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Marche pour l'égalité de 1983. Qu’en reste-il ? Débat avec celles et ceux qui l’ont faite

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Transcription de l’émission

David Dufresne
. Ils vont nous dire tout de suite. Alors pour l’instant, vous êtes la seule des trois invités. Je crois que vous avez fait en sorte que les deux autres ne viennent pas, c’est ça ?
Boukenouche Zohra
Oui, je les ai liquidés.
David Dufresne
Vous avez liquidé. Vous avez fait ça proprement. Comment avez-vous fait ?
Boukenouche Zohra
Non, non, Ils m’ont lâché surtout. C’est vrai. Hanifa est malade et je n’ai pas de nouvelles.
David Dufresne
Donc Saïd, c’est votre frère en fait, c’est ça ?
Boukenouche Zohra
Oui, entre autres
David Dufresne
Oui, votre frère. Vous faites partie de ceux qui ont qui ont lancé la marche ?
Boukenouche Zohra
Pas du tout. Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. D’abord, on n'était pas que toi, on était dans les années 80, il y avait une association qui s’appelait Association rencontre amitié et qui avait un média qui s’appelait Radio Gazelle. Donc c'était une radio multiculturelle avec une dizaine de communautés marseillaises venant de plusieurs horizons, que ce soit du Maghreb, des Antilles, d’Arménie, de Chili, du Vietnam, etc. Et quand il y a eu les émeutes, ce qu’on appelle les émeutes à Lyon, donc je dirais plutôt des révoltes. Gildas s’est fait blessé par un policier parce qu’il défendait un jeune qui a été agressé par des policiers avec des chiens. Il s’est retrouvé à l’hôpital et à ce moment là, avec donc Christian Delorme qui était prêtre, qui est toujours prêtre. Et le pasteur Costil qui est décédé aujourd’hui avec les jeunes, ça veut dire Minguettes, ont décidé de faire une marche non-violente qui se réfère à celle de Gandhi et Martin Luther King. Et nous, à Marseille, on se réfère à celle du 17 octobre 61. On hésite puisque nous entre dans notre filiation. C’est cette histoire là qu’on veut mettre en avant. Donc, à partir de là, de.
David Dufresne
Celle des Algériens à Paris qui vont être massacrés.
Boukenouche Zohra
Et jetés dans la Seine.
David Dufresne
Jeté dans la Seine, on n’a toujours pas le chiffre exact.
Boukenouche Zohra
Autour de 200 morts,
David Dufresne
autour de 200 morts.
Boukenouche Zohra
Donc, à partir de là, ils ont contacté plusieurs collectifs au niveau de certaines villes de France et à Marseille, ils ont contacté Gazelle, donc autour de Radio Gazelle. Donc il y avait d’autres accueillants qui étaient, je dis de mémoire, la Cimade, le MRAP, enfin pas vraiment le MRAP, le MRAP n'était pas trop pour, c'était Baya Bône Jacquet qui était une ancienne militante du FLN algérien et qui a dit Moi je vais soutenir ces jeunes qui veulent marcher. Donc il y a été. Et à partir de là, donc. Un collectif s’est créé autour de l’accueil des marcheurs lyonnais, donc ils venaient des Minguettes et à ce moment là, il a été décidé de partir de la Cayolle. Pourquoi la Cayolle ? C’est parce que.
David Dufresne
C’est mal parti parce que ça va être passionnant, je le sens. Comment ? Comment vous êtes au courant, vous, depuis Marseille, qu’il y a tout ça à Lyon ?
Boukenouche Zohra
A l'époque, il n’y avait pas des iPhone portables, il y avait des fax, il y avait des téléphones fixes.. Donc on a été contacté
David Dufresne
C’est génial, Voilà le frangin.
Boukenouche Zohra
Donc c’est lui qui va plus faciliter l’organisation de l’accueil puisque c'était lui qui était en gestion du dossier de l’accueil des marcheurs à Marseille.
David Dufresne
Elle a prétendu qu’elle vous avait liquidé pour être seule face à la caméra. Mais en fait, vous êtes ressuscité. C’est ça ?
Boukenouche Saïd
C’est tout le monde. Or, tout le monde disait qu' on aura droit doit faire aussi. Maintenant, c’est le contraire, c’est le contraire.
David Dufresne
Donc on était au tout début. Votre sœur était très pressée. Elle veut, elle veut rentrer. Il n’en est pas question. Donc on prend, on prend le temps. Et donc là, je pose une toute première question qui était comment il y a 40 ans, vous étiez au courant de ce qui se passait à Lyon et que vous étiez en rapport avec les différentes associations le pasteur, le curé dont vous avez parlé ? On va en reparler. Donc c'était le fax.
Boukenouche Saïd
Il a été décidé de lancer l’affaire en partant des Minguettes. Très naturellement, ils ont commencé à contacter des associations un peu partout en France. Pour Marseille, c'était assez simple puisque Christian Delorme, c’est les travailler, la Cimade et la Cimade. Donc il y a un bureau à Marseille et donc tout de suite, ils ont contacté les associations antiracistes de terrain et c’est là que je participais à la première réunion pour réfléchir à comment on faisait de manière concrète le démarrage de Marseille.
David Dufresne
Et à l'époque, vous faisiez quoi, vous ? Vous étiez militant, vous étiez Radio Gazelle où vous étiez ?
Boukenouche Saïd
Oui, bien sûr. Dans le temps, on était Radio Gazelle aussi. Mais un militantisme pour moi a commencé avant. Radio Gazelle, c’est 81. Moi, comme je suis plus vieux, j’ai commencé un peu avant, il y avait. Il y avait un truc qui s’appelait SOS Refoulement, je ne sais pas, c’est-à-dire quelque chose à quelqu’un, à quelqu’un. Ici, c’est une association contre les expulsions. On appelait ça refoulement à l'époque. Puis sinon, je participais à cette association de solidarité aux travailleurs immigrés et aussi de lutte pour le logement dans des cités de transit. Ce n’est pas éternel, etc. Donc il y avait quelque chose avant. Avant, avant et avant l’idée de la marche.
Boukenouche Zohra
Ce qu’on peut dire aussi pour ajouter par rapport à ce que dit Saïd, c’est qu’en fait on s’est rencontré avec Nicolas, qui est bien parce que son frère Zahir Boudjellal a été tué en février 81 et quelques mois avant, c'était d’avoir Mohamed qui a été assassiné aussi. Et donc en fait, on s’est rencontrés. Donc pour ceux qui sont un peu plus jeunes que Saïd autour des crimes racistes et donc tout ce qui tournait autour de Gazelle, entre autres, c'était beaucoup des gens de ces quartiers là. Donc la Paternelle l’a vu sur une des flamants.
David Dufresne
Vous avez le message, Vous avez le bonjour de votre petit-fils Saïd.
Boukenouche Saïd
Ah oui.
Boukenouche Zohra
C’est bien.
David Dufresne
La scène. Oui, voilà, il est dans le tchat. Là, il y a la dédicace Papy. Donc c’est vraiment une affaire de famille. C’est cette histoire de phallus.
Boukenouche Saïd
Lui c’est ce que c’est ce genre de média. Encore que moi je n’aurais pas su écrire le message.
David Dufresne
Là vous êtes à la pointe, là, je peux vous dire c’est l’avant garde. Je. Comme je parle à des gens qui ont fait de la radio, là, je suis en train de régler le problème de son. Mais alors maintenant, c’est trop fort. Alors, tout à l’heure, vous étiez trop faible, maintenant c’est trop fort. Bon, là, ça devrait être là. Ça devrait, ça devrait être bon. Alors ça, c’est très important parce que les crimes racistes, on a tendance à l’oublier, ou en tout cas, les gens de la jeune génération ne sait pas que, en 1983, les associations avaient recensé plus de 20 morts, 21 exactement d’origine maghrébine, assassinées, tuées par la police ou assassinés par des.
Boukenouche Saïd
Ce qu’on appelait aux noms.
Boukenouche Zohra
Pour revenir, par contre, il ne faut pas l’oublier. Donc j’ai bien parlé d’octobre 61, mais il faut parler ici de 1973 avec donc les ratonnades. Oui, donc si des gens ne se rappellent pas, c’est un algérien qui a été malade mental, qui a assassiné un chauffeur de bus et à partir de là donc, il y a eu. Comme il s’appelle le rédacteur en chef Domenech qui avait dit Assez, assez de ces Algériens, assez de ces Algériens et d’appeler c'était un appel au meurtre. Et donc, à partir de là, donc, il y a eu plusieurs assassinats d’Algériens, notamment le jeune Ladji Lounès qui a été assassiné par un policier. Et donc il a été repéré puisqu’il a utilisé son arme de service et le véhicule de service. Donc on a su rapidement que c'était un policier. Et puis après, en décembre, il y a eu l’attentat du consulat d’Algérie. Donc 73 83. Donc pendant toutes ces années-là, il y a quand même eu beaucoup de crimes contre les Algériens.
