« La gauche a abandonné les terroirs », regrette Samuel Grzybowski
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Et bien je disais bonjour ! Bonjour chers amis à vous qui êtes matinaux et matinales. Bienvenue dans cette rentrée d’Ecoloscope. Aujourd’hui, on accueille Samuel Grzybowski Alors les amis, on n’oublie pas de faire les bons gestes de la rentrée, On n’oublie pas de soutenir les médias indépendants. Samuel, je vais faire une petite présentation si ça te va bien, tu es cofondateur de Coexister, qui est un collectif de jeunes pour la cohésion entre les religions. Je suis aussi enseignant en économie sociale à Sciences-Po, va plus à Sciences-Po, l' ESSEC maintenant à l’essai que l' ESSEC. Voilà, anciennement à Sciences-Po, tu es aussi secrétaire national du Mouvement Impact France et tu es l’ancien porte parole pour parole et directeur politique de la primaire populaire. Tu vas sûrement nous en dire un petit mot. Et aujourd’hui, si tu es là, c’est pour parler d’un ouvrage. Alors c’est la bonne caméra ou c’est celle là ? Plutôt celle-là ? On va parler de ton ouvrage qui sort aujourd’hui d’ailleurs. En fait, je crois, oui, qui sort aujourd’hui ? Qui est donc les terroirs et la gauche ? Un amour méconnu. On parle de tout plein de sujets et on va avoir de multiples thèmes à traiter dans cette émission. On est parti pour 1 h et demie d'émission de prêt. Partant, super bien. Alors du coup, ça sort aujourd’hui aux éditions du Faubourg et le but de cet ouvrage, tu m’arrêtes si je me trompe, mais c’est de soustraire le sujet des terroirs aux rhétoriques en fait identitaires et en observant leur lien à la gauche. Et on va explorer, mais surtout l'écologie. Comment est-ce que le terroir peut être un outil pour l'écologie politique ? Mais pas que, bien sûr. Est ce que tu peux nous dire deux mots sur le contexte de création ? Pourquoi as-tu écrit ce livre ? D’où ça sort un peu ?
J’ai eu la chance de mon parcours militant, que ce soit à coexister ou dans l’esprit populaire, de beaucoup me déplacer et de voyager en France un peu partout. Et j’ai eu le sentiment, en parlant avec des citoyennes et citoyens pour qui le terroir était une notion qui compte, un imaginaire qui éveille toute une série de choses, qui a de la valeur pour elles et eux, dans leur réalité quotidienne comme dans leur histoire, que la gauche n’avait rien à leur dire. Et pour cause, je pense qu’ils n’ont pas complètement tort puisque la gauche ne leur parle pas vraiment, ne serait-ce que parce qu’elle n'évoque pas cette notion. Elle ne l’utilise que pas, ou très peu, ou à la marge. Et je pense que c’est un impensé et qu’il est encore temps de faire du terroir quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire avec la patrie, puisque l’extrême droite a récupéré ce terme de manière si fort qu’aujourd’hui il semble presque trop tard pour pouvoir se réapproprier, alors que, à gauche, nous l’avons inventé et promu en 89. Et donc j’essaye de plaider pour que le terroir ne nous ne nous quitte pas.
Et bien on va voir une année pour en parler. Tu vas parler de ça de 89 ? On va évidemment l’aborder parce qu’on sent dans l’ouvrage que c’est un sujet qui dessert. Alors avant ça, ce n’est pas la seule actu du coup que tu as en ce moment, puisque comme tu l’as dit, comme tu l’as, comme tu l’as montré en ramenant ce livre que tu peux peut être montrer, là c’est le 4 octobre, je crois que paraît les mémoires de la primaire populaire quand les citoyens et citoyennes veulent faire gagner la gauche. Donc tu avais, toi a été porte parole de la primaire populaire, Est ce que tu peux nous en dire un mot et expliquer là d’où tu parles aussi ?
Oui, Alors je faisais partie des initiateurs et porte parole de la presse populaire à partir de décembre 2020 janvier 2021, jusqu'à l'échec du processus, lors que Christiane Taubira, qui avait remporté notre investiture, s’est retirée de la course à la présidentielle, faute de signe de signatures. Et en fait, dans les semaines qui ont suivi, nous avons décidé de rejoindre la campagne de l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon au vu de sa position dans la course.Et donc c'était la fin de cette aventure et nous avons raconté, avec 300 coteries et co-auteurs facilitées par cinq camarades, notre histoire, comment on a vécu ces différentes étapes, pourquoi on a fait ses choix, quels ont été les désaccords entre nous Et on essaie notamment de partager ça à d’autres militantes et militants qui sont attachés de l’Union de la gauche et qui veulent trouver des manières de faire gagner cette unité là.
Ça va peut être aussi permettre de résoudre quelques personnes qui avaient quelques incompréhensions par rapport à cet épisode et en tirer un petit peu des oui.
Par ailleurs, il y a ussi un travail de pédagogie qui je pense a été fait aussi entre temps avec des réseaux sociaux, You Tube, des live, etc. Mais effectivement, si c’est un épisode qui a suscité beaucoup d’espoir et on l’a entendu aussi, beaucoup de déceptions. Et donc on essaie de prendre acte de reconnaître ce dont on a été capable en termes d’espérance. Une espérance qui s’est prolongée d’après nous et dans la nuit. PS et dans le Front populaire, et en même temps d’analyser et de partager sans dissimulation pourquoi et comment on a dû abandonner et donc échouer au final, quand même, il faut, il faut pouvoir en parler aussi des échecs lors de la préparation de la présidentielle 2022.
Super ! Et bah du coup, quand les citoyens veulent faire gagner la gauche, puis les terroirs et la gauche, on comprend que là, il va falloir un petit peu qu’on en parle de cette gauche. Qu’est ce que je te propose ? C’est qu’on pose déjà un petit peu le terme parce que le terroir et la gauche, c’est deux choses qui peuvent être très vastes et très floues. Donc pour commencer, pour commencer par le début, est ce que tu peux préciser en fait à quoi tu renvoies ne serait ce que dans le titre quand tu parles de la gauche ? Parce que j’ai l’impression qu’on ne peut pas la réduire à la gauche de gouvernement, qu’est ce que ça veut dire ?
Donc après, de manière assez simple, quand moi je parle de la gauche, je parle de ce qu’on appelle aujourd’hui la gauche de rupture, ce que je trouve un peu injuste, c’est à dire qu’on soit obligé de la qualifier de cette manière là, parce que pour moi, normalement, la rupture est dans le terme, dans le terme gauche, dans le discours de François Mitterrand sur celui qui ne veut pas rompre avec l’ordre établi, celui là n’est pas socialiste. C’est vraiment la quintessence pour moi de l’histoire de la gauche que de vouloir rompre avec eux, avec l’ordre du monde et notamment les rapports de domination. Alors il y a eu cette gauche qui nous a trahi, qui a menti, qui a fricoté soit avec le libéralisme, soit avec les mouvements identitaires. Et on le voit notamment avec le Printemps républicain qui a été un adversaire de longue date pour moi, peut être le printemps républicain et ce mouvement soi disant républicain, on pourrait dire républicanisme ou laïciste, qui cherche à galvaniser une certaine conception de la laïcité que certains intellectuels appellent la néo laïcité. Et en fait, ce n’est pas une laïcité de principe ou de cadre juridique telle qu’elle a été décidée par Aristide Briand et votée surtout par le législateur, mais promue par Aristide Briand en 1905. Et plutôt une laïcité de valeurs, une laïcité morale qui en fait, intègre toute une série de dispositions pour tenir à distance le fait religieux et les religions. Et en fait, derrière, il y a toute une série de dérives racistes ou islamophobes qui peuvent et qui peuvent se produire. Alors, sans aller sur ce niveau d’extrémité, il y a le roman d’Aurélien Bellanger qui est sorti cette semaine sur le Parti socialiste, dont j’ai oublié le titre. Mais la mort du parti aussi dit quelque chose comme ça, ou qui a tué.
Peut être Euryale pour voir.
Qui a tué le Parti socialiste. Et en fait oui, d’ailleurs, on a la définition du Printemps républicain.
Eh oui, c’est réactif.
Exactement. Et dans tête. Dans ce roman, il trace en fait l’histoire du Printemps républicain et de Laurent Bouvet et Gilles Clavreul. Mais c’est un roman qui est très à charge le dernier jour du passé. Merci Louise. Et donc. Et donc voilà, je vais, je reviens en arrière sur la définition de la gauche et la gauche a été récupérée du coup effectivement par des néo libéraux dans le courant Dominique Strauss-Kahn et ensuite François Hollande, puis le Printemps républicain. Mais moi j’essaye de la définir et on le faisait déjà d’ailleurs dans un autre livre qu’on a publié au mois de janvier avec deux camarades, Mao et Priscilla.
Gagner pour la politique.
Change vraiment de vie, qui est donc une stratégie de victoire pour la gauche en 2027. Et dans cet ouvrage, on a eu l’idée de définir la gauche comme l’espace politique qui ne choisit jamais entre la liberté et l'égalité, qui va promouvoir en toutes circonstances l’augmentation des droits. Donc ça, c’est la liberté et l’abolition des oppressions. Ça, c’est l'égalité. Et de le faire d’une seule voix, sans hiérarchie. Et donc aujourd’hui, pour moi, la gauche, elle est plutôt dignement représentée par le PS, puis par le Front populaire. Indépendamment des rapports d’hégémonie qu’il y a entre les partis politiques en place. Le projet politique défendu par L’avenir en commun, pour moi, est un projet de gauche, donc c’est ce que j’appelle la gauche.
Mais finalement, j’ai l’impression que dans ton ouvrage, tu ne parles pas tant des partis que de la gauche portée par les gens en fait.
Oui, tout à fait. En fait, quand je parle de la gauche dans l’ouvrage, on a beaucoup hésité, le mettant dans le titre au début parce qu’on avait peur que ce soit trop précis, soit pas assez précis. Au final, on s’entend sur le grand mouvement des luttes. En fait, le grand mouvement révolutionnaire d'émancipation des individus par des collectifs agissant, capables de. Des liens d’oppression dans lesquels ils sont. Et d’obtenir des droits supplémentaires et un ordre plus juste, plus égalitaire. Et on pourrait dire la grande gauche. Et c’est pour ça que je n’ai pas peur de relier la gauche actuelle jusqu'à ce jour, vers la petite blague et bien non, justement.
C'était vous. Tu parles, tu réponds à lui plus exactement.
Et je reviens juste pendant sur la gauche de la grande gauche qui commence avec le mouvement de 89. Pour répondre à ça ben justement, après s'être planté à ce point qu’il a pris un peuple, alors moi je m’aligne sur le fait que la primaire est un échec à la fin, mais par contre elle a ouvert beaucoup de potentiel, notamment en faisant exister un espace de gauche unie qui a préfiguré la paix. C’est le Front populaire qui était inconcevable avant qu’on ne le fasse exister d’une part, et d’autre part, justement, quand on a fait des erreurs, on n’est plus capable, d’après moi, de comprendre le chemin à emprunter. Et c’est vrai dans beaucoup de situations dans la vie, mais même à commencer dans une randonnée et une stratégie de victoire, c’est un chemin à prendre. On s’est paumé une fois en haute montagne, on est plus capable de guider la fois d’après. Donc je pense que l’ouvrage tire beaucoup les leçons de nos.
Je pense que ça va revenir.
Exactement.
Pendant l’interview, mais alors je vais rebondir sur un commentaire Quand vous parlez terroir, vous parlez bouffe et culture gastronomique en partie, on est d’accord. Et ben justement, qu’est ce que c’est que ce terroir ? Tu décris ce terroir par quatre facettes que sont l’espace, la communauté, la production et les traditions. Et tu te bases aussi sur une définition qui a été donnée par Michel Lussault qui est géographe, à savoir le terroir, c’est la relation entre l’humain et son milieu. Nous faire un point là dessus ?
Pourquoi J’ai l’impression que t’as un peu tout dit ? Pour moi, le terroir c’est vraiment ça, c’est ça.
Tu veux préciser un peu ses facettes ?
Oui, en fait, on pourrait dire que le terroir c’est aussi une singularité, c’est une unicité, c’est une c’est une rareté. Est ce que c’est si c’est un lieu unique où se nourrit une relation qui n’a pas d'équivalence, donc une relation complètement atypique entre ces quatre critères que tu viens d'évoquer une spatialité avec des frontières plus ou moins mouvantes mais qui tiennent compte de l’environnement, de la topographie, des bassins versants, de l’eau qui tient compte notamment des limites planétaires et des limites de la terre, dans les deux sens du terme la planète et puis la Terre qu’on prend dans ses mains. De cette communauté, de ces deux, ce lien émerge une communauté qui se sent appartenir. Il lui donne un nom qui se donne un nom à elle même et c’est intéressant d’en lire plusieurs fois. Je sais d'évoquer la façon dont des communautés ont persisté à se dénommer d’une telle façon, alors que l’administration les a dénommés d’une autre manière. Par exemple, la Dordogne ou le département tout entier a choisi encore d’appeler ses habitants les Périgourdins, alors que ça n’a pas de réalité administrative. Et il y a cinq autres exemples en France de cette communauté. Ensuite va naître une façon particulière de produire une alimentation. Et donc ça, c’est le cliché qu’on a le plus souvent sur les terroirs, la bouffe, la gastronomie, les bons produits. Et donc c’est des produits du terroir, mais c’est seulement l’une des facettes. Et enfin.
