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La matinale ! Le 93, revue de presse antifa, météo des luttes, échos écoterroristes

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Un ton plus neutre pour les nouvelles, ce n’est pas la peine de trop la péter. Voilà, bonjour à vous tous, je ne vous ai pas salués, mais Sans, bon jour, Supamurgeman, bonjour Souad, bonjour, Olaven bonjour, Sentierbattant,salut.
David Dufresne
Eh ben oui, qu’est-ce que tu crois mon petit bonhomme, nous on est là tous les lundis à 7h, c’est France Déter, comment allez-vous dans le chat, comment aller-vous ? Bonjour de la Réunion, bonjour… Je crois qu’il y a eu un drame à la Réunion cette nuit, me semble-t-il. Je ne sais plus lequel, mais il me semble que je vois que l’on parle de clichés sous bois dans le tchat, que ça vous a marqué du fer rouge, et moi donc. Moi à l'époque, je vivais à Saint-Denis, et donc je voyais l'école de mes enfants défoncés, et j’allais travailler d’autre côté du périphérique, à Itélé à l'époque, chez des gens qui ne comprenaient rien. Ça a été le début du grand écart pour moi avec le monde journalistique Météo, vous voulez la météo, la voici. Il va donc faire, je ne vais pas, je vais pas paraphraser. Vous voyez la carte, là je vais mettre plutôt cet après midi. Cet après midis, il fera donc, il fera donc à Montélimar, 14 degrés avec un petit peu de nuages. A Aurillac, chez Sentierbattant, il y aura une petite pluie faible. Elle fera 10 degrés.
David Dufresne
Alors, excusez-moi, je suis en train de chercher. Je l’ai ma carte, mais je n’arrive pas à l’ouvrir. Est-ce que ? Et voilà, c’est fait, faf, fa, fa. Voici la météo des luttes que je vous ai préparées avec délectation tout le week-end. Je vous rappelle que si vous voulez faire connaître des événements politiques autour de vous, des manifestations politiques, culturelles, mais qui valent le coup pour qu’on se tienne au chaud. Qu’on se retrouve, qu' on discute, eh bien n’hésitez pas à venir sur notre Discord pour nous annoncer, il y a un petit salon spécialement là-dessus sur les événements à venir. Alors, dans le désordre, dans les désordres, on va aller du nord au sud pour changer, nous allons commencer par l'île, alors le 4 novembre à Villeneuve d’Ascq pardon, et non pas Lille Cinéma Le Méliès, projection de l’Évangile de la Révolution, documentaire sur les chrétiens d’Amérique latine engagés dans les luttes sociales via ce qu’on a appelé la théologie des libérations. Présence du réalisateur François-Xavier Drouet, organisé par les Amis du Monde diplomatique. C’est donc le 4 novembre à 20 heures au Méliès. Ah bah, je n’ai pas de musique sur cette scène. Tiens, c’est marrant, ça. Pourquoi il n’y a pas de musiques, là ? Bon, ce n’est pas grave. je descends en région parisienne. Alors, à Saint-Denis, le 2 novembre, c’est donc dimanche.
David Dufresne
Et oui, c’est l’heure de la revue, de la presse, de radiopolice et du bon café. La préfecture de police a ouvert une enquête selon France Info, une enquête administrative, et l’IGPN, la police des polices, a été saisie. Le syndicat policier, eux, garde le silence, signe d’un réflexe corporatiste récurrent quand la responsabilité d’agent est mise en cause.
Audio
Bon, alors on a fait ce qu’on a pu, visiblement la police de projection que j’ai proposé, là ça vaut pas un clou, ça fait monter les tensions dans le pays, ça aide pas à lutter contre la délinquance, alors c’est sûr que électoralement ça fait voter à droite.
