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Les racines du Front/Rassemblement national

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Chers amis exceptionnellement amis. Du thé au miel. Enfin même pas verveine, verveine, un au poste spécial, ça n’a aucun rapport avec le sujet. Simplement que je n’ai pas dormi. Mon cher Vincent, je vais vous mettre à l'écran. Est ce que tout est bon ? Vous êtes prêt ?
Vincent Jarousseau
Je suis prêt.
David Dufresne
Bonjour. On est en 2017. Vous avez travaillé avec Valérie Égrener pour le livre L’illusion nationale paru aux Arènes où vous étiez, vous racontiez Beaucaire dans le Gard, qui a obtenu un score de 60 82 % cette année, c’est à dire 6,6 % de plus qu’en 2017. Vous racontiez Hayange en Moselle. Ils ont fait 58 74 % et Hénin-Beaumont est évidemment le fief. Le fief des fiefs 67 quinze 67,15 %. Ça, c'était en 2017. L’illusion nationale et en 2019, ce livre là, Les racines de la colère, dont on va parler en détail, qui est un livre très curieux, très joli, comme d’ailleurs L’illusion nationale. Puisque vous êtes parti sur l’idée du roman photo.
Vincent Jarousseau
Voilà, ça va mieux là ?
David Dufresne
La c’est très bien, maintenant c’est parfait Et donc Les racines de la colère en 2019, où vous avez raconté huit familles vont éclater, souvent déchirées avec une infinie tendresse. Y compris quand ce n’est pas toujours facile à d’Hénin. Du côté de Valenciennes, ancienne capitale du charbon et de l’acier entre 1000 habitants dans les années 70, à peine 20 000 aujourd’hui. Donc, mon cher Vincent, on est comme tout le monde, on essaie de comprendre pourquoi. Pourquoi Marine Le Pen fait un tel score ? Qu’est ce que vous avez pensé dimanche à 20h, quand vous avez vu les résultats de Marine Le Pen ?
Vincent Jarousseau
Moi déjà, par rapport à dimanche soir, je ne vais pas faire de commentaire comme on entend des commentaires. Je dirais depuis. Depuis deux semaines, depuis le premier tour, mais assez classiquement. Ce que je peux dire, c’est que le score de dimanche, ça n’a été absolument pas une surprise et elle a réalisé le score qui était annoncé. Il n'était pas non plus une surprise dans sa géographie, les Bastions, un tout grand quart nord est, évidemment, a vu son score se renforcer avec une nouvelle géographie et de nouvelles implantations. Voilà, je pense à certaines parties du Sud-ouest Couleurs de la pauvreté, du côté de la Gironde aussi, où là il y a vraiment des. On voyait venir des choses depuis quelques années, mais c’est vrai qu’il y a une extension dont moi je ne suis pas sûr. Puis il y a, dans la mesure où il y a une segmentation depuis maintenant plusieurs, depuis une grosse décennie, depuis qu’elle a engagé en 2011 et la prise du parti, un succession, je dirais derrière son père, d’une stratégie de dédiabolisation qui fait son œuvre, qui favorise son œuvre également dans les médias, dans la mesure où il y a une, je dirais, une banalisation d’une parole raciste dans les médias qui, d’une certaine manière, est intériorisée chez beaucoup de gens, ça ne veut pas forcément dire qu’ils le sont. Racistes pour tout le monde en tous les cas, Mais en tous les cas, il y a une imprégnation extrêmement forte de ce discours dans une partie de la société française. Et donc à partir de là, c’est assez peu surprenant de voir Marine Le Pen atteindre ce score de 42 %.
David Dufresne
Alors peut être qu’on peut commencer par ce dernier ouvrage. Alors il y en a un, il y en a un nouveau qui va sortir, dont on parlera tout à l’heure, parce que vous en avez parlé justement dans votre fil Twitter avant hier, et c’est extrêmement intéressant. Euh, c’est bizarre parce que dans mon souvenir, c'était la France du Rassemblement national, alors qu’en réalité je l’ai relu hier. Il ne me semble pas que ce soit évoqué explicitement dans le livre dans vos familles et je ne me goure pas hein.
Vincent Jarousseau
C’est assez. C’est évoqué en pointillés, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que quand j’ai entrepris l'écriture des Racines de la colère, donc y a deux ans, j’y vais donc à la sortie de mon premier ouvrage, puisque pour écrire L’illusion nationale avec Valérie Goulet, c’est un travail de terrain qui se fait entre 2014 et 2016. Et donc je travaille dans les fiefs du Front national dans l’idée d’aller rencontrer des électeurs du Front national et L’illusion nationale. C’est vraiment un livre. Voilà qui porte sur ces questions. Après, moi, je voulais faire un petit peu autre chose. Je ne vais pas le refaire bien sûr. Et quand je décide d’aller sur ce terrain de jeu là, j’y vais tout simplement parce que j’en ai entendu parler à Hénin-Beaumont. Ce n’est pas très loin, c’est à trois quart d’heure de route. Je sais que c’est une zone d’implantation pour Sébastien Chenu. On est dans le cadre de la campagne électorale de 2017 et au départ, j’y vais vraiment par curiosité. Je n’ai pas forcément l’idée d'écrire ce livre exactement avec ce contenu. Et finalement, je commence à rencontrer des gens sur place. Certaines familles que l’on voit dans le livre et moi, ce qui m’intéresse, c’est surtout, au lieu de parler je dirais, de politique de rapport à la politique, de rapport au vote, ce que beaucoup de sociologues font, hein, c’est très bien. Je m’adresse finalement un peu plus d’une certaine manière aux imaginaires et aux modes de vie.
David Dufresne
Avec un point central. Et la mobilité, ça c’est bien sûr, c’est un coup, c’est un coup génial, c’est à dire que. Alors ça résonne d’autant plus aujourd’hui avec le prix de l’essence qui déjà et étant, est un fléau au fil des pages. Mais enfin, aujourd’hui, on imagine que ce flou est encore plus grand puisque il y a huit, huit, huit familles ou huit personnages à chaque fois. Vous. Et ça, je trouve ça vraiment génial. Il y a eu le niveau d'études, le revenu mensuel. Le moyen de transport. Les temps passés dans les transports. Chaque jour, la distance parcourue, chaque jour la distance la plus lointaine. On voit que certains. Vont visiter la mer au bout de 47 ans. Et pourtant, à 1 h de route, 1h et demie de route. Et d’autres qui ont fait le tour du monde. Mais comme très rarement. Et le nombre de départements œuvre. Et ça, c’est évidemment une réponse à Macron, finalement, à la mobilité forcée exigée, le discours politique et donc tout votre livre raconte ça, comment on peut ou pas finalement se catapulter ailleurs et se sortir de l’extraction sociale par la mobilité. Et on voit que beaucoup des personnes, j’allais dire personnages parce qu’ils sont et sont, ils sont très attachants. Donc vous en faites des personnages en fait, ou une immense difficulté à part un à pouvoir se mouvoir comme ils comme ils l’entendent.
Vincent Jarousseau
Oui, alors effectivement, il se trouve qu'à l’automne 2016, pendant la campagne électorale, Emmanuel Macron sort son seul et unique livre d’ailleurs Révolution. Et dans ce livre, finalement, il y a un peu tout ça, on va dire toute la toute sa base politique. Et il y a un thème qui est extrêmement présent, qui est la question de l’homme, du rapport à la mobilité. Et ce qui est assez intéressant dans la mobilité, c’est que c’est un thème assez emblématique finalement, des injonctions morales qui sont, je dirais, le propre des néolibéraux. Je ne vais pas reprendre le titre d’un célèbre essai du côté de Bordeaux. Il faut s’adapter. Mais cette notion d’injonction à la mobilité est une valeur extrêmement forte, extrêmement valorisée pratiquement par Emmanuel Macron. Mais d’une manière générale, quand vous regardez la question de la mobilité, elle est valorisée partout, elle est valorisée dans les médias, elle est valorisée dans le marketing, la publicité, elle est valorisée au cinéma. Être quelqu’un qui va passer un weekend en avion dans une capitale européenne, c’est quelque chose qui est aujourd’hui considéré comme normal. Or ça ne l’est pas forcément pour tout le monde. Et c’est vrai que, en commençant à travailler à Denain pendant cette période, cette injonction à la mobilité, m’interpelle par rapport à ce que je pouvais voir sur place et par rapport aux ambivalences. Ce discours qui consiste à dire en gros si vous voulez vous en sortir, il faut bouger. Or, on se rend compte que dans les classes populaires, notamment masculines, si on veut prendre le biais du travail et de l’emploi, mais peut être plus du travail, je fais bien la distinction entre les deux. On a beaucoup de monde, de travailleurs intérimaires dans les métiers de la route, dans les métiers de la logistique et dans le petit BTP. Ce que j’appelle le petit BTP, c’est l’intérim en BTP où on court de chantiers en chantiers, où on part à la semaine et où on va chasser la prime. C’est à dire que vous regardez les hommes qui veulent se distinguer, les jeunes hommes entre guillemets, des cas sos pour reprendre les termes de ceux et celles qui vivent de l’aide sociale ou qui essayent d’avoir une situation d’une certaine manière, qui vont faire de la farine, qui sont peu diplômés. La question du travail est extrêmement valorisée, c’est à dire que c’est une forme de distinction sociale très, très forte dans le discours et dans les dans les actes et on considère que on ne va pas forcément parler de la mobilité, mais la mobilité fait partie qui est une nécessité quand on a relativement peu de diplômes pour accéder à l’emploi, ce qui est un peu moins le cas des femmes puisque les femmes vont être plus centrées sur des zones géographiques plus resserrées dans le secteur social, dans le secteur du soin, quand elles travaillent dans un travail. Alors après, à côté de ça, effectivement, on a aussi des gens qui ont des vies extrêmement immobiles, là, je parle des gens qui vivent des aides sociales, qui n’ont pas accès, qui ne peuvent pas accéder à l’emploi, pour plein de raisons. Et pour le coup, la valorisation de l’hyper mobilité n’est pas forcément quelque chose qui est à leur avantage, beaucoup de gens finalement vont construire et se construire dans un réseau de solidarités locales, qu’elles soient familiales ou de voisinage, et n’ont pas intérêt à être dans la sur mobilité. Donc c’est tout ça que j’ai voulu un peu raconter dans ce livre là, en travaillant aussi avec des spécialistes. La question, que ce soient les géographes, les sociologues, et on l’a vu, c’est vrai qu’il y a une avec le mouvement des gilets jaunes, La question finalement qu’il y avait en creux, au delà du péage, c’est que cette mobilité, elle a aussi un coût, à la fois sur les modes de vie et sur le pouvoir d’achat
David Dufresne
C’est l'éditeur qui appelait ? Alors effectivement, j’ai oublié de citer l'éditeur à l'éditeur qui a dû appeler tu pourrais dire les éditions Les Arènes, très bonne édition. Donc je pense on a fait le point effectivement, les gilets jaunes. Donc vous êtes, vous êtes à Denain en 2017 2018, donc euh. Ils apparaissent au fil du temps dans le dans le dans le livre, dans votre travail et même à un moment donné, on est carrément on devient gilets jaunes avec certains, le rond point avec toutes les soldes. Alors c’est au tout début en est, on est en décembre 2018, donc ce sont les premiers actes. Il y a justement la question de la mobilité. Est ce qu’il faut monter à Paris ? Comment monter à Paris ? Est ce que c’est possible ou pas ? Est ce qu’il faut rester sur les ronds points avec quelques dissensions ? Comment, quand les gilets jaunes arrivent ? Par rapport évidemment à notre question d’aujourd’hui qui est celle du rassemblement national ? Est ce que vous avez senti des similitudes, des chutes, des vases communicants ou pas du tout ? Est ce que les sujets qui fâchent ont été évacués de nous, comme dans d’autres ronds points, comme comment ça se passait par rapport à ça ?
