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Le collectif qui rend le droit populaire : Droit dans les yeux, 23 femmes et une mission

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Mesdames bonjour bonjour ! C' est quoi ce stream qui démarre sans le son ? C’est la malédiction des quartiers ou quoi ?
Zerbouhi Salomé
Je pense peut-être que c’est la malignité de Paris.
David Dufresne
Vous pensez que c’est Paris ?
Ines Aribi
Allez-y.
David Dufresne
Pas les quartiers
Zerbouhi Salomé
Ils sont gentils, ça fonctionne bien.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr, comment allez-vous toutes les deux ?
Ines Aribi
Ça va, merci.
David Dufresne
Nous nous sommes croisés non pas par hasard, comme je l’ai écrit bêtement, mais par surprise. Il y a quelques semaines, vous pouvez nous dire qui vous êtes et où est-ce qu’on s’est rencontrés ?
Zerbouhi Salomé
Moi je suis Salomé Zerbouhi, présidente de l’association de “Droit dans les yeux”.
Ines Aribi
Et moi Inès Aribi, vice-présidente de l’association.
Zerbouhi Salomé
Et on s’est vu du coup au Conseil de l’Europe parce qu’on était tous auditionnés pour parler de ce qu’il se passe, le rapport à la police dans les quartiers populaires et amener nos expertises les uns les autres.
David Dufresne
Voilà, et alors, si Nayan, tu as le temps, si tu peux montrer un petit document, alors que vous ne verrez pas, mais que vous connaissez, c’est la photo. qui a eu lieu le photocall parce que c’est quand même correctement dément. Donc le Conseil de l’Europe c'était à Paris dans le 17e arrondissement et puis il y a un grand mur où les gens qui ont été auditionnés peuvent se prendre en photo et donc nous l’avons fait, je ne sais pas si vous voyez la photo là en ce moment mais moi je vous ai découvert à cette occasion, j’ai découvert votre association, je vous avais découvertes toutes les deux et je vous a dit ce que vous faites c' est génial, il faut venir au poste. On est là, très bien, “droit dans les yeux”, si j’ai bien compris, vous vous êtes imposées dans le débat, vous n'étiez pas vraiment invitées, si ?
Zerbouhi Salomé
Non, on n'était pas vraiment invitées, on s’est créé… Tout ça, c’est parti d’un tweet Est-ce que ça vous dirait pas de faire une asso ou quelque chose pour pouvoir expliquer les droits, notamment parce qu’il y avait eu les révoltes populaires à la suite de la mort de Naël et qu’on a vu beaucoup de mineurs se faire passer devant la justice jusqu'à se faire incarcérer. Et on s’est dit qu' il y avait une vraie méconnaissance des droits du coup, il fallait faire quelque chose et on fait par nous, pour nous et du coup on est arrivé, ça c’est créé et c’est devenu vraiment droit dans les yeux.
David Dufresne
“Droit dans les yeux”. Alors il se trouve que j’ai cassé mes lunettes, donc j’essaie de vous regarder droit dans les yeux, mais c'était un peu flou. Je suis désolé, si j’avais un regard un peu hagard comme ça, c'était pour des problèmes physiques, pas autre chose. Bon, alors droit dans ses yeux, vous êtes 23, c' est bien ça ? Vous venez d’où et qu’est ce que vous faites ?
Ines Aribi
Alors, on a plein de profils différents. Bon, déjà, on n’est que des femmes, ce n’est pas un choix, c' est plus une heureuse coïncidence, on va dire. Et donc, on à des profils assez variés, donc bon, un certain nombre de juristes, quand même. Donc, étudiantes en droit ou jeunes professionnels. Mais aussi, on a des profils assez différents, type éducatrice spécialisée, type dans la com, toi qui as fait des études de sciences politiques.
Zerbouhi Salomé
On est quand même plus ou moins dans le domaine des sciences sociales ou du droit, mais pas toutes. Et on est toutes soit en études, soit jeunes professionnelles, pas plus âgées, pas plus jeunes. Les plus jeunes, elles sont en licence, au cours de leur licence, mais la plupart, elles sont plutôt en master.
David Dufresne
Certaines se destinent à l’avocaterie ?
Ines Aribi
À l’avocaterie ? Oui, certaines, certaines non.Certaines travaillent aussi dans l’associatif, parce que droit dans les yeux, c’est une association, c' est du bénévolat, c' est quelque chose qu’on fait toutes à côté d’autres choses. Mais oui, on a certaines qui seront avocates.
David Dufresne
Les élèves avocates, déjà. Alors, moi j’ai mauvais esprit. Donc il n’y a que des filles dans votre association ? Ça veut dire que c’est les mecs qui déconnent et c’est les filles et les sœurs qui réparent ?
Zerbouhi Salomé
Non, ça veut dire que dans le monde associatif, en général, c’est beaucoup de femmes qui s’engagent parce qu’il n’y a pas d’argent à la clé, il y a peu de reconnaissance à la clef aussi et qu’en général, les garçons, ils viennent que quand il y à des postes de pouvoir à avoir et quand il n’en a pas disponible, on ne les voit pas.
David Dufresne
Pour l’instant, il n’y a pas de pouvoir, madame la présidente. C’est bien ça ? Pour l’instant, c’est nous. C’est très bien, je trouve ça super. Vous avez parlé tout à l’heure des révoltes populaires. J’ai bien entendu, suite à Nahel, on va parler de ça. Mais d’abord, j’aimerais vraiment qu’on rentre dans les détails parce que vous n'êtes pas qu’une association ou qu’un collectif de plaidoyer, ce que vous êtes, mais vous faites des choses absolument concrètes, des ateliers, des serious games. D’abord, je voudrais comprendre l'état des lieux. Pourquoi vous vous êtes dit il faut aider les copains, les copines sur la question du droit et ce n’est pas uniquement la question de droit criminel ou pénal, on va voir que c’est tous les droits en fait, logement, santé et ainsi de suite, mais d’abord comment vous avez fait ce diagnostic, comment il est arrivé ?
Ines Aribi
Il y a plusieurs diagnostics, mais qui partent à peu près tous en réalité de la même source. Donc le premier, c’est le non-recours aux droits. Donc on a quelques chiffres, entre 30 et 40 % de taux de non-reçus aux aides sociales, ça c'était les chiffres du CSE. 34 % de taux de non recours aux RSA. Dans les quartiers spécifiquement ou ? Dans toute la France, évidemment les jeunes et à fortiori jeunes de quartiers populaires sont sur-représentés dans ces chiffres-là et donc nous en fait ce qu’on cherche à faire c’est permettre à tout le monde d’accéder à ce qui est dû tout simplement parce que ce n’est pas quelque chose qui se mérite, c' est quelque chose qui est due et donc ça c’est le premier objectif, ça fait qu’au final, les thématiques qui sont abordées par notre association, que ce soit à travers les articles, sur les réseaux sociaux ou à travers les ateliers, peuvent toucher absolument tous les sujets. Ça peut être, par exemple, comme dit précédemment, comment on touche le RSA, qui est-ce que ça concerne. Ça peut-être comment faire des… Comment faire un recours si on n’a pas eu de master, pour les plus jeunes, par exemple. Ça peut être quels sont les droits vis-à-vis de la bourse du Crous. ça peut être quels sont les droits en garde à vue et on déroule, on déroulent et je pense qu’on aura toujours à écrire et toujours à dire tant qu’il y aura des droits qui seront méconnus, tant qu il y aura de personnes qui n’auront pas accès à ce dont pourtant ils ont besoin,voilà, au niveau des ateliers,.
David Dufresne
On va parler des ateliers, on n’est pas au conseil de l’Europe, c’est minuté, il n’y a pas de souci, on a le temps, en fait vous avez écrit, vous publiez des articles, c’est comme ça que vous les appelez, ce sont des fiches qui sont disponibles évidemment sur Insta, votre affaire, bien sûr, et donc il y a 47 fiches, vous pouvez en donner quelques-unes comme ça au débotté.
Zerbouhi Salomé
Maintenant, il y en a un peu plus que 47, mais on a par exemple les droits quand on est locataire, ces droits et devoirs quand on allocataire par rapport à la bourse du CROUS pour les étudiants, en garde à vue, pendant un contrôle dans les transports, mais après on va aussi avoir tout ce qui est du décryptage d’actualité et notamment actualité internationale, mais nationale aussi, typiquement là ce que c’est l’inéligibilité parce qu’on en a parlé quand même beaucoup ces derniers temps en fait, on sait que c’est des notions qu’on peut entendre, mais qu' on n’a pas forcément connaissance de ce que ça veut dire, qu’est-ce que c' est, dans quel cas ça s’applique, etc. Et donc, nous, on va décrypter tout ça. Et l’objectif, c' est aussi de rendre tout ça hyper accessible, parce qu' on a bien conscience que le droit, c’est quelque chose qui est imaginé comme dans un amphi, et c’est un prof qui fait un cours super long C’est vrai, sauf que tout le monde n’a pas besoin d'être juriste. On a juste besoin de connaître ses droits dans de telles situations. Moi, je vais avoir besoin de ça, donc je dois connaître ce dont j’aurais vraiment besoin concrètement du coup, on fait des choses assez courtes et on mobilise du vocabulaire de jeunes. On utilise aussi les mêmes références. C'était quelque chose de notre génération, donc on utilise beaucoup ça.
David Dufresne
quand je pense que je parle à des futurs ministres. Je ne sais pas. Oh je suis sûr, je suis sûr. Dans les conditions actuelles, je ne suis pas sûre. Non, non, mais là, on va parler de Génération, donc il faut attendre un tout petit peu quoi. Mais ça va le faire. Mais alors, ce que je voudrais comprendre, c’est est-ce que vous avez détecté, j’imagine que oui, mais est- ce que vous détectez les spécificités des quartiers par rapport au droit ? Est-ce qu’il y en a ou pas ? Sur la connaissance, sur la discrimination, tout ça, ici où on pensait, bien sûr. Mais est-ce que vous pensez qu’il y a une pédagogie particulière supplémentaire éventuellement à faire sur les quartiers par rapport aux centres-villes, ou est- ce que vous pensez que les jeunes des centres ville finalement sont dans la même indifférence soit ignorance du droit, de leurs droits.
