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Le RN au tribunal : « derrière le vernis de respectabilité, toujours les mêmes manœuvres d’opacité »

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonjour veux tu un café, Tristan ? Ils t’ont dit les trois autres mousquetaires comment c'était ici ?
Tristan Berteloot
Oui, avec plaisir, oui ils m’ont dit je ne pensais pas que c'était aussi beau.
David Dufresne
C’est gentil ! Je dis les trois mousquetaires parce que tu es le quatrième de l'équipe de Libé, l’équipe frontale, qui s’occupe du RN et des groupuscules satellitaires.
Tristan Berteloot
C’est ça, on a une équipe de quatre qui est dirigée par Dominique Albertini. Voilà, c’est lui même dans sa rubrique RN extrêmement doué, qui a écrit 2 livres sur le Front national, dont un sur la fachosphère.
David Dufresne
Il y a une dizaine d’années, avec David Doucet.
Tristan Berteloot
Et on a Nicolas Massol, puis Pierre et Maxime qui s’occupent des droites radicales et ceux de l’extrême droite un peu plus politisés
David Dufresne
Il y a presque maintenant un an et demi de ça, j’avais un petit peu titillé, titillé, Libé en disant Mais qu’est ce que vous foutez sur le RN
Tristan Berteloot
Ah oui, oui, oui, je m’en souviens.
David Dufresne
Et à ce moment-là, Albertini m’avait contacté. Il n'était pas content et à juste raison, me disant mais tu te rends pas compte, j’ai déjà deux gars alors c'était toi et Nicolas Massol plus deux autres au forfait, Maxime et Pierre qui viennent souvent Sur l’extrême droite, je trouve qu’il y a, il y a plus d' efforts de fournis.
Tristan Berteloot
On essaye d’avoir un spectre le plus large possible sur l’enquête, sur le reportage, sur l’analyse, sur le suivi du RN, sur l’extrême droite radicale, il y a. Il n’y a pas beaucoup de médias qui mettent autant de moyens pour suivre, pour suivre l'évolution de cette frange de la mouvance.
David Dufresne
Comment expliquer que finalement dans les médias, on vous met dans les médias dominants ?
Tristan Berteloot
On peut dire que ça crée une sorte de frustration.
David Dufresne
Comment tu expliques ? Libé : Mettre le paquet parce que quatre salaires, c’est pas rien dans un journal fragile, là où les autres ne le font pas mais juste pour savoir pour Libé, c’est du marketing ?
Tristan Berteloot
Alors là, pas du tout. Je pense que c’est une évolution assez naturelle, pendant des années par ailleurs, on a eu des rubriques sur ce parti, des gens très forts Renaud Dély, Dominique Albertini, Charlotte Rotman.
David Dufresne
Gilles Bresson n'était pas connu
Tristan Berteloot
. Non, c'était avant. Renaud Dély avec toujours un traitement spécifique. On a jamais considéré que le FN était un parti comme les autres il a tellement grossi, tellement c’est tellement rentré dans les sphères de ce qu’il appelle le système, les médias, l’assemblée, les députés qu’il devenait naturel de se développer. Moi, quand je suis arrivé sur la rubrique après Dominique, j’ai tout de suite voulu suivre le parti en faisant de l’enquête et du reportage. C’est-à-dire que c'était comme ça qu’il fallait suivre le parti. Mais quand on est dans un service politique, il faut aussi faire beaucoup d’analyses. Et on s’est rendu compte assez vite, notamment la présidentielle 2022, qu’il fallait doubler l'équipe. On avait déjà Pierre et Maxime qui travaillaient beaucoup sur les marges radicales de l’extrême droite.
David Dufresne
Transfuge de StreetPress, faut-il le rappeler ?
Tristan Berteloot
Oui, j’adore les excellents StreetPress. Voilà, nous rappelle un ami Mathieu Molard et avec qui je travaille aujourd’hui, ce que j’aime beaucoup.Et donc naturellement, ça s’est fait comme ça en fait on a senti monter dans la société, monter chez le RN une espèce de normalisation, mais presque chez les électeurs, chez les gens, sur le terrain. Et ça s’est fait naturellement. On a vu qu’il fallait absolument développer encore plus ses équipes. Alors, dans les autres médias, je ne sais pas comment ça se passe, mais c’est vrai que ça coûte de l’argent. C’est des moyens particuliers et je crois que nos électeurs attendent aussi ça. Peut-être aussi qu’eux n’ont pas la même ambition. On ne voit pas le même danger ou on ne voit pas le problème à rester sur un traitement simple de ces partis. La voie.
David Dufresne
Voilà qui est bien, qui est bien résumé c’est un livre qui arrive comme un pavé dans la mare brune du RN dont le procès dit des assistants parlementaires a commencé hier. Tu as un petit papier, on va en parler parce que c’est une des raisons pour lesquelles tu es là. Tu as commencé hier avec 27 cadres dont la patronne Marine Le Pen sur le banc des accusés. Si le nom de Jordan Bardella n’apparaît pas dans le dossier, elle est au cœur des révélations de la Machine à des révélations sur le RN En marche vers l’Elysée. Le seuil que publie Tristan Berteloot, ici présent de la maison Libération. Enquêteur sur le RN depuis huit ans. Tu exposes la stratégie de conquête du pouvoir du parti lepéniste. Il a quasi doublé le nombre de ses députés. On le sait tous, hélas ! Le 9 juillet, la vitrine, un vernis de respectabilité fondé sur des mythes. Marine Le Pen en mamie a chats par delà le petit jeune de banlieue blanc, premier de la classe qui se fait agresser dans la cité, c’est entre guillemet l’arrière cuisine des emplois fictifs. Un rapport aux institutions fondé sur l’argent détourné et le sentiment d’impunité et de manipulation des médias acquis à leur cause lorsqu’ils renoncent à qualifier le parti d’extrême droite, notamment Le Figaro. On parle de ça tout à l’heure des cadres portant plainte contre le complot juif, entre guillemets. C’est la première convocation de Tristan et ce ne sera sûrement pas la dernière. Depuis quand un journaliste de Libération garde un scoop pour son bouquin et le balance dans le journal ?
Tristan Berteloot
C’est-à-dire.
David Dufresne
Bien, c’est à dire les révélations autour de Bardella On a commencé par le début du procès, hier tu étais sur place.
Tristan Berteloot
Oui, bien sûr. Comme beaucoup de journalistes, il y avait beaucoup de journalistes d’un peu partout. Cordon de sécurité pour l’arrivée de Marine Le Pen. Plusieurs, plusieurs rangs de presse, une salle spéciale, un auditorium ouvert en plus avec une quarantaine de journalistes pour suivre le procès parce que les salles étaient pleines. Il y a beaucoup de prévenus selon les chiffres, parce que Jean-Marie Le Pen ne peut pas y aller. Jean-François Jacques ne peut pas y être.
David Dufresne
Tu sais, Jean-Marie, on connaît Jacques.
Tristan Berteloot
Et pardon, excusez moi, c’est un eurodéputé qui était au Front national depuis 1974, il a embauché un certain Jordan Bardella, en 2015. Voilà. Il a été pendant longtemps le juriste du RN. Il a été condamné dans l’affaire Jeanne, une affaire de détournement de fonds publics aussi, aux dépens de l’État. Voilà, c’est typiquement frontiste et bon, il a des problèmes de santé, il a fait un AVC, il ne sera pas au procès.
David Dufresne
Quant à Le Pen père, il y a eu des vidéos qui ont surgi, dans sa maison à Reuilly il chantonne avec des nazis
Tristan Berteloot
C’est une maison assez étrange, avec des décorations un peu japonisantes, des gens de la vieille extrême droite front frontiste qui traîne là bas. On ne sait pas trop ce qui s’est passé. On a l’impression qu’il y a quand même une volonté de piéger Marine Le Pen. Il y a un clin d'œil assez fort, mais peut être qu’on réinvente l’histoire après tout. Mais quand il chante l’histoire du rouquin, en fait, ça fait référence à Jean-Marie Le Pen qui arrive à Mantes la Jolie dans les années 90, agresse une élue PS.
David Dufresne
Terrible vidéo.
Tristan Berteloot
Terrible vidéo où il lui crie, où on en a marre, ensuite il y a une bagarre et ils coursent un gars lui dit Je vais te faire courir, rouquin pédé. Voilà, il prend deux ans d’inéligibilité. Et c’est vrai que c’est un clin d'œil étrange de voir le fondateur du Front national censé aller au procès s’il est invité comme ça par une vidéo qui allait forcément fuiter et je ne sais pas combien de téléphones filment la scène. Et donc un clin d'œil à son inéligibilité pour un procès où Marine Le Pen peut prendre dix ans. En fait, là. Donc soit c’est un piège des amis du Front national qui détestent Marine Le Pen, soit c’est vraiment une coïncidence et dans ce cas là, elle est vraiment malheureuse.
David Dufresne
Il y a beaucoup de coïncidences chez Le Pen.
Tristan Berteloot
Beaucoup. C’est quand même quelqu’un qui sait faire de la politique, qui calcule beaucoup les choses. Alors je ne connais pas son état de santé, ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu, ça fait deux ans que les juges ont considéré qu’en tout cas il ne pouvait pas venir à un procès. Peut-être qu’il ne se rend pas compte de ce qui se passe autour de lui à ce moment-là. En tout cas, ce n’est pas le cas de Pen. Ce n’est pas le cas d’autres personnes qui sont là, le cas de Thomas Joly, un type du parti de la France.
David Dufresne
Alors justement, le tchat est étonné de Thomas Joly, homonyme ?
Tristan Berteloot
Là on parle d’un petit monsieur il n’a pas beaucoup de cheveux, en tout cas qui n’en a pas, qui est qui est dans un parti, mais le Parti de la France créé lors d’une scission avec Carl Lang il y a des années. Ce sont des gens qui font, qui font de l’humour antisémite. Si on peut résumer comme ça, c’est-à dire des barbecues avec des bidons de Zyklon B, ce n’est pas très recommandable. Donc absolument rien à voir avec les JO.
David Dufresne
Alors y a eu un papier dans Le Monde qui évoque une forme de célébrité chez Le Pen ou ses proches disent qu’il se souvient même de 2002, ça ne lui évoque rien. Le 21 avril 2002, je le rappelle. Pour ceux qui n’auraient pas la première fois où Le Pen arrive au deuxième tour des élections, etc. on le dit effectivement malade.
Tristan Berteloot
Il y a 96 ans.
David Dufresne
donc il y en a deux qui ne sont pas au procès, mais il en reste un grand paquet. Est ce que tu peux nous dire quels sont les grands présents ? Évidemment. Il y a Marine Le Pen. Qu’est ce qu’elle risque ? Qu’est ce qu’on lui reproche ? Et puis les autres autours les principaux,
Tristan Berteloot
Alors évidemment, Marine Le Pen est un petit peu la personne centrale dans ce procès. D’ailleurs, elle est arrivée hier, elle s’est positionnée au premier rang, avec à côté d’elle Catherine Griset, son ancienne directrice de cabinet. Mais on y reviendra plus tard. Elle était payée par l’Europe pendant des années en tant qu’assistante accréditée, sans avoir mis un orteil à Bruxelles. Elle est restée 12 h en deux ans. Marine Le Pen, donc. Elle était ancienne présidente du Front national et eurodéputée à l'époque. Elle est considérée comme au cœur du système qui a été organisé pendant des années par le Front national, devenu le Front national, surtout pendant sa mandature. La huitième, une de ses mandataires, la huitième, la plus importante, où ils avaient 23 eurodéputés. Ils sont accusés d’avoir détourné l’argent du Parlement européen pour payer des gens, des pseudos collaborateurs qui travaillaient en réalité pour le Front national. Le Parlement estime les détournements à environ 6,8 millions d’euros. Pendant très longtemps, l’enquête a duré neuf ans. Au tour de Marine Le Pen. Il y a des gens comme Aliot, maire de Perpignan, qui ne s’est pas présenté hier. Je crois qu’il était à un conseil régional. Il va être entendu en octobre. Marine Le Pen va passer justement à la barre.
David Dufresne
Tu annonces le 14 octobre ?
Tristan Berteloot
Voilà. A côté d’elle, il y aura Thierry Laugier, son ancien garde du corps, qui est l’ancien garde du corps de Jean-Marie Le Pen. Il est très intéressant parce qu’il a lu. On le voit partout. C’est tout le temps l’homme qui est derrière le président, le dirigeant du Rassemblement national. Maintenant, il travaille avec Bardella c’est assez intéressant parce qu’il a écrit une autobiographie en 2012 où il revient sur sa carrière et il n’y a pas une ligne sur le fait qu’il a été assistant parlementaire alors qu’il a enchaîné les contrats pendant des années. Alors peut-être qu’il a oublié. Il y a aussi Nicolas Bay. Je ne sais pas si vous vous souvenez de lui, ancien secrétaire général du FN passé chez Zemmour. C’est un ancien mégrétiste issu de la scission C’est celui qui a trahi, trahira, encore. Là, il s'était fait virer par Zemmour après coup.
David Dufresne
Justement, il était dans la salle hier, il était isolé, genre le pestiféré.
Tristan Berteloot
Ou bien je l’ai pas vu faire la bise à Marine Le Pen. À la différence de Valérie de Saint-Just, elle est l’ex trésorier du FN. C’est celui qui prévient Marine Le Pen en 2014 en disant qu’on a pu tuer les finances. Il ne parle pas comme ça, évidemment, mais on a plus d’argent. Les finances sont incontrôlables. Si on ne fait pas d’économies grâce au Parlement, on ne va pas s’en sortir. Donc Benoît était dans son coin. Lui, il avait un assistant, Timothée ou sans qu’il y ait 1 €. Un député à l’Assemblée nationale aujourd’hui est complément d’enquête. Il y a quelques semaines, elle a révélé que Nicolas Bay, à un moment donné, a donné aux juges une grosse liasse de revues de presse écrite signée Timothée. Où ça ? Dedans ? Il y a des faux, il y a des choses antidaté, des trucs qui n’existaient pas en 2015 et qui ont été faits. On est en 2018. C’est un peu là la spécialité qu’on a retrouvée dans le dossier, c’est qu’il y a des faux qui traînent ou des volontés de truquer, de cacher aux juges l’inactivité de certains d’entre eux.
David Dufresne
Dans ton livre, avant de démarrer dans le premier chapitre La conquête par l’argent public, tu. Tu nous dis dans l’introduction moi un truc qui m’a vraiment frappé et qui m’a fait réfléchir page 22 Le RN est alors le mouvement. Alors là, on parle de la fin des années 2010. Il dit alors le mouvement politique qui dépense le plus en formation avec des niveaux incomparables à ceux des autres partis. Pour l’année 2017, par exemple, le RN utilise près de 80 000 0 € de son budget dans les Hauts de France, quand le parti Les Républicains, pourtant aux commandes de la région depuis 2015, n’en dépense que 9000, dont 2500 pour payer des cours d’anglais à son président Xavier Bertrand. Et pourquoi je te dis ça ? Parce que ce n’est pas pour rien. Tu l’as mis en intro. C’est qu’en fait, cet appétit financier, on verra s’il a profité que pour eux, même s’il a servi à rembourser les dettes du RN, etc. Mais ce que tu dis aussi, c’est que le RN a ses intérêts bien compris et. Ce forum sur l’argent public forme ces cadres et je trouve ça notamment pour les partis de gauche je trouve. C’est une claque de dire ce que tu écris là, C’est-à-dire ? Entendons bien, le RN profite. Là pour le coup, je crois aux largesses de l’État.
