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« La Meute », ne Mélenchon pas tout

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis de la police, amis de Mélenchon, camarades anarchistes, adversaires politiques de LFI, vous êtes tous les bienvenus, enfin tous, non, faut pas abuser, mais enfin, voilà. Un débat s’ouvre aujourd’hui avec Charlotte Belaïch, bonjour. Bonjour. Olivier Pérou, bonjour. Elle, Libération, lui, Le Monde. C’est ça. Et les deux best-sellers. La meute, alors je dois dire que donc vous vous critiquez Mélenchon en disant qu’il est autoritaire et qu' il a des commissaires politiques mais vous êtes venu avec votre commissaire politique que nous saluons Sandy de la maison Flammarion, tout va très bien.
Olivier Pérou
Je ne sais pas non ! On ne critique pas,
Charlotte Belaïch
Mais on peut en reparler, mais je dirai pas qu’on critique.
David Dufresne
Ah bon ?
Olivier Pérou
Bah non, c’est un livre d’investigation avec des pièces.
David Dufresne
Vous ne critiquez pas Mélenchon !
Olivier Pérou
Bah je pense qu’on peut commencer par expliquer ce qu’est ce livre. Ce livre, c’est deux ans d’enquête qui repose sur une documentation quand même très fournie. On n’avait pas lu jusque-là de livres avec autant de pièces, puisqu’on est dans un poste de police c'était ça, autant de pierres à conviction si j’ose dire, des messages de boucle WhatsApp interne à la France au soumis, des documents, des dossiers judiciaires. Donc nous on a fait un vrai travail d’investigation, c’est vrai qu’on est journaliste politique, mais là on s’est mué en journaliste d’investigation pour en fait comprendre comment ça fonctionnait de l’intérieur. Donc la critique, c'était pas... Nous on raconte ce qui se passe de l’intérieur, et après la critique c'étaient les gens qui s' en parlent, les analystes politiques, les éditorialistes..
Charlotte Belaïch
Et d’ailleurs, même en tant que journaliste politique, on ne fait pas de la critique en fait, enfin on fait de l’analyse à la limite, et là en l’occurrence on fait l’enquête. Et moi ça m'étonne beaucoup qu’on soit à ce point-là au sommet de se justifier sur notre démarche. Il me semble que c’est pas le cas, à chaque fois qu’il y a un livre d’enquêtes qui paraît, mais on pourra en reparler.
David Dufresne
Livre-événement, best-seller tout en haut de toutes les piles, cinquième réimpression, nous disait donc Sandy à l’instant, plus de 30 000 exemplaires écoulés, prétexte médiatique à casser du LFI, objet vachard, revanchard et autrement plus précis que ce que la rumeur affirme. C’est une investigation, ça je le reconnais tout à fait. La Meute chez Flammarion est avant tout une enquête de deux ans. Les deux auteurs, ils s’y sont convoqués au poste pour la première fois. Et il assure dès les premières pages que Jean-Luc Mélenchon aurait cessé de vous parler dès lors qu’il a eu vent de votre livre. Je vous propose qu’on parle d’abord du livre pendant une demi-heure, et ensuite pendant une demi-heure des retours. Il y a le tchat, le bon peuple qui vous parle. Je pensais qu' on aurait un peu plus de temps.
Olivier Pérou
Alors, c’est marrant parce qu’il y a 2-3 questions qui arrivent, c’est pourquoi ce titre ? C’est vrai que c'était un titre à donner un, la meute, il faut savoir que la meute c' est une expression qui est utilisée par Jean-Luc Mélenchon lui-même, donc c' est un petit clin d'œil aussi qu’on fait, dans le sens où il a toujours cet usage et d’ailleurs depuis la sortie du livre on nous l’a rappelé à plusieurs reprises qu' il aime dire en interne il faut qu' on chasse en meute il a cette passion de s’activer en petit groupe. Et ça, on le raconte aussi dans le livre à travers plusieurs échanges qui nous ont été rapportés. Et donc, il y a cette dimension de groupe très soudé, très intense, qui avance groupé et celui qui sort justement de la meute peut être aussi jugé comme un adversaire politique.
Charlotte Belaïch
Et qui attaquent aussi un groupe, parce que l’expression de Mélenchon, c’est qu’il faut toujours chasser en meute. Donc c’est revendiqué par Mélenchon lui-même. On attaque groupé.
David Dufresne
Il y a le titre et il y à le sous-titre, parce qu’en fait, le sous titre, c’est enquête. Alors donc moi, j’ai tout lu jusqu'à la fin. Et d’ailleurs, je vais peut-être démarrer à la fin parce qu’il y a une petite phrase dans vos remerciements qui m’a intrigué. Le sous titre c'était Enquête sur la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. J’ai plutôt l’impression que c'était une enquête sur Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise.
Charlotte Belaïch
Mais c’est ce qu’on explique dès le début du livre, les deux se confondent et Jean-Luc Mélenchon lui-même le dit, il à cette formule, il dit, la France Insoumise, c’est moi, et si vous n'êtes pas content, partez, allez militer ailleurs. Donc ce qu' on raconte c' est un mouvement qui se confond complètement avec son créateur. Parler de la France insoumises, c' est parler de Jean-Luc Mélenchon, parler de la France insoumise, c’est la même chose en fait.
Olivier Pérou
Et d’ailleurs, on l’a vu notamment aux dernières législatives, quand beaucoup de personnes ont été purgées, parfois des personnes qui sont très proches de lui, qui se sont construits politiquement et qui l’ont aidé à se construire. Jean-Luc Mélenchon n’a pas apprécié finalement qu’on le critique en interne. Il y a plusieurs fois, on révèle des échanges en internes de boucles de télégrammes où il dit... Ou certains, pas que Jean-Luc Mélenchon d’ailleurs, disent à Raquel Garrido de dégager, et qu’il l’assume ainsi, quoi, il y a cette violence verbale aussi au sein de la France Insoumise entre les membres de la direction le plus souvent. Et c’est intéressant de noter qu' il n’accepte pas la contradiction interne Jean-Luc Mélenchon, la critique interne, alors que lui-même, c' est construit sur cette insoumission, je me rappelle juste parce que jeudi on va fêter les 20 ans du référendum de 2005, et c’est vraiment un moment de naissance de Jean-Luc Mélenchon. Et qu’est-ce qu’il fait en 2005, Jean-Luc Mélenchon ? Eh bien, il se construit en étant finalement insoumis à la doxa du « oui » au référendum européen, donc il commence par désobéir au sein de son parti.
David Dufresne
Alors bon, vous avez commencé par dire que vous n'étiez pas critique. Moi, je pense que vous allez au lance-flammes et je pense que vous avez le droit de le faire. Mais je trouve étonnant que vous vous cachiez derrière votre petite voix, très sincèrement.
Charlotte Belaïch
Mais on se cache derrière rien, et vraiment, on l’a déjà dit, et je le répète, on n’a pas commencé ce livre en voulant démontrer quoi que ce soit. On a vraiment, d’ailleurs au début, on voulait plutôt faire une galerie de portraits des figures de la France Insoumise, et on est parti sans a priori, et c’est au bout de, franchement je pense, un an d’enquête, qu’un jour, en relisant nos entretiens, la dimension sectaire qu’on décrit ça nous a sauté aux yeux, mais on n’est vraiment pas parti avec l’idée de vouloir raconter ça. On est arrivé à ça par les témoignages qu’on a recueillis.
Olivier Pérou
Et d’ailleurs, tu dis, on se cache derrière notre petit doigt. Non, on ne se cache pas derrière notre petit doigt ! Qu’est-ce que c’est ce livre ? C’est 200 témoignages. Je veux dire, ce n’est pas de 200 personnes qu’on a inventées. Absolument ! C'était des sources qu’il a fallu convaincre de notre démarche et qui ont senti aussi le besoin de parler, qui parfois, on y reviendra aussi, notamment sur le sujet des violences sexistes et sexuelles au sein du mouvement, qui ont besoin de parler parce que ce qu’elles vivaient était inacceptable. Et donc nous, on a aussi accueilli, enfin on se cache pas derrière des éléments, etc. On recueille le témoignage, c’est aussi notre boulot, qu’on appuie sur des documents, des mails, enfin, on parle des boucles WhatsApp, etc. Donc ça aussi, c’est un travail nécessaire du journaliste que de relayer la parole de victime ou de chercher comment fonctionne un parti.
David Dufresne
Alors c’est indéniable, il y a 200 personnes que vous avez rencontrées, un grand nombre témoignent.
Olivier Pérou
A visage découvert ? C’est important.
David Dufresne
Ah bah non, justement, la plupart sont anonymes. Ah non, non, pas la plupart. Ah bah sinon, il n’y en a que trois.
Olivier Pérou
Du coup, pour raconter un peu la coulisse de l’enquête, il y a deux types de témoignages, il y aura plus d’une centaine de personnes qui parlent à visage découvert, des anciens, des actuels, des gens qui viennent de partir, etc. Mais il y aussi des personnes, et ça c’est le devoir du journaliste, qui nous ont demandé justement d'être protégés par le lof, l’anonymat, et ça ça disait quand même quelque chose de beaucoup aussi du mouvement, parce qu’elles y sont encore et elles ont eu peur des représailles en interne. Le journaliste aussi à ce devoir de la protection des sources.
David Dufresne
J’aurais des extraits là-dessus, parce qu’une chose dite par une personne, je ne mets absolument pas en doute votre travail, je suis certain que vous avez rencontré ces gens-là que vous avez rencontré ces gens-là.
Charlotte Belaïch
Mais on insiste parce que c’est un mouvement où les gens parlent peu, parce que ça un mouvement ou il y a de la peur, c' est ce qu’on décrit dans le livre. Et justement, il y à beaucoup de gens qui se sont étonnés du nombre de gens qui acceptent de témoigner à visage découvert. Ce qui est déjà beaucoup quand on est sur un sujet comme la France Insoumise.
David Dufresne
Je disais, je voulais commencer par la fin, je suis désolé, parce que j’ai été hyper surpris. J’ai terminé le bouquin ce matin, et après j’y ai passé ma journée à préparer l'émission. Nous remercions enfin nos sources, et tout particulièrement celles qui ont pris le risque de nous raconter ce mouvement dans lequel il médite tant bien que mal, pétri de toujours plus de doutes. Et là, la phrase, c’est la dernière du livre. Ce livre est aussi pour ceux qui cherchent sincèrement à faire mieux. Alors évidemment, tout le monde a compris, le clin d'œil « faire mieux ». Oui, mais oui, oui. Alors donc, ce que vous dites, c’est que vous voulez aider les militants de la France Insoumise à s'émanciper de la de la tutelle de Mélenchon ?
