gaulle est allé faire le tour avec le général Leclerc des colonies pour dire « aidez -nous ». Et puis après, on y va, dans la liberté, on y va dans l 'égalité, on y va dans la fraternité. C 'est open bar, les gars, et on devient tous des citoyens égaux les uns les autres. Il y a une conférence à Brazzaville et Patente dans laquelle il y a un programme qui est déployé et qui dit « aidez -nous à combattre et à faire… » Il va falloir faire une sorte de guerre civile en France pour combattre Pétain et l 'ensemble du patronat français qui est derrière lui et l 'ensemble des forces militaires allemandes qui soutiennent ce gouvernement pour dire « allez, on passe à autre chose et on retourne vers la liberté et l 'égalité. » La fraternité, ok, super. Donc, on arrive à la libération de Paris en août 44 et à la libération du territoire national petit à petit. Le 8 mai 45, on célèbre la victoire contre le nazisme. Et dans certains patelins de la France de l 'époque, c 'est -à -dire en Algérie, mais aussi au Vietnam, mais aussi en Syrie, mais aussi à cette période -là, en 1945, il y a pas mal de gens qui disent « on n 'avait pas causé d 'un truc de cette histoire de liberté, d 'égalité, de fraternité, peut -être c 'est le moment, c 'est quand même un peu l 'après -guerre maintenant et puis comme on avait dit, c 'était le deal un petit peu et ça ne nous ferait pas de mal de pouvoir… » Et puis à cette époque -là, en plus, on crée la sécurité sociale, on attribue le droit de vote, on accorde le droit de vote aux femmes, on considère que les femmes deviennent des gens incroyables, mais pas là -bas, pas dans ces territoires -là. Et il y a une petite réaction quand même qui dit « mais c 'est… enfin, on était un petit peu sur une autre longueur d 'onde au départ. » Et la réponse, ça a été des bombardements terribles, terribles, dans l 'empire qui, dont Sétif, le 8 mai 45, il y a un malheureux garçon qui a sorti un drapeau algérien au moment des manifestations du 8 mai 45 et ça a déclenché une réaction des forces de l 'ordre extrêmement violentes qui a dégénéré et qui a abouti à des bombardements qui sont… on voit ce que c 'est aujourd 'hui maintenant les bombardements d 'un empire qui ne veut pas perdre son empire, on voit ce que c 'est ce qui se passe en Ukraine, on voit ce que c 'est en Palestine, on a bien une idée précise. Moi je donne d 'autres exemples de bombardements qui ont affecté le territoire français et pour lesquels il y a des monuments aux morts un peu partout en France pour qu 'on se souvienne de ce que c 'était quand même que d 'être bombardé et de cette chose terrifiante qui est la guerre. Et il se trouve qu 'en 1945, la répression effectivement a réussi à étouffer pour quelques années ces demandes -là, mais n 'a pas du tout étouffé le désir de liberté, le désir d 'égalité, le désir de fraternité que la France manifestement refusait d 'attribuer et donc ils sont allés chercher ça ailleurs, ils sont allés chercher ça autrement, ils ont essayé d 'inventer quelque chose et la France a réagi une fois de plus en dézinguer tout ce qui bouge et en tuant de façon systématique les terroristes qui essayaient de… qui s 'estiment être des résistants. Et il me semble bien d 'ailleurs que d 'une façon générale, quand on impose un ordre qui n 'est pas juste, ça implique une résistance que l 'adversaire ou que l 'oppresseur considère comme du terrorisme. Et je crois bien d 'ailleurs que ce que je viens de dire c 'est à peu près une phrase du général de Gaulle. Bon, ce qui s 'est passé à Sétif s 'est passé et je n 'ai pas vu de monuments aux morts en France qui racontent ça. J 'ai pas vu de monuments aux morts qui racontent nos bombardements au Vietnam. J 'ai pas vu en France de musées qui racontent ça. J 'ai pas vu en France de fresques artistiques ou autres qui permettraient aux pères de famille que je suis… Oh pardon, au micro. aux pères de famille que je suis de raconter ça à ma fille pour dire bon ben effectivement c 'est vrai que ça pose un problème mais bon, on a merdé. Voilà, on a merdé à Sétif en tant que français. Si moi je dis que je suis français quand je suis content quand la France marque un but, ben je suis français. Donc là, je dis on a gagné. Bon là, on a merdé. Et il me semble que ça me manque, moi, ces lieux -là qui pourraient nous aider d 'une part à comprendre ce qui s 'est passé mais aussi à passer à autre chose, je pense à fabriquer un autre rapport avec ces populations -là.
Autre question, j’en ai 20 comme ça.
Ah oui, d 'accord.
Alors prends ton temps, on est bien.
C 'est chouette.
Là, on comprend avec ta réponse ce qui t 'anime. L 'autre question ?
Un pas de côté.
Un pas de côté.
Un pas de côté, c 'est le nom de la compagnie. On avait…
On dit compagnie ou troupe ?
Alors, on dit compagnie de théâtre. Troupe, ça implique quand même qu 'on en ait quelques -uns. Là, on est quelques compagnons. On est deux compagnons dans cette compagnie, Sylvie Gravagna et moi -même, depuis une grosse trentaine d 'années. À avoir créé d 'abord un premier spectacle sur la naissance du mouvement de mai 68 à Nanterre, sur la journée du 22 mars 68. Et il se trouve qu 'on avait changé le nom de la compagnie à la mort de JB, qui était quelqu 'un que je portais particulièrement dans mon cœur. Et voilà, un pas de côté, c 'était cette démarche que proposait JB, donc JB, c 'était… Un autre Charlie Hebdo était possible, à l 'époque. Et c 'était un Charlie Hebdo qui s 'intéressait à la joie de vivre, à la réflexion et à la remise en cause du militarisme. Bref, à tout ce que ce journal a mis de côté aujourd 'hui.
Pingouin, suite à ta première réponse, nous dit bonjour. Ça manque beaucoup de Français et Françaises face à face avec notre passé. Ça nous permettrait aussi de mieux comprendre et d’apaiser le présent.
J 'imagine que c 'est ce que tu ressens aussi.
Oui, c 'est ça. Je prends l’exemple du général de Gaulle. Général de Gaulle, on a marqué son nom partout en France. C 'est celui qui a le plus de noms de rues, de places. On a le rond -point avec l 'Arc de Triomphe, on a l’aéroport. Et parce que quand on a mis ces noms là, un peu partout, c 'était l 'homme de la paix. Moi, je suis né à l 'avenue du général de Gaulle, il était encore vivant. On avait nommé cette avenue -là bien avant sa mort. Il était président de la République.
T 'es un gars du Nord, ?
Picardie.
Pardon, c 'est pas le Nord.
Même si j 'ai la nationalité, ma grand -mère était de Boulogne.
Est -ce que ça a son importance dans le spectacle ? C 'est vrai. Ben oui, puisqu 'il y a des gens illustres, mais il y a aussi tes grands -parents, le grand -père tape -dur, ta grand -mère, et puis voilà, il y a tout un univers.
Oui, je convoque tout un petit univers familial parce qu 'il me semble que ce qui nous manque dans notre compréhension nationale, c 'est quelque chose qu 'on connaît aussi intimement. Je parle de secret de famille national. On voit ce que c 'est à peu près un secret de famille qui se trimballe de génération en génération. C 'est pas bien ce qui s 'est passé et on imagine, et ça se trouve, l 'imagination qu 'on s 'en fait est encore pire ou peut -être moins, mais en tout cas, elle ne nous aide pas à grandir souvent. Et il me semble qu 'on a la même chose au niveau national. En ne sachant pas ce qui s 'est passé à Sétif au Vietnam, au Cameroun, que sais -je, ça ne nous aide pas à avancer. Et quand le général de Gaulle, après -guerre, décide de fabriquer la paix, après avoir gagné cette guerre, il va fabriquer la paix. C 'est -à -dire que, mais très concrètement, on va faire des villes jumelées, par exemple. Et moi, je suis né comme ça, mes parents, ils se sont connus dans des, à l 'époque, les lycéens de Saint -Quentin. Moi, je suis de Saint -Quentin. Des lycées garçons de Saint -Quentin et des lycées de jeunes filles qui allaient ensemble dans un lycée en Allemagne, ou d 'autres choses comme ça, c 'est des petites anecdotes. Mais quand même, on fabriquait la paix. On a dit, OK, ça fait des décennies, voire plus, qu 'on ne s 'aime pas. Ça ne va pas se faire tout seul. La guerre, on voit ce que c 'est. C 'est quelque chose qu 'on subit. La paix, ça ne se subit pas. Ça se fabrique, ça se construit. Et ça se construit avec un ancien adversaire. C 'est très difficile. Et le général de Gaulle va réussir à fabriquer, à impulser un mouvement de fabrication de la paix. Par exemple, aujourd 'hui, on a une chaîne franco -allemande. On a Arte. On a des radios franco -allemandes, Arte radio. C 'est intelligent de faire des passerelles comme ça, des choses qui nous forcent un petit peu à revoir notre opinion sur ah bah oui, finalement, il ne bouffe pas les enfants, il ne bouffe pas nos chiens, contrairement à ce qui avait été véhiculé jusque -là. Et c 'est comme ça qu 'on fabrique la paix. Et avec Sétif, avec le Vietnam, avec le Cameroun, où on a été manifestement en guerre, on n 'a pas fabriqué de paix. Et si on ne fabrique pas de paix, la paix ne va pas arriver. Et aujourd 'hui, on est des décennies après avoir quitté l 'Algérie contre notre gré, en ayant envoyé des millions de soldats pour garder cette partie de notre empire. On l 'a fait disparaître de notre histoire. Ça n 'existe plus. Et pire, ce qui n 'existe plus, c 'est aussi la façon dont on a essayé de le garder. On a oublié comment on a essayé de le faire. Quand je parle aux jeunes gens autour de moi, à la guerre d 'Algérie, c 'est comme, je ne sais pas, ce qui s 'est passé en Algérie, et puis je ne sais même pas qui l 'a gagné. Ça a disparu de notre imaginaire.
Mais déjà, à l 'époque, il y avait une négation, puisque la France métropolitaine parlait des événements et pas de la guerre.
Absolument. On a eu le droit d 'utiliser le mot guerre en France en 1999. Quand on était au lycée, je pense qu 'on doit être pas loin dans les mêmes générations.
Pas loin.
On ne devait pas parler de la guerre d 'Algérie dans nos devoirs à l 'école. Eh bien, si on ne met pas de mots, si on ne nomme pas, effectivement, je pense qu 'on va devenir malade. Une des manifestes de cette maladie, pour moi, c 'est le doyen de l 'Assemblée nationale qui, au moment de la première législature d 'Emmanuel Macron, vient faire un discours pour pleurer sur la plus haute marche du podium de l 'Assemblée nationale. Sur son départ d 'Algérie, qui a été cruel pour lui. Bon, et c 'est que comprendre de ça aujourd 'hui. Il y a un député d 'extrême droite, vraiment quelqu 'un de tout à fait. Et cette absence d 'histoire que l 'on a fait et qu 'aujourd 'hui, on continue à avoir. Je suis venu à bicyclette tout à l 'heure là, et j 'ai croisé plusieurs portraits de notre ministre de l 'Intérieur aujourd 'hui qui dit, rien n 'autorise l 'Algérie à offenser la France. Et c 'est brandi comme un slogan. Regardez, nous, on ne se laisse pas faire par l 'Algérie. Combien de temps on va continuer à trimballer cette déchirure -là ? Tant qu 'on ne fera pas le boulot de fabriquer de la paix. Quoi qu 'il y ait -il dans ton chapeau. Théâtre des opérations. Le Théâtre des opérations, c 'est une série que j 'ai proposée. Alors le Théâtre des opérations, ça veut dire quelque chose en termes militaires.
