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« Le mensonge est son carburant » : l’anatomie dévastatrice de Trump

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonjour Alain Roy,comment allez-vous ?
Alain Roy
Ça va très bien et vous ?
David Dufresne
Eh ben ça va super alors, est-ce qu’on vous entend bien ? Je ne sais pas. Alain Roy est en tournée à Paris, et il se trouve que moi je ne suis pas à Paris. Donc exceptionnellement, je ne vous reçois pas et j’en suis désolé dans nos studios. Mais je suis très heureux de parler avec vous. Vous êtes Montréalais.
Alain Roy
Oui, tout à fait.
David Dufresne
Et j’ai vécu 7 ans à Montréal. Alors ne me racontez pas de bêtises, je suis un peu perdu dans ma petite présentation mais ça va venir. Mon cher Alain, est-ce que votre éditeur Écosociété vous a expliqué qu’ici on restait quand même un petit peu de temps ? Vous êtes au courant de ça ?
Alain Roy
Oui, c’est quoi, une heure environ ?
David Dufresne
Oui c’est ça, bien je cherche ma petite présentation. Oh là là, je suis perdu ce matin. Il ment, il triche, non pas notre invité. Il humilie, il séduit aussi, ça peut-être.Playboy raté, devenus président, figure grotesque et inquiétante à la fois, Trump incarne une époque où la vérité vacille et où le pouvoir attire les narcissiques blessés. Il est même plus que ça. On va le voir avec Alain. Dans le cas Trump chez Écosociété, Alain vous dressez un portrait stupéfiant du personnage. Menteur compulsif, héritier dégénéré, populiste enragé, Trois pôles, selon vous, structurent sa pensée, sa lecture, le mensonge, le narcissisme, la destructivité et éclairent le vide sidéral d’un homme tout entier tourné vers lui-même. Pour mieux comprendre le phénomène, Roy a franchi la frontière. Canadienne, les cantons de l’Est, on descend vers le Vermont, c'était magnifique, c’est des endroits extraordinaires, vous racontez ça très très très bien. Vous franchissez donc la frontière pour vous rendre à un meeting, alors au Québec on dit rallye, en France on dit meeting.
Alain Roy
C’est le terme qu’utilisent les Américains aussi, les fameux rallyes trumpistes, là. Donc, c’est ça, je suis allé passer par le Vermont, mais après ça au New Hampshire, parce que c'était là qu’il y avait lieu.
David Dufresne
Voilà, mais comme mon accent est pourri, j’ai préféré que ce soit vous qui prononciez New Hampshire. Donc Vermont, ça je le sais, le Vermont, vous avez franchi la frontière, vous vous êtes rendu à un rallye, à un meeting, pas piqué des vers, pas piqué des hannetons, et à travers votre regard, et bien vous démontez l’illusion Trump, vous révélez la mécanique intime d’un imposteur, et c’est votre première convocation Au poste. Est-ce que cette présentation vous convient ?
Alain Roy
Oui, c’est parfait.
David Dufresne
Alors il y a quelque chose que je le trouve sidérant, c’est comment se fait-il que Écosociété ait réussi à publier un bouquin si proche de l’actualité, parce que par exemple vous évoquez même la rencontre avec Volodymyr Zelensky et Trump, comment se fait-il que au Québec on arrive à avoir des délais de fabrication si courts ?
Alain Roy
Oui, le livre, on l’a vraiment fait sur les chapeaux de roues. J’avais le projet de faire ce livre depuis au moins une année et demie. Mais quand j’avais accumulé beaucoup de notes, énormément de lecture, mais quand est venu le moment de rédiger, j’ai besoin de savoir s’il allait être élu en novembre 2024, parce que ça changeait toute la donne s' il était réélu ou pas. Alors, je n’arrivais pas à écrire avant l'élection. Alors, j’ai seulement pu commencer à rédiger en décembre et donc le livre s’est écrit en trois mois. Évidemment, j’avais du matériel déjà, mais l'écriture comme telle s'était faite en trois mois et donc j’envoyais des chapitres, on les révisait de leur côté, je continuais à écrire et puis la conclusion s’est terminée deux jours avant d’envoyer le manuscrit chez l’imprimeur. Donc ça s’est fait vraiment comme ça à toute vitesse.
David Dufresne
Et ça fait partie des forces de votre livre, c’est que l'élection de Trump, c’est une fournaise pas possible et il est très proche. Et comme, fournis pas possibles, c’est tune centrifugeuse absolument invraisemblable, on va comprendre, grâce à vous, en partie pourquoi ce qu’on est en train de vivre peut exister. Mais comme vous êtes très très près de l’actualité, il n’y a absolument, à aucun moment, un sentiment de décrochage par rapport à ce qu’on est en train de vivre. Je pense que c'était votre but.
Alain Roy
C’est ça, parce que non seulement j’avais besoin de savoir s’il allait être réélu ou non, ça a permis aussi de voir l’allure de son nouveau mandat et personne n’avait soupçonné que ça serait aussi échevelé, aussi délirant que ce qu’on voit. Et donc ça m’a permis de tenir compte aussi de ce nouveau contexte.
David Dufresne
Absolument, alors avant de venir à aujourd’hui, en fait ce que vous nous apprenez, parce que moi je dois dire que j’ai appris énormément de choses sur le premier mandat de Trump. Il y a sa vie, on va y venir, mais il y a aussi son premier mandat. Par exemple, vous écrivez page 13 durant les années de son mandat à la Maison Blanche, le premier. Trump a passé 285 jours sur les terrains de golf. Soit plus de 20 % de son temps. Le matin, il ne descendait au bureau ovale que vers 11h ou 11h30. Ses journées de travail de 6h en moyenne étaient plus courtes que celles de tous les présidents récents. Est-ce que vous pouvez nous raconter ce dilettantisme de Trump et qu’est-ce qu’il nous apprend surtout ?
Alain Roy
Mais Trump a été un dilettante toute sa vie. Il a été dilettante en tant que, dans l’immobilier aussi, où il a accumulé toutes sortes de faillites. Plusieurs de ses collaborateurs dans l’immobilier que je cite, qui ont publié des témoignages sur comment c'était de travailler avec Trump, nous expliquent qu’il était toujours un dilettante. Donc si certaines de ces entreprises fonctionnaient, c’est grâce aux gens qui étaient sous Mais lui, c’est le patron qui arrive, c’est le playboy qui fait sa papate, qui est mal formé, qui ne possède pas ses sujets et qui doit se fier aux autres sous lui, mais qui a toutes ses marottes. Qui amène à prendre des décisions erratiques et qui l’ont dans le milieu des affaires poussées à la faillite à multiples reprises. Donc, à la Maison-Blanche, au fond, c’est le même dilettantisme qu’on a observé en affaires qu’il a reproduit.
David Dufresne
Alors on parlera effectivement d’un certain nombre de gens qui ont travaillé avec lui, que ce soit à Maison Blanche ou avant, ce que, grosso modo, Trump projette quand on a fini votre livre, tout ce qu’il projette, il faut ! Il faut tout prendre à l’inverse !
Alain Roy
C’est ça mais on sait qu’il ment comme il respire, tous ses propres corps il les attribue aux autres, il accuse les médias d'être des fake news, mais c’est lui-même qui ment constamment, il accuse Obama de passer toutes ses journées sur le terrain de golf, mais il est lui-même qui passe ses journée sur le terrain de golf, donc c' est toujours comme ça avec Trump.
David Dufresne
Joli jeu de mots dans le chat, il avait un trou, un trou financier, donc il fallait le combler pour expliquer pourquoi il jouait tant au golf. Page 43, vous nous expliquez que le Washington Post avait comptabilisé le nombre de mensonges professés par Trump durant son mandat. Est-ce que vous souvenez du nombre total et du nombre de mensonges par jour, M. Alain Roy ? Vite comme ça, je dirais 30 453, quelque chose comme ça. 30 573 mensonges je n'étais pas loin. En quatre ans, ce qui nous fait donc 21 mensonges par jour.
