« Les affaires sont un laboratoire extraordinaire » — Fabrice Arfi
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Bonjour les aupostiennes bonjour les aupostiens j’ai mon petit micro ici voilà je vous je me suis barré avec la caisse, je suis à Amsterdam bonjour les camarades et bonjour à ma douce qui m’a préparé un café qui a dit mais oui il faut faire la matinale et qui a préféré casser notre week-end pour que je sois avec vous Merci à elle.
Merci à Agnès, qui vient de nous faire un petit don sur J’aime l’info, merci beaucoup, je vous rappelle que les dons c’est notre seul moyen, on termine l’année pas terrible, si vous aimez la matinale et qu on termine l’année pas terrible. Si vous aimez France Déter si vous aimez auposte et ses émissions. Si vous pensez qu’on est utile aux débats publics et bien n’hésitez pas à nous soutenir et par ailleurs sachez que si vous êtes imposable vos dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66 %. Si vous faites un don de 100 euros il vous coûte 34 euros, 10 euros, 3 euros 40. N’hésitez surtout pas. Oui Tizino, nous parlerons de cet article de Mediapart sur les révolutions du policier dans l’affaire de Marseille dite Maria Avent, Angelina aujourd’hui, j’en parlerai tout à l’heure dans la chronique. Sur France Déter dans la chronique de la maison Poulaga je cherchais la météo la voici la voilà alors vous qui êtes en France vous avez de la chance vous avez du soleil moi je suis un peu plus haut et parti avec la caisse donc en hollande pour quelques je suis notamment allé voir hier le film de Poitras sur le grand journaliste d’investigation américain Simon Hirsch. On en parlera tout à l’heure avec Fabrice Arfi. Voici donc la météo. Vous avez donc du 9 degrés dans le nord, du 18 dans le sud, du 11 à l’ouest, du 7 à l’est et du 9 au centre. Vous verrez tout ceci sur le site de Météo France et surtout la vraie grande météo, la plus scientifique qui existe ce sera tout à l’heure avec la météo du tchat. Mais pour l’instant, la météo des luttes. attendez, on va peut-être la voir, un exploit. exploit, la météo des luttes, elle est là sous vos yeux, c’est la jolie carte que je vous ai concoctée hier soir.
Allo ?
Anas, on t’entend pas
Normalement, là, on m’entend.
Est-ce qu’on t’entend là ? Est- ce que tu peux parler Anas ?
Oui, j’essaie de parler.
Fantastique, fantastique, Anas, merci, merci beaucoup, oui, on t’entend. Mon cher Anas j’ai expliqué tout à l’heure comment on s'était connu et j'étais tellement heureux de te savoir en vie et vaillant cet été que je t’ai proposé de venir. Est-ce que tu peux nous dire d’abord où tu en es aujourd’hui Et la raison pour laquelle tu veux Tu veux témoigner quel est ton combat ?
Alors, où j’en suis aujourd’hui ? Donc déjà, je suis au centre de préparation à l’administration générale, où je prépare les concours d’attachés territoriaux. Donc je prépare les concours d’attachés territoriaux et d’autres concours de l’administration. Voilà, donc je suis dans une prépa. En dehors de ça, je milite à LFI, notamment dans le 8ème arrondissement de Lyon, en soutien à la candidature Anaïs Belouassa Cherifi d’une part et de Laurent Legendre dans le huitième d’autre part.
Alors, Bebzin dans le chat te dit, six ans après, rien n’a changé. Est-ce que tu es d’accord avec son diagnostic ?
6 ans après, des choses, on a eu des petites victoires quand même, on a eu les repas croissants à l’euro, on à eu des petits trucs comme ça mais c’est pas, c'était effectivement pas la révolution, c’est pas le grand changement qu’on pourrait attendre en tant que militant.
Alors moi ce que je voudrais savoir, est-ce qu’il y a un rapport direct avec le geste que tu as eu le 8 novembre 2019, il y a maintenant presque un petit peu plus de 6 ans, tu as fait un petit fil d’informations d’autre jour dans lequel tu disais « depuis ma brûlure grâce aux mobilisations syndicales et aux combats parlementaires » des avancées sociales ont eu lieu pour les étudiants et les étudiantes, notamment le repas Crous à un euro, mais tu dis pour l’instant uniquement pour les boursiers, mais qui devrait être généralisé si on se bat bien. C’est en relation directe avec ton geste ?
