Les médias contre la gauche
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Bonjour !
Bonjour !
Ça va bien ?
Ça va,
Bon alors depuis des années, Pauline, tu documentes avec Acrimed dont on va parler, le journalisme politique et ses travers qui penchent à droite, toute le journalisme de court journalisme de préfecture, mon petit préféré journalisme de dédiabolisation, journalisme de classe, de fric, roi de royaume perdu du storytelling fabriqué. Attention, c’est du costaud. Et ce livre n’est pas une compilation des articles d’Acrimed, mais bien une classification, une thématisation de tes années de travail,est ce que je me trompe ?
Euh non, on a travaillé à partir du matériau d’Acrimed.
Grosso modo parce qu’effectivement tu appuies beaucoup sur les cinq dernières années et que tu considères comme des accélérateurs de la droitisation du domaine politique, en fait du débat public sous l’impulsion finalement de Macron.
Voilà, c’est ça, on commence, c’est vrai qu’on ouvre, on ouvre le livre par un par le. Le bouquin est encadré par deux élections. C’est intéressant de les mettre en regard parce qu' on a quand même repris la première élection d’Emmanuel Macron en 2017. Et après ça, le livre se ferme sur le traitement qui a été réservé ou plutôt infligé. Ce serait un meilleur terme à la nouvelle. Et donc c’est intéressant quand même de regarder le commentaire qui a été fait des unes et des autres forces politiques parce qu’on se rend compte que c’est pas tellement la même tonalité. Mais donc on commence effectivement en venant sur sur un Macron comme disait Amable le ce néo libéral chimiquement pur qui a été qui a été accueilli vraiment en grande pompe par un par un, par la quasi totalité des de l'éditocratie des directions éditoriales qui sont acquises on va dire à l’art, à la pensée néolibérale. Et donc on tenait quand même à revenir, même si ça a été cet épisode là, 2017 a été quand même largement documenté dans d’autres ouvrages aussi, mais ça nous paraissait important de le dire, revenir et surtout aussi pour pouvoir montrer que. Finalement, l'élection 2022 bis répetita car il s’est passé d’un point de vue médiatique à peu près à peu près la même chose malgré un quinquennat passé. Donc c’est vrai qu’on ouvre le livre sur la la, la construction de ce personnage, parce que c’est vraiment de ça dont il s’agit, c’est montrer comment l’information a été sacrifiée et comment le pluralisme a été sacrifié sur l’autel du vedettariat en fait médiatico politique. Et les événements alors ? Ainsi, il y a eu en 2001, en 2015, en parallèle, en 2014, ça avait commencé en 2015, en 2016 en fait, chaque étape de la progression de Macron vers les deux.
Ça surprend vraiment.
Oui, voilà comment chaque chaque chaque étape en fait était faisait. Elle faisait l’objet vraiment d’un battage médiatique sur mesure. Euh. Et c’est tout à voir évidemment avec la manière dont fonctionne le journalisme politique. En parler au début, mais c est le mode de traitement classique, on va dire, de l' actualité politique dans les médias dominants qui est indexé sur la course à la dinette. Donc cet attrait pour la nouveauté suivisme vis à vis de la Commission, la communication politique, spectacularisation, personnalisation, peopolisation et tout ça a quand même concouru à la fabrication du personnage Macron qui lui-même en parallèle. Ex journaliste lui-même en parallèle, vu qu’il y avait une communication exubérante, parfaitement adaptée, adaptée en fait au communautarisme politique tel qu’il se pratique dans les médias dominants donc. Et il mettait en œuvre évidemment des stratégies de différenciation tout à fait nettes. Donc tout ça s’est très bien passé en fait pour lui, évidemment, avec eux, on ne peut pas sous estimé, sous estimer non plus l’aspect idéologique, quoique évidemment, son programme entrait dans les clous, était un été, était respecté par par les directions éditoriales, par par parler d’autocratie. Et donc voilà. En fait, ce qu’on dit souvent dans Acrimed, c’est que pas plus qu’avant, les médias ont fait l'élection, mais ils ont contribué à légitimer, à crédibiliser et à installer au centre du débat public ce personnage.
j’ai expliqué que tu étais membre de d’Acrimed, mais j’ai oublié de dire que tu étais aussi régulièrement journaliste pour Le Monde Diplomatique. En deux mots, Acrimed pour ceux qui ne connaissent pas l’Observatoire des médias, Action critique, Médias en partie co-créé par un dénommé Yannick Kergoat, très défavorablement connu de nos services il y a quelques années. Acrimed c’est quoi ?
Bien, Acrimed, ça s’est créé en 96. En fait, on est né dans un mouvement social, donc c’est aussi la période importante pour nous puisque c'était déjà contre les retraites. Acrimed s’est créé dans la foulée du mouvement social de 95, en réaction au traitement médiatique désastreux qui était fait, qui avait fait des grèves. Et depuis donc c’est une asso de critique des médias qui réunit des usagers des médias au sens large, qui peuvent être chercheurs en tout un tas de professions différentes. En réalité, on a une petite rédaction. Donc moi je suis salarié d’Acrimed depuis six ans, sept ans maintenant. Voilà, donc on a une petite rédaction, ça repose sur très peu de personnes, donc ça me permet de faire un petit peu de pub. Tout le monde peut adhérer à cette asso, participer au travail d’observation, on est vachement preneurs parce que on aura peut être l’occasion d’en reparler, mais c’est un travail qui est chronophage et très prenant, éreintant parfois, faut le dire aussi d’observation. On fait beaucoup de. On fait beaucoup de verbatim quoi. C’est une des marques de fabrique d’Acrimed. Et donc. Donc en gros, voilà, on est sur trois plans différents à la fois, on essaye d’informer un peu sur la manière dont se structure le paysage médiatique. Donc une des vitrines est quelque chose qui marche très bien en manif. C’est la carte des médias qui possède quoi qu’on affiche, qu’on a réalisé avec Le Monde Diplomatique et qu’on actualise régulièrement. Voilà. Donc informer aussi, voilà, se tenir informé un peu des travaux de réseaux sociaux, des médias quoi, qui documentent les pratiques des journalistes. Comment se produit l’information ? Qu’est ce que ça peut expliquer même si ça n’explique pas tout ? Voilà, ça c’est le premier pan, Un deuxième pan. C’est peut être euh voilà ce qu’on fait, le. Plus sur le site où les accès sont. Les articles sont en accès libre, donc c’est documenté. En fait, le traitement de l’actualité quoi. Donc c’est mettre en valeur les biais qui sous tendent le traitement de telle ou telle question. Donc là on est en plein en ce moment dans le. Dans le traitement médiatique de la contre réforme des retraites. Et on est aussi on a ouvert, rouvert un énième chapitre du journalisme des préfectures et je sais que ça tient à cœur.
On en a parlé, surtout en ce moment.
C’est rigolo, j’en sais quelque chose. Voilà. Et puis le dernier plan, c’est de l’activité, c’est de de formuler un certain nombre de propositions qui visent à transformer radicalement le paysage. Donc voilà, on interroge à la fois, on aura peut être aussi l’occasion d’y revenir, mais des propositions de transformation. Interpeller la gauche aussi, au sens large, ou en tout cas une gauche qui serait soucieuse de subvertir l’ordre social établi. Pour qu’elle fasse de la question des médias une question politique à part entière et de premier plan, quoi donc ? Et ce qui implique plein de choses à formuler, des propositions de transformation, et puis à politiser aussi le rapport qu’on peut avoir aux médias. Et évidemment un autre plan qui est de loin de soutenir d’une part par tous les moyens la sphère alternative quoi, entre guillemets, et les médias indépendants, donc. Donc voilà. Et puis pour dire un dernier petit mot peut être sur la SO, parce que c’est important, on publie une revue trimestrielle.
Absolument.
Qui s’appelle Média critique,
Donc ça c’est le dernier sur l'éditocratie avec Macron sur le. Voilà. Puis on a dit c’est une revue trimestrielle, c’est celle sur un média extrême droite, la grande banalisation que j’avais sous la main. Voilà. Et puis on a évidemment une activité associative aussi, donc on essaye de faire, on essaye, on participe, là on participe. On a fait quasiment toutes les manifs, on tient des tables, on distribue, on essaye d'éditer des tracts. Alors pas à chaque fois parce qu' on a pas beaucoup de force, mais on distribue des tracts qui reviennent ou qui reprennent des éléments. Un article Ah le dernier, encore une fois sur le journalisme de préfecture. Et voilà, on essaye, on essaye d’organiser des réunions publiques, de porter en fait la critique des médias partout où c’est possible et partout où on le peut, quoi. Avec des interventions aussi dans des établissements parfois.
Donc vous, vous êtes des gros travailleurs. Et effectivement, il arrive que parfois, à la caméra, nos postes viennent vous saluer dans les manifs. Je cherche votre petite table bleue là, et voilà, on va, on va rentrer dans le dans le dur tout de suite du bouquin. Donc l’immédiat contre la gauche qui vient de sortir chez Acrimed Agone où effectivement entre deux deux élections 2017 2022, tu tu résumes, tu résumes cette espèce de d’accélérateurs de la droitisation du débat public. Alors c’est découpé en catégories et la première catégorie c’est celle du journalisme de court. Qu’est ce que, qu’est ce que vous entendez par journalisme de court ? Et ensuite, j’ai plein de petites notes. J’aimerais qu’on parle du passé de Macron qui est page 18. Alors, le journalisme de course, c’est quoi pour toi, pour vous ?
Alors le journalisme de cour, c’est ça, Ça prend pas mal de formes, mais en gros, si c’est un journalisme complaisant, on parle souvent du journalisme de commentaire qui est qui est vraiment hégémonique en fait, dans le paysage qui se substitue enfin où le commentaire se substitue vraiment à l’information, on voit que, évidemment, on aura moult occasions d’y revenir, mais que les médias ne sont pas du tout en capacité et n’ont même pas l’envie.Pour un certain nombre.D’entre eux, de jouer leur rôle de contre pouvoir. Et donc c’est un journalisme d’accompagnement, un journalisme complaisant qui se caractérise par vraiment une proximité très forte avec eux mêmes, avec le pouvoir politique et donc qui est qui est très suiviste en fait vis-à vis de vis à vis de la communication. Donc c’est vrai que la communication de ces gaillards, ce qu’on dit souvent, c’est que. Donc là par contre, quand je parle de je, je parle de grande tendance et du journalisme politique vraiment dominant tel qu’il se pratique en gros de de BFM. Mais on peut élargir évidemment très très largement à France Inter, RTL, les radios, les papiers de. Journalisme politique dans le Monde, revue des grands quotidiens au Parisien, etc. En fait, on voit que ce journalisme politique là, se pratique de manière assez uniforme et donc qu’il y a un suivisme vis -à -vis de la communication. Très très très très important. Donc c’est à une partie du journalisme de cour qui qui par exemple, qui qui recouvre aussi ce qu’on a appelé, ce qu’on appelle dans la. Dans le premier chapitre, le journalisme de slogan par les armes reste dans les dents dans la communication. C’est-à-dire qu’on peut, on pense à je ne sais pas, des éditoriaux, des papiers, encore une fois rédigés par les journalistes en charge du suivi de l’Élysée par exemple. On en fait-on quand on lit les papiers, quand on écoute cette information là ? En fait, on a beaucoup de mal à différencier des travaux de communicants. Mais sincèrement, puisque en gros, le travail journalistique se résume un peu à tricoter les éléments de langage, voire à tricoter des citations. Mais il n’y a pas tellement de recul critique, y a pas tellement de relais de mise en perspective.
Alors par exemple, un phénomène récent que d'évoquer d’une part que tu racontes, c’est les canaux d'échanges, les boucles Telegram ou WhatsApp, qu’importe. Et que peuvent s'échanger certains, certaines forces politiques avec des journalistes, des éditorialistes, où là il y a cette idée de d'éléments de langage saupoudrés, diffusés et que tu retrouves ensuite très rapidement dans les, dans les dans les chroniques, dans les analyses, dans les, dans les, dans les éditos.
Oui, exactement, c’est une enquête d' arrêt sur image qui avait été faite au moment de la présidentielle où en gros, je sais plus, un journaliste je crois. Je crois que c'était plutôt de la presse quotidienne régionale. On le dit dans le bouquin mais été présent dans une centaine suite suivait Emmanuel Macron. Donc le journaliste chargé du suivi de la campagne d’Emmanuel Macron passons sur son arrogance, il était présent et ce journaliste, l’a confié à arrêt sur image qu’il était dans une centaine de boucles WhatsApp. Donc ce qui peut paraître complètement ahurissant, ou en tout cas on se rend compte rien qu’avec ce petit élément qui peut paraître anecdotique, mais ça donne aussi des informations sur en gros qu’est ce que ça doit être, qu’est ce que ça doit être quoi concrètement ? Le boulot, quoi, là ? Et ce qu’on disait ? Et si en fait c’est moins ? Il ne faut pas non plus surévaluer ce truc c’est plutôt que en gros, c’est pas forcément que les éléments de langage vont être nécessairement repris tel quel un quoi que ça puisse arriver quoi. Mais c’est surtout que, en fait, par ce biais là, les communicants mettent en avant évidemment les informations qu’ils veulent mettre en avant et donc ça conditionne quand même pas mal de choses. Après non, dans le traitement de l’information, sans rien dire déjà sans ou sans rien dire de qualitativement, ce qui va être rendu, mais en terme de d’occupation de l’espace document, d’occupation de l’espace mental même des journalistes, c’est quand même c’est quand même intéressant à souligner. Donc. Donc donc voilà, je sais pas.