Tristan Berteloot
C’est tout à fait légal et c’est même, ce n’est pas du tout illogique. C’est à dire qu’il existe un droit aux élus à être formé, à être un élu. Il y a plein le Front National, un parti historiquement amateur comparé aux autres grosses machines entre guillemets, qui eux ont des. Bases militantes formées depuis des années par des mouvements de jeunesse, par l’expérience. Si ce sont des partis beaucoup plus professionnalisés depuis très longtemps, le FN lui a appris pendant des années à se servir de ce qui existe. Pour. Faire tourner sa boutique. Sans. Avoir à dépenser de l’argent qu’il n’a pas par ailleurs, puisqu’il est longtemps endetté. Et effectivement, il va former tous ces tous ces cadres, surtout les élus régionaux, et jusqu'à redescendre pendant des années pour les faire monter en gamme, pour leur apprendre, leur apprendre la parole publique, médiatique. Et ils utilisent pour ça les fonds des conseils régionaux. C’est très important parce que les enveloppes des conseils, elles peuvent être utilisées pour tout un mandat. D’année en année. C’est de l’argent qui ne se perd pas. C’est-à-dire je ne sais plus quel est le montant exact, mais imagine en plus ça change par région. Imaginons que j’ai 5 000 € pour me former en 2015, je peux faire 10 000 € en 2016 par exemple. Et le FN, comme beaucoup de parti à son institut de formation qui s’appelle LEA Forel, qui a été dirigé plusieurs fois par plein de cadres, il y a eu Sophie Montel, Louis Alliot, Bruno Bilde. C’est une manne financière très importante et là c’est assez intéressant aussi, c’est qu’ils vont former leurs cadres à des moments où ils font des meetings parce que grâce à l’argent public, on va pouvoir faire des notes de frais pour les déplacements. Donc on va prêter des bus avec tous les élus qui vont aller par exemple à Perpignan faire une formation, il faudrait le matin et l’après 12 h. Comme ils sont sur place, hop on fait un meeting, on a rempli la salle grâce aux fonds publics et tout en toute légalité. Mais ça c’est un fonctionnement très particulier. C’est-à-dire que voilà, on utilise ce qu’on trouve quoi.
David Dufresne
Donc il y a comme toujours avec eux un double discours contre l’État, mais on prend le pognon. Mais ce que je veux dire, c’est que ce qui est alarmant quand on est, quand on t'écoute, quand on sait qu’il faut arrêter de croire justement que le RN est un parti amateur, en réalité il se forme, il a les moyens de se former, de former des cadres. Alors évidemment, on.
Tristan Berteloot
On l’a vu d’ailleurs ces dernières années, ils sont de moins en moins meilleurs. Enfin, de plus en plus de porte-parole. Dans les conseils régionaux, les gens se tiennent mieux. On a vu aux dernières élections et à chaque élection, on oublie de le dire. Mais c’est vrai que là, il y a eu cette espèce de groupe, j’allais dire de brebis galeuses. On va arrêter ça, c’est un troupeau de moutons. Chaque élection, c’est la même chose. Vous rappelez-vous en 2012 ? Je crois que c’est une certaine Anne-Sophie Leclère qui se fait attraper parce qu’elle, elle compare Christiane Taubira à un singe. Ça a toujours eu lieu parce que c’est un parti xénophobe qui ramène à lui des gens qui le sont. Mais vous voyez que les députés sur les 126 qu’ils ont élus avant, ça aurait été impossible d’avoir des gens comme ça qui fassent une stratégie de la cravate aussi forte. Et donc les autres partis doivent quand même surveiller cette montée en gamme et cette personnalisation articulée, travaillée par le Rassemblement national.
David Dufresne
Alors qu’est ce qu’on reproche exactement ? Qu’est ce que la justice française reproche exactement à Marine Le Pen et à ses affidés à l'époque ? Elle est la patronne du FN et. Qu’est ce qui ? Qu’est ce qui risque les uns des autres ? Il y a beaucoup de questions là-dessus.
Tristan Berteloot
Alors Marine Le Pen et d’autres risquent jusqu'à dix ans de prison et dix ans d’emprisonnement, 1 million d’euros d’amende et jusqu'à dix ans d’inéligibilité. Avec une petite technicité, c’est qu’il y a une loi qui arrive en 2013 qui est votée. Je crois qu’il existe une loi qui fait que, selon le mandat, selon la période où l’argent est soupçonné d’avoir été détourné, la peine d’inéligibilité assortie aux délits de détournement de fonds publics, parce que, j’ai oublié de le dire, ils sont poursuivis pour détournement de fonds publics, recel de détournement de fonds publics ou complicité de détournement de fonds publics pour la plupart des assistants et recel les eurodéputés. Ces détournements et complicités pour le parti ou la présidente du parti. Donc pour certains, c’est cinq ans d’inéligibilité, pour d’autres ça va être dit Marine Le Pen. Elle risque dix ans parce qu’elle est une élue publique. Et alors ? Ce qui leur est reproché, c’est justement qu’ils arrivent en 2014 2019 pour un pour ce mandat où ils appliquent ce qui se faisait déjà au Front national. Jean-Marie Le Pen faisait payer par le Parlement son propre personnel, son majordome. Donc, ils ont d’un seul coup 23 eurodéputés, ce qui est énorme, qui chacun ont une enveloppe de 21 000 € par mois pour embaucher. Des assistants. Donc ils voient d’un côté leurs partis qui ont été 9 millions d’euros et de l’autre tout un groupe qui va travailler un peu pour rien. Eux, c’est un parti europhobe qui n’en a plus rien à taper. Ils ne vont pas laisser la moitié de leur de leur garde aller bosser à l’Europe alors qu’en fait il faut faire tourner une boutique qui elle, s’appauvrit. Donc ces gens là vont signer des contrats d’assistants en fait travaillent pour le parti. On a quelqu’un qui s’appelle Charles Van Houtte, le Belge, qui va distribuer sur les enveloppes les fameux 21 000 €, les postes d’assistants avec des tableaux très bien construits, c’est à dire sur Alliot. Il reste Juppé à -3000. On va mettre une machine sur un quart de temps, sur l’autre on va mettre un mi-temps. Il y a une Le Pen.
David Dufresne
Alors cela dit, si j’ai bien lu, il y a des tableaux qui se superposent.
Tristan Berteloot
Oui, c’est ça.
David Dufresne
Il y a des moments où certains ont deux contrats en même temps.
Tristan Berteloot
Il y en a qui ont deux contrats, on a deux députés différents. Ce qu’on va faire, c’est à un moment donné, il y a des élections départementales ou régionales. Donc on a besoin d’une petite main, on veut libérer une enveloppe de quelqu’un, donc on va foutre un assistant sur la campagne. Par exemple, Julien Odoul, qui est assistant parlementaire, dit devant les juges que je n’ai jamais travaillé pour elle. Il l’avoue totalement. Moi, je travaillais pour Marine Le Pen. D’un seul coup, il va être décalé. On va le mettre sur la campagne pour les régionales. Puis une fois que la campagne est terminée, on le remet. Alors pourquoi les régionales ? Parce qu’en fait, dans les cadres des contrats de campagne, ça va être remboursé cette fois par les comptes de campagne, par la fameuse CNCCFP. Donc là encore, c’est de l’argent de l'État. Donc on utilise tout ce qui on se dope à l’argent public. En fait, c’est exactement ça. Tout est fait pour utiliser toutes les règles existantes pour faire tourner la machine.
David Dufresne
Alors plein de questions. Dans le tchat, je vois Nicolas qui demande est ce qu’il y a beaucoup de preuves que Le Pen a de fortes chances d'être lourdement condamné ? Oui, voilà, D’autres demandent est ce que c’est une première dans l’Union européenne ?
Tristan Berteloot
Ben non. Il y a eu le procès récemment du Modem. Il y a quelques points communs. Où ils s’en sortent plutôt bien. Bayrou est relaxé. Il n'était pas député européen à l'époque, était seulement chef de parti. Les montants ne sont pas du tout les mêmes. On parle de 300 000 € pour le RN alors que là on parle de 7 à,8 millions d’euros. Il y avait beaucoup moins de personnes renvoyées. Là, on est sur 28 et encore, l’enquête est énorme. Un dossier qui fait 2500 documents. Côté, il y a quand même des points communs. C’est que ces deux partis qui à l'époque manque d’argent et qui ont une espèce d’ordinateur qui distribue un petit peu sur les enveloppes. La grosse différence, c’est que pour le Modem, on a un parti qui est plutôt europhile, donc là qui essaye avec de s’arranger avec des bouts de chandelle entre guillemets, et de l’autre un parti europhobe qui voit dans le Parlement européen un ennemi. C’est à dire que Le Pen va le dire devant les juges on ne voulait pas laisser 0,01 € de nos électeurs à l’Europe. Ça, c’est très important. D’un côté, on a aussi un truc pas très bas, finalement pas très bien organisé, où les juges vont mettre des peines d’inéligibilité avec sursis parce qu’ils considèrent que ce n’est pas systémique, alors que du côté du RN, le côté systémique est flagrant. En déplacement, il y a énormément de gens. Marine Le Pen est accusée d’avoir organisé une réunion au début. En disant à tout le monde tous les eurodéputés, vous avez le droit d’employer un assistant. Le reste de l’enveloppe, c’est pour le parti. On a des échanges de mails dans tous les sens. Les eurodéputés, parfois, n’ont jamais rencontré leurs assistants.Et puis cette masse qui arrive justement au procès. Hier très importante. D’ailleurs, ils assument plus ou moins. Ils disent OK. Nous, on a considéré que le règlement du Parlement n'était pas celui qu’on voulait appliquer. En tout cas, on a une autre vision du travail que de venir.
David Dufresne
Dans ton papier d’hier, il y a une phrase qui laisse entendre que le règlement est juste. On parle de mémoire que le règlement, c’est à la disposition des députés. Cet argent, cet emploi de 21 000 balle. Et eux disent que c’est à notre disposition. On en fait ce qu’on veut, quoi. C’est ça ? On ne nous dit pas exactement ce qu’il faut faire. Sinon, obéissants que nous sommes, nous les fachos ? Oui, bien sûr, on ferait ça, on ferait, on ferait, on ferait ça bien. Ça ne tient pas la route cet argument.
Tristan Berteloot
Non, pas du tout. En fait, ils se basent sur l’article deux du règlement du Parlement qui dit que le mandat du député européen est libre et indépendant. C’est ça ? Une fois qu’on a dit ça, ça arrive qu’il y ait des gens qui ne vont pas dans cette enquête aux convocations des juges ou qui ne vont pas répondre aux journalistes en disant Attendez, vous rigolez. Vous savez que le parlementaire est libre et indépendant, donc c’est moi qui regarde Si mon assistant a fait le travail que je lui ai demandé. C’est à moi de décider s’il fait son boulot, ce n’est pas au Parlement d’aller vérifier. Et en plus, là, le nouvel argument, c’est Alexandre Varaut qui a été avocat pendant tout ce dossier et qui aujourd’hui est député européen,C’est le fils d’un royaliste qui a été avocat De Papon qui a été l’avocat très longtemps de la police. Ah oui ! L’avocat de la légitime défense comme il l’appelait ça.
David Dufresne
Oui, c’est une famille, on connaît les Varaut
Tristan Berteloot
Et en fait, ça tient pas à côté de ça, il y a un règlement qui a évolué dans le temps. Avant, ça s’appelait le Codex et le MAS, et il y a des règles qui sont rappelées à tous les eurodéputés quand ils arrivent, donnent les règles, évidemment, c’est écrit dedans. L’assistant parlementaire doit travailler sur ses heures d’assistants parlementaires pour un travail d’assistant parlementaire qui va donc être pour l’eurodéputé pour l’Europe.Le RN ils disent maintenant Mais attendez, nous on est clean parce que ce n’est pas des assistants fictifs, c’est des gens qui travaillaient juste, qui travaillaient ailleurs. Mais là où c’est alambiqué et ça s'écroule. On a des assistants qui travaillaient, alors ils ne faisaient pas de la politique pour leur eurodéputé, ce qui est très important. Eux, ils disent qu’on faisait de la politique au lieu de travailler que pour nos eurodéputés. Ça voudrait dire que ces assistants ne faisaient que de la politique pour cette histoire-là ? C’est faux parce qu’on a des assistants qui sont affiliés à un eurodéputé, qui, en fait travaillent pour un autre, un cadre qui n’est pas forcément eurodéputé. Parfois, ils ne se rencontrent pas, ils ne parlent ni l’un pour l’autre. On voit très bien que l’idée. Et puis surtout, il y a le mobile, c’est -à -dire le manque d’argent. Donc on voit très bien que l’idée est de détourner cet argent de son objet, qu’on détourne des postes de leur objet, de leur, de leur revenu, de leur volonté pour en faire autre chose. Un garde du corps est ce qu’il fait de la politique ? Comment fait-il quand il est garde du corps de Marine Le Pen ? J’aimerais bien le savoir dans ce cas là, on va dire. Ben oui, il me protégeait, ça me permettait de faire de la politique en fait. Pour eux, au bout du compte, au bout de la chaîne devait servir les intérêts de leurs députés. Parce que si on fait de la politique, si on fait monter le parti, si on fait monter la cause, ça fait ça fait quelque chose d’assez important. En fait. Ils ont une vision tellement militaire de leur parti. C’est un parti tellement rigide et autoritaire, avec une tête pensante et tout et tout le monde. Les militants. Suivent les ordres que pour eux, travailler pour un eurodéputé, c’est de toute façon travailler pour Marine Le Pen. Au bout de la chaîne, il y a toujours Marine Le Pen, la tête pensante, celle qui emmène tout le monde, sans qui il n’y aurait pas le Rassemblement national.
David Dufresne
C’est après deux mois.
Tristan Berteloot
Ouais, c’est ça.
Tristan Berteloot
Deux mois dont six jours de plaidoirie pour la défense. Il y a tellement d’avocats et je ne dirais pas tout le temps. Je crois qu’aujourd’hui j’irais faire un tour. Il y a eu hier une présentation de question prioritaire de constitutionnalité. On aura la réponse aujourd’hui je crois. L’idée, c’est de dire que comme les eurodéputés sont élus par le peuple français et que les juges du tribunal correctionnel sont les représentants du peuple français, ça n’a rien à voir avec ce qui est, ce qui s’est passé en Europe. Donc en fait, le tribunal ne devrait pas être compétent pour juger ça et ça devrait être la justice européenne. Bref, les magistrats vont tout annuler à cause de ça. Mais on verra,
David Dufresne
On verra et donc, le 14 octobre c’est l’audition, le témoignage de Marine Le Pen.
Tristan Berteloot
Le Pen passe deux ou trois jours justement avec Thierry Léger et son ancienne assistante accréditée à Bruxelles, qui est en réalité sa directrice de cabinet, Catherine Griset, elle-même aujourd’hui eurodéputée. Et je crois qu’elle revient en tant qu’ex dirigeante du FN pour complicité de détournement de fonds publics cette fois début novembre.
David Dufresne
Hier, la présidente ou le président d’audience. J’ai oublié son nom. c’est Bénédicte de Pertuis ?
Tristan Berteloot
Je crois que c’est ça, une ancienne. Elle a un parcours particulier, travaillé et de l’audit si j’ai bien compris. Et puis un jour, elle a vu Eva Joly, elle s’est dit tiens, je veux, je veux devenir juge et voilà ce qui va peut être compliquer les choses, en tout cas pour Le Pen, puisqu’elle est considérée comme intransigeante et très sérieuse
David Dufresne
. Voilà Pauline, avec qui je prépare les émissions à retrouver, que cette dame, c’est elle qui a fait, qui a fait condamner définitivement Claude Guéant dans l’affaire des primes en liquide, mais en revanche relaxé.. Et ils vont l’appeler la juge rouge dans pas longtemps à mon avis.
Tristan Berteloot
C’est vrai qu’ils ont longtemps parlé d’un procès politique, là. C’est un peu sorti de leur vocabulaire. J’ai vu l’autre jour Laurent Jacob, c’est un député qui était interrogé et il arrive en disant Nous irons tête haute. Et avant, il y en a un slogan du Front national qui s’appelait Tête haute, mains propres. Visiblement, une partie de ce slogan a disparu.
David Dufresne
Page 29 Nous sommes à Liévin, pas de Calais et on découvre un gars. Avocat au barreau de Liège, au barreau de Liège. Il s’appelle Ghislain Dubois.Et alors il m’a fasciné. Comme toi, je pense qu’il te fascine. Qui est ce monsieur ? Pourquoi tu démarres ton enquête qui est vraiment super ? La machine à gagner. Révélations sur le RN En marche vers l’Élysée. Tu commences par ce bonhomme.