On va en parler, t’inquiète pas.
Oui, très bien. Et enfin, de tout ça émerge ensuite des traditions et j’essaye de faire émerger notamment les traditions politiques. Et je pose une question à laquelle on va peut être essayer de répondre pourquoi est ce que la gauche a forcément associé la tradition au conservatisme alors que des traditions nous en avons et des traditions qui ne sont pas conservatrices, à commencer par la Fête de l’Huma qui vient d’avoir lieu ce weekend et qui est une grande tradition de la gauche depuis 85 ans.
Et c’est vrai que quand on est plus habitué à voir le mot terroir mobilisé dans des contextes plutôt attenants au droit des extrêmes finalement. Du coup, ce que je te propose, c’est que, avant de plonger un peu dans les différentes initiatives portées par les terroirs qui peuvent être justement des leviers pour nous pour penser l'écologie, je propose qu’on fasse une petite rétrospective qui nous permettrait un peu mieux de comprendre pourquoi ce terroir, il est tant l’apanage des idéologies conservatrices actuellement. Alors quand on pense au terroir, au conservatisme on peut penser à une temporalité très vaste puisqu’on peut repenser à ça. Maurice Barrès, qui écrivait J’ai retrouvé en 1889, il écrivait dans la patrie française, le terroir nous parle et collabore à notre conscience nationale aussi bien que les morts. C’est quelque chose qui est toujours d’actualité. Dans le livre sur les plusieurs exemples, tu parlais du fait que Jean-Marie Le Pen y parlait du terroir, c'était pour l’associer à une conception charnelle de la patrie. Mais dans le programme du RN en 2021 je crois, il y avait une rubrique agricole Agriculture et terroir et encore au Salon de l’agriculture en 2024, Bardella parlait du terroir, lui comme d’un rôle phare pour protéger les frontières. Donc peut être qu’en fait ce qu’il faudrait commencer par comprendre c’est pourquoi cette réalité des terroirs, elle n’est pas effective dans notre façon de découper l’espace français. Et du coup, à quoi ça correspond ? Tu parles pas mal. Je l’explique beaucoup par l’impact du mouvement de la révolution dans le découpage de l’espace français. La toponymie. Ça peut être intéressant.
Le terroir fait le détour par l’extrême droite. Il a. Il est manipulé par Maurice Barrès et on peut aussi citer Pétain qu’on a pu évoquer sur le fameux discours La terre, elle ne ment pas toujours avec le même poison qui est de créer des logiques identitaires, c’est à dire d’exacerber l’identité qui est un fait sociologique, mais de transformer cette identité là de manière putride et nauséabonde, avec une vision exclusive, immuable, absolue de l’identité, avec et surtout essentialisé. C’est ça que j’essaye de montrer dans le troisième chapitre, Donc un tiers de l’ouvrage, parce que c’est un livre en trois chapitres sur la façon de relationner avec le fait identitaire qui est tout à fait spécifique à l’extrême droite et donc en fait à des formes de fascisme, alors que le terroir, à la base, paradoxalement, à une conception de l’identité qui est contraire à celle de l’extrême droite, puisque le terroir est fondé sur le droit du sol et camarguais. Celui qui vit, cultive et relationnel en Camargue n’est pas camarguais, celui qui serait de race camarguaise, du moins pour les êtres humains comme pour les animaux. On voit bien quand on le dit la race charolaise, c’est différent. Mais justement, il y a cette distinction fondamentale : on ne peut pas se prétendre d’un terroir si on n’y a pas ne serait-ce qu’une partie de sa vie labourée et y était labourée. Il y a une histoire de transformation personnelle aussi d’avoir été façonné par un par un. Si je reprends du coup la deuxième partie de ta question qui était sur le processus révolutionnaire et la volonté de d’effacer ces identités là, les identités locales, les particularismes locaux, il y a un courant du jacobinisme qui est en fait assez minoritaire en 89, qui tente d’effacer complètement les appartenances en remplaçant toute la terminologie de la dénomination de l’espace par une nouvelle terminologie révolutionnaire. Et même a été posée la question de changer les noms à l'époque des 41 communes, 41 000 communes, puisqu’on parle souvent des 36 000. Mais la révolution, c’est 41 000. Donc les communes n’ont pas été changées. Vous avez des communes qui s’appellent encore Saint-Médard en Jalles, à côté de Bordeaux et des milliers d’autres en France qui portent des noms de saints ou de lieux. Et souvent, quand il y a le onze, Clermont en Argonne, Varennes en Argonne, on garde le nom de ce terroir. Mais les départements. La chambre est parvenue, exception faite de quelques résistances, comme les Ardennes, comme l’Aveyron. La Chambre est parvenue à proposer une dénomination qui est très fonctionnelle, c’est à dire qui permet à Paris de reconnaître le rôle de ce morceau de France dans la nation les Hautes-Alpes, les Bas Alpes, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin par rapport à une rivière, par rapport à une montagne, et d’effacer en fait l’identité qui précédait, de peur que ça fractionne en fait le projet révolutionnaire.
Et du coup, je trouve que tu mens très bien et qu’on peut notamment relier à ça une émergence progressive, très progressive finalement, d’une espèce de début de défiance envers la gauche.
Ah oui, alors en miroir, tu te fais tout à fait et je voudrais montrer si on arrive à la montrer. Il y a une carte que j’ai retrouvée dans les archives de la chambre sur le premier projet de construction des départements qui dit qui est une carte en quatre cartes.
Je ne sais pas si on voit quelque chose
Sinon vous la trouverez facilement sur internet, je vous donnerai la référence. Mais c'était le premier. Le premier projet qui n’a pas été approuvé de faire des départements un peu à l’américaine, de taille équivalente pour rationaliser l’usage du territoire et donc de tracer des traits sur la carte au mépris de la réalité du terrain. Puisque le terroir, c’est un peu ce qu’il impose, c’est qu’il impose une observation de la pratique du terrain par des humains. Et c’est cette relation particulière qui crée forcément des découpages, qui ne peut pas être quadrillée et parfaitement arithmétique. Et du coup, j’ai oublié.
Que du coup de toponymie révolutionnaire, elle a peut être créé.
La méfiance.
Défiance.
C’est notamment chez les Bretons que c’est le plus prononcé, où on le voit beaucoup, notamment dans l’ouvrage de Piketty et Cagé, Histoire du conflit politique où les Bretons se sont beaucoup engagés en amont de la Révolution, avec les cartes, doléances et les assemblées locales, dans un projet révolutionnaire complet notamment, qui passait par le partage des biens de la noblesse, donc le partage des terres et le début d’un revenu minimum. Or, ces deux grandes revendications n’ont même pas été débattues à la Chambre. Et les Bretons ont vécu une très grande désillusion alors que le premier nom de la Société des Amis de la Constitution, qui est le terme officiel des Jacobins, le premier nom des Jacobins, donc les prémices des partis politiques, c'était le club breton. Et parce que justement ils venaient de ces terroirs là des terroirs bretons. Donc le port Wight, la Cornouaille, le Léon, le 20 et c’est ces Bretons là vont vivre une très grande désillusion sur la non-représentation des revendications paysannes et vont déjà parler dans la presse locale des Mauges. Ça c’est une découverte d’une référence que j’ai, que j’ai lue dans l’histoire du conflit politique La presse des mots. Je vais parler de 1791, de l’hypocrisie de la gauche. Déjà, on parle déjà du coup de la gauche qui a donc deux ans dans sa conception contemporaine. Et il y a déjà cette histoire d’hypocrisie parce qu’en fait on a une espèce de d’oligarchie bourgeoise ou pré bourgeoise qui organise le processus révolutionnaire et qui n’est pas à l'écoute des revendications des personnes du terroir, alors que ce sont elles et eux qui ont fait le processus révolutionnaire avec le plus de courage et de risqué. Donc cette déception, elle va laisser des traces très importantes avec une chute, notamment de la participation, alors qu’en 89, les plus gros taux de participation sont dans le monde paysan, on a deux tiers de participation et non pardon, deux tiers d’inscriptions et plus de la moitié de participation. Donc c’est très élevé, un monde rural en monde urbain et bourgeois, on est sur des chiffres nettement inférieurs. On a parfois 25 % d’inscriptions, 30 % de participation. C’est toujours des chiffres que je tire de l’histoire du conflit politique. Donc en gros, un attrait pour la vie démocratique beaucoup plus faible. Et en fait, cette participation va chuter face à une non représentation des intérêts des paysans qui à l'époque ne sont pas une minorité en France en plus.
Et du coup c’est vraiment intéressant du coup, voir le terroir. J’avoue que c’est vraiment une clé de lecture intéressante pour comprendre le rapport même entre la gauche et la ruralité. Là, on a quelques questions déjà qui sont ressorties alors qu’il y avait un peu plus haut une question Dakar Fakir qui disait le terroir se lâche. Les traditions, n’est ce pas devenu un fantasme quand on sait que ce terroir des campagnes est en grande partie la résultante de l’exploitation des populations immigrées de ce terroir ? Existe t -il encore depuis la fin du XIXᵉ siècle ? Exemple Sud Ouest et Sud Est.
Alors je ne sais pas. La question est ce que je peux l’avoir.
En tout cas, c’est quand on entend le terme le terroir en général dans les discours, on ne pense pas tout de suite, on pense plutôt à la défense des frontières.
Oui, voilà.
Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’on a bien posé les bases, euh, le rapport entre le terroir et la gauche, et aussi après la récupération identitaire, etc. Mais ce qui est intéressant, c’est que toi tu proposes, en te basant notamment sur les travaux de Michel Lussault mais aussi d’Edouard Glissant. Je trouve ça vachement intéressant qu’une définition du terroir soit basée sur la relation avec le milieu. C’est vrai que ça peut avoir l’air assez anecdotique, mais finalement c’est assez subversif parce que justement ça contourne l’essentialisme qui viserait à réduire le terroir à une conception presque raciale et qui est purement opposée à la question des populations immigrées, etc. Tu peux nous en dire plus ? Un peu sur bien sûr.
Et en fait d’ailleurs, l’histoire même du terme est une histoire relationnelle et une relation est par essence immuable puisqu’il y a au moins deux parties prenantes. Et parce qu’il y a, il y a un échange, il y a un flux, il y a quelque chose qui s’opère de vivant dans une relation, ça ne peut pas être statique. Et donc le terroir, d’après moi, c’est l’hypothèse que je défends par la thèse que je défends est profondément relationnelle. Et dans ses premières apparitions dans le don, dans le langage français, il était déjà conçu comme tel. Je vous donne un exemple. Donc j’ai retrouvé dans la littérature les premiers moments où on évoque le terroir dans la littérature française. C’est en 1846, chez Sand et chez Dumas, dans leurs livres respectifs La Mare au diable et le Comte de Monte-Cristo. Et je vous lis donc la citation Je commence par la mare au diable, Terroir breton, charentais, lorrain, gaulois. Avoir l’amour du terroir, être enraciné dans le terroir. La France, terroir fertile en talent, goûts, saveurs, odeurs, parfums, senteurs de terroir, esprit de terroir. Avoir l’accent du terroir, chants, coutumes, dictons, légendes, proverbes. C’est encore un plaisir d’entendre ces idiotismes pittoresques qui régnaient sur le vieux terroir du centre de la France. Idiotismes, ici, c’est une. Ça ne veut pas dire du tout idiot. C’est un terme qui veut dire propre à une seule langue. Donc c’est l'équivalent de idiomatique, comme aujourd’hui. Ce que j’aime, moi, dans cette description là, dans La Mare au diable, c’est que le terroir et l'échange, parce qu’on parle de contes, coutumes, des dictons entre une spécificité d’un lieu et si ce lieu inspire aux personnes qui y résident. Je prends un exemple dans l’enquête que j’ai menée pour l'écrire qui est dans l' Ossau-Iraty celui-ci, et dont je parle aussi dans l’ouvrage. C’est un terroir qui est à cheval sur le Pays basque et le Béarn qui a réconcilié un peu ces deux territoires pour le coup, qu’ils se sont opposés de manière ancestrale, où on cultive du lait de brebis et où on fait un fromage fameux au soja. Et les éleveurs que j’ai rencontrés dans Le Soir savent exactement où se trouve la frontière de l’Ossau et de l’Iraki et pourquoi de l’autre côté de la vallée, on ne peut pas en être et toute leur vie est influencée par le poids de la pluie. C’est un territoire qui est très humide par le poids de cette ligne de crête à franchir pour passer du côté du Pays basque ou du Béarn au milieu des Pyrénées et par le temps nécessaire à la production d’un cahier des charges qui est très exigeant. Donc en fait, on a un mode de vie qui est déjà écologique, qui est déjà parce qu’il respecte les limites, parce qu’il est, parce qu’il est, parce qu’il est progrès, parce qu’il est, comment dirais je, à l'écoute de la terre et des saisons, parce qu’il est en circuit court, Un mode de vie qui est déjà relationnel, surtout pour l’eau opérative puisque c’est un pont entre deux anciens duchés qui se faisaient la guerre. Et pourtant, cet éleveur là ne considère pas que la gauche a quelque chose à lui dire. Et c’est justement mon interrogation de départ. C’est pourquoi quelque chose qui est aussi relationnel, aussi savoureux en plus, c’est cette relation fertile d’un éleveur avec ses brebis qui va ensuite donner un fromage à des habitants, mais aussi très au delà, parce qu’on produit suffisamment de soi gratis pour en exporter, si je puis dire, dans toute la France, dans le monde entier. Et ça n’a rien justement d’une forteresse, c’est l’inverse d’une forteresse. C’est un signe, c’est une ouverture au monde, un peu comme le bourgeon. Pardon pour cet élan politique, mais poétique à la fin d’un arbre où en fait il y a tellement de sucre qui en sort que ça jaillit. On a envie de le manger, mais pour être offert aux voisins et à d’autres. Et c’est là où l’extrême droite en fait nous manipule encore, c’est qu’elle, elle nous fait croire que le terroir est la garantie de protection d’une identité face à la mondialisation. En l’occurrence face au cosmopolitisme, alors qu’en réalité il est le cœur même de l'échange à petite échelle, là où il est encore possible de conscientiser le temps et l’espace.