Olivier Pérou
Quand on a fait tout au long de ce livre, franchement l’une des, ça on en reparlera aussi j’imagine tout à l’heure, c’est une des grandes questions qui est sous-jacente à ce livre. C’est la fin justifiait les moyens, etc. Est-ce que finalement en faisant une enquête sur le premier parti de gauche, on n’abîme pas la gauche et on ne sert pas l’extrême droite. Et il y a des gens qui nous ont parlé au sein de la France Insoumise et qui ont vraiment été pris au mot par Jean-Luc Mélenchon qui ont essayé de faire mieux des militants sincères sur le féminisme, notamment. Et qui ont pris en pleine gueule, si j’ose dire, l’affaire Quatennens parce que c’est le point de départ de notre enquête, donc je parle de ça, et qui n’ont pas compris, en fait. Il y a eu vraiment une ambivalence totale entre le fait mieux de Jean-Luc Mélenchon du mois de l'été d’avant, enfin, ou des législatives, ou non, de la présidentielle, pardon, juste avant, et ce qui se passe quatre, cinq mois plus tard quand ils refusent finalement de croire à la parole d’une victime. Donc, il ne faut pas croire il y a aussi cette méprise sur le livre, beaucoup de, enfin, notamment la direction insoumise, prend à partie ses propres militants, c’est normal, c’est le jeu vous allez me dire, mais en disant, tous nos militants sont la meute, mais non, non, enfin il y a une méprise là-dessus, non, il y des militants qui sont sincères au sein de la France insoumis, qui essayent de faire mieux et qui n’y arrivent pas, et donc certains ont senti le besoin de nous parler.
David Dufresne
Alors à propos de la direction de LFI, jusqu'à ce matin je leur ai demandé s’ils voulaient envoyer une vidéo pour réagir à une différence polie. J’avais donné la possibilité pour eux de donner leur point de vue, ils ne l’ont pas On a retrouvé évidemment quelques réactions ici ou là dont je vous parlerai en deuxième partie. Je voulais dire que pour l’instant le tchat a l’air de bien se comporter et je tiens absolument à rappeler que ici les insultes, les trucs antisémites et misogynes et tout ce qu’on veut, ça dégage, voilà. Donc comme ça on est très clair, et là soulage Euryale qui est à la modération, ça dégage. LFI n’est pas un parti politique, écrivez page 10 comme les autres, il ne s’agit pas de coups de colère d’un homme autoritaire mais de domination, de soumission vous écrivez en introduction.
Charlotte Belaïch
Oui, en fait, nous, ce qui nous a frappé, c’est que ce qui pouvait apparaître comme des événements isolés est en fait le résultat d’un système. Je vais prendre un exemple, les purges. Alors, la plus connue, c’est celle de l'été dernier, après la dissolution. Et on pourrait penser que c'était une histoire humaine entre Mélenchon et Garrido et Corbière, que c'était le résultat d’un désaccord politique, stratégique, que c’est le résultat de leur traîtrise, pourquoi pas ? Mais ce qu’on démontre dans le livre, c’est que ce n’est pas un événement isolé, c'était que tout ça, ça fait système. C’est la façon dont Jean-Luc Mélenchon exerce le pouvoir, ça répond à une logique qui est celle d’asseoir son pouvoir, d’entretenir une forme de docilité, et c' est en cela qu' on dit que tout cela n' est pas anecdotique et que sa forme.
David Dufresne
Oui, je comprends bien Charlotte, mais ce n’est pas ce que vous écrivez. Vous écrivez, il ne s’agit pas d’un coup de colère d' un homme autoritaire. Vous dites, c' est un système hors tout le bouquin et sur le bonhomme.
Olivier Pérou
Mais non, vous oubliez les passages sur Sophia Chikirou, par exemple, qui démontre sa violence. Paul Vanier qui démonte envers une militante féministe aussi des accès de violence verbale. Paul Vanier qui est le député de la France Insoumise chargé des élections. Évidemment, c’est ce qu’on disait au début, c’est un parti qui se confond avec son leader. Oui, on doit parler du leader, mais il n’y a pas que lui.
Charlotte Belaïch
Par ailleurs, peut-être que la phrase n’est pas assez claire, mais ce qu’on écrit là, ça veut dire que la violence qui se dégage de ce mouvement n’est pas seulement le résultat du tempérament de Mélenchon, qui serait un homme colérique. Ce que lui-même assume, hein, on le raconte dans le livre, c’est quelqu’un qui dit qu’il a passé beaucoup de temps empêtré dans sa propre colère, que ça lui a fait perdre du temps, que ça l’a ralenti dans son combat politique, que cela lui a pris de l'énergie. Mais ce n’est pas seulement ça, ce qu’on raconte c’est que cette violence, elle est sciemment utilisée pour entretenir une discipline des troupes. C’est ça qu’elle dit cette phrase, c' est que ce n est pas le résultat du hasard, c est que c est théorisé, c’est une théorie politique, c est une façon d’exercer le pouvoir.
David Dufresne
Là, j’hésite à partir, à partir vous dites une de vos sources dont vous dites que c’est un député historique en 2024. Donc moi, le lecteur, je ne sais pas qui parle. Il écrit, là j’hésite à partir, donc du parti, mais je vais peut-être le croiser, parler avec lui, donc Mélenchon, et retomber dans le truc. C’est pour ça que je l'évite. Il y a toujours une part de moi qui se dit, si ça se trouve, la prochaine fois c' est la bonne, peut- être que c' est lui qui a raison. Est-ce que vous pouvez comprendre que moi en tant que lecteur je ne suis pas tout à fait satisfait parce que je ne sais pas qui parle ?
Olivier Pérou
Mais David, là on va pas faire un débat sur le off.
David Dufresne
Un débat sur le off que tout le monde utilise Votre bouquin est truffé de off Bah oui mais écoutez
Charlotte Belaïch
Est-ce que c’est le seul ? Enfin, je veux dire, on travaille tous comme ça, et vous savez très bien que sur ce genre de matière, en fait, ce député, il n’aurait pas parlé sans anonymat.
Olivier Pérou
Et puis s’il parle, si on ne protège pas ce député, si vraiment on ne protège notre source, alors on ne le protège d’autres sources. Et à ce moment-là, on trahit aussi sa confiance. Je sais que c’est important le contrat avec le lecteur, notamment le lecteurs d’un journal, mais aussi la confiance envers le journaliste. Alors je sais qu’elle s’est très érodée depuis des années, etc. Mais l’offre est nécessaire. Vous-même, enfin toi-même David, tu as fait des enquêtes et on sait que c’est important si on commence à casser l'œuf, mais plus personne ne parle, par exemple, je ne fais pas de comparaison entre LFI et l’extrême droite, mais tous les journalistes qui enquêtent sur l’extrême-droite, ils ne peuvent plus enquêter sur l’extrême-droite. Tous les policiers ou tous les journalistes qui enquêtent sur des faits de police, etc. Enfin, ça n’existe pas. Je veux dire, ce n’est pas parce que c’est Jean-Luc Mélenchon, mais ce n’est pas parce que, c'était la gauche, qu’on ne pourrait pas utiliser le off. Alors, je comprends que le lecteur a besoin de savoir.
David Dufresne
Tu dis très bien qu’il y a des journalistes, et notamment un certain nombre de journalistes politiques, qui considèrent que le off est votre piège. Et le piège dans lequel vous, vous êtes les journalistes politiques.
Charlotte Belaïch
Non mais moi ce qui m'étonne c’est est-ce que cette question on la pose à des journalistes qui travaillent sur la macronie, sur l’extrême-droite. Ce que j’observe c' est qu’on nous demande un travail de justification sur absolument tout. Pourquoi ? Et alors on nous accuse d’avoir fait un livre politique. Là je regarde ce qui est écrit sur le chat depuis tout à l’heure. Il y a des gens qui disent pourquoi à un an des municipales, pourquoi sur ce parti ? Sur ce parti parce que nous sommes précisément des journalistes en charge de la gauche. Donc quand on suit la gauche c’est logiquement, on a voulu s’intéresser au 1er parti de gauche aujourd’hui. Il n’y a pas d’ingénieurs cachés, c’est notre travail. Et ce serait militant que de ne pas le faire. Justement, ce qui est du journalisme militant, c'était de considérer qu’on ne peut pas travailler sur Jean-Luc Mélenchon parce que ça va affaiblir la gauche à 6 mois des municipales, 2 ans de la présidentielle. Ce n’est pas notre sujet. On fait notre travail, on ne veut pas de politique, peu importe quand. Nous, on travaille sur LFI et on le fait au rythme de notre travail, on ne regarde pas les échéances électorales.
Olivier Pérou
Oui, et j’ajoute qu’il n’y a pas de vache sacrée, en fait, ni Jean-Luc Mélenchon, ni nous, ni n’importe quel parti politique, quand il y a eu des enquêtes sur des partis politiques comme l’UMP à l'époque, comme le PS, des livres sur le PS et sur les manigances au PS, nous-mêmes, moi j’en ai fait un sur le ps quand même, ou encore autopsie d’un cadavre.
David Dufresne
Toi les titres, c’est ton affaire. Et pourtant tu travailles au Monde.
Olivier Pérou
On ne m’accuse pas, par exemple, d'être un socialiste, parce que j’ai fait un livre qui a horriblement déplu à François Hollande pour ne citer que lui. Enfin je veux dire, il faut aussi être conscients de ce qu’est notre travail, je crois que c’est important de rappeler ce qu' est le boulot du journaliste. C’est pas parce que souvent on dit, ouais les journalistes ils sont de gauche, moi je m’en fous d'être de gauche ou pas, je fais un boulot dans lequel je veux raconter aux gens ce qui se passe. Alors malheureusement les gens qui consomment de la presse aujourd’hui sont beaucoup militants, c’est vrai, conscientisés, etc.
David Dufresne
La petite différence qu’il y a entre le militant facho qui a peur pour lui et que le journaliste préserve, parce qu' il faut protéger ses sources, et un député qui a été élu, qui a eu un personnage public, à ce moment-là je ne pense pas que vous...
Olivier Pérou
Alors, je vois ta question, mais si je peux rajouter du coup, et si ce député, il nous a filé des documents ? Et si ce début, on révèle, et par l’enquête que va faire la France Insoumise sur ces députés, on se rend compte qu’il nous a filé plein d’autres trucs, et ça le met en danger, et il n’est plus investi derrière. Alors que s’il ne parle pas, c’est qu' il vient avec peut-être l' envie de faire mieux, puisqu’on utilisait cette expression tout à l’heure.
Charlotte Belaïch
Non mais j’entends ce que tu veux dire qu’en fait quand on est député on doit assumer sa parole publique
David Dufresne
Et je ne pense pas que les journalistes politiques, qui ont une importance certaine, sont là pour relayer du off, ça c’est le fond de ma pensée.
Olivier Pérou
Oui, mais c'était un débat !
Charlotte Belaïch
Oui, mais c’est un débat intéressant, mais pour moi, il se pose pas en particulier sur ce niveau.
