Ladj Ly et Giordano Géderlini convoqués Au Poste !
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Voilà. Alors on a juste 1 h parce que parce que la commissaire politique a dit 1 h Bonjour Ladj, Bonjour Monsieur. Est ce que tu peux me dire comment on dit ton prénom ?
C’est Giordano
Giordano C’est italien, c’est corse ?
Italien,
Italien d‘accord.
Avec un passage au Chili, on est arrivé en France grâce à Monsieur Pinochet qui est très fort pour les agences de voyages. Il fait voyager les autres.
Il vous a fait voyager et donc tu es le co-scénariste.
Co-scénariste de Ladj depuis Les Misérables, et puis d’autres aventures.
Donc c’est le duo à succès, c’est ça ?
Un succès ? Je sais pas, mais voilà, on est assez contents de travailler ensemble, ça se passe plutôt bien. Oui, c’est vrai qu’on avait fait Les Misérables, on a fait qu’on a d’autres projets en écriture
Alors, comme je vous ai dit, ne vous inquiétez pas, je fais quand même dans la technique, donc je vérifie si tout va bien. Bâtiment cinq c’est le film qui sort mercredi, Vous avez déjà fait des avant premières. J’ai eu le bonheur de voir le film en Suisse, à Genève, où je venais planquer l’argent des donateurs d' Au poste bien sûr, et je me suis dit tiens, je vais joindre l’utile à l’agréable, l’agréable étant de voir vôtre film. Le public était conquis parce qu’il y avait une masterclass de cours. T’avais rempli les rangs ? Comment se passent les avant-premières ?
Ça se passe vraiment super bien, on est super contents des retours du public. C’est vrai qu’on avait commencé doucement, mais là ça va faire un mois et demi qu’on tourne partout en France et là, les salles en sont pleines. Après chaque avant-première, on lance des débats et on se rend compte que les débats se transforment en tribune politique limite. Donc c’est assez mouvementé. Les gens prennent la parole, on sent que les gens ont besoin de s’exprimer, donc les échanges sont super intéressants.
Mais j'étais, je dois te le dire, très surpris comme je te vois là, très doux, presque réservé, presque intimidé face au public, en disant d’entrée c’est un deuxième film, c’est pas facile, surtout quand on a fait Les Misérables, donc tous les deux succès. Ouais, enfin un film français européen qui a été vu partout. Et alors que moi je m’attendais à un gars plus plus sûr de lui, plus rouleur de mécanique.
Bah écoutez, oui, je suis un petit peu réservé, c’est sûr. C’est sûr que je suis quelqu’un de plutôt discret on va dire. Mais sinon ça va, tout va bien.
Pourquoi ?
Il est ce que tu réfléchis beaucoup. Il est tout le temps en train. Il est très posé. Comme c’est un film, je crois, qui est plus intimiste. Par exemple, si on prend l’exemple du premier, des Misérables. C’est un film dans lequel il y a beaucoup de choses personnelles dans Les Misérables, ici, il y en a encore un peu plus. C’est une façon aussi de se livrer, de se partager. Mais d’offrir un peu de soi, de son passé, de ses histoires d’enfance.
Mais est ce que vous êtes tous les deux à l'écriture ? Je vais résumer le film, bien sûr. Est ce que vous êtes tous les deux à l'écriture comme vous êtes là, c’est à dire comme dans le travail de scénario, il y a parfois l’accoucheur et puis et puis la sage femme, celui qui aide à remettre les idées en place de l’autre. Ou est ce que c’est un mélange complet de vous deux ?
Je l’embête un peu, c’est vrai. Des fois je lui disais Ah mais c’est quand on se connaît bien maintenant, depuis depuis Les Misérables. Pour moi, c’est d’abord une immersion dans son univers, dans son quartier. Donc c’est là aussi que je découvre beaucoup de choses. Et là, il arrive de poser des sujets, on essaie de trouver la façon dont on va évoquer. On prend souvent en exemple le documentaire parce qu' on faisait beaucoup de documentaires auparavant.
Et oui.
C’est le point commun que vous avez.
Absolument. Mais même au-delà de ce que vous pensez, je vais en parler.
Notamment 365 jours. Montfermeil qui est la référence. Et si on revoit ce documentaire aujourd’hui documentaire, il y a peut-être cinq six ans. Un peu plus. Je pense qu’il a à peu près une dizaine d’années. Donc quinze ans, on va dire une quinzaine d’années. On retrouve tous les personnages, tous les univers qui sont traités à la fois dans Bâtiments cinq et dans Les Misérables, dans ce grand documentaire.
Donc je disais, tu n’imagines pas à quel point, parce que tu l’as complètement oublié. Mais en 2006, j’ai essayé de te joindre car je fais mon premier documentaire à l'époque journalistique pour France Télé, qui s’appelle Quand la France s’embrase. Et je cherche absolument des images de Clichy. Tu es de Montfermeil, tout le monde le sait, mais on le rappelle ce sont des villes limitrophes. Et j’ai réussi à obtenir des images de quelqu’un qui a filmé avec un caméscope. Mais toi, tu voulais garder tes images pour toi. Je t’en voudrais toute ma vie.
Je pense que tu n’es pas le premier. Je sais. Et je partais du principe que mes images n'étaient pas à vendre. Exactement. Toutes les chaînes, Vraiment. Même à l’international, tout le monde voulait racheter mes images. Parce que je me rappelle encore à l'époque, j'étais l’une des rares caméras absolument filmées de l’intérieur. Et c’est vrai que c’est vrai que mes images étaient beaucoup demandées, mais je partais du principe que c'était mes images et que je n’avais pas envie de les partager.
Donc désolé mais tu dis qu' il n’y a pas d’or. Il n’y a aucune rancune.
À l'époque les images étaient utilisées par certaines chaînes pour ressasser toujours les mêmes choses. Donc tu livres des images. Il y a une utilisation qui finit par trahir sans doute l’angle de vue par lequel tu essaies de filmer ces choses-là. Donc je ne vous connaissais pas à l'époque et il y avait une vraie prudence de ma part.
Je vais même te dire pour moi c'était respecté, par respect pour le champion, évidemment qu’il avait raison, mais que moi ça m’emmerdait, évidemment. Alors ça y est, on nous on nous demande un extrait, Je vais mettre la bande annonce. Donc je vous ai expliqué, moi j’ai pas les moyens du cinéma, ni même ceux de contrat, donc je vais me lever.Je vous laisse discuter un peu. Je vais vous lire ce que j’avais écrit comme introduction. Vous allez me dire si j’ai complètement déliré La scène qui ouvre le film, donc bâtiment qui sort mercredi et d’une rare puissance dans la cage d’escalier du bâtiment cinq de Clichy. Alors c’est pas Clichy Montfermeil puisque la ville est une fausse ville, Mais enfin, c’est à peu près ça. Personne ne sait trop comment porter un cercueil encombrant. Le lieu sera bientôt évacué sur ordre anticipé d’un maire facho comme pas deux. Ce cercueil, c’est une idée encombrante de la banlieue encombrante.Bâtiment cinq.est le second long métrage de Ladj, après son tonitruant Les Misérables. Prix du jury à Cannes quatre César du meilleur film et tout le tintouin. Que faire du deuil de sa jeunesse ?Le film est largement autobiographique. Que faire quand il s’agit de réaliser son deuxième film avec son complice ? Genre. Italo chilien ?Enfin pas clair quoi. Le film avec une excellente Anta Diaw dans le rôle principal, sort le 6 décembre. Est ce que j’ai déliré sur la métaphore du cercueil ?
