Les algues vertes : le film, les lanceurs d’alerte et leurs obstacles
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Voilà, j’espère que le film que vous avez vu vous a plu. On a le plaisir ce soir de recevoir Morgan Large, que vous avez pu apercevoir dans ce film sous les traits de l’actrice qui joue ton rôle, et Pierre-Philippe, médecin à l’origine de ce film, de cette BD et de tout le reste. Donc, on n’a pas la chance d’avoir Ignazio, qui a souvent fréquenté les rencontres de lanceurs d’alerte, puisqu’il est venu pratiquement tous les ans.
Un message pour vous que je vais vous lire :Je prie toutes les spectatrices et tous les spectateurs, ainsi que l’équipe du Salon des alertes, de m’excuser. Après la grosse tempête bretonne et toutes les galères que cela a entraîné depuis près d’une semaine, je n’ai pas pu venir. J’y suis venu tous les ans depuis la première édition, c’est un rendez-vous auquel je tiens beaucoup, qui m’inspire, qui me remonte, qui me donne des horizons. À travers les appartements, il y a souvent des modèles alternatifs qui sont proposés, des possibles explorés. Alors, je ne sais pas profiter à fond sur le thème annuel, unique en son genre. Merci, merci d’être venus voir le film, merci de le faire connaître. Et si vous voulez aller plus loin, vous pouvez soutenir les associations originaires de Bretagne Marée Verte, et aussi le média d’investigation Splann que nous avons cofondé avec Morgan Large pour enquêter au long cours et en toute indépendance.
On me reproche souvent, dans ces rencontres, de plomber l’existence et notre moral. Et là, on s’aperçoit que dans le film, il y a quelques petites avancées qui ont fait que cette alerte a pu faire évoluer les mentalités autour des algues vertes et de la Bretagne en général. Et vos premières réactions avant de passer tout de suite aux questions du public, puisque ces panneaux sont là pour nous les poser. La première réaction par rapport à ce film, et comment tu l’as vécu, et comment cette alerte à l’état pur fait changer un peu les mentalités.
Bien sûr que je me présente, je suis Pierre-Philippe. J’ai exercé aux urgences de l’hôpital de Lannion pendant trente et un ans. J’ai fait tout mon exercice dans beaucoup d’urgences, et il se trouve que peu de temps après est arrivé le moment où, pendant quatre ans, j’ai eu à faire face au décès de ce genre de gens. Et dix ans plus tard, au même endroit, a été ramassé, probable, ses impressions au volant de son tracteur. C’est à ce moment-là que j’ai alerté les autorités sanitaires, en leur disant que j’avais eu un accident dix ans auparavant et que pour moi, ils étaient tous les deux liés à une même cause, c’est-à-dire liée aux émanations d’hydrogène sulfuré dégagées par les algues vertes. Malheureusement, à ce moment-là, je n’ai pas été pris au sérieux, donc il a fallu attendre, en 2009, le décès du cheval et la contribution de son cavalier, toujours au même endroit, exactement au même endroit, pour que je puisse obtenir, avec beaucoup de difficulté, l’autopsie du cheval, qui a permis effectivement de montrer que c’étaient les algues vertes qui étaient en cause sur ces accidents-là. Il y a eu d’autres habitants sur la baie de Saint-Brieuc en 2009 : Mans Thierry, mon poisson bon enfant. Dans le film, il y a eu deux chiens qui ont également été touchés, un ragondin, un blaireau, en 2011. Depuis le décès de Jean-René Auffray, toujours à Saint-Brieuc, exactement dans la même zone. Donc effectivement, pour moi, le Finistère est une vraie caisse de résonance. Cela a déjà eu le bénéfice de permettre d’alerter effectivement, parce qu’avec de petits moyens, on essaye de faire avancer les choses. Ça prend du temps. Il a fallu presque plus de vingt-cinq ans pour faire avancer les choses. Mais sans les journalistes, sans les associations, effectivement, ce ne serait pas possible tout seul dans son coin. Et la BD est une première caisse de résonance, qui a été amplifiée par le film, parce que là, ça touche encore d’autres personnes, un public beaucoup plus large. Donc effectivement, pour moi, c’est quelque chose d’important.
