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« La Syndicaliste » : le film événement. Le réalisateur Jean-Paul Salomé et la lanceuse d’alerte Maureen Kearney convoqués

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café et amis des fusils, comme vient de me le dire Jean-Paul Salomé, réalisateur qui, en régie, a mis des fusils, des fusils qui partent à l’heure pour une fois. Amis du café, amis de la police, amis des syndicalistes courageuses, des lanceurs d’alerte, du cinéma qui renoue avec la réalité. Bienvenue Auposte ! J’espère que mes invités sont prêts l’un est à droite.
Jean-Paul Salomé
Géographiquement en tout cas.
David Dufresne
À gauche Mon incarné syndicaliste CFDT d’Areva prenez votre temps C’est dans l’autre sens. Si on a un grand réalisateur à côté de nous, il va peut être vous expliquer ce qu’il faut faire.
David Dufresne
Voilà comment il faut glisser.
Jean-Paul Salomé
Tout est à l’envers. C’est assez troublant. Maureen, Faut que tu te recadre dans l’autre sens.
Jean-Paul Salomé
Voilà. Ah là c’est très archaïque, mais.
David Dufresne
Oui, j’ai plusieurs cordes.
Jean-Paul Salomé
Sais ça, c’est compliqué votre truc, là, hein ? Et comment ça se fait qu’elles se voient ? Moi je me vois, alors c’est bizarre qu’elles se voient. Voilà. Là, c’est bien Maurice, non ? Bah, elle va trouver sa place.
David Dufresne
Et bien d’ailleurs, c’est tout l’objet du film, non ?
Jean-Paul Salomé
Oui, tout à fait. C’est quoi une belle métaphore ?
David Dufresne
Jean Paul C’est quoi le message ? En attendant que Maureen se place ?
Jean-Paul Salomé
L’objet du film, c'était faire connaître au plus grand nombre l’histoire de Maureen Kerner, qui était relativement méconnue. L’objet du film, c’est ça ? Absolument. Et c’est le but de ce film. C. C. C’est le livre de Caroline Michel Aguirre, la syndicaliste, qui est un livre de cette journaliste de l’opus, qui est donc un livre qui n’est pas un roman, qui était une enquête et qui, qui dont j’ai lu, que j’ai lu très tôt, très tôt, au moment où le livre allait sortir et en découvrant ce livre, j’ai eu envie de raconter cette histoire dont je me suis aperçue que peu de monde la connaissait, que c'était une histoire relativement inconnue. Malgré la force de cette histoire, malgré ce qui est arrivé à Maureen, malgré son personnage, malgré les hommes politiques qu’elle avait fréquentés. Il y avait tout le background et cette histoire folle et glaçante. Et j’ai eu tout de suite envie d’en faire un film.
David Dufresne
Mais, mais, mais dans votre filmographie, ce n’est pas forcément quelque chose de courant de prendre une histoire vraie pour la. Petite fille, de prendre le parti, de prendre des histoires vraies ? C. Ça a toujours été une base de ma filmographie. C’est à dire que vous prenez aussi bien quand j’ai fait des comédies comme Restons groupés et L’histoire des Boys, c'était une histoire à la base qui était tirée d’un fait divers qui avait été relaté par Le Monde, les mêmes aux premiers films Les Braqueuses. C'était une histoire basée sur un fait divers réel.
David Dufresne
C'était avec l’envie de faire connaître, d’utiliser le cinéma, si je veux bien sûr communiquer.
Jean-Paul Salomé
C’est tout à fait. Mais c’est pour ça que je dis que ce n’est pas si loin de ce que ça. C’est loin de ce que j’ai fait avant. Mais je vais dire, ma démarche n’est pas. La démarche, c’est une sorte de continuité. C’est-à -dire que tout d’un coup, je me suis pas dit je vais chercher une histoire vraie. Je suis souvent partie d’histoires vraies et il se trouve que ce coup ci, c'était aussi une histoire vraie, mais avec une force incroyable et qui allait sur un terrain plus politique et plus et plus, je dirais réaliste parce qu’on parle de gens qui sont au pouvoir, d’industriels, etc. Mais pour moi, c’est pour ça que je n’ai pas l’impression d’avoir fait. C’est une sorte de continuité dans mon travail finalement, mais qui va sur un autre terrain. Mais, mais j’insiste beaucoup parce que ce n’est pas pour comprendre ma démarche. C’est ça aussi qui m’a attiré. Mais comme m’avait attiré il y a 20 ans le fait divers sur les tourismes. Sauf que là, c’est une histoire beaucoup plus forte et qui met en cause des choses beaucoup plus lourdes et beaucoup plus importantes dans la dans la société. Mais, moi dans ma tête, je réfléchis un peu pareil. Et à partir de là, j’ai voulu m’approprier. Le fait divers entre guillemets, qui est quand même un, même si c’est beaucoup plus conséquent que d’autres histoires. Mais à la base, c’est vrai que c’est aussi le côté fait divers finalement qui m’a qui m’a attiré dans cette histoire. Et c’est dans ça que je dis que c’est une sorte de continuité. Et ce n’est pas tout à fait quelque chose de diamétralement opposé à ce que j’ai pu faire avant finalement, mais en allant plus dans une direction politique et forte, évidemment. Bien sûr, de par l’histoire même et de par l’histoire de Maureen.
David Dufresne
Maureen, je vais vous faire grâce de raconter ce qui vous est arrivé. Je reprends, je reprends le pitch. Bien, j’en parle bien. La tasse, même si c’est du thé et qu’ici c’est le café. Un matin, Maureen siffle On vous avait pas dit que t’avais pas prévenu. Maureen Donc c’est vous vous êtes incarnée à l'écran par Isabelle Huppert. Vous avez été agressée violemment chez vous. Vous travailliez à l'époque sur un dossier sensible dans le nucléaire français où vous étiez représentante CFDT des salariés d’Areva. Et vous allez subir des pressions politiques extrêmement importantes, des pressions d’enquêtes, des pressions aussi médiatiques. On en parlera à la fin du film. Il y a tout un rapport avec les journalistes qui m’a, qui m’a beaucoup intéressée aussi. Et les enquêteurs ne vont trouver aucune trace de vos agresseurs. Est-elle victime, ennemie, victime ou coupable de dénonciation mensongère ? C’est tout l’objet du film. C’est tout l’objet de votre vie. Et donc on y va évidemment avec, avec délicatesse. J’ai écrit le film de Jean-Paul Salomé qui est ici à droite, avec Isabelle Huppert, en parfaite doublure d’une véritable lanceuse d’alerte. C’est vous est un film comme on les aime, tordu, pétri de vérité, fait du meilleur bois, fraudeur, doute et scandale d’État. Avec en arrière fond la guerre énergétique larvée, Areva, le nucléaire, EDF et les sales coups commis en notre nom. Il y a déjà dans le chat des. Des gens comme Kalev qui disent qu’ils vous disent à tous les deux Je sors, Je suis sorti remué du film. Merci. Merci à vous. C’est un film très fort, très réussi, vu déjà deux fois, nous dit Dada. Maintenant que vous êtes bien installé, que Jean Paul, avec sa maestria, vous a placé comme il fallait, quelle est votre sensation aujourd’hui, après tant d’années de lutte, de combat, de voir votre histoire à nouveau à la une de l’actualité avec Isabelle Huppert dans le métro qui vous incarne ? Comment on sort de comment on vit ça ?
Jean-Paul Salomé
Il y a son mari qui est très bon pour le son.
David Dufresne
Alors arrive alors son mari dans le film, c’est quelqu’un qui est dans la musique qui tourne, ingénieur son il est quoi ?
Jean-Paul Salomé
En réalité il est ingénieur du son. Il était, il était ici, Il s’occupe de grands événements sonores. Il a travaillé dans des émissions de télé et ensuite il a sonorisé pas mal de concerts, de choses de tous genres et. Et voilà. Donc ça, c'était. Oui, oui. C'était quelque chose qui était assez proche de la réalité. Tout à fait. Donc Gilles interprète, qui est interprété dans le film par Grégory Gadebois.
David Dufresne
Absolument, et qui d’un regard transmet pas mal de choses quand même parfois. Et il est quand même, il est quand même étonnant.