Choix C’est une intervention qui va donner faim parce que je vois plusieurs personnes qui me parlent, qui disent que c’est très bon. Là, ça irradie. Alors du coup, il y a Sorcière 62 qui posait la question Mais du coup, est ce que le terme de terroir est encore possible à utiliser ? Il est chargé du sens, très adapté au XIXᵉ siècle. Mais est ce que. Est ce que vraiment tu vois la position ? Ça a l’air d'être oui, mais est ce que tu penses vraiment qu’on peut encore utiliser ce mot ?
Moi je suis convaincu, il a été récupéré par l’extrême droite. On en parle depuis quelques minutes, mais il a aussi été récupéré par le capitalisme avec les produits du terroir. Et donc ce label que vous trouvez à l’entrée des supermarchés Carrefour ou Leclerc de toute la France pour acheter locaux les mirabelles de Lorraine jusqu’au roquefort de l’Aveyron. Moi je suis persuadé que le terroir a encore quelque chose à nous dire et qu’on peut utiliser justement cette originalité, notamment par ce grand retour aux luttes locales qui s’opère en ce moment dans les luttes de gauche qui avaient été un petit peu mis en parenthèse à la fin du 20ᵉ. Et je pense que c’est une opportunité inédite. Les ZAD, la défense, de par la lutte contre les projets absurdes, notamment la 69 dans le Lauragais ou les puits de pétrole dans l’arc mâconnais sont une opportunité incroyable de voir que le terroir a quelque chose à nous dire et que nous avons aussi quelque chose à lui à lui proposer comme débouché, parce que ce sont son exigence et l’exigence de la gauche. C’est ça. En fait, le cœur de ma conviction, c’est que le terroir a une exigence profonde, à beaucoup d'égards, sur le respect de l’observation d’un espace et de sa façon de fonctionner qui est unique. La vallée du Diois n’est pas la mer d’Iroise où l’on produit la sardine de Douarnenez, une autre histoire de lutte. Et cette observation unique, avec ses contraintes, donne une exigence. Et cette exigence trouve grâce dans un projet politique de justice sociale et écologique, alors qu’il ne le trouvera pas justement dans un projet identitaire et encore moins dans un projet néolibéral. Et c’est ça que j’essaye de partager.
Et peut être pour rebondir encore là dessus et pour aller dans le sens de la question de sorcière 62, ce que je trouve assez intéressant, c’est quand en vêtu tu le compare à la notion de territoire. Non parce que c’est vraiment un terme qui paraît neutre en fait de territoire, c’est on utilise sans vraiment y penser, vraiment sans y penser, avec un z apostrophe.
Comme à la Réunion avec la créolité, c’est bien.
Tu montres en quoi en fait la notion de territoire, elle est indexée sur des logiques capitalistes et je trouve ça intéressant. Je crois que c'était clair encore que tu citais, tu parlais de géographie féminine ou de féministe et tu montres en fait que le terroir, il offre en fait d’autres échelles d’analyse que celle du territoire qui est assez artificielle, très indexée sur des infrastructures et très fin, qui se fait clivant en fait. Alors tu proposes différentes échelles qui peuvent s’apparenter au terroir, tu parles de bio région, parle même des bassins versants, des bassins versants, des littoraux. Tu pourrais peut être aussi un peu revenir sur cette notion de bio région ?
C’est la conflictualité entre terroir et territoire. Elle me passionne parce que, en fait, c’est cette façon de partir de la réalité, soit en imposant par le haut, de manière brutale, soit en n'écoutant par la base populaire ou la base terrestre, ce que la réalité a à nous dire. La cette dualité, on l’avait déjà vécue entre la suggestion et la patrie, puisque la patrie, quand elle émerge, la patrie, c’est la mère nourricière, c’est la terre en commun et elle donne des citoyens qui partagent cette nourriture partagée sur un territoire. C’est comme ça que le terme de patrie émerge. Et à la Révolution, on s’appelait citoyen en se tutoyant parce qu’on se reconnaissait, partageant cette terre nourricière qui est donc la France. À l’inverse, la sujétion au roi, c'était cette verticalité qui passe de Dieu au roi, au sujet et qui fait que notre identité n’est pas d'être citoyen par une terre, mais sujet par une soumission, par une obéissance, une verticalité au roi, à Dieu. Ce lien, enfin, cette opposition entre la sujétion au roi et la patrie, c’est la même opposition qu’il y a entre territoire et terroir. Alors déjà le territoire ne prend qu' un seul des quatre ingrédients du terroir. Donc c’est une notion qui est moins vivante, moins relationnelle, j’ai envie de dire aussi moins savoureuse. Il n’y a pas de reblochon dans le territoire parce que c’est une notion qui ne prend que la spatialité. On commence à parler de communauté de territoire, mais c’est quand même souvent assez abstrait et imposé. Mais il n’y a ni tradition, ni production alimentaire, en tout cas spécifique. Le territoire, c’est la zone d’exploitation, la plaine de l’Ain où j’ai mené une campagne législative en 2022. Une jeune femme. Le maire Labrecque, était la candidate. C’est un territoire qui est exploité par l’administration centrale et locale, à côté de Lyon, au nord-est de Lyon, pour être un territoire de transmission et d’infrastructures. On y voit la voie du TGV Paris-Marseille qui passe avec cet immense viaduc de 150 mètres de haut au-dessus de Saint-Maurice de Bellot qui permet au TGV de ne pas passer par Lyon intramuros. Me parlions Saint Exupéry. On y a des autoroutes Lyon Genève qui sont des six voies dans chaque sens. La centrale nucléaire du Bugey et des énormes gares de logistique les plus grandes du pays de chez VIP, Amazon, Carrefour. Ça, c’est l’usage territorial de cette plaine de l’Ain qui est en fait vu du haut. Un espace très sympa parce que relativement plat, pas très loin de Lyon, pour désengorger une des grandes métropoles françaises. Du point de vue du terroir, ce lieu n’a plus rien à voir du point de vue du terroir d’abord. Cette plaine de l’Ain, en fait, elle est les rives du Rhône et elle est la côtière qui est la fin d’un glacier de l’est de l'âge glaciaire qui a glissé jusqu’au Rhône et s’est arrêté au Rhône, à l’intérieur duquel est née la Dombes, deuxième terroir. La Dombes, c’est un ensemble de marais créés par le monachisme médiéval qui permettaient de pêcher localement et à côté de Sète. Donc, vous avez la Bresse où on y cultive du poulet parce qu’on a cette tradition de la poule bressane. Vous avez le budget qui produit du vin gris et l’ensemble de ces terroirs crée non seulement un sentiment d’appartenance qui est pour moi un sentiment d’appartenance fécond parce qu’il est relationnel et qu’il est savoureux une fois encore. Et donc du coup, il y a cette joie aussi propre à l’alimentation et au banquet. Et le terroir produit aussi un respect de ce que les contraintes du lieu nous disent. Donc, au lieu d’exploiter un lieu par le haut, on écoute par le bas. Le budget, c’est un massif, par exemple c’est le sud du Jura. Et quand on fait du porte à porte et que vous évoquez la Dombes, le Budget, la côtière, la plaine de l’Ain, vous êtes beaucoup plus en relation et en écoute de la spécificité, de la singularité de ce que chacun à mettre au pot commun de la nation. Que lorsque vous parlez d’un territoire de l’Ain et même d’ailleurs. Le département de l’Ain, c’est comme la région des Pays de Loire, c’est des territoires administratifs qui n’ont aucun sens en termes d’histoire et de pratique des gens. C’est une vision par le haut, soit par les métropoles, soit par la capitale.
Et c’est marrant que du coup ça me fait penser à un exemple que tu donnes qui m’a marqué dans ton livre pour montrer la diversité qui est un peu gommée par cette réalité du territoire. Tu parlais du mot climat utilisé dans les bars. Oui, les vignerons en Bourgogne qui dénombrent 1247 je crois, climats en Bourgogne.
Alors là tu me bats parce que je sais plus le chiffre exact.
Je l’avais noté, mais c’est possible.
C’est vertigineux. Tout à fait. Alors en France, il y a entre douze et quinze vignobles officiels en fonction de la manière dont on compte un vignoble. C’est une région viticole, donc c’est une région naturelle assez large, comme le Bordelais ou la Loire. A l'échelle en dessous de ces régions viticoles qu’on appelle aussi des vignobles, vous avez des appellations qui sont donc des territoires, des terroirs. En l’occurrence, je me suis pris à mon propre jeu, qui sont des plus petits, homogènes, spatiales, avec une façon particulière d’y cultiver le vin. Donc c’est des appellations que vous connaissez Si vous aimez boire du bon vin pour le Bordelais par exemple, vous avez le Médoc, le Cadillac, le Libourne, le Saint-émilion. Donc ça c’est des appellations précises d’un terroir dans le vignoble du Bordelais. Et les Bourguignons ont inventé parce qu’ils ont observé cette réalité particulière. La Bourgogne est sur un plateau sédimentaire unique qui la met en fait sur la ligne de partage des eaux entre les trois grands bassins versants français, il y en a plus que trois. Mais si on vulgarise, vous avez une pente qui descend vers la mer du Nord et la Manche avec la Seine, le Rhin, la Meuse, vous avez une pente qui descend vers l’océan Atlantique avec la Loire, le bassin ligérien et une pente qui descend vers la mer Méditerranée avec le bassin du Rhône. Grosso modo, si je vulgarise les bassins versants de la France, ces trois pentes qui vont dans ces trois sens là et au milieu, vous avez une ligne de partage des eaux qui est composée notamment de l’Auvergne et de la Bourgogne. Pourquoi ? Parce que vous avez le plateau de Langres qui est la zone de départ de la plupart des fleuves français. Et cette Bourgogne là, parce qu’elle est au milieu justement des trois bassins versants. Elle a un plateau sédimentaire extrêmement riche où si vous prélevez un morceau de terre, vous avez une succession de couches de terre qui est composée complètement différemment en fonction de chaque parcelle avec du sable, de l’argile, des sédiments de différentes compositions. Ce que les Bourguignons appellent le climat, c’est comme un peu un séquençage ADN. C’est le génome spécifique de des couches de terre à un endroit précis. Si par exemple vous êtes dans les côtes de nuit par exemple, ou si vous êtes dans le Sancerre, vous allez avoir un prélèvement de terre différent à ces deux endroits sur la part de sable et d’argile qu’il y a à l’endroit de ce climat. Et bien cette unicité d’un prélèvement de terre, les Bourguignons l’appellent le climat, donc ça n’a rien à voir avec l’air. Comme son nom ne l’indique pas, le climat en Bourgogne, c’est un séquençage ADN de la Terre. Et peut-être que dans d’autres lieux, il y a aussi beaucoup d’espèces. En France où la terre est beaucoup plus uniforme, on est que sur du calcaire ou que sur de l’argile, que sur du sable. Mais la Bourgogne a cette chance et elle l a conscientisée d’avoir une terre qui est riche parce qu’elle est plurielle et a voulu conceptualiser et valoriser toutes les compositions de terre qui existent.
C’est intéressant, sincèrement. Personnellement, je n’avais jamais entendu parler de ça dans cette parenthèse. Peut-être que tu pourrais revenir aussi sur le concept de bio région qui me semble si intéressant.