En fait, il y a des stats Google notamment sur la question de la précarité étudiante entre avant novembre 2019 et après. La précarité étudiante, c’est devenu un sujet beaucoup plus abordé après novembre 2019, donc après la brûlure. Et en fait, c’est devenu un sujet national à ce moment-là, ça l'était déjà, mais c'était statistiquement moins exposé, c'était moins exposé avant 2019 qu’après.
Et donc là, tu dis pour l’instant le repas, il est réservé à un euro, il est réservé aux boursiers, c’est bien ça. Et tu voudrais avec tes camarades qu’il soit généralisé en fait.
Oui c’est ça. Alors il y avait des chances qu’il soit généralisé. En fait ce qu’il manque aujourd’hui, c'était surtout que le Sénat vote c’est surtout ça le problème.
Tu milites dans quoi, dans quel syndicat ?
En fait, à l'époque, en 2019, j'étais le secrétaire fédéral à Solidaires Étudiantes. Voilà, donc j’ai été à l’exécutif de la fédération. Et aujourd’hui, je milite principalement à LFI, mais je suis toujours à « Solidaires Étudiants ».
Vous vous battez notamment pour que les logements et les transports soient accessibles. Tu écrivais il y a quelques jours sur BlueSky, tu condamnais les tarifs prohibitifs. Est-ce que tu peux nous dire quel est l'état de la situation pour les étudiants en ce qui concerne le logement et les transports ? Par exemple, depuis six ans, date de ton geste, est-ce qu’il y a eu une évolution ? Si oui à la hausse, à la baisse, comment ça se passe ?
Alors, à Lyon, il y a toujours des augmentations des tarifs, en fait, tous les ans aux alentours de janvier, il y a toujours une augmentation du tarif des transports, voilà, pour le reste. Il y a aussi eu des progrès, par exemple pour les personnes handicapées, le TCL est gratuit.
Tu as repris tes études en sciences politiques en verre et courant. Question de Sentierbattant dans le tchat, comment envisages-tu la continuation de ton combat politique après tes études ?
Alors, ça peut être de plusieurs manières possibles, mais moi je prépare principalement les concours de la fonction publique et le but c’est d’affluer, enfin, non on ne doit pas le dire comme ça, mais le but, c'était quand même d' affluer sur des décisions politiques quand on est attaché territoriaux ou autre. Il y a toujours un impact dans tout ça quand on, par exemple, est directeur général des services d’une commune. On est littéralement par adroit du maire et globalement on peut faire en sorte d’améliorer des décisions qui peuvent être prises.
Donc toi, ton but, c’est de peser localement, c’est ça ?
Oui, plutôt. Après, évidemment, c’est aussi en militant syndicalement qu’on améliore toutes les conditions matérielles d’existence de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses et de la population.
J’essaie de voir si le tchat a des questions à te poser. Tu dis que tu invites toutes les personnes à rejoindre les groupes d’action de la France Insoumise. Est-ce bien raisonnable ? Est- ce bien raisonnable mon cher Anas ?
Rejoignez le plus de groupes d’action, faites en sorte de lutter au plus proche de chez vous. S’il n’y a pas de groupe d’actions près de chez-vous, montez-en un. Rien ne vous en empêche, à condition que vous soyez deux, de manière paritaire. Voilà, voilà, je vous invite vraiment à rejoindre les FI, c’est le mode d’organisation des groupes d’action, c’est quelque chose qui permet quand même beaucoup de liberté justement dans l’action.
Comment as-tu choisi pour qui militer, te demande Elidio ? Pourquoi t’es pas allé au PS, par exemple ? Puisque tu racontes qu’aujourd’hui, tu es pacsé, que tu es amoureux, et c’est magnifique. "Quelle force !" te dit Roland. Donc, je suis sérieux, Comment t’es venu ce choix de LFI ? Et Poumer te demande en quoi consistent les actions de LFI, les groupes d’action de LFI.
Après avoir fait beaucoup d’organisations différentes dans le parcours, je suis passée par la CNT, les groupes anarchistes avant que ça devienne une union libertaire. Je suis très peu passé par le NPA, mais j’ai quand même essayé de passer par le NPA. Et j’ai techniquement commencé proche des jeunes socialistes, quand j’avais 14 ans.
Ah oui, toi t’es l’unité de la gauche à toi tout seul presque.