Jean-Paul Salomé
Oui, oui, parce qu’on a essayé de retranscrire ce qui s'était passé. On a essayé de retranscrire le personnage, mais quand on a commencé à écrire avec Fadette Doire, en fait, on a rencontré Maureen, sa famille, on a raconté Gil, Fiona, leur fille. Et c’est vrai que lors de cette rencontre là, il y a des choses que j’ai perçu, que j’ai cru percevoir que sur le rapport, sur vous, sur lui, sur elle, sur cette famille et que j’ai eu envie de retranscrire. Voilà. Et c’est vrai que le côté de ce personnage de Gil, très décalé dans cet univers, dans un univers totalement différent, à 100 lieues de la politique de l’industrie, de ce que faisait Maureen, de son travail. Je trouvais ça intéressant de retranscrire ce couple qui était très comme ça, qui pouvait de l’extérieur paraître assorti de curieuse manière on va dire, et qui en même temps c’est sa force. Voilà, c’est la force de ce couple qui a, qui a pu résister à cette histoire extrêmement dure et même à vivre pour un couple. Donc c'était ça que je trouvais assez beau Et le choix de Grégory Gadebois, de ce comédien assez terrien, assez dark dans quelque chose d’extrêmement humain. Je trouvais que, au milieu d’un univers quand même où autour de Maureen, ce sont beaucoup de personnages à sang froid comme on dit, aussi bien les politiques que les héros, les industriels de haut niveau ou les PDG qu’elle a fréquenté chez Areva, chez EDF et ailleurs. Je trouvais qu’il y avait une opposition avec ce personnage extrêmement humain et plus proche de nous tous, de nous spectateurs en fait. Gilles c'était aussi un moyen de, avec Grégory, de raccrocher le spectateur à cet univers qui n’est pas forcément très agréable, avec des gens qui sont quand même pas forcément les plus cool et les plus sympa de la Terre on va dire. Jean-Paul
David Dufresne
Je vois que l’ingénieur du son est en train de s’activer. Maureen est ce que vous entendez déjà ?
Jean-Paul Salomé
Mais on n’entend pas Maureen.
David Dufresne
Alors pourtant, je dois dire j’en profite Jean-Paul je ne sais pas si vous savez, mais je dois avertir tout le monde. Nous avons le même producteur alors il ne produit pas. Ou ce Monsieur Bertrand Febvre, Il a produit un de mes films. Voyez s’il est là Et s’il était là, je voulais le dire à tout le monde, par loyauté, par honnêteté intellectuelle.
Jean-Paul Salomé
Maintenant, bien sûr d’ailleurs je le salue parce que ce n’est pas évident de produire un film comme ça dans le spectre du cinéma français. Les gens, quand on fait des débats, quand on présente tel film dans les salles et on dit toujours "Mais vous êtes courageux, c’est très courageux". Il y a très peu souvent des films comme ça, où les noms, les gens sont nommés. Bon bah c’est vrai que c’est quelque chose de pas très commun, mais en même temps c’est quelque chose qui pour nous était évident dès le début avec Bertrand. Parce que Parce que le but de ce film, comme je l’ai dit au début, c'était de remettre en lumière l’histoire de Mark Carney et remettre en lumière les histoires d’amour, une caresse et forcément la nommer à partir du moment où on l’a nommé et on l’exposait Ce n'était pas possible de ne pas nommer les autres. Il n’y avait aucune raison de mettre à nouveau comme incarnait et de se dire les autres, ils n’ont pas aimé. Parce que si, Parce que ça, parce que voilà. Donc on est prudent, on ne va pas les nommer. On a ri, on a fait le choix de les nommer et voilà qui est Galoche. Voilà, c’est d’abord un choix. Respectueux humainement par rapport à Maureen. Et puis c’est aussi quelque part un choix cinématographique par rapport à ce type de film ou ce film essayait de rentrer dans une tradition de films politiques qui vont des films de Costa aux films de Boisset et d’autres. Et quand ces films-là s’attaquent à des histoires contemporaines de leur époque, en général, ils nommaient les gens aussi. Voilà ce qui est aujourd’hui devenu un truc beaucoup plus frileux dans le spectre du cinéma et du cinéma français. Mais on a essayé, on a réussi à conserver cette philosophie.
David Dufresne
Alors, c’est ce qui fait que le film est singulier. C’est pour ça que le titre n’est pas terrible. Je n’ai pas trouvé mieux, mais j’ai écrit. Quand le cinéma français renoue avec la réalité, le titre de l'émission parce que c’est ça, j’ai pensé aux films de Gavras parce que vous les avez pas cité. Moi je vous ai cité, mais on n’est pas obligé de parler d’eux. Mais je veux juste dire qu’il y a. Il y a Yvan Attal qui incarne Luc Oursel, qui est le numéro deux d’Areva et qui va très vite devenir numéro un. Il y a Marina Foïs qui incarne Anne Lauvergeon sous ce nom là, qui à l'époque la patronne d’Areva, il y a sont cités. Il y a Montebourg qui est incarné par François Hollande, est cité, etc. On a absolument perdu cette habitude là. Le choix, évidemment, vous pose la question à 1 000 € quels sont les risques juridiques et comment on écrit une histoire par rapport à ça ?
Jean-Paul Salomé
Avec les risques juridiques était estimé dès le début. Bertrand Sève a fait examiner le projet et le scénario par un cabinet d’avocats. Donc voilà, il y avait des choses qu’on a dû rectifier un peu pour ne pas laisser de possibilité de diffamation ou de choses comme ça, des fois sur des choses très personnelles. Voilà, il suffisait de mettre le nom de quelqu’un. Bon bref. En tout cas, le scénario a été un peu bordélique et on savait que oui, qu’on pouvait le faire, qu’on pouvait y aller avec des risques bien sûr, Mais je veux dire qu’on était dans un cadre où on savait à peu près que rien que le film ne pouvait pas être interdit, que tout d’un coup on ne pouvait pas interdire la sortie du film. Ça, ça paraissait. Tout ça, ça n’a jamais été. Ça n’a jamais été une menace ou ça n’a jamais été quelque chose qu’on a eu au-dessus de la tête. On savait que le film sortirait. Que certaines personnes incriminées ou en tout cas nommées, dont le rôle s’avérait dans l’histoire relaté dans le film, pouvait ne pas être contente et se manifeste ce qui s’est passé. Mais, jamais le film n’a été en danger au point de ne pas sortir ou qu’on nous demande de couper des choses. Finalement, Il n’y avait pas de trucs de censure. Ce qui est plutôt rassurant en fait. Voilà, pour finir l’histoire des noms. Après, bien sûr, les avocats de certaines personnes se sont manifestés, ils ont vu le film. On a rajouté des cartons au début et à la fin à la demande de certains des protagonistes. Bon voilà. Mais le film existe, le film est là et le film a été diffusé dans des cinémas. Le film est coproduit par une chaîne qui est par plusieurs chaînes et par la télévision publique, par France deux, donc par France Télévisions. Il y a aussi le film a pu exister dans un cadre quasi normal de production quand même. Donc ça, c’est plutôt ça. Je trouve que ça donne confiance et c’est plutôt un signe.
David Dufresne
Ça ouvre des horizons.
Jean-Paul Salomé
Finalement, très clairement, et c’est nous aussi, notre responsabilité de cinéaste et de citoyen de se dire tiens, j’ai envie de raconter cette histoire, mais quand on vous dira non, c’est compliqué et puis c’est dangereux. Je ne dis pas que tout ça est très facile, mais la preuve que ça peut se faire,
Maureen Kearney
Bonjour.
David Dufresne
Bonjour.
David Dufresne
Bonjour. Merci infiniment d'être, d'être avec nous. Merci à votre mari qui est venu nous sauver. Vous avez donc posé une question. Par rapport à vous, intimement. C’est-à -dire qu’après ce que vous avez traversé, vous avez été violée. En fait, chez vous, vous avez eu. C’est une des toutes premières scènes du film, donc je ne divulgue pas. Mais vous avez été la série de coups de couteau avec un A qui n’est pas le À anarchiste mais qui pourrait être le à Areva. En tout cas, on ne sait pas, on ne connaît pas la signification de ce Ah ! Vous travailliez à l'époque pour Areva. Vous étiez la patronne ? Incroyable. La patronne, pardon, la patronne du syndicat, la cheffe, la représentante. Voilà, c’est ça le terme. La représentante CFDT. On n’a pas envie d’oublier une telle épreuve.
Maureen Kearney
Oui, j’ai beaucoup travaillé en thérapie et la thérapie m’a permis de prendre de la distance vis à vis de cet événement de ma vie qui est épouvantable. J’ai également appris à vivre chaque jour. Je. Je suis là aujourd’hui, mardi avec vous. Je sais qu’est ce que je vais faire aujourd’hui ? Donc c’est sous terre. J’arrive à avoir à nouveau des projets que je ne pouvais pas faire auparavant et ce film m’a permis quand même de rencontrer énormément de gens, énormément de femmes avec qui j’ai pu partager et à essayer de faire passer un message dont je parle souvent. C’est des puits aux histoires, on peut s’en sortir, c’est long, c’est douloureux, il y a énormément de souffrances, mais on peut sortir de l’autre côté. On peut retrouver la joie et se projeter dans l’avenir, avoir des projets. Même si je vis chaque jour, chaque jour. Voilà. Et bon, je ne sais pas combien de films comme je suis chez moi maintenant et je suis plus. Un petit peu dans la promotion, ça me semble un peu comme rêver. Ce n’est pas réel.
David Dufresne
Je vous laisse parler. Je veux vraiment ne pas vous torturer, mais je tiens à vous dire que le chat vous salue et salue votre courage. On vous envoie des. Bravo Madame, du respect.