Vincent Jarousseau
Alors, est ce qu’il faut dire que, effectivement, quand les premiers appels commencent à être lancés sur les réseaux sociaux, très rapidement, un des personnages que je suis qui est routier, Mikael s’identifie directement au mouvement. Il y a. La date du 17 novembre 2018 est inscrite sur son agenda, sachant que lui, le samedi habituellement travail, il fait des heures supplémentaires tout simplement pour boucler ses fins de mois.
David Dufresne
il a du boulot mais c’est un boulot de dingue. Enfin, il est toutes les nuits sur les routes, il va chercher des couches culottes en Allemagne, il les ramène en France, il passe par la Belgique, il évite les embouteillages, donc il passe par des petites routes alors qu’il n’a pas le droit. Enfin bon, il a saisi, ce n’est pas marrant. Et effectivement, arrivent les gilets jaunes.
Vincent Jarousseau
C’est une vie à la con et effectivement, ils s’identifient tout de suite à ce mouvement et ils s’engagent dans ce mouvement avec certains de ses frères en sachant que c’est très intéressant parce que ses frères sont quand même en très grande difficulté sociale. Il y a Guillaume qui n’a quasiment jamais travaillé, il a fait que des, je dirais des contrats d’insertion, Il vit du RSA avec qui il a des enfants. Un autre frère, c’est pareil. Sa sœur, sa sœur aînée ne travaille pas et Michel, il a un discours par rapport aux gens qui vivent de l’aide sociale. Bon, qui est assez méprisant. Oui, il peut dire qu’en gros, s’ils sont dans cette situation, c’est de leur faute. Donc c’est quand même quelque chose qui existe et qu’on a entendu quand même dans le mouvement des gilets jaunes, notamment au début du mouvement, quand c'était un mouvement de masse et. Et c’est vrai que le rond point, c’est tout de suite un lieu de socialisation, puisqu’on a dit ça a été largement documenté, moi je l’ai retrouvé après sur les vases communicants, avec les lectures. Indispensable. Donc ce qu’il faut dire par exemple par rapport à Michel, c’est qu’il vote pour le Front National. Oui, ils le revendiquent, ils le revendiquent très clairement. C’est pas voilà, c’est pas assez, c’est un vote dans son cas, c’est un vote d’adhésion. Il a un discours où la parole raciste, elle est présente, euh elle est présente, mais vraiment, je dirais que c’est vraiment une facilité dans son cas, comme chez beaucoup de jeunes travailleurs, de travailleurs, à tenir des propos racistes. Mais parce que moi, ça, c’est mon analyse, c’est ce que je sais, c’est plein d’ambivalence, C’est complexe, hein, parce que d’un côté on tient des propos racistes, mais dans son entourage immédiat, on côtoie des personnes racisées, on travaille des personnes racisées, on a des potes. Et on a toujours beau jeu de dire oui mais lui ce n’est pas pareil, Je le connais et en même temps je dirais que ses paroles racistes, elle a complètement inondé l’espace médiatique depuis quelques années.
David Dufresne
Mais alors justement Vincent, c’est la question de l'œuf et la poule. Est ce que c’est parce que le discours médiatique a lâché complètement sur ces questions là et se permet les pires outrances, le pire racisme qu'à ce moment là vous ressentez ? Certaines des personnes que vous côtoyez, vous rencontrez qui se libèrent aussi. Est ce que la libération de la parole raciste dans les médias a libéré celle du sein du peuple ? On va dire ou c’est l’inverse ?
Vincent Jarousseau
Je ne sais pas si c’est l’un ou l’autre on va dire, mais je pense que si vous laissez il y a, il y a quand même quelque chose d’assez particulier dans la mesure où on a une forme entre guillemets de petite élite urbaine qui vit dans une forme d’entre soi, dans des beaux quartiers, qui n’est pas confronté tous les jours à une forme de mixité d’origine et qui a beau jeu de porter un discours, c’est moralisateur. Et finalement, il y a quelque chose d’assez pratique à considérer qu’il y a une forme, une forme de facilité à considérer que les ruraux ou les gens qui vivent dans les espaces péri urbains. C’est pratique finalement de considérer qui véhicule une forme de racisme d’une certaine manière, parce que. Parce que finalement, le fond de l’affaire est à mon sens beaucoup plus social. C’est à dire que là où il y a de fortes inégalités sociales, le vote de Marine Le Pen, c’est extrêmement clair quand on regarde la cartographie, la sociologie de l'électorat. Ce vote se développe. C’est à dire que je pense que l’un et l’autre, effectivement, se nourrissent accuser les médias, mais évidemment pas suffisant. Mais c’est, je dirais, c’est une addition finalement, de ces facteurs qui favorisent cette parole, mais c’est franchement pas non plus complètement central. Mais pour revenir à 2018 et au mouvement des gilets jaunes, effectivement, pour dépasser le cadre duquel moi ce que je pouvais constater sur le rond point de Somain à côté de Denain pour être tout à fait prêt là où elle se rendait, c’est que quand certains tenaient ces propos, ils avaient quand même toujours des copains pour dire oui mais là on est tous ensemble quoi. Et y compris d’ailleurs, il y avait, il y avait beaucoup de personnes racisées présentes aussi sur ces rond points, y compris dans le bassin minier. Je crois que sur toutes les études sociologiques qui ont été faites, notamment aussi du côté de Lyon, du péril par la commune bien connue Urba la Grande et moi, il y avait beaucoup de travailleurs qui sont qui peuvent être d’origine algérienne ou marocaine, qui étaient aussi présents, parce que justement les préoccupations sont tout simplement les mêmes.
David Dufresne
Alors c’est vrai que dans l’ouvrage, la question, honnêtement, la question du racisme, elle apparaît en deuxième ligne. Elle est, me semble t il, jamais, jamais frontale. Il y a cette scène sur un chantier. Qui rejoint ce que vous étiez en train de dire. Il n’y a que des gars du Nord ici, Larbi. Il vient même de Denain, ? Mais il est là. Voilà. Donc sous entendu vous l’entendez quoi d’ailleurs ?
Vincent Jarousseau
Oui, Larbi vient de Denain. Mais parce qu’on est aussi dans des terres d’immigration extrêmement anciennes. Je veux dire, ce n’est pas l’immigration sahélienne que l’on vend, que l’on a en Seine-Saint-Denis avec des populations qui sont arrivées plus récemment. Là, on parle d’une population qui est arrivée dans les années 50-60, parfois les années 30, la vie marocaine du bassin minier donc. Donc voilà, on pratique les mêmes métiers. Alors, il peut y avoir effectivement, si je prends le cas de ce Larbi, des types blagues, ce n’est pas moi, je parle de pas ça, c’est fin, c’est pas faut pas avoir le diable partout. C’est plus complexe que ça. Il y a énormément d’ambivalence. Si vous laissez c’est. On est toujours un petit peu sur la A, sur la tangente, c’est assez complexe. Mais pour revenir sur les démobilisés, parce que j’ai pu constater sur Ordonnance et j’en reviens aux questions principalement sellier, vous allez voir, c’est que quand on prend une vis comme dedans ou devant ou il y a une part de population d’origine algérienne et marocaine qui est relativement importante, même si elle et elle est loin d'être majoritaire, on se rend compte que par. Seulement, contrairement aux grandes métropoles urbaines. Il y a des. Il y a beaucoup de réussite sociale finalement, plus de réussite sociale dans les populations d’origine immigrée. Pourquoi ? Parce qu’on a beaucoup plus de mobilité à la fois résidentielle et quotidienne. C’est à dire que le simple fait d’avoir un ailleurs, d’avoir passé ses vacances au bled fait qu’on part plus facilement. J’ai remarqué chez les jeunes racisés à demande une proportion beaucoup plus forte à en sortir qu'à partir pour aller chercher du travail.
David Dufresne
Bon dans la salle, ça semble aller mieux à Denain, donc là où il y a beaucoup de questions dans le tchat que je vais et que je vais remonter dans quelques dans quelques instants. Je voudrais juste rappeler, puisque c’est ce que vous avez écrit dans votre fil Twitter l’autre jour pour écrire Les racines de la colère dont on est en train de parler. Je suis resté plus de deux ans à Denain. Vous savez, Denain, c’est la ville où Macron s’est rendu au lendemain du premier tour. Voici le résultat : 60,58 % pour Le Pen, plus 3,5 % par rapport à 2017. Voilà, ça c'était ce que vous écriviez l’autre jour. Donc un score quand même phénoménal. Est ce que vos amis, vos copains, j’imagine qu’avec certains vous avez sympathisé ? Vous les avez appelés tout ça, tous ceux dont on lit dans leur vie qui vous ont dit Je ne demande pas qui a voté quoi, mais aussi le ressenti.
Vincent Jarousseau
Le ressenti lui-même et les plus récents. Il se trouve que j’y suis allé à Denain le dimanche de l’entre deux tours avec mon fils de onze ans. On a passé la journée là-bas en suivant Paris-Roubaix. Oui, Non, mais je raconte cette anecdote parce que moi, l’idée et on a passé la journée chez Adrien et Jean-Yves, Adrien et Jean-Yves, ils sont dans le lit, ce sont des travailleurs. Adrien Les travailleurs intérimaires pour Eiffage travaillent sur les gros chantiers. On le voit sur les chantiers.
David Dufresne
Oui, absolument.