Oui, alors la bio région, c’est un concept qui est promu par des écologistes en ce moment notamment, il y a un livre qui est sorti cette année. Qu’est ce qu’une bio région que je vous recommande ? Moi, je sais comment dire si je vous dis la vérité. Je ne l’ai pas écrit dans le livre. Je trouve que le concept de bio région est une façon un peu écologique et trendy de parler du terroir. En fait, j’adore l’idée et je pense qu’on devrait réfléchir à cette à ce concept qui consiste à dire que, en fait, on organise la vie administrative en fonction de la réalité de la topographie, la toponymie éventuellement, mais au moins topographie et en respectant les et surtout les bassins versants. Donc c’est les régions qui parlent de l’eau en fait. Donc ça, je trouve que cette idée est somptueuse. Pour autant, c’est ce que dit déjà le terroir en fait. Et donc je trouve ça bien d’inventer des mots. Mais j’aime bien aussi la transmission parce que la transmission, elle crée du lien entre les générations et entre les citoyennes et citoyens. Et je préférerais parler de terroir parce que bio région et terroir en fait, s’entremêlent un petit peu. La petite différence est que la bio région va vraiment mettre l’accent sur le vivant dans un espace donné, alors que le terroir va inclure d’autres caractéristiques qui ne sont pas évidentes. Notamment, comme je viens d'évoquer les climats, la terre est une réalité inerte qui fait partie de la conception du terroir, donc c’est la petite différence. Pour autant, pour moi, ce qu’il faut retenir, c’est qu’une organisation. Du pays autour des bassins versants. C’est vraiment un rêve. C’est un rêve parce que le. Aucun terroir ne trahit l’organisation de l’eau, les terroirs. On ne vous trouvera pas. Hier, je parlais à la fête de l’Huma avec des gens qui viennent de la Loire. Donc le département de Saint-Étienne qui est justement sur une ligne de crête entre le bassin du Rhône d’un côté et la Loire, le bassin ligérien de l’autre. Les terroirs autour de Saint-Étienne ne peuvent pas être à cheval entre les deux. Vous êtes soit du côté ligérien, soit du côté rhodanien. Et donc le terroir, parce qu’il est à l'écoute de son rayonnement. Là, il est fidèle en fait à la terre, donc à l'écologie et. Et je trouve qu’on aurait beaucoup à gagner à s’organiser de cette manière là plutôt que des régions qui sont en fait artificielles et qui ne nous font pas prendre conscience de la réalité de notre organisation territoriale.
Alors justement, pour aller sur ce terrain là, sur ce terroir là, de quoi tu parles notamment ? Et là on arrive un petit peu plus concrètement à savoir comment le terroir, le terroir, peut être une unité par excellence de meilleure gestion des ressources naturelles. Est ce que tu peux nous en dire un petit peu plus que ce que tu dis ? En donne quelques exemples dans ton livre d’expérimentation locale, justement autour des régies publiques de l’eau, tu donnes quelques exemples de quelques endroits où tu as pu voir ça.
Oui, tout à fait.
L’idée de ça notamment.
Je vais prendre un terroir, comme ça on pourra parler aussi de ce que le terroir est forcément rural. Et je suis d’accord avec Mimosa que la terre est vivante. Mais oui, c’est vivant dans le sens où il y a des évolutions, des mouvements, des interactions, mais elle n’est pas classée dans l’ordre naturel comme un vivant, parce que ce n’est pas un animal, un végétal ou un champignon. Mais oui, la terre, oui, on est bien d’accord. En tout cas, si je reviens sur j’ai peur du vide de ma pensée, par.
Exemple de régie publique.
Et de régie publique de l’eau. Moi je reviens vous parler d’un terroir urbain cette fois ci, qui est 93 où j’ai la chance de travailler une partie de la semaine puisque un jour par semaine, je suis en cabinet avec Patrice Bessat qui est le président de cet ensemble. Et cet ensemble. C’est une intercommunalité du 93 avec Pantin, Bobigny, Bagnolet, une dizaine de villes au sud du canal de l’Ourcq et nous avons cette régie publique de l’eau qui a nationalisé en quelque sorte le réseau qui appartenait à Veolia et qui nous a donc permis, en achetant de l’eau à Paris, qui vient de la Seine, de la Marne et du plateau de Langres, de te donner dix mètres cubes d’eau gratuits aux habitantes et aux habitants avant de payer le 11ᵉ mètre cube du mètre cube étant grosso modo un couple deux enfants avec une douche par jour et une consommation raisonnable d’eau au quotidien. Moi je trouve cette création de la régie publique de l’eau extrêmement intéressante parce que ça nous permet de remettre l'église au milieu du village, si je puis me permettre, c’est-à dire de partir du plus fondamental. Notre organisation politique manque de la pyramide de Maslow. De quoi a-t on besoin en premier pour nous organiser ? De boire, puis de manger, puis de nous vêtir, puis de nous loger ? Et en fait, ces besoins fondamentaux boire, manger, vêtir, loger, qui devraient être des politiques publiques les plus élémentaires, alors que souvent, même dans la classification des ministères, le ministre de l’agriculture, c’est le dernier dans le protocole parce qu’on se dit assez gérer et puis c’est un truc de plouc, alors qu’en fait on peut rien faire si on n’est pas nourri par nos agriculteurs agricultrices à partir de ce bien le plus précieux qu’est l’eau et nous organiser autour d’elle. Pour moi, c’est un potentiel d’organisation politique, de conscientisation de nos limites pour nous mettre vraiment dans ce fameux entre-deux qui est entre le plancher social et le plafond environnemental. Parce que l’eau nous dit dans le plancher sans le minimum, qu’il nous faut boire pour survivre et pour être en bonne santé. Et elle nous dit aussi le plafond maximum que nous pouvons consommer pour ne pas tirer sur les ressources planétaires. Donc tout y est. Et aujourd’hui, l’eau, elle est privatisée, elle coûte cher, elle est vendue 200 fois son prix de production ou des extractions et c’est quelque chose de complètement fou. Et donc l'émergence de douce locale comme les abatis par exemple. Mais cela dit, c’est exploité par une boîte privée aussi des abatis à côté d’Arcachon. Pour moi, ce sont un potentiel d’organisation de la vie politique infinie. Et j’invite vraiment les personnes qui luttent localement à se poser la question de comment est ce qu’on pourrait faire comme chez nous dans ce terroir urbain du 93 où nous avons nationalisé un réseau, mais nous on n’a pas de source, donc on a nationalisé seulement le réseau. La source on va la pomper à Paris. Ceux qui ont des sources sont ceux qui ont des sources. Mais de nationaliser ces sources, de trouver un moyen en fait de privatiser cette eau qui est exploitée par des grandes entreprises. La force publique a les moyens d’exploiter cette eau et d’en refaire un bien commun.
Alors je vais te dire qu’il y a plusieurs questions que j’ai relevées et que je poserais après. Il y a notamment son battant qui repose une question un peu plus générale : comment passer, selon vous, d’une vision exclusive du terroir à une inclusivité ?
C’est tout l’enjeu pour moi, c’est la façon de parler d’identité. Déjà, c’est de s’approprier le terme, c’est de s’approprier la notion. Et puis moi j’ai l’impression, dans la pratique, ça se vit dans la. Dans la célébration, la fête et l’hospitalité. C’est à dire quand on est dans un terroir et quand on s’y sent appartenir et d'être capable de le valoriser et de le partager avec des personnes qu’on y invite, à qui on veut le faire découvrir. Je pense en particulier au terroir d’où moi je viens. Ma famille vient donc la Meuse du côté de ma mère ou Carcassonne, la Montagne Noire du côté de mon père arrivé mon ancêtre polonais ou j’ai toujours envie de montrer en fait de quoi ce terroir est fait et de montrer son histoire, sa particularité. Pourquoi est ce qu’il a été méprisé aussi ? La Meuse a la particularité d'être en haut de la diagonale du vide. Donc ça je pense que c’est une première chose. Et c’est dans l’autre sens aussi. C’est une question de respect dans un terroir d’accueil. Je vous donne un exemple sur un coin de Bretagne que je connais bien, qui sont les deux îles au sud de Belle-Ile, Houat et Hoëdic où en fait les habitantes et habitants vivent de manière complètement différente. L’arrivée de résidences secondaires ou de maisons qui ne sont pas de descendants, on va dire, de personnes du coin à droite. Vous avez énormément d’Airbnb et de Parisiens qui exploitent en fait les avantages d’une position géographique optimale de l'île. Vous avez dit que c’est le contraire. Les personnes qui ont ces résidences secondaires vivent en relation avec ce terroir éduqué qui a une histoire très forte qu’on appelle le menlevant. C’est le nom du terroir des deux îles en fait, et la cohabitation et la cohésion y est beaucoup plus forte, à tel point que les watts pur jus si je puis dire, je veux bien dire pur jus pas pur sang parce qu’ils viennent du jus de la terre de Watt et viennent célébrer Andy et viennent fêter à l’identique parce que le sens de l’harmonie y est beaucoup plus prononcé du fait qu’on n’a pas exception, faite peut être d’une maison sur les 230 bâtisses de l'île, on n’a pas de rapport d’exploitation à cette terre. Donc pour moi, passer une vision avec le divin, c’est en fait passer à une vision relationnelle. La curiosité. Quand je me rends dans un terroir duquel je ne suis pas de ce qui s’y vit et de la singularité de cet endroit et le partage aussi, l’hospitalité, l’ouverture de sa propre maison.
Là où le territoire est plus axé justement sur les questions de propriété.
Le territoire, c’est une question propriété, c’est une question de spatialité, c’est une question de trait et c’est une question si met l’accent sur la frontière sans mettre l’accent sur la relation, parce que je pense que la frontière peut être féconde quand elle permet de créer un pont. A titre personnel, je ne suis pas de la gauche qui est pour l’abolition de la frontière. Je pense que la frontière est aussi un autre thème à revisiter. Mais une frontière est un pré et qui pour moi doit être un prétexte pour se rencontrer. C’est aussi ce que j’ai vécu avec Coexister avant, pendant douze ans, où juifs, chrétiens, musulmans, athées, agnostiques. Toutes les convictions qui existent dans notre pays sont des prétextes pour relationner autour de l’idéal de laïcité, principe de laïcité. Et c’est la même chose pour moi, dans les frontières que nous avons aujourd’hui les frontières des terroirs. Elle vise aussi à protéger. Et en fait, c’est toute la question de prendre l'équilibre. Parce que celles et ceux qui ont ensuite repris la frontière à gauche, qui sont protectionnistes ou souverainistes, ne prennent que la dimension protectrice. Et moi je propose de toujours y intégrer la dimension relationnelle. Et si on y va tous les deux. Le terroir, c’est un prétexte pour discuter avec le voisin, pour accueillir, pour servir. Et notamment je parle des terroirs qui ont été des terroirs d’accueil, de migration, je pense le terroir de Taizé. Dans le plus niçois, on a toujours eu des réfugiés. Si ce terroir est un terroir d’ouverture. Dans ce cas, il joue un rôle complètement différent et ça permet en fait d’accueillir les uns et les autres quelque part. Parce que si on n’est pas de quelque part, on est de nulle part. Et c’est ce que je t'évoque, notamment dans la conclusion sur le conflit entre les personnes de quelque part et celles de partout. Et en fait, quand on est partout, on n’est nulle part, on ne peut plus.
Ce que tu peux accueillir.
C’est une thèse en anglais et Anywhere et Somewhere qui disent bah, vous êtes deux de n’importe où ou de quelque part en particulier. Donc c’est des cosmopolites versus ceux qui viennent d’un endroit dans laquelle ils ont été ancrés. Ah oui, complètement schématique bien sûr, c’est hyper.
Exagéré
Non, non, tout à fait. Mais ça permet de faire prendre conscience qu’en fait il y a une perception parfois des personnes qui vivent toute leur vie dans un terroir et qui ont le sentiment d'être écrasés justement par cette mondialisation. Et moi, ce que j’essaye de chercher dans cet équilibre, c’est de ne pas opposer les deux façons de relationner avec l’international et le local et de dire c’est parce qu’on est de quelque part qu’on peut être de partout et d’accueillir les personnes d’ailleurs. C’est en fait, je suis enraciné pour les branches de l’arbre, c’est ça pour moi la métaphore. Il y a des racines, il y a des branches, il y a des branches, mais il y a des racines. Les deux ne peuvent pas fonctionner l’une sans l’autre. Et cette métaphore que je prends là, un peu bio, mimétique, je l’attribue notamment à Jean Jaurès, une fois dans le livre, en m’attardant un certain temps sur son Discours sur la patrie et l’Internationale, où il dit Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie beaucoup rapproche un peu de patriotisme, éloigne de l’Internationale, beaucoup rapproche. Sous entendu, si vous ne comprenez pas bien la patrie et l’Internationale, si vous la comprenez dans son premier sens limité, ça va forcément vous opposer à son son alter ego. Si vous la comprenez bien, elle va vous inviter forcément à comprendre l’autre. Parce qu’une patrie bien vécue, c’est une patrie qui s’ancre dans un monde, dans un monde en commun et une Internationale bien vécue. C’est une Internationale qui reconnaît que nous venons d’une patrie. Qui est cette mère nourricière. Il y a toujours ce dialogue, cette dualité, cette relation, et c’est pour moi la solution à un terroir exclusif ou inclusif.