Et la machine, la petite journaliste locale de Bretagne, à mes yeux, j’ai tenté de travailler sur le sujet des algues vertes lors des différents épisodes, notamment en 2009, où j’essayais désespérément de contacter cet urgentiste de Lannion. J’appelais l’hôpital, mais ça ne passait pas. Je n’avais pas son nom en plus, et l’hôpital ne me transmettait jamais les appels à Pierre-Philippe. J’ai essayé d’interviewer des maires qui ignoraient complètement le phénomène des marées vertes. J’ai essayé d’interviewer des gens qui avaient des entreprises touristiques, qui disaient qu’il y avait un problème de marée verte et que le cavalier était quelqu’un de vraiment prudent. Quand Jean-René Auffray est décédé en 2016, ça a quand même été un coup de tonnerre. J’ai contacté la préfecture, qui m’a trimballée un temps plus ou moins incroyable, c’est-à-dire que je me retrouvais avec un directeur de la communication de la préfecture qui me disait : « Mais je ne comprends pas de quoi vous parlez. Il n’y aura pas d’autopsie. Pourquoi ? C’est un mort, comme il y a malheureusement des morts tout le temps. Voilà, de quoi vous parlez ? » Franchement, désabusée et idiote, je n’avais pas pensé vivement, je me disais : ces personnes me méprisent parce que je suis journaliste locale. Et lorsque j’ai rencontré des journalistes du métro après, je me suis rendu compte qu’elles avaient exactement les mêmes réponses que moi. Peu après, j’avais appelé aussi le maire de la commune, vision qu’on voit dans le film, qui lui était assez incroyable. Il m’avait dit que c’était quand même malheureux d’aller parler d’elle et de remuer des choses comme les algues vertes, là où il n’y avait rien à remuer, et que c’était particulièrement indécent de la part de journalistes comme moi de remuer des choses comme ça, alors qu’il y avait une famille dans la douleur, une femme qui avait perdu son mari, et des enfants qui avaient perdu leur père. On manquait énormément d’empathie. Ensuite, je lui demandais s’il était prudent. Ce premier élément, il avait dit : non seulement c’est prudent, mais c’est recommandé dans le courant de certaines communes. Voilà, c’était un cynisme incroyable et une grande difficulté à se faire entendre. Après, il y a les preuves des articles de presse qui nous parlaient d’un monsieur qui s’était engagé, Jean-René Auffray, qui était mort au bout de six kilomètres de course alors qu’il était ultra-marathonien, en Ultra Trégor. Le procureur, dans le premier article de presse, disait qu’il s’agissait d’un chien qui s’était effondré en essayant de dégager de la vase. Et un jour plus tard, il y a un témoin qui dit : « Il était là, allongé de tout son long. »Et depuis, j’ai pu parler avec une femme qui a découvert le corps de son mari et qui dit : « La première chose que j’ai vue, ce sont ses chaussures. »Donc, pour nous, il n’y avait pas de doute qu’il y avait eu des mensonges véhiculés. Ensuite, on apprend que le corps de ce joggeur allait être inhumé sans autopsie. On était atterrés intérieurement. Et puis la mort, c’est ça, la violence ultime : c’est d’avoir déterré ce corps, je crois que c’est trois semaines après, en sachant très bien qu’on ne pourrait pas déterminer à quoi on aurait dû s’attendre, et qu’on ne pourrait pas déterminer s’il avait souffert de la décomposition du corps ou d’une intoxication à l’hydrogène sulfuré. Et ça s’est passé exactement pareil pour tout ce qui a été dit.
Effectivement, je pense que pour le cavalier et son cheval, ça a été une bataille de mon côté. Alors qu’en 2009, c’était une bataille avec les services vétérinaires et celle de la préfecture, avec mon hôpital. Il faut garder à l’esprit que j’ai décidé de médiatiser à ce moment-là. Ça faisait vingt ans que je voulais faire bouger les choses. Ça faisait dix ans que j’avais signalé, et à ce moment-là, ma seule façon d’obtenir l’autopsie du cheval, et donc ma seule façon de me faire entendre, c’était de médiatiser. Cela a fait boule de neige assez rapidement. Mais je n’ai jamais eu l’autorisation de l’hôpital de parler en son nom. Et donc, en fait, j’accordais des interviews pratiquement illicites. Un silence transpirait sur les parkings à l’extérieur, et je disais aux journalistes : « Surtout, ne filmez pas l’hôpital, qu’on ne voie pas le nom, parce qu’ils ne réagissent pas du tout sur ce dossier-là. » Donc voilà, ça fait partie des risques, ça fait partie des challenges aussi. Et donc la visite du directeur, qui me dit : « Monsieur Philippe, on a les coups de fil de la préfecture, de la direction des services vétérinaires, de la DDASS. Vous êtes en train de faire couler le sang sur la ligne rouge. » Je dis : « Oui, je suis fan de rouge, mais là, franchement, je sais que je suis dessus, mais je pensais par le message reçu. Mais par contre, ce coup-ci, je ne m’écrase pas. Il y a dix ans, on ne m’a pas pris au sérieux. Pas cette fois-ci. » Cette autopsie-là, si je ne l’avais pas obtenue, je pense que malheureusement, on en serait encore à cette espèce de flou concernant la toxicité des algues.