David Dufresne
Donc, nous sommes en 1983. Vous êtes au courant par fax de ce qui se passe dans la région lyonnaise et qu’est ce que qu’est ce que vous mettez en place ? Qu’est ce que vous décidez ?
Boukenouche Saïd
Dans un premier temps, comme je le disais, on a participé à la réunion. Les associations antiracistes dans les locaux de la Cimade de tous bords. Des hommes, ça existe toujours. Et donc on s’est posé la question de. Par où démarre logiquement ce Marseille ? Démarrer dans le quartier Nord. Mais il se trouve que quelques semaines avant, il y a eu une bombe a explosé à la Cayolle, c’est-à-dire au sud de Marseille, dans lequel un enfant est mort gelé, mort jeune d’une famille gitane. Et donc, assez rapidement, le consensus s’est fait, c’est-à-dire en disant on va démarrer de la Cayolle. Symboliquement aussi, c'était une histoire de Nord-Sud entre Marseille, Paris, c’est Nord-Sud et donc La Cayolle Quartier Nord, c’est aussi nord sud, sud, nord. C’est donc le contraire.
David Dufresne
Donc. Il y a cet événement. Vous décidez de monter une marche, c’est ça ?
Boukenouche Saïd
La marche était déjà décidée par les gens qui venaient de Lyon, autour de Lyon, les Minguettes et donc eux, ils avaient déjà cette idée en tête. La question, c’est que pouvez-vous faire partager un peu partout en France ? Et donc je vais faire un peu une tournée à Marseille. C’est quand on ne dit pas assez tout le monde, assez rapidement on dit oui, bah on va le faire. Évidemment sans savoir si ça allait marcher ça aurait pu capoter. Bien sûr, de jour en jour.
David Dufresne
Mais parce que l’histoire retient que la marche, elle part de Marseille, elle passe par Vénissieux, par Lyon, elle passe par l’est de la France et elle remonte par le Nord pour descendre à Paris. Et puis il y a d’autres marches qui vont partir à ce moment-là. Mais le point de départ, c’est Marseille.
Boukenouche Saïd
Où il y a tout à fait le départ, c’est Marseille, c’est beau, À tout point de vue. C’est à dire que c’est quand même la ville qui est un peu l’entrée en France pour les gens qui venaient. Des anciennes colonies. C’est le point d’entrée en France, donc c'était une évidence pour tout le monde. Dès le début, ça devait démarrer de Marseille.
Boukenouche Zohra
C'était juste pour rappeler que le collectif qu’avait appelé à la marche s’appelait Aixois. Ça veut dire Minguettes. Et c’est important de le souligner puisque quelques années plus tard, très peu d’années plus tard même, on va dire il y a, ça a été spolié et les gens ont confondu soit ça veut dire Minguettes avec racisme, donc ça sent bon le bar ou ils sont, on revient aux six. Non mais c’est important d’en parler. Donc c’est pour ça qu’en fait ce qu’on a qu’on dit, c’est que là, l’idée de la marche est partie de Lyon, elle est partie de Marseille plus au sud, et l’objectif c'était qui traverse la France pour arriver jusqu'à Paris le 3 décembre.
David Dufresne
. Qui est dans la marche ?
Boukenouche Saïd
Ben essentiellement des gens de la région lyonnaise qui, eux, qu’on appelle les marcheurs permanents, se sont engagés à faire toute la marche du début jusqu'à la fin, c’est -à -dire du 15 octobre au 3 décembre. Et après ? Dans chaque ville, il y a des gens sur place qui participent à une étape de la marche. Donc nous, on a participé à la marche importante dans l'évolution du nord, du sud, de la ville et avec très peu de monde au début. Mais je trouve que comme Marseille est une ville très étendue, on avait fait plusieurs rendez- vous. Donc c’est le premier rendez- vous sur la colline. C'était le matin, on pouvait se lever de bonne heure, on n'était pas du tout. Une cinquantaine ou un peu plus. Et ensuite il y avait rendez vous au Vieux Port et rendez vous dans le quartier Nord. Vers la fin, on était entre trois 300 400 maximums, donc c'était vraiment le début. On était. Passé dans les rues avec les banderoles, les banderoles, ma marche pour l'égalité contre le racisme et tous les hommes. On regardait avec des yeux écarquillés, se disait mais qu’est ce que c’est que qu’est ce qu’il raconte ? Donc c'était l’idée.
David Dufresne
Alors justement, à propos de qu’est ce qu’il raconte ? Je suis désolé, mais semble que le micro ne marche plus depuis quelques instants. Je vais vous demander de partager le micro. Celui-là, on va le poser. Je suis désolé. Est ce que vous pouvez recommencer juste après ?
Boukenouche Saïd
A partir du moment, à partir du démarrage donc. Donc dès le démarrage de la marche, c’est la Cayolle. Et comme la ville est très grande, on a prévu trois étapes : La Cayolle, le point de départ, le Vieux-Port et ensuite le quartier Nord pour que les gens puissent venir. Donc comme les Marseillais savent que les déplacements sont très compliqués à Marseille. Et à l'époque, c'était encore plus compliqué que maintenant. Et donc c’est pour ça, C’est pour ça qu’on a fait 3.3 points de rencontre. Et c’est vrai que quand on a commencé pour à la Cayolle on était autour d’une cinquantaine ou un peu plus. Ensuite, quand on a fini dans les quartiers nord, c’est 300 400 m maximum, ce qui était pour nous pas mal parce que comme on était, on était ceux qui démarraient une aventure que les gens ne connaissaient pas du tout. C'était seulement le cercle militant qui était au courant. Nous, on avait quand même un média qui s’appelait Radio Gazelle, qui a permis de faire en sorte que ce soit connu dans un certain nombre de quartiers populaires. C’est ça qui a fait que dans les quartiers nord, on était relativement nombreux et quand on marchait dans les rues. Donc vous imaginez la banderole "Marche pour l'égalité contre le racisme". Donc il fallait expliquer aux gens que ce que les marcheurs allaient faire traverser toute la France pour parler d'égalité. Et donc les gens étaient en effet là, on regardait avec les yeux un peu bizarres en disant sérieusement, vous allez faire ça ? Bon, certains avaient des références aussi de Martin Luther King, mais la plupart des gens disaient "C’est fou ce que vous allez faire. Et donc les choses se sont faites de manière très progressive. Donc l’idée chaque fois, c’est qu’il y a le groupe des marcheurs. Au début, j'étais une quinzaine, à la fin une trentaine font toutes les étapes, mais à chaque étape, ils sont rejoints par les gens de la ville, du village en question.
David Dufresne
Quels sont les autres ?
Boukenouche Zohra
Oui, il faut juste peut-être parler des médias. Puisqu’on parle de Radio Gazelle, c’est vrai que normalement il était prévu une conférence de presse, mais les médias locaux et nationaux n'étaient pas du tout intéressés par ce qui se passait. Malgré tous les crimes racistes qui ont eu lieu pendant des années et heureusement qu’il y avait des médias, ce qu’on appelle les médias libres. Donc évidemment Gazelle, Il y avait aussi le Journal Sans Frontières. Il y avait d’autres médias pas très connus qui ont couvert la marche au début. Donc à Marseille, vraiment, c'était le sujet n’intéressait personne et c’est vrai que ça, c'était quand même quelque chose d’assez violent. Il fallait souligner que la presse n'était pas intéressée par le sujet des crimes racistes.
David Dufresne
Aujourd’hui, quand on lit Libération ou Le Monde, on a l’impression qu’il était là dès le début. Il y a un très beau reportage photo d’Alain Biseau. Je ne sais pas si tu voulais rencontrer qui était photographe pour Libé. Et qui a été publié il y a quelques jours avec pas mal de photos. Un portfolio, même s’il reconnaît que la médiatisation va venir plus tard, quand les politiques, on va en parler, vont venir, notamment Georgina Dufoix et d’autres qui vont commencer à graviter autour de la marche. Mais au début, c’est le néant.