Ou une vision de la frontière qui a l’air de se distinguer quand même de ce qu’on disait par delà du coup au Salon de l’agriculture en 2024 sur la protection coûte que coûte des frontières. Alors je vois qu’on a une question qui est parfaite parce qu’elle fait un pont vers une autre. Un autre point très important de ton ouvrage, qui est la question des luttes. Tu vois, tu parles, tu proposes l’administration de terroirs militants. Mais je trouve ça intéressant, par exemple, que tu parles de la lutte actuelle qu’il y a contre la 69, ce projet d’autoroute entre Toulouse et quatre entre Toulouse et Castres, tu en parles par le prisme du terroir du Lauragais genre Lauragais.
On dit Lauragais
Lauragais, c’est intéressant. C’est vrai que ce n’est pas tellement. On en prend quand même beaucoup de cette de cette lutte en ce moment, mais pas souvent. On en parle de ce point de vue là. En quoi ça change la donne ?
je t’ai pris des petits compliments dans le jardin, c’est vrai, la meilleure modératrice journaliste.
Ah bien c’est gentil, mais c’est Euryale là aussi. Mais merci ! Merci à Euryale aussi qui est super réactive depuis le début.
Ah oui ? Ou alors c’est quelqu’un qui n’est pas là peut être qui a aussi fait ça exactement.
Mais dès que tu dis qu’on parle.
Ah oui, merci
Merci Euryale
Merci Oui, alors pour moi, il y a effectivement toute une série de luttes dans notre histoire et ensuite au présent qui acquièrent leur légitimité populaire et leur mobilisation populaire. Parce qu’elle évoque et parce qu’elles mobilisent justement cet imaginaire du terroir. Le. Pour moi, l’exemple historique le plus frappant, c’est Les gardiens de Douarnenez. En fait, elles font une mobilisation dans ce petit coin de la mer d’Iroise, donc au sud du Finistère, à Douarnenez. C’est au sud de Brest et au nord de Quimper. Dans cette baie, vous avez la plus grosse présence de sardines en France. Malheureusement, avec le changement climatique, de moins en moins, il y a quasiment plus de sardines. Mais tout au long du 19ᵉ, c’est là que la sardine française est produite, même 20ᵉ que la surtout 20ᵉ que la sardine est produite et les sardines comprennent cette particularité et vont organiser une grève, une lutte pour l’augmentation des salaires et pour les congés payés. Et pour ça va. Il n’y a pas de problème. Il y avait un bruit sur le plateau, mais je m'étonnais. Elles vont organiser cette lutte. En. France en structurant une communauté autour de la sardine qui va permettre à tout un chacun à Douarnenez de rejoindre les rangs. Ce qui mobilise, c’est toujours convaincre des citoyennes et des citoyens de participer à la décision de leur destinée. Et donc elles vont avoir cette efficacité, cet essor et ce retour à la dignité par à la fois un élément de rapport de force. Si vous bloquez la sardine à Douarnenez, vous bloquez toute la région puisque c’est le cœur du fonctionnement économique de l’année. Et elles vont aussi l’utiliser par un moyen de fierté locale qui est la sardine française. Elle vient de Douarnenez, donc c’est un exemple d’appropriation d’un terroir en comprenant sa spécificité topographique, traditionnelle, alimentaire, etc. Pour revendiquer des choses justes et elles ne font pas simplement qu’elles vont le faire aussi, mais adhérer à la section bretonne de l’Internationale ouvrière ou évoquer les théories marxistes ou socialistes de l'époque. Elles vont s’ancrer dans Nous avons besoin de la sardine et nous vivons dans des conditions qui ne sont pas dignes alors que la sardine nous apporte tant. Et donc il y a une contradiction entre ce que la sardine donne à la société et en l’occurrence à ce coin de Bretagne et à tout le pays et ce que nous recevons. Et ça, ça va être très important.L’autre exemple légendaire, bien sûr, dans l’histoire des luttes, c’est le Larzac. La façon dont on a habité le Larzac pour empêcher et gagner cette bataille contre l’extension de l’aéroport militaire est complètement empreinte du terroir spécifique du Larzac et donc un plateau à cheval entre l’Aveyron et la Lozère si je ne m’abuse. Je crois et je crois que c’est ça. A moins qu’il ne soit qu’en Lozère, peut être que des spécialistes nous le diront dans le château, mais Lozère et Aveyron qui sont donc des départements et pas des terroirs. Et aujourd’hui, je trouve que la façon dont la mobilisation se fait dans le Lauragais contre la 69 est surtout un exemple que je trouve encore plus explicite. C’est le Beauvaisis. Le Beauvaisis c’est dans Picardie Sud, donc dans l’Oise où il y a cet aéroport dont il est question d'étendre.
Et ça c’est toujours actuel.
Pour le Beauvaisis c’est complètement actuel et vous pouvez soutenir le Beauvaisis en allant liker les pages Facebook et Instagram Sauvez le Beauvaisis qui ont besoin de ce soutien. La mobilisation du terroir permet de sortir d’une vision éthérée qui serait juste de dire d'étendre les aéroports, ce n’est pas bien. C’est vrai, rajouter du bitume c’est pas bien. C’est vrai, le trafic aérien c’est pas bien, c’est vrai, mais pour mobiliser une population dans cette lutte là, vous avez une autre réalité qui est trop souvent tue et qui est l’autre catastrophe invisible, c’est que le Beauvaisis, dans son écosystème vivant, dans son alimentation, dans son histoire, a besoin d’air, d’eau, de respiration, de culture, de fruits. Et ce projet là détruit les particularités de ce Beauvaisis. Donc mobiliser le Beauvaisis dans la lutte et avoir un terroir de lutte. Pour moi est un est une technique, en fait une stratégie révolutionnaire assez féconde, que j’invite chacune et chacun à habiter à l'échelle de son territoire pour en faire un terroir vivant. Et c’est un peu ce que François Ruffin a préfiguré avec Picardie Debout, bien que la Picardie ne soit pas un terroir mais un ensemble de terroirs, au moins, on nomme une appartenance locale.
Et j’ai l’impression que ça, c’est pas mal. J’ai vu plusieurs fois des films depuis le début de la discussion, des commentaires du genre oui mais là, dans le concret, la gauche a abandonné les campagnes etc. Mais le fait de montrer les terroirs qu’on est avoir militants, ça répond vraiment, ça donne une autre fin, ça permet un peu de relativiser.
C’est tout à fait en fait, moi ce que je dis, ce sur quoi je suis assez étonné, c’est que pourquoi la répétition du mot sardine me trigger ? Je sais, on a envie d’avoir la réponse à cette question. Et le terroir ? Bon, on en parlait un peu. Après je sais pas si c’est un passage qui t’a intrigué ou pas, mais j’essaie de défendre que le terroir peut aussi être urbain et notamment que le rap est un produit du terroir. Mais avant d’arriver sur cette hypothèse, qui est un peu ma proposition dans l’ouvrage, en plus de la partie analytique, le terroir est quand même principalement associé à la ruralité et je trouve que vu sa richesse et vu son fonctionnement qui est à ce point convergent avec un idée de justice sociale et écologique, il est une bonne manière pour la gauche de parler du rural. Parce que il crée aussi quelque chose qui manque terriblement quand on parle de ruralité qui est la reconnaissance. Du singulier. La ruralité est traitée de plus en plus à gauche comme un ensemble uniforme, comme on l’a fait pour d’autres catégories avant les classes ouvrières ou les personnes racisées ou différentes.
Le monde rural.
Et en fait, il est uniformisé. Et cette uniformisation participe aussi de son humiliation parce que c’est le présenter comme un tout, alors qu’en fait il a une richesse liée à sa diversité, qui est infinie. Et paradoxalement, pour le coup, moi ça me choquerait moins qu’on ne le dise pour le monde urbain, parce que je pourrais arguer et défendre que le monde urbain est plus uniforme que le monde rural alors qu’on est vachement plus capable de dire Paris, Lyon, Lille, Nantes, Marseille. Mais le rural, c’est le rural. Et en fait, c’est faux. Il y a des ruralités et le terroir dit ça. Et je pense que c’est une bonne manière pour la gauche de sortir de la recherche d’une mobilisation de ruralité parce que chaque terroir a une histoire spécifique. Et c’est ça que j’essaye vraiment d’adresser en quinze ans de militantisme, parce que c'était aussi le cas avec Coexister. C’est de ne pas avoir peur d’aller chercher des spécificités, les singularités, les originalités pour les mettre en commun. C’est pas pour les exalter et en faire justement une scission. C’est pour faire de la triangulation.
Il y a des essentialisations.
Exactement. C’est pour en faire une créolité et une mise en musique. C’est pour en faire une partie.
tu peux revenir sur ce terme là.
Donc la créolité, c’est ce terme d’Édouard Glissant sur la façon de faire monde en pensant à un monde de métissage où avec toutes ces métaphores, on vit entre des archipels et des et des et des et des îles pour matérialiser la relation entre les mondes et que la créolité, c’est la vision ultime d’un monde non pas globalisé, uniformisé par une culture européenne ou américaine, mais un monde métissé fait de l’expression de toutes ces particularités. Et Jean-Luc Mélenchon a émis cette hypothèse il y a quelques années, de la créolisation de la France, c’est-à dire d’une France multiculturelle. En reprenant les travaux de Glissant, d’une France multiculturelle qui soit quand même unie autour d’un certain nombre de facteurs communs qui sont très forts chez nous. La devise républicaine, le drapeau, notre histoire, nos luttes, mais que dans cette unité, nous n’ayons pas peur d’une diversité. Et la dialectique entre les deux est très dure à faire à gauche et entre unité et diversité. Et donc je me bats, moi, pour cette créolisation en fait de la vie française.
trouve qu’elle est intéressante cette notion dans le sens où elle permet d’aller au-delà de la rhétorique très borderline de l’assimilation. Ça permet de proposer un autre concept que cette idée de juste assimilation qui est plutôt une rhétorique identitaire.
En fait, c’est parce que les assimilateur ne parviennent pas à imaginer, et c’est l’un des problèmes du printemps républicain, qu’on puisse être Français, adhérer à ce qui fait le projet français et toute la puissance infinie des libertés deux l'égalité et la fraternité ou de la délimiter pour eux plutôt dans une variété d’origines, d’appartenances, de religions, de particularités, de localité. Pour les identitaires, l’essentialisation entraîne que si vous voulez adhérer à ce projet français, il y a une francité qui serait donc une substance et qui inclut donc une morale, une façon de vivre des mœurs. Et ça, c’est ce contre quoi nous nous inscrivons en faux avec les tenants de la créolité, c’est que nous pensons qu’il est possible de vivre les deux. On s’inscrit aussi en faux avec une vision multiculturaliste qui en fait nous composerait un peu comme un puzzle, mais un puzzle sans interaction et désagrégé exactement avec chacun et chacune isolée et des communautés atomisées. La créolité, elle, propose d’adresser les deux questions et en fait les deux. Les pays européens, pour atteindre cette créolité vont avoir un point d’attention, un coup de fluo à passer qui ne va pas être le même. Les pays qui ont tendance à être très uniformisés comme nous, vont devoir valoriser le pluralisme. Mais à l’inverse, les pays qui sont très diviseurs ou organisateurs de communautés, on peut dire multi culturaliste et pas multiculturelle comme les Allemands ou les Anglais. On va avoir un énorme travail de revalorisation du commun et donc pour le coup, en Allemagne ou en Angleterre, parler d’anglais ou de germanité va être un rééquilibrage vers la créolité pour permettre à cette société de vivre de manière soudée.
Et on revient un peu vers ce que Jaurès disait.
Exactement Toujours.
Toujours on fait des liens.
Et on fait des relations, on fait des relations et c’est cela qui en fait le mot. En fait, je pense que la solution à chaque fois relations entre unité dans la diversité, relations entre patriotisme et internationalisme, relations entre individus, relations entre terroir et c’est ça qui est.
Des identités mouvantes, qui ne voit pas.
Et c’est ça qui nous sort toujours du figé, de l’abrupt et du et du du soi disant pur qui est une, qui est une illusion parce que rien n’est pur.
Mais j’ai vu plusieurs, plusieurs. Parfois aussi des commentaires qui parlaient des dialectes locaux. C’est vrai que ce pas tant évoqué dans un livre, mais c’est quelque chose que vous avez pu expérimenter au cours de vos traversées de la France.
Parce que j’ai été interpellé par Pimiko.
Pimiko qui dit ça ne veut rien dire d'être français. Il y a énormément de diversité dans le pays.