Oui, il y avait juste à rajouter, en fait, le mécanisme de la fabrique du doute. Elle marchait à bloc, à ce moment-là, en Bretagne, parce qu’il y avait une contre-offensive du lobby agro-industriel énorme. Or, en 2011 notamment, quand vous descendiez, il y avait le syndicat majoritaire des Jeunes Agriculteurs qui faisait des matchs de foot sur les plages pour montrer que ce n’était pas dangereux. Il y avait tout un discours pour dire : « Ça suffit, ça suffit maintenant, il va falloir les produire. » C’est vraiment ainsi que cette histoire de marée et cette fabrique du doute peuvent permettre de tendre vers le juste, de gagner du temps, et que rien ne se passe en attendant. Depuis la bande dessinée, depuis le film, les choses avancent. La Cour des comptes s’est emparée du sujet des politiques publiques, de l’argent qui a été mis au service des plans de lutte contre les marées vertes, et la Cour des comptes a compris que c’était de l’argent collecté, jeté par les fenêtres. C’est extrêmement inefficace, parce que ce n’était pas le bon levier de leadership. Nous, en tant que journalistes, on exagère peut-être, mais un petit texte, c’est bien, parce que dans les préfectures, là où des gens font la communication et des rapports, il y a des choses qui finissent par fuiter. En 2009, un petit rapport avait fuité : il avait été demandé par le ministère de l’Environnement à la préfecture des Côtes-d’Armor. Le rapport avec Bruxelles, d’août 2009, parlait des marées vertes.En conclusion, il disait :« La diminution visible et notable du phénomène des marées vertes ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n’est pas prête à accepter pour le moment. Il s’agit de révolutionner un secteur qui représente 2 190 exploitations et pratiques agricoles, et de changer complètement le modèle économique existant. Cette évolution n’est pas envisageable pour le moment. Le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer. Afin d’éviter que l’État soit de nouveau mis en cause et pour obtenir des résultats en la matière, il importe néanmoins d’afficher une politique volontariste et pérenne visant à la stabilisation, voire à la diminution raisonnée de ce phénomène. »
Depuis 2009, on a eu l’impression que les choses n’ont pas beaucoup avancé.
On peut dire le merdier. En ce moment, il y a sept ou six ans, ils ont tout misé sur le bateau qui allait ramasser les algues vertes dans la mer à Morlaix.
C’est le même qui est toujours en exercice.
Lui, il est encore en exercice maintenant, et il est aussi député. Là aussi, au référendum, c’est lui qui gagne, ou après, ou non… Là, il y a quand même un très gros souci. La préfecture de région a été rappelée à l’ordre il y a trois mois pour mettre en place des politiques efficaces concernant la baisse des nitrates, puisque le problème, c’est bien le taux de nitrates dans l’eau. Et on sait très bien comment réduire ce taux dans l’eau : pour que les marées vertes s’arrêtent, il faudrait qu’on descende à dix milligrammes de nitrates par litre dans les rivières bretonnes. On était à plus de cinquante milligrammes pendant longtemps, on est descendu à trente milligrammes, parce qu’on essaye des choses de synthèse. L’eau, c’est modéré, il y a eu des morts, mais voilà… On sait très bien qu’il ne faut jamais dépasser un certain seuil, parce que là, les extensions d’élevages continuent en Bretagne, notamment les élevages porcins. Donc on voit mal comment, à cette échelle énorme, on peut gérer ce qu’on héberge et qu’on ne voit jamais. D’ailleurs, c’est très dur de voir des cochons : on a mis trop longtemps, on ne sait pas du tout comment gérer les déjections de ces animaux, à part dans la technologie d’indemnisation, des choses incroyables. Et ça me fait exactement penser à l’actualité. Je ne sais pas si vous avez suivi le sommet des pôles, les décisions qui ont été prises. J’étais en voiture hier soir, j’écoutais la radio, et là, j’ai eu un sentiment de désespoir sans fin. Emmanuel Macron a donné un milliard à des chercheurs et des chercheuses, vingt pour cent des fonds, pour construire un bateau afin d’explorer les pôles. C’est fou ! C’est comme si on en était encore au temps de Christophe Colomb, encore dans l’exploration. Moi, ça me paraît délirant, et je ne comprends même pas que des chercheurs se fourvoient dans ce type de recherche à grand renfort d’argent, qui ne réglera absolument pas la situation des mers, qui restent peut-être des femmes… Ça me désespère.
C’est une question à poser.
À mon avis, oui.