Boukenouche Zohra
Au début, il y avait quand même un seul journaliste photographe, c'était Pierre Sio, qui est marseillais, qui était militant mais qui était photographe et qui s'était battu à l'époque, qui faisait des piges pour la FP et qui a été question de vendre ses photos parce que personne n'était là. Il a reçu le. On peut dire que sur Marseille en tout cas, toutes les photos, la majorité des photos c’est ou des photos perso ou des photos de militants qui à ce moment là ça a pris photo. Ce qui n’est pas ce qui n'était pas très fréquent à l'époque puisque maintenant tout le monde a des téléphones et prend des photos, c’est facile. Mais en fait, effectivement, sur Marseille, la plupart des photos c'était c'étaient de journaliste local.
David Dufresne
Donc vous marchez, jusqu’où vous les Marseillais ?
Boukenouche Saïd
On va d’abord traverser Marseille, comme je vous l’ai dit tout à l’heure. Le lendemain, il y en avait sept On se donne rendez- vous à Aix. En gros, les étapes, c'était quinze 25 kilomètres à pied. Et ensuite la troisième étape, c'était Salon. Donc on y a été aussi. La légende ou la réalité raconte que selon l’accueil des marcheurs, a été réalisé par une personne.
David Dufresne
C’est-à dire qu’il y avait plus de comédiens que de gens dans la salle.
Boukenouche Saïd
Non, je parle de l’accueil, oui, c’est ça le fait, le fait de les héberger Mais après il y a le soir, il y a eu une rencontre avec des jeunes, il a fait venir du monde après. Mais sur l’organisation matérielle de base, il y avait une seule personne qui s’en occupait. Après. Petite anecdote à Radio Gazelle à l'époque, évidemment, il n’y a pas de téléphone portable. Et donc nous on faisait des reportages, on savait comment. C’est à dire qu’on allait de cabine téléphonique en cabine téléphonique pour relater des choses au fur et à mesure que ça se passait, aussi bien à Marseille qu'à ex Salon. Et ensuite on avait.
David Dufresne
Il y a. Il y a des traces de ça, il y a, il y a des enregistrements où tout a été perdu.
Boukenouche Saïd
Tellement pauvre qu’on aura enregistré sur les mêmes cassettes tout le temps. Donc malheureusement, non.
David Dufresne
Et donc c’est la légende.
Boukenouche Saïd
C’est ce qu’on dit. Mais, mais, mais, mais pour trouver des traces sur les bandes, ça serait compliqué. Et donc nous, évidemment, on était à Marseille. Bon, la plupart sont étudiants, soit on bossait donc on n’allait pas faire plein d'étapes, ce qui fait qu’on s’est arrangé avec des démarcheurs ou des gens qui étaient dans l’organisation pour que, eux téléphonent au fur et à mesure pour informer de l'état d’avancement des choses.
David Dufresne
Radio Gazelle qui existe toujours.
Boukenouche Saïd
Oui, mais c’est plus radical. C’est le cas dans l’historique. Plus pareil du tout.
David Dufresne
Il y a des gens de Radio Gazelle dans le public, non ? Bonjour. En tout cas, sachez qu’on fera à un moment donné des questions du public avec la fratrie Zohra et Saïd. Donc n’hésitez pas à garder vos questions. Mais là on va continuer. La discussion ? A quel moment les médias s’intéressent à vous ? Alors à quel moment la marche commence à s’imprimer et à devenir ce qu’elle est aujourd’hui, c’est à dire une matrice à un événement capital dans les luttes antiracistes en France qu’on célèbre tous les dix ans. On parlera de ça tout à l’heure sur la fatigue à célébrer ça tous les dix ans et pendant neuf ans et demi, on en parlera plus. Mais d’abord, à quel moment ça s’apprend ? En fait, c’est plutôt les gens avant les médias.
Boukenouche Saïd
Oui. Donc au fur et à mesure, les choses sont faites. Donc en partant de Marseille avec salon, Il y a deux points clés. Le premier, c’est Villeurbanne et Lyon parce que la plupart des marcheurs étaient originaires de là, ce qui fait qu’il y a eu une mobilisation assez importante qui s’est faite. Et la suite la plus grosse mobilisation,
Boukenouche Zohra
C’est quelle famille ? C’est quand même un drame.
David Dufresne
Là, c’est racontée ici.
Boukenouche Zohra
Donc là, je vais raconter d’autant plus que c’est scandaleux, puisque c’est un touriste qui est là, c’est un Proust du rien qui quitte Bordeaux pour aller vers Vintimille, puis après retourner en Algérie. Et il se trouve dans un train avec quatre légionnaires, donc trois légionnaires et un chef qui l’ont repéré et qui ont commencé à le bousculer. Donc il y a le. On appelle le contrôleur qui se rend compte que ceux-ci, il essaie de protéger et il le met dans un endroit particulier. Et puis au bout d’un moment, les jeunes finissent par le trouver et il est frappé de voir presque 200 voyageurs. Personne n’intervient. Et il a été jeté par le train et cela a été une bombe.
David Dufresne
Personne n’intervient, même pas de signal.
Boukenouche Zohra
Rien du tout, du tout, du tout. Les gens ont regardé et ont regardé quelqu’un se faire frapper et c’est pour montrer quand même que les gens aiment jouer avec la marche, etc. C’est que la haine de l’arabe était tellement forte pour certains que voir quelqu’un frapper un arabe, c'était Ce n'était pas grave, c'était. Et. C’est ça qui a marqué. La France. Je pense qu'à partir de là, les médias ont réagi. Les politiques, on le sait très bien que l’Élysée est au courant de ce qui s’est passé. Ils avaient quand même leur renseignement. Ils savaient très bien qu’il y avait des marcheurs, ils savaient très bien qu’il y avait des gens qui étaient là et qui étaient surveillés. Mais on savait qu’il y avait des gens qui avaient un lien avec l’Élysée, mais pas la presse. À ce moment-là, a réagi parce que pour eux, c'était quelque chose d’intolérable. Et je pense aussi que dans les quartiers, au début, bon, voir c’est sympathique de voir une vingtaine de jeunes marcheurs rencontrer des gens, discuter, etc. Ça avait l’air sympathique, mais là, d’un coup, il y a eu une prise de conscience collective. En fait, en France, la France était raciste et violente, notamment envers la population.
David Dufresne
Ce lynchage là sur le Paris Vintimille en novembre.
Boukenouche Zohra
C’est en novembre 1983.
David Dufresne
Donc au bout de quelques semaines de la marche qui se fait un peu dans l’indifférence
Boukenouche Zohra
Et là, ça bascule, mais ça bascule aussi au niveau des marcheurs. C’est à dire que là, les marcheurs sont : dit stop, là on arrête. Ça sert à quoi de marcher après ce drame là ? Ils étaient déroutés, ils se disaient mais on a marché, on des gens. On sent qu’il y a une fraternité, etc. Puis d’un coup, ils nous renvoient quelque chose à la figure. De violents quoi. Et heureusement que bon, il y a eu des personnes qui étaient plutôt, on va dire médiateur dans le groupe, etc qui ont fait en sorte de tenir le groupe de une cohésion du groupe, sinon de la même démarche éclatée quoi. Et c’est vrai que nous. Je me rappelle la Gazelle avec Ahmed qui est le directeur de Radio Gazelle qui est décédé aujourd’hui m’a dit ça oui, et on était là et on était. On se dit c’est pas possible, c’est quoi cette violence ? Quoi ? Et je pense que basculement il y a réellement, il s’est fait, il s’est fait à ce moment-là. Et c’est à partir de là, je pense que toutes les associations, tous les collectifs se sont dit On va faire quelque chose.
