« Le narcotrafic est organisé comme le capitalisme » — Amine Kessaci
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Amis amis du café, amis des convocations impromptues, amis du courage, amis de Marseille, et bonjour.Bonjour Amine Kessaci.
Bonjour.
C’est incroyable de te voir ici. Je te tutoie parce que tu m’as tutoyé dans la cour.
Parce qu’on se connaissait.
Et voilà, parce qu' on se connaissait, comment vas-tu ?
Très bien et toi ?
Ah moi je vais très bien, moi je vais très bien. Tu as 22 ans tu as un courage fou tu es plus rapide que l'éclair puisque quand j’ai lancé une petite invitation sur ton compte Instagram, je me suis dit bon, ça va se perdre. Pas du tout, tu m’as répondu. Tu m’a dit OK, il faut voir avec untel. J’ai vu avec untel deux jours après, tu es là.
C’est important !
Qu’est-ce que tu fais en région parisienne ?
Là, en ce moment ? Plein de choses je suis venu rencontrer du monde, rencontrer la presse. J’ai été avant-hier à Saint-Denis pour soutenir la liste d’Union de gauche à la mairie de Saint-Denis avec Mathieu Hanotin et puis, voilà.
Énorme respect, nous dit Harryman dans le tchat. Je le disais, tu as un courage fou et ton nom, Kessaci Amine, résonne comme un symbole de résistance dans les quartiers Nord de Marseille après l’assassinat de deux de tes frères tués par des narcotrafiquants. Ce jeune écolo que tu es a transformé sa douleur en combat, celui d’une jeunesse qui refuse de se plier à la narcocratie. Fondateur de l’association Consciences, tu accompagnes et pardon, tu dénonces, tu dénonces, c’est moi, je suis aussi troublé que toi en fait. Tu dénonces l’abandon des quartiers populaires, candidat aux municipales à Marseille, sur la liste de Benoît Payan, on va en parler. Tu incarnes une nouvelle génération d’activistes à la croisée du personnel et du politique. Ton discours à la fois radical, intime, force le respect. Tu es menacé, tu es sous protection policière. C'était la raison par laquelle nous n’avions pas annoncé cette émission avant dix minutes et tu continues de défier et les trafiquants et les sceptiques et les critiques c’est un honneur de te recevoir.
Tout l’honneur est pour moi, merci.
Est-ce que j’ai raconté des conneries ?
Non, non, non. Peut-être juste expliquer que Mehdi, mon petit frère, qui a été assassiné en novembre dernier, a été assassiné pour rien, a été assassiné parce qu’il était, mon petit frère, c’est sa seule culpabilité. Mehdi mon petit-frère était étudiant, il avait passé le concours de gardien de la paix, c'était ce qu’ils voulait devenir, ce jeune des quartiers qui voulait être policier pour établir la justice et garantir la paix. Et il m’a dit que mon petit frère, il est coupable uniquement d’avoir été mon petit frère, il a jamais mis les pieds dans un tribunal, jamais mis les pieds dans un commissariat, c’est pas quelqu’un qui était impliqué dans des bêtises ou dans je ne sais quoi et la seule raison pour laquelle il a été assassiné c'était pour me faire passer un message à moi.
Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu sur l’enquête ou pas ?
Je ne sais pas grand-chose de cette enquête, il y a une enquête qui aujourd’hui est en cours, il y à des investigations qui sont menées donc l’enquête va avancer et je fais confiance aux services de justice qui sont pleinement mobilisés sur ce dossier et tous les autres dossiers de ces jeunes assassinés à Marseille.
Je disais, tu es donc sous protection policière, il va sans dire qu’on va pas détailler cette protection. Moi ce que je peux dire c’est que depuis hier, j’ai des échanges, SMS avec ces messieurs qui te protègent. Comment à 22 ans on se retrouve, comment on vit ça d'être sous protection policière ? C’est-à-dire non pas sur sous, enfin peut-être un petit peu sous surveillance bon je veux pas t’embêter avec ça mais en tout cas d'être constamment, de jamais être seul.
Sous surveillance, je ne pense pas, je n’ai rien à me reprocher,je suis responsable de rien. Ma seule action, c’est de mener ce combat pour la paix, pour la justice dans les quartiers populaires. De mener cette vague d’espoir, de perspectives d’avenir pour les jeunes du narcotrafic. Ma seule culpabilité, c’est d’avoir écrit un livre dans lequel je dénonce le narcotrafic sans parler de personne, sans citer de nom. Et uniquement où j'écris à mon frère ainé Brahim une longue lettre d’amour où je me confie sur l'état de nos quartiers, sur la narcocratie,
Donc le livre Marseille essuie tes larmes, Vivre et Mourir.
En terre de narcocratie,la narcocratie, c’est le pouvoir qu’ont les narcotrafiquants d’influer sur nos vies. C’est le pouvoir que les narcotrafiquants de se faire passer pour des super-héros dans les séries telles que Narcos, etc., c'était le pouvoir que les narcotrafiquant ont de rendre la jeunesse des quartiers populaires en esclavage, en esclave de ce fléau et de ce système.
Je vais lire, si tu veux bien, un petit bout de la quatrième de couverture, comme ça tu peux jeter un coup d'œil au chat. Amine est très heureux qu’il ait le chat, donc si vous avez des questions à poser directement à Amine, vous pouvez le faire voilà, alors je lis juste le début de la 4ème de couverture, parce que je trouve que ça explique formidablement ton point de vue, ta position. "Tu es mort d’avoir cru à un rêve pourri vendu au détail dans les cages d’escalier, et si je parle aujourd’hui c’est pour en finir avec ça. Brûlé dans une voiture, c’est ainsi qu’est mort Brahim ton frère, une exécution aussi brutale que préméditée, en attendant le procès de ceux qui ont tué ton frère, Amine prend la plume et entame un dialogue posthume avec Brahim. Il lui écrit une longue lettre d’amour, de douleur, de révolte, pour rétablir le lien qui l’aura arraché. Amine refuse que son frère ne soit qu’une statistique, un fait divers de plus. Il brosse le portrait d’un homme à la trajectoire brisée, il raconte une vie maudite, mais Amine Kessaci ne s’arrête pas là, il interroge." Ça va être l’objet de notre émission, tes interrogations, tes questions tes colères et dis-tu c’est à cause de ce livre que ton deuxième frère…
Pas à cause, non, parce que les menaces que j’ai reçues, on m’a prévenu qu’un contrat avait été placé sur ma tête quelques semaines avant la parution de mon livre, avant que je ne communique sur le fait que j’ai écrit un livre et sur la date de parution, j’ai appris que j´ai été menacé dès le 18 août et mon livre est sorti la mi octobre, plutôt début octobre, et je l’ai annoncé courant septembre. Le livre n'était pas encore en considération dans ce contexte même si mon petit frère a été assassiné mais après mais les menaces en tout cas étaient antérieures. Pour répondre à la question de tout à l’heure comment on vit à 22 ans avec une protection policière bien sûr que les choses sont compliquées. Bien sûr que c’est pas évident, bien sûr qu'à 22 ans on aimerait être libre de ses faits, de ses gestes, on aimerait sortir, pouvoir aller voir des amis et ça, ça m’est aujourd’hui impossible. Tu les avais vus tout à l’heure, ils sont nombreux, il y a un vrai gros dispositif là-dessus parce que la menace est aussi élevée parce qu’aujourd’hui il y à des personnes qui sont à ma recherche, des personnes qui veulent m’assassiner et donc là- dessus moi je veux faire part de ma reconnaissance à ces personnes qui assurent cette protection et qui me permettent d'être là aujourd’hui.