Alain Roy
Et ça, c’est juste dans la sphère publique, parce que Trump ment aussi dans sa vie privée, et ça, ce n’est pas comptabilisé.
David Dufresne
Et ça c’est pas comptabilisé. Alors, justement, à propos de ces mensonges à répétition, vous nous dites qu’en fait, il faut qu’on s’en méfie doublement. C’est-à-dire que, en réalité, Ils occupent notre temps de cerveau disponible, c'était un gars de TF1 qui avait dit ça, vous connaissez l’expression. Et donc vous dites, attention, le danger est là, c’est-à-dire que l’un des buts, écrivez-vous, page 26, de tous les propos outranciers de Trump qu’il tient quotidiennement, c’est nous faire oublier qui il est, en détournant notre attention vers des sujets de polémique. Alors là, est-ce que vous pouvez détailler ?
Alain Roy
C’est ça, j’ai une autre âge, je crois, qui dit que Trump n’est pas assez maître dans l’art de faire parler de lui mais sans qu’on s’intéresse à sa personne. Alors, ce qu’il fait, Trump, c’est qu’ils détournent notre attention avec des sujets de controverses perpétuelles. Il est très bon pour ça, accaparer l’attention médiatique. Chaque semaine, il est capable de générer deux, trois sujets comme ça qui font parler tout le monde. Et c' est comme ça semaine après semaine, année après année. Mais pendant qu’on discute et on spécule sur toutes ces controverses, on ne parle pas de lui, on se demande pas qui est ce type, quel est son parcours biographique, quel est sa psyché, pourquoi il agit comme il le fait, et c’est ce que j’ai voulu faire dans le livre. Donc, c'était aller au-delà de cet écran de fumée qu’il projette sans arrêt dans notre direction. Certains pensent que c’est une stratégie pour se cacher aussi. En générant toutes ces controverses, c'était une façon de faire oublier qui il est, toutes ces magouilles.
David Dufresne
Vous parlez d’une sorte de super mensonge, il y aurait des mensonges originels si je puis dire chez Trump, lesquels sont-ils ?
Alain Roy
Le super mensonge, il s’est lié à sa persona de self-made man, de milliardaire qui se serait bâti lui-même grâce à son génie des affaires. C’est son plus gros mensonge. C’est avec ce mensonge-là qu’il s'était fait élire à la présidence parce que c'était ce qu’ils disent à ses partisans. Je suis un homme d’affaires génial, donc je peux gérer l'État. Et c’est ce que beaucoup de gens ont cru. Ce super mensonge a été propagé par la télé-réalité "The Apprentice" où il jouait le rôle d’un magna immobilier. Ça a duré, je crois, plus de 200 épisodes, une dizaine d’années, et c'était une émission qui fonctionnait très fort aux États-Unis. Et cette émission, semaine après semaine, a aussi… Perpétuer ce mythe du génial homme d’affaires. Or, en réalité, Trump a toujours raconté que lorsqu’il était jeune, son père lui avait fait un prêt de 2 millions de dollars et que ces milliards, il les aurait fabriqués par lui-même grâce à ce prêt. Mais en réalité, c’est pas tout ça la réalité. Son père lui aurait prêté, en fait, selon des enquêteurs du New York Times. Une somme équivalente à 500 millions de dollars, ce n'était pas un prêt, c'était de l’argent donné. Donc Trump, sa fortune provient essentiellement de celle du père. Lorsqu’il était jeune, dans la vingtaine, il courtisait les journalistes de New York à bord de sa limousine payée par papa, avec le chauffeur payé par papa. Il racontait aux journalistes que je vaux 200 millions de dollars, mais les 200 millions c'était les 200 millions de papas, donc c’est vraiment un fils à papa qui a comme usurpé la fortune paternelle en faisant comme si c'était la sienne et toute sa vie il a perpétué ce mensonge qui lui sert à construire la légende de son succès.
David Dufresne
Dans cette construction, il y a, là aussi vous me l’avez appris, il y en fait un frère aîné qui va, j’allais dire, mourir de chagrin, enfin, qui est quasiment poussé au suicide, vous dites notamment par le père, le père de Trump qui a toujours favorisé son fils, Donald, celui qu’on connaît, qui par ailleurs a on peut le dire un peu comme ça, a fait de la captation d’héritage, c’est-à-dire que quand il allait mal, parce que régulièrement il allais mal, il est allé voir les frangins et les frangines, on lui demande, allez, donnez-moi un peu d’argent, j’en ai besoin.
Alain Roy
C’est ça ici, je reprends les confidences de Mary Trump, qui est la nièce de Donald. Elle nous permet de comprendre l’espèce de psychodrame qui s’est joué au sein de la famille Trump. Je reprend les faits que Mary apporte, mais je lui mets ma petite touche personnelle. En parlant de l' espèce de dynamique narcissique qui se joue entre le père, qui est le véritable Self-Made Man. Fred qui a bâti sa fortune, c’est lui qui est vraiment parti de la base et qui a construit cet immense empire de HLM dans les quartiers de Queens et du Bronx à New York. Fred, Mary l’a décrit comme un sociopathe, donc un homme entièrement tourné vers les affaires, peu d'émotions pour ses enfin, en masse froide. Et qu’il y avait une sorte d'éthique des affaires très austère. Il voulait que ces garçons soient des killers, comme il disait, des tueurs. Et donc, Fred aurait voulu que son fils-aîné, qui s’appelait Fred lui aussi, parce que je parle d’un fantasme dynastique chez les Trump c’est-à-dire que de père en fils, les aînés, c'était Fred Trump, Fred Trump Junior, Fred Trump le troisième, donc il y a cette dynastie. Oui, c’est incroyable. Et Donald va reproduire le même modèle parce que Donald Trump va avoir son fils aîné Donald Junior qui lui-même a eu un garçon qui l’a appelé Donald le troisième. Donc il y a cette idée que de père en fils, on se reproduit comme ça en reprenant les prénoms. Et donc, Fred aurait voulu que son fils aîné, Freddy, qu’on s’appelle Freddy. Devienne son dauphin, reprend ses affaires, mais ça ne l’intéressait pas du tout Freddy, lui, voulait être pilote d’avion. Je pense qu’il voulait aussi échapper à l’emprise paternelle, donc il voulait essayer de se défaire de ce que j’appelle une injonction narcissique du père. Présentait, je crois, sur le plan conscient entre père et fils, sur la forme suivante, c’est comme si Fred disait à son fils, sois mon double, sinon tu périras. Et c'était ce qui est arrivé à Freddy. Il n’a pas voulu être le double de Fred. Et à partir de ce moment-là, Fred l’a dénigré, humilié, écrasé de toutes les façons, et Freddy est tombé dans l’alcoolisme, et s’est tout détruit et est mort au seuil de la quarantaine. Et c’est la fille de Freddy qui nous raconte tout ça, donc elle, quand Mary Trump écrit son livre, elle veut comprendre pourquoi son père est mort, et pourquoi son grand-père était aussi cruel face à Freddy. Alors Donald, lui, arrive dans le décor dans ce contexte et c’est lui qui va devoir prendre le rôle que Freddy n’a pas voulu jouer. Donald, face à cette injonction narcissique du père, soit mon double ou du père Donald accepte de jouer le rôle, accepte d'être le double. On ne peut pas être, sur le plan psychique, on ne peut être simplement le double de quelqu’un d’autre, il faut qu’on ait un peu sa propre autonomie, quand même. Alors, Donald, son truc, son tour de passe-passe, ça va être de se dire, l’image que j’utilise, c’est que Donald, au fond, c’est un peu comme une doublure de cinéma, mais qui doit se prendre pour l’acteur principal. C’est là qu’on touche au thème de l’imposture chez Donald Trump. Donc, on en disait un mot tout à l’heure quand il se promène dans le taxi avec les journalistes. Au fond, il est le double de Fred, mais il va faire semblant qu’il est Fred et qu' il est l’homme de Superman. Mais en réalité, il a eu la doublure de Fred de Self Made man. Donc, c’est comme ça que Donald réussit, je pourrais dire, à survivre psychiquement. C’est-à-dire qu’ils se soumet au père, mais en faisant semblant qu’elle est le père. Page 118. À côté de lui-même. En France, vous dites « à côté de ses pontes » ? Oui. Donc il y a quelque chose de cet ordre là qui se joue.