Je suis d’accord qu’avec la moitié de votre phrase je suis d’accord avec énormément de diversité. Et pourtant ça veut dire quelque chose d'être français. Cette diversité en fait ne veut pas dire que nous n’avons plus de commun. Nous avons des points communs. En tant que Français, nous sommes les héritiers de 89. Nous sommes attachés à ce projet Liberté, égalité, fraternité. On a célébré tout l'été autour d’un certain nombre de communes pendant les Jeux olympiques. Je trouve cela plutôt sain. Thomas Joly a réussi à mettre en scène un commun français qui est sublime. C’est un commun qui intègre beaucoup plus de représentations qu’un autre qu'à notre habitude, mais c’est un commun. Y compris dans la culture, la mobilisation de l'électro, la mobilisation de la Bastille, etc. Donc nous avons un commun français. Donc ça veut dire quelque chose pour moi d'être Français. Mais ce commun est en dialogue, en relation avec énormément de diversités de notre pays. En fait, les deux sont vrais En fait, ce que j’essaie de proposer, c’est de ne pas tomber dans un désespoir qui consisterait à dire que parce que vous êtes attachés plus à l’un ou à l’autre, vous abandonnez l’autre. Vous semblez attaché à la diversité, donc vous dites d'être français et je pense que vous avez tort. Et d’autres, parce qu’ils sont attachés à la francité, disent La diversité nous menace. Mais en fait, c’est une mauvaise façon pour moi de rentrer dans la question. Et pour répondre à la question, effectivement la délimitée c’est la fratrie en grec, mais sans le sans l’angle masculin. Donc puisque Frater c'était le frère.
Alors bon, là je pense qu’il faut qu’on parle d’un sujet dont on parle depuis le début et qu’on a pas encore parlé, mais c’est la fameuse question qui est liée au i o a aussi i o p. Puisqu’on parle, on parle de fromage, on se donne faim tout à alors et on en parle pas. Mais alors c’est intéressant de voir à quel point aussi le terroir, ça peut vraiment être un creuset au niveau de la souveraineté alimentaire. Alors sur cette question de label AOC AOP, peut être que tu pourrais refaire un petit point sur la différence entre les deux. Et je fais le lien avec une question qui a été posée il y a déjà un bon bout de temps. Je suis désolé pour la personne qui l’a posée mais quelqu’un a demandé : "Est ce que le capitalisme tue le terroir ? " Et justement, c’est cette question de label AOP aussi. Ça peut être une bonne question. Est ce que c’est un véritable outil intéressant ou est ce que ce n’est pas plutôt l’expression d’une monétisation, d’un patrimoine de savoir faire, d’une récupération capitaliste du terroir ?
Alors là aussi, là où cela opère, là aussi, c'était l’appellation d’origine contrôlée donc qui était française, qui était détenue par l’INAO depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et l’AOP c’est son versant européen puisqu’il y a beaucoup de labels européens qui sont en fait des traductions en droit européen de labels français, y compris le bio ancien, notamment nous qui l’avons inventé. Et pour moi, l’AOP, là aussi, c’est d’abord des outils de protection d’un savoir faire particulier, justement pour éviter d’usurper la singularité d’une production par rapport à des caractéristiques uniques et des traditions uniques à l’autre bout du pays ou à l’autre bout du continent. Le roquefort ne peut être fait que dans cette grotte tout à fait particulière. C’est une espèce de failles dans la montagne, dans l’Aveyron, où le vent circule d’une telle manière que vous avez. Cette moisissure très atypique du roquefort est faite de bleu et qui produit un fromage unique. Et si vous ne protégez pas cette fabrication, vous auriez des très grands groupes capitalistes qui pourraient imiter ce bleu en vous faisant croire que vous êtes justement en train de relationner avec cette grotte et ce vent singulier. On en est plus conscience d’ailleurs, alors qu’en fait vous ne relayez pas avec elle pour la rationner avec une pâte inventée et qui est censée limiter donc le terroir. Et enfin le aussi est venu protéger et garantir cette relation. En fait, elle vous permet. C’est une forme de reconnaissance. En fait, c’est une forme de visage découvert de la relation que vous entretenez avec un terroir et sans qu’on puisse vous mentir. Donc ça c’est un point positif. Évidemment, il y a deux grands défis pour la remplacer. Le premier, c’est la composition du cahier des charges qui est très exigeant, mais parfois pas totalement exigeant sur des questions écologiques élémentaires, notamment sur la nourriture des animaux qui produisent le lait ou sur le traitement des raisins pour le vin. Mais il y a des sites extrêmement diversifiés.
Donc certains endroits selon le cahier des charges
Où il est déjà de facto complètement bio.
Et qu’il y en a qui même qui prennent même, on en compte des questions, des conditions, des travailleurs.
Oui, complètement. Il y a Vous n’avez pas dans le Jura où j’ai fait une partie de la rédaction de l’ouvrage, donc les grands fromages du Jura que sont le comté, le Morbier et il m’en manque deux autres. Je ne peux pas retenir les 365 fromages français, mais il y a au moins le comté et le morbier. Il y a effectivement les conditions de travail, le temps de repos et vous avez même dans le cahier des charges de la recette du comté, la présence d’une infirmerie et d’une trousse de soins pour les travailleurs du lait.
C'était vraiment très diverses.
Ah oui, vraiment, essaie. Et si vous n’avez pas, s’il manque un élément du cahier des charges, ce n’est pas du comté.
Donc ce n’est pas dans le niveau d’enseignement.
, Ça va au bout de la logique. Donc c’est le terroir est aussi une manière de prendre soin, c’est un outil du soin.
Argent, un peu les idéaux à la base de la permaculture qui a parfois été très très investie après par le capitalisme. Mais qui a prôné les conditions pour les travailleurs de la terre ?
Oui, exactement. Et donc le premier défi, c’est ça, c’est d’harmoniser des cahiers des charges qui parfois sont pas totalement respectueux de la justice sociale, écologique. Je pense que dans le vin, il y a plus de défis parce que les terroirs du vin en fait contraignent à des règles, mais en fait n’interdisent pas d’autres manières. Vous avez un cahier des charges qui est très précis sur comment cultiver le vin et le préparer, mais pas sur ce que vous n’avez pas le droit de faire. Donc si vous faites tout le cahier des charges mais qu’en plus vous arrosez la vigne de pesticides pendant tout l'été, vous pouvez, puis vous pouvez être une AOC Saint-émilion sans aucune difficulté. D’où l'émergence des vins bio. Mais pour moi ça c’est un combat intéressant parce que c’est un pléonasme. Enfin, ça devrait être un pléonasme. Un vin bio, un vin devrait être bio et les appellations devraient exiger le bio. Et comme les cahiers des charges sont complets, on devrait ne pas avoir de glyphosate dans le cahier des charges. Mais ce n’est pas la tradition pour l’instant des appellations du vin. Donc il y a un travail à faire. Mais je serais curieux de savoir ce que pensent les petits vignerons. La question versus les grands exploitants agricoles. Et le deuxième challenge justement par rapport aux grands exploitants agricoles ? C’est vrai, c’est impressionnant. Ah merci ! Il y a le Beaufort aussi, mais de Beaufort, c’est dans les Alpes. Le bio, enfin ce que je cherchais des appellations du Jura et je sais qu’il y en a quatre, donc si quelqu’un les trouve. C’est un petit jeu pour celles et ceux qui nous écoutent. Mais il y a au moins le comté et le morbier. Je serais curieux de voir ce que pense les petits vignerons versus grandes exploitations parce que des exploitations agricoles de fait utilisent l' AOC comme un moyen de vendre et notamment. L’exemple le plus probant, c’est le champagne. Est ce que le champagne est une appellation ? C’est un terroir très grand dans le champagne, à cheval sur deux départements.
J’attends juste parce qu’apparemment il y a un écho et que c’est réglé.
Le vin jaune, c’est un vin du Jura et tout à fait. L Arbois, c’est l’appellation de l’Arbois. Exactement.
Alors là dessus, j’avais déjà vu un peu avant dans la discussion les personnes qui par contre, pointent à l’inverse le fait que parfois le cahier des charges a pu se détériorer. Mais notamment alors Twist des 4000. Désolé pour la prononciation du pseudo, Jean-François Bayart n’est pas du tout d’accord avec vous. Il a son fameux exemple du camembert dans son livre L'énergie de l'état comme étant une appellation fabriquée de toutes pièces.
Ah oui, l'énergie de l'État. J’ai bien aimé ce livre d’ailleurs et je ne me souviens plus du passage sur le camembert. Mais alors le camembert c’est particulier en plus. Parce que le camembert, c’est là où on voit qu’il y a un combat à mener par appellation. Ce que le quidam converti, c’est vraiment l’appellation un peu fourre tout et qui ne correspond pas à une tradition. C’est une forme de brie qui ne vient pas du brie. En fait, ce que le brie pour le coup est un terroir. En fait, c’est un bon exemple qui prend. Je serais curieux de lire je ne me souviens pas de ce passage dans l'énergie de l'état alors que j’ai vraiment aimé ce livre. Il était énorme.
Puisque twist ADN tu pourrais remettre, tu peux remettre un peu la page
Oui, ce serait super en tout cas. Ah merci bien, le comté, le morbier, le Vacherin et le Mont d’Or. il y a le bleu de Gex très fort.. Et il y a cinq appellations dans le Jura. J’aurais dit quatre. Oui, c’est vrai qu’il y a le bleu Gex aussi. Tout à fait. Vous voyez, ça fait cinq appellations, cinq terroirs dans le Jura, le Jura qui est à cheval aussi sur plusieurs départements, le doux Gex dans l’Ain et puis le sud de la Haute-Saône. On fait un peu de géographie au passage. Je suis d’accord avec la critique de l'énergie de l'État, hein, bien sûr sur le camembert, mais cette appellation là, elle est fabriquée de toute pièce. Mais si vous allez dans le morbier, vous allez voir que le morbier n’est pas un mot fabriqué de toutes pièces. Cette tradition d’une ligne de bleu au milieu d’un fromage est aussi une propriété territoriale que je ne peux pas vous expliquer, mais qui est liée au lieu. Il y a une histoire particulière dans cette montagne jurassienne qui fait que le morbier produit un objet.
Ça va être vraiment un combat à mener pour défendre la signification des appellations et leurs usages.. Alors toujours sur cette question alimentaire, il y a autre chose que je trouve vraiment très concret en fait, c’est la lutte pour la brevetabilité du vivant. C’est vrai que face à une homogénéisation et une disparition de fait des espèces à la faveur d’une logique productiviste, prôner des produits, des espèces du terroir, ça semble relever de la simple subsistance. C’est vrai que moi, quand on parle d’une brevetabilité du vivant, alors moi je me connais. Sur la question des semences, des semences, des semences, voilà, on va parler du coup de la tomate de Marmande tout de suite C’est resituer dans un dans un terroir..
Resituer dans un terroir. Tout à fait. Et puis parce qu’en fait, le problème de la. J’avais oublié ce passage. C’est vrai qu’est ce que c’est dans la culture de haut pas de demander un café ou pas, ça se fait.
Dans la culture.
Excellent ! Un petit café là. Merci beaucoup ! Alors là oui, David Dufresne est d’accord avec nous.
Il y a de grands du côté de David. Et peut être que pour resituer la question des semences ou du coup les semences, notamment par un catalogue européen, il faut pouvoir pour pouvoir homologuer des semences en catalogue européen, il faut avoir les moyens de ça et ça. Il y a eu tout un débat, notamment.
Une fois qu’elle est brevetée par un grand groupe, elle n’est plus brevetable.
Par d’autres, pas par d’autres. Et elles savent que les semences sont détenues par des grands groupes, notamment Bayer, Monsanto, etc. Et il y avait eu à partir de 2011 un endurcissement justement, qui empêchait les agriculteurs et les agricultrices de vendre et de commercialiser leurs propres semences, d’utiliser des semences paysannes. Et à partir de là, justement, là, je trouve qu’il y a vraiment une concrétisation de l’ancrage dans le terroir, puisqu’il y a eu notamment des collectifs comme Kokopelli, Graines de troc, etc qui ont œuvré pour la préservation notamment de semences issues du terroir.
Oui, tout à fait. En fait, pour moi, la brevetabilité, c’est vraiment un exemple hyper intéressant parce que c’est déjà ça et c’est quand même une ignominie. C’est à dire peut être que ce serait une abolition intéressante à vivre dans notre génération, parce que je crois quand même qu’on avance dans la lutte contre l’oppression avec des abolitions successives. Il y en a quand même un paquet, de l’esclavage au travail des enfants.
Tout le monde se ressert un café
Très bonne idée qui part beaucoup d’autres. Avoir pour avoir pu breveter le vivant. Je ne comprends même pas comment on a pu rendre ça possible, même fou. C’est à dire qu’en fait, un organisme est détenu par un autre et son usage n’est pas libre. C’est ça qui est fou, c’est que la brevetabilité des semences céréalières, du blé en particulier, entraîne deux ignominies. La première, c’est que si vous utilisez une semence brevetée par Bayer Monsanto, vous devez payer le droit d’utiliser. Et la deuxième, c’est que vous ne pouvez pas utiliser une semence non brevetée parce qu’il y a un catalogue de semences autorisées.
