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Les médias indés peuvent-ils sauver l’info ?

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Voilà, on est là,soyez sympas, approchez-vous ! Soyez sympas !
Jérémy Ciepielewski
Merci beaucoup aux présents ici et en ligne. On remercie directement David Dufresne pour la retransmission sur auposte. Très rapidement, je suis Jérémy Ciepielewski, je suis le secrétaire général adjoint de l’association Un Bout des médias. Un Bout des médias qui a été fondé par Julia Cagé, qui lutte pour l’indépendance des médias et pour aussi les médias indépendants, deux choses dont on pourra parler aussi pendant cette table ronde et tout au long de cette semaine. Tout au long de cette semaine, se déroule l’université de printemps. On avait fait l’Université d’automne, on changeait de saison à chaque fois, tous les ans, pour pouvoir proposer une série d'événements, de tables rondes, d’ateliers. Adélaïde, qui est à côté de moi, vous parlera des événements qui auront lieu tout au long de la semaine. Ce sont des événements qui sont super les uns les autres. Vous verrez à la présentation, mais je vous invite à prendre votre billet. On est très heureux d’accueillir cette table ronde qui sera animée par Marine Doux, qui a un studio qui s’appelle Médiane et qui travaille notamment avec les différentes rédactions qui les accompagnent dans leur stratégie de développement, entre autres. Mais je pourrais lui laisser l’expliquer mieux que moi. Un grand merci, j’en profite, en plus c’est en live donc tu pourras prendre le message, pour remercier Adélaïde qui est à côté de moi, qui est volontaire en service civique chez Un Bout des Médias. qui fait un travail, et on va me dire, c’est juste gentil de le dire, mais non, ce n’est pas juste gentil de le dire, extraordinaire, qu’on peut déjà applaudir. Et comme ça, elle est déjà un peu mal à l’aise pour pouvoir prendre la parole juste après. Donc vraiment, c’est très sympa de ma part. Merci beaucoup Adélaïde, c’est à toi.
Adélaïde
Donc Adélaïde, j’ai déjà été présentée par Jérémy. Je fais partie de l’association et donc j’ai eu le plaisir d’organiser cette université de printemps pour un bout des médias. Ce soir, on ouvre l’université de printemps avec une table ronde sur les journalistes des internets. Pour expliquer un peu le choix de cette thématique, je vais commencer par revenir sur le choix du pluriel pour les mots journalisme et internet. Il y a des journalistes parce que le web permet aux journalistes d’explorer des nouvelles façons de faire leur métier et de réinventer. les codes journalistiques. Donc, on pourra en parler ce soir avec nos invités. Il y a aussi des intérêts parce qu’aujourd’hui, la promesse d’un Internet unique et horizontal dans lequel nous serions tous et toutes égales et égaux, ça paraît un peu éloigné de la réalité, particulièrement dans un contexte de broligarchie. Et je reprends là le terme de la québécoise Martine Delvaux. C’est-à-dire un petit groupe d’hommes qui gravite dans les mêmes cercles ou des frères, pour traduire littéralement, qui détiennent le pouvoir. Cette oligarchie a entre ses mains des médiums aussi puissants que les réseaux sociaux, par lesquels on passe beaucoup pour s’informer. C'était également en ligne ce soir que cet événement se tient. On nous regarde depuis le live au poste et on remercie de nouveau David Dufresne pour ça. Internet, c’est un espace vaste, mais il est aussi fragmenté par régions du monde, par plateformes et par algorithmes, ce qui produit de l’instabilité. Pour y exister durablement, et nos chers invités nous l’expliquent quand on a un média indépendant, c' est nécessaire d’y développer des stratégies, notamment d’un point de vue économique.Les journalistes des internets, c' est donc l’articulation entre ces nouvelles pratiques et leur existence dans un espace complexe. On a la chance, pour explorer ce soir ces thématiques, d'être avec Léa Chamboncel, David Dufresne, Loup Espargilière et Marine Doux pour la modération de la table. Je tiens évidemment tous les quatre à vous remercier d'être avec nous ce soir et d’ouvrir l’Université de Printemps. Et je remercie évidemment aussi le public qui est là ce soir avec nous à Césure et celles et ceux qui sont en ligne. Vous pouvez nous retrouver tous les soirs jusqu'à dimanche, tous les jours jusqu'à dimanche. Dans divers lieux à Paris, on est aussi deux autres fois à Césure. Jeudi soir, on a une table ronde sur la réforme de l’audiovisuel public, un sujet plus que d’actualité. Et samedi également pour un atelier Fanzine. Toutes les autres infos sont disponibles sur notre programme, sur nos réseaux sociaux, sur le site. Il y a aussi à l’entrée de la salle le programme en affiche. Et merci beaucoup. Je vais passer la parole à Marine Doux et nos invités vont nous rejoindre sur scène.
Jérémy Ciepielewski,
Sous vos applaudissements, le temps qu’on puisse faire la transition
Marine Doux
Bonjour à toutes et tous, un grand merci à un bout des médias d’organiser cet événement et cette série d'événements, même cette semaine. C’est essentiel d’avoir ces temps-là ensemble, en présentiel mais aussi en ligne, grâce à David ce soir. Je suis très heureuse d'être avec vous tout simplement parce que je pense qu’on est dans un moment assez particulier d’un point de vue politique, d’un point de vue économique. Je pense que je n’ai pas à vous convaincre ici de l’importance, de l’indépendance. des médias, mais on va clairement pouvoir en parler ce soir. Donc comme Adelaide vous le disait, moi j’ai lancé il y a cinq ans un média, un studio et un réseau qui s’appelle Médian, avec une équipe désormais de 15 personnes.On travaille avec des médias indépendants mais également avec des médias traditionnels et on cherche à renforcer ce journalisme indépendant. La particularité ce soir c’est que je suis beaucoup le travail de mes trois invités, donc j’ai beaucoup de plaisir à les avoir. À ma gauche, nous avons Léa Chamboncel, qui a créé Popol, un média féministe, il y a moins de 5 ans. Vous allez voir, en fait, la particularité des trois invitées, c’est que non seulement ils sont journalistes, mais il y en a un ou deux que j' ai remarqués en préparant la table. C’est trois médias qui se sont lancés, finalement, il y à moins de cinq ans. C' est particulier et c' est intéressant. Ils faisaient déjà beaucoup de choses avant, ils auront peut-être l’occasion d’y revenir, mais c’est un élément important à avoir en tête, notamment dans notre façon de changer les formats, de changer la façon dont on fait du journalisme. Juste à côté de moi, nous avons Loup Espargilière, qui a créé Vert, qui est un média sur l'écologie, également, qui vient de fêter ses 5 ans. La particularité, c'était que je travaillais également avec Loup. Donc en toute transparence, vous pouvez avoir ces informations et ces détails sur notre site et David Dufresne, qui a également créé un projet qui s’appelle auposte, que je pense que la plupart d’entre vous ici connaissent également, mais notamment pour les personnes qui nous suivent en ligne. Donc un grand merci à vous. Je vais bien sûr vous laisser l’occasion d’entrer un petit peu plus dans les détails de vos biographies et références. Je vous en prie, mais j’avais envie de lancer cette table ronde. On va avoir un temps pour les questions et les réponses à la fin. Donc n’hésitez pas à les noter. On pourra en parler ensemble. On va s’intéresser à trois sujets aujourd’hui à travers cette thématique. Le premier sujet qu’on va aborder, c’est pourquoi en fait nos trois invités ont lancé ces médias, ont lancé ces formats, pourquoi elles l’ont fait. On va parler du lien avec l’audience parce que vous allez voir qu’en termes de modèle éditorial et économique, ils ont tous les trois réussi à créer des formats passionnants innovants qui changent réellement la façon dont on fait l’information mais également la façon dans laquelle on se pense en société. Et le dernier point sera la question de l’indépendance, l’indépendance éditoriale, Indépendance économique, mais aussi l’indépendance technique par rapport aux plateformes, parce qu’il ne suffit pas d'être financé par les publics pour être indépendants. Ça pose beaucoup de questions en matière de stabilité, de précarité, et on reviendra également là-dessus. Donc pour ouvrir cette table au monde avec une vaste vaste question, pourquoi vous avez souhaité lancer ou le Média, ou Informa en particulier, mais dans les trois cas, je pense que vous répondez réellement à un problème. Et j’ai envie de commencer par ma gauche, Léa.
Léa Chamboncel
C’est toujours bien de commencer à gauche. De toute façon, tu n’avais pas trop le choix, tu ne pouvais pas vraiment commencer à droite. Bonsoir à toutes et à tous, merci beaucoup à Un ou des médias d’organiser cette rencontre et cette université de printemps. Il n’y a plus de saison, mais bon quand même, le printemps est important. Très contente de pouvoir partager aussi cette discussion avec vous. Merci Marine pour les modérations et l’animation. Voilà, c'était bon, ça c’est fait. Je dois partir un peu avant, donc les remerciements, tout ça, bref. Pourquoi j’ai fondé Popol ? T’as parlé de problèmes, moi j’avais plus envie de parler de besoin en fait. Si j' ai fondé Popol, c’est pour répondre à un besoin que j' avais identifié. En fait, moi auparavant, j'étais, j' ai toujours gravité dans la sphère politique. Je suis un peu une geek de la politique. C’est un truc assez étrange. Je sais que ça peut surprendre un certain nombre de gens, mais on ne juge pas. Moi, c' est Popol. il se trouve que du coup je gravitait beaucoup dans le monde politique, j’ai bossé en ambassade, j ai bossé en cabinet d’affaires publiques, c’est horrible, mais ça m’a vraiment permis de comprendre un peu l’envers du décor et je vous avoue c' est pas Jojo et du coup j’avais envie moi avec toute cette expérience de vraiment apporter des clés de compréhension de c’est quoi la politique et pourquoi en fait c' important que chacun chacune. se sentent concernés et s’en saisissent dans la mesure du possible dans une démocratie dite représentative. Je m’explique. Vous avez compris que parfois, on nous l’a fait un peu à l’envers et que c’est d’autant plus facile de nous la faire à l’envers si on n’est pas sensibilisé, si on est pas au courant et si on se mobilise pas. Donc la volonté de Popol, à la base, c'était d’une part de vulgariser la politique pour la rendre plus accessible, et quand je dis vulgarisé, C’est vraiment dans le meilleur sens du terme. Moi, j’ai aucun problème avec les choses vulgaires, mais vraiment pour la rendre très accessible et expliquer quelque chose qui, à mon sens, devrait être un acquis, en fait, pour chacun et chacune pour comprendre un peu comment fonctionnent nos institutions et comment on gravite dans ce monde aujourd’hui. Ce que je constate, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à la politique. On n’arrête pas de dire que les gens ne s’y intéressent pas, mais c' est faux. C’est juste qu’en fait, plus il y a d’opacité, plus y a de difficultés à comprendre et plus ça arrange celles et ceux qui dominent en fait le système actuel. Du coup, il y avait cette première volonté. Et un autre élément qui était assez important pour moi aussi, c’est que, ben voilà, je suis une femme. Lorsque j’ai débarqué en politique, j'étais une jeune femme d’une classe sociale pas forcément des plus habituels dans ces milieux là. Et il y avait un énorme enjeu de légitimité. Je sentais que j'étais vraiment pas à ma place et en fait moi j’avais besoin et envie de dire aux personnes qui s’intéressent à la politique mais qui n’osent pas parce que des personnes socialement dominées pour la plupart qu’on cherche à exclure justement de la prise de décision mais aussi ne serait-ce que de l’accès à l’information sur ces décisions et comment elles sont prises j’ai envie de leur dire en fait si vous avez toutes et tous le droit d’avoir un avis sur la politique parce que la politique c’est ce qui régit vos vies au quotidien Donc voilà. Peu importe, pas besoin d’avoir fait Sciences Po, je sais qu’on est dans une université ici plus ou moins, mais pas besoin de l’avoir été à l'école en fait, on s’en fout, pas besoin d’avoir quelques backgrounds sociales, culturels, académiques qui soient, il faut que vous puissiez vous sentir légitime pour faire de la politique votre affaire aussi. Et donc, assez naturellement, en fait je me suis tournée vers un média, je voulais tester un format. pour voir si ça changeait aussi notre rapport à la politique, la façon d’en parler. Donc en fait, j’ai lancé un média en non-mixité choisie, donc avec des femmes et une minorité de gens, et un média participatif. C’est-à-dire qu’au tout début, Popol, quand j’y ai lancée en 2020, c'était juste un podcast, c'était pas encore un média, et je faisais des appels à participation sur les réseaux sociaux, et j'écrivais juste genre, voilà, tu es une meuf, tu veux parler de politique, Vas-y, écris-moi. et je reçois des messages de plein de personnes qui étaient là « Ah ok, c’est quoi ? » Je dis « bah bien, juste samedi matin on se fait une visio et après je publie un podcast. » Et là j’ai eu des centaines en fait de personnes qui sont intervenues sur le podcast pour parler de politique, pour parler des sujets assez techniques même parfois et des personnes qui ne ressemblent pas à celles qu’on voit sur les plateaux de télé habituels qui prétendent avoir la science infuse en politique et la connaissance absolue. et ça a été assez magique comme découverte et donc voilà pour moi c'était répondre à un besoin ensuite le média est devenu un média parce que ce besoin est devenus plus en plus pressant et je sentais que les personnes qui suivaient qui participaient au podcast avaient envie de plus et donc j’ai eu des sollicitations pour écrire des articles pour participer davantage donc du on a lancé aussi une newsletter avec la personne qui est mon éditrice aujourd’hui, qui s’appelle Camille Dumas, avec qui j'écris mes bouquins, et après d’autres contributrices nous ont rejoints, Amandine Richocambe, Clothilde Le Coz, sur les questions internationales, et bref, voilà, on a cette petite équipe qui aujourd’hui est la manœuvre pour les newsletters, et je continuerai un peu à revenir sur le développement du média après, j’imagine.