David Dufresne
L’affaire Maxime Beux, le policier éborgner, se pourvoit en cassation. C’est un article publié, et bien oui, tout arrive, on cite BFM, publié sur le site BFM News, pas plus tard que le 21 octobre dernier. Supporter Corse éborgné, le policier se pourvoit en cassation après deux condamnations aux Assises. Le policier Christophe Mercier, condamné à deux reprises, avec sursis pour avoir abordé le supporter Corse, Maxime Beu, à Reims en 2016, a annoncé un pourvoi en cassation. Malgré deux condamnations successives, il reste en liberté. Maxime Beux, aujourd’hui âgé de 32 ans, vit avec une prothèse oculaire. L’affaire illustre l’extrême lenteur de la justice et la résistance de la hiérarchie à toute sanction réelle. Je crois que j’ai fait le tour Non, non, non ! Ce n’est pas fini attendez, j’en ai un autre.
David Dufresne
Voilà un extrait du film Au Poste, et je vous jure sur la tête de mes enfants que j’ignorais qu’il y avait un film qui s’appelait Au Poste quand on a lancé il y a quatre ans Auposte c’est un film de Quentin Dupieux qui est marrant, avec un Poulvard en flic et buveur de café.
David Dufresne
Alors chers amis je suis un tout petit peu en avance, l'équipe est partagée, moi je voulais vous montrer la nouvelle maquette en cours d'écriture, la nouvelle maquette du site poste. Eurial c’est toi qui décide, je montre ou je montre pas, Euryale c’est toi qui décide je montre où je montre par, je te laisse réfléchir une petite seconde, Je montre ou je montre pas ?
Je suis désolée, est-ce qu’on pourra couper cette partie, j’ai vraiment pas compris cette question. Désolée. Alors on peut pas couper parce que c’est pas possible.
David Dufresne
Alors Euryale a dit non. Eh ben écoutez, sachez que nous travaillons comme des dingos, notamment Alexis au graphisme, Hans au développement, avec toujours en arrière-fond Robin et Olivier qui sont toujours là depuis 4 ans à resserrer tous les boulons d’au poste, sur un nouveau site. Un nouveau site de poste qui va prendre la mesure de ce que vous nous avez demandé puisque vous avez été des centaines, mais vraiment des centaines. À nous écrire en nous disant est-ce que vous aviez envie qu’on modifie, qu' on change pour le site ? On change de site en partie pour avoir un meilleur référencement, pour que le site soit plus rapide, pour utiliser une technologie maison, pour automatiser un certain nombre de choses qu’on a pu… Par exemple, quand nous créons les convocations, les rendez-vous des émissions à venir, que ça bascule automatiquement en articles. Une fois que la convocation a eu lieu, que l'émission est passée. Voilà ce genre de choses. On va aussi permettre aux donateurs et aux abonnés, parce qu’on va revenir à un système d’abonnement. Je vous en parlerai, je vous en parlerai en temps voulu en temps voulu. On va, on va vous permettre d’avoir des petites choses en plus. Ça ne veut pas dire que les autres en ont moins, mais vous, vous aurez en plus ces mystérieuses que je vous raconte. Vous comprendrez, donc voilà, mais Euryale dit non, il n’est pas question de montrer la maquette, voilà, elle dit pas ça, elle dit juste non, oui c'était un extrait, absolument de garde à vue. Je vous propose que nous fassions un petit tour au cinéma. Tiens, à propos du cinéma…
David Dufresne
Et pour vous annoncer, la sortie de ce film, la disparition de Joseph Mengele. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Joseph Mengele, le médecin nazi du camp d’Auschwitz, parvient à s’enfuir en Amérique du Sud pour refaire sa vie dans la clandestinité de Buenos Aires au Paraguay en passant par le Brésil. Celui qu’on a baptisé l’ange de la mort va organiser sa méthodique disparition pour échapper à toute forme de procès. Film et sur vos écrans. Il s’intitule La disparition de Joseph Mengele. Je vous propose de regarder la bande-annonce.
David Dufresne
Voilà, c’est sorti mercredi dernier. Je ne sais pas si certains d’entre vous sont allés voir le film. Question de départ perdu dans le chat de sur YouTube. Oui, c' est tiré, tiré absolument du roman d’Olivier Gueze, La disparition de Joseph Mengele, qui a reçu le prix Renaudot en 2017. Est ce que certains d' entre vous sont allés voir le film ? Qu’est ce qu’il vaut ? Dites nous, dites nous, dites nous. Est ce que vous êtes allé voir d’autres films ? Non, ce n’est pas une fiction, c’est une adaptation. Alors oui, on parle de romans, La Frontière est très floue, mais en réalité c'était un roman documenté, très très documenté. Donc on pourrait parler de biopic si tu veux, c' st à dire que, non, c’est tiré de faits réels. Honnêtement, ça ne m’inspire pas.