En fait, je le fais tout le parcours tu commences par le LJS, tu rencontres les ouvrières, ce qui te fait m’intéresser aux gens que les trotskistes ont réprimé, ce qu’ils te rend anarchiste, par la suite tu te formes et par la tu te rends compte que ça sert à rien d'être dans des AG minoritaires et donc tu finis à la France Insoumise.
Et en quoi dernière question, en quoi consistent les groupes d’action LFI ?
Globalement ça consiste surtout à faire des portes à portes en fait c’est la méthode privilégiée par la France insoumise les portes-à-portes mais globalement c' est aussi apporter un soutien à l’ensemble des luttes que tu vas avoir dans ton secteur généralement ton quartier Et c’est très très intéressant comme méthode d’action.
Merci beaucoup, merci infiniment de ta présence, bravo pour ton courage, est-ce que tu voulais ajouter quelque chose, faire passer un autre message mon cher Anas, ou est- ce que tu penses qu’on a fait le tour de ce que vous voulez nous dire ?
Globalement, tant que tu as de la lutte, t’as de l’espoir, donc allez-y.
Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir. Magnifique message. Merci. Et est-ce qu’on peut dire tant qu’y a de l’esprit, il y a de la lutte ?
Oui, bien sûr, et tant qu’il y a du combat, tant qu’on se lasse et qu’on est de vous et on lâchera pas, pardon, c'était la référence. Est-ce qu’elle est certainement que voilà, voilà.
Merci beaucoup, te dit Pépé Jo, merci Anas Bon courage, Poumeur te dit également, merci Anas, Florent Calvez nous fait une petite référence de ton passage dans les jeunes socialistes à 14 ans, on n’est pas sérieux quand on a 14 ans ! Euryale, reprend ta phrase "Tant qu’il y a de la lutte, il y a d’espoir", poing levé. Merci Anas nous dit Darling, merci et haut les cœurs nous dit Florent, je te souhaite une bonne journée, ainsi qu'à la jeune personne que j’avais croisée, je crois aux Amfis, qui t’accompagne de tout cœur, merci à toi d’avoir pris le temps de venir nous parler ce matin dans France Déter. Force à toi. Merci, bonne journée. Bonne journée, merci beaucoup. Fabrice Arfi sera là vers 8h20. Le temps de faire Radiopolice !
La riposte c’est vous, suivez la chaîne, activez la cloche, donnez au poste. Soutenez-nous sur auposte.fr
Radio-police ! Terrible révélation de Mediapart, de notre bonne amie Pascale Pascariello. On m’a demandé de mentir à la justice. Le terrible aveu d’un policier dans l’affaire Angelina. L’enquête pour identifier des policiers qui, en 2018, ont fracassé le crâne de la jeune femme à Marseille, prend un virage décisif selon les informations de Mediapart. Des agents ont reconnu avoir été présents au moment des violences. L’un d’eux ! A dénoncé les pressions non seulement de sa hiérarchie, mais aussi du porte-parole local du syndicat Alliance pour couvrir ses collègues
C’est le spécialiste du bougonnage artistique, discipline qu’il pratique lui-même, c’est Pierre-Emmanuel Barré !
Voici donc la chronique que nous allons évidemment streisander. La chronique de Pierre-Emmanuel Barré de la semaine dernière qui lui vaut en ce moment même une plainte de Laurent Núñez, attend pourquoi j’ai pas la vidéo là ? Voilà, là j’y ai la vidéo. Je vous mets la chronique, elle dure 5 minutes, le temps de me faire un petit café et je vous reviens en vous expliquant la défense de Radio Nova et l’attaque de Laurent Núñez. Attention, c’est parti !
Merci, merci, merci. Ça va, tout le monde va bien ? Personne n’a été violé par la police aujourd’hui ? Je demande !
Ah bah tiens, on en parlait à l’instant.