Marine Doux
Merci Léa. Donc en fait, un besoin de changer la façon dont on traitait un sujet, la façon qu’on incarne ce sujet aussi, mais aussi de donner accès à cette information. J’ai l’impression que ça pourrait complètement se retrouver aussi dans ce que tu as fait, Lou, parce que finalement il y a cinq ans quand l'écologie était déjà un sujet mais il y avait aussi cette volonté de faire sortir en fait l' écologie d’une simple rubrique et de voir finalement d’autres personnes et d’autre façon de faire. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ?
Loup Espargilière
Absolument, bonsoir à toutes et à tous, merci de l’invitation, je suis hyper content d'être là, à plusieurs titres, déjà parce que j’aime beaucoup Marine et ce que fait Médiane, et ensuite j’adore beaucoup ce que font aussi mes camarades, et puis en plus on a tous nos bureaux ici, donc ça fait sens à beaucoup de titres. Ensuite je voulais dire que j'étais un peu jaloux parce que je suis le seul qui est par un micro au poste, donc je ne sais pas si je suis puni Allez merci. Toi t’as la machine tout le temps. On réalise ses rêves ce soir. Merci, ça a quand même vachement plus de gueule, vous en conviendrez. Ah oui, c’est vrai. Ah bah oui, bien sûr. Donner à au poste. On n’est pas venu parler de ça. Alors, moi, fin 2019, j'étais chômeur de longue durée, j'étais en fin de droit au chômage et j’ai été complètement pétri des coincé. J'étais vraiment au bout de ma life, je faisais des crises d’angoisse, ce n'était vraiment pas une période très sympa. Et en fait, j'étais tout à fait à l’aise avec le fait de changer de carrière. J’avais considéré que le journalisme, je n’avais pas réussi. J’ai essayé, c'était trop bouché, trop compliqué. Et en fait, pourquoi je vous dis ça, parce que quand m’est venue l’idée de créer Vert, en fait j’ai pas hésité longtemps parce que c’est ça ou complètement autre chose. Donc moi j’avais pas du tout pensé à de longue date, à avoir un projet de média, c'était vraiment tombé, ça m’arrivait comme un accident. Littéralement un lundi matin à 8h, je peux dater le moment, je sais, voilà, il y avait un monsieur à côté de mon bureau, tout ça. M’est venu l' idée de créer vert et je me suis dit à ce moment-là, j’ai pas de bonne raison de pas le faire. L’idée initiale de Vert, la toute première idée, c’est que moi j'étais journaliste pigiste sur l'écologie et donc tous les matins je lisais beaucoup de journaux différents. pour avoir saisi qu’ils avaient été les principaux sujets sur l'écologie. Et à l'époque, en 2019, beaucoup plus qu’aujourd’hui, la presse fonctionnait beaucoup plus en silo autour de l' écologie. Donc le Monde, qui était beaucoup sur l’actu scientifique et géopolitique du climat, je caricature un peu. Reporter, qui à l'époque était beaucoup plus sur les sujets militants autour de l'écologie, etc. Et moi, il me semblait qu’il manquait un média généraliste de l'écologie, c’est-à-dire qui passe toute l’actualité au prisme de l´écologie et qui permette à des gens qui ont un métier ou une activité en rapport proche ou lointaine avec l'écologie de bien s’informer sur vraiment tous ces sujets-là. Donc à la base, c'était encore une fois une question de besoin et je pense que cette question est fondamentale. On ne crée pas un média pour se faire kiffer ou parce qu’on a une idée super classe. Je pense que c’est important de se dire qu' on crée un média pour répondre à un besoin. Alors, la définition du besoin peut être très très large. Elle peut y avoir des besoins très immédiats. J’ai besoin d’un produit qui réponde à… a des besoins immédiats, et il y a des besoins beaucoup plus grands, des besoins démocratiques, des besoins à l'échelle beaucoup plus d’une société. Et je pense qu’avant on essayait de répondre à ces deux niveaux de besoin. Il y a un besoin individuel immédiat.Donc on a pensé aussi au tout début, c'était une newsletter quotidienne qui se lit en 7 minutes avec des articles courts, des brèves, vraiment quelque chose qui se picore en fait. Et en fait assez rapidement on s’est dit, donc très bien, on va parler aux journalistes, on va parler aux gens dans les ONG, aux militants, on va peut-être parler aux profs. Mais en fait, si on fait un vrai travail sur l'écriture, sur la pédagogie, on est capable de toucher un public beaucoup plus large. Et en fait c’est ce qu’on a réussi à faire dès le début. L’idée c'était que si vous êtes au niveau lycée, alors ce n’est pas toujours le cas parce qu’il y en a aussi parce qu’ils deviennent trop experts de sujets, ils ont un peu du mal à redescendre. C’est un vrai combat quotidien. Mais l’idée, c’est que n’importe qui qui n’a aucun bagage militant, aucun bagage culturel, aucun bagage en termes d'études, soit capable de comprendre toutes les infos qu’y a dans le verre. Et ça, on le décline maintenant sur d’autres supports, on a notamment un site web d’actualité, on creuse beaucoup plus certains sujets. Et sur Instagram, on fait quelque chose de beaucoup plus grand public, avec des formats qui suivent les codes des réseaux sociaux, des vidéos un peu virales, des trucs qui sont un peu à 80 % une blague et à 20 % de l’info. On a vraiment essayé de manier beaucoup de formats différents pour toucher des publics de plus en plus larges. Et donc pourquoi ça, c’est important ? C’est pas juste pour se faire connaître, c' est parce qu’on considère qu’une des raisons pour lesquelles la société s’est pas du tout mise en mouvement au niveau… de ce qu’elles devraient faire pour répondre aux crises écologiques, et au sens très large, j’inclus les crises sociales, les crises écologiques avec plein de S, c’est parce que les gens, globalement, ont un niveau de compréhension de ces enjeux qui est très faible, en tout cas qui n’est pas du tout au niveau de ce qui devrait. Et donc on fait le pari que si les gens avaient accès à un certain niveau d’informations supplémentaires, peut-être qu’ils pourraient en tout cas se mettre en mouvement. Voilà, en gros si on ne comprend pas le problème, on ne va pas s’en sortir, on ne peut pas trouver la solution. Voilà comment on va essayer de répondre à ces deux niveaux de besoins. Et voilà pourquoi on aimait et pourquoi aujourd’hui on a partiellement trouvé notre public en tout cas.
Marine Doux
Merci Loup, il faudra que tu nous notes la date de ce lundi 8h. Il faut sortir la date et faire un anniversaire, je pense qu’il y a quelque chose. David, de ton côté, t’es aussi journaliste, réalisateur. Au poste, je crois que c’est un des médias, ce n’est pas un concours du plus participatif, mais très participatif. J’ai essayé de regarder le nombre de livres d'émissions que tu faisais au quotidien et je me suis demandé, est-ce que cet homme dort parfois ? C’est peut-être la question qu’on va se poser également ce soir. Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer au poste ? T’as déjà contribué à d’autres médias dans ta carrière. Quelle a été ta démarche derrière tes postes ?
David Dufresne
Merci, merci beaucoup, merci à tous d'être ici et un grand bravo à Adélaïde qui a été extraordinaire pour la préparation de tout ça. Alors je suis à ton extrême gauche.
Marine Doux
Le placement s’est fait naturellement.
David Dufresne
Ce n’est pas pour me déplaire.
Marine Doux
C’est-à-dire que je suis une saucedem. Mais dans ce cas-là, je suis très à droite, excusez-moi.
David Dufresne
Vous êtes plus moderne que moi. Pour faire vite, au poste, au départ, c’est quasiment une blague. C'était il y a maintenant 4 ans. Et c'était en fait en sortie du deuxième confinement et des débats que j’avais pu animer, plus de 300 dans toute la France, autour de mon film Un pays qui se tient sage. Et moi, j’ai adoré le moment du débat. qui était un peu comme on va faire là, j’espère, c’est-à-dire dans des salles Là, on est dans un amphi, dans des salles de cinéma. Et là, il se trouve que mon petit assistant, qui était vraiment petit à l'époque, me parle de Twitch et me dessine comment ça fonctionne. Et il y a quelque chose d’absolument remarquable pour moi à ce moment-là. C’est la qualité de l’outil de modération. Et d’ailleurs Euryale qui est en ce moment qui modère, ne jure que par cet outil-là, et beaucoup plus que les autres. Et moi, j’ai 30 ans d’expérience sur le web, en fait. Donc j’y ai fait des sites dans les années 90, j’ai fait des documentaires interactifs, j’en ai fait tout ce que le web… l’hypertexte permet, j´ai essayé de le faire. Et là, l’idée c'était ça, c’est de prolonger le débat, l´horizontalité. de sortir de l’idée de rédaction qui détient et la vérité et le savoir et une forme de presque d’autorité.Et donc, c'était ça. Et c’est parti comme une blague, enfin, comme une je veux dire comme un petit stream tranquille, avec des invités qui, à l'époque, étaient tournés autour d’un sujet qui m’anime depuis là aussi 30 ans, qui est la police. Et puis, petit à petit, en fait, auposte est devenu un média à part entière. C’est-à-dire qu’on s’est vraiment sorti des GAFAM au maximum. Je pense qu' on en parlera tout à l’heure. On les utilise toujours comme un outil de diffusion, mais absolument pas comme un outil financier, de rentabilité ou quoi que ce soit. On a tous nos outils en libre. tous nos lives sont hébergés sur nos propres serveurs, sur Peertube, etc. Et ça, c’est mon expérience de vieux de la vieille du web à laquelle je tiens énormément. Et puis, peu à peu, en fait, c' est devenu un média à part entière. Donc on a créé une structure, ensuite on a demandé un agrément qui nous permet d’appliquer la convention collective. au sein de la rédaction, de l'équipe, on va dire. Et le besoin, c'était à la fois de trouver une nouvelle forme de raconter le monde, ça, c’est ce qui m’anime depuis très longtemps maintenant, et puis de sortir, y compris chez les médias indépendants, de ces idées, de cette idée de rédactions. On pourra peut-être y venir tout à l’heure, mais disons en gros ce que j’adore dans Auposte. C’est son agilité, c’est la possibilité de faire un live comme ça, comme on fait là. En fait, en ce moment, on est en train de devenir BFM 1, BFM 2. Là, il y avait une émission qui vient de s’arrêter, on vient d’en faire une autre là. Bon, ça, ça va pas, il faut que j’arrête. Il faut être en décroissance. Mais voilà, j’adore ça.
Marine Doux
Si je te laisse le micro là-dessus, tu parles justement par rapport aux médias traditionnels aussi d’une autre forme de rédaction. Qu’est-ce que ça change concrètement dans la façon dont tu fais du journalisme, mais également peut-être dans la manière dont tu es perçu par l’audience ? Qu’a-t-il changé d'être beaucoup plus participatif ?
David Dufresne
L’interactivité ou la participation, elle n’est pas née avec le web, en réalité. Si tu regardes au XIXe siècle les feuilletons des grands romanciers, il y avait déjà tout un tas de débats qui pouvaient se passer dans les cabarets, dans les bars, etc. Qu’est-ce qu’il va raconter à Zola la semaine prochaine ? Dans les années 70, le courrier des lecteurs de Libération, par exemple, était absolument massif. c'était plus important que le journal quasiment, donc en fait on ne fait que prolonger ça. Le truc qui est très fort, me semble-t-il, c’est l’idée qu’il n’y ait pas de filtre en dehors d’une modération qui est une modération autour de la loi en réalité, autour de de la diffamation, de l’insulte. Pour le reste tout le monde peut dire ce qu’ils ont envie de dire sur le chat et cette idée que l’invité, l’animateur et le spectateur… sont quasiment à égalité. C'était plus vrai au départ quand j'étais derrière un écran et que l’invité était derrière un écran et que les gens qui regardaient étaient derrière un écran. Aujourd’hui, on est passé dans un mode de studio où on casse un peu cette idée-là, mais où quand même le tchat est tout le temps là. Là, j’ai toujours l'œil dessus, ce qui fait qu'à l’image, c’est pas terrible, je suis désolé, je suis courbé, c’est comme ça, pour pouvoir ressortir les messages les plus intéressants. Et donc, c’est l’idée d’admettre sa vulnérabilité en tant que journaliste, c' est à dire de dire, je ne suis pas au-dessus de vous. Ok, j’ai du temps pour préparer des émissions, j' ai du temps pour faire en sorte que pour vous, ce soit intéressant, la chronique, ce que l’invité a à dire. Mais ce qui est fantastique, c' est qu'à chaque émission, il y a quelqu’un dans le tchat ou plusieurs personnes qui connaissent aussi bien le sujet que l' invité. Tout à l’heure, Nora faisait une émission sur la cantine scolaire, il y avait dans le tchat des gens qui connaissaient très bien la question de la restauration collective. Et ça, c’est absolument extraordinaire. Et je pense, puisqu’il y avait le thème de la démocratie autour de ce débat, on est en plein dedans. C’est-à-dire, voilà, on en a plein de dents. Et ce n' est pas le téléphone sonne ou c' es pas BFM, justement, qui ponctionne un message pour dire, tiens, qu’est ce qu’on voulait dire à ça ? Les messages sont constamment à l'écran, les gens peuvent y répondre. Pour moi c’est absolument central, il n’y aurait pas ça, je ne le ferai pas auposte.
Marine Doux
Oui, c’est une façon de valoriser autant la parole ou la voix des personnes qui vont t'écouter ou te suivre. Et à l’inverse, on va laisser une messagerie, on vous écoute, c’est un témoignage, ou d’un coup, si moi je suis dans le tchat, je peux apporter une information qui va être tout aussi utile. Et c' est là où je pense le lien direct avec la démocratie, c est d' un coup où on est une forme d' horizontalité aussi plus grande et où on peut écouter et prêter attention et moins d' être dans une verticalité. J’ai l’impression que c’est ce que tu as cherché à faire Léa avec Popol sur à la fois dès le début, même quand tu le racontais, la première demeure, je dis, si ça vous intéresse, en vrai venez.Mais j’ai également l’impression que c’est dans la façon dont t’as créé ce format aussi, le côté tutoiement, l’agression, la proximité, c’est-à-dire que tout d’un coup, il n’y a pas un sentiment hiérarchique ou une posture journalistique qui serait dominante. Comment t’a imaginé ça ? Est-ce que ça t’est venu naturellement ? C'était une évidence ? Moi ça vient souvent assez naturellement mais plus dans la façon d’avoir voulu être proche de ton public.