David Dufresne
Ah je trouve que si.
Olivier Pérou
Non mais c’est ton point de vue
David Dufresne
Vous avez rencontré 200 personnes, moi je te dis que la moitié sont anonymes dans le bouquin, ça fait un paquet tout de même.
Olivier Pérou
Mais c’est ce que je te disais tout de suite, c'était ce que tu disais. Ça fait un paquet. Ben oui, mais par exemple, mais je sais pas, une, enfin, un petit, Je ne connais pas une victime qui nous a parlé, enfin on ne peut pas quand même la mettre en avant.
Charlotte Belaïch
C’est hyper difficile.
David Dufresne
Alors, parce que ça rentre dans ce que vous essayez de démontrer, et par moment vous y arrivez, ça fait aucun doute là-dessus, la spécificité, qui est quand même, me semble-t-il, l'épine dorsale de votre travail. Dès la page 7, le mot secte apparaît, et vous avez effectivement un grand nombre de témoignages qui vont tout à fait dans ce sens-là. La secte, c’est par exemple le SMS envoyé à Charlotte Girard, cheville ouvrière du programme du mouvement en 2017, ex-campagne de François Delapierre, un des plus proches de Jean-Luc Mélenchon, mort prématurément d’un cancer qu’on peut dire c'était un de ses frères de politique. Et vous expliquez que, comme son ex-compagne a critiqué le parti, elle a reçu un message rédigé en ces termes de la pierre, son ex mari, mort quelque temps plus tôt, aurait honte de toi. C’est terrifiant. Qu’est-ce que vous avez vu d’autres que vous appelleriez sectaires ?
Charlotte Belaïch
Alors, qu’est-ce qu’on appelle sectaire ? D’abord, le rapport, selon nous,déjà, je souligne, on ne dit pas que la France insoumise est une secte. On parle de pratiques, de fonctionnement sectaire qu’ont été décrits comme tels. Ça passe par quoi ? D’abord, ce qui est assez frappant à la France Insoumise C’est la foi que les militants ont en Jean-Luc Mélenchon. Pour moi d’ailleurs, on la voit encore aujourd’hui, c'était à dire qu’en fait, des gens qui n’ont pas lu le livre partent du principe que tout est faux et au lieu de s’interroger sur ce qu’il racontait à l’intérieur et de s’interroger, ne serait-ce que d’accepter, d’imaginer que peut-être qu' en effet, il y a un décalage entre les valeurs prônées et les pratiques à l’intérieur. On tue le messager, quoi, c’est-à-dire que, pour moi, ça démontre tout à fait ce qu’on écrit. Donc, il y a une fois, en Jean-Luc Mélenchon, un rapport au réel, du coup, qui est conditionné par cette fois. C’est à dire que les Insoumis, aujourd’hui, ne voient pas, ne veulent pas voir ce qui les dérange. Alors là, c’est marrant, on va prendre un exemple récent. Il y a un sondage qui est sorti cette semaine, qui crédite Jean-Luc Mélenchon de 15 % d’un sous vote. Donc, les Insoumis racontent depuis plusieurs jours que c’est le livre qu’il le fait monter dans les sondages. Ce qui est marrant c'était qu'à début mai avant la sortie du livre, il y a déjà un sondage IFOP qui est le crédité de 13 % des voix, donc 13-15 sondés dans la marge d’erreur, mais ce qui souligne moi, c’est que ce même sondage, il le donnait perdant à 66 %, contre Bardella, au deuxième tour de la présidentielle en 2027. Ils appuient sur ce qu’ils veulent voir, ce qui les dérange n’existe pas. Pour moi, ça c’est déjà un début de fonctionnement
Olivier Pérou
Oui, exactement. Et d’ailleurs, ce qu’on raconte aussi. Oui, il y a ces histoires de sondages. D’ailleurs je rajouterais sur ces histoires de sondages que Manuel Bompard, je crois que c’est pendant les Européennes, je ne suis pas sûr, il faudrait vérifier, fait un excellent blog avec lequel je partage beaucoup de choses dans lequel il explique qu’il ne faut pas croire les sondages. Oui, j’ai envie de le dire, mais bon. Non, mais ça, ça explique déjà, justement, qu’on reprend, voilà. Revenons sur la dimension de la secte. On a énormément de témoins, c’est l’usage de la terminologie sectaire, de l’emprise, etc. C’est énormément de témoin qui nous parlent, je pense à Sergio Coronado, qui nous explique que c' est comme dans Matrix, on vous branche, on vous débranché, ou aussi, par exemple, il y a cet ce militant insoumis, même plus ce responsable, cet élu local dans le Nord, Julien Poix, qui se rend compte qu’il est effacé parce qu' il a eu l’outrecuidance à la sortie d’un débat sur François dans le Nord de se rapprocher un peu trop de Marine Tondelier et on lui reproche dans des messages, finalement, de ne pas avoir la ferveur insoumise. Donc il sera effacé des photos, il sera supprimé de certaines boucles. Donc voilà, c’est autant d’exemples qui montrent que justement, que celui qui n’est pas dans la ligne, il est mis de côté alors que, finalement ce que disait Julien Poix il défendait le fond, il défendait le programme, etc. Sa méthodologie médiatique qui ne plaisait pas à la direction de la France Insoumise et a fortiori à l'époque à Adrien Quatennens. À l’inverse, puisqu’on parle d’Adrien Quatennens, il faudra le défendre coûte que coûte. Pourquoi ? Parce qu' Adrien Quatennens à l'époque, il incarne l’héritier potentiel de de Jean-Luc Mélenchon. Donc s’attaquer à l’héritier potentiel, c’est forcément s’attaquer à Jean-Luc Mélenchon. Et à ce moment-là, puisqu’il faut défendre le fils prodige, eh bien on va mettre les moyens, la fille va mettre les moyens au service financier, du parti médiatique, de la communication, au service de la défense du fils prodige. On teste deux poids, deux mesures à chaque fois, selon si on est proche ou pas du chef. Et ça se vérifie sur l’argent, puisqu' il y a des chapitres et sur les violences sexistes sexuelles aussi.
David Dufresne
Alors il y a par exemple un dénommé Kevin Locquet qui vous raconte recevoir un mail quand on donne 10 ans de sa vie et de son énergie pour un homme et un mouvement politique, c’est rude, sous-entendu qu’il avait été éjecté. Mais quand on emploie le terme secte, normalement secte il y a une emprise sur ta vie privée, là ce n’est pas le cas, là on parle de rapports qui sont durs, qui sont violents, mais on n’a pas dans l’emprise sur les enfants, sur la conduite de ta vie privée, etc.
Charlotte Belaïch
Mais bien sûr que non.
David Dufresne
Alors pourquoi employer ce terme de sectaire ?
Olivier Pérou
Ça, je suis pas sûr de comprendre la question, mais le terme de secte c’est un terme, nous, on le met en avant. D’ailleurs, pas dans notre bouche, mais parce que c'était utilisé par des gens qui sont en interne. Dans les 200 témoignages, dans les 200 interviews qu’on fait, pour une très grande partie, à chaque fois qu’on coupé le micro et que l’interview se finit, ils disent, j’ai participé à ça, quoi. Alexis Corbières, Raquel Garrido, ils ont aussi purgé des gens aussi. Quand Charlotte Gérard s’en va, ils ne disent rien, à l'époque, et avant, il y en a eu d’autres, quand d’autres personnes ont aidé. C’est ça que, enfin, cette terminologie d’emprise, c’est que quand quelqu’un sort du truc, il se rend compte, il dézoome sur sa vie, comme quelqu’une qui sort d’une secte, et se dit « Putain, j’ai participé à ce genre de choses, à des purges, à de critiques internes, à une des mises au banc régulières et répétées. »
Charlotte Belaïch
Et par ailleurs, on parle de sectarisme politique, oui, en effet ce n’est pas une secte. Les gens ne donnent pas d’argent à Jean-Luc Mélenchon, leurs enfants ne sont pas sous-emprise. En effet, on parle de sectarisme politique, c’est-à-dire que c'était un mouvement où la contradiction, où le débat, n’est pas le bienvenu. C’est ça aussi le sectarisme politique, le fait de ne pas vouloir, de ne pas accepter l’altérité, une autre pensée, c’est ça, y compris au sein de la gauche. C'était ça qui est quand même manifeste dans ce mouvement.
Olivier Pérou
Je viens de voir un message passer, du coup, ça défile. Oui, il a dit Mais j’ai pas vu qui, donc je m’excuse, mais il s’est écrit, le parti se renforce, la purge, voilà, renforce le parti. Donc ça, c’est une vieille phrase, c’est un vieux truc léniniste. Mais on raconte une scène assez formidable qui se passe au moment des Amfis en 2024. 2024, donc vraiment en 2023, donc au moment où la gauche, voilà. Est en train de préparer, enfin s’est réuni après la NUPES etc. Et donc c’est Laurent Baumel, député frondeur, pour le rappeler, qui rentre, socialiste, frondeur à l'époque, très unitaire, très pour la ligne de l’union de la gauche, y compris discuter encore aujourd’hui, il est pour discuter avec les insoumis,et il rentre dans la tente, il discute avec Mélenchon, et Mélenchon lui fait comprendre qu’il ne comprend rien à ces histoires de congrès socialistes, que c'était la même chose depuis des années et des années, et il lui dit mais pourquoi vous débarrasser de pas tous ces cons, de tous les opposants ? Donc ça dit aussi quelque chose de la façon dont Jean-Luc Mélenchon conçoit la politique et sa façon de faire de la politique au sein de ses partis. Et d’ailleurs, puisqu’on disait au début que c'était systémique, c’est organisé comme tel au sein la France Insoumise. Il fait le PG, il fait le Front de Gauche, il finit par le Parti de Gauche, mais au moment du Parti De Gauche avant de faire la France insoumise, en 2014-2015 ça marche pas très bien, il y a des défaites électorales, c’est pas... Et puis il y a des courants internes encore à l'époque au sein du parti de gauche. Et ce qui se passe, c’est qu' Il commence à voir pointer le début d’une critique interne sur la stratégie. Est-ce qu’il faut faire l’union de la gauche ? Est- ce qu' il faut rester sur le populisme de gauche, etc. Il accepte pas ça Jean-Luc Mélenchon. Un an après, qu’est ce qu’il fait ? Il crée la France Insoumise où justement il n’y a pas d’entité à l'époque, il n’y a de courant interne. Et tout se passe autour de lui, il se libère d’un poids qui est la démocratie des partis. Alors après on peut débattre si vous voulez pendant des heures de est-ce que c’est bien, ça répète la question du début, la fin, la justification, les moyens, etc. Mais en tout cas ça dit quelque chose de sa façon de diriger.