Il semblerait que ce soit des choses qui arrivent. Cette semaine, deux policiers de Bobigny ont été mis en examen pour viol et agression sexuelle aggravée sur une femme détenue en cellule. Et en septembre, c'était un agent marseillais qui avait pénétré digitalement. Je fais des guillemets, naturellement. Ça n’est pas un mime, bien entendu. Violée, en fait, une touriste anglaise qui a été menottée à l’arrière de sa voiture. Alors il a reconnu l’effet, c’est bien, tout en assurant avoir ensuite aidé la jeune femme à remonter sa culotte par dignité à un vrai gentleman. Donc. En tout cas, j’aimerais pas être son avocat. Non mais je m'étais lavé les mains, monsieur le juge ! Ta gueule, Jérôme ! Évidemment pas d’amalgame, not all policemen, but beaucoup quand même. Selon une enquête du Média d’Investigation Disclose, depuis 2012, il y a eu au moins 429 victimes de violences sexuelles commises par des policiers ou des gendarmes. Je vous rappelle rapidement la différence entre un policier et un gendarme, il n’y en a un qui viole en ville, l’autre qui viole à la campagne. Alors, s’il y a des membres des forces de l’ordre qui nous écoutent, petit reminder, votre mission principale c’est d’assurer la sécurité des personnes, pas de remonter leur culotte quand vous avez fini. Mais rassurez-vous, dans la police, il n’y a pas que des violeurs, il y a aussi des meurtriers, cocorico. Selon l’ONU, c’est nous qui avons le record européen de décès en garde à vue ou suite à une intervention policière, 30 morts par an en moyenne, se faire contrôler par la police c' est plus dangereux que de sauter en parapente. Voire même que de sauter sans le parapente. Alors, quand il ne tue pas les gardiens de la paix, il blesse bien, bien, et ce n’est pas que par accident. Il y a qu'à voir les vidéos sorties par Mediapart et Libération cette semaine, tournées par les gendarmes eux-mêmes pendant la manifestation contre les méga bassines à Sainte-Soline en 2023. Vous savez, c'était quand le ministère de l’Intérieur avait mobilisé 3 000 hommes pour protéger un trou, un trou avec même pas d’eau dedans, Un trou, quoi, avec de l' air, oui. Un trou. Finalement, il y a eu 200 manifestants blessés, dont 40 graves, et quand on entend ce que disent les gendarmes, les raisons du carnage sont assez limpides. Un petit florilège. Faut le retirer dans la gueule.
Pierre-Emmanuel Merci !
Et voilà et voilà je retrouve ma petite fenêtre et voilà c'était donc cette chronique cette chronique de pierre Emmanuel Barré qui lui a valu attendez le micro est là qui lui a valu donc d'être l’objet d’une plainte par Laurent Núñez Donc c’est la phrase la police et la gendarmerie c’est Daesh avec la sécurité de l’emploi qui est visée par la plainte de Laurent Núñez. Nous rappelons toujours ici au poste que Laurent Núñez, en 2019, avait dit, je cite de mémoire, que le temps des regrets n'était pas venu concernant les mutilations des Gilets jaunes. En 2018-2019. Une plainte a donc été déposée au Parquet de Paris pour propos inqualifiables. Ce qui ne manque pas de sel, puisque si c’est pas qualifiable, comment veux-tu poursuivre ? Enfin bon, c' est pas grave, c' est une blague. Bientôt suivi d’une plainte du syndicat Unité qui accuse Barré d’insulter la mémoire des policiers du 13 novembre 2015. Or, comme vous l’avez entendu, il n' est question ni de l’assaut du Bataclan, ni des terrasses, ni des policiers qui sont intervenus ce soir-là. Et par ailleurs, le chantage. À ce moment de bravoure policier qui voudrait qu’on ne pourrait pas critiquer ou ironiser sur la police, ce chantage est insupportable. Radio Nova nous dit, France Info rappelle que la chronique n’a aucun lien avec les attentats du 13 novembre et défend la satire comme élément de santé démocratique en affirmant d’accepter aucune menace de quelque nature que ce soit concernant les humoristes.
Non mais oui, en fait c'était deux choses, il avait fait une interview dans mon souvenir et on voyait apparaître derrière lui un tableau qui avait été, je crois, une propriété de l'État. Et qui était un tableau qu’il n'était plus censé avoir à cette date-là.
Merci beaucoup d'être avec nous, donc je vais quand même faire une petite présentation. Tu es né le 4 septembre 1981 à Lyon, c’est exact ?
C’est parfaitement exact.
Tu es le fils d’une conseillère principale d'éducation.
Qui l' a été, oui.
qu’il a été et d’un dénommé Arfi Alain, ancien inspecteur de police devenu avocat.
Absolument.
Et tu es donc le tombeur de Sarkozy.
Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça, mais c’est mon crush professionnel.
Mais alors, vous êtes deux, on peut dire, mais c’est surtout toi qui va de l’avant. Il y a toi et Karl Laske.
Indissociable de toute l’enquête qu’on a menée ensemble depuis 15 ans bientôt.
Qu’est-ce qui te donne la foi d’aller au charbon, là où Karl est plus discret, et ce n’est pas du tout un reproche de ma part, mais il fait un autre choix que le tien, est-ce que tu estimes que c’est important de porter le fer en dehors des colonnes de Mediapart ?