Sachant qu’en plus les semences brevetées sont en général pas reproductibles, donc dans quelque chose qui est censé être cyclique et pousse à devoir.
Exactement.
Précariser les agriculteurs agricoles, elles sont tellement corruptibles et souvent elles ont été génétiquement modifiées. J’ai un cousin agriculteur dans le bio à côté d’Angers, qui me montrait dans la main la différence entre une semence de désobéissance, on va dire une semence produite par lui même, cultivée par lui même, et celle qui est brevetée et qui est autorisée, légale. Et en fait, on voit à l'œil nu la composante qui fait le gluten. Et en fait le gluten est une conséquence de la modification génétique du blé. Donc en fait, quand on dit qu’il y a une explosion des intolérances au gluten, des allergies, au gluten en ce moment en réalité, parce que ça fait un peu bobo de le dire hé toi, Moi je suis allergique au gluten. En fait, c’est un vrai problème de santé publique. Ce n’est pas qu’on est allergique au gluten et qu’on se met à ne pas aimer le blé alors qu’on a mangé du blé depuis le moyen âge, c’est que ce blé là est dangereux pour nous. Ce blog gluten est modifié et donc il y a une lutte, je pense à mener aussi par rapport aux terroirs, à valoriser une céréale comme la tomate de Marmande. Il doit y avoir un seigle de la Touraine, un orge de la vallée de l’Orge d’ailleurs, parce qu’il y a une vallée qui s’appelle l’orge, donc qui est la vallée de la fête de l’Huma. Dans leur poids, justement, elle, leur Hurepoix, c’est le nom du terroir et de l’orge et le nom de la vallée. Et donc il y a, il y a. Bref, il y a tout un potentiel aussi de lutte et de mobilisation. Et merci d’avoir rappelé ça parce que parfois il y a ce jeu. Si vous deviez obtenir une seule victoire politique dans votre vie, quelle serait-elle ? Pendant longtemps, je disais l’abolition de l’héritage. Et en fait, en ce moment, je suis en train de me demander si ce ne serait pas la brevetabilité du vivant, parce que c’est vraiment quelque chose, mais qu’on peut, je ne sais pas comment décrire le l’ignominie, Les potes de Provence.
C’est vrai qu’il y a pas mal de réactions sur la question des semences. Oui Kokopelli, il y a eu pas mal de débats autour, oui les semences qui sont reproductibles, etc. Il y a eu toute une avancée sur notamment l’obligation de le signaler sur les paquets de semences parce que ce sont des semences et fin des savoirs génétiquement modifiés. Ou si ce sont des semences paysannes, ça c’est déjà une. Est ce quelque chose qu’on peut voir ? Alors bon, on commence à arriver doucement, vers la fin de cette discussion. Mais il y a quand même quelque chose que tu as évoqué tout à l’heure et qui est peut être une de tes choses que tu apportes aussi dans cet ouvrage, c’est qu’on a énormément parlé de ruralité, mais toi ce que tu propose aussi, c’est d’investir le terroir par la, par l’urbanité, par l’urbanité. En fait, je ne sais pas si on peut l’urbanité. Alors quand on sait que justement l’investissement du terroir par des idéologies identitaires conservatrices notamment bâties en réaction à une société industrielle, etc. Ça ne va pas forcément de soi d’associer terroir et urbanité. Et toi, quand tu parles de ça, tu prends un spectre très large, tu vois. C’est à dire que tu peux, par partir des anciennes sociétés industrielles des anciens bassins miniers du Nord, les terrils, ça m’a parlé puisque je viens du Nord, donc je viens du Nord et voilà.Tu peux autant et à l’ombre des terrils.
J’ai vraiment grandi entre les deux. Ah oui, c’est un bassin minier incroyable.
Dans Germinal.
En Beauce par exemple, c’est quand j’ai lu ton terroir que tu as parlé des rives. J’ai senti une fierté. Je me dis ça, c’est marrant.
Ça, tu vois, ça mobilise quelque chose. Et parce que ça dit quelque chose d’original, de ta vie et de ce qui fait que t’es unique et que chacun d’entre nous l’est. Et ça, c’est superbe.
En tout cas, c’est intéressant parce que voilà, quand tu parles de l’urbanisme, tu tu prends vraiment ce côté là qui va du patrimoine des anciens, des anciens bâtiments industriels au sens spatial du terme jusqu’aux aux quartiers populaires des banlieues parisiennes par exemple. Voilà. Est ce que. Est ce que tu penses que c’est notamment investir le terroir de cette notion d’urbanisme peut pas aussi permettre d’avancer vers une écologie plus populaire ?
Oui, bien sûr. Alors j’adore ce sujet. Alors je dis je dirais que si pour moi la thèse du livre évidemment, c’est que le terroir est de gauche. Bon, ça on l’a compris. Et ou en tout cas qu’il y a un terroir de gauche et qu’il faut le défendre, l’habiter, se l’approprier. Mais j’ai une hypothèse sur laquelle je serais partant de travailler avec des personnes qui voudraient me rejoindre dans ce travail. Mon hypothèse, c’est qu’il pourrait exister des HP urbains puisque le terroir étant cette relation entre un espace, une communauté, une alimentation spécifique et des traditions. Je pose la question de peut on même si on ne produit pas directement dans la terre ? Quoique. Il y a l'émergence d’une agriculture urbaine en ce moment même, Même si on ne produit pas directement dans la terre, est ce qu’on n’aurait pas une autre forme de production qui n’est pas directement issue de bas de la terre qui ferait qu’on aurait des terroirs avec un lieu ? Je prends un exemple avec Médine.
Le rappeur, donc.
Le rappeur le Pays de Caux qui donne lieu à une communauté les Cauchois. Et dans ses chansons, Médine l'évoque souvent. Il dit notamment dans un passage Je ne mange pas de cochon, mais j’ai l’accent d’un vrai cauchois. Donc les cauchois made in se considèrent comme un cauchois, une production particulière. Au Havre, en l’occurrence, on a, on a le port et donc la puissance du port du Havre. Il parle de la culture de la bicrave. Alors maintenant c’est à peu près légal En tout cas c’est intéressant parce qu’il y reconnaît la puissance du port du Havre et ce qu’elle produit de singulier, et ensuite des traditions et les traditions politiques, notamment celle du rap de Seine Maritime. On sait bien que le rap en plus, a déjà toujours pratiqué un peu. Cet art a aussi l’AOP d’origine. Enfin, les deux AOP d’origine du rap, c’est neuf trois et un trois. Et donc le rap dit Saint-Denis est autour de NTM et le rap de Marseille autour de Diam’s. Et c’est la façon dont le rap s’est ancré dans des lieux en revendiquant le bout de tour le plus spécifique possible pour dire je viens de ce quartier et pas d’un autre d’ici la peste, on sait très bien d’où il vient à Evry. Kery James sait très bien d’où il vient à Orly. Et en fait, cet ancrage là dans des temps, des lieux qui certes ont fertiliser les terres et on bitume isé. En fait des espaces vivants peuvent aujourd’hui revivre avec une nouvelle forme de production des nouveaux arbres. Et je me pose la question est ce que la production culturelle aussi, de la même manière qu’en Camargue on a les tempêtes que j’ai évoquées ? Il y a une tradition, une procession avec des taureaux. On peut et il y a plein d’autres exemples. Ainsi, puisque j'évoque cela dans le livre, on pourrait avoir une nappe urbaine qui soit d’où je viens et une tradition particulière. Et même, je pense que dans Paris, il y a plusieurs terroirs au sein même de la capitale, sur une pratique particulière du lieu. Alors Louise-Michel l’avait très bien compris sur la façon de positionner les canons sur la butte Montmartre, parce que la topographie parisienne entraîne aussi des rapports de force.
Des luttes, des hauteurs. La question des terroirs militants.
Et de cas terroir militant avec la commune, que j'évoque aussi avec passion les différentes étapes de la commune.
Avec beaucoup de passion je pense.
Mon éditrice a enlevé la moitié de ce que j’ai écrit sur la révolution
En plus, on apprend sur la révolution et les différentes communes de Paris.
Et vous imaginez que vous pouvez doubler la quantité ? Au départ, on m’a dit c’est passionnant, mais vraiment, tu ne parles plus du terroir. Je suis parti en dans mon kif perso, donc sur la commune en l’occurrence et sur.
Je me permets juste de rebondir là-dessus. Quelqu’un qui demande ça servira à quoi une AOP pour les productions culturelles ? Est ce que ça ne serait pas vouloir un protectionnisme dans le domaine culturel ?
Non. Alors pour moi, ce ne serait pas protégé avec un cahier des charges, ce serait plutôt ce serait plutôt identifier. Quand vous êtes sur Spotify par exemple, et que vous regardez une musique, vous avez facilement toute une série d’informations sur votre chanson autour de l’artiste qui permet d’identifier la singularité de cette chanson. On apprend la dernière que j’ai écoutée par exemple. Et donc quand vous avez sur cette chanson, vous avez l’album, sa date de création, etc. On pourrait avoir le lieu d’où vient, où est ce qu’elle a été composée, pourquoi est ce qu’elle vient d’ici ? Et ça, ça permettrait simplement de reconnaître la construction d’un imaginaire. Et les rappeurs le font déjà et les auteurs aussi. Regardez pendant un an, Gaël Faye, qui vient de sortir son deuxième roman, est complètement ancré dans le passé.
Tout le monde n’est pas d’accord avec cette idée
Très bien parce que je proposais d’en débattre, donc c’est parfait parce que ce n’est que mon hypothèse et pas ma thèse. Donc débattons-en. Mais en tout cas, ça ne veut pas dire qu’il y aurait un cahier des charges avec l’INAO qui dirait oui, voilà bien des boîtes de production locales, ça me paraît être une bonne version. Exactement. Je suis d’accord avec l’idée de Gabriel. En fait, pour moi l’idée de Gabriel c’est ça, c’est qu’en fait on pourrait avoir une reconnaissance des productions locales avec une fierté affirmée qui rendrait par exemple pas possible pour produire un rap du neuf trois d'être produit par Universal. Et ça, je trouve ça hyper intéressant que de que de défendre cette hypothèse. Par contre, j’ai perdu ce que je disais avant en répondant aux normes.
Je ne sais plus non plus ce que j'étais en train de me remonter les questions. Il y avait un autre thème qu’il faudrait vraiment aborder avant la fin de cette émission dont je ne sais pas. Soit je vous laisse terminer votre conversation, soit je vous pose la question et la question c’est l'éléphant dans la pièce. Il a été évoqué, son nom est sorti à un moment donné, il y a une demi-heure, mais sans aller trop loin. C’est Ruffin. Comment inscrivez-vous les positions de François Ruffin dans votre ouvrage ? Question de Roland. Il y a à Caracas plus critique : va t on évoquer la stratégie un peu pourave de Ruffin ? Est ce que. Est ce que. Est ce que tu peux nous dire Samuel, puisque, on l’a dit tout à l’heure, tu étais à la primaire populaire, à la tête de la primaire populaire. Donc il y a aussi cette casquette de militant de l’unité..
Militant de l’unité ou intrigant de la politique. Qu’est ce que tu penses de Ruffin par rapport à ton propos ?
On peut parler des deux alors. Mais je pense que Ruffin a joué un rôle très important dans une mobilisation d’ancrage local. Je pense à des camarades de la circonscription où j’ai mené campagne pour le PS en 2022, que j'évoquais au sud de l’Ain, qui viennent des Dombes, qui sont des élus locaux, municipaux. Il y a quelques municipalités de gauche, j’en ai donc, mais pas beaucoup, qui m’ont demandé l’ouvrage et qui m’ont demandé aussi de venir en parler, en débattre, et qui me disaient à quel point il s'était senti fier de l'émergence de Picardie debout et que ça leur avait donné de faire envie de faire un donc debout. Et je trouve ça très intéressant. Je pense qu’il y a un potentiel d’appropriation et de mobilisation de l’imaginaire du terroir qui est très fort. Je pense que Ruffin n’a pas peur d’un certain ancrage.
Picardie debout, juste pour rappeler si c’est son nom.