Léa Chamboncel
Ah oui, je pense que c'était… Après, c’est aussi, je le pense, un peu mon style, je ne sais pas. Le podcast aussi permet ça. C’est un format qui permet de casser les codes, justement. Moi, je n’avais aucune envie de refaire des débats en mode plateau ou alors France Inter. Je suis désolée de le dire comme ça, mais ça m’ennuie un peu. C'était gentil. Je le dis gentil, moi, quand même. Je n’ai même pas besoin de m’excuser pour dire ça, ça m’ennuie un peu. Ça me fait profondément chier, pour être sincère, c’est plus mon style. Et en fait, justement, le podcast, pour le coup, ça permet vraiment ça d’avoir une ambiance un peu différente. Et puis, le fait aussi de faire intervenir, d'être en non mixité choisie, c'était aussi un pari. C'était de voir si le ton changeait, si les gens allaient s’interrompre, parlez plus fort. Est-ce qu’il y allait avoir quelqu’un qui allait… être toujours dans l’auto-congratulation ou qui allait tenir le crachoir pendant que les autres ne parlaient pas. Je voulais tester ça et c’est assez ouf parce que, comme je le disais tout à l’heure, il y a eu des centaines de personnes qui sont passées sur ce podcast. J’ai fait des dizaines et des dizaines d'émissions et je n’ai eu aucun problème de quelqu’un qui se positionne un peu en dominante, en l’occurrence. Le fait de faire confiance aux personnes qu’on ne connaît pas et de leur donner la parole pendant une heure sur un format qui va être ensuite public et sur internet, c’est à la fois un vrai pari, mais c' est aussi pour moi une façon d’anticiper les gens dans la reprise de parole. Pour beaucoup, la majeure partie des personnes qui interviennent sur Popol n’avait jamais la parole en public et donc c'était ok c’est chaud Est-ce que je vais y arriver ? Et moi, franchement, je pense que ça va aller. Donc aussi créer les conditions qui font que, pour des personnes qui n’ont jamais pris la parole en public, merci beaucoup, et sur des sujets, entre guillemets, sérieux, parce qu’il y a ça aussi, que ça peut intimider, c’est de créer une ambiance qui permette justement de ne pas intimider. Très rapidement aussi, j’ai voulu essayer, toujours dans cette logique de, on n’a pas besoin d'être ministre pour parler de politique, de mélanger justement les profils. Donc, je me suis retrouvée avec, parfois, des podcasts, à chaque fois, ces trois intervenantes, avec une ancienne ministre, une députée. Et où une députée ? Une meuf qui ne bosse pas, une étudiante. Bref, j’ai des profils qui sont archi-différents et dans toute la France. C’est aussi très important de le souligner, parce que comme j’enregistre en ligne pour les podcasts, enfin, pour les premiers podcasts, en tout cas, c'était dans toute La France. Donc ça c’est aussi très chouette, parce que Popol n’est pas du tout un truc parisien, j’ai vraiment des personnes de la France entière qui interviennent. Et aussi d’ailleurs, des personnes qui vivent à l'étranger, qui écoutent Popol pour se tenir informés de ce qui se passe en France. J’ai une audience qui est très présente en dehors, même de la France, c'était intéressant de le voir, bref. Et donc du coup, ça a vraiment permis de changer le ton, c’est quelque chose de très important pour mettre à l’aise. Et c'était assez drôle parce que tu vois, j’avais reçu une députée et j'étais là, souvent, je recevais un message d’un collaborateur ou d’une collaboratrice qui disait « Oui, Madame Intel aimerait intervenir sur le podcast, nia nia, parce que ça a pris une petite hype au sein du monde politique ». Ils sont toujours en demande de formats un peu différents pour aller « toucher » et je mets des guillemets parce que je trouve que ce terme n’est pas du tout approprié aux jeunes, il va falloir qu’on trouve autre chose. C’est vrai quand on y pense, il faut y penser. Donc pour aller toucher les jeunes, elles sont un peu prêtes à tester de nouveaux formats, etc. Et donc je me retrouvais juste là, bon ben ok salut machine, ça te va si ensuite toi ? Hein ? Quoi ? Genre ok, ok, bon d’accord. Non mais si ça te vas pas, tu te casses, voilà, c’est simple. Et en fait non, finalement les gens se prêtent au jeu et ça marche trop bien en fait. Ça change tout de suite le ton. Je sais pas si vous avez déjà joué… Ah merde ! C’est un jeu ou il faut mettre une règle à chaque fois ? Souvent, c’est des jeux à boire, genre à chaque fois que tu parles, tu te touches un bout de ton nez. Et parfois, on met la règle, quand on te parle, il faut se vouvoyer. Et moi, je le faisais vachement, et c'était horrible, en fait. Ça change tout de suite le rapport que vous avez avec vos potes. D’un seul coup, vous lui parlez différemment. Enfin, c’est trop chelou. Et là, c'était vraiment casser le truc. Donc, du coup, le tutoiement, c’est quand même assez important et ça fonctionne bien, et ça permet, un peu comme ce que racontait David, de mettre un peu tout le monde au même niveau et de rendre le truc vraiment participatif. Après, sur la participation, j’ai une expérience un peu particulière parce que j’ai découvert Twitch après avoir lancé mon podcast. Le podcast, c’est bien parce que justement, j’avais ce côté participatif avec des personnes que je ne connaissais pas qui intervenaient, etc., donc très cool. Pas mal d’interactions sur les réseaux sociaux aussi, sur Twitter, feu Twitter, et puis pas mal Instagram. Mais c' est vrai qu’il n’y a pas cette interaction avec l’audience. Et un jour un monsieur qui s’appelle Jean Massiet m’a invitée sur ce qui s’appelait à l'époque Acropolis, sa chaîne, sur Twitch, où j’ai vu défiler le chat et j'étais en mode Wouah ! Mais c’est génial ! Et là, je suis complètement tombée amoureuse de Twitch parce que, effectivement, l’interaction avec le chat, ce que disait David tout à l’heure, avoir des gens qui débarquent et qui savent mieux que toi ce dont t’es en train de parler, c'était juste absolument génial. Bon, j’appelle ça la police du qui vient à chaque fois dire, non non non, c'était pas en 72, c'était en 67, la démission du machin, et je suis morte derrière et je trouve ça trop cool. Et bref, c’est vrai que c’est vraiment, c’est un format que je voulais juste en parler, parce que c’est vraiment un format assez magique, et en terme de participation c’est très très chouette.
Marine Doux
A la fois le choix de l’outil, le choix du ton, de l’incarnation, et ça permet une information qui est aussi plus fiable, qui est peut-être plus inclusive aussi. Loup je me tourne vers toi parce que j’ai l’impression qu’il y a aussi d’envers, c’est au-delà du côté format, newsletter ou vidéo, il y a ce côté humour où vous n’allez pas forcément même avoir les mêmes.
David Dufresne
Excuse-moi, c'était en 2015.
Marine Doux
Merci, merci au chat d’avoir vérifié, d' avoir fact-checké, heureusement qu’ils et elles sont là. Mais là-dessus, Loup, j’ai l’impression que vous touchez deux types de publics, même parfois, les gens qui vont au début être sur Instagram et qui après, peut-être, vont vous lire en newsletter. Est-ce que c'était juste que vous osez l’humour et que vous trouvez ça cool, ou au contraire, est- ce que ça vous permet aussi d’aller chercher peut- être d’autres personnes ? Tu parlais d' écoanxiété tout à l’heure, est ce que ç'a été une des façons de répondre à ça ? et de faire une information différente aussi.
Loup Espargilière
Alors peut-être que c’est parce que je suis un petit rigolo
Marine Doux
C’est peut-être ça.
Loup Espargilière
En fait, c’est marrant parce que j’ai découvert, après avoir lancé vers, que j’avais repris pas mal de recettes du canard enchaîné. Le canard, en fait, en fait, c’est quand même un journal qui raconte que des horreurs. Vraiment, il n’y a pas une nouvelle positive dans le canard. Mais comme c' est bien écrit, qu’il y a des jeux de mots, qu' il y a du dessin de presse, qu y a de l’humour, il y en a même des contrepèteries, mais j'étais trop fan de contrepèteries quand j' était à l’ado. Loisirs un peu nerds, mais voilà, ça peut toujours autant rire. Et ben en fait, on y revient. C’est à dire que c’est des faits qui sont très amers, mais qui sont vraiment adoucis par le sucre de l’humour d’une certaine manière. Et en fait, dès le début à Vert, enfin moi j’aime beaucoup les jeux de mots, sauf que je suis un peu sourdingue en plus, donc quand les gens me disent des trucs, j’entends souvent deux trois versions de ce qu’ils sont en train de dire. Et donc pour les contrepèteries ou les jeux de mot, c’est très très pratique. Et donc, dans toutes les newsletters de Vert, l’intitulé du mail est un jeu de mots. Il y en a au début de tous les articles. Et en fait, ça fait que, hop, on a envie de comprendre de quoi il s’agit, pourquoi il y a ce jeu de mot. C’est un peu étonnant. Et après, sur Instagram, on a décliné ça plein d’autres manières. On a notamment Antoine Gabriel, qui est notre influenceur maison. Je ne connais pas trop, ça se faisait sûrement, mais je n’ai pas d’autres exemples de médias qui ont embauché un influenceur pour mettre en scène de certaines manières leur contenu. Mais Gaëtan, il est hyper drôle, il a vraiment un humour très comique de gestes, c’est très sketch. Et donc sur les réseaux sociaux, ça marche extrêmement bien,donc ça permet déjà aussi de faire en sorte que les gens ne fuient pas l’information parce qu’elle est trop anxiogène. C’est-à-dire qu’on est très clair sur la gravité de la crise. On n’est pas du tout en train d'édulcorer, justement. reprendre cette métaphore très bizarre du sucré, je l’aime bien comme ça. Voilà, on ne met pas de l’aspartame sur l’effet, mais du sirop d’agave. Du sirop d’agave, oui, tout un paquet. C’est-à-dire qu’on ne va pas éviter des informations parce qu’elles sont anxiogènes, on ne va plus essayer de diminuer la gravité de certaines choses. En revanche, c’est la façon dont on présente les choses qui est agréable, qui est drôle, et qui fait qu' on ne se coupe pas de l' information. Et moi, si vous me donnez un média où il n’y a que des informations cataclysmiques en permanence, comme n’importe quelle personne censée, je vais arrêter de consommer ce média. C’est-à-dire que c’est trop désagréable, ça fait trop mal, quoi. Et donc il y a l’humour, mais il y aussi le fait de montrer quelles sont les vraies bonnes solutions, les vrais leviers d’action à toutes les échelles. Et ça, vraiment, ça a été objectivé par pas mal d'études qui sont faites sur le sujet depuis un moment. Les gens vont avoir beaucoup moins tendance à se couper de l’information si elle n’est pas anxiogène et si on est capable de montrer des vraies solutions.Donc là encore, il faut bien se garder de trouver les fausses bonnes nouvelles en essayant de tordre un peu le réel pour que ça fasse cool. les petites initiatives qui sont parfaitement anecdotiques, voilà, il y a des médias qui sont très friands de ça, y compris des journalistes de bonne volonté qui cherchent désespérément un truc positif à raconter. En fait, le fait d'être capable de montrer aux gens ce qu’ils sont capables de faire à l'échelle individuelle, c’est-à-dire dans leur vie quotidienne, mais aussi à une échelle collective, voire à l'échelle de la société ou l' échelle politique, c' est quelque chose qui fait que les gens sont OK avec le fait de continuer à s’informer et ensuite sont des meilleurs citoyens. C’est-à -dire que l’information, elle leur sert vraiment à faire des choix plus éclairés dans leur vies d’individu et de citoyen. Donc voilà pourquoi on fait du bon et pas que.
Marine Doux
Je vous invite à vous inscrire aux newsletters de vert juste pour checker les jeux de mots. Je ne sais pas si vous passez énormément de temps à faire ça, mais c’est toujours mon interrogation là-dessus. Vous notez quelque part le nombre de blagues où vous avez une réserve ou c'était juste une intelligence artificielle qui fait ça ?
Loup Espargilière
C’est ce que tu as eu pour moi.
Marine Doux
Maintenant, oui.
Loup Espargilière
Il fut un temps, c’est moi qui écrivais tous les contenus, donc c'était pas compliqué. En gros, de 11h30 quand j’ai fini d'écrire à 11h55, je me suis arraché le cerveau. Maintenant, on est une équipe de 12, donc, c’est un vrai travail collectif. Donc, il y a un moment où la rédaction s’arrête, on pose des stylos et on fait « Alors, c’est quoi le jeu de mots de cette édition ? » Et en fait, c’est devenu un vrai savoir-faire. C’est vrai que c’est une vraie compétence qui peut être valorisable sur un CV. Mais en gros, on a notamment Anne-Claire Poiré, qui est une de nos premières journalistes, qui est un pigiste spécialiste de l'énergie. qui a un journalisme de prime abord assez austère. Elle aime trop les sujets institutionnels, les trucs, les tonnes de CO2, les kilowatts et tout. Elle était nulle en jeu de mots. Vraiment, elle n’arrivait pas à avoir le recul nécessaire qu’il fallait. Et franchement, au bout de deux ans, elle faisait, tu vois, presque les meilleurs jeux de mots de l'équipe. Et donc, Vert, c’est un peu une école aussi pour le journalisme, mais aussi pour les jeux de mot.
Marine Doux
Sans transition, David.
David Dufresne
Ah non mais moi je ne suis pas drôle.
Marine Doux
Pas de jeu de mots, je sais pas.