Commençons par le début. Tu es né et tu as grandi à Frais-Vallon.C’est quoi Frais-Vallon ?
Frais-Vallon est une des plus grandes cités de Marseille.C’est un peu plus de 8000 habitants. C'était une cité qui, finalement, ressemble à toutes ces autres cités où on a eu le retrait des services publics, où on à eu un abandon de l'État et de la République, où on est pointé du doigt, stigmatisé, tenu responsable de tout. Et à la fois, on a des femmes, des mamans qui se battent, qui sont de véritables guerrières. Qui se lèvent, qui travaillent, qui élèvent leurs enfants comme elles le peuvent, qui les emmènent à l'école, qui les récupèrent. On a des associations qui viennent combler les vides de ce retrait de la police de proximité, de ce retard des services publics, c’est une cité où la solidarité a tout son sens. Frais-Vallon c’est une grande famille, comme dans toutes les familles des fois on se dispute, des fois on n’est pas contents les uns les autres, mais on reste une famille quand l’un tombe, l’autre se jette pour le récupérer quand il manque du sel ou de l’huile chez une maman, elle tape chez les voisins voisines. Et donc c’est dans cette solidarité-là que j’ai grandi à Frais-Vallon.
Mais Frais-Vallon est-ce que tu peux décrire le lieu, est ce qu’il a une particularité, est il est sans équipement, avec des équipements, il y a des écoles, il n’y a pas d'écoles ?
Non,Frais-Vallon,c’est d’ailleurs une des seules cités marseillaises où on a un métro dans le quartier. Et ça, ça a une importance. Moi, je n’ai jamais suivi ma scolarité dans le quartier. Ma mère, elle, a toujours voulu nous emmener à l'école ailleurs, en centre-ville, dans les quartiers sud de Marseille. Et ça c'était grâce au fait qu’on avait un métro qui pouvait nous permettre d'être à 15 minutes des quartiers Sud et du centre-ville. Et donc, c’est la seule cité de Marseille où on à un métro. C’est à la fois la seule cité où on a un grand espace vert. On a une colline de plusieurs hectares immense dans laquelle j’ai beaucoup de souvenirs. On s’amusait beaucoup, je prenais beaucoup de temps pour lire, pour me poser. L'été, c’est dans cette colline qu’on organise les concours de motocross, dans la cité. Donc c’est cette colline où j' ai beaucoup de souvenirs.
Tu as l’habitude de dire que la République s’est construite sans les quartiers populaires. Qu’est-ce que tu entends par là ?
Je dis pas véritablement ça, je dis que la République elle s’est construite avec la sueur des gens des quartiers populaires, avec les classes ouvrières, avec le peuple comme ils nous appellent et puis aujourd’hui on nous a tourné le dos et ça c’est un véritable constat, quelque chose de tangible quand on a, pour parler de Marseille, l’ancien maire de Marseille qui disait oui mais la question de la drogue c'était les quartiers Nord qui se tuent entre eux, ils font le ménage. Ils font le travail de la police, donc il ne faut pas s’en mêler. Ça montre bien à quel point on est laissé à quel point il y a cette volonté à la fois de non-action, à la foi en quelque sorte d’acheter une paix sociale, de dire bon, ça va contenir un territoire, c’est une partie de la population dans laquelle il n’y a aucune mixité sociale, donc, oui, c'était effectivement un enjeu. Je pense d’actions collectives où on a besoin d’une réponse globale, la question du narcotrafic elle ne peut se traiter qu’avec ses réponses répressives, qu' avec ses moyens de justice etc. Le narcotrafic ça se combat avec un enjeu de sécurité, de police de proximité, avec un enjeu de justice, mais ça se combat surtout avec un enjeu de justice sociale, avec un enjeu d’emploi, avec un enjeu de retour des services publics, avec un enjeu de mieux accompagner les associations. De ne plus donner les missions de l'État à ces assos et leur dire faites notre travail à coup de 2000 euros de subventions par an et débrouillez-vous, donc on a véritablement besoin d’un plan global sur la réponse du narcotrafic.
Est-ce que tu as le sentiment que le discours que je pense que tu prêtes à Gaudin, ancien maire de Marseille, je ne sais pas si c'était à lui que tout offre toutes les allusions, donc là il y a une émission de Salva Graph, est-ce qu’on peut dire que la politique de Gaudin a fait beaucoup pour délaisser Marseille et donc laisser le trafic se mettre en place, c’est un peu ce que tu viens de dire, est- ce que à l'échelle marseillaise, mais plus généralement à l'échelle globale de la France, Est-ce que tu penses que ce discours gaudinesque est toujours là ou est-ce que l’ampleur des narcotrafics modifie un peu la donne ? Et si oui, dans quel sens ?
