12 070 € récoltés sur 16 000 €
Loyer
Gestion
Transport
Salaires
Divers
Site
Je soutiens Au Poste !
Pour défendre les libertés et nourrir le débat public
Au Poste retourne le réel Pour défendre les libertés et nourrir le débat public 100 % libre et LIVE Sans montage ni formatage

Le foot-business, allégorie du monde moderne. Avec Jérôme Latta

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis de Benalla, amis de la police, amis du football, amis du Celtic Glasgow. On verra ce qu’en pense Jérôme. Jérôme vient d’arriver. Il sort des vestiaires il va entrer dans le terrain. Vous allez le voir arriver sur le terrain. Mon cher, mon cher Jérôme, merci beaucoup d'être là.
Jérôme Latta
Mais je suis presque plus à l’heure que le début des matchs de Ligue des Champions qui commence toujours avec quelques minutes de retard.
David Dufresne
Et pourtant, il n’y a pas de publicité. Est ce que tu peux dire qui tu es ?
Jérôme Latta
je suis journaliste. Journaliste sportif ou extra sportif et j’ai cofondé les Cahiers du foot en 1997, Les Cahiers du foot, qui sont un site internet, qui sont toujours un site internet, qui ont été un mensuel dans les années 2000 et plus récemment une revue semestrielle distribuée en librairie dont on a fait six numéros avant de revenir au bercail, c’est à dire sur le web.
David Dufresne
Donc est ce qu’on est bon là, cette fois ci ? Est ce qu’on est bons, les amis ? Est ce qu’on pourrait me dire si on est bons ? Je pense que oui. Et donc Jérôme vient de présenter son livre à l’antenne. C’est un livre orange. Et donc je disais, je disais tout est en place. Voilà. Génial. Je disais que les éditeurs étaient des malins parce qu'évidemment, quand c’est orange qu’on entendait pas, je refais la blague. Quand c’est orange, il y a deux fois plus de chances d'être d'être au poste.
Jérôme Latta
C’est moi qui ai choisi la couleur. C’est vrai, c’est la couleur des Cahiers du foot. Eh oui, c’est celle au poste aussi, d’après ce que je vois, et c’est aussi celle des Pays-Bas, de Johan Cruyff et du Stade lavallois, bien sûr.
David Dufresne
Ah, le Stade lavallois, c’est important. Parce qu’il y a une crosse. On va, en parler parce que tu le cites à un moment donné.
Jérôme Latta
Voilà, le café est très bon en tout cas.
David Dufresne
C’est la maison machin, le café machin à Redon, donc pas trop loin de Laval je crois. J’ai pas de conneries en Bretagne quoi. Voilà, tout est en place, oui c’est bon, etc. Alors là, les gens se demandent. Qu’est ce qui les pousse à parler football ? Alors ce n’est pas une passion honteuse, non, mais c’est une passion compliquée. Qu’est ce que tu fous là ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi c’est raccord de parler football et d'être au poste ?
Jérôme Latta
peut être pour plusieurs volets. Je parle dans mon livre de Révolution libérale, déjà sur une qui s’est établi sur une trentaine d’années pour le football Et cette révolution libérale, elle a eu un volet un peu sécuritaire, législatif, en tout cas dans l’encadrement des supporters.
David Dufresne
À la fin du bouquin,
Jérôme Latta
Donc, je pense qu’on peut parler des supporters en tant que cobayes, des techniques de surveillance, des privations de liberté et également de la brutalisation de vue, du maintien de l’ordre. Donc ça, ça me semble assez raccord avec ce volet.
David Dufresne
Au moins il y a ça. Et puis en fait là, tu ne parles pas de technique de football, tu ne parles pas d’exploits sportifs, de petit pont et de grand pont du tu dis simplement voilà, c’est le titre du bouquin. Ce que le foot est devenu, en fait, ce qu’il est devenu, c’est que depuis une trentaine d’années, en fait, il est à la fois la tête de pont, si je puis dire, et une allégorie du monde moderne dans lequel nous sommes liés les flux, la financiarisation, le culte de l'élite dont on va beaucoup beaucoup parler. Donc en fait, quand on parle de football, on parle de société.
Jérôme Latta
On dit souvent que le football est le reflet de la société. C’est où le miroir ? En fait, c’est l’image un peu, un peu convenu, voire galvaudée. Mais disons que le football est dans la société et que même s’il a une forme d’extraterritorialité, que représentent les stades et justement les législations d’exception qui sont mises en place dans les stades, il est en phase avec cette société et c’est vrai qu’il a, il a illustré de manière assez, assez parlante, assez exemplaire entre guillemets, tout le processus de libéralisation de la société de l'économie, avec le creusement des inégalités économiques, en particulier au sein des au sein des pays de football et des clubs des clubs de football.
David Dufresne
Alors je ne sais pas si ça répond à Onésime qui dit : je n’aime pas le foot,
Jérôme Latta
Mais oui, oui, parce que le football, c’est important, qu’on veuille ou non, en fait, qu’on lui accorde de soi même de l’importance ou pas, il occupe aujourd’hui une place qu’on peut trouver délirante. Moi, je la trouve délirante dans la hiérarchie de l’information. On en parle beaucoup, on en parle probablement un peu trop, mais c’est un secteur économique qui n’est pas gigantesque par rapport à je ne sais pas, aux industries pétrolières ou même à l’industrie du jeu vidéo. Il en reste dans l’air, dans les industries du divertissement, mais il a quand même une portée un petit peu globale, une portée. En fait, c’est une culture, c’est peut être une sous culture pour certains, mais il a une portée un peu générale. Et moi je trouve que malheureusement, le manque d’intérêt politique au sens large que suscite le football est un peu regrettable, notamment parce qu’on y a vu au cours de ces 30 dernières années à la fois la mise en œuvre des politiques libérales et également ce que j'évoquais tout à l’heure les restrictions de libertés et autres dispositions dont on a pu constater leur extension bien au delà des stades de football.
David Dufresne
Tu viens de parler de politique 'il en est question dans le bouquin. On va rentrer dans le vif du sujet dans quelques instants. Mais il s’est passé hier un truc alors c’est le Celtic Glasgow, les supporters qui ont entonné. Je ne savais pas que c'était l’heure. Le rythme aussi, c’est pour moi, c’est celui de l’hiver.
Jérôme Latta
Pull Oui, mais il y a une Ever War Collins et c’est bon. C’est très attaché à Liverpool qu’ils se sont vraiment appropriés.
David Dufresne
Est ce que c’est guéri du pacemakers ?
Jérôme Latta
Voilà, c’est tiré d’une vieille comédie musicale britannique. Bref, donc cette chanson est très rattachée à Liverpool, mais elle est chantée un peu partout en Europe et en particulier par les fans du Celtic Glasgow.
David Dufresne
Et donc, hier, c'était je ne sais quelle compétition.
Jérôme Latta
De la Ligue des champions.
David Dufresne
La Ligue des champions, celle dont tu parles abondamment, comme justement, vraiment le cœur du problème, c’est à dire c’est le club des riches qui assèchent tout le reste. Donc on va parler de football, mais en réalité on va parler de relations, de relations humaines quoi. Pendant tout ce temps de l'émission, et donc hier, les supporters ont chanté cette chanson Tu ne marcheras pas tout seul, tu mangeras. Avec des drapeaux palestiniens. Donc irruption du politique alors que ça, c’est gommer le plus possible. Qu’est ce que ça t’a fait de voir ces images ? Par exemple ? Est ce que tu considères que ça n’a rien à voir et ça n’a rien à faire là comme semble t il ? On m’a dit que RMC aurait annoncé qu’hier des fans du PSG auraient voulu brandir une banderole pour les Palestiniens qui n’ont pas pu le faire. Là, c’est tout un stade, en tout cas une bonne partie d’un stade, tout un virage qui chante cette chanson en hommage aux Palestiniens.
Jérôme Latta
Et alors ? Ce n’est pas une surprise, parce que ce n’est pas la première fois que cette. Cette fraction des supporters du Celtic qui réside essentiellement dans la Green Brigade manifestent sa solidarité avec la Palestine. Ils l’avaient déjà fait par le passé, comme d’ailleurs La Tribune, la Tribune Auteuil, celle des ultras au Parc des Princes, dont on savait qu’ils allaient manifester leur soutien à la Palestine à cette occasion. Pour ce qui est du match au Parc des Princes, de toute façon elles n’ont pas été filmées à ma connaissance les banderoles, parce que plusieurs quatre banderoles d’après l’Équipe ce matin ont été déployées en soutien aux Palestiniens, mais avec des messages plutôt consensuels, plutôt humanitaires on va dire. Donc ne pose pas de problème selon la définition de ce qui est tolérable ou pas, d’après notre notre ministre de l’intérieur. Mais elles n’ont pas été filmées et je n’ai pas d’information sur une éventuelle censure d’une banderole qui aurait été plus, plus affirmative et plus directement en soutien aux Palestiniens.
David Dufresne
Tu démarres le bouquin en me contredisant, tu démarres en disant attention les amis, ce n’est pas ce n’est pas un bouquin de nostalgique aux yeux de l’auteur et de ses semblables, Le football mérite donc d'être défendu. Ces dérives entre guillemets, exposé, dénoncé, combattu. On va en parler, on va effectivement parler de capitalisme. Et que de ça, quasiment tout ce matin, pas au nom de la nostalgie mauvaise conseillère, car nous sommes tous condamnés à regretter le football tel que nous sommes. Nous en sommes tombés amoureux, au risque de tomber dans le piège du c'était mieux avant. Mais savoir ce que le football était avant, avant la révolution libérale permet de mesurer le chemin parcouru et de se rappeler qu’un autre football a existé, pas toujours meilleur. Et donc là tu me contredis parce que quand je. Quand je t’annonce, moi je parle justement du football, de mon enfance. Et je dois dire que j’ai à peu près cessé d’aimer le football avec l’affaire au MVA. Donc un match, un match d’un match, Acheter des questions de Bernard Tapie un peu là dedans. Mais c’est vraiment le système que tu veux que tu sculptes, ce n’est pas tel ou tel. Voilà. Et donc moi, j’ai la nostalgie d’un football plus ouvrier, plus réel, débarrassé des contingences de rentabilité, etc. Mais tu dis c’est la nostalgie mauvaise conseillère.
Jérôme Latta
Oui, pour Paul, pour cette raison là, c’est qu’on est forcément nostalgique quand on aime le foot depuis plusieurs années. Parce que c’est vrai qu’on reste amoureux du football tel qu’on l’a, tel qu’on l’a découvert, tel qu’il était quand on l’a découvert. Donc c’est souvent à l’enfance ou à l’adolescence.
David Dufresne
Et tu ne vas pas me dire qu’il y a eu mieux que ces vies. Ça, ça n’a pas existé.
Jérôme Latta
En terme de dramaturgie, là, oui, le France-Allemagne 82 de Séville, c’est Platini qui disait qu’il y avait tout dans ce match, eh oui, qu’il fallait rien y changer, même si c'était une défaite épouvantable exactement de la même manière qu’on pourrait dire que le moment de la main de Dieu de Maradona en 86, ben voilà, ça fait partie de la légende. Et là je dis ça parce que je suis un opposant à l’arbitrage vidéo.
David Dufresne
Et ça c’est vachement pour en parler.
Jérôme Latta
Voilà donc c'était quoi ta question ?
David Dufresne
Et est ce que c'était pas une bonne idée de commencer ton bouquin en étant nostalgique ?
Jérôme Latta
Oui, mais parce que la nostalgie, ça brouille les perceptions. Et si on veut analyser ce qui s’est passé, c’est très intéressant de savoir d’où on est parti en fait, et comment était le football, en particulier les compétitions nationales et européennes qui étaient beaucoup plus ouvertes que maintenant. Donc ça, c’est très utile parce que ça permet de mieux comprendre ce qu’il est devenu. Ça permet aussi de se rappeler de savoir qu’un autre football a été possible. Jadis, et qu’un autre football aurait été possible si on n’avait pas pris les tournants qu’on a pris durant ces 30 années et qu’un autre football reste possible pour l’avenir. Si on s’empare vraiment du football comme un objet politique et qu’on agit dessus politiquement, qu’on en fait un vrai objet de débat et un vrai fait social et politique pour infléchir ces évolutions critiques qui sont que ce que je décris dans dans le livre. Eh bien oui, il faut se méfier de la nostalgie. Un Rappelle toi, dans les années 80, des artistes comme Maradona se faisaient sabrer par des défenseurs bouchers et c'était absolument pas protégé par les arbitres. Il y avait beaucoup de brutalité. Il y avait aussi plus de corruption, une corruption encore plus directe. Ça pouvait être celle des selles, des arbitres notamment. Aujourd’hui, le football de haut niveau s’est un peu assaini de ce point de vue là, même si on peut parler d’une corruption plus, plus globale, plus profonde, enracinée, qui est une sorte de corruption par par l’argent, par la cupidité et par la quête infinie de nouvelles ressources, mais d’une croissance qui s’arrête jamais, quel qu’en soit le quel qu’en soit le prix.
David Dufresne
Le grand tournant, si je t’ai bien lu, c'était il y a une trentaine d’années et c’est la mainmise au départ de la télévision sur le football avec la question des droits des droits du foot. Cette économie désormais assise sur les droits télé plutôt que sur les recettes de billetterie, a mécaniquement créé d’importants écarts de revenus entre les championnats, selon la taille de leur bassin de population, c’est à dire leur audience et l'état de la concurrence entre diffuseurs, écarts qui sont allés en s’accroissant. Ces facteurs ont favorisé le football professionnel des pays ayant un niveau de vie élevé et une forte démographie. Donc on voit bien qu’on parle parce que nous sommes des amoureux du football. Voilà, ça joue enfin toi singulièrement. Ouais, je l’ai été, mais là on rentre dans le vif du sujet. C’est à dire comment, comment l’objet football nous nous renseigne sur le thatchérisme du monde. Puisque tu cites, tu cites Margaret Thatcher is no alternative. Il n’y a pas d’autres façons d’envisager l'économie que comme ça les riches écrasent les moins riches.
Jérôme Latta
Oui, c’est ça, et c’est principalement le phénomène que je décris, c’est à dire un ensemble de mécanismes inégalitaires, des mécanismes conçus pour creuser les écarts de richesse et pour corréler de plus en plus la puissance financière, les résultats à la puissance financière, avec pour effet à l’arrivée la constitution d’une petite élite, une petite oligarchie de clubs européens très très riches qui ont concentré toutes les ressources et ceci au mépris ou à rebours du mérite sportif et bien au delà de ce que tu viens d'évoquer dans cette citation, bien au delà des mécanismes entre guillemets naturels ou structurels de creusement des inégalités qui impliquait la croissance économique très forte de l’industrie du football, qui a été celle des droits de télévision qui sont apparus avec avec les télévisions à péage, la télévision payante, notamment en Angleterre dans les années 70-80 et qui ont fait du football un produit susceptible de recruter des abonnés et donc de constituer, d’alimenter, de soutenir leur modèle économique. C’est ces mécanismes de creusement des inégalités artificielles par palier au mérite sportif, aux résultats sportifs, mais qui produisent des résultats sportifs au sens où, quand on concentre les meilleurs joueurs et tous les moyens économiques et sportifs, on se détache du reste. Une petite élite, une petite caste se détache de l’ensemble des clubs et s’accaparent ces mécanismes d’accaparement des ressources qu’on pourrait décrire comme un ruissellement vers le haut qui n’a même pas prétendu ruisseler vers le bas. Même si au début des années 2000, certains militants de ce régime là, de ce régime économique là, comme Jean-Michel Aulas, le président de l’INPI qui venait, osaient affirmer que l'élitisme profite à tout le monde. L'égalitarisme, c’est mauvais. Il faut défendre la compétitivité des meilleurs clubs. Ils font qu’il faut résister.
David Dufresne
Est ce que ce qui se disait, c’est que de mémoire, l'élan, l'égalitarisme était mauvais pour le football français, C’est à dire en gros, si on était égalitaire face à des championnats, face à. Des industries. En fait, étant anglaises, on serait perdant. Et que donc il fallait aller vers l'élitisme, vers nous, vers le haut, vers le tout pognon.
Jérôme Latta
Oui, c’est ça. C’est à dire que c’est une idée qu’on retrouve, c’est un discours économique qu’on retrouve dans la plupart des gouvernements qui se sont succédé durant cette période. Il faut défendre la compétitivité des entreprises françaises et des entreprises françaises. En l’occurrence, c’est les clubs français et à la décharge des promoteurs de ce régime là. C'était une nécessité pour s’aligner sur les autres pays européens. Parce que le football européen, l’industrie du football européen, est de loin la plus puissante.Elle est hégémonique à la fois sur le plan financier et sur le plan sportif. Donc, il y avait une nécessité de suivre les mêmes évolutions que celle qui se produisait dans les autres, dans les autres championnats des autres grands championnats nationaux. Donc, on a une espèce de course à la puissance aux armements sur laquelle les clubs de football français devaient s’aligner à la fois en distribuant les droits télé de manière très préférentielle vers les clubs déjà les plus riches, puis en obtenant d’autres d’autres dispositions, c’est à dire, par exemple, des statuts juridiques de sociétés commerciales privées classiques.
David Dufresne
Oui, il y a toute une évolution. On passe du niveau de l’association sportive la Saint-Étienne à finalement des sociétés d'économie mixte parce que, par ailleurs, c’est à la fois un monde extrêmement libéral, mais qui qui a droit à des aides, à des subventions, à des privilèges de riches.
Jérôme Latta
En France, le football s’est beaucoup appuyé sur les collectivités locales et l'écrasante majorité des clubs ne sont pas propriétaires de leur stade, aussi grand soit il. Ce sont les collectivités, les municipalités, les aigles, les agglomérations, les métropoles, etc. Donc, il y a eu cette nécessité de transformer les clubs en entreprises comme les autres. Ça, ça a été un grand mantra des années, des années 2000, le fait qu’elles soient des entreprises comme les autres, mais enfin comme les autres, un temps, Ça, c’est en bon. Un bonne doctrine libérale, c’est comme les autres, tant que tu en as, profite aux propriétaires des clubs, mais plus comme les autres quand il s’agit de glaner des exemptions fiscales, par exemple, le droit à l’image collective qui a été adopté pendant un certain temps. Aujourd’hui, un régime d’expatriation permet, qui facilite le recrutement de joueurs.
David Dufresne
Un patron nation.
Jérôme Latta
C’est un apatride. Alors il y a des critères que je vais pas pouvoir définir précisément. Il y a des critères de résidence de non résidence en France qui ont permis par exemple de faire venir Neymar en lui réservant un régime fiscal d’exception. Qui ? Qui le qui est l’impôt ? Il n’est pas imposé.
David Dufresne
C’est l'évasion fiscale qui joue à domicile quoi.
Jérôme Latta
Ouais, c’est un peu ça mais bon.
David Dufresne
Ok, optimisation fiscale, mais c’est à domicile.
Jérôme Latta
C’est vrai que dans ce régime, c’est du délire. Même dans ce contexte de concurrence européenne, on retrouve ce qu’on ce qu’on constate déjà dans l’une, dans l’autre. Les économies de l’Union européenne, une concurrence qui se traduit par du dumping fiscal et social. Les clubs français se sont longtemps et continuent d’ailleurs à se plaindre des fameuses charges sociales qui sont plus importantes.
David Dufresne
Ici on dit cotisations.