Boukenouche Saïd
Oui, effectivement, le basculement se fait à ce moment-là et se fait aussi dans le fait que tout ce qu’on racontait avant, c’est à dire les crimes racistes, les gens qui suivent et pas l’actualité qui exagère, etc. Et donc à ce moment-là, on a vu qu’il n’y a pas d’exagération, On a vu que quelqu’un qui n’avait absolument aucun problème, qui était dans son train tranquillement et donc ce n’était pas encore des légionnaires. Il a déjà dit justement c’est ça, pourquoi il allait au bagne pour apprenti légionnaire ? Il allait au bagne pour eux, pour s’engager dans la Légion. Donc à partir de ce moment-là, les gens ont commencé à sortir du déni. C’est -à -dire que beaucoup de gens se disent ben non, ils exagèrent, etc. Et là, ils ont vu que c'était vraiment un cas d'école, c’est-à-dire que ce n’est pas une histoire de faits divers où les gens se battent, etc. C’est quelqu’un qui est tranquille, qui ne demande rien et qu’on jette d’un trait. Et donc ça fait un choc assez important au niveau de l’opinion publique, ici en France mais aussi à l'étranger. C’est-à-dire que l’image de la France que certains voulaient présenter comme idyllique en a pris un coup. Parce que c’est vrai que, à ce moment-là, les choses ont beaucoup changé. Au niveau des démarcheurs, j’en ai parlé avec eux. Certains disaient Oui, la novlangue c’est bien, c’est bien. Mais en fait, on va voir les récits sur les massacres et après revient la non violence. Parce que c’est vrai que c’est vrai que ce truc là de qui était un peu le leitmotiv de dire non-violence à un moment donné, c’est beaucoup. Certains d’entre eux se sont dit bon, ce n’est pas possible qu’on continue à faire peut-être un peu des agneaux. Et donc il y a eu un débat entre eux sur qui ? Jusqu’où ? Comme jusqu'à ce moment là, le débat était très théorique, c'était Gandhi,
David Dufresne
Vous vous revendiquez pas du tout ça, Gandhi ou Luther King parce que c’est ce que l’histoire raconte. La fiche Wikipédia dit que c’est ça la marche du sel ou la grande marche des droits civiques.
Boukenouche Zohra
Non, ce n’est pas ça. Quand je parle comme du fait que je dis moi, personnellement, je pense que le collectif de Morts en marche, on est à peu près dans cette opinion là. C’est de dire que si vous dites à un jeune Gandhi, si vous dites à un jeune Martin Luther King, il va vous dire Ah oui, je connais. Par contre, le 17 octobre 961, des Algériens sont sortis manifester dans la non-violence parce que ce jour-là, on avait dit pas d’armes. Il y avait des indications, donc les gens se sont faits beaux, les familles, les enfants, etc. Et ils sont partis dans un mouvement de non-violence par rapport à un couvre feu qui leur était imposé. En effet, pendant la guerre d’Algérie, faut-il le rappeler ? Et nous on dit effectivement, ces deux personnages sont connus et nous, on veut qu’on médiatise cette histoire là parce qu’on est en France. Gandhi, Ceylan, Martin Luther King, c’est les Etats-Unis et la France. La France aussi, je veux dire après. Donc la plus grosse manifestation donc qu’y a eu en France avant mai 68, c’est celle des Algériens à Paris. Pourquoi on en parle pas ? On parle de mai 68, mais on ne parle pas de la manifestation des Algériens et même on la confond avec Charonne 62. Donc pour nous, il était important justement, puisqu’on est dans la transmission, de dire à la France parlons de notre histoire et l’histoire c’est aussi important.
David Dufresne
À l'époque, en quatre ans 83, on est à 20 ans de 61 et ce qui s’est passé en 61 est quasi inconnu. C’est à dire qu’il va falloir attendre la fin des années 90, avec Jean-Luc Einaudi, l’historien le procès Papon, pour que la France reconnaisse les archivistes. Vous connaissez mieux que moi toute cette histoire, mais est ce que je vais dire c’est qu’en 83, parler des événements du 17 octobre 61, c’est assez gonflé parce que c’est totalement sous le tapis.
Boukenouche Zohra
C’est tout un tapis Papin, la France ? Non, je veux dire, les Algériens, pour nous, c’est je pense que nos parents 61, c'était pour eux quelque chose d’une violence extrême. D’autant plus qu'à l'époque, ce n'était pas bon. Et on sait que ce qu’a fait Papon pendant la deuxième guerre mondiale, je veux dire après le problème de la France, c’est qu’elle a un problème avec son histoire. Je veux dire, on parle de la Shoah, mais combien de temps ? Nagui avant de parler de la Shoah ? On a mis du temps aussi pour dire que la France a été responsable du massacre des Juifs. Et donc la France, pays des droits de l’homme, oublie qu’elle a une histoire violente, que ce soit l’esclavage, que ce soit le colonialisme, etc. Et. Et donc on demande à ce que cette histoire là soit inscrite pour que, puisqu’on parle de transmission, pour que nos enfants on ne dise pas toujours mais qu’est ce qui s’est passé et pourquoi on ne parle que de ça ? C’est arrivé par exemple que moi, ma fille, un moment donné par les profs au lycée. Et puis on parle de Gandhi et on dit mais pourquoi vous ne parlez pas en 61 ? Et l’enseignant dit ouh là, la guerre d’Algérie, c’est compliqué, On va parler que des choses qui ne fâchent pas, mais ce n’est pas ça le problème. Il faut arrêter d’esquiver ces sujets-là. Et si on veut qu’aujourd’hui les citoyens d’origine français d’origine algérienne, s’ils peuvent intégrer la République française, il faut que la République française leur dise excusez nous, il y a eu des choses qui se sont passées. Oui, l’Algérie de l’Algérie a été colonisée, oui l’Algérie a été violentée, oui on a fait des choses innommables en Algérie, on le reconnaît et on s’excuse et on demande réparation. A partir de là, on peut parler je dirais. Je ne vois pas pourquoi à chaque fois qu’il y a quelque chose, on va nous parler de Martin Luther King ou de Black Mater alors que des jeunes noirs se font assassiner en France, on n’a pas besoin d’aller voir aux Etats-Unis ce qui se passe. Parlons de notre histoire. Ça ne veut pas dire qu’il faut nier les autres histoires, mais parlons de notre histoire et faisons que les choses avancent dans notre dans notre société et qu’on puisse avancer.
David Dufresne
Alors comme il y a plein de gens qui arrivent dans l'émission, je précise que Zohra et Saïd, son frère et sœur..
Boukenouche Zohra
Vous n'êtes pas obligés de le dire.
David Dufresne
Parce qu’il y a votre nom de famille. Et que donc pour que les gens comprennent. Tu sais comment. Il n’y a pas d’issue. Vous avez honte de votre frère ? C’est incroyable.
Boukenouche Zohra
C’est mon frère. C’est mon grand frère. C’est lui qui est ca qui a creusé le chemin pour que je puisse suivre.
David Dufresne
Et vous étiez à Marseille au moment de la marche, il y a 40 ans, pour l'égalité contre le racisme. C'était juste un petit point d'étape, voyez ? Alors, justement, tout à l’heure, vous avez dit : c'était sympa, on était sympa, etc. Et c’est vrai que quand on regarde les reportages de l’INA qui sont encore disponibles sur YouTube, qui ressortent tous les dix ans justement, on voit quand même des jeunes gens très sympathiques qui ont une forme de naïveté, de crédulité. On ne sent pas de violence, on sent, on sent moins de détermination qu'à l’instant par exemple. Ils s'énervent. Allez-y, monsieur.
Boukenouche Saïd
Non mais justement, la réalité, c’est celle-là. C’est-à dire que les jeunes des Minguettes.
David Dufresne
Mais bon, je dois même dire, vous étiez beaux dans vos survêtements, dans vos Kway, etc. Il y avait un look extraordinaire. Vous voulez toujours ? Mais bébé c’est différent maintenant aussi.
Boukenouche Saïd
Donc si on remet les choses dans l’histoire. Donc Minguettes, c’est des grandes cités, il y en a ici au nord de Marseille, et donc la plupart des marcheurs, c'était des jeunes qui n’avaient pas quitté leur quartier depuis très longtemps et d’ailleurs pour eux, c'était fait que le projet c'était de rencontrer la France entre guillemets profonde devant notre France. Parce qu ' ils avaient un tout petit bout de France où ils étaient entre eux dans des ghettos. Et c’est vrai que la plupart d’entre eux n’avaient pas de passé militant etc. Donc pour eux c'était une grande découverte. C’est pour ça que beaucoup de gens, vous les voyez comme déjà des jeunes, très sympa, etc. Il n’y a pas de vraie culture politique pour la plupart d’entre eux, mais elle s’est forgée pas mal de marches et un certain nombre d’entre eux ont réussi à beaucoup mieux comprendre les choses. Avant c'était un peu des slogans naïfs, Et ensuite s’est posée la question de manière plus concrète qu’est ce qu’on fait pour l'égalité ? Qu’est ce qu’on fait contre le racisme ? Donc c’est ça qui était important de dire aussi, je crois qu’il faut aussi rappeler que les marcheurs dits permanents, c’est une partie. Et si ça a marché, c’est parce que partout en France, il y a eu des associations, des militantes qui ont fait vivre des choses et qui ont fait en sorte que la que l’arrivée à Paris soit une apothéose. Donc ce n’est pas pendant six mois le film qui a été fait par Jamel Debbouze il y a dix ans, c’est une caricature. On voit toujours.