Aujourd’hui, les pouvoirs publics, les maires des petites communes, l’autorité comme on peut l’appeler, elles se retrouvent face à une vraie vague, une vraie vague qui fait peur, une vague qui submerge, une vague et qui vient et qui a pour but de se substituer au service public, de se substituer à l’État, puisque dans les quartiers, c’est les trafics qui organisent les choses. C’est eux qui font les barrages, qui empêchent les gens d’aller et de venir. C’est eux qui, l'été, payent des piscines pour les jeunes du quartier et il faut bien les remercier et bien savoir que c’est eux. Donc moi, comment je compare le narcotrafic, je le compare véritablement et je pense qu’il y a de vrais ponts et de vrais liens. Je le compare avec la lutte anticapitaliste, parce que le narcotrafic est organisé de la même façon que le capitalisme. On a cette pyramide du capitalisme avec au sommet les têtes de réseau, les grosses têtes narcotrafiquants qui eux vivent très bien de l’argent, de la drogue, qui eux, vivent des milliards que génère le trafic de stupéfiants et eux par contre, ils ne vivent pas en France, ils vivent en Arabie Saoudite, à Dubaï, en Thaïlande, dans ces pays-là et tout en bas de cette échelle, comme le capitalisme, on a des jeunes, des jeunes en pieds d’immeubles, des jeunes qui vivent, très mal de cet argent, très très mal, puisqu’ils touchent moins qu’un smic si on se met à calculer le taux horaire etc et ces jeunes, ils sont, finalement, les premières victimes les victimes collatérales et les victimes de ce système, parce que c’est jamais les têtes de réseaux qui sont tuées.
Est-ce que c’est parce que tu as ce discours qui s’en prend aux têtes de réseau, aux grands capitalistes du trafic de drogue, aux grand profiteurs, est-ce que c’est parce que tu les cibles eux que tu es aujourd’hui sous protection policière ?
Mais il faut entendre ma parole. Moi, jamais je ne dis que les jeunes qui sont dans ces réseaux, jamais je n’ai dit que ceux qui sont à Marseille, que ceux qu’ils sont en France sont les responsables de quoi que ce soit.
Non, c’est bien sûr.
Ces jeunes-là, mais je sais que toi tu l’as compris, mais eux ne le comprennent pas véritablement parce que ceux qui ont donné l’ordre sont effectivement à des kilomètres d’ici. En l’occurrence, un d’entre eux qui est en prison. Mais ceux qui ont exécuté la tâche, ceux qui ont assassiné mon petit frère, c'était des jeunes que je défends. C’est des jeunes à qui je dis en fait qu’il faut leur donner une seconde chance. En fait ces jeunes-là il faut leur proposer un emploi, il faut leur proposer une formation. Donc je pense qu’ils n’ont pas véritablement compris le fond de ma parole et puis jusqu'à présent je suis toujours entré dans toutes les cités de Marseille sans aucun souci. Partout où j’allais des jeunes me disaient mais en fait on respecte ton travail parce que toutes les mamans de victimes qu’il y a eu depuis 2020 depuis l’assassinat de mon frère, il n’y en a aucune chez qui je ne me suis pas déplacé, il y en a aucune chez qui je ne suis pas allé présenter des condoléances chez qui je n’ai pas déployé le dispositif d’accompagnement des familles de victimes qu’on porte avec l’association Conscience, il y avait juste une question hyper intéressante sur la politique de répression contre le trafic.
Est-ce que vous pensez que la politique nationale des gouvernements de répression contre le trafic est efficace ou qu’ils instrumentalisent cela pour servir leur propagande ? Je l’ai relu pour que tu puisses prendre un petit peu de souffle. T’as un peu d’eau si t’as besoin.
Amine est de plus en plus lucide, merci. J’espère que je l'étais avant. Non, sur la question de la répression et sur la question de la prohibition, il y a une véritable anomalie, une véritable contradiction en fait. On vient nous expliquer qu’on mène la politique de prohibition la plus violente d’Europe et qu' on est pourtant, en termes de consommation, le premier pays européen. Premier pays européen en termes de consommation et donc ça montre l’inefficacité de cette politique de prohibition, ça montre une inefficacité de cette politique de répression qui ne mène nulle part. Et donc là-dessus, j’ai une position qui est très claire, en fait. Il faut qu’on entre dans la voie de la légalisation du cannabis, puisque aujourd’hui le cannabis est la drogue qu’on connaît le mieux. C’est la drogue qui est la plus consommée avec près de 300 tonnes. Ce n’est pas celle qui rapporte le plus économiquement aux réseaux, c’est la cocaïne, mais qui représente en termes de consommation 20 tonnes.
Est-ce que tu as parlé de ces questions-là, de légalisation du cannabis ? Donc on est bien d’accord, tu parles pas de dépénalisation, mais de légalisation, c’est-à-dire de l’organisation finalement de la vente et de l’achat du cannabis. Est- ce que tu en as parlé avec ceux que tu désignais d’une certaine manière comme les prolétaires des trafics de drogue ? Qu’est ce qu’ils deviendraient dans ces cas-là ? Ceux qui vendent aujourd’hui du shit et qui, tu le disais toi-même ? Finalement ne gagnent absolument pas, enfin sont moins payés qu’au SMIC si on calcule le taux horaire, c’est pas du tout les chiffres qu’on entend sur Cnews, mais n’empêche que cette somme ridicule ça leur permet de tenir un petit peu, donc dans ces cas là comment tu ferais ?
C’est pour ça que je disais que la légalisation, ce n’est pas la solution miracle. Quand on m’interroge dans la presse, je ne réponds jamais, il y a une solution miracle, il y un panel, un bloc de solutions à apporter. Je parlais de l’action de l' Europe, l’Europe, elle doit aller chercher les têtes de réseau à l'étranger. On doit avoir des politiques sociales, des politiques d’aménagement du territoire dans les quartiers, des politiques où on remet l’habitant au cœur des décisions, notamment sur les questions de rénovation urbaine, sur les questions d’aménagement de l’espace, Et on doit surtout mener en parallèle de la légalisation du cannabis des vraies politiques d’insertion professionnelle créer de l’emploi, redonner des perspectives économiques. Moi, je défends lorsque j’ai été candidat aux élections législatives à Marseille, où j'étais au second tour face au Front National dans les quartiers Nord de Marseille, battu de quelques points par la députée RN Elle avait fait 50 et quelques, et j’avais fait 49,030, donc elle m’a battu à 0,70 points. Et que je défends l’augmentation du SMIC, c’est pas le plaisir de dire qu’il faut défendre le SMIC comme ils le font tous, non, c’est de redonner du sens au travail, c´est de redonner de la valeur au travail.
Question à nouveau du tchat, quel était le taux de participation dans les quartier Nord là où tu as perdu d’un cheveu face au RN ?