Non, non, c’est parfait, C’est parfait dans l’idée. Bah oui, on sait qu’en écrivant cette scène, on s’est dit que c'était important d’ouvrir le film avec une séquence forte et en même temps une séquence qui décrit un peu tous les problèmes que ses habitants peuvent avoir. Donc c'était pour nous une façon d’ouvrir ce film, en tout cas avec un avec une séquence très très forte qui en dit long sur la sur la situation des habitants de ce quartier. C’est à peu près ça avec Les Misérables, bien sûr. Bien sûr, on finit Les Misérables par cette fameuse cage d’escalier. On se demande si le cocktail va exploser ou pas. Et finalement, c’est la fin.
Est ce que c’est la même par exemple, ou pas ?
Alors pour la petite histoire, la scène finale des Misérables, elle a été vraiment tournée dans le bâtiment dans lequel j’ai grandi. C’est ça aujourd’hui. Cette tour a été détruite dans la tour au Chêne Pointu qui est la même cité à Clichy sous Bois. Mais c’est exactement les mêmes tours, les mêmes décors.
Parce que le bâtiment cinq, c'était au bout, en fait.
Une adresse clairement fermée et non tournée à Clichy au Chêne Pointu.
C’est ça ? Alors je mets la bande annonce, comme ça tout le monde est content et puis on se retrouve dans deux, deux secondes. Ne parlez pas les amis parce qu’ils ont le micro sont ouverts.
Moi j’habite au Grande Mosquée donc forcément je suis au courant du projet de rénovation. Mais je viens de découvrir qu’il avait complètement changé les nouveaux logements qui sont prévus. Ils ont plus la capacité d’accueillir des familles nombreuses.J’ai pas le dossier en tête, mais ce que je peux vous dire, c’est que la ville fait vraiment de son mieux pour rénover ce quartier.Maintenant, justement. Il y a des quartiers où tu n’as jamais mis les pieds, mais tu sais ce que ça veut dire que d'être maire d’une ville comme celle-là ?À quoi ça sert de reconstruire des immeubles et de changer tout un quartier pour se retrouver avec exactement les mêmes problèmes ?On parle de quoi exactement ? Des problèmes sanitaires ? Problèmes scolaires, d’insécurité ? Enfin, on parle de quoi exactement ?On parle de problèmes de personnes qui causent des problèmes. On a la plus grosse concentration d'étrangers dans tout le département. Je ne sais pas comment ça se passe dehors ou quoi, Toi ? C’est une occasion en or. Ça fait des années que je ne vois pas virer des gens le jour de Noël.Est ce que c’est ça que vous servent la police ?C’est mignon, mais ça ne sert à rien. Tu sais très bien, quoi qu’on fasse, on passera toujours pour la racaille qui vandalise.Je ne peux pas être en colère. Il ne faut pas en avoir marre de voir toujours les mêmes nous gouverner. C’est à nous d’agir.Et toi, comment te définirais-tu ?Moi, une Française
Voilà, la bande annonce est terminée. Je vais revenir vous rejoindre. Je coupe juste ça pour être bien sûr. Voilà, donc en voyant la bande annonce, je me rends compte qu’elle déflore quand même un certain nombre de choses et donc qu’on va pouvoir parler. L’idée donc, Les Misérables, tout le monde s’en souvient, c'était les relations flics, la BAC et les gens du quartier. Là, c’est les gens du quartier et l’immobilier. On va dire ça comme ça, l’habitat, l’habitat social qui est l’enjeu principal du film ? Est ce que vous pouvez raconter cette histoire qui est en fait la vôtre, la tienne ?,.
Après c’est sûr, ça part d’une histoire assez personnelle. Moi, j’ai grandi à Montfermeil et quand nos parents sont arrivés dans les années 80, ils ont acheté leur appartement. Que c’est pas une cité HLM. Les Bosquets, c’est une copropriété, donc propriétaire. Et au bout de 20 ans, on se retrouve expropriés parce que ces appartements ne valent plus rien. Ils ont été dégradés, donc ils ne veulent plus rien. Donc l’État rachète pour une bouchée de pain autour de dix 15 000 € les appartements. Donc ça a été un drame pour tous ces propriétaires qui ont commis 20 ans à payer leurs biens et au bout de 20 ans, ils se retrouvent expropriés. Donc c’est vraiment pris comme une arnaque, on s’en rend compte. Voilà, nos parents se sont fait arnaquer le propriétaire et se sont retrouvés locataires de leur propre appartement. Ça a été quelque chose d’assez choquant. Donc voilà, ça c'était le point de départ de cette histoire
Ce qu’il faut préciser parce que tu as dit société dégradée. Ce qui s’est passé aussi, c’est qu’au départ, il y a des. Si mes souvenirs sont bons, il y a des gens qui ont voulu acheter des appartements parce que c'était le confort moderne à l'époque. Enfin, c'était vu comme ça. Comment on par rapport aux années 60, les bidonvilles, On arrivait, il y avait l’ascenseur, il y avait les ordures
C'était pas courant d’avoir une salle de bain à l'époque dans les appartements. Donc oui, c'était assez. Moderne, c'était assez moderne. Et en fait, il y a des gens qui ont voulu faire des plus values au départ et qui ont revendu assez rapidement. Et en fait, ce qui s’est passé, c’est que ça s’est paupérisé, là, là, au départ, Clichy Montfermeil, c’est pas, c’est pas l’image qu’on en a.
C’est ça qui ressort comme un cocon. Quand on est arrivé, ça restait quand même des beaux appartements, un certain standing. Voilà. Sauf qu'à un moment donné, y avait à l'époque, je me souviens, un projet d’autoroute qui n’a jamais vu le jour finalement. Donc forcément, les appartements ont perdu de la valeur et ensuite on a eu les marchands de sommeil pour acheter les appartements et finalement c’est devenu un peu le bordel. On a aussi cet exemple où le syndic s’est barré avec la caisse avec plus de 100 millions de francs. Donc j’ai dit y plus de plus de caisses, plus de plus d’entretien. Donc les tours se sont dégradées. Finalement, si on estime que ça ne valait plus rien. Et après la différence, c’est quand ils ont détruit, reconstruit, un petit immeuble, revendu dix fois le prix de ces immeubles. Donc ça pose un problème.
Le logement très émouvant et informant du film que j’ai déjà vu. Bravo ! Et pas mal de gens disent oh génial, la bande annonce, ça donne envie, c’est cool. Voilà. Le film prend lieu au grand bosquet des grands bosquets. Ça n’existe pas. Ce qui existe, c’est les Bosquets et à Montvilliers qui n’existent pas. Mais il y a Montfermeil à Villiers le Bel. Bon, voilà pourquoi, Messieurs, Messieurs, cette liberté d’auteur.
On s’est dit qu’on voulait déjà s'éloigner de Clichy Montfermeil. Tout le monde sait que j’ai grandi là bas. J’ai un lien très fort, mais on s’est dit que si on mettait une ville fictive, beaucoup plus de gens pourraient s’identifier à cette ville. On ne voulait pas vraiment sur Montfermeil, donc on s’est des villes imaginaires pour qu' un maximum de gens puissent se mettre aussi dans la peau de ces habitants. C’est un peu le Gotham City à New York qui la ville, mais ça permet aussi d’accentuer certaines choses, de monter des curseurs sur un son, sur certains personnages. Parce que c’est pas un documentaire, c’est une œuvre de fiction, Ça, c’est un film qui a cette ADN qui est celle de la série. Ça permet aussi de prendre un petit peu de distance et de pouvoir jouer un peu, un peu mieux sur certains aspects, puisque c’est sur 1 h, 1 h 40 que fait le film. C’est un film très dense, ça donne une certaine liberté, en tout cas sur son projet, d’autant plus qu’au départ, c'était l’envie de faire un film. Le mot est aussi biopic autour de Claude Dilain, qui était l’ancien maire de Clichy sous Bois. C’est un personnage que nous, on respecte énormément et qui a tellement œuvré pour pour la ville..