David Dufresne
vous écrivez sur ce sujet, page 118, je cherchais le passage, doublure de son propre frère, c’est ce que vous venez de dire, et prisonnier d’une identité fictive. Donald Trump donne ainsi l’impression d’une personne absente et vide, à côté d’elle-même, dans la peau d’un autre, mais sans être cet Autre non plus. Un personnage de théâtre, mais, sans acteur pour l’incarner, un être à l’existence évanescente, et qui, peut-être, pour arriver à exister impose à tous son inquiétante présence. Voilà le passage qui renvoie à ce que vous venez de dire. Alors je ne voulais pas en parler tout de suite mais quand j’ai lu ce passage que j’ai souligné, j' ai immédiatement pensé à cette scène terrible avec JD Vance, lui et Zelinsky dans le bureau ovale. et ce qui m’avait frappé c'était le regard absolument vide de Trump pendant cette scène et je me suis demandé si ce passage que je viens de lire, ce que vous venez de dire, est-ce qu’on peut faire un lien ? Ou alors il a sa cravate trop longue, comme vous dites, rouge, là c’est autre chose qui se joue, il est absent, il est absent.
Alain Roy
Oui mais peut-être qu’ici, le lien, c’est la question de la sociopathie, on sent un être comme effectivement coupé, aucune empathie pour ce que vit Zelensky, puis ils sont comme dans un guet-apens, en fait, qui lui avait tendu. Donc, on est dans la pure fausseté, c’est une mise en scène. Donc effectivement, on a l’impression d’un être qui est complètement à côté du réel, de la vérité, c’est comme une sorte de spectre. Les gens l’ont décrit un peu comme ça aussi après sa défaite contre Biden. Il était comme un spectre qui errait dans la Maison-Blanche, certains se sont demandé s’il avait pas basculé dans une sorte de folie parce qu’il était dans un état de déni, il ne pourrait pas accepter sa défaite. Donc, effectivement, il y a des moments comme ça où on a l’impression que son esprit s'égare. On le voit dans des rallyes où là, c’est un peu un autre thème. C’est celui de la démence qui commence aussi parce que les observateurs ont noté des signes d’une démence qui commence à se manifester chez lui où, carrément, il déraille. C'était du pur délire. On peut trouver plein d’extraits sur le web, par exemple lorsqu’il parle de Hannibal Lecter, le fameux personnage du "Silence des agneaux" qui est un cannibale, en fait. Et Trump le décrit comme un monsieur charmant et sympathique dans son discours. On ne comprend pas ce qu’il nous raconte, pourquoi il nous parle de lui. Donc il y a des moments comme ça d'égarements, carrément d'égarements.
David Dufresne
Et surtout ce que vous nous dites, c’est qu’il en parle comme si c'était un être vivant et non pas un personnage de fiction.
Alain Roy
C’est ça, puis il y a cette autre histoire très bizarre, on peut la googeliser pour la trouver sur le net, une histoire avec des requins et puis un bateau électrique en train de couler. Est-ce que c’est mieux de couler que le bateau ou de se faire dévorer par des requins ? C'était une histoire absurde, il l’a répété dans plusieurs rassemblements, meetings, mais on ne sait pas ce qu’il voulait expliquer avec ça ou illustrer. Donc il y a vraiment des moments comme ça où on voit que son esprit s'égare.
David Dufresne
Alors, il y a un mensonge, je m’en voudrais qu’on l’oublie, site complètement anecdotique mais je le trouve absolument génial, c’est lors de la construction de la fameuse Tour Trump, peut-être qu' on aura le temps d’y revenir, il fait faire un truc dans l’ascenseur, est-ce que vous pouvez raconter alors ?
Alain Roy
C’est que la tour Trump, elle a 58 étages, mais lui dans les boutons d’ascenseur a fait en sorte que ça monte jusqu'à 68, parce que c’est plus chic d'être au 68e qu’au 58e, parce que ça veut dire qu’on est plus haut dans le ciel de New York. Alors là, dans les conversations avec les gens, il peut dire, moi j’habite au 68, mais en réalité c'était le 58e. Donc, c’est ça, c’est un exemple un peu anodin, mais qui montre toute la vanité de Trump.
David Dufresne
Absolument, moi j’ai adoré ce passage. Alors le tchat est un peu réservé par des petites choses que vous pouvez dire. Il y a Buburadical qui vous dit, moi, l’approche psy, trois points de suspension. Et puis il y a Captain Devalon qui nous dit je suis concerné par la sociopathie pour ma part et je trouve très stigmatisant de toujours tout ramener à cela ou de caricaturer cela. Qu’est-ce que vous répondez aux gens, aux lecteurs, aux électrices qui pourraient effectivement de temps en temps se dire bon là on est dans de la psychologie sauvage ?
Alain Roy
En fait,ce qu’il faut rappeler, c’est que dans mon ouvrage, j’ai fait énormément de recherches. Donc, je m’appuie sur une quarantaine de livres sur Trump que j’aie lu, et des centaines et des centaines d’articles. Et il y a beaucoup, en tout cas, un bon nombre d’ouvrages de psy qui ont été faits sur Trump. Mary Trump est une psychologue, donc elle a contribué à ce type de travaux. Il y a aussi un recueil de 37 psychiatres qui se sont penchés sur le cas de Trump. Le titre du livre, c’est « Le dangereux cas de Donald Trump », il y a un psychanalyste qui fait un livre « Trump sur le divan ». Il y a toute une littérature comme ça qui s’est penchée sur Trump. Donc, dans le livre, je fais référence à ces travaux de tous ces gens. Et ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Trump est bel et bien quelqu’un de psychologiquement déséquilibré. C’est un fait. Donc, il y a tellement de ces décisions qui sont prises de façon non pas rationnelle, mais qui sont dictées par sa psychologie. Tous ses collaborateurs le disent. Lui même au fond Dans ses propres livres, le fameux "The Art of the Deal" qui était son premier livre, il ne l’a pas écrit lui-même, c'était un écrivain fantôme qu’il a écrit pour lui, mais il disait « moi toutes mes décisions je les prends à l’instinct ». Donc, Trump, ce n’est pas quelqu’un de réfléchi, ce n’est pas un qui étudie les dossiers et qui prend des décisions rationnelles selon une stratégie, c’est quelqu’un de très émotif, très instinctif et une grande part de ses décisions se prennent ont été prises en fonction notamment de son narcissisme.
David Dufresne
Alors Alain, précisément par rapport à ce livre qui a été son premier best-seller "l’art du deal", vous nous évoquez donc Tony Schwartz, l'écrivain fantôme qui a rédigé ce livre dont vous parlez à l’instant, c’est page 87 de votre ouvrage. Et il utilise en 2016 une métaphore colorée, dites-vous, pour exprimer le remords qu’il est prouvé d’avoir participé à l’entreprise de falsification de Trump. Est-ce que vous vous souvenez de la phrase ? Elle est extraordinaire. Oui, il dit « j’ai mis du rouge à lèvres sur un cochon ». « J’ai mis du rouge à lèvre sur un cochon ». Wantek nous dit sur YouTube que pour lui, ou pour elle je ne sais pas, l’approche psy ne marche pas car selon moi Trump n’est pas seul. Il a des dizaines de conseillers qui lui disent ce qu’il doit faire et donc dire de lui et des autres qu’ils seraient tous en détresse psychologique et bancale. C’est-à-dire qu’en faisant le portrait psychologique, on n’oublie pas le fond.