Jean-Paul Salomé
Moi je voulais répondre à une question que j’ai vu défiler. Allez-y parce que je lis en même temps. Et il y a quelqu’un qui parle du cinéma français. Oui, mais le cinéma français, le but, c’est peut être de faire Astérix et les Trois Mousquetaires. Alors là, je sors de notre histoire et je réponds au cinéma français il y a évidemment le cinéma français. C’est aussi faire ça, c’est aussi faire Astérix et aussi faire Les Trois Mousquetaires, parce que finalement, c’est aussi le succès de ces films là qui permet à d’autres films de se faire. C’est aussi grâce à ça, tu sais, que la syndicaliste, par effet de ricochet, peut se faire finalement. Et ça, c’est un peu la force du cinéma français. Donc après, sans porter de jugement sur ces films là, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, qui des fois sont bien, des fois sont moins bien, des fois touchent le public, des fois pas personne. C’est. Mais je veux dire qu’il faut être conscient que le cinéma français est un des cinémas les plus diversifiés et c’est encore visible aujourd’hui, malgré la crise. Malgré tout ça, je ne dis pas que c’est que c’est facile et que les choses sont de mieux en mieux. C’est de plus en plus dur, c’est vrai, mais néanmoins, on a encore la chance d’avoir une certaine diversité qui est difficile à maintenir, mais qui par rapport à d’autres cinémas européens et quand même en France, est beaucoup plus forte. Et même le cinéma américain, le cinéma américain, la je finis avec ça. La cérémonie des Oscars, c’est très symptomatique. C’est un film qu’on peut aimer ou ne pas aimer qui ? Mais quand même un film grand public, assez malin, assez rigolo, qui gagne tous les Oscars alors qu'à côté vous aviez plein de films d’auteurs extrêmement pointus, et ça va du Spielberg à Star, à plein d’autres films qui ont été royalement ignorés quand même et qui, aux Etats-Unis, ont été des gros flop. Voilà, donc on y est. On est pas encore trop mal loti en France. Je ne dis pas que tout est simple et tout est facile. C’est de plus en plus dur, mais on a encore la chance de voir Astérix, les trois Mousquetaires, la syndicaliste et plein de films, et plein d’autres films, plein d’autres films et beaucoup de premiers films. Voilà, je referme la parenthèse sur le cinéma français.
David Dufresne
Mélanie, dit Gilles, votre mari, avait aussi sauvé notre projection de bibliothèque classée d'été quand les micros ne marchaient pas. Pour le débat, le binôme Maureen Gilles L’une libère la parole, l’autre met le son pour qu’on l’entende toutes et tous. Quand Jean-Paul vous a appelé la première fois pour prendre rendez- vous pour discuter de l’affaire. Il vous a dit que ce serait Isabelle Huppert qui serait dans votre rôle.
Maureen Kearney
Oui, il me l’a dit. Bertrand Febvre l’avait déjà parlé auparavant, mais une fois de plus, je n’y croyais pas vraiment. Et même jusqu’au tournage, quand je suis allé sur le tournage, c'était difficile de distinguer dans ma tête. La première fois que j’ai vu Isabelle Huppert sur le tournage, habillé comme noir, maquillé comme moi, avec encore des cheveux comme moi. C'était très étrange. Très étrange. De plus, elle était dans mon bureau en train de regarder un ordinateur avec un petit cahier à côté en train de monter. Et je faisais exactement ça quand je travaillais. Et Jean-Paul qui ne savait pas que je faisais ça, que je fonctionne comme ça, a trouvé cette façon de me montrer. Et la petite fille était avec nous et elle était vraiment bluffée. Elle disait Mais c’est qui ? Mais pourrait être copié ? Pourquoi elle te ressemble ? Qu’est ce qu’elle fait cette dame ? Donc c’est une fois de plus très étrange.
Jean-Paul Salomé
C’est vrai qu’Isabelle Huppert était dès le début sur le projet avant même qu’il y ait un scénario. C’est à dire que quand j’ai lu le livre de Caroline Michel Aguirre, je l’ai donné à lire à Isabelle Huppert aussi en lui disant Voilà, Lila, Isabelle, j’ai cette histoire me plaît, j’ai envie d’en faire un film. Qu’est ce que tu en penses ? Elle a lu le livre et elle est comme moi. Elle a été stupéfaite par l’histoire, très intéressée par le personnage de Maureen qu’elle trouvait extrêmement fort. Et voilà. Et elle m’a tout de suite écrit le scénario On fera le film ensemble, je vais le faire. J’ai très envie de le faire. On avait tourné avant la date, très différents, la daronne, et on avait envie de retraverser tout ça comme pardon.
David Dufresne
Où elle excelle aussi.
Jean-Paul Salomé
Bah oui Est ce qu’elle peut aller dans des registres différents, la daronne, la comédie et là autre chose ? Mais c’est vrai qu’elle a tout de suite, c’est aussi son truc de comédienne et sa curiosité, c’est-à -dire d’aller vers des univers différents, de raconter des histoires, d’aller dans des personnages où elle a tout de suite. Elle s’est tout de suite vue dans le personnage de Maureen et le fait que Maureen et Isabelle aient une certaine ressemblance corporelle sur deux femmes comme ça, de même taille, à peu près de même physionomie. Ce type de visage avec ça, ça, évidemment, c'était cinématographiquement, c'était aussi un plus et ça donnait très envie de se glisser comme ça dans la peau de Maureen. Carnet de cinéma. Voilà notre vision de Maureen. Mais ça, c'était un truc de comédienne très fort.
David Dufresne
Pour tous ceux qui ont vu le film ou ceux qui vont le voir vont effectivement être troublés par eux, par la ressemblance. Et je vais vous dire, Maureen même, je suis troublée par quelque chose qui m’avait un peu interloqué quand j’ai vu le film la première fois, c'était votre élégance, l'élégance d’Isabelle Huppert vous incarnant dans le film. Où ? Vous vous trouvez très élégante, plus élégante qu’Anne Lauvergeon, plus belle, plus chic. Alors je me suis dit bon, ça c’est un caprice de star. C’est Isabelle Huppert qui a dû exiger des petits costumes. Mais là, je vous vois et j’ai vu quelques photos.
Maureen Kearney
Bah oui, c’est moi. Et d’ailleurs souvent on me disait que je ne ressemblais pas à un syndicaliste, que je ne m’habille pas comme un syndicaliste. Et je me rappelle qu’une fois, on me l’a dit, j’ai demandé à la personne ciblée en magasin pour les uniformes que j'étais prête à aller en acheter un si on était physiquement de telle façon ou de telle façon. Donc dans les pays anglo-saxons, en Angleterre et en Irlande, c’est différent. Les syndicalistes s’habillent en costume cravate et en France, les syndicalistes ne s’habillent pas comme ça. D’un n’est pas mieux que l’autre, c’est simplement différent. Et moi, j’ai gardé ma façon de m’habiller en tant que irlandaise. Quand on sort, on s’habille, quand on va au boulot, on s’habille, on se maquille, on fait nos cheveux et ça a toujours été quelque chose. L’apparence. Sans aller à l’extrême, je veux dire, j'étais confortable dans comment je m’habiller et quand je me maquiller, et c'était ça qui était important que je sois moi même.
David Dufresne
Bien et je suis heureux. Le fan que je suis est heureux. J’ai ma réponse mais ce n’est évidemment pas l’essentiel du film. On est bien d’accord.
Jean-Paul Salomé
Il y avait une notion qui est importante quand même que je trouvais intéressante, c'était cette femme. C’est une tache de couleur au milieu de tous ces hommes.
David Dufresne
C’est avant tout un homme gris.
Jean-Paul Salomé
Et c’est vrai que les premières photos, je crois que la première photo que j’ai vue de toi, Maureen, c'était une photo où tu étais. Ces deux profils avec une porte entrebâillée et je crois que c'était une photo qui était dans Libé ou je ne sais pas où avec une veste bleue. Et cette première photo m’a vraiment marqué. D’abord parce que tout de suite, je me suis Maïs. Ça pourrait être Isabelle, Il n’y a aucun problème tout de suite. Moi, évidemment, le signal, je l’ai vu à la place. Mais c'était ce visage, c'était ce visage. Je le dis devant elle, mais extrêmement lumineux, qui renvoie de la lumière. Donc déjà le visage d’une femme qui renvoie la lumière, c’est déjà du cinéma à la base.