C 'est pour ça que je pensais que t 'aimais bien le mot troupe.
Ah oui, je ne l 'avais pas vu. Ah bravo, tout à fait.
Alors Théâtre des opérations ?
Théâtre des opérations, c 'est quelque chose que j 'ai essayé de lancer après la série de spectacles précédents. C 'était un Bleu -Blanc -Rouge. Et il se trouve que le rouge est ce qui m 'a fait disparaître des scènes françaises. Scènes nationales, scènes théâtrales, centres dramatiques nationaux, etc.
Pourquoi ?
J’ai fait ça en 2015 et c 'était donc sur l 'Armement. C 'était un spectacle, j 'avais décliné Pétrole Nucléaire à Armement. Et sur l 'Armement, j 'ai essayé, j 'avais pris comme angle d 'aller de l 'affaire Karachi à l 'affaire au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par Kadhafi. Et là, quand on propose un spectacle en France, c 'est comme s 'il y avait deux salons du théâtre, il y a Paris et il y a Avignon, où on fait venir des programmeurs de théâtre pour dire, alors Avignon c 'est très court, c 'est sur le mois de juillet et Paris c 'est sur le plus long terme. On fait venir de partout des programmateurs de théâtre pour dire, si ça te plaît, tu peux acheter le spectacle et puis on vient le jouer chez toi. Et là, ça a été remarquable puisque j 'avais joué quand même quelques centaines de fois les deux précédents. Et je me suis retrouvé face à des professionnels qui sont venus pour la première fois. Alors d 'abord qui ne viennent pas, pour être tout à fait exact, puisque je le joue, la première étant le 13 novembre 2015, c 'est -à -dire le soir à partir des attentats qui ont été un peu partout dans la capitale. Mais malgré tout, le public vient, le public venu très nombreux dans ce théâtre -là, mais pas les pros, les pros ils ont peur. C 'est comme ça, c 'est un truc professionnel de dire, bon, je ne vais pas prendre de risque d 'aller au théâtre. Donc on refait une autre série un peu plus tard. Et là, les ennuis commencent parce qu 'à partir de là, je dois être programmé. Là, j 'étais sous contrat dans un théâtre municipal parisien qui n 'avait pas vu le spectacle avant, mais qui m 'avait programmé pour ça. Donc je présente le spectacle. Et à partir du moment où le spectacle existe, j 'ai de la presse, formidable, vraiment beaucoup de presse, beaucoup de public, très très bien. Et j 'ai à peu près toute la profession qui dit, ah, c 'est vachement bien ce que tu fais, ouais, c 'est super, je ne te prendrai jamais, je me ferai virer, mais c 'est bien, continue. Et ça, ça a duré pendant cinq ans. Et de 2015 à 2020, j 'ai essayé de tourner cette trilogie.
On est d 'accord, c 'est de l 'autocensure ou c 'est plus que ça ?
L 'autocensure, c 'est quand, je pense, un artiste se dit, je ne vais pas y aller.
Non, pardon, de leur part.
Mais c 'est de la censure. Je dirais que c 'est de la censure.
Oui, mais on ne leur demande pas de censurer. C 'est eux -mêmes qui disent, je n’y vais pas.
Oui, mais ils ne s 'autocensurent pas, eux.
Ah, ils te censurent toi, bien sûr.
Ils me censurent moi, bien sûr. Donc, je pense que…
Ce que je veux dire, c 'est qu 'on ne les appelle pas par un téléphone. Il n 'y a pas un ministère de la…
Ça peut arriver.
Alors, ce n 'est pas le ministère de la Culture qui, au contraire, m 'a plutôt soutenu dans ce truc -là. Mais non, c 'est le N plus 1, c 'est le maire. C 'est le maire, c 'est le président de région, c 'est le président du département. C 'est… Dans ces années -là, l 'essentiel des municipalités passe à droite. L 'élection 2014, une grosse bascule. Les théâtres ferment par centaines en France. Par centaines. Les festivals ferment par centaines. C 'est très impressionnant. Là, il y avait des cartes de France avec l 'ensemble des festivals et des théâtres qui fermaient. C 'était ahurissant. Et par ailleurs, comme aujourd 'hui, les budgets de la culture se sont beaucoup réduits et il y avait beaucoup moins de possibilités de faire venir des spectacles. Et quand on fait venir un spectacle dans une petite programmation, là où il y en avait une grande avant, on met un spectacle politique, bon allez, ce n 'est pas grave. Dans une petite, ça dépasse, ça se voit un petit peu trop. Et on y allait jusqu 'à, par exemple, un Laurent Wauquiez qui, au moment de la bascule aussi des régions sur la droite, a exigé d 'avoir sa tronche dans tous les programmes de théâtre qui étaient aidés par la région. Ça devenait presque des proclamations de foi, les théâtres. Ça devenait des programmes non plus, mais quand même, ça devait refléter quand même quelque chose. Et si on avait un spectacle qui parle du financement de la Combine de Sarkozy par Kadhafi, dans ces années -là, vraiment, ce n 'était pas question. Et ça, c 'était bien avant que l 'ami Yannick Kergoat fasse un film formidable là -dessus.
Voilà Yannick qui est venu en parler ici. Pétroleuse nous dit, ah, le courage du milieu culturel,
Entre guillemets, de gauche.
Tu veux dire de moi là -dessus ou pas ? Tu veux terminer tes dernières amitiés ?
C 'est -à -dire qu 'il se trouve qu 'à l 'époque, moi, j 'avais un certain nombre de théâtres qui m 'ont soutenu pour fabriquer ce spectacle -là, le maniement des larmes, ça s 'appelait. Le maniement des larmes, donc 2015, bascule des municipalités en 2014. Ce qui se passe quand on fait un spectacle comme ça, moi, je l 'écris, grosso modo, c 'est deux ans à temps plein d 'écriture, d 'équivalent temps plein. Et après, il me faut un an pour en faire un spectacle, pour faire un truc qui soit dynamique, qui parte. Et puis en plus, c 'est un peu du one man show de plus en plus. Et j 'ai besoin de le faire, de le faire. Donc, je vais dans des théâtres, j 'ai des théâtres qui m 'aident et je fais des résidences dans les théâtres. Et là, de 2014 à 2015, chaque fois qu 'on allait dans un théâtre, on était accueillis par des gens qui étaient en larmes en disant, bon, écoute, je suis en train de vendre ma maison, non, on se fait virer là, donc vas -y, répète, mais tu n 'auras pas d 'éclairage, on n 'a pas de chauffage en ce moment. Une ville, deux villes, trois villes, ils se faisaient vraiment virer, vraiment. Et ils ont vraiment dû changer de job, d 'aller en faire espace vert quand ils devaient rester à la mairie ou être… Et au fur et à mesure, ça a été de pire en pire. Quand à un moment donné, la région détruit les outils qui permettent de faire du théâtre ou de la musique. Ce n 'est pas spécifique à la musique, effectivement, c 'est la culture d 'une façon générale, mais c 'est extrêmement violent. Donc les autres ont vu et ils ont juste entendu siffler les balles. Et s 'ils sont encore en poste, bon, ils ne vont pas faire en sorte de se faire tache trop vite. Donc effectivement, ce n 'est pas très courageux de leur part, mais après, ça se comprend. Moi, j 'ai eu un pote qui m 'a dit, dès le début du spectacle, il m 'a dit, viens, je ne te prendrai pas le spectacle, mais viens, on vient au théâtre, on bouffe et puis je te montre. Il me montre son théâtre, tu vois, j 'arrive encore à faire ça, à faire ça, tu vois. Bon, maintenant ma compagne s 'est installée là, tu vois, les gosses, ils sont à l 'école. Je te prends, je me fais virer, je me fais plaisir, je te fais plaisir, et après, je ne fais plus rien. Comment je fais, tu vois ? Donc bon, c 'est comme ça. Ça se comprend.
Alors là, tu parles d 'une situation, alors il faut qu 'on reprenne le questionnaire, mais il y a ANZB qui nous dit, et on pense à notre ami à la région en Loire Atlantique. Le théâtre va avoir, parce qu 'effectivement, il y a la Loire Atlantique, mais il y en a d 'autres. C 'est -à -dire qu 'en fait, voilà, les régions ont pris au mot le gouvernement,
Les gouvernements,
ok, très bien, on voulait qu 'on fasse des économies, on commence par se créer la culture.
Ben oui, parce que ce n 'est pas, ce n 'est pas leurs électeurs, ceux qui vont au cinéma, ceux qui vont voir des petits spectacles, ceux qui vont voir des concerts, ce n 'est pas les électeurs de M. Bayrou, hein ?
Allons -y.
Quoi qu 'il y a -t -il, quoi qu 'il y a -t -il dans le chapeau, là ? Combien de personnages j 'ai incarnés ?
On l 'a dit, c 'est une trentaine.
Une trentaine. Comment on fait pour passer d 'un personnage à l 'autre, quand parfois, c 'est de beaux qui dialoguent avec…
Leclerc.
Avec le général Leclerc.
Non, ça, j 'ai honte là -dessus, mais je n 'ai aucun mérite, je sais faire ça depuis gosse. Je le raconte sur scène, je me suis rendu compte que je savais faire ça, mais je n 'ai aucun mérite. Le mérite, c 'est de faire que ce soit rythmé et rigolo, mais je sais vaguement voir les… Quand quelqu 'un fait quelque chose de caricatural, c 'est facile à caricaturer, et je sais un peu faire ça.
Il y a un moment très tendre et très beau, Je te propose qu 'on rythme les choses quand il y a des réponses courtes et d 'autres plus longues, où tu racontes que tu imités un de tes profs, gamin, et que ce prof va jouer un rôle important pour toi. On n 'en dit pas plus, mais quand on entend ça, on est vraiment touché. Je ne sais pas si ce prof est toujours vivant.
Non seulement il est toujours vivant, mais il est venu voir la pièce, et j 'ai emmené encore des frissons dans le dos. C 'est un prof remarquable, c 'est un homme remarquable qui s 'appelle Yves Bled Zeker, qui a été mon prof de français à Arpajon. C 'est lui qui me fait découvrir qu 'il s 'est passé quelque chose le 17 octobre 1961 à Paris, parce qu 'il avait un pote qui a échappé au massacre qui s 'est déroulé ce jour -là. Et bon, ok, c 'est très tendre. Et puis je suis allé voir mon prof d 'histoire, on est disant, mais c 'est vrai ce qu 'il a d’incontesté ? Oh, c 'est possible, oui. Et là, il s 'ouvre un drôle de truc. Et il se trouve que ce prof de français m 'a fait goûter au théâtre très tôt. Alors ça, je ne raconte pas, effectivement ici, comment ça se passe. Et depuis, je ne me suis pas arrêté.
C 'est parfait, M. Lambert. Continuez à tirer les bonnes questions.
Pass culture, on l 'a dit. Pass culture, passe à la trappe.
Alors nous sommes avec Nicolas Lambert, dramaturge, comédien. Oui, comédien pour le théâtre, on dit comédien, c 'est ça, comédien.
Je ne t’ai pas compris pourquoi.
Oui, moi non plus. La France Empire, actuellement à l 'affiche à Paris, mais aussi riche.
Ici ou là, absolument. Théâtre documentaire.
Bon, on l 'a dit.