David Dufresne
La phrase, c’est elle, je crois que vous la citez, du socialiste allemand Ferdinand Lassalle tiré d’une lettre adressée à Karl Marx en 1852 concluant par la fameuse formule, le parti se renforce en s'épurant et c'était en exergue de que faire de Lévin. Alors moi ce que je trouve fort dans votre bouquin, c’est quand justement, je vous l’ai déjà dit, quand il n’y a pas d’offres mais surtout quand il y a quelques réponses à ce que vous soulevez. Il y a notamment Bompard Manuel qui vous répond et d’ailleurs je pense qu’il a eu raison de le faire parce que ça permet d’avoir un portrait plus global puisque tu parlais de commissariat tout à l’heure. Moi je trouve que votre enquête est à charge, c’est un choix, il faut l’assumer. Et quand vous avez de temps en temps déjà..
Olivier Pérou
Je te coupe.C’est ton analyse.
David Dufresne
C'était hyper à charge. Tu as fait des enquêtes j’imagine.
Olivier Pérou
J’en ai fait plein. Je suis sûr que les personnes sur qui tu as fait des enquêtes t’ont toutes dit à un moment donné c’est à charge vous nous défoncez etc.
David Dufresne
Non, il y a toujours le contradictoire.
Olivier Pérou
On n’est pas là pour ça.
Charlotte Belaïch
En quoi il n’y a pas de contradictoire ? La seule personne qui va accepter de le faire, c’est Manuel Bompard
Olivier Pérou
C’est même pas qu’il a accepté, il a été mandaté. C’est la conseillère communication qui nous le dit à l’Assemblée nationale deux jours après avoir vu Manuel Bompard personne ne vous répondra, Manuel a été mandaté pour faire ça. Mandaté ! Il est important quand même le mot
David Dufresne
Néanmoins vous, et alors là c’est tout à fait votre droit, vous utilisez me semble-t-il donc des conversations que vous avez pu avoir avant, ça il n’y a aucun problème avec ça, là les gens qui viennent vous reprocher ça bon savent pas comment ça fonctionne, et par exemple Paul Vanier, et je trouve que quand Paul Vanniers vous répond sur l’aspect sectaire, nous sommes page 152, bien sûr qu’on est des gens disciplinés, organisés, groupés, et on considère que ça fait partie de notre force, mais Jean-Luc n’est pas du tout un esprit dogmatique, se défend-il, c' est consenti tout ça, il n y a pas contraintes, on fonctionne par adhésion. Est-ce que vous vous dites pas de temps en temps que si vous aviez pu attendre un petit peu, avoir un peu plus de contradictoires, le livre aurait gagné en épaisseur.
Olivier Pérou
Et du coup on attend pour être plus près des municipales mais du coup si on attend, du coup, on est plus près des municipales, donc on manipule les municipales et puis après c’est la présidentielle, on ne sort jamais un bouquin sinon.
Charlotte Belaïch
Et par ailleurs, je pense qu’attendre n’aurait rien changé à leur décision. On aurait pu attendre deux mois, trois mois, quatre mois, six mois, ça n’aurait rien changé. D’ailleurs, je précise que Sophia Chikirou nous a envoyé une mise en demeure quand on lui a envoyé une demande de contradictoire avec des questions tellement précises qu’elle pouvait supposer ce qu’il allait être écrit dans le livre. Elle nous a envoyé une mise-en-demeure, nous nous demandons de ne pas publier le livre pour prouver notre bonne foi. On a retardé la publication du livre pour lui donner plus de temps pour répondre. Elle n’a jamais répondu. Ils n' auraient jamais répondu. Donc déjà, je pense que ça, c’est un faux débat.
David Dufresne
C’est pas dans le livre la mise en demeure ?
Charlotte Belaïch
Non. Et ensuite, leur façon de penser.C’est intéressant de connaître les conditions de travail. On les suit avec Olivier pour nos rédactions respectives depuis trois ans. Donc là, tu citais Paul Vanier. Ce que tu cites, c’est extrait d’un portrait de Paul Vanniers que j’avais écrit. C'était des gens avec lesquels on a passé des heures. Paul Vannier aujourd’hui, dans un tweet, m’accuse d’aller chercher des informations dans des restaurants du 7ème, comme si c'était une grande bourgeoise qui a un mandat On déjeune avec lui dans ces restaurants du septième. C’est à côté de l’Assemblée Nationale. À côté de L’Assemblée Nationale, on les invite à manger. Il adore les artichauts frits du restaurant à côté de L’Assemblée Nationale. On les connaît en fait. Donc, si tu veux, le contradictoire, on aurait adoré l’avoir. Le livre aurait sûrement été plus fort. Mais nous, on pouvait rien faire de plus, mais de toute façon leur façon d'être, de penser, je pense, rejaillit dans le livre puisqu’on les suit et puisqu' on les connaît.
Olivier Pérou
Et d’ailleurs, sur le contradictoire, c’est intéressant parce que nous, quelque part, quand on fait une enquête, on voit comment on est aussi, quand ils ont appris qu’on faisait une enquête, parce que c'était nécessaire pour nous aussi d’avancer au début. Et on se demandait quand ils allaient comprendre qu’ils travaillaient sur le livre, sur le mouvement. Et finalement, quand ils ont commencé à apprendre ce que tu disais au début de l'émission, on a été, nous aussi, un peu ostracisé, mis de côté sciemment, volontairement, l’a vu tous à l’Assemblée nationale, à un moment donné, en janvier, Jean-Luc Mélenchon vient, alors je sais plus pour quel débat c'était, il vient, et il y a son attaché de presse qui est dans la salle des quatre colonnes, donc c’est en gros la salles où je vais le contacter, parce que du coup, tout le monde ne voit pas, donc c’est la salle où il y a les journalistes et où les députés passent et on peut les interpeller, discuter, puis il y en a un à l’Assemblé, et donc là, il y à son attaché de presse qui est là, et qui fait le tour de quelques journalistes, qui les prend un peu. Pour une conférence de prêt, enfin un off à dix journalistes, moi j’appelle ça un conférence, comme quoi Jean-Luc Mélenchon, c’est aussi du off d’ailleurs. Officiellement c'était pour un off, mais il y a sept ou dix journalistes.
Charlotte Belaïch
Dont les télés, les radios...
Olivier Pérou
Donc en fait c’est une conférence de presse et devant nous en fait elle vient les chercher et nous nous journalistes qui suivent la gauche, à Libération, et moi à l'époque à l’Expres le droit il choisit, encore une fois, je fais une comparaison et elle va pas plaire dedans mais Marie-Lou Magal et Nicolas Massol qui ont été sur ce canapé pour parler de de l’extrême droite, en tout cas et de tous les mouvements de la d’extrême droite et de la droite radicale et notamment du RN, eux aussi sont de la même manière. Aujourd’hui, Marine Le Pen refuse de parler à Marielou Magal. Pourquoi ? De quel droit ? On est journalistes, on est aussi là pour raconter ce qui se passe à gauche. Donc voilà, c'était des pratiques qu’on a vécu finalement, et quand on a compris qu’ils refusaient, qu’il ne répondaient pas, on pourra vous raconter tous les messages aussi qu' on a envoyés avec les sujets, etc à différents parlementaires, notamment en membre de la direction de la France Insoumise, et qui sont restés encore aujourd’hui sans réponse.
David Dufresne
Oui, ça vous explique plusieurs fois que vous avez essayé d’avoir la parole et que vous ne l’avez pas obtenue, et vous avez droit. Alors, il est beaucoup question de Jean-Luc Mélenchon. À ce moment-là, vous continuez votre chemin, et c’est de Jean Luc Mélenchon. Comme le temps est un peu court. on est speed, l’ambition monarchique, c' est volte-face, vous parlez de discussion avec Buisson à l'époque de Sarkozy, enfin c’est des trucs. Vous revenez sur la période où il est ministre pendant deux ans, où vous expliquez qu’il a vraiment pris goût aux Ores de la République, et donc ça je l’ai appris, mais là ça n’est pas sourcé, et on ne sait pas exactement ce que ça signifie, est-ce que vous pouvez en dire plus ?
Olivier Pérou
Alors, quand il est ministre, Jean-Luc Mélenchon. Voilà, alors déjà, puisque vous devez savoir la source, tout de suite on disait que Jean-Luc Mélenchon ne nous parlait plus, mais Jean-Luc Mélenchon l’a vu à plusieurs reprises.
David Dufresne
Oui, avant le livre.
Olivier Pérou
Avant le livre, donc il nous racontait aussi sa période de ministre, comment il agissait, etc. Et ça, il raconte sa vie de ministre. Ça a été rapporté d’ailleurs par d’autres journalistes avant nous aussi.
Charlotte Belaïch
Et là ce qu’on raconte, c’est sourcé, on le raconte à partir de tous les gens qui ont fait de la politique avec lui à ce moment-là, dans l' Essonne au PS dans l' Essonne dans son cabinet, alors il y a Corbière, Laurence Rossignol, Eric Benzecrit.
David Dufresne
C’est pas grave, moi je la pose.
Charlotte Belaïch
Le livre n’est pas une succession de citations, mais donc ce qu’on écrit c’est forcément sourcé.
Olivier Pérou
Et donc ce passage au ministère, j’ai une mémoire, un truc qui me revient, par exemple, quand j' ai sorti le livre sur le PS, Jean-Luc Mélenchon me le demande, donc on se voit dans un café, etc. Et on reparle de ce moment, notamment dans un Café République, on reparle de cette période quand il était ministre et d’ailleurs lui-même adore en parler. Et c’est très intéressant d' ailleurs parce qu' à cette époque, en effet, il croit beaucoup en Lionel Jospin. D’ailleurs, ça nous sert dans le livre à raconter un poil à la construction de Jean-Luc Mélenchon politique et il raconte justement que il était voilà il croyait beaucoup en Lionel Jospin il avait cette phrase que lui même répétait d’ailleurs et que toutes les sources auxquelles nous ont rappelé aussi c’est je suis dans sa tête donc vous inquiétez pas ce qu’il fait je sais comment il fait comme ils viennent tous les deux d’un milieu trotskiste de qui savent un peu comment ils pensent savoir comment fonctionne Lionel Jospin à l'époque donc c'était un peu ça qu’on raconte parce que c’est important aussi de raconter le parcours du personnage.
Charlotte Belaïch
Par ailleurs, publiquement, Jean-Luc Mélenchon n’a jamais contesté Jospin. Enfin, je veux dire, c’est ça, ça, c’est pas à l'épreuve. Encore récemment, on retrouve une déclaration de l'époque de Jean-Luc Mélenchon qui conteste la politique de Lionel Jospin. Il n’en a pas. Et d’ailleurs, dans le livre, on cite un échange de messages sur la boucle interne des députés LFI, où il y a une altercation entre Henrikh Davi, ancien député insoumis qui siège aujourd’hui avec les écolos qui rappelle à Jean-Luc Mélenchon qu’il a fait partie d’un gouvernement qui a engagé des privatisations et qu' il n’a à l'époque rien dit et Mélenchon ne supporte pas ce rappel et lui dit espèce de tireur dans le dos, ne te retrouve jamais au même endroit que moi. Bon bref, mais donc,
Olivier Pérou
Il est attaché à ce passé.