David Dufresne
On refuse l’humour et d’ailleurs nous on a un mur mitoyen avec eux et moi j’adore quand ils posent leur stylo.
Loup Espargilière
C’est pas la rédactions donc y a pas de studio de ce que je veux dire.
David Dufresne
En fait, je suis un petit peu embarrassé, parce qu'évidemment, les jeux de mots de verts sont bons, mais quand j’ai compris que la référence, suite à une interview que vous aviez donnée à Libé, que c'était le canard enchaîné, je me suis dit tiens, c’est quand même curieux d’aller chercher une très très vieille référence comme celle-ci. Vous êtes très âgé en fait. Pour moi, c’est très vieux le canard enchaîné
Loup Espargilière
T’as parlé du XIXe siècle, il y a 4 minutes, David.
David Dufresne
Mais oui, mais je ne te dis pas que je fais ce que faisait, ce serait, voilà, et par ailleurs il y a une différence, je pense, qui va dans votre sens, le canal enchaîné ne se met pas en scène et dans vos vidéos vous vous mettez en scène. Et donc là, c’est là la caractéristique des petits médias et des médias indépendants, c’est qu’on peut se permettre,se mettre en scène, d'être nous-mêmes et de pas faire semblant de jouer à la marchande comme les gens de BFM qui se disent tiens, alors journaliste c’est comme ça, alors bonjour, alors je vous dis bonjour alors qu’on s’est déjà dit bonjour bonjour bonjour on n’est pas obligé de se mettre en scène le fait d’assumer d'être le porte-voix d’un média etc c’est quand même une particularité même si on a pu trouver dans d’autres dans d’autres médias les choses mais mais je crois qu’il ya un risque d’abord c'était terriblement associé tel média à telle personnalité mais Surtout puisque moi, ce qui me met vraiment cher, c’est l’interactivité, je pense qu’il y a un seuil au-delà duquel il ne faut pas aller, un seuil critique. Et là, par exemple, je penserais à Backseat, donc je pense que, aujourd’hui, l’interactivité dans le tchat n’existe plus. Pourquoi ? Parce que le succès est tel, et c' est super, et c' est légitime, et voilà, mais en fait, tu n’as plus le temps. Il y a trop de monde, il me semble, il y a trop de monde, ça défile, et ce qui fait que ça devient une émission qui se rapproche des autres. Donc moi je me méfie beaucoup du succès, d’une certaine manière, pour les médias indépendants parce que je pense que dans nos gènes il y a le côté do it yourself, il y à le côté fanzine, il y à le coté tumultueux, qui forcément s'érode avec une audience plus grande, où tu commences à avoir peur de déplaire à tes abonnés, tu commence à avoir de déplaisir à tes donateurs. Et là, je pourrais parler d’une longue expérience à Mediapart, etc. Il y a un moment où, quand on dit que seuls les lecteurs peuvent nous acheter, ben oui, c’est-à-dire que tu fais un petit peu. Alors, Mediapart, ils sont à un tel niveau aujourd’hui qu’ils n’ont plus besoin de faire attention. Ils perdent 5000 abonnés, ils les récupèrent le lendemain avec d’autres gens mais il y a une pression qui s’exerce par les donateurs, par les abonnés. qui n’est pas la même que celle des annonceurs, fort heureusement, mais tout ça fait qu’il ne faudrait pas croire que ça se passe tranquillement. Et il me semble qu’une des clés, c’est de ne pas aller trop dans le succès et d’une certaine manière d'être écologiste de l’information, c' est à dire, on ne produit pas plus que ce dont on a besoin.
Marine Doux
C’est savoir garder des communautés plus petites et sans forcément chercher à se transformer avec des audiences qui sont très larges. On va finalement perdre le lien avec la communauté. Nous, on a tout un article là-dessus, si ça vous intéresse, sur le site de Médiat. Nous, nous travaillons cette différence entre la notion d’une audience, donc c’est un public auquel on va adresser quelque chose, qui va recevoir quelque chose. Et la notion de communauté où on considère qu’il y a une interaction. Ou exactement les 3 médias que vous avez autour de la table, où il y a vraiment cette idée que les personnes qui vous suivent peuvent également apporter des choses. Léa, tu voulais justement parler de ton expérience à Backseat, que tu viennes régulièrement sur le plateau de Backseat. Tu veux nous en dire un mot peut-être de cette évolution ?
Léa Chamboncel
C’est marrant parce que je vais juste réagir à ce que disait David. Moi là, sur le plateau, il y a un truc qui me frustre énormément, c’est de savoir qu’on est en live et que je ne peux pas voir le chat.
David Dufresne
Et bah voilà !
Léa Chamboncel
Voilà
David Dufresne
Alors là il est tout petit
Léa Chamboncel
J’ai jamais fait de stream sur Backseat sans pouvoir voir le chat. Alors c’est vrai qu’il défile, il défile de ouf, mais il est quand même là. Et il est là, c' est une personne en fait, c' est le chat tu vois. Et moi je regarde le chat pendant qu’on est en plateau. Et parfois je réagis, tu vois, il y a machin qui dit ça, on le fait tous en réalité. Donc oui, évidemment ça défile à fond. C’est pas pareil que quand moi je vais streamer, je faisais des streams le lundi, parfois on était 15, alors là c’est sûr que ça défile pas les masses, encore que j’ai une communauté assez bavarde. On n'était pas 15, on était un peu plus, j’avoue. Mais bref, c'était du tout la même expérience effectivement. Donc on n’est pas du tout dans la même interactivité, la même interaction. Néanmoins, je trouve qu’en tout cas, au fil des saisons, le chat, on a su le garder et il est là et c' est presque une personne à part entière dans l'émission. T’as l'écran derrière nous, t’as, je te dis, moi, les écrans qui défilent. Jean, il a le tchat sur son ordi à côté de nous, donc il est vraiment là. Et en plus, il peut participer au quiz à la con, qui est ma séquence préférée de l'émission. En bref, ça c’est participer mais du coup, pour revenir sur la question de la communauté, je trouve ça assez intéressant, effectivement. Et ce que tu disais par rapport à déplaire, enfin, avoir peur un peu de perdre la communauté. J’arrive à me demander et ce n’est pas pour qu’on te le redire gratuitement mais je trouve ça assez intéressant. Je me demande si le rapport à la communauté et l’apport que tu peux avoir effectivement de lui déplaire ou de ne pas faire ce qu’elle attend ou tu disais c’est pareil pour un journal effectivement, une audience il faut savoir et une communauté il faut aussi savoir l’entretenir en quelque sorte, la chérir c' est plus joli.J’arrive à me demander si ce n' est pas encore plus vrai quand elle est petite. Parce que quand elle est petite, t’as vraiment ce rapport presque intime. Alors que finalement, quand elle est diluée dans des milliers de personnes, je ne sais pas si c’est pas plus simple. Je dis ça parce que moi, j’ai une communauté très petite. Popol, c'était 250 personnes qui font partie du Popol Lovers Gang, qui est donc les abonnés mensuels. Et je les connais, quoi. Enfin, on se parle quasiment tous les jours sur Discord. Ils réagissent en stories, etc. il n’y en a que… qui m’ont invitée à boire des verres et j’ai dit OK quand je passais dans les villes où il et elle étaient. Et je pense que je n’aurais pas ce rapport-là si Popol avait des milliers et des milliers et des milliers d’abonnés parce que je n' aurais pas la possibilité d’entretenir ce lien. Donc le stade critique effectivement est important. Mais j’arrive à me demander si on n’est pas encore plus vulnérable entre guillemets à sa communauté si on est pas plus petit, si tu vois ce que je veux dire.
David Dufresne
Oui, je vois la question un petit peu basse, mais j’y répondrai, et d’ailleurs il y a quelqu’un dans le tchat qui a dit, c’est Pajacou, qui dit ça fait penser aux restos qui refusent leurs étoiles pour ne pas perdre leur valeur. Pas mal, merci Pajacou, non mais non t’as raison, mais sauf que quand t’a une petite ta communauté, t’as rien à perdre. Ta communauté ! C’est la seule chose que tu as. Après, pour être complet, c’est vrai qu’on a perdu des gens qui étaient là au tout début, que j’ai adoré par leur participation dans le tchat, et qui justement, pour plein de raisons tout à fait différentes, sont partis. Et c'était vrai que ça m’a vraiment attristé. Ce n'était pas forcément des donateurs ou quoi que ce soit. Je veux dire, c'était des gens qui apportaient de l’esprit, de l’information, de la contradiction, du débat, etc. Et qui sont partis petit à petit pour des raisons qui leur appartiennent. Et c’est vrai que là tu as raison.C’est-à-dire qu’aujourd’hui, quelqu’un qui part de la communauté, je le vois moins qu’il y a deux ans ou trois ans. Et il y a quelques piliers, on va dire, qui sont parties. Et ça m’a un petit peu attristé. Oui, oui, ça manque, mais vraiment, réellement, mais disons qu’il n’en va pas de ta survie économique puisque de toute façon, quand tu as une toute petite communauté, tu n’es déjà pas économiquement viable. C'était là-dessus que je voulais dire. C’est-à-dire qu’on voit bien justement par les retours qui peuvent y avoir, soit par les newsletters, les réponses des gens, etc. soit dans le tchat, il y a des sujets qui plaisent, d’autres qui plaisant pas, si je vous dis LFI si je dis Mélenchon, je suis dans la merde. Qui rigole ? Alors il y en a deux qui rigolent, les autres qui rigole pas, ils disent qu’est-ce qu’il va dire sur Mélenchon, etc. Vous voyez, bah c’est chiant. Je m’en fous, on va quand même en parler de Mélenchon Voilà. C’est ça que je voulais dire. Comment ? Je n’ai pas entendu. physiquement vous lui ressemblez.
Marine Doux
Ah c’est l'âge ! Je m’attendais à tout sauf à ça !
Loup Espargilière
Le tchat est dur ce soir.
Marine Doux
C’est très très dur. Alors j’allais dire, je pense que Lou, là-dessus, t’as peut-être un retour d’expérience, parce que la communauté de verts a beaucoup grandi ces dernières années. Vous êtes désormais 112 000 inscrits et inscrits au newsletter. Il y a plus de 6 000 donateurs et donatrices réguliers, donc des gens qui donnent chaque mois un verre. Est-ce que t’arrives encore, alors comme Léa, quand tu passes dans une ville, à dire « allez, venez, on prend un café » ou est-ce-que ça y est, c’est déjà trop de gens et donc finalement il y a déjà cette cassure, ou au contraire, est-que c' est sain ? C' est quoi ton retour là- dessus ?
Loup Espargilière
C’est génial, c’est pas assez de gens du tout. On ne va pas transformer la société entière avec 6000 personnes. C'était génial. Il y a 5 ans, si on m’avait dit, il y aurait 6000 personnes qui donneraient tous les mois un média où tout le contenu en accès libre serait gratuit. Ils ne sont pas obligés de le faire. Ils le font parce qu’ils souscrivent à notre projet journalistique et notre projet de transformation de la société. Ça me paraît totalement irréel. Mais le truc, c’est que… Pour moi, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, quoi, c’est de toute façon, forcément, si on s’adresse à plus de monde, eh ben il faut qu’on fasse plus gaffe à ce qu’il raconte, mais c' est pareil, si tu veux être président de la République, il faut faire un peu gaffe à ce que tu racontes. Alors Macron nous démontre que c' n’est pas obligatoire jour après jour, mais ce que je veux dire par là, c' est que ça va avec le fait d’avoir une autorité qui est croissante, et là où je ne suis pas tout à fait d' accord, c’est qu' en fait, si t' as un média qui grandit, il y a de plus en plus de figures qui sont capables de l’incarner, et ton média est de moins en moins fragile à ce que si t’as un journaliste qui dit un truc une erreur un jour il y a peut-être moins de gens qui vont, proportionnellement au nombre des membres de ta communauté, qui vont se sentir outrés et s’en aller. C’est-à-dire que si demain à Mediapart il y’a un journaliste qui déraille complètement et qui fait des trucs de fou ou tout machin, ben en fait ça met pas en danger l'équilibre économique de Mediapart. Donc nous c’est un peu ça en fait, on n’essaye pas, enfin on incarne notre média parce que l'époque est à ça et que moi j’ai vraiment de la presse écrite. Et j’y ai bossé à Mediapart, à la vidéo, à une époque où personne ne connaissait les tronches de la plupart des journalistes de Mediapart pour faire une émission où on voyait les journalistes de Mediapart et qui est plus cette image d’officine obscure qui opère dans l’ombre et tout.En fait, moi, ça fait partie de mon chemin journalistique. J'étais très allé avec l’idée de juste signer avec mon nom dans un journal papier, jamais croiser le public. Et en fait, c’est pas sain et je trouve que ça y permet aussi d’incarner parce que, du coup, on est comptable de ce qu’on raconte, on est à portée d’engueulades, on a apporté de DM, on a apporté des corrections, on apportait de félicitations aussi quand c'était bien. Donc pour moi, c’est hyper important. En revanche, le média, il ne s’appelle pas Loupdécrypte. C’est-à-dire que le média ne dépend pas uniquement de moi et même Gaëtan est plus connu que moi. Il y a même des gens qui pensent qu’on est l'équipe de Gaëtan, alors que c’est l’un des seuls non-journalistes de l’équipe. Donc voilà, c'était pour dire qu’il faut vraiment faire la pédagogie de l’information assez régulièrement et qu’en brouille aussi des cartes un peu sans le vouloir. Mais ce que je veux dire par là, c’est que, un peu comme Mediapart et comme d’autres médias, en fait, on fait émerger plusieurs figures et du coup, le média est porté par plusieurs personnes et il est fort de ses différentes personnalités. Et donc voilà, moi c’est pas dangereux si demain Gaëtan s’en va.C’est clair qu’au début, quand il n’y avait que lui qui était connu, c'était, enfin, on se dit, si jamais il se barre, en fait, bah c' est hyper chaud pour nous parce que ces la mascotte de notre média. En fait, de plus en plus, on a d’autres visages qui montent, le mien, celui de Juliette, et d’autre encore. Et donc en fait voilà, vous voyez une équipe monter, donc c' es plus fastidieux que d’avoir une seule figure qui porte le nom du média. En revanche, ça fait un média qui est beaucoup plus solide. Et voilà, si moi je deviens fou extrême droite un jour, il faut juste me dégager du média et voir me continuer sa route sans moi et tout ira très bien.