Le taux de participation n'était pas faible parce qu’il y avait la vague NFP, parce qu' il y avait un enjeu aux dernières législatives qui était important. Moi, dans le Sud, j'étais dans la circo où il y avait le plus de primo-votants, de jeunes qui venaient voter pour la première fois parce qu on a fait une campagne de terrain, parce que les gens me connaissent, parce que pour un tas de raisons, et parce que la vague est NFP. Et donc, les taux n'étaient pas faibles, ils n'étaient pas non plus énormes, sur une circo de 100 et quelques mille habitants on avait au second tour on avait 22 035 voix pour moi, 22 800 pour la députée RN, donc près de 45 000 votants. Donc ce qui fait pratiquement la moitié de la circonscription, ce qui fait des taux de participation entre 40 et 50 %.
Tu as fait une échelle, tu as parlé du capitalisme comme l’archétype, finalement du trafic de drogue et inversement, tu parles de légalisation et ma question au départ, c'était est-ce que tu sens qu’il y a une évolution dans le discours autour des drogues ? Là, ce que tu viens de dire, tu n’as pu le dire parce que tu avais 20 minutes. J’imagine que c’est quelque chose que tu ne peux pas dire en deux minutes sur un plateau de télévision parce que c’est totalement inaudible.
Tout à fait, parce que là on a le temps, on peut discuter, et d’ailleurs merci. Non mais je, faut le souligner, mais bien sûr qu’ailleurs c' est plus compliqué, après il y a des plateaux où j’arrive à placer des choses, à dire des choses. On a sorti un documentaire avec la chaîne parlementaire LCP. J’ai sorti cet ouvrage, Marseille essuie tes larmes, dans lequel je reviens beaucoup sur ces notions, sur le silence des pères, sur la question des quartiers. Donc il y a un véritable enjeu, je pense, de créer ces espaces de dialogue et d’ailleurs c’est ce que je veux faire. Après les élections municipales, on va monter l’association nationale des mères de France qui agissent contre le narcotrafic parce que tout le monde aujourd’hui dit que la drogue c' est un enjeu national, c’est enjeu majeur, blablabla, de l’extrême droite jusqu'à gauche toute. Et donc il faut qu’on crée ces espaces, il faut que l’on se dote d’espaces où, on peut tenir ces débats. Des espaces où on peut avoir ces échanges, où on peut avoir ces débats qu’on n’arrive pas à avoir ailleurs dans les institutions, le débat de la légalisation, il est très fermé, très restreint et on n’arrive pas à imposer ce débat à l’ordre du jour. Donc, il faut qu' on se dote d’espace pour ça.
Parce qu’en fait, effectivement, tu parles des maires, des gérants, des municipalités, des maires et des mairesses, on va dire, c’est comme ça, et donc pas des mères de famille.
Il faut arrêter de faire porter les choses sur le dos des mères de famille non mais je sais que c'était pas la question mais juste les gens disent beaucoup oui mais la responsabilité des mamans etc c’est pas la question là je sais bien mais mais les mamans elles portent tellement on parle beaucoup de mamans qui vont pas, de mamans défaillantes de familles défaillantes on parle pas de ces milliers de familles qui vont bien de ces milliers de familles qui ont jamais eu de problème avec la justice de ces milliers de mamans qui cumulent deux emplois qui se lèvent le avant tout le monde qui vont faire de job et qu’ils rentrent après s’occuper de leurs enfants et de ces mères là on n’en parle jamais et moi vraiment la colonne vertébrale de mon engagement c’est les mères, les mamans qui sont finalement le pilier, qui sont le dernier rempart dans ces quartiers et à qui si ce soir on peut rendre hommage à quelqu’un c’est bien aux mamans de ces cités à qui je voudrais qu’on rende hommage
Donc tu es en train de constituer une association de mères luttant contre les narcotrafics, association qui sera œcuménique, si j’ai bien compris, gauche-droite. Est-ce que sur ces questions-là, tu penses qu’il y a des différences ou pas ? Des différences de vision des choses entre des maires de gauche et des maires de droite, ou c’est le répressif qui prend le dessus, ou ceux qui vont venir te rejoindre sont là pour réfléchir au-delà du répressif ?
Il y a de tout, à droite, il y a des gens qui ont aujourd’hui sont pour l’ouverture, le débat sur la légalisation du cannabis. J’ai des maires de droite qui me disent « en fait, nous, on est pour la légalisation, parce qu’au moins, ça pourrait nous permettre de mieux sanctionner, de mieux suivre, de bien contrôler, etc. » Donc en fait ça dépend. Et à la fois, bien sûr que leur discours du tout répressif, il y a un très beau portrait là sur votre porte et cette personne est celui qui a démantelé la police de proximité. Moi j’en veux terriblement à ce personnage.
Nicolas Sarkozy sur la porte, le portrait officiel de la République du temps où ce monsieur ne portait pas de bracelet.
Non mais c’est clair, il faut le rappeler, et donc voilà, en fait, il y a leur réponse qui va pas, parce qu'à la fois ils sont sur un discours de tout répressif, etc., et bon, quand on condamne Nicolas Sarkozy, ils se lèvent tous en disant « non, non, non, c'était trop répressif, là, faut pas trop, hier vous étiez tout répressif, aujourd’hui c’est plus répressif », bon finalement c'était vérité pour tous et impunité pour eux, et ça, ça peut pas marcher comme ça, et puis le discours du tout répressif qui fonctionne pas, et à l’inverse, et il faut essayer à gauche, Boboland, là, qui viennent pleurer quand il y a la loi narco-trafic sur l’article 8 parce qu’on va pouvoir aller fouiller dans leur téléphone, sur Telegram. Au lieu de se lever en disant « c’est pas normal qu’il y ait une expulsion des mères de victimes de leur logement, c’est pas normal que dans cette loi, il n’y a pas ça, il y en a pas. » En fait, il faut aussi qu' on équilibre notre vocabulaire, il faut qu’en équilibre notre façon de mener les combats, je parle de nous, à gauche. Il faut aussi qu’on sache quel est notre ennemi, qu’est-ce qu’il est notre objectif.
Le retour de la police de proximité, est-ce que tu le fais pour donner des gages, on va dire sécuritaires, à ceux qui t’en demanderaient, ou est- ce que tu es intimement convaincu que la police de proximité a son intérêt, oubliant peut-être qu’elle avait aussi un rôle de renseignement, de mouchardage, de surveillance de la population qui n'était pas forcément sensationnelle ? Question, est ce que c’est une conviction de ta part ou est ce par politique, au sens où tu voudrais rejoindre le plus de paroles possible, que tu prônes le retour de la police de proximité.