Vincent Jarousseau
L’infrastructure d’infrastructures routières, c’est quelqu’un qui part à la semaine, etc. Et moi, on était chez la grand mère, on a partagé le repas chez eux, on est allé dans les cafés, on a vu Michel aussi et je voulais un gamin de onze ans. Voici pourquoi. Et sa réaction, ça a été. Et qu’est ce qu’ils sont étudiants, Qu’est ce qu’ils sont sympa ! Qu’est ce qu’on s’est marré ! Ça peut paraître très peu politique ce que je raconte, mais c’est surtout la contradiction de dire qu' effectivement, la vie de Macron a été très commentée pour savoir qu’il y restait 4 h à demain dans un cadre évidemment assez organisé. Il a connu la clôture de pas mal de tombes. Y compris des opposants qui depuis le temps de Paris, il a pris le taureau aussi, le carrosse qu’il avait fait pour ce territoire. Il faut savoir que la mère de Donna, le maire socialiste, qui d’ailleurs a accueilli à bras ouverts le chef de l’Etat au lendemain du premier tour, était venu lorsqu’il était ministre de L'économie, pour débloquer des fonds importants pour réaménager toute une toute l’ancienne friche et allusivement pour faire revenir de l’emploi. Et quand on dit qu’on fait revenir de l’emploi, en gros, c’est pour implanter des Réseaux logistiques Dont certains ne sont pas non plus des emplois qui changent la vie. Et surtout c’est on est très loin des chiffres de l’industrie sidérurgique en termes de nombre d’emplois. Mais on ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu d’investissement de l’Etat sur ce territoire. Mais le problème, c’est que ça ne répond pas aux problématiques et finalement, ça n’a pas fait bouger d’une virgule le résultat final puisque Marine Le Pen a été fortement plébiscitée dans cette ville comme dans le reste du bassin minier. Et. Et qu’est ce qu’il me disait les gens ? Alors moi, si je prends le cas d’Adrien et de Jean-Yves, ils ont voté pour Marine Le Pen, mais sans grande illusion il n’y a pas eu d’attentes non plus surdimensionnées, même si ça peut attendre d’adhésion. La politique est quand même quelque chose de globalement relativement éloigné, c’est un fait faut pas croire que la politique est présente matin, 12 h et soir. Donc dans les discussions, il y a une forme de ressentiment sur lequel le Front national, mais d’autres, joue très bien aujourd’hui un imaginaire du ressentiment, du ressentiment par rapport au déclin industriel, par rapport au déclin social, est extrêmement présent et est extrêmement entretenu. Et finalement, dans le cadre de quelqu’un comme Adrien qui bosse beaucoup moins, c’est vraiment un bosseur. Il s’en sort, il a un niveau de vie on va dire, de petite taille, moyenne. Bon, évidemment, il ira contre le monde, contre la hausse du prix du carburant, contre la hausse des prix en général, contre la contraction de son pouvoir d’achat qui est une réalité et dans son cas à lui. Voter pour Marine Le Pen, c’est voter pour quelqu’un qui est avec les travailleurs selon ses mots. Oui, ça c’est quand même quelque chose qui est extrêmement puissant.
David Dufresne
Il est là, Adrien.
Vincent Jarousseau
Même si c’est entièrement faux, mais c’est la perception et la perception du travail. C’est quelque chose qu’il faut comprendre sur ces territoires où seulement 20 % d’une classe d'âge fait des études supérieures.
David Dufresne
Mon cher Vincent, le tchat est absolument passionné par des gens qui par ce que vous dites et nous écoutent, je montre quelques images d’Adrien et de Laetitia. Donc là, ce sont des images de 2019 pour le 2017 2018, livre sorti en 2019. Là, nous sommes à Denain, du côté de Valenciennes. Voilà, c'était ici. Et voilà le Paris-Roubaix où il où il se rend avec son père. Voilà. Donc là, on était en train de parler d’Adrien qui fait des chantiers dans tous les sens, apparaît beaucoup dans ce livre. La télévision et les jeux vidéo peut-être. On va en parler avec eux, avec Vincent, le temps qu’ils se reconnaissent. Voilà, là c’est la sortie avec la grand-mère. Il y a quelque chose de camusien dans cet ouvrage, nous dit Jérôme Bonnet. Donc oui, on était sur le ressenti et donc j’ai montré quelques photos d’Adrien notamment qui était déjà allé avec vous comment ça s’appelle au Paris-Roubaix.
Vincent Jarousseau
Oui, oui, ici reproduit la scène.
Vincent Jarousseau
Voilà exactement les acteurs de cette année.
David Dufresne
Donc, Adrien, vous avez vu les autres ? Les autres, qu’est ce qu’ils vous ont dit ?
Vincent Jarousseau
Alors ce qu’on peut dire, c’est que j’ai passé la dernière une année avec eux, avec Michael à la Halle Martin parce que j’ai coréalisé un documentaire pour France deux qui sera diffusé, je l’espère, dans les prochains mois dans Case infra rouge qui s’intitule Nous les enfants de demain, qui fait des vidéos ? C’est de la colère. C’est une sorte d’adaptation à un principe trop focalisé sur un jeune couple et leurs parents, et sur le mal, l’envie de rester. Pourquoi on reste finalement dans une région qui a eu beaucoup de difficultés quand on a 20 ans ? Qu’est ce qui nous attache ? Qu’est ce qui fait qu’on n’a pas forcément envie d’aller voir ailleurs ? Et quand on parle des imaginaires, je pense qu’il y a quand même une dimension extrêmement forte et puissante dans le vote Front National. C’est que cette volonté, c’est le passeport finalement, parce qu’on a son espace qui n’est pas forcément l’espace national, qui est son espace de vie direct.
Vincent Jarousseau
C’est l’envie de rester un peu, de rester chez soi. Un thème qui a été extrêmement documenté ici par un sociologue.
David Dufresne
Oui, bien sûr.
Vincent Jarousseau
Mais ce qui est. Comment fait-on quand on n’a pas de diplôme pour trouver du travail ? Est ce qu’il y a une pointe ?
David Dufresne
Ou alors je suis, je suis que je suis désolé. Est ce qu’on va faire ci que je vais vous envoyer une invitation ? Zoom. Moi je vais faire des petits réglages. Ça va prendre trois minutes, mais ce sera ce sera plus propre. Je ne sais pas ce qui se passe. Absolument désolé. Et c’est tellement important votre boulot et votre travail. Je vous envoie et j’ai l’impression qu’il y a bien un faux contact quelque part. Euh là c’est le téléphone ou l’ordinateur ?
Vincent Jarousseau
Certes, c'était fun et pas mon téléphone.
David Dufresne
Ah ben si, puisque l’image ne compte plus du tout. L’image, elle bouge beaucoup.
Vincent Jarousseau
C’est la beauté. C’est la meilleure photo qu’il y a. Y a quasiment. Je ne m’en souviens pas.
David Dufresne
un petit extrait :
Audio
Vous ne parlez pas de répression, de violences policières. Ces mots sont inacceptables dans un État de droit. Vous avez changé la loi. Quand j’entends le mot violences policières, je m'étouffe. On n’a pas. Le choix ? De bien. Dire comment on va faire ?Monsieur le Préfet de police. Rien n’est plus destructeur que le sentiment d’impuissance et d’injustice. Je vous demande donc une impunité zéro protection.
David Dufresne
Attention, on est à l’antenne. Est ce que vous m’entendez ?
Vincent Jarousseau
Très, très bien. Tout va bien. On parlait du ressenti par. Oui, dans mes. Donc je disais que depuis toute l’année dernière, j’ai coréalisé un documentaire avec Laurence de l’Eure qui sera diffusé bientôt sur France deux. On est un peu bloqués là par l’art, comme avec les temps de parole dans l'émission Infrarouge. Donc c’est un c’est une suite des racines, de la colère. On a suivi vraiment un couple, un jeune couple qui a 20 ans sur la question de savoir si on a la notion de partir ou rester quand on a 20 ans à Denain. Donc c’est vraiment l’idée, c’est vraiment de travailler sur l’attachement au territoire. Donc, je pense que c’est ce que je disais tout à l’heure. D’une certaine manière, le discours qui est porté par, par les, par les élites, par le discours néo néolibéral, pousse aujourd’hui à la mobilité des jeunes. Et je parle là de mobilité résidentielle. C’est à dire que, en gros, on survalorise le fait de quitter son chez soi pour s’en sortir, pour trouver du travail, pour découvrir d’autres horizons, d’autres cultures. Pourquoi pas. Mais en même temps, cet imaginaire est confronté à une autre réalité. C’est que si l’on prend les classes populaires sur ces territoires, partir c’est aussi quitter son environnement social direct, c’est à dire ses amis, mais surtout sa famille, ses parents, ses grands parents et dans une. Dans un monde où l’individualisation des rapports sociaux a été finalement d’une certaine manière imposée, on a. On a complètement cassé les cadres collectifs d’organisation avec le néolibéralisme depuis. Depuis plusieurs décennies, la seule cellule de solidarité qui existe encore aujourd’hui, c’est souvent la famille, le voisinage, les réseaux de solidarité locaux qui ne sont pas, qui sont finalement un impensé du politique aujourd’hui, y compris des politiques locaux qui en tiennent finalement assez peu compte. Et d’une certaine manière, je ne dis pas que Marine Le Pen, elle est, elle le survalorise. Au contraire, le fait que l’on l’entretienne, c’est cette solidarité locale. Mais elle, elle se présente, elle est perçue finalement comme l’exact opposé de ce qui est survalorisé par le monde libéral en général. Et d’une certaine manière, voter Le Pen, c’est une façon de s’affirmer dans une forme d’identité autour du travail, mais d’un travail qui est local et d’un travail qui est souvent considéré plutôt comme un travail manuel. Le travail des mains, par exemple. Quand je parlais avec Mickaël, il le disait un petit peu dans le livre. Il avait souvent tendance à considérer que les politiques, ceux qui sont dans les bureaux d’une certaine manière, ne sont pas des gens qui travaillent pour. Pour lui, ce n’est pas le travail. Le travail c’est concrètement de conduire un camion, c’est de travailler dans le bâtiment, c’est travailler de ses mains. Et ça, c’est français. Il n’y a pas que moi qui le dise. Je l’ai beaucoup entendu, mais dans beaucoup d'études. Finalement, on en revient toujours à cette question du rapport entre le travail, l’ancrage et les solidarités locales qui sont vraiment un impensé et un angle mort des politiques aujourd’hui.
David Dufresne
Quand vous parlez de l'élite, ça commence où l'élite ?
Vincent Jarousseau
Ce n’est pas forcément de Paris. Et ça, c’est aussi une des grandes erreurs que l’on fait. Il y a aussi des élus locaux, des maires, des conseillers départementaux, des députés et. Et la perception des élites et des élus ? Elle est multiple. Moi, j’ai constaté, notamment dans les villes gérées par le Front national, qui avaient une extrême aversion à l'égard des anciennes, des anciens maires. Alors pour. Parfois pour différentes raisons, parce qu’il y a eu de l’affairisme et parce qu’il y a eu du clientélisme. Parce qu’il y en a toujours d’ailleurs. Et l’habileté, d’une certaine manière, du ministère du glisse par des municipalités frontistes depuis 2014, c’est de s'être complètement inscrite en opposition avec les pratiques de leurs prédécesseurs qui pouvaient être socialistes ou de droite traditionnelle, à savoir souvent des élus locaux un peu en surplomb, pas forcément proche des gens englués pour certains dans des affaires politico financières. Et. Et finalement, il y a une personnalité qui incarne assez bien ce milieu et facettes, cette façon de faire exactement l’inverse. C’est un petit bourgeois, le maire d’Hénin-Beaumont, qui a été assez discret dans la campagne nationale de Marine Le Pen, mais qui, sur le bassin minier, je peux vous le dire, est extrêmement présent au-delà de sa ville d’Hénin-Beaumont. Et voilà, ce type, tu vois, c’est le maire qui est présent partout. Or, ce n’est pas propre au Front national, mais disons qu’ils ont surjoué cette proximité, ce côté on est, on est, on est du même monde, on est avec vous. Quoi !