On l 'a dit, on l 'a dit, on l 'a dit.
T 'inquiète pas, il y aura des surprises.
Ah bon, d 'accord. Manuel Scolaire.
Voilà.
Manuel Scolaire. Ah oui, j 'ai retrouvé un Manuel Scolaire qui joue sur scène d 'ailleurs. C 'est un Manuel Scolaire je ne sais pas pourquoi je l 'ai toujours gardé comme ça. C 'est mon premier manuel de lecture. J 'ai appris à lire là -dessus. C 'était Ma Coco en plus, ça me parlait tout le temps parce que c 'était..quand on sort de Paris par l 'autoroute A3, on passe sous une tour où il y a marqué Ma Coco vitrage et c 'est l 'un des premiers mots que j 'ai su lire. Et on prenait cette autoroute -là quand mes parents m 'emmenaient à Saint -Quentin chez mes grands -parents. Et je voyais, et voilà, c 'est un mot qui m 'a marqué. Et il se trouve que j 'ai toujours ce Manuel Scolaire qui raconte les histoires de Ma Coco, qui est les aventures formidables d 'un petit garçon noir. Et c 'est un manuel qui date de l 'époque impériale coloniale française. Et je me sers de ce manuel -là pour raconter quand même quelque chose, qui est que le racisme français, ailleurs, je travaille avec un public français. Donc, j 'essaye de proposer un spectacle qui puisse être un outil pour ce public -là et pour devenir acteur, précisément. Si moi, je suis comédien, il me semble que le public n 'est pas… C 'est cet autre mot pour dire le peuple, qui n 'est pas passif, qui joue, c 'est un dialogue, un spectacle avec la salle. Et il me semble que si on lui propose ces outils -là, il peut devenir acteur de ce qui se passe. Et là, je reprends quelque chose qui est… Quelque chose qui avait théorisé, d 'ailleurs, ma camarade Sylvie Gravani, avec qui je travaille depuis bien longtemps, un compagnon pas de côté, qui racontait ça dans un autre spectacle. Il disait, mais le racisme, c 'était une matière enseignée à l 'école. On n 'a pas à se sentir coupable d 'avoir… Et c 'est là -dessus que j 'essaye d 'insister un petit peu. C 'est normal d 'être raciste quand on est français. C 'est pas… C 'est normal d 'être raciste quand on est policier. C 'est normal d 'être raciste quand on… C 'est quelque chose qui a été enseigné pendant des décennies.
Quand tu dis c 'est normal, ça a été la norme. Et c 'était enseigné.
C 'était enseigné par l 'école.
Et dans ton spectacle, tu sors comme ça des manuels scolaires. Alors, celui dont tu parles -là, j 'arrive pas à dater sa publication.
Je l 'ai marqué dans mon bouquin. Je crois que c 'est 53 ou 57.
Alors 57 dit Euryale, mais là, on n'était pas né. Donc, c 'est pas un manuel que toi, tu as eu en main.
Si, si, c 'était mon manuel.
C 'était ton manuel.
C 'était mon manuel. Après, il y a quand même temps de latence.
Il y a un petit temps de latence.
Ça dure longtemps, les manuels. Il se trouve que c 'était le mien. Tu as encore mon nom. Il y a encore mon étiquette écrite par mon père à l 'intérieur.
Tu sors plusieurs manuels scolaires. Et c 'est une façon pour toi de nous expliquer que la vérité historique varie selon les époques. C 'est -à -dire qu 'on nous a enseigné effectivement les colonies, l 'empire. Or aujourd 'hui, ta fille, au départ, puisque c 'est le pitch de départ, elle, il n 'y a pas cet enseignement dans les manuels scolaires.
Mais il n 'a pas été dés enseigné. Et il ne se transmet plus par l 'école. À l 'école, on ne dit plus les bonnes femmes, ce n 'est pas des gens. Comme jusqu 'en 1945, on ne dit pas les nègres, ce n 'est pas des gens. Les bougnoules, ce n 'est pas des gens. Les "Nyakoués", ce n 'est pas des gens. Comme on pouvait le dire sur ces décennies là, sur ces siècles là, où on a pu, où nous, on était quand même la civilisation, la culture. Et eux, il fallait qu 'ils deviennent évolués, qu 'ils deviennent civilisés. Ils n 'avaient pas de civilisation, ils n 'avaient pas de culture. Donc, il y avait ce discours qui nous semble aujourd 'hui fou. Mais c 'était le vrai discours. Qui nous semble fou aujourd 'hui quand on a bossé un peu le sujet, mais quand on n 'a pas bossé le sujet. Comme ma fille, par exemple, qui, à la fin de sa troisième, n 'a jamais entendu parler, alors qu 'on est dans un quartier un peu costaud. Il y a un tiers de la classe, à l 'image de ma fille, blanc, dominant, et deux tiers qui viennent un peu partout. Mais qui ne vient pas d 'un peu n 'importe où. Qui vient précisément de notre empire. Et pas une seule fois jusqu 'à la troisième, c 'est -à -dire au moment où partent plein, plein, plein de ces camarades coreligionnaires qui sortent aussi de la scolarité en troisième. Ils n 'auront jamais vu que, bah oui, le Mali, ça faisait partie de… Bah oui, le Vietnam, ça faisait partie de l 'empire. Bah oui, en fait, il y a des liens extrêmement forts s 'ils sont là ensemble. Et pas une seule fois à l 'école. Ils auront bossé sur le pourquoi ils sont là. Là, ça ne va pas. Et en plus, à partir du moment où… Alors, on voit bien avec ce merveilleux moment qu 'on vit avec MeToo depuis quelques années, qui consiste à dire, attendez, c 'est bien gentil d 'avoir donné le droit de vote aux bonnes femmes, comme on disait, mais maintenant, il faut aussi… Maintenant, on va aller vers la liberté, vers l 'égalité, vers la fraternité. Voir la sororité. Et cette dimension -là, elle vient… On l 'a construite, on la fabrique et on y va. Mais à quel moment on a dit aux jeunes gens ou aux vieux ou aux moyens, qu’en fait, les Noirs, c 'est des gens. En fait, les musulmans, ce sont des gens. En fait, les Indochinois, c 'est des gens, finalement. Et même ça, on ne l 'a pas fait. Non seulement, on n 'a pas fabriqué la paix, mais on n 'a pas non plus remis à zéro cette hiérarchie humaine qui nous semblait et qui continue à nous sembler si évidente. Il y a la hiérarchie humaine qui est symbolisée, caractérisée par les chiffres de la sécurité sociale, par exemple, 1 et 2, qu 'on connaît bien aujourd 'hui. Mais il y en avait d 'autres, des chiffres. C 'est ce que tu racontes dans la pièce.
Tu peux le dire en deux mots, parce que c 'est…
Parce que quand on a créé…
Donc 1 pour les hommes, 2 pour les femmes, comme par hasard, l 'ordre dit quelque chose.
3 pour les musulmans indigènes, 4 pour les musulmanes indigènes, 5 pour le juif indigène, 6 pour la juive indigène, 7 pour les indigènes qu 'on ne sait pas d 'où, les étrangers, et 8 pour les étrangères. Parce qu 'en France, quand on n 'arrive pas à…
Ça, ça a été la nomenclature INSEE de la sécurité.
Alors c 'est ça, l 'INSEE n 'existait pas encore tout à fait, mais c 'est ce qui a abouti à l 'INSEE juste après la guerre, juste au moment du New Deal. Ce sont des services de Pétain qui sont devenus l 'INSEE, voilà, absolument, et qui… Le New Deal français, qui a été ma référence pour cet élément -là, qui est un très bon bouquin britannique, je crois, et qui doit être référencé quelque part dans le bouquin, on a réussi à dire que finalement, un et deux, en fait, c 'est quand même les mêmes, mais on n 'a pas fait le boulot avec les musulmans, on n 'a pas fait le boulot avec… Et cette absence de compréhension aujourd 'hui, ce n 'est pas le tout d 'avoir enseigné le racisme et d 'avoir arrêté de l 'enseigner. À un moment donné, il faut quand même dire, comme l 'a dit, je vais être obligé de citer notre président Jacques Chirac, notre président Jacques Chirac, à un moment donné, il a dit, OK, on a merdé avec les Juifs, quoi. OK, il l 'a dit 40 ans après.
Le discours du Vel D’hiv.
Exactement, le discours du Vel D’hiv qui permet de dire, oui, c 'était nos policiers, oui, non, c 'était nos gendarmes, c 'était la France qui a fait ça. Jusque -là, c 'était le déni. Et ça, ça fait grandir, ça fait avancer, ça fait… Ça fait du bien de se débarrasser d 'un secret de famille comme ça.
Le tchat nous dit que le 7 et 8 existent encore dans le nombre de policiers. Et tu le rappelles d 'ailleurs sur scène.
Oui, c 'est ça. On s 'en sert toujours…
Pour les étrangers.
Pour les réfugiés, notamment l 'hôpital, oui.
Alors, pose le mug, tu le reprendras juste après. Le tirage, on peut rajouter identité nationale sur la liste des mots au chapeau. Ah non, on ne peut pas rajouter, peut -être qu 'il y est. Alors, quel est le mot ?
De Gaulle c 'est notre héros, c 'était mon héros. Moi, j 'habitais à Venue du général De Gaulle quand j 'étais petit. Et c 'était ce héros, c 'était l 'homme de… Voilà, on l 'a dit, c 'était l 'homme de la paix. Et moi, dans ma scolarité, dans toute ma scolarité, je n 'ai jamais vu que c 'était l 'homme qui a déclenché cette guerre. C 'est terrible. On l 'a dit à Sétif, mais aussi au Vietnam, mais aussi… Et ces guerres -là, je ne les ai pas vues. Moi, je ne les ai pas vues, je ne savais pas. C 'est adulte, quand j 'ai fait le boulot que j 'ai compris ça. Mais si je n 'avais pas fait ce boulot, la Syrie faisait partie de la France d 'après -guerre. Où est -ce que je comprends ça ? Les Syriens, ils savent, attention. Le 14 juillet local là -bas, la fête nationale, c 'est le jour du départ du dernier soldat français de cette armée qu 'avait lancé De Gaulle pour étouffer ce qu 'ils estimaient être des rebellions. Donc, ce qui m 'embête un petit peu avec Charles De Gaulle, c 'est que là, par exemple, il va encore sortir un film comme tous les 5 ou 10 ans, il y a des films sur De Gaulle qui parlent de l 'homme du 18e siècle. Formidable ! Vraiment, comment peut -on… Enfin, comme héros, effectivement, c 'est… Mais attends, là, ça fait quand même 2 -3 semaines qu 'il est mort. On pourrait commencer à faire quelques oeuvres cinématographiques qui permettraient de piger ce qui s 'est passé après. Moi, quand j 'étais petit, je regardais La Grande Vadrouille. Je regardais… Je m 'éclatais à regarder La Septième Compagnie au clair de lune, des films sur la guerre. Il y en avait, il y en avait, il y en avait ! Une guerre qui avait eu lieu 20 ans avant ma naissance. Comment ça se fait que j 'ai toujours aucun film qui me permette de piger ce qui s 'est passé en Syrie ? Comment ça se fait que j 'ai aucun film qui me permette de piger ce qui s 'est passé au Vietnam, l 'Indochine de l 'époque ? Comment ça se fait que j 'ai aucun film qui me permette de comprendre ce qui s 'est passé au Cameroun ?
Tu vas parler à l 'instant de la guerre du Vietnam déclenchée par De Gaulle. Bien sûr, il s 'agit de l 'Indochine.