Non, c’est parce que moi, je crois en la police de proximité. Je crois en cette police qui connaît les jeunes, qui connaît les quartiers, cette police, qui n’est pas formée pour venir faire du chiffre ou taper sur n’importe qui, et qui, à l’inverse, ne se fait pas taper dessus. Je crois que cette police à Frais Vallon, a existé au pied de mon immeuble avec un commissariat de police qui était ouvert jusqu'à l’avènement de Nicolas Sarkozy. Cette police qui ne posait pas de problème, qui n’avait pas de problèmes d’ailleurs et qui dans ma cité,cohabitait à juste titre avec les habitants et sans que ça ne me pose aucun souci. Et puis non, moi ce qui m’intéresse c’est notamment chez certaines personnes à gauche qui nous parlent de liberté individuelle lorsqu’il s’agit de vidéos, surveillance, des caméras de vidéoprotection, ces personnes-là sont les premières à demander des caméras devant leur pavillon fermé avec les grands portails des petites ruelles qui sont privatisées à Paris. Et quand il s’agit de mettre des caméras pour protéger les gens ailleurs, ils sont contre et ils parlent de liberté individuelle. Je trouve ça un peu poussé quand même.
Pour toi, quels sont les plus grands défis dans les combats que tu mènes ? C’est de convaincre la gauche, c’est convaincre la droite, c’est d'établir un dialogue avec les victimes de tout ça, les populations, les quartiers, de tordre le cou aux clichés véhiculés par les médias. C' est quoi les défis qui sont devant toi ? Alors Amine est en train de regarder le tchat, c’est pour ça qu’il ne répond pas tout de suite, mais si tu veux répondre au tchat tu peux le faire.
Il y avait un truc sur le collectif des mères, tout à fait, nous on a créé avec conscience le collectif des mamans de victimes qui qui accompagne ces mères de victimes qui se mobilisent, qui ont fait plusieurs mobilisations, qui en fait plusieurs actions pour dénoncer, pour porter des choses Mais oui, enfin il y a l’enjeu je pense qu’il est de créer un espace où en fait on arrive enfin à porter une parole crédible, je pense. Et quand je dis on, c’est la gauche, mais pas que, en fait, parce que cette question, elle est vraiment transpartisane. Quand j’ai porté au Parlement européen cette résolution qui a donné la ligne que l’Europe va suivre en matière de lutte contre le narcotrafic, j’espère que ça découle des directives européennes qui sont les lois européennes, et non pas que sur une résolution qui n’a pas de caractère législatif. Et donc il y a un véritable enjeu, je pense, de rassembler le plus possible autour de cette question, et c’est vraiment ce que je veux faire avec l’Association Nationale des maires et mairesses qui agissent contre le narcotrafic.
Alors si j’ai bien compris, en fait t’es un peu en tournée là, tu profites si je puis dire des municipales pour essayer d’aller voir des maires ici ou là, pour les amener à te rejoindre non c’est pas ça ?
Non là je fais une tournée pour aller soutenir les candidats de gauche aux élections municipales puisqu’il y a un combat électoral qui est mené. Je n’ai fait des tournées que dans des mairies de gauche pour le moment et j’ai appelé à voter pour ces candidats-là d’union de la gauche. Et après, il y aura un second temps après les municipales. C’est pour ça que cette association n’est pas créée. Et après les municipales, j’irai chercher partout, même si c’est des maires de droite, partout des personnes qui veulent agir contre le narcotrafic, à l’exception bien évidemment de l’extrême droite qui ne pourront assister à ce moment.
Bien sûr. Je voudrais revenir sur ton parcours, puisque si j’ai bien calculé, tu démarres l’implication citoyenne à 17 ans, avec une association qui s’appelle Conscience écologique, au départ, qui entendait mettre la question climatique dans les quartiers. C’est bien ça, et ça va devenir l’association Conscience tout court après la mort, le premier assassinat pardon de ton premier frère, c’est ça ?
Tout à fait, parce qu’au début, l’action de Conscience, c'était effectivement ces enjeux écologiques dans les quartiers en expliquant que l'écologie, c’est notre affaire à tous, que dans les quartiers, on pouvait parler des questions d’alimentation, on pouvait parler de la rénovation thermique des bâtiments, on pouvait parler d’un tas de choses et c' est un peu ce qu’on a tenté de faire pendant des mois, puisqu’on a distribué des colis alimentaires, on a organisé des opérations de nettoyage. On a travaillé sur de l’accès aux droits avec des permanences et d’ailleurs à l'époque c'était le Parti communiste qui me prêtait des locaux pas loin de mon quartier et qui nous ont permis de mener ces permanences où on avait des jeunes qui venaient de plusieurs lycées de Marseille avec des ordinateurs et qui aidaient des mamans, des papas du quartier à faire leurs démarches administratives et après la première frappe qui m’a tapé et qui m’avait déjà mis à terre, la perte de mon premier frère, on a décidé d’agir autrement avec Conscience.
Ton premier frère qui est mort dans des conditions absolument épouvantables, si j’ai bien compris, il était lié à ce que tu dénonces aujourd’hui, c’est bien ça ?
Mon frère Brahim était tombé dans les réseaux très jeune, même s’il n’avait pas monté tous les grades et tous les échelons, il était tombé dans le narcotrafic.
Est-ce que je peux te demander si tu sais pourquoi pour lui le métro qui t’a permis à toi de faire une forme d’extraction sociale, grâce à ta mère qui t’a emmené suivre le collège, le lycée, en dehors de l'écosystème dans lequel tu étais, est-ce-que tu sais, pourquoi pour ton frère ça n’a pas fonctionné ?
Parce que déjà, Dieu merci, dans les quartiers, pas tout le monde ne tombe dans les trafics de drogue, ça c’est compliqué parce que sinon on aurait une véritable milice, une véritable armée et les jeunes de narco seraient plus nombreux que les forces de l’ordre et que n’importe qui. Non, parce que je pense que c'était une question de personne, en fait une question de caractère, une question de sensibilité. Les jeunes qui tombent dans le narco, c'étaient parfois des jeunes qui se sentent à l'écart, se sentant dehors de fratrie, se sentent en dehors de la société se sentent marginalisés, à juste titre parfois, et qui ne trouvent pas leur place, qui ne trouve pas de sens aussi à ce qu’ils font, à ce qui peuvent porter, à ce que peuvent dire, à comment ils peuvent vivre. Donc je pense que c’est véritablement une question de personne et de sensibilité, de caractère qui fait que dans une fratrie, il peut y en avoir un qui tombe et pas les autres, bien sûr.