Mais on s’est rendu compte, il faut rappeler, c'était le maire en 2005, notamment pédiatre de profession, j’avais eu le bonheur de l’interviewer pour le film dont je parlais tout à l’heure, où il disait Les enfants à la cantine quand il parlait des émeutes, il reprenait après.
Mais parce qu’il a connu tous les gamins.C’est ça. Il a connu Ladj. Je veux dire, c'était le pédiatre de la ville et surtout, son cabinet était vraiment dans le quartier. Donc il a connu tous les habitants, il les a vu grandir. Je vais dire tout ça. Plus des trois quarts des habitants sont passés par son cabinet, donc ils avaient un lien, un lien très fort avec ses habitants et en même temps, il appelait les enfants et en même temps et nous l’affection. C’est vrai que quand on a commencé à l'écrire, on s’est dit qu’on allait faire ce biopic. Mais en même temps, plus on avançait dans l'écriture, plus c'était compliqué et en même temps on avait peur d’abîmer le personnage. Voilà, on a eu plein de contraintes et finalement ça a basculé sur un maire de droite.
Mais qui restait pédiatre quand même.
Ouais, c’est un petit clin d'œil pour ceux qui connaissent, mais il y a une phrase tellement brutale de fois il y a quelque très belle citation, mais quand il parle de ses tours, de ses immeubles, que c’est le sujet du film. Il dit que ce sont des favelas verticales et on est, on est. On est parti de cette de cette terrifiante remarque, mais qui est tellement vraie. Et c’est ce qui a donné, je crois, la structure d’un bâtiment.
Mais le paradoxe, c’est le film. Parce que si on parle de Gotham, le Joker, c’est le maire de la ville, enfin le méchant on va dire, qui devient méchant au fur et à mesure. On laisse les gens découvrir comment il devient maire. Il y a un opportunisme politique, il est téléguidé par par là, par Paris, par là. Moi, j’ai pensé à Eric Raoult, j’ai pensé à un mec comme ça, qu’on a un peu oublié
Le maire du Raincy maire de droite qui ne voulait pas accueillir toute la misère du monde dans sa ville, c’est ça ? C’est sûr qu’on l’a connu. Pour la petite histoire, d’ailleurs, j’ai une séquence dans 365 jours où on le filme mais bon Bref. Et donc oui, pour la petite histoire, Lister le maire du Raincy, c'était une ville vraiment limitrophe de Montfermeil aussi la ville la plus riche du 93, assez bourgeoise. Et pour la petite histoire, il ne voulait vraiment pas qu’on passe par sa ville pour aller à Paris. Parce que pour aller à Paris, on est obligé de passer par la gare qui était hors ainsi. Et donc pendant plus de dix ans, quinze ans, il s’est battu pour pas que le tramway passe dans sa ville parce que c’est le tramway, pas forcément le petit sauvageon. On sera obligé de passer par sa ville. Donc ça a été un long combat. Et donc voilà, on s’inspire de tous, tous ce genre de maire de droite qui ont quand même des idées très dures. Et discuter avec Claude Dilain, bien sûr, ça a été, ça a été un long combat. Moi je me souviens, j’ai assisté à plusieurs réunions justement où par rapport au tracé du tramway. Heureusement que le tramway est arrivé en 20 ans après. Mais ça a été un long combat acharné et ce maire a tout fait pour que le tram passe par ça.
Tu peux nous redire Clichy Montfermeil de Paris à combien de kilomètres et combien de temps il fallait à l'époque ?
Incroyable ! Donc à vol d’oiseau, on est à peu près à quatorze kilomètres. Ouais, mais en transports, il fallait 1 h et demie. 2 h, c’est ça ? Tellement mal desservi, Tu dois traverser cette ville avant d’arriver à la gare. Il y a un bus. Le bus y passe toutes les heures. C'était juste un cauchemar.
Ça explique beaucoup de choses, il faut le rappeler bien sûr.
Et là, avec le métro qui va arriver, j’espère l’année prochaine, si il n’y a pas de retard, on mettra genre 20 minutes pour aller à Paris quoi. Cet enclavement est très particulier.
Attention aussi à la commissaire politique qui est à côté et qui, je sens en haut et cheveux longs, il ne reste que 40 minutes.
C’est super long. Cet enclavement a été conçu comme ça C’est intentionnel. Et on s'étonne toujours quand c'était quand il y avait des émeutes de 2005. On se dit mais pourquoi est-ce que ces gens brûlent leurs propres voitures, leurs propres quartiers ? Ce qu’on ne peut pas en sortir, ce sont des quartiers qui sont faciles à cerner par les forces de l’ordre. Ça a été conçu pour ça. Et en plus, quand des jeunes d’un quartier ne vont pas dans le quartier des autres, donc ils restent sur place et parfois on leur dit mais qu’est ce qu’ils sont cons ! Et les voitures de leurs parents ou plus terribles, des écoles ou le gymnase de Clichy ? Mais c’est parce que de toute façon, ils ne peuvent pas sortir de ce territoire. C’est enclavement et c’est quelque chose d’assez spectaculaire. Entrer, sortir, c’est difficile. C’est ce que raconte le début du bas des Misérables. Ces gamins doivent prendre le bus, le R.E.R. Ensuite, ils prennent un métro pour arriver jusqu'à la capitale. C’est vraiment une île. Ce sont des îles autour de Paris où tout a été fait pour, pour qu’il n’y ait pas de ponts en fait avec la capitale.
Dans Bâtiment cinq, il y a une différence avec Les Misérables qui est absolument frappante et évidemment qui est voulu, c’est l’importance qui est d’ailleurs authentique, qui est d’ailleurs véridique des femmes à la fois dans l’histoire et dans les quartiers. Les femmes dans Les Misérables étaient aux seconds rôles. L’un des rôles principaux, c’est donc cette jeune femme qui va s’opposer au maire. Il y a la femme du maire, il y a celle qui téléguide le maire. Il y a un certain nombre de. C’est parce que vous avez voulu écouter les critiques qui avaient été faites sur eux ?
Franchement, les critiques on en a absolument rien à faire. C’est vrai qu’on nous a beaucoup reproché le fait qu’il n’y pas de misérables. C’est entièrement faux parce qu’on a eu des personnages féminins qui étaient très forts, avec beaucoup de caractère. Après, ça restait surtout un univers masculin. On aura compris policières, malheureusement, mais c’est surtout des mecs qui traînent dans la rue qu’on va faire là bas. Donc c’est un univers plutôt masculin. C’est vrai que là, pour le second film, j’avais envie de mettre en avant un personnage féminin noire, musulmane, voilée, même si c’est des personnages qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir au cinéma. Et c'était aussi une façon de rendre hommage à toutes ces femmes qui se battent pour connaître très bien ces quartiers. On sait très bien que les femmes ont un rôle super important, qu’elles militent, qu’elles se battent, qu’elles gèrent les assos, qu’elle gère les problèmes de toute la famille, qu’elle gère les problèmes. Quand les mecs font des conneries, c’est toujours elle qui sont derrière, c’est elle qui gère les avocats, c’est elle qui gère les parloirs. Elle a un rôle tellement important mais malheureusement on n’entend jamais parler d’elle ou on a tendance à parler à leur place. Donc à un moment donné ça devenait un peu relou et j’avais envie de les mettre en avant et expliquer que voilà, c’est ça leur rôle à toutes ces femmes qui se battent et c’est important. C’est important de parler d’elles. En échange de la grande différence avec les misérables. Ce qui est misérable. C’est un film qui utilise un peu sur ce canevas du film policier et c’est un film de rue. C’est un film, au moins la moitié du film dans la voiture de police avec ses agents. C’est un film qui se passe au pied des immeubles. Donc c’est là. C’est une zone qui est tenue par les hommes, par les garçons, et c’est des gens qui sont incapables de se parler. Ils ne font que vociférer et se menacer. Ici, on n’est plus au pied de l’immeuble, on rentre dans l’immeuble. C’est pour ça que le film est plus intimiste. Et on découvre des appartements, des restaurants qui sont clandestins. Il y a toute cette ambiance de village en fait. Et quand on reprend cette phrase de Claude Dilain Favelas verticales. Maintenant on entre dans l’intimité des gens, dans cet univers qui est forcément beaucoup, beaucoup plus féminin. Et c’est là où. Je crois, reprend des figures, des femmes comme ça, qu’il a acquis là, qu’il a côtoyé de petits. Et c’est peut être là aussi le film a une autre émotion par rapport à ce côté plus coup de poing qu’il avait qu’avaient les Misérables.