Audio
Mademoiselle, êtes-vous sûr de nous dire absolument toute la vérité ? Pas exactement. Il n’y a plus une goutte de café dans cet avion.
David Dufresne
. Je vais vous donner, je vais vous donner maintenant les convocations de la semaine. Allez, voilà, les convocations de la semaine.
Antoine Tricot
Oui, c’est moi.
David Dufresne
Alors comment ça se fait que tu galères comme ça ?
Antoine Tricot
Moi j’ai un super dispositif, je suis habitué au Vizio, il n’y a aucun problème, à la radio aussi j’avais un bon micro mais je ne sais pas pourquoi mon micro ne passe pas chez vous.
David Dufresne
Oui, je ne sais pas. Est-ce que vous entendez, est-ce que vous entendez Antoine, les amis ? Est- ce que vous vous entendez, Antoine ? Je vais mettre ton numéro qui s’affiche. Vas-y, Antoine, est-ce que tu peux parler ?
Antoine Tricot
Est-ce que vous m’entendez ? Si vous voulez, je peux me reconnecter avec la caméra, comme ça.
David Dufresne
Voilà, c'était ce que proposait le tchat. Allez-y, racontez-nous non pas votre vie, mais votre bouquin le temps que je fasse des essais.
Antoine Tricot
Alors j'étais sûr que ça allait m’arriver et que du coup j’allais me raconter mon bouquin tout seul. Bonjour au tchat, merci pour l’invitation David. Moi en tout cas ce livre, il part effectivement de plusieurs constatations, on va dire parallèles, en particulier le fait que moi je viens du Cantal, que petit dédicace à Sentierbattant qui représente Aurillac tous les lundis matins ici, et je me suis retrouvé à travailler sur les quartiers populaires en 2015 en tant que journaliste, en tant que jeune journaliste, et justement, en me disant, je ne peux pas être ce jeune journalisme blanc qu’on envoie dans les quartiers populaires et qui connaît rien, alors que c'était exactement ma situation. Du coup, j’ai commencé à bosser sur Dunkerque, pas du tout sur le 9-3, en disant comment je peux être un journaliste différent, comment je peux faire un journalisme différent dans les quartiers populaires.
David Dufresne
Bravo, bravo Antoine. Alors le premier truc que vous voyez, c’est des grues.
Antoine Tricot
Pour dire, moi je me suis installé en 2015 à Saint-Denis au moment où justement je commençais à travailler un peu par hasard sur les quartiers populaires de Dunkerque. Et c’est vrai que depuis ces dix ans, j’observe le territoire changé énormément autour de chez moi à Saint Denis, dans le centre de Saint- Denis et en habitant en plus un petit peu haut dans un immeuble de Saint Denis ce qui dans ces années là a quand même été lourdement modifié et par le deuxième, on voit le paysage tout autour et par le deuxième plan de rénovation urbaine et par les Jeux Olympiques 2024. Voyant le Stade de France de ma fenêtre, j’ai vu effectivement les grues attaquer le paysage tout autour du Stade, les tours plurielles.
David Dufresne
Mais tout de même dans vos balades quasi-socratiques puisque vous promenez dans différentes communes de Seine-Saint-Denis, il y a constamment cette tension entre le désir que les choses aillent mieux et que ça passe en partie par les rénovations et la crainte que les rénovations amènent d’autres populations, amènent d’autre exclusions. Amène d’autres problèmes et on voit bien que c’est une question qui revient régulièrement dans vos balades. Même si vos balades sont thématiques, certaines sont sur l'éducation, d’autres sur la santé, d’autres sur les jeunes, d’autres sur la religion, il y a constamment cette question des grues qui reviennent. Qu’est ce qu’on doit en penser ? Qu’est ce que les gens qui n’habitent pas le 9-3 doivent savoir, selon vous ? De cette tension qu’il y a entre eux, en gros ce que la droite va dire, on les aide trop, on les rénovent, on met des milliards, on met les milliards pour ces gens-là, et ces gens-là qui disent, non vous changez les…
Antoine Tricot
Effectivement, toute la question de l’histoire de la politique de la ville.