L’association Conscience, elle existe sur Marseille et ailleurs ou que sur Marseille ?
Ah non, c’est une situation nationale, aujourd’hui on est dans un enjeu national, international, il faut regarder ce qui se passe en Guadeloupe, ces milliers de personnes, ces centaines de personnes qui décèdent en Guadeloupe, ces personnes qui deviennent des mules, qui transportent de la drogue dans leur corps et qui décèdent par la suite, donc non, non c’est un fléau plus que national, d’ailleurs les groupes mafieux de Marseille ont des antennes, des antennes partout en France et sont même installées, imposées dans les rues de Bruxelles, en Belgique et commencent à tisser des liens européens.
Certains font dans le chat des comparaisons en disant oui il y a les narcotrafiquants mais il y aussi les petits arrangements, il y a aussi le côté mafieux, que ce soit à Marseille ou ailleurs, il ne s’agit pas de porter la critique sur la ville de Marseille. Est-ce que tu penses qu’effectivement on peut lier les deux ou il y a une spécificité autour de la narcocratie ?
La question c'était ?
Est-ce qu’il y a une spécificité entre les… Je vois quand même que le chat te perturbe. Entre les narcotrafics et la mafia ou les petits arrangements ou l'état de droit qui recule ici ou là, est-ce que l’on peut faire une distinction ou est-ce que finalement les narcotrafiquants profitent d’une généralisation ?
Non, mais ça fait justement partie de la narcocratie du pouvoir qu’ils ont, d’influer, de corrompre, de menacer, de venir corrompre au tribunal judiciaire de Marseille, des salariés, de jeunes filles qui avaient 24 ans et 26 ans qui ont sorti des dossiers de trafiquants pour le compte de la DZ Mafia, qui ont été condamnés, etc. La Cour des comptes aujourd’hui, la Cour des Comptes, qui est la juridiction suprême en matière de comptes publics, d’argent, etc. Elle a sorti un dossier d’alerte en disant attention, le taux de corruption à cette élection municipale, est à son paroxysme en fait. Il est à un niveau qu’on n’a jamais connu et on risque d’avoir des liens entre les narcotrafiquants qui veulent influer aussi sur l'élection municipale. Donc tout ça, ça fait partie de ce phénomène que j’appelle la narcocratie.
Le tchat s’emballe autour du PS, autour de Payan. A-t-on déjà parlé des magouilles de Payan ? Alors magouilles,, je ne sais pas, mais effectivement Blast aujourd’hui a révélé que le plan École du Maire Payan était dans le viseur de la justice. Le plan Marseille en Grand, d’Emmanuel Macron, tangue, et pas qu’un peu. Écrit Blast aujourd’hui même, son cœur, la rénovation des écoles délabrées après des décennies d’abandon, vitrine du mandat du maire sortant Benoît Payan dont tu es colistier, se transforme en bombe judiciaire, démissions en série à la société publique qui gère le chantier, soupçon de manipulations et de favoritisme dans les marchés publics, pression politique, dissimulation troublante, le directeur du cabinet du président de la République qui est donc l’ancien préfet, lui-même a dénoncé les faits auprès du parquet de Marseille, qui a ouvert une enquête.
C’est confirmé que l’enquête est ouverte ?
Ah, tu vas pas à 22 ans commencer comme ça ? Non, non, c’est une vraie question. Pour l’instant, a ouvert un enquête, si, si. C' est ce que dit Blast.
Non non, ce matin l’enquête n'était pas ouverte, mais bon, elle peut être ouverte, après, tu rappelles mon âge. Mais l' enquête n'était pas ouverte ce matin, vraiment, je me suis renseigné.
Peut-être ce matin mais là, visiblement cet après-midi.
Je me suis renseigné et j’ai vu l’article de Blast hier soir, d’ailleurs je connais les journalistes qui ont écrit cet article. Non, là-dessus, je pense que si vous voulez des réponses sur ce sujet-là, il faudra demander au maire de Marseille, aux élus en charge du plan école. La seule chose que je peux dire là-dessus, c’est que si le plan Marseille existe aujourd’hui, c'était aussi parce qu’il y a des gens qui sont partis chercher cet argent et en fait cet argent ne tombe pas de nulle part. On a l’impression que cet argent nous a été livré comme ça sur un plateau et pas du tout. C’est de l’argent que Gaudin avait mal géré, qui avait refusé Gaudin pendant des années, que la majorité du Printemps marseillais est partie chercher, est partie arracher pour Marseille. Et moi, ce plan, j’en ai vu, la traduction concrète à Frais Vallon mon école, l'école de mon quartier, elle a le plafond qui était effondré depuis des années et qui a été refait avec cet argent.
On voit bien ton grand cœur, on voit bien tes convictions et ton courage qui forcent absolument le respect, mais néanmoins je me pose la question, est-ce qu’il n’y a pas des moments, je ne te demande pas des noms, est ce qu’ils n’ont pas des moments avec tout ce que tu traverses ? Tu n’es pas découragé par ce genre d’affaires qui éclatent ou par exemple dans un autre genre, Renaud Muselier, l’inénarrable Renaud Muselier qui s’est permis de dire le 29 décembre que tu étais victime du syndrome de Stockholm puisque tu as rejoint la liste du maire sortant de Marseille alors que dit Renaud Muselier que c’est quand même pendant son mandat que ces deux frères ont été assassinés. Le silence pour toute réponse, tu peux, hein ?