Marine Doux
Donc cette communauté permet à tous les trois d’exister aussi d’un point de vue éditorial parce qu’elle vient de nous nourrir, d’une point de vu logistique parce qu il y a des personnes aussi qui soutiennent pour animer les chats, d un point de vue financier, en partie ou totalement dans le cadre bon modèle. Tous les trois aussi, si on termine cette question de l’indépendance et notamment au-delà de l’indépendance éditoriale financière et indépendances techniques, j’ai envie de te donner la parole David parce que je sais que c’est un sujet qui est cher, à toi même je suis. je suis tombée sur des manifestes de la presse en ligne, enfin j’ai fouillé un petit peu sur internet et ces réflexions existent sur le web depuis plusieurs années. Comment on est indépendant aujourd’hui d’un point de vue technique quand on est sur Twitch, on est un star, on a sur Twitter, quand on voit le monde diabolique des algorithmes mais également des politiques qui changent au fur et à mesure ? Comment vous gérer ça au poste ?
David Dufresne
Ah oui alors là tu fais allusion au manifeste du web indépendant que nous avions écrits en 1998 avec les gens du mini réseau qui ont fait pipe enfin tout ça vous dit rien ça n’a pas eu d’importance mais en fait on savait déjà que c'était la merde, que Google allait arriver etc etc en fait ce qui s’est passé il y a eu deux effets extrêmement importants c’est un les réseaux sociaux, deux le téléphone et ça c’est plus la génération le fait de se connecter par son téléphone et donc les formats que ça engendre. Donc effectivement, la question cruciale, c’est la question du moyen de diffusion. C’est-à-dire que ça ne coûte rien de diffuser. C' est absolument incroyable par rapport à la presse écrite où il fallait aller chez l’imprimeur, puis le distributeur, puis le kiosquier, là finalement, à part de la bande passante, le coût de diffusion, il est réduit à quasiment rien par rapport peut être un journal ou une télévision.On a vu le Média qui a été recalé par l’Arcom parce qu’en gros, il n’avait pas les millions nécessaires chaque année pour payer l’infrastructure de la TNT. Tout le reste, ça allait, mais il n’avait pas ces millions-là. Donc, ça, c’est une censure par l’argent qui est extrêmement claire. Et donc, le pendant de ça, c' est qu’on est complètement tributaire des algorithmes, on est tributaires du bon vouloir du prince. on l’a vu, pas à peine de vous faire un dessin, comment avec Trump, toute la brogarchie s’est mise à côté de lui, quitte à enlever Google, à enlevé la journée de la femme, enfin des trucs complètement sidérants de son agenda. Comment ? Je ne sais pas si on dit la journée des femmes. Non, non, non. Le droit des femmes, mais bon, de toute façon, ça n’existe plus. C’est carrément clair. Google était celui qui disait, je ne ferai pas le mal. Ils avaient un code de déontologie, bref. Donc là, il y a un vrai problème.Et donc nous, très modestement au poste, on est avec les développeurs de Peertube depuis trois ans. Peer Tube, c’est une alternative à YouTube. Vous pouvez héberger, faire exactement la même chose que sur YouTube, sauf que c' est sur votre serveur, etc. Et je dois dire que j'étais le seul dans l'équipe à vraiment y croire. On a beaucoup travaillé avec les gens qui s’occupent du tchat sur Peertube, etc. Mais je suis obligé de dire, comme dirait l’autre sur BFM, forcée de constater que ça ne marche pas. Voilà, vous ne venez pas sur Peertube, ça ne vous intéresse pas. Et donc, si demain, pour des raisons politiques ou autres, YouTube et Twitch arrêtent, nous, on continue. mais il n’y aura plus personne pour nous regarder. Mais tous nos outils sont là, parce que c’est extrêmement important. Donc, le souci est là. Et après, il y a ce qu’eux savent faire très, très bien, c' est jouer avec les algorithmes, jouer avec des codes, tu en parlais, les codes de viralité, des choses comme ça, sur lesquels nous, on ne va pas. Voilà, nous, nous on fait des trucs qui sont des émissions de 2 heures, 3 heures, etc. avec des problèmes de sons, de trucs de bidules. On n’est pas du tout dans le format court, on n’a pas du tout dans ces choses-là, ce qui fait qu’on est vraiment désavantagé. Mais c’est notre façon de dire « fuck off », c'était comme ça qu’il y avait envie d'être. Maintenant, on réfléchit parce qu' il faut quand même faire en sorte que ce ne soit pas non plus un moyen d’empêcher des gens d’accéder à ce qu’ont fait.
Marine Doux
Oui, c’est rester propriétaire de son information, de ses formats tout en essayant d’utiliser au maximum les codes qui existent, même qui sont changeants.
David Dufresne
Mais je te donne juste un exemple, depuis 3 ans, nous avons demandé aux gens qui regardent au poste de nous faire des dons sur une plateforme qui n’a rien à voir avec Twitch. Le résultat est très clair, on est shadowban parce que Monsieur Bezos,ses robots, ils ont vu qu’il y avait du monde mais qu’ils n’y avait pas de subs d’abonnement. Donc ils se disent, ce mec qui me coûte de l’argent, il ne m’en rapporte pas, donc je vais le shadowban. On le sait, donc c’est pour ça qu’on essaie de se battre ailleurs en allant sur d’autres médias en faisant des débats comme celui-ci, pour essayer de contourner cette censure qui est une véritable censure économique.Et qui frappe tout le monde, sauf l’extrême droite, parce que l’extrême-droite, vous le savez tous, mais c’est extrêmement important de le rappeler, pourquoi les influenceurs extraites-droites ou les médias dits d’extrêmes droites cartonnent ? C’est parce que les algorithmes les favorisent. C’est pas pour la qualité de leur travail. Et c’est encore moins pour leur… pour ce qu’ils pensent, mais en revanche ils sont extrêmement clivants et ils sont des générateurs de clics, ce qu' on n’est pas.
Marine Doux
Là-dessus, avant de laisser partir Léa, je pense qu’il y a un vrai sujet sur Twitter et la politique. Comment Popol existe et comment Popol arrive à jouer avec cette indépendance-là tout en existant sur le réseau, notamment sur le sujet qui mêle politique, féminisme. Comment tu fais ça ?
Léa Chamboncel
Alors déjà moi j'étais une énorme twittos, j’aimais trop Twitter, et j’avoue quitter X, ça a été dur mais en même temps, vu l’ambiance, c'était voilà quoi, mais ça fait longtemps que ça a pu, faut le dire. Moi j’ai une utilisation de Twitter qui est totalement irrationnelle, sans aucune ligne éditoriale, où vraiment je faisais du shitpost, mais quasiment toute la journée, sur ce que disaient des politiques. Et j’ai essayé de le faire sur LinkedIn récemment avec un post de Marlène Schiappa, ça n’a pas marché du tout. Ce n’est pas du tout la même ambiance. J’ai compris qu’il ne fallait pas que je fasse ça sur LinkedIn. Du coup, j’avais un peu le seum parce que je ne sais pas où faire ça, sur Instagram un peu, mais bon, voilà. Donc c’est un peu comme ça que moi j’utilisais Twitter et ça me manquait énormément parce qu' il y avait cette légèreté, cette façon de dire, tu peux invectiver, enfin tu peux, pardon, ne pas invectiver, ce n'était pas vraiment le bon terme, mais en tout cas tu peux réagir à quelqu’un en disant des trucs… Et vraiment, en tout temps de sa gueule, moi je me souviens de mes tweeters, c'était des délires quoi. Il y a des gens qui répondent des trucs sur des trucs de politique complètement zinzins et là quand de la twittosphère débarque, c'était magique quoi, enfin la créativité était folle et ça me manque énormément. Après, Popol ne dépend pas d’un réseau particulièrement.D’ailleurs, Popol ne dépend de rien puisque Popol aujourd’hui c’est pas grand chose, c’est quatre meufs qui écrivent deux articles par mois et moi qui fais occasionnellement des podcasts. D’un point de vue économique, on n’est pas du tout indépendante parce qu’on n’a pas de modèle économique viable actuellement pour plusieurs raisons, mais je ne m'étonnerai pas là-dessus ce soir, et donc du coup on a un peu une certaine liberté en fait. On n’as pas non plus, à un moment donné on a cherché à essayer de se diversifier sur les réseaux sociaux pour faire un peu plus de vues, un peu de likes, pour avoir un gros compte Instagram. Et en fait, assez rapidement, déjà, moi, c’est des trucs qui m’emmerdent. Je n’arrive pas à faire une vidéo Instagram, genre, facecam. J’admire les gens qui arrivent à le faire et qui le font bien. Moi, ça me fait beaucoup beaucoup beaucoup trop chier, je vous le dis, de devoir parler comme ça, déjà regarder une caméra et parler tout comme ça. C’est trop bizarre. Sans interaction. Voilà, il n’y a pas d’interaction quand tu parles d’une caméra. C' est chelou. Bref, c' est un truc dans lequel je ne suis pas forcément très à l’aise. J’ai fait des tests, j’ai fait du montage, des vidéos, des gens m’ont filmé, machin, à chaque fois c’est vraiment pas ouf, et ça marche pas. Sur Instagram c'était ce qui marche, donc je sais que ce n’est pas fait pour moi. En revanche, là ou je prends beaucoup de plaisir, mais malheureusement j’en ai pas trop le temps de le faire, mais ça me manque aussi, et Twitch, c' est l’interaction avec la commune, c’est vraiment être en mode.
David Dufresne
Le tchat est désespéré, donc il te soutient, il t’a entendu, donc tu te dis bienvenue sur Mastodon, ça c’est Meta, il y a Tom qui dit, viens je te pose sur Mastodon, il y a Czosnek qui te dit sur BlueSky, tu peux retrouver cette ambiance, celle de X, même si le trafic n’est pas le même.
Léa Chamboncel
Du coup, je ne sais pas si sur BlueSky, il y a des gens qu’on peut shitposter ou pas. Parce que moi, je suis juste un troll, en gros, sur les réseaux. Sur les réseaux sociaux !
Léa Chamboncel
Ok, bon, je vais regarder ça, alors.Viens me troller, viens me trollez. Je vais aller troller Davduf. Ok, ça marche son petit nom. Dès ce soir, la bataille commence. Mais oui, mais c’est au temps, j’ai pas testé encore. Faut que j’aille voir, effectivement. Mais donc, du coup, c'était vrai que Twitch, c’est vraiment c’est la plateforme qui me fait le plus kiffer. Mais après, voilà, moi, j’ai pas du tout ces genres enjeux de dépendance, de pas de dépendances, d’indépendance, parce que je fais mes trucs et puis les gens les regardent ou pas. Là ça fait très très longtemps que je n’ai pas alimenté les réseaux sociaux de Popol pour plein de raisons et je vois que pour autant il y a encore plein de gens qui s’abonnent, qui suivent le compte et je suis désolée du coup pour les personnes qui s’abonnent pour rien parce qu’il ne se passe pas grand chose mais ça va revenir, c’est promis. Mais effectivement, la dépendance assez géante du numérique, moi c' est un truc que j’ai dans le viseur depuis très longtemps. Je ne dis pas que je l’ai depuis avant les autres, c n’est pas la question, c est juste que j’ai toujours cherché à toucher cette communauté, mais à travers des formats différents. La newsletter, je trouve que c’est un super format. En réalité, ça manque d’interactivité, mais au moins, voilà, t’as un lien direct avec ta commune, tu as besoin de passer par untel à untel. Parce qu’effectivement, c' est pas facile. Tu vois, par exemple, là, je pars aux Etats-Unis à l’automne pour faire un documentaire sur les élections. Avant les élection, pardon. et puis notamment les questions de droit à l’avortement,et de restrictions. Et je fais un post où je mets IVG, mon truc est striké quoi. Et j’ai été shadowban des milliers de fois, et je le sais, et Popol aussi, donc oui, non, c’est vraiment pas évident. Donc on n’est pas forcément dans un terrain qui nous est favorable. J’ai pas la solution magique, mais en tout cas, c' est certain qu’il faut créer une indépendance avec ces plateformes. Et Peertube, abonnez-vous.
David Dufresne
mais le tchat conseille Mastodon. Ok, merci le chat. Et tu peux troller, t’as plus de place en plus pour troller.
Léa Chamboncel
Ah, d’accord.
David Dufresne
Ben voilà, je sais juste ce que je vais faire cette nuit.
Marine Doux
Avant de donner la place à vos questions dans le public ou dans le tchat, Lou, c’est une question que vous avez souvent, vous êtes très présente sur Instagram et vous avez une très grosse communauté de visiteurs, donc vous êtes plus propriétaire, avec plein de guillemets, de cette audience-là. Comment gérez-vous ça au quotidien, aussi sur des sujets qui sont de plus en plus menacés sur les réseaux sociaux ?