Tristan Berteloot
Tout commence par ce personnage qui est totalement inconnu.
David Dufresne
Totalement.
Tristan Berteloot
Tout de suite on se précipite et qui est un vieux routier de l’extrême droite belge qui connaît Jean-Marie Le Pen depuis des années. C’est un proche de Bruno Gollnisch. C’est quelqu’un qu’on a vu dans une organisation qui s’appelle Belgique et Chrétienté, qui ensuite a été refilé un certain Alain Escada. Je sais pas si vous vous souvenez qui a été à la tête de Civitas, qui a été dissous, dissous pour antisémitisme. Lui, c’est un catholique tradi, l’avocat en Belgique de Jean-Marie Le Pen pendant des années et aussi l’avocat en Belgique de Marine Le Pen. Il apparaît ces dernières années comme ayant, comme on dit, son conseil en Belgique pour des petites affaires avec un parti qui s’appelle chez nous, comme dans le slogan On est chez nous le slogan identitaire. Il a aussi participé au rapprochement entre ce parti chez nous et Jordan Bardella, qui est allé à une conférence de presse de lancement. Je crois que c'était en 2021. Ceux qu’il a du bois. Je me suis intéressé à lui parce que j’entends parler de lui à partir de, je crois, 2019. En fait, c’est. Comme on dit. Il s’est confié à un certain nombre de proches. On arrive au moment des européennes et la liste est en train d'être constituée. Et dedans, il y a les postes importants et évidemment, leurs députés ou assistants sont quand même des salaires assez importants. Lui, il est père de sept enfants ses activités d’avocat il vivote à Liège. Il n’est pas le grand avocat au barreau qui voilà aussi parce qu’il travaille pour le Front national. C’est le genre de chose qui vous casse un peu dans votre carrière, généralement. Et il s’ouvre à des gens en disant Bon, ce serait dommage que je ne sois pas repris en tant qu’assistant, ni que mon eurodéputé Jean-François Jacques et une bonne place. Sur la liste. Je sais des choses, ce serait dommage que ça sorte, espèce de petit chantage comme ça. Quand j’apprends ça, je m’intéresse forcément à lui et j’ai envie d’en savoir plus sur ce personnage. Et je découvre quelque chose qui ne m'étonne pas énormément par ailleurs, parce qu’il y a toujours des histoires un peu comme ça au Front National, qu’il y a des échanges de mail entre lui et la patronne d’un restaurant en Belgique où il s’excuse d’un quiproquo avec le fils de cette femme, un jeune homme de 17 ans qui l’a emmené au restaurant pour lui proposer au. Départ. De l’emmener visiter le Parlement européen et qui en fait lui fait un harcèlement sexuel. Une drague lourde lui pose la main sur la jambe, le gamin prévient ses parents et un jour, du bois va dans le restaurant, se prend un coup de poing du père. Ça fait toute une histoire. Les assistants font une enquête, enregistrent le témoignage du jeune homme que je récupère. Un jour et. Où il raconte tout ce qu’il a dû. Moi je suis étonné parce qu’en fait, j’avais déjà vu son nom quelque part.
David Dufresne
Donc en gros, il y a un dossier contre lui.
Tristan Berteloot
Il y a un dossier contre lui, il y a des gens qui le veulent, on veut le faire tomber. En plus, il se prend pour un député européen. Il n’est pas très agréable, mais j’avais déjà vu son nom quelque part. Il avait déjà eu son nom dans le dossier des assistants parlementaires présumés fictifs. En fait, en 2015, on le charge de la riposte des assistants devant le Parlement européen pour constituer des dossiers de preuves. A un moment donné, le Parlement, comme la justice, dit d’accord, vous avez des assistants prouvez qu’ils ont travaillé, donc on le charge de cette cellule juridique. Alors pourquoi lui ? D’autant plus qu’il est assistant parlementaire lui-même ? C’est assez loufoque. C’est à dire qu’il assistants parlementaires, il va conseiller les eurodéputés, les assistants pour la meilleure façon de contrer le Parlement sur les accusations d’assistants fictifs. Par ailleurs, il est avocat. Il aurait dû signer sans doute une clause spécifique de prestation de service. Ce n’est pas fait. Mais il crée ses dossiers et on découvre plusieurs années après qu’il y avait des dossiers qui étaient un peu un peu truqués. Je me souviens d’un rapport qui avait été commandé par Florian Philippot.
David Dufresne
Pour l'époque, numéro deux.
Tristan Berteloot
À l'époque numéro deux du FN, pour cacher l’emploi présumé fictif qui est maquillé d’une salariée. Il y a le mot Stéphane, avec un rapport sur les rapports sur les liaisons entre l’Union européenne et le Maghreb. C'était 52 pages d’introduction de pages Wikipédia, pas même pas même réécrites et antidatées de deux ans.
Tristan Berteloot
Enfin bref, en enquêtant, en en appelant au plus de sources possibles, en enquêtant sur Ghislain Dubois un jour en 2017 il écrit à un stagiaire de ce fameux Jean-François Jalkh, l’eurodéputé, pour lui commander le montage du dossier de Jordan Bardella et écrit comme ça dans le mail. C’est hyper apprécié.
David Dufresne
À l'époque, il faut restituer les choses. Bardella ce n’est pas c’est personne, pas le numéro deux,
Tristan Berteloot
C’est très important de le dire maintenant puisqu’on va en parler sans doute après sur la défense qu’il utilise. En 2017 et 2018. Bardella, c’est absolument personne. Il commence à être porte-parole du RN.Le cyborg qui va sur les plateaux télé est le super porte-parole du RN, la meilleure carte du RN pour arriver un jour au pouvoir. Il n’en n’est pas encore à ça Donc ce Ghislain Dubois commande en 2017 un stagiaire qui s’appelle Paul. Ce montage du dossier, c’est Jordan Bardella c’est assez impressionnant quand on est journaliste, de tomber sur un document pareil. Il y a écrit Je te charge de cette tâche : montage du dossier de Jordan Bardella, tu vas aller sur ce logiciel qui est un logiciel de revue de presse. Je te donne les codes de l’Union européenne du Parlement au Parlement. Voilà. C’est fait. Il utilise un logiciel du Parlement européen pour gruger le Parlement européen. Ça c’est très fort, vraiment là. Et on voit à quel point ils ont du mépris pour cette institution, ou alors qu’ils n’ont rien à foutre quoi. Il commande à ce stagiaire d’aller sur ce logiciel pour fabriquer une revue de presse, lui donne les codes de Jean-François Jalkh eurodéputé pour aller sur ce logiciel. Il lui dit C’est bien pour la période février à juin 2015, c’est-à-dire la période ou Bardella a été assistant parlementaire et tu vas me fabriquer une revue de presse sur la région Grand Est Alsace. Voilà, on va parler de politique locale. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, les eurodéputés étaient élus en circonscription et donc Jean-François qui était élu dans le grand Ouest. Cette revue de presse, je la récupère, je découvre une écriture sur le haut des documents. Et j’ai beaucoup de témoignages qui me disent ben ça, en fait, ça a été soumis à Bardella, plusieurs années après, plusieurs mois après, il a écrit dessus politique locale, société de sa main. Tout le travail est évidemment de montrer cette écriture à des gens qui connaissent son écriture. Oui, évidemment, plein de gens sont formels. On la montre aussi en graphologue professionnelle 30 ans de métier assermenté et travaillent dans de grosses affaires. Oui, alors là, quasiment aucun doute, surtout, on a un autre document qui m’arrive dans cette enquête, c’est que je découvre un calendrier qui est un calendrier avion d’exception avec des avions, un agenda écrit à la main de façon assez sommaire. Quelqu’un qui a voulu aller vite. Des dates spécifiques du mandat de Jean-François Jacq pour dire qui était à Bruxelles, qui était à Nanterre. Et ça, ces gens là qu’il a rempli à la main. Il n’y a aucune rature sur ce document. C’est toujours le même stylo. Ce n’est pas un calendrier de quelqu’un qui a tenu un agenda pendant quatre mois. Je ne sais pas si tu as un agenda sous la main, mais normalement on a des rendez vous, on les barre. Un jour, on a un stylo bleu, un jour un stylo rouge l’annonce et tout est fait au même stylo. Très rapidement, je dis très rapidement Est ce que c’est hyper important de montrer sur ces douze pages de calendrier que ça ne peut pas avoir été trafiqué ? Quand on imite l'écriture de quelqu’un, déjà, il faut très bien la connaître. Et puis on se rate, on recommence. Là, c’est pas le cas. C’est vraiment quelqu’un qui a pris son stylo.
David Dufresne
Et je crois que tu as retrouvé la facture. Est ce qu’en plus ils se font rembourser ?
Tristan Berteloot
'ils ne sont pas remboursés En tout cas, je n’ai pas retrouvé le remboursement dans les comptes de campagne. Pas encore prêts. Il s’avère que cette fois, la somme est très petite. On en est à 4 € le prix du calendrier trois ans après. Ce calendrier 2015 signé de Bardella, qui sert à étoffer son dossier pour dire en 2015, j’ai tellement travaillé que j’ai fait une revue de presse.
David Dufresne
Tu as la facture en fait.
Tristan Berteloot
Je récupère le bon de commande en juin 2018. Alors les champions des faussaires ont eu la bonne intelligence de faire livrer ce calendrier au siège du Front National ? Un qu’on voit sur le bon de commande rue des Suisses à Nanterre avec la date. Bon, il n’y a aucun doute, ces documents sont trafiqués.
David Dufresne
Alors je reviens à Ghislain Dubois parce que 2017, c’est les Européennes, c’est ça ?
Tristan Berteloot
Non, 2019.
David Dufresne
C’est 2019, les européennes. Mais il sent qu’il n’est pas sûr d’avoir un poste. Et donc tu dis la connaissance de ce faux dossier, de ce faux dossier la carte que Ghislain Dubois avait en 2019 pour garder son poste d’assistant parlementaire. C’est ça ?
Tristan Berteloot
il laisse sous entendre aux gens Attention, j’ai travaillé sur un dossier. Important. La personne n'était personne, n'était rien à l'époque, mais elle est devenue tête de liste aux européennes. Il dit lors d’un verre avec Jean-François Jal qui a été entendu par des sources Attention, j’ai quand même fait le montage de Bardella, Faudrait pas que ça se sache. Il ne dit pas comme ça. Mais. C’est sous entendu. En tout cas, c’est pour ça que cette histoire m’a beaucoup qu’elle m’interpelle beaucoup. Il y a. Il y a beaucoup de choses dans ce parti qui sont sur le fait de se tenir, de connaître des histoires des uns et des autres. Je crois que c’est un des meilleurs exemples possibles.
David Dufresne
Oui, oui, oui, c’est un personnage visqueux. Il y a beaucoup de choses. Alors l’honnêteté commande de dire que Bardella dit oui, peut-être dans un premier temps. Et puis non, c’est des affabulations de libération. Il a annoncé porter plainte en diffamation. Tu en es où par rapport à ça ? Et qu’est ce qu’il te dit exactement de tes trouvailles ?
Tristan Berteloot
C’est une plainte qu’on attend. Par ailleurs, ça permettra, si il y a effectivement une plainte, d’aller jusqu’au bout et de sorte de montrer nos documents, nos témoignages, éventuellement des enregistrements, des choses très importantes qui ont permis plusieurs mois d’enquête. Je ne sais pas, ce n’est pas une enquête qui a été faite rapidement pour arriver à ses conclusions. Bardella au début, évidemment, il a commencé à dire C’est une tentative de déstabilisation politique, c’est un classique. Ensuite, il a, il a annoncé, il a menacé de plainte, il a, il a voulu bien entendu casser l’idée ou mon image. J’ai été traité de journaliste militant de Libération C’est un classique du RN. C’est à dire que quand on sort une enquête, on en ressort régulièrement sur ce parti, on est taxé de militant. Le journal, c’est un journal de gauchiste qui touche des subventions. Quand on n’est pas traité de pédophile, on sait comment dire à des enquêteurs qui font de la politique, du militantisme et portent plainte, on menace. Dans ma carrière, j’ai eu des dizaines de menaces de plainte du Rassemblement national. Il y en a eu une seule qui avait été déposée à l'époque pour un procès qui a été par ailleurs perdu par la personne en question. C’est ça sert en fait à mettre la pression, à décourager les autres journalistes pour leur dire n’y allez pas parce que regardez, on porte plainte, là, pour Bardella, en l’occurrence, ni mon éditeur ni mon journal n’a reçu de plainte pour l’instant. Ce qui ne veut pas dire que ça n’existe pas. Mais je doute fortement que Jordan Bardella jusque là, sachant que c’est béton, il va perdre. Et surtout ces documents seront remis à la justice
David Dufresne
C’est-à-dire ces documents vont être soumis à la justice.
Tristan Berteloot
Je ne dis pas que cela va être fait, mais le journaliste, quand on lui demande une offre de preuves dans un procès en diffamation.
David Dufresne
Oui, d’accord.
Tristan Berteloot
Ok, il vient et dit il ne va pas dire non, tu te défends sur le fond, regardez Monsieur le juge le sérieux de l’enquête, etc.
David Dufresne
Non, non, j’ai cru que tu voulais verser de ton propre chef.
Tristan Berteloot
Ah non, moi, je ne suis pas policier.
Tristan Berteloot
Ah ben voilà.
Tristan Berteloot
Je vais travailler avec la police. Je n’étais pas très à l’aise. Tu ne ferais jamais ça.
David Dufresne
On a vu des journalistes faire ça.
Tristan Berteloot
Non, non, mais moi je vais interpeller, j’ai le parquet, etc. Non mais c’est pas mon truc.
David Dufresne
Moi je me doutais bien.
Tristan Berteloot
Je crois que le journaliste va s’arrêter à son enquête. Après ce n’est pas son rôle du tout, ni d’imaginer ce que pourrait faire la justice, ce que pourrait faire le parquet, de dire Voilà, ce n’est pas notre rôle, On n’est pas procureur ni juge. Et d’ailleurs, c’est déjà arrivé que des policiers me demandent des documents. J’ai toujours refusé.
David Dufresne
Page 35 Tu ne vas pas de main morte au FN, écris-tu. On se dope à l’argent public. C’est ainsi que le parti survit, grossit et paie ses cadres. En quoi ça ? En quoi peut-on dire plus d’eux que des autres partis ?
Tristan Berteloot
En fait, tous les partis politiques cherchent à avoir des élus, qui avec les enveloppes qui vont avec les dotations de l’État. D’ailleurs, je fais une petite précision ici, c’est que aujourd’hui, le Rassemblement National qui a été le parti le plus endetté de France, qui a eu une dette de 24 millions d’euros juste avant les dernières les premières législatives de 2022, était au bord du précipice, c’est à dire qui était au bord du dépôt de bilan et l’arrivée à l’Assemblée nationale de 88 députés la sauver du dépôt de bilan, c’est à dire qu’il a commencé à récupérer par an 15 millions d’euros. L’arrivée de 126 députés à l’Assemblée nationale lui donne une dotation annuelle de l’État de 20 millions d’euros. C’est-à-dire que ce parti, en trois ans, est devenu ce qui était passé du plus pauvre à sans doute l’un des plus riches de France. Maintenant, ils ont les moyens de leurs ambitions. Ça, c’est très important de le dire. Parce qu’en fait, quand je ne veux pas faire de la politique, j’espère faire un meeting. Mais là c’est pas si. Comment dire. Il y a des choses très importantes contre nous quand on va comprendre que quand un parti monte à l’Assemblée nationale devient de plus en plus riche, il se grossit, il va faire venir les gens. Ce n’est pas anodin de dire bon, je laisse le RN y aller. Là, il y a eu un très fort front républicain contre l’Assemblée nationale qui n’a pas été beaucoup écouté par le gouvernement. Mais ce n’est pas le sujet.
David Dufresne
On peut avoir une surprise cet après midi ?