Zerbouhi Salomé
Je pense que globalement, il y a beaucoup de jeunes qui ne connaissent pas leurs droits. Après, du fait de l’intersectionnalité, du cumul, des discriminations, en quartier populaire, il n’y en aura forcément moins qui vont connaître leurs droits. Mais en fait, notre idée de base, c'était de toucher les jeunes de quartier populaire aussi parce qu’on vient quasiment tous de quartiers populaires. Mais en fait, après, quand on poste sur les réseaux sociaux, on a bien conscience que ça peut toucher plus largement on dit les jeunes, mais ça peut aussi toucher des moins jeunes. Par exemple, on a aussi un article qui avait vachement bien marché sur Tik Tok. C'était les droits quand on est enceinte et qu’on travaille du coup, ça, c’est quand même une tranche d'âge qui est quand même un peu plus âgée, qui a été touchée ce n'était pas notre cible initiale pourtant, ça fonctionne en fait tant mieux si elles peuvent apprendre leurs droits que tout le monde apprenne ses droits, c’est ça notre objectif.
David Dufresne
Alors qui rédige ces fiches, après on parlera des ateliers, qui rédige ces fiches, c’est vous ?
Ines Aribi
Oui, tout le monde, enfin toutes celles qui le souhaitent. Parfois, on a des sollicitations en messages privés sur nos réseaux sociaux et donc ça nous inspire à écrire sur certains sujets parfois, c’est la TUE, parfois, on pense à ce droit-là, donc on a envie d'écrire dessus toutes celles qui ont le temps et la possibilité. Pas forcément le savoir, parce qu’on fait beaucoup de recherches, puisqu’on a toutes, même les juristes, des spécialités différentes, on en apprend toutes sur tous les sujets, donc c’est assez libre comme fonctionnement.
David Dufresne
Avant qu’il y ait des questions du chat, comment les gens peuvent vous contacter s’ils veulent soit rejoindre le collectif, soit proposer leur service de rédaction pour les fiches, soit on va aller venir pour participer aux ateliers ou vous faire venir pour qu’ils aient des atelier, comment on vous joint en fait ?
Zerbouhi Salomé
Sur les réseaux sociaux, du coup, notre nom sur tous les réseaux, c’est droit dans les yeux et le dent, il s'écrit D.S. Voilà, et on est vraiment, enfin, on peut envoyer des messages et on répond quand même assez réactif. Et ça, ça peut être même si les gens qui ont des questions sur une situation qu’ils sont en train de vivre et ils ne savent pas forcément vers qui se tourner, en fait, on aimerait aussi devenir un peu une première porte d’entrée sur le droit. Et nous, après, on réoriente vers les interlocuteurs et interlocutrices qui sont les plus expertes
David Dufresne
Par exemple, sur votre ligne, le dernier lien, c’est saisir le défenseur des droits.
Ines Aribi
Moi je suis stagiaire au défenseur des droits actuellement et donc forcément j’ai conscience de l’utilité et de l’impact de cette institution. On peut peut-être dire un mot de fuite pour expliquer, parce que c’est pas forcément très évident le rôle alors soyez aussi brillants que d’avoir le pied
David Dufresne
Quand vous avez parlé des forces de l'œuvre, je me suis dit, wouah ! Après, j’ai compris que vous étiez stagiaire là-bas.
Ines Aribi
Oui, voilà, je pense qu’il y a quelques mois, j’aurais pas su l’expliquer avec autant de précisions, mais donc il s’agit d’une autorité administrative indépendante qui est la seule à être inscrite dans la Constitution, contrairement à l’Arcom, par exemple, ou au contrôleur général des lieux de privation et de liberté, qui sont tout aussi importants, mais qui ont moins de pouvoir conféré par la Constitution. Et donc, elle se divise en plusieurs pôles qui ont tous pour mission d’aider les administrés, les justiciables, dans leurs démarches, dans leur problème avec le service public ou avec le service privé. Et ils ont aussi un volet promotion des droits, accès aux droits donc ils font des rapports et il y en a un qui est paru aujourd’hui d’ailleurs qui est super intéressant sur les personnes qu’on appelle les indésirables et en fait c’est les personnes de quartier populaire. Donc viola nous quand on fait nos ateliers ou nos articles, on précise quand c' est pertinent. que le défenseur des droits est un interlocuteur intéressant, soit, puisqu’il y a des délégués du défenseurs des droites qui sont présents partout sur le territoire et majoritairement dans les points d’accès aux droits qu’on peut aller voir et qui peuvent nous aider, soit carrément saisir via le formulaire en ligne ou via courrier pour être accompagnés par des juristes sur tout type de thématiques, y compris sur les violences policières.
David Dufresne
On va évidemment venir à la question des violences policières. Le seul truc, c’est que la Défenseur des droits n’a pas de pouvoir coercitif. C’est purement consultatif, on est bien d’accord elle fait des recommandations.
Ines Aribi
Elle fait des rappels à la loi, donc, adressés directement aux diverses administrations ou services concernés par l’infraction, par le non-respect des droits. Elle fait aussi de la médiation, beaucoup, ça, ça aide, ça permet de débloquer quand même un certain nombre de situations tout le travail avec les pouvoirs publics, avec les ministres, avec les avis. Donc, dès qu’il y a une proposition de loi qui peut mener à… à une infraction par rapport aux droits, il y a des avis qui sont rédigés, donc c’est des poufs. En fait, elle a une place assez spéciale sur le paysage public et politique, indispensable, sans pouvoir de sanction, mais la justice a des pouvoirs de sanction pour tout le monde..
David Dufresne
Est-ce que les services du au-delà, comme on dit du défenseur ?
Ines Aribi
On dit le défenseur des droits comme institution et la défenseure des droites, quand on parle d’elle
David Dufresne
Si elle veut venir au poste, elle est la bienvenue Dominique Simonnot contre l’heure générale des lieux de privation et liberté est déjà venue. Bien sûr, bien sûr. Alors est-ce qu’elle est déjà venue, boutade, à vos ateliers et racontez-nous ce que sont vos ateliers
Zerbouhi Salomé
Nous en avons fait neuf l’année dernière. Cette année, je ne sais pas combien on en a fait.
David Dufresne
Racontez-nous c’est quoi vos ateliers.
Zerbouhi Salomé
Nos ateliers, en fait, c’est de base, on avait envie de faire des ateliers donc, c’est de se dire, on va transmettre de la connaissance sur le droit en jouant. Parce que c'était ça qui permet d’intégrer le mieux les notions sans que ça paraisse, sans que cela semble être un cours. Et donc nous, on n’a pas de locaux à nous. On est un peu partout en Île-de-France et en France, mais surtout en Île-de-France, et du coup on intervient auprès de structures, donc soit des associations, soit des maisons de quartier, soit dans des établissements scolaires, un petit peu, ça dépend. Et ils nous donnent les problématiques qu’ils ont auprès de leurs jeunes, et nous on monte un atelier sur ça. On a des grandes thématiques pour l’instant, on a eu l’année dernière. On était à un atelier tous les trois jours en moyenne. On a été notamment beaucoup mobilisés pendant la période électorale, trois jours, en moyenne, pendant trois semaines, sur le droit de vote. Du coup, c'était expliquer, en fait, qu’est-ce qui est en train de se jouer ? Pourquoi ? Qu’est ce que ça fait si on vote ?c’est pas de dire, en gros, allez voter. Mais si vous n’avez pas envie de voter, ce n’est pas grave, mais en fait vous le faites en conscience voilà, pourquoi vous n’avez pas envie de voter et c' est OK. Mais du coup c’est de donner toutes les clés pour que les gens puissent être des citoyens ou en fait pas des citoyen selon leur situation, mais pleinement et en ayant pleinement connaissance de leurs droits. Donc on a ce volet là sur les droits de vote, on a un sur le droit des enfants et on parle de la convention internationale des droits des enfants avec notamment le droit au loisir, le droit au repos qui sont des droites qu’on ne connaît pas mais on enfonce le droit de jouer.
David Dufresne
On repose et il ne se stoppe pas ici au poste. Et si dans la commune libre d au poste, c’est un espace un peu plus… On repousse et il se stoppe. Donc on n’en parle pas, s’il vous plait les autres ils jouent bien.
Zerbouhi Salomé
Le droit aux loisirs, c’est des trucs qu’on ne va pas forcément conscientiser comme étant des droits, et pourtant si ça l’est. Et après, notre atelier phare, c’est le droit pendant une intervention policière. Donc c'était tant pendant les contrôles d’identité que pendant les vérifications de l’identité, ce que c'était la différence, si on se fait emmener en garde à vue selon les moments, on inclut aussi les contrôles dans les transports parce que ce n’est pas le même cadre juridique, parce que c’est les mêmes agents qu’on a face à nous.
David Dufresne
Alors, racontez-nous la nature de vos ateliers, qu’est-ce qui se passe ? Imaginons, j’arrive, j’ai le courage de venir à l’atelier, ou je suis forcé par mon éducateur, je ne sais rien, bref, qu' est-ce qu’il se passe ?
Ines Aribi
En général, on adapte en fonction de l'âge. On a un atelier droit des enfants qui est vraiment dédié aux enfants, parce que quand on dit droit des enfants, on entend en réalité droit des mineurs. Mais quand on a des enfants de 6, 7, 8 ans, 10 ans devant nous, ça va être des jeux de cartes pour comprendre les droits de manière très, très soft et pas les perdre dans des explications qui sont pas du tout en âge de comprendre.
David Dufresne
Avec des cartes que vous que vous fabriquez.