Jean-Paul Salomé
Isabelle, aussi, la force de cette comédienne, c’est au-delà du jeu. C’est aussi ce visage que la caméra filme, que la caméra transcende, que la lumière rend. Voilà, comme ça. Et ça, c'était important. Il y avait, c’est un peu, c’est un peu comment transmettre cette flamme intérieure, la lumière que quand on dit quelqu’un rayonne, ce n’est pas une blague, c’est quelqu’un rayonne. Et quand j’ai vu cette photo de Maureen, je me suis dit elle rayonne et je savais qu’Isabelle rayonnait aussi. Voilà donc il y avait une espèce d'évidence pour moi et la tache de couleur, ce visage assez pâle, avec ce rouge à lèvres assez soutenu et qu’on a soutenu aussi avec Isabelle et ses costumes. C’est comme une c’est de la peinture quoi. C’est des taches comme sales, assez violentes dans un univers quand même d’hommes et même, et même peut être que Lauvergeon s’habillait aussi de manière des fois Anne Lauvergeon un peu plus flashy et colorée, mais je tenais à ça. En tout cas, pour moi, il y avait quelque chose de l’ordre du cinéma et du personnage qui est important.
David Dufresne
En vous écoutant, je comprends que vous avez travaillé ensemble. Maureen. Vous n’avez pas été dépossédée de votre histoire par Jean-Paul. C’aurait été possible. Il y a aussi des cinéastes qui peuvent prendre la liberté de raconter une histoire et qui ne veulent pas être influencés par les protagonistes réels. Là, si je comprends bien, vous avez dialogué, vous avez travaillé ensemble.
Maureen Kearney
Oui, on a dialogué, on a travaillé ensemble et souvent je dis quelque chose qui est important pour moi. Avant de rencontrer Bertrand, Jean-Paul et d’autres personnes sur le tournage. J’avais beaucoup de mal avec des hommes que je ne connaissais pas. J’ai beaucoup de copains hommes qui datent d’avant l’agression, mais après l’agression, il y avait une barrière. Et grâce à Bertrand, grâce à Jean-Paul, j’ai ri aux connexions avec la confiance que j’ai pu avoir chez des hommes que je ne connaissais pas et chez Bertrand chez Jean-Paul. J’ai fait confiance tout de suite. Je ne sais pas pourquoi. Maïs il y a. Quelque chose chez moi qui marche. Je trouvais que là, il n’y avait pas de problème, que je pouvais y aller et je n’avais pas eu tort, je trouve.
David Dufresne
Donc, à l’origine, il y a évidemment votre histoire. Vous vous apprenez, je l’ai dit tout à l’heure, vous apprenez que Areva va être va brader son savoir faire aux Chinois, qu’il y a une magouille derrière EDF qui veut avaler Areva. Vous êtes au courant de ça vous ? Votre travail c’est moins sur l'énergie nucléaire que sur la sauvegarde de l’emploi de défendre vos camarades. On est bien d’accord, c’est avant tout votre mandat syndical et social qui vous fait aller au cœur d’une affaire d’État.
Maureen Kearney
Tout à fait. C’est une mandaté pour le contrecoup européen d’Areva, voté à l’unanimité pour essayer de trouver des réponses à ces documents que nous avions. La semaine avant l’agression, j’ai fait une présentation devant la CFDT que j’avais préparée. Et là, j’ai été mandaté pour aller chercher des informations sur ces fameux contrats. Donc c'était toujours, entre guillemets, un combat collectif. C'était un combat personnel que je menais sans l’aide de personne. Et d’ailleurs, je voudrais rajouter que la CFDT a toujours été là du début jusqu'à la fin, qui m’ont jamais lâché. Et ça c’est très important de le dire aussi car je trouve que les corps intermédiaires comme les syndicats aujourd’hui en France ne sont pas écoutés, sont mis de côté. Alors qui y travaille ? Qui a des propositions intéressantes et pourquoi on n'écoute plus personne au niveau des médias ? Vraiment, je me pose la question.
David Dufresne
Vous Jean-Paul, dans le livre que vous avez, que vous avez lu, Je marche et cherche son nom tout d’un coup. Caroline Si elle a écrit jusqu’ici ce qui vous plaît, où là où vous l’avez, vous l’avez racontée au début, ce qui vous a, ce qui vous a pris, ce qui vous a donné envie de faire le film. On ne va pas jouer du tout au jeu de qui et qu’est ce qui est vrai ? Qu’est ce qui est faux dans le film ? Parce que c’est la liberté du réalisateur et puis, en dépit du spectateur de se laisser. Mais on peut simplement dire que vous avez ajouté, me semble t il, de mémoire, il n’y a pas dans le bouquin de Michel la guerre, il n’y a pas les scènes familiales qui irriguent le film avec les copains. D’ailleurs, je salue Olivier Loustau avec qui j’ai un projet. Voilà qui est comédien, qui est l’ami d’Isabelle Huppert. Maureen Dans le film, il y a une nécessité à mettre de l’intime pour qu’un film comme ça, social et politique passe, que l’histoire en tant que telle passe mieux.
Jean-Paul Salomé
Ce n'était pas que ça passe mieux, c’est juste que ça me correspond à moi. C'était avec moi ce qui me plaisait dans l’histoire de Maureen, au delà de son combat ou c’est comme elle dit tout à l’heure. Ce n'était pas un film pour, ce n’est pas un film pour ou contre le nucléaire, ce pas un film, c’est d’abord j’y connaissais rien, sincèrement, je humblement, je n’y connaissais rien. C’est ce qui m’a donné confiance. Et le livre, parce que le livre était extrêmement bien documenté, extrêmement critique.
David Dufresne
Non plus. Et puis il a dit non à construire des centrales,
Jean-Paul Salomé
Et je sais bien, mais moi je ne suis pas, je ne suis pas homme politique, je suis cinéaste et ça, ça me va bien comme ça. Ce que je trouve intéressant et ce qui me réconfortait et qui m’a donné aussi d’y aller, c’est que le livre en lui même était extrêmement solide de par sa documentation, de par la manière dont c'était traité, mais que moi, à l’intérieur de ça, je sentais qu’il y avait des fenêtres ouvertes pour essayer de raconter de l’intérieur l’histoire de Maureen, de sa famille, de ce qu’ils ont vécu, de son rapport avec les gens de ça. Le film est vu à travers les yeux de Maureen, souvent quand même. L’histoire, donc c'était cette part là que moi, cinéaste et voilà. Et avec ma propre sensibilité, j’avais envie de raconter des petites choses, des fois à monter un peu les choses, à et à et à me projeter. Alors évidemment, j’essaie. On a essayé d’inventer et je pense que souvent on est retombé sur la vérité quasiment ou pas loin, parce que le cadre était tellement précis entre ce qu’il arrivait et le personnage que tout d’un coup on ne pouvait pas délirer, partir dans des directions totalement dingue. Mais néanmoins, il y avait cette notion à l’intime parce que. Parce que l’histoire de Maureen m’a beaucoup ému, m’a beaucoup touchée et que ce n'était pas juste une histoire politique. Parce que la politique, à un moment donné, ça a déteint sur votre famille, ça. Tous les hommes politiques avaient ou n’avaient pas de famille, avaient une vie ou n’avaient pas de vie. Dans le cas de Maurice Canet, je voulais aussi, moi, me projeter parce que je trouvais que c'était un moyen pour le spectateur de s’identifier à elle, de s’identifier à ses personnages et d’aller au-delà d’un simple film politique qui peut être très intéressant. Mais où ? Je voulais quand même cette notion là Et là, j’avoue que Maureen a été très formidable parce qu’elle n’a pas du tout interférer et jamais elle m’a dit je n’aurais pas fait ça, je n’aurais pas fait si ça ne s’est pas passé comme ça exactement, ça s’est fait. Elle a mal, elle nous a laissé faire. Après, évidemment, on lui a fait lire le scénario, elle a vu le film. Il y avait un respect mutuel à toutes les étapes. Mais ça, jamais. Je ne me suis jamais senti avec quelqu’un qui regardait derrière mon épaule en disant Ah non, non, ce n’était pas comme ça. Mais oui, mais ça arrive quand vous avez des questions, des gens qui vous disent Est ce que vous avez vu les autres personnages ? C’est absurde. Quel intérêt ? Parce que là, j’aurais eu quelqu’un derrière l'épaule qui m’aurait dit Ah non, ça ne s’est pas passé comme ça. Ah non, je n’ai pas dit ça. Ce n’est pas d’ici, c’est évident. Mais, mais, mais voilà. Mais en tout cas, il y a eu ce respect mutuel et j’en ai Évidemment, ça me touche beaucoup quand Maureen dit ce qu’elle vient de dire sur la confiance qu’elle nous a donné à Bertrand et à moi, et le fait de cette confiance à nouveau dans des hommes qu’elle ne connaissait pas assez. Rien que ça, ça me va moi, comme compliment. C’est mieux qu’une critique quatre étoiles dans je ne sais pas quel journal, c’est très bien.
David Dufresne
Oh, ça dépend. C’est bien quand il y a quatre étoiles d’ailleurs.
Jean-Paul Salomé
Mais ça, c'était plutôt flatteur.
David Dufresne
Oui. Ben oui.
Jean-Paul Salomé
Bien sûr, c’est les spectateurs, c’est très abondant. Moi, j’ai toujours fait des films.
David Dufresne
J’ai toujours fait des films pour des spectateurs.