Tristan Berteloot
Un recadrage de Bruno Retailleau, quelque chose comme ça.
David Dufresne
C était le QG à Nanterre.
Tristan Berteloot
À Saint-Cloud, puis ensuite à Nanterre.
Tristan Berteloot
Qui s’appelait Le Carré. Quand Marine Le Pen récupère les clés du parti en 2011 le paquebot a été vendu. Pas très bien vendu d’ailleurs à une entreprise de retraités. Enfin, ils ont fait une maison de retraite, les comptes sont clairs, sont sains et même un peu positifs. Et sauf que depuis qu’elle prend la tête du parti, ils vont plonger régulièrement tous les ans. Alors il y a des prêts, il y a surtout des salaires assez élevés. Il y a une organisation qui fait qu’on dépense beaucoup d’argent. En fait, ils vivent au-dessus de leurs moyens. C’est aussi une façon d’exister, un parti qui n’a pas d’argent, il n’existe pas, on le voit pas. Regardez à la place de la place Dupont-Aignan. Où en est-il aujourd’hui ? Vous savez, l’ancien premier ministre potentiel de Marine Le Pen. Donc ils font le pari. En tout cas, il se pose aucune question sur le fait qu’ils vont s’endetter et ils y vont pendant des années, c’est ça ? Et ils vont fabriquer à chaque fois, comme on a parlé tout à l’heure, utiliser les règles, les largesses de l’Etat, l’argent public disponible pour exister, pour grossir. Ils vont aussi monter des choses parfois immorales, parfois illégales. On l’a vu au procès Jeanne, c’est le procès d’une fabrication d’une campagne électorale du Front national de A à Z. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas les moyens de faire des législatives et ils vont quand même réussir à présenter 577 candidats du RN. On est en pleine dédiabolisation et donc on dit on est un nouveau parti, on va être le premier parti de France, allons y présenter des candidats, allez y, On vous présente 577 candidats, ce qu’on n’a pas un rond. Et on a des proches de Marine Le Pen qui vont inventer un ingénieux système. C’est à dire qu’on crée des kits de campagne clé en main pour tous ces tous ces candidats qui sont un peu des faire valoir et qui ne sont pas des professionnels de la politique. Donc on leur offre un site internet, des tracts, tout est fait nickel chrome. Donc des gens qui ne savent pas faire de politique se retrouvent avec tout le matériel possible qu’il faut. Ces kits sont fabriqués par des imprimeurs qui en fait avancent l’argent à une société qui s’appelle le nom. Une entité qui s’appelle Jeanne qui est micro-parti de financement de Marine Le Pen et ses imprimeurs. Ils n’ont pas de problème pour avancer les kits puisqu’ils vont être remboursés après Coup. Par les remboursements de frais de campagne. Quand on dépasse les 5 %, on a tout. Remboursé et. Donc on crée de façon virtuelle tout cet argent pour faire. Une campagne, une grosse campagne et on se sucre au passage. Il y aura des condamnations. Pas Marine Le Pen qui a seulement été témoin assisté dans cette affaire, mais l’ancien prestataire particulier de Marine Le Pen son ami de toujours. Frédéric Chatillon Rioufol et Axel Loustau à l'époque où en politique, on les connaît bien, ce sont des gens qui étaient au GUD, ils sont condamnés. Jean-François Jacq est condamné. Ils vont reproduire le même système en 2014 avec l’affaire des assistants parlementaires, c’est pareil. On a une manne financière énorme. Si on calcule 23 € député fois 21 000 par mois. Bon, contre un parti complètement endetté. Voilà, il n’y a pas photo c’est comme ça qu’ils grossissent. Effectivement, c’est comme ça qu’ils existent, mais c’est comme ça qu’ils ont appris à vivre du système. En critiquant le système.
David Dufresne
Et voilà, là c’est tout le double standard du RN. On y viendra tout à l’heure. Alors, il y a des questions dans le chat sur le procès On nous demande quelle est la date de la décision de justice. Est ce que le FN pourrait faire appel ? Est ce que cet appel serait suspensif ? Parce que là, évidemment, l’enjeu est que Marine Le Pen pourrait se retrouver à ne pas pouvoir se présenter en 2027 ?
Tristan Berteloot
Alors oui, elle pourrait ne pas pouvoir se présenter. On ne connaît pas la date de la décision, on la connaîtra bientôt. À la fin du procès, il y aura sans doute un appel. On ne sait pas si Marine Le Pen est condamnée même inéligible. Elle fera peut être appel. On ne sait pas encore si cet appel sera suspensif de l’inéligibilité. Tout ça c’est décidé à ce moment-là. Mais il y a encore, il y a des chances pour que Marine Le Pen ne soit pas candidate, empêchée et inéligible comme d’autres en 2027.
David Dufresne
Et toi, qui es particulièrement bien informé, en huit ans, tu as travaillé sur le sujet. Parce que moi je m’inquiète un peu pour toi, pour ta santé mentale. Est ce que. Est ce que tu sais si cette éventualité se prépare dans les couloirs ?
Tristan Berteloot
Je n’ai pas l’impression. Je pense qu’il y a une espèce de crainte, une forte crainte malgré la sérénité qui est affichée. C’est un parti qui a pendant des années essayé de se soustraire à la justice, qui a ralenti le procès pendant longtemps et par des recours dans tous les sens et beaucoup plus fort en fait, les avocats régulièrement, des recours, des appels de chaque décision, ce qui ralentit énormément. C’est pour ça que ça a duré neuf ans. Des eurodéputés qui n’allaient pas aux convocations, bien sûr que ça les inquiète. En plus, aujourd’hui, on est avec un parti n’a jamais été à un tel niveau. C’est à dire que jamais eu autant de députés, ils n’ont jamais eu autant d’argent. Et son président une crise de croissance. On a un premier ministre qui mange dans la main de Marine Le Pen, qui s’excuse auprès de auprès d’elle qui l’appelle un ancien premier ministre qui assume de dîner avec elle. Toutes les digues ont sauté. Certains médias qui il est, qui les invite uniquement pour parler d’actualité, qu’il les qualifie plus d’extrême droite. Ils ont plein d’argent, ils ont le vent en poupe et ils ont des gens qui sont en train de fabriquer leur accession au pouvoir. Ils sont aux portes du pouvoir et tout pourrait s'écrouler d’un seul coup parce que Marine Le Pen est rattrapée par le Front national, par ses vieilles méthodes et par son passé sans argent. Alors ça aiguise évidemment les ambitions. Parce qu’il ne faut pas se leurrer sur le fait que derrière des gens qui veulent monter dans le parti, oublient une chose. Très important pour moi. Peut être que je me trompe parce que j’ai un vieux logiciel, mais pour moi, le Front National et l’URL, ça a toujours été une PME familiale. Avec Le Pen La marque Le Pen est au-dessus de tout. Un dauphin, ça a été Gollnisch, ça a été Philippot, ça a été C’est bardé, là, en ce moment qui peut s'échouer. C’est une expression de Jean-Marie Le Pen. Un dauphin est fait pour s'échouer et ensuite on renouvelle la matière grise, on renouvelle les cadres et. Et c’est comme ça qu’on grossit. Mais c’est toujours la marque Le Pen. Je ne sais pas qui pourrait prendre la tête du RN. Il y a deux choses aussi c’est comment ? Et vu que les électeurs. Une telle condamnation, est ce que ça va les énerver encore plus ? Mais qui irait à la place ? Avec quelles compétences ? Avec quelle formation ? Avec quelle aura ? Derrière Le Pen, c’est compliqué d’exister.
David Dufresne
La date du jugement, on ne la connaît pas.
Tristan Berteloot
La fin du procès, c’est le 24 novembre.
David Dufresne
Alors on va poursuivre dans ton bouquin puisque ton bouquin, ce n’est pas uniquement les malversations financières, même si ça en est souvent question, c’est la machine à gagner le RN en marche vers l’Elysée. Alors évidemment, Bardella Jordan a un style poli, soigné et audacieux. Écriture pour s’ouvrir aux classes moyennes et supérieures. Le disciple va gagner en maturité, incarner ce que le RN voudrait être à travers lui. Quelqu’un qui a appris et est prêt à diriger son idéologie sera celle qu’on lui dicte, la séduira. Ce que tu dis et va rentrer dans les détails. Son idéologie à sera celle qu’on lui dicte, son passé, celui qu’on raconte à sa place, le parfait soldat froid, calculateur, cachant sa vraie nature. Un pur produit de l’extrême droite française. Et dans la fabrication de ce nouveau vilain visage. Tu. Tu as retrouvé tout un tas de gens qui ont connu Barda. Alors il y a des choses que tu reprends là qui sont connues, mais en quelques mots, en quelques minutes, comment tu pourrais brosser le portrait sachant qu’il y a plusieurs chapitres sur ce garçon ?
Tristan Berteloot
Bardella est un jeune homme qui, comme il le dit, a très bien vécu en Seine-Saint-Denis, à Saint-Denis, qui a grandi avec sa mère. Ses parents sont divorcés, qui a eu une enfance plutôt heureuse malgré ce divorce, un père qui habite à Enghien Sa mère a un emploi assez modeste. Elle est assistante maternelle. Elle habite dans une habitation à loyer modéré dans le centre-ville de Saint-Denis. Lui, il a quand même la chance d'être en école dès la maternelle, dans le privé. Du monde jusqu’au lycée Saint Jean-Baptiste de la Salle, à Saint-Denis, au lycée Brecht qui est en plein milieu de Saint-Denis, qui n’est pas très loin du Stade de France. Par ailleurs, il y a une activité à la fin du lycée. Il est bénévole dans une association, est une association d’aide aux réfugiés et migrants.
David Dufresne
Ça fait dresser l’oreille à ceux qui les artisans, à ceux qui travaillent, qu’il faut à manger ou je ne sais pas quoi pendant qu’on parle, dresser l’oreille. Parce que cette histoire d’Alpha Accueil, elle est quand même. C’est quand même très mystérieux. Tu vas retrouver quantité de gens dont un type qui est là depuis 50 ans dans cette association d’alphabétisation, d’aide aux migrants et bardée là pendant deux années. Je t’ai bien lu en deux années.
Tristan Berteloot
4 h par semaine.
David Dufresne
4 H par semaine, là, ce n’est pas fictif.
Tristan Berteloot
Non, c’est bénévole.
David Dufresne
Eh bien oui. C’est curieux pour aider les sans papiers en fait.
Tristan Berteloot
J’ai découvert qu’il avait fait ça sur un de ces vieux cv il y a des années. Il a un cv, il porte très propre sur lui en costard cravate et il y a écrit coordinateur d’une association d’accueil. J’avais c'était passé, j’avais raté le fait que ça avait déjà été évoqué dans des articles de presse. Un journaliste du Monde qui a fait un portrait de Bardella, Franck Jouannet, excellent journaliste. Bardella y place très rapidement. : J’ai participé à une aide mais il n’en fait pas un truc. Il aurait pu un peu s’enorgueillir de ça en disant : Voyez, je ne suis pas raciste, j’ai aidé.
David Dufresne
Comme Marine Le Pen a pu le faire dans ses jeunes années, quand, avocate et pour faire chier le père, elle avait défendu les sans papiers
Tristan Berteloot
Son article, en fait, il, un peu l’air jeune coq masculin qui dit : J’y allais parce qu’il y avait les nanas du lycée d’en face de la Légion d’honneur et donc j’ai voulu enquêter sur cette association qui en fait est fermée depuis le COVID fermé. Elle doit reprendre son activité
David Dufresne
Qui est tout ce qu’elle a de plus respectable ce n’est pas un sous marin de l’extrême droite ?
Tristan Berteloot
Pas du tout. C’est une Assos chrétienne catho qui a été créée par des parents, des frères qui vivent dans la misère à l'époque. Con, con, con, con, vous. C’est vraiment d’aide de la charité chrétienne mais sans l’aspect catholique, c’est -à -dire qui oblige à être un cureton ou avoir fait, ou être baptisé des choses comme ça. La plupart des bénévoles ne sont pas catholiques. C’est vraiment de. C’est quelque chose d’extrêmement bienveillant. C’est des gens qui ont considéré que toute personne d’autres pays devait trouver une aide pour apprendre une langue, pour s’en sortir quand il arrivait quelque part, tout simplement. Et Bardella s’y engage vraiment de façon importante. C’est-à-dire qu’il n’y a pas beaucoup d'étudiants du lycée qui y vont. C’est toute la classe qui est forcée tous les jours, toutes les semaines d’aller là bas parce.
David Dufresne
C’est un lycée privé.
Tristan Berteloot
Catho
Tristan Berteloot
Mais qu’en fait à Saint-Denis et à majorité musulmane, c’est tout à fait ça. Et il y a des cours de catéchisme, des choses comme ça, mais ce n’est pas non plus pire. En tout cas, lui, il s’inscrit là dedans. Et j’ai trouvé ça très bizarre d'être quelqu’un qui monte autant dans le Front National et qui en fait est en train de donner commencé.
David Dufresne
Parce qu’important, il a sa carte à ce moment-là. C’est ce qu’on comprend en te lisant.
Tristan Berteloot
Il a deux engagements associatifs à l'époque, il dira que quelques années plus tard j’ai commencé la politique parce que je ne voulais pas rester tout seul. Je ne voulais pas être tout seul en fait. Et il y a un côté oui, je veux aider les autres et je veux, je veux aussi être entouré. Et il commence son engagement associatif en même temps dans cette association d’aide aux réfugiés et aux migrants et de l’autre au Front National, il y a un discours anti immigration anti-migrants comme s’il avait une tentative de changement de donné se pose des questions Est ce que je vais devenir un être humain bienveillant ou une espèce d’animal politique qui crache sur l immigration Je lui ai posé la question, il m’a jamais répondu. Il m’a envoyé chier parce qu’il a utilisé ensuite ce qui reste en travers de la gorge des gens de cette association qui le qualifie de la honte de l’association. Tous les gens qui donnaient de leur temps à saint Denis et ça, honteux de retrouver Bardella, sur les affiches du Front National. Ensuite il dit que là- bas, j’ai découvert des gens qui faisaient sécession avec l'État, des hommes qui ne voulaient pas déjeuner ou faire du des cours avec des femmes. C’est purement raciste et en plus c’est faux. Tous les bénévoles qui ont travaillé là pendant des années m’ont montré des photos. Les classes sont totalement mixtes. Il y avait des dîners le soir.
David Dufresne
Pas de problème, On sent, on sent beaucoup d’amertume, de désarroi et de colère chez ceux avec qui. Parce que c’est une forme de militance bardée là, à militer. Et il faut bien comprendre que là, on parle d’un Bardella, il a 28 ans aujourd’hui, c’est ça. Donc, le 29. Et là on parle, il a quel âge ?
Tristan Berteloot
17 ans
David Dufresne
Voilà, c'était il y a dix ans. Ce n’est pas non plus il y a 40 ans. Non, non, ce n’est pas une si vieille histoire. Et surtout, c’est en parallèle.