Charlotte Belaïch
C’est de l’histoire en fait, c’est une notoriété publique qui n’a jamais remis en question le tournant libéral pris par le gouvernement socialiste de l'époque.
Olivier Pérou
Et notamment, un petit exemple, peut-être si on fait un peu d’histoires, à l'époque, on parlait beaucoup du traité d’Amsterdam. Et dès qu’il arrive, en fait, Lionel Jospin fait campagne sur la remise en cause de ce traité. Dès qu’ils arrivent, comme François Hollande des années plus tard, il ne revient pas sur la règle budgétaire européenne. Et là, du coup, il y a toute la gauche du PS. À l'époque, c'était Julien Dray qui mène une fronde, qui critique terriblement. Et Jean-Luc Mélenchon s’oppose à Julien Dray en lui disant non, non. Surtout, on ne rentre pas en confrontation avec le gouvernement, avec Lionel Jospin
David Dufresne
Alors, ce qui est intéressant, c’est que le tchat, en partie, pas d’un seul homme ou d’une seule femme, en parti dénigre vos sources. Là, je vous viens de voir à l’instant que citer David, c’est du foutage de gueule, etc. Mais pourquoi ?
Olivier Pérou
Mais pourquoi c’est un message ?
Charlotte Belaïch
Mais quel est son tort en fait ? Il faut le justifier ! Parce que moi je regarde aussi depuis tout à l’heure, j’aimerais un peu mieux comprendre aussi pourquoi on me reproche d'être proche de Raphaël Glucksmann. Vraiment je pose la question, parce que pourquoi pas Olivier, pourquoi moi en particulier, en quoi je suis proche de Raphaël Glucksmann ?
Olivier Pérou
Parce que je suis proche de Ruffin c’est vraiment ça.
Charlotte Belaïch
Il y a beaucoup de questions, qui a financé ce livre ? Personne. Qui a commandé ce livre, personne. On décide de faire ce livre parce qu’on suit la gauche. Et franchement, moi je suis hyper étonnée. De voir à quel point il y a une incapacité à entendre ce qu’on dit. C’est fou quand même, vraiment, à ce point-là, vraiment supposer qu’il y a forcément quelqu’un derrière, une commande. Je serais proche de Glucksman. Pourquoi je l’ai pas fait sur place publique ? Parce que tout le monde se fout de la place publique, parce qu’ils n’ont pas de députés, parce qu’il n’y a pas de cadre, non mais je veux dire Glucksman c’est peut-être 10 %, mais qui a envie de travailler sur place publique ? Pourquoi y voir un truc, euh, pourquoi y voir une main invisible derrière ? Non, c'était notre choix, parce que c'était notre sujet d'étude, et précisément, on ne fait pas de politique, on fait notre travail.
Olivier Pérou
Et n’importe quel autre livre sur Macron, ou à l'époque, puisque Jean-Luc Mélenchon appréciait mon livre sur les socialistes, n’importe quel autre politique qui ne les concerne pas, est vu comme parole de vérité. Donc il y a vraiment un deux poids de mesure qui m'étonne aussi de ce point de vue-là, qui dit beaucoup de l’emprisonnement.
David Dufresne
C’est la raison pour laquelle Au poste vous a invités, je peux vous dire que je me suis fait engueuler, mais moi je suis content qu’on ait cette discussion franche. Alors, ce n’est peut-être pas ce que vous dites qui pose problème à certains, c' est parfois la façon de le dire, page 174, pour expliquer. Alors, il y a un échange assez savoureux, j’avoue, dans ce passage, où justement, ce n’est pas LFI, comme quoi la violence verbale, c' est Laurent Bergé qui écrit à Martinez, donc Laurent Bergé de la CFDT qui écrit au secrétaire général de la CGT. Tu ne veux pas le reprendre, ton vieux ? Ah mais il faut un peu de contexte là aussi. Parce qu’il m’emmerde, ça me sera bien, je te laisse donner le contexte.
Olivier Pérou
Vite fait, c'était hyper important le contexte d’ailleurs. Encore une fois, on voit un peu comment LFI dans cette séquence, c’est pendant la réforme, enfin pendant la bataille contre la réforme des retraites. Et on voit comment Jean-Luc Mélenchon se mue justement puisqu’il n’est plus député. Et il n’y a plus d’accroche avec la CGT et Martinez. Il envoie beaucoup de messages très durs envers Martinez. La tension est très forte entre les deux hommes. Et du coup, Jean-Luc Mélenchon va se tourner vers Laurent Bergé en espérant jouer la concurrence. Elle a rencontré Laurent Bergé à plusieurs reprises, ils discutent ensemble. Mais Jean-Luc Mélenchon se méfie des syndicats, il n’arrive pas à maîtriser le truc, et il voit que les Martinez, l’Alliance des Syndicats et notamment Martinez -Bergé ça fonctionne, ça fonctionne, et bon, on ne va pas refaire l’histoire de cette réforme. Mais Laurent Bergé, très vite, se sent instrumentalisé. Et du coup il se confie avec Martinez, ils sont en train d’en discuter et ils disent que ça ne va pas. Il faut qu’on fasse attention à Jean-Luc Mélenchon qui ne nous pète pas entre les doigts.
David Dufresne
Voilà. Mais je trouve que ça en dit long sur le monde politico-syndicaliste, et vous avez eu accès à ce message, très bien. Mais alors quelques pages avant, page 174, vous écrivez à propos de la violence que vous prêtez à Mélenchon. Pour le comprendre, il faut aussi repartir de ce qu’il est physiquement. Mélenchon est sourd d’une oreille, un handicap qui explique en partie des incompréhensions et des tensions. Et vous, vous en restez là.
Charlotte Belaïch
Je ne sais pas, pourquoi t’es frustré ? Qu’est-ce qui te manque selon toi ?
David Dufresne
Ah bah je trouve que c’est une accusation sans fondement.
Olivier Pérou
Une accusation ? Ah non, parce que nous on l’a vécu aussi.
Charlotte Belaïch
En plus, ça, ça vient de son ancien beau-frère qui analyse ça comme ça.
David Dufresne
Oui, absolument.
Charlotte Belaïch
C’est pas du tout une accusation, c’est une façon d’expliquer que ce handicap peut créer une forme de fébrilité et expliquer sa nature. C'était une analyse, une explication, c’est en rien une accusation. Qu’est-ce qu’il y a accusatoire là-dedans ?
Olivier Pérou
Qu’il est violent parce qu' il est sourd, mais c’est pas du tout ce qu’on écrit en plus.
David Dufresne
Ah bah tu vois, c'était comme ça que moi je l’ai compris.
Olivier Pérou
Et c'était comme ça tu le traduis ? Il y a plein d’autres lecteurs qui ne l’ont pas compris comme ça. Mais en fait, par exemple, je me rappelle aussi d’un déjeuner qu' on avait fait avec Jean-Luc Mélenchon. Moi j'étais assis du mauvais côté. Et comme je haussais le ton, il n’appréciait pas que je hausse le ton sur mes questions, je le savais bien. Et donc du coup, il répondait un peu brutalement. Mais enfin, on ne peut pas faire une demi-heure sur le sujet.
David Dufresne
Donc il nous reste un quart d’heure, c’est bien ça ?
Olivier Pérou
Oui, d’ailleurs, si je peux juste faire un commentaire, si ça me permet un commentaire, ça fait du coup, il nous restait un quart d' heure, ça fait 45 minutes qu’on parle, etc. Et on parle des pages, de notre façon d’enquêter, du off, etc... Et encore une fois, ce n’est pas une accusation contre toi, mais je reprends pas mal l’accusation dans le chat. Encore une fois on parle de la forme, de la forme, de la forme, de la forme... Et ça permet d’invisibiliser toutes les autres révélations qu’il y a sur le livre sur la pratique de l’argent et sur les violences sexistes et sexuelles. J’aimerais bien qu’on aborde ce sujet qui est quand même un sujet cardinal.
David Dufresne
Moi, je pensais qu’on aurait deux heures, donc j’ai tout regardé, surfacturation, auto-entrepreneur, page 101.
Olivier Pérou
Mais par exemple des VSS, c’est quand même un sujet hyper important à gauche.
David Dufresne
Alors, les VSS qui veut en parler ?
Olivier Pérou
Non, mais les VSS, nous on a enquêté, on a parlé avec des femmes qui ont été victimes de ce comportement de certains députés et là encore, voilà, il y a une mécanique au sein de la direction de la France Insoumise
David Dufresne
Il y a des choses que vous racontez qui sont profondément dégueulasses, je ne parle pas de ce que vous voulez raconter. Les faits sont immondes.
Olivier Pérou
Mais c’est surtout là, ce qui nous a aussi choqué, c'était la façon de les traiter ces faits. C’est-à-dire qu’il y a des alertes, il y a des dossiers, il y a des mails, des mails. Et la parole des victimes, elle n’est pas toujours crue selon si on est proche de Jean-Luc Mélenchon ou pas.
David Dufresne
C’est votre théorie.
Olivier Pérou
Bah, il a quand même un dossier, qui est celui d' Ugo Bernalicis, qui se perd dans la nature.
Olivier Pérou
Le cas de Coquerel aussi
Olivier Pérou
Et le cas d'Éric Coquerel, on peut y revenir aussi. Dessus, il y a des alertes répétées multiples visant le député Thomas Porte à l'époque où il était au Parti communiste. Et ce n’est pas que au Parti communiste, puisqu’on pourrait se dire oui, c'était des adversaires politiques au sein de la gauche, etc. Mais il y aussi au sein de la CGT, dont il a été membre. Et ces alertes, elles remontent jusqu'à la France Insoumise avant l’investiture de Thomas Portes. Et rien n’est fait. Alors si, il y a une sanction, une mise à pied, qu’est le plus bas niveau de sanction, etc. Mais on a un député Ugo Bernalicis qui a, dans son passé, envoyé une photo de lui dénudé à une militante socialiste. On parlait de la responsabilité de la parole publique tout de suite. Est-ce qu’on accepterait qu’un député de la nation fasse ça ? Moi, vraiment, au regard de tous les témoignages qu' on a recueillis sur ce sujet-là, ça nous a choqués.