David Dufresne
le film La Marche.
Boukenouche Saïd
Un petit groupe de jeunes que c’est eux qui auraient renversé la France. Non, ce n’est pas du tout le cas. Eux, ils ont fait un travail très intéressant parce que c’est eux qui ont été initiateurs, etc. Mais ensuite, le travail colossal, ça a été fait partout, dans tous les coins de France.
David Dufresne
Quand Libération décide de surnommer votre marche la Marche des Beurs, qui va être le terme qui restera dans les mémoires. Ça vous agace, évidemment, Mais pourquoi ça vous agace ?
Boukenouche Saïd
Ben, ça nous agace doublement. D’abord parce qu’on est marseillais. Ah oui, parce que beur, pour nous, ce mot n’existe pas. Donc c’est un mot de région parisienne. Et la deuxième raison, plus politique, c’est j’espère, plus politique, c’est qu’ils ont voulu réduire à ça. Y a une histoire d’une communauté qui etc. Alors que quand on dit la marche pour l'égalité, l'égalité c’est l'égalité. Donc ce n’est pas une communauté qui veut, qui est, qui veut avoir l'égalité. C’est que tous les gens en France puissent vivre dans l'égalité et donc c’est le mal. Le fait d’employer le mot beur, c’est ça un effet, ça circonscrit les choses comme si c'était juste des gens d’origine maghrébine, alors qu’en fait non. C'était la société française qui a été interpellée sur la question de l'égalité. Et donc il se trouve que les marcheurs dits permanents, une majorité, sont d’origine maghrébine. Mais tous les gens qui reçoivent dans les quartiers, dans toutes les étapes, il y avait un grand mélange. Tous ceux qui étaient, qui étaient d’accord avec le slogan pour l'égalité contre le racisme. Donc ce n’est pas du tout marche des beurs, ça se C’est au mieux sur les gentils une maladresse ou sinon ce n’est pas gentil une saloperie Zohra.
Boukenouche Zohra
Moi je pense que d’utiliser le mot beur, donc je suis d’accord avec ceux du Saïd. Après, c’est aussi effacer l’aspect politique. Donc effectivement, comme disait Saïd, ces jeunes qui sont partis des Minguettes, ce n'étaient pas des gens qui avaient fait des partis politiques ou qui étaient dans des syndicats, mais se sont plongés sur le tard pendant leur pendant la marche. Et donc, en fait, utiliser le mot beur, c’est vraiment effacer les revendications politiques, même si elles ne sont pas politiques dans le sens où les gens savaient de quoi on parlait. C'était de dire il y en a marre que la police soit sous contrôle, il y en a marre que la police nous tue, On n’a pas d’accès au logement, on n’a pas d’accès au travail, etc. Donc c'étaient des hommes, c'était quand même des revendications politiques, même si eux ne savaient pas ce moment-là. C’est pour cela que moi, c’est là où je. Je trouve qu’il faut faire attention, c’est de dire qu’il n’y avait pas une base politique pour moi, une base politique, même si les marcheurs à ce moment là, ne le savaient pas et qu’après tout, autour des marcheurs, ce qu’on peut dire, c’est que toutes les coordinations qui existaient, que ce soit à Marseille, Lyon, Aubagne, Paris, etc. Il y avait des collectifs qui eux étaient politisés et qui les aidait quand il y avait des rencontres à structurer leurs revendications politiques.
David Dufresne
Alors on va arriver à Paris, mais la marche est longue.
Boukenouche Zohra
Ensuite, oui, on n’y est pas encore.
David Dufresne
Vous vous souvenez ?
David Dufresne
C'était 30, 30 kilomètres par jour. C’est ça les marcheurs, Ce n’était pas un truc sportif votre affaire ? Je veux dire, l’idée ce n’était pas de battre des records, on est d’accord.
Boukenouche Zohra
Je pense pas. Il faut leur demander.
David Dufresne
L’idée, c'était de secouer la société. Alors je pense qu’en effet, c’est plus une maladresse de la part de Libération qu’autre chose. Mais est ce que sur le moment vous vous rendez compte déjà qu’il y a on vous enlève une partie de la substance politique quand Libé fait sa une là dessus ou c’est maintenant, ou c’est les années passant que vous analysez les choses ? Ou est ce que dès le moment, sur le moment, vous dites là, il y a, il y a un détournement, il y a quelque chose qui nous échappe.
Boukenouche Zohra
Non, ce n’est pas sur le moment parce que sur le moment, on était jusqu'à l’arrivée à Paris, on était dans l’action, on était dans des échanges, on était dans des revendications. Donc on a, on n’a pas vu. Il me semble que non. Je ne sais pas si c’est dans le même avis que moi, il me semble pas.
Boukenouche Saïd
Oui, pour nous, à ce moment là, c’est un épiphénomène, une eu le jour et le lendemain, il y a peu de choses qui se sont passées. Donc pour l’instant ça ne fait pas beaucoup d’importance à ça. Même si je dis sérieusement, le marché marseillais disait mais qu’est ce que c’est que cette histoire ? C’est quoi cette sorte de bug ? Un élément que je voudrais un peu rajouter, c’est que quand il y a eu des rencontres avec les marcheurs à Marseille, dans notre ville, dans plein de villes, de quoi ils se sont rendu compte que la situation dans les quartiers populaires était exactement les mêmes partout, les mêmes types de problèmes de logement, de rapport avec la police d’emploi, etc. Et donc ça, ça, pour nous, c'était quelque chose d’important. C’est-à-dire que. Ce qui devait se dire c’est nous qui sommes les déshérités. Et dès que les débats ont commencé à avoir lieu un peu partout, dans des grandes villes, dans des petites villes, dans des villages, on s’est rendu compte que les situations étaient quasiment les mêmes partout. C’est à dire qu’en termes de discrimination, de racisme, etc. Et c’est pour ça que c'était important de dire que ce n'était pas des événements isolés par ci par là, que c'était un problème venu plus tard, un problème systémique.
David Dufresne
Vous direz que c'était exactement les mêmes problèmes qu’aujourd’hui ou qu’il y avait des différences.
Boukenouche Saïd
Ce que je disais, c'était qu'à l'époque c'était le même problème partout.
David Dufresne
Oui, oui, c’est ça maintenant.
Boukenouche Saïd
Maintenant, au niveau des différences policières et des contrôles policiers, c’est la même chose. Ça peut être pire. Donc, nous, on habitait dans une cité. Parlons ici de Bassens. Donc moi je me rappelle très bien quand ado, les policiers venaient nous contrôler. Une fois, deux fois, trois fois, ils nous connaissaient. Ils nous demandaient les papiers, si on les avait, ils allaient ou non, etc. Et ils nous reprochent. De temps en temps, il y a eu des incidents qui ont pu et qui heureusement ne sont pas allés très loin. C’est à dire que quand il y a des flics un peu plus vieux que nous qui viennent nous casser des pieds, on a tendance à se moquer d’eux, à faire de l’humour sur eux. Et donc, plusieurs fois, ça a failli aller à la castagne..
David Dufresne
Pourquoi ils n’ont pas d’humour parmi nous.
Boukenouche Saïd
Certaines retenues, les autres. Mais s’il n’y avait pas eu ces débats par nous parmi nous qui un pas modérateur, ça aurait fini en bagarre et donc se retrouver en prison, etc. Et après on leur dit ah oui mais les prisons sont pleines, etc. C’est donc des histoires d’outrage d’agents, tout le monde connaît.
David Dufresne
A propos d'élément modérateur, l’idée que je me fais de la marge va me dire si je vois que tu me regardes avec beaucoup de concentration. Et j’ai l’impression que la question qu’on appellerait aujourd’hui identitaire ne se pose pas. Et même ce que l’on voit, c’est que c’est assez comique puisque vous l’avez dit tout à l’heure à Lyon, il y a un pasteur, il y a un curé qui sont avec l’Association des jeunes des Minguettes. Et est ce que est la question de l’identité religieuse ? Je n’ai pas trouvé trace dans les comptes rendus de l'époque ou dans ce qu’on en dit aujourd’hui. Donc je voudrais savoir comment c'était à ce moment-là.
Boukenouche Saïd
Si c’est la question religieuse, je sais pas, c’est pas beaucoup. Les parents prient chez eux. On est encore dans l’histoire du mythe du retour. Se dire bon, on ne va pas commencer à construire des mosquées, etc. De toute façon, dans quelques temps, on aura assez d’argent pour tout le pays et on vivra bien là-bas. Donc tant que. Et si donc la question religieuse, c'était une question vraiment qui se faisait dans les familles, etc.