Je vais montrer un exemple,un extrait de Aby, qui est le personnage principal qui rencontre l’adjoint au maire. On voit qu’il y a toute une discussion aussi autour de. Comment on pourrait dire ça ? De la solidarité, de la fidélité et puis parfois de la realpolitik, parfois de compromis. Et on sent que le film. Mais il hésite quand même sur et sur ces deux, sur ces deux figures dans. Et puis là, je vais chercher sur d’un côté habit, personnage idéal, on pourrait dire en tout cas habité par un idéal. Et puis l’adjoint au maire.
Bah, c’est beaucoup de compromis, c’est beaucoup d’arrangements. On peut s’en rendre compte avec ce personnage de Roger, l’adjoint au maire, qui se retrouve parachuté là et qui se retrouve en tant qu'élu, à devoir régler les problèmes de tous ses habitants. Et on comprend que c’est un homme politique plutôt crapuleux qui met en place beaucoup de magouilles, beaucoup d’arrangements. Et en même temps, c’est une façon aussi de critiquer la politique locale. On se rend compte que malheureusement, c’est comme ça que ça se passe. C’est beaucoup d’arrangements, c’est des compromis, c’est de la magouille et voilà, on essaie de trouver des solutions. C’est c’est triste, mais c’est la réalité.
Alors c’est la scène du restaurant. Est ce que l’un ou l’autre vous pouvez juste nous situer où est ce qu’on en est dans le film ? Qu’est ce qui se passe ? C’est quoi l’enjeu ?
Alors, la scène du restaurant, elle va être à peu près à 30 minutes de film à peu près. Et donc on est dans cette fameuse tour, le bâtiment cinq où on a Fatou qui a un restaurant clandestin, c’est ça ? Voilà le restaurant. Puis au neuvième étage, dans cette tour où tous les habitants se réunissent pour manger pour pas cher. Et en même temps, c’est un lieu de rencontre, un lieu d'échange. Et on a cette famille, c’est le village. On a cette scène où on a débarqué et on a le maire adjoint, Roger qui est déjà sur place et donc une longue discussion s’installe. Les gens essaient de trouver des arrangements. Roger essaye d’avoir Abbie dans son corps parce que c’est très bien et c’est très bien. Quimby a fait un travail formidable dans le quartier. Elle réunit beaucoup de gens et elle milite et Roger essaye de l’utiliser à des fins politiques. J’aime bien le voir galérer.
C’est cruel, c’est cruel, vous allez galérer, Alors chacun ses angoisses dans le cas de tension, la tension des habitants. Je ris, j’envoie l’extrait, je suis prêt.
Envoie l’extrait. Super ! Merci beaucoup. Alors ça pourrait marcher. En tout cas..
Abi, ça va quoi là ? T’asseoir deux secondes ? Pour discuter ? Je connais mon fiston. Oui. Assis toi ! Tu ne vas pas rester debout. Assis toi ! Tu sais bien ce que tu fais dans le quartier. Tout le monde t’aime bien par ici. Moi, j’ai besoin de gens comme toi dans mon équipe, capable de faire bouger les choses. Mais. Tu sais quoi ? La semaine prochaine, on va avoir le budget pour les associations. Je vais être très content de pouvoir te soutenir d’une façon encore plus amicale. Ça te va ? Pourquoi essayez-vous de nous la faire à l’envers ? J’ai vu les plans de nouveaux immeubles, de grands boss. Il y en a un qui est prévu pour les familles nombreuses alors que de base, c'était quoi le plan pour loger tout le monde ? Oui mais moi je ne sais pas ce que tu as vu comme plan, mais c’est normal qu’un projet tant qu’il est pas construit, il évolue encore un peu. Oui. Ça je suis d’accord, il n’y a pas de problème. Mais on fait comment pour faire rentrer des familles nombreuses dans des appartements ? Il n’y a pas plus de deux chambres.Mais ça c’est la spécialité de certains. Ça nous arrive de remplir des appartements privés pour une famille normale avec quinze gamins, cousins, tantes, bled.
Voilà, le l’extrait est terminé, Je remets notre scène. Hop, on revient. Là, j'étais en train de regarder un tic tac. Tout ça n’est pas sérieux. On vous demande Est ce que vous avez des. Est ce que les rôles des femmes, dont celui d’Haby, sont inspirés de femmes de la réalité ? Est ce que vous avez des retours.
On se rend compte que ouais, Haby Superstar est vraiment incroyable. On a dû faire peut être une trentaine de projections et c’est sûr que son rôle touche énormément de jeunes filles. Mais c’est un rôle important. C’est le rôle de l’espoir. Et on se rend compte qu’en faisant des projections dans chaque quartier, dans chaque ville où on va, on rencontre Haby une militante qui est engagée. Mais je le dis vraiment, à chaque projection, il y a quelqu’un qui lève le bras. J’ai l’impression qu’elle parle de moi. Voilà, je travaille dans le social, je me bats contre le mal logement, donc je pense que ça fait du bien, Ça fait du bien ce genre de personnage et surtout si ça peut, si ça peut aider. En tout cas, cette nouvelle génération doit avoir des exemples aussi. C’est aussi ça le message, c’est qu’aujourd’hui, malheureusement, ces jeunes ont très peu d’exemples et je pense que c’est l’exemple parfait. On peut s’en rendre compte en rencontrant plein plein de gens.
Oui, qu’on avait vu dans un autre film.
Elle a tourné dans le jeune imam de Kinshasa, Piron, sur lequel j’avais bossé aussi en tant que co-scénariste. Donc c'était son premier rôle, On avait un second rôle, mais après cette prestation, c’est des éléments, la faire tourner parce qu’elle est juste incroyable.
Mais est ce que vous avez sillonné la France à la recherche ? De personnes comme celle-ci très très engagées pour nourrir votre écriture ou est ce que c’est uniquement des essais du CE qui serait déjà pas mal de changer.
Des Haby Keita dans chaque quartier ? On a des Haby et je n’avais pas besoin de sillonner la France juste en restant dans mon quartier. Des femmes comme ça, qui se battent, qui militent en armes et vraiment des dizaines. Donc pas besoin d’aller chercher loin. Comme je dis, dans chaque cité, il y a un habit qui se bat et qui vient en aide aux habitants. Non, il n’y a pas eu de recherche.