Ines Aribi
On a fabriqué, par exemple, donc ça c’est quelque chose qui a déjà été fait, et sinon on a des quiz, on a, par exemple on va séparer la salle en deux avec des équipes et des buzzers, on va poser des questions sur est-ce qu’ils ont bientôt retenu, on pose des questions un peu pièges, on essaye de relier ça à de la culture urbaine, mais il y a quand même un moment où on parle des droits, et en général ce qu’on essaie de faire aussi pédagogiquement c’et de rendre ça interactif. de permettre aux jeunes de poser les questions dont ils ont besoin pour cibler notre atelier et pas juste parler de ce qui nous semblait forcément directement important. Et en général, l’atelier, c’est aussi l’espace de recueillir des témoignages ou des sollicitations parfois qui nous permettent de réaliser d’autant plus à quel point ce qu’on fait c'était important j’ai un exemple récent, c’est une jeune qui avait des problèmes pour faire sa demande de nationalité. et elle n'était pas au courant qu’elle avait la possibilité dans le cadre d’un recours d'être accompagnée gratuitement ou quasi gratuitement par un avocat via l’aide juridictionnelle. Et donc ça, non, on a pu lui expliquer. J’ai même pu la diriger vers une avocate que je connaissais et depuis, tout roule pour elle, quoi. Enfin, en tout cas, cet aspect-là ça, c’est le genre de choses donc elle n’ira pas à Saint-Pierre-et-Mille.
David Dufresne
Non mais ils sont malades restons avec vous votre énergie la construction tout ça c’est génial est-ce que ça par exemple ces moments de confidence ou ces moments de retour que vous avez direct j’imagine ça se fait un peu en marge de l’atelier c' est pas au milieu de l atelier que tout d’un coup on vous raconte ça dépend
Ines Aribi
On peut parfois nous poser des questions, soit c’est formulé directement comme moi j’ai un tel problème, soit s’est formulé de manière détournée, on se doute bien que ce n’est pas pour ton cousin qui pose cette question.
Zerbouhi Salomé
Et après, notamment sur l’atelier sur le rapport à la police, c’est un atelier qui est hyper intéressant parce qu’en fait, on se rend compte que quasiment tout le monde a déjà eu affaire à la police, et même des hyper jeunes parfois, et en fait, ils vont raconter parce que comme l’ambiance fait que tout le monde se sent à l’aise, il y en a qui vont raconté en fait quand ils ont été en garde à vue, et nous on fait attention, notamment quand on parle de violence. parce que c’est des choses qui sont traumatisantes. Et du coup, s’ils ont besoin d’en parler et qu’ils en ont envie, très bien, la parole, c' est possible, mais s' ils n’en ont pas envie, ils ne le disent pas et ce n’est pas grave en même temps, on va quand même expliquer le droit et dire, ça, par exemple, on n' aurait pas le droit de vous taper. Après, on sait que dans la pratique, quand vous êtes dans la situation, vous n' allez pas pouvoir dire que c’est différent. Mais en fait, notre enjeu, c’est aussi que, à force, les personnes, elles connaissent leurs droits et que du coup, quand leurs droites sont bafouées, elles puissent faire des recours derrière et que plus il y a de recours, logiquement, plus les abus vont diminué parce que, en fait après, c’est des condamnations et c'était aussi ça l’intérêt de ces ateliers et de la sensibilisation aux droits.
David Dufresne
Et par exemple sur la question de la maison Poulaga, de la police, est-ce qu’il y a des témoignages ou des interrogations qui vous ont vraiment surpris ?
Zerbouhi Salomé
Moi j’en ai un, c'était dans un atelier à Mantes la jolie, ils étaient vraiment hyper nombreux, je pense presque 40 et on faisait une simulation en gros, on disait à chaque fois on revenait, ok là moi je suis arrivée en formant en garde à vue, déjà est-ce que la garde à vu c’est un endroit précisément ? Ben non en fait c' est un état donc on ne sait pas, genre tu rentres dans une pièce ça va être en garde-à-vu, non c' n’est pas comme ça. Et on était sur le « est-ce qu’on peut refuser de donner ses empreintes ? » Alors oui, on peut, mais derrière ça peut être une infraction. Refusent de donner ces empreintes et qu’ils nous donnent un verre d’eau, faut pas le prendre parce qu’en gros derrière il prête, etc. Et il y a un jeune qui a demandé « est ce que… » Est-ce que en gros derrière, il peut prendre le verre de l’eau ? Et vraiment, c’est des questions.
Ines Aribi
Je ne touche peut-être pas le verre d’eau, effectivement.
Zerbouhi Salomé
Et bon, il y a plein de trucs comme ça, et là, en prenant cet atelier-là, il y avait des jeunes qui avaient déjà été violentés par la police et qui, du coup, vont exprimer ce qu’ils ont vécu. Et en fait, nous, enfin, parfois ils ont des questions et c’est des questions qui sont aussi trop précises et on ne sait pas. On dit qu’on ne sait.
David Dufresne
c’est pas grave quoi. Oui, bien sûr. Mais vous pensez que, alors je vois que Karim dit, je te trouve, je trouve leur initiative très intéressante, eh ben moi aussi Karim, c'était pourquoi je les ai conviés. Est-ce que, oui toujours sur la question policière, est-ce qu’il y a des, en fonction des âges, en fonction des origines, en fonction des localités, est ce qu’y a des différences ou vous retrouvez les mêmes interrogations, les mêmes témoignages un peu partout. Où est-ce qu’il y a des spécificités ? Sans trahir quiconque,ce n’est pas la question.
Ines Aribi
Il y aura des spécificités entre les femmes et les hommes, déjà, par exemple. Lors de notre dernier atelier, il y avait plus de femmes que d’hommes. Donc, forcément, les témoignages sur les violences policières étaient un peu moins nourris que quand on a une salle où il y a plus d’homme que de femme. Ça, c’est des choses qui peuvent varier. Mais vu que notre public est à peu près de la même tranche d'âge et à peu plus issu du même milieu, en général, on retrouve les mêmes questionnements, les mêmes vécues.
David Dufresne
Et donc les vécus, c’est quoi ? C’est des contrôles d’identité à répétition ?
Zerbouhi Salomé
En général, dans la salle, quasiment tout le monde s’est déjà fait contrôler. Et c’est marrant parce que les filles, en général, si elles se sont déjà faites contrôler, c'était qu’elles étaient avec un garçon. Ce n’est pas trop toute seule. Tout le monde a déjà entendu parler Enfin, on connaît quelqu’un qui s'était déjà fait violenter par la police. Soit on connaît quelques uns, soit on est dans la situation. Mais en tout cas, on sent qu’il y a un vrai besoin de connaître ses droits par rapport à la police parce que c’est quelque chose qui fait partie intégrante du quotidien et qui est cristallisant en fait parce que bah c' est dangereux.
David Dufresne
Est-ce qu'à travers ces ateliers, on peut dépeindre une société, en fait ? Ou est-ce que ça reste toujours dans la thématique de l’atelier ?
Ines Aribi
Je voulais dire, est-ce qu’on s'évade du sujet parfois pour aller sur d’autres choses ?
David Dufresne
Oui, est-ce que pour vous c’est une expérience quasi sociologique et est- ce que pour ceux qui viennent c' est une forme de verbalisation, de pouvoir exprimer des tensions, des angoisses, des expériences, des envies, des colères ?
Zerbouhi Salomé
Je pense que oui, et c’est aussi des fois un endroit où les jeunes vont se rendre compte que des choses qu’eux vont penser comme obligatoires ne le sont pas. Typiquement sur, on leur pose toujours la question, est-ce qu’on est obligé de se balader avec sa pièce d’identité en France ? La réponse c'était non, sauf qu’en fait, quand on a grandi en quartier populaire, on nous a dit depuis toujours.
Ines Aribi
C’est une légende urbaine.
Zerbouhi Salomé
Mais en fait, en soi, t’es pas obligé, sauf que si tu ne le fais pas et que tu te fais contrôler et que t’as rien présenté, on va t’emmener au poste pour une vérification de l’entrée. Donc tu as perdu du temps dans ta journée. Donc en fait il vaut mieux avoir… Mais ce qu’on leur dit aussi, c’est que si on faisait le même atelier, par exemple, en plein Paris, il y a plein de gens qui se baladent sur leur caractéristique, et eux, ça ne leur viendrait même pas à l’idée de prendre leur carnet d’identité de stresser de ne pas l’avoir, par exemple. C’est pas du tout un sujet. Et donc c'était aussi leur donner les clés, pour se rendre compte qu’il y a des discriminations Enfin, en fait, ils le savent, mais que même sur des petits sujets comme ça, qui sont pourtant.Normalement, il ne devrait pas y avoir de sujet, puisque la loi est la même pour tout le monde.
David Dufresne
Ce n’est pas ce que dit Marine Le Pen. Oh la pauvre. Pour bref, j’imagine que vous le savez, mais la mort de Zyed Et Bouna, c’est ça le départ. C’est un contrôle de police. Ils n’ont pas leurs pièces d’identité. C'était le ramadan à ce moment-là. Donc il y en a un qui ne veut absolument pas rentrer trop tard et c’en suit ce qu’on connaît. La centrale électrique, la TRAC, etc. La mort et les blessures de la mutine. Voilà, donc c'était en 2005. Et c'était déjà là, depuis ce que vous vous racontez, depuis les années 70, facilement ce qui est fou, c’est qu’on est en 2025 et c' est toujours la même chose si on sort des questions policières, vos ateliers portent sur quoi ?
Ines Aribi
Donc comme on disait, il y a les ateliers droit de vote qui ont pas mal marché et qui continueront de marcher dès qu’il y aura des échéances.
David Dufresne
Donc ça, vous travaillez pour Mélenchon.
Ines Aribi
Non, on est apartisan, on n’est pas apolitique mais on est apartisan. Très bien. Parce que, évidemment, que notre vocation est politique, que nos positions politiques Je veux dire, on ne se cache pas de donner nos avis sur des choses. Par exemple, quand on a parlé du RSA dernièrement, on a parlé de la nouvelle condition de travailler 15 heures par semaine ou de faire une activité 15 heures pour bénéficier de ça. On ne s’est jamais gêné de dire qu’on trouvait que c'était un scandale, quoi, globalement. Mais pour autant, on ne soutient pas un parti politique. On est une asso, on est la société civile, et on essaye aussi un peu de tenir.