David Dufresne
Une question intime, ce n’était pas une question politique.
Boukenouche Saïd
Toute affaire intime. Et les jeunes qui l’ont envoyé, même ceux qui avaient une pratique religieuse, on ne voyait pas du tout quoi donc ? Donc ça veut pas dire qu’ils n’avaient pas d’idées religieuses, etc. Ça veut juste dire que pour les parents, c'était l’idée que bon, on va faire va, parce que ça va être des mosquées, on va partir, ça, ça sert à rien. Et pour les jeunes, c'était un début de procès d’essayer de comprendre un petit peu ce qui se passait au niveau religieux. Mais en fait, il n’y avait pas d’association religieuse, il n’y a pas, il n’y a pas de collectif de gens qui luttaient au nom de la religion. Les seules choses qui sont venues plus tard.
Boukenouche Zohra
Moi je rajouterai plus au niveau culturel, c’est à dire que bon, quand c'était l’Aïd, donc la faute comme on dit, ce après la rupture du jeûne du mois du ramadan, tous les enseignants étaient contents que les mamans amènent des gâteaux. Jusqu'à présent, ça ne posait aucun problème. Le seul problème, c'était le jour de l’aide, c’est-à dire le sacrifice du mouton. Et là, on avait notre copine qui criait au scandale parce qu’on sacrifiait des moutons. Donc effectivement, il n’y a pas un problème d’identité n’existait pas. Mais par contre, assez rapidement, le Front national avec Brigitte Bardot focalisé sur l’idée El Kebir parce que c'était quelque chose pour eux qui était violent. Alors que moi, quand je discute avec mon conjoint qui sa grand mère a arraché l'œil du lapin pour le manger, ça n’avait pas l’air de choquer personne. C’est une plaisanterie pour les Français. Voilà, donc c’est pour dire. Effectivement, nous on n’avait pas du tout de problèmes d’identité.
David Dufresne
Moi pas mon lapin.
Boukenouche Zohra
Je ne sais pas, mais appelle aussi à égorger un lapin. Voilà, maintenant c'était juste pour dire qu’il n’y a pas de problème d’identité non plus. Nous, un marseillais à Marseille, rebelle, on était marseillais. Donc notre homme là garde, on sait où aller. Le Vieux-Port, on se connaît, donc on n’avait pas du tout de problème. Ce problème là, c’est quand on y allait. Par contre, à l'école, on sentait qu’il se passait quelque chose. C’est-à-dire qu’il n’y avait aucun enseignant qui nous ressemblait. Quand on allait à l’hôpital, il n’y avait aucun médecin, ni infirmière qui nous ressemblait.
David Dufresne
Mais aujourd’hui, on va revenir sur la marche. Mais aujourd’hui, vous diriez que la question identitaire, si elle s'était posée de la même manière il y a 40 ans, aurait posé un problème par rapport à la marche ou pas. Est ce que vous pensez que la question identitaire religieuse peut bloquer ? Les luttes actuelles issues de l’immigration ?
Boukenouche Zohra
Déjà, c’est quoi un problème identitaire ?
David Dufresne
J’ai des questions identitaires et identitaires.
Boukenouche Zohra
C’est quoi une question identitaire ? Est ce qu’un Corse breton, il a un problème d’identité ? Donc je provoque ce que je vais dire. Quel est le problème ? Il n’y a pas de pour moi, il n’y a pas de question identitaire, c’est-à-dire de problème identitaire. On est dans un pays qui a été traversé par des milliers et des milliers de personnes diverses et variées. Aujourd’hui, un Arménien est français, espagnol, français, italien, français. Un Basque peut être français. Je ne vois pas pourquoi un Algérien ne peut pas dire qu’il est français. Donc je veux dire, c’est ce qu’au moment donné, l’identité, elle se pose que par rapport à une telle communauté, où est ce que ça peut être lié aussi à une certaine religion ?
David Dufresne
Non, mais c’est clairement la question de la religion.
Boukenouche Saïd
Ou que c’est au-delà de la religion. Vous savez que depuis longtemps on entend parler de communautarisme.
David Dufresne
Oui.
Boukenouche Saïd
Moi j’ai suivi des conférences sur le communautarisme et des chercheurs disent que ça n’existe pas. Cependant, on continue à dire communautarisme. Or, j’ai une anecdote où les chibanis, les vieux d’origine maghrébine, il y a quelques années, ils ont eu un problème avec l’État qui a décidé de leur compliquer la vie au niveau fiscal, au niveau logement, Et donc évidemment, on a fait une manifestation pour cette manifestation, on a appelé tout le monde à nous rejoindre et certains même sont allés voir les gens des mosquées. Leur dire Allez, il faut que vous bougiez. Donc je pense que vous savez que chez les Africains en général et les Maghrébins en particulier les vieux, ça a une importance capitale dans la manif où on était là. Donc normalement c'était toute la communauté sur eux. Là bas, on était cinq d’origine maghrébine. Nous ne sommes pas. Nous y sommes parvenus parce que ce ne sont pas des militants et des gens qui ont des pratiques religieuses. Ce qui vous intéresse, c’est leur pratique religieuse. Mais donc, s’il y avait eu la marche plus tard avec ce changement, du fait que la religion est plus visible, est ce que ça aurait changé grand chose ? A mon avis, non, puisque comme je vous l’ai dit dans les manifs, etc. Sur des sous, des causes qui devraient toucher tout le monde, on voit très peu de gens qui y viennent parce que là, parce que l’imam leur a dit ceci, parce que cela, on est dans ce pays dans une folie totale. C’est à dire que moi je vais en parler, oui, mais tous les quartiers sont gangrenés par les Frères musulmans, par ceci, cela. Chaque fois que j’ai eu ce débat sur Face book, je leur dis C’est peut être vrai ce que vous dites. Dites-moi quel quartier je vais vous montrer. Vous nous montrez ce que vous dites. Et donc on est vraiment dans une folie totale. C’est à dire que tous les gens disent le mot islamiste et moi ceci, les mots cela, mais ils sont capables de me démontrer quelque chose parce que justement il n’y a rien qui ait des pratiques religieuses plus importantes. Ça semble évident qu'à un moment donné, quand les gens, notamment les jeunes, commencent à se dire "Je suis français, je vais vivre en France. Évidemment, ils commencent à dire que je veux une mosquée. Donc il commença à revendiquer des mosquées, à construire des mosquées. Ça, c’est un certain nombre. Quand je dis mosquées, c’est souvent en disant des lieux de prière. Mais ça, ce sont des choses qui devraient être vues comme positives. Et alors que bon, comme tout le monde fait un mélange fou avec l’histoire de ce qui se passe, Daesh, ceci, cela, Al-Qaïda, etc. On est dans une folie. C’est à dire que les gens qui comme moi, ont un discours tranquille, on ne peut pas, on n’est pas du tout audible parce que les gens qu’on des mots, que des mots qui traînent comme ça, islamogauchiste, communautariste, séparatiste, etc. Tout ça c’est du vide.
David Dufresne
Zohra voulait ajouter quelque chose ou sinon on revient à la marche. Alors on revient à la marche. Donc elle part de Marseille, elle va à Lyon, elle passe par l’est de la France, le Nord, et elle arrive le 3 décembre 1983 à Paris. Ça me plaît de dire Paris nous sommes à Marseille. Vous êtes à Paris, vous, ce jour-là ou pas ?
Boukenouche Saïd
Oui, bien sûr. Comme les choses ont pris de l’ampleur un peu partout en France, c’est devenu quelque chose d'énorme. Ce qui veut dire que partout je parlais de Marseille, mais partout où les choses se passent de la même manière, des associations se sont mises ensemble et ont commencé à louer des cars pour monter à Paris le 3 décembre. Donc c’est pour ça que c’est un événement qui est très, très important, parce qu’il y comprit des gens qui sont venus plus tard, beaucoup plus jeunes dans leur mémoire, parce que leur tante, parce que leurs cousins, parce que leur frère, leur grand frère, etc. Leur a parlé de ce moment où il y avait vraiment une grande ferveur. C’est à -dire tout le monde se disait que pour une fois, on allait faire quelque chose de grand. Et donc à Marseille, il y a plein de cars qui sont montés, donc on s’est retrouvés sous.
David Dufresne
Payés, partie qui sont affrétés par qui ?