On va commencer. Première question : tu vois page 18, et tu évoques le passé de Macron. Donc tu dis que parce que ça j’avais complètement oublié mais tu dis pas forcément que ça a eu un rôle chez Rothschild et compagnie. Emmanuel Macron a été chargé de projet de vente du Parisien, abandonné en 2010, puis du dossier Presstalis, principal distributeur de la presse nationale, en liaison avec le groupe Lagardère. Arrivé à l'Élysée, Emmanuel Macron. Suit divers dossiers, notamment les aides à la presse et la recapitalisation. Récapitulatif du quotidien Libération. Le jeune homme fonctionnaire est donc loin d'être dépourvu d’interlocuteur ou de contacts au sein des groupes de presse lorsqu’il accède au poste de ministre. Est ce que tu penses que ça passe, que tu t’arrêtes là ? Est ce que tu penses que ça a plus d’incidence que ça ?
Alors juste une précision, ça c’est Pierre Leroux et Philippe Butor qui le disent. C’est pas un dessin, c’est une citation, mais à part Jules je sais pas, c’est pas mes pour ; on le sait Ça fait partie des trucs de socialisation quoi. Du fait qu’il est connu, à qui il est introduit en fait déjà dans les milieux voisins. Une position qui lui permet de n'être pas un nobody dans le milieu queer. Parce que c’est vrai qu' on pouvait dire. Je sais pas quand c’est quand on a, quand on a commencé à avoir beaucoup de tapage dans la presse. C’est quelqu’un qui n’est pas connu. On aurait pu avoir l’impression de quelqu’un qui débarque comme ça. De rien en fait, des petits paragraphes en fait qui sont sans trop détailler mais qui permettent de se rappeler qu’il était quand même déjà inséré évidemment dans dans les milieux de pouvoir, dans les milieux d’affaires, etc. Et que comme citation que peut rappeler et avant les deux auteurs, là, Pierre Leroux et Philippe Fluttery y décrivent en fait, c’est son parcours à l’ENA, dans l’appareil d’Etat, puis dans le milieu patronal. En fait, ça favorise en fait l’accumulation de capitaux déjà. Et puis le fait d’avoir été chargé de dossiers avec la presse, et bien ça permet déjà de mettre un pied puis plusieurs pieds dans le milieu médiatique. Donc on sait comment, comment ça marche, y' a pas, y' a pas de complot là. Donc c’est vraiment des histoires, de socialisation, de connaître untel et puis de progressivement se faire une place dans le paysage, voir et entretenir des liens, Donc c’est plutôt et plutôt ça. C’est vrai que c’est pas très détaillé parce que bon, ça suffisait, je pense. Et puis parce qu’on a pas non plus, nous, à enquêter plus là dessus. Il y a d’autres d’autres travaux et je pense notamment à Marc Van de Velde qui a beaucoup fait sur ce travail
On le connaît bien.
Voilà donc dans la mise en lumière des liens, des connivences, Mais une entrée en matière pour marquer rappeler deux ou trois choses. Et puis surtout, ça permet de comprendre qu’il ne sortait pas de nulle part comme on a pu, comme on a, comme on pouvait le croire parfois en lisant la presse.
Alors le livre, effectivement, est jalonné de 2017 et 2022 et il y a une raison à ça et on la trouve page page 35. Tu écris Les campagnes électorales agissent comme de véritables loupe grossissantes, renforçant inexorablement toutes les pires tendances du système médiatique. Reste que le journalisme de slogan dont a bénéficié Emmanuel Macron, il faudra peut être que tu reprécise ce que tu entends par journalisme de slogan à structurellement tout au long du quinquennat écraser le débat public. Tu penses par exemple que Macron par rapport à un Sarkozy, il y a une différence dans le traitement médiatique ?
Alors je ne suis probablement pas la mieux placée parce que j'étais pas une menace pour. Monsieur Dupont Moretti et s’il était ministre je ne pouvais pas trop développer précisément là dessus. En tout cas, pour comparer, pour comparer les choses et avait un truc de base pour en discuter dans Acrimed de fascination répulsion avec Sarkozy. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il y avait ce même effet de personnalisation très très fort du personnage, très très fort. Mais ça c’est lié à ce qu’on dit à un moment dans le bouquin quoi. C’est vrai que c’est c’est lié à la cinquième République, à la personnalisation à outrance qu’elle a, qu’elle permet la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme. Est ce que ce qu’on dit aussi dans le bouquin, le rôle des médias par rapport à ça, c’est que quelque part, même si voilà ses idées ou l’importance de la communication, la personnalisation, même si c’est des des phénomènes qui sont propres au champ politique, en fait, ils ne pourraient pas avoir autant de corps et autant de consistance sans le travail de des médias, sans les médias pour leur donner corps et donc ce qui est important de comprendre. Et voilà comment les pratiques en gros du journalisme politique sont en miroir de ça et vont renforcer tout, tout tout ses travers, tous les pires travers en fait de ça. Donc la personnalisation on en parlait et évidemment la communication pas sur le sur le sur le journalisme de slogan, j’en parlais un peu, un peu tout à l’heure, mais c’est vrai que spontanément, on repense à toutes les formules qu’on essaye de lister et en même temps on dit qu’on peut pas être exhaustif parce qu’il y en a eu tellement qu’elles ont même saturé le débat médiatique. Mais Mozart de la finance, président protecteur, chef de guerre, Jupiter. Le seul fait que des journalistes politiques s’autorisent à parler du président de la République. Comme du commun en utilisant Jupiter dans les. Dans les récits journalistiques, ça en dit long, long. Pas plus personne ne l’interroge. Mais c’est quand même absolument ahurissant de lire ça, d’entendre ça. Le président du Nouveau Monde, le président de la disruption, de la mondialisation heureuse est de droite et de gauche. Le président épidémiologiste. Fin voilà, il y a eu du poids qu’il en coûte, patati patata. Il y a eu des tas de formules comme ça, donc, qui sont encore une fois un des éléments de langage, des éléments de communication qui ont saturé le débat public et où en gros, la communication du président faisait l’agenda. Et à partir de la communication du Président de la République, on demandait aux autres forces politiques de se situer, de commenter, etc. Plutôt que de parler évidemment du fond de leur programme.
Donc voilà. c’est ce qu’on n’appelle pas le journal..
Encore une fois, le journalisme de commentaire, le bavardage permanent qui est évidemment paroxystique sur les sur les chaînes d’info, mais c’est un mode de traitement de l’information qui est omniprésent et qui est, comment dire, a été beaucoup plus écrasant. Lorsqu’on dit dans le bouquin que les enquêtes de fond sur ce parti et sur Avant d’y aller et barbouzerie du personnel républicain, les, les et les. Ce qu’on appelle un peu les affaires quand même.
Alors justement, page 38, il y a quand même, il y a, l’affaire Benalla ou scandale Uber. Certaines publications déterminantes sont à mettre au crédit des médias dominants, mais dans les émissions de débats notamment, la couverture des affaires entre guillemets a bien souvent viré au traitement carnavalesque. Donc gentil Acrimed donc tacle le petit tacle derrière. Tu Tu dis que de temps en temps, les médias dominants par médias dominants, il faut qu’on s’entende. C’est les matinales des radio, c’est les quotidiens, les hebdomadaires et et la télévision. Grosso modo, c’est à peu près ça. C’est ce qui à priori fabrique l’opinion. C’est ça la fabrication de l’opinion. Tu dis que quand même, certains arrivent à faire leur boulot, mais c’est écrasé par justement le commentaire qui rend les affaires anecdotiques, carnavalesques, ultra personnalisées, comme si on leur enlève leur substance. L’affaire Benalla étant l’exemple parfait de la dérive.
Oui, c’est ça. Avec derrière, des angles un peu psychologisant comme on disait à un moment avec le syndicat de la magistrature passé que c’est faux. Voilà, c’est focalisé sur telle ou telle circonstance particulière ou telle ou telle trajectoire personnelle, et ce qui permet de marginaliser en fait l’information. On disait sur les structures économiques et institutionnelles qui permettent et favorisent ces malversations. En fait, c’est un traitement dépolitisé qui est un peu folklorique. Mais c’est vrai que bon, c’est peut être un peu rapidement dit. Et puis là pour le coup, c’est plutôt circonscrit à l’audiovisuel parce que par exemple, le Monde a pu faire évidemment des papiers, des papiers très importants, mais je me rappelle de la tonalité des commentaires au moment de où est sorti le scandale Uber sur les chaînes d’info BFM. Si on avait nos grands éditorialistes traditionnels Lenglet, les journalistes économiques de BFM TV qui disaient mais non, je vois pas, ce problème serait qu’Emmanuel Macron soit proche des milieux d' affaires Il n’y a pas et c’est c’est son boulot, c’est son boulot de faire ça, etc. Donc voilà, il y avait tout un la, c'était même plus psychologiser quoi, C'était défendre, défendre la collusion Donc voilà un journalisme entre guillemets d’accompagnement et ultra ultra complaisant.
Ah, on me dit que c’est relou la casserole, C’est fait exprès.
Voyons, voyons !
Sinon ce serait pas drôle. Et est ce qu’il n’y a pas parfois une difficulté pour toi, par exemple, si tu viens de parler du monde ? Donc quand je dis pour toi ou pour Acrimed, dire du monde qu’il fait partie des médias dominants, c’est une vérité. Je pense qu’il n’y a pas de souci avec ça. Mais est ce que le monde justement n’est pas un cas un peu particulier où on peut en fait trouver du pour et du contre ? C’est à dire qu’on peut avoir de l’investigation, des enquêtes, des des pages, opinions qui qui vont à l’inverse de, par exemple, la structuration du débat de la plupart des journalistes politiques du journal. Est ce que là, il n’y a pas de difficulté là où par exemple BFM c’est News vont uniquement dans un sens, tu sais, il y a une écrasante majorité. Est ce qu’il n’y a pas une petite difficulté ? Et c’est cette petite nuance. Est ce que ça mériterait pas d'être un peu plus souligné ?
C’est vrai. mais c’est important de le dire. C’est important de ne pas tout niveler, évidemment. Là, je pense à une des enquêtes que peut faire le Monde de sur les questions écologiques par exemple, on ne va pas les retrouver sur sur BFM. C’est pas vrai, on peut pas, on ne peut pas tout mettre au même niveau. Simplement, nous ce qu’on dit, c’est que, comment dire, il y a une grande partie. Et si on prend le journalisme politique, il y a une grande partie des travers du métier qui se retrouve aussi chez les journalistes politiques du monde. En gros, sociologiquement parlant, en plus, les professionnels se ressemblent. Ça veut dire comme deux gouttes d’eau et donc ils pratiquent un peu le métier. Ils ont des routines professionnelles un peu identiques. Je veux dire, si on prend par exemple le récent portrait qu’ont pu faire deux journalistes politiques de Darmanin récemment dans les pages du. Monde C’est un branleur c’est un gros problème, mais c’est vraiment du journalisme politique. C’est pas tellement différent de ce qu’on va pouvoir entendre dans un bulletin d’information le Matin sur France Info.
Là, c'était un cas d'école, si je puis me permettre, Tu avais le journalisme de cour d’un côté, le journalisme de préfecture de l' autre. T’avais l’addition des deux là.
Ok, il y a l’addition des deux, mais c'était en fait un portrait. Donc ce format, un peu, ouais, c’est un peu une institution dans le dans le métier. Mais faire un portrait sur la base de petites phrases glanées ici et là, donc l’importance donnée aux coulisses plutôt qu’au fond. Donc les jeux politiciens plutôt que les enjeux, etc. En fait, c’est un peu les mêmes, c’est un peu les mêmes recettes et donc ça donnait un truc d’eau tiède, dépolitisé, avec évidemment la mise en avant du personnage, là, sa construction un peu anticipé en tant que candidat, chose qu’on a retrouvé dans les bulletins d’information, est ce qui va être Alors, est ce que ce sera lui le prochain ? On sait que ministre de l’intérieur, patati patata. Donc c’est avec des anecdotes qui écrasent, qui écrasent voire du style ils ils partagent les frites dans un dans un saladier avec ses interlocuteurs au syndicat de police. Sous entendu, il est proche des policiers. Et donc évidemment, cette anecdote qui n’est pas parlante qui construit quoi ? Elle écrase, elle écrase le reste qui est qu’elle est la société que le ministère de l’Intérieur nous fabrique parce que c’est une fabrique fondamentalement.