Oui, non mais c’est des questions de tempérament et moi j’ai pas comment dire, j’ai de l’orgueil et de l'égo dans mon métier, il n’est pas satisfait dans le fait, il est pas flatté dans le faite de passer à l’atelier, à la radio, mais pour répondre à ta question oui je crois que c’est devenu aujourd’hui indispensable de venir défendre le journalisme ce qui produit de mieux, c’est-à-dire des faits. Dans un univers médiatique qui est devenu absolument chaotique en la matière, où la vérité n’est plus qu’une opinion comme une autre, c’est le régime de la post-vérité, et où le spectacle des opinions écrase totalement la force des informations, de sorte qu’on est chacun dans notre couloir de conviction, chacun dans le couloirs de vérité, ta vérité contre ma vérité. Sauf qu’en a plus de grammaire commune pour essayer de discuter de manière civilisée. Et de ce point de vue-là. Je trouve que les affaires, ce qu’on appelle les affaires d’atteinte à la probité, les affaires politico-financières, parce que les mises en cause sont des gens puissants qui ont la capacité d’essayer d’imposer un récit, est un laboratoire extraordinaire.
Est-ce que tu estimes que tu as pu vraiment en semer quelques graines de fait ?
Dans ta tournée médiatique ? C’est une très bonne question, évidemment, j’en sais rien.
Quel flatteur cet Arfi !
Bien sûr, stratégie, tout ça, je fais des médias tradings sur comment flatter David Dufresne.
Quand on passe à BFM, après..
Non, évidemment, je ne sais pas et d’autant qu’on n’est que le spécimen de soi-même, donc je suis bitté, mais j’ai quand même une partie de réponse qui n’est qu’avec moi ce que je vois de tout ça, c’est qu’il y a 17 ans que je suis à Mediapart, 25 que je fais ce métier, je n’ai jamais connu un tel débordement. De messages reçus, littéralement de millions et de millions de vues sur les réseaux sociaux, de retours, de milliers, mais vraiment de millier de courriers reçues qui sont très encourageants et venant de, j’ai l’impression, de milieux très différents, y compris d’anciens qui ont soutenu ou même travaillé avec Nicolas Sarkozy. Qui ont un rapport rationnel aux choses. C’est un peu comme la phrase de Charles Péguy que j’aime bien citer à chaque fois, qui dit qu’il faut dire ce qu’on voit, mais il faut, et c’est beaucoup plus difficile, voir ce qu’on voit. Et évidemment, tout ce bazar qui est créé autour de la condamnation et l’incarcération de Nicolas Sarkozy, c'était précisément pour empêcher de voir ce que l’on voit. Bon, j’ai l’impression que ça marche en tout cas un peu. Et il y a un autre indicateur, c’est les sondages.
Comment tu expliques l'état télévisuel dont tu as parlé au début ?
Alors ça, c’est encore une très bonne question, David. Je ne sais pas trop comment, je ne suis pas sûr d’avoir la bonne réponse. Mais disons que j’ai l’impression que c'était une conjugaison de plein de facteurs différents. La première, c’est probablement le sentiment que dans ces espaces médiatiques-là, les affaires, la lutte contre les atteintes à la probité, la corruption, ce n’est pas un enjeu journalistique. Alors on considère que c’est compliqué, on considère que ça ne l’intéresse pas les gens, moi je pense exactement l’inverse. C’est-à-dire que ce n’est pas compliqué, il s’agit juste de l’expliquer. Et quand bien même ça le serait, le métier de journaliste consiste à rendre accessible au plus grand nombre ce qui est compliqué. Je veux dire, BFM ou CNews, ils n’ont pas de problème à faire des éditions spéciales sur les OQTF. Tout le pays connaît l’anagramme OQTF. C’est du droit des étrangers, c’est hyper compliqué le droit des Étrangers. Et pourtant, on en parle dans des éditions spéciales à la télé. Il y a une deuxième raison, c' est que, évidemment, quand on parle de Nicolas Sarkozy, on ne peut pas faire abstraction des liens d’intérêt de Nicolas Sarkozy avec un certain nombre. De patron ou plutôt propriétaire de chaînes. Au Poste en est une des incarnations de la bataille contre l’ultra concentration des médias en France qui appartiennent entre les mains de très peu de gens qui se trouvent quasiment tous avoir des liens d’intimité avec Nicolas Sarkozy et qui, pour beaucoup d’entre eux, ont par ailleurs des problèmes avec la justice financière et anticorruption. Donc c’est sûr que ça ne crée pas un écosystème hyper serein pour que dans les rédactions en question, on se dise bon, il faut qu’on parle de ces affaires. Et puis, je dois dire comme troisième élément de réponse à ta question, c'était que moi, j'étais persuadé que le procès, contrairement à l’affaire pendant l’enquête, j'était persuadée que le processus allait être hyper suivi par les télés.