C’est savoir si vous êtes dans le pire moment pour que je laisse aussi des textos avec quelques abonnés. Et si…
Tu réponds à mon contact ?
Me concernant, moi, je n’ai pas eu de menaces directes. Du côté des freins administratifs, comme le disait Dupuis, des services préfectoraux et de la direction nationale vétérinaire, oui, il y a eu des blocages. Mais en toute honnêteté, je n’ai pas eu de menace directe me concernant.
Alors, concernant les journalistes, ce n’est pas la même chanson. En fait, la Bretagne s’est construite sur un roman régional agricole, à la gloire de l’agriculture intensive. Et critiquer ce roman, c’est vraiment s’exposer, il ne sait où. Il y a eu des procès en diffamation, qu’on appelle des procès d’intimidation, puisque les plaignants ont retiré leur plainte, soit la veille, soit trois jours avant. Le procès est intervenu à deux reprises. Elle a préparé sa défense pendant un an et demi, ne pouvait pas travailler pendant ce temps. Elle a été obligée d’anonymiser les sources, c’est-à-dire des témoins, parce qu’on ne peut pas se présenter devant un tribunal avec des témoignages anonymes. Cela n’a aucune valeur. Il y a des gens à qui on a promis l’anonymat, et on ne peut pas aller leur dire : « Tu vas faire un témoignage avec ta carte d’identité. » C’est quand même compliqué, et on donne aussi des infos sur sa vie privée, ce qui n’est jamais agréable. La partie adverse, moi, j’ai eu pas mal d’embêtements, notamment une espèce de montée en puissance, avec au départ des pertes de subventions à mon égard, puis ensuite du discrédit sur les réseaux sociaux, dans la presse professionnelle agricole aussi. Les patrons de coopératives disaient que j’étais folle ou que je cherchais à me faire un nom. Que c’était la deuxième fois que je harcelais des élus ou des patrons de l’agroalimentaire. Des choses hallucinantes. Ce n’est pas un harcèlement « pro », à mon avis, c’est assez léger comme terme. Je suppose qu’on a empoisonné mon chien. On a mis mes animaux en divagation quand je n’étais pas là. On est venus chez moi, on a déboulonné à deux reprises les roues de ma voiture. On a forcé les portes de ma radio à deux reprises. Pendant six mois, on fermait la radio en passant par l’extérieur, car on n’avait pas les moyens de faire autrement. Et dernièrement, je me suis rendu compte que le début des ennuis, c’était en 2017. Ça commence à remonter un peu. J’avais témoigné dans une coordination, et les ennuis ont commencé à ce moment-là. En mars 2018, j’ai perdu des subventions de l’État. Et tout dernièrement, en discutant avec un militant de la colline de Languélen, qui s’est aussi fait couronner, renverser sa voiture, je ne sais pas pourquoi, mais il m’est revenu à l’esprit qu’en 2018, au moment où la radio perdait ses subventions, ma mère avait eu un accident de voiture en perdant une roue avant. Mais en fait, c’était ma voiture. Je devais prendre ma voiture, une voiture jaune très identifiable. Ma mère avait déjà quatre-vingts ans. Moi, tout ce que j’y trouve à faire, c’est de me dire qu’il faut entretenir la voiture. Elle a très certainement eu cet accident parce qu’on avait déjà des repères, et que moi, j’étais attentive aux bruits. Mais elle, non. C’était bien la première fois que ça arrivait, et elle a dit jusqu’à avoir un accident et se retrouver à perdre une roue en roulant. Voilà qui conclut le prologue dramatique et agit de colère à rebours. Parce que moi aussi, je sens qu’il y a une forme d’impunité envers ces actes, puisque j’ai porté plainte en 2021. Il y a eu une enquête qui a abouti à un non-lieu. Donc, il y a eu ouverture d’enquête, puis non-lieu, faute de preuves.J’ai demandé une protection policière, parce que j’avais encore un enfant à la maison, souvent tout seul, et je savais très bien qu’ils étaient déjà venus chez moi déboulonner la voiture, donc ils pouvaient revenir. J’ai demandé un numéro d’urgence. C’était ça, la protection policière. Je ne l’ai jamais obtenue. Quand c’est ré intervenu, c’était en mars 2023, il n’y a pas très longtemps.
À nouveau, en roulant ?