David Dufresne
Non mais je disais ça sous forme de boutade mais peut-être que vous l’avez ressenti. Enfin vous savez, c’est quasiment une accusation qui est portée sur LFI en disant qu’ils ne s’intéressent au quartier que quand il y a des scrutins parce que c'était un vote qui est plutôt favorable. Est-ce que vous, vous avez ressenti par exemple dans vos ateliers qu’effectivement peut-être que le nom de Mélenchon sortait spontanément plus vite que d’autres ou pas du tout ? Est-ce que ça c’est une légende ou est-ce qu’effectivement il y a un terreau ? Là on parle des jeunes par rapport au vote mélenchoniste plutôt que d’autres.
Zerbouhi Salomé
Oui, après c’est aussi que là le débat politique actuel, il est quand même très, très violent en fait pour les personnes racisées de quartier populaire et ceux qui en mettent un peu le moins sur les gens de quartiers populaires, en l’occurrence c'était la gauche et une certaine partie de la gauche. Donc oui après, dans les ateliers sur le droit de vote, on peut aussi avoir… présenter des propositions de ce qui est dans les programmes politiques en les anonymisant et en faisant débattre sur la proposition. Et en fait, là, c’est marrant parce que… des fois tu peux te retrouver à défendre un truc et si t’es politisé tu défendrais pas du tout normalement ce parti là mais en fait si tu prends juste la proposition des fois en fait tu te rends compte qu’il y a des trucs il n’y a pas que du mauvais partout après voilà ça dépend quoi ça dépend ça dépend sur quel sujet mais ça c’est des jeux qui sont un peu un peu marrant parce qu’en fait quand après on met on met les étiquettes politiques dessus on dit ah ouais ok
David Dufresne
Donc il y a des ateliers plutôt ludiques avec les buzzers, vous utilisez aussi des trucs en ligne non ?
Zerbouhi Salomé
Oui, on utilise beaucoup K-Out, les quizzs. En fait, on sait que chez les jeunes, il y a un esprit de compétition et que si on dit, en gros, juste on vous donne des informations, ils vont jamais écouter, alors que si à la fin, il y à un petit quiz et qu’il y a un enjeu de gagné, voilà,là, tout le monde est hyper motivé, la mémoire tout est sur-développé, enfin, c’est drôle.
David Dufresne
Et il n’y a rien d’autre à gagner que le titre ?
Ines Aribi
Bah le goûter à la fin quand même !
David Dufresne
Le goûter, c’est uniquement ceux qui gagnent ?
Zerbouhi Salomé
Non Juste, il y a eu une question tout à l’heure de Medbell, sur est-ce qu’une photocopie d’identité, c’est bon en soi ? Non, mais c' est mieux que rien. S’il y a un contrôle d' identité et qu’en soi, on peut prouver son identité avec plein de trucs. On peut prouver son identité avec un contrat de travail, on pourrait prouver son identité avec une carte vitale. Si on est au collège et qu' on a un cardé de collégiens, tout ça, ça peut fonctionner. Après, ça va dépendre pourquoi ils contrôlent et en fonction de la gravité de la raison pour laquelle ils contrôlent, ça peut fonctionner ou pas.
David Dufresne
Donc vous disiez tout à l’heure que c’est des associations ou des structures locales qui vous contactent et qui vous disent, voilà, ce serait bien de monter un atelier et plutôt orienter ceci ou cela en fonction des gens qui fréquentent leurs structures. C’est quoi ces structures ? Comment elles s’appellent ? Elles sont gérées par qui ? Est-ce que c’est municipal ? Est- ce que c’est associatif ?
Ines Aribi
Le premier exemple qu’on pourrait citer et ça nous permet aussi de leur faire honneur parce qu' en réalité, la raison pour laquelle on est au Conseil de l’Europe, c’est grâce à eux parce que c'était eux qui nous ont contactés. C’est l’association GetUp. Et d’ailleurs, sur Au poste, vous aviez reçu Rania.
David Dufresne
Mais oui !
Ines Aribi
Et donc eux, pour le coup, ils nous ont déjà envoyé des jeunes à nos ateliers et ils nous ont aussi permis de participer à un média training il y a quelques temps. Ils sont hyper avec les autres assos
David Dufresne
Ils nous backupent un peu. C’est-à-dire un media trading, c’est-à-dire vous êtes entraînée avant de venir au poste ?
Ines Aribi
Enfin moi. Ouais, parce que je bafouille. Moi, j’ai pas d’excuse,, mais un média training, surtout pour comprendre les médias en réalité, plus que pour avoir vocation à passer à la télé, mais en gros, comprendre la mécanique un peu journalistique dans les interviews et dans les rapports, quand nous, on a un certain propos qu’on appartient à une certaine catégorie, comment on peut se défendre.
David Dufresne
Voilà, et pas jouer le jeu qu’on voudrait que vous jouiez. Exactement. C’est ça ?
Ines Aribi
Donc GetUp par exemple, sinon il y a des assos plus locales.
Zerbouhi Salomé
Jeunesse sans frontière 78, pendant la période électorale on a fait aussi un énorme atelier avec plus de 100 jeunes dans le public qui était organisé avec Belle Étoile qui est une asso de Villeneuve-La Garenne et Cité des chances qui est comme nous, qui est en Île de France.
David Dufresne
Et il y en a une autre dont le nom est magnifique, “Des terres minées. “
Zerbouhi Salomé
Alors seulement, c’est des déterminismes, des jeunes déterminées.
David Dufresne
C’est assez inspirant.
Zerbouhi Salomé
Ils sont dans ce coin-là, dans le nord de Paris vers le 93.
David Dufresne
Alors là, ce que vous voudriez faire, c’est franchir un cap, c’est-à-dire faire au moins un atelier par mois, si j’ai bien compris. Vous disiez déjà ou pas ? Ce que je dis là, c’est ce qu’il y a dans votre rapport d’activité. Vous êtes un renseignement ! On m’envoie les bons documents. Un de vos buts, c’est de faire un atelier. Là, vous vous reprochez d'être qu’une en France.
Zerbouhi Salomé
Malheureusement Là, le problème, c’est les fonds. Là, notre problème, c'était les fonds, c’est que pour l’instant, on n’a pas de subventions. Et du coup, on ne tourne qu’avec les cotisations et les dons ponctuels qu’on peut avoir. Et donc, on n’a pas de quoi dédommager les bénévoles qui pourraient aller hors-île de France. Donc, ce n’est pas possible. Après, il y a aussi le problème d'être une nation avec que des bénévoles. C’est qu’en fait, on peut soit en soirée, soit le week-end. Mais les structures, parfois, elles ont besoin que ce soit en semaine, typiquement si on est dans des établissements scolaires, soit en moment scolaire. Et donc ça, c’est les limites des assos avec que des bénévoles.
David Dufresne
Oui, mais ça va vous allez vous arranger, vous allez trouver. Donc ça veut dire qu’on peut vous faire des dons ? Oui. Alors comment on vous fait des dons,
Ines Aribi
On a une cagnotte qui est sur le Linkthree, il y a le LOA.
Zerbouhi Salomé
Merci.
David Dufresne
Ah oui oui, la directrice, oui. Euryale l’a mis tout à l’heure, c’est notre modératrice, elle va le remettre. Est-ce que vous avez, en dehors des associations, des partenariats avec des juristes, avec des avocats, je veux dire de manière officielle ?
Ines Aribi
On a un troisième volet de nos activités, c’est d’organiser des conférences. Donc on en a fait une première en janvier sur la thématique droit et engagement donc là, on a reçu des avocats et juristes engagés sur des thématiques spécifiques. Donc on avait un juriste-coordinateur chez Greenpeace. On avait des avocats en droit des étrangers, en droit pénal, mais qui dédient une partie de leur travail à une cause ça, c'était quelque chose qu’on voulait promouvoir. Et ça c’est des personnes avec qui on est donc toujours en contact et donc qui ont cru en notre projet puisqu’ils sont venus, ils ont donné de leur temps on organise une deuxième conférence bientôt, le 24 avril, sur la thématique du droit contre le racisme. Et là, cette fois, pareil, on a des avocats, on à quelqu’un du Défenseur des droits qui sera là aussi. On a des juristes, doctorants, journalistes, voilà, un peu de tout ce sera où ? Ce sera à la maison étudiante, donc c’est rue de Rennes. dans le sixième arrondissement.
David Dufresne
Ah oui, donc Paris. En tout cas, le même public avec les conférences. Les Parisiens, ils ne veulent pas franchir le périphérique pour venir, c’est ça.
Ines Aribi
On pourrait organiser une conférence.
David Dufresne
A Bobiggny, à Cergy ou quoi, mais ça fait loin, faut pas non plus.
Zerbouhi Salomé
Parce que moi, je suis de Cergy.
David Dufresne
Cergy Pontoise ? D’accord, très bien.
Ines Aribi
Mais le volet conférence,c’est plus le volet plaidoyer, du coup. C’est le volet diffuser un peu les valeurs d’engagement autour du droit, le fait de ne pas oublier un peu pourquoi on fait ça. Et donc dans notre public, en général, ça va être des étudiants, des jeunes professionnels ou des curieux, des militants. Donc Paris, c’est plus simple pour tout le monde à ce niveau-là.
David Dufresne
Vous voudriez aussi vous structurer par pôles ?
Zerbouhi Salomé
On sent qu’on est déjà structuré par pôles. On a du coup un pôle article qui écrit les articles, un pôle atelier qui prépare les ateliers. Vous faites des ateliers, oui, très bien.
David Dufresne
Le mec,il est prêt pour la présidence.
Zerbouhi Salomé
Et qu’il les prépare et après ça va loin qui les prépare en amont et qui va créer les jeux, typiquement le jeu de mémoire ou n’importe quel jeu qu’on peut avoir à faire. Aussi le découpage de l’atelier et après celles qui vont les animer en physique. Et après, ponctuellement, quand on a une conférence, on a un petit pôle conférence qui se crée la com, qui est notre pôle le plus actif, le plus sollicité. Le pilier de cette asso parce que tout ce qu’on sort passe par là
Ines Aribi
Et on peut citer leurs prénoms, le maire est bien, Lucia, Ilhem, Emilie qui nous a pas mal aidés. On met tout un peu la main à la patte sur la com, il y a Lucy qui a déjà travaillé dessus aussi, je name-drop, mais voilà. Mais c’est un pôle qui est en fait, c' est le pôle d’urgence, c est, il y à cette actu, il faut poster demain, je t’envoie une note et tu me fais un truc joli et ça rend toujours bien, et c est toujours hyper travaillé, et en plus, on est un peu exigeante, et au final, on n’est jamais déçus.