Charlotte Belaïch
Et juste ce que je trouve assez fou quand même, c’est qu’au lieu d’interroger ces pratiques, au lieu d’interroger comme on disait, ce décalage entre des valeurs qui sont portées par la gauche, qui je pense sont partagées par l’a gauche, et les pratiques internes, on nous accuse de faire du mal à la gauche. Mais qui fait du mal à la gauche ? Nous qui racontons, ou ceux qui pratiquent ces dérives ? Enfin je veux dire, c’est étonnant quand même d’inverser la responsabilité. Le problème, c’est pas de faire ça, le problème c’est de soutenir coûte que coûte un homme qui a avoué gifler sa femme, le problème, c'était de le raconter. Je trouve qu’il y a des millions de gens de gauche qui devraient quand même s’interroger sur leur façon de voir les choses.
Olivier Pérou
Du coup j’ai retenu son nom parce que ça m’a beaucoup fait sourire, le fou du bibliobus qui nous dit mais à l'époque, Portes il était au PC et vous ne chargez pas le PC. Parce que le PC s’exclut. Bah parce que le pc en fait le met à l'écart, elle agissait à l'époque, la jeunesse communiste. On raconte, on raconte d’ailleurs dans le livre.
David Dufresne
Sur ce plan-là, on va toucher le cœur de mon reproche, que j’aimerais vous faire. C’est que je pense que vous avez fait une enquête, à charge, c’est votre droit, mais c'était mon droit en tant que lecteur. Non, non, je vais te dire, jamais vous parler du fond, jamais.
Olivier Pérou
Mais c’est un parti pris.
David Dufresne
C’est un parti pris quand vous parlez de Bernalicis, par exemple, moi j’ai appris des choses, l’histoire des photos, etc. J’ai appris. Je vous remercie. J' ai appris ça. Mais je trouve dommage que vous ne racontez pas que ce gars est capable de tenir des heures, des heures, des jours, des jours, des nuits et des nuits dans un débat parlementaire. Coquerel
Olivier Pérou
C’est du fond ça ?
David Dufresne
Ah oui c’est du fond ! Sur la police, bien sûr que c’est du fond.
Charlotte Belaïch
Mais ce n’est pas le propos du livre, ce qu’on essaye de dire c’est le fonctionnement d’une organisation, on ne peut pas tout faire, le livre fait déjà 350 pages, on peut pas faire un livre de théories politiques en même temps, on peux pas faire... C’est un essai, il n’y en a pas ? Ce n'était pas une question d’essai.
David Dufresne
C’est pas une question d’essai, c’est quand même assez étrange de ne s’intéresser qu' à la conquête du pouvoir, qu' aux intrigues et jamais à ce que l’on fait du pouvoir. Pourquoi tout à l’heure je vous ai parlé de...
Charlotte Belaïch
C’est pas étrange, c’est un parti pris, c’est un angle, tu sais très bien qu’on peut pas tout traiter en fait, c’est pas étrange, pourquoi tu serais étrange suspect mais par contre c’est pas étrange.
David Dufresne
Non, je ne dis pas ni superficiel, pourquoi ?
Charlotte Belaïch
Ce n’est pas étrange, c’est un choix, tu peux trouver qu’il est inintéressant, tu peux trouver ni superficiel ni étrange
David Dufresne
Je dis qu' il est injuste. C’est-à-dire que si tu démontes un parti parce que tu considères qu’ils est sectaire, c’est votre droit, mais si tu oublies de raconter le travail que font ces gens, notamment les députés, il n’y a pas une commission, il y a pas un député, vous parliez de Vanier tout à l’heure. Sur Bétharram, par exemple.
Olivier Pérou
Mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? C’est hyper intéressant, c’est super intéressant. Tu veux qu' on fasse un chapitre pour dire à quel point Paul Vanier a amené d’une main de maître la commission Bétharram, etc. Alors déjà, je voudrais rappeler, puisqu’on parlait des enquêtes journalistiques et du off, c'était pas Paul Vannier qui révèle Bétharram, c’est plusieurs articles, notamment du Monde, je crois, du Point à l'époque et de Mediapart.
David Dufresne
Oui, bien sûr, bien sûr.
Olivier Pérou
Voilà donc à la base de la base c’est une enquête journalistique de journalistes qui ont fait leur boulot etc et que Paul Vanier récupère pour mener à bien sa commission d’enquête constitutionnelle et nécessaire. Donc je peux, enfin qu’est ce que je fais, je rappelle l’enquête des journalistes, je rappelle le travail de Paul Vanier et le Après qu’est-ce qu’on va me reprocher ? Si on écrit ça dans les macronistes ils vont nous dire ah ouais mais vous êtes vraiment.
David Dufresne
Je dis juste que je trouve étonnant que des journalistes politiques de deux rédactions éminentes ne s’intéressent pas au fond. Et alors l’investigation c’est le fond ?
Olivier Pérou
Non, l’investigation c'était de raconter, de plonger, comment moi je vois le journalisme d’investigation comme on plonge dans un truc, on raconte, on explique et on révèle.
Charlotte Belaïch
Mais d’ailleurs, je veux dire, on ne nie pas ça, on nie pas le travail idéologique qui a été fait par la France Insoumise et on l'écrit dès la préface. On le dit tout de suite que c’est un mouvement qui s’adosse sur un programme solide.
David Dufresne
Exactement. Il y a deux phrases en disant que c’est un programme solide, mais à aucun moment vous ne parlez du programme par exemple….
Charlotte Belaïch
Mais parce que ce n’est pas le sujet du livre !
David Dufresne
Mais si ! Quand tu parles des VSS par exemple !
Charlotte Belaïch
Le programme, les VSS, c’est les valeurs ! Justement, sur les Vss, ce qu’on explique, c’est qu’il y a un décalage très fort entre ce qui est porté dans le programme et ce qui entre le discours et la pratique, précisément.
Olivier Pérou
Et autres moments dans lesquels on parle du décalage entre le programme et la pratique. L’enquête dans les chapitres sur l’argent par exemple. On raconte que Jean-Luc Mélenchon a un usage assez fréquent de l’auto-entreprenariat. Et dans une interview, il explique que l' auto-entreprenariat c’est l' Auto-esclavage. Le propos du livre, c’est pas de raconter à quel point le programme est formidable, il est bien construit, on le voit, on l’a vu, il fait 22 % à l'élection présidentielle. C’est aujourd’hui, encore aujourd’hui, le leader de la gauche. Et d’ailleurs, au début du livre on le raconte, je crois que c'était dans la bouche de Clémentine Autain ou de François Ruffin, je sais plus, voilà, il a empêché un scénario, voilà il a empêcher qu’il arrive à la gauche française, ce qui est arrivé à la gauche italienne. Tout ça, on raconte le parcours de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de construire un mouvement politique aujourd’hui qui est le plus fort à gauche, il est indéniable. Ce qu’on raconte, je veux dire, il y a eu des dizaines et des dizaines de papiers, il y eu des bouquins là-dessus aussi, des essais de journalistes politiques et autres, pour expliquer ça. On va pas faire un énième bouquin là- dessus. Il n’y avait pas eu de livre jusqu'à présent sur comment fonctionne la France Insoumise. C’est ce qu' on a décidé de faire, c’est notre angle. C' était un angle, voilà.
David Dufresne
Un angle, et il y a donc un angle mort qui est « quel est ce travail ? » Eh ben oui !
Olivier Pérou
Oui, mais rien ne t’empêche de faire un livre sur le programme, il n’y a pas de souci.
David Dufresne
Ah ça c’est pas une réponse.
Olivier Pérou
Ben pourquoi ? c’est un autre angle en fait, tu peux choisir, moi je dirais qu’il y a un angle mort qui est la pratique du pouvoir, si tu fais un livre sur le programme, je te répondrai qu’y a un angle mort, qui est, la pratique, du pouvoir de la France Insoumise.
David Dufresne
C’est pourquoi tout à l’heure je vous ai dit ma frustration, parce que quand Mélenchon était ministre visiblement on vous a dit des choses et ça ça m’aurait intéressé à l’exercice du pouvoir. Or là vous êtes dans le grenouillage on va dire. Et alors ce qui me gêne c’est que par exemple quand vous parlez de Coquerel, vous racontez des choses qui sont pour certains évidemment des révélations. Mais vous oubliez de dire qu’il a fait amende honorable. J’ai le souvenir d’un papier dans Mediapart où il explique qu’ils appartiennent à une autre génération. On parle bien des VSS. Ça, ça n’est pas dans votre livre. Quand vous parlez de la question de la diversité.
Olivier Pérou
Ça veut dire quoi, faire amende honorable sur des VSS ?
David Dufresne
Par exemple, puisque vous vous expliquez, il fait des blagues lourdes dans les congrès, des SMS lourdingues, etc. Et donc, dans Mediapart, il a expliqué, en effet, j’appartiens à une autre génération.
Charlotte Belaïch
J’ai écrit dans le livre, longtemps on a considéré que c'était un homme de sa génération, que ça n'était rien d’autre c’est écrit.
David Dufresne
Oui, mais vous n’expliquez pas ce que ça signifie.
Olivier Pérou
Non mais même, je comprends pas, c’est un homme de son époque, enfin je veux dire, du coup c'était une excuse ?
David Dufresne
Non, ce n’est pas une excuse ! Mais il a fait amende honorable, moi je ne l’ai pas lu dans le bouquin.
Olivier Pérou
Mais ça veut dire quoi, faire amende honorable, qu’il nous explique ?
David Dufresne
Il l’a expliqué, à Mediapart.
Olivier Pérou
Ah non, on va pas pomper un article de Mediapart pour le mettre dans le livre. Non, non, nous on lui a demandé du contradictoire Eric Coquerel, il a refusé de nous répondre. On lui aurait posé ses questions, il nous aurait expliqué c'était quoi faire un Mandat honorable. Moi j’ai plein de questions à poser Eric Coquerel, est-ce qu’ils a fait une formation de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, depuis les accusations qui le vise, qui ont été répétées et repérées par des membres, y compris des membres de leur direction, de Sarah Legrain notamment, qui lui fait ce reproche. Et enfin, je veux dire, il y a plein de questions. C’est vrai que si on avait eu le contradictoire, peut-être qu’il aurait pu nous expliquer ça aussi, Eric Coquerel. Il a décidé de ne pas le faire.
David Dufresne
Vous savez pourquoi est-ce que c’est ensemble qu’ils ont décidé de ne pas le faire ? Parce qu’il y a certains qui vous parlent, donc est-que c'était avant la rédaction du bouquin ou est- ce que certains vous ont parlé quand même pendant ?
Charlotte Belaïch
Tu veux dire, les gens qui sont cités ?
David Dufresne
Oui oui, mais qui sont encore à LFI je veux dire,
Charlotte Belaïch
Ceux -là on les a eus avant, et on les as encore aujourd’hui d’ailleurs. Et après, pour le contradictoire, est-ce que c'était coordonné ou pas leur volonté de ne pas répondre ? À vrai dire, j’en sais rien, mais j’ai plutôt l’impression, puisque, c’est ce que racontait Olivier, Bompard a été désigné pour nous répondre, c-à-dire qu’il y a eu un accord sur le fait que c'était lui qui allait répondre pour les autres.