On avait déboulonné une voiture, on était venus déboulonner tous les boulons sauf l’antivol. J’ai demandé une réouverture d’enquête. Plus aucune nouvelle. Les gendarmes sont gris et absolument pas motivés. On a encore parlé d’installer des caméras chez moi, dans les jardinières. Ils réagissent bien aux klaxons dans la rue, mais ce n’est pas à moi de me protéger. À la fin, il y en a marre. Quand on sait que l’État a des moyens, qu’il a des moyens de police, mais qu’il ne s’en sert pas… Moi, quand je vois les gendarmes dans mon quartier, c’est pour des vaches échappées, pas pour venir enquêter sur ce qui m’arrive. Donc, c’est triste à dire, mais je m’en vais bien, tout en étant en train de perdre un peu confiance dans la justice, qui, pourtant, devrait m’écouter. Il faut avoir confiance en la justice, je sais, mais je ne sais pas si j’ai répondu à votre question.
Dans le film, on voit qu’il reçoit des messages donc… Peut-être… Je suis désolé, mais sans micro, on ne peut pas vous entendre. Sinon, on va passer sous silence, si vous voulez.Ça, c’est de la fiction. Il y a quelqu’un sur Wikipédia qui a annoncé que c’était de la fiction Je pense que non, qu’elle a reçu des menaces au téléphone.
Oui, mais moi, j’ai reçu des appels, lui aussi bien sûr, des appels anonymes àmon avis, on peut m’aborder, là, c’est difficile, vraiment. Je ne comprends même pas que ce soit si difficile de parler des portables, évidemment. Et là, au téléphone, des gens qui m’appelaient la nuit : c’étaient des numéros prépayés, achetés en Afrique noire, avec plusieurs utilisateurs visiblement. Ça s’est bien passé six à deux… En tout cas, moi, j’ai déménagé pour d’autres raisons, mais aussi pour cela. Je suis domiciliée au Centre communal d’action sociale de la commune. Est-ce que j’ai passé mon arrêt sur un lit, sur un papier officiel ? Et j’ai l’impression d’être un peu cachée des impôts…
Question : ceci étant, comment, avec fiabilité, au regard de ce que vous savez également de la pratique, il est héroïque, avec des acteurs et actrices essentiels pour l’accès aux informations. Est-ce que vous pouvez nous donner, pour l’aspect positif des choses, quelques éléments de méthode, quelques leçons tirées de votre expérience, qui permettent, y compris, de prévenir les risques, mais d’abord d’accéder aux informations essentielles ?
De dire, dans la pratique générale journalistique ?
Sur ce dossier, en un sens.
Alors sur celui-ci, en fait, Inès Léraud s’est saisie de ce dossier des algues vertes à un moment où il était complètement froid. Et ça, c’est assez intelligent, parce que quand c’est chaud, les gens hésitent à parler. Mais quand c’est froid, quand il ne se passe rien, elle réapparaît. D’habitude aussi, c’est en 2017. Voilà, c’est un bulletin pour 2012, 2016 et après la mort de Jean-René Auffray. Et ça, c’est une méthode plutôt efficace. Je ne sais pas si je réponds. Ensuite, nous, on a commencé aussi à enregistrer un peu. J’ai passé un coup de fil enregistré toute seule, comme ça. J’ai dit : « J’ai les preuves, ça peut poser un souci », pas quand on s’adresse, par exemple, à un directeur de la communication qui comprend très bien puisqu’ils vont nous dire : « On peut s’en servir. » Enfin, ça me semble évident. Et puis, on va tirer des leçons, surtout de l’analyse classique.
Maintenant, il faut dire que les journalistes locaux ont toujours reconnu qu’ils avaient fait le boulot, et ça s’est plutôt bien passé. On est assez peu habitués à ce que les journalistes, entre guillemets parisiens, reconnaissent que le travail a été fait sur place. Après la compilation de tout ce qui s’est passé et l’analyse, elle en a fait, elle, et elle a été bien la seule à le faire. Et c’est plutôt vraiment très chouette, ce qu’elle a écrit. Ça nous a donné aussi des analyses, et moi, ça m’a aussi canalisé dans l’envie de ne pas lâcher quand on sent qu’il y a quelque chose, justement, que c’est dur. Ça veut dire qu’il ne faut pas lâcher. Parce que savoir parfaitement formuler en français, c’est une espèce de résistance. Parce que quand vous avez quelque chose derrière, quand vous êtes sûr de votre bon droit, en plus de vos arguments, et que vous avez en face une opposition, et des gens qui peuvent effectivement abandonner, c’est sûr, ça peut se comprendre tout à fait. Je pense que ça fait partie d’une certaine psychologie humaine. Et je pense que dans plusieurs cas comme ça, on est galvanisés quand, en face, l’opposition est infondée, basée sur des arguments fallacieux et pas vraiment scientifiques. Donc, effectivement, à la fin des analyses, je pense qu’il n’y a que comme ça qu’on arrive à avancer : par des éléments factuels, surtout factuels.