Ben oui, maintenant c’est ça qui devrait intéresser le journalisme. C’est ça qui devrait être au cœur du journalisme politique. C’est ça l’information en fait. Mais effectivement, ce que tu disais, ça contribue au portrait et au portrait du personnage, puisque le travail du journalisme politique tel qu’il fonctionne, c’est un constat, contribue à la fabrique de personnages. Alors, il y en a qui sont sympathiques, il y en a qui ne sont pas sympathiques du tout quoi. On est aussi en regard du don dans le bouquin, mais donc voilà, c’est plutôt c’est plutôt ça. Alors évidemment qu' après il y a des choses, il y a des choses bien qui se font dans le monde, il y a des enquêtes, il y a des tribunes, même si évidemment le format tribune n’impacte pas forcément la rédaction. Après, on n’oublie pas non plus que Le Monde, en tant que quotidien de référence qui a énormément de points, un dans le, dans le, dans le, dans le champ journalistique qui est occupe une position quand même dominante, a accompagné par exemple les contre réformes structurelles depuis depuis des décennies. Donc là on a un exemple auquel je pense, là, spontanément, c’est la précédente réforme des retraites en 2019. Voilà, ils disaient que c'était tout à fait, c'était tout à fait, et c'était tout à fait bien, ça avait été, ça avait été dit par par voie d'éditorial, etc. Donc ils ont quand même, voilà un rôle aussi, un positionnement, un positionnement quand même, un bien bien particulier et qui n’est pas, qui n’est pas à négliger. Et dernière chose quand même, la campagne de 2022, ça a été quand même très compliqué dans le dans le monde, puisqu’il y a eu une campagne ahurissante pour Emmanuel Macron à nouveau. Alors, à travers, à travers la figure surtout de l'éditorialiste de référence à Françoise Fressoz, qui sévit bien au-delà de ses chroniques dans Le Monde, puisqu’elle intervient, elle intervient sur le service public dans les grandes émissions le dimanche.
Voilà par exemple un phénomène qui est assez récent, il y a une quinzaine d’années, une dizaine d’années. C’est-à dire que l'éditorialiste se répond.
On va définir comment se dupliquer.
Il se dit je vais arrêter la casserole, c’est visiblement tiède. Et donc si tu parles de Macron, je ferai juste je vais touiller comme ça, je peux t’interrompre ! Donc ça par exemple, c’est un phénomène important mine de rien, puisque c’est. Qu’est ce qu’ils font ? Les informer de France info ne les suit pas d’ailleurs. Et qui ils se lisent les uns les autres ? Ils ils. Ils se piquent les uns les autres dans le taxi avant de prendre le micro et ils répètent finalement ce que le voisin a pu écrire. Ou alors ils apportent un petit bémol, mais grosso modo ça va dans le même sens, quand ce ne sont pas eux mêmes qui balancent leurs mêmes, leurs propres analyses en les qualifiant de paroles sur les Français, penses tu ? Tu parles notamment de ça je vois plus très bien qui nous dit Vous pouvez nous rappeler la nuance entre le journalisme de court et le journalisme de préfecture. Alors le journalisme de préfecture c’est télé pimpon, c’est les flics et le journalisme de cour, c’est plutôt le journalisme dit politique pour aller très vite. Alors tu viens justement de parler de la campagne de 2022 et là c’est un autre chapitre que tu veux que tu ouvres dans ton livre, c’est celui du journalisme de dédiabolisation. Donc évidemment, il est question de Le Pen. Marine qu’est ce que, qu’est ce que tu. Qu’est ce que tu voudrais qu’on retienne de ce qui s’est passé en 2022 ?
C’est un rendu comme on pourrait le voir sur 2022. Enfin, sur le web, sur la campagne électorale, le journalisme de dédiabolisation. Là, c’est vraiment un chapitre juste en préambule qui qui essaye d’expliquer en fait les ressorts de la banalisation et de la légitimation médiatique de l’extrême droite. Voilà, c’est ça. Et pour eux, pour compléter un peu le préambule, peut être, mais parce que c’est important à Acrimed, on pense que, enfin, on a toujours dit en tout cas que les médias n'étaient pas évidemment les premiers responsables de l’enracinement à la fois électoral et idéologique du du FN dans la société française, mais qu’ils contribuent par tout un tas de pratiques à crédibiliser en fait le Rassemblement national. Et en tout cas, là, sur les cinq dernières années, il y a eu un effet d’accélérateur très très, très, très fort comme construction, co-construction de l’extrême droite que comme là la principale, si ce n’est la seule opposante force politique, on va dire légitime opposante à Emmanuel Macron. Ce qui n’est pas évidemment sans conséquence qu’il y a un traficotage en plus évidemment, du paysage politique tel qu’il est, tel qu’il existe. Mais là, on reste dans les on reste dans les travers du journalisme, du journalisme politique Ce. Qu’on peut dire sur sur l'élection, donc sur 2022, c’est que la première chose, c’est quand on ouvre le chapitre avec ça et on essaye de revenir un peu sur de faire la genèse un peu du duel Macron Le Pen. Donc cette figure médiatique là, cette petite musique qui a complètement écrasé le débat public et on est en face, vraiment. Et ça, c’est quelque chose qui est utile, qui a été fait de manière Wallace, qui a été fait de manière inédite pour le livre parce qu’on n’avait pas fait d’article, on avait stocké au fil des années, etc. Donc c'était vraiment important de revenir là dessus puisque puisque, voilà, on a titré construction médiatique, mais on aurait dû dire construction médiatico sondagière, parce qu’en réalité, ce schème de perception imposé qui a complètement cadré le loué, le journalisme politique, ça a été ce duel Macron Le Pen, c’est essentiellement évidemment sur la base de sondages en fait, que ça s’est, que ça s’est fait, que ça a été fabriqué, commenté, disséqué partout, anticipé. Et donc on revient à partir de à partir de la réalité de, dès le lendemain de l'élection d’Emmanuel Macron en 2017. Et puis après on revient sur quelques épisodes en 2019 et 2020 et 2021 surtout, où voilà, là, les sondages commençaient à se multiplier, à se démultiplier. Et donc ni les usages médiatiques, les mésusages médiatiques des sondages en fait au fait que, eh ben ce duel était un était annoncé comme une, comme une fatalité n'était pas du tout questionnée et que, évidemment, structurer le débat public dont tout le monde était obligé de se positionner par rapport à ce qui semblait acquis en fait et ce qui était ce qui relevait de l'évidence. Donc voilà, ça, ça dit beaucoup de ça, dit beaucoup, là encore, du journalisme politique et de son intoxication aux sondages. Vraiment, la seule chose, c’est sa dépendance aux sondages. Alors pour tout un tas de raisons. Mais en fait, plus le fait qu’il ne puisse prendre le pouls, on va dire, du dû du monde social, qu'à travers cet outil dont on sait qu’il est absolument biaisé, qui a été déconstruit, mais par des dizaines et des dizaines de d'études scientifiques depuis depuis très longtemps et qui en fait, non, ça ne change rien, c’est toujours à un, c’est toujours à un comment dire une un outil de référence parmi les journalistes politiques qui sont complètement intoxiqués à ces études d’opinion et comme tu le disais, quoi qui ? Qui se vivent et se pensent comme étant du coup les porte parole des français dans leur dans leur ensemble et des Français en un seul mot quoi ?
La petite difficulté que nous avons, Pauline et moi ce matin, c’est que, en fait, le livre se base sur des verbatim, que ce soient des verbatim, si je puis dire, audiovisuels ou des extraits de journaux. Et ça donne le tournis. Y a un moment où, en effet, on se dit mais c’est absolument invraisemblable, la la, la tournure que ça a pris une fois que c’est posé sur papier, quelques mois ou quelques années plus tard, on se rend compte de la force de la puissance de frappe et. Du monde est organisé. Maintenant, est-ce que tu n’as pas une vision faussée puisque personne ne lit autant les journaux, n'écoute autant les radios, ne compare autant que les présentateurs télé. Est ce que tu. Est ce que tu penses que l’effet de masse est le même pour tout le monde finalement ?
Ouais, c’est une super bonne question. Mais on s’interroge souvent là-dessus. Vraiment, ça m’interroge ou on en discute aussi beaucoup. Dans la primaire, c’est vrai qu’on a on a une pratique des médias qui n’est clairement pas celle qui n’est pas, qui était située quoi, qui n’est pas celle de tout le monde et en fait c’est la nôtre. C’est pour ça que nous, on en dit un sur un surévalué. Jamais en fait. Les effets des médias. Toutes les études variants, il y en a assez peu par ailleurs, mais en tout cas les études de socio en réception en fait, parlent pas du tout des faits immédiats comme ça qui domine les téléspectateurs lecteurs seraient endoctrinés sans être imprégnés des trucs directement croyables. Il y a des usages paradoxaux des médias, il y a, il y a des usages hétérogènes, il y a des formes d’appropriation, des modes de détournement, enfin tout, tout des trucs de pratiques et des usages des médias et de et de réception de l’information qui qui contredisent ça. Simplement. On fait aussi un portrait du de l’information telle qu’elle est donnée aujourd’hui, un portrait du journalisme et des journalistes, en tout cas d’une partie d’entre eux, des journalistes politiques et surtout de l'éditocratie. Donc, ce qui concentre vraiment le pouvoir éditorial, qui concentre les gratifications symboliques, qui concentre les revenus faramineux Par ailleurs, service public et services privés confondus. On fait un portrait aussi de ça, donc c’est par l’effet de masse. Je vois ce que tu veux dire quoi. Et c’est vrai qu’il est peut être un peu écrasant, ça peut être un peu écrasant à la lecture, mais quelque part ça dit quelque chose de l’information telle qu’elle se fabrique. Et ça non. Ce qu’on montre, c’est qu' elle se fabrique souvent, ou en tout cas il y a des il y a des traits communs à travers les différents médias et que et que même si évidemment on ne va pas lire le Monde, puis ensuite réécouter la matinale d’Inter, puis ensuite aller écouter celle de RTL pour comparer, puis ensuite aller regarder la matinale de BFM et puis le.
Alors c’est un bon point pour dire l’inverse de ce que je viens de dire. En fait, ce que vous faites, c’est ce que font aussi les journalistes, c’est à dire qu’ils passent leur temps à ses pieds à se copier, à imiter, à se regarder, à se lire, à se féliciter ou à se détester, etc. Mais il y a quelque chose de fermé et ça, on le sent. Mais alors, page après page, une espèce d’auto intoxication généralisée, c’est assez dément. Alors il y a un point fort puisque j’ai parlé de point faible. Il y a un point fort dans votre travail aujourd’hui à Acrimed, c’est que. Ben voilà, vous êtes pas toi, mais l’association commence à avoir un certain nombre d’années. Et par exemple sur le débat sur le chapitre de la dédiabolisation de Marine Le Pen. Vous êtes évidemment capable d’avoir un point de vue historique sur les choses puisque Acrimed date de 96. Et en fait, ce que tu dis bien, c’est que, évidemment, la lepénisation des esprits, tu le dis pas comme ça, mais c’est une expression. La dépolitisation des médias ne date pas de 2022, ni même de 2017. Tu reviens là dessus. Mais néanmoins, qu’est ce qui change aujourd’hui ces dix dernières années par rapport aux on va dire, aux années 80 90, selon, selon toi, selon vos travaux ?
Alors, il y a pas mal de changements. Ou alors si on prend juste les cinq dernières années, on peut pas, on ne peut pas ne pas parler de la prédation de Vincent Bolloré sur le paysage médiatique qui passe, Ce qui a il y a deux ou trois ans, on y reviendra. Mais voilà, c’est une donnée quand même hyper importante quand on réfléchit à la banalisation de l’extrême droite, puisque évidemment ces médias sont une vitrine, une vitrine de l’extrême droite à aujourd’hui, une vitrine très très très très forte en fait, à la fois non que par les chaînes d’info et ses news, mais évidemment, il a fait une O.P.A. Sur les médias Lagardère. Donc ça, ça concerne, ça concerne Europe1, ça va concerner Paris-Match, le JDD, etc. Donc il a évidemment son emprise sur le sur les médias et une donnée quand même non négligeable et hyper importante à relever. Après, nous savons ce qu’on a dit et même au moment où un Bolloré était beaucoup discuté et y compris beaucoup critiqué, alors là, y compris sur France Inter. Et qu' est ce que tu disais quoi ? La banalisation médiatique de l’extrême droite, en fait, elle ne date pas de Bolloré et que les médias qui, qui à qui hurler à la non prise de l’extrême droite aujourd’hui à travers Bolloré en fait, oublient encore que le cordon sanitaire, on va dire avec l’extrême droite existe plus tellement chez eux, et ce depuis longtemps. Donc ça, ça prend plein de formes, ça prend plein de formes différentes. En fait, cette banalisation, c’est à mon avis c’est vraiment un point important que pour le coup, un gros travail qu’a fait Acrimed dès 2014. A C’est le premier gros article de cadrage sur les ressorts de la banalisation de l’extrême droite. Je ne sais pas si je me lance là-dedans.
On a le temps.