Jérôme Latta
Mettez bien charges entre guillemets, qui sont plus lourdes et qui pénalisent ou qui pénaliserait les clubs français du fait même des pays qui ont une imposition relativement élevée comme l’Allemagne, ont mis en place des dispositifs spéciaux pour le football. C’est le cas en Italie, en Espagne pour favoriser cette fameuse compétitivité de leurs clubs nationaux, avec une sorte de nivellement par le bas et l’idée que finalement, les footballeurs en particulier et les plus payés d’entre eux, ne devraient pas contribuer à la collectivité, à la mesure, à la mesure de leur, de leurs ressources et de leurs revenus. Donc, il y a eu cette concurrence fiscale et sociale et aucune harmonisation qui aurait pu être mieux disante selon et en toute logique et en toute bonne raison. Imposer une norme normalement, fortement les plus hauts revenus des footballeurs.
David Dufresne
Petit incise ici au post nous aimons payer les cotisations sociales et merci aux donateurs qui nous permettent de le faire. On va revenir sur l’historique mais tu te fais plaisir parce qu'à un moment donné, très vite, page 27, tu nous parles de la VAR. Il y a un fameux t-shirt VAR partout. Justice nulle, football nulle part. Et c’est intéressant.
Jérôme Latta
Les meilleures ventes.
David Dufresne
Oui, c’est ça, c’est sûr, de chez nous.
Jérôme Latta
Nous aussi on fait du merchandising, comme les clubs finalement.
David Dufresne
C’est ça. Et c’est magnifique T-shirt qui tient très bien de père en fils. Voilà, ça marche très bien et c’est intéressant parce que sur la Var il y a donc la vidéo assistance etc. Tu racontes différentes choses d’amoureux du football, mais si on reste sur notre notre point de l'émission, on. Ça raconte le monde. En fait, tu nous expliques que c’est carrément la télévision qui change les règles du football, qui impose sa dramaturgie, sa grammaire, sa syntaxe au football. C’est à -dire elle va créer du suspense, elle va créer de la cassure pour pour faire durer le spectacle et pour le mettre en évidence.
Jérôme Latta
Oui, tout à fait en reposant sur les droits de télévision. L'économie du football faisait du football et des compétitions un produit télévisuel. Pour les organisateurs, il s’agissait de répondre à un ensemble de demandes de ces diffuseurs qui sont des financeurs très généreux et de plus en plus généreux. Quand on regarde la courbe des droits de télévision, ça a été quasiment exponentiel et ça s’est et ça s’est seulement ralenti au lendemain de la crise du Quid. Donc, répondre à cette demande des télévisions, ça a consisté aussi ici.
David Dufresne
Je ne sais pas si vous voyez, mais les droits télé versés aux clubs engagés en Ligue des champions ici, on est en 96 simplement et à la fin, on est en 2023. Voilà, il y a plusieurs graphiques comme ça qui sont éloquents.
Jérôme Latta
Voilà. Et donc, pour répondre à cette demande, il a fallu en particulier aménager les compétitions elles-mêmes, les formules de compétitions pour les pour les rendre plus spectaculaires, plus attractives, en favorisant le nombre de matchs déjà. Alors ça arrangeait tout le monde. Plus de matchs à diffuser pour la télévision et donc plus de droits de télévision pour les organisateurs. Des formules aussi qui favorisent plutôt les grandes affiches entre entre clubs prestigieux. Mais ça vaut aussi pour le football des sélections nationales. On a récemment eu la création d’une Ligue des Nations par le FA qui vise à supprimer les matchs entre nations un peu prestigieuses et les petites nations pour en proposer surtout des affiches, ce qui tend à valoriser les droits de télévision. Et puis, sur le plan plus formel, plus esthétique. Effectivement, les télévisions se sont emparées du football en tant que spectacle et l’ont mis en scène à leur manière. En France, le tournant du football payant et de l’augmentation des droits de télévision. C’est l’arrivée de Canal+ en 84, avec un premier match diffusé de championnat de France en novembre 84 et dans le modèle économique de Canal+. Donc, il y avait le cinéma et le football comme produit d’appel. Et d’emblée, sous la houlette de Charles Biétry, Canal+ a déployé des moyens techniques considérables pour couvrir et pour mettre en scène le football en renouvelant les mises en scène du football. Donc, on a augmenté le nombre de caméras, les caméras, aller dans les vestiaires pour filmer l’intimité, par exemple.
David Dufresne
Ça, c’est ce qu’on dit. Mais est ce que c’est le côté cocorico français ? On fait croire qu’on invente tout. Ou est ce qu’ils ont pompé des choses à d’autres sports dans d’autres pays où vraiment.
Jérôme Latta
Ils se sont mis, se sont inspirés ? C’est probablement des sports américains qui étaient déjà en avance sur la mise en spectacle du sport. Mais non, sur le plan technique, ils ont été pionniers et on a vu en 98 par exemple, que les réalisateurs français de la Coupe du monde avaient impressionné le monde et ils ont créé une sorte d'école de réalisation télévisuelle du football qui a fait école. Malheureusement, je dirais malheureusement pour une grande part, pour une grande part dans les autres pays européens. Et on constate maintenant, il y a un ensemble de techniques, de manières de réaliser qui sont assez, assez uniformisées. Donc ça a consisté en une volonté de doper en quelque sorte le spectacle avec des réalisateurs qui ont un peu tendance à se prendre pour Steven Spielberg en multipliant les plans notamment. Au départ, il y avait le plan fixe, la caméra placée à l’emplacement idéal dans un stade dans l’axe de la ligne médiane, un peu en hauteur, qui balaye le champ de jeu et qui permet de parfaitement. Il n’est pas très riche sur ce plan. Il est riche, il est très austère et c’est celui qui permet de mieux comprendre le jeu. Parce qu’on voit le positionnement des joueurs autour du ballon. On voit un joueur qui porte la balle peut faire dans les secondes qui viennent. Mais l’idée ça a été de fractionner, de tronçonner, de saucissonner. Cette continuité du plan, du plan, du plan large, du plan qui petit vers et qui fait des panoramiques par des plans de coupe sur le joueur, qui porte un plan resserré, sur le joueur qui porte le ballon et surtout avec des rafales de ralentis, on balance des ralentis au point aujourd’hui qu’on ne respecte même plus le jeu qui reprend on. Le téléspectateur va quinze fois, 20 fois par match. Raté. La reprise du jeu, le commencement d’une action. Parce que le réalisateur le juge pas moins intéressant que le quatrième. Ralentis d’une action de but ratée qui tient absolument à passer à plus les plans sur et sur le visage qui visent à capter les émotions.
David Dufresne
Et si je t’ai bien lu, en fait, on passe d’un plan collectif où on voit tout le terrain à un plan individualiste, enfin individuel, mais qui devient en fait individualiste. C’est à dire que ce qui compte, c’est le joueur. Donc l'équipe et ça, c’est l’allégorie du monde moderne.
Jérôme Latta
Oui, ça participe d’une individualisation qui bat qui ? qui est lié à la starification croissante des joueurs dans la manière de regarder le football, de comprendre le football. Il y a une tendance à la starification des plus grands joueurs qui deviennent des entreprises eux mêmes à part, à part entière pour les plus grands d’entre eux, qui peuvent avoir plus de followers sur les réseaux sociaux que les clubs auxquels ils appartiennent. Je parle des très grandes stars comme Messi, Cristiano Ronaldo et Mbappé, qui gèrent des contrats de sponsoring énormes et donc qui sont eux mêmes des entreprises de spectacle à part entière. On voit aussi qu’on est de plus en plus attentifs aux statistiques individuelles des joueurs. C’est une sorte de palmarès parallèle pour chaque joueur. C’est ses stats, son nombre de buts, son nombre de passes décisives et bien d’autres indicateurs de ce genre là. Et puis l’importance accordée aux trophées individuels, en particulier le Ballon d’Or, Voilà qui est devenu une sorte de Graal à conquérir et qui, pour pas mal de joueurs, je pense, a autant de valeur qu’un trophée prestigieux qu’on gagne en équipe comme une Coupe du monde, une Ligue des champions, 1 €, un championnat national, etc. La mise en scène télévisuelle du football sous cette forme là, oui, elle participe à cette individualisation, mais pas seulement. Il s’agit de. Il s’agit de capter les émotions. C’est vrai qu' on capte les émotions. Et puis avec les technologies actuelles, on arrive à faire des très très belles images. Le problème c’est qu’elles arrivent à nuire à la compréhension du jeu des amateurs de foot qui sont férus de tactique par exemple. Ils ragent devant leur écran très souvent parce qu’avec des plans resserrés sur des portions du terrain, on n’arrive plus à comprendre le développement du jeu. On n’arrive plus à avoir une lecture à la fois tactique pour les amateurs de tactique, mais même alors des spectateurs, des nouvelles, des tribunes, du kop de posts d’abord. Alors là, je suis sur le cul. Parce que Euryale, dont je soupçonne qu’elle n’est pas fan de foot, je ne sais pas pourquoi, a tout de suite trouvé que le tee shirt va partout justice nulle part. Avec le lien qui va bien, vous pouvez commander des habits et je peux vous dire que ça fait de l’effet. Quand tu arrives au café, il y a des gens qui nous deux, qui il y a radius, qui demandent à ce que tu rondes enfin, rendez nous les Cahiers du foot. En fait, ils existent et on est toujours là. On est immortels de toute façon. Donc certaines personnes croient quand même qu’on est mort, mais en fait non, on est immortels. Vous lisez des articles sur des sites sur le site ?
David Dufresne
Absolument, Absolument. Foulques nous dit que dans le foot business, les salariés, les footeux n’ont pas plus de pouvoir que leur employeur ? Et je vais chercher une citation incroyable qu’il faut que je retrouve à un moment donné sur C’est la seule industrie.
Jérôme Latta
Ah oui.
David Dufresne
Citer qui rackette les milliardaires et Cohen je crois l'économiste qui disait que c’est le seul sport où il faudrait retrouver sa cité et je la défends.
David Dufresne
Je l’ai regardé. Il y a le système des transferts marché des joueurs. Daniel Cohen, économiste Le football est le seul cas où les jeunes venus le plus souvent de milieux populaires rackettent des milliardaires avec le consentement de ceux- ci.
Jérôme Latta
Eh oui, oui, c’est. Mais ça pointe quelque chose de très très intéressant. C’est à dire que l'économie du football, elle est très peu rentable parce que les clubs investissent tous leurs revenus dans la l’acquisition et la rémunération du talent sportif, c’est à dire dans les joueurs, et que concrètement, dans les transferts des joueurs et dans les salaires des joueurs, c’est en moyenne 91 % des revenus des clubs en Europe. Les clubs professionnels de l'élite qui sont investis dans le dans la masse salariale.
David Dufresne
Mais on dirait que tu parles d’Au poste.
Jérôme Latta
Mais c’est ça un petit club qui grimpe. Mais ce qui est intéressant à souligner, c’est qu' il y a un paradoxe. Il y a même une erreur politique qui consiste à stigmatiser les footballeurs, ces milliardaires en short un peu abrutis, qui gagnent, qui gagnent, qui gagnent des millions. Mais c’est un des rares secteurs de l'économie, voire le seul, où les travailleurs d’exécution, les salariés d’exécution, captent l’essentiel des richesses qu’ils produisent. Parce que c’est vrai que c’est ce qui produisent les richesses, mais comme comme dans l’ensemble du monde capitaliste. Sauf que derrière l’ouvrier travaille et gagne.
Jérôme Latta
Comme ça, bien payé que le patron oui, oui, alors même que l’entraîneur, les entraîneurs, en règle générale, sauf les entraîneurs stars, sont moins payés que les footballeurs. Alors, il faut pondérer. Ça, c’est important, c’est qu’il y a un effet de prisme un peu déformant. C’est seulement une minorité des tout meilleurs joueurs qui captent des salaires considérables et qui sont l’objet de montants de transferts qui semblent exorbitants, voire obscènes. En moyenne. Les autres footballeurs professionnels sont beaucoup moins payés. C’est un marché du travail extrêmement segmenté. Si on parle comme les économistes, les autres footballeurs en général sont bien payés. Ils sont payés, ils sont payés comme des cadres, comme des cadres dirigeants. Et d’ailleurs, il y a un sociologue, Manuel Shorter, qui signale que même si on a toujours critiqué la professionnalisation dès le début du XXᵉ siècle et on a toujours considéré que les footballeurs gagnent trop, même quand ils gagnent 200 fois moins. Aujourd’hui, le sociologue Manuel Sautet dit que c’est au moment où les footballeurs ont commencé à gagner des salaires de cadres dirigeants que ça a créé véritablement un problème politique et qu’on a commencé à les stigmatiser. Voilà, tout ça pour pondérer et pour dire que c’est les tout meilleurs joueurs qui touchent les plus gros salaires. Ils sont l’objet des plus gros transferts avec une logique, c’est qu'à la fois ils rapportent énormément sur le terrain, même s’il y a un peu de croyance, un peu de pensée magique dans l’idée que. Mais on dit ça quand même, que les Mbappé, les Erling Braut Haaland et autres, ils gagnent les matchs à eux seuls. Mais il y a un double intérêt : c’est un intérêt sportif pour faire la différence sur le terrain et un intérêt économique. Parce que ces joueurs attirent des audiences et attirent. Ils favorisent la signature de contrats de sponsoring, ils favorisent la médiatisation globale du club. C’est la politique, la politique du casting, la politique des stars du PSG qui n’a pas été très payante sur le terrain mais qui l’a été sur le plan économique et sur le plan de la notoriété et du développement du PSG comme une marque internationale. Et de ce point de vue là, ça a été, ça a été un succès.
David Dufresne
Le mal, comme toujours, il est en anglais. Tout démarre. Tout démarre avec la première ligne. Tout démarre il y a une trentaine d’années avec la première ligue. Et tu. Tu rappelles ? Parce que c’est vrai que moi j’avais complètement oublié que quand c’est la ligue anglaise qui est celle qui drive tout le reste en réalité, qui va donc être ultralibéral, qui va être dans la financiarisation à outrance, justement, ce sont les droits télé et c’est un dénommé Robert Murdoch dont tu te rappelles pas, mais on peut le faire le fondateur de Fox News ? c’est comme maintenant la presse qui va mettre Trump pour pouvoir.
Jérôme Latta
Situer un empire et inspirer la série ? La série américaine de Successions.
David Dufresne
Enfin c’est un de ceux un des artisans on va dire. Voilà un des artisans du football tel qu’on le connaît aujourd’hui. C’est à dire que c’est quand même, c’est de cette pensée là dont on est en train de parler quand même.
Jérôme Latta
Oui, alors il a été et il a été pionnier, effectivement, alors pionnier de la télévision payante. Et il fait partie de ceux qui ont compris que le football était un formidable produit d’appel pour la télévision payante. Et c’est un peu sous son égide et sous celle de quelques clubs anglais que la première ligue a été créée en 1992. Alors c’est pas tout à fait une invention. C’est le championnat d'élite en anglais qui s’appelait la Division One qui se transforme en Premier League. Alors déjà, il y a une opération de marketing dans l’ordre, le choix dans le choix de ce nom et avec l’idée de créer une compétition premium qui s’est créée, qui s’est accompagnée. Et c’est ça qui est significatif d’une sécession d’avec la fédération puisque les ligues professionnelles partout en Europe sont sous la tutelle de la Fédération. La fédération, c’est ce qui gère l’ensemble du football dans un pays football professionnel et football amateur. En théorie. Et donc il y a une sécession avec la création d’une société commerciale qui a autonomisé. Ça n’a pas été, ça a été, ça a été une amorce de sécession, on va dire, pas une sécession complète, mais qui a autonomisé la Ligue professionnelle de la Fédération et donc des pouvoirs publics, pour pouvoir développer de manière très volontariste le produit Premier League. Et ça, ça s’est produit en 92 à 1 époque où le football anglais était au plus bas les clubs étaient suspendus, exclus des Coupes d’Europe. Après le drame du Heysel, il y avait eu 39 morts lors d’une finale de Ligue des champions entre Liverpool et la Juventus de Turin à Bruxelles, après les catastrophe de Hillsborough, qui a fait 97 morts. Alors la par à cause de l’incurie des autorités, ça on pourra en parler peut être un autre moment et deux stades complètement d’un stade complètement vétuste. La catastrophe de Bradford, d’un incendie invraisemblable qui a fait des dizaines de morts aussi. Sportivement, le football anglais était au plus bas. Son image était absolument déplorable et ils étaient stigmatisés. Du moins c’est public populaire, était stigmatisé par Margaret Thatcher et par par ses successeurs. Par la suite, les dérives du football avaient servi à la stigmatisation des classes populaires des classes ouvrières, dont le football était le sport et qui occupait la grande. Enfin une grande part des tribunes et des terrasses, les tribunes debout, les kop derrière, derrière les derrière, les tribunes. Donc il y a eu tout un programme, toute une opération à la fois de rénovation des stades et qui, sous couvert de lutte légitime contre le hooliganisme, qui était vraiment un problème endémique à cette époque en Angleterre, il y a eu une volonté d’upgrader le produit du football et de le rendre premium avec avec cette compétition elle même premium. Je vais essayer de pas abuser de ce terme là, mais de la rendre plus prestigieuse avec l’idée que, en fait, il y avait un potentiel énorme. C’est Robert Murdoch qui avait bien perçu ça, un potentiel de développement énorme. Donc, dès la première saison 1992, on a déjà diffusé beaucoup plus de matchs qu’auparavant et on a marketé cette compétition de manière très habile et on l’a développée. Ils ont été pionniers de ce point de vue là. Les Anglais, ils ont été les premiers à, comment dire ? À prendre la vague de la croissance économique phénoménale du football. Et ça leur a permis de développer comme une marque internationale à la fois leur club et leur propre compétition. Ce qui fait qu’ils ont été et ils ont été les premiers arrivés sur les nouveaux territoires sur lesquels se développait un football de plus en plus mondialisé, en particulier l’Amérique du Nord, l’Asie. Donc, ils ont conquis ces nouveaux marchés et ils ont été en tête du processus de libéralisation et de croissance économique. Au point qu’aujourd’hui la Première League exerce une suprématie économique pas encore sportive, mais extrêmement forte les revenus du football anglais sont quasiment deux fois supérieurs aux revenus du deuxième championnat. Le plus riche est la Liga espagnole avec la Bundesliga allemande un petit peu derrière.
David Dufresne
Donc ce qu’on comprend bien, c’est qu’on a chassé des pauvres en fait.