De l 'Indochine, ce qu 'on appelle l 'Indochine, mais qui est un mot qui ne dit plus rien aux jeunes gens aujourd 'hui aussi. À raison, puisque ça a disparu de la carte. L 'Indochine, qui faisait partie de notre empire français de la République. On parle bien de l 'empire. Je préfère employer le terme empire plutôt que de parler de colonies, de mandats. Il y avait plein plein de termes différents, de statuts différents aussi. Par exemple, l 'Algérie n 'était pas une colonie, mais des départements.
Je vais tirer pour toi, comme ça tu peux boire tranquillement. Allez, je tire pour toi, mais je te laisse la surprise.
C 'est bien aimable. Cancel culture. Tiens, c 'est marrant ça, cancel culture. Je me demande si c 'est pas ça qu 'on vit en ce moment -là. Aussi en faisant disparaître tous ces passages -là de notre histoire. Thomas Deltombe, dans un récent édito de ce site remarquable qui s 'appelle « Afrique 21 », rappelle quelque chose dont je parle aussi dans le spectacle, ce moment où le premier ministre de la France, qui était à l 'époque présidé par Nicolas Sarkozy, va au Cameroun, se fait interpeller au Cameroun pour parler de la guerre du Cameroun. Il n’y a jamais eu de guerre au Cameroun. Peut -être c 'est sincère, il n 'en a jamais entendu parler. C 'est possible, c 'est embêtant d 'être le premier ministre de la France, d 'aller au Cameroun et que personne ne lui a dit « Tiens, il s 'est passé quand même de trois choses là -bas ».
Et justement, il s 'est passé quoi, monsieur Nicolas Lambert ? Parce qu 'on ne sait pas. Alors nous ne sommes pas président de la République, nous n 'avons pas cette responsabilité. Cette ignorance est moins coupable. Mais qu 'est -ce qui s 'est passé en deux mots ? Qu 'est -ce que la France a fait au Cameroun ?
Le Cameroun fait partie de ces pays, de l 'Empire. En gros, ce qui s 'est passé, c 'est ce qui se passe aujourd 'hui en Ukraine. Il n 'est pas question de perdre des morceaux de notre empire. Ce n 'est pas spécifique à la France. Un empire n 'a aucune envie de voir disparaître des morceaux de son empire. C 'est structurel, sinon ce n 'est plus un empire. Donc il n 'est pas question de ça. Il se trouve qu 'à cette période -là, il y avait d 'autres événements qui mobilisent l 'opinion, qui étaient ce qui se passait en Algérie, qui n 'était pas considéré comme une guerre en France, mais qui s 'appelle la guerre d 'indépendance quand on est algérien. Ce n 'est pas mal les mots, quand même, pour comprendre la guerre d 'indépendance éclair, la guerre d 'indépendance algérienne. Nous, c 'était les événements qu 'on devait nommer comme ça. Pendant ces événements où il y avait des millions de soldats qui partaient là -bas, il y en a eu qui sont allés également au Cameroun pour mater les rébellions, puisque le Cameroun représentait quand même la porte d 'entrée de l 'Afrique de l 'Ouest, un port formidable, des richesses folles, enfin bref, une portion de l 'empire considérable. Et ce qui s 'est passé là -bas, comme ce qui s 'est passé ces dernières années, en Ukraine, en Palestine, etc. Nous, nous y avons fait ce que nous appelons la guerre psychologique. La guerre psychologique, c 'est par exemple, on a inauguré récemment une statue de Marcel Bigeard du côté de Toul. Marcel Bigeard, c 'est l 'homme des crevettes Bigeard. Du côté de ? Toul, c 'est à côté de Nancy. Donc il y a une très belle statue. Alors c 'est très étonnant d 'ailleurs, parce que c 'est une très belle statue d 'un militaire avec ses médailles. Et en dessous, c 'est marqué Marcel Bigeard député. C 'est très étonnant comme conception. Il y a quelque chose qui est mal nommé, je pense, à cet endroit -là. Et Marcel Bigeard, les crevettes Bigeard, c 'était théorisé dans la guerre psychologique. C 'était ce principe qui consistait à prendre une personne, un meneur d 'un village rebelle, l 'emmener en hélicoptère au -dessus du village rebelle, le jeter vivant sur le village rebelle pour calmer cette rébellion.
Les téméraires.
Alors ça, c 'est une statue, par exemple, qu 'on a inaugurée récemment au mois d 'octobre 2024 pour commémorer, pour qu 'on se souvienne de ce personnage -là. Peut -être que c 'est important de se souvenir de ce personnage -là. Moi, j 'aurais peut -être pas forcément mis ce message -là. C 'est pas en tant que député qu 'on… Mais si ça, c 'est important, si c 'est important de mettre une statue pour cet homme -là, c 'est peut -être important de rappeler ce que c 'était que cette chose -là qui était la guerre psychologique. La guerre psychologique, c 'est cette chose qui a été théorisée par Lyautey, Gallieni, qui consistait à gagner les cœurs et les esprits des populations qui devaient se soumettre. Et la guerre psychologique, eh bien, c 'est ce que nous avons appliqué au Cameroun. Et ça s 'est traduit par des dizaines et des dizaines et des dizaines de milliers de morts. Il y a des historiens qui ont fait le boulot, qui ont fait un boulot remarquable. Il y a des livres qui racontent ça. Il se trouve que récemment, le président Emmanuel Macron va au Cameroun et va rencontrer son homologue Paul Biya, qui est président du Cameroun, pour dire, bon ben, sur place, on leur dit, il y a quand même un truc, c 'est est -ce qu 'on va parler de la guerre du Cameroun ? Et le président Macron dit, il s 'est passé des choses au Cameroun, il y a des historiens qui ont dit, c 'était une guerre. Avec mon copain que j 'ai, Paul Biya, on va créer une petite commission d 'historien à nous. Et c 'est eux qui vont dire si c 'est une guerre ou pas. Déjà, comme principe, c 'est quand même très étonnant de dire que les historiens qui ont fait le boulot, c 'est une autre façon de dire qu 'ils n 'ont pas vraiment fait le boulot. Et ce rapport -là vient d 'être mis, il vient d 'être publié. Et je renvoie, du coup, à l 'éditorial de Thomas Deltombe dans Afrique 21, qui résume très bien la situation actuelle. On n 'est pas sorti de cette histoire -là. Ah, Cameroun.
C 'est fait, si je puis dire.
Mayotte.
Ah.Alors Mayotte, c 'est le sujet sousjacent de tout le spectacle. On ne raconte pas la fin, mais c 'est central. Et est -ce que tu peux, à grand trait, résumer comment Mayotte est devenue le Mayotte qu 'on connaît, dont on ne parle jamais, alors que son histoire éclaire tellement ce qui est en train de s 'y jouer.
Je reviens juste sur cette histoire d 'empire qu 'on n 'a pas tout à fait terminée. Parce qu' on s 'est bien battu, finalement. On en a gardé un bon cinquième de l 'Empire. Il y a plein d 'insurrections qui peuvent aboutir en Guadeloupe. On a perdu énormément. Je dis on, encore une fois, si au foot c 'est nous, quand on massacre, c 'est nous aussi. On a massacré beaucoup de gens, notamment à Madagascar, qui était cette île que la France a refusé de lâcher très longtemps. Je renvoie d 'ailleurs à un très beau film qui s 'appelle l 'île rouge, sorti l 'année dernière, sur cette petite période -là, qui est un film remarquable. Madagascar, à un moment donné, la France perd Madagascar. Et à côté de Madagascar, la France va déplacer la base militaire très importante qui s 'y trouvait, dans cet archipel qui s 'appelle les Comores. Mais bon, l 'ONU insiste en disant, il faut décoloniser les gars, il faut décoloniser. En tout cas, il faut accorder aux populations le droit de s 'autodéterminer. Les Comores, à l 'époque de cette exigence -là de l 'ONU, dans les années 70, les Comores sont dirigés par le président de la République française. En 1974, Valéry Giscard d 'Estaing, avec son premier ministre Jacques Chirac, vont dire que l 'un et l 'autre vont faire des discours très très bien pour dire que les Comores c 'est quand même une unité. Il y avait des demandes de la part des Français qui habitaient Mayotte, c 'est là où ils étaient le plus concentrés. Mayotte, c 'est une des îles de l 'archipel des Comores, entre Madagascar, entre la côte africaine et Madagascar, et de l 'autre côté de Madagascar, il y a la Réunion et l 'île Maurice. Donc, dans cet archipel -là, qui est un peu protégé par Madagascar, des cyclones, des tempêtes, etc., il valait mieux mettre nos bases militaires là -bas plutôt que la Réunion, parce que là, ça bastonne trop souvent. L 'histoire nous montre que ça bastonne aussi ailleurs. Bon, toujours est -il que la France va déplacer sa base militaire là -bas. Et bon, ça ne nous arrange pas bien que l 'ONU demande ça, mais bon, ok, on va poser la question aux Comoriens et aux Comoriens, est -ce que vous voulez rester dans la République française ? Mais par contre, on vous garantit que, quoi qu 'il arrive, discours du président de la République, discours du premier ministre Jacques Chirac, ok, on va maintenir l 'unité des Comores et puis voilà, donc, est -ce que vous voulez rester ou pas ? Réponse des Comoriens et des Comoriens, écoute, là, ça fait un bon gros siècle, on attend toujours un peu de liberté, un peu d 'égalité, un peu de fraternité, un peu de droit de vote, un peu de Sécu, un peu de machin. Donc, écoute, c 'était gentil, mais on n 'y croit plus. Donc, non, à 95 %, toutes les Comores deviennent indépendantes, sauf Mayotte, parce que Mayotte, c 'est une des îles où… il y avait plus de blancs, donc… il y avait une différence de 3 000 voix. Et la République va faire exactement le contraire de la promesse de la République quelques jours avant la consultation. La consultation, elle va être renommée référendum d 'autodétermination de Mayotte et les Comores vont être amputés de Mayotte. Et à ce moment -là, l 'ONU va protester et dire, mais les gars, non, enfin, si vous faites ça, on va vous envoyer les casques bleus, les forces de l 'ordre de l 'ONU pour vous forcer à respecter le droit international. Mais bon, les gars, si vous faites ça, il faut l 'accord des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et nous, on en fait partie. Et la France va refuser de laisser… Et alors, du coup, moi, j 'y suis allé pour faire le spectacle. Il me semblait que, comme je ne pouvais pas, j 'aime bien quand même le documentaire, on l 'a dit au début de cet entretien -là, et ça me manquait. La dimension de reportage, c 'était compliqué d 'aller à Sétif en 45, c 'était compliqué d 'aller au Vietnam, en Indochine, c 'était compliqué d 'aller au Cameroun dans les années 50. Mais alors, je suis allé au Cameroun d’aujourd’hui, je suis allé à deux, trois endroits. Et à Mayotte, j 'y suis allé au moment où le gouvernement, quel était le Premier ministre à cette époque -là, en 2023. Il y a trop de premiers ministres, je sais même plus. 2023, c 'était encore Borne ?
Oui, ça devait être Borne.
En tout cas, M. Darmanin était toujours à la place Beauvau, voilà, et avait à lancé, donc j 'y suis allé à ce moment -là, à lancé l 'opération Wambouchou. L 'opération Wambouchou, c 'était, à l 'époque, une opération de ratissage militaire ou policier de l 'île pour chasser les étrangers de l 'île. Alors, j 'y suis allé, et j 'ai découvert que les étrangers, dans l 'archipel des Comores, c 'étaient les Comoriens.