Alain Roy
L’un n’exclut pas l’autre, c’est-à-dire, évidemment, il y a tous ces gens qui l’entourent. Il y a, entre autres, tous les gens de la "Heritage Foundation" qui ont conçu le projet 2025, qui inspirent beaucoup des décrets qu’ils font. Donc, évidemment il y à tous ces genres de la droite religieuse et libertarienne qui sont là, derrière, dans l’ombre et qui poussent leur sujet, mais cela étant Trump est aussi quelqu’un qui n’en fait qu'à sa tête. Il déteste qu’on lui dise quoi faire. Donc oui, il va de façon transactionnelle donner à ces gens-là ce qu’ils veulent pour se maintenir au pouvoir. Mais c’est aussi quelqu’un qui a toutes sortes de coups de tête. Et le caractère erratique de ce qu’on voit depuis trois mois s’explique en partie par ça. C’est-à-dire qu’une journée, Trump veut imposer… Tels droits douanes à un pays, parce que c’est sa Marotte, parce que ça lubie. Et ça ici encore ce sont des observations que tous ces conseillers ont même fait. D’ailleurs dans le livre je cite abondamment tous ces gens-là autour de lui. Absolument. Et c'était des plus terribles en fait. Oui ces gens là ont des propos dévastateurs sur Trump. Je crois que je cite peut-être sur deux trois pages tout ce qu’on dit ces conseiller de Trump. Durant le premier mandat et c’est accablant. Ils disent tous c'était un idiot, c’est un crétin, il ne connait rien, il est inculte, il possède pas ses dossiers, il comprend pas l'économie, la géographie, l’histoire, la géopolitique, mais malgré cela, Trump revient toujours avec les mêmes lubies. John Bolton l’explique par exemple par rapport à la Corée du Sud. Trump voulait continuellement lâcher les Coréens et il n’est pas Il fallait continuellement que ses conseillers lui expliquent « Non, M. Trump, nous avons besoin de soutenir la Corée du Sud », donc il reculait. Deux semaines plus tard, il revenait encore avec son même rubis et John Bolton devait lui expliquer qu’on ne peut pas faire ça. Et c'était toujours comme ça un jeu. Trump revient toujours avec ses rubis. Lorsque ses conseillers cherchaient à lui expliquer des choses, ça n’entre pas dans son cerveau. Parce que Trump, c’est quelqu’un qui a une méfiance instinctive contre tous les experts, contre tous ceux qui connaissent leur domaine, parce que, encore, c’est son orgueil qui joue. Parce que pour Trump, recevoir l’avis d’un expert, ça voudrait dire pour lui, je ne sais pas. Cette personne prétend savoir plus que moi, mais c’est moi qui sait tout. Donc, il rejette systématiquement les avis de tous, et ça, c’est tous ces collaborateurs qui nous le disent. Donc, ce n’est pas une déduction que moi je fais à partir de telles psychologies sauvages. Ce sont des témoignages de tous les gens autour de lui. Tout ce que je dis dans le livre, en fait, est appuyé sur ces témoignages.
David Dufresne
Absolument. Et parmi ces témoignages, il y a des témoignages qui sont… On ne sait jamais si on doit rire ou être effrayé, mais il y en a quand même qui sont assez glaçants, c’est-à-dire qu’il semblerait que depuis toujours, bon voilà, c’est comme ça, il a un trouble de l’attention, Donald Trump, et donc vous nous expliquez que ces collaborateurs doivent s’adapter à son mode de pensée. Jusqu'à ce que certains racontent, c’est à dire qu’ils misent sur le fait que Trump ne pourra pas se concentrer très longtemps, donc il lui subtilise des décrets qu’il pensait avoir signé, et puis mémoire de poisson rouge il passe à autre chose quoi, et donc certains collaborateurs finalement font de la résistance dans le bureau ovale.
Alain Roy
C’est le fameux journaliste Bob Woodward qui raconte ça, Trump veut faire un décret sur un sujet, donc la machine prépare le décret, mais là, les conseillers voient le document sur le bureau, Donald est toujours dans sa chambre à coucher, il n’est pas descendu encore, il est peut-être 10h ou 1h, et donc les conseiller arrivent, subtilisent le document qui se trouvait sur le bureau, en espérant que Trump oublie son projet de décret. Et c'était une règle qu’il s'était donné, on va donner suite à ces demandes seulement si de la formule trois fois. Donc on espère qu’ils vont l’oublier. Parce que ces demandes étaient généralement insensées et tous ces conseillers se disaient on ne peut pas faire ça c’est absurde ou bien c' est simplement illégal parce que Trump outrepasse continuellement ses pouvoirs de président, il cherche à faire des choses que la constitution ne lui permet pas de faire. Alors évidemment les gens autour de lui le savent. On cherchait toujours à temporiser, à ne pas faire ce qu’on leur demandait.
David Dufresne
Et son chef de cabinet, page 101, écrivez-vous, John Kelly et ses autres conseillers pour eux ils devenaient, j’ouvre les guillemets, c’est John Kelly qui parle, “épuisant de contrecarrer ce torrent continu de demandes extravagantes”, c'était là où ils misaient sur la courte capacité d’attention.
Alain Roy
Oui c’est ça, tout à fait. Donc je sais que ça peut paraître étonnant d’entendre des choses comme ça mais c'était pour ça que j’ai fait le livre parce que, en faisant moi-même mes recherches, je lisais tous ces gens qui ont parlé de leur expérience avec Trump et j'étais moi- même renversé de tout ce que je découvrais et là je demandais autour de moi, savais-tu que ceci, savais-tu cela, et les gens me disaient non, j’y étais. Et c’est là que je me suis dit, bon, c'était important de faire un livre pour que les gens sachent toutes ces choses. Et l’originalité du livre, c’est que j’ai consulté cette documentation vraiment très abondante et j’en ai fait une synthèse. Même ça, aux États-Unis, ça n’existe pas un livre comme ça où quelqu’un ramasse 40, 50 ouvrages de tous les autres auteurs pour tisser tout ça ensemble c’est ce que j’ai voulu faire ici dans un livre assez court, c’est 220 pages, donc ça nous donne une synthèse accessible du personnage et en s’inspirant de tous les gens qui l’ont côtoyé.
David Dufresne
C’est un condensé remarquable d’efficacité et en fait quand on sort de ça, le cas Trump s’est sous-titré Portrait d’un Imposteur, on est quand même vachement inquiet parce qu’on se dit effectivement ça va très très loin et on se dit surtout il suffit de se baisser pour savoir comment ça fonctionne. Et comment expliquez-vous que par exemple pendant l'élection, la campagne à laquelle vous allez assister, on va en parler tout à l’heure, toutes ces choses-là que vous racontez page après page n’ont pas prise sur l’opinion américaine, sont finalement assez peu relayées médiatiquement, les livres existent, il y a quand même des gens qui vendent beaucoup, mais ça reste dans le coin. Comment vous explique-t-on ça ?
Alain Roy
Mais c’est ça qui est étonnant, mais là on en revient un peu à ce qu’on disait tout à l’heure sur cet écran de fumée que Trump génère continuellement. Donc avec toutes ces controverses, ça fait en sorte qu’il n’y a pas des choses dont on vient de parler. On parle des sujets de controverses et lui réussit à se cacher derrière cet écart. Le cycle médiatique est un peu comme ça aussi. On fonctionne de controverses qui durent 24 heures en 24 heures et le fond des choses, on finit par le perdre un peu. Aux États-Unis, évidemment, c’est une société très divisée, donc il y a les gens qui sont anti-Trump, plusieurs d’entre eux connaissent un peu ces choses, Mais dans son cas, il est l’objet d’un véritable culte, les gens l’adorent et quand on soulève ces questions, la réponse du camp Trump, c’est de dire, c’est des chasse aux sorcières, c’est des fabrications, c’est des fake news et puis il y a tout l’appareil de Fox News et des médias de droite qui viennent relayer le même message, donc il y a toute une lutte des informations aussi qui se joue aux États-Unis, mais dans l’ensemble du monde aussi de plus en plus. Avec l’IA, moi je pense que ça va devenir… On va entrer dans un monde où la réalité, la vérité va devenir de plus en plus brouillée et on aura pu croire ce qui est vrai, ce qui est faux, il va y avoir de la fabrication de fausses nouvelles continuellement, ça va être difficile de s’y retrouver.