Vas y tu peux m’arrêter si je suis trop longue. Mais y a un truc important, c’est les thématiques en fait, les thématiques qui historiquement ont fait le cœur des campagnes politiques du RN, à savoir immigration, insécurité, islam. La manière dont ces thématiques là sont traitées. Alors évidemment, on voit non seulement qu’elles prennent beaucoup plus de place dans l’agenda quantitativement, qu’elles occupent beaucoup plus de place. Et là, sur les cinq dernières, le premier quinquennat d’Emmanuel Macron a été tout à fait net. Là, on s’en rend moins compte parce que c’est vrai que depuis septembre en fait 2022, on est beaucoup sur des thématiques sociales parce qu’il y a de la mobile, il y a des mobilisations sur les salaires, évidemment, la mobilisation sur l’année, sur la question des aides et de la réforme des retraites, mais pendant cinq ans, en réalité, ces thématiques là ont été vraiment omniprésentes. Et donc ce qu’on dit, c’est qu’elles occupent. Le problème, c’est qu’elles occupent autant de place dans l’agenda. Et le pendant, c’est qu’elles soient traitées selon des cadrages qui font écho aux thèses du Front national. C’est-à -dire l’immigration égale, c’est un problème et un problème à endiguer. Enfin une menace à endiguer. L’insécurité qui va se développer immédiatement, comme l’imaginaire et la répression à durcir dans les quartiers populaires de la délinquance dans les quartiers populaires. L’Islam a été un ennemi intérieur à combattre. Donc c’est la normalisation de ses cadrages, de la problématisation, de ses thématiques. Alors évidemment, les médias appareils sont pas, comment dire, sont pas les premiers responsables dans le sens où ce phénomène là a. Il a tout à voir avec la droitisation du champ politique lui-même en fait depuis les années 80-90. Donc évidemment, on parlait de Sarkozy tout à l’heure qui a ouvertement braconné sur les terres du RN et sur les questions d’insécurité et d’immigration. A évidemment tout ça, on va dire noir sur blanc à la droite du champ politique, c’est quand même, c’est quand même mis à flirter beaucoup beaucoup avec, avec ce qui était dit au RN. Et d’ailleurs je renvoie tu parles de la pénalisation, mais le discours à la. Je crois que c’est ça. Le discours de la lepénisation des esprits de Sylvie Tissot est un événement. Quand on dit quand on le lit, c’est hyper frappant car sur le sur justement cette dérive droitière extrême droitière du du champ politique. Donc ça c’est un premier aspect. Et puis un second aspect, c’est, on va dire, là, ça a tout à voir avec le comment dire, la reconfiguration du champ journalistique lui même qui privilégie un traitement spectaculaire, la course au buzz, et donc que toutes ces questions vont être traitées sur huit sur un avec une tonalité complètement alarmiste. Alors c’est ce qu’on dit a avancé dans ce chapitre. En réalité, les les Et ces pratiques là, on les a et on les connaît par cœur. Ça va être faire des une obsessionnelle sur sur l’islam de théoriser des magazines de l’insécurité aux tonalités complètement alarmiste. Faire faire faire des restitutions complètement fallacieuses de sondages qui évoquent la laïcité etc. Il y a plein de il y a plein de pratiques comme ça ou d' une flingues de routine qui contribue à la banalisation de l’extrême droite. Donc ça c’est un pan vraiment important quoi, sur sur les thématiques et puis et puis voilà, ça permet aussi de dire que bien. Que là encore, en fait, on ne parle pas de C news ou de Valeurs actuelles. Les propos de Léa Salamé qu’on cite sur l’immigration sont proprement spectaculaires. Donc il y a une vraie radicalisation en fait de l'élite journalistique.
Moi je l’avais noté regarde mon data, alors j’essaie de le retrouver. Oui, c’est ça, c’est page 84. Je voulais vous entendre. C’est elle qui pose la question à Arnaud Montebourg. Je voulais vous entendre sur l’immigration. Vous êtes assez Loin de l’angélisme de la gauche sur le sujet. Est ce que vous pensez qu’il y a trop d’immigrés en France ? Et puis ensuite, il y a trop d’immigrés en France, comme le dit le Rassemblement national ou le parti d’Eric Zemmour. Est ce qu’il y en a trop ? Est ce qu’on en accueille trop ? Donc il n’y a pas trop d’immigrés. On accueille pas trop de gens en France. Il ne faut pas régulariser, réguler davantage.
Ouais ben c’est ça, C’est que c’est qu’en fait, à force de normalisation des diagnostics, à force de ne plus du tout interroger, de prendre pour acquis les analyses et les diagnostics de l’extrême droite à force de droitisation du champ politique, En fait, on en arrive à ça. On en arrive à une capitulation idéologique. Et le symptôme de ça, très très fort, ça a été l’arrivée dans le paysage politique puisqu’il était déjà là depuis longtemps d’Eric Zemmour et la façon dont il a été, dont il a été traité, dont il a été reçu dans les grands médias, qui a été vraiment spectaculaire pour le coup. C’est ce que je dis souvent, mais Acrimed en est un. On est quand même rodés aux mécanismes médiatiques. Pour le. Pour le dire un peu vulgairement, on les voit venir quoi. Et là, c’est vrai qu’on est quand même tombé de nos chaises. En septembre 2021, sur toute la période de pré campagne, on est tombé de notre chaise parce que ça a été, ça a été, ouais, vraiment spectaculaire. Tout ce qui est, tout ce qui s’est passé à ce moment là, et puis y un moment, évidemment, absolument pas, là, ce n’est même plus dire accélérateur, quoi, mais de banalisation de l’extrême droite, là, c'était en fait ouais, c'était et c'était hyper important. Et donc les diagnostics effectivement historiques de l’extrême droite ne sont plus questionnés. Et ce qui est important à dire n’est pas ce que ça va avec ce pouvoir fondamental des médias qui est de baliser le périmètre du débat acceptable, c’est que les solutions en fait acceptables vont généralement de la droite à l’extrême droite. Dans la première citation que tu as lu, est ce qui est, ce qui est un ressort de disqualification et de et de marginalisation fort de la gauche, c’est dit en une phrase d’angélisme. Voilà, c’est toute position en dehors de celle de la droite. L’extrême droite sera suspectée d’angélisme, donc sur la question de l’immigration, mais aussi de laxisme sur les questions sécuritaires, etc. Et ça n’a même pas besoin d'être explicité. En fait, ça fait partie de cette petite musique médiatique qu’on ne justifie plus, qu’on n’argumente plus, ou on se passe de absolument tous les travaux qui peuvent. Il n’y a pas de mise en perspective, On n a pas besoin d’expliquer, on a besoin de rien dire. Sur le fond, ça fonctionne à un truc, oui, une fonction à un truc performatif très très très très efficace, puisqu’en fait c’est répété depuis des décennies. C’est comme sur le journalisme économique, c’est une évidence. Ah non, il y a des évidences dans le discours médiatique et et le fait que, évidemment, s'écarter un tant soit peu du périmètre de l’acceptable sur l’immigration basse, ça, ça justifiera d'être d'être soumis à la question, d'être voué au discrédit, etc.
Et donc je. Te demande comment se fait-il que ces journalistes rentrent dans ce jeu de duperie allant jusqu'à légitimer le pire avec Le Pen ?
Je pense qu’il y a beaucoup de connivence et pour une partie d’entre eux. Évidemment, il y a de l’adhésion idéologique il ne faut pas le sous-estimer. C’est à dire que sur les questions d’immigration, en fait, Léa Salamé est sur sur ces questions là par exemple, s’il c’est pas un accident quoi. C’est-à-dire quand on regarde y compris les émissions qu’elle peut animer aujourd’hui, la grande émission sur France deux. Le samedi soir,elle co-anime avec Dechavanne. Elle a pu. Elle a eu l’occasion de revenir sur des questions d’identité et d’immigration. En fait, c’est très très net. Il y a un parti pris là où on sent. Donc en fait, c’est assez. Il y a un côté réactionnaire et donc c’est assez présent. Et après il faut toujours combiner ça en fait des je sais pas comment dire quand même des routines, pour beaucoup c’est beaucoup plus inconscient possible. Et il y a des ouais, des pratiques professionnelles. On interroge plus. Ils sont entre eux beaucoup d’entre soi, ils entendent toujours les mêmes discours, ils sont toujours avec les mêmes gens, sur les mêmes, sur les plateaux, donc voilà c’est à mon avis ces deux points de vue de l’explication.
Mais bien évidemment quelque chose qui change entre Le Pen père et Le Pen fille aussi, c’est la peopolisation de l’extrême droite. C’est ce que tu expliques page 96. C’est peut être pas la peine d’y revenir parce que tout le monde est au courant pour l’histoire des croquettes pour chat et compagnie, mais plus intéressant, tu écris Omniprésente. Cette pipolisation occupe une surface inversement proportionnelle à celle octroyée aux enquêtes sur l’extrême droite et les violences dont elle est responsable. Alors il y a quelques journaux qui essayent de faire le travail comme Libération. Il y a StreetPress, alors on le met dans les dents des dominants. StreetPress Non. Je trouve que c’est. Un des un des problèmes majeurs de la presse dominante, c’est qu’elle ne travaille pas sur l’extrême droite. Comment toi, tu expliques ça ?
Ouais, elle ne travaille pas sur l’extrême droite, mais comme après je travaille. Sinon de la même manière que moi, mais c’est un fait, c’est l’enquête, l’enquête, le reportage sont des sont des formats coûteux qui sont réduits à peau de chagrin. En fait, il n’y a pas, il n’y a pas d’enquête. Après, il peut y avoir des difficultés sur tel ou tel sujet, de quand on écoute StreetPress par exemple. Je pense que même des journalistes de Mediapart qui sont chargés de l’extrême droite, je pense, pour le faire sérieusement. On mesure aussi à quel point c’est compliqué d’enquêter sur ces milieux. Donc évidemment, il y a des contraintes, il y a des contraintes professionnelles nombreuses et probablement peut être plus aiguës que sur d’autres, d’autres sujets. Mais là c’est la question du oui, de la place de l’enquête et du et du reportage dans la donne, dans l’espace médiatique quoi, qui est plus ce qui est plus en question ici, et c’est assez flagrant. Donc, c’est à dire que évidemment, ce sera toujours moins coûteux et plus facilement réalisable de faire un petit plateau avec quatre copains pour commenter le passage de Le Pen chez Karine Le Marchand que d’enquêter sur sur, sur la structuration du parti etc. Donc après évidemment, il y a des travaux qui sont faits, mais on sait aussi voilà quelques unes des carences du journalisme, c’est de de prêter assez peu d’oreilles aux travaux universitaires ou en tout cas il y en a certains qui sont consacrés, il y en a certains qui peuvent et qui peuvent exister. C’est comme sur tous les sujets et d’autres qui passent, qui passent complètement à la trappe, parce que c’est toujours pareil et qui en fait y consacre ce qui est connu, y consacre les consacrés. Voilà. Et ça, ça c’est valable pour le pour le journalisme culturel aussi. Coincé, c’est un peu le c’est un peu le mécanisme traditionnel, là, il n’y a pas beaucoup de, il n’y a pas beaucoup de travail qui est fait. Alors, après, pareil, on peut l’expliquer par plein, de par plein d’aspects. Là aussi, il y a des critères idéologiques, il y a des outils qui sont des outils qui entrent en compte, et puis y a aussi la manière dont travaillent les journalistes. Et donc il faut aussi dire que c’est quand même un milieu qui est évidemment, hormis le pôle dominant, qui est extrêmement précarisé, extrêmement précarisé, et où, en gros, évidemment, Le Lay et les soutiers de l’information comme on les appelle, c’est évidemment pas un peu négatif dans notre dans la bouche, mais n’ont pas le pouvoir sur les sujets qui traite non pas le pouvoir déjà de qu’est ce qu’ils vont traiter, de comment ils vont le traiter. Et donc donc voilà, il y a des, il y a aussi des barrières. Barrières éditoriales après message vraiment sur l’extrême droite, c’est vraiment spectaculaire. Et là je peux peut-être donner un petit exemple. On l’a pas mis dans le livre, mais je me rappelle d’un plateau de BFM où justement il y avait quelqu’un de StreetPress, alors je me rappelle pas après quelle enquête exactement. Je crois que c'était sur la famille anglicane. C’est possible. C'était un groupuscule d’extrême droite qui avait produit, il y avait Mathieu Molard. Ils avaient produit une grosse enquête sur StreetPress et en face de lui, sur le plateau de BFM, il y avait un journaliste de L’Express qui avait fait un livre sur Zemmour 1 à 1 qui était prétendument un livre enquête sur Zemmour. Le plateau était animé par Yves Calvi et Yves Calvi regardait ce journaliste de L’Express et lui disait Mais est ce que vous, vous aviez perçu à ces éléments violents autour d’Eric Zemmour ? Et donc ce journaliste de L’Express, quand même, auteur d’un livre enquête sur Zemmour prétendument et sa formation politique, disait Non, je n’ai pas perçu d'éléments violents, sinon je l’aurais écrit. Voilà. Donc c’est quand tu parlais d’enquête sur l’extrême droite. C’est quand même assez spectaculaire d’entendre sa voix. On se demande comment. Ah, comment il a enquêté quoi parce que c’est quand même plutôt plutôt surprenant pour le dire gentiment.
Alors il y a un autre point à la question du tchat qui nous demande est ce qu’on met Mediapart parmi les journaux dominants ?