David Dufresne
Alors je vois dans le tchat qu’on dit que vous n’avez pas posé des questions des gens, alors c’est notamment Bompard qui vous reproche de ne pas l’avoir interrogé. Est-ce que vous voulez répondre à ça ? Sur le fait qu’il aurait dit, Mélenchon lui aurait dit achète-toi un cerveau.
Charlotte Belaïch
Bon, on a déjà répondu à plusieurs reprises, mais du coup, visiblement, le message n’est pas passé. On a évidemment eu Manuel Bompard, etc. Mais ce qui est intéressant, ce qui vraiment très intéressant sur ce sujet-là, c’est que Manuel Bompard ne va pas nous dire « bien sûr, il m’a dit ça, Jean-Luc Mélenchon, il m’a humilié publiquement devant pas mal, devant plusieurs personnes, etc ». Mais c'était inimaginable. Ce que ça raconte, ce passage-là ? C’est que Manuel Bompard, lui-même a été mis au banc, il n’a pas été victime de purge lui. Il a été lui-même mis au banc à une période où Jean-Luc Mélenchon lui reproche le fiasco des européennes de 2019. Et derrière, du coup, c’est là la vraie émergence d’Adrien Quatennens, d’ailleurs, à cette période-là, plus ou moins. Et d’ailleurs, ce qu’on raconte, c’est que Jean-Luc Mélenchon joue de la dualité entre les deux nouveaux, en fait, qui sont les deux nouveaux cadres de la France insoumise. Et donc, Bompard est mis au banc. Quatennens monte, et puis tombe après avec son affaire. Et Bompard repart. Il redevient le coordinateur de la France Insoumise. Il n’a pas envie de revivre ça, Manuel Bompard. Il l’a déjà vécu une fois, Paul Vanier aussi. Une fois, ça suffit. Ils savent que si Jean-Luc Mélenchon décide et retrouve un leader, enfin un jeune leader, et bien ils sont de nouveau mis sur le côté.
Charlotte Belaïch
Et par ailleurs, toi non plus ils t’ont pas répondu sur le contradictoire. Pourquoi ils ne répondent pas et pourquoi ils orientent le débat sur des polémiques ridicules, je repense au truc du vin jeune de Mathilde Panot parce qu’ils savent que ce qu’on raconte est vrai. C’est pour ça qu’il ne le conteste pas. Et d’ailleurs, ce qu' on nous raconte, c’est qu’entre eux, tout le monde se suspecte de nous avoir parlé. Bernalicis pense que c'était Quatennens qui nous a raconté les trucs sur lui. Parce qu’en fait, ils savent ce que l’on raconte. D’où les polémiques ridicules sur des détails. Parce que l’essence même du livre, donc ce qu’on raconte... C’est-à-dire une violence, une interdiction du débat qui est pensé comme un système politique qui interdit la contradiction pour asseoir la domination d’un homme et sa conquête du pouvoir, ils savent que c’est pas contestable parce qu’ils le vivent en fait eux-mêmes en fait.
Olivier Pérou
Et d’ailleurs j’ajoute juste aussi pourquoi on ne leur pose jamais, parce que du coup, ce qui est normal, on adore répondre à ces questions, mais pourquoi on ne leur pose pas des questions sur les révélations sur les VSS ? Il n’y a pas eu une question à Manuel Bompard sur la photo de Ugo Bernalicis sur les témoignages visant Thomas Porte. Pas une question. Et sur l’organisation financière aussi. Voilà, sur Sophia Chikirou. Juste avant la sortie du livre, il y a eu le complément d’enquête. Mathilde Panot est sur le canapé rouge et on lui met le sms de Sophia Shikirou, qui est quand même un sms très violent, qui a une connotation à tout le moins homophobe. Et elle explique face à la caméra que Sophia Chikirou n’a jamais été punie, c’est pas le bon mot, mais sanctionnée en interne. Pourquoi Sophia Chikirou n’a jamais été sanctionnée pour des propos homophobes ? Quand on est un parti de gauche, enfin en tout cas c’est ce que j’estime, quand on est à un parti progressiste, les valeurs de lutte contre l’homophobie, de luttes contre le sexisme et les violences sexistes et sexuelles, bah on a quand même ça chevillé au corps.
Olivier Pérou
Alors je vois que Sophia n'était pas à LFI à l'époque mais au Média, non, elle était à la France Insoumise, Sophia Chikirou
David Dufresne
Caroline Fiat vous a accusés de ne pas raconter sa situation familiale dans les termes exacts. Est-ce que vous voulez lui répondre ou pas ?
Olivier Pérou
On a des mails et des messages de Caroline Fiat qu’on ne révèle pas dans le livre parce que je pense que ce n’est pas nécessaire forcément... Enfin voilà, ce n’sait pas un personnage cardinal de la France Insoumise, Caroline FIAT, où elle écrit noir sur blanc, elle menace d’ailleurs de quitter son mandat de député à l'époque, elle écrit noir sur blanc qu’elle n’y arrive pas et qu' elle n’est pas soutenue par la France insoumise.
Charlotte Belaïch
Et elle menace de démissionner, moi j’ai même pas envie de rentrer là-dedans, et franchement, encore une fois, je trouve ça incroyable. Donc on a écrit un livre, et c’est notre procès, en fait. Depuis tout à l’heure c'était un procès. On me traite de sioniste, et franchement, je ne sais pas pourquoi, hein. Et je vois des commentaires, elle est énervée, ils sont énervés, je ne sais pas pourquoi. D’ailleurs, je ne me suis pas exprimée sur ce sujet, jamais, je ne sais pourquoi je l’aurais fait. Et tout le monde s’en fout, de toute façon, de ce que je pense. Ce n’est pas mon métier, je suis journaliste politique, j’analyse juste les rapports à gauche sur ces sujets éventuellement.
David Dufresne
Mais ça je suis d’accord, c’est totalement déplacé.
Charlotte Belaïch
Donc oui, au bout d’un moment, peut-être qu’on se tend un peu, mais c'était humain en fait, Bien sûr. Et vraiment, là c' est notre procès, quoi. Et vraiment je trouve ça fou, parce que il ne me semble pas que ce soit le cas à chaque fois qu’il y a un livre d’enquête journalistique, vraiment.
David Dufresne
Ah non, mais alors, bon, alors il faut prendre quelques instants. Moi je considère que c’est important de parler de ce livre
Olivier Pérou
On nous dit, allez chez Valeurs Actuelles, et un autre qui dit, non, on va pas chez Valeurs, on ne va pas dans les médias de droite qui ne font pas du journalisme. On vous a vu un peu partout quand même. Du journalisme qui est différente que ce que eux ils font et c’est peut-être d’ailleurs pour ça aussi qu’on a accepté ton invitation parce qu' on sait qu’ici on va pouvoir parler de la façon de faire du journaliste qu’on fait au début etc mais voilà on a fait du journal, on n’a pas fait ça pour être invités sur tous les plateaux, ne leur en déplaise de Monsieur Praud.
David Dufresne
Je sais qu’il est 19 heures et voilà, vous êtes pris, mais quand même, je voudrais qu’on parle des répercussions du bouquin. Je me rappelle que moi je vous ai invités, dès que j’ai vu les bonnes feuilles dans Libération, il fût un temps où Libération et dans le monde il fut un temps ou Libération ne publiait pas les bonnes feuilles.
Olivier Pérou
Il n’y a pas de bonnes feuilles dans le Monde.
Charlotte Belaïch
Dans Libé, oui. Et on publie toujours pas les bonnes feuilles,c'était pas les extraits ? Non, les extraits sont dans le Monde
David Dufresne
Ah, c’est chez vous et tout de suite, j’ai appelé Sandy, j’ai dit, ah ça, ça m’intéresse, sans savoir une seule seconde qu’il y allait y avoir, ce succès, puisque vous en êtes assez à la cinquième réimpression,. Moi, je considère que tout est sujet, qu’y a aucun problème, et après, on peut discuter des choses. Quand François Bayrou a, à côté de lui, à l’Assemblée, le livre, qu’ils n’ont manifestement pas lu,
Olivier Pérou
Je confirme, j’ai appelé quelques proches parce que j’y ai suivi la macronie quelques temps et j’ai appelé quelque proches et il ne l’a pas lu
David Dufresne
Qu’est-ce qu’on ressent quand on a fait deux ans d’enquête et tout d’un coup son livre dont la couverture est très efficace, on la voit même en plan large à l’Assemblée. Qu’est ce que vous avez ressenti à ce moment-là ? Par rapport à votre travail,
Charlotte Belaïch
Il y a une forme d’agacement de se voir instrumentalisé parce qu’on est dans l’instrumentalisme, enfin on est dans un exercice politique et ce n’est pas ce qu' on a envie C’est pour ça qu’on fait ce livre. Après, je veux dire, ça ne nous appartient plus. Il y en a un moment où ce qu' on fait du livre, comment on le lit, comment l’interprète, ce qu' en disent les médias, ce qu y a en édition sur les plateaux sur le livre, ça ne vous appartient plus. Je veux dire on ne peut pas contrôler de la même manière qu’en n'était pas comptable de ce qu’a dit Jacubovitch, on n’est pas comptable du fait qu’il revient avec le livre à l’Assemblée.
Olivier Pérou
Oui, un agacement, j’en reprends le Monde, un agacement. Mais ce livre ne nous appartient plus. Je veux dire, c’est à tout le monde de s’en saisir. Enfin, on peut parler de Bayrou qui s’en saisit, mais on peut aussi parler des messages que l’on reçoit de la part de la gauche, de certaines sources encore sur interne à LFI, de gens qui veulent témoigner, on parlait des VSS tout de suite. Pour qui ce livre est important aussi, parce que pour reprendre l’expression, enfin la dernière phrase du livre dans les remerciements, pour ceux qui veulent faire mieux, donc il y a un besoin aussi. Donc ça, on reçoit encore des messages de sur ça. Donc Bayrou, c’est un épiphénomène. Ce n’est pas le sujet de la commission d’enquête. Il a voulu faire un coup politique et c'était agaçant pour nous parce que ça instrumentalise.
David Dufresne
Sur la critique qui vous est faite de manière sourde, selon laquelle, Charlotte, depuis trois ans à LIBÉ toi, avant l’Express, vous travaillez sur LFI et vous êtes très critique, encore une fois, c’est votre droit.
Charlotte Belaïch
Dans nos rédactions ?
David Dufresne
Non, pas dans vos rédactions,
Olivier Pérou
Dans nos papiers ?
David Dufresne
Oui, dans vos papiers, oui !