Et alors, ça,
moi, je venais de l 'autre émissaire de la planète, j 'avais tous les droits, et les Comoriens n 'avaient pas. Et on allait dans leur maison, systématiquement, leur case, et puis on détruisait leur case. Je suis allé visiter plein de villes, et on nomme ça en France, ça, on s 'est le nom du décasage, c 'est très élégant, et c 'est du décasage organisé par l 'État, par la République, pour détruire les maisons, détruire les habitations. Et ce qui est embêtant, c 'est que, depuis 1974, l 'ONU estime que la France occupe là -bas un territoire de façon illégale, comme dans certains territoires en Palestine. Et l 'ONU considère que les Comoriens ont le droit d 'être là, et que la France, quand elle déplace chaque année plus de 25 000 voire 30 000 Comoriens d 'une île à l 'autre, chaque année, enfin, tu vois les chiffres, la France, aux yeux du droit international, se rend coupable d 'un déplacement forcé de population, ce qui condamnerait chacun des policiers pour crimes contre l 'humanité, ce qui est vachement embêtant. Ça, c 'est l 'article 2.1.1 de la Cour pénale internationale. Ça fait peur, un peu ?
Tu te bases notamment sur les travaux de…
Rémi Carajol.
Qui sera au poste le 17 mars, qui a écrit un bouquin aux éditions La Fabrique, mais là qui part justement en Afrique pour son boulot.Et donc, il sera là le 17.Allons -y.
Idée reçue. On a fait un petit peu le tour de cette… de savoir qui les avait, comment on les reçoit, comment on les reçoit, et qu 'est -ce qu 'on en fait. Mais en tout cas, encore une fois, les idées reçues, je ne pense pas enfin, j 'insiste un petit peu là -dessus. Il ne faut pas culpabiliser d 'être raciste, sexiste, etc. Il faut juste le constater, il faut le nommer, et après on fait le boulot. Mais on ne les a pas créées, on les a effectivement reçues. On les a reçues, elles nous ont été enseignées. Quand elles n 'ont pas été enseignées par… l 'école, ça peut être… Elles ne sont plus officiellement par l 'école, mais elles ne sont plus dans les cours de l 'école. Pour voir ce que ma fille me rapportait de ce qui se passait dans la cour de récré. C 'est pas un cours, c 'est une cour de récré, mais dans les cours de récré, on apprend énormément le racisme en France, énormément. Et le sexisme, évidemment. Mais le sexisme, en ce moment, on essaye de le détricoter. Et ça, je ne vois pas encore ce travail -là.
Marianne.
Je ne sais pas pourquoi je suis parti sur Marianne un moment donné, quand j 'ai commencé à imaginer Marianne. Dans le spectacle, C 'est une blague au départ que je fais à ma fille. Marianne, c 'est ce personnage emblématique de la République. Féminin, mais bon, il ne faut pas trop la chercher. Quand on voit la France de Marianne sur l 'Arc de Triomphe, qu 'aurait, soi -disant, vandalisé le peuple français lors d 'un événement récent,
Elle est costaude la Marianne.
Donc là, je joue Marianne sur le plateau, sans le bonnet phrygien, puisque vous avez vu ce qu 'ils ont fait du bonnet phrygien. Bon, les jeux de pique, ils ne les ont toujours pas rendus.
Bon, d 'accord.
Et Marianne intervient et essaye de nommer, justement…
C 'est -à -dire que tu considères que Marianne a mauvaise conscience. C 'est comme ça que moi, je l 'ai interprété.
Elle ne va pas bien. Elle se retrouve avec un parlement qui ne marche plus. Ça ne va pas bien. Marianne, elle ne va pas bien.
Mais elle va pas bien aussi par rapport aux idéaux révolutionnaires, non ?
Elle ne va pas bien par rapport… Oui, c 'est ça, ces histoires de liberté, d 'égalité. Et en même temps, elle estime qu 'elle a les valeurs universelles. C 'est elle, l 'universel. Et donc, ça ne va pas bien. Donc, je lui propose d 'aller voir un psychanalyste.
C 'est ça. Ça, c 'est l 'idée de génie.
C’est gentil. Vraiment. Merci. J 'ai bossé avec un vrai psychanalyste et puis un costaud. J 'ai la chance de pouvoir travailler ce personnage -là avec Miguel Benasayag.
Oui.
Chez qui j 'allais toutes les semaines. Bon, bonjour, c 'est Marianne. Et on a vraiment fait ce qu 'ils travaillent ensemble. C 'est vrai ?
Non, pas Marlène Schiappa.
Oh, non, mais arrêtez.
Je suis ici pour être grossier.
Je vais prendre un café.
Ah, tu veux un café ?
Au poste, il y a du café.
Je vais te faire un café, je vais te remettre une question. Nayan, veux -tu couper mon micro, si tu veux bien ? Voilà, je te laisse ça. Je te laisse interpréter tout seul.
C 'est vous qui avez parlé de Marlène Schiappa.
Non, mais t 'as raison.
Je parle de ça à un moment donné pour dire qu' on a en France… Charles de Gaulle, c 'est l 'homme qui a le plus de noms, de places, de rues. Donc on en a parlé tout à l 'heure. Et qui est curieux, c 'est à ce point de ne pas avoir les noms de… des résistants, par exemple. J 'imagine bien qu 'il y a des noms importants dans la résistance camerounaise, qu 'il y a des noms importants dans la résistance algérienne, qu 'on pourrait mettre en valeur, qu 'on pourrait nommer. Et je fais intervenir, d 'ailleurs, à un moment donné, dans le spectacle, cette journaliste du monde qui s 'appelle Florence Beaugé. Florence Beaugé qui a fait un très gros travail sur le viol et sur le viol comme arme de guerre français. Et qui cite, à un moment donné, le nom d 'une femme qui… Merci beaucoup, patron qui s 'est jeté par la fenêtre à 16 ans pour éviter un nouveau viol. Et ce nom -là, je ne vais pas le citer, je le cite dans le spectacle, parce qu 'en France, ces noms -là, ils ne sont pas cités, ils ne sont pas nommés, comme s 'ils n 'existaient pas. Et il me semble que ça nous manque singulièrement. On n 'a pas les noms de la résistance camerounaise, mais pire que ça. Moi, je suis incapable, parce qu 'il n 'y en a pas dans nos tombonymes. Il n 'y a pas de nom de place, de rue, de quoi que ce soit, qui donnerait le nom d 'une personne résistante de cette région de France aujourd 'hui, de ce territoire qui est la Guyane. Comment ça se fait que je ne connais pas l 'histoire de la Guyane ? La Guyane, c 'est quand même un pays où on a mille kilomètres de frontières communes avec le Brésil. Il y a sûrement des gens intéressants là -dedans, qui mériteraient d 'être sur nos plaques de rue, sur nos lycées. Alors qu 'en revanche, le général, le militaire qui dirigeait les combats au Cameroun, Pierre Messmer, il a son nom aujourd 'hui, il est mort il n 'y a pas très longtemps, dans les années 2000, après avoir terminé sa carrière à l 'Académie Française, aujourd 'hui, il y a des rues Mesmer en France, des collèges Mesmer, des médiathèques, il y a une statue. Je me demande s 'il ne faudrait pas mettre ça dans un lieu qui permettrait de comprendre ce qui s 'est passé pour l 'Empire et ce qui s 'est passé pour le démantèlement de l 'Empire.
À ce moment -là, dans le spectacle,tu joues avec le public en demandant, est -ce que vous savez quel est le nom le plus donné aux rues ? Et puis, est -ce que vous savez quel est le nom féminin le plus donné aux rues ? Et puis là, tu nous donnes les chiffres et le sexisme, il est là aussi.
Dans le top 10, il n 'y en a pas une seule.
Dans le top 10 des rues nommées, enfin, des noms de rues, il n 'y a que des mecs.
Je ne vais pas donner la première parce que sinon, c 'est pas drôle parce qu 'après, on va me le dire sur le plateau, parce qu 'en général, on ne trouve pas, on la trouve une fois. J 'ai fait quelques dates là, mais la numéro 2, c 'est Marie Curie avec moins de 900, c 'est -à -dire 4 fois moins que le numéro 1, Charles de Gaulle. C 'est quand même beaucoup. Marie Curie, c 'est la 2. Je ne dis pas la numéro 1. Bien joué !
Allez, maître Lambert ! Maître ! Ça me fait penser qu 'il y a Capello.
Il y a maître Capello dans ce spectacle -là. C 'est très bizarre, je ne sais pas pourquoi il est là. Je ne sais pas pourquoi il se retrouve là et il n 'arrête pas.
Si, je pense que c 'est ton enfant, c 'est ton adolescence, c 'est la transposition par rapport à ta fille.
Oui, c 'est ça. Et puis, c 'est quelqu 'un qui était très exigeant sur les mots. Et qui, c 'était, quand j 'étais petit, autrefois, il écrivait, c 'est lui qui composait les mots croisés pour les journaux que lisait ma grand -mère. Et après, il s 'est devenu l 'arbitre dans une émission qui s 'appelait Les jeux de 20 heures.
Et il corrigeait
tous ceux qui ne respectaient pas la langue française.
Il ouvrait le dictionnaire.
Il disait, non, ce n 'est pas comme ça que ça se passe. Donc, on regardait sur l 'INA, c 'était vraiment un personnage intéressant. Et moi, il me sert à venir mettre des mots, justement, et à dire, ce que tu n 'arrives pas à nommer sur l 'Algérie, en Algérie, ça s 'appelle la guerre d 'indépendance. Il vient aussi sur le plateau aussi pour nommer un certain nombre de choses, notamment ce secret de famille.
Et là, tu joues avec tes lunettes, comme lui -même jouait avec ses lunettes. À l 'époque, 50 francs nous dit Ranik.
On a compris. C 'est -à -dire qu 'en fait, moi, j 'ai fait un peu de radio, un peu Tintin, un peu les jouets de Turluron. Aujourd 'hui, je suis saltimbanque,L 'idée, c 'était au mi -temps des années 2000, ça devenait compliqué aussi de faire de la radio, je trouvais. À partir du 11 septembre, il y a quelque chose qui s 'est quand même vraiment rédi, en France. Et il me semblait que c 'était plus simple. Enfin, c 'était plus simple. Il y avait quelque chose à jouer. J 'avais proposé, moi, en 2003, en 2002, j 'ai voté Chirac. Voilà, je suis désolé. En 2002, j 'ai voté Chirac, mais en face, il y avait quelqu 'un… Tu as voté contre Le Pen, plus exactement. Et juste après avoir voté Chirac, je me retrouve avec un discours du pouvoir et du MEDEF, donc du pouvoir, qui commence à dire, les intermittents, vous êtes bien gentils, mais vous bouffez le pain des Français. C 'était les termes employés par le président du MEDEF. Et donc, vous détournez l 'argent des travailleurs. C 'est pas sympa. Et là, je me suis dit, tiens, je vais proposer un documentaire radio sur le financement du président de la République, par exemple, du président Jacques Chirac, mais aussi de ce qui s 'était passé juste avant, c 'était cette période où le parti qui s 'appelle aujourd 'hui LR a explosé, le parti gaulliste, entre deux des principaux représentants, Jacques Chirac et Édouard Valadieu. Et cette explosion a fait apparaître, au grand jour, les moyens de la corruption. Et comme ça, on a compris que le pétrole, le nucléaire, l 'armement étaient des outils vraiment de corruption du pouvoir. Et effectivement, je me voyais pas proposer vraiment une série de reportages à un média de l 'époque. Et à un moment donné, je me suis dit, tiens, je peux le faire, peut -être, sur scène et faire média tout seul. Je fais le reportage, je monte le documentaire et après, je le joue. Et je deviens un média sur deux pas. Il n 'y avait pas encore internet à l 'époque de façon contraire. On n 'aurait pas pu imaginer qu 'il n 'y avait pas ce rapport, par exemple la vidéo. C 'était inimaginable de faire une émission de vidéo au début des années 2000.