Après, c’est sûr que dans tous les personnages, on retrouve un peu de Mr Lee, de Laz. Tous ces personnages ont un petit petit quelque chose qui lui ressemble, qui lui ressemble. Pour le personnage d’Abby aussi. Après, il y a la jeune comédienne qui apporte aussi son humanité, qui apporte une présence et un naturel, qui est à l’image, qui est, qui est vraiment émouvant et incroyable. C’est cette jeune actrice et jeune comédienne
Il y a un esprit si tu veux ajouter quelque chose.
Non mais c’est vrai qu’un jardin nous a dit dans chaque personnage un peu de moi. Pour la petite histoire, moi aussi j’ai beaucoup médité, je me suis beaucoup engagée, même politiquement. Le maire de ma ville, c'était quelqu’un qu’on a beaucoup combattu politiquement en tout cas. Et pour la petite histoire, à l'époque, on avait monté une liste, une liste électorale. Je m'étais présenté à la mairie avec des potes de gauche parce qu’on savait que pour faire changer les choses, il fallait prendre quelque part le pouvoir. Et alors on a perdu 250 voix, On est à deux doigts de prendre la mairie. Mais ça a été une belle expérience et on se dit maintenant on se bat tant on peut y arriver. Donc voilà, j’encourage tout, tous ces jeunes à monter des listes.
Il y a un peu de volonté. Il y a un peu de toi dans le rôle.
Oui, je pense dans tous les personnages il y a un peu de moi
Alors il y a un aspect qui m’a particulièrement touché, c’est quand même l’aspect documentaire. Là, on vient de voir cette scène d’un restaurant clandestin qui joue un rôle, on ne va pas dire lequel est évidemment très important dans le temps. Dans le film, il est clandestin par la force, par la force des choses. Parce qu’en réalité, la cuisinière, la dame, la tenancière, voudrait pouvoir ouvrir son cœur. Elle ne peut pas. Il y a l'économie souterraine et pour une fois, ce n’est pas la drogue. Mais ici, on va dire, ce restaurant, c’est cette scène extraordinaire, je trouve, du garage sauvage, des garagistes aux pieds, au pied de l’immeuble qui bat effectivement, qui vidange. Il n’y a pas de gare, il n’y a pas à chier. Mais y rendent service.
Si on se rend compte de plein de niveaux entre le restaurant, le garage enfin je veux dire, c’est vraiment la débrouillardise. Souvent on dit que les mecs se débrouillent, le business souterrain, la drogue. La réalité, c’est que les gens essaient de venir en aide à ces habitants qui ont très peu de moyens. Et pour le dire, c’est une population qui est assez pauvre. Donc voilà, quand on a ce genre de restaurant pour trois, 4 €, on peut se prendre un petit plat, bien manger. En plus c’est bon, donc ça vient en aide. On a les garagistes sur le parking, quand t’as tant galéré ta voiture, tu vas chez le garagiste, ça coûte un bras Là, pour 20 30 €, on peut te dépanner. Donc à chaque fois on trouve les moyens pour essayer de mieux vivre. Oui, c’est ça. C’est une forme de solidarité, évidemment. Il est facile de la condamner. On voit dans cette posture un peu facile, mais c’est ce qu’on veut raconter. C’est un village. Moi, j’ai vécu dans un village près de Perpignan. Il y a toujours un pote qui va te dépanner pour changer une pièce de ta voiture et c’est des choses qui se font. Je veux dire au quotidien, comme dans tous les villages de France. Un restaurant solidaire, ça existe un peu partout. Dans combien de villages justement, il y a une épicerie qui va et qui va aussi être bureau de poste et autres. Ici, c’est fait à la mesure des moyens des uns et des autres. Et c’est cette humanité qui nous qu’on voulait porter à l'écran. En tout cas, c’est ce que fait l’Ad J Et là tu parlais de la scène d’ouverture où la communauté essaie de descendre un cercueil parce que les ascenseurs, une fois de plus, sont souvent en panne. Parce qu’on ne peut pas venir avec une nacelle pour sortir un tel cercueil par les fenêtres qu’on ne peut voir dans d’autres endroits. C’est aussi cette immersion, en tout cas dans ce village où tout le monde se connaît, où il y a une vraie entraide. Moi, dans mon village, à l'époque, les enfants, ma fille et les autres enfants traînent, traînent dans la rue parce que tout le monde, tout le monde se connaît. On ne nous dit pas qu’on est irresponsable parce que nos enfants sont à la place du village. On va le dire. On va dire ça en tout cas à des parents parce que ils viennent du Maghreb, ils viennent d’Afrique, ils sont irresponsables, ils laissent leur gamin dehors dans un village, c’est comme ça. Moi, ma fille, elle était dehors et quand tu voyais un autre gamin faire l’idiot, tu l’engueule parce que tu connais ses parents et lui sait très bien qui tu es. C’est cette proximité qu’on voulait, qu’on voulait ici raconter. Et à chaque fois que j’allais voir là, il y a cette humanité qui est vraiment touchante. Et d’autres vont avoir cette lecture. C’est du communautarisme parce que c’est comme ça, des gens qui se parlent, des gens qui se disent bonjour. Ça n’a rien d’extraordinaire qu’ensuite il y ait une proximité et que sa vie soit comme ça, il y a un battement de cœur qui est celui d’un village comme partout en France.
Il y a un autre aspect qui est celui de l’accueil des migrants une immigration choisie, puisque dans le film on voit que ce sont des Syriens qui sont, qui sont accueillis et on comprend qu’ils sont accueillis parce que ceux-là sont chrétiens. On pense évidemment aux Ukrainiens où il y a eu tout d’un coup la France a ouvert tout à fait ses frontières là où elle les ferme par ailleurs. Et ça, c’est venu comment, cette idée là ? Je pense à ça à cause de la question du communautarisme dont tu m’avais parlé.
Il faut s’inspirer de vraies histoires, malheureusement, en fonction d’où l’on vient, en fonction de nos origines, en fonction de notre job, on est accueilli ou pas. On a pu le voir dernièrement avec les Syriens, On a eu des Syriens d’Orient, des chrétiens d’Orient qui ont plutôt été bien accueillis et des chrétiens musulmans entre guillemets.
Les Syriens musulmans. Chrétiens, musulmans, ça veut dire quoi ?
Voilà, ils ont été accueillis et malheureusement ils n’ont pas eu le droit à une petite fête d’accueil. Et on se rend compte pareil avec les Ukrainiens qui sont arrivés sont très bien accueillis, Ils ont eu droit à des bourses, à des logements Et à ces traits de dire qu’on fait des choix en fonction de la religion ou de la culture ou voilà. En fait, c’est dans les échanges qu’on a avec moi. Moi, je suis un réfugié. Ma famille se sont réfugiés politiques chiliens et on a été extrêmement bien accueilli. C’est-à-dire que la France, terre d’accueil, j’ai connu et j’en discute avec l'âge, toutes ces histoires d’intégration. C’est qu’une question d’accueil, c'était bien accueilli. Tu as une reconnaissance, ma mère, ma mère. Une telle reconnaissance pour la France ? Elle déteste quand elle entend mal parler de la France. Quelque chose qu’ils aiment beaucoup. Parce que nous, on est arrivés avec rien ici. C’est là où il y a une différence entre une des populations qu’on a fait venir parce qu’on avait besoin de main d'œuvre et pour lequel certains ont eu très peu de respect, et puis d’autres tout d’un coup, moi j’ai tous les profs de mon école était était plutôt plutôt extrêmement bienveillant avec. Avec les jeunes chiliens de cette époque. C’est là où il y a une trop grande différence entre eux, entre des populations étrangères immigrées qui ne sont malheureusement pas toujours les bienvenues. Et ce que raconte le film sur le mal logement. A quel moment l’urbanisme sert à trier, sert à choisir qui on garde qui ? Qui va encore s'éloigner, va encore partir à l’autre bout de la périphérie parisienne. Et si c’est ça qui est l’autre enjeu de ce film, le plus important, et c’est cette espèce de vivre ensemble qui est constamment répété. En fait, c’est qu’une histoire d’accueil. A quel moment tu te dis non, ces gens là, on ne peut pas vivre avec eux en fait. Et le mal logement sert aussi à ça, à user des familles. Est ce qu’elle est ce qu’elle s'éloigne ? Est ce qu’elle s’en aille en fait ?