Jean-Paul Salomé
Ce n’est pas ce n’est pas un truc de box office et se dire mais on a envie d’intéresser les gens. Quand on fait un film, on a envie que dans une salle, les gens voient le film et sont intéressés. C’est tout. Ce n’est pas plus compliqué que ça, ce n’est pas simple à faire.
David Dufresne
Pour moi. Jean-Paul Salomé voulait rendre Maureen humaine, tout simplement.
Jean-Paul Salomé
Mais la rendre, elle est humaine. Est ce que c'était retranscrire ça, ce n’est pas la rendre plus humaine que ce qu’elle n'était. Parce que justement, je pense qu’il y a un truc qui est très beau, c’est ce personnage humain au milieu d’un univers qui ne l’est pas forcément toujours. Voilà. Je pense que c’est. Un des nœuds du problème, c’est ça aussi finalement et que. Et que Maureen avait cette analyse, cette analyse là de la situation. Et les autres, forcément, on en avait une autre.
David Dufresne
Sur ce monde de lâches, ce monde où je parle j’ai des couilles ou je n’ai pas de couilles. Ce monde froid d’hommes, oui, c’est ça, de costards cravates gris. C’est ce monde là que vous décrivez Maureen Et on y ajoute quelque chose ou pas ?
Maureen Kearney
Je voulais simplement dire que j’ai toujours été moi. Je ne sais pas comment expliquer ça. Je suis Maureen avec ma personnalité, avec mes défauts, avec mes qualités, avec mon humanité et que je veux que je sois. Et si j'étais au travail ou si j'étais à la maison ? Je n’avais pas de personnage. Avec mes amis, je n’avais pas un autre personnage. J'étais toujours. Je suis toujours moi. Maureen. Donc si j'étais différente au travail. Et aujourd’hui, je me rends bien compte que j'étais différente. C’est peut être parce que je ne jouais jamais de rôle. J'étais moi, toujours.
David Dufresne
Oui, je vous entends. Je vous crois sur parole. Ce cadrage est parfait. La lumière est encore plus belle. La lumière, la luminosité dont parlait Jean-Paul tout à l’heure. Sauf qu'à un moment donné, on le voit bien dans le film. Fatalement, vous devenez un personnage public, même si votre viol va être, me semble t il, assez peu médiatisé, cette histoire, en effet. Jean-Paul Salomé, rappelé tout à l’heure, n'était pas. Elle n'était pas très connue. Aujourd’hui, elle est à l’affiche, au sens propre et figuré. Il y a plus de 200 000 spectateurs, il y a du monde tous les jours, etc. Donc cette histoire existe. Mais dans le film, on voit à un certain moment qu’il y a une médiatisation quand même qui apparaît avec. Alors ça je le dis parce que ça me fait marrer. Je crois que c’est votre mari qui vous donne Libération et Bouli, vous lisez une ancienne alcoolique devenue dingue. En tout cas, il y a un journaliste qui écrit ça, alors je ne sais pas si c’est Libé ou Le Parisien, je ne suis pas bien vu à ce moment-là, mais bon, Bref. RFI Libé, c’est Libé, c’est Libé et Libé. Libé ? Libé. Bref, j’ai passé dix ans de ma vie là-bas. Je peux me permettre un petit peu. Donc quand on devient un personnage public, comment on reste soi même ? Vous venez de me dire que j’ai toujours été moi-même. Mais comment fait-on quand on se retrouve au cœur d’un scandale d’Etat ?
Maureen Kearney
Je suis restée moi-même jusqu'à l’agression et à l’agression. J’ai passé des années et des années dans un état de sidération, de peur, de terreur. Être en alerte tout le temps, tout vérifier quinze fois s’il y avait quelqu’un que je ne connaissais pas dans la rue qui me regardait et j’avais mon cœur qui pesait trois tours. Qu’est ce qu’il voulait si je sortais de chez moi et je voyais un gendarme, je faisais demi tour, je rentrais à la maison et là, effectivement, pendant des années, je n'étais plus moi. Je n’avais plus cette joie de vivre, cette spontanéité J’ai toujours dit les choses. Je viens d’une famille, d’un pays où on dit les choses, on ne les cache pas. Et là, je me suis retrouvée pendant plusieurs années à essayer d'être tout petit à pas qu’on me voit car j’avais trop peur. Et la peur est quelque chose qui empêche toutes les autres émotions, toutes les autres réflexions à faire surface, de chercher la sécurité tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et vous ne le trouvez pas, cette sécurité est non seulement peur pour vous même, mais vous avez peur pour votre famille.
David Dufresne
Bien sûr,
Maureen Kearney
Pour mon mari, pour mes enfants, pour mes petits-enfants, mes proches. C’est pendant ces années-là n'étais pas moi même et c’est là où je sais qu’aujourd’hui je me suis retrouvé car je retrouve les sensations que j’avais auparavant. Cette confiance que j’ai toujours dans les gens, peut être à tort, mais je préfère être comme moi, avoir confiance chez les autres, même si des fois je me trompe peut être. Quelqu’un qui soit dans la méfiance comme je l’ai été pendant trop longtemps. Pendant ces années noires, j'étais tout le temps dans la méfiance. Et ce n’est pas on ne peut pas vivre sereinement, on peut pas vivre tout court, sauver quand on est dans cet état là.
David Dufresne
Mais où ? Excusez-moi, mais où est ce que vous avez puisé la force de ne pas être méfiante et donc d'être confiante ? Alors vous avez parlé tout à l’heure de Salomé et de Febvre, le producteur de réalisateur, mais j’imagine qu'à un moment donné, vous avez dû rencontrer Isabelle Huppert. Vous êtes peut être toutes les deux, et c’est quand même un risque incroyable que de se révéler à une actrice comme elle est.
Maureen Kearney
J’ai jamais senti un risque chez. Honnêtement, profondément. Dans mon for intérieur, c’est fort. Je n’ai jamais senti de risque. J’avais retrouvé cette confiance en l’humanité et je n’avais pas beaucoup confiance en nos institutions. Mais j’ai beaucoup, beaucoup de confiance dans les Français. Et j’ai très bien dit Hollande là. Et la question éternelle de ma famille et de mes amis, c'était Mais pourquoi tu restes dans ce pays ? Bref, c'était le oui et comprenais pas et je disais mais les français c’est des gens géniaux, c’est des gens généreux, c’est des gens intelligents, c’est des gens qui réfléchissent. Il ne faut pas confondre les Français avec quelques politiques qu’on connaît internationalement. Il y a un gouffre entre nous, les gens, les gens ordinaires et les élites qui nous gèrent. Les Français sont pas arrogants parce qu' à l'étranger, on parle beaucoup de l’arrogance de nos élites et moi je trouve d’aller personnellement vraiment chez les trouve pas, je vous trouve pas, je ne nous trouve pas arrogant une seconde.
David Dufresne
Vous avez parlé tout à l’heure d’institutions que vous n’aviez plus confiance dans les institutions. Vous avez expliqué que, à l'époque du drame, la vue d’un gendarme vous revenait. Il y a un gendarme dans le temps dans le film, qui est, je pense, un personnage de synthèse. Qu’importe, je ne demande pas si c’est le cas ou pas qui est incarné par Pierre Deladonchamps. L’adjudant Gendarme parce que ça se passe en lointaine banlieue, donc c’est la gendarmerie qui enquête. Et là, comme on est Auposte, évidemment on s’intéresse à ces questions là, ces questions policières. Est ce que vous pouvez l’un et l’autre raconter ? Alors, Jean Paul, votre traduction de ce qui s’est passé et vous nous expliquez combien la police, la gendarmerie en l’espèce, ne vous a pas cru et vous a toujours considéré comme coupable ? Il y a quand même des histoires incroyables qui sont racontées dans le film. Je vous laisse en parler aux gens qui ne nous écoutent pas.
Jean-Paul Salomé
Les deux choses qui m’ont toujours stupéfait dans l’histoire, c’est. Un Le rôle de la justice et de la police est à dire pourquoi ? Pourquoi les enquêteurs se sont mis à douter ? Dans quelle direction ? Pourquoi tous ces doutes s’insinuer et ce mécanisme de la justice est parti complètement en vrille et de travers. Ça, c’est la première question. Et ça, c’est la question, et je pense, est plutôt traitée dans le film. La deuxième question, qui n’est pas traitée dans le film et que j’ai découvert au moment de la sortie et maintenant c’est le poids de la presse en fait. C’est pourquoi une partie de la presse n’a pas parlé de Sophie, pardon, de ces histoires à la base quand elle est arrivée. Pourquoi certains en ont parlé de cette manière là ? En fait, moi j’ai découvert ça. C’est-à -dire que, la presse a un rôle et est le silence de la presse des fois, et ça signifie quelque chose. Ça veut dire que des fois, la presse veut parler d’une chose et pas d’autre chose que des journaux en parle, que le fait qu’un journal en parle l’autre ne veut pas en parler parce que il y a une espèce de rivalité entre eux, entre journaux, entre organes de presse. Là, on se dit mais où est la vérité dans tout ça ? Et est ce que les gens jouent leur rôle ? Pour revenir à la justice et à la gendarmerie de Versailles, donc, qui était chargée de faire cette enquête qui pourtant est un lieu extrêmement connu, où il y a eu des grandes enquêtes menées où il y a eu souvent.