Bonne question. Je pense qu’ils ont un pied. On n’est pas parmi les médias dominants parce que même si y a des commanditaires, y a des. Des travers qui peuvent se trouver aussi du journalisme politique, qui peuvent se trouver dans le don dans certains papiers de Mediapart. Mais en fait, on se rend compte que dans Mediapart, si y a pas le même agenda, il n’y a pas la même manière de traiter l’information non plus. Il y a une place qui est faite aux reportages, à l’enquête beaucoup plus importante, une place laissée aussi justement, on en parlait à l’instant, mais aux universitaires, qui est beaucoup plus importante. Donc pour nous, en fait on ne peut pas, on ne peut pas les classer dans la même cour, simplement. Ils ont leur âge, leur position est quand même et intéressante. De plus, dans le champ journalistique, dans le paysage médiatique, ils ont une position, je dirais, à moitié dedans, à moitié à moitié dehors. Et il y a des enquêtes de Mediapart, tient, des papiers de Mediapart qui sont repris par exemple par les journalistes, par des journalistes mainstream sur France Inter. On peut en parler. Alors pas toutes les enquêtes. C’est ce que déplorent généralement des journalistes de Mediapart ou on va plus facilement reprendre sur BFM ou France Inter un papier sur les frasques de Jean-Michel Blanquer. Et bizarre que leur grosse enquête, par exemple sur l’affaire Claire qu’il a du point de vue de ce que ça représente politiquement et sur les liens aussi entre le monde politique, industriel, etc, est beaucoup plus édifiante. Mais il y a de la circulation quand ils sont pas, ils sont pas excommuniés, y sont, ils sont perçus comme respectables, mais pas trop non plus, et notamment à travers Quand on pense au traitement de la figure d’Edwy Plenel au moment du grand épisode de Grande Cabale contre la gauche au moment de la séquence islamo-gauchisme. Et Edwy Plenel a été ciblé de manière de manière assez spectaculaire dans les médias. Donc il y a une relation un peu ambivalente quoi, en fait. Mais ils sont aussi dominants par contre dans la sphère alternative. Donc voilà raison, ils ont une position un peu intermédiaire entre ces différences et différentes sphères quoi. C’est intéressant je pense. De deux, ça serait intéressant aussi d’en discuter, d’en discuter avec eux.
On a une petite vidéo de d' Edwy Plenel qui résume merveilleusement ça puisqu' il a accepté de dire il est dit de lui même abonnez vous au poste et à 12 h à partir de douze heures Et effectivement. Puis après il y a la question de la capitalisation aussi Et Mediapart est à contre courant du monde médiatique puisque Mediapart est largement bénéficiaire, ce qui donne aussi des ailes pour enquêter, pour partir en reportage, etc. Quand les autres tirent la langue. Alors à propos d'économie, on peut peut être rapidement parler du journalisme de classe. Donc moi au début je pensais que tu parlerais de la formation des journalistes qui est quand même aujourd’hui. Si Ruffin avait très bien raconté ça dans En son temps sur les écoles de journalisme, mais il y a quand même depuis une vingtaine d’années une uniformisation des journalistes. La plupart viennent finalement, viennent de Sciences Po, sont issus de classes moyennes, voire supérieures, et donc ça se retrouve aussi dans le traitement. Fatalement, quelques années plus tard, quand ils sont derrière le clavier, le stylo, la caméra, même s’il y a le mot d’indépendant qui rééquilibre un peu les choses, enfin bon, grosso modo, c’est quand même un combat déloyal. Mais en fait, dans le journalisme de classe, ce n’est pas celui- là, c’est le journalisme économique au fond, dont tu nous dis qu’il est, il est, il s’adonne à un bal, un merveilleux bal, celui de l’orthodoxie. Si j’ai bien lu ton livre.
C’est ça Mais c’est pas nouveau. Je pense que c’est évidemment que c’est pas nouveau. C’est sans doute l’aspect que Acrimed a le plus documenté dans son histoire depuis 95. Mais au delà évidemment des travaux du Monde diplomatique, les économistes à gages Halimi, Renaud Lambert, Le Lordon, évidemment, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup documenté. N’empêche que c’est un journalisme et c’est un journalisme évidemment hégémonique. Le 20, le le le journal Il y a un monopole de la pensée libérale néo dans le journalisme économique. C’est pas parce que ça fait évidemment 30 ans, 40 ans que ça dure, que ça, il ne faut pas le il faut pas le redire parce que c’est évidemment un affront absolument permanent au pluralisme et que par ailleurs, on savait. Rouillan savait tout simplement. Le débat. Alors là, je le dis et le redis, c’est vrai que depuis septembre, on a l’impression qu’il y a quand même des petites brèches où on a le droit quand même d' un tout petit peu discuter de la répartition de la valeur, de la répartition des richesses, des salaires, etc. Mais bon, voilà, c’est ça aussi. C’est aussi à dire que les médias ne sont évidemment pas poreux aux rapports de force est clair, il y a un rapport de force quand même depuis septembre qui est qui est un peu plus important que sur les cinq dernières années, dans le sens où déjà il y a des efforts. En premier lieu, il y a des mobilisations sociales fortes depuis septembre, que ce soit sur la question des salaires dans plein d’entreprises, mais, mais aussi, je le disais donc, la mobilisation sociale super forte sur la question de la réforme des retraites et aussi évidemment parce qu’il y a plus de députés de gauche à l’Assemblée. Donc en fait voilà, gentils, il y a un il y a un truc où ils baissent d’un ton pour le dire un peu vite, ils baissent d’un ton. Il y a des choses en fait qui se passent sur l'île, sur des plateaux depuis septembre qu’on aura jamais vu sur les cinq dernières années en fait. Un pour le dire, un pour le dire clairement. Mais évidemment, c’est un peu comme pour le journalisme de préfecture, pas le rapport de force, il est loin d'être, il est loin d'être d'être inversé dans le sens où il y a un verrouillage demeure un verrouillage en fait de l’information économique par le biais d’une poignée d éditorialistes, d’experts, d'économistes, pseudo économistes, consultants économiques, qui qui sont tous acquis à la pensée néolibérale et eux Et qui et qui impose ça dans les rédactions ? C’est vrai que l’on dit toujours c’est compliqué, par exemple dans l’audiovisuel, c’est même pas que c’est compliqué, c’est un c’est presque mission impossible. En tout cas, on met au défi de nous citer à un journaliste économique qui qui soit en poste salarié A, ou en tout cas qui dirige un service économique dans les médias, qui soit animé par une pensée hétérodoxe. Romaric Godin sur France Inter En fait, c’est pas possible. Romaric Godin qui dirige le centre, le service économie de France deux, je ne pense pas que ce soit possible. En fait ça n’existe pas. Donc soit ce qu’on dit.
Ça va même plus loin que ça. Pauline puisque je lis page 127 le 4 novembre 2021 BFM Business. Si quand même. Alors là, quand vous n’avez pas le moral, vous regardez BFM Business. Ah non, moi je trouve que c’est plaisant,pointu. Aussi, il y a un plaisir tordu. Bref, BFM Business se lance dans la campagne présidentielle avec l'émission Faire réussir la France en production avec. Le maire.
Le Medef ? Ah, c’est génial ! Je ne savais pas là, c’est extraordinaire !
Ah oui, oui, Marseille c’est le paroxysme Et ils se cachent même plus en fait. Mais quelque part, c’est une version un peu cynique de ce qui se pratique quand même ailleurs. Et là on parle de BFM Business. Mais il ne faut quand même pas oublier le service public parce que, par exemple, le service public fait un partenariat chaque année avec le Cercle des économistes pour les rencontres économiques d’Aix en Provence. Donc ce grand raout où évidemment les dirigeants du capitalisme se réunissent, il y a aussi, et c’est subventionné par sponsoriser, par des grandes banques, des grandes multinationales énergie, transports, luxe, automobile, etc. En fait, la porosité de l'élite journalistique avec le patronat et en l’occurrence le grand patronat n’est ni une surprise pour personne. Et là. C’est vrai que ce qu’on disait. Le fait que BFM fasse une émission en partenariat avec le Medef, ça pousse le bouchon vraiment le plus loin possible. Mais si ce n’est que ce n’est que le bout du bout de la chaîne quoi. Et donc c’est pour ça qu’on nous permet de titrer le grand patronat rédacteur en chef du PAF parce que bon, bah là oui, on a mal. Le Medef Qui ? Qui interroge en fait qui ? Qui est présent à travers les différents patrons et qui se permet d’interroger des candidats directement aux côtés de aux côtés de journalistes, ont ironisé en disant qu'évidemment la CGT n’a pas eu ce privilège de co-animer une émission sur BFM où des responsables syndicaux en feraient de même.
Et je vais te dire pourquoi j’ai lu ce passage, Pauline. Parce que, en fait, je ne te cache pas qu’une ou deux femmes ici au poste, mais le repas, c’est très particulier comme endroit. Mais on a fait des émissions, par exemple avant Sainte Soline, quand les gens des soulèvements de la Terre sont venus pour expliquer comment il fallait s’organiser, etc. Et ça m’a traversé l’esprit de me dire bon bah là je m’affranchir de toutes les règles, de toutes les règles, puisque c’est une coproduction, si tu veux, mais je le fais, je le fais volontiers parce que je considère qu' on fait de ce que les américains appellent l’activisme média en fait. Oui, mais je l’affiche, je ne le cache pas bien et j'étais très heureux de lire que BFM faisait la même chose mais sans tout à fait le dire, avec et avec des dehors très polis, très très très courtois. Mais je trouve que là on les prend la main dans le sac. Oui, c’est assez génial. C’est pour ça que je me suis permis de lire ce passage
Mais c’est des choses qui sont non-dites. Encore une fois, pour en revenir au service public, les informer de l'économie. Donc une émission de France Info le dimanche et co-animé par des gens du Cercle des économistes qui est un think tank libéral dont beaucoup sont proches d’Emmanuel Macron et dont certains ont contribué à la rédaction de son programme économique en 2017. Alors, si on s’est dit Ah, super, Le présentateur dit bonjour à vous êtes du cercle des économistes, mais point. Et sur la page internet de l'émission on peut voir cette émission est co-animé ou coproduit, a co-animé. Je crois plutôt avec eux qu’avec le cercle des économistes. Mais en fait voilà, c’est ça ne ça ne dit rien en fait. Deux des liens qui peuvent exister entre les directions éditoriales et ce cercle qui est quelque part omniprésent sans que ce soit vraiment précisé. Ce que ne manque pas de préciser, évidemment. A contrario, les journalistes quand ils reçoivent un écho. Ce militant de la relation journaliste militant, soit un économiste de gauche censure monde prend bien la peine de le de le préciser, ce qui est une manière évidemment de de marquer déjà symboliquement. L’invité en tout cas dans dans l’espace quoi. Et puis de si besoin de le disqualifier. Mais évidemment, on n’entendra jamais Nathalie Saint-Cricq, par exemple, marquer symboliquement un économiste de droite, puisque c’est naturel. L’idéologie n’a même pas besoin de se dire puisqu’elle est à l’idéologie dominante. Donc voilà. Par contre, Nathalie Saint-Cricq va dire aux auditeurs quand elle reçoit ou quand elle parle de Thomas Piketty, que quand même c’est un économiste qui est classé à gauche, il faut qu’elle fasse la guerre, il faut qu’elle fasse la réflexion. Et voilà, il y a plein de petits comme ça.
On en arrive au évidemment au chapitre qui m’a bien plu c’est celui sur le journalisme de préfecture. Alors j’ai pris trop de notes, je ne sais pas comment on va faire. Qu’est ce que c’est que le journalisme de préfecture ? Madame autrice de L’immédiat contre la gauche, paru chez Acrimed, Agone salariée de l’association Acrimed qui observe et critique les médias depuis 1996. C’est quoi le journalisme de préfecture ? Et pourquoi mérite t il autant de autant de travail de ta pages ? De concentration ?
Je commence par la deuxième question. Peut être parce que c’est, je pense, une des tendances les plus les plus notables des cinq dernières années, le renforcement du journalisme de préfecture donc. Et ouais, le petit en lien avec le durcissement autoritaire de l'État. Mais disons que c’est une tendance médiatique très très forte et qu’il fallait. Vraiment. Il fallait lui réserver un chapitre entier car pour le dire, on aura l’occasion de détailler. Parce qu’en plus ce n’est pas un journalisme qui se pratique qu’en période de mobilisation sociale évidemment. Et je pense spontanément aux quartiers populaires et à d’autres choses en réalité. Mais c’est aussi un journalisme qui est omniprésent. Qu’est ce que c’est ? C’est comment dire ce qu’on. Ce qu’on remarque, c’est le traitement biaisé en fait du du traitement de l’action de la police ou de toute autre action par laquelle se manifeste l’autorité de l'État. En gros, au cours des cinq dernières années, pour le dire ou pour le dire clairement, il y a eu très régulièrement des événements qui ont impliqué les forces de l’ordre et très régulièrement, leurs agissements ont fait l’agenda médiatique. Il y a eu la communication du gouvernement et de la police, des institutions coercitives sur ces événements et il y a eu d’autres, d’autres versions de ce qu’on appelle à chaque fois de l’autre côté de la matraque, qui sont entrées en concurrence et donc quasi systématiquement ou en tout cas de prime abord, le discours officiel et celui qui a, qui a reçu la faveur des médias dominants. C’est ça qu’on appelle le journalisme de préfecture. C’est un suivisme vis-à -vis de la communication de la police et des institutions coercitives. Et ce qu’on dit d’emblée, c’est que c’est évidemment un oxymore puisque, même si on le suppose que le journalisme implique de diversifier et de recouper ses sources. Alors on ne peut pas, on ne peut pas parler de journalisme de préfecture. Et pourtant c’est un travers absolument structurant dans le don, dans le traitement des actions, des actions de la police.