David Dufresne
Alors c’est amusant, parce que votre com sur les réseaux, elle est plutôt douce, le logo, c' est voulu, c’est pensé, c est une façon de prendre à contre-pied les clichés qui voudraient que la banlieue c est nécessairement violent, dur et ainsi de suite, ou c est parce que c est voulu, et puis voilà.
Zerbouhi Salomé
Non, je pense qu’on ne l’a pas conscientisé à ce point. Je ne sais pas comment on s'était venu..Il fallait choisir des couleurs, il fallait choisir le violet c’est la couleur de la justice en symbolique, il paraît.
David Dufresne
C’est aussi celle de Twitch et il y a quelqu’un qui disait tout à l’heure « vous voudriez pas faire une chaîne Twitch pour vulgariser ? »
Zerbouhi Salomé
Ouais, j’ai vu j’ai volontairement pas répondu.
David Dufresne
Voilà, alors là on passe à la vraie phase de l’incompréhension. Allons-y pour les questions qui fâchent.Pourquoi vous êtes pas sur Twitch ?
Zerbouhi Salomé
Non en fait ça demande beaucoup de mobilisation et ça demande aussi de l’aisance face à la caméra, ça demande du matériel.
David Dufresne
Ouais, si, quand même l’aisance, vous l’avez !
Zerbouhi Salomé
Bah oui, mais en fait, on n’est pas que deux et ça peut pas aussi. Ouais, ça peut.
David Dufresne
C’est comme ça venez Au poste pour faire un atelier, c’est ouvert.
Zerbouhi Salomé
Ok, avec grand plaisir.
David Dufresne
Vous pouvez vous lancer comme ça, puis si ça vous plaît, si ça a du succès pour vous, après vous pouvez faire votre propre chaîne. C’est ouvert, vraiment. Avec plaisir.
Zerbouhi Salomé
Après, pour l’instant, on n’a pas du tout investi le volet live, hormis nos trucs en physique, mais même on ne fait pas de live sur Insta ou quoi, et on fait peu de vidéos, mais on sait quelque chose qu’on aimerait investir, mais voilà, il faut trouver le temps et les idées.
Ines Aribi
Avec le Média AirZen, le Média Positif, de faire justement des vidéos en cross-posts entre eux et nous pour parler à chaque fois d’un droit. Ça c’est quelque chose qui va arriver dans les prochains mois et ça nous permettra d’avoir du contenu un peu plus oral en fait
David Dufresne
Après il y a une difficulté juridique c’est que comme votre public est mineur il y a un problème de droit à l’image pour les mineurs qui est très particulier. Je vous dis ça parce que par exemple filmer un atelier ce serait génial mais on peut pas parce qu’en réalité ils sont mineurs alors il faudrait l’autorisation des parents. On fait toujours des autorisations. Voilà donc bon c'était un détail.
Zerbouhi Salomé
Du coup, quand c’est des mineurs, on prend toujours des photos de dos. Mais en tout cas, on ne voit jamais les visages. Et d’ailleurs, on avait voulu faire des micro-trottoirs, et même sur ça, même si on n’a pas de vidéo, la parole est considérée comme une image, donc il faut une autorisation. Même ça, ça ne marche pas. Après, quand ce sont des majeurs, on fait signer des autorisations directement. Et en vrai, notre public en atelier, on rencontre quand même plus de majeur, je pense, que de mineur.
Ines Aribi
Les jeunes majeurs quoi, genre 18 ans tout juste.
David Dufresne
Après on arrêtera sur la question de l’image mais c’est aussi périlleux de filmer que de dos ou de profil ou masquer parce que tout d’un coup ça devient suspect, alors qu’ils ne sont pas suspects, ils sont victimes, vous voyez ce que je veux dire.
Ines Aribi
Mais parfois, il y en a qui ne veulent même pas être filmés, pas être prêts en photo. Et en soi, nous, notre com sur les réseaux sociaux, quand on prend des photos ou quand on montre nos ateliers, on fait des vidéos, c’est plus pour animer notre petite communauté qu’on a, les gens qui nous suivent, montrer que voilà, là, on a fait tel ou tel événement. En fait, ce qu’on aime dans les ateliers, c’est aussi la convivialité du cadre parfois on est 40, même parfois on est 100, donc c'était un peu moins convivial.
Ines Aribi
Mais on n’est pas encore dans ce truc de vouloir diffuser à grande échelle. En fait, on n' a pas encore le temps, les moyens de le faire et on sait que chaque chose arrivera en son temps.
David Dufresne
Et pour terminer sur le fonctionnement, après on fera un peu l'état des lieux de la société telle que vous, vous la voyez. Sur les ateliers, est-ce que ça vous est déjà arrivé de refaire des ateliers avec les mêmes structures ? C’est-à-dire qu’elles étaient suffisamment,enfin, elles étaient contentes du premier, donc elles vous ont rappelé. Est-ce-que vous avez évolué dans vos ateliers au fur et à mesure que vous en donnez ?
Zerbouhi Salomé
Des ateliers pour savoir qu’est-ce qu’il y a plus, qu’y a pas plus, qu’est-ce qui a manqué. Ça oui, on a évolué, en fait, maintenant on fait la manqué et ça nous permet de s’améliorer. Et même après en termes de posture, si on affine notre posture parce que c’est quand même très informel, au début c'était impressionnant qu’on a, donc ça vient puis après on se fait la main. Et sur, est-ce qu’on est déjà revenu ? Non, pas pour l’instant, mais par contre on a, typiquement à Mante, ils nous avaient dit que ça leur plairait bien de revenir peut-être pour un autre thème, mais pour l’instant ça ne s’est pas fait, mais voilà, on se dit que cela pourrait arriver.
David Dufresne
Je me tourne vers Nayan, je voulais savoir s’il n’y a pas de problème. Tout va bien ? J’avais l’impression que c’est peut-être notre application maison qui décode. Sur le monde, si on le regarde droit dans les yeux, pour reprendre votre nom, qu’est-ce que vous diriez de la souffrance ou du regard des jeunes que vous assistez, à qui vous faites de la vulgarisation juridique sur tous les thèmes ? Qu’est-ce qui ressort le plus ? de leur part.
Ines Aribi
On est en live mais on a le droit de réfléchir quand même.
David Dufresne
Bien sûr, assurez votre défense. Bien sûr. Non mais réfléchissez.
Zerbouhi Salomé
Je pense que si c’est en termes politico-médiatiques, c' est la non-représentation en fait. C' est qu' il y a très peu de gens qui leur ressemblent, qu’on va mettre en avant les rares qu' on a pu voir, en tout cas quand on était plus jeunes, finalement ils trahissaient toujours leurs origines, c' est un peu bizarre comme formulation Il ne restait pas forcément authentique comme ça pourrait être attendu de plein de gens et notamment je pense de plein de jeunes. Donc il y a un vrai problème de non-représentation et
David Dufresne
Et là, par exemple, vous pensez, bon, on donne pas de nom. Quoi que moi, je peux en donner à Jamel Debbouze, par exemple. Il a oublié Trappes. C’est ça l’idée. Les rappeurs, les humoristes, à un moment donné, qui viennent de là, oublient d’où ils viennent ou sont préoccupés par d’autres choses. Et ceux que vous rencontrez, en veulent, en fait.
Zerbouhi Salomé
Est-ce que c’est jusqu’alors en vouloir ? Je ne sais pas, mais je pense qu’en fait c'était dans la façon dont on se pense en tant que membre d’une société. C’est que de fait ça met un plafond vert parce que comme il n’y en a pas qui sont dans des paillettes et du coup après dans les choix d’orientation, ça va faire politique, ça veut dire que l’organisation scolaire, j’entends, ça va être implicitement nous fermer des portes alors qu’en fait ces portes ben il faut les ouvrir c’est difficile à les ouvrir parce que quand on accède et qu’on est les premiers ben en fait on fait on fait les frais d'être les premiers mais typiquement là j’ai en tête des députés qui sont racisés qui sont jeunes qu’ont des codes de culture urbaine etc ils font quand même les fraises alors après d’un autre côté il y a un aplomb à qui ça fait plaisir parce qu’ils cassent un peu les codes etc mais ils en font aussi les frais et ils s’en mangent quand même plein la tête. Et ça, quand on le voit, OK, c’est bien, ils peuvent représenter un peu. Sauf que ça nous renvoie aussi que si jamais vous voulez vous lancer et devenir en gros des personnes qui sont médiatisées, OK, mais vous allez en faire les fraises sur votre personne ça c' est quand même hyper violent, en fait, de se dire qu' en gros, si tu veux prendre ta place.
Ines Aribi
A tes risques et péril, quoi. Il y a un exemple que je vais citer sans en donner trop de détails, mais pour expliciter une situation, il y a des associations qui s’investissent, justement, comme nous, auprès de jeunes issus de quartiers populaires, dont les vidéos, après, sont reprises par des fachos. Et ensuite, t’as des mineurs ou des jeunes qui vont se retrouver, enfin, leur visage, leur vidéo va être visionnée et ils vont être victimes de harcèlement, de cyber harcèlements. alors qu’ils sont justement dans un cadre qu’il pensait safe en rejoignant et qui a vocation à être safe. On te dit, on va faire un atelier, on va parler de légitimité, on va parler de droits, on va parler d'égalité des chances derrière, tu te retrouves moqué et traîné dans la boue par des gens qui veulent ton mal. Nous, ça nous fait toujours un peu de peine
David Dufresne
Ici on dit connard, mais enfin, si tu préfères dire des gens qui veulent ton mal, tu peux.Bon, on s’est compris. À mon tour de vulgariser un petit peu.