Salut à tous ! Salut ! Salut Morgan, c’est Julien. Bien entendu. Donc, on appelle pour du matériel de surveillance. On peut aller le récupérer. C’est n’importe qui dans le marais poitevin pour lui venir en aide, c’est possible, hein ? Plus sérieusement, peut-être que vous avez discuté avec Inès, ces personnages du drame politique qui, pour le coup, isolés en politique, sont survenus. Dans la BD, on sait qu’il y en a au moins un qui a la dent dure. Burlot, mais je ne crois pas qu’il ait été député. Ensuite, ce sont des personnages un peu polymorphes et tout. Et si vous pouvez nous expliquer ça, parce que pour moi, c’est un vrai parti pris. Pour moi, ces gens-là, puisqu’il y a appel à des documentaires, il y a l’émotion de faire trace dans l’histoire, de laisser témoignage éventuellement pour le temps retrouvé. Donc, est-ce que c’est discuté avec Inès ou avec le réalisateur ? Est-ce qu’il y avait la volonté de banaliser ? On sort de là. Et pourquoi ?
Non, je pense qu’il y a des scènes fondatrices et très importantes dans ce film, notamment la scène où Rosie remonte une rue avec Inès et lui explique que l’argent se fait par leur mère, que c’est comme ça qu’elle a sa maison. Sauf que quand on vit en Bretagne, on a toujours des gens qui travaillent dans l’agroalimentaire, et c’est un domaine énorme. L’agroalimentaire, c’est des milliards de chiffre d’affaires et des milliers de salariés. La politique est polymorphe. Je pense qu’à lui seul, il incarne plusieurs personnages politiques qui sont assez représentatifs, pour moi, du paysage politique breton. On y trouve des hommes de gauche, plutôt attachés à la liberté de la presse, mais qui, à l’extérieur, représentent des régions caractérisées par une réussite économique flamboyante. Et les préfets, c’est exactement pareil. Le jour où j’ai compris qu’un préfet n’était pas seulement en charge de la sécurité des citoyens, mais aussi du rayonnement économique du département ou de la région pour laquelle il a été nommé, j’ai commencé à comprendre pourquoi on avait des autorisations d’agrandissement ou des régularisations de très grands élevages semblables dans une région très particulière. Alors, d’abord, sur les points positifs : il y a quand même quelque chose dans la méthode qui a été assez formidable. Tout ce qui nous est arrivé, qui était quand même très dur et qui continue à l’être, a permis de fonder un média qui s’appelle Splann ! (avec deux « n »). C’est un média poussé par des jeunes journalistes. On a suivi, en fait, un mouvement qu’on a accompagné tous ensemble. On a créé ce média, financé à 100 % par des citoyens et complètement indépendant, qui produit de l’enquête mise à disposition sur un site internet, complètement gratuitement.
C’est un média d’investigation.
Un média d’investigation curieux, qui fait de l’investigation sur le domaine environnemental en Bretagne. Les radios et Splann ! Ont permis aussi de produire de l’investigation en diluant un peu, peut-être, les responsabilités. C’est-à-dire qu’on est plus forts parce qu’on est un collectif, et qu’on a un collectif derrière nous quand on produit quelque chose. Splann !, c’est aussi la volonté de dire que l’information, c’est un bien commun, et que les gens doivent être bien informés, même quand ils n’ont pas de sous pour acheter un journal. Il y a donc ce modèle où on travaille en partenariat avec de grands médias. On sort une enquête en commun : on s’arrange avec ces médias pour que l’enquête paraisse aussi chez eux, en même temps que chez nous. Ça nous permet d’avoir un écho.Et puis, quand je développe une enquête sur l’ammoniac c’est-à-dire sur une pollution bretonne beaucoup moins visible, moins toxique immédiatement, mais très préoccupante et très nocive pour les maladies chroniques on a fait plusieurs enquêtes comme ça. Et si c’est bénéfique, on embauche des jeunes journalistes pour faire de l’investigation en Bretagne, parce que du travail d’enquête, il y en a énormément à faire.Le problème, c’est que les médias locaux changent vite de sujet. La presse quotidienne régionale, elle, est tenue par des encarts publicitaires et n’introduit que très peu d’enquêtes, surtout pas sur ses financeurs. Quant à la presse agricole, elle est propriétaire de ses propres médias. Vous vous doutez bien qu’elle ne va pas aller critiquer ses partenaires économiques. Donc Splann !, c’est la Bretagne selon la magnifique investigation. C’est vraiment quelque chose de très enthousiasmant, qui porte sur des sujets de longue durée. On continue de travailler avec le comité éditorial. Moi, je fais partie de l’administration. Enfin, on est portés par ce média, qui représente l’alternative dont on avait vraiment besoin en Bretagne. Les citoyens peuvent enfin dire qu’ils ont des enquêtes sur des sujets trop peu traités jusqu’ici c’est évident.