Jérôme Latta
Alors ça, ça a été, si on parle du processus de faire des classes populaires. On peut dire aussi les pauvres, et les deux. Si on parle du processus de rénovation des stades, alors pour des raisons de sécurité, on interdit les tribunes debout. Alors c’est marrant parce qu’aujourd’hui, 30 ans après, on reconstitue des tribunes debout avec sous le label Safe Standing, parce qu’il y a eu une telle psychose, là aussi justifiée, des catastrophes dans les stades en Angleterre qu’il était plus question d’avoir des spectateurs massés de manière très dense dans des dans des tribunes debout. Donc toutes les places étaient assises pendant très longtemps. Dans la plupart des stades, et c’est encore le cas, certains étaient interdits de se lever pour célébrer les buts. Donc, à cette pacification là s’est ajoutée une politique assez délibérée d'éviction des classes populaires au profit d’un public beaucoup plus aisé, beaucoup plus docile, beaucoup plus consommateur, c’est à dire beaucoup plus susceptibles de consommer au stade ce que le modèle d’exploitation économique des stades. Aujourd’hui, son objectif, c’est d’amener les spectateurs à consommer, à venir le plus tôt possible au stade et à consommer balade ou buvette, des sandwichs dans la boutique officielle, acheter des produits dérivés, acheter une pinte de bière très chère à des prix plus prohibitifs par rapport à ce qui se pratique dans les pubs, dans les pubs anglais. Donc ça a eu mécaniquement l’effet, l’effet délibéré d’exclure les classes populaires et de renvoyer les publics, le public issus de la classe ouvrière, en particulier le public turbulent et les jeunes, comme on peut observer dans les études qui sont menées le vieillissement spectaculaire de l'âge moyen des spectateurs dans les stades, en parallèle à une présence de catégories CSP+ beaucoup plus, beaucoup plus fortes. Ça, ça a été cette gentrification des tribunes. Elle a été effectivement très, très, très spectaculaire en Angleterre et ça a été beaucoup plus modéré dans les autres pays européens parce que dans la plupart de ces autres pays européens, il n’y avait pas assez de ça, il n’y aurait pas assez de CSP+ pour remplir tous les stades. Donc on maintient des politiques tarifaires.
David Dufresne
De tarifs par exemple pour maintenir. Est ce que ça explique que Londres et autant de grands clubs Parce que le bassin de population, c’est une ville très riche, Londres Et puis il y a la City. Donc il y a évidemment des drapeaux. Est ce que c’est ce qui explique qu’il y a autant de clubs anglais ? Sauf erreur de ma part, ils sont très concentrés à Londres.
Jérôme Latta
Non, ça c’est plutôt, je dirais, c’est plutôt des raisons historiques sur le développement du football en Angleterre. Ça a été un développement qui s’est produit, s’est enraciné dans le tissu industriel anglais. Donc Londres était, avant d'être un pôle financier, était un pôle industriel très très, très important. Mais on voit qu’il y a aussi Liverpool ou Manchester ou Sheffield, Birmingham qui ont des clubs historiques. Donc il y avait plutôt un lien avec l’industrie. Mais c’est sûr que dans la période récente, ça a plutôt favorisé les évolutions du football. De toute façon, favoriser les clubs qui sont dans des dans des villes avec un important avec une population importante, un important bassin de consommateurs. Et quand, comme à Londres, on a un public et une population globalement assez aisée. Ça a favorisé dans une certaine mesure les clubs anglais. On peut donner un exemple où là ça a vraiment joué, c’est dans l’attractivité des clubs londoniens pour les milliardaires et en particulier les oligarques russes. Donc en 2000, au début des années 2000, l’oligarque Roman Abramovitch rachète le club de Chelsea et en fait un nouveau club, riche. Il y en a une autre après, en investissant des moyens considérables pour faire très rapidement de Chelsea.
David Dufresne
Vraiment un club bling bling.
Jérôme Latta
Oui, c’est Sarkozy, c’est un symbole. Oui alors. Surtout que Chelsea avait déjà un public plus aisé que la moyenne avant son rachat par Abramovich, mais en ayant une politique d’achat de très bons joueurs, il a voulu développer. Il y est parvenu. Même s’il a mis plus de temps que ce qu’il pensait à faire de Chelsea, un des tout meilleurs clubs et en tout cas un des plus riches en Europe. Et ça, c’est il y a. Et on sait que le contexte où il y a un surnom de Londres, c’est London Grade. Parce que oui, City a attiré bon nombre d’oligarques russes en étant très peu regardants sur l’origine de leur fortune, avec des dispositions fiscales notamment très très très avantageuses. Il y a London Grade et on en a pour baptiser Chelsea. C’est ce caractère russe et c’est seulement avec le déclenchement de la guerre en Ukraine que tout à coup, au Royaume-Uni, on s’est rendu compte que finalement vraiment vite, qui avait été un proche de Vladimir Poutine. Mais sa fortune avait une origine un peu gênante et donc il a été poussé dehors, forcé de vendre le club sous l'égide des sanctions prises contre les fortunes russes des oligarques à Londres.
David Dufresne
Page 41 Tu notes, tu nous cites Johan Cruyff donc grand grand joueur hollandais a le maillot orange, ça vient de là. Le goût de l' orange vient en partie de là. Nous sommes en 2006 et ça raconte, ça raconte bien. Les anciens et les modernes, si je puis dire. A l'époque, joueur et entraîneur de Barcelone, grand club et Barcelone, qui jusqu’alors n’avait aucun sponsor sur son maillot, va passer par un par un petit piège. Il va accepter un sponsor, l’UNICEF, pour en fait habituer nos yeux à voir une marque aussi louable s’atteler sur le maillot. Et voilà ce qu’il dit. Nous étions un club unique au monde. Nous avons vendu ce caractère unique contre environ 6 % de notre budget. Je comprends bien que nous enregistrons actuellement des pertes, mais en vendant le maillot, nous montrons que nous sommes sans imagination et que nous sommes devenus vulgaires. Et tu ajoutes, tu ajoutes et c’est un point extrêmement important, parce que c’est là où je trouve qu' il faut parler du football. On peut être frappé, dit tu, de la forte présence des représentants des secteurs les plus nuisibles socialement pari sportif, cryptomonnaie, service de livraison, ubériser, malbouffe, auxquels s’ajoutent les offices de tourisme d'État autocratique ?
Jérôme Latta
Oui, alors c’est bien là on peut être nostalgique, effectivement, surtout quand il y a une croyance incarner particulièrement bien un football susceptible de générer de notre nostalgie Football total. C’est ça dans la beauté du jeu. Mais oui. Et ces propos-là illustrent bien le processus de marchandisation intégrale du football : tous les espaces, tous les supports deviennent support de publicité, support de sponsoring. Donc évidemment, les maillots, ça avait commencé à la fin des années 60, au début des années 70. Donc les maillots ça va. Dans certains clubs, on colle une douzaine de sponsors partout où on peut, y compris sur l’arrière du short, ce qui peut suggérer que l’on vend même, on vend même le cul des footballeurs.
David Dufresne
Pardon pour Le terme attitude, tu le dis plus délicatement.
Jérôme Latta
Voilà. Mais bon.
David Dufresne
Ben voilà, là on a une étendue.Tu expliques qu’aujourd’hui le sponsor c’est c’est pas que c’est sur des shorts, mais pas que sur la cuisse avant, mais sur le cul en fait, c’est partout..
Jérôme Latta
C’est à dire on peut regarder, on peut mettre un match de foot à la télévision et s’amuser entre guillemets à compter le nombre de logos de marques qui apparaissent sur les maillots des joueurs, parfois imprimés sur le souvent imprimé au sur la pelouse, au bord du terrain. Sur les panneaux publicitaires lumineux qui sont de plus en plus intrusifs dans le. Dans les couloirs du stade, sur les panneaux qu’on s’empresse de mettre derrière les footballeurs, en interview à la sortie du terrain, dans les salles de conférence de presse. Absolument partout, jusque dans le nom des stades, puisque naming au travers du naming des stades. Donc opération qui consiste à baptiser du nom d’une marque un stade.
David Dufresne
Ce qui imagine ici, ce serait le studio Beauvau par exemple.
Jérôme Latta
Bien, vous vous donnerez beaucoup d’argent pour Darmanin.On va retrouver une marque, une marque Barça. Il faut y réfléchir, il faut travailler là-dessus. Donc voilà, il y a un processus de marchandisation intégrale qui ne connaît pas de limite et qui illustre cette espèce de quête de ressources sans fin, de poursuite d’une croissance infinie. Dont on ne cherche même plus à expliquer. C’est à dire qu’on cherche même plus à se demander mais quel est l’intérêt pour le football de chercher à croître indéfiniment, sachant tous les effets pervers que ça a que ça suscite, c’est à dire l’accroissement des inégalités sportives et économiques, le démantèlement de l’aléa sportif, la perte de chose aussi fondamentale que l'équité et l’intégrité des compétitions, la formation d’une d’une petite oligarchie de clubs qui bafoue justement l’aléa sportif, l'équité sportive, etc.
David Dufresne
Excuse moi, les tribunes, les tribunes lettrées du monde, Jérôme peut il confirmer que Cruyff a refusé de jouer une Coupe du monde pour une question de sponsoring ? Les chaussures, je crois.
Jérôme Latta
. C’est assez complexe. En tout cas, il n’a pas participé à la Coupe du monde 78. Et il y a une ambiguïté. C’est à dire qu’il y avait cette histoire de contrat de sponsoring et il y avait, il y avait un contentieux autour des contrats, puisque Cruyff était quelqu’un qui défendait et qui savait défendre ses intérêts et ceux des joueurs. Mais, et puis également l'éventualité du boycott de cette Coupe du monde 78 qui ce qui se déroulait en plein en plein régime militaire et qui était instrumentalisé par la junte argentine. D’ailleurs en 78, l'équipe de France avait été aussi en conflit avec l'équipementier Adidas pour des questions de primes et donc certains joueurs avaient joué avec eux en noircissant au tirage les trois bandes de leurs chaussures pour la sanctionner, pour sanctionner leur leur équipementier.
David Dufresne
Il faut dire qu'à l'époque, c'était le bordel. Ils jouaient même avec des maillots locaux parce qu’ils avaient oublié les ouvriers.
Jérôme Latta
Ben voilà. Oui, c'était plus plus amateur. C’est vrai, c’est un fameux secret de la Coupe du monde 78 que l'équipe de France avait joué avec un maillot à rayures vertes et blanches parce qu’ils avaient oublié le maillot, le maillot extérieur, le maillot de rechange de football.
David Dufresne
Voilà, c’est ça. Question à poser dans les coulisses du football qui va nous parler et tu en fais à la fois ton miel, mais désespéré l’hyper modernité financière. Alors on a compris il y a 30 ans, Nordau qui arrive, on on divise le football, ça devient ce que ça, ce que ce que c’est devenu. Et évidemment, là, il y a l’hyper financiarisation, C’est ce qui est en train de ronger tout le monde entier. Qui a prononcé cette phrase Le club uruguayen pourrait nourrir le club belge qui pourra nourrir le club français ? Qui pourra nourrir le club de Premier League, anglais ?
Jérôm Latta
C’est Bill Foley, le Bressan propre, récent nouveau propriétaire du FC Lorient, qui est en fait à la tête d’un consortium de clubs, d’un cartel de clubs qui comprend des clubs de plusieurs nationalités et dont la tête de gondole est dans le mou. C’est un club assez modeste dans l’histoire du football anglais, mais un club de premier league quand même, donc un club très riche qui va bénéficier de cette structure de consortium. Alors on appelle ça la multipropriété des clubs et c’est le dernier stade de la financiarisation. Là, t’es directement passé au dernier degré.
David Dufresne
Absolument.
Jérôme Latta
Récent, parce que c’est la multipropriété des clubs. C’est un phénomène qui ce qui est, qui existe depuis. Depuis, il y a eu des expériences un peu pionnières il y a une vingtaine d’années, mais qui se développent de manière exponentielle depuis trois ou quatre ans. Aujourd’hui, il y a près de 300 clubs ou plus de 300 clubs dans le monde qui sont sous ce régime de multipropriété. Alors l’idée des patrons des fonds d’investissement qui créent ces consortiums, c’est que constatant que le football n’est pas rentable et ou est très difficilement rentable, eh bien on. En créant des conseils, des consortiums de clubs, on rationalise un petit peu avec une sorte d'écosystème, on rationalise et on augmente les possibilités de rentabilité. Et comme le dit ce propriétaire. On met au service les clubs filiales aussi, on les met au service d’un navire amiral. Donc on va pouvoir prêter des joueurs à ces clubs. On va pouvoir profiter de la formation. On fait le butin. Souvent, les consortiums rachètent des clubs formateurs, notamment en France. Il y a le Racing Club de Strasbourg qui récemment est passé sous le giron du groupe de Chelsea. Il y a un club de trois qui fait partie du City Football Group de Manchester City, qui comporte une douzaine de clubs dans le monde. Donc c’est avec une logique très cynique transparence, technologie et élevage de joueurs. Et c’est d’ailleurs le même processus, le même propriétaire. Il emploie le terme de farm team pour désigner les clubs destinés à nourrir le club fanion.
David Dufresne
Voilà, et c’est là où je trouve que c’est quand même un niveau de cynisme assez assez étonnant.
Jérôme Latta
. Et tu peux aussi t'étonner, tu peux aussi te demander mais comment est ce possible ? comment est-ce qu’on laisse faire ça ? Alors théoriquement, l’UEFA, qui est le gouvernement européen du football, interdit la multipropriété, c’est à dire interdit à un même club de participer à deux clubs appartenant au même groupe, de participer à la même compétition. Et alors il y a eu quelques exemptions qui ont été accordées à certains clubs, notamment des clubs du groupe Redbull. La fameuse boisson énergisante
David Dufresne
Certain temps, a été payé pour citer cet article mettant En Avant la foule en délire. Je peux comprendre que là, on est là. Je vais demander la VAR pour une fois, pour voir. Parce que là.J’ai cité. J’ai senti que c'était placement de produit.
Jérôme Latta
Excuse moi, je vais me corriger en disant que c’est dégueulasse le Red Bull, Il faut boire très très modérément ou pas du tout théoriquement l’UEFA. Il y a quelques mois, l’UEFA s’est exprimée, prenant une position assez rigoureuse, disant que ce ne serait pas autorisé. Et quelques mois après, au premier semestre de cette année, si on a senti beaucoup plus de flou. Et en fait, l’UEFA, une nouvelle fois, s’apprête à renoncer à gouverner, s’apprête à capituler devant ce phénomène là, parce que le FN n’arrive pas à s’opposer. Voilà ce que j'évoquais tout à l’heure cette pulsion de croissance, de recherche infinie, de ressources, de recherche, de nouveaux investisseurs, quels qu’ils soient. Et donc s’apprête à adopter ou à appliquer de manière très très permissive donc, ses règlements en la matière, ça pose des problèmes de conflits d’intérêts évidents. Et de toute façon, même sans ce problème de conflits d’intérêts, de clubs du même groupe qui se rencontrent dans la même compétition, ça pose un problème plus global. Jamais des clubs ne devraient faire partie d’un groupe et être ainsi privés de leur autonomie et être complètement vassalisés au profit et au profit d’un gros club. Mais ce régime de vassalisation, de hiérarchisation et de ces manières de figer les hiérarchies économiques et sportives, c’est un principe tout à fait transversal dans les évolutions récentes du foot.
David Dufresne
Alors il y a il y a Mano both qui nous dit que les joueurs aussi peuvent avoir un pourcentage de leur droit aux mains d’un ou plusieurs font. En fait, ça, ça a été annulé. C’est ce qu’on appelait le type à.
Jérôme Latta
L’ATP qui était présent en partie à ownership, un dispositif qui permettait à des particuliers ou à des fonds d’investissement.
David Dufresne
D’acheter une partie du bar dès le départ du footballeur.
David Dufresne
Et donc donc, je prends ton genou, toi tu achètes la fille.
Jérôme Latta
Oui, c'était un petit peu le bracelet, moins cher, évidemment. Et enfin la possibilité, après 19 ans, de toucher des sortes de dividendes. C’est ça dans la carrière ultérieure du football au travers de ces salaires. Alors ça, ça a quand même été ça quand même. La FIFA a quand même fini par interdire ce dispositif là, qui avait été notamment très exploité par les clubs portugais, qui ont été très innovants dans la manière de former les joueurs et de gagner de l’argent sur la formation des joueurs, la valorisation des joueurs. Mais ça, c'était une forme un peu extrême et qui a donc été interdite de cette financiarisation de marchandisation des joueurs eux mêmes ls sont transformés en actifs financiers, en actifs spéculatifs sur lesquels les clubs comptent pour pour gagner un peu d’argent. Alors, il y a un système. Ça c’est la conséquence de la dérégulation du marché des footballeurs consécutive à l’arrêt Bosman en 1995.
David Dufresne
C'était votre action d’après
Jérôme Latta
Et qui qui a, en supprimant les quotas de joueurs étrangers, en schématisant un peu au sein des au sein des clubs, a permis aux clubs les plus riches de recruter les meilleurs joueurs du monde entier et d’accumuler dans leur effectif des très, très bons joueurs. Et donc ce processus de financement de marchandisation des joueurs eux-mêmes. Il se traduit sur le sur le marché des transferts et pour les clubs par la possibilité à un club formateur, un bon club de formateur qui a un bon centre de. De formation. Il va pouvoir, il va espérer, il va pouvoir compter dessus. C’est le cas de beaucoup de clubs français vendent leurs meilleurs joueurs, jeunes, joueurs à des clubs plus riches. Et il va y avoir ça, c’est les clubs formateurs. Il y a des clubs qu’on pourrait qualifier de valorise, tort, qui vont recruter ou former eux mêmes.
David Dufresne
Donc qui seraient des clubs du moyen.
Jérôme Latta
En fait, des clubs moyens qui vont exposer ces joueurs et qui vont les revendre avec un montant encore plus élevé aux clubs les plus riches qui eux, peuvent se permettre ces investissements là qui ne vont pas forcément gagner parce qu’ils auront acheté très cher le joueur, qu’ils vont pas forcément pouvoir gagner dessus, mais qui vont ne pas perdre et surtout qui vont y gagner sur le plan, sur le plan, sur le plan sportif. Donc effectivement, mais voilà, le mercato, le marché des transferts, c’est devenu un spectacle en lui-même. C’est ça la force ou la perversion de ce football industrialisé marchandisé, c’est de transformer en spectacle même ce qui constitue une de ses dérives les plus manifestes. Dire ça pose un problème moral de transformer des êtres humains en valeur marchande. Et ça pose un problème sur le plan de l'éthique sportive. Que le marché des joueurs serve à quelques clubs d’accaparer l’essentiel du talent sportif et donc donc des meilleurs joueurs.
David Dufresne
Tu parlais de l’arrêt Bosman, donc Bosman, c'était ce petit joueur à un joueur modeste, modeste, belge qui qui va intenter un procès à son club, qui va gagner, qui va remporter ? A priori c’est David contre Goliath, C’est pas c’est pas si mal de sa part, non ? On peut avoir une vision.
Jérôme Latta
Alors c’est oui, l’arrêt Bosman recèle pas mal de paradoxes. Le régime contractuel des footballeurs a toujours été très problématique et reste aujourd’hui exceptionnel. Mais dans les années 60, les grands footballeurs comme Just Fontaine et Raymond Kopa, qui étaient des cofondateurs du syndicat du syndicat des joueurs, s'étaient battus contre contre un régime qui les avait employés. Ça avait beaucoup choqué à l'époque. Le terme d’esclave des fusions, disait on est des esclaves. Et il disait ça et c'était déjà bien payé à l'époque. Mais il disait ça par rapport au fait qu’un club était propriétaire du joueur et pouvait le garder à vie, pouvait l’empêcher de partir. Alors ils se sont mobilisés. Donc sur le plan syndical dans les années 60, au début des années 70, pour obtenir le contrat à temps qui limitait au moins la durée de mise en fait mise au service d’un club des joueurs. Mais ça restait un régime un peu exceptionnel. Et alors ? Il faut rappeler l’arrêt Bosman. Donc Jean-Marc Bosman, c'était un joueur d’un club modeste, d’un club belge assez modeste. Il était en fin de contrat et voulait rejoindre Dunkerque en France. Il était en fin de contrat. Je répète, son club l’empêchait de faire son club, pouvait l’empêcher de rejoindre Dunkerque. Donc il a attaqué devant les instances européennes ce régime contractuel. Il a obtenu gain de cause, mais.