Ines Aribi
Non, mais voilà, enfin, c’est ce truc, ça fait toujours un peu de peine. Et puis, un autre truc auquel j’ai pensé avec cette question, c'était la frustration, je pense, de nous faire un attribut sur la police. On va dire tels, tels sont vos droits. Et au final, on va leur dire mais attention. Alors, sauf exception, en fait, oui, c’est ça ton droit, mais en réalité, ça peut se passer quand même comme ça. Et du coup, ça fait beaucoup de mets, ça a fait beaucoup d’exceptions aussi, au-delà du fait que nous, on puisse leur apporter ces clés de compréhension, il y a aussi les faits qu’ils connaissent. Il y a le fait qu’il arrive à l’atelier en sachant déjà que tout ne va pas forcément se passer exactement comme nous, on aimerait bien que ça se passe, parce que nous on colle aux droits, on colle au texte, on n’est même pas en train de décrire une société idéale, on est juste en train d'écrire ce qui devrait se passer.
David Dufresne
Alors eux vous racontent comment le droit est interprété physiquement ou verbalement par tel ou tel officier de police.
Ines Aribi
Et ça, c’est extrêmement frustrant pour nous, comme pour eux, je pense. Il y a une question sur est-ce que c’est un choix de ne pas avoir de subventions publiques ? …
Zerbouhi Salomé
Non, c' est juste que pour l’instant on est une trop petite asso et du coup on n’accompagne pas assez de gens pour avoir des fonds et du tout c’et un peu le cercle vicieux parce qu’il faut passer ce cap-là mais il faut le passer tout seul et après on cherche pas forcément que des subventions publiques, on cherche aussi des subventions privées parce que effectivement est- ce que ça donne pas plus de liberté de pas avoir des subvention publiques. Là, pour l’instant, on est totalement libres
Ines Aribi
Disons que ce n’est pas un choix pour l’instant, mais le jour où l’opportunité se présente, parce qu’elle se présente, on y réfléchira quand même. Il y aura quand même une discussion entre nous pour se dire, est-ce qu’on veut aussi garder la liberté de pouvoir parler de tous les sujets, dire ce qu' on veut, sans la menace un peu de se faire retirer ce qu' on a pu nous donner ? C' est toujours un sujet pour toutes les associations, de toute façon.
David Dufresne
C’est pas des subventions, mais vous avez répondu à des appels à projets, non ? Et c’est quoi ces appels ? On peut en parler ? Au moins les thèmes ?
Zerbouhi Salomé
En général, c’est des appels à projets soit de fondations, soit d’entreprises qui sont dans l’ESS.
David Dufresne
L'économie sociale et solidaire.
Zerbouhi Salomé
Et ça va être sur l’engagement des jeunes, sur l’égalité des chances citoyenneté, égalité des chances. C’est les grandes thématiques qui sont quand même à la mode du coup, on rentre dedans plus ou moins.
David Dufresne
Je reviens maintenant sur la question de la représentation du monde Donc vous parliez du fait de ne pas pouvoir s’identifier en dehors du quartier, de ne pas avoir de gens qui vous ressemblent. Vous parliez des principes de réalité, il y a quoi d’autre ?
Ines Aribi
On peut parler de ce que j'évoquais brièvement tout à l’heure, la question des indésirables. C’est qu’aujourd’hui, même exister sur la place publique, c’est un problème pour ces personnes-là. Enfin, pour les personnes qui leur veulent du mal, encore une fois. Dans le sens où le simple fait de fréquenter un quartier, d'être debout contre un mur, ça peut nous être reproché. On parle de personnes qui ont des amendes qui peuvent aller jusqu'à 30 000 euros.
David Dufresne
Oui, le cumul des amendes, et là on est en train de créer une génération d’endettés absolument invraisemblables.
Ines Aribi
Et c’est juste indécent, parce qu’en réalité, une personne qui juste existe dans son quartier, qui très probablement n’habite pas un appartement qui lui permet d’avoir l’espace et l’air dont il a besoin pour se développer en tant que jeune, par exemple, qui juste à cet espace de socialisation qui est ce lieu-là de l’espace public, et c’est son droit que dit être, cette personne-là, il y aura des tentatives constantes et incessantes de l'évincer. Et le terme indésirable est lourd de sens parce qu’il a été employé dans des contextes pragmatiques de notre histoire. Et aujourd’hui, c’est une réalité. Et vraiment, j’invite tout le monde à lire le rapport qui est sorti aujourd’hui parce que c'était aussi triste C’est vous qui l’avez écrit, en fait ? Non, j’aurais bien aimé avoir la lumière. Mais non, ce n’est pas moi. Juste, je l’ai lu et je l’ai trouvé hyper nécessaire.
David Dufresne
D’autres points sur la situation ?
Zerbouhi Salomé
Il y en a forcément mais là Il n’y a rien qui me vient…
David Dufresne
Est-ce que, pour faire un peu l’avocat du diable, c’est un avocat après tout, est-ce-que parfois, la culture, vous parliez de culture urbaine tout à l’heure, et là, c'était un ancien grand fan de rap qui parle, est- ce que la culture urbaine, parfois, ne véhicule pas aussi des clichés pour se faire battre.
Zerbouhi Salomé
Si, quand même si on parle de rap, dans les textes, je pense que la conscientisation qu’il y avait au début du rap, elle s’est quand même très… Elle a disparu, quoi, depuis que le rap est devenu hyper lucratif. Et donc ça véhicule, c’est toujours les mêmes types de textes. On va parler de drogue, de beaucoup d’argent, de faste. En fait, ce n’est pas des vraies réalités que les gens vivent au quotidien. Et du coup, ça crée tout ce fantasme autour des quartiers populaires. Et après, cet imaginaire-là, il existe aussi dans les films, dans les séries. Effectivement, il est entretenu, même si je pense que maintenant, il y a quand même, sur la représentation en termes d’image, c’est en train d'évoluer parce qu’il y a des initiatives qui sont créées. Je pense, par exemple, à Banlieues Art Nouveau, qui est un média qui est créé pour montrer la banlieue depuis la banlieue, mais après, toutes ces initiatives-là, je pense Nous, on les connaît parce qu’on est dans les environnements et que ça ne sort pas forcément de nos bulles et qu’en fait les autres, on ne les voit pas.
Ines Aribi
Mais il y a aussi, enfin, je pense à Benjamin Vail, qui est philosophe et qui travaille dans le social, et qui fait des vidéos justement où elle décrypte des textes de rap, où elle dit c’est de gauche ou de droite, et elle prend des punchlines et elle les décrypte, et ça c' est hyper intéressant parce que parfois on entend une phrase, enfin on se dit la personne elle vient dans tel milieu, elle fait du rap, ce qu’elle dit c est de gauche mais pas toujours, Donc c’est assez intéressant mais il y a quand même aussi, enfin je trouve que c'était important de le dire, des rappeurs qui… qui, par leur texte, permettent à des jeunes aussi de comprendre leur propre situation. Et notamment les rappeurs qui parlent de la police, de la prison, de toutes ces choses-là. Il y a du vocabulaire, il y a des termes qui, du fait de ne pas être enseigné à l'école, du fait que tout le monde n’a pas encore accès à droit dans les yeux, ne sont pas forcément accessibles en réalité, le rap, c’est aussi un vecteur de compréhension du monde qui nous entoure pour beaucoup.
David Dufresne
Oui, oui.
Zerbouhi Salomé
Pardon, juste, il y a un média qui est, c’est nos copines, qui s’appelle Qissas Media et elles font souvent des décryptages de punchlines de rap.
David Dufresne
Là, il faut épeler.
Zerbouhi Salomé
Ah oui, ça s'écrit QISSAS.
David Dufresne
2 S A S, je dis ça pour Euryale parce qu’elle va tout de suite trouver le lien. Alors, c’est vos copines en fait, vous avez donné une interview, puisqu’elle est dans votre bilan de rapport d’activité, ainsi que le Bondy Blog, bien connue de nos services également
Zerbouhi Salomé
Et elles font plein de décryptages, mais elles ont une rubrique qui est du décryptage de phrases de textes de rap, et notamment quand ils sont en lien avec la colonisation.
Ines Aribi
C’est un groupe “décolonial”.
Zerbouhi Salomé
Elles devront avoir des trucs comme ça et donc en fait c’est dans des textes de rappeurs mainstream et du coup on voit quand même qu’il y a des petites phrases par-ci par-là qui sont en fait très conscientisées et que en fait quand on écoute du rap on peut avoir et connaître sans forcément savoir à quoi ça fait vraiment référence donc elles font du décryptage.
David Dufresne
Il y a une question qu’on n’a pas abordée, le mot n’est pas arrivé une seule fois je vais y venir, mais là, vous avez appuyé sur le mot décolonial. La question décoloniale, dans les quartiers, c’est vu comment, c’est exprimé comment. Est-ce que c' est exprimé ? Est- ce que c' est vraiment un débat ? Est- que c’est fondateur, fédérateur ou c’est plutôt ? Réservé à une forme d'élite intellectuelle ou est-ce que c’est une véritable revendication d’après vous ?
Ines Aribi
Je pense que ça dépend de à qui on s’adresse, ça dépend du niveau de politisation de la personne. Enfin, je ne sais pas si c’est la politisation du bon terme, mais en fait, on peut être décoloniale dans sa pensée sans savoir qu’on est décoloniale, sans même employer le terme décolonial. Et en fait parfois… sa simple condition et sa simple existence, c’est un acte décolonial, sans pour autant qu’on ait lu un bouquin dessus, sans pour autant qu’on connaisse toute la littérature associée, et juste peut-être, ça se ressent dans des discussions, ça se sent dans la manière dont certaines personnes vont être conscientes que ça, c’est du racisme, que cette situation, elles la vivent, parce qu’il y a une forme de domination dont elles vont être victimes, et on ne peut pas prêter à tout le monde des étiquettes, mais pour autant on sait lire aussi dans le sous-texte de ce qui nous est dit, surtout par les plus jeunes.