David Dufresne
Alors si eux l’ont fait, est ce que les autres ont laissé le champ libre ? Là, évidemment, je pense à la gauche. Est ce que ça c’est discuter avec les gens que vous rencontrez ou pas ?
Vincent Jarousseau
Oui. Alors moi, ce que j’ai souvent entendu dire à propos des anciens maires socialiste, c’est souvent il y avait des anciens maires socialiste et ils pouvaient être enseignant d’anciens principaux de collège. D’ailleurs, la maire actuelle de demain, bon, qui a été d’ailleurs confortablement élue mais pour d’autres raisons aux élections municipales, était même principal de collège pour cette figure du principal de collège. Parce que j’ai entendu des gens, des électeurs du Front national me dire Ah ouais, mais l’ancien maire, j’avais l’impression, quand je le rencontrais, de rencontrer mon principal de collège. Quand je parle de surplomb, c'était aussi une forme de surplomb éducatif. Vous voyez ce que je veux dire ? On n’en a pas beaucoup parlé, mais le vote en faveur de Marine Le Pen est aussi fortement marqué par une stratification éducative dans la société. Ce n’est pas qu’une question de revenu et de statut social.
David Dufresne
C’est à dire ?
Vincent Jarousseau
C’est à dire que là où les taux de diplômés sont relativement peu élevés, on a un vote pour le Front national qui est proportionnellement très élevé. Si je prends le cas du bassin minier, les proportions d’une classe d'âge accédant aux études supérieures, je parle des classes d'âge actuelles oscille entre 20 et 30 %. Et donc. Et on est sur des territoires où le Front national a des résultats qui oscillent entre 55 et 65 70 %. Donc c’est quand même une corrélation extrêmement forte entre le niveau d'études et le vote pour ce parti.
David Dufresne
Veuve Chicot vous demande dans le tchat la Qu’avez vous pu voir de la gestion des villes gérées par le RN ? Quel retentissement au niveau local, notamment la culture et la presse locale ?
Vincent Jarousseau
Alors moi ce que j’ai pu en voir, sachant que mon enquête de terrain commence un peu à dater, et même si j’ai quand même quelques échos. Toujours est-il que je suis resté en relation avec des gens sur place ? Si les opposants sont les opposants associatifs d’ailleurs, que ce soit à Hénin-Beaumont, Hayange ou Beaucaire. C’est que les craintes qu’il pouvait y avoir d’une reproduction de ce que l’on avait connu dans les années 90, en 1995, quand il y avait eu des mairies frontistes, je pense à Toulon. Vitrolles Orange ne s’est pas reproduit exactement.
David Dufresne
Il faut rappeler Vincent que ça avait été épouvantable la gestion de ses villes.
Vincent Jarousseau
Lui, y compris en matière de droit. C’est à dire qu’on avait des maires Front national qui, à l'époque, prenaient beaucoup de libertés avec le droit. Ils se sont fait retoquer parce qu’une politique municipale est soumise à un contrôle administratif et notamment, je pense aux aides versées par exemple aux parents d’enfants français de nationalité française. À Vitrolles, évidemment, c'était une rupture d'égalité manifeste et ça avait été complètement retoqué. Et donc il y avait, y compris au port culturel, une volonté vraiment de tout nettoyer. Si je prends le cas d’Hénin-Beaumont, qui est le plus emblématique, où le Front national a quand même mis aussi des moyens, des moyens humains avec des gens, on va dire, quand même plutôt qualifiés. Il y a une gestion à la fois, entre guillemets, de bon père de famille, c’est à dire qu’on a voulu montrer des gages de bon gestionnaire, c’est à dire que l’idée a été de faire en sorte de jouer toujours dans cette stratégie de dédiabolisation sur la crédibilité des élus frontistes, à savoir gérer une ville. Voilà donc très concrètement, si on regarde les finances de ces trois villes, elles ne se sont pas écroulées. Si on prend le cas des Beaumont. Il faut quand même savoir que, au début des années de début des années 2010, c’est une ville qui, elle, s’est retrouvée sous contrôle administratif. Donc elle a été dans une situation financière extrêmement compliquée. Donc de ce point de vue, il y a eu, il y a, il y a vraiment eu, il y a eu l’idée de jouer sur leur sur leur capacité à gérer entre guillemets. Normalement, la ville a surjoué entre guillemets la propreté, C’est à dire que l’embellissement des villes fait partie d’une stratégie, mais ou en creux, c’est une façon de dire quand on va, on va nettoyer la ville, c’est qu’on va la nettoyer à plusieurs niveaux. Par exemple, on pouvait avoir des populations Rom qui étaient présentes dans le centre de la ville, que l’on ne voit plus par exemple, parce qu’il y a eu une volonté de harcèlement avec la police municipale et que ces populations ont compris qu’il fallait plutôt aller voir ailleurs pour être tranquilles quoi. Au niveau culturel, il n’y a pas forcément grande différence entre ces villes et les villes voisines. Vous retrouvez à peu près les mêmes programmations au moment des festivités du 14 juillet ou des fêtes populaires. Après, il y a des cas particuliers comme Ange ou le maire Engelmann. Dès sa première année de mandat, organiser une fête du cochon. A une forte connotation identitaire. Moi, j'étais présent aux trois premières éditions. C'était extrêmement marquant de voir la présence de groupes nationalistes. Laurent, proche de l’Union française. Mais en même temps, quand vous discutiez avec les gens, bah ils étaient contents de se retrouver dans une fête populaire. Voilà, c'était. Et effectivement, il y avait une dimension identitaire. Mais 2014 n’a absolument rien à voir avec 1995. Par contre, il y a la répression syndicale. Ça c’est précis, c’est connu, documenté. Il y a eu des procès d’ailleurs perdus par, pour le coup, par certaines municipalités. Je pense à Hénin-Beaumont où il y a eu des cas de discrimination syndicale avérés. Mais disons que. Attaquer bille en tête la gestion de ces mairies en pensant qu’elle referait la même chose qu’en 95 n'était pas forcément à mon avis la bonne grille de lecture. Je ne pense qu’il y a quelque chose de plus insidieux. On a des maires Front national qui, exactement comme Marine Le Pen au plan national, Ce que je veux dire, c’est que les maires frontistes savent parfaitement jouer aussi sur cet imaginaire des ressentiments. Donc cet imaginaire des ressentiments, c’est la perte entre guillemets, c’est l’idée de Dieu d’une certaine France qui disparaît. Voilà donc on survalorise le cinéma français des années 70. Survaloriser les traditions locales. Mais en même temps, ce que je veux dire, c’est que cet imaginaire, il fait partie aussi de ce que les gens veulent voir dans leur quotidien. Une partie des gens, en tous les cas, veulent voir dans leur quotidien.
David Dufresne
On n’a pas poussé sur la gauche et elle n’existe plus pour ces gens là.
Vincent Jarousseau
Ou bien en fait, c’est le rapport à la politique qui est particulier, quoi. Moi j’aime bien. C’est toujours très compliqué d’essentialiser les discours.
David Dufresne
Bien sûr.
Vincent Jarousseau
Pour certains, la gauche, le sens et le Parti communiste pour certains. Je parle des anciennes générations. Et même si je prends le cas de Michel par exemple, Mocky, ce n’est pas vieux puisqu’il a il y a 50 ans le routier de Denain, proche du Front National. Pour lui, la gauche, c’est le Parti communiste et en l’occurrence, ce n’est pas ses parents, ses grands parents qui viennent de milieux plutôt ouvriers, mais d’ouvriers qui n'étaient pas forcément dans des grands ensembles industriels. Et viennent plutôt d’une tradition ouvrière de droite. Donc ça, on n’en a pas beaucoup parlé. Mais il faut quand même savoir que tous les ouvriers n'étaient pas communistes. Dans les années 70, il y avait une grande proportion de d’ouvriers de droite, de droite gaulliste et que c’est ce vote ouvrier de droite qui a fortement déplacé son électorat frontiste. Donc la gauche c’est plutôt cela. Mais après dans la perception de la gauche que je peux entendre, oui, par exemple dans la part d’un c’est, c’est que finalement cette gauche, elle est perçue comme n'étant pas avec nous. Ils ne nous défendent pas quelque part c’est pas et qui n’est pas. Alors évidemment.
David Dufresne
On peut ça parce que justement ce serait une gauche élitaire. C’est vu comme ça, une gauche bobo.
Vincent Jarousseau
Alors avec nos mots. Mais il faut toujours faire très attention. Mais effectivement, je pense surtout à une gauche qui a trahi quoi, qui a trahi. Je ne vais pas remonter à. Haut à ce qui a pu se produire autour de la construction européenne dans les années 90-2000 entre Maastricht et le traité constitutionnel européen. Mais disons qu’il y a quand même l’impression que d’une promesse non tenue autour de l’Europe. Voilà. Et il y a un sentiment extrêmement profond, ça c’est clair, net, précis. Et si de mon point de vue, une réalité que l’instauration des politiques européennes se sont faites au détriment d’une certaine forme de redistribution sociale, c’est à dire qu’il il y a un sentiment de déclassement, d’appauvrissement, notamment avec la mise en place de l’euro qui que j’entends extrêmement souvent.
David Dufresne
Est ce que. Est ce que dans le livre il y a deux choses qui reviennent beaucoup ? J’imagine que vous vous en êtes rendu compte. C’est le cinq du mois. Le cinq du mois revient presque dans la moitié de vos portraits de famille, le cinq du mois. Si c’est le RSA et la télévision. Il y a toujours une télévision qui traîne ici ou là.
David Dufresne
L’entrée à grands traits. On pourrait dire qu’il y a d’un côté justement les idées, la télé, et puis il y a la réalité sociale, le cinq du moins. Est ce que vous pensez que ce sont ces deux choses là qui sont qui mobilisent finalement l'électorat du Front national, c’est à dire le social et le culturel, on va dire ?
Vincent Jarousseau
Oui, effectivement, les deux sont liés, mais. Extrêmement pratique. C’est que quand on a très peu de moyens, le loisir le moins cher entre guillemets, c’est la télévision. C’est la télévision qui est présente, qui est d’abord une présence, on ne la regarde pas forcément, mais l'écran est allumé. Moi je pense à Guillaume qui est le frère de Michel, qui lui ne travaille pas, qui me faisait part des journées qui sont extrêmement longues. Oui, je venais le voir en début d’après 12 h ses filles étaient à l'école.
David Dufresne
Même un plaisir honteux en disant : Je tourne en rond.
Vincent Jarousseau
Il le dit. Il tourne en rond. Il s’ennuie. Il a ses émissions. Aujourd’hui, il y a un large choix. C’est. Je pense que ça, c’est juste quelque chose que je dis au passage. En jeu, j’entends beaucoup de monde commun me dire Mais moi je n’ai pas de télévision, je dis très bien, mais si on veut comprendre le monde aujourd’hui, je pense que c’est important d’avoir une télévision, de la regarder et regarder certains points. Voilà, juste par curiosité.