David Dufresne
On a obtenu gain de cause sur une belle idée.
Jérôme Latta
C'était la libre circulation des footballeurs au sein de la Communauté européenne, ce qui en.
David Dufresne
Fait en fait des êtres humains en réalité.
Jérôme Latta
Tout à fait, qui ne sont pas victimes d’un régime d’exception. Mais le problème, c’est que la Cour de justice de l’Union européenne, en décembre 95, en donnant raison à Jean-Marc d’Haussmann, elle a aussi balayé le système des quotas de joueurs étrangers qui limitait à deux puis à trois. A cette époque là déjà, le nombre de joueurs étrangers dans les effectifs, la Cour de justice de l’Union européenne Et puis l’Union européenne dans son ensemble. La Commission européenne n’a pas vraiment pris la mesure. Enfin si, elle a pris la mesure. En vérité, elle savait bien que ça allait avoir des conséquences profondes sur l'économie du football. Mais ce qui est intéressant à noter, parce qu’on accuse l’arrêt Bosman de tous les torts et on accuse l’Europe de tous les maux, c’est à dire d’abord d'être quasiment seuls responsables des dérives ultérieures du football. Mais en fait, cette décision était parfaitement prévisible. Et la Cour de justice, dans son arrêt, dit Attention, ça implique d’instaurer des nouvelles régulations pour éviter des dérives. Et il y a la possibilité d’instaurer de nouvelles régulations. Mais ça, du fait que tout le monde, et notamment l’UEFA, est caché derrière l’arrêt Bosman, tout le monde a à la fois les pouvoirs sportifs. L’UEFA et les pouvoirs publics ont renoncé à créer les régulations qui imposent cette dérégulation qui était légitime. Sur le principe, ça illustre assez bien mais le laisser aller.
David Dufresne
Mais Jérôme, c’est la passivité. C’est là où je voulais en venir. Parce que même là, tu vois, c’est assez rigolo. Je te sens un peu gêné et peut être que c’est complexe ? Mais après tout, nous sommes des touristes. L’idée de dire ben oui, il peut y avoir autant d'étrangers que le club. Le désir, c’est plutôt une idée qui va vers l’abolition des frontières, qui est plutôt une belle idée. Évidemment, c’est au service de l’argent, mais je veux dire, c’est plutôt une bonne idée au départ. Alors après, le fan de football nostalgique va dire Moi ce que j’aime, c’est qu’il y ait l’accent du Forez chez les joueurs de Saint-Étienne. L’accent breton et voilà, Évidemment, ça, ça se perd. Mais en même temps, est ce que ce n’est pas une idée arriérée que de raisonner comme ça ?
Jérôme Latta
Alors, les nouvelles régulations qui auraient été possible, elles, ne se basaient plus sur des discriminations de nationalité, mais d’ailleurs.
David Dufresne
Parce que c’est l’idée de la préférence nationale. Et on est d’accord que ça ne va pas.
Jérôme Latta
En soi, ça ne va pas. Mais c’est pour ça que, et d’ailleurs il y a des quotas de joueurs qui existent, ils sont insuffisants.
David Dufresne
J’en c’est ce que c’est ce que le terril dans le kop nous dit. Il y a toujours les règles de quotas.
Jérôme Latta
Aujourd’hui et qui concernent des joueurs formés localement, c’est à dire informés soit dans le club, soit dans le pays en cas d’accord. Ce qui permet de limiter, mais très insuffisamment, la concentration des meilleurs joueurs venus de partout sans aucune restriction dans les tous meilleurs clubs. Et il y a d’autres modes de régulation, c’est limité. Par exemple, le nombre de joueurs dans les effectifs. Les clubs les plus riches ont tendance à accumuler jusqu'à 40 joueurs dans leur effectif. C’est complètement absurde. Il y en a beaucoup qui sont voués à ne pas jouer. Chelsea avait bavé au sommet à un moment, avait plus de 30 joueurs prêtés dans d’autres clubs. Aujourd’hui, à Chelsea et d’autres, et d’autres clubs commentateurs cités peuvent prêter leurs joueurs à leur club ou club filiale que j'évoquais, que j'évoquais tout à l’heure. Donc les nouvelles régulations qu’on aurait pu imposer et qu’on peut toujours imposer aujourd’hui pour limiter cette fuite en avant, cette concentration des richesses, elles sont toujours disponibles et elles concernent plus les critères de nationalité d’après moi. Et là, comme tu dis, ça peut être embarrassant, mais on peut quand même s’interroger sur l’enracinement et sur l’identité locale, voire nationale des clubs. C’est à dire que dans la relation entre un supporter et un club, il y avait un attachement qui pouvait, entre autres être dû au fait que, ben voilà, tel gars qui est dans l'équipe première, eh ben j'étais au lycée, puis je le vois au bar ou je le vois chez Leclerc a fait du placement de produit. Je suis désolé, je paierai à la fin une amende. Donc et c’est vrai que.
David Dufresne
Tu t’en fous des sponsorisés.
Jérôme Latta
Et tout ça dans la mondialisation, dans l’internationalisation du football, il y a eu ce processus de déracinement et cette difficulté de plus en plus grande à s’identifier aux clubs, aux clubs qu’on supporte. Mais ce n’est pas une question de nationalité là non plus. Par exemple, ce que je disais, je parlais des joueurs qui sont formés et de plus en plus pour être, pour être vendus et pour être vendus de plus en plus tôt, parce que le football français a toujours été un football formateur. C’est le plus grand deuxième plus grand exportateur de footballeur professionnel après le Brésil. Donc on a une très bonne qualité de formation en France et le modèle économique des clubs français. Les clubs professionnels s’appuient en grande partie là-dessus. Mais ce qui se passait il y a encore quelques années, c’est qu' un club qui formait un jeune joueur, il allait le voir évoluer dans son équipe sous ses couleurs pendant deux trois saisons. Donc il allait en profiter sportivement. Et ce joueur là, il allait être rattaché à l’identité du club. Donc quand on l’a vu partir, on a bien vendu, c'était bénéfique pour les finances du club. Et puis voilà. Ce joueur, il continuait à incarner. On était fiers de le voir évoluer dans les meilleurs clubs. Mais aujourd’hui, il y a une forme d’accélération, d’intensification et les clubs formateurs sont contraints de vendre de plus en plus vite les clubs. Je cite toujours les exemples de Fofana, de Saliba et Fofana ou Fofana et William Saliba, des joueurs de l’AS Saint-Étienne qui ont joué une vingtaine de matchs, qui ont fait une seule saison à Saint-Étienne et qui ont tout de suite été vendus. Très bien vendu à l’avantage pour les finances du club, mais sans que ces joueurs en profitent. Un club qui aujourd’hui, par parenthèse, est en deuxième division STP.
David Dufresne
Jusqu’ici, c'était sympathique cette émission. Mais tu ne me parles pas de Saint-Étienne sur ce ton là.
Jérôme Latta
Mais je risque pas mal. Je suis Stéphanois et je suis supporteur de Saint-Étienne, donc c’est pas pour en dire du mal. Sinon, pour critiquer la gestion de nos dirigeants.
David Dufresne
Attention ici c’est le chaudron Orange..
Jérôme Latta
Je crois qu’on a vu que c'était au Stade Lavallois ou à Lorient. Ça va pas continuer.
David Dufresne
Attends, il y a la VAR là, dans la Coupe de Sud, il y a plusieurs types de quotas, nous dit le joueur formé au club, le joueur formé au pays, les joueurs de la zone Union européenne, les joueurs hors Union européenne. Merci pour ta technique. Pour moi, les quotas sont toujours présents, les contraintes ne sont pas aussi fortes que dans chaque ligue. Et il y a avait quelqu’un. Je ne sais plus que c'était Sénac qui parlait du salary cap aux États-Unis. Tu en parles toi aussi ? Ou aux Etats-Unis où le sport business est roi, Il y a des formes de mutualisation qui sont assez étonnantes. Là, il y a un joueur de basket français, visiblement, qui démarre ce soir ou hier supprimé. Il s’est levé, il a perdu, il a mal joué.
Jérôme Latta
Je sais pas, j’ai pas regardé, c'était à 4 h du matin. Je comprends comment il fallait que je me lève pour venir ici.
David Dufresne
Tu peux dire en deux mots ce que le sport américain fait parce qu’il y a un côté quasi collectiviste qui n’existe pas du tout dans le football. Dans les deux cas. Juste un petit mot, c’est à dire qu’effectivement il y a des régulations, il y a notamment des quotas de joueurs de différentes natures. Il y a eu le fair-play financier adopté par l' UEFA, qui visait à ce que les Clubs, ça, c’est Michel.
Jérôme Latta
Oui, Michel Platini, qui visait à ce que les clubs ne dépense pas plus que ce qu’ils gagnent, mais qui ne visait absolument pas à assainir les finances des clubs, qui a réduit l’endettement mais qui visait absolument pas à réduire les écarts de richesse. C’est en fait un peu la grosse limite de cette de cette régulation là. Et donc on en parlait, j’allais enchaîner, il y avait des cocktails et il y avait aux Etats-Unis le salary cap et le modèle des ligues américaines. Alors, les ligues américaines, elles, se distinguent par rapport au modèle du sport européen, du fait que ce sont des ligues fermées les franchises, les clubs sont membres à vie de chaque ligue sauf faillite. Voilà. Mais en tout cas, les franchises peuvent être transférées d’une ville à l’autre, ce qui est d’une côte à l’autre et éventuellement. Mais le paradoxe de ces ligues fermées, c’est qu’elles veillent à rétablir ce que les économistes appellent l'équilibre compétitif,l’incertitude de la compétition. Parce que si c'était toujours les mêmes deux ou trois clubs qui remportent le titre chaque saison, il y aurait une perte d’intérêt des spectateurs. Donc, il y a des mécanismes collectivistes de régulation et de rééquilibrage permanent. Alors déjà, y a des limites.
David Dufresne
De salary cap, c’est à dire c’est un plafonnement de la masse salariale avec quelques exceptions. Et puis il y a également la draft qui permet aux clubs les moins bien classés. Je schématise de pêcher des très bons joueurs de pécher, les meilleurs jeunes.
Jérôme Latta
Issu du circuit universitaire ou qui viennent de l'étranger. Ce qui fait que les Spurs ont pu recruter JMA qui est un immense espoir français du basket mondial qui fait déjà des étincelles paraît-il.
David Dufresne
T’as lu le Monde, toi ?
Jérôme Latta
Non, j’ai pas lu.
David Dufresne
Il y avait un papier dans le monde arabe.
Jérôme Latta
Ben j’ai lu l'équipe. En fait.
David Dufresne
Ils ont pompé
Jérôme Latta
Et c’est des mécanismes de régulation, de rééquilibrage permanent. Et ce qui s’est passé en Europe, ça c’est illustré de manière très claire par la Ligue des champions qui est la compétition européenne la plus haute, la plus prestigieuse et qui a fonctionné comme un levier d’inégalité extrêmement puissant, à la fois au travers de la formule de compétition et de la répartition des ressources. Et ce qui s’est passé, c’est que les clubs les plus riches, ça fait plus de plus de 20 ans qui menacent l’UEFA de faire sécession dans une ligue fermée, ce qu’il ont fini par faire en avril 2021. Ça a été un fiasco.
David Dufresne
Tu racontes un fiasco.
Jérôme Latta
Voilà que c’est une menace qui a été permanente et une menace très très efficace parce qu’elle a conduit l’UEFA à réformer la Ligue des champions de manière toujours plus avantageuse pour les clubs les plus riches. Avec en adoptant d’emblée un système de face de poule qui augmente le nombre de matchs, qui limitent les risques d'élimination précoce des systèmes de tête de série qui empêchent les gros de se rencontrer trop tôt. La qualification des deuxième, troisième, quatrième, des meilleurs championnats, je me rappelle, ça s’appelle la Ligue des Champions. En fait, c’est la Ligue des champions et des Pas champions. Mais comme c'était les clubs les plus puissants des championnats les plus puissants, on leur a offert et on leur a garanti des places. Et avec un système de répartition des ressources, je rentre pas dans le détail, mais qui enrichit les clubs déjà les plus riches, sans égard pour les performances, sans rapport avec les performances sportives, avec le mérite sportif. Donc quelque part, ces clubs les plus riches avaient à rompre avec la Ligue des Champions tous les avantages d’une ligue privée sans les inconvénients, sans les régulations. Donc on pouvait se dire que cette menace de ligue privée, elle resterait une menace très longtemps. Aussi longtemps que l’UEFA capitulera devant les clubs les plus riches, négocierait en catimini des réformes toujours plus avantageuses pour ces clubs les plus riches. Mais ils ont quand même franchi le pas. Ce qui nous a à moitié surpris, à moitié pas sûr. On s’est arrêté. Il y a longtemps qu’on disait, mais c’est inéluctable, on y va tout droit. Et effectivement, toutes les évolutions du football européen vont tout droit vers cette ligue privée, sauf ce qui s’est passé de relativement inattendu, c’est que cette rupture là, ce pas supplémentaire, constituait une transgression à la fois morale, culturelle, historique, trop violente. Et que faire sécession dans une ligue fermée de manière unilatérale, en rompant avec le système européen du sport que j'évoquais tout à l’heure, c’est à dire un système pyramidal avec différentes divisions qui permettent l’accession et la relégation, c’est à dire la circulation du haut vers le bas et du bas et du bas vers le haut. Donc, cette transgression, ce renoncement, a suscité un front du désaveu extrêmement large et tous les acteurs du football un peu subitement, parce que beaucoup d’entre eux, on ne les avait pas entendus avant, durant tout ce processus qui allait tout droit vers cet événement-là. C’est parler d’une seule voix. Et tout à coup, on a entendu comment, selon l’expression contemporaine, on a dit les termes, on a enfin dit les termes. C’est à dire que voilà, des éditorialistes de l'équipe, les communiqués de la Fédération, tout le monde a employé des termes qu’on était quasiment les seuls au quasi football et avec quelques autres à employer, c’est à dire caste, oligarchie, dérive élitiste, etc. Ce qui était, ce qui est attesté est ce qui était attesté depuis 20 ou 30 ans, ce à quoi tout le monde avait attesté. Mais tout à coup, il y avait une sorte de prise de conscience et de refus contre, contre ce pas supplémentaire jugé exorbitant. Ça a été un fiasco. En quelques jours, le problème a capoté.
David Dufresne
Et alors ? Tu le racontes avec délice dans ce bouquin. Il y a du monde qui est arrivé au stade dans ce bouquin, ce que le football est devenu, qui vient de sortir trois décennies de révolution libérale dans le football Pas Page 76 très bon placement de produit. C’est page 76. Il y a une phrase qui m’a intriguée : Je ne vais pas te demander de noms, mais quand même un peu les commissions occultes. Alors là, à ce moment-là, tu parles des agents. Bon, on ne va pas parler des agents parce que voilà, on ne va pas déflorer tout le bouquin non plus, mais évidemment, les agents en prennent pour pour leurs chevilles. Les commissions occultes, dis-tu ? Page 76 donc, ruisselle sur l’entourage des joueurs, les entraîneurs, les agents et toutes sortes d’entremetteurs, parfois des journalistes.
Jérôme Latta
Alors ça arrive, ça arrive et la rumeur est très constante là dessus depuis. Depuis très très longtemps. Parce que c’est vrai que les journalistes peuvent avoir une influence sur la valeur d’un joueur. Il y a quelque chose et une pratique que je trouve très contestable en soi, mais c’est vrai que tout le monde se jette dessus quand ils ouvrent, quand ils ouvrent le journal, quand ils ouvrent l’Equipe. Mais c’est pas le seul journal à avoir cette pratique et on note les joueurs, donc on note les joueurs à chaque match, on note, on donne une note. Je ne sais pas comment on peut s’autoriser à noter 22 joueurs et plus avec les remplaçants sur un match qui est un événement extrêmement complexe, en ignorant les consignes des joueurs. Enfin, je passe là dessus, mais on a que les joueurs donc on peut. Les journalistes peuvent avoir peuvent contribuer à la valorisation d’un joueur. Quand on regarde sa note moyenne dans le, le long d’une compétition, les journalistes sont bien informés, peuvent aussi repérer des bons joueurs. Et puis ils ont des sources dans l’entourage, des joueurs, dans l’entourage, des clubs et beaucoup de leurs sources. Ce sont les agents eux-mêmes qui peuvent manipuler les informations quand il s’agit de lancer une rumeur de transfert qui permet d’attirer, d’attirer l’attention sur leur poulain. Bref, c’est un système assez. Globalement, le système des transferts. C’est un système assez pervers, avec beaucoup d’opacité et c’est vrai qu’il est très peu transparent parce qu’il est là aussi très peu régulé et très peu gouverné. Je donne un exemple : il y a quelques années, la FIFA a imposé une licence pour les avantages entre joueurs, avec des examens, avec des examens de probité, on va dire, des tests de probité, puis un examen juridique à passer. La FIFA a supprimé cet examen, ce qui a contribué à maintenir la jungle dans cette jungle des intermédiaires, ce qu’on appelle les intermédiaires. Ils ne sont pas tous agents et qui touchent souvent en cascade sur les A, sur les montants des transferts de manière extrêmement opaque et de manière dérégulée. Au point que plusieurs organismes, notamment européens, de lutte contre le blanchiment d’argent, la corruption, etc. Qui ont alerté. Et sans forcément enquêter de manière approfondie puisqu’il faut mettre des moyens tellement c’est complexe. Mais qui ont alerté sur le fait que ce système, le marché des transferts se prêtait directement, favorise directement les processus de blanchiment de corruption et qui devrait faire l’objet d’un contrôle et d’une transparence beaucoup plus, beaucoup plus stricte, beaucoup plus, beaucoup plus importante.
David Dufresne
Mais par exemple, ce que tu dis sur les sur les notations, sur les notes des joueurs, c’est arrivé dans le sport et aujourd’hui on nous somme de noter tout le monde, de noter le joueur, de noter le restaurant.
Jérôme Latta
De noter la propreté des toilettes ici ou là. Donc oui, c’est assez raccord. Basé sur l'évaluation de la performance individuelle, j’ai évoqué tout à l’heure la focalisation sur les performances individuelles. Et puis à sept ça s’exprime aussi dans ce mais bon. Alors c’est une sorte de rituel, la notation, la notation des joueurs. Il y a ce paradoxe que même moi qui trouve, qui trouve que c’est assez illégitime, je jette quand même un œil sur l’heure sur les notes des joueurs de tel ou tel joueur, ne serait ce que pour ne pas être d’accord puisque le football, c’est toujours un régime de polémique, c’est un support de discussion, de lien social, mais de discussion extraordinaire et donc de dispute quoi.
David Dufresne
Le point central, c’est grosso modo l'élitisme élevé en rang supérieur de tout, de vertu absolue. Donc qui dit élite, dit pognon pour payer les meilleurs joueurs, les plus beaux stades, etc. C’est ça le mal endémique du football, C’est cette quête vers l' élimination, dis tu à un moment donné.