David Dufresne
On a peu parlé, puisque là je m’adresse à deux jeunes femmes, on a peu parlé des femmes. Un tout petit peu vous avez expliqué que quand elles sont toutes seules, elles ne se font pas emmerder par les flics. Elles ne se font pas contrôler par la maréchaussée. Mais qu’est-ce que vous pourriez nous apprendre, nous dire sur la condition féminine ? dans les quartiers, à travers votre travail. À travers votre travail, les retours que vous pouvez avoir. Juste, il y a quelqu’un dans le chat qui demande quel est le rapport dont on parlait.
Ines Aribi
Et enfin le nom du rapport du défenseur des droits du coup c’est le rapport sur les indésirables du défenseur des droits et en partenariat avec Sciences Po
David Dufresne
Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Ines Aribi
Non non, pas rien, j’ai juste vu quelque chose …
David Dufresne
Quoi ? Une souris ?
Ines Aribi
Non non je peux pas… Pourquoi tu l’as dit. Parce que j’avais vu parce que ça m’a touchée !
David Dufresne
Ah je suis désolé !
Zerbouhi Salomé
On va aller vite, on va vite poser les questions, ! Je suis désolé !
David Dufresne
Comme dans Paris,là, c’est la précarité du public. C’est pas ce qu’on dit. Ah bah oui, indépendant. C'était ça. Non, non, c’est pas une souris. C’était la DGSI. C' est la balise de la D G S I qui se déplace. C'était Mickey contre les oreilles de la police. Alors désolé. Ne regardez plus par là. Pourtant, le ménage a été fait et tout.
Ines Aribi
Tu aurais tellement dû rien me dire. C’est horrible, là !
David Dufresne
Là, en termes de média training, c’est bon ça. Ça, je suis sûr que vous ne l’avez pas eu dans le mediatraining. Alors une souris passe dans le studio. Qu’est-ce qu’on fait ? On fait un peu une crise de panique, je sais pas. Les joies du direct ? Ne vous inquiétez pas. Donc, sur la question de la condition féminine, dans les quartiers, qu’est ce qui remonte ? Après, j’aurai encore une ou deux questions, puis je vais vous libérer.
Ines Aribi
Je vois que ça se trèche à bord là ! Je suis déjà dans le métro là-bas !
David Dufresne
Dans le métro, on a dit des souris, qu’elles sont un peu plus grosses et il y en a beaucoup.
Zerbouhi Salomé
Non, non, c’est pas grave, avance-moi, avance-moi. Non, en vrai, on n’a pas des trucs qui ressortent, en tout cas, en ateliers, j’ai pas d’exemple de la place de la femme.
Ines Aribi
Il y avait quand même un moment où on s’est demandé si on ne se ferait pas des formations VSS et tout par rapport aux choses qui nous sont visibles en atelier.
Zerbouhi Salomé
On a eu des cas où on faisait des ateliers, donc typiquement, face à la police, et des jeunes femmes qui venaient nous parler, là, pour le coup, on a parlé, de situations dans lesquelles elles étaient, qui relèvent de la VSS, et qui, du coup, en fait, ça n’avait vraiment rien à voir avec le sujet. Et en vrai c’est bien parce qu’elles ont suffisamment confiance et qu’elles se disent qu’on va pouvoir leur apporter des réponses en termes juridiques. Mais du coup nous en interne ça pose aussi d’autres questions parce que là c'était des bénévoles qui n'étaient pas du tout formés à ça. Cela peut totalement faire écho et être du coup difficile à encaisser. Donc on a pour ambition de se former sur ça. Et c’est arrivé une autre fois par message aussi quelqu’un qui nous expliquait une situation et qui avait besoin d’aide, de quoi faire. Mais c’est potentiellement hyper lourd à porter.
Ines Aribi
Et ça, pareil, ça nécessite des moyens, parce que la plupart des formations, elles sont payantes, et que, pour l’instant, on fait les strictes minimums avec ce qu’on a, mais je pense que c’est un des premiers trucs dans lequel on investira.
David Dufresne
Vous débriefez entre vous parce que l'âge de ce que je comprends vous êtes en train aussi de vous imbiber de trajectoire difficiles, de souffrances et c’est dur à porter aussi. Vous avez fait attention à ça ?
Zerbouhi Salomé
Ouais, on débriefe. Après, pour l’instant…
David Dufresne
Entre vous, j’entends,dans l'équipe.
Zerbouhi Salomé
Hormis en fait cet atelier là où il y a une jeune femme du coup qui est venue parler d’une situation difficile, sinon c’est toujours l’une ou l’autre, enfin une de nous deux est toujours présente à un atelier et du coup bon je prétends pas qu’on soit incassable mais on a peut-être un peu plus de bouteille par rapport à ça, aussi parce qu' on a d’autres expériences associatives.
Ines Aribi
Tu peux dire un petit peu si tu veux.
Zerbouhi Salomé
Qu’est-ce que tu fais à côté, et tout ? Moi, du coup, je travaille dans une asso qui vient en aide aux personnes exilées. Du coup, ça peut être très dur. Après, avant, j’ai fait pas mal de fonctions sociales, avec la détention. Donc, j’ai peut-être un peu plus que d’autres membres qui sont plus jeunes.
Ines Aribi
Moi, pareil, avant, j'étais dans une asso. La première fois que je suis rentrée à Fleury-Mérogis, je n'étais pas la même personne. Je faisais des ateliers avec des mineurs détenus, et du coup, je ne suis pas la même personne que je le suis aujourd’hui. Parce que j’ai fait ça pendant des mois, et maintenant, je pense que j’ai aussi développé des réflexes qui me permettent toujours avec humanité et émotion, d'être touchée par ce qu’on me dit. Mais voilà, savoir aussi un peu, enfin, se dire que ce qu’on fait, c’est important et que même si on va entendre des choses difficiles, même si ça ne va pas forcément toujours être très facile.
Zerbouhi Salomé
On a choisi cette voie aussi, donc oui, c’est ça. Et après, effectivement, le fait d’en rediscuter derrière, ça permet aussi de dédramatiser les choses. Après, du fait de nos histoires de vie, on va être plus sensibles à certaines questions qu'à d’autres, et c' est normal, et ça, de toute façon, on ne pourra jamais rien y faire. Après, je sais que dans des associations où on est vraiment exposé à des récits difficiles. et potentiellement du psychotrauma. Il y a des liens avec des… J’allais dire des avocats, pas du tout, avec des psys. Nous, là, pour l’instant, je pense que… On n’a pas besoin de mettre en place un vrai partenariat de long terme sur ça parce que, pour le moment, notre action est trop restreinte. Mais si on vient il faudra qu’on pense à, en tout cas, avoir une solution, si jamais on a besoin, que ça puisse être saisi rapidement.
David Dufresne
Pour ceux qui n'étaient pas là au tout début, donc quand on s’est rencontrés à une audition du Conseil de l’Europe, qui voulait comprendre ce que les flics faisaient avec la population, à la fin de votre intervention vous avez été applaudies. Je pense qu’on comprend, là, en vous écoutant, pourquoi vous avez été applaudies. Il y a une question qu' on n’a pas du tout abordée, et je voudrais savoir si c’est amont ou pas. Vous avez à plusieurs reprises expliqué que ce qui était dit sur les quartiers créer une forme de souffrance, en tout cas de distance qui remonte dans les ateliers, ce que l’on dit des quartiers, on accole immédiatement la question de la religion. Est-ce que ça, ça apparaît dans vos ateliers, dans vos échanges, dans les serious games que vous faites, dans les jeux que vous faîtes, ou pas du tout ?
Zerbouhi Salomé
On a fait un atelier avec “Déterminées”. En fait, on est venu se greffer à eux, ils font beaucoup de débats. Et c'était un débat sur la laïcité qui était organisé dans une mairie.C’est les villes, je me rappelle plus, c’est Pierrefitte et Saint-Denis, non ? Ouais, voilà. C'était à Pierrefitte, Stain ? Non ? Bon, voilà, dans le 93. Une des villes qui a été absorbée, en tout cas, je crois donc, c'était là-bas. Et donc en gros, ils ont deux camps. Et il faut défendre ou non ce qui se dit. Et nous, on a porté un regard juridique à la laïcité, ce que c’est dans la loi, et pas forcément ce qu’on nous rabâche à longueur de journée en ce moment, et qui est une conception totalement dévoyée de la laïcité, en tout cas, telle qu’elle est écrite dans la Loi. Et là, c'était hyper intéressant parce qu’en fait, c'était entre intéressant et marrant, parce qu' on voyait des gens qui étaient ouvertement croyants. de telle ou telle religion et qui se mettaient à défendre une laïcité comme on pourrait l’entendre, voilà, et bon, ça faisait des décalages, mais après, c’est aussi ça qui est marrant, parce que quand on se met en contexte de débat, en fait, on n’est pas forcément soi-même, on incarne le camp qu’on doit défendre. Mais du coup, dans ce contexte-là, on en avait vraiment beaucoup parlé.
Ines Aribi
On a écrit aussi sur ça.
Zerbouhi Salomé
Ouais, ouais, on a écrit sur la laïcité.
Ines Aribi
On a écrit sur le voile.
David Dufresne
C’est l’occasion de faire une petite consultation juridique, mesdames. Au dépourvu comme ça ? Gratuitement en plus. En plus gratuitement ? Ah ouais, on est comme ça à Paris. En deux mots, que dit la loi sur la laïcité ?
Ines Aribi
La laïcité c’est un tout, et après il y a des principes qui en découlent, comme le principe de neutralité, qui en fait est un principe qui s’applique à certaines personnes en particulier parce qu’elles occupent certaines fonctions, donc notamment dans le service public, mais qui n’a pas vocation à s' appliquer à tout le monde. Donc pour ce qui est du port de signes religieux, donc ça, c’est ce dont on parle à longueur de journée. En réalité, le port de signes religieux est autorisé quasiment partout, pour quasiment tout le monde sauf qu' en fait, on nous dit que la laïcité, enfin aujourd’hui on nous dit que la laïcité c’est ne pas montrer de religion, ne pas avoir de religion. Alors qu’en réalité, la laïcité, l’objectif initial, c'était permettre à chacun de pouvoir pratiquer sa religion sans que l’une prédomine sur toutes les autres. Et aujourd’hui, en fait, on est en train de modifier progressivement la définition. On a commencé en 2004 Enfin, bon, on a commencé un peu avant, mais en 2004, c'était un peu là avant notre naissance, ça ne comptait pas, en fait. Non, mais enfin, voilà, en 2004 ça a été vraiment une rupture, et plus le temps passe, plus on essaye de détendre le laïcisme au profit, enfin on fait disparaître la notion de laïcité, on fait apparaître la notion de laïcisme, et on stigmatise une partie de la population.