David Dufresne
Les bâtiments mais vous ne changez pas nos vies.
Antoine Tricot
De la politique de la ville effectivement on a une droite qui n’arrête pas de dire qu’on injecte via la politique de la Ville cette politique spécifique pour les quartiers populaires qui a été créée au fur et à mesure des 70 80 des milliards d’euros pour améliorer ce qui se passe dans les quartier populaire et donc on n’est pas du tout cet argent pour d’autres territoires. Du pays, mais en vérité, ces sous sont là pour rattraper un manque d’investissement chronique depuis des décennies dans ces espaces populaires. Et du coup, on est encore bien loin, ne serait-ce que via la politique de la ville, de remettre à l'équilibre quoi que ce soit, et notamment un investissement dans les séries publiques en dehors de la police, bien sûr, qui est dégradé depuis des décennies. Moi, ce qui est intéressant, c’est que, effectivement, je parle à partir du Cantal, et du coup, je fais souvent la comparaison entre Aurillac, ville de 26 000 habitants, chef-lieu de département, d’un département il y a 160 000 habitants à peu près.
David Dufresne
Alors Antoine, précisément, page 55, c’est le chapitre 2, la 2e balle. Pourquoi vous rigolez ? Non mais attendez, c’est pas parce qu’on n’arrive pas à avoir le bon son.
Antoine Tricot
On n’arrive pas à avoir le bon son.
David Dufresne
Bien sûr, c’est une maison sérieuse ici. Terre de gros ensembles, Bobigny, cité de l’abreuvoir. C’est l’une des balades qui m’a le plus intéressé, puisque là, vous revenez sur un modèle architectural qui, a priori, cassait les autres. On va le dire vite. Le système en Seine-Saint-Denis était qu’il fallait construire vite. On construisait en ligne. Parce que les grues, dont on parlait tout à l’heure, pouvaient avancer très vite et construire des ensembles. À cet endroit-là, il va y avoir un architecte qui va essayer de faire autre chose, et néanmoins, les problèmes vont quand même exister. Est-ce que vous pouvez…
Antoine Tricot
C'était de l' Abreuvoir qui est située un petit peu à l’est de Bobigny.
David Dufresne
On Parlait la cité de l’abreuvoir.
Antoine Tricot
De Bobigny, donc plutôt dans le centre du département et en fait une cité qui est construite par Emile Ayo, donc un architecte, qui se dit à un moment où il faut construire vite, comme vous l’avez dit David, avec un schéma industriel de chemin de grue pour aller faire le maximum de logements, pour le minimum d’argent et pour aller le plus vite possible, lui il se dit en fait ça n’empêche pas de réfléchir ce que va être la vie quotidienne des personnes dans ces endroits là et du coup on va essayer de casser la monotonie de ces espaces en créant ce qu’ils appellent des espaces paysagers où en fait de chaque fenêtre de la cité on va avoir une vue différente avec de nombreux arbres avec un maillage paysager piéton au milieu de la construction et puis tout un une barre d’immeuble qui va être en ondulation, comme un ruban un petit peu, et pas du tout des, comme on pourrait le croire, ces immeubles blancs, côte à côte, serrés les uns à côté des autres, sans aucun charme. En fait, la cité de la Brevoire est très belle aujourd’hui encore.