Tristan Berteloot
C’est en parallèle. En même temps, il commence à écrire un manifeste qui va rendre cinq ans à Marine Le Pen qui s’appelle Homme manifeste pour une République apaisée. Imaginez le gamin de 18 ans qui crie ça Quoi ? Quel monde vit-il ? C’est un long truc où ça prend énormément de slogans et d'éléments de langage du Front national. Il n’y a aucun problème. C’est à dire qu’il a totalement intégré le logiciel frontiste lepéniste, C’est un lepéniste pur qui ressort de ce cocon à l'époque et qui déploie ses ailes de papillon avec le manifeste qui par ailleurs est Complètement souverainiste à l'époque contre la délinquance en col blanc, c’est quelque chose des éléments qu’on utilise, qu’on n’utilise plus du tout au Front national parce qu’on on n’a plus envie de faire peur aux électeurs. Je leur ai posé la question :Est ce que vous pensez qui vous a infiltré pour dire Regardez ce que c’est que des associations ? Il faut quand même être sacrément loufoque pour rester deux ans 4 h par semaine dans une association. Bon, si on veut infiltrer un truc, on dit bon, on y va. Deux semaines, on l’a vu. Voilà, vous voyez, il y a des gens qui aident. C’est l’association où quand ils sont, ils entendent qu’il y a des rapports de police à venir. Ils faisaient sortir les réfugiés pour pas qu’ils se fassent attraper. On ne s’engage pas là dedans comme ça c’est ça qui est très étrange. Je n’ai pas compris, ils ont considéré que c'était pour l’ambition personnelle de Baader. Là effectivement, à l'époque, c’est quelqu’un qui veut passer à la télé. Dès qu’il voit une caméra, il passe devant. Tous les photographes qui le croisent montrent qu’il reste dans le cadre, il s’habille, il met un costard. Il a à l'époque l’ambition d'être commissaire de police. C’est là qu’il fait son stage de troisième drôle d’idée en troisième, des gens comme eux et même après. Mais là, on ne sait pas. Le premier stage, il n’y en a pas beaucoup et je suis d’accord.. Ils ont tellement d’humanisme entre eux, de bienveillance et pour eux, c’est impossible d'être aussi menteur ou avoir caché son jeu à ce point là. Donc ils imaginent que c’est uniquement pour son ambition personnelle et que finalement, au fond, lui, peut être qu’il y a un petit Jordan premier qui se cache là. Mais on ne peut pas imaginer la hargne qu’il a aujourd’hui. Comment il parle des étrangers quand ils parlent avec eux. Ils parlent quand même de l’immigration. Parlant de pompe aspirante, je veux dire. On est dans la pure xénophobie.
David Dufresne
Oui, bien sûr. Mais toi, tu aurais, si j’ai bien compris, déduis ce que j’ai lu de ton livre. En fait, à la limite, tu retiendrais plutôt le côté machine du garçon qu’on peut, qu’on peut programmer. En fait, à un moment donné, d’une certaine manière, il s'égare vers l’humanitaire pro-migrant. Deux en 4 h par semaine, ce n’est pas. Ce n’est pas une réunion, hein, c’est quand même plus que ça.
Tristan Berteloot
Et puis il était coordinateur, et pas seulement. Il avait un poste
David Dufresne
Il avait un post tu suis évidemment son ascension fulgurante et tu vas notamment nous parler d’un dénommé Pascal Humeau, parce que du mot, c’est un ancien journaliste qui va faire du coaching média auprès du RN. Voici, voici ce qu’il te dit Pascal Humeau quand il devient comment on dit, le coach de Bardella, c'était intense, on se voyait plusieurs fois par semaine, a t il dit. On s’appelait presque tous les jours pour des débriefings d'émissions où il avait fait une apparition. A l'époque, c’est une coquille vide. Il est tout raide, vertical. Il ne lit pas la presse, ne s’informe pas, Cela ne l’intéresse pas. C’est une machine à débiter bêtement les éléments de langage de Marine Le Pen. Il n’a pas d’aspérités, pas de personnalité, rien. Il faut humaniser le cyborg. L’expression que t’as employé en début d'émission. Donc je me suis dit Bon, très bien, il se passe quelques mots.
David Dufresne
Je ne sais pas si ce ne sont pas des petits personnages par ailleurs, mais qu’importe.
Tristan Berteloot
Je suis obligé de dire par honnêteté que Pascal Humeau est fâché avec le Front national. Bien sûr, il y a une histoire d’argent en dessous. Il a formé beaucoup de gens. Et puis un jour, il s’est fâché Bardella, a coupé tout de suite les ponts. Il a perdu tous ses contrats. Il a quand même été pendant des années son coach média et aussi le coach d’autres personnes très efficacement. En ce qui concerne Jordan Bardella c’est difficile de nier le fait que Bardella et à l’aise sur les plateaux. On voit souvent quand même qu’il faudrait qu’on creuse un peu sur les dossiers. Reste vide. Mais en tant que porte parole pour les éléments de langage, il est quand même assez bon. Il porte bien comme on dit. Il est assez élégant. Grand, bonne tête, un peu évidemment une tête de commissaire ou de Playmobil mais il y a quand même des médias qui arrivent à le comparer à Jacques Chirac avant. C’est assez étonnant. En tout cas que le Front national n’a jamais vraiment connu. Ils ont eu Florian Philippot pendant longtemps, qui était aussi une bonne bête médiatique, mais qui c'était un type un petit peu la fragilité sans une personnalité particulière. Philippot Mais là, on a le soldat le plus complémentaire possible avec Marine Le Pen. Il a sa raideur, espèce de pas, son sourire un peu crispé. Justement, ce qui manquait à Marine Le Pen pour se détendre. On va laisser toute la raideur à Jordan Bardella, ce côté un peu clinique qui plaît aux jeunes bascule l’extrême droite qui plaît aux électeurs de Zemmour. C’est à dire un mec qui incarne à lui seul une espèce d’ordre, même s’il est très jeune. On veut quelqu’un comme ça. La raideur et tout en étant un peu sympathique, donc ça rend la raideur sympathique. A côté, il y a Marine Le Pen qui elle joue la mamie à chat et qui de temps en temps va recadrer. Tout ce monde est fou. Mais effectivement, oui, tout le monde le dit, et pas seulement Pascal Humeau. D’abord, il est très jeune, il a arrêté ses études après le bac, même s' il était plutôt bon au bac. Il a une mention très bien, Ce n’est qu’un apparatchik qui monte. Par ailleurs, il n’a pas beaucoup travaillé en tant que député européen. On l’a vu, il n’a rien fait. En tant que conseiller régional d’Ile de France, il n’a pas fait grand chose, il a travaillé. En revanche, les éléments de langage, le programme, le parti, la réponse à donner aux journalistes. On l’a vu d’ailleurs aux dernières élections, quand il a été propulsé comme un potentiel premier ministre, façon très étonnante que le costume était trop grand pour lui.
David Dufresne
Alors ça, on y viendra pas parce que c’est un chapitre absolument passionnant où tu révèles ce qui se passe quand Macron annonce la dissolution et qu’en fait je laisse la surprise.. Donc le média traîné dit et te dit de bombarder là je l’ai jamais vu travailler sur le fond, on lui a mis les mots dans la bouche et fait bouger les bras. Tout est faux chez lui. C’est ce détail jusqu’au livre qu’il affiche dans son bureau. C’est un maniaque. Après, il explique qu’il a appris à sourire, etc. Est ce que tu penses que ce témoignage de Pascal Mots, tout important qu’il soit, date pas un peu ? Est ce qu’aujourd’hui on pourrait dire de Bardella qui ne travaille pas de ce que tu sais ?
Tristan Berteloot
Bah d’abord il avait commencé parce l’humour A parler il y a quelques mois, quelques années, j’ai considéré qu’il fallait le revoir parce que important. Il n’a pas quitté non plus partie très longtemps. Mais c’est vrai qu’il y a plusieurs années, il avait déjà parlé à l’Obs. Il a aussi parlé à Pierre Stéphane Faure qui a fait un livre sur Bardella il y a un complément d’enquête sur Bardella, d’ailleurs, c’est lui qui dit je lui appris à sourire pour qu’on lui montre que c’est un facho sympa. Je ne sais pas s’il a commencé à beaucoup travailler. Je pense que le parti s’est étoffé en notes, en éléments de langage qui s’est trouvé des conseillers plus compétents qu’avant. Plus en ligne directe avec Bardella et Marine Le Pen. On en reparlera peut-être tout à l’heure, mais on les aura bien sûr. un Conseiller de l’ombre. Le cabinet brun de Marine Le Pen. s 'est étoffé avec des gens comme François Durvye qui a aidé à fabriquer un discours cohérent pour Jordan Bardella quand il arrivait devant les PME, il n’y a pas très longtemps, pour leur faire un exposé, il s’en sortait plutôt bien, même si bon, il s’est planté sur des liens plus techniques, même si il a fait, il a répété mot pour mot le même discours devant plusieurs chefs d’entreprise à des moments différents, ce qui prouve vraiment ses capacités d’adaptation d’un texte, mais pas d'évolution ou invention. Je pense qu’effectivement il a commencé à évoluer, il commence à s'étoffer et peut être que le moment où on lui a fait croire, en tout cas on lui a dit qu’il allait pouvoir être premier ministre. Il a pris conscience que. Allez s’intéresser un petit peu plus à l’appareil d'état. Et quand on a rien fait, ni même dirigé une localité, ni même été député, ni même assistant, c’est compliqué quand même.
David Dufresne
Pour terminer sur Pascal Humeau, il te révèle que la fameuse histoire Les dix balles, il faut que tu la racontes. Mais parce que du maudit qu’il a inventé sans mauvais jeu de mot de toute pièce, l’histoire des 10 € la formulation et de moi affirme à l’auteur en face de moi Tristan et la fameuse phrase de Bardella, tu t’en souviens ?
Tristan Berteloot
Oui, en fait Bardella dit dans des discours. Alors ça dépend parfois du billet pour avoir vu ma mère finir le mois avec dix ou 10 € sur le bout de la table, ça m’a donné envie de me lancer en politique. 20 € pour le bord de la table. Il avait dit aussi la même chose à Pierre Stéphane Faure. Pascal Humeau La formulation est de moi. Je ne sais pas du tout si la mère de Bardella a seulement dix balles pour terminer le mois. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne gagnait pas beaucoup d’argent.
David Dufresne
Bien sûr.
Tristan Berteloot
Mais à la différence de son père. En fait, le passé de Bardella à Saint-Denis a été très vite exploité par le Front National, puis ensuite le racisme national pour faire monter un vote populaire, notamment dans les banlieues qui lui tournaient jusqu'à présent le dos. Bardella grandit en banlieue. Il se présente comme le petit blanc de banlieue qui se fait, qui se fait racketté, dont un salafiste lui dit un jour casse toi ou je te coupe la gorge qui entend des fusillades depuis chez lui pendant qu’il jouait à la PlayStation qui vit d’ailleurs ? Il le dit lui même qui dit j’ai grandi au milieu de la poudrière, sous entendu regardez moi le courage que j’ai eu pour entrer en politique. Je suis là pour vous défendre des choses comme ça. Tout est caricatural, tout. Et beaucoup de choses sont inventées. Mais dans l’imaginaire de l'électorat du Front national, quand on dit Seine-Saint-Denis, c’est des grands tours de cité, c’est ma cité va craquer, c’est la haine, c’est Chanteloup les Vignes, le Val Fourré.
Tristan Berteloot
Voilà elle habite certes en HLM, en centre ville, le sien et dans un centre ville avec un square, le tramway des commerces. Je ne dis pas que c’est grandiose. Et voilà qu’il a grandi à Neuilly. Non, je ne dis pas ça, mais. Ils ont utilisé ça, ils l’ont caricaturé, le rendu encore plus fort. Ils sont allés sur place avec un jugement de valeur actuelle qui dit Bon, il est 7 h
David Dufresne
Ils arrivent à 7 h du matin. Tu racontes ça ?
Tristan Berteloot
Il n’y a pas autour de nous tous les symptômes, les stigmates de l’immigration. Les dealers ne sont pas encore éveillés. On ne s’est pas encore fait planter entre guillemets. Il dit ça. Ils ont tous les deux la tête sous leur capuche. Il n’y a aucun habitant et il longe les murs. Et puis parler là, de loin, dit comme ça. C’est là que je voyais des coups de feu. Il y avait des gamines de trois ans avec une burqa.Ça, ça sert justement à fabriquer un récit qui va interpeller, qui va plaire aux électeurs xénophobes ou des gens qui regardent la télé qui ne vont pas se déplacer. Je ne suis pas le seul à être allé sur place. Le monde a fait un très beau portrait. De là, le correspondant en Seine-Saint-Denis et Clément Guillou du Monde ont fait un très, très bon portrait. Ils sont allés sur place vérifier. Voilà. Est ce que c’est vrai qu’il y avait une école coranique ? Est ce que c’est vrai ? Vous entendez des coups de feu ?Des coups de feu. J’ai demandé à une ancienne écolière qui était là de la maternelle. Jusqu'à la troisième. Elle a dit non. Nous, on a grandi dans un petit écrin. C'était du privé. Nos parents travaillaient, ils avaient du temps pour les devoirs. Le soir, on ne traînait pas, on avait le catéchisme. Le niveau était très élevé, c'était calme. On ne s’est jamais fait racketter. Bardella a grandi dans les meilleures conditions possibles à Saint-Denis. Par ailleurs, il était la moitié du temps chez son père, dans des conditions encore plus élevées. Il partait à 12 h. Une mère d'élève, tout le temps en vacances, elle prenait l’avion, ce que ne faisaient pas les autres. On ne pouvait pas faire mieux pour lui. Et elle dit que c'était cette ancienne écolière qui aujourd’hui a dit. Quand on a grandi en Seine-Saint-Denis, on a connu la mixité sociale. L’humanisme, l’entraide. L’utiliser pour son fond de commerce, son fond de commerce. C’est vraiment dégueulasse Elle dit. On a grandi à Saint-Denis, on ne peut pas aller ensuite cracher, utiliser ce passé pour aller chercher des voix,
David Dufresne
Parce que son père a de l’argent, il est commerçant.
Tristan Berteloot
Olivier Bardella, son père loue des distributeurs automatiques. Il lui offre une Smart assez longtemps pour pas qu’il prenne le RER. En fait, il n’est jamais retourné. Il ne va pas vraiment voir sa mère qui n’est pas Gavroche du tout.
David Dufresne
Il existe un autre personnage, un autre journaliste. Il est donc un journaliste devenu divers gauche. Et il en existe un autre. Moi je l’ai découvert. Je ne sais pas si dans le chat vous le connaissez, un dénommé Victor Chabert qui est un reporter d’un grand média. D’ailleurs, tu parles de lui, je crois dans ton papier d’hier. Je crois qu’il était dans la salle. A force de vous lire les uns et les autres, j’ai peur de passer d’un livre à l’autre, d’un article à l’autre.
Tristan Berteloot
Ce peut être un autre.
Tristan Berteloot
Il était là avec l’attaché de presse du RN du FN.
David Dufresne
Voilà, c’est ça. Alors là, c’est un point très important. Ce garçon là, il est reporter RN à Europe 1 d’abord, c’est ça, c’est ça son boulot. Il y a une forme de familiarité entre lui et une partie du parti. Finalement, il franchit le Rubicon et il a raison dans ces cas-là. De son point de vue, j’entends moins.
Tristan Berteloot
Il est honnête avec ses idées.
David Dufresne
Il est honnête avec ses idées, à défaut de l'être avec ses auditeurs. Très bien. Et alors, qu’est ce qu’il fait ? Parce qu’il y a tout un chapitre absolument passionnant sur les relations aigres douces entre le RN et les médias. Elles ne sont pas exactement celles que l’on croit.
Tristan Berteloot
Oui, en fait.
Tristan Berteloot
Il faut remettre les choses dans le contexte pour Victor Chabert. Il y a des relations avec les journalistes quand on lit ce nous, évidemment, quand on est au contact bien sûr du national, quand on est en reportage. J’ai déjà vu des gens qui n’étaient pas rubrique à RN, qui s’étonnaient de voir parfois sourire, discuté avec des cadres d’extrême droite, des journalistes. Mais oui, on tape la discute, parfois on se rend un peu sympathique. C’est un jeu.
David Dufresne
Chacun peut aller jusqu'à blaguer.
Tristan Berteloot
Je lui ai déjà repris une blague de Jean-Philippe Tanguy.