David Dufresne
Par exemple, Hanouna est cité à un moment donné. Je ne trouve pas la case malheureusement, mais Hanouna est cité comme celui qui justement invite des gilets jaunes. C’est au tout début du mouvement. Mais bon, voilà. Oui alors si Hanouna l'éclaire.
Vincent Jarousseau
Hanouna par exemple, mais pas que. Après, il y a toutes sortes d'émissions. Autour de la sécurité où on est embarqué avec la police par exemple, qui façonnent beaucoup les imaginaires. Dont on regarde les clips aussi sur le câble et à la fin sur les chaînes. Il y a des gens qui diffusent des clips toute la journée, où là on peut avoir aussi une appropriation des cultures urbaines dans, entre guillemets, cette France périphérique. Mais les choses peuvent parfois être plus compliquées. Mais par exemple, moi, j’ai suivi, là, pour mon dernier livre, une assistante maternelle qui est une femme d’agriculteur, qui travaille, qui est chez elle toute la journée et chez elle, c’est une ferme. En fait, il y a une ferme au milieu des champs. Là, on est du côté de l’aventure. Elle peut Fourmies donc dans le nord de la France, mais dans la Vernois, dans des terres où Marine Le Pen a été réalisée. Des scores énormes au delà de 65 % au second tour de la présidentielle et. Et donc chez Angélique, puisque cette assistante maternelle s’appelle Angélique. La télévision reste allumée toute la journée, toute la journée et le matin, elle est branchée sur Annemasse. Une fan absolue de d’Hanouna et un de ses rares loisirs, c’est d’aller de temps en temps avec le comité, le comité des fêtes locales. Elle part à la journée en cars assister aux émissions de télévision. Alors là, malheureusement, je n’ai pas pu le documenter avec le qu’Ovide puisque le public n'était pas invité. Mais ça raconte aussi quelque chose. C’est sa fenêtre sur le monde. Et c’est vrai que la télévision reste une fenêtre sur le monde, c’est bien ça ? C’est là que je dis que c’est important. C’est à dire que même si on ne la regarde pas forcément directement, ça façonne énormément les imaginaires.
David Dufresne
Et donc on est donc on a tort de ne pas s’y intéresser.
Vincent Jarousseau
Je pense qu’on a tort de ne pas s’y intéresser. Je pense qu'à part les gens de gauche on va dire, qui s’intéresse un minimum aux classes populaires. Ne pas méconnaître complètement les programmes qui envahissent les écrans, c’est statuaire, y compris la publicité, voire les spots publicitaires, parce que les émissions sont entrecoupées de spots publicitaires. Il y a aussi le rapport à la consommation qui est extrêmement présent.
David Dufresne
Je me permets de mettre une photo magnifique d’ailleurs que vous avez publiée le 25 avril. Enfin, pour l'écriture de mon prochain livre dont vous parlez, Les femmes du lien, j’ai fait le choix de travailler dans le sud de l’Avesnois, dans le 59 et dans le Tirard et le zéro deux ainsi que dans le 93. J’y suis depuis deux ans. Des femmes travaillant dans les métiers du soin. La majorité d’entre elles ont voté pour Marine Le Pen hier. Toutes considèrent que les professions qu’elles exercent ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Les questions d’insécurité et d’immigration ne font pas partie de leurs préoccupations. Et ça, c’est cette phrase là qui m’a beaucoup plu, qui m’a interpellé parce que c’est aussi le cas un peu dans le bouquin quand même, dans le bouquin dont on parle depuis tout à l’heure, où la question de l’immigration, de la sécurité, de l’insécurité est assez peu évoquée. Donc, est ce que c’est un choix de l’artiste que vous êtes ou est ce que c’est est ce que vous ressentez vraiment ?
Vincent Jarousseau
Ah mais c’est vraiment ce que je j’entends surtout. Alors moi je ne vais pas forcément sur ce sujet, mais je vais vous citer un exemple. J’ai suivi aussi Séverine et vous la verrez dans mon prochain livre qui est Aide à domicile. C’est une femme qui a 45 ans, qui a deux filles de 20 ans, 31 ans, lentement et seize ans. Sa fille aînée était à domicile. Comme elle, elle est divorcée de son père, est séparée de son du père de ses filles qui lui même était routier et elle s’est mise en ménage avec quelqu’un qu’elle a rencontré sur Internet. Est ce que c’est. Ce serait intéressant d'étudier, d'étudier aussi comment les relations amoureuses se construisent et qui se trouvent venir de Côte d’Ivoire. C’est à dire que c’est quelqu’un qui a immigré pour s’installer avec elle en Côte d’Ivoire et ça ne l’a pas empêché de voter Marine Le Pen. Et d’ailleurs, elle a elle-même été confrontée au racisme puisque quand Siaka, son compagnon, est arrivé, je. Elle le raconte dans le prochain livre. C’est ses voisins se sont mis à ne plus lui parler et elle voit donc que le racisme existe. Mais. Mais il n’est pas forcément toujours présent que ce n’est pas la question centrale. Et d’ailleurs je pense que si la question de l’insécurité de l’immigration avait été des sujets centraux. Dans ces populations. Il est évident qu’Eric Zemmour aurait réalisé un autre résultat, un autre corps. Je pense. Je me suis exprimé à l'époque, à l’automne dernier sur sa candidature. Moi, je n’ai jamais cru au fait que cette candidature puisse prendre massivement dans ces territoires. D’une part parce qu’il n'était pas connu et surtout quand ils ont commencé à le connaître, ils ne l’ont pas perçu comme l’un des leurs, entre guillemets.
David Dufresne
Oui, mais Marine Le Pen, c’est quand même un tour de passe passe. On est bien d’accord, elle n’est pas un des leurs non plus.
Vincent Jarousseau
On est hors. On est tout à fait d’accord. On est tout à fait d’accord. Elle a une stratégie qui a parfaitement fonctionné. Moi, je ne suis pas dupe évidemment de son discours et de ce qu’elle a décidé, de ce qu’elle peut dire. Mais elle joue sur des moteurs encore plus puissants pour réussir à attirer à elle une part de l'électorat, il y a des inquiétudes qui peuvent atteindre le territoire, l’Avesnois et le courage d’y travailler. Ce sont des territoires où il y a très peu d’immigration. Vous allez à Fourmies, qui n’est pas un vilain petit village à Fourmies. C’est une ville qui a 12000 habitants, qui a compté plus de 20 000 habitants au XIXᵉ siècle puisque c'était un haut lieu des industries textiles.
David Dufresne
Mais il y a eu un massacre policier, donc il y a eu un massacre policier là bas.
Vincent Jarousseau
Le massacre du 1ᵉʳ mai 1891 qui est un des actes fondateurs du mouvement ouvrier français. Et d’ailleurs, il y a une excellente BD qui s’appelle La Fourmi la rouge, que je conseille de lire, qui retrace cet événement, mais à Fourmi, alors qu’il n’y a aucune implantation locale du Front National militante ou avec des il n’y a aucun élu. Marine Le Pen fait un score supérieur. Voilà. Mais après ce sont des territoires qui ont été ravagés par la désindustrialisation depuis plusieurs décennies. Et malgré certains efforts, je. Il faut, il faut être honnête, des pouvoirs de l'État. Il faut savoir que par exemple, sur la l’Avesnois Thiérache, il y a eu, il y a eu des programmes d’investissements qui se comptent en dizaines de millions d’euros de la part de l'État depuis quelques années, et notamment sous Emmanuel Macron, pour essayer de rattraper certains certain retard mais qui n’ont pas de prise. Peut être que ce sont des. Parce que je pense que aussi beaucoup de technocratie et de programmes qui sont assez éloignés finalement des besoins immédiats. Et j’en reviens toujours à la question éducative. Par exemple, si je prends le cas de Fourmies ou Denain, ce sont des villes où le taux d’illettrisme est de 20 %des gens qui ne maîtrisent pas correctement l'écriture et la lecture.
David Dufresne
Voilà. Donc après c’est dans vos échanges avec les gens que vous vous côtoyez. Est ce que vous avez le sentiment que. Ils sont intimement convaincus que c’est la solution ? Ou c’est plus ce qu’on a beaucoup entendu pour cette année ? On ne les a jamais essayés, On pourrait les essayer. Et puis, pour emmerder à l’idée du vote protestataire qui était zen dans les années 80-90 du Front National ou est ce que non, au contraire, c’est vraiment un vote de conviction. Pensons que si le Rassemblement national sera la solution à leurs problèmes.
Vincent Jarousseau
Il y a un peu de tout ça à la fois. Il y a un vote de conviction. J’en ai parlé tout à l’heure. Si je prends le cas d’un Mickaël par exemple, c’est un vote de conviction affirmée. Michael fait partie de ces gens qui votent à toutes les élections. Voilà. Et. Mais par contre, on l’a vu d’ailleurs aux élections intermédiaires, le Front national réalise des scores beaucoup plus bas parce qu’il y a beaucoup plus d’abstention et c’est, je le répète, qu’il faut le marteler. Il y a une distanciation extrêmement forte pour la politique et le principal danger pour Marine Le Pen dans les prochaines années, à mon avis, c’est une forme de notabilité, c’est à dire qu’elle va apparaître faisant partie du système entre guillemets. Voilà, donc c’est pour ça qu’elle est toujours un peu sur cette frange. Mais beaucoup d'électeurs, notamment sur ce second tour de l'élection présidentielle, qui ne vont pas forcément voter pour elle au premier. C’est une sorte de vote utile contre Macron aussi. Il y a aussi une détestation extrêmement forte d’une grande partie du salariat. Il faut quand même bien voir que Marine Le Pen et là je sors de ce territoire chez les salariés de 25 à 55 ans en gros est quasiment majoritaire aujourd’hui. Y a comme une réalité. Et tout ce que j’appelle la classe servicielle, notamment le back office de la société, en dehors évidemment des populations racisées. Dans les proches banlieues des grandes métropoles. Mais tout le reste de la classe servicielle a voté massivement pour le Front national, pas forcément par adhésion. Mais voilà, s’il y a deux, c’est qu’ils se distinguent véritablement à la fois dans l’abstention et dans le vote RN. Les inégalités sociales sont fortes sur le territoire. Plus ce vote est puissant. Par exemple, c’est vrai que l’on a des exceptions. On voit dans le grand ouest de la France, dans des villes. J’en suis originaire, j’en parle en connaissance de cause. Machine issue du périurbain nantais. On est sur des endroits où il y a peut être un peu plus de cohésion, de culture commune, y compris entre la bourgeoisie et les classes populaires, de référents culturels communs et aussi un rapport à l'égalité qui est encore un peu présent. Et donc pour l’instant, ce sont des territoires qui. Qui sont assez hermétiques, votre vote frontiste ?
David Dufresne
Question du chat L’idée que les villes gérées par le RN seraient plus violentes entre habitants aux violences conjugales, intrafamiliales est elle vraie ?