C’est son parti politique local qui lie, qui lui a permis de rejoindre la France Insoumise, qui n’est pas un parti, on le rappelle, mais un mouvement qui est composé aussi de plusieurs partis dont le Parti de gauche et et qui lui a permis d’avoir des compagnons de route de Jean-Luc Mélenchon de 2016 à 2024. Du coup, désormais, puisque le compagnonnage est terminé et bien terminé, je trouve que la limite que Ruffin a et qui peut être est liée à la crise dans lequel ils se sont plongés mutuellement avec Jean-Luc Mélenchon récemment. La limite qu’il a, c’est qu’il prétend les tours et les bourgs. Il prétend la gauche et le peuple en entier, par moitié. Mais en réalité, moi, ce que je vois de la pratique de François Ruffin jusqu'à présent, c’est une concentration et c’est tout à fait légitime sur une partie du peuple de gauche qui est entre les classes rurales et péri urbaines populaires. Et aujourd’hui, il n’a pas eu cette rencontre et d’ailleurs il n’a pas été adopté par elle. Et eux, ils en témoignent très souvent des quartiers populaires. Son travail sur l’anti -racisme, sur la police, sur Nappa rouge, ben voilà, on le dit. En même temps avec Guillebaud, la tortue n’a pas fait mouche et n’a pas convaincu. Et donc il a ce charisme particulier de pouvoir s’adresser à une France rurale qui n’a pas peur aussi d’un certain à prendre avec des pincettes. Protectionnisme ou souverainisme qui d’après moi chez lui est vécu de manière assez saine, en tout cas plus saine qu’un Arnaud Montebourg par exemple, parce qu’il en. Il en comprend aussi les vertus et il sait surtout argumenter de sa fonction, notamment quand il a débattu avec Raphaël Glucksmann, où là je l’ai trouvé très convaincant sur les ouvriers roumains, par exemple. Pour autant, il oublie l’autre partie, comme le dit l’Auvergnat, à être loup et. Et en fait, je suis d’accord avec toi, il doit se mettre en mosaïque, il doit se mettre en créolité. Aujourd’hui, même si défend la synthèse, il ne la vit pas. Donc je trouve que cette crise entre la stratégie de la France Insoumise et celle de Picardie Debout est extrêmement néfaste à la gauche et à notre capacité à convaincre, à gagner et à unifier les classes populaires et qu’il faut absolument mettre cet épisode en sourdine, se remettre en ordre de bataille et à les convaincre, les électeurs de s’engager dans une mobilisation pour une vie meilleure. Et Ruffin avait jusqu'à présent un rôle central dans ce dispositif. Et j’ai peur qu’en opposant les stratégies alors qu’elles sont complémentaires, c’est la question de la relation, Ces stratégies de relationnel et ça nous mettent encore en très grande difficulté.
Je me permets d’insister quand même sur la première question de Roland : comment inscrivez-vous les positions de Ruffin dans votre ouvrage ? En fait, dans la question des terroirs, est ce que, par exemple.
Dans l’ouvrage Je fais, je rends une fois hommage à Picardie debout et au fait d’avoir mentionné un terroir local ? Je trouve ça très positif, bien qu’encore une fois, la Picardie soit en fait, il y a des terroirs picards, il y en a un certain nombre. Il y a dans la baie de Somme qui est sublime, où on y où il y a des phoques. D’ailleurs, on y cultive des moutons très particuliers, des moutons de bêtes parce que c’est des moutons qui sont en pâturage dans l’eau. C’est rare ça. Et donc ça fait aussi un lait singulier, une laine singulière. Et donc je trouve ça très bien qu’il le fasse. J’ai beaucoup d’affection pour lui et donc je fais référence à ça. Le livre a été terminé bien avant la crise évidemment actuelle. J’insiste pour moi sur le fait que la stratégie de François Ruffin n’est pas exhaustive. En fait, elle ne dit pas tout de ce que nous devons et pouvons faire. Elle est encore, je trouve, partiale et c’est Ok. En fait, il n’y a pas de problème. On a tous et toutes des stratégies partielles à gauche. D’où l’intérêt que nous mettons nous-mêmes en créolité entre nous, c’est-à-dire en mosaïque complémentaire.
. Lucile a rebondi sur le chat tout au fil de la conversation
On est dans la relation là, on est là.
. Ça fait pile 1 h et demie et il y a encore plein de choses que vous pourrez aborder. Il y avait un dernier point que je voulais aborder qui veut. Peut être est ce que tu as encore deux trois minutes ? J’ai dormi deux trois minutes parce que je trouvais que ça revenait. Et on revient à la question justement des aides, de l’urbanité, et que je trouve qu’il y avait pas mal de ponts à faire avec aussi.
Le seul truc que je veux dire sur la globalité.
Là, avec les concepts de guérilla, de mouvement, de guérilla, qui est donc le mouvement pour resituer est né à New York il me semble dans les années 70 et qui prône notamment par la désobéissance civile, de se réapproprier l’espace urbain dans des perspectives écologiques. Ça peut aller du simple fait de lancer des graines jusqu’au fait de monter des ADS. Mais voilà, tu cites Fatima et je pense aussi à Valérie de Simba qui toutes deux prônent beaucoup, même les jardins urbains, les choses comme ça, qui peuvent être un outil d'écologie populaire extrêmement fin, qui fait vraiment. Donc je trouvais ça intéressant de mettre ça en relation. Est ce que c’est.
Oui, ça m’intéresse beaucoup. Alors, je vais parler d'écologie populaire et notamment du quartier de la place des Fêtes où je suis ancrée par mon métier principal aujourd’hui, qui est de la directeur d’une coopérative de lieu écologique et solidaire dans le 19ᵉ, autour de la place des fêtes du quartier de La Musica. Je vais parler de ce terroir urbain particulier, pourquoi il m’intéresse et comment est ce que les villes pourraient aussi développer leur propre terroir ? Je rebondis juste d’abord sur la petite blague de mon quartier en arrivant Est ce que vous pourriez recommencer du début ? Ben non. Mais par contre, vous pouvez le faire en remettant à zéro. J’imagine la vidéo qui sera sur YouTube j’imagine. Et un mot sur un travail de Benoît Coquard. Alors ? Benoît Coquard, ceux qui restent et Nicolas Mathieu, nos enfants après eux, sont deux ouvrages qui m’ont bouleversé mais qui en fait, concernent la génération de ma mère. Beaucoup plus, je veux dire dans le temps, dans la question des transfuges de classe ou transfuges de terroir, puisque c’est ma mère qui a vécu cette ascension sociale en arrivant du fin fond de la Lorraine, comme Benoît Coquard et Nicolas Mathieu. Donc ça m’a touché particulièrement davantage en arrivant à Paris pour des études d’art. Un des rares exemples que je connaisse de méritocratie parce que repéré par sa prof d’arts plastiques qui lui a dit Passe les concours, elle a fait des Beaux-arts et des Arts déco, elle les a eus. Donc suis très fière de ma maman. Moi je l’ai dédicace à la maman mais je n’ai pas vécu du tout cette expérience là. Moi je n’ai pas de. Je suis né et j’ai grandi à Paris. Il faut, il faut le dire aussi pour une parole située. J’ai eu la chance de vivre et de lutter dans beaucoup de terroirs différents dans ma vie, que j'évoque tout au long de l’ouvrage. Mais ce n’est pas là d’où je viens. Mon terroir, moi, c’est le 15ᵉ Sud dans un logement social parisien. Donc Benoît Coquard, pour moi, est un travail de quelqu’un de concerné qui est beaucoup plus légitime que moi pour parler de ça, c’est-à dire de ce transfuge de géo classe. Si je prends le terme de Cagé, Piketty où il a quitté la Lorraine et la question du retour où est la fête de l’Huma sur le stand, c’est le sujet. On m’a le plus interrogé et j’ai trouvé ça passionnant parce que je ne sais pas répondre à cette question. Déjà parce que je ne suis pas concerné et aussi parce que j’aimerais bien avoir la conversation avec d’autres. J’ai vécu. Je suis né dans les Ardennes. Je ne parle pas pour moi, je parle pour les gens de la Fête de l’Huma, là. Dois je revenir dans un territoire qui est en haut de la diagonale du vide et qui est complètement abandonné et qui me fait peur ? Me dit il, parce que c’est un territoire homophobe, Que je suis une personne queer, parce que c’est un territoire conservateur, que je suis une femme et donc la question pour moi est très profonde et c’est en fait une autre question encore que celle à laquelle j’ai essayé de répondre sur les territoires urbains du 19ᵉ arrondissement, là où la terre influence toute notre vie sociale, le 19ᵉ est sur une butte qui est la butte des Lilas qui va jusqu’au fin fond du 93, Pantin, etc. On voit très bien si vous avez une carte en relief de Paris, même sur Google Maps, vous verrez cette butte qui construit les Buttes Chaumont. Mais les Buttes Chaumont est juste là. Le versant occidental de cette grande butte des Lilas qui va en banlieue. C’est le but. Si vous faites du vélo, déjà le vélo à proximité du terrain parce que vous sentez la terre, contrairement à la voiture et à la stimulation thermique, ils vont glisser mal aux cuisses. Si vous montez le si et si vous arrivez par le versant sud du 19ᵉ, vous allez monter de même que par le versant nord, puisque la pente de cette butte, elle descend du côté de la place des Fêtes avec les anciens faubourgs populaires de Belleville et Ménilmontant, et elle descend de l’autre côté, côté canal de l’Ourcq, avec le quartier de la Musette. Naturellement, quand vous sortez de chez vous, c’est quand même un truc d’urbanisme assez banal. Que ce soit pour prendre un vélo, pour vous balader, vous descendez donc, selon que vous habitez sur la ligne nord ou sud de la ligne de crête du 19ᵉ, vous allez être attiré par des quartiers complètement différents, même si vous habitez à dix mètres. Or, à dix mètres avec la rue de Bellevue qui sépare cette butte, vous avez d’un côté le quartier de la Musette avec des maisons qui valent 1,5 million pièces, anciennes maisons ouvrières d’une cité construite dans la troisième REP, avec des rues très normées liberté, égalité, fraternité, solidarité et tous les prises dans la troisième comme ça, ce quartier là, il est extrêmement riche. C’est un quartier bourgeois avec des cafés bobos. Et donc si vous descendez sans aller contre la topographie dans ce terroir de la musique, là vous atterrissez sur des bars branchés cher autour des Buttes Chaumont de type Rosa Bonheur. A l’inverse, si vous êtes sur la ligne sud de cette ligne de crête, vous êtes du côté d’un des plus grands quartiers populaires de Paris, la Cité de la place des faits, qui est donc une série de tours. Et si vous suivez la topographie de ce quartier, vous arrivez dans le quartier de Belleville, où la restauration est d’abord des kébabs, des pizzerias, de la restauration rapide et PMU, quelques restaurants de producteurs, mais qui émergent à peine ces dernières années et une sociologie qui n’a plus rien à voir. Et donc, vous avez deux terroirs le terroir de Belleville et le terroir de Musila qui se rencontrent sur la place des Fêtes qui ne relation pas parce que nous sommes influencés par cette terre même dans Paris. Et donc la question que je pose, c’est est ce qu’on peut avoir déjà des terroirs de lutte différents, c’est à dire un terroir spécifique à la musique et un amour pour la place des fêtes et surtout les mettre en relation puisque aujourd’hui ils se touchent, ils se voient, ils se sentent. En plus, les tours de la place des fêtes sont tellement grande que vous vous plongez sur le quartier de la Musila qui est une sorte de campagne à Paris avec des maisons somptueuses et des petits jardins privatifs. Eh bien, pour moi, c’est un cas d'école pour inventer des terroirs urbains qui soient des terroirs de lutte.
Écoute, merci beaucoup, On a déjà un tout petit peu dépassé le temps,
Alors oui,. Il faut que je fasse une photo
Je propose que maintenant on arrête de proposer du café
. C’est aussi c’est aussi un produit du terroir
Par exemple, tu n’es pas assis sur une chaise, tu es assis sur une quelle ? En patois du Nord.
Merci en tout cas pour vos commentaires enthousiasmants. Les retours critiques aussi, les questions.Vous avez apporté plein de choses. Merci à toi Samuel et je vais remonter une dernière fois cet ouvrage Les terroirs et la gauche qui sort aujourd’hui aux éditions du Faubourg. N’hésitez pas si vous voulez creuser ce sujet. On a abordé certaines choses, mais il y a encore plein d’autres choses que vous pourrez découvrir, plein d’exemples, des exemples de luttes, des exemples. Alors il ne faut pas avoir un petit creux quand vous lisez ça parce que vous avez faim encore une fois, j’imagine.
On éduque, c’est clair. Soirée de lancement à la Gaîté Lyrique ce soir à 19 h à Paris. Bien sûr, pour les Parisiens, les Parisiens, les terroirs urbains. Oui, c’est vrai. Et puis et puis on est français. Ça commence une tournée française qui commence, voilà. Et j’ai déjà 20 déplacements prévus dans différentes villes, donc j’ai hâte de venir chez vous manger du Beaufort.
Super ! Et bien merci beaucoup !
Est ce que tu peux dire les villes ou pas ? Tu les as en tête ?
Je sais, oui.
Est ce qu’on peut les retrouver.
À Saint-Dié sur le site des éditions du Faubourg ou sur mon Instagram perso ? Ça me dit merci. On va les annoncer progressivement. Je sais qu’il y a La Rochelle, Saint-Dié-des-Vosges, Lille qui est déjà prévue, puis Avignon. Voilà. Mais ça va venir, on va mettre tout ça.
Super Euryale qui met « Une goutte de jus » sur YouTube, c’est incroyable !
Voilà, j’envoie, j’envoie les crédits. Merci beaucoup ! Je fais la photo Samuel, ça prend une seconde et après on te libère. Merci.