Tristan Berteloot
J’avoue que j'étais fatigué,
David Dufresne
Au bout de huit ans oui. On découvre quand on suit de façon nationale que ce ne sont pas des monstres avec des croix gammées sur le crâne et qui n’attendent qu’une chose, c’est que vous tabassez. Le parti a aussi évolué dans leur façon de faire avec les journalistes. Les journalistes ont aussi évolué dans leur façon de traiter le parti. Et en fait, c’est dans cette fausse entente cordiale où tout le monde se regarde un peu en chiens de faïence en se méfiant l’un de l’autre. Oui, on essaye de rendre les relations moins difficiles. Donc il y a des journalistes qui se rapprochent plus ou moins du RN. Pas le cas. Libération, Non. Il y a aussi beaucoup de journalistes qui sont qui se prennent la pression parce qu’en fait, plus on se rapproche d’eux. Plus on montre patte blanche, plus ils vont demander de choses, évidemment. Mais on reviendra peut-être un peu plus tard. Donc le Chabert Victor est reporter pour Europe 1 pendant un an, il va suivre le parti. Et Zemmour, c’est le copain de Bolloré. Son chef Louis, drague les anciennes valeurs actuelles. C’est assez étonnant pour une antenne de ce niveau-là et même pour n’importe quel média de mettre un débutant sur le traitement du racisme national. C’est un parti très difficile à suivre et pas un parti qu’on suit comme les autres. Déjà, il y a des risques, parfois des menaces et surtout leur stratégie de lissage d’image fait qu’ils sont dans la manipulation perpétuelle et ils ont toujours tenté d’obtenir quelque chose. Arrête d'écrire l’extrême droite dans ton papier.
Tristan Berteloot
Maintenant on les change de ça, on va te donner ça. C’est difficile. Il faut pouvoir dire non. Il faut pouvoir savoir ce qui se passe vraiment et connaître l’histoire du parti. Il faut être un peu courageux. Donc lui, il est lancé dans le grand bain, puis à la présidentielle, il fait un an et puis bon, il fait de la radio. Il n’a pas par ailleurs une bonne vision du journalisme. Il me dit ben moi, où suis-je ? C est dix minutes. C’est pour que le mec aussi dans sa bagnole, dans les embouteillages où qu’il est en train de se brosser les dents Voilà, il ne fait pas d’enquêtes, il ne va pas chercher très loin. Et puis un jour, il rejoint le Front National. C’est Bardella qui lui propose un peu en blaguant et il y va, il y va. Il avait déjà expliqué aux hauts cadres qui votent lui-même Marine Le Pen. Il l’avait même dit à certains journalistes Je le savais. Voilà, dit Le Pen, c’est plus. C’est plus Le Pen père. En fait, il reprend les éléments de langage du parti, de certains cadres qui font croire qu’ils ne connaissent pas l’histoire du Front national, qui disent ben non, c’est plus pareil. C’est vrai, on peut dire que le RN a évolué, mais ça reste un parti d’extrême droite. On pourrait dire à l’inverse que c’est un parti d’extrême droite, mais pas que maintenant. Stratégie Une vision quoi. Mais ça reste un parti d’extrême droite. Ils font semblant de le nier. Ils ne le disent pas. Il y a même des gens qui ont considéré que Marine Le Pen était de gauche parce qu’il y avait une idée sociale pas du tout nouvelle. Donc Victor Chabert se lance dans le grand bain et devient donc porte-parole de la presse. Après Caroline Parmentier et les relations vont un peu se tendre parce qu’il va.
David Dufresne
Alors, Caroline Parmentier, il faut rappeler qu’elle a été pendant 25 ans au journal Présent.
Tristan Berteloot
Écrire des choses assez dures anti-avortement et loufoques. Un peu complotiste. Voilà, il n’y a aucun doute.
David Dufresne
Je vais même te dire qu’un jour elle avait écrit J'étais un scribe accroupi dont j’avais suivi les études dans une. Je n'étais pas née. On s'était retrouvé en garde à vue. C'était toute une histoire. Elle a fait un papier et elle avait toute une page pour démonter et me traiter de scribe accroupi. Donc quand je la vois maintenant, puisqu’elle est juste à côté de Marine Le Pen à l’Assemblée nationale, je repense toujours à ça avec le sourire.
Tristan Berteloot
Enfin bref, voilà, sur le détail, elle avait une certaine plume d’extrême droite.
David Dufresne
Elle avait une plume d’extrême droite. Mais bien sûr, c’est vraiment le vomi, le style rance. Mais que dit-elle, qui a enlevé quoi ?
Tristan Berteloot
Elle dit en parlant de Macron. Il était tout excité d'être entouré des techniques, des trucs au cerveau. Il y a une mise en scène.
David Dufresne
Voilà, c’est ça, c’est lisible et une façon d'écrire en contournant la loi. Oui, c’est ça la loi Gayssot, qui est assez audacieuse. C’est horrible, c’est horrible de gerber mais il a du style, il y a un style d’extrême droite, c’est ça ?
Tristan Berteloot
Il y a un stylo plume d’une certaine couleur quand elle arrivait déjà, elle s’est présentée aux journalistes en disant Je suis une journaliste, d’accord, mais à présent quand même et elle a tout de suite voulu créer des relations plus calmes avec la presse. Avant, c'était un peu de l’affrontement quand même. Alors on faisait de l’analyse, mais ça se bastonnait Il y avait des coups de fils, des mecs se faisaient virer et des meetings. Il y avait des photos, toujours de Marine Le Pen que j’avais prise par le bas. Et quand on y arrive, est il en reste ? S’il vous plaît, calmez-vous. Regardez Marine Le Pen à sa nouvelle coupe de cheveux et comme elle est gentille. Et puis vous allez arrêter de faire ces photos comme ça. Elle appelle l' AFP régulièrement, s’il vous plaît, des angles un peu particuliers. Pourquoi la tordu alors que Sarkozy il est tout beau ? C’est sexy, ça évolue comme ça. Petit à petit, les articles deviennent un peu plus doux avec des photos un peu plus douces. La machine médiatique se met en marche et on fabrique à Marine Le Pen une nouvelle image, celle de Mamie à chats. Elle va être invitée dans des plateaux. Elle va faire Karine Le Marchand, une ambition intime sur son canapé Ça va participer à la normalisation du Front national devenu en 2018 le National Tea Party. Son changement de nom qui participe aussi à cette normalisation. Et Caroline Parmentier a des relations plus claires avec les journalistes. Alors je ne dis pas que ça s’est toujours bien passé, hein, puisqu’il y en a qui ont été convoqués avec leur direction. Avec Marine Le Pen qui débarque au déjeuner avec la pile d’articles qu’elle n’a pas aimé.
David Dufresne
En fait, c’est. C’est violent, agressif, avec un sucre au bout, c’est-à-dire était gentil. Si tu fais ce qu’on dit, ça se passera bien et pas viré. Petit à petit, j’ai vu et comme frère adoucir leur article, d’autres enlever des articles termes d’extrême droite, notamment au Figaro.
Tristan Berteloot
Au Figaro, c’est carrément demandé par le directeur de la publication, Alexis Brézet. Qui par ailleurs a déjà assumé d’avoir voté Le Pen et a travaillé pour. Pour un texte. Le Chevalier maire de Toulon, FN. Il le dit dans une réunion avec la SDJ du journal. Carrément. On lui pose la question quelle est la règle sur le mot extrême droite ? Et il assume de dire. C’est un terme que les deux partis récusent. Reconquêtes et le Front national, Valeurs nationales. Donc on ne va pas utiliser je vais utiliser le terme qui n’est pas le meilleur. C’est nationaliste qui est déjà pas mal parce que nationaliste, si on connaît un peu l’histoire, c’est d’extrême droite, dure, c’est à dire qu’on s’imagine où l’ennemi vient de l’extérieur, l'étranger, on s’imagine avec un ennemi intérieur. Autrefois le juif, aujourd’hui le musulman, c’est un migrant. C’est quelque chose d’assez marqué, mais qui tient. Il parle peut-être moins aux gens que le terme extrême droite. Parce que pour moi, l’extrême droite, déjà, c’est très important d’expliquer pourquoi on a commencé à remettre en question ce terme. Pourquoi des politistes et des journalistes font des contorsions dans tous les sens pour ne pas l’utiliser ?
David Dufresne
Il y a une très grande hypocrisie là-dessus autour de ça.
Tristan Berteloot
D’abord, c’est que c’est à la demande du Front national depuis des années que Jean-Marie Le Pen avait refusé et le Front national menaçait. Et depuis quelque temps, ce sont les proches de Marine Le Pen qui demandent cela. Donc les gens qui disent Bien, on l’utilise plus parce que le parti a évolué sont hypocrites. C’est faux. C’est un compromis avec le National pour avoir plus d’infos, pour pas avoir de problèmes de relations. Ou alors ce sont des journalistes qui commencent carrément à partager les idées et qui font descendre un petit peu le terme. Pourquoi ? C’est un parti d’extrême droite ? C’est très important de le dire. Le RN a pendant longtemps considéré que le terme extrême droite le laissait dans la radicalité. Ils disent l’extrême droite sont des gens violence dans des gens antiparlementaires et vous voyez que nous ne sommes pas comme eux, donc nous ne sommes pas. L’extrême droite et l’extrême-droite est beaucoup plus large, ne sont pas que les fascistes néo nazis ou les mecs qui tabassent à coups de barre de fer. C’est d’abord avoir dans son programme trois items, c’est-à-dire la différenciation ethnique. On a le Front national qui va sa pierre angulaire programmatique. Dans La préférence nationale, c’est à dire les Français avant les autres, des gens qui n’ont pas plus de droits que les autres parce qu’ils sont français de souche. Le deuxième item étant le nationalisme et le troisième étant la mise sous tension régulière du socle démocratique.
David Dufresne
C’est-à-dire ?
Tristan Berteloot
On en a parlé récemment. L'État de droit. On remet en cause les institutions, la Constitution, le Conseil d'État, on remet en cause la liberté de la presse. Tout ça fait que ce sont des partis d’extrême droite. Sans parler de son passé, évidemment. Le passé d’un parti qui a été fondé en 72 par Jean-Marie Le Pen avec des membres de la division Charlemagne, ex-membres de l’OAS, l’anti gaullisme pur, des membres qui sont dans le parti depuis des années, qui donc n’ont pas bougé. Bruno Bilde, ancien mégrétiste, Philippe Olivier, le conseiller spécial et beau-frère de Marine Le Pen, Marine Le Pen elle-même. Tout ça, ce sont des gens qui sont dans le parti depuis des années. Qui a changé ensuite les prestataires, tous les gens qui ont travaillé avec eux, Frédéric Chatillon, les anciens du GUD et pour finir les électeurs. Ils ne s’y trompent pas, qui sont bien sûr xénophobes, qui remettent en cause un certain nombre de choses qui fondent la République et la fraternité de la France. C’est un parti d’extrême droite, le Conseil d'État l’a rappelé parce qu’ils ont aussi un programme d’extrême droite et des alliés d’extrême droite.
David Dufresne
Voilà, je voulais juste rajouter tu fais bien parce qu’on en arrive et là je lis la page 120. On en arrive aujourd’hui. Alors je vais demander aux gens est ce que c’est le Gorafi ou est ce que c’est le point ? En tout cas, c'était en mars 2024. Qui a pu écrire à propos de Jordan Barda, chemise blanche impeccable, rasé de près et de frais, port de jeunes nymphes, Jordan Bardella est propre sur lui. Il fait aussi des ravages sur Top. On ne compte plus les jeunes filles en pâmoison prêtes à jeter leur gourme tout en étant aussi, à son corps défendant, Sans doute une icône gay. Le côté glabre et musclé, frémissant sous le costume marine
Tristan Berteloot
Ou le Gorafi ? Si tu sais où aller, c’est le point. C’est quand même sidérant comme truc alors non, c’est hallucinant.
Tristan Berteloot
Et par ailleurs, cette page accompagnée, ce qui est très étrange. Accompagne un grand événement du Point, avec d’un côté un journaliste qui allumait le programme économique du parti en disant de Donc c’est un parti d’extrême droite. A côté, une enquête d’un journaliste du Point assez neutre, très neutre, il n’y avait pas le mot il y a qu’une seule fois et ensuite c’est Jordan Bardella, le nouveau sex-symbol. Et il y avait un petit encadré qui était presque pire mais qui était tellement hilarant que je ne l’ai pas fait. Il y avait une photo de Bardella, une photo de Jacques Chirac avec à peu près le même angle, les deux, les cheveux en arrière, Il avait blanchi les dents. Il a dit Est ce qu’il ne serait pas le nouveau Chirac ? D’un seul coup Gabriel Attal s’est retrouvé Premier ministre. Le RN a dit Oh là, regarde, Ils ont plein de points communs. Ils sont jeunes, ils sont brun, Bardella, Premier ministre. Et il était à peine déjà premier dans les esprits qu’il était devenu Jacques Chirac, donc, le futur président de la République. Alors ça, c’est la façade aimable, souriante. Mais il y a l’autre que tu racontes beaucoup, notamment dans un paragraphe qui s’appelle Contrôler la presse, où tu reviens sur cet épisode absolument incroyable sur la RCI, la radio de Guadeloupe où justement le dénommé Victor Chabert dont on parlait tout à l’heure, ancien d’Europe 1, aujourd’hui attaché de presse de Jordan Bardella, va avoir la peau de la journaliste. Est ce que tu peux nous rappeler parce que tu racontes qu’il est dans le studio et qu’il est en train de faire l’interview ?
Tristan Berteloot
Alors Barbara Olivier-Zandronis, est une journaliste qui fait bien son travail, qui est qui faisait très attention à ce rendez vous ? Par ailleurs, elle avait bien préparé son entretien, elle me l’a dit après, elle a été complètement traumatisée par l'épisode, elle n’a eu aucun soutien sans que ça ait fait peur à tous ses collègues. Donc Bardella, débarque en Guadeloupe pour un entretien devant cette radio qui est très écoutée. C’est une radio privée et ils arrivent à peu près à la couleuvre qu’on raconte des gens qui l’ont vu en Guadeloupe à la cool avec toute son équipe. Victor Chabert. Sauf qu’une fois arrivés en studio donc, il faut imaginer qu’on a la journaliste Barbara Olivier-Zandronis et derrière toutes les équipes de Bardella derrière elle, puis elle ne voit pas ce qui se passe. Et Bardella en face d’elle, en face d’elle, qui répond à ses questions. D’abord, il y a un portrait de Bardella, qui passe à l’antenne assez virulent, qui n’est pas d’elle. Donc il a dû un peu le tendre et lui poser des questions sur ce qu’il a dit lors d’un meeting en Italie, des choses assez dures sur l’immigration. Elle lui dit Est ce que vous êtes vraiment quelqu’un de dé diabolisé ? C’est quand on entend ça, ce n’est pas vraiment le cas. C’est son métier. Elle fait son métier pour lui poser des questions. Un journaliste a le droit de poser toutes les questions qu’il veut à n’importe qui. Enfin, il y a surtout un responsable politique et Bardella plus trop l’habitude que ça lui arrive en fait. Et elle lui pose des questions aussi techniques sur la politique, notamment les accords avec les pêcheurs. En Guadeloupe. Il n’a pas préparé le truc et là il commence à l’attaquer. Est ce que vous êtes vous ne seriez pas la journaliste militante ? Voilà le truc classique. Vous avez votre carte dans quel parti en fait ?
Tristan Berteloot
Et derrière il y a Chabert en train envoyé des texto au rédacteur en chef, C’est quoi ces questions là maintenant ? Le mec descend, se met derrière le bocal et lui fait un coucou : arrête.
Tristan Berteloot
Il refuse d’accepter les excuses du type qui va virer la journaliste pas vraiment virée. En gros, on lui coupe et lui coupe la tête, Ils ne lui font plus de JT et elle finit par prendre sa clause de conscience et s’en aller.