Alors le tchat, évidemment, te salue, te remercie, t’encourage, parle d’abnégation. Alors moi, je vais faire mon boulot, évidemment. Je vais faire l’avocat du diable. Il m’a semblé à quelques reprises à ton corps défendant, évidemment, que tu t'étais retrouvé. Je pense à l'émission de « C’est ce soir », je crois. Je pense à BFM, où finalement tu t’es retrouvé dans la position du vilain un petit canard de celui qui… Qui était le porteur de mauvaise nouvelle et qui devait se justifier et donc je me suis demandé, alors dans ces cas là il y a toujours deux effets de télé, il y à un effet qui est haro sur quelqu’un, c’en devient sympathique ou à l’inverse bah vraiment il fait chier celui-là quoi. Est-ce que de temps en temps tu t’es senti piégé par la position qui était la tienne, c’est-à-dire un peu seul face à des éditorialistes ?
Ah oui, même, je vais même te dire, parfois c’est étrange de se dire « je vais aller dans un asile » pour dire « je ne suis pas fou ». Parce que cet espace quand même parfois ressemble à ça, on prend toujours le risque de s’entendre dire « mais mec, t’es rentré dans l’asile en fait ». Et donc de participer soi-même, y compris à son corps défendant. Au spectacle dont on dénonce les causes et les effets à l’extérieur. Et oui, tout à fait, c’est un risque, c’est pour ça que j’essaye dans la mesure du possible, je ne dis pas que j’y arrive tout le temps, mais j’essaie dans la mesure du possible de toujours être dans ces espaces-là une forme de corde de rappel factuel des choses. Vraiment, j’ai essayé d'être le… Comment dire ? Pardon, l’expression d’une sorte de petit instituteur de la brutalité factuelle. Voilà, parce que les faits sont violents, ils sont brutaux, mais ils appartiennent à tout le monde, parce qu’ils sont d’intérêt général et parce qu’ils sont vérifiés. Pour prendre un exemple, je me suis retrouvé sur le plateau de BFM TV qui illustre exactement ce que tu dis, c'était l'émission de Marc Fauvelle, qui était l’ancien directeur de la rédac de France Inter.
Est-ce qu’il y a, sans trahir quiconque, mais est-ce que, par exemple, après certains plateaux, il y a une forme d’hypocrisie où on essaie de se rentrer dans l’entre-soi médiatico-parisien en disant, mais c'était un jeu, tu sais bien comment ça se passe, ou est- ce que c’est glacial jusqu’au bout ?
Non, c’est glacial jusqu’au bout.
Ah ouais.
Je suis vraiment sorti hyper en colère de l’interview et d’ailleurs quand je marchais dans les couloirs pour sortir de l’immeuble de BFM, dans le couloir il y a plein de télé de BFM qui retransmet BFM et en fait l’invité après moi, c'était un avocat qui n’avait pas mis un pied au procès, qui n’avait pas de client dans la salle d’audience, qui venait dire tout le mal de ce qu’il venait d’entendre de ma part. Pendant que j'étais plus sur le plateau, voilà. Alors le Canard enchaîné a raconté que les équipes Sarkozy étaient peut-être derrière cette invitation pour me contrer, entre guillemets, pour encadrer dans un étau. Mon interview, si c’est vrai, c'était absolument sidérant et j’ai envoyé un texto à une dirigeante de BFM après l’interview en leur disant que ce n’est plus possible, vous rendez compte de la scénographie que vous offrez, vous rendez compte comme ça détruit du débat public, vous vous rendez-compte que vous vous demandez si parce qu’un policier aurait liké parce que Sarkozy le dit. On ne sait pas quel policier, on ne sait pas quel article, on ne s’est pas quel réseau social, mais ça, ça n’a pas d’importance s’il y avait eu un complot contre lui pour le renverser. Enfin, je veux dire, c’est vraiment stupéfiant. Et j’avais ajouté moi, si c'était comme ça, sincèrement, rayez-moi des répertoires de BFM et ne m’invitez plus quoi. Et j’avais fait un long message et la personne à qui je l’ai envoyé m’a répondu bien noté. Ni ce que tu dis, c’est-à-dire même pas les rondeurs d’usage en disant vous savez bien comment ça se passe etc, désolé si ça pu heurter mais on fait notre métier, donc j’ai trouvé que c'était pas mal à l’image de ce qu’on se raconte
« Vu et on s’en tape », te dit le tchat.