Il reste juste quelques minutes. Nous avons quelques minutes pour une dernière question. Tout à fait. Il y a des questions de santé, de droit, d’un animateur, de son groupe de travail, et puis je le garde. Et je suis ravi de vous entendre, car je garde un souvenir assez fort du jour où elle est arrivée, en 2019, sur une table ronde que j’animais lors de l’Université d’automne de la Ligue des droits de l’homme, qui portait sur la santé environnementale, et où elle était littéralement pétrifiée. Au point qu’elle nous a dit surtout considérant l’enregistrement et le côté très encadré qu’elle avait peur. Et pourtant, c’est un des points positifs de ces évolutions. J’ai été ravi de la retrouver les mardis, depuis, lors d’une journée sans médias et à la bibliothèque, où elle venait poser ses questions et où l’on commençait à véritablement sentir une solidarité.Elle m’a dit : « C’est la solidarité des journalistes entre eux qui m’a fait tenir. » Et c’est vrai que, là-dessus, apparemment, ce que vous dites va dans le même sens. On en a parlé, mais il y a toujours de très forts soutiens, et je crois que c’est très important qu’il se tienne des journées comme celles du Salon des Alertes, parce que les deux parties militants et journalistes se complètent. C’est par le soutien collectif qu’on y arrive, et pour autant, il faut aussi laisser place à la poésie.J’aurais juste une petite question, comme tu le sais : par rapport à l’emploi du terme… J’ai cru comprendre, on me l’a dit d’ailleurs, qu’on lui avait demandé d’arrêter, mais depuis, il faut comprendre qu’elle a repris un peu, et que vous avez vu comment vous avez été lâchés et pas couverts par ce budget-là ?
Depuis la sortie du film, je ne suis pas très sûre qu’il y ait eu beaucoup de contrats avec Radio France. Pour quelque chose, j’aimerais que Pierre raconte, parce que le tournage a été super dur. Il y a eu des bâtons dans les roues, dans plein de communes. Il a fallu une bataille incroyable pour avoir des subventions pour le film avec la région Bretagne. Le film a été présenté au Sénat, à l’Assemblée nationale, mais pas au Conseil régional de Bretagne. Pierre Jolivet a tourné tout le film sur le littoral, caméra sur l’épaule. Les communes refusaient qu’il installe une équipe sur la plage. Il y a eu des citoyens qui gardaient leur voiture, car l’équipe n’avait pas le droit d’utiliser les parkings. Le soir, tout le monde garait sa voiture au même endroit pour l’enlever à 7 h 50 le lendemain matin et permettre aux équipes de tournage d’avoir des places. Il y a eu des « accidents de vélo » inventés par des habitants pour bloquer des rues et empêcher le tournage. C’était un délire incroyable. Et Pierre Jolivet n’arrêtait pas de dire : « De toute façon, je le ferai, ce film, donc continuez, je le ferai. » C’est marrant, parce que Carlier, lui, travaillait à la radio. Il me semble qu’il travaillait avec son frère. Marjolaine m’a raconté qu’au moment de la brocante à Nice, ils avaient voulu faire des vannes avec son frère. Ils ont pris l’antenne à 9 h, il me semble, et ils ont ouvert leur émission en disant qu’on avait enfin trouvé du pétrole en dix heures de traversée du désert.
Bon, on va terminer sur cette note un peu optimiste, puisque l’on voit que, malgré tout ça, le film existe, la BD existe, et qu’on peut encore faire passer des messages.
Des heures entières, quand même. La séance de projection du film à Lannion vient de le raconter.