David Dufresne
Alors qu’elle est en plein direct écriture avec l'équipe de politiques assise derrière elle, dont fait notamment partie Victor Chabert, elle voit son rédacteur en chef débarquer dans le studio, la sommant de couper court à l'échange de grands. Demain, tu viens de le dire, Victor Chabert était en train de le bombarder de SMS, outrés des questions de la journaliste. Donc là, on est quand même dans quelque chose qui il n’y a pas besoin de commenter. Mais c’est peu dire qu’on a l’impression quand on regarde BFM ne parle même pas de CNews mais qu’il y a plutôt qui sont chez eux. En réalité, ils sont aussi chez eux Un truc que font les politiques habituels quand ils ont un peu pris la confiance. C’est quelque chose qui se faisait moins avec le FN ou le RN parce qu’il n’y avait pas non plus de relation. Mais assez vite. Chabert demande le nouveau numéro du chef du service politique à un collègue du Monde. On a une journaliste de l’AFP, une autre de RTL, qui ont été sommés de se calmer. Il y a un proche conseiller, Renaud là bas, qui. Neuf groupes à l’Assemblée nationale, qui se vantent d’avoir fait changer la ligne d’une journaliste du Figaro parce qu’elle était trop, trop tenue, trop agressive. Oui, il y a une pression permanente de ces gens-là sur la presse. Non seulement les rubriques parce qu’ils ont compris que c'était le dernier verrou pour avoir une meilleure image dans les journaux, mais aussi auprès de leur direction. Il y a une ligne pour ça que des journalistes qui manque d’expérience ou qui sont un peu plus jeunes ont tendance à un peu la boucler ou se calmer un peu quand le chef dit bon, j’ai eu Marine Le Pen, c’est pas très agréable de se faire appeler par la patronne de l’extrême droite. Et c’est ça, c’est quelque chose qui se voit assez souvent. J’ai mis un certain nombre d’exemples dans mon livre de pression d’un journaliste de l’ex JDD. Il se fait traiter de trotskiste du rouge, Marine Le Pen qui décide, qui appelle le directeur pour enlever des questions dans une interview qu’elle ne considère pas sympathique, c’est un déjeuner auquel j’ai assisté. Voilà, le journaliste n’est plus là, ça a changé de directeur, elle se retrouve en Majesté qu’une photo sympa, des questions sympa. Il n’y a pas une seule fois le mot extrême dans l’interview. Elle a finalement gagné. En fait, c’est aussi des gens. Il faut que ce soit très important de le comprendre. Ils avancent par petites victoires, mais une fois qu’on leur a donné quelque chose, on ne peut pas revenir en arrière. Quand Marine Le Pen met un coup de pression au premier ministre. Comment dire ? Qui dit ce qui le fait ? Il accepte ce qu’on lui dit. On ne pourra pas revenir en arrière. Marine Le Pen a dit "Attendez. Vous ne parlez plus alors qu’il y a deux semaines. vous m’avez appelée. C’est pareil d’ailleurs avec l’idéologie. Quand on leur donne une victoire idéologique, le RN va plus loin. C’est pour ça que ça ne sert à rien de parler comme eux. On fait en réalité et on est en déjeuner avec ce qu’on appelle déjeuner. Le groupe de déjeuner avec l’AFP qui avait Le Monde et Libé et l’Alpha débarque Philippe Olivier le lendemain, part en engueulade. Très violente avec une journaliste parce qu’il n’avait pas aimé un article. C’est violent. C’est quelqu’un de violent, il y a un autre déjeuner presse où il dit aux journalistes. Il explique aux juristes pourquoi il ne faut pas l’appeler l’extrême droite. Et comment vous appelez-vous ? Ah bon ? C’est quoi ? C’est la droite ? Non, non, non ! Ce n’est même pas la droite !
David Dufresne
Ni droite, ni gauche. Non, non, non, non !
Tristan Berteloot
Ni droite nationale. Et là, il leur fait tout un truc pour qu'à la fin, la journée soit tellement paumée qu’on dise sur le réseau national, ni droite, ni gauche, ni d’extrême droite,
David Dufresne
Sabine te demande quand tu vas à C’est à vous. Est ce que tu dis tout ça ?
Tristan Berteloot
Oui, si on m’avait posé la question. Mais hier, on a beaucoup parlé des assistants parlementaires et du procès. Ainsi interrogé, j’aurais dit évidemment.
David Dufresne
En tout cas, c’est dans ton bouquin. Alors il est quand même déjà 10 h 53 à telle date, Peut être un journal à faire ?
Tristan Berteloot
Oui, on n’est pas loin. En plus, vous n’êtes pas loin Tolbiac
David Dufresne
Voilà ce que tu appelais tout à l’heure le cabinet Brun. Il y a des questions dessus. Alors il y a deux choses. Il y a le patronat. Et excuse moi d’un côté des gens qui ont de l’argent. Alors il y a notamment François je ne sais pas penser, ça dure vie, dure vie dont tu as parlé tout à l’heure. Tu as évoqué son nom, dont tu parles dans le bouquin. Il y a des manoirs où on se recueille pour préparer l’entre deux tours. Donc il y a du pognon là où il faut et puis après on va parler des auras. Le cabinet brun si tu veux bien, rapidement.
Tristan Berteloot
Je vais faire très vite
David Dufresne
Voilà de l’eau on reprend,
Tristan Berteloot
Donc on recommence. Très belle tasse Qu’est ce que les Horaces ?
Tristan Berteloot
Donc autour de Le Pen père déjà, il y avait des énarques, des gens un peu un peu câblés. On ne peut pas dire qu’ils ont tous les fils qui se touchent toujours, mais des gens un peu câblés pour lui donner des conseils. A l'époque, il y avait d’ailleurs des publications nationales hebdo, des journaux où on pouvait lire l’idéologie frontiste sont d’extrême droite et donc s’en abreuver ou à prendre le style d’extrême droite et d'écriture. Mais ça a un peu disparu. Et autour de Marine Le Pen, ça se fait plutôt cacher dans l’ombre. On a des conseillers qui viennent l’aider. Il y a des gens qui l’ont aidé pour la présidentielle de 2017, qui sont vraiment tombés très haut quand ils ont vu le ratage total de son débat d’entre deux tours avec Macron et qui a évolué pour essayer de se professionnaliser. Même pour faire monter Marine Le Pen au pouvoir. Ce sont des énarques, des gens qui ont eu des postes ministériels ou dans la haute administration, pas forcément qui ont marqué la haute administration française. Une toute petite parenthèse, ce sont aussi des gens qui sont xénophobes. On voit. J’ai récupéré des discussions d’un groupe WhatsApp de proches de Marine Le Pen. C’est de l'élite parisienne. Ils habitent dans le septième arrondissement de Paris. Ils ont de l’argent mais habitent près du Champ de Mars, près de la Tour Eiffel. Ils discutent dans des endroits assez prestigieux, mais quand ils discutent entre eux sur des groupes WhatsApp, c’est un peu. Donc j’ai découvert un groupe qui s’appelle Tout va bien en France. Dedans, c’est des mecs hauts placés, des fiscalistes, des avocats. Il y a un journaliste, je sais plus de quel média d’extrême droite, une experte on a affaire. Il y a plein de gens, des gens très connus parmi tous les noms. Et ils s'échangent des blagues. Quand la déchetterie dit de la folie ou encore fait des siennes. Macron l’avertit Les J.O. Se lancent avec des migrants. Là, on voit une photo avec des tentes et les mecs disent, la délégation africaine est déjà arrivée. Un mec répond pour nettoyer tout ça. Pas besoin de Karcher directement au lance flamme.
David Dufresne
C’est donc ça ? Ce sont les prétendus cerveaux qui entourent Marine Le Pen pour la conseiller.
Tristan Berteloot
C’est l'élite rance qui prépare Marine Le Pen dans l’ombre. J’ai voulu vraiment appuyer sur ce chapitre parce qu’en fait, on a beaucoup parlé pendant les dernières élections de la montée Le Pen chez les élites. Ils prenaient le fait de voir des mecs en costard autour d’elle et de savoir qu’il y avait des gens assez justement diplômés qui la conseillent pour dire les médias ont beaucoup dit attention, Marine Le Pen plaît de plus en plus aux élites et j’ai voulu rappeler que ce n'était pas n’importe quelle élite. On des gens, des élites certes des gens, mais qui sont racistes, qui sont homophobes et qui sont xénophobes, assumés en privé en tout cas.
David Dufresne
Et donc c’est toujours la plus grande visibilité pour eux, pour, situé, pour ceux qui sont Hyper identitaires.
David Dufresne
Ah non, il y a lui. Non, non, je pensais à oui, oui, oui. Qui a été celui qui a été le porte parole des Horaces, qui a beaucoup fait pour l’existence de ce groupe.
Tristan Berteloot
Qui est au centre du truc. Il passait dans des émissions très grande audience pendant très longtemps. Voilà, c’est ça. Mais on a une quarantaine d’autres noms qui sont dévoilés dans le livre, qui ne parleront pas forcément à tout le monde.
Tristan Berteloot
Mais dedans il y a le rédacteur en chef d'éléments qui était dans la Nouvelle droite, Jean-Yves Le Gallou. C’est des gens qui prônent un racialisme de la société depuis des années. Ce n’est pas du tout quelque chose de neutre. Marine Le Pen n’est pas conseillée par Monsieur. Tout le monde non plus. C’est très important d’avoir ça en tête.
David Dufresne
Alors effectivement, tu donnes des adresses de restaurants que je ne connais absolument pas vraiment des centres villes, que ce soit Paris, Lyon, on se fait voir, on se montre, on se montre pas, on vit. Et puis effectivement, on va de restaurant en restaurant.
Tristan Berteloot
De plus en plus, on se montre avec des têtes de plus importantes. Henri Proglio, ex-PDG d’EDF. On rencontre Lagardère parce qu’il est très. Il a envie de voir qui est Marine Le Pen, qui est là. Finalement, il y a une curiosité malsaine autour d’elle. C’est quelqu’un d’assez charismatique. On veut la rencontrer. On se cache dans un manoir du 17ᵉ dans le Calvados.
David Dufresne
Voilà, ça j’ai adoré.
Tristan Berteloot
Ouais, c’est une belle histoire parce qu’en plus on était tous les journalistes en déplacement avec Marine Le Pen quelques temps avant le débat d’entre deux tours et le dernier,pas 2022. Et puis il a secoué ce bar, elle va être derrière une maison. Et puis Caroline Parmentier nous dit Bah ouais, voilà, elle va rester là. C’est un Airbnb, elle propose. En fait elle est en train de se barrer de l’autre côté de la propriété, Elle prend une bagnole et elle retourne au manoir où elle était depuis deux jours avec ses copains. Donc manoir du 17ᵉ, J’y suis allée. C’est une très belle bâtisse. Avec des arbres pas près de la nationale et c’est dans cet endroit qu’elle a préparé son débat entre deux tours, avec un jeune homme qui s’appelle Ambroise de Rancourt, qui se fait passer pour Macron, qui devient un ancien pianiste professionnel énarque et qui devient son directeur de cabinet. Et on est chez François. Durvye justement, ce n’est pas n’importe qui, c’est un gros poisson. C’est le bras droit de Pierre Édouard Sterin. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Édouard, c’est le mec derrière les Smart box, les trucs qu’on s’offre avec des cagnottes dans les entreprises à la fin d’un contrat, le saut à l'élastique. Voilà le Tour en Formule il est milliardaire. C’est un patriote identitaire catholique. Il faut savoir que
David Dufresne
Ha ! La Patriote Marine Le Pen est conseillée, aidée dans son entreprise par un exilé fiscal et son bras droit François Durvye mais la Belgique, il aime bien la Belgique. L’argent et la Belgique reviennent très souvent c’est ce que j’ai vu.
Tristan Berteloot
Le cordon sanitaire belge. Je prends en exemple L’avocat belge…Étonnant ce François, c’est celui qui a acheté récemment la baraque de Jean-Marie Le Pen à Rueil-Malmaison, où a été filmée la petite chansonnette avec les nazis dans une espèce de viager. En tout cas, il y a non seulement un financement et Le Pen, il l’aide et il l’aide. La forme genre dare-dare à l'économie. Et il a derrière lui un milliardaire qui veut donner toute son argent dans un projet qui s’appelle Périclès. C’est quelque chose qui a été sorti par l’humanité.
David Dufresne
Et nous avions reçu au mois de juillet Thomas Lemahieu, super le journaliste qui a révélé ce programme 150 millions sur dix ans pour former, des cadres, créer, acheter ou racheter un institut de sondage au service de l’Extrême-Droite 150 millions.
Tristan Berteloot
Alors il y a un côté un peu naïf dans l’idée que je veux tout ça. Mais il y a une ambition,, il y a de l’argent et il y a des idées partagées. C’est des gens ultra motivés, l’extrême droite. Souvent, nous avons des petits groupes, mais ils font beaucoup de bruit. Et oui, ça c’est dangereux.
David Dufresne
On te pose la question le Medef qui a de plus en plus le programme économique du RN Est ce que c’est le travail des Horaces ou pas ? Ou un peu trop, Horace ?
Tristan Berteloot
Non. L'évolution, en tout cas programmatique, de certaines questions qui ont été enlevées de la bouche de Jordan Bardella, juste avant son grand oral au Medef. Ça, c’est le travail de François. Dure vie pure. Il le rencontre un peu avant, il dit : ça tu ne vas pas le dire ça on va l’enlever, Ça on va plutôt le faire évoluer. Lui, il a l’habitude de parler aux grands patrons. Il est à la tête du fonds du fonds d’investissement qui vaut 1,7 milliard d’euros. Il sait ce qui attend ces mecs là et le Medef par ailleurs, encourage aussi le Front national aux valeurs nationales à avoir une politique un peu plus libérale. En revanche, ils ne sont pas non plus du tout. C’est les grands patrons et les patrons de PME. C’est il n’y a pas de vrai cordon sanitaire, c’est à dire qu’ils acceptent le dialogue, ils acceptent d'écouter, de faire venir au grand oral ces gens là, mais ils ne sont pas dupes non plus sur leur niveau de compétence en économie, même pas leur fort et donc ils les écoutent. Mais bon, quand on parle aux dirigeants de PME, c’est du populisme. Derrière, y’a rien du tout.
David Dufresne
Ah et alors là tu m'étonnes Tristan parce que page 162, tu crois que je vais m’endormir sans finir ton bouquin, toi ? Non, pas du tout. Tu dis que les députés RN à l’Assemblée tentent de multiplier les entrevues avec les dirigeants d’entreprises de leur circonscription. C’est très important parce que c’est ce sur quoi on a commencé ce maillage
Tristan Berteloot
C’est le cœur de la machine à gagner du RN, c’est ça ? La normalisation ne s’arrête pas seulement au couple Bardella, Le Pen, c’est que tous ces gens qui ont été formés pendant des années sont envoyés ou réussissent à avoir des mandats. Et une fois qu’ils sont sur le terrain. Il y en a un qui est très marquant, de Thomas Ménager qui tient debout la France, qui est dans le Loiret. Ils vont à toutes les fêtes, toutes les tout ce qui se passe en fait, tous les monuments aux morts et tout. Ils vont partout, ils se montrent sympathiques, ils se montrent, ils vont voir les patrons locaux et il leur prêche la bonne parole frontiste sur le programme. Et justement, on voit, l'évolution est très forte. 45 %, c’est ça.
David Dufresne
Voilà. 41 pour être précis, en 2024, 41 % des chefs d’entreprise se disaient prêts à voter pour le RN, dont une grande masse d’artisans et de gérants de TPE.
Tristan Berteloot
Donc TPE, PME et Medef sont encore un peu réticents. Mais les artisans étaient petits. Il ne faut pas oublier non plus l’histoire du une URL Jean-Marie Le Pen qui était poujadiste au tout départ. Donc la défense des petits commerçants. Ils connaissent les artisans qui ont besoin d’aide et tout. Mais oui, ça fonctionne sur le terrain des gens formés. C’est la stratégie qu’on appelle de la cravate. Donc le frontiste aujourd’hui n’a plus les mots qu’il avait avant. On a un vocabulaire qui c’est qui est beaucoup plus doux, même si le champ lexical est à peu près toujours le même. On sait, on sait de quoi on parle. Les gens ne se trompent pas quand ils votent au Front national, ils sentent que derrière il y a un programme xénophobe et qu’on est surtout sur la fermeture des frontières et contre l’immigration. Mais on ne dit pas. Maghrébin, on ne dit pas. Le discours a changé, la stratégie a changé, on est sérieux, on serre la main. Oui, et on n’est plus la bête immonde. Là, ça fonctionne à plein régime. Vraiment. C’est très important ce maillage territorial.