Boukenouche Saïd
Mais par toutes sortes d’associations. Donc c’est des associations qui y compris des centres sociaux, mais aussi d’associations de quartier, etc. A qui se sont rendu compte que, et vu la médiatisation, ils ont vu que les choses commencent à prendre vraiment beaucoup d’ampleur. Tout le monde se dit je veux y être, je veux voir notre. Donc effectivement, on y était.
David Dufresne
Parce que, en 1983, vous avez parlé de votre amie Brigitte Bardot. C’est le moment où effectivement le FN va percer électoralement puisque à Dreux. Alors il faut prendre le micro, mais paraît-il que vous portez trop près de vous.
Boukenouche Zohra
Oui, je disais la maire de Dreux comme elle s’appelait. Je ne m’appelle plus Françoise. Françoise Gaspard était à Marseille au départ de la marche puisque quelques mois avant, elle avait perdu les élections grâce à la droite qui allait au Front National. Donc sa première trahison de la droite. On a eu des socialistes, mais là ça a été quand même quelque chose de violent. Est-ce que 83 c’est la montée en puissance du Front national ? Mais à Marseille, il faut quand même le rappeler, on n’est pas loin d’Afrique, donc on est à 1 h d’Alger. Quand il y a eu l’indépendance, on a eu beaucoup de rapatriés qui sont arrivés à Marseille, qui sont installés à Marseille et à Marseille, deux villes les plus racistes de France. Et donc effectivement, la montée du Front National pour moi est née quelque part à Marseille et je parle à l’histoire de la guerre d’Algérie et des rapatriés. Donc effectivement, au. Il y a eu une montée impressionnante. On a vu dans les quartiers nord de Marseille, mais on n’avait pas quand même 89 députés à l’Assemblée nationale.
David Dufresne
Donc c’est ça, on a 838283. Oui, c’est moi déjà à Dreux qui. Qui va être élu ? J’ai retrouvé une déclaration de Chirac en disant que quatre clampins du FN à Dreux, c’est rien comparé aux quatre ministres communistes au gouvernement. Il faut quand même se rappeler que ça s’appelle aussi le cordon sanitaire. En réalité, depuis le début des grèves.
Boukenouche Zohra
Il faut se rappeler du bruit et de l’odeur de Chirac.Non mais puisqu’on parle de Chirac, donc c’est juste un petit clin d'œil à Jacques, bien sûr.
David Dufresne
Et son goût pour la boisson puisqu’on sait qu’il est un peu bourré ce jour là. Bref, Donc vous arrivez le 3 décembre 83 à Paris. Le chiffre que vous avez retenu, c’est 100 000 personnes, c’est ça ? Vous étiez 100 000 ou un peu moins peut être.
Boukenouche Zohra
Je ne vais pas compter. Mais en fait c'était monstrueux. Je veux dire, je ne me rappelle pas d’une manif aussi importante. Donc effectivement, quand on est arrivé, on a roulé tout à fait. Moi, je me rappelle grâce à ma copine Agnès que j’ai vu il y a deux jours au lycée avec mon frère Saïd qui était ma monitrice et donc notre école qu’on était montée pour maintenir. Il y a prescription, qu’on était montée en voiture d’auto -école et quand je roulais sans permis de conduire donc comme si je n’avais pas de leçon de conduite. Donc merci à Agnès. Et on est montés en voiture pour aller à rejoint place de l’Etoile aussi mais par voiture. Donc après on s’est arrêté avant mais on est montés en voiture donc ça c'était le truc sympa. Non, c'était assez extraordinaire parce que là où il y avait tout ce monde qu’il y a là, c’est bon, la France n’est pas raciste.
Boukenouche Saïd
Oui, c’est le chiffre qui est avancé, mais je n’ai pas compté. Donc ces trois étaient 110, peut être 90 et 90 000. Mais en fait, de toute façon, c'était incroyable. C’est incroyable ! C’est à dire que quand les premiers étaient arrivés à destination, les derniers n’ont pas bougé, donc c'était absolument énorme. Et tout à l’heure, vous parliez de gens joyeux. C’est vrai que c'était une vraie fête à mesure que les gens étaient heureux et dans les bras. C'était vraiment un moment d’espoir énorme qui a fait qu’il y a eu, qui a permis à certain nombre de gens de se dire Bon, finalement, les choses se sont passées exactement comme on pensait et surtout qu’il y a une possibilité que les choses changent rapidement et radicalement puisque vous n'êtes pas aveugle à ce moment là, on se dit que le tout sous les sabots, évidemment, c'était des gens qui allaient dans l’autre sens, qui voulaient faire la même chose que nous. Mais le reste, la suite est française. C’est un peu autre chose. Donc c’est vrai que ça a été un moment qui est délirant. Et donc il y a plein plein de gens que je retrouve qui me disent Et tu te rappelles de Judex sur la marche ? Non, je ne me rappelle pas parce qu’il y avait tellement, tellement de monde que là il y a il y a plein de gens. J’imagine même qu’il y a des gens qui pensent, qui sont allés alors que nous ne sommes pas allés, parce que s’il y avait, il y avait une sorte de wagon.
David Dufresne
C’est pas mal assez frais comme ça.
Boukenouche Saïd
Non, ce n’est même pas une critique je pense. Je pense que c’est cela qui fait que dans leur tête, certains peuvent se dire j'étais alors qu’ils n'étaient pas mais, mais moi ce n’est pas du tout le critique de quelqu’un qui pense qu’il était et ça veut dire qu’il aurait pu y être. Pour moi c’est pareil.
David Dufresne
C'était quoi ? Vous aviez des revendications précises. Ça, on ne les a pas données en fait, c'était quoi vos revendications ?
Boukenouche Saïd
Les revendications précises, c'était la carte de dix ans renouvelable. A l'époque, il y avait deux cartes de travail, cartes de séjour. Oui, et c'était l’enfer. C'était l’enfer. C’est-à-dire que pour pouvoir travailler. Il fallait avoir une carte de travail et pouvoir pour pouvoir avoir le quart de travail. Il fallait travailler. Moi, je le savais, je l’ai vécu. Donc on était dans une folie totale. Il se trouve que pour une fois, les Algériens étaient un peu favorisés parce qu’il y avait des accords bilatéraux. Après l’indépendance qui a fait que les Algériens avaient déjà la carte de dix ans. Mais par contre les autres nationalités ne l’avaient pas. Donc c'était un élément important. Il y avait une autre revendication, c'était le droit de vote pour les immigrés dans des élections locales. C’est donc le serpent de mer. Or, au moment de la campagne électorale de Mitterrand, c'était une proposition. Et donc ça n’a pas marché du tout. Et peut être qu’on constate que les marcheurs ont été reçus par le président Mitterrand. Il faut donner de petits détails avant de le recevoir. Il a vérifié que ceux qui étaient reçus avaient leur casier judiciaire vierge. Comme si quelqu’un qui avait commis un délit ou un autre était indigne d’aller dans les salons de la République. Alors que bon, une fois que quelqu’un a fait une bêtise et qu’il a payé sa dette à la société, Pourquoi ? Et là, deuxième chose.
David Dufresne
On pensait à Sarkozy.
Boukenouche Saïd
Donc ça c’est Sarkozy. Je sais que vous êtes mauvaise langue, mais innocente.
David Dufresne
Et puis c’est après le pouvoir qu’il a corrompu. Pourquoi tu prends mon dossier ?
Boukenouche Saïd
Le deuxième élément.
David Dufresne
C'était la revendication.