Loup Espargilière
Juste avant, je n’ai pas tout à fait répondu à ta question d’avant. Le club organise des événements physiques. C’est un début de réponse. Revenir dans le monde physique, tangible, c’est une des manières d’aller contre les algorithmes. On fait régulièrement des apéros du club de vert, qui sont des événements publics où généralement, on a une personnalité intéressante. Il y a une partie discussion comme ça, un peu une émission en fait, on filme. Ça ressemble vraiment à une mauvaise télé. Après, on va tous boire des coups avec cette personne, l'équipe de verres. l’invité et le public de verre. En fait ça c’est hyper précieux parce que déjà on a un contact complètement direct, physique, immédiat avec les gens. Et en plus eux ils sont un peu hypés de boire des bières avec Thomas VDB par exemple parce qu’on a fait ça au printemps dernier. Donc ça c’est un format un peu original qui nous plaît beaucoup. C’est un peu compliqué de faire ça très régulièrement mais en tout cas on aime beaucoup. Et le prochain, la période du club justement, on essaie de sortir de Paris parce que c'était un peu la limite en fait. C'était qu’il faut se déplacer physiquement si on veut rencontrer les gens et il sera à Strasbourg. et on a 40 inscrits à l'événement, donc tu vois, en gros, il y aura 20 à 25 personnes qui vont venir. Voilà, on s’est fait un format un peu plus à la cool, avec Pierre-France, d’ailleurs, rédacteur en chef de Rue 4-1 au Strasbourg, parce qu’on a essayé de faire croquer les copains. En fait, bosser en réseau avec les autres médias, c’est aussi une autre manière d’aller contre les algorithmes. Par exemple, StreetPress et Vert se sont recommandés en newsletters mutuellement. On fait plein de collaborations avec des médias papiers, radio, etc., parce que, en fait, on arrive à faire grandir nos audiences ensemble, et donc ça, c’est encore un remède à ça. Effectivement, nous, on est hyper dépendant d’Instagram. Mais en fait, avant, on était dépendant de l’Intra parce qu’avant, on n’avait pas d’autre manière de se faire connaître trop. Et c’est vrai que c'était une vraie fragilité parce que l’on voit bien qu’il y a eu un changement d’algorithme. Le jour où Facebook a décidé que c'était plus cool de partager des liens vers la presse, il y a des médias qui, du jour au lendemain, ont vu leur trafic divisé par 10. Donc d’un coup, il y a quasiment tout le monde qui se barre du jour au lendemain, en fait votre média, il peut disparaître du jour au lendemain. Instagram, il a déjà eu un peu de secousses, c’est tout. On voit avec certains sujets sur l'écologie, ça monte un peu moins. Là, j’ai quand même l’impression qu’avec le gros retournement de veste de Mark Zuckerberg, il y a de moins en moins de mots qui sont bannis. C’est-à-dire que maintenant, on peut écrire un nazi sur un poste et le poste va exister. C'était quand même une méga crainte. Mais on est tous soumis au dual go, quoi. On est tous là en train d’essayer de comprendre ce que l’algo veut, qu’il ne veut pas, machin. Et ça, j’avoue que ce n’est pas la partie la plus passionnante du métier quand on est journaliste. Donc l’Algo, voilà, il faut qu’on arrive à surfer dessus. Il faut qu’on soit capable aussi d’aller contre par moments. à vivre un peu la tête hors de l’eau des algos, donc c’est un combat assez difficile. Par contre, c'était des médias de masse, donc en fait, moi j’ai pas accès au JT de 20 heures de TF1. Par contre avec Insta, on a fait des stats cette après-m' pour la première fois, il y a quasiment aucun poste qu’on fait qui est vu par moins de 100 000 personnes. Enfin, on va dire, les deux tiers des posts, ils font entre 100 000 et 400 000 vues. C’est énorme, je veux dire, voilà, un post, c’est la traduction d’un contenu journalistique mais dans un format qui est accessible au grand public. En fait, c’est des stats qui sont énormes et qu’on ne pourrait pas avoir juste si on faisait du papier ou des choses comme ça. Et la newsletter, effectivement, est aussi un bon remède parce qu’il n’y a pas d’algorithme aujourd’hui avec la newsletter. Et donc, si les gens sont abonnés, ils vont recevoir la newsletter dans la boîte mail. Ils vont l’ouvrir ou pas, mais en tout cas, ils auront l’info. Et donc ça, c’est quand même un truc qui est un facteur vraiment de solidité. Si demain Google décide qu’en fait, une newsletter qui ressemble à un mail qui ressemblent à un média, ça dégage dans les spams C’est tout à fait possible que Google change ses règles du jour à l’honneur. on aura exactement le même problème et la moitié des gens, parce que la moitié des gens en France ont une adresse Gmail, je sais pas ce que vous foutez avec des adresses Gmail, il y a tellement d’autres logiciels de messagerie et c’est tellement facile d’utiliser une autre adresse, c'était tellement facile, il n’y a pas vraiment de service en plus avec Gmail. En fait, la moitié du trafic peut disparaître du jour au lendemain sur nos newsletters. Donc voilà, donc dégagez de Gmail s’il vous plaît, abonnez-vous à la newsletter de verre et tout va bien se passer.
Marine Doux
David, tu voulais ajouter quelque chose et s’il y a une personne dans le public qui veut déjà penser à sa question comme ça, on passe aux questions-réponses.
David Dufresne
Ah oui, oui, bien sûr, on est là pour ça. Oui, je voulais juste dire que, par exemple, il y a aussi un jeu curieux. Je vais parler du CNC, le CNC qui aide les créateurs et notamment dans lequel Léa est partie, donc tu peux peut-être. Moi, j'écoute les rois du crime. Tu peux aller sur la gauche, un peu notre vision. Qu’est ce que je voulais ? Oui, le CNC, par exemple, pour avoir des..droit aux aides, pour pouvoir demander une aide, il faut avoir 50 000 followers sur une seule plateforme. C’est-à-dire qu’ils n’additionnent pas Twitch et YouTube, il faut avoir au moins 50 000 followers pour pouvoir aller demander, déposer un dossier pour avoir des aides etc. Donc là c’est une autre forme de pacte faustien qu’on nous oblige. Alors je passe donc le message, nous on a besoin encore de 9000 abonnés et donc followers sur YouTube. Si vous avez envie, faites-le, même si vous venez pas regarder la chaîne, c’est pas grave pour le CNC, ça compte.Et si ça compte pour le CNC, ça coûte pour nous. Voilà, donc ce que je veux dire, c’est aussi là, et là on peut voir à la fin des années 90, début des années 2000, où les journaux paniquait, Le Monde, Libération, Le Figaro, il y a eu énormément de résistance au départ et puis ils y sont allés et surtout ils sont allé avec les réseaux sociaux avec Facebook on a eu des il ya eu des accords qui sont absolument scandaleux je trouve de la part de certains médias qui ont vendu enfin qui ont donné leur contenu parce qu’ils avaient peur de plus avoir de clics etc et donc d’une certaine manière je trouve que le fait qu’aujourd’hui tout le monde est peur de l’algorithme c’est plutôt une bonne chose au sens où ça nous oblige à rester vigilants et à toujours avoir en tête comment on peut rester libre. Et là-dessus, les newsletters, c’est assez rigolo parce que ça avait complètement disparu et s’est revenu.Voilà, comme un jour les forums vont peut-être revenir ça revient déjà. Ça reviendra déjà, tu vois. Alors voilà, il y aura peut- être les bulletins boards plus tard, etc. Et ça, ça me plaît beaucoup. C’est-à-dire, cette idée que finalement, des vieilles idées qui sont abandonnées peuvent revenir à l’aune de tel ou tel événement, etc… Je trouve ça très très chouette et la newsletter je trouve que c’est vraiment un des trucs les plus jolis que le web ait inventé, que le net ait permis.
Marine Doux
Merci beaucoup David, j’aime bien le fait de se méfier des algorithmes. Est-ce qu’il y a des questions dans la salle ? Oui, je vois une main qui se lève là.
Intervenante
Déjà, merci pour tout ce que vous avez pu dire. C'était plutôt une question pour Léa Chamboncel, mais malheureusement, elle est partie. Je l’ai posé quand même. C’est par rapport à Twitter, parce que j’ai aussi quitté Twitter par choix par rapport à tout ce qui s’y passe. Je me rends compte qu’il me manque des informations. C'était vraiment mon journal, littéralement. Et maintenant, j’aie plus…
Loup Espargilière
Tu peux parler un peu plus fort, je galère.
Intervenante
Ah pardon, est-ce que c’est mieux ? Mais en gros oui, c'était par rapport à Twitter, comment faire en fait pour retrouver ce qu’il y avait en tout cas sur Twitter par rapport à tout ce qui était journalistique et que maintenant il n’y a plus parce que l’algorithme en a décidé autrement, parce que Elon Musk en a décidé autre. Comment retrouver ce qui y avait et l’ampleur en tout cas qu’y avait sur Twitter ailleurs parce que sur BlueSky c’est vrai qu’on s’ennuie très vite en fait et ça donne pas envie de continuer à y aller. Mastodon je connais pas, enfin je connais mais j’y suis pas. Comment faire aussi pour toucher un public, je vais dire lambda, mais pas de façon péjorative, mais un public qui utilise Twitter de façon anodine et qui n’est pas forcément sur les autres réseaux, comment faire pour toucher ce public qui s’informe comme ça à la volée et qui est pas sur ces réseaux qui sont à l’encontre de Twitter ? Comment retrouver tout simplement ce qu’il y avait sur Twitter sans Twitter ? Très clair, merci. Est-ce que quelqu’un a une solution ?
Loup Espargilière
Alors Twitter c’est le premier, enfin vraiment pour le coup on a fait partie des premiers médias qui sont partis de Twitter devenus X parce que l’Algo là c'était obvius, quand Musk a racheté Twitter, les comptes sur le climat ont chuté, l’audience de leurs comptes ont chuté et les comptes des climato-sceptiques les ont dépassés mais en l’espace de quelques mois, c'était notamment David Chavalarias que tu connais bien qui avait raconté tout ça, qui cherche sur le CNRS, qui suit vraiment l’activité sur les réseaux Donc nous on se rendait bien compte que déjà on ramait totalement à contre-courant depuis deux ans. Et donc, moi, ça faisait longtemps que j’espérais vraiment qu’il y ait un autre truc qui naisse, que je guettais et tout. Il y a eu Threads, le Twitter de Meta, qui s’est lancé, mais bon, c’est naze quoi, c’est vraiment, enfin, c’est Instagram, c’est la même chose. Et moi, j’avais beaucoup d’espérance dans BlueSky. Pendant ce temps, j'étais là, je voyais un peu, ça ressemblait à un jeune Twitter. J’crois qu’y a eu une super énergie et tout, et en fait, j’crois que y a les mêmes 3 000 personnes qu'à un an sur BlueSky, enfin en tout cas c'était le sentiment que j’veux. Et j’ai pas du tout retrouvé le plaisir, et surtout vraiment ce que décrivait bien Léa. Voilà, plein de gens, le côté vraiment créativité collective, un peu la magie d’Internet. Et je trouve qu’il n’y a plus ça. Et donc enfin voilà, je suis un peu désespérée, mais du coup je suis passé sur les autres réseaux. LinkedIn, en vrai, l’algo est moins méchant. Les gens ils lisent vraiment les choses avant de vous insulter, et même ils vous insultent beaucoup moins. C’est vrai qu’y a des vrais débats sous les postes. Ça peut même pousser plus la réflexion, c’est plus un média des gens qui ont l’habitude de lire des textes un peu plus longs. Il y a aussi une logique éditoriale, ils mettent en avant des journalistes et tout, donc c’est un peu plus intelligent que les autres réseaux sociaux je trouve et donc moi je ne consomme pas beaucoup LinkedIn, mais je produis sur LinkedIn, il y a plein de gens qui aiment bien ça et qui s’informent comme ça, donc je trouve que c'était assez pour s’informer, du coup c’est bien. Donc c’est moins exhaustif que l'été Twitter où il y avait un outil méga efficace où voilà, je fais plein de comptes, je sais plus où ils sont maintenant, ils sont dispersés dans plein de nouveaux réseaux sociaux. Et après Instagram, c’est une réseau sociale de masse quoi, donc ça demande plus de boulot, ça demande plus de savoir-faire, c’est beaucoup plus visuel, beaucoup plus de vidéos. Donc bilan carbone laisse tomber, tu vois, ça n’a rien à voir avec un truc en 140 caractères. Mais voilà, je ne sais pas si toi, David, tu as une solution. Mais moi, j’ai juste fait le deuil de Twitter. C’est une époque qui me paraît un peu révolue.
David Dufresne
Alors, la question c'était pour faire connaître votre travail ou pour vous informer ?
Intervenante
Ou est-ce ça pour s’informer en fait et retrouver la dynamique d’ampleur qu’il y avait sur Twitter et que maintenant il y a toujours mais pour l’extrême droite ?
David Dufresne
Alors, oui, faire le deuil de Twitter, ça a été très compliqué pour moi, très douloureux puisque j’ai vécu sur Twitter une expérience incroyable qui s’appelait Allo place Beauvau et où j’avais utilisé, sans le savoir au départ, Twitter comme un outil politique et ça avait fonctionné avec d’autres, on avait réussi à faire en sorte que la question des violences policières soit dans le débat public. ça aujourd’hui c’est absolument plus possible donc dès lors que c' est plus possible ça sert à rien d’y rester je suis très très embêté pour tous les copains qui y restent pensant qu’il faut aller parler à l’ennemi ece qui n’est pas faux en soi mais sauf que là on parle dans le vide et donc Au Poste avait fait partie de la campagne Hello Quitte X qui essaye d’amener les gens à aller sur d’autres réseaux.Alors, BlueSky en effet, c’est balbutiant, ça reste balbutiant. Moi j’ai pas la même vision que toi quand même. Pour Auposte, je parle pas pour moi, mais pour auposte le compte auposte BlueSky est beaucoup plus performant si je puis dire. C’est-à-dire que les gens qui suivent suivent plus quand ils sont sur BlueSky. Sur X il y avait énormément de robots, il y avait énormément de fantômes. Donc c'était pas si fort que ça. Mastodon est un véritable endroit, pour moi, d’intelligence collective et de débats. C’est un système décentralisé où on ne vous piste pas, c’est-à-dire que ça n’est pas comme Linkedin, ou, je ne sais même pas le dire, vous voyez, tellement moi, ça m’effraie, où vous savez qui est venu voir votre profil. Non mais, c’est quoi ce bordel, quoi ? Enfin, moi, je veux pas ça.
Loup Espargilière
Alors tu peux désactiver cette option David, je te fais un petit tuto LinkedIn avec plaisir.