On n 'aurait pas pu faire ce qu 'on est en train de faire.
Et on ne pouvait pas faire de média alternatif.
Mais qu 'est -ce que tu répondrais à ceux qui considèrent que le théâtre s 'appauvrit en oubliant la fiction, en oubliant l 'imaginaire et que c 'est une façon de… Qu 'est -ce que tu répondrais à ça ?
Ça me paraît aussi malin que de dire que la radio s 'appauvrit en faisant du documentaire. ou en faisant de la fiction ou en faisant de la musique. C 'est un outil formidable pour le théâtre. On peut faire ce qu 'on veut. C 'est comme si on disait que la musique ne doit faire que du métal. On peut faire autre chose. Ça me paraît aussi absurde. On peut faire plein de trucs. La radio, la télé, l 'internet. Ça me paraît aussi absurde. Au théâtre, on peut faire du documentaire. Enfin, bref, c 'est un outil comme un autre.
Mais par exemple, les gens qui viennent te voir, ce sont des gens qui sont fans de théâtre ou ce sont des gens comme moi qui vont peu au théâtre. Et je le regrette parce qu 'à chaque fois que j 'y vais, je suis heureux.
C’est dur, le théâtre tu choisis bien
On m 'a bien conseillé. Je ne sais pas si je dois la citer. La personne qui m 'a conseillé de venir te voir, mais moi, je suis venu parce qu' il y avait un aspect documentaire attiré par le réel.
Je fais ça aussi pour ça. Pour faire venir au théâtre, moi, je joue sur les deux tableaux. C 'est -à -dire que quand je me contente du public qui vient au théâtre, c 'est -à -dire quand même des retraités qui ont les moyens, parce que ça coûte un bras d 'aller au théâtre. Là, ça va parce qu 'on est dans un théâtre qui pratique des tarifs raisonnables, mais c 'est quand même réservé de fait par ce qui est pratiqué, alors qu 'il y a un service public formidable du théâtre en France. Il y avait des outils merveilleux jusqu 'à ces très derniers mois ou ces dernières années qui devraient rendre cette chose -là le plus accessible possible, mais en proposant souvent des choses qui sont… Moi, ma proposition, c 'était est -ce qu 'on peut faire des choses qui soient accessibles à un tout public qui s 'adresse à plein de générations différentes et qui ne soient pas réservées à ceux qui ont les codes du théâtre ? Parce que moi, je me souviens quand j 'ai découvert le théâtre, il se trouve que par chance, je découvre le théâtre au lycée. Et c 'est des années après que je mets les pieds pour la première fois dans un théâtre. Et coup de bol, c 'était chouette.
La première rencontre est essentielle.
Cyrano de Bergerac je ne revenais pas. Bon, super. Mais c 'est juste comme la plupart des gens vont au théâtre et se disent si c 'est ça, je mets 100 balles, je me les garde et je vais aller trois fois au cinéma. Dans le meilleur des cas. C 'est de faire venir un public qui ne va pas au théâtre et de raconter des histoires qui ne vont pas forcément au théâtre le reste du temps. Il ne me semble pas qu 'on va s 'appauvrir en faisant ça, mais au contraire, j 'ai un nouveau public qui est rare. Maintenant, quand je suis programmé par miracle dans un vrai théâtre, c 'est vrai que c 'est souvent un public âgé. Et c 'est intéressant parce que les différences sont de réaction. J 'essaye dans ce spectacle -là de prendre par la main le spectateur pour l 'amener dans des zones peu confortables.
Mais parfois, ça tousse. Encore quelques questions si tu es d 'accord.
Avec plaisir. Maintenant que j 'ai repris un café.
Si l 'exercice te convient.
Romance nationale. J 'emprunte le terme de récit national Je constate cette notion de récit national qui est que je ne combat pas. Peut -être que c 'est utile, le récit national. Je n 'ai pas d 'opinion là -dessus. De toute façon, je ne cherche pas à défendre mes opinions sur le plateau. La notion vient de l 'extrême droite. D 'auteur très marqué à l 'extrême droite. C 'est cette idée qu 'il y aurait une seule France et qu 'on pourrait la raconter d 'une manière.
Mais aujourd 'hui, c 'est un terme j 'avais mis roman national. Et toi, tu dis récit national. Donc déjà, tu démarques du côté…
Parce que le roman, ça veut dire déjà que c 'est une fiction. Or, le récit national ne se présente pas comme une fiction. Moi, j 'aimerais bien qu 'on dise aujourd 'hui, on fait un cours de roman national. Bertrand Astérix, Clovis, le machin,
Napoléon, machin,
génial. C’est clair, c 'est net, un roman national.
Voilà.
Mais c’est en réalité un récit national. Et ce qui est embêtant, c 'est qu 'il ne se présente ni comme un récit national ni comme une fiction, mais comme ce que nous devons savoir sur nos ancêtres, les ceci, les cela, les autres. Et peut -être que c 'est utile. Par exemple, je pense que ça a pu être utile au moment de la libération après -guerre, quand le bordel faisait que les uns et les autres n 'hésitent pas à désigner n 'importe quoi pour dézinguer son voisin, pour essayer de sauver sa peau, tondre telle voisine, enfin, voir les vieux, enfin, des choses épouvantables. Bon, on dit un récit national, un roman national, tout à fait, un fictionnel, nous avons toujours résisté, nous sommes un peuple de résistance, nous sommes formidables. Ça va marcher, ça apaise, ça apaise. Bref, il ne faut peut -être pas le garder trop longtemps, mais à un moment donné, peut -être que c 'est utile de dire non, non, vous n 'êtes que des gens formidables, Oh là, là, les gars, chapeau, vous avez bien résisté donc ça, c 'est clairement du roman, c 'est clairement… Et après, c 'est de bonne guerre, tout le monde fait un récit national, les Anglais, oh my god, les Allemands, chacun fait son récit national, chacun son idée de la nation, tout ça. Pourquoi pas ? Pourquoi pas appeler ça de l 'histoire ? Pourquoi pas, pourquoi pas faire un truc marrant, sympa ? Alors, aujourd 'hui, on fera le récit provençal. Oh peuchère, oh la pétanque, c 'est vachement… Ok, d 'accord, très bien, récit provençal, récit breton, bignou, machin, tout. Ok, très bien, super. On fait des tas de petits récits, folkloriques, machin, qui sont pas méchants, mais qu 'on n 'appelle pas ça de l 'histoire. L 'histoire, c 'est l 'histoire, l 'histoire, c 'est les historiens qui font le boulot. Et il serait quand même un peu bon que les gamins qui sortent du collège aujourd 'hui ou du lycée, aient une idée de l 'histoire de ce qui a été fait au nom de la France, sur ces 80 dernières… Enfin, c 'est ahurissant de voir qu 'à ce point, on ne sait pas ce qui s 'est passé ces 80 dernières années. On ne sait pas avec quoi on servit nos budgets militaires, qu 'est -ce qui vient de se… Là, nous venons de nous faire éjecter comme des malpropres du Sahel, du Mali, du Burkina Faso, et en ce moment, on est en train de se faire virer comme des malpropres, du Sénégal, du Tchad. Comment ça, on était au Tchad ? Ah ouais, et puis par milliers, il y avait des milliers de… M. Hamon ? Qu 'est -ce qu 'on fout là ? Et ça, on ne sait pas. Et on n 'a pas les chiffres, on n 'a pas les bilans, et on n 'a pas non plus les compétences. Là, je renvoie à des tas de travaux, enfin, dans le mien, qui consiste à essayer de recenser ce qui s 'est… à quoi la République a utilisé notre armée depuis mettons juste 80 ans. Comment ça se fait que j 'ai pas une proposition exhaustive de ce qu 'a fait notre armée ? Je suis très surpris, moi, de voir que quand un jeune député arrive à l 'Assemblée nationale, on lui file deux feuilles à quatre pour dire bon, voilà, ça c 'est… On le brif pour dire, bon, voilà, ça c 'est ce que fait notre armée. Super, plein d 'opérations humanitaires, plein de… OK, génial. Et les gars, j 'essaye de faire le recensement, moi, depuis pas mal de temps, ça fait, effectivement, c 'est très long. J 'ai plusieurs centaines, centaines d 'opérations extérieures qui ont servi pour l 'essentiel, au départ, à conserver notre empire, puis il se trouve que l 'essentiel de nos OPEC, c 'est toujours l 'opération extérieure, acronyme. Avec un Y, hein, on dirait, maître Capello. L 'essentiel de nos opérations extérieures, c 'est dans les OPEC, c 'est dans l 'ex -empire. C 'est intéressant. Et par exemple, quand on se fait virer du Sénégal là, qu 'est -ce qu 'on fait au Sénégal ?
Je sais pas comment tu fais, toi, dans ton boulot.
Là, tu détournes vers Nayan pour voir si Nayan sait ce qu 'on fout.
Non, parce que pour lui demander, nous, dans nos boulots, dans tous nos boulots, on nous demande tout le temps des bilans. À un moment donné, tu vas me dire, il y a eu combien de spectateurs, combien de questions dans le tchat, est -ce que ça a fonctionné, cette émission -là ? Bon, ouais, pas terrible. C 'est normal, on a parlé du théâtre, c 'est chiant. Bah oui, c 'est normal. On fera mieux.
Détrompez -vous ! Réservez vos places.
Nous, on fait des petits bilans, voilà. Comment ça se fait que j 'ai pas le bilan de ce qui s 'est passé ? Et comment je fais ? Et quand je vais voir, il se trouve que maintenant, je suis vieux, j 'ai des copains au Parlement, je vais les voir. Mais t 'as une idée ? Bah non, non, puis c 'est pas mon domaine, j 'en sais rien. Nos parlementaires ne savent pas ce qui est fait en notre nom, en Afrique. Ne savent pas ce qui s 'est passé, là. L 'opération qui s 'est clos… par notre renvoi du Sahel, après en avoir fait des caisses et des caisses, on ne pitche pas ce qui s 'est passé. Tu parles de Rémi Carayol, il a fait un boulot remarquable aussi là -dessus, sur le Sahel, qui m 'a aussi nourri, qui consiste… Quand on va par erreur dézinguer une famille qui faisait un mariage en disant qu 'on a cru que c 'était des terroristes, on a tué une petite fille, on a mal… et qu 'on va l 'enterrer en douce de nuit pour masquer le truc. On comprend qu 'à force d 'événements comme ça, on a peut -être merdé au Sahel ces dernières années. On pourrait le reconnaître, le dire, le nommer. Et c 'est l 'histoire, ça. C 'est pas du roman national, c 'est pas du récit.
Il en reste plus beaucoup, rassure -toi. Pour réserver des places, ça se passe où ? C 'est quel site, déjà ?
Il y a un site qui s 'appelle…
Euryale ne cesse de mettre les liens dans le chat. Et c’est plutôt en fin de semaine, les représentations ?