Vincent Jarousseau
Alors. Je pense qu’il faut. On peut reprendre la question mais en retirant le titre ville FN parce que de toute façon il y en a très peu. Si je prends le bassin minier, il y en a deux. Donc effectivement, dans des populations paupérisées, on constate effectivement des pratiques addictives importantes. Que ce soit la consommation de stupéfiants et surtout d’alcool qui peuvent amener effectivement à un certain nombre de drames et de violences conjugales. Moi, je l’ai vu à Denain, on le voit dans l’actualité, c’est extrêmement présent. J’en avais discuté avec la maire, je lui ai dit Mais quand vous parlez d’insécurité, moi, la première insécurité, elle est dans les dents, elle est entre les murs, d’une certaine manière, entre les murs et dans le secret des maisons. Et souvent ça passe. Il y a comme moi, j’ai constaté plusieurs féminicides ou homicides à deux mains liés à des pratiques addictives. Après, le rapport avec le vote frontiste, non, c’est d’abord, c’est d’abord une dimension sociale. Sachant que je mets quand je prends de grosses pincettes parce que les violences conjugales existent dans tous les milieux et ne sont pas promotion.
David Dufresne
Bien sûr. Oui, bien sûr. Carole dit 71 La question des corps est passionnante. Dans quel état de santé sont tous les gens que vous rencontrez ?
Vincent Jarousseau
. Merci Carole d’en parler parce que c’est une question pour moi. Il y a deux sujets qui sont jamais abordé cette question éducative et la question de la santé est intimement liée. Parce que plus on a un niveau éducatif bas, plus on a rapport à sa propre santé qui est compliquée et qui en plus est à plusieurs niveaux. En particulier, la question, je dirais éducatif, tout simplement. Et puis le fait que les professions que l’on exerce abîment les corps. Si je prends le cas des de Louis que j’ai suivi ces deux dernières années, mais pas que les aides à domicile. Le taux d’accidents du travail chez les aides à domicile est deux fois supérieur aux ouvriers du BTP. Donc si je prends le cas d’une ville comme Denain, on n’a pas de chiffres extrêmement précis sur l’espérance de vie. On en a à l'échelle de l’arrondissement, donc c’est un peu plus, un peu plus large. Mais cette espérance de vie se situe en gros autour de 65 ans. Voilà, donc on en revient à la question des retraites, bien sûr.
David Dufresne
Mais 65 ans.
Vincent Jarousseau
65 ans, oui il y a d’autres chiffres qui avaient circulé, qui se sont avérés faux puisque la maire de De Gaulle avait parlé de 58 ans. Je n’ai jamais pu vérifier ce chiffre auprès des autorités de santé, mais le fait est qu’il y a énormément de morts prématurées liées à ce que je disais tout à l’heure. Donc la surconsommation d’alcool, de tabac aussi. Bon, ça c’est une problématique aussi.
David Dufresne
Du coup, ils sont quand même certains à franchir. Il y a celui qui est terrible, terrible, qui répare son scooter et qui explique qu’il a payé un pneu 22 € et que donc ça c’est 22 € en moins sur le budget alimentation. Voilà, c’est quand même bon. Et y part et y part. Effectivement en Belgique voisine, acheter du tabac, ils sont plusieurs comme ça à le faire pour aller acheter du tabac moins cher Le cinq du mois ? Et le cinq bien sûr, bien sûr. Valeurs Anarchistes vous demande. Alors là, la question a 1000 balles avez vous une solution stratégique pour contrer le FN ? Et d’une certaine manière, il y a aussi Jimmy Fox. Que suggérez vous, puisqu' on a expliqué le rôle quand même d’une danseuse de la télévision qu’on a tendance à oublier. Et franchement, quand on lit le bouquin, ça revient. Voilà, ça ressasse, saute à la figure.
Vincent Jarousseau
Ah mais c’est puissant, extrêmement puissant. En même temps, franchement, je ne suis pas du tout compétent
David Dufresne
J’ai eu peur. J’ai cru que je vous ai dit que je ne suis pas contre le Front national, donc compétent.
Vincent Jarousseau
Il n’y a pas de solution magique. Mais j’en reviens à ce que je disais tout à l’heure, je pense qu’on s’en sortira à la fois par des programmes sociaux. Là je parle vraiment du territoire très abîmé. On parle bien sûr du moment où il faut beaucoup plus faire avec les gens dans les politiques locales. Ça, c’est aussi un des grands défauts des élus locaux sur la question de la démocratie et des pratiques démocratiques. Mais c’est un travail vraiment de dentelle et on en revient toujours, toujours, toujours à la question. Éducatives. Voilà. Alors ça, c' est du rapport aux entre guillemets, au savoir.. Ceux qui restent sur ces territoires ruraux, post industrielles qui sont à la fois très attachés à leur territoire, parce que partir ça coûte cher, c’est compliqué aussi de partir faire ses études dans une grande ville. Vous verrez dans mon prochain livre, beaucoup de ces femmes aspirent peut être à devenir infirmière, mais pour ça, il fallait aller à Valenciennes ou à Lille et donc partir. C'était tout de suite compliqué. Parce que quand on a un père qui ne travaille pas ou un père qui est ouvrier, une mère qui ne travaille pas, on ne peut pas et il y a beaucoup d’enfants, on ne peut pas payer ses études, donc on est obligé de rester et en restant, on ne peut pas faire d'études. Donc je ne dis pas qu’il va falloir installer des universités partout, mais c’est vrai que dans la culture ouvrière, là où il y a eu une organisation sociale forte. La disparition du mot ouvrier se fait vraiment extrêmement lente si je prends le cas de demain, la disparition d’Usinor remonte aux années 80. Donc on commence à faire un certain nombre de temps. Mais dans les. Dans les pratiques sociales, il y a des choses qui restent. Et dans les pratiques sociales par exemple, faire des études, ce n’est pas forcément quelque chose qui est sur valorisé. Certains le font, mais d’autres considèrent que ce qui va être important c’est de faire un bon apprentissage. C’est de travailler de ses mains pour se distinguer de ceux qui vivent de l’aide sociale, qui sont des cassos. D’une certaine manière, on va, on va survaloriser cela et derrière on va survaloriser la consommation et les signes extérieurs de richesse qui peuvent exister. Donc ça va être par exemple s’acheter une moto, s’acheter une grande télévision et éventuellement partir au camping dans le sud de la France pendant les vacances d'été. Là, je parle pour ceux qui travaillent, hein. Et donc c’est vrai que la question éducative est une question complexe qui ne peut pas se résoudre que par l’école, voilà, Il faut beaucoup plus de travailleurs sociaux. Moi j’ai suivi pour les femmes du lien Valérie qui était SDF. Je pense que vous ne savez pas ce que c’est cette non intervention sociale et familiale. Ce sont les anciennes travailleuses familiales, donc ce sont des travailleuses sociales qui travaillent dans des associations financées généralement par les départements et qui interviennent à la demande des services sociaux ou sur injonction des services de la protection de l’enfance qui interviennent dans des familles à raison de 1 à 2 demi journées par semaine, pendant parfois plusieurs années, dans des familles à la fois pour aider les parents dans l'éducation de leurs enfants, apprendre à des parents à être parents d’une certaine manière et à accompagner aussi des enfants. C’est vraiment un travail extrêmement fin et il y a malheureusement 8000 TST JSF en France malheureusement. Or, il faudra qu’elles soient beaucoup plus nombreuses parce que c’est pour prévenir, je dirais, des drames pour prévenir des déplacements qui peuvent être destructeurs en foyer ou dans les familles d’accueil. Pour faire prendre conscience de l’importance de l'école, ils peuvent jouer un rôle essentiel.
David Dufresne
Est ce que vous avez assisté ? Vous demande Astaroth au fait que dans la grande propriété. Dans la grande pauvreté, les gens ne mangent plus vraiment leur argent, mais davantage leur temps. Est-ce une réalité invisible à la société ? On 'est pas chez les cons ici.
Vincent Jarousseau
Je ne vois pas trop ce que ça veut dire manger son temps et son argent. La grande pauvreté concerne d’abord les gens qui ne travaillent pas. Donc la question du temps. Elle est extrêmement présente parce que le temps est extrêmement long quand on ne travaille pas et quand on n’a pas les moyens d’avoir des loisirs. Donc, si je prends le cas de Manu ou de Christian, par exemple, qui sont dans cette situation là. Management du temps, je ne sais pas si c’est vraiment le terme approprié.
David Dufresne
Alors Morgan dit bonjour aux adultes. J’arrive et j’entends un vrai discours. Il y a aussi des gens qui vous félicitent pour l’exposition au Havre. Vous avez fait une exposition au Havre ?
Vincent Jarousseau
Oui, oui, c'était au Havre. Et puis après elle a été relancée pour l’extraction du livre en fait.
David Dufresne
Voilà. Et à Visa pour l’image aussi, à Perpignan je crois, Non ?
Vincent Jarousseau
On a revu non un visage, eu des expositions, mais dans le cadre de prix de la presse quotidienne où c’est assez complètement différent.
David Dufresne
D’accord, d’accord. Alors, est-ce que fréquenter ces gens à haute dose ne devient pas un peu contagieux ?
Vincent Jarousseau
Alors là, c’est nous.
David Dufresne
On a appris que vous envoyiez votre fils donc.
Vincent Jarousseau
Ben oui, mais non, Mais j'étais bien là, bien sûr, bien sûr. Et excusez-moi d’insister sur ce point, mais non.
David Dufresne
C’est super.
Vincent Jarousseau
Manifestation à Paris, pas dans mon IEM. Voilà. Donc quelque part, je comprends très bien que cette manifestation, faut le faire. C’est une démonstration d’une certaine manière, mais. Mais je trouve. Enfin, moi je préférais emmener mon fils à Denain, à Paris, Roubaix, dans ces familles. Voilà, je vous le dis. Et ils découvrent un monde et je pense que les militants, c’est important aussi, d’une certaine manière, pour les gens qui visitent, d’apprendre à connaître ces mondes. Et la contagiosité, non. En moins. En travaillant à Denain, j’y suis allé pendant deux ans. J’y quand j’y vais quand j’y allais et dans ma façon de travailler. De manière générale, je reste en général plusieurs jours, quatre ou cinq jours sur place. Je reviens et je fais des allers retours comme ça en fait. Et ça, ça permet de garder entre guillemets, là, la distance critique, la distance critique, c’est-à-dire de ne pas complètement fantasmer. On a besoin de cette distance déjà pour réfléchir, pour se poser, pour, entre guillemets, digérer tout ce qu’on a pu saisir en enregistrement, en photographie. Mais non, voilà, je pense qu’après la distance c’est ça aussi, c’est aussi les lectures que l’on peut avoir à côté. Voilà, mais c’est un autre positionnement. Il est important, donc je pense que c’est une question que tout le monde, en tout militant entre guillemets, doit se poser.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr. Alors, ce que donne des précisions par rapport à cette question sur le management du temps, ça n’amène pas forcément de réflexion de votre part de réponse de votre part, mais l’honnêteté commande de lire ce qui dit Exemple d’accès à un repas douche se laver situé dans des endroits différents, des fois dans des espaces temps courts et des choix qui doivent alors se faire entre se laver, manger, se préparer pour un entretien, il n’y a plus d’argent, seulement de l’organisation du temps. Après, je parle de la grande pauvreté en milieu urbain davantage qu’en ruralité. Pour le coup, c'était ça le sens.