David Dufresne
Non non mais oui oui d’accord oui mais sauf que je veux dire cette idée de surveiller les gens qui viennent te lire à non c’est pas possible à va moi bon et puis moi je pensais que c'était un truc de business
Loup Espargilière
Et moi aussi.
David Dufresne
Ah, ça me dégoûte, bon, tout change. Alors, pour s’informer, eh bien, il y a les files RSS. Et ça aussi, ça va revenir, j’en suis certain. Donc, n’importe quel média, même une chaîne YouTube, vous pouvez générer des files RSA, vous les regroupez, vous pouvez les thématiser et là, vous allez avoir tout un tas d’informations. Alors, c’est plus des informations, on va dire, qui sont passées par le tamis journalistique. que des informations citoyennes. Là où, effectivement, vous avez raison, il y a un problème, c’est que X permettait, comme Facebook à une époque, permettait d’avoir une information citoyenne, la température, on va dire, du pays, directement. Bon là, avec les flux RSS, donc en gros, c'était quoi, les flux RSS ? C’est le fait de syndiquer, de publier les titres. les dates, éventuellement les chapeaux de vos articles, de vos pages, etc. et de rendre ça complètement digeste et de pouvoir sur votre navigateur ou des applications ad hoc vérifier. Moi, je passe mes journées là-dessus. Je passe mes journées là- dessus à voir des informations qui viennent de partout. C’est-à-dire, je crée mon petit journal à travers des centaines de sources. Il me semble que ça, c’est la meilleure façon pour avoir encore une diversité sans avoir la pollution qu’il y a sur X.
Intervenante
Oui bonjour,du coup je revendique tout de suite tout ce que vous disiez, l’information citoyenne. J’aimerais que vous me disiez comment vous considérez votre rôle de journaliste aujourd’hui parce que vous vous opposez souvent aux médias traditionnels, je trouve que c’est un peu dommage de s’opposer aux médias traditionnels parce que pour moi le journaliste c'était un journalisme d’enquête et le but de l’indépendance n’est pas d’opposer le médias dit indépendant et le médiat dit institutionnel, c'était de soutenir le journalisme qui fait des enquêtes et donc quelle place pour ce journalisme citoyen ? Mais qui va vers l’enquête en fait, c’est ça, je pense que le monde aujourd’hui ne sait pas ce que c’est un journaliste et j’ai l’impression que le rôle du journaliste est en train de changer. Est-ce qu’on est encore des pourvoyeurs d’informations ? Et si oui, quel type d’information ? Ou est-ce que l’on devient des médiateurs de l’information qui vient ? Peut-être que vous qui êtes sur les réseaux, sur en tout cas sur Internet, vous avez plus de sensibilité sur ce rôle-là, sur les nouveautés. Vous apportez des nouvelles choses que moi, j’ai encore un peu du mal à cibler en tant que journaliste, savoir quel est mon rôle aujourd’hui. Voilà, ça c’est une première question. J’ai une deuxième question sur vos modèles économiques. Vous considérez que les réseaux sociaux vous apportent de l’abonnement à hauteur de combien ? Est-ce que c' est 50 % via les réseaux sociaux ? Est- ce que c' est 50 % via les newsletters ? Enfin voilà, vos abonnés, vos donateurs, ils viennent d’où ? Dernière question, je suis désolée. c’est sur la question de votre indépendance, c'était très pragmatique comme question, quelles seraient les aides dont vous aurez besoin pour garantir votre solidité financière à vous et votre indépendance ? Est-ce que, par exemple, il faudrait qu’on supprime des médias type TIK ToK en Europe ? Voilà. Si vous aviez des solutions en interne à proposer, lesquelles seraient-elles ? Désolée, ça pose beaucoup de questions. Non, je vous en prie.
David Dufresne
Non, je vous en prie, je vais essayer de faire vite pour laisser la parole à Lou. Alors, nous n’avons pas les moyens de louer les magnifiques services de médianes que tu représentes. Donc on ne sait pas, nous, comment les gens c’est super cher mais ils sont vraiment bien. Il paraît, il paraît. On va dire que c’est très très cher. Mais bon, on va voir, on verra ça après. Donc nous, en fait, on ne sait pas. On ne sait comment les jeunes donnent, pourquoi ils donnent. Bon, on a eu un peu, on ne le sait pas bien. Et puis je vous dirais on ne veut pas forcément trop bien savoir, mais il est vrai que si on avait les connaissances de savoir-faire de son équipe, je pourrais vous répondre et je pense que ce serait intéressant, très franchement, ce n’est pas de la coquetterie.Le modèle économique et qu’est-ce qu’on pourrait faire ? Alors là, je m’adresse plutôt aux gens d’un bout des médias et à vous, c’est-à -dire si vous êtes là, si vous êtes passionné par les médias, je pense qu’il y a vraiment une refonte des aides à la presse, qui doit être faite. Je rappelle que, après la guerre, le Conseil national de la résistance considère que l’information n’est pas une marchandise comme les autres et que donc il faut soutenir la presse, donc il va y avoir différentes choses, moins de cotisations, des abattements fiscaux et surtout des aides. Ces aides aujourd’hui, elles bénéficient à des milliardaires.C’est-à-dire que le journal qui bénéficie le plus des aides qui sont des aides, c’est de l’argent public, un peu comme à Bruxelles, vous voyez, sauf que là les gens travaillent, et bien les journaux qui pompent le plus de pognon sont ceux qui perdent le pognons et parmi ceux-là, certains sont détenus par des milliardaires. Par exemple, Bernard Arnault.possède le parisien et le parisiens est un des journaux chaque année qui touchent le plus de millions alors que nous on nous dit l’enveloppe elle est fermée ici il y a des nouveaux titres vous allez vous partager les miettes or je pense que se battre sur cette question là qui serait de dire les aides à la presse sont conditionnées aux capitales des entreprises c’est à dire si quelqu’un s’est acheté un journal parce qu’il est milliardaire et qui veut de l’influence à ce moment là on lui donne pas d’argent pour son journal qui est déficitaire. Parce qu’en réalité, il a de l’argent pour se l’acheter et faire en sorte que ça continue. Alors, en sauvegardant l’emploi et tout ce que vous voulez. Mais bon, là, il y a un véritable travail à mener. Et d’une certaine manière, il ne s’agit pas d’aller chercher de l’argent. Cet argent existe, mais il est très, très mal distribué. Alors, c’est pas du tout en arrêtant TikTok. Moi, je suis pour que l’expression existe. Et dans TikTok, il y a de grands réalisateurs de demain. qui sont en train de naître, donc j’ai aucun problème avec ça. Sur la question de médias traditionnels, quand je parle de médias traditionnels c’est uniquement sur la forme. La télé, la radio, la presse écrite sont, de mon point de vue, engoncés dans des histoires de formes qui sont quasiment centenaires quasiment. Et c' est là où je fais le distinguo. Mais le vrai distinguo que je fais, c’est entre les médias dominants. J’aime pas dire mainstream parce que Le Pen le dit aussi. Donc je dis dominant, et Mélenchon, oh putain, ça y est, c’est parti, et Mélenchon aussi, et oui.Bref, je préfère dire dominant, parce que, comme dirait l’autre, les médias dominants aident les dominants à dominer. Bernard Arnault, Bolloré. là il y a un vrai vrai danger et effectivement il y à une bataille à mener et bon vous le savez, Julia Cagé mène cette batailles etc c’est vraiment voilà, il y a à la fois la forme que je discute sur les vieux médias mais même certains jeunes médias par exemple, il y a des webtélé dont je considère que ce qu’elles font c’est de la sous-télés il n’y a pas d’interactivité, il n y a pas de folie, il n’y a pas de naturel, il y a pas de place à l’improvisation. Là aussi on joue le rôle qu’on croit devoir jouer, je trouve ça un peu un peu dommage. Et si vous êtes donc si j’ai bien compris vous êtes journalistes, il y a aucun problème pour exercer encore son métier aujourd’hui plus que jamais. Au moment où la post-vérité ou les vérités alternatives écrasent le débat public, Heureusement qu’il y a des journalistes. Heureusement qu’il y a des journalistes pour contrecarrer et qu’ils soient de droite ou de gauche, la question n’est pas là, c’est vraiment la question du débat. Mais peut-être qu' il faut repenser les rédactions où on travaille, la façon de transmettre les informations, la façon de raconter, je dis toujours que étymologiquement, informer c' est mettre en forme. Mettre en forme, ça veut dire qu' il faut réfléchir à la forme. Dans les écoles de journalisme ou dans le journalisme traditionnel, on ne réfléchit absolument pas à la fois. Non, très peu. Non, on recycle les vieilles idées. Ouais, il faut une attaque comme ça, une reprise et puis une chute, ouais, bon. Ce n’est pas une vente du tout, non ? pas très grave je lis le monde tous les jours et encore par exemple le monde le monde par exemple leur couverture live c’est assez exceptionnel le travail qu’ils font de data visualisation je sais pas si vous avez vu le oui j’arrête
Loup Espargilière
J’aime bien quand ça bascule en une conf, David J’aimerais bien répondre, peut-être pas aux trois questions, mais juste pour un peu aller dans ton sens, puis aller en sens inverse. Pour vous donner quelques ordres de grandeur, donc Vert en 2024, on a perçu 20 000 euros d’aide publique, enfin d’aides à la presse. Le Parisien, ils ont dû recevoir quelque chose de l’ordre de 10, 12 millions. Et Vert a gagné 40 millions d’euros plus que le Parisien. Bah ouais, le parisien fait 40 millions d’euros de déficit, nous on a fini en positif. Donc on peut dire, je dis ça de manière un peu taquine, mais c’est vrai que Vert gagne beaucoup beaucoup plus d’argent que le Parisien. Ça c'était vraiment une blague pour LinkedIn pourtant on est si peu aidées. C’est bon, c' est bon. Et en fait l’ensemble de la presse indépendante, tous les titres, tous les médias en ligne, etc. se partagent d’une englobe qui est la moitié ou un tiers de ce que le Parisien a eu tout seul, a eu comme aide. Donc, il y a des raisons historiques, c' est aussi parce que le Parisien, et comme ses grands titres diffusent beaucoup de journaux papier. Et donc on estime qu’il y a un impératif démocratique à soutenir la diffusion de l’information. Et donc, on les aide notamment sur la presse, sur les timbres, sur le tarif postal. Ce qui, évidemment, n’est pas concerné. Donc ce n’est pas juste, voilà, c’est pas juste on file 15 millions à Bernard Arnault pour faire plaisir à Bernard Arnault. Il y a des raisons historiques, même si, très clairement, il y a un problème d’ordre de grandeur qui n’est pas du tout, enfin, qui est assez malsain je trouve. Sachant que, je sais pas toi, mais en plus, comme on est plus sur le même gâteau, nous nos aides, elles ont été divisées par trois en un an, alors que nos dépenses éditoriales journalistiques ont augmenté. Après, j’aimerais quand même dire que nous, on ne se considère pas comme un petit média indépendant qui aurait raison contre les autres et on a un modèle économique qui fait qu’on est super pur, etc. Nous, on se considèrent, je sais qu’il n’est pas d’accord sur ce sujet-là, nous on se voit vraiment comme un grand média en construction qui se construit sur des bases saines, qui se construit aussi en réponse à des problèmes qu’ont constaté aujourd’hui dans la presse à la fois en termes journalistiques et capitalistiques. Mais on ne construit pas cette opposition-là et c’est pour ça qu' on fait des partenariats avec plein de médias, des médias plus indépendants comme StreetPress, des médias moins indépendants comme Combini. C’est un peu fini avec Konbini et c’est la galère à Konbini. Je découvre aussi en grandissant à quel point c'était la galère en tant que journaliste de bosser dans un média pas du tout indépendant.Et en fait, entre nous et CNews, il y a un milliard de degrés d’indépendance et de dépendance, et en fait on a quand même un peu cette course à la pureté, je trouve, dans la presse indépendante, où on veut un modèle économique 100 %, 200 % indépendant, où la publicité par définition c' est le diable. C’est super parce qu’on a vraiment raison, c’est-à-dire qu' on est vraiment pur, pur, On peut faire des superbes enquêtes qui font trembler la République, mais heureusement on a moins d’argent que les autres médias pour faire des enquêtes, donc en fait on se met aussi un peu, on se contraint aussi journalistiquement. Et en fait ça, ça fait qu’en fait on est forcément contraint de grandir plus lentement. Et aujourd’hui, je pense que si tu prends le chiffre d’affaires de tous les médias indépendants, que tu comprends Mediapart, Les Jours, La Déferlante, Vert, machin, tu multiplies ça par 3-4 pour arriver à ce que CNews dépense en une année. C’est vraiment ça, encore une fois, le l’ordre de grandeur, ou au moins par deux.Mediapart c’est quoi ? C'était 25 millions d’euros de chiffre d’affaires ? Je pense que les dépenses de CNews, ça doit être de l’ordre de 100 à 150 millions d’euros. Donc c' est super, on est complètement indépendants. Par contre, on parle beaucoup moins fort que les autres qui ne sont pas indépendants. Et eux, ils ne se posent pas toutes ces questions et ils avancent comme des machines de guerre. Ils sont effectivement sur capitalisés par des milliardaires qui dépensent à fond perdu pour maintenir leur influence et que leur media pour le coup, il y a un peu de différence entre Arnault et Bolloré. Bolloré, c’est vraiment une machine de guerre idéologique, et c'était pensé comme ça. Mais voilà, du coup, je pense que un des enjeux pour la presse indépendante dans les années à venir, c’est d'être beaucoup plus créatif sur les modèles économiques, trouver d’autres manières de gagner de l’argent en ne se reniant pas sur sa volonté d’indépendance. Et voilà, l’histoire de Mediapart, c’est aussi une méga grosse levée de fonds au début, avec des gens très capitalistes qui mettent de l’argent, un montage qui fait que la liberté de la rédaction, elle est préservée et que personne n’a le droit de dire « je ne suis pas d’accord avec ce qu’il y a dans tel ou tel article », mais ça commence quand même avec des millions et des millions d’euros. En fait, plus aucun média ne s’est lancé depuis Mediapart avec une telle levée de fonds. Et donc il y a plein de gens qui dans le précédent, en tout cas, le lancement de Mediapart, c’est quoi ? 3,5 millions, 4 millions d’euros au tout début ? Il y a eu deux recapitalisations, enfin, vraiment, c’est des millions et des millions. Et donc ce que je veux dire pareil, c’est que pour moi, l’indépendance, c’est un chemin, c’est un horizon,c’est quelque chose qu’il faut viser absolument. Voilà, y' a pas un jour où t’as reçu un p’tit chèque au début parce que t’avais besoin de 10 000 euros quand t'étais dans la merde, t’es pas indépendant dans ce moment-là. Et en fait, 20 ans après, tu réécris l’histoire et genre voilà, tu vis que sur les abonnements, t’as zéro pub et du coup t’es 100 %, 1000 % indépendant. Il faut être capable de ne pas se renier, d’avoir des mécanismes qui font qu’on ne peut pas être sujet à prédation de la part de gens qui ont de l’argent et qui n’ont pas les mêmes impératifs journalistiques que nous. En revanche, il faut qu' on se lâche un petit peu la grappe aussi collectivement sur ce que c’est l’indépendance et qu’en est plus argent pour parler plus fort.