Alors le film met ça effectivement magnifiquement en scène, c’est-à-dire cette question du plan de rénovation qui a eu lieu justement après les émeutes, après les révoltes de 2005, où quand même un certain nombre de quartiers ont été rénovés. C’est l’enjeu de Bâtiment cinq, puisque c’est ce bâtiment qui va être détruit au nom justement du mieux vivre en disant là, c’est insalubre. J’ai expliqué au départ que les raisons sont un peu différentes. Il y a des raisons économiques et des raisons de corruption. Il y a quantité de choses. Le film est et reste ambigu comme l’est la réalité. Je veux dire, il n’est pas manichéen, il n’y a pas. Tu souris ?.
Oui.
Pourquoi tu souris ?
Parce que je t'écoute.
Et alors ? C’est drôle ce que je dis. Non, parce que ça te fait plaisir, c’est ça.
peu parce que c’est ça la difficulté pour vous. Parce que je te vois venir, c’est tout. C’est le point de vue de Ladj et c’est là que c’est là où ça se distingue des autres films, c’est que c’est il y a, il n’y a pas, il n’y a pas un côté militant où on donne des solutions. C’est le cinéma,c’est un cinéma de problèmes, C’est. Il le montre, il donne à entendre ce qui ne va pas. Il y a d’autres films. Ils vont avoir tendance à donner les solutions et à essayer de coller à un programme ou à quelque chose qui va être plus politique dans le sens où on l’entend ordinairement. C’est là, j’essaie. C’est là où je trouve les films encore plus émouvants, c’est qu’il pose les problèmes et il est là. La scène qu’on vient d’entendre avec Roger. Voilà un personnage noir d’origine africaine qui parle horriblement mal. Mais c’est ce qu’on entend, c’est qu’il y a ce discours qui est complètement décomplexé. Il y a un discours qui est brutal et qui est tenu par beaucoup de gens. Et c’est là où moi je m’intéresse à ce que fait l’analyse, c’est qu’il est dit Viens pas avec ces gros sabots. Et puis des grosses solutions un peu faciles à entendre et que tout le monde va être content ou en tout cas ça va faire plaisir à l’un et à l’autre. C’est là où il faut voir ces films, c’est qu’il y a une réalité très documentée. Il y a un constat et c’est ça qui est plus important pour nous que d’arriver avec un oui, mais avec des solutions.
Tu me dis Je te vois venir, Qu’est ce qui ? Qu’est ce que tu crois ? Tu crois que je vais aller où ? Moi ça m’intéresse beaucoup.
Tu sais très bien.Mais c’est parce que parfois on a l’impression que c’est quelque chose qui vient souvent et là, tout d’un coup doit être un porte parole de quelque chose. Et un c’est pas quelque chose sur lequel il est, il est forcément porté. Tu parlais au début de sa timidité, c’est quand il choisit d'être derrière la caméra. Tu sais, c’est pas quelqu’un qui prend un micro et qui va dans des interviews. Et c’est là où je vois que certains veulent lui mettre sur les épaules, pas plus que ce qu’il veut développer. Mais tout d’un coup, on se dit tiens, voilà le porte parole des quartiers.
Le porte parole,non, On va lui mettre dans la bouche tout ce qu’on voudrait.
Non, pas du tout.
Je ne suis le porte parole de personne. C’est vrai, c’est des choses qui reviennent souvent, mais en même temps, moi, j’ai pas envie d'être le porte parole de quoi que ce soit.
Oui, voilà, il a lâché un truc tout à l’heure qui m’a étonné agréablement. Tu as dit que tu espères qu' avec le personnage d’Haby, que des jeunes femmes se retrouvent dedans et une sorte de repère. C’est à dire que ce n’est pas qu’un film de divertissement..
C’est-à-dire que, comme je le dis souvent, j’ai commencé à regarder des films, le cinéma français, j’arrivais pas à me reconnaître à travers le cinéma français, à travers les personnages, à travers les récits. Et c’est vrai. Et encore aujourd’hui, j’ai encore un peu de mal avec le cinéma français et pour moi, c’est important d’avoir des gens qui nous représentent, des gens sur qui on peut s’identifier, sur qui on peut se projeter. Et le personnage de Haby. C’est pour ça que j’espère que les jeunes vont pouvoir s’identifier avec ce personnage qui est un personnage qui donne de l’espoir, un personnage qui se bat. Donc je pense qu’aujourd’hui c’est important d’avoir des modèles.
Je retourne une dernière fois en régie et il nous reste un petit quart d’heure pour mettre justement un passage où Haby se bat. Les mecs rigolent les mecs, qui rigolent, ils se demandent ce qu’ils foutent, où est ce qu’ils sont. Alors c’est Haby face à face au maire. Est ce que vous voulez lancer l’extrait et dire où on en est ? Où est-elle ? Elle est dans le cabinet du maire ?
Oui, ici en fait.elle est très impliquée dans la vie associative de son quartier, elle découvre que l’immeuble dans lequel elle vit va être détruit et qu’il n’y a pas grand-chose qui a été prévu pour reloger les habitants. Et quand l’ADR rappelait que on a racheté ces immeubles, ces appartements quinze, dix, 15 000 €, c’est le prix d’une place de parking à Paris et encore et encore avec 15 000 €, on peut pas s’acheter une place de parking. Non mais c’est vrai que après avoir reçu ce courrier où elle découvre que finalement on se perd exproprié pour vraiment une misère en France, 15 000 € débarquent chez le maire pour essayer d’avoir des explications un petit peu.
La mairie a dû racheter quinze zéro 0 € les appartements. Mais vous vous foutez de moi ou quoi ? Je vous rappelle, ils ont valoit 100 000 francs tout de suite.C’est quoi ces manières-là ? Qui vous a laissé entrer immédiatement dans mon bureau ?Vous voulez racheter 15 000 € ? Des appartements que des familles ont mis plus de 20 ans à payer avec des crédits de malades en plus.Ces appartements, ils valent plus rien et vous le savez très bien. En réalité, c’est la commune qui la rachète pour pouvoir les rénover. Encore une fois, c’est au contribuable de payer pour vous.Mais arrêtez un peu, arrêtez ! Vous avez laissé le quartier se dégrader comme ça, année après année exprès. Toutes vos conneries de rénovation ou je sais pas quoi, ça c’est dites le, c’est pour vous débarrasser de nous.Vous avez terminé les fiches ? J’appelle la police.Est que c’est ça qu’elle vous sert vous la police, hein, à faire taire les gens qui sont en colère ?
Donc là on a reconnu dans le rôle du maire. Le sémillant chef. qui était le sémillant chef de la BAC dans Les Misérables. Alors là, je crois que mon écran où y a le tchat, c’est un combo petit écran où les réalisateurs voient ce qui est en train d'être filmé. Le château. Donc voilà une bonne tête de du. Voilà enfin quelqu’un qui investit cet imaginaire absent de la Citadelle. Je te conseillerai bien le cinéma français. Trop blanc, comédiens nuls, etc. Donc on vient de voir cet extrait et en fait je suis emmerdé parce que je sais pas pourquoi. Qui a choisi cet extrait et pourquoi vous l’avez arrêté à cet endroit là ? Parce que juste après il y a une phrase que je trouve. Lequel de vous deux La dialoguée, hein ? Et on va voir, là, on va voir.