Quand tu parles, notamment du caractère incestueux des relations qu’il peut y avoir entre eux, entre les journalistes dits police et ou dit justice et leurs sources notamment. Page 170. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la prégnance de ce journalisme de préfecture qui abdique pour relayer la communication institutionnelle. Le premier concerne les conditions de production de l’information, les pratiques des journalistes et leur dépendance vis-à -vis de leurs sources. Le second a une certaine conception du métier comme partie prenante. Et ça, j’adore le maintien de l’ordre social. C’est à dire qu’en fait il y a l’explication matérielle et il y a l’explication idéologique, c’est à dire qu’en fait ils sont tout à fait d’accord pour être des auxiliaires de ce maintien de l’ordre social qui se maintient de plus en plus, on le sait, ici par la matraque, et que donc c’est pourquoi le journalisme de préfecture devient aussi aussi important à étudier que finalement le journalisme politique.
C’est exactement ça. C’est la combinaison de ces deux éléments. Et d’ailleurs, en exergue du chapitre, là, on cite une phrase qui est hyper illustrative de ça, de Elie Cohen et Gérard Grunberg au moment des gilets jaunes qui très très tôt, un dès le 7 décembre 2018, avait écrit C’est ainsi une citation qui avait été relevée par Serge Halimi dans Le Monde Diplo qui écrivent Les journalistes doivent se rappeler qu’ils ne sont pas de simples observateurs, mais qu’ils font partie des élites dont le rôle est aussi de préserver le pays du chaos. Donc là, c’est vraiment on est là dedans, dans cette danse, la manière dont ils se vivent et se perçoivent comme des élites dont le rôle est de contribuer au maintien de l’ordre et donc de tout faire pour eux, pour accompagner le symboliquement en tout cas par un par un
Alors ça, c’est Elie Cohen et Gérard Grunberg. Donc leur essai sur le blog Télos, je crois que ça s’appelle l’article s’appelle Les Gilets jaunes. 2.1 Double régression. C’est un article qui a été écrit le 7 décembre 2018. Est ce que vous voulez que je relise la citation ?
Non, non, Donc la citation c'était bon. C'était qui ? Qui dit ça ?
, Elie Cohen et Jean Grondin. Donc ça, c’est hyper. Ils ne font que mettre des mots sur ce qu' est la fonction qui est alors conscientisé chez certains, chez les éditocrates, si on va dire. La garde de l'élitocratie, la partie la plus éclairée, celle qui est la plus idéologisée, on va dire, est pour d’autres, et c’est inconscient. Mais en gros, ils savent que voilà, ils sont leur avis, ils s’auto investissent d’une manière complètement indue, mais dans ce rôle de gardien de l’ordre et donc y joue à ces moments là. En particulier en période de crise, que ce soit des élections, des crises sociales. Pendant le Quid aussi, il y a eu des exemples de journalisme de préfecture hyper intéressant à mentionner. Il s’octroie le statut d’acteur politique à part entière. En fait, et c’est bien ça qui qui est en jeu la donne dans dans le journalisme de préfecture.
Ça va parfois plus loin puisque là je vois que le tchat cite à demi Dominique Rizet, celui dont on a appris il n’y a pas longtemps, qu’il avait bénévolement animé le congrès d’un syndicat de police et du site de Dominique Rizet qui, dans un passage, "C’est à vous" raconte, raconte son immersion constante dans le monde policier. C’est donc du frisé qui parle. Je passe ma vie avec eux. Les gens du Raid, je les connais bien. Je vais tirer là bas. Les gens du GIGN, je les connais bien. C’est mon univers de travail. J’ai des potes magistrats qui viennent à la maison, des copains, il y a des flics, des gendarmes, des voyous et tout ça vient à la maison. C’est vrai que ouais, la maison est ouverte.
Mais en plus il le dit et de manière très tranquille. Et puis il pourra dire alors c'était pas deux semaines plus tard, il en était déjà quelques années plus tard, mais en plateau sur BFM, face à face, un gilet jaune qui lui qui critiquait le traitement belliqueux des manifestations. À part la chaîne, il pouvait dire très tranquillement Je pense qu’on est d’une objectivité et d’une impartialité totale.
Voilà et on connaissait par cœur.
Et cette personne, je veux dire, n’est pas du tout débarquée par la rédaction de BFM TV, c’est à dire qu’on le retrouve a été un pilier de la chaîne depuis A depuis des années et on le retrouve encore aujourd’hui là pour commenter. Il sévit encore aujourd’hui. C’est lui qui a. Il est aimé toute la journée ou pour commenter les événements de Sainte Soline, Il est consultant, police, consultant, police, justice. Bon. Il anime par ailleurs des amis, des émissions de faits divers. Il est. C’est vraiment le le journaliste chimiquement pur de préfecture quoi ? Un porte parole inconditionnel de la police. Là, on met un petit encadré sur Estive maniaque Anissa, puisque c’est quand même aussi un des un des trucs dont on s’est pas remis mais qui. Avait été un des premiers à dire, à soutenir que l’IGPN ne rendaient jamais des rapports de complaisance. Je cite Euh, voilà,il se plante tout le temps. C’est comme les journalistes économiques en fait, ils peuvent multiplier les erreurs et les analyses ratées, etc. Être pris dans les conflits d’intérêts les plus grossiers comme là est ce que tu viens de citer quoi ? L’animation à deux de deux dans un deux un ? J’ai cru que c'était invité chez Alliance pour faire un congrès.
Voilà ce que ça a sanctionné comme jamais en fait. leur légitimité leur le poids qu’ils occupent sur la chaîne. Parce que, encore une fois, Dominique qui est omniprésent sur sur BFM TV et donc sa cellule. Voilà, ça le fait pas tomber du tout de son piédestal, au contraire. Donc voilà, lui il est vraiment sincère. Ouais, c’est l’exemple chimiquement pur, avec évidemment des connivences, des liens, des liens très très forts avec toutes les strates en fait de la police.
Cela dit, il n’est pas le seul. Tu parles d’un certain nombre, notamment de ces journalistes qui font l'école non pas l'école de police, mais l'école des hautes études policiers, etc. Qui vont nouer des liens, des liens. Mais ça, à la limite, si c’est leur métier, de nouer des liens avec la hiérarchie policière, le ministère ou ou la base. Mais est ce que l’on comprend en lisant ton chapitre, c’est que c’est totalement toujours univoque et mono source. Alors il y a même et je retrouve pas la page, mais il y a même un journaliste assez génial qui dit qu’il a croisé ses sources et que quand on lui dit et il donne ses sources, alors c’est la police, la préfecture, le proc et qu’ensuite il se fait confirmer par le parquet, le parquet et tout ça. Tout ça c’est la même chose. Évidemment, c’est quatre personnes différentes, mais c’est exactement la même source en réalité. Et ça c’est sidérant. Ce passage là, il est absolument sidérant.
C’est ça. Et en plus, le pire c’est que ça c'était dans une émission dite réflexion, une émission avec la médiatrice et donc c'était sur France Info.Mais effectivement, elle disait c’est ça le parquet, la préfecture de police, des sources policières, syndicales et d’autres sources plus institutionnelles que nous allons ensuite corroborer avec le procureur ou la préfecture de police de Paris. Et en fait, c’est dit naturellement, c’est ça qu’il faut comprendre, c’est que, en fait, il ne faut pas aller chercher non plus, il ne faut pas sous idéologisé des fois le le phénomène. C’est à dire que quand on dit que c’est des pratiques qui se normalisent, qui se routinier, etc. C’est ça qui est important à comprendre. C’est à dire qu’il y a plus de réflexivité sur les pratiques qui sont entre soi et des choses qui, ouais, qui sont complètement fossilisées en fait dans la pratique du métier et que les journalistes n’interroge plus et qui fait que c’est exactement le même truc au moment de Dupont de Ligonnès ou le scoop du Parisien, il s'était défendu en disant mais on avait cinq sources différentes et en fait c'était cette source dans la police, mais y pensent qu’ils ont recoupé leurs sources, alors que là il y a un truc où vraiment ça.
Si ça il y a, il n’y a pas d’analyse critique des pratiques de ce métier et tout se fait tellement en entre soi qu’en fait. La question justement, c’est est ce que vous faites votre travail critique ? Il existe, il a, il a, il a son écho, Il est il est relié. Est ce que. Est ce que de temps en temps vous êtes amené à discuter avec ces gens là ? Est ce que vous savez s’ils vous écoutent ou s’il vous balaie d’un revers de la main, esquivant tout le monde ? Il y a des gens qui vous donnent des informations au sein des rédactions par exemple. Moi je le dis très clairement, comme dirait un ministre, je sais qu'à BFM, ça tous Dominique et Dominique Rizet, il ne fait pas l’unanimité si tu veux, parce que pour le coup, il est vraiment dans un truc idéologique. Donc voilà. Est ce que vous, vous avez un peu des retours de ce type là ou pas ?
, Non, Alors il y a plusieurs trucs, mais on sait qu’on est lu dans ce milieu. Après on n’a pas de retours, on est quand même non grata, hein. On va le dire très clairement dans le milieu, on a dû être invité dans les médias dominants à la fois onze ans, plus de 25 ans d’existence. Acrimed n’est pas autorisé, ne fait pas partie des organisations ni des personnalités autorisées à venir débattre de manière à on n’est pas, on n’est pas acceptable dans le dans le paysage, c’est tout à fait clair et et bon. Les quelques fois où on a parlé de nous, c’est pour nous traiter de complotiste, ce qui est, ce qui est quand même fort de café vu l’analyse matérialiste qu’on qu’on développe quoi. Donc c’est évidemment le discrédit, mais comme le coming discrédite, on en parlait un de ce qui leur paraît trop radical. Voilà, il y a une critique des médias qui est pas qui est pas acceptable et en l’occurrence on en fait partie. Après voilà, un peu honteux, on a, on discute avec les syndicats de deux journalistes notamment. On peut connaître il y 'a des journalistes évidemment qui sont à Acrimed étudiants en journalisme avec eux, avec lesquels on discute, mais on n’est pas. On a pas vraiment nos entrées non plus quoi. En revanche, on sait évidemment que ça tousse comme tu dis. Et que je pense spontanément à l’intervention de Nora Ahmadi sur BFM qui a reproché qui, je sais plus quand c'était exactement mais Justement. Où elle a expliqué. Mais attendez, vous n’avez recoupé aucune source et vous vous n’avez pas fait le travail Mais là, on voyait aussi l’incompréhension des gens qui hein ? Quand on regarde cette séquence, on voit l’incompréhension des gens qui sont autour d’elle. Et je pense que c’est qu’il y a quelque chose de sincère, c’est à dire qu’ils ne parlent pas le même langage à ce moment-là, c’est tout. Et ensuite le switch avec le présentateur, il comprend même pas ce qu’elle est en train de lui dire en fait. Tellement par ce par les pratiques dont on parlait tout à l’heure. En fait, les journalistes vouent une croyance aveugle dans les sources policières, dans la préfecture de procureur, etc. Croyance aveugle et il lui, il leur confère une objectivité de fait. Et ça c’est hyper important à comprendre parce que ça peut expliquer après tout le comment se met en route le journalisme de préfecture ici, c’est comment à un élément ? Il y a un exemple hyper parlant à mon avis, c’est Sainte Pauline. Le fait que le dispositif policier n’ait jamais été interrogé de manière vraiment importante par les journalistes et en particulier sur BFM, ça n’a pas été interrogé du tout. C’est à dire qu’on a télégraphié la communication de la préfecture, donc vraiment ce qu’on appelle la co-construction anticipée de la peur, qui est vraiment pour le coup une tendance très, très forte dans le traitement aujourd’hui des mobilisations sociales. Donc on a retranscrit la communication alarmiste de l'Élysée, de la préfecture des Deux-Sèvres, etc. On les a fait parler, on a complètement tricoté leurs éléments de langage, on en a fait des caisses, bandeaux, bandeaux, bandeaux. A plus à plus en pouvoir. Et dans tout ça, on n’a pas trouvé une seule seconde pour se poser la question qu’est ce que c’est que ces 3200 keufs qui protègent un trou ? Et en fait, c’est fondamental. Pourtant, je veux dire, tout journalistes, ils en font quelque chose. En fait, ils font de la question quelque chose de de partisan, ce qui ne devrait pas l'être. En fait, tout journaliste devrait pouvoir, dans son analyse prétendue de du maintien de l’ordre devrait pouvoir poser la question politique de ce maintien de l’ordre à ce moment là tel qu’il est fait. Et en fait ça n’a jamais été fait, ça a été dit comme un état de fait. Il y aura 3200 policiers parce que, à partir du moment où les forces de l’ordre et la préfecture ne sont pas considérées comme partie prenante du conflit, ce qu’elles sont en réalité, mais elles sont considérées comme extérieures au conflit, eh bien, la politisation, là, le traitement politique du maintien de l’ordre et la. Et la critique du dispositif policier est impossible.
Est ce que néanmoins, de la même manière que tu as noté tout à l’heure un fléchissement un petit peu sur dans le dans la couverture sociale et politique ces dernières semaines ? Est ce que néanmoins, tu ne trouves pas que depuis les gilets jaunes, il y a un rééquilibrage qui est encore retrait qui serait encore ? Faible, mais quand même une petite tendance ou la question par exemple des violences policières est abordée avec moins de retard qu’auparavant. Est ce que est ce que oui ou est ce que tu penses que c’est circonstanciel ? Et de toute façon la ligne de force préfectorale va perdurer et il n’y a pas grand chose à en attendre. Ou au contraire, est ce que tu penses qu’il y a des bémols à apporter ?