Vincent Jarousseau
Et je comprends. Non, mais il y a des arbitrages, en tous les cas par rapport à l’argent, effectivement, il y a des arbitrages parce qu’on ne peut pas, on ne peut pas tout payer. Et sur le temps peut être, je peux dire moi, de ce que j’ai pu voir, c’est que le temps pour revenir à la question des mobilités est extrêmement important le coût des mobilités dans les vies pour certaines personnes. Je pense notamment aux travailleurs intérimaires, le temps passé à se déplacer quand on n’a pas de moyen de transport propre. C’est vrai en milieu urbain, mais c’est aussi vrai dans les milieux périurbains et ruraux est extrêmement présent. Donc il y en a 1000. Voilà, ça peut concerner une partie de la pauvreté ou de la pauvreté. Je ne sais pas comment l’appeler, mais voilà. Mais je pense que pour tout à chacun, et c’est pour ça d’ailleurs que dans les racines de la colère, dans les petites fiches de présentation des protagonistes, j’indiquais le temps passé de manière journalière dans les transports en commun ou dans les transports.
David Dufresne
Il n’y a pas la mobilité, il n’y a pas la mobilité. Il y avait plus de sons pour moi, mais juste pour moi. Donc je relie Guillaume et Alain. Moyen Transport. Marche à marche à pied. Voiture. Temps passé dans les transports chaque jour entre zéro et 30 minutes. Revenu mensuel 1 100 € net de RSA. Distance parcourue chaque jour à zéro et dix kilomètres de distance. Destination la plus lointaine Disneyland 204 kilomètres. Nombre de départements de résidence. Voilà, c'était pour faire. Écho à. dont on parlait à l’instant. Les petites fiches qui guident Vincent sur votre travail, il y en a quelques-unes. J’imagine que vous êtes extrêmement habitués à ça. Il y a quelques réserves sur la forme. Moi, je trouve génial parce que perturbant, mais qui perturbe la forme du roman photo. Certains peuvent y voir se demander si c’est bien adapté à la misère dont il est question. Certains se demandent si ce n’est pas un côté un peu Strip-tease, émission belge que moi j’ai adoré. On se moquerait un peu de cette culture là. J’imagine qu’on vous a posé 200 000 fois la question, mais elle revient.
Vincent Jarousseau
Bien au-dessus. Moi, c’est extrêmement simple en fait. Quand j’ai commencé mon travail documentaire sur les villes FN, donc avec Valérie Goulet pour écrire L’illusion nationale, au départ, quand je travaillais, qu’une historienne, quand on décide de travailler ensemble, on. En 2014, on sort des élections municipales et on a l’intention dès le départ de dire que nous allons à la rencontre des électeurs dans ces villes. Voilà, ça c’est le c’est le. C’est le parti pris de départ. Notre intention est plutôt d'écrire un livre, mais on ne connaît pas la forme de cet ouvrage ou éventuellement d’en faire un web doc. Donc un web documentaire, ça supposait aussi de faire de la prise de son, etc. Et donc, quand on a commencé ce travail, quand j’ai commencé à rencontrer ces électeurs, j’ai tout de suite fait des captations sonores et on s’est rendu compte d’une chose, c’est que ce qu’il y avait pour marcher sur nos deux pieds, c'était à la fois un travail de représentation par l’image d’incarnation extrêmement forte, ce que l’on ne voit pas forcément beaucoup dans les essais, parce que c’est plus compliqué. L’image joue un rôle parce que les corps parlent, parce que les visages parlent, etc. Et c'était aussi un travail de restitution brute de la parole. C’est à dire qu’on avait cette matière d’enregistrement qu’il fallait restituer et dans un premier temps, on a commencé à travailler. Au bout de quelques mois. On a présenté à l'époque ce travail à Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de la revue 21. À l'époque, on a eu des échanges et il se trouve que dans la revue 21, il y avait à la fin de la revue, systématiquement une bande dessinée de reportage sur un sujet, un sujet d’actualité mêlée de reportages d’actualité. Et c’est en échangeant avec lui qu’on est ce qu’on a décidé d’arriver à cette forme de la bédé photo documentaire. Parce que justement, le roman photo documentaire qui n’a pas ou qui n’a pas vraiment été et qui n’avait pas vraiment été expérimenté jusqu’alors, et on peut aussi parler de gens, mais de gens de France aussi, de quand il s’appelait Jean Teulé. Alors même si c’est une forme un peu un peu différente, mais, c’est autre chose.
David Dufresne
Bien sûr, c’est autre chose.
Vincent Jarousseau
Mais il n’y avait pas eu véritablement un travail entre guillemets, sérieux, documenté.
Vincent Jarousseau
Non, Et on s’est dit on a voulu relever le défi d’une certaine manière, parce que ça permettait de répondre aux deux problématiques de à la fois restituer les représentations par l’image et la parole. Parce que, par définition, la photographie, elle, est muette, elle peut exprimer des choses, elle peut suggérer des choses, mais en aucun cas elle est en capacité de restituer la parole des gens, tout simplement. Et donc, on a essayé, tout simplement. On a vraiment expérimenté. Au départ, c'était pour la revue 21 dans un premier temps, et on s’est rendu compte que ça fonctionnait. On l’a fait de manière artisanale au départ. Et puis là, au fur et à mesure, les choses se sont, se sont affinées. Et puis c’est moi comme photographe, Comment dire. J’ai beaucoup de collègues, de confrères qui font des livres de photographie mais qui finalement ont un écho assez, assez, assez réduit les livres de photographies sont lus par des photographes. Je caricature, mais à peine. Et ça, ça, moi, ça ne m’intéresse pas. Je jouis toucher un public beaucoup plus large et. Et pour le coup, la forme assez originale a permis de toucher à la fois les gens qui s’intéressent au monde de la bédé, à un gros lecteur de bande dessinée, je précise.
David Dufresne
D’ailleurs j’ai oublié de dire mais au tout début, il y a quelques planches qui sont très jolies d’ailleurs, d Eddie Vaccaro qui racontent une passe que vous ne pouviez pas raconter ces histoires de Denain avec quatre cinémas à une époque, même un ramassis extraordinaire. J’ai ma caméra qui se barre. Décidément, t’as une émission sous le Covid C’est compliqué. Voilà, là je remonte. Voilà, il y a par exemple ça. Je trouve ça magnifique. Le site Usinor Denain était l’un des fleurons de la production d’acier en France. Tentaculaires, les usines s'étendent, l’usine s'étend sur près de dix kilomètres, dix kilomètres, 24h sur 24, sept jours sur sept. Elle ne s’arrêtait jamais 10 000 salariés travailler En 74, l’usine produisait 2 420 000 tonnes d’acier, son record historique. Et donc, au début, je suis en train de montrer Vincent en train de montrer. Et voilà les premières pages qui sont très belles. Et après on va basculer. Évidemment, l’usine ferme, même si pire que ça, elle est délocalisée. Pars en Chine et tout d’un coup on passe de la bédé au roman photo et c’est parti. Et là, c’est parti pour un tour, pour un voyage. Les bouquins ont bien marché.
Vincent Jarousseau
Oui, oui, Ben oui, oui, c’est ça par rapport à un livre photo classique, les livres ont bien marché, Les racines de la colère en particulier. Oui, un livre qui entra, qui a été reconnu par les pères de la bédé puisqu’il a obtenu le prix France info de la bédé d’actualité de reportage. Et donc pour moi, c’est une bédé à la bédé. Aujourd’hui, c’est un genre, ce n’est pas forcément un objet dessiné, il y a beaucoup de bédé d’ailleurs on a l’impression qu’elles sont dessinées, mais tout est numérique, c’est fait à partir de photos, etc. Le prochain livre d’ailleurs, il y a une part du dessin qui est encore plus importante puisque chaque portrait de femme est introduit en bande dessinée. Pour raconter la genèse de ces femmes, leur parcours de vie, comment elles sont arrivées dans ces métiers du lien. Donc c’est vraiment une mise en récit. Et donc à chaque fois, on a entre trois et sept pages de bébé pour chaque femme. Avec Thierry Chavanon au dessin. Je ne sais pas si c’est lui qui a réalisé l’enquête de Mediapart sur l’affaire Sarkozy Kadhafi.
David Dufresne
Ben oui, bien sûr, il n’est pas question de flic.
Vincent Jarousseau
Récemment, avec Matilda à la couleur qui a fait des très belles couleurs de la très belle BD sur les algues vertes. Voilà. Donc c’est bien sûr Alpha ici, mais le résultat est absolument incroyable et à chaque fois, on travaille par rapport à des photos d’archives. C’est-à-dire que la BD, dans Les racines de la colère, je l’ai faite à partir de ce qui a été dit. Vaccaro a travaillé par rapport à des photographies d’archives que j’ai pu récupérer, soit des archives privées familiales ou des archives publiques. Et là, c’est exactement la même chose. On essaye de reconstituer un monde perdu entre guillemets. Donc non, non, il n’y a pas de faux pas, voire de mépris dans le genre du roman photo. Ce n’est pas du tout. D’ailleurs, moi j’envisage peut être de travailler sur des populations plus favorisées. À terme, on verra. Et je continuerai à utiliser ce mode narratif. Voilà qui permet de toucher un public beaucoup plus à beaucoup plus large. Et voilà. C’est à la fois un essai, c’est à la fois une BD, c’est à la fois un roman photo, un livre de photos. C’est un peu tout ça à la fois.
David Dufresne
Alors en fait, vous, vous demandez : Oui, c’est un peu tout ça à la fois. Est ce que vous avez eu des retours de la part des gens qui sont dans le livre ?
Vincent Jarousseau
Bien sûr, mais déjà, je suis resté en relation avec la plupart d’entre elles, aussi en partie grâce aux réseaux sociaux, mais aussi par rapport au fait que j’ai fait beaucoup de restitution de ce livre dans la région. D’ailleurs, quand Les racines de la colère est sortie, le premier endroit où on a fait une présentation, c'était la médiathèque de Denain. Voilà où on en a eu. Voilà, il y avait plein de monde. C'était la première fois qu’il y avait autant de monde. D’ailleurs, aux dires des responsables de la médiathèque, où certains des protagonistes d’ailleurs ont pris la parole. Et il y a eu énormément de retours aussi médias, presse française, presse étrangère, documentaire de télévision.
David Dufresne
Et est ce qu’il y a eu des malentendus ? Pas forcément violent, méchant ou agressif, mais. Et est ce que certains n’ont pas compris votre démarche ? Quel que soit le bord ?