Je ris d’avance.
Elle est donc habillée face au maire et le maire lui dit soit vous êtes insultants, soit vous pleurnichez. Les gens comme vous, etc. Et je trouve que c’est une phrase qui résume le mépris dans lequel sont placés des gens des quartiers.
Exactement. C’est limite, on a pas le droit à la parole et à partir du moment où on essaie de revendiquer des choses, là tout de suite, on est piétiné et on sent le mépris qu’on a semé tout de suite. C’est limite. Qu’est ce que vous faites là à me parler ? J'étais tellement supérieur aux autres que voilà, le dialogue est compliqué.
Malheureusement, c’est justement ce dialogue qui a écrit cette réplique.
En fait, c’est notre cuisine ça. Ben ouais, je sais pas.
Moi j’ai plusieurs restaurants.
Je sais bien que ce n’est pas la recette parfaite tout de même. Est ce que vous faites vos courses ? Les ingrédients ? C’est pas grave.
Ce que ce que le personnage du maire est le personnage le plus difficile à écrire. Oui, parce qu' on s'était presque amusé à reprendre certains dialogues, certains échanges qu’on a sur des plateaux télé avec des hommes politiques plutôt conservateurs. On met ça dans la bouche de notre personnage, ça devient tellement caricatural que c’est impossible à jouer. Et puis c’est sûr, on va nous dire mais non, c’est quoi cette caricature de la caricature alors que vous n’utilisez que des dialogues, que des références, que des. Une façon de parler, une attitude. Et ça, ça devenait excessif. C’est un personnage qu’on a réduit en tout cas dans sa posture, parce que ça, ça passe pas dans un film. Alors qu’au départ, c’est juste ça, c’est juste des choses qui sont là. Et les dialogues, c’est des pingpong incessants. Avec l’axe. On a essayé d'être juste dans des scènes comme ça, pour pas caricaturer, pour pas que ça devienne quelque chose, même si certains vont dire ah mais c’est caricatural parce que ben oui, on met, on met dès qu’on focalise, quand on met en gros plan certaines choses, certains. Et c’est une façon aussi d’attaquer, dire oh c’est caricatural comme pour dire bon, passez votre chemin, ça n’a aucun intérêt. C’est une défense un peu facile d’utiliser le terme de la caricature.
Mais c’est étonnant parce que hier je revoyais le film une deuxième fois et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé à ces images qu’on voit sur les réseaux sociaux terribles de gens qui meurent en Palestine. C’est à dire qu’on voit des gens qui comme si on disait dans les staffs movie tu viens de parler des discours politiques qui sont devenus tellement caricaturaux. Qu’est ce que qu’est ce que la fiction peut faire par rapport à ça ? D’un côté, on a des images d’une violence extrême. Il y a dans le film des scènes, on pourrait dire d’action, parce que là, les extraits qu’on a montrés, c’est plutôt des dialogues. Il y a aussi des scènes, notamment la scène de l'évacuation qui est défloré dans le dans la bande annonce, elle est magnifiquement filmée. Mais comment on fait aujourd’hui quand on fait un cinéma engagé, en tout cas ancré dans la réalité, alors que la réalité elle même est devenue Si du Célius d’un côté c’est du snuff movie sur les réseaux sociaux, c’est des discours de haine qui sont balancés sans aucun, sans aucun filtre. Est ce qu’on se dit pas merde, on va être en deçà de tout ça ?
Tu sais déjà que quand certains hommes politiques ou des gens qui sont impliqués en tout cas dans ce don, dans un discours ayant un discours politique, quand ils vont dans ces émissions, ils savent qui est le public. Donc ils donnent à manger avec le ton qu’il faut pour satisfaire les gens qui regardent ce type d'émission. C’est là où ça libère encore, parfois peut-être un peu plus la parole. On parle une parole très décomplexée parce qu’ils ont face à eux le public qui est disposé à entendre ce type de critique et qu’il n’y a pas besoin de tellement d’arguments. C’est moi. C’est ça qui me choque quand on discute avec lui. Il argumente sur rien.En fait, on assène des choses parce que le média a cette couleur et cette orientation. Et quand on va faire du cinéma, on passe à la fiction. C’est pour ça qu’on a, on a, on a fini par abandonner le projet on le dit parce qu’on s’est dit que c'était peut être plus honnête de faire un documentaire sur sur cette figure socialiste qui est importante, en tout cas jusqu’en 2017. Passer à la fiction, ça permet de donner une autre ampleur, en tout cas à nos propos, à ce travail aussi de mise en scène qui est très particulier, de Ladj. Et c’est là où on se dit que la fiction est l’endroit où on peut évoquer avec un autre filtre en tout cas, s’adresser à un plus large public et se dire voilà, c’est un film pour ceux qui veulent militer dans le milieu associatif des quartiers. C’est ça un témoignage. C'était déjà le cas avec Les Misérables. Ça a toujours été la démarche c’est de donner à voir et ensuite provoquer du débat, provoquer de la discussion.
Jacky le dit :ici le film peut faire parler du mal logement dans les médias, ce serait déjà bien. Est ce que dans les interviews, on en parle autant qu’on en a parlé ici ?
Là, c’est vrai qu’on commence un petit peu à en parler, mais on a fait pas mal de presse. C’est un sujet qui revient souvent et on se rend compte que malheureusement, le mal logement, ça concerne énormément de personnes. Quand on prend les cibles, on a plus de 6 millions de personnes mal logées. Donc là on se rend compte que oui, on commence à en parler de plus en plus et surtout on sait bien que c’est la future bombe sociale qui risque d'éclater dans les prochains mois. Le premier qui voulait voir le film, c’est Jean-Louis Borloo qui t’a appelé ? Effectivement, on a montré le film à Borloo, Jean-Louis Borloo qui était à la base du plan de rénovation urbain Donc voilà, lui, il a été très touché par le film, il l’a trouvé très juste, très réaliste. Et justement il a présenté, on a fait un débat où il est venu présenter le film aussi avec nous. On a échangé avec le public et là on se rend compte que c’est un vrai problème. Il n’y a pas vraiment de solution parce que même nous, on avait l’impression qu’il était dépassé. Là encore, dernièrement, le président Macron qui lui a commandé encore un énième plan, un énième plan sur les banlieues et finalement le plan, il a fini à la poubelle. Donc on dit que c’est compliqué, il n’y a pas de volonté, en tout cas volonté politique pour changer les choses. Donc c’est assez. C’est dramatique. Le mal logement ne concerne pas que les quartiers, que les banlieues, c’est plus de 4 millions de français, donc c’est énorme. Si c’est considérable en fait, le mal logement et ça, ça provoque tous les autres problèmes qu’on peut avoir autour, puisque ces problèmes de voisinage, ces choses là font que certains quartiers finissent par couler de même. C’est ça qui est dramatique aussi.
Tu parlais de Macron, Il me semble que Macron avait demandé à ses ministres de voir Les Misérables.
Oui, oui, bien sûr, il a vu les Misérables, il a été bouleversé, touché. Enfin en tout cas, il a demandé à ses ministres de se positionner pour trouver des solutions. Et finalement. Bon bah il y a rien qui a été fait comme d’hab, à l’image de nos politiques, quand il y a un petit coup de buzz, sont les premiers à montrer leur tête. Et finalement quand on est dans le concret, bah il y a plus grand chose et c’est dommage.