Jérôme Latta
Oui. Alors pour comprendre cette logique là, il faut. Il faut souligner que je disais tout à l’heure que le football était très peu rentable, avait très peu de chance d'être, d'être rentable pour pouvoir penser pour ceux qui investissent dedans. Et surtout, il y a une contradiction fondamentale entre la logique sportive et la logique économique, surtout dans un sport aussi aléatoire que le football. Parce qu’au départ, le football, c’est précisément un sport avec une très forte incertitude où on dit que le petit peut toujours battre, le gros peut toujours réaliser un exploit. Et c’est vrai qu’avec cette marque très particulière du football, un match peut se décider, une victoire peut se décider ou une défaite sur un but, sur un seul fait de jeu qui peut être un peu accidentel. Et c’est vrai qu’une équipe archi dominée qui joue très mal pendant tout le match sur un coup de pied arrêté, sur un coup franc, un corner peut remporter un match. Et évidemment, cet aléa, il est complètement contradictoire avec la logique économique de l’investisseur qui veut sécuriser son investissement et qui veut avoir, comme on dit, de la visibilité sur ses investissements et qui veut savoir quelle rentabilité il peut, il peut obtenir. Donc le processus de libéralisation du football, il a consisté en une un programme de réduction de l’aléa sportif et de l’incertitude sportive. En corrélant c’est ce que je disais tout à l’heure, en corrélant de plus en plus, en cherchant à corréler et en y arrivant de plus en plus étroitement la puissance économique et les résultats sportifs, ce qui se traduit de manière très spectaculaire dans la Ligue des Champions. Je présente des petits graphiques dans un sur trois périodes différentes suivant périodes de l’année d’une dizaine d’années où on voit à quel point les tours finaux, à partir des quarts de finale des demi finales de la Ligue des Champions, ont été restreints, ont été réduits, leurs ont été squattées. Je vais écrire une fois un article disant que c'était un squat de riches a été squatté par les clubs les plus riches des quatre pays, essentiellement des quatre pays les plus riches et les plus riches plus la France, grâce au PSG.
David Dufresne
C'était graphique, c’est ça.
Jérôme Latta
Voilà, c’est ça.
David Dufresne
Je vais essayer de démontrer. Je ne sais pas si ça tiendra bien
Jérôme Latta
Ouais, les autres clubs n’appartenant pas aux quatre principaux.
David Dufresne
Entre 85 96 y sont 20 84 autres pays dans les places en demi -finales et en 2006, ils ne sont plus que six.
Jérôme Latta
Et tu peux tourner la page.
David Dufresne
Attention, je tourne la page et il y a le spectacle. C’est le spectacle de la mi temps, c’est le Super Bowl. Alors voilà la Place des demi finalistes 2016
Jérôme Latta
Donc c’est assez parlant. Il y a eu à la fois moins de pays représentés dans les tours finaux de la Ligue des champions et beaucoup moins de clubs. Donc ce qui illustre bien cette volonté et cette politique de réduction de l’aléa sportif, finalement, l’aléa sportif. Alors, on va m’objecter ah oui, mais les vainqueurs de la Ligue des champions, ça change presque chaque année. Mais oui, mais c’est aléa sportif. Il est établi que dans les tours finaux, dans l’entre soi de cette de cette petite caste qui, une fois que le filtrage a. Ont été effectués a bien été effectué avec les gueux. Les outsiders étaient exclus, se retrouvaient entre eux et là, la compétition est à nouveau ouverte et elle n’est plus, n’est plus faussée par des critères qui n’ont rien à voir avec le sportif.
David Dufresne
La doctrine de l'élitisme écrit, page 111, martelée sans opposition, a remporté une étonnante victoire idéologique et culturelle. On ne peut que marginalement l’expliquer par la connotation implicitement positive du terme élite dans le sport, selon l’idée que les sportifs de haut niveau constituent une élite, mais ceci exclusivement pour leur mérite sportif. Elle consiste en effet à récompenser les investissements comme s’ils étaient vertueux en soi, ne devaient plus comporter de part de risque et n'être pas gratifiés seulement par leur pertinence sportive, par leur traduction en résultats. En fait, c’est c’est ça la finalité de la financiarisation, c’est de dire regardez moi comme je suis bon. Ce n’est pas par hasard que je suis riche.
Jérôme Latta
Ouais. Alors il y avait un des discours qui avait été émis, notamment par Jean-Michel Aulas dans les années 2000 en France. Il faut récompenser ceux qui investissent. Et il y avait cette idée que la richesse créée par une compétition n'était pas une richesse créée collectivement, par les 20 clubs, les 20 clubs ou les 18 clubs d’un championnat. Mais que cette richesse, en réalité, n'était pas créée par la compétition, mais par l’intérêt supérieur suscité par les plus gros clubs, donc ceux qui militent pour une répartition plus et plus inégalitaire des ressources du championnat de France. Avec succès. C'était Lowell, mais qui avait une très bonne politique sportive, l’Olympique Lyonnais, mais aussi l’Olympique de Marseille et le PSG par la voix de leur président de l'époque, Christophe Bouchet. Leur père, qui, malgré des moyens considérables, menait des politiques sportives catastrophiques et donc n’avait pas, n’avait pas de bons résultats. Mais d’après ces présidents, il fallait quand même les récompenser d’investir. Alors il fallait récompenser leur mauvaise politique sportive. Donc c'était une manière d’illustrer. C’est l’objectif de découpler l’enrichissement, les gains économiques des résultats sportifs. Donc voilà, il y avait cette idée qu’il fallait récompenser l’investissement en soi et pas la qualité de l’investissement. Même si je sais, même si j'étais un bon capitaliste, il me semble que je dirais que même les investissements, ils doivent être récompensés s’ils sont pertinents. Si j’investis dans un secteur ou dans une entreprise, sur une start up dont le projet est complètement foireux, on en prend qu'à moi même, bien sûr, bien sûr, si je perd mon investissement. Mais il y avait cette idée que non, nous, on contribue à la valeur collective plus que les autres, ce qui justifierait qu’on capte l’essentiel de la richesse produite. Pourtant collectivement. Et ça, ça va de pair avec. Mais voilà, il n’y a pas que ce discours, enfin ce discours là, il a été tenu un moment, mais en fait il est intenable. C’est à dire que ce qu’il tenait au début des années 2000, ils ont arrêté notamment qu’il y avait une telle dynamique inégalitaire qu’elle était acceptée. Il y avait beaucoup de fatalisme, c'était accepté comme inéluctable, toujours sous le régime d’une alternative thatchérien et en même temps, surtout, ce qui est, ce qui a permis de vendre et d’imposer ce système là, c’est qu’on a développé un football, un football spectacle, un football très spectaculaire, un football hollywoodien, parce qu’effectivement ces clubs les plus riches, ils deviennent encore plus prestigieux qu’ils ont pu l'être à une époque. Il accumule les joueurs les plus spectaculaires, les plus beaux joueurs à avoir joué. Et voilà. Dans la compétition, ils finissent par s’affronter entre eux pour représenter des affiches extrêmement prestigieuses. Voilà comment un blockbuster hollywoodien.
David Dufresne
On sait qu'à partir de mars, il va y avoir des super super affiches.
Jérôme Latta
Et même globalement, dans la réorganisation des formules de compétition, il y a cette idée de vouloir ne faire s’affronter que les gros entre eux pour augmenter le prestige. Donc l’attractivité pour le public, pour les droits télé, avec l’idée d’augmenter toujours les mini télévisions.
David Dufresne
Alors Jérôme, v’là t’y pas que tu dis, tu dis la vérité, comme dirait Plenel, tu dis la vérité, ce n’est plus du jeu tant cela revient à entre guillemets, acheter, fermer les guillemets des résultats sportifs, une forme particulière de corruption terriblement banalisée Page 112. Pourquoi tu y crois encore ? Pourquoi tu t’intéresses encore à ça à ce moment-là ? Pourquoi alors que intuitivement ou scientifiquement, ou j’sais pas comment on pourrait dire ou sociologiquement, on peut le démontrer, tout le monde le sait. Grosso modo, c’est ça, il y a une forme de corruption généralisée. Pourquoi ça marche encore ?
Jérôme Latta
Mais ça marche encore pour la raison que je viens d'évoquer, c’est que le spectacle est extraordinaire en soi. Le football, c’est génial. Et malgré cette corruption, malgré cette distorsion de la concurrence. Sportive et malgré le fait que les principes élémentaires des compétitions et de l’esprit du sport soient bafoués, le spectacle reste fascinant. Il est même peut être plus fascinant qu’auparavant. C’est justement dans cette translation entre le football comme compétition et le football comme spectacle où on réduit la part de la compétition, de l’incertitude et l’ouverture des compétitions à une grande assiette de clubs qui peuvent prétendre aux titres nationaux, au titre, aux titres sportifs. Il y a un développement la. L’attractivité. C’est terrible à vivre et on vit quand on est si si, on est un amateur, un passionné de football, un peu politisé, un peu conscient de ce qui se passe. On est constamment déchiré et on subit des dilemmes qui nous permettent de mesurer le degré de notre aliénation. Est ce que là, c’est vraiment de l’aliénation à ces évolutions ? Et conscients ? Elle cautionne cette idée du football comme un nouvel opium du peuple qui sinon abrutit les masses, du moins les divertit et les empêche probablement de penser à autre chose et même les empêche ou les dissuade de militer pour un, pour un football plus équitable. Il y a cette part d’aliénation qui explique pourquoi on continue à regarder. Ça a été illustré de manière très criante, voire très cruelle, par la Coupe du monde 2022 au Qatar, où on s’est trouvé dépourvu de moyens de protestation. Il y a des appels au boycott, mais le boycott était une forme inadaptée. Qui n'était pas pertinente pour se mobiliser. Mais on s’est aperçu qu’il y avait pas beaucoup d’eau. Donc pour la plupart, on a regardé avec mauvaise conscience, avec un plaisir certainement terni à des degrés divers selon selon les personnes. On a regardé cette coupe du monde malgré tout, pour lui, c’est bien la preuve qu’on est aliéné et qu’avec.
David Dufresne
Une finale démente.
Jérôme Latta
Oui, avec une finale démente et encore plus. Le piège, c’est que l'équipe de France a fait un bon parcours, donc on a été utilisé. On a été doté d’autant plus. D’autant plus piégés, piégés. Si tu me demandais pourquoi j’y crois encore ? Mais c’est parce que je pense qu’un autre football reste possible. Et alors ?
David Dufresne
Tu vois, tu veux qu’on arrête l'émission ? C Parce que ça c’est la fin du bouquin, parce que moi j’ai des souvenirs, j’ai des petites choses quand même. Entre temps, si tu veux bien, cuisse football, tu réponds pas, on va voir si le chat te répond. Qui ? Qui a prononcé cette phrase le 17 novembre 2022 ? Politiser le sport, c’est une très mauvaise idée. En même temps.
Jérôme Latta
C’est facile à poser en même temps
David Dufresne
Alors je vais aller faire des cafés et ça va nous permettre. Toi tu vas pouvoir discuter vite ! Ce n’est pas grave, je vais t'écouter, Il y a plein de gens qui écoutent. Sur ce chapitre absolument passionnant intitulé Démission des pouvoirs publics. Car en réalité, toute cette dérégulation qui est en même temps une une autre forme de régulation, c’est quand même ça le tour de passe passe. Elle peut s’opérer parce que, dis tu, il y a une diminution des pouvoirs publics. Il y a cette idée que les pouvoirs publics lâchent l’affaire. Là, tu n’es pas très tendre avec le ministère des Sports. Et effectivement, il y a Macron qui nous dit cette phrase "Politiser le sport, c’est une très mauvaise idée. On ne va pas faire une demi heure sur Macron. Enfin bon, c’est vrai qu’il y a des images assez terrifiantes. Associé d’une certaine manière. Mais sur la question de la diminution des pouvoirs publics comme là aussi allégorie de notre monde moderne.
Jérôme Latta
Oui, bien, cette phrase d’Emmanuel Macron, elle est assez, elle est assez exemplaire, elle est assez typique. Et ce qui est frappant, c’est qu’elle rejoint le discours d’un autre président qui est celui du président de la FIFA, le désormais très renommé Gianni Infantino, qui exprime point, qui résume, qui incarne très bien le cynisme absolu du football contemporain. En fait, il y a toujours eu l’idée qu’il fallait sanctuariser les stades et le sport, les compétitions sportives et les protéger, préserver leur leur pureté entre, entre guillemets, des instrumentalisations politiques. Mais historiquement, ce discours a toujours été biaisé de toute façon, parce qu' on a toujours constaté que les grands événements sportifs en particulier, étaient allègrement instrumentalisés par les pires régimes. On peut évoquer bien sûr les J.O. De 1936 à Berlin, bien sûr, la Coupe du monde, les Coupes du monde 34 et 38 qui ont été allègrement instrumentalisées, récupérées à son profit par Mussolini. On parlait tout à l’heure de la Coupe du monde 78. Dans les pays du bloc soviétique, il y avait une volonté d’utiliser le sport comme une expression de la puissance et de la supériorité de ces régimes-là sur l’Occident, qui répliquaient notamment les États-Unis par des politiques sportives extrêmement, extrêmement ambitieuses. Et cette idée de sanctuariser et de protéger. Les stades et les enceintes sportives des ingérences politiques. Elle est devenue de plus en plus hypocrite parce que dans les années récentes, même si c’est une instrumentalisation politique, elle a donc. LaVar Donc c’est cette idée, cette hypocrisie de l’apolitisme, du sport. Elle est devenue. Elle est devenue de plus en plus difficile à soutenir. Parce qu’aujourd’hui, depuis dix ans, quinze ans, 20 ans, on assiste à des formes modèles modernes d’instrumentalisation du sport au travers du soft power, de la géopolitique par le sport ou de sport power. On peut appeler ça beaucoup de géopolitologues qui s’intéressent à cette dimension là. Et ça a été particulièrement illustré par la politique du Qatar qui s’est emparée du football comme un levier de promotion de son pays, de la notoriété de son pays et des capacités économiques et de l’intérêt touristique de son pays, etc. Donc cette politique, elle a été très, très large, elle a consisté à racheter un club comme Comme pas. Et Saint Germain a acheté des droits sportifs au travers du groupe Al-Jazira et de sa filiale Bein Sports. Elle a consisté à investir en tant que sponsor. Elle a consisté à organiser les grands événements sportifs avec comme point d’orgue la Coupe du monde 2022. Et enfin, elle a consisté à faire son entrée, à occuper des postes de responsabilité dans les organisations, dans les dans les instances sportives et encore, tout ça dans le but d’exercer un poids politique, une influence politique extrêmement considérable sur sur les sur des instances sportives. Donc le message du sport doit rester apolitique. Il ne faut pas politiser le sport, c' est une idée unilatérale ou il est hémiplégique. C’est pas parce que ça marche que dans un sens il faut continuer à instrumentaliser le sport à des fins notamment géopolitiques ou à des fins personnelles. On voit à quel point Macron utilise le football, en particulier dès sa campagne 2017 où il s’affichait et se donnait un côté un peu populaire en s’affichant comme supporters de l’OM. On l’a vu au centre d’entraînement de l’O.M. On l’a vu à maintes reprises à Clairefontaine. On l’a vu récemment à Marcoussis, au centre d’entraînement de l'équipe de France de rugby. On a vu à quel point il avait attaqué la finale de la Coupe du monde 2018, avec notamment cette célèbre photo de la FP où il tend le free lance le poing dans la tribune, sur un, sur un, sur un des buts. Il était omniprésent dans les vestiaires, omniprésent.
David Dufresne
Non mais alors, mais, mais, mais Est ce qu’on peut reconnaître que ce geste là est en fait un geste de supporters ou tu penses que non, c’est totalement ça.
Jérôme Latta
La spontanéité, la spontanéité chez Emmanuel Macron ? J’en doute énormément, mais c’est un avis personnel. C’est pas fait, documenté par une recherche psychiatrique sur sa personnalité, même si je pense qu' elle serait, elle serait assez utile. Et puis il y avait eu enfin l'épisode de la descente des Champs Elysées, du club du quart des joueurs qui devaient être salués par les supporters le long des Champs Elysées qui a été faite à grande vitesse pour que les joueurs arrivent à l’Elysée au moment du 20h des journaux télévisés. Donc voilà, il y a une volonté de sa part de s’afficher, d’instrumentaliser à ses fins personnelles. Là, c’est pas, c’est pas géopolitique, tout à fait, le sport et le football. Et en même temps il émet l’interdiction de politiser le football d’autre manière. La politisation à laquelle il faisait allusion, c'était celle de la Coupe du monde 2022 avec les mobilisations pour les droits des LGBT, pour les droits des femmes et pour les droits des travailleurs, dont on sait à quel point ils ont été maltraités par le Qatar sur les grands chantiers, notamment ceux de ceux de la compétition. Donc on voit bien la nature de cet homme, de cette interdiction de politiser le sport. Et je disais cette hypocrisie, elle n’est plus tenable. D’une part à cause de la poursuite de l’instrumentalisation du sport à des fins géopolitiques, politiques, et d’autre part, parce qu’on observe depuis quelques années une sorte de retour de balancier qui fait que les sportifs eux mêmes sont de plus en plus politisés et que le sport devient de plus en plus un objet, un objet, un objet politique. On voit plusieurs footballeurs de l'équipe de France s’exprimer contre les violences policières, ce qui était inimaginable, inimaginable. Certains sportifs footballeurs se mobilisent contre l’homophobie. Il y a des clubs de foot qui se militent, qui militent pour l’accueil des migrants, etc. Donc il m’a dit qu’il avait le FC Sampaoli par exemple, ou qu’il y a un club de deuxième division allemande, mais qui a une tradition militante.
David Dufresne
Très peu de résultat.
Jérôme Latta
Oui, on va plutôt dire modestement que le Red Star est un peu le pardon allemand. Voilà. Et donc il y a un mouvement de repolitisation du sport, mais par la base, on a vu à quel point Black Lives Matter avait fait irruption sur les pelouses, notamment lors de lors de l’Euro 2020 disputé en 2021 avec beaucoup de joueurs, notamment britanniques, anglais, qui mettaient un genou à terre avant l’heure, avant le coup d’envoi, avant le coup d’envoi. Évidemment, ça, ça perturbe les pouvoirs sportifs parce que eux mêmes ne peuvent plus défendre les valeurs du sport, de tolérance, d’inclusion, qu’il invoque en permanence, sans ouvrir la porte à ces mobilisations et à ces expressions là et expressions et mobilisations qui les mettent en même temps dans l’embarras. Et on avait vu lors de l’Euro 2020, quand l’Allemagne, enfin le stade de Munich, avait été illuminée aux couleurs de l’arc en ciel LGBT pour comme une sorte de réponse aux lois homophobes qui venaient d'être adoptées en Hongrie. Parce que cet Euro était organisé dans plusieurs pays, en partie des matchs à Budapest et des matchs à Munich. J’ai dit j’ai dit Munich tout à l’heure, j’espère que j’ai pas dit Berlin.
David Dufresne
Non, non.
Jérôme Latta
Oui et voilà, c’est une sorte de réplique. Donc on voyait comment différents pays, les diplomaties des différents pays s’envoyaient des messages.
David Dufresne
Au travers du sport et comment. Ce n’est pas abordé dans livre, mais je profite de ta présence et de ta sagacité. Comment le business s’accommode de cette irruption du politique ?