David Dufresne
Je vais prendre quelques questions du chat alors autant j’ai des petits soucis A moins que tu veuilles ajouter des choses qu’on n’aurait pas abordées,
Tristan Berteloot
Au tout début, on avait parlé de cette espèce de conquête morale et de la plainte de Jean-Philippe Tanguy qui est redite dans le livre. Et c’est vrai que c’est un passage que je trouve important. Tout dévoiler aux éventuels lecteurs. C’est que dans sa conquête morale, le RN tente de séduire les juifs de France. Oui, dernièrement, ils ont réussi à marcher dans une marche contre l’antisémitisme tous ensemble, sans que ça cause de problème. Il y a des années, ils se sont fait tabasser. Ce qui ne veut pas dire que les juifs de France votent pour eux par ailleurs. Mais quand des députés la considèrent comme un l’antisémitisme résiduel dans la société, ce qui est totalement faux par ailleurs, est vraiment ancré chez eux comme un réflexe. Et assez dur. On a ce personnage qui est député à l’Assemblée nationale, qui fait voler un jour son téléphone portable et va porter plainte pour la première fois au commissariat en imaginant que c’est sans doute un migrant qui lui a volé sa carte Vitale. Et la deuxième fois, il imagine que c’est plutôt un complot juif derrière lui, parce que son antenne patronne est proche de quelqu’un qui s’appelle Lévy et pense que pour aller voir les policiers, leur raconter, ça a dit quand même quelque chose d’assez.
David Dufresne
Et ce député, c’est Jean-Philippe Toussaint. Celui avec qui tu rigoles.
Tristan Berteloot
Je me suis piégé moi-même comme un bleu.
David Dufresne
À part Pierre Édouard, Je ne sais pas pourquoi, j’ai du mal à retenir le type des smart box.
Tristan Berteloot
En fait, il y a une mode. Aujourd’hui des mecs d’extrême droite en tous cas RN ou d’anciens proches du RN qui ont changé de disque qui se sont tous inventé des instituts. Alors on invite quelqu’un au lieu de dire sur son CV un bandeau BFM ex du Front national devenu avocat, on a un machin à la tête de l’institut Trucmuche, c’est ça ? Il faut être vigilant par rapport à ça. Ceux qui sont les meilleurs pour donner ces petits groupes Que ces affiliations idéologiques sont mes collègues Nicolas Massol, Pierre Cloutier, Maxime Macé. On voit des gens, des assistants qui ont travaillé avec l’Institut, bosser avec la nouvelle droite, des choses comme ça. Allez voir sur Libération dernièrement leurs articles pour constater ce qu’ils ont pu écrire sur toute cette galaxie, cette mouvance.
David Dufresne
Yann sur You Tube te demande : Avez-vous abordé le sujet du GUD au sein du RN, des zouaves, des attaques à l’acide en France par ces mêmes personnes ?
Tristan Berteloot
Alors oui, ils ont élargi en fait à l’extrême droite radicale. Le RN a été proche pendant très longtemps du GUD. Des prestataires de service de l’arrière cuisine du RN étaient d’anciens du GUD. Frédéric Chatillon, qui a dirigé le GUD, Axel Loustaud qu’on a vu dernièrement à une manifestation néo fasciste. Il est une figure tutélaire de GUD, ancien groupe Union Défense très violent. Il y a toujours eu des liens entre les deux le Front national et le GUD. Et Marine Le Pen a toujours cherché à le cacher pour rappeler que Frédéric Chatillon est un ami de jeunesse et que son entreprise dans l’entreprise Ritual Politique, ensuite, a été cédée à une autre personne. Aujourd’hui, il est derrière une entreprise unanime qui est dirigée par sa femme, Sylvie de Blanc, par ailleurs de la même famille que Jean-Yves Le Gallou. Et il a une entreprise qui s’appelle Unanime et qui continue de toucher de l’argent du groupe du Parlement du FN au Parlement européen. Mais encore là, tout en faisant croire qu’ils sont plus là, ont travaillé pour les régionales. Donc c’est une bonne question. Pour les OI et autres, c’est encore autre chose. C’est à dire que c'était des groupes violents, plus visibles et qui sont beaucoup plus autonomes. J’aurais du mal à développer des choses sur lesquelles, par exemple, mes collègues et Maxime sont beaucoup plus spécialistes.
David Dufresne
Shad revient sur le procès en te demandant est ce que c’est suivi par la presse étrangère ? Oui, et quel média ? Il y avait énormément de journalistes ?
Tristan Berteloot
Oui, oui, il y avait beaucoup de journaux. Je n’ai pas regardé tout le monde, mais il y avait, il y avait la presse belge, la presse allemande, la presse italienne, J’ai vu la presse espagnole, C’est très suivi quand même. Imaginez une des leaders d’extrême droite européenne qui peut tomber pour inéligibilité, pour détournement de fonds. C’est en fait une délinquance,
David Dufresne
Le Pen, Bardella quelle relation entretiennent-ils exactement ? J’aime beaucoup la photo qui est en couverture de ce livre. Une photo de Denis Allard, photographe pour Libération, qui suit l’extrême droite et le FN depuis des années. Je trouve qu’elle dit beaucoup de choses de la relation.
Tristan Berteloot
On a une Marine Le Pen assez placide, qui tient sa main de façon très détendue, avec un regard vers son Bardella un peu, comment dire. Il y a de l’affection, mais elle le surveille, un peu comme une mère surveille son enfant en train de s'épanouir. Lui, il a les mains beaucoup plus tendues, beaucoup plus stressé. Il la regarde un peu. Maman, aide-moi. Voilà leur relation. Elle est assez saine.Il y a un duo qui s’est vraiment installé. L’entourage de Marine Le Pen a l’air aussi quand même de surveiller la forte montée de Jordan Bardella, il ne faudrait quand même pas qu’il fasse de l’ombre à la patronne.On a vu quand même régulièrement, même si il lui a donné les clés du FN, que Marine Le Pen revient très régulièrement dans le paysage.
Tristan Berteloot
Pendant les européennes elle revenait. Ils fendaient la foule ensemble pour pas oublier que quand même, la patronne ça reste elle. Une fois la victoire aux européennes acquise, elle est redescendue avec lui derrière. Droit comme un i justement. Un peu au style de Jean-Marie Le Pen en 2002. Et on voit que c’est elle qui décide.
David Dufresne
On a esquissé tout à l’heure la scène où Macron annonce la dissolution. Et en fait, ce n’était pas une si bonne affaire pour eux à ce moment-là. Et ils sont. Ils sont un peu paniqués. Alors là, j’en ai déjà un. Est ce que tu peux nous raconter cette scène là qui est dans le livre en détail ?
Tristan Berteloot
Alors on est dans une salle de réception près du Parc Floral à Vincennes. C’est une belle salle où il y a pas mal de monde et il y a une grosse excitation parce que le RN a fait un score pas possible. Tous les sondages avaient donné. Il explose le parti présidentiel, il fait deux fois plus. Je crois que c’est la deuxième meilleure performance d’un parti national à des élections européennes depuis 46 ans. Simone Veil C’est hallucinant le score indéniable du RN et de Jordan Bardella. A noter parce qu’il s’est vraiment passé quelque chose là. Ils font la fête. Et évidemment, par delà. Un petit peu galvanisé par cette victoire attendue. Par ailleurs, y a eu Macron. Maintenant, il faut écouter le peuple. On a fait 7 millions et demi de voix, 8. Millions je pense. Il faut dissoudre si Macron ne le fait pas, on va regarder, il ne nous écoute pas et on continue à monter comme ça. C’est vrai que l’assemblée et le gouvernement, ça a l’air gouvernable depuis longtemps. Emmanuel Macron annonce la dissolution. Là on voit. Mais explosion de joie partout, des mecs qui courent, un mec qui jette son téléphone mais qui chiale vraiment ils se jettent, ils mangent des petits fours. Et d’un seul coup, les quatre commencent à descendre Philippe Olivier est en train de vanter toujours un plan Matignon qui serait prêt depuis un an, bien que nous avions. Ceci, vous allez voir. Complètement bidon. Mais en fait, on aurait dû s’en rendre compte assez vite. C’est que tout de suite, Marine Le Pen se fait filmer dans une espèce de réunion d’urgence au siège en montrant Regardez, on est déjà au travail. Et en fait, après coup, il y a un truc de panique : un parti qui est prêt depuis un an ne va pas tout de suite dans la nuit.C’est logique. Et puis d’un seul coup, en fait, on voit Bardella et Marine Le Pen descendre et bombarder la Tourette comme ça. Je l’observe, ce qu’il a vraiment, les lèvres fermées comme deux lames. Très bonne élève et comme dit boy Marine Le Pen en train de parler. Mais je vois dans ses yeux quelque chose, c’est l'émotion. Moi qui m’a fait penser à Jean-Marie Le Pen en 2002. Vous souvenez-vous de cette scène ? Il reçoit les résultats. Au téléphone, il dit oui, et puis il a l’air perdu. Oui, mais il ne pourra pas faire de gouvernement. Comment voulez-vous, il n’y a pas que les postes ministériels, il y a tout. Il y a tout l’appareil d'État à changer. Il sait que c’est trop gros pour lui. Ils n’ont pas les compétences, ils n’ont pas le niveau. Et j’ai vu Bardella un peu plus tard. Interviewé par Caroline Roure qui lui dit :Mais vous avez 28 ans.
David Dufresne
, Un grand frisson. La peur ?
Tristan Berteloot
Quelqu’un qui fait une fac de géo ? Vous l’avez jamais en cours ? Elle avait 1,8 de moyenne. Il ne s’est pas préparé à ça. Il y a des gens qui sont préparés toute leur vie à ça, même si ce n’est pas le cas. Et on voit tout de suite à quoi sauter dans tous les partis. Aux législatives anticipées, c'était le parti le moins préparé. Il suit qui a le plus pétaradé, qui plus raconter ? On a un plan, on a un plan. En fait, il n'était pas prêt. Il n'était pas prêt à imaginer la vague de candidats qu’ils ont formés. Voilà, ça sera ça dans l’appareil d’Etat, ce n’est pas possible. Et donc oui, je vois. Alors peut-être que j’imagine la psychologie de comptoir, mais j’ai vu ça dans Border Line. Et il avait répondu par ailleurs à Caroline Roux. Bien sûr que j’ai peur, mais je me prépare tous les jours.
David Dufresne
Ultime question avant la question rituelle. Un livre vraiment passionnant, dense, riche. On retrouve évidemment des choses que tu avais déjà pu raconter dans Libé. Je pense aux Horaces
Tristan Berteloot
J’ai voulu que ce soit dans un objet unique parce que j’ai voulu rappeler ce qui était le RN et l'était, son ambition et quels étaient les moyens qu’il utilisait pour ça. Et je pensais que englober tout ça, c'était très, très important.
David Dufresne
Et c’est réussi. Pour terminer, comment on enraye cette machine ? Ça tu n’en parles pas vers là, tu nous fais un descriptif, mais si tu nous donnes des armes de connaissance, mais en revanche tu n’as c’est pas un reproche, mais je sais, il n’y a pas de solution,
Tristan Berteloot
C’est un parti pris. En fait, moi je suis journaliste, j’ai pensé à des solutions, à une idée, mais ça ferait de moi quelqu’un qui fait de la politique. Moi, je fais un livre d’enquête qui place le RN dans ce qu’il a. C’est l’expérience d’un journaliste qui a suivi pendant huit ans ce parti et qui dit aux lecteurs regardez ce qu’est le Front national où il va. Il n’y a pas de volonté.de, comment dire un de mes dires sur le RN ou de casser quelque chose. Évidemment qu’en tant que citoyen, je suis inquiet par la montée du Front National, surtout qu’elle là, elle n’a pas de sens, Elle n’a pas de sens pour moi parce que j’ai observé ce parti tous les jours de tout ce qui proclame.
David Dufresne
J’ai compris.
Tristan Berteloot
C’est de la tromperie, c’est là ce sont des illusionnistes. Tout est faux. C’est très important. J’ai beaucoup enquêté, fait beaucoup de reportages dans les villes et quand ils arrivent au pouvoir. C’est pour ça que quand j’entends quelqu’un dire on les a jamais testé mais je le suis dans l’histoire. Mais en plus quand ils sont à la tête de plusieurs municipalités des grandes villes et ce qu’ils y font, c’est terrifiant. C’est à dire qu’on a des maires qui, par paranoïa ou par peur de la justice ou des gens autour, ne signent rien, ne font rien avancer de leur vie, ne dépassent pas 0,01 €. Donc les villes se cassent la gueule, les immeubles c’est des voilà qui vont casser les associations sociales parce qu’ils ont le malheur d’aider les pauvres et dedans les pauvres, il y a Des guerres, il y a des étrangers qui vont casser tout ce qui ressemble à des socialistes ou des gauchistes qui cassent, qui mettre au placard ou qui font le massacre en lui harcelant tout, toutes les toutes les personnes, les fonctionnaires sur place avec une armée de conseillers municipaux qui ne sont même pas au courant de ce qu’ils vont voter, C’est David Rachline qui se fait payer et des montres par des entrepreneurs, des montres à 15 000 balles. Enfin, c’est de la corruption soupçonnée pure, c’est du clientélisme absolu à Perpignan, chez Louis Alliot. Non, franchement, lisez s’il vous plaît aussi les enquêtes qu’on fait sur les villes, c’est très important. Alors moi, j'établis des faits.
Tristan Berteloot
Camille Vigogne Le Coat avec son excellent livre sur « Les rapaces ».
David Dufresne
Elle était venue sur le canapé il y a six mois de ça.
Tristan Berteloot
Nous, on donne les faits pour les journalistes, on est là pour ça. Les solutions politiques sont médiatiques. Est ce que des journalistes vont considérer que peut-être ils sont allés trop loin ? Je crois qu’il y a une grande responsabilité des journalistes quand ils arrêtent d’appeler ce parti d’extrême droite parce que quelque part, ils ne donnent pas toutes les clés au citoyen. Le journaliste, il est citoyen avec une mission d’informer les gens. Et quand on leur cache ou qu’on ne leur dit pas tout. Je crois que l’on devient complice de quelque chose qui ne va pas. Donc je ne sais pas quelles sont les solutions et les solutions politiques. J'évoque aussi le cordon sanitaire qu’il y a eu en France à un certain moment, on peut. dire. Qu’il y a en Belgique, même si la situation politique est totalement différente. Peut être que dans une partie de la Belgique il existe dans la Belgique francophone, un cordon sanitaire strict où notamment les médias, l’interview pas en direct des gens de l’extrême droite où ils sont en train de s'élargir aux populistes parce que les gens qui les lisent disent que ce qu’ils veulent entendre. Sans qu’on puisse savoir s’ils ont réellement financés, préparés ou s’ils ne sont pas en train de mentir. Pareil, on ne donne pas la parole à l’extrême droite en direct parce qu’on ne sait pas ce qu’il va dire d’un seul coup. Imaginez, t’es invité sur BFM et qui balance un truc extrêmement raciste en plateau. On ne fait pas ça en politique, non ? S’il y a aussi une charte de non compromission avec l’extrême droite et peut être que oui, je ne sais pas.
David Dufresne
Question rituelle d’Au poste Qu’est ce que nous avons fait pendant presque 2 h et demie, monsieur Tristan Berteloot ?
Tristan Berteloot
Eh bien, qu’est ce qu’on a fait ? On en a discuté longuement de ce parti, comme on discute rarement de ce parti dans les médias aujourd’hui. Et on a développé. Qu’est ce qui se cache derrière son faux nez ? Et moi, j’en suis très content d'être invité dans les médias où on peut faire ça. Voilà ce qu’on a fait et j’espère qu’on a fait avancer la connaissance.
David Dufresne
On a flippé, nous dit-on pendant 2 h et demie. Mais effectivement, la question est de savoir est ce que le savoir va nous suffire ? Quand on lit ton livre et quand on voit l’organisation qui se met en place, on se dit que le savoir, la connaissance, les informations, les révélations sont désormais insuffisantes. Parce que d’abord ça a existé depuis toujours. Ce savoir là, c’est peut être trop tard,Alors je vais faire ta photo et je vais faire une petite pause et ensuite je vais revenir avec les aupostiens.

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