Tu penses que le cinéma dans ces cas là est totalement impuissant ?
Alors je dirais pas que c’est impuissant, juste le fait de pouvoir en parler. Déjà je me dis qu’on fait avancer les choses. Après bon, un prénom témoigne, on fait un constat, on témoigne de ce qui se passe, mais on a pas vraiment les solutions. En tout cas voilà, juste le fait de témoigner, juste le fait que ces politiques se rendent compte de cette réalité, c’est déjà pas mal. Ils ne pourront pas dire ce qu’ils ne savaient pas.
Il nous reste quatre minutes.
Ou si ça fait avancer des choses parce qu’il y a beaucoup de jeunes et moins jeunes qui voient le parcours de la. Mais il a réussi à faire du cinéma un gars qui ne vient pas du tout, qui a fait d'école de cinéma. Ça éveille déjà aussi une forme de conscience et d’envie de se dire mais on peut. On a des histoires à raconter dans ces quartiers, il y a il y a des gens que ça intéresse réellement. Et déjà ça, c’est énorme. Rencontrer tous les. Tous les jeunes que tu es. Tu soutiens aussi des projets de fictions et de documentaires. C’est déjà un pain monumental pour. Pour des filles et des garçons qui n’auraient jamais imaginé que c'était possible d'écrire, de scénariser, d’essayer de s’essayer en tout cas à la mise en scène.
Il y a un mois, il était à votre place, Mehdi, le réalisateur de Avant que les flammes ne s'éteignent. Le film a subi un assaut de l’extrême droite. Cela a été documenté par la suite par Mediapart et par Libération. C’est-à-dire que les gens sont venus en masse la veille du jour de la sortie sur Allociné, qui est un des vecteurs importants pour mettre des notes catastrophiques. Avant même que le film soit sorti, il y avait 1,5 sur cinq étoiles. Allociné a été obligé de dire oh là là, il y a des notes inhabituelles sur ce film. On sait aujourd’hui qu’il y a donc des raids, des raids virtuels. Est ce que votre distributeur, votre producteur ont conscience de ça ? Ils ont pris des mesures par rapport à ça ?
Oui, bien sûr, on en a conscience. On a pu voir, on a pu suivre de près cet épisode et ne pas nous séparer. Nous, on a subi toute la foule de l’extrême droite. Cette organisation, c’est une réorganisation structurée. Enfin, il y a quelques têtes qui lancent une rumeur. Tout le monde reprend donc c’est vraiment bien organisé et on va subir ça quand Les Misérables est sorti. On a eu énormément d’attaques quand j’ai appris que j'étais le gars qui allait représenter la France aux Oscars, ça a été un acharnement. Un acharnement tout fait pour pas pour nous détruire. Et c’est malheureux, on a pu le constater encore là, avec ce film là. Bâtiment cinq qui sort bientôt et on en parlait avec Camélia Jordana. Et ça, c’est bizarre, on n’a toujours pas subi les attaques de l’extrême droite. Ça ne va pas tarder à arriver. On sait qu’on va être attaqué malheureusement. Qu’est ce qu’on peut faire ?
Ils sont peut être cons parce que comme le maire est un peu d’extrême droite dans le film, ils pensent que c’est un film d’extrême droite.
Peut être, peut être pas. Je les invite quand même à aller voir le film avant d’attaquer ou de faire des critiques.
Il reste une minute. J’ai juste un truc, je suis obligé d’en parler. J’ai pas du tout aimé Athéna et j’ai vu que c'était dans sa filmographie. Est ce que tu peux défendre Athéna ?
Bien sûr, je peux le défendre serait que c’est un film, un film de Romain Gavras que j’ai coécrit et coproduit. C’est vrai que c’est un film qui a beaucoup fait parler car il y a eu énormément de polémiques.
Il n’y a aucun problème je parle du fond, là.
Mais le fond, oui c’est vrai qu’on a subi beaucoup de critiques. On nous a dit que c'était exagéré, qu’on mettait le faux pour que ça aille beaucoup trop loin. C'était pas la réalité. Sauf que malheureusement, des fois, la réalité dépasse la fiction. Là encore, dernièrement, avec la mort du jeune, elle perd son âme. On est toute la France qui s’est embrasée. On s’est rendu compte qu’on a eu les mêmes scènes, mais c’est des copier coller à Athéna, c’est juste hallucinant. Et juste après la sortie, la polémique a repris. Sauf que là, les gens disent finalement c’est vrai qu’on a critiqué, critiqué Athéna, mais c’est réel, c’est la réalité malheureusement.
Je me suis fait engueuler dans le tchat : moi j’ai adoré. Pourquoi tant de naïveté ?
Ouais non mais c’est pas sûr, mais en tout cas, ce qui est intéressant, c’est que le film a beaucoup fait parler, beaucoup fait parler, a mis le doigt sur les violences dans les quartiers et finalement on se rend compte que c’est la réalité. Pour avoir subi, vécu dans ces quartiers, subit les violences. Voilà, il y a rien d’exagéré, c’est une réalité, c’est une réalité et en même temps c'était une critique à l’extrême droite. Le film commence par un attentat sous faux drapeau mis en place par des gens d’extrême droite pour créer le chaos et lancer la guerre civile dans ce pays. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment. On a tous ces groupuscules, tous ces groupuscules nazis fascistes qui ont des pieds, qui manifestent à Paris. C’est quand même incroyable. Donc voilà, on a parlé de cette réalité. Aujourd’hui, il n’est pas bon de parler de la réalité j’ai l’impression, mais en tout cas on était dans le rêve
Tu avais très bien défendu donc je suis content d’avoir posé cette question.. Je poserai juste une dernière question. Après je prends une photo de vous et je vous libère. Qu’est ce qu’on a fait pendant 1 h Auposte là ?
C’est un échange vivant dans un cadre assez pittoresque Il faut aimer le orange, être habillé pour coller au orange. Moi je trouve qu’on a passé un bon moment de détente et des échanges intéressants,j’aime bien le côté à l’arrache. Ça s’appelle aussi jouer parce que nous on aime. Bah ça c’est comme ça,ce n’est pas vraiment organisé, mais finalement le contenu est cool donc on a passé un bon moment.
Tu rigoles ? C’est super ! Alors là, vous allez voir Michel Drucker ? C’est quoi votre dimanche là ?
On enchaîne, on a des interviews à faire. Apparemment, à côté d’artistes, il y a un truc important et une projection à Mantes la Jolie. Voilà, ça c’est un bonheur d’aller à Mantes la Jolie, loin, loin, à Mantes la Jolie, présenter le film aux habitants de Mantes au Châtelet le Soir.
C' est à quel cinéma ?
Quel cinéma ? Très bonne question. Le cinéma du centre ville. Donc projection à 18 h et il y aura un échange après. Donc pour tous ceux qui se trouvent à Mantes la Jolie, rendez vous au cinéma.
Mantes la Jolie qui est très très loin, c’est pour le coup sa lointaine banlieue Mantes la Jolie. C’est là où, en 1991, on a commencé, où les médias et la police ont commencé à parler de d'émeutes urbaines pour ne plus parler de révolte avec la mort d’un jeune homme où il y avait eu un soulèvement.Bien merci à tous les deux.Allez voir le film mercredi. Je rappelle que c’est les premiers jours que tout se fait. N’attendez pas des semaines et mercredi allez en salle, c’est important C’est un film important qui doit exister. C’est un film militant, c’est un film engagé, c’est un film politique et c’est un film qui fait du bien.Surtout, c’est un film de Ladj l’un des plus grands réalisateurs dans ce beau pays.