C’est exactement ça.
Elle aurait mis ça, c'était pareil.
Alors, il se trouve que je suis en petit week-end à Amsterdam parce qu’il y a le festival du documentaire, l’IDFA, le grand festival européen du documentaires, et j’ai eu le bonheur hier de voir le film de Laura Poitras sur Simon Hirsch, qui doit être un de tes héros. As-tu vu ce film ?
Je n’ai pas vu le film, mais c’est vrai que Simon Hirsch et son travail qu’il a fait depuis, les révélations qu’ils ont fait sur le massacre de My Lai pendant la guerre au Vietnam, c'était ça qu’elle a rendu mondialement connu. Je crois qu'à l'époque, il travaillait pour l’agence de presse AIP, mais son enquête a été publiée dans tous les grands journaux américains et ensuite a fait le tour du monde jusqu'à ces révélations. Au début des années 2000, dans le New Yorker, sur notamment les tortures à Abou Ghraib, c’est lui qui est derrière tout ça, et entre les deux des révélations hallucinantes sur la CIA qui espionne la population américaine qui avait fait la une du New York Times magazine et tant et tant d’autres de ces enquêtes. Woodward et Bernstein, les deux journalistes du Washington Post racontent souvent que le New York Times avait mis en face d’eux, si j’ose dire, pour enquêter sur le Watergate, le plus redoutable des adversaires, je mets des guillemets journalistiques, c'était Seymour Hersch, qui est d’ailleurs cité dans le livre "Les hommes du président", enfin le livre s’appelle "Les fous du président". C’est le film qui s’appelait Les hommes du président d' Alan J. Pakula, voilà. Après, Seymour Hirsch a été très contesté dans ses dernières enquêtes. Dont il semblait faire des révélations allant un peu dans le sens, voire beaucoup dans le sens de position de Bachar El Assad. J’ai ce souvenir-là. Évidemment je ne connais pas les dessous de son travail et du sujet sur lequel il a écrit, mais je sais qu’il avait été très contesté, y compris évidemment par des gens très estimables. Donc voilà, je ne suis pas l’arbitre
Non mais par contre t’es une machine parce que tu viens de raconter ce film que tu n’as pas vu, c’est-à -dire que tu viens de retracer. Il y a même Woodward, donc un des deux qui est du Washington Post qui rend hommage à Hersch Et pourquoi je te fais parler de ça dont le tchat rappelle d’ailleurs avec raison qu’il a passé une grande partie de sa carrière indépendant puisqu’il avait dû quitter le New York Times et il raconte d’ailleurs dans le film qu’ils n’avaient pas eu de pot d’adieu, ce qui est quand même assez fou. Mais pourquoi je parle de ça, c’est parce qu'évidemment je savais qu’on allait se parler ce matin, et donc en regardant ce film je pensais à toi, digne et héritier de ce monsieur, mais en me demandant, est-ce que tout ça n’est pas totalement du passé ? C’est-à-dire que tu as commencé l’entretien en parlant de la post-vérité. Le film, hélas, n’aborde pas, je trouve, ni Trump, ni l’intelligence artificielle, ni le fait qu’il y a un déluge de contre-informations. Dont on pourrait dire que Sarkozy est l’exemple humain de ça, c’est-à-dire de contre-vérité à longueur de journée, et c’est totalement relayé. Et donc je me dis, voilà, est-ce qu' il faut qu’on fasse le deuil de ça ou est- ce que tu crois vraiment qu’il peut y avoir des petits émetteurs, parce que Mediapart, tout puissant qu’ils aient, reste un petit émetteur, face à ce déluge ou est ce qu' Il faut modifier un peu nos armes ?