David Dufresne
Les gens de Versailles. C’est quelque chose, il y a eu des faits.
Jean-Paul Salomé
Non, mais bien sûr. Donc, c’est très important. Ce n'était pas une petite gendarmerie du fin fond de la France pour vexer personne, mais bien sincèrement. Alors c’est vrai que dans le film, on a, comme vous disiez tout à l’heure, regroupé en un personnage de Pierre Non Champ, qui était plutôt, je crois, deux ou trois enquêteurs avec une équipe autour. Ce n'était pas un type tout seul dans son bureau. Là, on a fait ce personnage et son équipe alors qu’en fait ils étaient deux ou trois. Mais le résultat est le même. On a fait ça pour des raisons de cinéma, pour pas qu’il y ait trois personnages, mais c’est ce qu’ils ont fait, ce qu’ils n’ont pas fait, la manière dont ils l’ont fait. Je pense que là on a plutôt suivi le déroulé des choses telles qu’elles se sont passées, jusqu'à cette fameuse reconstitution qui était absurde, à laquelle personne s’opposait. Et l’avocat qui défendait Morin à l'époque aurait dû s’y opposer parce qu’elle n’avait rien de légal de ramener Morris chez elle avec tout le monde au milieu des interrogatoires et lui refaire faire ça comme si on était un club théâtre, en gros, à rejouer la scène en face, c'était complètement vu de l’extérieur, ça paraît dingue, mais il y a quand même eu des tas de vies comme ça qui heureusement ont été après mis en avant par Maître des Mimes lors du deuxième procès et ont permis d’arriver à un changement, en tout cas l’abandon des charges qu’il y avait contre Maureen. Mais c’est vrai que c’est délirant, C’est délirant ce regard des hommes sur Maureen, sur cette femme et que chacun ait pu avoir le doute. Alors je pense, il y avait quand même une grosse pression de tout le monde, c’est que chacun avait la pression d’un échelon supérieur, que les gendarmes avaient la pression d’un procureur qui lui même à des pressions, d’un ministre qui lui même. Enfin voilà, je pense qu’il y a eu une cascade de pressions et d’interprétations de cette histoire parce que Maureen était quand même l’empêcheur de tourner en rond comme on dit. C’est-à -dire qu’elle mettait en cause.
Jean-Paul Salomé
Un énorme contrat qui devait rapporter beaucoup d’argent et tout d’un coup de deux, le fait qu’elle ait remué tout ça, qu’elle ait dénoncé tout ça remettait. En péril cet accord et qu'à un moment donné, tout le monde a paniqué. Je pense qu’il y a eu une panique des hommes, du pouvoir, de la justice et qui fallait et il fallait une coupable pour que tout essaye de rentrer dans l’ordre et que la coupable idéale, c'était Maureen Sasa. Ouais, c’est un peu. Ouais. Voilà là ce que le film a essayé de montrer en tout cas, mais qui est basé je pense pour le coup sur des choses extrêmement réelles.
David Dufresne
Maureen quelle était la réalité de vos relations avec les gendarmes ? Est ce que c’est ce que le film décrit, ce que Jean Paul décrit sans son gâcher le plaisir d’aller voir le film ? Évidemment.
Maureen Kearney
Mais bien sûr, dès le départ, moi j’ai ressenti et j’ai senti qu’y avait quelque chose qui tournait pas rond, je ne savais pas quoi. Parce que quand on est agressé, sa capacité cognitive est complètement déstabilisée, on n’arrive pas à raisonner comme on raisonne normalement. Donc lors de cette garde à vue qui a duré je ne sais pas, dix, douze, 14 h de le départ, ils m’ont dit on vous croit pas, on sait que vous avez tout fait tout seul et on me met avec ça. Et j’ai passé des heures et des heures et des heures à essayer de répondre aux questions. Ils me demandaient d’expliquer des choses que moi même je ne comprenais pas dans ma tête, donc c'était terriblement difficile. Et souvent, de quelle voix vous parlez quand vous parlez à des hommes comme le PDG d’Areva ? De quel droit vous mettez en cause untel et ça comme ça ?
David Dufresne
Ah oui, clairement ça vous attaque sur le fait que vous remettez en cause le pouvoir sur l'éthique politique.
Maureen Kearney
Tout à fait tout à fait.
David Dufresne
C’est délirant
Maureen Kearney
Je ne comprenais pas. Et pour ça il me disait que personne ne me croyait, ni mon mari, ni mes enfants, ni le comité européen, ni la CFDT, ni mes amis que tout le monde savait que j'étais folle à lier et qu’ils ont lu des témoignages qui allaient dans ce sens là. J’ai appris depuis quand le journaliste en question les dit publiquement maintenant que lui, il a interviewé un cadre supérieur d’Areva ? Qui a dit qu’ils ont orienté le procureur ? Donc quand j’ai appris ça, je me rappelle à l'époque, il y a quelques années, qui me l’a dit, Alors là, j'étais out, totalement out parce que ce n’était pas possible dans ma tête comme ça pouvait se passer. Ceci dit, ça expliquait tout. C est une cadre supérieur de chez Areva à orienter l enquête, comme dit le journaliste. Toutes les pièces tombées dans les endroits où ils devaient tomber et jeter ou jeter. Ça y est, j’ai compris pourquoi je n'étais pas quelqu’un d’assez important. D’assez. Comment dire ? Je ne sais pas. J'étais quelqu’un d’ordinaire intègre, qui se battait pour des valeurs, pour des principes. Et ça, dans les yeux de ceux qui étaient contre moi, n'était pas très important. Le plus important, c'était de sortir de cette histoire en trouvant un coupable idéal. Et le coupable idéal était moi. Car comme je disais trahison, j'étais différent. Et c’est aussi simple que ça, je crois.
David Dufresne
Vous avez accordé un entretien très touchant dans un journal suisse qui s’appelle Femina. Le titre est un peu con. C’est bizarre de me voir incarner par Isabelle Huppert. Bon, on s’en fout, mais. Mais par contre, vous parlez à un moment donné de deuxième viol concernant les tests, les examens gynécologiques qu’on vous a fait subir ? Est ce que vous voulez en parler ou on passe à autre chose ? C’est comme vous voulez.
Maureen Kearney
Non, je veux bien parler de ça parce qu’il y a quelque chose qui est court. Avec le film dont je me suis rendu compte, c’est la scène où je suis assise sur une chaise. Je me rappelle à l'époque, je ne sais pas où j'étais. On a voulu refaire cette scène là, où on m’a demandé de m’asseoir sur une chaise. C’est là où ils se sont rendu compte, les enquêteurs qu’ils avaient oublié de prendre la chaise sur laquelle j’avais été attachée à la maison. Ils l’ont laissé à la maison. Alors cette chaise sur laquelle il faut examiner Je n’avais pas compris jusqu’au film que c'était pour voir si un couteau. Pour avoir été inséré ainsi, parce que, à l'époque, je suis allé dans ma tête, je criais, je pleurais, je ne comprenais pas, je ne comprenais pas. Et ça y est, le film a fait comprendre pourquoi j’ai eu cela Ce qui n'était pas la bonne chose d’ailleurs.
David Dufresne
Mais là, en vous écoutant, je me dis à la fois Jean-Paul, quand vous parlez de la presse qui en partie n’a pas fait son travail. Y compris une presse à laquelle on aurait pu s’attendre qu’elle le fasse. Et vous, Maureen, que vous venez de dire, que vous comprenez en regardant le film, finalement, des choses qui vous sont arrivées ? Est ce que. Est ce que tout ça, ce n’est pas justement la faillite de la presse et puis à l’honneur de la fiction ? Parce que c’est quand même un des ressorts de la fiction. Est ce que c’est ce que vous avez voulu faire, Jean-Paul, Ou si maintenant vous vous rendez compte du machin que vous avez fait ?
Jean-Paul Salomé
C’est un peu maintenant, je m’en rends compte. Pour être honnête, je me suis laissé guider par mon envie de cinéma, par mon envie de raconter une histoire, par mon envie de donner une lisibilité à cette histoire humaine folle et au courage de Maureen, comme en voilà, et dans la manière dont elle en parle. Et puis ça s’arrête, la résilience et la force de caractère qu’elle a eu pour passer au-delà de cette histoire, pour vivre avec et sans l’oublier. Mais vivre avec ce qui est une leçon formidable. Et c’est ça que voilà. Après je m’aperçois de. Oui, je m’aperçois aujourd’hui de l’impact que ça a sur les gens, les choses que ça remue. Mais par moments, on était comme des scénaristes à essayer de boucher les trous d’une histoire en disant Mais qu’est ce qu’on fait ? Comment inventer pour que ça tienne, pour qu’on passe de cette scène à celle-là ? Et il se trouve que des fois, la scène qu’on inventait Mais finalement, elle s’est passée.