Jérôme Latta
Avec quelques ambiguïtés. Mais on voit que justement, dans ce mouvement, que ce mouvement de repolitisation du sport et les sponsors y participent de différentes manières. C’est à dire que si c’est un club ou si un organisateur de compétitions à des comportements problématiques, qui tolère, je ne sais pas le racisme ou cadet qui se met en tort sur un sur un de ces sujets là, de plus en plus de sponsors vont se désolidariser. On avait vu lors de la Coupe du monde 2022, il y a plusieurs sponsors, même s’ils étaient des sponsors officiels ou s’ils ont pour habitude d’utiliser les fins de communication autour des événements sportifs. Ils ont choisi de ne pas activer leur campagne de promotion, de marketing, etc pour pas être associés à cette Coupe du monde en dépit de l’exposition gigantesque. Donc les sponsors, il faut se méfier, il y a toujours un utilitarisme dans leur démarche. Il y a des finalités, mais c’est quand même intéressant de voir qu’ils ont plutôt tendance à faire pression sur les pouvoirs sportifs pour évoluer dans un sens positif. Et là aussi, on peut se demander, on peut interroger leur sincérité. Mais il y a beaucoup de campagnes en faveur de la tolérance, contre l’homophobie,de la part des grands équipementiers sportifs ou des marques associées, des grandes marques associées aux sports traditionnellement qui communiquent dans ce sens là ?
David Dufresne
Est ce que tu penses que les joueurs ou les conseillers politiques. Ils ont des conseillers qui sont très riches, je veux dire qu’ils ont une armée.
Jérôme Latta
Ils sont presque au moins dans les premières divisions et ils subissent ceux qui suivent des formations aux médias training par exemple, parce que la communication est très très surveillée.
David Dufresne
Mais quand même, la pression doit être forte, t’as d’un côté le président de la République qui t’appelle et qui fait savoir qu’il t’a appelé et puis tout d’un coup et qui fait un tweet. Enfin je sais, ça doit être invivable.
Jérôme Latta
Bien, c’est aussi un choix qu’il a fait, c’est à dire Va lui, il y en a d’autres, il y a des footballeurs comme Antoine Griezmann, Jules et d’autres qui prennent régulièrement position sur des sur des sujets, y compris des sujets très sensibles. J’ai un vocabulaire très sensible politiquement. Mais sur une émission qui les expose à des retours négatifs de la part de l’opinion. Donc ils s’expriment de plus en plus souvent de leur propre responsabilité. Je pense que c’est pas eux, c’est pas c’est uniquement des conseillers en communication qui leur disent : prends position là où là ou dit ça, ce sera bien pour ton image. Je pense que ça procède d’une démarche sincère de leur part et d’une conscience qu’ils ont un rôle à jouer, qui sont des gens qui sont des citoyens à la fois comme les autres et pas comme les autres, parce que leur voix porte.
David Dufresne
Florent Calvez l’auteur de cette bande dessinée qui est déjà venu au poste, nous dirait Les gars, vous vous amusez un peu au politique ? Pour intériorisation, il est surtout question de com, d’image, de trucs vaguement consensuels. Je ne sais pas si il fait allusion Florent, aux joueurs ou aux équipementiers dont tu parlais tout à l’heure. Si ces équipementiers équipementiers ont. On est d’accord, c’est consensuel, mais il y a effectivement des footballeurs. C’est assez surprenant parce qu’on n'était absolument pas habitué à ça.
Jérôme Latta
Oui, oui, c’est ça. Et c’est surtout d’aller sur des sujets sensibles et des points de crispation de la société française ou de polarisation, particulièrement le cas des cas des violences policières ou de la pauvreté endémique, ce genre de sujet. Donc c’est intéressant. C’est très délicat pour les joueurs parce qu’après vont être sommés de réagir à tout. On a vu à quel point Gérald Darmanin et d’autres membres de la majorité ou de l’opposition de droite et d’extrême droite avaient une nouvelle fois instrumentalisé Karim Benzema au moment de prendre position. Et Gérald Darmanin en jugeant qu’une non expression sur un sujet, en l’occurrence le conflit israélo palestinien, constituait un soutien quasiment au Hamas. Mais. On voit à quel genre de procès ça les expose et c’est effectivement très délicat. Il faut avoir les épaules entre guillemets pour s’investir là-dedans parce que c’est plus facile à dire.
David Dufresne
C'était plus que ça, il est accusé d'être le complice des Frères musulmans.
Jérôme Latta
Là oui, ça non. Mais Benzema, c’est no limits.
David Dufresne
C’est no limits.
Jérôme Latta
Mais j’ai été accusé de beaucoup plus que ce qu’il avait commis, même s’il a quelques torts.
David Dufresne
Mais est ce que tu crois que si c’est justement une sommation à faite aux joueurs, disons venez pas sur le terrain politique ?
Jérôme Latta
Ah oui, oui, clairement, ça veut dire. C’est une politique de dissuasion et c’est vrai que c’est délicat à partir du moment où on prend position en tant que citoyen sur des sujets politiques sensibles, on va être ciblés, on va être rapidement ciblés, ciblés et il va y avoir des injonctions à réagir par réagir, des surinterprétation, des commentaires. On va aller, on va l' attendre au tournant parce que finalement on leur veut, on leur en veut de prendre position là dessus, notamment au nom d’un manque de légitimité qu’on prête aux footballeurs parce qu’ils ont. C’est des transfuges de classe, ils sont très riches, beaucoup. Certains, ceux qui s’expriment souvent, sont, sont, sont riches, mais ils ne sont pas passés par les filières de la méritocratie normale. Ils n’ont pas fait des études brillantes, ils n’ont pas pris l’ascenseur, ils n’ont pas pris l’ascenseur. Le soi-disant ascenseur social légitime et ils exercent un métier qui n' est pas considéré non plus comme les légitimant à prendre, à exprimer une parole publique. Donc on va, on va d’autant plus les attendre au tournant et effectivement les dissuader. D’exercer un rôle, un rôle de citoyen influent.
David Dufresne
Alors, dans les compartiments de jeu, il y a aussi le non-jeu ou le jeu médiatique. Tu es assez assez sévère on va dire. Envers le envers les médias notamment. Tu parles de l'équipe, mais encore une fois, si c’est pas ce c’est pas un procès. AD hominem que tu fais, c’est un système que tu as décortiqué. Je parle surtout des médias sportifs.
Jérôme Latta
Oui, mais pas dans les médias sportifs qui ont tout à fait accepté. Oui, oui, vas-y, vas sur la touche, prends un peu d’eau pendant que je place le ballon Ils ont tout à fait accepté cette évolution du football. Tu rappelles qu’il y a eu finalement assez peu de paroles critiques sur ces phénomènes dont on parle depuis ce matin et aujourd’hui. Je te trouve sévère, mais je serai encore très gentil. C’est à dire que tu n’es pas allé jusqu'à parler des talk show de radio j’essaie de ne pas aggraver, de ne pas aggraver mon cas on va dire, ou en tout cas de laisser une chance au discours que je tiens et surtout aux débats que j’appelle mes vœux de se développer dans les médias, dans les médias spécialisés. Mais là, on est obligé de constater que dans ce mouvement de démission globale, on parlait des pouvoirs publics tout à l’heure. Les médias sportifs aussi sont restés d’une passivité assez assez confondante, notamment parce que ces évolutions là, elles sont en contradiction criante avec les valeurs théoriques du sport que tout le monde invoque et les médias sportifs, les pros, la Glorieuse incertitude. Laborieuse incertitude du sport, notamment le fait que les dés ne soient pas pipés pour des raisons à long terme. Qu’on ne gagne pas un trophée parce que parce qu’on est plus riche que ça, on est beaucoup plus riche que les autres. Alors il y a plein d’explications un peu historiques, culturelles ou sociologiques. La presse sportive est née pour célébrer le sport, pour créer des combats. Elle a créé beaucoup de compétitions elle-même pour alimenter ses contenus, pour en faire le Tour de France, le Tour de France par exemple, et les coupes d’Europe inventées par des journalistes. Le Français d’ailleurs.
David Dufresne
Le Ballon d’Or, c'était France Football Renouveau.
Jérôme Latta
Et donc on est là pour célébrer les compétitions, l’exploit sportif, le sportif lui-même, son espèce d’héroïsme. Et on est là pour glorifier. Donc c’est difficile d’avoir un peu de recul. On est aussi dans un milieu plutôt conservateur historiquement, dans les médias sportifs, c’est probablement un des secteurs, peut être avec la presse financière qui est le plus marqué à droite, là où il y a moins, où il y a le moins de gauchistes on va dire. Et puis on est dans un flux permanent d’actualité qui qui, qui compromet la prise de recul, quoi, Ça, ça rend plus, plus difficile. Mais cela étant, toutes les excuses sociologiques invoquées, ça reste quand même très problématique, ce silence. Parce que toutes ces évolutions que je décris de manière un peu méthodique dans mon bouquin, elles sont connues de tous. Il n’y a pas de révélations.
David Dufresne
Pour le coup. Alors là là là, tu viens de mettre un but contre ton camp, t’avais super bien joué.
Jérôme Latta
Et j’ai entendu ça sur une célèbre émission sportive. La seule qui m’ait invité pour l’heure, c’est.
David Dufresne
On le sait déjà.
Jérôme Latta
Oui, mais le problème c’est qu’on sait exactement, mais on en tire pas les leçons et on ne nomme pas, on ne décrit pas, on analyse pas et on n’a pas de raison. On a encore moins le discours critique sur cette révolution qui n’est pas nommée et qui s’est quand même produite. Et effectivement, on constate que ça y est, structurellement, il y a un embarras des médias sportifs parce que s' ils commencent à aller sur. Ce terrain là et à dire ben oui, les dés sont pipés. Manchester City, cette équipe magnifique dont tout le monde a loué la qualité de jeu et qui a remporté la Ligue des Champions l’an dernier. Ben oui, elle a construit sa puissance sportive sur un fonds souverain émirati qui a enfreint plus de 115 règles financières de la première ligue. Au point que la première ligue, qui n’est pourtant pas intéressée, poursuit le club pour ça. On sait bien que Manchester City a contourné, détourné et contesté le fair- play financier de l’UEFA et a négocié en catimini avec l’UEFA ou à porter devant les tribunaux les sanctions pour réduire ses sanctions. Ben si on met ça, comment est-ce qu’on ferme une page ? Magnifique victoire en demi- finale de Manchester City et le jeu fantastique de l’entraîneur Pep Guardiola. Et de l’autre côté. Ah ben oui, mais c’est cette cette victoire. Elle ne doit pas qu’aux talents des footballeurs et de l’entraîneur. Mais les pages en vis à vis, c’est compliqué. Ça revient à dénigrer le produit parce que les médias sportifs restent dans une position ambiguë, ambivalente, voire intenable de voir toujours vendre ce produit là, de vendre continue à vent de l’exploit sportif et à exalter ces compétitions qui, de toute façon profitent de la croissance du football. Elle a profité aux médias sportifs, elle a profité économie, elle a contribué à leur développement ou à leur maintien ou maintien de leur activité économique, mais aussi symboliquement puisque le sport étant occupant une place de plus en plus élevée dans la hiérarchie de l’information dans l’espace public, une place de plus en un de plus en plus importante dans l’espace public, ça profite aussi symboliquement aux médias sportifs, aux journalistes sportifs. Donc il y a une sorte d’embarras très profond et on est là. On comprend dans quelle mesure ces médias sportifs sont obligés de laisser ces aspects là sous le tapis et de ne s’exprimer contre eux que sporadiquement. C’est presque un gag. On voit de temps en temps, quand il y a un événement, la Super League, typiquement avec le lancement de la Super League privée en avril 2021. Tout à coup, on a des éditos indignés qui fustigent les dérives du football. Alors que ces dérives du football, ben elles se sont produites sous le nez de tout le monde à vraiment, littéralement sous le nez tout le monde pendant 25 ans et 30 ans et qu’elles n’ont pas été mises en perspective et analysées comme comme des dérives.
David Dufresne
Hormis les clés du foot, hormis. Alors je ne les lis plus depuis un certain temps. Mais So foot, y a pas de contre pouvoir. Par exemple dans les journaux comme Libération, Le Monde, ça reste, ça accompagne le phénomène où il y a un peu de.
Jérôme Latta
Non, il y a, il y a des, il y a et ça semble assez logique. Il y a une volonté d’analyse, de prise de recul, de mise en perspective qui est plus importante dans la presse généraliste. Mais même si la presse généraliste en même temps couvre l’actualité des compétitions, elle contribue à l’exposition parfois excessive du sport. Mais le sport est un phénomène social massif aujourd’hui. Donc il y a une logique. Mais le problème, c’est que les médias sportifs sont trop mauvais, Les médias généralistes sont trop en marge. Ils ne sont pas centraux pour les sportifs et c’est auprès des publics sportifs qu’il faudrait développer ces prises de conscience et développer un débat plus, plus contradictoire, plus polémique, plus critique sur les évolutions du football. Ce qui fait qu’il y a des médias indépendants. Il y a effectivement eu les Cahiers du football, il y a eu depuis une vingtaine d’années 25 ans et une myriade avec des durées de vie plus ou moins longues, mais de sites indépendants. Aujourd’hui encore, il y a toujours des sites indépendants, des podcasts, etc. D’autres sur tous, tous types de canaux. Il y a les médias indépendants qui eux vont sur les réseaux sociaux, qui vont porter ce discours plus critique. Mais on voit à quel point ça a du mal à infuser dans les médias, dans les médias spécialisés.
David Dufresne
Pas à pas du virage sud, nous dit d’ailleurs les médias sportifs ont ils peur du livre, des invitations sur les plateaux pour en parler ?
Jérôme Latta
C’est délicat parce que je veux surtout pas me mettre dans la position du gars qui se plaint qu’il n’y a pas assez de promo pour son livre ou qu’on ne fait pas assez attention à lui. C’est ce genre de posture qui énerve, non, non, mais qui ne rapporte rien et qui vous revient au visage. Non, non, il y a un régime très chouette couverture médiatique du bouquin. Franchement, c’est super, J’en suis très heureux et c’est un moment gratifiant pour faire toujours plaisir. Mais c’est vrai que j’ai été invité à l' after de RMC qui a une émission pleine de paradoxes mais qui a toujours laissé de la place aux médias, aux journalistes indépendants et qui a toujours alimenté des débats qui n'étaient pas ailleurs. Voilà donc comment.
David Dufresne
En les spectaculaires, en les spectacularisation à outrance.
Jérôme Latta
Oui, un peu revenir dans ce régime de polémique dans la relation le talk show sportif qui a d’ailleurs influencé notre choix politique pour toucher, pour le plus, pour notre plus grand malheur, pour le plus grand malheur de. La vie politique française donc. Mais en dehors de ça, c’est vrai. Et les quelques entretiens des articles dans les petits médias indépendants que j'évoquais, mais en dehors, en dehors de ça, c’est vrai qu’il y a pour le moment aucun retour des médias, des médias sportifs, mais j’ai aucune déception vis à vis de ça.
David Dufresne
A la rigueur. ça s’en vient. Ça confirme ce que j’avais pronostiqué. Peut être que pour Noël, dans les idées cadeaux, tu te seras le 22ᵉ livre sur le français.
Jérôme Latta
Mais si jamais vous tenez acte, je répondrais bien volontiers J’ai envie d’avoir raison jusqu’au bout, jusqu'à l’absurde.
David Dufresne
Allo demande si la place des supporters, socios ou autres, leur prises de position et ou corruption ou pas interrogations sont évoquées. Je l’ai pas dit mais effectivement tu donnes des exemples des socios en Espagne notamment,ceux qui supportent
Jérôme Latta
Actionnaires et les propriétaires qui sont actionnaires. Mais là je laisse, ils sont sociétaires
David Dufresne
Je laisse les lectrices et lecteurs y arriver. Il y a la question que tu abordes vers la fin du bouquin que tu avais annoncé dès le départ, qui est la question des stades comme le laboratoire de la répression, on le sait et singulièrement là, avec les Jeux olympiques qui arrivent. Mais le football a vraiment servi de ça. Ce que ton livre, je trouve, apporte, c’est que c’est au nom du business en réalité, que cette répression s’est faite. Autant tu vois sur la question policière comment la police a infiltré les supporters, a régenté, ça je le savais. Mais ce que j’ai appris, c’est en fait pour le business.
Jérôme Latta
Je ne vais pas me citer,
David Dufresne
Faut bien que je vérifie page 156
Jérôme Latta
C’est Ludovic Lesterlin qui est un sociologue qui a récemment publié d’ailleurs une sociologie des supporters qui est passionnante. Donc il y a un excellent spécialiste et qui relève que de nombreux travaux ont pointé depuis les années 90-1 processus de renforcement mutuel entre commerce et sécurité, les sociologues anglo-saxons parlant même de marchandisation sécurisée, c’est intéressant. En somme, les enjeux économiques de plus en plus forts nécessitent un environnement sûr et conduisent à durcir le contrôle et la répression. Donc, pour le sociologue, la période contemporaine se caractérise par l’alliance d’un fort contrôle de l’espace du stade et d’une marchandisation exacerbée. Mais voilà, je trouve que c’est on ne pouvait pas mieux résumé et d’ailleurs c’est pour ça que j’ai mis cette citation dans le livre. C’est à dire que oui, le stade a toujours été un espace clos, un espace un peu exceptionnel. Il y a un autre sociologue qui s’appelle Norbert Elias, qui est là, qui a beaucoup étudié tout ce qu’il y avait de particulier, d’extra territorial dans un stade où on pouvait défouler des émotions dont l’expression n'était plus permise dans une zone, dans une société soumise au processus de civilisation et de, comment dire, de domestication des mœurs. Donc ça a toujours été un lieu d’exception. Mais c’est vrai que depuis le début de l'ère libérale, on a vu à quel point c'était aussi une sorte de zone de non-droit où la liberté d’expression notamment était restreinte. Et on peut noter qu’au début des années 2000, la loi Alliot-Marie, qui date de 93, a été utilisée par certains clubs pour interdire des banderoles qui étaient critiquées pour les dirigeants des clubs, alors que ce n'était pas du tout ce que prévoyait ce que prévoyait cette loi là. Et de toute manière, il y a toujours, il y a toujours de la part des organisateurs la censure d’expression politique. Alors, qu’est ce qui est politique et qu’est ce qui ne l’est pas ? Il y a tout un, il y a toute une ambiguïté et il y a pas mal de choses qui s’engouffrent là-dedans. Donc effectivement, ces stades, ces espèces de lieux clos dont on ne sait plus si c’est des lieux privés ou des lieux publics, mais qui sont largement privatisés, qui sont marchandisé, ça devient des machines à cash comme je disais tout à l’heure, le but c’est de faire dépenser au maximum les spectateurs qui viennent dans les stades et c’est aussi des lieux ultra surveillés. Et moi, je me rappelle même que dès les années 90, au Parc des Princes, il y avait des systèmes de vidéosurveillance extrêmement perfectionnés avec des caméras HD qui pouvaient zoomer je ne sais plus combien de fois pour pouvoir cibler une personne. Et on se demandait d’ailleurs pourquoi les forces de l’ordre n’interviennent jamais alors qu’il identifie très bien les fauteurs de trouble. Bref, donc voilà. Et ça c’est vrai que c’est au double processus de sécurisation marchandisation. On l’observe de manière vraiment exemplaire dans les stades. On l’a vu récemment. Récemment, il y a le stade de Metz par exemple c’est une enquête de notre confrère Clément Le Foll qui avait révélé qu' il avait servi de tests illégaux à la reconnaissance faciale. Parce que c’est ça le sport en fait, les manifestations sportives qui drainent énormément de spectateurs. C’est à la fois un super terrain d’expérimentation pour ces technologies là et un futur marché pour ces technologies là. Donc on voit les J.O. De 2024, les dispositions législatives récentes à autoriser la surveillance algorithmique dans le cadre des JO 2024. Donc, ça sert à la fois de test et très généralement, on voit bien que ces dispositions prises soi disant expérimentales ou soi disant exceptionnelles, soi disant réservées à des événements sportifs, sont étendues dans l’ensemble de la société et notamment tournés vers les mouvements sociaux, les syndicats, les partis politiques, les contre contre.