David Dufresne
Alors il se trouve que moi j'étais au tout début de Mediapart rapidement, en 2006, c'était pas des millions et des millions, c’est pas comme ça non plus.
Loup Espargilière
C’est au moins 3 millions et demi la première levée de fonds.
David Dufresne
Mais ce qui était le coup de génie des 4 fondateurs, enfin 5 avec Marie-Hélène, c'était effectivement d’avoir réuni de l’argent avant même de lancer le premier article, le pré-site puis le site. Plus personne n’a fait ça depuis, or, je peux vous dire que les deux premières années, s’il n’y avait pas eu ça, Mediapart aurait coulé. On était en fait les deux premières années en-deçà de ce qu’il fallait faire. Et puis il y a eu l’affaire Bettencourt, le majordome, les sons, et là ça a explosé. Et donc aujourd’hui, cette indépendance de Mediapart, qui est absolument totale, en fait, est due au fait que dès le premier article, ils étaient autonomes financièrement. Les gens qui donnaient de l’argent, c'étaient les amis de Mediapart, c'était autre chose que les fondateurs qui avaient dû réunir à peu près un million d’euros, ce qui est évidemment énorme. Le reste des médias qui ont plutôt du succès comme le vôtre, c’est plus, me semble-t-il, un système de start-up.
Loup Espargilière
J’avais 800 euros sur mon compte en banque, j’ai payé la graphiste qui a fait le logo et on s’est lancé comme ça, et après on a fait une levée de fond, je suis allé voir ma grand-mère, ma maman, la maman de Juliette, le papa de Juliette, un ancien collègue de Mediapart, en tout on a levé 30 000 euros, c’est absolument pas un fonctionnement start-up, la start- up crame du fric à perte pendant des années jusqu'à ce qu’elle puisse rendre à ses actionnaires 3-4 fois ce qu’ils ont payé, nous on a toujours été rentables, On a toujours été plus qu'à l'équilibre.
Intervenante
Une toute dernière question dans la salle avant qu’on se quitte, avec un temps chronométré pour David Dufresne, et un temps de réponse, une toute dernière question. Si vous n’avez pas, il y a Adelaide qui meurt d’envie de poser une question, et vous lui faites ce grand plaisir.
Intervenante
Merci à vous tous. J’avais une question en tant que personne passionnée des médias et médias indépendants. Je me rends compte qu’autour de moi, les personnes qui consomment de l’information, enfin qui s’informent, le font assez rarement sur les médias indépendants ce n’est pas forcément que le contenu ne les intéresse pas, mais c’est qu’ils ne les connaissent pas. Donc moi, je me demande comment vous faites en tant qu’indépendante pour toucher une cible qui n’ait pas, on va dire, Parisienne, Blanche, CSP+, enfin vous voyez un peu ce que je décris là, comment on fait pour toucher en fait des gens qui sont confrontés à de l’information, et on le voit énormément ces dernières années, ces derniers mois, avec des médias qui se droitisent un max. Donc comment faire pour pouvoir informer à plus grande échelle, tout en ayant des contraintes économiques, vous les avez citées. Comment on fait en fait pour essayer d’attirer une cible plus large, quoi, et vraiment toucher des gens qui auraient besoin d’une information ? qui n’est pas complètement entravée par des logiques d’actionnaires, etc. Donc voilà, c’est ma question.
Marine Doux
Question essentielle, réponse en une minute.
Loup Espargilière
Et très rapidement, ça commence par les ressources humaines. C’est-à-dire qu’en fait, si vous voulez toucher certains publics, il faut que les informations soient portées par des personnes qui ressemblent aux personnes que vous voulez toucher. Et le truc des journalistes blancs CSP+, qui vont s’adresser aux banlieues, ça marche pas. Et en fait, il y a un truc qui a marché, c’est le Bondy Blog. Alors ça commence avec un journaliste blanc en Suisse, qui est Serge Michel, qui, voilà, enfin l’histoire de Bondy blog, elle est hyper savoureuse, mais du coup qui va en banlieue parisienne avec les habitants pour fabriquer ensemble de l’information, s’adresser aux gens à qui ils essaient de toucher. Et je pense qu’il n’y a pas 36 solutions, ça commence par là. Et du coup, ce qui est là où je dis qu’ils faut des ressources humaines, c’est qu' il faut qu’ensuite nos médias, quand ils grandissent, parce que nous très clairement, voilà, on est des blancs de classe moyenne plus citadine, forcément ça donne ça des gens qui nous ressemblent et les premières personnes qu’on a recrutées, elles nous ressemble beaucoup. En revanche, ce qu' on essaie de plus en plus de faire, et c' est dur, c’est d’avoir accès à d’autres publics, d' autres sociologies, d’autres origines sociales, ethniques, culturelles, ce que tu veux.On a essayé de le faire par plein de processus, c’est encore vachement dur parce que le journalisme c'était une sociologie particulière. l'écologie comme préoccupation principale c’est une autre sociologie et ça en fait ça fait la niche de la niche ça fait des gens qui sont tous blancs quoi et donc nous c'était vraiment un combat de long terme on a essayé vraiment justement d'être plus en plus en lien avec tu vois avec le Bondy blog avec des choses comme ça j’ai encore rien fait avec le Bondy blog mais on s’est vu la semaine dernière avec Sarah Ichou et on a un peu parlé de ces trucs là nous on a vraiment ça comme envie et comme horizon pour l’instant c' est dur mais à terme j’espère que comme comme peut-être comme Mediapart comme Libé on arrivera à avoir une rédaction beaucoup plus diverse à mesure qu’on le rendra parce que c’est comme ça Donc on arrivera à faire une info qui ressemble aux gens et qui parvient à les toucher.
David Dufresne
Alors, comme j’ai eu le bonheur de travailler dans ces deux rédactions, Libération et Mediapart, et que j’y ai encore quelques amis, moi je ne veux surtout pas faire comme eux et moi je crois beaucoup plus dans les rhizomes, je crois plus dans les petits médias, dans les satellites, je crois en un réseau de réseaux…
Loup Espargilière
J’aurais pu dire StreetPress qui fait un super boulot de ce point de vue-là.
David Dufresne
StreetPress par exemple, qui a vraiment un super projet, très courageux, etc. Mais qui je pense fait face justement à une crise de croissance. Et c’est normal, je veux dire quand je dis ça, je ne suis pas du tout en train de dévaloriser mais je pense que c'était difficile pour eux parce qu’il y a un seuil au-delà duquel justement ça devient compliqué. Peut -être que je me berce d’illusions mais nous on fait… le meilleur travail que l’on peut faire, on essaie de le partager avec le plus de générosité possible, mais on va pas aller chercher des gens plus que ça, s’ils veulent pas c’est pas grave. Alors sachez d’ailleurs que vous avez fait la meilleure question de la soirée, le tchat vous remercie, enfin une bonne question, enfin bon bref, voilà la meilleure question, bravo, bravo. Le tchat est méchant pas du tout. Il y avait de très bonnes questions. Mais bien sûr, bien sûr. Voilà. Moi je ne suis pas sûr que le modèle ancien qui est de dire il faut être gros pour peser soit si malin que ça. Je ne suis pas en train de dire que je suis dans le discours de l’avant-garde, mais entre les deux je pense qu’il y a quelque chose à inventer. Parce qu’en face de toute façon ils sont plus gros, ils sont riches, ils ne sont plus féroces. Et contrairement à ce que dit Bernard Arnault, quand il achète des journaux, il achète de l' influence. Il n’est pas plus blanc que Bolloré, c’est la même chose.Et c’est lui qui fait les unes de Paris Match, et c' est lui qui va voir Macron pour que Castets ne soit pas Premier ministre. Et il peut le faire en partie parce qu’il a des journaux, des médias à son service, à sa botte, des éditeurs C’est ça l' enjeu. Et je ne suis pas sûr qu’on arrivera à avoir une taille suffisamment importante. C' est désastreux. Le paysage médiatique en 20 ans, c' est complètement déséquilibré. Il y a une vingtaine d’années, c' était à peu près équilibré. Gauche-droite ! Aujourd’hui, c’est terminé. Est-ce qu’il faut faire un grand média indépendant pour contrer les autres ? Certains le pensent. Moi, je pense qu' il faut au contraire être dans une créativité sans borne.
Marine Doux
Et là-dessus, je pense que c’est pouvoir à la fois rejoindre et amener vers la conclusion de cette table ronde. Je pense qu’il y a des médias qui, au contraire, vont avoir un enjeu à rester petits et cultiver une certaine radicalité, une certaine pendante. Et il faut ça, parce que sinon, on se perd. Et à la foi, je pensais que c’est le cas de Vert, c'était le cas du StreetPress. Je l'économe bien parce qu’on bosse pas mal avec eux, mais cette envie, justement, de grandir et d’aller chercher, justement des gens qui ne sont pas uniquement dans le sujet des médias indés ou qui vont aller chercher une certaine radicalité. et je pense que là-dessus.C’est bien qu’il y ait les doutes, c’est ça qui est sain et moi je pense que voilà la première fois que Vert est allé sur France Inter j'étais mais c'était génial, il y a enfin des gens comme ma mère qui vont entendre parler d'écologie, qui vont entendu parler de Vert et pareil pour StreetPress qui a réussi à créer ce grand mouvement aussi au moment des élections et je pense c’est cet environnement là qui est riche et là-dessus moi souvent justement des gens qui sont pas forcément passionnés par les médias c' est votre rôle à chacune et à chacun là- dessus dans la salle et les personnes qui sont avec nous dans le chat comment on va faire connaître justement en fonction de thématiques, d’expertise, de ton. Moi, je sais que je suis devenue un peu la relou de mon groupe de potes, mais voilà, il y a tel média, il y à telle initiative, il y a tel journaliste et ça se joue comme ça. C’est petit à petit et il y a cinq ans en vrai vers un petit média. Je pense que le premier live c'était peut-être peu de personnes et après c’est le bouche à oreille, mais c' est comment justement on arrive à avoir des stratégies qui permettent aussi de structurer ce bouche-à-oreille-là et pas juste de rester entre nous aussi.
David Dufresne
Je réagis sur le tchat parce que le tchat parle de pourquoi il n’y aurait pas une fédération, pourquoi il y aurait pas de plateforme commune à tous ces médias indépendants. Il y a deux projets qui sont en train de naître. Il y à la Maison des médias libres à Paris qui devrait sortir de terre en 2026. Et puis il y a COP Media, donc des gens qui ont de l’argent et qui vont investir dans des médias indépendants ou dans des services qui vont aider les médias, des services de mutualisation, etc. Et ça, c’est quand même de très bonnes nouvelles, parce qu’on touche à l’infrastructure, là.
Marine Doux
Exactement, et là-dessus, si ces sujets vous intéressent, et d’ailleurs pour conclure un petit peu cette table ronde, ces savoir-faire là, ils sont en vrai de plus en plus accessibles. Donc nous, ça, ce ne sont pas des services payants, David. C’est accessible gratuitement en ligne en licence Creative Commons parce qu’on considère que justement, le fait de créer et de transformer des médias, c'était un enjeu démocratique majeur. Donc si tu as envie de savoir justement et de piquer toutes les bonnes idées, pas toutes non plus, de loups, on a des fiches pratiques sur…
David Dufresne
Ah non, moi je ne danse pas comme eux. Vous avez vu la chorégraphie ? Ce n’est pas possible. Si vous regardez un tout petit peu, il y a la porte, mais ils ne l’ont pas filmé, il y à la porte d’auposte, et c’est West Side Story, et ils sont là, là, ils sont trois. Incroyable, vous avez vu ça ? Alors, on n’a pas le tuto de ça, mais si vous voulez savoir comment bien. Oui, oui, d’ailleurs c'était super là, je crois. Incroyable.
Loup Espargilière
Tous les dimanches, il y a Gaëtan Gabriel qui danse sur les Bonnes Nouvelles de la semaine sur Instagram. Et il se trouve que de temps en temps, quand il est à Paris, je danse avec lui sur les bonnes nouvelles. Et effectivement, on a dansé dans le couloir pendant 16 jours. On vous apprend pas ça en école de journalisme. Mais aujourd’hui, un bon rédacteur en chef doit savoir danser. Je vous propose qu’on finisse là-dessus.
Marine Doux
Voilà, c’est une bonne façon de continuer, mais donc un grand merci à Léa aussi qui a dû nous quitter, David, Loup.Merci Adélaïde pour l’organisation de cette table ronde Un Bout des Médias. Si ces sujets vous intéressent en vrai, allez regarder gratuitement sur Médian.org. On a des journalistes Marine, Ewen qui font un travail démentiel là-dessus. Et surtout, allez suivre si ce n’est pas déjà le cas pour atteindre les 50 000 sur YouTube pour aider Auposte.

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