David Dufresne
On peut voir un petit peu sur la couverture du livre, les deux tours rondes, vertes, où il y a le drapeau égalité, tendu dessus, qui sont les tours du cerveau. En fait ça montre qu’il y a eu aussi des volontés de faire des grands ensembles qui avaient un vrai charme. Après, ça n’empêche pas que dans ces grands ensembles, il y a des appartements d’une grande qualité. Les gens tout de suite sont passés de lieux en plus qui étaient souvent dans des états déplorables puisque la France a très peu construit de logements dans l’entre-deux-guerres, etc. À des espaces qui là avaient de l’eau courante, etc… Mais certains avaient aussi des malfaçons, ce n’est pas le cas de tous, mais certains aussi n’avaient aucun équipement quand les gens sont arrivés. Du coup, ça a commencé assez vite au moment où les gens se sont installés dans les grands ensembles, à grincer les dents par le fait qu’il y avait une très mauvaise réputation de ces ensembles qui est quasiment consubstantielle à la construction des grands ensembles. Ça, c’est pour dire effectivement comment sont arrivées ces grands enseignes liés avec le baby boom, liés à un moment de grande trente glorieuse, comme on les appelle encore, et une industrialisation encore assez forte et ensuite ce qui est sûr c’est que l’histoire de la Seine-Saint-Denis est liée au choc de la désindustrialisation de l’année 70-80 qui va totalement modifier les gens qui habitent dans ces quartiers. Foix jaune vous demande, n’y avait-il pas beaucoup de bidonville avant la création de ces grands ensembles ?
Antoine Tricot
Oui, tout à fait. Il y avait notamment des bidonvilles, on y revient dessus dans le chapitre juste suivant, qui est à Saint-Denis cette fois. Il y a des bidonvilles qui étaient un peu partout dans le département. On peut parler de celui des framboisiers, par exemple, à Saint Denis. Et il a fallu résorber, parce qu’on s’est dit dans les fin des années 60, début des années 70, c'était plus acceptable que la France et les bidonvilles. Et donc, on a effectivement fait entrer, enfin, baisser en fait les critères d’accès aux logements sociaux pour enfin faire arriver les gens qui étaient le plus en nécessité, qui avaient le plus de nécessité d’avoir un logement de ce type. Et en vérité, ce qui est assez intéressant, c’est que ça arrive au moment des années 70 où il y a toute une conjonction de politiques ou d'événements qui créent cette modification d’habitats dans les quartiers populaires. Mais il n’y avait pas seulement les pitons-villes, on parle souvent à eux, il faudrait penser aussi aux cités de transit qui sont pour moi vraiment l’héritage de la pensée coloniale à ce moment-là, où pendant quelques temps on a construit des cités très mauvaises qualités pour mettre dedans la plupart des personnes immigrées, notamment des anciennes colonies, parce qu’on pensait qu’ils n’avaient pas les compétences, les qualités pour vivre dans les grandes ensembles et qu’il fallait des cités de transit pour les habituer à ville dans ces lieux-là. Et du coup, c'était une politique qui avait déjà été mise en place et testée dans les années 50 dans l’Algérie coloniale.
David Dufresne
Antoine, page 101, vous retournez à Clichy-sous-Bois, au quartier du Bas-Clichy, pour évoquer les brutalités policières. Il y a ce moment assez doux où Fabien Jobard, bien connu de nos services sociologues de la police, arrive avec son petit vélo de Saint-Ouen, où il vit, et vous racontez tout ça, puisque ce sont des balades, et donc c’est une vision à taille humaine que vous nous déployiez, page après page. Et puis, de temps en temps, il y a quand même quelques chiffres froids venus, par exemple, de l’Insee. À Clichy-sous-Bois, en 2021, 28 % de la population avait moins de 14 ans contre 22 % en Seine-Saint-Denis et 17,6 % en France. Dans cette ville, quasiment un habitant, une habitante sur trois est un enfant, ce qui était déjà le cas en 2005. Un habitant et une habitante sur deux a moins de 23 ans.
Antoine Tricot
Effectivement, c’est le parfait exemple de ce que vous parliez tout à l’heure en disant qu’on a rénové énormément de clichés, vraiment le paysage a été totalement modifié, les plus grands chantiers de rénovation urbaine et aussi de modifications des copropriétés délabrées qui est en cours, mais ça n’a pas résolu un certain nombre de problèmes, même si le tram est arrivé, on est un peu plus proche de Paris aujourd’hui, il y a toujours un sentiment de relégation dans cette ville-là et surtout quand on regarde la question des violences policières, elle est, on va pas dire intacte, mais les émeutes en 2023 à la suite ou les révoltes plutôt à la suite de la mort de Nahel Merzouk à Nanterre ont montré qu’encore aujourd’hui, la colère gronde en fait et cette sensation d’injustice très forte qu’il peut y avoir quand on habite en quartier populaire, quand on habitent en Seine-Saint-Denis au sens large et encore présente.