David Dufresne
Elle était là.
Jean-Paul Salomé
Ce que m’a dit Maureen, des fois, ce qu’elle vient de dire là, Qu’est ce que m’a dit son mari ? Gilles aussi ? Sur d’autres, sur d’autres. Et c’est vrai que l’histoire, on se posait souvent la question et mais comment ? Comment ces gens-là ont pu avoir des doutes ? Comment ? Parce que ça, c’est quelque chose que j’avais. J’en avais informé Maureen qui était quelque chose de très compliqué. C'était comment faire partager aussi au spectateur le doute que ces hommes ont eu, c’est à dire pour pas que ce soit plaqué et qu’on puisse suivre l’histoire. C’est aussi comment comprendre le mécanisme du doute chez ces personnages, chez ces hommes. Et par moment. Et il y avait un jeu de cinéma pour pouvoir aussi créer ce doute là, ce qui était, ce qui était comme ça à un jeu de cinéma et de spectateur.
David Dufresne
Mais d’ailleurs, je vous remercie pas parce que j’ai douté à un moment donné dans le film sans doute. Non mais ce qu’il faut, c’est qu'à un moment donné, on s’en veut d’avoir douté. C’est ça qui fait que si les gens sortent en ayant un doute, c’est horrible. Ce n'était pas le but recherché.
Jean-Paul Salomé
Sincèrement, on en a peut être un ou deux, mais je pense pas que c’est ça, parce qu’il y a quand même quelque chose qui clôt le doute, c’est la rencontre avec une autre femme
David Dufresne
Non, non mais.
Jean-Paul Salomé
Oui, mais c’est super important. Mais en tout cas, le doute, le doute dans le regard de ces hommes étaient importants et devaient et devaient prendre corps à l’image, ce qui. Ce qui est sincèrement très compliqué à faire. Je pense qu’en tant que cinéaste, c’est le truc le plus dur que j’ai eu à faire de ma carrière. Mais j’ai eu pour ça la meilleure interprète, c’est Isabelle, c’est Isabelle Huppert. Parce qu’Isabelle, elle crée le doute justement, sans rien faire. En étant là, elle crée le doute parce qu’elle amène ça avec elle, parce que de par sa nature même, de par sa filmographie, de parce qu’elle signifie aux spectateurs, elle peut et elle a juste à jouer un tout petit peu ça pour que le doute arrive. Donc ça, c'était formidable. Et c'était aussi pour ça, évidemment, qu’Isabelle était l’interprète formidable. Et puis que si tout d’un coup, il y avait besoin de rendre Maureen beaucoup plus fragile et beaucoup plus humaine, et beaucoup plus, je savais qu’Isabelle aussi ferait ça. Voilà que dans le même plan, elle pouvait faire les deux. Et ça, il n’y a pas beaucoup de comédiennes qui peuvent faire ça.
David Dufresne
Maureen, Est ce que la justice, le parquet, le juge vous ont fait douter ?
Maureen Kearney
Moi je n’ai jamais douté moi même de ce qui s’est passé. Je sais, j’ai. Je sais qui je suis encore. Très humblement. Je n’ai jamais douté. Je n’ai pas de problème avec moi-même. Des fois oui, quand je fais des bêtises, je bois trop jeune, je dis quelque chose de pas très sympathique à quelqu’un.
David Dufresne
Je ne parlais pas de ça. Mais je veux dire, quand on passe douze heures en garde à vue.
David Dufresne
On en connaît des aveux non pas extorqués, mais enfin.
Maureen Kearney
Oui, lasse, fatiguée. Exténuée. Mais comme je le dis souvent, j'étais prête à dire que c'était Jack l'éventreur. Si ça peut protéger ma famille, j’aurais fait n’importe quoi et n’importe quel être humain. Je crois qu’il y a en famille ou qu’il y a des proches pour les protéger. Ça fait partie de notre humanité de protéger nos proches. Et bon, j’ai fait de mon mieux.
David Dufresne
Alors j’ai convenu avec Mélanie qui s’occupe des débats, que je remercie infiniment d’avoir insisté pour que vous veniez au poste. Je suis extrêmement touché que vous soyez là. Je crois que j’apprécie et merci infiniment Jean-Paul. Alors Snow Fell pose une question dans le film, le dossier d’une autre victime est amené à Maureen par une policière. Qui est ce personnage. Est-il fictif ? C’est un élément extrêmement important. C’est à dire que ce qui vous est arrivé, Maureen jean Paul peut elle le dire ?
Jean-Paul Salomé
Ah oui ? Après, je ne veux pas empêcher les gens d’aller voir le film et de le découvrir, mais disons qu’il y a et il y a quand même quelque chose qui était stupéfiant et qui était là dans le livre et qui donnait un effet. Comme dirait un scénariste, un twist incroyable, comme on dit dans le langage cinéma où tout d’un coup on s’aperçoit qu’il y a une autre victime qui a eu une autre victime et que cette autre victime dans la réalité a été découvert par Caroline Michel-Aguirre dans la réalité. Donc voilà, dans la réalité. La gendarmerie a fait une recherche sur l’ordinateur central qui regroupe tous les cas et ils ont tapé des mots code, agression, viol, scarification Et il y a eu plusieurs dossiers ressortis dont le dossier de cette seconde femme. Et ce dossier a été amené au supérieur qui, comme dans le film, a balayé le truc en disant que Maureen vient d’avouer qu’elle est en train de signer ses aveux. On ne va pas repartir dans une autre histoire. L’affaire est réglée, ça n’a aucun rapport. Laissons de côté le rôle que joue la jeune Aloïse Sauvage dans le film du jeune gendarme qui retrouve ce dossier qui va l’amener à son supérieur dans l’histoire de ce dossier et assez proche dans la réalité, ce que tu sais. Ensuite, quand elle a refait son enquête pour écrire son livre, c’est quand elle a fait toute son enquête d’investigation que la journaliste a elle même retrouvé la trace de cette seconde femme et qu’elle est allée la voir et qu’elle l’a rencontré. Ce qui, dans le film, est joué par Isabelle Huppert. Parce que voilà, on n’allait pas rajouter un personnage de journaliste tout d’un coup à la fin. Donc il y a cette rencontre et là il y a quelque chose d’assez dingue qui fait que tout bascule et qu'à partir de là, oui, il y a quelque chose d’irréfutable.
David Dufresne
Voilà, il y a quelques films avec un mode opératoire comme on dit.
Jean-Paul Salomé
Extrêmement proche, extrêmement proche. Et voilà. Et cette femme qui pendant des années a refusé de témoigner, d’en parler publiquement pour des raisons qui lui sont propres et qu’on peut comprendre parce que sa parole à elle aussi a été mise en doute. Cette femme a accepté de parler, s’est confiée et s’est confiée publiquement à donc Caroline Michel Aguirre, qui a publié dans l’Obscur il y a deux semaines. Il y a dix jours, la semaine de la sortie du film a donné son témoignage. Et ce témoignage est quand même de parce qu’elle raconte et de parce qu’elle met en cause extrêmement troublant et redonne un éclairage quand même assez nouveau sur une partie de l’affaire. Et c’est un film. Alors que jusque là, ni dans les documentaires, ni dans les émissions de radio, je pense que c'était mentionné, ça a été dans le livre et moi aussi. Ça a été évidemment un des éléments du livre que j’ai trouvé très, très fort et que j’ai trouvé d’une force narrative incroyable qu’aucun scénariste n’aurait osé inventer et que j’ai voulu mettre dans le film. Alors voilà, en travaillant dans la fiction pour que ça reste cohérent avec l’histoire et sans repartir dans des tas d’histoires parallèles. Mais je suis très heureux que cette femme ait eu le courage de témoigner aujourd’hui et que ça apporte évidemment un éclairage totalement nouveau à l’histoire de Maureen. Et je trouve ahurissant que des journalistes ne prennent pas sans compter et continuent à s’obstiner dans une vision assez binaire de l’affaire.
David Dufresne
Et qui par ailleurs est un peu XIXᵉ siècle on va dire. Parce que ça veut dire qu’au début, il y a quand même quelque chose d'étonnant, c’est à dire que là ça veut dire qu’il n’y a pas la manière de dire
Jean-Paul Salomé
Ça veut dire qu’il n’y a pas qu’une seule femme folle, il y en a deux et puis pourquoi pas trois ? Et à un moment donné, il y a juste un moment donné, faut un peu résonner quand même. Mais je suis content que le film raconte ça aussi, bien sûr.