David Dufresne
Alors, j’espère qu’on aura le temps d’aborder aussi les liens avec la mafia, les liens avec la Russie de Trump, parce que vous parlez de ça. Enfin, le dossier est lourd quand même. Il y a quelqu’un, moi j’avoue, qui me fascine dans l’entourage de Trump dont vous parlez assez peu. C’est Roy Cohn, l’avocat véreux de tous les mafieux de New York, écrivez-vous, page 124. Moi, j’ai découvert ce personnage dans le film, le biopic "The Apprentice" que j’ai trouvé absolument remarquable, notamment l’acteur qui joue le rôle de Roy Cohn. Mais parlons-en de minutes parce que il a vraiment marqué Trump avec notamment cette idée d’attaquer et de nier. Attaquer et nier, attaquer et nié constamment.
Alain Roy
Oui, mais moi, ma seule petite réserve face à ce film, c’est qu’en fait, moi, mes yeux, ce n’est pas tant que Roy Cohn est le mentor qui lui a tout appris parce que pour moi, Trump est déjà un pourri avant de rencontrer Roy Cahn. D’accord. Donc, au fond, c'était un bon match parce que Trump était déjà un intimidateur. Je vous remercie d’avoir regardé cette vidéo, je vous remercie de vous abonner à notre chaîne et d’abonner à la chaîne d’interviews, et abonnez-vous à notre chaîne YouTube pour plus d’informations, d’info et d’inscrits, et je vous dis à très bientôt ! Sur ce sujet de l’intimidation, il faut rappeler que ce n’est pas une métaphore. Quand il était petit, Trump, c’est celui qui tapait sur la gueule des petits dans la cour d'école. Et on a dû le chasser de l'école et son père l’a envoyé dans une académie militaire qui était en fait ce qu’on appelle une école de réforme. Et Trump a vécu toute son adolescence loin de sa famille, ce qui n’a pas contribué à son développement affectif non plus. Donc, c'était vraiment un intimidateur, un bully, comme on dit aux États-Unis. Toutes les familles du voisinage disaient à leurs enfants « ne t’approche pas de Donald Trump, il peut te taper dessus ». Donc, c’est un intimidateur au sens premier, depuis la petite enfance. On a dû l’envoyer à l'école de réforme pendant plusieurs années. Et après, dans sa façon de faire des affaires, il a au fond, c’est comme s’il avait sublimé en guillemets parce qu’il l’a pas. La sublimation se fait à moitié, en réalité, c’est comme s’il faisait de l’intimidation, il poursuit sa carrière d’animateur, si on peut dire, dans les affaires. Parce que son art du livre, c’est toujours l’art d’escroquer la partie adverse de l’arnaque. Trump a volé tellement de gens, des banquiers, le FISC, des assureurs, ses avocats, ses clients, ses fournisseurs, au point que plus aucune banque américaine n’a voulu lui prêter de l’argent, ni aucune banque européenne. Donc, Trump était vu comme, ne faites pas affaire avec Trump, c’est ce qu’on dit aux États-Unis, ne faîtes pas affaire avec lui, il va vous arnaquer, il ne va pas vous rembourser, il vous va vous a causé des pertes à ses investisseurs de 5 milliards de dollars, et 5 milliards c’est plus que ce qu’il voudrait aujourd’hui probablement. Donc c'était vous dire l’ampleur de l’arnaque chez Trump, en anglais on le décrit souvent comme un con man, donc vraiment un arnaqueur. Et donc lorsqu’il rencontre Roy Cohn, c’est déjà un intimidateur, c’est déjà un arnaqueur. Au fond, c’est un très bon match parce que Roy Cahn, lui, c’est l’avocat de tous les chefs mafieux de New York, les plus gros, ils sont chez Roy Cohn. C’est Roy Cohn qui va mettre les mafieux en lien avec Trump. La Trump Tower, la fameuse Trump Tower a été construite par la mafia new-yorkaise. Et donc Trump fricote avec la mafia depuis 50 ans. Tout ça est connu du FBI, des journalistes de l’investigation en ont parlé, tout ça est connu et c’est ce qui est un peu surréaliste..
David Dufresne
Attention à là, on ne touche pas au surréalisme ici, je comprends ce que vous voulez dire, allez-y.
Alain Roy
Mais comment se fait-il qu’un homme avec un passé comme ça aussi lourd, là on a fait qu’il fleurit son côté criminel, parce qu’y a plein d’autres histoires, y a tout le blanchiment d’argent via la mafia russe dans une quantité de taux, tout ça est documenté.
David Dufresne
Vous revenez beaucoup là-dessus, on ne va pas tout dévoiler, mais si j’ai bien compris, il y a un côté presque qui rappelle Marine Le Pen, je me permets de parler de politique française parce que vous avez écrit un livre, le précédent, sur le délire du grand remplacement et sur votre camarade Bock-Côté, je dis camarade parce qu’il vient du Québec, qu’on a chez nous, etc., donc vous connaissez bien la type, de part sa réputation d’arnaqueur. Obligé d’aller situation c’est que Trump en fait si je ne m’abuse d’aller chercher de l’argent ailleurs notamment dans une banque allemande qui est un peu douteuse et et chez les russes donc c'était là où il y a un petit petit parallèle
Alain Roy
C’est ça, c’est la Deutsche Bank, en fait, qui a été officiellement accusée de blanchir des fonds des mafias russes. Donc, tout ça aussi, ce sont des faits publics et c'était par ce seul canal que Trump a pu se financer. Et ce que des journalistes d’enquête nous disent, c’est que Trump, aujourd’hui, doit encore… Des centaines de millions voire des milliards à des banques russes. Donc c’est pourquoi aussi il est à la solde de Poutine, pourquoi dans sa politique étrangère tout ce que Trump veut faire Ça n’aide pas les États-Unis, ça n’a qu’une seule personne, c’est Vladimir Poutine. Quand il veut lâcher l’Ukraine, ça ne peut qu’aider Poutine, quand il veut la lâcher la Corée du Sud, ça peut qu’il aide Poutine lorsqu’il veut démanteler l’OTAN, ça veut qu’il aille Poutine Nancy Pelosi, la chef des démocrates en chambre, l’avait dit dans le blanc des yeux Monsieur Trump, quand on regarde ce que vous faites, tous les chemins mènent à Poutine
David Dufresne
Il y a aussi un autre point, et j’ai vraiment apprécié votre livre mais il y a un autre point par rapport au fait que Trump serait tenu par les Russes sur lequel moi je vous suis moins, c’est évidemment les affaires de kompromat, vous pouvez peut-être nous détailler de quoi il s’agit, tout le monde sait ici que Trump avec les femmes il est ce qu’il est, c-à-dire qu’ils trompent ses femmes, il couche avec tout le Mais ce que vous vous dites, c’est qu’il y aurait des affaires de kompromat bien connues des services russes.
Alain Roy
Là, en fait, je me réfère entre autres aux travaux d’un agresseur, c’est ça. Il est aussi un agresseur, il a été reconnu coupable d’agression sexuelle. Absolument. Et là, je fais référence aux histoires qui circulent simplement pour que le dossier soit complet. Et donc, c’est entre autres le journaliste d’enquête Craig Unger qui parle de tout ça. Donc, il y a eu le fameux rapport Steel qui est un agent secret britannique qui aurait recueilli cette histoire, on sait que Trump a eu recours à des services de prostituées toute sa vie, donc il n’y a rien d'étrange à cette idée. Là, est-ce qu’il a été filmé dans une chambre d’hôtel de Moscou contrôlée par le Kremlin, donc c’est ça l’histoire qui circule. Évidemment, je ne vais pas consulter ces vidéos si elles existent. Mais je l’ai indiqué dans le livre parce que ce sont des choses dont on parle, ce sont des choses que nous parlons des journalistes d’enquête américains. Donc cette histoire-là, il y en a une autre qui implique Jeffrey Epstein, mais ça c’est reconnu que Jeffrey Epstein recueillait des vidéos dans des partout avec des mineurs. Ça c'était un fait, ce n’est pas une théorie du complot. Et Donald a partouzé avec Jeffrey Epstein. Ça aussi, c’est un fait. Donc là ensuite, qu’en est-il d'éventuelles vidéos ? En tout cas, il y a des histoires qui circulent sur le sujet.