Le silence veut dire beaucoup, mais la politique, elle, ne doit pas tout permettre. La politique ne doit pas permettre à un président de région, au fonction d’un président de région qui a soutenu Nicolas Sarkozy, un président de région qui a accueilli Nicolas Sarkozy récemment à Marseille. Il a fait rentrer dans l’hémicycle avec un… Je ne sais pas s’il avait le bracelet électronique ou pas, mais voilà. Et ça en dit long sur les amis de Renaud Muselier. Un président de région qui aujourd’hui règle ses comptes en fait parce qu’il m’a proposé d'être sur la liste de droite et que je lui ai répondu que mes convictions et mes valeurs n'étaient pas là bas il m’a d’ailleurs proposé beaucoup de choses pour me demander de rejoindre cette liste donc les propos de Renaud Muselier sont assez indignes, assez indignes quand il m’a proposé d'être numéro 4 sur la liste de Martine Vassal et qu' il a tout fait pour me convaincre d’y être et je trouve ça assez indigne qu’hier, j'étais pas atteint du syndrome de Stockholm, donc j’y étais bien pour sa liste, et qu’aujourd’hui puisque j’ai décidé d’aller dans la liste où mes valeurs sont représentées dans la liste de ma famille politique, puisque j’ai été candidat des élections avant les municipales, et je trouve ça tout juste indigne de sa part. Après voilà, ça le caractérise, ça le représente, moi je balais tout ça, et mon seul ennemi c’est le narcotrafic.
et c' est parce que tu as cet ennemi que tu peux balayer. Ça te donne cette force là ?
Non, c’est parce qu'à 22 ans, il y a un contrat de 50 000 euros sur ma tête. Il y a des gens qui veulent me tuer. Il y à un groupe mafieux qui essaye de me trouver. Donc moi, je sais pas si dans deux ans ou trois ans, je suis là parce que mon petit frère a été tué à ma place pour rien. Donc je suis peut être le prochain. Et pour ça, je n’ai pas le droit de m’arrêter sur ces futilités, de m’attarder sur ce genre de choses. Moi, j’ai un combat, j’ai une parole à porter. J’ai quelque chose à faire et j’irai jusqu’au bout. Je ne me tairai pas. Je ne tairais pas face au narcotrafic parce que beaucoup parlaient,ça, il faut le dire aussi. Beaucoup parlaient, parce qu’on a organisé une marche blanche en la mémoire de mon petit frère Mehdi, où il y avait des milliers de personnes qui se sont levées. Et tous les plateaux de télé, CNews, BFM, parlaient de l’absence des rappeurs, etc. Ok, soulignons leur absence, merci. Mais personne n’a parlé de l’absence des auteurs, personne n’a parlé de l 'absence des grands défenseurs de la liberté d’expression, de celles et ceux qui se sont levés pour Boualem Sansal en criant liberté d’expression. Ces gens-là, ils ne sont pas venus à ma marche. Les auteurs, les libraires, moi je les ai pas vus, se lever et dire un collègue, Amine Kessaci, auteur, j’ai écrit un livre, est atteint, la liberté d’expression est atteinte, personne n’en a parlé. Et donc moi je trouve qu’il y a vraiment un vocabulaire, une vision des choses qui est assez hypocrite.
Tu veux dire que c’est une assignation raciste ? Seuls des rappeurs pourraient venir dans ton entourage, d’où tu viens, il n’y a pas autre chose que ça.
Ouais, c’est peut-être une insinuation raciste et elle est à combattre, il y a aussi mon cercle social dans lequel je vis, il ya aussi mon âge qui joue et ces gens se rendent indignes de tout ça et c'était pour ça qu’il faut balayer ça et le combat est assez long, assez compliqué pour en plus se rajouter ce genre d'épines sur la route..
Où est-ce que tu sens les leviers les plus efficaces ? Est-ce que c’est l’associatif, est-ce que c’est le politique, est ce que c’est l'écriture, est ce que c’est le médiatique ?
Il y a toutes les sphères dans lesquelles on peut agir et chacun a agir à son échelle, comme il peut le faire, etc. Moi, je suis un fervent défenseur de la société civile, du monde associatif, parce que je suis né dans ce système-là, je me suis né, dans le monde associatif, je ne suis né dans des assos, j’ai moi-même fondé mon asso et parce que je viens de ce monde-là je connais les limites du monde associatif et la réponse associative, c’est une réponse au cas par cas. On répond à des situations particulières, on répond Et c’est loin malheureusement d'être assez doté de moyens pour répondre à tous les cas auxquels on voudrait répondre. Et surtout c' est loin, d’un point de vue de moyens, de répondre aux choses de façon systémique, de façon systématique. Et c' est pour ça que je pense qu’on doit investir la sphère politique, politique principalement, pour mener ce combat.
Quelques questions qui sont politiciennes, on pourrait dire, mais comme elles reviennent, je vais la relayer, pourquoi avoir choisi de t’associer au PS plutôt qu'à la France Insoumise ?
Je peux y répondre sans aucun souci, parce que c’est une sensibilité qui est celle de la famille politique dans laquelle j’ai décidé de me mobiliser et de me battre, les Écologistes. Parce que je suis, comme j’ai pu être, très critique sur des points assez satisfait du bilan du Printemps marseillais. Je pense qu’il y a encore des choses à faire, à faire encore plus loin. On a dévoilé la liste des propositions que je vais porter, qu’on va porter avec le collectif du Printemps Marseillais. Mais parce qu’aujourd’hui, je pense que le seul à être en capacité à battre la route au Front National, à être rempart, à diriger cette ville, c’est l’actuel maire de Marseille. Et c'était pour ça que j’ai décidé de me mobiliser à ses côtés sur la liste du Printemps marseillais.
Admettons, vous remportez la municipalité, tu deviens adjoint peut-être au maire, qu’est-ce que tu pourrais faire ? Qu’est ce que tu voudrais faire, quelles sont les urgences ?
Moi, ce que je pense, c’est que la réponse, elle doit être vraiment transversale. Il faut vraiment qu’on ne prenne pas ces mauvais réflexes de dire, bon, dès qu' on arrive, on règle tout de suite le truc sécurité. En fait, il faut qu’on prenne tout de suite à bras le corps toutes les questions et qu’on mette dans notre feuille de route deux choses.
Mais si c’est délicat d’interviewer, vu les menaces qui pèsent sur toi, je veux pas trop te rentrer dedans parce que voilà, t’as beaucoup à faire. Mais vu la situation que tu nous décris, la tienne, ce qui est arrivé à tes frères, le narcotrafic. Est-ce que tu crois vraiment que des mesures de social-démocratie pourraient suffire alors que tu as eu tout à l’heure un discours frontal en expliquant que c'était du capitalisme et que c'était à ce titre là qu’il fallait le battre. Les écolos d’aujourd’hui, le PS d' aujourd’hui ça n’apparaît pas comme des porteurs de rupture, or ce que tu appelles de tes vœux c’est quand même ça.