Maureen Kearney
Mais il ne faut pas oublier, on est quand même dans un pays où il y a 250000 femmes victimes de violences conjugales chaque année et avec 80 % de classement sans suite, 100 000 femmes violées avec moins de 10 % qui vont au tribunal. De 2 à 3 % de condamnation. 160 000 enfants victimes de violences sexuelles, 1000 condamnations chaque année. Ça dit quoi de nous en tant que société qu’on ne prend pas à contre bras cette problématique épouvantable et les dégâts que ça fait chez les victimes et dans leur entourage ? Faisons quelque chose, arrêtons simplement de blablater ceux qui ont le pouvoir, mettons les moyens, mettons. De l’argent, mettons des personnes formées, mettons en place des vraies formations. Il m’a dit y avait 160 gendarmes formés en France aux violences faites aux femmes. On est loin du compte pour arriver au bout de ce fléau français.
David Dufresne
Et pourtant…
Jean-Paul Salomé
Non, C’est juste en tout cas que Maureen et cette femme étaient deux pions finalement, dans un jeu d'échecs extrêmement qui les dépassait. Aussi bien Maureen que cette autre femme. La concordance de ces deux témoignages est quand même assez stupéfiante et je trouve que ne pas vouloir le voir, c’est un problème quand même. Ne pas vouloir l’analyser, le voir et en tirer des conséquences. Là c’est un vrai problème de société, comme dit Maureen. Mais, c'était le film, c'était ça aussi le film,
David Dufresne
Bien sûr Jean-Paul le tchat vous rassure, il ira voir le film, encore que certains ont peur d’y aller parce qu’ils sont trop émotifs. Qu’est ce qu’on peut dire aux gens qui ressentent ça en vous écoutant
Jean-Paul Salomé
Je pense, oui, il y a des choses dures, mais en même temps il y a une lumière. Parce que Maureen a cette lumière que Maureen a toujours gardé confiance comme elle l’a dit et que j’espère que le film montre ça aussi. C’est à dire qu'à un moment donné, de voir ce couple qui a résisté à cette tempête médiatique, émotionnelle, judiciaire, c’est la plus belle des choses. Et que de voir Maureen aujourd’hui Gilles et de voir sa famille, c’est quand même une grosse source d’espoir. Donc je pense qu’il ne faut pas se laisser abattre et que le film ne. Le film peut révolter et j’espère, il a l’air. Le film peut mettre en colère, j’espère et il a l’air aussi. Mais, mais, mais en même temps, il y a le portrait de cette femme digne et qui est une leçon de courage.
David Dufresne
Et ça, ça pousse plutôt au grand écran.
Jean-Paul Salomé
Ah non, mais ça c’est un optimisme raisonnable. Et quand même, comme dit Maureen en une fois dans L’homme et la femme, peut être pas dans les institutions, mais qu'à un moment donné, un combat c’est aussi des fois juste une personne qui combat toute seule, c’est très dur, c’est très difficile. Des fois certains y laissent leur peau et puis des fois certains y arrivent. Eh ben ça, ça nous donne. Moi je sais que ça me donne beaucoup de courage et ça me donne l’envie de continuer à faire plein de choses. Donc voilà. Après oui, ce n’est pas ce n’est pas une comédie, ce n’est pas Astérix, ce n’est pas l’ibis, point comme deux, mais ça raconte quelque chose. Et en même temps, je ne pense pas qu’on sorte en colère, mais des fois c’est bien de sortir en colère, c’est bien, c’est bien, c’est développé.
David Dufresne
Il y a quelqu’un qui est sorti visiblement retourné, c’est Clémentine Autain, donc députée. Elle est LFI, Clémentine Autain a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête. Je pense que c’est pour la forme, parce que je crois que la paix, ça a épuisé son quota. Mais ce n’est pas grave, elle a posé cette question là. C’est ça, ça redevient une question politique. C’est ce que je voulais dire tout à l’heure, parce qu’il y a quelque chose en terme juridique, on dirait une circonstance aggravante concernant le viol que vous avez subi. C’est aussi un viol politique, comme il y a des viols de guerre. Enfin, si c’est un viol considéré comme un acte, considéré comme une arme, enfin c’est quelque chose de. Voilà. Donc ça ajoute du ça ajoute quelque chose. Qu’est ce que vous avez ressenti quand vous avez appris que Clémentine Autain réclamait cette commission d’enquête ? C’est une question de chaos et. Et qu’est ce que vous en pensez de ça ? Si ça avait lieu, qu’est ce que vous feriez ? Est ce que vous iriez témoigner ?
Maureen Kearney
Bon, une fois de plus très étonné et j’attends pas grand chose. Honnêtement. Ça fait plus de dix ans et je ne sais pas aujourd’hui qu’est ce qu’on va trouver. Est-ce que j’irai témoigner ? Sûrement, mais personnellement, je n’ai aucune envie de faire face à nouveau à la justice. Comme je l’ai déjà dit, je préfère la paix à la justice et la paix, je l’ai retrouvée et avec la paix intérieure, on peut avancer. On peut aussi aider les uns et les autres. Alors retomber dans la peur façon institution qui a été pas très bonne envers moi
David Dufresne
Donc vous ne croyez pas en Victor Hugo ? Pas de justice, pas de paix.
Maureen Kearney
Alors moi je crois qu’on peut avoir la paix sans avoir la justice.
David Dufresne
La paix intérieure.
Maureen Kearney
Voilà la paix intérieure. Et c’est pour moi, c’est ça qui est important, c’est la paix intérieure par ce côté conquérant derrière. Comme je disais, on peut avancer si on est dans la turtle, on dit en anglais comment et si on est dans. Dans la difficulté intellectuelle, on ne peut pas tendre la main envers les autres car on ne peut déjà pas céder soi même. J’ai un petit dicton que j’ai qui m’a fait penser à ça, que je dis souvent ma grand-mère et ma mère qui me disaient quand j'étais petite on besoin de s’aider soi même avant de pouvoir aider les autres, donc être en paix.
David Dufresne
Jean-Paul c’est la dernière question, toujours par rapport à Clémentine Autain. J’imagine que vous auriez pu imaginer que la sortie du film pourrait provoquer ce genre de remous. Peut être avez vous espéré mais comment on vit ça quand on est les cinéastes ?
Jean-Paul Salomé
J’en ai pris un peu conscience pendant les projections et les débats quand même. Quand j’ai vu la réaction des gens, quand j’ai vu ce que ça commençait à créer, quand j’ai vu les politiques qui bougeaient un peu autour, Certains voulaient voir le film en urgence quand même, j’ai senti qu’il y avait une espèce de mouvement. Et quand Clémentine Autain a vu le film et que je lui ai parlé après que j’ai vu qu’elle était bouleversée par cette histoire, voilà, je me suis dit comme Morin, je ne sais pas ce qui va se passer. Peut être que faut pas rêver, voilà. Mais en même temps, c’est déjà bien. Moi ce que je pense c’est qu’aujourd’hui il y a. Ce n’est pas déjà 200 000, c’est 300 000 personnes en Chine, donc c’est toujours des doubles entrées.
David Dufresne
Vous savez, avec les producteurs, je n’ai pas d’argent, tu sais.
Jean-Paul Salomé
Il n’y a pas de problème non, mais ce qui est bien donc, c’est que voilà, c’est que cette histoire est déjà, je pense, plus connue aujourd’hui qu’elle ne l'était hier. Et je pense que ça, c’est important pour Morin et pour les autres, et pour cette autre femme, et pour d’autres femmes, et pour notre système. Notre société tout simplement. Je pense que ça ne sert à rien de cacher les trucs, même quand ça a été des erreurs, même quand ça s’est mal passé, même quand on a raté ou failli montrer les failles d’une société. C’est important pour faire prendre conscience aux gens. Donc je pense que de ce côté là, c’est bien. Après, je crois qu’on a eu, on va faire une projection avec les députés, là, le 28. Commission d’enquête ou pas, on verra. Mais en tout cas, c’est déjà bien que des gens veuillent voir ça, que des députés ont envie de le voir, que des responsables. Voilà, tout ça c’est quelque chose d’assez encourageant et qui va dans ce que disait Maureen. Et la belle leçon, c’est ça, c’est d’avoir une paix intérieure, de réussir après quelque chose comme ça, à se reconstruire et à continuer à regarder le monde avec des yeux quand même, en continuant à être, à avoir envie d’avancer. Voilà. Et ça c’est capital. Donc j’espère que le film donne ça. Donc oui, c’est dur, mais il y a des raisons d’espérer.
David Dufresne
Merci infiniment à tous les deux.
Maureen Kearney
Merci. Ça me touche beaucoup.
Jean-Paul Salomé
Mais il y a la fête du Printemps du cinéma cette semaine, la semaine prochaine à partir de dimanche, lundi, mardi et c’est le moment d’aller au cinéma voir la syndicaliste ou d’autres. Mais en tout cas, c’est le moment d’aller au cinéma et de payer moins cher. Et ça vous permet de découvrir des films. Voilà, ça c’est important.
David Dufresne
Merci beaucoup à tous les deux. Merci beaucoup, dit le petit comique. Merci Marine du témoignage Jean-Paul pour le film. Merci pour cette interview pleine d'émotions.
Jean-Paul Salomé
Merci. Au revoir.
Maureen Kearney
A très vite merci à vous.

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