David Dufresne
Ce que vous nous apprenez, page 197, c’est que Trump a été identifié, écrivez-vous, comme cible par le Kremlin dès son mariage avec Ivana, son épouse d’origine tchécoslovaque en 1977. C’est-à-dire vraiment au début quoi. Le père d’Ivana fournissait des informations sur Donald aux services tchèques qui travaillaient en collaboration avec le KGB. Alors, il nous reste une dizaine de minutes. Dans le tchat, vous demandez si Trump fait la synthèse, sans que vous ayez un petit peu plus de temps. Et la synthèse pauvre et sèche de la culture américaine entre guillemets une sorte d’instinct américaine pardon étasunien parce que je voudrais pas attaquer les copains du Québec étasunien une sorte d' instincts d’une nation juvénile conjoint une brutalité directe quasi tellurique qui sert leur puissance contrairement à la culture européenne qui peut être brutale mais sophistiquée je vous pose cette parce que Vous vous posez cette question d’une certaine manière puisque tout le long du livre on vous suit allant dans un rallye donc dans une convention, dans un meeting de Trump pendant les élections où vous essayez de comprendre et vous êtes vous même happé par l’enthousiasme de la foule, voire plus que de l’enthousiasmes. Donc, est-ce qu’on peut déjà faire un rapport entre la culture américaine, l’idée qu’on s’en fait ? Et de Trump, est-ce qu’il est finalement le produit chimiquement, à la fois le plus pur et le plus impur d’une culture américaine ? Alors, donc, est-ce que vous voulez répondre à Florent Calvez dans le tchat. qui fait une analogie entre la culture américaine nord-étasunienne telle qu’on se l’imagine et Trump. Et par ailleurs, qu’est-ce que vous avez vu dans ces rallyes, dans cette convention du New Hampshire où vous êtes allés avec votre camarade photographe, il y a toute une histoire sur votre appareil photo sur ces deux points ?.
Alain Roy
Juste préciser que je n’ai pas vraiment été happé par l’enthousiasme de la foule parce que c’est que dans ce meeting, pour ne pas subir un mauvais quart d’heure aux mains des Trumpistes, on a dû se déguiser en partisans de Trump avec nos casquettes. Et là, David, au milieu du meeting, me dit « mais Alain, il faut que tu applaudisses aux paroles de Trump »J’ai dit « Mais pourquoi ? » Mais on a des casquettes sur la tête, puis David, son souci, c’est que les photographes, ils voulaient pas qu’on pense qu’il était, ils voulait pas que les Trumpistes pensent qu’ils étaient un journaliste de presse qui les photographiait, il voulait passer lui-même pour un Trumpiste, alors il voulait que je feigne cet enthousiasme parmi la foule
David Dufresne
Je me permets juste un tout petit souvenir Alain parce qu’il se trouve que moi je me suis retrouvé dans la même position que vous mais avec Le Pen en 2017 où j’ai suivi plusieurs meetings de Marine Le Pen et où il a fallu feindre évidemment pour ne pas, voilà, je faisais un jeu documentaire justement avec une société Akoufene à Montréal, bon bref, et donc à un moment donné je me suis retrouvé complètement frontiste, malgré moi, alors je ne scandais pas, je ne scandais pas les applaudissements, mais le truc a été encore plus délirant, parce qu’un jour il y a une conférence de presse de Marine Le Pen et je continue à applaudir, et là elle est sûre d’aller sur mon garde, genre qu’est-ce que tu fais ? Oh là, excusez-moi ! Voilà, et en fait c’est quand même très très compliqué de résister à cette espèce de folie, parce que j’imagine que c' est la même, quand même. Et justement, qu’est-ce que ça vous a appris fondamentalement d'être au milieu de ces électeurs et électrices de Trump ?
Alain Roy
On voit les techniques de manipulation et dans ce chapitre, je renvoie plusieurs fois, à quelques reprises, un ouvrage français qui est devenu classique, « La psychologie des foules de Gustave Lebon. Et ce qu’on voit, c’est que c'était les mêmes trucs. Mussolini s'était inspiré aussi de Gustave Lebon dans l’art de manipuler les foules. Et on voit que Trump utilise les mêmes trucs. Et le truc qu’il utilise souvent, c’est qu' il va faire peur à la foule. Souvent en agitant des épouvantails, des choses complètement inventées. Et après avoir bien apeuré la foule, il leur dit « mais ne vous en faites pas, je vais vous sauver ». C’est sa technique de manipulation, c’est toujours ça. Je vous fais peur, mais je vais vous sauver. Je cite dans le déroulement du meeting, il y a plusieurs moments où on voit Trump employer cette technique. Et puis il y a ce moment, encore une fois surréaliste, où ils font jouer cette vidéo où Trump est présenté littéralement comme l’envoyé de Dieu. La vidéo nous dit, je crois que c’est le 14 juin 1946, Dieu a créé Donald Trump pour sauver la planète Terre. Et là, il y a cette vidéo qui joue et Trump est vraiment présenté comme le Messie, le prophète, et la foule ne rit pas, ne respecte pas, elle ne voit pas ça comme un gag, ça passe comme si c'était un contenu normal, alors que c’est quand même hallucinant de se présenter comme un envoyé de Dieu comme ça, mais c’est ça le Trumpisme c’est une sorte de culte. Et puis pour répondre à la question de Florent : Oui, effectivement, parce que dans les années 80, justement, ça a participé à la montée de Trump. C’est qu’il incarnait justement l’espèce de débauche financière de Wall Street et le romancier Tom Wolf a décrit ça dans le bûcher des vanités. Donc Trump, c’est le jeune playboy à la couette blonde avec les mannequins, les voitures, le mode de vie fastueux. Il est devenu le symbole de cette Amérique qui se roulait dans les dollars, donc oui, Trump incarne quelque chose, profondément quelque chose de l’Amérique, et c’est pourquoi il est devenu une sorte d’icône. Mais derrière l’icône, il y a une autre réalité qui est beaucoup moins belle. C’est ce que je voulais montrer dans le livre, mais c'était une sorte de symbole de la société américaine.
David Dufresne
Dans le livre, vous racontez qu'à un moment donné, dans ce rallye, il va présenter des femmes. Est-ce que vous pouvez, les "beautiful ladies" d’abord, qu’est-ce qu’il fait en les présentant et où est le mensonge ?
Alain Roy
Bien, c’est qu’il y a ces dames qui le suivent dans chacun de ces rassemblements à travers le pays. Et Trump en fait énormément, il y a peut-être trois, quatre, cinq rassemblements par semaine. Donc il y a ces dames qui passent tout leur temps simplement à suivre Trump de rallye en rallye. Et sur la scène, Trump nous dit, il parle comme si ce sont des, je sais pas, des divorcés, des célibataires. Ce sont des dames d’un certain âge, 40, 50 ans. Et il fait comme si c'était une sorte de fan club, de fan groupie qui fantasment sur lui et tout ça. Et quoi que m’en donner, il dit, je sais pas ce que leur mari pense de ça, qu’elles me suivent comme ça de rallye en rallye. Mais en fait, ce qu’on apprend, c’est que les maris en question, ils sont pas absents, ils se sont là dans la salle
David Dufresne
C'était eux-mêmes qui avaient disposé les chaises sur lesquelles le parterre était assis en tant que bénévoles.