J’ai participé à beaucoup de soirées-débats suite à la sortie du film. Il y en a eu partout en France. Et donc, lors d’une réunion à Lannion l’endroit même où les accidents se sont produits, on s’est présentés avec trois animateurs, trois personnes invitées : un grand défenseur de l’environnement, un représentant de l’alerte, et un membre des tables rondes. On s’est présentés au début du film, en introduction très brève. Comme la salle était comble et qu’ils avaient déjà refusé entre 250 et 300 personnes, on a dit : « On prend un peu de place, on va sortir, de toute façon le film tourne ailleurs. » En sortant du cinéma, on a vu un groupe de neuf, dix jeunes qui faisaient un esclandre, parce qu’ils voulaient participer au débat. Le vendeur de tickets leur disait : « Non, je ne peux pas, j’ai refusé plein de monde, vous n’avez pas de ticket. » Il y avait des normes de sécurité. Pour revenir au débat, il n’y avait pas de solution. Et à ce moment-là, les jeunes ont reconnu un des défenseurs de l’association locale pour l’environnement du Trégor. Ils l’ont reconnu et ça a dégénéré. Ils ont agressé verbalement les personnes, très violemment, à dix centimètres du visage. En voulant calmer la situation, ils ont arraché le téléphone d’un journaliste de Splann !, qui voulait filmer la scène pour objectiver ce qui se passait. Ils ont pris le téléphone et ont voulu le fracasser contre le mur. On a dû être exfiltrés par la police. Ça, c’était du jamais vu dans un cinéma. On est allés à la brasserie, un peu plus loin. Il y avait trop de monde, et les jeunes militants car il s’agissait de syndicats agricoles sont venus nous provoquer sur la terrasse. Ils ont encore vilipendé la sortie du film, donc la police avait tout prévu pour nous escorter. Je me suis dit : ça va finir par s’épuiser. Le problème, c’est que c’étaient des jeunes de 20 à 30 ans, donc on en a encore pour 40 ans On va essayer de ne pas désespérer et de continuer à travailler pour que tout ça avance.Demain, ces rencontres doivent continuer.Je vous remercie d’avoir participé. Et au regard des jeunes de mon âge, je vous remercie de nous avoir écoutés. Oui, c’est vrai, j’oubliais les petites coupures de son avec les crépitements, je ne comprends pas d’où ça vient puisque je n’ai pas de micro extérieur. Mais juste après, on arrête, on coupe, et on se dit à demain 11 h pour la manifestation des jeunes étudiants pour la paix, contre le racisme et contre l’antisémitisme. C’est à 11 h, et ensuite, à 15 h, avec Extinction Rebellion, j’animerai un débat sur la répression militante. Oui, il faut désormais, un peu avant, que je passe. Donc ça va être dans la capacité à toucher un public plus large. Un film, ça met sur la table une complexité stable dans de grandes salles, amplifiée par un millier d’enceintes. La Cour des comptes s’est saisie du sujet, a donné un grand rapport. L’argent a été dépensé pour une autopsie, pour comprendre les causes des accidents. Et cette histoire, notamment celle des algues vertes, arrive à l’hôpital, puisque certains services n’ont pas joué leur rôle. Il y avait même des opérations de communication : des matchs de foot sur les plages pour dire « Ce n’est pas dangereux ». Et qui continue à défendre le glyphosate, génial ! Ensuite, la question des menaces normande déboulonner, Bayrou mais maintenant, on recule. J’ai trouvé des idioties, mais aussi plein de bonnes raisons de continuer. On a travaillé sur des dossiers froids et chauds, et vous, tels que vous êtes, bien dans l’opposition face à des gens de mauvaise foi, ça demande du courage. Il y a plein d’investigations à faire en Bretagne. Il y a Splann !, si j’ai bien noté le nom.Tiens, tiens, une impression de paix dans la rue Sylvain. Et pourquoi celle-là ? Et là, vous entendez Daniel Ibanez ? Non ? Vous voyez des choses. Ces rencontres sont financées uniquement par les dons. Si vous voulez qu’elles continuent à exister, vous pouvez faire un don, déductible des impôts à hauteur des deux tiers. Vous recevrez un reçu fiscal, délivré par l’association. Et à l’inverse, je voulais juste dire qu’on était très heureux, parce que grâce à ces rencontres, au moment où elle ne pouvait plus parler des algues vertes et de la Bretagne sur Radio France, Morgane a pu réaliser une série de portraits sur les lanceurs d’alerte, qui a finalement été diffusée sur Radio France. Et on en était fiers. Et bien sûr, sauf si elle regarde Au Poste, parce que c’est une héroïne qui vous a présentés, Pierre-Yves, qui était déjà venu en 2018, je crois, et qui nous a présenté Daniel et Brigitte Claire, lors d’une rencontre en 2021 ici même, sur les activités militantes. Merci encore d’être venus. Demain, à partir de 10 h, vous pouvez venir : on a justement une rencontre sur « Faut-il faire pour que les alertes passent ? ». Et on verra ça ensemble que ce soit clair, que ce soit Lyon-Turin les problématiques sont les mêmes, transversales.
Et voilà, c’est terminé. Je vous retrouve demain à 11 h pour la manifestation pour la pas celle de Macron et du RN à 15 h pour Extinction Rébellion. C’est la journée portes ouvertes : si vous êtes sur Paris, vous pouvez nous rejoindre. On fera un débat d’une heure et demie sur la répression des militants, des écolos, etc. Bonne soirée, merci à vous tous. Et merci à David à demain !
Merci à tous, merci d’être présents. Voici Pauline dans ses œuvres.