Actuellement, on est en février, mercredi et samedi. Samedi après -midi, qui libère quand même la soirée, et mercredi soir. La pompe à fric. C 'est un jeu de mots amusant. Ça, c 'est le premier long métrage qui est terminé de cette trilogie que je vais proposer à terme. Je ne sais pas encore comment. Je ne sais pas encore comment le diffuser, ça. Je ne sais pas encore comment faire. C 'est une série de long -métrages, dont on a vu la bande -annonce tout à l 'heure, qui est un peu zarbi, où je fais tout. Mais ça peut servir.
On en a parlé, effectivement, début d 'émission. Il nous reste deux questions, je pense. Il en reste encore une ou deux. Sarkozy.
C 'est marqué Sarkozy. Je connais ce nom.
Parce que tu m 'avais dit que c 'était la seule chose que tu pouvais éventuellement improviser. Veux -tu le faire ou ça s’en vient ?
Ça, ça ne s 'improvise pas, mais par contre il faut que tu te replonges dans le texte.
Veux -tu sa photo ?
Vous êtes vraiment fétichiste dans ce cas -là.
Nayan est -ce que tu peux me donner le portrait ? J 'ai peur que la caméra s 'enclenche. Voilà, comme ça, Nicolas, ça te laisse le temps, merci beaucoup. D 'un Nicolas à l 'autre, de te replonger. Voilà, il est là.
On devait pas être… Je pense qu 'on devrait pas être les deux seuls petits Nicolas dans les années 60. Alors, il se trouve que régulièrement, dans le spectacle, je fais des citations. Donc là, je veux pas dire de bêtises, puisque ça va être capté, enregistré.
C 'est en direct, surtout.
Donc c 'est au mot près. Je ne vais pas m 'amuser à dire des bêtises. Il y a beaucoup de textes qui sont cités, que ça va de De Gaulle à plein de gens. Mesdames et messieurs, permettez -moi… C 'est bizarre de le voir quand même. Permettez -moi de remercier l 'Université de Dakar, qui me permet pour la première fois de s’adresser à l 'élite de la jeunesse africaine en tant que président de la République française. Je suis venu vous parler avec franchise et sincérité que l 'on doit des amis que l 'on aime et que l 'on respecte. J 'aime l 'Afrique. J 'aime et je respecte les Africains. Oui, je veux m 'adresser à tous les habitants de ce continent meurtris, en particulier aux jeunes, vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres, souvent tant haïs, et parfois même vous combattez et vous haïssez encore. Je ne suis pas venu, jeune d 'Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l 'Afrique. Je ne suis pas venu nier les fautes, ni les crimes, car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes, mais nul ne peut demander au fils de se repentir des fautes de leur père. Je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je ne suis pas venu vous faire la morale. Mais le drame de l 'Afrique, c 'est que l 'homme africain n 'est pas assez entré dans l 'histoire. Le paysan africain qui depuis des millénaires vit avec les saisons dont l 'idéal de vie est d 'être en harmonie avec la nature ne connaît que l 'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cette imaginaire où tout recommence toujours, il n 'y a de place ni pour l 'aventure humaine ni pour l 'idée de progrès. Jamais l 'homme ne s 'élance vers l 'avenir. Jamais il ne lui vient à l 'idée de sortir de la répétition pour s 'inventer un destin. Le problème de l 'Afrique c 'est de cesser, toujours répéter, de se libérer du mythe de l 'éternel retour, c 'est de prendre conscience que l 'âge d 'or, qu 'elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu 'il n 'a jamais existé. Ce que veut faire la France avec l 'Afrique c 'est préparer l 'avènement de leur Afrique, ce grand destin commun qui attend l 'Europe et l 'Afrique. Alors, mes chers amis, alors seulement, l 'enfant noir de Kamala -Aris à genoux dans le silence de la nuit africaine saura et comprendra qu 'il peut lever la tête et regarder avec confiance l 'avenir. Et cet enfant noir de Kamala -Aris il sentira réconcilier en lui les deux parts de lui -même et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l 'humanité. Je vous remercie. Donc ça c 'est un discours qui a été prononcé en notre nom dans une université à Dakar en 2007 et on en est encore là. On en est encore là au 21 siècle à considérer. Alors je sais pas si l 'homme africain est pas encore entré dans l 'histoire. Alors moi j 'en suis pas sûr mais nous je sais qu 'on est bien entré dans la leur et ils ne s 'en sont pas complètement remis. Loin s 'en faut.
Alors je dois dire que il faut que je précise sur scène évidemment tu as le discours
Non, j 'ai toujours une feuille blanche. Je montre chaque fois que c 'est du vrai texte et je sors une petite feuille blanche que je lis pour symboliser le fait que c 'est un document. Tous les documents je le symbolise en tenant le document à la main l 'interrogation le brevet blanc de ma fille et l 'ensemble des discours des uns et des autres, notamment celui du général Lecointre qui dans les années 2020 c 'est -à -dire c 'est lui qui était responsable des opérations celles récemment de lutte contre le terrorisme et on l 'entend rendre hommage à ses glorieux ancêtres Gallieni et ces personnes là qui ont forgé cette imaginaire impériale et qui semble être quand même très encore actif dans l 'imaginaire de notre appareil militaire. Autant M. Sarkozy la reproche aux Africains de ne pas sortir de l 'imaginaire qui consiste à vivre en harmonie avec la nature ce qui lui semble assez fou de vivre en harmonie avec la nature on en paiera les conséquences pendant quelques temps mais l 'imaginaire qu 'il y a derrière cet empire colonial il est toujours actif.
Parce que ce que je voulais dire la belle Hélène nous dit très bonne imitation j 'ai cru entendre Sarkozy il est bon on sent bien le colonialisme de Sarkozy Je te remercie de t 'être prêté au jeu parce que c 'est pas évident sur scène évidemment tu incarnes le personnage il y a la statue, il y a plus d 'ampleur et tu en incarnes un certain nombre on peut citer De Gaulle, on peut citer Mitterrand, Mitterrand va jouer un rôle essentiel notamment pendant la guerre d 'Algérie je voulais juste dire que si là vous avez apprécié sur scène ça dépote il me semble qu 'il reste une dernière question c 'est toi qui l 'a transformé en dernière question il n 'y a plus rien de valeurs républicaines,c 'est pas mal qu 'on finisse avec ça
Les valeurs républicaines puisque c 'est l 'objet ce qui nous fait revenir au départ avec cette demande qui sont les valeurs républicaines c 'est très étonnant cette notion de valeurs républicaines on considère comme des valeurs la devise par exemple liberté, égalité, fraternité mais aussi aujourd 'hui on demande aux enfants de respecter des valeurs que sont le drapeau bleu, blanc, rouge ils ont eu ça les valeurs de la république c 'est la Marseillaise c 'est le drapeau il faut respecter sinon si on ne respecte pas et quand il y a des problèmes que l 'on qualifie de terroristes en France et bien il me semble bien qu 'on punit les enfants qui ne respectent pas la Marseillaise ou qui ne respectent pas le drapeau bleu, blanc, rouge le drapeau bleu, orange qui était celui de Pétain ou celui de Napoléon qui n 'est pas très républicain si on essaye d 'être un tout petit peu objectif et ce drapeau au nom duquel à un moment donné il y a bien des populations qui ont été les victimes quand on est tirailleur sénégalais quand on est paysan algérien quand on est auteur au Cameroun quand on est paysan vietnamien et qu 'on se prend des balles ou des obus avec le drapeau bleu, blanc, rouge dessus comme valeur
il y a Tang qui te prend au bon qui dit mais si en fait le drapeau est issu de la révolution française
C’est un symbole mais ne confondons pas les symboles et les valeurs et à partir du moment où effectivement ça a été le symbole de quelque chose et qu 'ensuite il a été le symbole de plein d 'autres choses oui j 'ai pas de problème comme symbole et qu 'on mette ça avec le récit national et le roman national j 'ai aucun problème avec ça mais c 'est pas une valeur les copains et les valeurs c 'est des valeurs, les symboles c 'est des symboles les symboles c 'est pas pour symboliser les valeurs ça dit quelque chose je prends comme exemple le quand il y a marqué liberté, égalité, fraternité au dessus de l 'école et que ma fille passe les trois petites marches pour monter les trois petites marches ça c 'est un symbole qu 'il y avait dans tous les établissements scolaires autrefois avant de se apercevoir il faut penser aussi aux personnes qui sont en situation de handicap et qu 'il faut adoucir les trois petites marches et pareil plus on va dans la république plus les escaliers sont hauts et à la fin on va au palais de justice qui se trouve sur l 'île de la cité les escaliers monumentales on s 'élève vers la république, vers les valeurs, vers la liberté mais on confond pas on respecte la liberté on respecte pas trois petites marches c 'est ça la différence entre un symbole et quand on inculque aux enfants vraiment c 'est inculqué il faut respecter le drapeau qui est une valeur c 'est marqué c 'était marqué dans le cours mais pas seulement dans le cours on demande aux enfants d 'apprendre ça moi ma fille quand elle est revenue au départ de son cours d 'histoire -géo pour me dire un continent est une large étendue de terre entourée d 'eau et que l 'Europe d 'ailleurs est un continent j 'ai eu du mal on apprend toujours des choses comme ça les gars l 'Europe c 'est pas un continent c 'est un sous -continent comme on parle du sous -continent africain ou du sous -continent indien on hésite pas à dire sous -continent pour les indiens ou sous -continent pour les africains dire sous -continent pour les européens on a l 'impression que ça nous ferait mal alors que bon ça se fait pour les gens qu 'on considère comme moins que des gens et bien cette différence qu 'on fait dans ces cours -là dans ce récit -là de dire que les sous -continents c 'est pour les pas blancs et pas pour nous me contrarie
Non non pas du tout Mais bon c 'est vrai qu 'il faut savoir arrêter une pièce comme il faut savoir arrêter un stream c 'est très important mais je vois que le chat nous amène sur une question qui me semble importante peut -être la dernière avant la question rituelle c 'est Tang qui te rappelle que le drapeau de Pétain avait une hache en son centre et il ajoute on n 'est pas obligé de laisser les symboles révolutionnaires aux fachos non plus et là il y a ce matin même un éditorial du Monde qui explique que la victoire de Trump devrait faire réagir la gauche française, devrait faire réfléchir la gauche française alors il va sur des trucs sur lesquels moi je n 'irai pas mais qu 'est -ce que tu veux nous apporter toi j 'imagine homme de gauche, avec l 'histoire qu 'est -ce que tu nous dis en fait via ton travail qui commence à être conséquent et qui est magnifique dans cette dernière pièce, allez -y, bon sang de bonsoir et tire -moi au courant quand tu joues ailleurs qu 'à Paris, on le dira dans le chat avec grand plaisir qu 'est -ce que tu veux nous dire, il faut aussi qu 'on se réapproprie cette histoire
C 'est ça l 'essentiel du discours du pouvoir consiste à dire il faut tourner la page, il faut passer à autre chose il faut arrêter avec et ce discours qui revient sans cesse depuis des décennies qui est celui de il faut en finir avec la repentance alors je ne sais pas quand est -ce qu 'on a commencé la repentance, je ne l 'ai pas vu passer donc je veux bien en finir avec la repentance, j 'ai aucun problème là -dessus
C 'est vrai qu 'on commence
Mais non, parce que la repentance c 'est un terme catho, c 'est un terme religieux qui n 'a aucun rapport avec le chemin de Blic, mais par contre je le fais dire j 'emprunte les mots de cette journaliste du monde que j 'ai cité tout à l 'heure qui s 'appelle Florence Bourget
elle sort un livre début mars et c 'est elle à qui l 'on doit les révélations du Le Pen tortionnaire, enfin en tout cas c 'est elle qui a gagné ses procès c 'est elle qui a ramené d 'Alger le fameux poignard des jeunesses hitlériennes qui appartenait à Le Pen et qui a été laissé par Le Pen en 61 ou 62 quelque part dans une maison à Alger voilà, je voulais le dire pendant que je faisais le café, à toi et à Florence j 'emprunte ces mots pour dire par exemple, les Algériens n 'ont jamais réclamé de repentance
ils le souhaitent, juste dit Florence Bourget et je vais m 'inscrire là -dedans qu 'on reconnaît ce qu 'il y a été qu 'on dit ce qu 'il y a été et ça, ça va nous faire grandir, nous ça va faire grandir notre relation quand est -ce qu 'on fait une chaîne franco -algérienne un Arte franco -algérien ou un ARTE franco -camerounais ou un… voilà, enfin quand est -ce qu 'on fait le job de dire, on va faire des villes jumelées Charles de Gaulle après -guerre lance le truc Charles de Gaulle et son équipe la France d 'après -guerre lance les villes jumelées on va jumeler nos villes entre les allemands et les français quand est -ce qu 'on fait la même chose quand est -ce qu 'on fait des jumelages d 'université quand est -ce qu 'on fait des jumelages d 'école et voilà avançons passons à autre chose mais pour passer à autre chose, pour tourner la page il faut la lire les gars c 'est pas en l 'arrachant qu 'on peut avancer
Tu dis beaucoup les gars parce que cette histoire elle est faite surtout par des hommes elle est surtout masculine non ?