Zerbouhi Salomé
Juste la loi de 1905, c’est vraiment, l’État n’a pas de religion et du coup ne finance aucun culte, mais garantit à chacun la liberté de pouvoir croire ou de ne pas croire, et c'était ça qui est important. Et du coup, de pratiquer ou de ne pas pratiquer. Et c’est vraiment, l’État est censé protéger tout le monde, croyant ou non au même titre, sauf que là, du coup, là en fait que c’est en train de clairement diverger, c'était que là où avant on vous protège, vous voulez croire, vous ne voulez pas croire. On vous protège dans tous les cas, là maintenant on vous stigmatise si vous croyez et si visiblement vous croyez dans l’espace public.
David Dufresne
Mais, j’insiste, On n’est pas chez les cons. J’insiste, et après je termine là-dessus, est-ce que, hormis le débat spécifique que vous avez organisé, est- ce qu’au détour d’un débat ou d' un atelier, est- ce que ces questions-là surgissent, jaillissent ou pas ? En gros, est- ce que Cnews à bouffé la tête de tout le monde ou pas ?
Ines Aribi
Il n’y a pas longtemps, sur un atelier d’intervention policière, on a parlé de la carte d’identité, comme on disait, et notamment des personnes qui, soit à la télé ou sur les réseaux sociaux, ont vu passer des situations où on a demandé à une femme d’enlever son voile pour bien prouver que c'était elle sur la photo. Parce qu’en France, on est un pays, et ça, d’ailleurs, je l’ai appris très, très tard, parce que pour moi, en fait, je pense que j’idéalise encore, je ne sais quoi, qu’on est un des rares pays où quand tu portes le voile en France, pour ta présidentité, tu n’as pas le droit de le porter. Et donc, tu as soit des personnes dans les transports, soit des policiers qui, parfois, abusent totalement de leur pouvoir et demandent à la personne de retirer son voile pour bien être sûre que c’est la même personne sur la photo.
David Dufresne
Mais en fait, c’est une façon de l’humilier, c’est ça ?
Zerbouhi Salomé
Et en soi, le cadre légal leur permet, mais on peut demander à ce que ça soit pas fait en pleine rue, au moins dans un petit coin, à l’abri des regards, que ça sois fait par une femme. Après, c’est un peu au bon vouloir de l’agent, mais en tout cas, ils sont quand même dans leur bon droit de demander. Il y a une dame qui a été exclue du train.
Ines Aribi
C’est même pas un policier, c’est un contrôleur dans les transports. C'était un train… Je ne sais plus, j’avais vu ça, cette affaire avait un peu retenti, c’est fou.
David Dufresne
Justement, il y a Elio qui, sur YouTube, nous dit qu’il ya de quoi péter un câble avec cette succession d’interdits. Une question du même Elio, d’ailleurs. Est-ce que vous pensez travailler avec d’autres associations un jour ? Bah en fait, c’est ce que vous faites. Il me reste deux questions. Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous soutenir, vous aider ? Voilà, vous avez besoin de quoi ? On n’a rien, mais c'était juste pour propager la bonne parole.
Zerbouhi Salomé
En vrai, de relayer nos contenus, de s’il y a des besoins qui émergent, de nous les faire remonter, de répandre nos contenus parce que plus il y a de gens différents qui vont les partager, plus la visibilité va augmenter. parce qu’on sortira de nos bulles des réseaux sociaux. Après, financièrement, si on peut être aidé, voilà. Et après, on va faire des ateliers là, enfin, ce n’est pas en libre accès, parce qu' il faut quand même s’inscrire, mais c’est gratuit, venir aux ateliers, aux conférences, pour venir à la conférence du 24 avril. Voilà, en ce moment, on a la billetterie qui est ouverte, qui est en non-cling tree. Voilà, tout ça, ça donne de la force. Et puis après, si c’est des gens qui sont dans des structures, qui accueillent du public et qui veulent faire des ateliers, bah en fait, nous contacterons et on organisera ça.
David Dufresne
Emix a donc une question : venez toutes et tous en Belgique, c’est pas terrible chez nous, mais ça reste moins catastrophique qu’en France. Ah oui, Robin. Ah non, laisse-nous quand même les gens de qualité, si tu nous laisses. On ne peut pas déserter Robin habite donc en Belgique.
Ines Aribi
Je n’ai pas très bien compris la question. Bientôt la fin du Ramadan, ça vous dit que l’on se retrouve autour d’une auberge espagnole.
David Dufresne
Il a envoyé ça sur un groupe professionnel, il a envoyé ce message et il demande si son employeur a le droit de le convoquer pour lui reprocher ça au nom de la laïcité, c’est-à-dire d’avoir fait état de l’islam, de sa pratique en tout cas, dans un groupe professionnel.
Ines Aribi
Honnêtement, j’aurais du mal à comprendre comment est-ce que l’employeur pourrait justifier une convocation, surtout que la fin du Ramadan, le ramadan c’est un événement qui ponctue l’année effectivement pour les musulmans. Au même titre que c' est le cas de Noël, quand on dit c’est bientôt les fêtes de Noël sur un groupe de travail, je ne suis pas sûre qu’on puisse être convoqué, donc il faut essayer de replacer les choses dans leur contexte.
Zerbouhi Salomé
Et en plus, dans un cadre comme ça, si on veut être très précis, et de toute façon, le droit, c’est très précis. On ne parle pas de laïcité, on parle de neutralité. Parce qu’en milieu professionnel, on peut invoquer la neutralité, qui est du coup religieuse, politique, philosophique, syndicale, etc. Et il faut que ça soit précisé dans le règlement intérieur de l’entreprise. Pourquoi vous devez être neutre ? Si vous êtes face à des clients, ok, mais si vous n'êtes pas face à des clients, normalement, il n’y a pas de raison. Donc tout ça. Ça fait quand même beaucoup d'éléments à prouver
Ines Aribi
Bon, ça, c’est un peu plus, voilà, mais il y a la question aussi qui était dans ce groupe, parce qu’il y a quand même des règles vis-à-vis de ce qui peut être reproché à un employé par rapport au cadre dans lequel il le converse.
David Dufresne
Alors, en fait, ce que M.X apporte des précisions, en fait il dit, ce n’est pas ma pratique, on peut vous le comprendre, puisqu’on se retrouve autour d’une auberge espagnole, ça veut dire tout le monde, quoi, et pourtant, dit-il, je me suis fait engueuler à cause de ça. Non mais, se faire engueuler à cause ça, non mais c’est grave ! Il faut démissionner. Il faut démissionner. Très bien. Il doit quitter son poste. Quitter son poste. Oh on ne l’a jamais faite celle-là. C’est bien, c’est bon. Bravo, bravo. Justement, question rituelle, question de fin. Qu’est-ce que nous avons fait pendant une heure et demie ?
Zerbouhi Salomé
On a parlé de “Droit dans les yeux”, on a expliqué ce qu’on faisait, ce qu’on est aussi et pourquoi on existe, pourquoi on est là aussi, comment on s’est rencontrés.
David Dufresne
J’y pense, je vous rejoins, mesdames, je sais pas. Il a pensé à démissionner, j’imagine. Ils pensent à démissionner et à vous rejoindre. Alors il faut des belles indemnités parce qu’elles n’ont pas d’argent, donc tu négocies bien ton départ. Voilà, merci pour cette émission. Ça fait du bien de voir les choses chouettes qui se passent dans les banlieues. Ça change des discours toujours négatifs qui nous sont assénés. C’est optimistik 33 Bordeaux. Bravo à cette association et ces jeunes femmes. Il y avait aussi tout à l’heure un peu plus haut… La photo a déjà été faite, en fait. Merci à Salomé et à Inès. Je ne veux pas écorcher vos noms de famille. Salomé Zerbouhi, c’est ça ? C’est comme ça ? Et Inès Aribi. Par exemple, quand quelqu’un écorche vos noms de famille, est-ce que pour vous, c’est une micro agression ?
Ines Aribi
Oui, parce que c’est toujours les noms de familles qui sont écorchés.
Zerbouhi Salomé
Moi, maintenant, je laisse les gens galérer. Il y a pas longtemps, il y a quelqu’un qui, c'était pour le Droit dans les yeux, en plus, qui m’a appelé Madame Zerbouche. J’ai dit non, Madame Zerbouhi, là, grand moment de blanc. Ah mais j’ai mal lu. Bah oui, bah en fait, il n’y a rien de compliqué dans mon nom de famille.
David Dufresne
Oui, la preuve, c’est que j’ai réussi du premier coup.
Zerbouhi Salomé
À l'écrit, qu’on oublie le H, j’entends, mais à prononcer, il n’y a rien de compliqué.
David Dufresne
Chouette moment en votre compagnie, vous dit Roland, Bravo mesdames, vous dit Ulkimi. Nous on va se retrouver demain matin, à votre place il y aura Sandrine Rousseau qui viendra parler du rapport qui a été dévoilé aujourd’hui sur les violences sexistes et sexuelles dans le milieu de la culture, du cinéma, de l’audiovisuel, de la mode et de la publicité et je crois que j’aurais oublié des arts en règle générale. A 19 heures,on peut faire des événements publics ici, sachez-le. Et donc on fait des évènements publics, chaque deuxième jeudi de chaque mois on fait un événement public et demain c’est monsieur Besancenot Olivier qui sera là.C'était un bon plaisir, demain il y a des stars et bien aujourd’hui on fait éclore en tout cas j’espère, parce que votre asso, ça a l’air bien chouette !
Ines Aribi
Merci beaucoup, plaisir de partager en tout cas. Merci pour l’invitation et on reviendra faire un atelier en live.

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