David Dufresne
J’aimerais, Antoine, terminer cette petite conversation avec la page 299. J’ai deux passages, je ne vais en prendre qu’un seul, qui sont des passages plus personnels. Vous écrivez, « En rentrant chez moi, je suis passé devant la boutique d’une épicerie autogérée associative bio. » C’est la question de la gentrification. « Un beau projet auquel j’ai essayé d’adhérer. » « Arrivé devant la vitrine la première fois, j’ai là aussi marqué un temps d’arrêt. Devant la porte, un écriteau annonçait quelque chose comme « autorisée seulement aux membres ». Les membres de l’association à l’intérieur étaient les personnes qui passaient devant étaient toutes noires. Un hasard lié au moment où je m’y suis pointé, peut-être, mais j’ai tourné les talons et je suis allé faire mes courses à la supérette. C’est la question de votre position en tant qu’habitant de Seine-Saint-Denis, de journaliste indépendant, qui essaie avec pointe de mélancolie, ce n’est pas fait pour me déplaire, de raconter tout ça. Mais la question est, qu’est-ce que l’on fait de la gentrification ? Qu’est ce que l' on fait de ça ? Est-ce qu’on ne participe pas à notre tour à continuer le fossé entre une partie de cette population délaissée depuis le chômage de masse, on peut le dire à peu près comme ça, où on a laissé tomber toute cette population qu' on avait fait venir ? Qu' est-ce-qu’on fait de ça ?
Antoine Tricot
La réflexion que je mène dans ce livre, c’est aussi à quel moment on appartient à un territoire ou à quel moment on décide que l’on est de quelque part. Et la question à Sainte-Saint-Denis où tout le monde vient d’ailleurs, parce que comme le dit Emmanuel Bélanger, qui est historien dans le premier chapitre, tous les ouvriers viennent de pays. Et du coup, est-ce que moi, Antoine Tricot, venant du Cantal, je peux me dire c’est quoi nos Dionysiens ? Est-ce-que je peux dire que j’habite à Saint-Denis comme quelqu’un qui a toute la légitimité de dire que le 93 est chez lui ? En fait, c’est une réflexion ouverte, d’autant plus que oui, moi je participe à la gentrification, je suis blanc, je suis de classe moyenne, etc. Donc ça, c’est une question que je me pose en tant que journaliste, aussi au quotidien, dans les sujets que je choisis. Ensuite, je pense que… Alors, je répondis rapidement sur la question de la mélancolie. Effectivement, je pense qu’il y a une mélancolie qui est liée à la contemplation d’un paysage qui change.
David Dufresne
Antoine, à propos de combat, vous êtes sur la route, alors est-ce que les dates sont bonnes ? Ce sont les dates qui sont sur le site de Le Seuil, votre éditeur. Il annonce le 6 novembre la librairie Le Monte-en-L’air.
Antoine Tricot
Effectivement, vous l’avez déjà relaté la semaine dernière, j’en suis très heureux, mais la date a changé. Ça sera le 25 novembre au monte en l’air et je ne serai pas tout seul, je serai avec Ager Ben Boubaker qui a signé le très beau livre Barbès Blues sur une histoire de l’immigration maghrébine à Paris. Et donc on parlera ensemble de nos travaux à la radio, France Culture et Compagnie et nos livres respectifs.
David Dufresne
Le 7 novembre, néanmoins, vous serez à la librairie Envie de lire à Ivry-sur-Seine, et le 27 novembre…
Antoine Tricot
Tout seul aussi, avec Nora Hamadi, qui parlera aussi de son livre.
David Dufresne
Alors attendez, Nora Hamadi, c’est celle qui en ce moment même sur France Inter, nous fait concurrence en faisant la revue de presse, alors qu’ici c' est France Déter Bien joué, bien joué mon vieux, alors là bravo ! Et Antoine, vous serez enfin à la librairie de Beau-Lendemain, quelle belle dénomination à Bagnolet. ce sera le 27 novembre à 19h, c' est bien ça ?
Antoine Tricot
Tout à fait, ouais, c’est ça.