C’est une réflexion fondamentale sur laquelle il faut se poser, sur laquelle je n’ai pas de réponse sèche et définitive. Moi, j’ai tendance à penser que, bien sûr, évidemment, on ne peut pas faire abstraction de ce que l’IA, quand elle est aux mains de la propagande, de ce qu’est la dictature des algorithmes et les dictatures tout courtes, politiques. Peuvent susciter dans ces nouveaux espaces qui le sont de moins en moins nouveaux du monde numérique, de tout ce que tu racontes, c’est évident et en même temps il y a une autre partie de moi-même qui a précisément tendance à penser qu’une partie du vaccin, d’une part de la solution à ça, c’est justement le bon vieux journalisme. Et que j’ai un peu le sentiment que nous sommes d’autant plus requis dans ce moment-là à faire ce journalisme-là pour essayer d’imposer dans l’agenda non pas des convictions intimes, paritaires, idéologiques, ça c’est le pluralisme du débat public et la liberté d’expression mais pour essayer d’imposer des informations qui, par leur force, ont vocation à prendre l’agenda et à s’imposer dans le débat public.
Deux petites questions, si tu veux bien, et après je te libère parce qu’il y a des révélations à arroser et à faire. Il y a la baguette marxiste qui te demande en deux mots comment la presse internationale a parlé de la condamnation de Sarkozy, enfin Sentier Battant te demande s’il y a eu à ton encontre un harcèlement, notamment via les réseaux sociaux.
Alors, sur la première question, en fait, la presse internationale, et d’ailleurs le courrier international au moment du jugement et après, a traduit pas mal de papiers ou fait des articles sur son propre site Internet, fait très globalement. Peut-être que des journaux proches de la sensibilité de Nicolas Sarkozy ont dit le contraire, mais très majoritairement, en fait ont salué une justice indépendante qui, en France Le pays de la nuit du 4 août et de l’abolition des privilèges voit qu’on peut mettre en prison et condamné dans une histoire très grave un ancien président de la République. Ce qui n’est jamais arrivé dans l’espace de l’Union européenne. Aucun ancien chef de l'État de toute l’Union Européenne n’a jamais été incarcéré. Et je ne suis pas en train de défendre l’incarcération et la prison comme étant l’alpha et l’oméga de la répression. Mais si on a le souci de l'égalité devant la loi, ce qui s’est passé est une application de la loi.
Merci beaucoup,ça faisait chaud.
Merci à toi et merci à toute la communauté.
Très bien, merci, merci à toi, ça nous a fait chaud au cœur de t’entendre, de discuter avec toi. Et puis je te dis à très bientôt, bonne chance pour la suite et tu es toujours le bienvenu. À bientôt Fabrice, merci beaucoup. Merci Fabrice Arfi, formidable qui tient parole, il était là à l’heure, merci beaucoup, je vais vous donner les rendez-vous, on a plein de rendez- vous cette semaine, on va démarrer avec l’amie Nora Bouazzouni qui vient recevoir Guillaume Coudray, c’est le 18 novembre à 18 heures, les additifs auxiliaires de mort, c est dans le cadre de l'émission "Bouffe de la "ce sera animé par Nora. Le mercredi soir, ça n’est pas encore annoncé, je serai avec Francis Dupuis Déri, vous savez, c’est un chercheur canadien qui revient avec la réédition. De son superbe bouquin "Démocratie", à l’origine du terme c'était du côté de la révolution française justement dont parle à l' instant Fabrice et de la Révolution américaine, c’est l’histoire de ce de ce mot, démocratie, et comment il résonne aujourd’hui.
Radio Paris ment, Radio Paris,est allemand. Radio Paris ment, Radio, Paris ment. Radio Paris est allemand. Ici, le 6e bulletin d’information de la BBC. Veuillez tout d’abord écouter quelques messages personnels.
Alors, quelques messages personnels, et bien n’hésitez pas à vous inscrire sur le site d’auposte.fr n’hésitez pas à nous inscrire à nos newsletters, c’est le meilleur moyen d’avoir de nos nouvelles. Je vous rappelle qu' Au poste est un média à part entière, ça n’est pas une chaîne YouTube, ça n’est une chaîne Twitch, c’est un média, le site c’est au poste.fr, YouTube, Twitch et Peertube. Depuis trois ans, nous avons toutes nos vidéos sur Peertube. Car nous sommes, comment dire ? cramponnés à notre autonomie, à notre indépendance, et bien tout ça vous le retrouvez sur le site auposte.fr. Bonne semaine à tous, on se retrouve plein de fois cette semaine. Je vous embrasse, merci encore. Et maintenant, la question rituelle. Qu’est-ce qu’on peut faire pour peser sur la situation ? Que faire ?