Vincent Jarousseau
Oui oui, oui, quelque soit le bord et les raisons de préciser, Oui, bien sûr. Alors moi j’ai aussi dans la mythologie quelque chose de précis, c’est que je fais de la guérilla en ce moment. Quand je pose, si vous voulez les séquences et que je reste, je restitue une partie des enregistrements dans les bulles. Tous les textes, je les fais relire par les protagonistes parce que ce sont leurs paroles que je restitue au modèle. Parfois évidemment, mais pour ne pas trahir, disons le propos de ces personnes, je tiens beaucoup à ce que c’est qu’elles puissent relire et éventuellement corriger. Donc il n’y a pas, il n’y a pas tromperie d’une certaine manière, et non le sentiment général, vraiment à chaque fois qui ressort, c’est un sentiment de fierté d'être dans un livre. Vraiment, je ne vais pas, je vous assure, c’est vraiment stimulant. Pour les récits de la colère, c’est peut être encore plus vrai que pour l’illusion nationale. C'était peut être plus distant. J’ai passé peut-être moins de temps avec les personnes. Il y a plus de personnages, oui, mais c’est d’abord la fierté de figurer dans un livre, de pouvoir figurer et de pouvoir s’exprimer tout simplement. Un passé. Et je pense que c’est quand même après les ressentiments, moi je les ai peut être plus vu du côté de gens qui ne figurent pas dans le livre, Je pense notamment aux élus locaux, un maire socialiste de 2001 par exemple, à qui je vais avoir un peu de pitié on va dire. Ah parce qu' après, ça peut se comprendre parce qu’elles considèrent que je véhicule une image de sa ville qui n’est pas celle qu’elle voudrait voir circuler, en fait. Par rapport au maire Front National, il y a eu différents points de vue. En tout cas, il y a une difficulté pour eux manifeste, c’est que c'était quand même la parole de leurs électeurs qui était validée par leurs électeurs, qui était plutôt fière d'être présente dans le livre. Donc c'était compliqué pour eux derrière de descendre le livre.
David Dufresne
Et alors bon, j’ai lu pour préparer l'émission alors que le commis de commencer arrivé chez moi, dans ma tête, il y a un papier de Florence Aubenas dans le Monde qui a un peu lancé quand même là, le. Est ce que, à l’inverse, dans l'élite dont on parlait tout à l’heure, est ce qu’il y a eu des malentendus et qu’il y a des gens qui n’ont pas compris, qui ont descendu le bouquin, qui n’ont pas apprécié la démarche ?
Vincent Jarousseau
Oui. Alors sur l’illusion nationale, ça a été, ça a été. Je ne sais pas si c’est l'élite, mais le fait de faire le choix d’une couverture de livre avec Marine Le Pen qui fait un selfie avec une jeune fille blonde à ses côtés n’a pas toujours été bien compris. Voilà, moi j’ai vu des gens en librairie me dire ah mais je ne peux pas avoir ce livre chez moi, ce n’est pas possible. Est ce que ça a été à la couverture ou que ce n’était pas forcément l'éditeur média ? Après pour les racines de la colère, il se trouve qu'à la fin, il y a une postface que j’ai transformée en lettre ouverte à Emmanuel. Absolument. Alors le livre sort en mars 2019, On est en plein mouvement des gilets jaunes. Il est probable que je n’aurais pas forcément fait cette lettre si le livre était sorti dans un autre contexte. Mais quand j’ai commencé à écrire ce livre, je n’ai absolument pas prévu, évidemment, le mouvement des gilets jaunes. Mais voilà, j’ai fait cette lettre et je me suis permis de lui envoyer un exemplaire de ce livre, comme je l’ai adressé d’ailleurs à d’autres politiques. Et il m’a répondu. Il m’a répondu par un petit mot manuscrit en me répondant que je connaissais bien évidemment parfaitement ses gibbons, puisque justement, moi, ce que je lis, ce que je lui reproche, ce que je lui disais, c'était en substance aussi ce que l’ami François Ruffin avait écrit Au même moment, c'était le procès, le titre du livre des lettres à ce pays que vous ne connaissez pas.
David Dufresne
Oui, absolument.
Vincent Jarousseau
Mais voilà, c’est une réalité. Alors il essaye et il fait des efforts. Mais après ? Voilà, c’est donc ça, je n’ai pas le nom, je n’ai pas eu de critique très violente je dois dire.
David Dufresne
. Mister Mystery Geoff nous dit, sur l’extrême droite, ce qui pourrait vous servir en termes de lutte. Venez documenter la Wallonie à côté de vous par la même langue où l’extrême droite ne pèse que 1 % en vitesse de pointe. Visiblement, on a des méthodes plus efficaces.
Vincent Jarousseau
Oui, mais reparlons en dans quelques années. Voilà. Parce que la Belgique est un pays qui a un système politique et institutionnel très différent. Mais. Mais on voit poindre quand même. Il y a eu, il y a eu un cordon sanitaire, ce que les Belges appellent le cordon sanitaire.
David Dufresne
Ah merde. Euh. Est ce qu’on pourrait trouver une fin plus optimiste ? Non, peut-être pas. On n’est pas obligé non plus hein Une dernière chose. J’imagine Vincent, que vous avez vu passer cette vidéo d’Hénin-Beaumont sur Twitter, qui a été justement beaucoup documentée. Donc la mère et la fille, il est 19 :59 :50 et elles apprennent le résultat. La fille fait un doigt d’honneur, la mère me sort des insultes. Depuis, les deux sont harcelées sur les réseaux sociaux. Elles ont essayé de joindre le journaliste qui avait mis la vidéo sur Twitter. Bon, le coup est parti, mais moi ce qui m’intéresse, c’est votre regard. Il y a eu, il y a eu tout un tas de commentaires sur cette vidéo. Quel serait le vôtre ?
Vincent Jarousseau
Moi cette scène là, je l’ai vécue en direct, alors je n’ai pas couvert les soirées électorales cette fois ci, mais je l’ai. J’en ai découvert plein d’autres, notamment à Hénin-Beaumont et sous régionales élections présidentielles. Et ce genre de scène, j’y ai assisté. Et c’est vrai que bon, il y a quelque chose de touchant dans cette scène moi, j’ai senti. Je pense que la viralité de cette vidéo est aussi liée au fait que les gens y sont, sont en partie touchés. Il y a beaucoup d’ambivalence là dedans, c’est à dire que ce sont effectivement des actrices du Front national, mais on ressent, il y a un ressenti derrière. Voilà pour schématiser, mais voir d’une certaine manière deux victimes de la mondialisation pour faire un raccourci. Et quelque part, il y a le sentiment qu’il y a un dégoût par rapport au fait que ce soit Emmanuel Macron qui soit élu, puisque finalement que ce ne soit pas Marine Le Pen qui soit élue.
David Dufresne
Oui, bien sûr, mais en fait, je voulais vous amener là
Vincent Jarousseau
C’est ce que je ressens dans cette vidéo. C’est ce que c’est quand même un dégoût par rapport et une violence par rapport à la personne d’Emmanuel Macron. Peut être au-delà de la question Marine Le Pen.
David Dufresne
Mais en fait, ce qui m’avait aussi marqué, c’est dans certains commentaires. J’ai trouvé beaucoup de moments, j’avais le mot en tête et là je ne l’ai plus de condescendance.
Vincent Jarousseau
Oui. Ah oui, bien sûr, bien sûr.
David Dufresne
Et de la part de gens de gauche qui n’arrivent pas à se situer par rapport à cette colère, par rapport à eux.
Vincent Jarousseau
Mais ça, c’est exactement ce que l’on a entendu au moment où au début du mouvement des gilets jaunes. Je parle vraiment de l’acte un de l’acte deux, les premiers jours du mouvement des gilets jaunes, il y a systématiquement malheureusement et ça je pense que c’est une grande erreur, un besoin de disqualifier une partie de ces classes populaires en raison de leur vote ou de leurs opinions. Et je pense que c’est Il y a une force, une forme de facilité, de facilité finalement à A à discréditer les gens parce qu’ils votent pour un tel ou pour un tel. Voilà, c’est une réalité. Et donc effectivement, beaucoup de condescendance il y a à disqualifier les personnes en disant bon voilà, après tout, c’est leur faute, ils votent pour Marine Le Pen et c’est quelque part, c’est bien pratique, c’est bien pratique parce que ça permet d'éluder des formes de séparatisme qui peuvent exister par ailleurs dans la société. Je parle de séparatismes sociaux, principalement avec une partie de la bourgeoisie qui vit confortablement dans ses quartiers entre elle et qui fait la leçon matin, 12 h et soir à des populations qui sont confrontées à d’autres difficultés. Et ça, c’est quand même quelque chose qui est extrêmement ressenti, je pense aujourd’hui dans notre société.
David Dufresne
Dernière question Vincent, après je vous libère. C’est Simone qui vous pose la question : Que pensez vous du discours selon lequel il ne faut pas s’approcher ni parler avec « ces gens là ? »Car cela reviendrait à légitimer le discours raciste. Vous avez dû entendre ça souvent.
Vincent Jarousseau
J’en reviens à ce que je disais tout à l’heure. C’est très pratique. C’est très pratique, mais malheureusement c’est complètement inopérant. Moi je pense au contraire qu’il faut, il faut aller vers cet électorat. Je parle de l'électorat, attention ! Il faut absolument aller vers cet électorat d’une manière ou d’une autre. Voilà, on en retrouve. Les fractures multiples dans notre pays font qu’on a des bulles de discussion qui sont extrêmement fermées. C’est le cas, là, présentement. Sûr, et c’est le cas sur les réseaux sociaux, très clairement, et encore plus sur Twitter, où vraiment on sait que les algorithmes favorisent ces canaux de discussion. C’est évidemment renforcé aussi par les pratiques, les pratiques culturelles. Et l’un des grands problèmes, je pense aujourd’hui de nos sociétés contemporaines, c’est et c’est la fait, c’est le fait qu’on n’ait pas on n’a pas de référent culturel commun. J’ai 40 devant. David Je pense qu’on a à peu près la même génération aussi.
David Dufresne
Un petit peu plus vieux, un peu de respect, jeune homme.
Vincent Jarousseau
Enfin voilà, quand on était gamin, il y a les trois chaînes de télévision, quand il y avait La Grande Vadrouille, un corniaud à la télévision. Quand j'étais môme à l'école où tout le monde parlait de la même chose, le lendemain, on parlait tous, on avait les mêmes. Et quel que soit le milieu social et bien sûr d’où l’on venait. Et je crois que l’un des grands enjeux pour la gauche dans les années qui viennent, c’est justement d'être en capacité à répondre à cet imaginaire du ressentiment et à recréer des imaginaires dans lequel les classes populaires, toutes les classes populaires, puissent se retrouver. Voilà. Et ça, ça suppose de faire un travail, mais vraiment extrêmement fort, puissant sur le terrain, mais aussi au travers de nos productions. Il y en a un qui y contribue beaucoup, c’est François Ruffin. Je pense que ça peut être un exemple pour beaucoup de monde. Voilà, donc ça passe, ça passe par les films, mais ça passe, ça passe par des livres, ça passe par, ça passe par la télévision. En tous les cas, ça passe par aller voir les gens qui ne nous ressemblent pas.
David Dufresne
Merci infiniment Vincent. Très belle parole de fin, Labelinne dit, François a fait un boulot grandiose. Est ce qu’on appelle ça la France périphérique ou pas ?
Vincent Jarousseau
Ah oui, on en parle une prochaine fois.
David Dufresne
Une prochaine fois. C'était trop bien ! Merci beaucoup à vous

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