Alain Roy
C’est ça, mais Trump fait comme si ses femmes quittaient leur mari pour le suivre lui, pour se donner l’image d’un playboy séducteur irrésistible. Trump a toujours eu ce comportement face aux femmes, de les traiter comme des… il y a cette anecdote aussi assez étonnante où il décrit Melania, sa troisième femme. Il la présente comme une femme trophée, puis on lui dit, mais femme trophée, c’est pas un terme très élogieux, il dit, non, non c'était comme un trophée, j’ai remporté ce trophée. Donc il voit vraiment les femmes un peu comme des objets.
David Dufresne
Ce qu’il y a, c’est que la foule adore, la foule l’acclame, la foule l’applaudit. Elle participe à cette chosification des femmes, ne trouve rien à en redire.
Alain Roy
Ben non, parce que ça vient nourrir son culte parce que c’est ça, Trump, c' est le sauveur, mais c' est le sauveur libertin en même temps parce que, c est ça qui est curieux, c est que Trump plaît à la droite religieuse parce que il leur apporte des juges conservateurs qui s’opposent à l’avortement, au droit à l avortement. Mais dans sa vie privée, Trump n’est pas du tout, il ne va pas à la messe, ce n' est pas un croyant, ce n' est pas quelqu’un qui mène une vie qu’on pourrait qualifier de..
David Dufresne
De pieuse.
Alain Roy
De pieuse, non, absolument pas. On sait quel est son mode de vie. C'était vraiment un playboy qui collectionnait les femmes, qui allait partout, etc. La seule chose qu’il fait de pieux, si on peut dire, c’est que c'était un abstinent sur le plan de l’alcool. Et là, ce que beaucoup de gens disent, c’est qu’ils ne voulaient pas subir le même sort que son frère ami, Fred, qui est mort d’alcoolisme. Donc Trump ne boit pas d’alcool, peut-être qu’il devrait en boire un peu, peut-être que ça…
David Dufresne
On va lui dire ! Supamurgeman nous demande de réfléchir à ceci. Est-ce que Trump et d’autres, Sarkozy, Macron, ne font-ils pas qu’appliquer à l’extrême les préceptes de la gestion du management capitaliste, tels que ne jamais admettre la défaite, s’approprier ce qui marche, déléguer le travail, la responsabilité toujours vers le bas de l'échelle, etc., du marketing qui ne se prend même plus la tête avec le packaging. Pardon pour les anglicismes ! Pardon pour les anglicismes, là. Est-ce que c’est ça ?
Alain Roy
Mais la différence que je ferais, disons, spontanément, c’est que chez Trump, il y a quelque chose de vraiment plus échevelé et réfléchi. Trump, un de ses biographes le décrit, au fond, comme avant tout, un show-man. C’est quelqu’un qui a l’art du spectacle. Et les gens. On disait que Trump était quelqu’un qui avait une sorte de… qui était une doublure, qui jouait un autre rôle, qui toute sa vie a été… Il a aussi une sorte de fausse identité, celle de la doublure de Fred, et ça a été comme ça toute sa vie. Il a joué le rôle d’un homme d’affaires comme là où il joue le rôle d’un président, mais il n’a aucune compétence pour être président des États-Unis. Il ne possède pas du tout ce qu’il faut pour être Président, donc c’est plutôt comme, c'était un player, c’est un comédien, et sa méthode est très impressionniste, il y va comme ça à l’instinct de façon, donc de dire qu’il aurait une sorte de plan stratégique, managérial, je trouve qu’y a quelque chose un peu trop délibéré et réfléchi un peu dans cette conception. Peut-être que ça se rejoint dans les effets d’une certaine façon, mais Trump est quelqu’un de vraiment très brouillon dans ses méthodes.
David Dufresne
Est-ce que vous pensez que dans 4 ans, Alain Roy que vous êtes, vous pourrez nous rassurer, d’une certaine manière, de la même manière que vous le faites là, avec les actuels adjoints conseillers de Trump, dont on voit que les précédents ont tout fait pour éviter le pire du pire. C'était vraiment pas terrible, c'était pas génial, c'était épouvantable, mais disons qu’il y avait une forme de résistance de l’intérieur. Est-ce que vous pensez que cette résistance existe toujours ou est-ce que justement la grande différence entre ce deuxième mandat et le premier, c’est qu’il n’y a plus de résistance ?
Alain Roy
C’est ça, tout à fait. Dans le premier mandat, c'était ceux que les Américains parlaient de l’axe des adultes. Donc, Trump était l’enfant dans la pièce et il y avait l’axis des adultes qui servait à l’encadrer. Mais maintenant, on a vu qu’il s’est entouré de gens qu’on n’a pas choisis pour leur compétence, mais pour leur loyauté. Donc, un peu comme un chef mafieux. Les Américain, ces jours-ci, décrivent fréquemment Trump comme un « chef mafieux » et on l’a vu dans le bureau ovale, ça ressemblait au comportement d’un chef mafieux qu’on voyait. Et ce que veulent les chefs mafieux ce sont des subalternes qui sont loyaux, pas des subalternes qui pourraient leur dire monsieur Trump en tout respect c’est une erreur ce que vous proposez, il faudrait plutôt faire ceci. Personne n’ose le contredire et si quelqu’un ose le faire Vous êtes viré
David Dufresne
Oui, mais on pourrait dire de Nixon que c'était la même chose, que Nixon refusait d’avoir des mauvaises nouvelles de la guerre du Vietnam et qu’il démissionnerait, il virait ceux qui venaient lui dire « ça va pas ce qu’on fait ».
Alain Roy
Mais ça a été un problème aussi.
David Dufresne
Ça a été un problème.
Alain Roy
Donc, au fond, c’est la même recette de l'échec qui est reproduite. Donc, c’est ça qui est plus inquiétant, c’est qu’aujourd’hui, on sent pas qu’il y a des gens autour de lui à la Maison-Blanche pour l’encadrer. Ce qui fait reculer Trump, ce sont les forces extérieures. Ce sont les marchés boursiers. Ce sont des PDG d’entreprise qui lui passent un coup de fil pour lui dire, écoute, les droits de douane au Canada, à la Chine, au Mexique, ça marche pas du tout. C’est en train de nous pénaliser, on va perdre des emplois, ça fait mal à notre économie, ça a été aussi le marché obligataire qui était en grave difficulté il y a quelques semaines et donc ça c’est le genre de signaux que lui envoie le monde extérieur qui l’a amené à rétropédaler sur plusieurs droits de douane récemment, mais ça, ça vient pas de ses conseillers proches de la Maison Blanche, c’est des forces externes. C’est ça qui explique un peu aussi le côté complètement erratique de ce qu’on voit depuis trois mois. Il impose des droits de douane, il enlève les droits de douanes, mais je vais remettre les droites de douane et puis juste pour tel type de produit et puis après ça, oups, on les remet on augmente, on diminue il y a quelque chose de complètement improvisé on est vraiment dans l’amateurisme et le dilettantisme et ça c’est parce qu’il ne s’est pas entouré de véritables conseillers solides et les gens cèdent à ces lubies et ça donne ce que ça donne
David Dufresne
Alain, je me permets de vous demander quelques nouvelles du Canada qui m’est cher et puis après je vous libère, je vous promets, à la fin du mois, il y a des élections fédérales au Canada. Comment vit le peuple canadien anglophone et francophone face à la menace de Trump de faire du pays le 51ème État des États-Unis ? Est-ce que c’est vraiment vécu comme une réelle menace ? Est- ce que les gens préfèrent rire ? Quel est le ressort ? Parce que c' est quand même vertigineux.
Alain Roy
Oui, c’est énorme. Mais comme le Groenland, le Panama et tout ça, c’est ça qui était vraiment vertigineux depuis trois mois. On ne se serait pas attendu à de telles choses. Au début, tout le monde se disait au Canada, l’expression que Trump utilisait, c 'est le Canada 51e État.
David Dufresne
Alors que c’est déjà l’Alberta.