David Dufresne
Voilà, tu confonds les mobilisations sociales et ça, ça vaut pour la technologie, mais aussi pour les dispositions législatives exceptionnelles. Tu rappelles les interdictions de stade administratives deviendront des interdiction de manifester.
Jérôme Latta
Ça avait été évoqué en 2019, mais ça avait été retoqué par le Conseil d'État ou le Conseil constitutionnel. Mais récemment encore, des députés de la majorité Renaissance prônent. Voilà, c’est l’interdiction administrative de manifester et en invoquant l’interdiction administrative de stade qui était une qui serait une chose merveilleuse, alors une interdiction administrative de stade. Elle a été adoptée en 2006. C’est intéressant dans un cavalier législatif, dans le cadre d’une loi contre le terrorisme, ce qui est ce qui est assez significatif, et ça devait être un dispositif absolument exceptionnel, justifié par des menaces graves à l’ordre public, mais qui a été utilisé de manière exponentielle et de manière complètement abusive pour interdire. Par exemple, il y avait en 2010 250 supporters du Paris-Saint-Germain qui protestent contre le plan Leproux, qui visait à nettoyer les tribunes. Il y avait des choses très graves, et notamment la mort d’un supporter dans une rixe, mais qui préparait en réalité le rachat du club par les Qataris. Donc, pour protester pacifiquement, ils avaient fait un sitting aux abords du stade et il y avait eu près de 250 supporters pour un sitting pacifique qui avait été interdit administrativement de stade. C’est de la justice, c’est de la police préventive on va dire. C’est de la justice sans justice. C’est à dire que c’est des décisions qui sont prises sur la prise, sur la foi de notes de police, de renseignements policiers, sans aucune intervention d’un juge. Et quand les interdictions administratives de stade sont contestées devant les tribunaux, dans les trois quarts des cas, elles sont. Elles sont invalidées par des tribunaux administratifs, mais beaucoup trop tard. On peut ajouter plus récemment les interdictions administratives, les interdictions de déplacement des supporters qui sont prises par des arrêtés préfectoraux qui peuvent en tout confort invoquer des motifs complètement fantaisistes des foires à la saucisse, le festival du cerf volant ou des rivalités imaginaires ou des incidents qui se sont produits il y a quinze ans pour empêcher le déplacement des supporters, ce qui est total, ce qui serait totalement impensable en Allemagne ou en Angleterre, où chaque weekend, des dizaines de milliers de supporters se déplacent parce que les autorités estiment que les supporters ne sont pas des sous citoyens et qu’ils ont droit à se déplacer et à être accompagnés pacifiquement par des. Par des forces de l’ordre qui les accueillent poliment, qui dialoguent avec eux et qui ne leur mettent pas des coups de main au premier problème qui se présente.
David Dufresne
Alors on va bientôt rentrer dans la phase des prolongations, des questions du chat.. Est ce que cette surexploitation capitaliste du football ne va pas finir par lasser le public pour ce sport ? Et ça amène justement la fin du bouquin où tu crois, toi, en un autre monde, un autre un autre football serait qui serait possible. Tu y crois encore ? Tu m’as bien fait rigoler.
Jérôme Latta
Eh bien oui, il faut toujours y croire. C’est vrai. Quand je suis arrivé à quasiment la fin de l'écriture du bouquin, et donc au moment de devoir écrire une conclusion, je veux récapituler tout ça. Ça m’avait rendu extrêmement triste et pessimiste et j’ai écrit une première version de la conclusion et je me suis dit non, ça ne va pas, il faut rester militant. Et si on est militant, on ne doit jamais céder au fatalisme qui est notre premier ennemi et on doit nourrir l’espoir. L’espoir est politique, a dit Ken Loach. Neuf sur dix Ken Loach sur la couverture du numéro de Politis cette semaine, J’en profite parce que je. Donc je fais un petit peu un autre placement de produit plus compatible, plus compatible. Et du coup, je ne sais plus du tout ce que je voulais dire d’autre.
David Dufresne
Un autre fait devant les possibles pessimistes mais est ce qu’on peut réécrire ?
David Dufresne
Je reviens sur la question de Marc. Est ce que ce n’est pas le football lui-même qui à un moment donné, pouvait essayer sa branche. Qui pourrait se dire qui va céder sa branche ou qui pourrait se dire un peu comme les Américains il faut qu’on remette un peu, qu’on rééquilibre un peu les choses pour pour se préserver. On va polluer mais un peu moins.
Jérôme Latta
Oui, alors là il y a deux choses. Scier la branche. Oui, ça c’est le problème. Quand c’est la cupidité qui gouverne cette espèce de quête de croissance infinie, on détruit la planète, on peut, on pourra peut être détruire le foot. Le football se détruira peut-être à force de poursuivre cette croissance. On évoquait au début de l’entretien le fait que le football était de plus en plus payant et de plus en plus dispersé sur des canaux payants, que c'était de plus en plus difficile de suivre les compétitions. Donc, à terme, ça peut nuire à la popularité du foot. En même temps, on n’en est pas là. Je dirais presque malheureusement, parce que le football poursuit sa croissance et tourne le dos à ses publics traditionnels et tourne le dos au public historique des stades. Ça le dérange pas vraiment puisqu’il s’adresse à une fan base, à une masse de consommateurs, de consommateurs qui se comptent en centaines de millions de personnes dans le monde entier. Et sa croissance se poursuit. Il n’y a pas vraiment de signaux d’alerte. Il a même survécu pas trop mal à la crise dû à la crise du Covid. Donc oui, il dégoûte beaucoup de ces amoureux.
David Dufresne
Avec quand même conquièrent toujours autant de consommateurs et de fans. Si on oppose les fans aux supporters.
David Dufresne
Avec quand même autant du comique, des choses absolument sidérantes qui auraient ravi, je pense, Debord et Baudrillard, le bruit des supporters dans des stades vides, des chants de supporters
Jérôme Latta
Des supporters en image de synthèse. Oui, ça a été, ça a été un moment de science fiction un petit peu qu’on pourra analyser avec profit, je pense, dans les années à venir et revenir à une fois passé un peu la sidération.
David Dufresne
Nous allons donc faire les prolongations.
Jérôme Latta
Si je peux finir de répondre à Marc Werner et à toi, c’est par rapport à Ben oui, une révolution. Elles sont difficiles à envisager en arrière et pas forcément souhaitables. Mais si on rabaisse nos ambitions politiques et qu’on se résigne à être, qu’on se résout à être réformistes, il y a de quoi mettre. Il y a un arsenal de mesures, de politiques, de mesures de régulation, de régulation, une nouvelle régulation qui est disponible, qui est compatible avec les règlements européens, qui permettrait vraiment un ensemble de mesures concrètes qui ont déjà été expérimentées ici ou là et dont on sait qu’elles auront un effet bénéfique, à condition qu’elles soient prises comme un programme global dans l’ensemble de l’espace européen, ce qu’on parle surtout du football européen et avec l’aval de l’Union européenne, quitte à ce qu’elle reconnaisse un peu plus fortement ce qui est un enjeu absolument crucial, c’est la spécificité des activités sportives, un peu calquées sur l’exception culturelle qui existe déjà. La spécificité sportive dans les traités européens, mais qui n’a pas un périmètre suffisant et qui n’est pas assez consolidé pour permettre de défendre la dérégulation qui enfreindrait un peu le dogme de la libre concurrence, etc. Donc, à défaut d’une révolution, une réforme est très largement possible, le problème étant l’absence de conditions politiques. Parce que, une fois passée le soubresaut de la contestation, la protestation contre la super les privés, on a pas vu se constituer d’espace politique, de débat politique, de mouvement. C’est très difficile en dehors des supporters ultras qui sont la plupart du temps opposés au football business, on ne voit pas se constituer les conditions d’un débat politique et d’un soutien global consolidé d’un mouvement, un mouvement politique qui soutiendrait cette réforme là. Donc on poursuit la. On poursuit malheureusement la fuite en avant.
David Dufresne
Je vais passer aux questions au débotté du débat, mais j’en ai une dernière quand même. Est ce que tu connais le chant des supporters du Red Star sur les arbitres ? Est ce que tu es capable de les dire ?.
Jérôme Latta
Non, ça fait quelque temps que je ne suis pas allé à Bauer donc je ne suis pas à jour. Flic Ah oui.
David Dufresne
Tu peux le faire ?
Jérôme Latta
Non, non, je peux pas le faire. Je t’en laisse la responsabilité aux arbitres et aux militaires..
David Dufresne
Qu’est ce qu’on ferait pas pour un salaire ?
Jérôme Latta
Ouais ouais. Alors ouais, c’est marrant d’assimiler les arbitrages aux forces de l’ordre et l’autorité publique, je le prends. Je pense qu’il faut le prendre avec l’humour que les supporters mettent.
David Dufresne
Bien entendu.
Jérôme Latta
Parce que je pense qu’ils sont les premiers à savoir que l’armée. On en a besoin. Et moi je replacerai ça dans un contexte où les arbitres ont vraiment été la cible de campagnes.
David Dufresne
Et de Campagnes de dénigrement. Mais je regarde mon fils quand il siffle l’arbitre tu vois ?
Jérôme Latta
Mais qu’est ce que t’es conservateur ?
David Dufresne
Ben ouais, quand même, ce slogan.
Jérôme Latta
Oui, il est rigolo, il est rigolo.
David Dufresne
Il y a un truc qui est quand même rigolo, même si ça fait longtemps que je ne suis pas allé à Bauer, voilà. Et qu’il y a. Il y a aussi un truc agaçant à être.
Jérôme Latta
Un côté Bobo machin.Côté hype, un peu toutes les nombreuses contradictions. Il ne faut pas non plus tout le temps, mais avoir des réserves de puritains.
David Dufresne
Et il me fait plaisir d’emmener un grand fan capitaliste du PSG. Il a découvert ce que c'était que le football debout et ce slogan est resté lettre morte dans les tribunes de bric et de broc c’est un gros stade. Beh oui, voilà un exemple de compromis. J’espère qu’il sera positif quand même, parce qu’il y aura un chouette stade, mais qui va comme c’est devenu le dogme, la règle accueillera des espaces commerciaux pour pouvoir le financer Tu as encore un peu de temps ? Il est 11 h 11.
Jérôme Latta
Avec plaisir.
David Dufresne
Alors le problème pour une réforme, c’est qu’il est nécessaire que ce soit au minimum à l'échelle européenne.
Jérôme Latta
Oui, parce que si un pays prend des décisions unilatérales de régulation, ça renvoie à ce que je disais tout à l’heure sur la compétitivité des clubs, la compétitivité nationale. Il va pénaliser ses propres clubs par rapport aux autres. Donc il faut de toute façon que dans un espace dans lequel on discute, on dispute les mêmes compétitions. Il faut une harmonisation des règles et plutôt qu’un nivellement vers le bas plutôt qu’un dumping, un dumping fiscal et social, il faut être mieux disant et harmoniser la concurrence pour éviter. Je ne sais pas. Normalement, c’est ça le dogme européen, libéral européen, c’est l’harmonisation et c’est le respect d’une concurrence équitable entre entre et entre les différentes entreprises. Mais il faudrait que ce soit entre les différents pays pour mettre fin à la concurrence. Mais on voit que c’est un problème global. Pas seulement dans le football, évidemment.
David Dufresne
Bien sûr, Hébert te demande : comment gérer la dualité propriétaire de club versus supporter un public qui sont de plus en plus en opposition.
Jérôme Latta
Eh bien, ça, c’est un des chantiers à mener dans les réformes à mener. Il y a un consensus assez large sur le fait qu’il faut mieux représenter les publics du football dans la gouvernance des institutions sportives et des clubs. Il y a quelques initiatives qui vont dans ce sens là. Alors, il y a des clubs, il a fallu qui tombent en faillite pour être vraiment au bord du gouffre pour en arriver là. Mais, par exemple, le Sporting Club de Bastia et le FC Sochaux, beaucoup plus récemment, sont passés, ont adopté le statut de SCIC, c’est à dire de société coopérative d’intérêt collectif OK avec un actionnariat populaire, c’est à dire une Société de socios c’est un peu l’idée de l’accord des socios à l’espagnole. Donc ce qui veut dire que base à Sochaux prochainement, les supporters qui ont participé à une levée de fonds très importante à hauteur de 800 000 € seront représentés au conseil d’administration du club. Il y a à Nantes, où les supporters sont en conflit depuis des années avec le propriétaire du club, Waldemar Kita, et veulent le contraindre avant. Il y a plusieurs projets d’actionnariat populaire qui se développent, mais il y a d’autres moyens, sans forcément de l’actionnariat parce que les clubs étant assez fortement valorisés, il faut beaucoup de moyens qui n’ont pas en général les supporters. Même en se regroupant, il y a des moyens de représenter les clubs, les supporters dans la ville, dans la gouvernance des clubs et des institutions. Et c’est une urgence parce que je disais représenter les publics, c’est à dire les publics, c’est les supporters, parmi lesquels les ultras les plus fervents. Mais les spectateurs qui viennent au stade et les téléspectateurs qui regardent, qui regardent devant leur télévision parce que tous sont à la fois les consommateurs de ce spectacle et les produits de ce spectacle. Parce que les spectateurs, c’est ce que c’est, ce que des organisateurs vendent sous forme de droits de télévision, aux télévisions qui doivent avoir voix au chapitre. Alors, en Angleterre, il y a plein d’expériences un peu pionnières. Il y a des supporters trust, des choses comme ça, qui permettent aux supporters de peser et d’empêcher les dérives les plus criantes. Il y a un projet de loi qui n’est pas encore adopté mais qui vise à leur donner une voix au moins consultative, avec un droit de veto sur certaines choses comme le stade, le choix du stade, les couleurs du maillot et d’autres aspects. Donc il y a une prise de conscience que oui, une urgence qui permettrait de rééquilibrer et de redonner. Parce que c’est. Je l’ai pas encore dit, mais je pense que la clé idéologiquement, politiquement, c’est de considérer les clubs de foot et le football dans son ensemble comme un patrimoine, bien des biens communs, un bien commun, un patrimoine collectif. Les clubs sont des patrimoines collectifs dont la valeur économique actuelle est constituée par le travail de centaines de milliers de bénévoles, de dirigeants, de joueurs, d’entraîneurs, de supporters, d'élus locaux, etc. C’est en fait un produit. Même la valeur économique des clubs est un produit collectif. C’est pour ça qu’on ne devrait pas abandonner la propriété des clubs à des actionnaires des fonds d’investissement et a fortiori des défenseurs des fonds souverains. Donc il devrait y avoir des coupes comme ça existe en Allemagne. Ça, c’est un contre modèle intéressant. Il y a la règle du 50 plus un qui interdit à un investisseur privé d'être propriétaire de la majorité des actions, qui doit donc rester la propriété de l’association qui représente un peu toutes les parties prenantes et qui maintient cet ancrage territorial. L’identité des clubs, son rôle social en Allemagne au travers de plein d’autres initiatives très très intéressantes.
David Dufresne
Rolland te demande : Que pensez-vous du poids des clubs de supporters de l’OM ?
Jérôme Latta
Alors vaste débat, parce que c’est vrai que ça avait été sous l'égide de Bernard Tapie. Bernard Tapie avait acheté un peu la paix sociale avec des supporters qui étaient déjà très remuants et c'était Il est arrivé au moment de la naissance du mouvement Ultras en France, en tout cas de son expansion en France et particulièrement particulièrement à Marseille. Il y avait les groupes de supporters constitués très tôt et donc ils leur avaient concédé la vente des abonnements, ce qui permettait d’avoir des ressources économiques à ces associations. Alors l’effet pervers, si on veut, c’est qu’ils ont un poids politique et des moyens de pression assez considérables. Et puis y avoir des pratiques pas très, très marquées par la régie. On ne peut pas parler de toi. Je veux pas parler de folklore, mais c’est vrai qu’il y a une spécificité marseillaise qu’on retrouve là dedans. Alors il y a eu il y a deux ans, contre l’ancienne direction qui était moi, qui était une incarnation très pure d’une espèce de management PowerPoint à base de jargon marketing et de les motivationnels qui était, qui était vraiment caricaturale. Il y a eu une invasion.
David Dufresne
Et qui pour le coup n'était pas marseillaise.
Jérôme Latta
Oui, oui, oui et qui était toutefois pas conscient de l’importance de l’identité locale et du dialogue avec les supporters. Et il y avait eu une invasion avec quelques débordements regrettables du centre d’entraînement. Donc on avait parlé du poids excessif des supporters marseillais. On en a parlé récemment puisqu’il y a une réunion fleuve entre le président du club, Pablo Longoria et les supporters, les rumeurs de menaces physiques, etc, qui n’ont pas été vraiment confirmées aujourd’hui. Ça s’appelait mi -mai le cas marseillais, mais on trouvera plein d’autres exemples à Bordeaux, à Lyon, à Saint-Étienne. Il y a un divorce de plus en plus croissant entre les dirigeants des dirigeants qui incarnent une espèce de management un peu cynique, un peu comme dans un discours d'école, de commerce, etc. Qui fait très peu de cas de l’identité des clubs et de l’importance des supporters. Donc un divorce entre les dirigeants et les publics locaux avec des tensions croissantes. Parfois il y a des bonnes relations, parfois il y a des relations ambivalentes qui peuvent être problématiques. On en a parlé pour Marseille, mais il y a des tensions croissantes qui illustrent bien le divorce entre toutes les tensions créées par les évolutions du football vers sa financiarisation.
David Dufresne
A propos de Marseille, tu as regardé la série "Tapie sur Netflix ou pas ?
Jérôme Latta
Je ne peux pas les jouer sans lui faire un procès d’intention. Je sais que ça va être problématique pour moi de regarder ça, parce que Tapie et c’est le grand impensé du foot, le grand refoulé du football français et encore plus à Marseille parce qu'à Marseille, voilà, il a, il a apporté à la fois le plus grand moment, le titre le plus prestigieux remporté par les clubs français dans toute l’histoire, le plus le plus grand moment de l’Olympique de Marseille, mais cinq jours avant aussi. C’est une tentative de corruption avérée, jugée pour le pour laquelle il a été condamné. Il n’y a pas de présomption d’innocence dans ce cas là derrière ce qu’on peut, ce qu’on peut pas plus que pressentir un système un peu global de corruption. Donc il a, il incarne les deux. Et même si la série est assez critique, je ne veux, je ne peux pas, de mon point de vue, voir une quelconque complaisance éventuelle. Vis À vis à vis du gendarme. J’incarne bien plus qu’une certaine perversion et une instrumentalisation du football à ses propres fins, mais qui incarne aussi les compromissions, les trahisons de la gauche, la conversion libérale de la gauche dans les années 4-20. Au travers de cette figure un peu emblématique. J’avoue que c’est un personnage fascinant. C’est un personnage de fiction, donc tant mieux.