Oui, mais ça, ça ne fait pas un programme, de dire on est anticapitaliste mais moi vraiment, tout ceux que j’ai vu crier on est anti-capitaliste, ils l’ont fait depuis de beaux appartements et dans de beaux endroits de Paris, et donc crier ça, ça résout pas la situation, crier qu’on veut dégommer l’ordre social, qu' on veut dégommer les choses, qu’on veut plus une société qui tient sur ça, ça ne résout pas les choses. Le capitalisme, on le combat justement comme ça en fait, on le combat avec des initiatives qui vont nous permettre d’aller sur cette route de la sortie du capitalisme, d’aller sur cette route de combattre la logique violente du capitalisme du narcotrafic.
Il reste cinq minutes parce que tu as d’autres, d’autres comment on dit, obligations et on ne va pas les annoncer pour des raisons de sécurité. Tu parlais tout à l’heure de ces familles endeuillées que tu vas voir dans les quartiers, de ces familles qui ont perdu un frère et un fils. Qu’est-ce qui revient le plus souvent dans les mots ?
Généralement, c’est les mères, c’est les mamans qui s’expriment le plus, et pas forcément les frères, les pères et les sœurs, non pas parce qu’elles n’existent pas, mais parce que la douleur des mères est celle qui est le plus compliqué, celle qui a le moins descriptible, celle qui à le moins compréhensible, celle que personne ne peut comprendre, ces mères ce qu’elle disent toutes, C’est sur le coup, sur le moment, c’est leur peine, leur peine. L’anéantisme dans lequel elles se trouvent, la souffrance dans laquelle elles sont et toutes disent pourquoi mon fils, il y a toujours cette incompréhension. Et moi, ces mères avec qui j'échange beaucoup, avec qui je travaille beaucoup, à qui je demande beaucoup d’ailleurs puisque je leur demande toujours d'être finalement mes premières conseillères, quand j’ai décidé d'être candidat aux élections municipales, c’est elle que j’ai appelée d’abord. Leur faire part de cette nouvelle pour leur demander aussi ce qu’elles ont pensé avant de donner mon accord, d’annoncer publiquement ma candidature, c’est ce que j’ai fait, j’avais fait cette longue série d’entretiens et ces mères elles sont d’une fidélité incroyable, incroyable parce que je sais que les sacrifices que ma maman a fait pour nous élever, mes frères et moi, je sais la force que ces mamans représentent, je sait comment elles tiennent debout en fait et c' est pour elles qu’on doit tenir debout.
On ne demandera jamais assez, t’inquiètes Amine, on a le droit de le demander pour nos vies. Je ne sais pas ce que veut dire exactement Twitch Guild TV. Ça c’est, quand tu les as appelées, c'était une fois que le travail de deuil, si tant est que ce soit possible, est fait, là, il y a, puisque ton association s’appelle Conscience, il commence à y avoir à ce moment-là une prise de conscience politique de ces familles endeuillées. C’est ça qu’il faut comprendre ?
Bien sûr, ces familles.
Et qu’est-ce qu’elles disent alors ?
Là-dessus, elles sont sur les lignes que je défends, sur lesquelles je me suis engagé, parce que c’est des lignes que j’ai construites avec elles, justement. Et ces mères, elles, sont notamment pour beaucoup, pour travailler sur ces enjeux de mixité sociale dans les quartiers, sur permettre, et toutes, elles disent, notre point commun, c'était qu’on a toutes à un moment voulu sortir de la cité pour permettre à nos enfants d’avoir une nouvelle perspective, pour permettre aux enfants d'être ailleurs. D’aller à l'école ailleurs et je pense que ça nécessite de leur donner la parole à elles, en fait, on pourrait peut-être organiser un moment d'échange avec ces mamans et elles ont une parole très forte qu’elles portent mieux que moi, d’ailleurs.
Ah bah ça, si tu as le temps de monter un truc, nous on descend et on fait un débat avec les mères.
Avec plaisir.
Ah ouais, quand tu veux, alors là quand tu veux. Absolument. Il est 18h57, j’ai deux questions rituelles. La première, qui n’a rien à voir avec tout ce qu’on vient de dire, c’est est-ce que tu as un conseil culturel à donner ? Un livre, un disque, un film, ça peut être un vieux machin, ça peut-être un truc que t’as dans la poche, qui vient de sortir, ce que tu veux. Est-ce que tu as eu le temps de regarder ?
Un des derniers films qui m’a beaucoup beaucoup touché, qui m’a beaucoup plu, c’est "Les Filles désir" de Prïncia Car que je recommande vivement. En lecture, j’ai beaucoup moins lu ces derniers temps de fait, mais j’ai beaucoup lu les poèmes de Mahmoud Darwich, un poète palestinien, un militant palestinien que je recommande vivement, et un conseil culturel s’intéresser à tout et surtout de comprendre que la culture, c’est aussi ce qui ne sert à rien. Beaucoup pensent que l’on s’instruit, notamment les gens qui sont beaucoup militants et vous qui êtes dans le tchat, on se renseigne beaucoup sur la sphère politique, sur les discours politiques, mais en fait, il faut aussi parfois aller regarder un verre posé sur une table et comprendre toute la philosophie qui est autour. Et l’art, c’est souvent ça, c´est des choses qui ne servent à rien
Qu’est-ce que nous avons fait Amine Kessaci pendant maintenant 59 minutes ? Qu’es-ce qu’on a fait, selon toi, là ?
Je pense qu’on a discuté, qu' on a aussi répondu à certaines questions constructives, d’autres qui n'étaient pas très intéressantes, je veux le dire. Et puis, merci à celles et ceux qui ont dit des choses, qui étaient intéressantes ou pas. Mais je pense qu' on a tenté chacun dans nos prises de parole et dans nos messages on a tenté aussi d’expliquer l’importance de ces sujets, l’important de ces sujets pour nous. Donc voilà, du coup, merci, merci de m’avoir donné la parole, merci à ceux qui ont suivi et à très vite.
Force à toi. Et puis, ce n’est pas une invitation en l’air. Si à un moment donné, tu veux monter un débat avec ces dames, avec ces mères de famille, on sera ravis de les écouter, de discuter avec elles. Merci beaucoup Amine.
Merci à vous tous.
Et maintenant, la question rituelle. Qu’est-ce qu’on peut faire pour peser sur la situation ?