Alain Roy
Oui, parce que les Albertains, c’est une province pétrolière, donc ça ressemble un peu aux américains du Sud.
David Dufresne
On est d’accord.
Alain Roy
On dit toujours au Canada, 51e État, mais pourquoi pas 51e, 52e, 53e, 54e ? Je veux dire, le Canada, c’est un territoire immense. Pourquoi ça ne serait qu’un seul État ? Mais de toute façon, le Canada ne veut pas être un État américain. Mais déjà, dans cette prémisse, il y a quelque chose qui ne marche pas. Et puis ce qui marche non plus, même s’il voulait faire du Canada un 51e état, le Canada pencherait du côté démocrate et ça fait perdre le pouvoir à jamais aux Républicains. Déjà, là, il y a quelque chose d’insensé aussi sur le plan de ses propres intérêts. Ça n’aidait pas du tout les Républicains d’annexer le Canada. Au contraire, ils perdraient le pouvoir à jamais parce que le Canada deviendrait le plus gros État des États-Unis, plus gros que la Californie. Alors, il y a quelque-chose qui est un peu absurde déjà dans cette prémisse. Mais c’est qu’il a répété ce propos à tellement de fois. Il désignait Justin Trudeau comme gouverneur. Comme s’il était à la tête d’un État au sens américain et non le premier ministre du Canada. Qu'à un moment donné, puis là quand il a parlé du Groenland, on s’est dit, mais c’est peut-être pas des farces, et là on sait que Trump reluque les ressources naturelles du Canada qui sont immenses. On a du pétrole, du gaz, de l’aluminium, de l’eau douce, du bois d'œuvre, des minéraux rares. Le Canada, c'était un pays de ressources très abondantes dont les Américains ont besoin. Les Américains achètent énormément de pétrole de l’Alberta, ils vont raffiner dans les raffineries du golfe du Mexique et qui nous revendent ensuite. Trump a l'œil sur ses ressources et sa stratégie, c’est ça qui a vraiment heurté les Canadiens, c'était de dire je vais vous imposer des droits de douane très élevés afin de détruire votre économie et ce faisant, vous allez vous-même, de vous-mêmes vous annexer aux États-Unis pour ne plus subir ces droits des douanes. Et c’est ce chantage que tous les Canadiens ont trouvé complètement odieux. Et Mark Carney, qui a succédé à Justin Trudeau, qui est l’actuel premier ministre et qui est en voie de remporter les prochaines élections d’ailleurs, il a une avance assez solide, a dit ces mots quand même assez fort il y a quelques jours, que la relation de confiance entre le Canada et les États-Unis était brisée. Et pourtant, le Canada et l'État-Unis ont été des alliés depuis toujours. On était des voisins pacifiques. On est la plus longue frontière entre deux pays dans le monde, c’est entre le Canada et les États-Unis et on n’avait jamais eu de véritables problèmes.
David Dufresne
Il n’y a même pas loin de Montréal, il y a même une bibliothèque qui est traversée par la frontière. Dans un certain rayonnage on est au Canada, dans l’autre on est aux Etats-Unis. Mais juste pour terminer là-dessus, et après je vous laisse, il y a Marshall Charest qui, je pense, est du Québec, qui nous dit que justement Trump a finalement réveillé une fibre nationaliste, voire, enfin, ou patriote, enfin en tout cas a réussi à souder contre lui tout un pays, on va le dire comme ça, de manière plus positive, est-ce que vous pensez que la réponse faite probablement dans quelques jours par les Canadiens est la bonne réponse mondiale à donner à Trump ? Cette idée de dire, on n’a pas peur. Parce que quand on sort de votre bouquin, on est effrayé et on se dit, comment on lutte ? Est-ce-que vous pensez que la voix canadienne est la bonne voie ?
Alain Roy
Il faut lui tenir tête, absolument. Il ne faut absolument pas céder à ces menaces, à ces chantages. Il veut imposer des droits de douane ? OK, on va t’imposer des droits de douane. Il ne faut pas céder parce qu’on l’a vu récemment avec les universités américaines. Il les a attaquées directement en voulant les priver de leur financement. L’Université Columbia a plié à ces demandes, mais il n’a pas libéré le financement pour autant. Et l’Université Harvard, elle, a décidé de se tenir debout et de refuser ses demandes, qui sont tout à fait illégitimes, ce n’est pas au président de dire aux universités quoi faire. Donc, on voit que même quand on cède, ça ne donne rien non plus. Il faut toujours se rappeler que Trump est un intimidateur. C’est quelqu’un qui veut briser l’adversaire pour l’exploiter. Et sa façon de le faire, c’est souvent d’abord de se victimiser. C'était ce qu’il a fait avec le Canada. Il a dit que le Canada exploite les États-Unis et puis Trump a cette conception du déficit commercial qui est complètement erroné, il ne cesse de dire que les États Unis subventionnent le Canada simplement parce qu’il y a un déficits commercial des Américains, mais le déficit commercial des américains est largement dû au fait qu’ils achètent pétrole d’Alberta pour faire du profit dessus en le raffinant et en nous le revendant, donc ce déficit commercial en fait s’en est pas un, c’est pas un problème non plus, mais lui parle de subvention, que s’il ne subventionnent pas le Canada, le pays s'écroule, etc. Donc ça ce sont, encore une fois, ce sont des techniques de la pègre. C’est ce que fait la mafia quand elle dit à des commerçants, vous nous payez l’assurance ou sinon on met Je suis à votre… C’est la même chose que Trump fait, c’est de l’intimidation des pays et il faut simplement résister à ça. Les Américains ont une expression qui est la suivante, qui est « Call the bluff », c’est à dire au poker quand l’autre bluffe, il faut le pousser, allez montrer tes cartes, et on voit que les Chinois c' est ce qu’ils font. C’est ce que les Canadiens ont fait. Il faut faire la même chose, c’est comme, il faut pousser et c'était ce que l’université Harvard vient de faire aussi. Il faut rester ferme et quand on le fait, Trump n’a pas, s’il veut garder sa position, il n’a pas le choix de se radicaliser de plus en plus jusqu’au point que ça devient intenable. Et moi, je pense qu’une position de force et de fermeté, ça ne peut que le fragiliser en fait et c’est la voie à suivre à mon avis.
David Dufresne
Trump portrait d’un imposteur dans la maison Écosociété. Merci beaucoup Alain, je redonne le titre Il y a plusieurs belles maisons d'édition à Montréal, il y a Lux qui est bien connue ici et il y aussi Écosociété. La tournée promotionnelle se passe bien pour vous ? C’est du Trumpisme triomphant comment ça se passe ?
Alain Roy
Ben, c’est qu’il y a beaucoup de médias qui me sollicitent parce que les gens veulent comprendre qui est Trump, mais c'était aussi les élections canadiennes qui vont avoir lieu Là on est vendredi, c’est lundi, dans trois jours. Donc je deviens un peu le commentateur politique qui vient expliquer aux Français ce qui se passe au Canada.
David Dufresne
Alors moi j’ai voté, parce que j’ai la double nationalité, vous savez que c’est un escapegame de voter à distance pour les élections. Il faut prendre son bulletin, mettre le nom, le mettre dans une enveloppe, cette enveloppe il faut la mettre dans une autre enveloppe et l’envoyer dans une troisième enveloppe c'était un truc de dingue, c' est compliqué hein !
Alain Roy
Moi j’ai voté par anticipation parce que je ne serai pas au Canada lundi, je vais être encore en France.
David Dufresne
Voilà, super, merci monsieur Roy vous dit MTTS, merci Monsieur Roy pour votre passage Au poste vous dit Optimistik, bravo je vais le lire nous dit Medbel, super intéressant nous dit Colopus merci, Lovernia nous dit merci, Florent vous dit merci aussi, vous pouvez peut-être voir tout ça sur votre écran. Merci beaucoup, c'était un plaisir de vous lire et de converser avec vous. Bonne tournée à vous et à bientôt.
Alain Roy
Merci pour votre invitation.

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