Je pense qu’il y a des bémols à apporter et que c’est un peu ce que tu disais avant un sur le sur. Sur ça, tout ça, je ne l’ai pas fait exprès en plus de jouer.
C'était pas grave.
Mais il y a des bémols à apporter et je pense que c’est important de les apporter. Même pas que pour le principe, mais parce qu’en fait ça rappelle que les médias sont un champ de lutte et que et qu’en fait il y a des rapports de force aussi dans dans les médias. Et donc là on ne va pas se raconter d’histoires dans le sens ou le journalisme de préfecture, et encore, une tendance beaucoup trop forte est dominante dans les rédactions. Quelque part, le coup de gueule est salutaire. Un de Nora Ahmadi, c’est bien, c’est bien que ça existe parce que c’est pas tous les quatre matins qu’on entend ça, mais en revanche, on ne peut que déplorer le fait qu il N’y a eu. Aucune preuve de questionnement. Le problème, c’est que voilà, le coup de gueule de Nora Ahmadi n’a pas eu tellement d’incidence sur la sur la ligne éditoriale. Mais ce qui est sûr, c’est que la question des violences policières est arrivée de manière beaucoup plus rapide. Elle a fait l’agenda de manière beaucoup plus rapide qu’au moment des gilets jaunes, ça c’est indéniable, puisque de toute façon, c’est simple au moment des Gilets jaunes Savigny deux mois, un mois, un mois et demi, deux mois avant, avant de percer l’agenda. Et c'était une impasse, évidemment. Éditorial volontaire, un des rédactions en chef puisque puisqu' on le détail dans le livre un mais un mais évidemment un des des journalistes de terrain rapportés des cas dont ils étaient eux mêmes victimes par ailleurs. Voilà, Donc là, la question a fait l’agenda beaucoup plus rapidement, mais parce que justement, il y a aussi toute tout le tout, le passif Gilets jaunes qui est là parce qu’il y a quand même toujours le deux, un travail vraiment très très fort qui est fait par les rédactions indépendantes sur cette question. Et puis parce que la vidéo et les réseaux sociaux et qu’il y a toujours autant de de de vidéo, est ce que nous on appelle vraiment l’autodéfense numérique ? Quoi de la part des manifestants ? Qui est qui filme, qui rapporte des cas ? Et c’est c’est en continu et que c’est au bout d’un moment c’est difficile de d’ignorer ça quoi. C’est difficile pour les rédactions en chef d’ignorer ça. Après, ce qu’on dit, c’est que voilà, c’est arrivé plus rapidement et c’est pas la garantie pour autant d’un traitement qualitatif, on va dire à la hauteur, loin de là, puisque y a beaucoup, beaucoup, beaucoup encore de symptômes justement du journalisme de préfecture qui hyper dur. Et sur la question des violences policières en l’occurrence, ce qu’on peut dire, c’est que, alors d’une part, il y a toujours un recours à l’euphémisation systématique, donc c’est vraiment les mots, pour ne pas dire les violences policières. Il y a, y compris sur BFM TV un, c’est Mediapart qui venu qui noter ça, mais des consignes éditoriales pour ne pas utiliser le mot violences policières mais là aussi un pour ne pas nuire aux bonnes relations avec les syndicats de flics. En gros, c’est ça le truc pour qu’ils puissent revenir sur les plateaux. Alors Mediapart disait dans une dans un jeu de concurrence avec Cnews où en gros, si on leur déplaît bien, ils viseront tout sur ses news, ils y sont déjà presque Mais Mais voilà, donc il y a des consignes. Mais il y en a aussi tout un, toute une. Comment dire, Toute une mise en récit journalistique qui est vraiment. Voilà qui témoigne du journalisme de préfecture. Donc c’est le mot. Les mots pour euphémiser et systématiquement pour pour, pour. Voilà, pour dépolitiser la question. Donc il y a bien plein d’expressions, des tournures passives aussi, que l'économie, comme on relève dans le livre, a donc les tournures passives classiques. C’est la manifestation a fait, a fait trois blessés. C’est ce genre de tournures là qui. Qui en fait invisibilise les forces de l’ordre ? Qui ? Qui fait disparaître leur surarmement ? Qui fait disparaître du coup leurs limites. L’inégalité des rapports de force entre les manifestants et des policiers surarmés. Donc voilà, ça s’enseigne. Et y a ça. Ça se lit beaucoup dans les mises en récit, dans le lexique qui est employé à Sainte Soline. C'était tout à fait spectaculaire. Le traitement par BFM, la l’information en continu, c'était l’information des autorités, point. C’est après peuvent revenir sur des éléments, ils peuvent donner la parole au tel ou tel. Mais l’information en continu à l’instant T, c’est l’information des autorités. Ça va être la lecture de communiqué de la presse, la lecture de note en direct, arrêt sur image a fait un gros travail aussi là dessus. Dominique lisait des notes, il les lit. Il n’y a aucune espèce d’intermédiaire journalistique qui intervient là. Il n’y en a aucune. La police fait l’information. Là, pour le coup, il n’y a pas. On ne peut pas le dire autrement, quoi. Et donc le lexique employé par les journalistes police, justice et celui de la police. On peut penser par exemple rien que le terme éléments radicaux qui est employé par des journalistes ou même casseurs quoi. Quelque part, c’est vraiment des mots qui sont rentrés, des expressions qui sont entrés dans le langage courant. Mais ça en fait, ça témoigne d’une d’une proximité et d’une reprise du lexique des termes policiers. Donc le lexique policier était celui de la police. Le cadrage des événements était celui de la police, la hiérarchisation aussi des événements, de la temporalité des événements. Pendant ce temps, c' était celui de la police, donc c’est vraiment une fabrication de l’info avec les sources, les sources, les sources. Coercitif, coercitif quoi. C’est hyper simple.
Bien sûr, c’est comme le reste du bouquin, un très bon chapitre, très précis. On peut dire que je connais un peu l’histoire et c’est très bien. J’ai appris des choses et c’est est ce que je n’ai pas appris ? C'était très bien raconté, je trouve, à analyser. As-tu écris notamment ? Les médias dominants semblent bien souvent naviguer à vue et démontrent jour après jour leur incapacité à tenir le rôle de contrepouvoir qui devrait être le leur. Je trouve que c’est singulièrement exact et véridique dans la question de la police, de la gestion de l’ordre, etc. Tu parles notamment abandonner de restaurer l’autorité, un crédit, un crédit, un credo éditorial. Néanmoins, après toutes ces gentilles choses là, si tu voulais me montrer quelque chose Pauline.
Non, non T’es sérieux ?
J’aimerais bien voir toutes les fiches que t’as, les trucs que t’as sous la main là, parce que tu comprends. Ça me demande de la concentration.
C’est sûr et établi puis parce que là, c’est le moment où on fatigue un peu et on commence à balancer des trucs, tu vois pas ? Alors je me permets un petit truc parce que là j’ai été un peu gêné. Page 199, tu cites une interview de Frédéric Péchenard, ancien grand patron de la police, conseiller régional d’Ile de France, vice -président LR aux côtés de Pécresse. C’est une interview page 199 Tiens, tu fais Péchenard et je fais Marc Fauvel. Tu l’as sous les yeux..
Frédéric Péchenard On considère que les gens qui viennent à Paris sont des manifestants pacifistes. Ce n’est pas vrai, ce sont des émeutiers, ce sont des délinquants. Tous.
Il y avait 10 000 personnes à Paris. Vous mettez tout le monde en garde à vue Je vois très bien cette interview. Donc Marc Fauvel, c’est le présentateur vedette des matinale de France Info et je pense que toi tu tu lis ça, me semble t il, comme une demande d’ordre de la part du journaliste. Moi je pense qu’au contraire il essaie de pousser dans sa logique complètement absurde puisque la réponse de Péchenard est absurde. Oui, je mets 10 000 personnes en garde à vue. C’est donc quasiment Impossible. Et là je me suis demandé si c'était pas un petit biais que vous pouvez parfois avoir à Acrimed. Ou finalement, il y a là la citation, elle est exacte aussi à la virgule près. Je veux dire ça vous êtes des bons, vous êtes des moines copistes, c’est parfait, il n’y a pas de fautes, mais parfois manque l’intonation.
Donc oui, oui, je vois ce que tu veux dire. Et là, probablement. En fait, qui y relève le côté absurde. Je pense que si on l’avait interrogé, il aurait dit mais je je voulais lui faire remarquer que c'était absurde. Mais en fait, quelque part, un peu importe, dans le sens où il y a ça qui dit en fait, il y a ce qu’il ne dit pas surtout, et que c’est quand même dans un moment où, en particulier sur France Info, c’est ce qu’on dit, trois jours plus tard, il y avait le responsable des forces antiterroristes, Sentinelle. Donc c’est quand même des choix éditoriaux que de faire venir ces gens. C'était dans un moment où c’est ce qu’on disait dans le bouquin et c’est difficile de restituer en réalité le torrent réactionnaire que ça a été et les appels à la répression qui ont pu être passés dans les médias à ce moment-là. Donc c’est vrai que là, il pouvait peut être y avoir un mais, mais on ne peut pas non plus dire que cette petite citation là est très explicite et que et que c’est très frontal. Voyez, on y se donne. L’illusion d'être fait. Et je ne peux pas faire le BFM d’Acrimed, mais selon des sources alentour, j’ai eu Pauline Perrin au téléphone, j’ai eu ensuite Henri Malherbe, j’ai eu les gens de l’association, je suis allé voir le site. mais en plus je suis d’accord avec toi sur sur six, sur sept ans six là il y avait certainement une tonalité. Oui ou en gros il y montre que son propos est absurde.
Mais est ce que je peux me permettre de dire ça ? C’est parce que est ce que je te interromps ? C’est parce que si c’est difficile, je trouve la critique médiatique parce qu’il y a à la fois les faits et l’intention et tout ce que tu dis, la préparation des esprits, la fabrication anticipée de la peur, que tu connais, que tu démontres très très bien. Il n’y a pas de ça, il n’y a pas de souci. Mais ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas une science exacte. Et donc, ici ou là, je vous soutiens. Est ce que si ce n’est pas ça, ne force pas un peu trop le trait pour rentrer ?
Oui, mais après peut être que oui ça force le trait
Voilà, il y a les Informés, c’est du délire.
On a encouragé l’usage de drones et un durcissement de la doctrine du maintien de l’ordre, ça paraît une évidence, une nécessité même. Il y a tout un là aussi, tout un verbatim des émissions. Il fallait interdire les manifestations. Valeurs actuelles était d’accord avec eux, avec le directeur de la rédaction parisienne de Ouest-France. Donc, il y a eu un consensus à un moment, là, à ce moment-là, entre le cercle de la raison traditionnelle, l’extrême centre, on l’appelle comme on veut et et l’extrême droite quoi, qui était tout à fait nette sur le maintien de l’ordre.
Donc ton livre se termine sur….on va laisser la surprise à la presse face au péril rouge. Il y a là une conclusion qui qui qui apporte surtout des questions, qui sont évidemment des questions absolument centrales sur est ce qu’il faut y aller ou pas ? Est ce qu’il faut parler à ces médias dominants, les militants, les politiques, les associatifs, etc. Je laisse, je laisse les gens lire, lire, lire. Ça le cerveau, ça ne sait pas. Parce que, en général, un éditeur, il aurait mis ça avant. Quoi qu’il en soit, Chaloux, si vous voulez vous démerder. Les médias contre la gauche ? Et tu parles à un moment donné et après on prendra deux ou trois questions. Tu parles des tiers du tiers secteur ? C’est quoi ça le tiers secteur ? Prends ton temps, prends ton temps. Attends, je vais lire des passages. Comme ça où tu souffle La réappropriation démocratique des médias devra s’appuyer sur des médias du tiers secteur dont la défense et le recensement devrait être le troisième pilier de la politisation de la question médiatique. C’est quoi les médias du tiers secteur ? Est ce que c’est un média du tiers secteur ?
C’est oui, c’est les médias indépendants, les médias dont on parlait tout à l’heure, que la seule alternative après, c’est une aussi une vieille question. C’est des idées, c’est aussi des propositions qui sont toujours et actuellement d’ailleurs en chantier, dont Acrimed, c’est à dire que c’est un com com comme les autres, quand est ce qu’on est pris dans des trucs d’actualité ? Et là on s’est dit qu’il fallait quand même. On bétonne beaucoup plus le chantier des propositions. Il y a différents adhérents et adhérentes qui travaillent sur un, sur un, sur des pans différents de propositions, que ce soit le service public, les aides à la presse, évidemment, la concentration capitalistique des médias, le statut juridique des rédactions, etc, etc. Mais en gros, ces deux de penser, c’est évidemment quand on réfléchit à une transformation radicale des médias, c’est de penser une place autre qu’elle a que ce qu’elle est aujourd’hui pour les et pour les médias alternatifs qui pour nous, et c’est presque classique de le dire, mais un mais c’est tellement pas dit dans les médias dominants que ça mérite toujours d'être rappelé. C’est eux les vrais visages du pluralisme, parce que c’est là où on trouve d’autres agendas. Voilà qui je dis on. Il y a une pression nettement moindre au pouvoir politique des contraintes commerciales. Alors qui c’est qui s’exerce ? Parce que ce n’est pas il y a les modèles économiques qui sont fragiles, mais les voilà sur la pente. Par exemple, il y a bien, il n’y a pas le même type de contrainte et de pression commerciale qu’il peut y avoir dans les médias dominants ultra dépendants des recettes publicitaires pour la télé en tout cas, qui est pratiquement leur modèle économique. Et c’est quasiment quasiment que ça. Quoi, une télé privée ? Donc voilà, c’est vraiment devenu de lui. Ils ont d’autres agendas. Voilà. Ils ont moins de pression économique, politique, ils font intervenir d’autres visages, d’autres chercheurs, mais aussi un militant, Et c’est vraiment la respiration, en fait, elle est là. Elle est évidemment dans quelques brèches qui existent dans les et dans les grands médias, mais vraiment en termes, y compris de pratique journalistique. C’est là que ça innove. Quoi le plus sur les sur les formats ? Il y a évidemment l’enquête et le reportage. On en parlait tout à l’heure, mais il y a aussi d’autres, d’autres d’autres formats. Donc il faut leur donner leur cœur et leur énergie.