Olivier Pérou
Ah bah je t’invite vraiment et j’invite tous les gens à aller relire les articles où on racontait la façon dont Jean-Luc Mélenchon, parce qu’on le voyait souvent à un moment de la Nupes Jean-Luc Mélenchon, dans l’Express dans Libé et où la façon Jean-Luc Mélenchon retournait les socialistes et maîtrisait la négociation de la NUPES moi je me souviens de messages que m’envoyait la tâchée de presse de Jean-Luc Mélenchon pour dire ah il est génial ce papier ! Et même un autre exemple, on a raconté Charlotte et moi aussi les dîners secrets de l' Union de la gauche il n’y a pas très longtemps. Et ces dîners ont été récupérés par la direction de la France Insoumise. Donc ils dinaient avec un millionnaire, un ancien entrepreneur, Olivier Legrain. Il y avait François Ruffin, Alexis Corbière, etc. Vous en parlez dans le livre. Qui révèle ça ? C’est nous. Mais non, mais on en parle dans nos papiers avant, à l’Express. C'était nous qui révélions l’existence de ces dîners. Et les Insoumis, à cette époque, trouvent ça génial. Deux youtubeurs très proches de la France Insoumise, Dani Erase, font toute une vidéo sur cette enquête et qu’ils adorent, etc... Combien ça démontre, notre enquête à l'époque démontre qu’ils essayaient de faire un enfant d’un dos à la direction de la France Insoumise. Donc à l'époque, mon enquête, il fallait la croire, mot sur mot, elle était formidable, mais quand j’enquête sur eux, bah du coup on ne croit plus du tout. C’est formidable. Donc en fait, à charge, à décharge, ça veut rien dire, je pense. Moi je pense, mais tu ne peux pas faire le contraire. Et les papiers, enfin la façon dont on racontait Jean-Luc Mélenchon au moment de la NUPES, vraiment les gens allaient lire
David Dufresne
Êtes-vous surpris réellement par le succès de votre livre, de votre travail ? Et donc je continue sur ce que je disais tout à l’heure, c’est-à-dire une critique qui vous est faite, alors tu dis qu’elle est injuste, dont acte.
Olivier Pérou
Je dis, je pense pas pareil. C’est juste, si vous voulez, ça soit juste.
David Dufresne
C’est un prolongement, le livre est un prolongement de cette diabolisation de LFI, dont vous parlez, vous parle même de Diodenisation. Oui, mais c’est important de le mentionner ! Ce n’est pas vous, mais vous ne reprenez pas la personne.
Charlotte Belaïch
Alors oui, et sur un sujet particulier. C’est une analyse de Corbière, de la façon dont Jean-Luc Mélenchon a accepté la caricature qui a été faite de lui sur la question d’antisémitisme, pour être précis.
David Dufresne
Alors pour être précis, par ailleurs Mélenchon vous a traité, et c’est parfaitement dégueulasse, d’agent du Likoud Voilà, de dégénérés, puisqu’il a expliqué que le 13 mai à Aubenas, il a parlé de vous comme étant des dégénérés. Des gens dégénèrent. Et il a dit « je ne l’ai même pas lu votre livre, je ne veux pas le lire, je veux pas qu’il m’abîme, je veux pas qu’il me rentre dans la tête ». Bon, moi j'étais choqué, n’empêche, par la reprise sans contestation, le début de la dieudonnisation, parce qu’on sait ce que ça signifie, mais et j’en terminerai là parce que vous êtes pris par le temps. Hélas, il y a un très beau passage à la fin parce qu’en fait, à la fois, je me demande même si vous ne faites pas une déclaration d’amour à Mélenchon. Non, non, c’est vrai, il y a du lyrisme qu’on n’a pas ailleurs dans le bouquin, mais surtout, je voudrais retrouver une phrase de quelqu’un qui vous parle. Non, pardon, excusez-moi. C’est lui-même qui parle, vous le citez. Conférence de presse en 2022. On psychologique, on dit que je suis mon propre ennemi, comme tout le monde, le risque, c’est qu'à force de présenter cette image, je l’intériorité. Est-ce qu’on peut philosopher deux minutes là-dessus ? Pourquoi vous avez mis cette phrase que je trouve très intéressante ? Et ensuite, je vous pose une question.
Charlotte Belaïch
Moi, je trouve qu’elle dit, c'était après une conférence de presse, donc à un moment où on pose nos carnets et il vient un peu nous parler, il y a plusieurs journalistes, et cette phrase, elle m’a vraiment marquée parce que je trouve que, déjà, elle me semble très sincère, je la trouve très humaine, et je pense qu’en fait, ça résume très bien la personnalité de Mélenchon. Et moi, je crois, quand il dit, le risque, c’est qu'à force.J’intègre cette caricature et je deviens mon propre ennemi, moi je crois que c’est ce qui s’est passé en 3 ans.
Olivier Pérou
Tu disais au début, est-ce que finalement, c’est une déclaration d’amour, je sais pas, mais enfin Jean-Luc Mélenchon, ce qu’on disait tout à l’heure, c’est quand même un personnage important au sein de la gauche, dans l’histoire de la Gauche, dans l’histoire de La Cinquième République. Enfin, on n’en fera plus des comme lui, entre guillemets. Et c' est quelqu’un qui est conscient. Et ça, oui, des moments un peu d’auto-introspection, il y en avait eu d’autres. Mais ça, il en a d’autres avec d' autres gens aussi. Et il est conscient de son avancée, de tout ce qu’il a été capable de faire, etc. Il est conscient donc de son plancher, de tout ce qu' il a construit, mais il est aussi conscient de ce plafond de verre qui se réduit. Il voit bien les sondages Jean-Luc Mélenchon. Dans les boucles Télégram, disons, on parlait des sondage au début du live, dans les boucles Telegram, on regarde les sondages, dans les discussions, là où je voyais tout à l’heure et puis dans l’exclusion sur X aussi, on nous rapporte pas mal de choses parce qu’on a quitté X, mais on voit bien les sondages, beaucoup de gens en parlent, parle du sondage, etc. Jean-Luc Mélenchon, il voit qu’en 2017, dans tous les sondages qui le testaient face à Marine Le Pen au deuxième tour, il les gagnait tous. Je crois qu’il en avait 4 ou 5 à l'époque. Donc il testait au deuxième tour un duel Mélenchon-Le Pen. Il les gagnait tous ! En 2022, sur les 4 de 2022, il n’en gagne aucun. Sur les 5 qu’il y a pour 2027, il n’en gagne aucun. Il regarde ça Jean-Luc Mélenchon, donc il voit son plafond de verre, il connaît son plancher. Il voit aussi son plafond de verre
David Dufresne
Mais cette citation que vous donnez m’a amené cette question, en fait, pensez-vous que, parce que tôt ou tard il le le lire le bouquin évidemment, pensez vous qu’il intériorise et qu’ils deviennent ce que vous décrivez, parce que moi je ne suis pas sûr que ce que décrivez est l’exacte vérité. Et l’autre question c’est, est-ce que vous ne pensez pas, j’ai quelques rumeurs qui me laissent entendre, que finalement le livre le servirait, au sens du resserrement.
Charlotte Belaïch
Oui mais c’est ce que je disais au début, c'était dire que ça resserre le clan, ça me semble évident, et on s’y attendait un peu. Mais le problème de Mélenchon, ce que tu viens de dire, ce n’est pas son socle, son socle qui est aussi entre 10 et 15 % selon les périodes, selon les études d’opinion, il est là et il est hyper solide, et c’est sa force aujourd’hui, mais son problème c' est son plafond de verre, et si tu veux, moi je pense que l’enjeu pour lui, c’est de réussir, déjà sans parler même des tensions qui cristallisent des gens qui aujourd’hui n’aiment pas Jean-Luc Mélenchon, l’enjeu c' est qu’il réussit à mobiliser le vote utile comme il l’a fait en 2022. Moi je suis pas sûre qu' il puisse y arriver aujourd’hui,
Olivier Pérou
En tout cas, ce qu’il démontre depuis 2022 ne provoque pas ça.
David Dufresne
Ultime question, après je vous libère, qu’est ce que nous avons fait pendant une heure et quart ? C’est une question rituelle.
Olivier Pérou
Tu nous as posé des questions, on a essayé d’y répondre du mieux qu’on pouvait.
Charlotte Belaïch
Ouais, on a fait un peu notre procès aussi quand même.
Olivier Pérou
Ouais pas mal, pas mal mais voilà, mais on invite les gens vraiment à lire le livre et comme tu l’as fait.
David Dufresne
Mais vous, vous faites le procès, attends, je suis à mon tour d'être surpris quand même.
Olivier Pérou
Non, non, alors, oui mais toi, enfin je veux dire, t’as lu le livre, tu l’as corné, t’as marqué des citations, des pages, etc. Tu nous as posé des questions qui, c’est sûr, enfin ça c' est humain, quand on fait un travail de deux ans d’enquête, ça nous titille, on répond, on réagit, on raconte ce qu’il y a dans le livre etc. Et sur ce qu' on a travaillé etc. Moi j’aimerais bien que Jean-Luc Mélenchon lise ce livre. Ça aurait été intéressant qu’il ait lu ce livre, alors après, il ne le fera pas. Tu dis qu' il le fera, moi je ne pense pas qu’il le fera.
Charlotte Belaïch
Moi je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi, Je pense même qu’il a lu des passages. Il a essayé de l’avoir et ils ont réussi à l' avoir avant la publication. Donc, c’est que ça devait quand même un peu l’intéresser. Et quand je parle de procès, je ne parlais pas forcément de toi.
David Dufresne
Comment ça avant publication ?
Charlotte Belaïch
La direction de la France Insoumise a contacté des journalistes qui avaient reçu le livre comme on le fait. On envoie quelques jours avant le livre dans des rédactions qui veulent potentiellement parler du livre pour qu’ils puissent le lire et savoir s’ils veulent nous inviter ou pas. Et la direction de La France Insoumise a appelé des journalistes qui l’avaient reçu pour qu’ils leur envoient le PDF qu’il avait reçu. Et il y avait un PDF. Donc quelqu’un, un journaliste a dû le faire parce qu’il y avait un PDF en circulation avant la sortie du livre que la direction de la France Insoumise avait reçue. Donc, manifestement, ça l’intéressa un peu quand même.
Charlotte Belaïch
Il regarde sa montre, c’est normal, le tchat vous dit qu’une partie du tchat a aussi lu le livre.
Olivier Pérou
Ah bah, j’ai pas vu d’accord.
David Dufresne
Merci beaucoup d’avoir eu la gentillesse de venir.
Olivier Pérou
Merci, merci pour l’invitation. Non mais c’est un exercice génial moi, j’aime bien, c' est bien.
David Dufresne
Mais c’est dommage parce que normalement ça dure 2 heures, on a plus de temps, c' est moins speed et bon allez.
Olivier Pérou
On a des enquêtes à mener.
David Dufresne
Très bien, bonne soirée. Merci, voilà : la Meute enquête sur la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

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