David Dufresne
Merci beaucoup d’avoir eu la patience de vous connecter de mille malfaçons. C'était un plaisir de vous lire et de converser avec vous. Bonne chance pour la sortie. Est-ce que vous avez beaucoup d' interviews en ce 27 octobre, les 20 ans de Clichy sous bois ou pas ?
Antoine Tricot
Ah non, moi je me suis réservé absolument que pour au poste et la matinale Déter.
David Dufresne
Génial, génial.
Antoine Tricot
Je la suis en décalage, moi je suis un. fan du Replay.
David Dufresne
Que vous suivez, si j’ai bien compris.
Antoine Tricot
Fan du replay.
David Dufresne
Super, à bientôt, merci, merci beaucoup Antoine, à très bientôt. Hop, hop, hop et voilà, c'était donc une interview au débotté. Antoine Tricot, 9-3, une histoire plurielle de la Seine-Saint-Denis. Et il est temps maintenant, quelle heure est-il ? Echo-écoterroriste, Radio Londres, qu’est-ce que je fais ? Allez, je vais faire vite fait les écoterroristes.
Audio
Et vous savez ce qui va se passer et bien nous allons bientôt manquer de l’eau et c’est pourquoi je bois devant vous un verre d’eau précieuse puisque avant la fin du siècle si nous continuons un tel débordement elle manquera à lundi je vous dis au revoir et j’espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d’avenir merci mes amis
David Dufresne
René Dumont, 1974, écho-écoterroriste, les terroristes de l'écologie ne sont pas ceux que l’on croit, c’est notre rubrique de fin d'émission et ensuite il y aura la revue de presse Antifa, restez avec nous. Total Énergie, condamnée pour greenwashing, la RSE sur le banc des accusés. Le 23 octobre, la justice française a reconnu Total Énergie, coupable de pratiques commerciales trompeuses. Suite à une plainte de plusieurs ONG environnementales, les juges ont estimé que les promesses de neutralité carbone du groupe depuis 2021 relevaient de la publicité mensongère. C’est-à-dire dans Green&Ver, un article publié le 24 octobre, et faute d’objectifs vérifiables. L’amende reste modeste, 39 000 euros, mais la décision crée un précédent. Révélation sur Total Energy, cette fois-ci c’est dans Reporté, le même jour, ont manipulé des produits toxiques comme si c'était de l’eau. Sur un site de Total Energy des fuites à gogo, ça se passe en Italie, c' est une enquête publiée par Reporter qui révèle les conditions de travail à Tempa Rossa, site pétrolier de Total Énergie en Italie, fuite multiple, exposition chronique des salariés, mensonge hiérarchique. Un récit accablant qui contredit la communication verte du groupe.
Radio
Paris est allemand, Radio Paris, Radio Paris est allemand. Radio Paris. Radio Paris et allemand. Voici le sixième bulletin d’information de la BBC. Veuillez tout d’abord écouter quelques messages personnels. La fortune vient en dormant. Heureux qui, comme Ulysse, a fait un long voyage. De Marie Thérèse à Marie Louise…
David Dufresne
Les aupostiens parlent aux aupostiennes, c’est la revue de presse Antifa, semaine chargée pour les droits durs et leur satellite Le Pen multiplie les manœuvres juridiques pour préserver son avenir politique. Le RN renforce ses connexions idéologiques avec Moscou. Les cathos ultra se réorganisent sous couvert de syndicats et à Perpignan, la dérive autoritaire municipale franchit un cap. Pendant ce temps, la galaxie Bolloré verrouille encore davantage le champ médiatique. Je vous, je vais très vite parce qu’il est bientôt 9h. Marine Le Pen mène une stratégie judiciaire pour sauver sa candidature. C’est à lire sur le site Les Surligneurs, un article du 24 octobre. Ses recours sont juridiquement fragiles, mais politiquement féconds. Il nourrissent la rhétorique du système contre le peuple et lui permettent d’occuper les soins médiatiques en s’opposant en victime d’une justice politique.
Voilà, chers amis, il est 9h, c’est l’heure de se quitter. J’avais préparé d’autres choses, mais ça fait partie des bonheurs de la matinale. C’est de vous préparer plein de choses, de vous concocter plein de choses. Puis à la fin, voilà, on déborde, on déborde.

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