Alors parce que là, il faut, il faut être clair. Tu dis quand tu parles de tiers, de tiers secteur ou de médias indépendants. C’est induit que tu parles de médias de gauche. Est ce que. Est ce que cette logique vaut aussi pour des médias d’extrême droite, indépendants eux mêmes ?
C’est une vaste question parce que effectivement, il y a des médias d’extrême droite indépendants. Après. La question à débattre, c’est aussi et aussi sur ce qui est, ce qui n’est pas forcément clair à Acrimed, mais c’est sur les aides à la presse, pour la refonte des aides à la presse du parti et à ses journaux. Alors après tu vois quels critères tu mets ? Parce que là on pourrait penser que ce qui est déjà le cas théoriquement dans les chartes, y compris du ça, que des incitations à la haine, appels à la discrimination, religion, etc. Et bien le sept sept, ça ne devrait pas exister. C’est dans les chartes du seize. Et pourtant dire c’est foulé aux pieds systématiquement, c’est nul, c’est mieux. Appuyer, évidemment, embaucher et montrer Cnews un peu, faire une antenne en prime time avec Renaud Camus, un grand penseur entre guillemets du Grand Remplacement, sans que ça pose problème, sans que ça pose de problème. En tout cas, la chaîne émet toujours pas. Donc voilà, il faut, il faut repenser ça. Je m’avancerai pas plus que ça
Je veux surtout pas te piéger par rapport à ça. Je trouve que c’est une question qu’on doit se poser quand même.
Absolument. Alors après, on peut évidemment dire que la pensée d’extrême droite, on en a parlé pendant presque 1h tout à l’heure, elle est là, elle est en ligne quasiment. On peut la trouver en une tous les jours. Donc voilà, ce ne sont pas des gens qui leurs idées sont sont quand même largement répercutées. Cela dit, rien ne vont dire la même chose en disant que si les médias sont à la solde de l’extrême gauche des mots, ce n’est plus possible de les entendre râler
Mais c’est quand même des questions qu’on doit se poser à propos de questions. Plus personne ne s'étonne du fait que par rapport à ce que tu leur a dit, ce que tu viens de nous dire, demande s’il y a un code de déontologie qui normalement devrait empêcher certaines collaborations dont on a parlé, que ce soit économique, que ce soient policières. Est ce que la déontologie journalistique te semble être un point important à renforcer ou est ce que ce n’est pas le propos ?
Non, pour nous, ces valeurs, ce n’est pas le propos. En tout cas, nous on est davantage sur des propositions radicales, pas pour le coup. C’est pas dans le sens moral quoi, mais dans le sens où ça va à la racine. En fait, on le lit, le paysage est éteint, le paysage de l’information est tellement miné, les biais sont tellement structurels. Et puis, l’extrême droite peut très bien dire c’est tous des gauchistes dans les médias, ça résiste. Pas une seule seconde à l’observation empirique en face de ce qui se passe. Et c’est aussi un des avantages d’exprimer dans deux le quantifiés de de mettre en lumière ça. Donc on pourra pas se faire mettre en défaut là dessus. Mais c’est tellement voilà, c’est tellement miné, c’est un paysage qui est tellement verrouillé, hiérarchisé, si durement hiérarchisé, précarisé, qu’en fait on y arrivera pas nous c’est ce qu’on défend en tout cas, c’est ce qu’on dit, on n’y arrivera pas avec des réformettes et on n’y arrivera pas sur des questions de déontologie. Parce que. Parce qu’en fait, les codes, les chartes, elles existent déjà et qu’en fait, comment dire ça ? Et ça n’a aucune espèce d’incidence que, sur les pratiques des journalistes. Donc c’est pas ça qu’il faut, c’est pas ça qu’il faut bouleverser, c’est les structures qui encadrent la production de l’information, la propriété privée des moyens d’information. Effectivement, on ne coupera pas non plus d’une réflexion sur le recrutement social des journalistes, tu le mentionnais tout à l’heure, mais c’est quand même un élément indispensable à la fois évidemment un nivellement de la profession par le haut, parce que c’est recruter évidemment parmi les classes favorisées, mais aussi une réflexion sur comment sont formés les journalistes, parce qu’il y a beaucoup de choses qui viennent de là aussi à chaque fois, je cite ce documentaire mais qui pour moi est très très bon et de deux réalisateurs qui s’appellent en formation, le documentaire où on voit comment alors évidemment ils disent que c’est pas exhaustif, etc. Mais le petit monstre est assez édifiant pour être discuté et pour avis qui devrait être interrogé. Il montre comment sont sont sont formés les sont formés les journalistes comment les. Comment les écoles, en fait, préparent les étudiants aux contraintes à venir et donc vont en gros les faire consentir. Aux mécanismes qui les conduisent pourtant à la mal information. Pas pour le dire vite, mais c’est très très et très très marquant dans le film. Et ce qui est marquant aussi, c’est là le poids de la technique sur le fond. Et on voit comment justement le journalisme est un peu vidé de sa substance. C’est à dire qu’on privilégie encore une fois une web, une formation techniciste où on doit maîtriser, bien poser sa voix pour l’audiovisuel, bien faire les trucs technico techniques et que et dans la préparation des étudiants, on voit à quel point en fait, les sujets sont vidés de leur sens au fur et à mesure. C’est à dire que plus ils répètent, etc. Et on se dit à un moment mais est ce qui sait encore ce qu’il est en train de raconter et qui pourrait quelque part être en train de parler de ce dont il parle ou de quelque chose d’autre ? En fait, ce serait pareil. Le fond disparaît et il y a une dépolitisation très forte, très forte de l’information. Là, c’est tout un chapitre aussi important dans le dans le dans le bouquin et notamment qui explique la dépolitise, la dépolitisation de l’information sociale et la disparition de l’enquête sociale dans les médias, qu’il y a beaucoup de choses, mais aussi au profil des journalistes.
Absolument. Et j’avais noté c’est ce que tu as cité plus haut, c’est bien, mais où tu te racontes ? Attends ces médias de masse sur ces 34 journées page 154. J’avais noté ça et je trouvais que c'était une belle, un beau résumé. Ah mince alors, Est ce que c’est un média de riche pauvreté ? Du journalisme social ?
Oui c’est ça, non classé. Ce chapitre, il est consacré on va dire, à montrer que, à travers la sélection de tout un tas de sujets, c’est montrer le prisme de classe qu’il y a dans les médias qui ont un tropisme pour les intérêts et les préoccupations des classes dominantes, c’est à dire qui vont plus facilement parler de gens, pas forcément plus facilement parler même de la météo des neiges, Les publicités pour les Rolls-Royce. C’est ce qu’on dit quoi. La fascination pour les familles royales, les conseils de luxe dans la presse pour la Saint-Valentin, les reportages sur les destinations les plus flamboyantes, les rubriques d’optimisation fiscale passionnante sur France info. Tout ça, ça s’adresse quand même à un certain public et pas et évidemment pas à tout le monde. Donc voilà, tendance rapide, c’est un peu de ça dont il est question. Là, la représentation tout à fait inégalitaire en fait de vue du paysage social et des classes sociales, en particulier dans dans l’audiovisuel, comment les médias en fait, défigurent le réel de ce point de vue là. Et, et effectivement, il y a un passage sur le journalisme social dont on dit qu’il est une espèce en voie de disparition. Peut être que le passage auquel tu penses là, c’est page 161. Où on revient sur une étude de Sandrine Lévêque et elle montre en fait comment pense une politiste. Elle montre comment l’engagement militant pour la classe ouvrière En gros, au départ, au début du XXᵉ siècle, cet engagement militant dont politiques et syndicales étaient pas du tout, pas du tout un tabou en fait, et qui était même un principe intrinsèquement lié, dit elle, à la légitimation du groupe professionnel des journalistes sociaux. Et puis elle explique comment, au fil des années, à mesure qu’il y a évidemment militantisme, référence au mouvement ouvrier, tout ça a disparu. Comment aussi, la société s’est dépolitisée. A l'époque du il n’y a plus de il n’y a plus de classes sociales, etc. Comment, en fait, ce profil professionnel s’est complètement remodelé et comment justement l’engagement, ne serait ce que l’engagement syndical en fait, a fini par devenir un obstacle en fait, à la supposée neutralité, la subjectivité, la supposée objectivité du métier et que et qu'à cela aussi s’est substituée encore une fois une une, comment dire, une une vision très techniciste du métier. Et puis alors avec un aussi, comment dire ? Une emprise de l'économie et de sa vision orthodoxe sur sur le sur le social quoi.
Très très rapidement Pauline, si tu veux bien des questions rapides, il y a du style simple curiosité. Est ce qu’il est aussi question dans le livre de Quotidien ? Dans les exemples cités ? Parce que certains traitements dernièrement sont dignes du journalisme de préfecture ?
Ouais, on parle de Quotidien. Notamment, on épingle leur reportage sensationnaliste sur On a passé 24 h avec Élisabeth Borne à ce journalisme. Le mélange des genres, en fait, on en parle au moment du mélange des genres info time business.
On te demande en changeant le titre du livre par les médias contre nous, est ce que le propos pourrait être accaparé en l'état par l’extrême droite pour alimenter leur idéologie antisystème ? Est ce que si le titre était les médias contre nous ? Est ce qu’une partie de ce que tu dis en fait, pour être utilisé par l’extrême droite pour dire on n’a pas voix au chapitre ?
Alors si c’est compliqué parce que du coup, toute la partie sur la manière dont est légitimée l’extrême droite, évidemment, ils pourraient pas se réapproprier un gros morceau.
C’est bête, mais parce que je sais, on est régulièrement aussi, on se fait régulièrement critiquer, critiquer là dessus. Donc oui, il y a des choses que que peut, y a une critique d’extrême droite des médias d’ailleurs. Et puis elles y sont souvent. En plus ils ont cette posture de un peu citadelle assiégée qui est en déphasage avec la réalité de la banalisation qui a été effectuée par par les plus grandes vedettes du journalisme par ailleurs donc. Mais oui, y a des il y a eu, il y a une critique qui existe après nous. Euh, c’est ça me paraît compliqué. Ou alors il faudrait vraiment segmenter. C’est sûr que je pense par exemple à un truc de connivence
Moi je répondrais à cette question qui est légitime, qui est bonne et que effectivement on doit toujours se demander si on n’est pas en train de nourrir la bête. Si quand même, c’est l’horizon et c’est la perspective que tu décides, si c'était diamétralement opposé. Et donc donc sans nuire, on ne va pas censurer parce que voilà. Mais c’est vrai que y' aurait, un travail à faire aussi sur la critique médiatique, par une part par là, par l’extrême droite, C’est venu un peu par la nouvelle droite. Ils ont depuis quelques années des dissidents. Mais bon, tu sens que ce n’est pas leur affaire, c’est surtout les gens qui disent du mal de l’extrême droite, c’est eux qui vous disent quoi ?
C’est une critique extrêmement idéologisée, donc nous, c’est ce qu’on dit, on a évidemment, on dit pas qu’on n’a pas une critique politique, mais c’est pas une politique partisane déjà, mais c’est nous, et évidemment c’est pas la même perspective. Et puis c’est pas, c’est pas du tout les mêmes valeurs, les mêmes. Ouais, les mêmes, la même, la même forme de critique quoi, par exemple ce n,'est pas du tout matérialiste quoi. Les pratiques des journalistes, la fabrique de l’information, tout ça ne vient pas de ça. C’est vrai que ça n’a rien à voir quoi. Et puis on peut pas fragmenter un travail qu’on ne peut pas fragmenter. Acrimed On peut pas bien sûr faire abstraction de tout, de tout le travail qu’on a fait, notamment sur Zemmour et sur et sur Le Pen plus particulièrement
Alors il y a encore plein de questions, En quoi son système nuit à la pluralité de l’information ? Quid des médias étrangers ? Sont-ils d’une quelconque utilité pour rééquilibrer l’opinion ? Et puis plein de mercis
Un grand merci aussi Ah oui, deux petits trucs si je peux. Pour finir, je t’en prie, si il y a des questions, faut pas hésiter à écrire sur Acrimed, on peut continuer les échanges
Merci, Merci beaucoup Pauline. Bonne journée.
Merci à tout le monde.