Mon dieu, elle est terrible heureusement qu 'il y a des Florence Beaugé j 'utilise des personnages effectivement très masculins dans ce spectacle même Marianne j 'en fais un personnage assez gravement grave mais heureusement qu 'il y a des voilà il se trouve que voilà quand 'une femme me raconte à peu près comment elle est obligée de parfois céder à ses employeurs masculins quand ses employeurs lui font remarquer qu 'elle n 'est pas vilaine et que ça se rapproche tellement de ce que nous raconte Florence Beaugé que cette histoire française racontée par les hommes comment ça me je crois qu 'on l 'a bien raconté on l 'a bien fait le récit national les Clovis, les machins maintenant je pense qu 'il est peut -être temps vraiment de passer à autre chose et il me semble que ça tombe bien il y a plein d 'historiennes qui ont fait un merveilleux boulot juste qu 'il faudrait qu 'on leur donne les clés des manuels scolaires et aussi qu 'on laisse le temps dans nos établissements scolaires de raconter l 'histoire j 'imagine que c 'est très bien de fabriquer de la chair à l 'école de commerce dans nos écoles mais c 'est pas mal aussi d 'en faire des citoyens et d 'en faire des citoyens de cette France là qui a été à un moment donné au cœur d 'un empire considérable et on a toujours des liens avec les maliens avec des tas de gens du Sénégal, du Maroc et continuer aujourd 'hui à faire de ces liens des potentiels sacs de poudre qui permettent d 'exalter en gros moins on arrive à faire du nous dans notre patelin plus on fait du eux regardez les Algériens les Algériens comment est -ce que le président de la République peut -il oser aujourd 'hui avoir des opinions en notre nom sur ce qui doit se passer avec le Sahara Occidental franchement c 'est il va falloir enfin j 'en ai marre d 'avoir honte chaque fois qu 'un président de la République cause que ce soit dans une université à Dakar ou pas enfin vraiment c 'est relou d 'être représenté par il y a quelque chose à faire et ça tombe bien les historiens ont fait le job on s 'en serve moi mon boulot c 'est de raconter des histoires je prends l 'histoire pour la raconter sur scène mais voilà
Mon cher Nicolas question rituelle qu 'est -ce que nous avons fait pendant 1h50 ?
nous avons parlé de théâtre et aussi voilà en essayant de faire en sorte que moi je suis très heureux d 'être sur plusieurs médias pour à chaque fois raconter quelque chose j 'essaye de raconter des histoires et raconter la nôtre me manque quand je vois sortir les jeunes gens de l 'éducation nationale c 'est un truc j 'ai jamais pigé on avait mis national on a encore le ministère de l 'éducation nationale aujourd 'hui depuis quelques semaines avant le prochain gouvernement et c 'est le seul ministère qui a ce mot là au bout ça doit vouloir dire quelque chose peut -être c 'est un rapport avec le petit carton mais voilà qu 'on soit capable de raconter autre chose en tout cas si on pouvait dans les cours d 'histoire raconter l 'histoire et pas des histoires ce serait pas mal
Merci beaucoup Pétroleusedeluxe que je soupçonne être de mèche avec toi nous dit trop fort Nicolas Lambert allez voir ces pièces les gens bienvenue Pétroleuse Deluxe j 'aime beaucoup ce nom, superbe matinée en votre compagnie merci monsieur Lambert ça donne terriblement envie de voir la pièce merci pour cet entretien nous dit Mr Coltrane Communard 1871 on a des bons noms merci beaucoup monsieur Lambert, Albaboun nous dit nationaliste l 'éducation il en est question dans la pièce merci beaucoup, merci pour cet entretien à quand une représentation à Toulouse ?
Dès qu 'on nous invite on va partout c 'est un spectacle notre principe depuis 20 ans c 'est que chacun de nos spectacles dans la compagnie ça tient dans une valise on vient en train et on va jouer partout donc n 'hésitez pas à Toulouse dans ce merveilleux lieu qui s 'appelle La Chapelle on a fait la trilogie le bleu blanc rouge en jouant chaque soir un spectacle différent
Par exemple pour le cinéma je sais qu 'on peut aller voir son cinéma de quartier c 'est pareil dans le théâtre ?
C 'est plus compliqué mais c 'est jouable parce que les programmations se font longtemps à l 'avance oui ça dépend des types de théâtre là j 'ai joué dans une médiathèque il y a deux jours à Noisy-le-Sec formidable médiathèque Roger Goulet j 'ai eu la chance de pouvoir jouer dans l 'auditorium ils avaient trois pour jouer à demi on fait avec trois pour jouer à demi et ils roulent ma poule et là c 'était la chance la municipalité qui a pris en charge la représentation c 'était ouvert c 'était gratuit pour les habitants c 'est un bonheur un pur bonheur on avait la chance d 'avoir le pass culture on ne peut plus on peut jouer ou on peut j 'ai eu la chance d 'être invité par une compagnie de théâtre sur le plateau du Larzac on est allé jouer dans les maisons dans les salons j 'ai joué il n 'y a pas longtemps
il faut dire que dans le Larzac sur le plateau les maisons sont grandes
Il y a de la place
C 'est pas le théâtre de poche
Une fois qu 'on a mis 40 -50 personnes dedans on est un peu à l 'étroit
Maintenant c 'est la Belgique qui te réclame
Bien sûr j 'ai joué il n 'y a pas longtemps dans une cave du côté de Genève qui nous a fait venir on peut jouer comme ça
Toujours cette discrétion suisse
Genève étant frontal le public étant essentiellement français mais oui c 'est aussi le but du jeu c 'est que c 'est un spectacle à votre disposition
concrètement par exemple si quelqu 'un là en Lorraine ou à Toulouse en Belgique
Il y a https ://un-pas-de-cote.org/
Et après on te contacte
Si un acheteur institutionnel on s entend quand normalement si tout va bien le théâtre de Belleville n 'est pas allé jusqu 'au bout de deux heures c 'est vrai que c 'est vrai que ça a un coût le spectacle a un coût aussi parce que j 'ai eu aucun théâtre je parlais tout à l 'heure des théâtres qui m 'ont aidé à faire les spectacles précédents celui -ci depuis le spectacle sur le financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi j 'ai plus aucun théâtre avec moi ce qui fait que là j 'estime à deux ans d 'écriture à temps plein plus un an à temps plein pour en faire un spectacle que j 'ai pas pu financer, que j 'ai pas payé donc c 'est après coup que je me paye l 'écriture et surtout pour pouvoir payer la suite là je voudrais continuer à bosser sur le théâtre des opérations et faire d 'autres propositions artistico, journalistico politico j 'aimerais bien pouvoir faire je commence en ce moment un autre travail j 'ai aussi besoin de 3 francs 50 pour terminer les films parce que ça coûte quand même vraiment un bras donc voilà c 'est un coût
Et vous venez à deux, il y a un régisseur avec toi
Alors quand il n 'y a vraiment pas les moyens on peut se démerder autrement mais là ce qui est confortable c 'est de venir à deux avec un régisseur qui s 'occupe des lumières, du son il y a beaucoup de lumière, beaucoup de son enfin il peut y avoir beaucoup de lumière, beaucoup de son il peut aussi y en avoir beaucoup moins
Alors il y a Philippe qui se fout de ma gueule non mais au théâtre de poche, demain j 'organise un truc en théâtre de poche, 110 places quand même alors invité Nicolas des gens demandent le pognon, on ne parle pas pognon ici vous savez on parle juste de dons faites un don au poste auposte.fr c’est le seul moyen que nous avons pour exister et puis allez voir la pièce donc c 'est donc côté de Belleville avant d 'être partout dans l 'ex empire français
oui tout à fait tout à fait je crois bien que là il y a un journaliste qui est en train de nous ouvrir les portes de salle où on va pouvoir aller jouer bientôt à la Martinique et à la Guadeloupe donc c 'est pas mal du coup moi j 'en profiterai pour faire le reportage pour la suite j 'aimerais bien continuer à bosser
Écoute c 'était un bonheur de te recevoir de t 'avoir vu je vais te prendre en photo puis après moi je vais revenir je vais te raccompagner je vais revenir faire un petit peu de tambouille avec les Aupostiennes et les aupostiens pourquoi ne pas streamer du théâtre alors il y a une raison et elle est très bonne
C 'est un mec qui gueule sur le théâtre c 'est quand même un mec qui gueule quand tu le regardes sur un écran c 'est super chiant d 'où l 'idée, alors vous regarderez ceux qui viennent d 'arriver sur le chat je suis en train de transformer les anciennes pièces en long métrage donc il y a une petite bande annonce au tout début de notre entretien sur le premier long métrage que j 'ai terminé là sur le pétrole et sur la France Afrique je suis en train de terminer là je suis au part dans 15 jours avec une monteuse formidable qui s 'appelle Claire Billa sur le nucléaire comment on s 'est fait refourguer le nucléaire en France donc le film si tout va bien devrait se terminer bientôt premier film qui a été conclu par l 'ami Alain Deneault vous pouvez le trouver un peu plus haut dans les listes des invités ici et voilà et ensuite le film qui ne sera pas concurrent celui de Yannick Kergoat qui a un autre angle mais pareil que lui et bon voilà c 'est pareil on a besoin de sous
Pétroleuse est vraiment quelqu 'un de chez toi demande est -ce qu 'il y a un financement participatif pour les films ou les futurs projets
Non je suis un peu bourrin là dessus je ne sais pas encore faire peut -être c 'est ça qu 'il faut faire si il y a des idées je les veux bien et même de diffusion là on est en lien avec le travail formidable que font les ciné mutins les mutins de Pangée je pense que on va… je ne sais pas encore comment diffuser mon bousin
Le financement participatif le film de Yannick il a été en partie fait avec la maison Mediapart la grosse Bertha de la presse indépendante
ne sois pas insultant parce que la grosse Bertha C 'était le journal de Philippe Val avant Charlie Hebdo, si, rappelle -toi. Ils avaient d 'abord sorti La grosse Bertha, et après ils ont transformé le nom
On fait une petite pause, je te prends en photo, je reviens avec les amis
Merci beaucoup.