David Dufresne
Non, non, juste parce que moi, j’ai regardé les premiers épisodes, j’ai lâché l’affaire parce que je considère que sur les usines Von Der, c'était trop, trop trop conciliant, C’est trop, c’est trop cool. Mais je reconnais que Laurent Lafitte en Bernard Tapie est absolument incroyable. Si je continue un tout petit peu, il y a le début du foot. Mais. Mais objectivement, je ne sais pas comment ils ont traité ça. Laurent Mauduit, de Mediapart, a à démonter la série sur le côté affairiste de Tapie en disant c’est complètement balayé. Donc pour le coup, c’est très consensuel. Mais c’est vrai que c’est une époque et j’ai été à Marseille en début de semaine et c’est fou comme Tapie continue à être. à être célébré.
Jérôme Latta
Est ce qu’il permet et permet ? C’est une fille d’une figure. Voilà qui c’est qu’on même mis en scène comme s’opposant au pouvoir central. C’est beaucoup plus ambigu que ça. Et même s’il était parisien, lui, enfant du Val de Marne, je crois, il a incarné une sorte de résistance marseillaise, de position marseillaise, de principe. A pas de jugement là dessus.
David Dufresne
Baklava Pistache nous dit il, n’en parle pas beaucoup du foot dans la. Dans la série Enigma, te demande l’invité, c’est à dire toi qui d’ailleurs salué comme le meilleur homme sandwich au poste, n’ait jamais reçu l’avertissement. Voilà que tu vois, tu tiens à placer ce produit.
Jérôme Latta
J’ai pas peur. C’est comme quand on met un truc dans sa valise.
David Dufresne
Non mais tu as raison.
David Dufresne
L’invité peut-il aborder le sujet des publications révélations de Romain Molina ?
Jérôme Latta
Ah ben tiens, un deuxième sujet complexe et ambivalent. Après Bernard Tapie, Romain Molina.
David Dufresne
Molina, c’est un journaliste, jeune journaliste notamment, très actif sur les réseaux sociaux sur YouTube.
David Dufresne
Sur YouTube, qui est suivi très attentivement, qui a son franc parler. Je n’ai aucune idée de son travail, mais comme son nom revient plusieurs fois dans le tchat.
Jérôme Latta
C’est très intéressant. Son nom, son cas de figure. Il faut, il faut pouvoir les analyser avec beaucoup de nuances. Donc je ne veux pas trop m’engager sur ce terrain là, mais je pense qu’il remplit une fonction importante parce qu’il va sur des terrains d’investigation sur lesquels les médias sportifs vont. Ce sont Les médias généralistes sont relativement peu aussi parce qu’ils ont, ils peuvent avoir d’autres priorités. Légitimement.
David Dufresne
Il me semble avoir une forme de courage, en tout cas sur certains dossiers il y a avec, que ce soit sur l’exploitation des gamins, sur le harcèlement, oui.
Jérôme Latta
Sur des sujets très importants, sur des affaires de pédophilie y contribue. Il contribue régulièrement au New York Times. Donc il y a pire référence. Voilà. Après, pour émettre quelques réserves, c’est un franc tireur et parfois le franc tireur, il arrose un peu toutes les cibles et peut être qu’il bénéficierait d'être plus modéré et de s’appliquer des règles déontologiques un peu plus strictes, comme c’est en vigueur dans les autres, dans les autres médias, pour éviter certains débordements et même pour mieux accréditer, crédibiliser son son propre propos. Parce que c’est un youtubeur, donc il est dans la mise en scène de soi-même, pourquoi pas, même si ça s'écarte beaucoup des manières traditionnelles de pratiquer le journalisme dans lequel le journalisme doit plutôt s’effacer. Voilà, il peut y avoir un côté dans les contextes actuels un peu qui peut, qui peut résonner avec des formes de complotisme, ce genre d’excès. Donc voilà. Mais je pense que moi j’ai pas de Dieu.
David Dufresne
Est ce que tu penses que ça vaudrait le coup de partir avec lui ou sans lui ? Avec d’autres contenus qu’on fasse On refait le match mais avec des gens de gauche, ça vaudrait le coup ou ça ne vaudrait pas le coup.
Jérôme Latta
Moi je rêve depuis très très longtemps d’un talk show qui soit pas sur le modèle des déblatères actifs ultra dominants. Enfin tellement de minerais, on ne voit quasiment pas d’alternatives, même si c’est vrai que ça fait partie du football, c’est pas moi. Je ne critique pas le principe du talk show polémique parce que.
David Dufresne
Parce que c’est aussi ça le football, c’est aussi de s’engueuler sur son comptoir
Jérôme Latta
S’engueuler sans conséquence avec ses copains, de jamais être d’accord et de défendre des points de vue avec un certain pragmatisme, mais sur un surnaturel, etc. Mais qu’est ce que tu aimerais faire ? Je rêve d’un talk show qui soit un peu plus consistant, qui ne soit pas dans la polémique systématique. Une équipe qui puisse parler aussi bien de football. En fait aussi bien du jeu que de la tactique des joueurs, de manière un peu posée, un peu pondérée, un peu informée aussi, mais aussi de tout, de tous ces aspects extra sportifs, de tout ce qui se disait.
David Dufresne
Alors là, il y a Euryale qui est la modératrice en chef, qui est notre arbitre, qui sort les cartons ? Tu verrais ça ? Qui commence à être inquiète à fait. Ah, on va regarder le foot Au poste ? Non, non, l’idée ce serait moi. Moi j’aimerais bien qu’on tente un truc là. On va s’installer là.
Jérôme Latta
Moi j’arrive toujours pas à comprendre pourquoi le sport en général et le football en particulier serait pas un champ de débat politique, un champ d’intérêt journalistique, un champ d’investigation sociologique, ce qui l’est déjà de toute façon aussi légitime que les autres, surtout compte tenu et a fortiori en raison de l’importance qu’il prend. Ben tiens considère cette importance comme exorbitante. C’est un champ comme les autres, un champ de débat comme les autres, et je pense qu’il faut l’investir alors qu’il est sous investi, y compris politiquement. Il est très instrumentalisé, mais il est abandonné assez largement par la gauche, un peu par une forme de mépris de classe ou avec, selon l’idée que c’est une cause perdue, qu’il est foutu et que finalement il ne nous est plus utile comme exemple ultime des dérives du capitalisme financier, etc. À vilipender et surtout pas à aborder de manière un peu équilibrée et informée.
David Dufresne
Voilà une question qui arrive à point nommé, tu vois. Imaginons surmonter un talk show trimestriel ou je ne sais quoi. Satrape nous dit Vous avez peut être déjà posé la question ? Non, c’est pour ça que je le fais. Mais question : comment ne pas voir l’hypocrisie du pouvoir raciste face à la montée de l’intégrisme lorsque les équipes les plus connues et représentatives sont possédées par le Qatar ou l’Arabie Saoudite ?
Jérôme Latta
C’est un lien qui est un peu difficile à faire parce que les pays du Golfe, qui sont parmi les premiers à, euh, à mobiliser les enfants, à utiliser le football à des fins de soft power, de promotion géopolitique, le Qatar, les Émirats, l’Arabie saoudite, ils ne s’en servent pas pour faire la promotion du terrorisme ou de la ou de l’intégrisme, très évidemment, puisqu’ils cherchent au contraire à être plus légitimes, à intégrer encore plus la communauté internationale au travers de la communauté Internet internationale sportive, puisqu’ils cherchent à être représentés dans les grandes organisées et dans les grandes organisations sportives CIO, FIFA, UNEF, etc. Donc moi je vois pas. C’est là aussi c’est un sujet très très complexe.
David Dufresne
Donc il faudrait qu’on fasse une émission là dessus.
Jérôme Latta
Il faudrait qu’on envisage s’il y a vraiment des choses à creuser là dessus pour savoir s' il y a un intérêt à faire une émission là dessus. J’en suis pas sûr a priori, mais c’est assez marrant. En faire le lien entre terrorisme et financement du terrorisme et football et promotion de ces régimes là par le football. Il y a un lien qui se fait comme ça à quoi se trouve le lien direct ? Mais je me trompe peut-être.
David Dufresne
Florent nous dit que pendant la Coupe du monde, il y avait des live tweets de l'équipe où elle était allée en briefing et stratégies tactiques d’un match des équipes de foot. Eh bien, c'était de l'éducation populaire. Roland te demande. L’Arabie Saoudite se place aussi en avant aussi. Que pensez-vous de son championnat ? L’Arabie Saoudite qui a acheté des joueurs à des prix d or ?
Jérôme Latta
Alors ça, c’est un déséquilibre démentiel. C’est un aspect que je n’ai pas pu traiter dans mon livre parce que j’ai rendu le texte début juillet. Et c’est effectivement durant l'été que l’Arabie Saoudite, qui s’est positionnée sur le soft power sportif au travers du football assez récemment en tout cas plus récemment que le Qatar, et qui a sorti cette article qui a certainement été motivée par le constat du succès du Qatar en dans sa propre politique de sport populaire. Donc cet été. Alors donc, l’Arabie Saoudite a fait du classique à deux ans, en rachetant un club Newcastle, Newcastle United. L’Arabie Saoudite est sur le terrain du sport avec l’organisation de grandes compétitions comme le Dakar ou des compétitions comme les Jeux asiatiques d’hiver ça fait parler l’an dernier parce qu’en fait, il va falloir faire des pistes de ski en Arabie Saoudite. Bref, qui a créé une ligue de golf privée, une Ligue mondiale de golf privée qui a fini par gagner, enfin par prendre le dessus sur les autres. Donc il y a le Dakar aussi, c'était déjà pas mal. Bref, tu t’es déjà positionné, mais maintenant renforce son positionnement sur le sport, sur le football, pardon. Et donc ne s’est pas contenté de racheter un club très populaire, Newcastle United. Mais cet été a décidé de développer son championnat national, la Saudi Pro League, avec une campagne de recrutement massive et mobilisant des moyens financiers massifs et donc à transférer vers son championnat, vers les quatre clubs principaux de son championnat qui sont la propriété du même fonds souverain, lui-même propriété de Newcastle United.
David Dufresne
C’est quatre clubs se rencontrent, mais en fait appartiennent au même proprio et appartiennent à l'État en fait
David Dufresne
Donc c’est l'État qui gagne quoi ?
Jérôme Latta
Oui, oui, de toute façon.
David Dufresne
Donc ça n’a aucun intérêt sportif il n’y a pas d’enjeu. En tout cas, il y a peut être des grands joueurs, mais il n’y a pas d’enjeu.
Jérôme Latta
Si, si, parce que ces clubs vont s’affronter. Et il ne faut pas. Il ne faut pas être condescendant envers le championnat saoudien qui est un championnat assez fort dans la ligue. Dans la Confédération d’abord, car les clubs ont remporté des titres assez prestigieux : la Ligue des champions, enfin, l'équivalent de la Ligue des champions. D’accord pour l’Asie, l’Arabie saoudite est régulièrement qualifiée. C’est un vrai pays de football parmi les plus, contrairement au Qatar par exemple. Mais l’idée, c’est ce qui avait déjà été testé par le Qatar au début des années 2000 et par la Chine au milieu des années 2010, attirer des joueurs des très bons joueurs pour créer de la tension et développer son propre championnat national. C’est des stratégies qui ont été abandonnées très vite. La différence, c’est que, autant le Qatar et la Chine avaient fait, avait recruté exclusivement des stars vieillissantes, des joueurs en pré retraite venus faire une dernière pige dorée. Autant l’Arabie saoudite recrute ses stars des 100 ans, le premier d’entre elles étant la première d’entre elles étant Cristiano Ronaldo, mais aussi des très très bons joueurs qui auraient leur place dans les dix meilleurs clubs européens et même des espoirs de 23 20 85 ans dont on peut s'étonner, qui préfèrent finalement le même salaire à leur propre carrière, dont on se dit qu’elle va être, qu’elle va être compromise. Mais là dessus, faut être quand même prudent. Alors, est ce que la question, c’est est ce que l’Arabie Saoudite va réussir à créer un championnat attractif et drainant un important public international ? Spontanément, on avance, on est dubitatif parce que c’est difficile d’avoir l’historicité des championnats européens ou sud-américains, d’avoir cette légitimité là et de conquérir cette légitimité à coup de dizaines, de centaines de millions de dollars. Mais faut être prudent parce qu’on a vu lors de la Coupe du monde 2022 que le football, le monde du football comme le monde en général, devenait plus multipolaire et que l’Europe était de plus en plus marginalisée, délibérément marginalisée à la fois par des puissances émergentes et par la FIFA. En l’occurrence, si on ne parle que du football, et ben voilà, quand on développe un football de football, de superstars, un football d'élite comme on le fait en Europe, un championnat All-Star comme espère le développer l’Arabie saoudite peut être, qui peut drainer ? En particulier auprès des nouveaux publics internationaux, du football peut être, qui peut drainer du public et de l’attention, de l’audience et donc de la légitimité. C'était un peu surprenant, mais Canal+, qui ne veut pas acheter les droits de la Liga, a acheté les droits de la SAUDI Pro League et c’est vrai que ce sera le nerf de la dette de la guerre. C’est à dire combien de chaînes nationales dans les différents pays dans le monde achètent les droits de ce championnat All Stars dont l’intérêt sportif est quand même pas énorme pour l’heure ?
David Dufresne
Il y a beaucoup de questions. Il y a Ruth Ruth Elkrief qui dit des commentaires. L’Arabie saoudite a annoncé une Coupe du monde sport et stratégie pour étendre son soft power. Satrapes, nous dit-il. N’empêche que la vente d’armes au Qatar et l’Arabie saoudite sont conditionnées à l’accession au marché du football en Europe.
Jérôme Latta
Si je peux répondre, parce que je n’avais pas tout à fait répondu.
David Dufresne
Quelqu’un d’autre ajoute que ça implémente ce soft power. Implémenter implémenter l’idée que les échecs des états intégristes seraient désirables et racontable en fréquentable..
Jérôme Latta
On parlait de vente d’armes. On voit bien à quel point les pays industrialisés et industrialisés occidentaux avec une industrie de l’armement en tout cas, ont très peu de scrupules à vendre des armes, des systèmes de surveillance, etc. À ces régimes-là qui sont des partenaires commerciaux et qui sont également et qui peuvent être des alliés diplomatiques, cela sur différents terrains. Le Qatar, le Qatar, la France entretiennent des relations très très amicales dans les enquêtes sur l’attribution de la Coupe du monde 2022 autour de Nicolas Sarkozy, Michel Platini et quelques autres.
David Dufresne
On ne touche pas à Michel ici.
Jérôme Latta
Ben oui, mais pourtant il faut séparer des fois l’homme de l’artiste. Là, il faut séparer le footballeur du dirigeant, du dirigeant.
David Dufresne
Voilà, il y a eu à déjeuner à l’Élysée, un déjeuner.
Jérôme Latta
À l’Élysée et d’une manière ou d’une autre, la France a soutenu.
David Dufresne
C’est pas jugé pour l’instant.
Jérôme Latta
Il y a plein d’enquêtes.
David Dufresne
Au fait Sarkozy. Il y a du boulot aussi.
Jérôme Latta
Ouais, il y a du monde. Et puis il y a des enquêtes en Suisse, aux Etats-Unis, il y en a un peu partout dans les enquêtes sur la FIFA. Alors là, il faut, il faut carrément ouvrir un Tribunal pénal international pour la FIFA. Donc là, oui, oui, il y a des. Il y a des complaisances diplomatiques internationales qui se reproduisent dans le sport. Mais l' UEFA, par exemple, ne va pas se fâcher avec le Qatar, alors que le Qatar est un sponsor majeur. Un diffuseur majeur de ces compétitions est présent est un interlocuteur majeur. Le président du PSG aussi. Le président de l’Association européenne des clubs, qui est le principal interlocuteur de l' UEFA quand il s’agit de négocier les réformes de la Ligue des champions par exemple.
David Dufresne
Il faut savoir arrêter un match et jouer le plus possible. Voilà les prolongations. Il y a simplement une proposition de Rouge-Gorge qui fait qu’au moment où tu parlais des clubs en Arabie Saoudite qui appartenaient tous à l'État, nationalisé le PSG.
Jérôme Latta
Mais alors là, tout à l’heure, je préconiserais la réforme jusqu'à la révolution. Impossible. Alors rien n’empêche d’aller jusque là. Non mais il faut rêver. La révolution, si on ne peut pas la faire, surtout notre génération, on en a beaucoup attendu des révolutions, on n’en a pas vu beaucoup. Donc la révolution du football, oui. Nationaliser, nationaliser le PSG, ce serait, ce serait assez drôle. Mais il faudrait nationaliser tous les clubs, finalement, tous les championnats. Mais tant qu'à en faire, tant qu'à faire du football global un bien commun, voilà, on en fait un bien collectif. Non, non, Marchand de sable, non cessible qu’on ne peut pas porter sur les marchés financiers et qui serait gouverné surtout par des soviets pour pour assurer l'équité sportive, la juste compétition. Je dis soviet, mais le modèle soviétique du football n'était pas génial. Il y avait quand même dans chaque pays, il y avait le club de la police, le club de l’armée, le fameux, du fabricant d’armes. Enfin bon, il ne faut pas. Si on ne disait pas de nostalgie, camarade, pas de nostalgie, camarade, pas plus dans cette direction là non plus, bien sûr.
David Dufresne
Ultime ultime question qui rituelle Qu’est ce qu’on a fait ce matin au poste ?
Jérôme Latta
On a parlé de football, ce qui est toujours sympa, mais on n’a pas trop parlé de jeu. On ne va pas parler du match d’hier. On n’a pas parlé du but de Mbappé qui était très beau, qui aurait pu illustrer ce football spectaculaire hollywoodien auquel ont abouti toutes les évolutions que je décris dans le bouquin. Et je pense qu’on a essayé de dire que le football était un sujet politique aussi légitime que les autres et donc qu’on pouvait en parler au poste sans aucun souci, aucun état d'âme.
David Dufresne
Absolument. Il y avait des matchs hier, demande le chat. La victoire au poste avec Jérôme Latta en position d’attaquant. Non, moi je le vois plutôt distributeur de ballons.
Jérôme Latta
Là, je me vois plutôt défenseur central parce que c’est là le Football. Dans la politique, on est en position de défense, comme celle qui a été de nature à sauver ce qui peut l'être.
David Dufresne
C’est vrai qu’on a le modèle économique des Cahiers du cinéma. C’est quoi s’il y a du football ? Ce cinéma tient du football, mais ici, on n’a pas de modèle économique. Ou alors si c’est tout à l'économie, le but est de dépenser le moins d’argent.
David Dufresne
Mais vous n’avez payé personne.
Jérôme Latta
On avait dit quand on vendait. Non, il n’y a pas d’appel à dons
David Dufresne
Ce que le football est devenu depuis trois décennies de révolution libérale Jérôme Latta aux éditions Divergence Couverture orange. Merci. C'était super intéressant, nous dit Sala numéro six. Alors voilà, je crois que je crois que je crois que c’est terminé.
Jérôme Latta
Merci, merci à toi. J’avais très envie de t’envoyer le bouquin parce que je connais ton intérêt pour le football et ce que tu as fait avec Hors-Jeu, il y a quelques année en t’envoyant le bouquin, j’avais le petit espoir d'être invité Au poste et je suis ravi d'être venu. Donc merci beaucoup !
David Dufresne
En effet, j’ai fait un petit webdoc en 2016 intitulé Hors jeu avec notamment Emmanuel Petit qui s'était interrogé sur la victoire de 98.

Au Poste est mis à la disposition de toutes et tous selon les termes de la licence Creative Commons Attribution : Pas d’Utilisation commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.