Boukenouche Zohra
L'élément le plus important. Donc, puisque aujourd’hui c’est quand même compliqué, c'était que les marcheurs. Bon, je vais vous raconter d’abord l’expo. On a fait une expo sur qui est au musée d’histoire de Marseille qu’il faut aller voir. Et directeur du Musée. Jusqu’au 15 janvier le directeur du musée d’histoire de Marseille nous dit Mais quel est l’objet à part les baskets ? Quel est l’objet des marcheurs ? Et là, un blanc dans la salle, On se regarde et je dis. Et là, je me suis dit bon, on va y aller. J’ai lu que les Palestiniens, parce que les jeunes issus de l’immigration étaient proches de la résistance du peuple palestinien et notamment des jeunes Palestiniens quelque temps avant, il y a eu quelques mois. Avant, il y a eu Sabra et Chatilla. Donc pour ce qui ne se rappelle pas, c'était au Liban. Les Israéliens sont entrés et ont massacré les Palestiniens sous couvert du gouvernement et de certains gouvernements. Et qu’aujourd’hui donc, 40 ans après, Israël occupe toujours la Palestine. On a connu donc la parenthèse, l’apartheid en Afrique du Sud qui a disparu. Malheureusement, les Palestiniens sont toujours dans la même situation. Donc le keffieh palestinien. On s’est dit on va se faire ruer dans les brancards. Et le directeur du musée, l’objet que vous alliez mettre au musée jusqu’ici, ce n’est pas polémique pour vous ? Pour nous, c’est évidemment qui va y être. Pourquoi on dit ça ? Pourquoi je dis ça ? C’est qu’en fait, quand, avant de recevoir des marcheurs, Mitterrand a demandé à ce qu’il n’y ait pas de café. Question autour du coup, puisqu’il y avait des associations sionistes qui ont mis la pression à l’Élysée en disant venir seul sans liquéfier une randonnée, des écharpes avec Blanche avec le dessin de la marche, certains marcheurs n’ont pas voulu y aller. D’autres ont dit on y va. Ils ont caché leur café en dessous leur manteau, ils ont mis le petit foulard blanc qu’on leur a donné. Et quand ils ont été reçus par Mitterrand, au bout d’un moment, ils ont enlevé leur truc et ils ont montré qu’ils avaient gardé le café. Et donc ça, c'était pour nous une revendication qui était aussi peut. Être qu’il a dit. Bien, à ce moment-là, il faut dire il y avait la presse et tout. Donc voilà. Donc nous, c’est vrai que l’histoire du café fait partie de la marche. Et donc c’est quelque chose qui pour nous est d’autant plus important qu’aujourd’hui, je trouve qu’on est dans une situation où tout le monde amalgame le Hamas. Même si je ne suis pas d’accord avec ces pratiques. C’est pour moi. Ce sont des gens qui résistent à l’occupation. Et de penser que parce qu’on met un flingue, un café, on est antisémite, c’est se tromper d’histoire. Donc c’est pour ça que pour moi, parler du café, c'était quelque chose d’important. D’autant plus que 40 ans après, je pensais qu’on aurait une solution sereine au Moyen-Orient et que malheureusement, comme tout le sort du racisme, les États confondent les choses et font en sorte que les gens se tapent dessus, d’arranger les choses.
Boukenouche Saïd
Il y a un autre élément qui. Est un peu mineur, mais comme c'était une des revendications, c'était que les crimes racistes ne soient pas impunis. Donc ce qui a été entre guillemets, désolé, c’est de dire que la question de racisme doit être une circonstance aggravante. Comme quand il y a eu plus d’assassinats ou quand il y a eu des attentats racistes. Sauf que la mise en place est compliquée. Donc pour pouvoir faire cela, il fallait avoir une association qui dans ses statuts avait cet objet là et que l’association devait avoir depuis au moins cinq ans cette clause. Et je trouve que là, je ne reviens pas en arrière. Le droit d’association pour les immigrés en France, ça date de 1981. Ce qui veut dire que quand on était à 83, ça faisait seulement deux ans. Ce qui veut dire que les associations des gens concernés par les crimes racistes ne pouvaient pas se prévaloir devant la justice de cette question là, c’est-à dire d’aggravation de la peine pour racisme. Mais donc, symboliquement, c’est le fait que ça a été dit. C'était quand même positif parce que ça veut dire qu’on reconnaît qu’il y a des crimes racistes. Mais la mise en œuvre, on le savait dès le début que ce serait très compliqué et on ne s’est pas trompé.
David Dufresne
Donc Mitterrand vous reçoit, vous donne raison sur la carte. Je crois que la carte de séjour sera plus facile à obtenir, c’est ça ? Après une décision de Mitterrand.
Boukenouche Saïd
Oui, oui, C’est à dire que là, moins difficile.
Boukenouche Saïd
Jusque là, je veux dire que si vous avez des amis qui étaient étrangers, c’est la folie totale quand on a fait la première carte de un an. Après trois ans et après dix ans..
David Dufresne
Dix ans.
Boukenouche Saïd
Et moins, j’ai eu des comme moi même à l'époque algérienne où j’allais demander à renouveler ma carte. J’ai déposé le dossier et gardé mon dossier tellement longtemps que j'étais aussi sur irrégulière puisque c’est eux qui gardaient mon dossier et donc il fallait ensuite que j’explique pourquoi. Mais c’est bien. Je leur explique. C’est vous qui avez fait traîner tellement longtemps notre dossier que si, si, je donne un exemple au hasard. Si, si, la carte était valable encore deux mois et que le traitement de la demande faisait six mois. Ça veut dire que pendant quatre mois, moi j'étais dans l’illégalité. Et donc ça, j’en ris maintenant. Mais c’est vrai qu'à l'époque c'était terrible pour moi, pour les Marseillais. À l'époque, ça se passait à la maison de l'étranger. C'était le gros paradoxe. Donc c'était censé être un truc social, culturel, etc. Mais c'était aussi ça. Mais c'était surtout pour nous. La maison de la hantise, ce n'était pas besoin d'étranger, c’est la loi. C’est à dire qu’en l'état, quand on arrivait, chaque fois il manquait un papier, chaque fois il manquait ceci, cela et c'était terrible. C’est pour ça que quand il y a eu la carte de dix ans renouvelable automatiquement, ça a été même, comme quand même pour beaucoup, beaucoup de gens, une de logement parce qu’il y avait les gens pour commencer à se projeter vraiment dans l’avenir. Alors qu’avant c'était bien. Je ne sais pas si dans trois mois je vais être assez sûre, régulière ou non.
David Dufresne
Donc la marche se solde par une une liesse à Paris, très bien, et puis par des avancées concrètes, etc. Et puis il y a une récupération politique qui est en train de s’installer. Il y a peut être Georgina Dufoix était elle sincère, Je n’en sais rien. Elle vient. Elle rejoint la marche. Avant son arrivée à Paris, Mitterrand vous reçoit en vieux briscard de la politique qu’il est déjà. Et puis, quelque temps plus tard, il va y avoir la création des SOS Racisme qui fait ce qu’on pourrait appeler une captation, une captation d’héritage.
Boukenouche Saïd
Je voudrais revenir pas là ou peu avant, juste après la marche. Il se trouve que, comme je le disais tout à l’heure, on s'était dit dans plein de lieux de quartier etc. qu’on avait les mêmes problèmes partout. Et donc il y avait qu'à créer ce qu’on appelle la coordination nationale des jeunes, une génération. C’est à dire qu’on avait fait une coordination qui a commencé, donc après la marche a commencé à se réunir en faisant des assises à tel ou tel endroit. Bon, c'était un peu compliqué parce que la plupart d’entre nous, on venait de milieux très populaires. Et donc pour faire des réunions à Paris, à Lyon, Saint-Étienne, etc. C'était compliqué, les moyens de communication étaient très compliqués. Et donc ce qui fait que les réunions ont eu du mal à continuer longtemps, mais on voyait bien et donc les services généraux veuillent bien qu’il se passe quelque chose. Donc que des gens de villes différentes un peu partout en France commençaient à se rencontrer en disant la marche derrière nous et maintenant on va passer à autre chose. Et c’est là que là, on en vient à l’histoire de la sauce racisme, donc au racisme. C’est un plan, un plan média, un plan marketing extraordinaire. Donc une main de Fatma. Un slogan. Le slogan Touche pas à mon pote. Et donc surtout beaucoup, beaucoup d’argent public qui leur est donné. Ils avaient une mission, donc c'était. Certains disent que dans le gouvernement, ils n'étaient pas tous d’accord. Donc une partie du PS, le parti majoritaire du PS, qui a qui était derrière le rideau. Et donc ils ont mis là aussi pour le marketing, Harlem Désir, vous imaginez ? Non, comme ça a toujours été de voir ce que demande le peuple. Et donc là, leur mission, c'était de faire en sorte que ce travail d’organisation autonome qui a existé soit écrasé. Et je dois dire que ça a marché. Pour revenir à Marseille, j’ai rencontré Harlem Désir et je lui ai dit et le Marseillais Patrick Renucci.
David Dufresne
Julien Dray, le chroniqueur de CNews.
Boukenouche Saïd
Moi je n’ai plus envie de dire sénateur Entre parenthèses, SOS-Racisme, ce n’était même pas sûr. Mais surtout, tout ce qui ressemble au racisme, qui était le chef ? Ils ont fait une belle carrière sur le dos de qui ? Vous le savez. Et donc, ici, à Marseille, j’ai rencontré des chefs de racisme. Et comme c'était au début, on ne savait pas encore, on ne savait pas encore que c'était la récup. On se dit peut-être que c’est des trucs de jeunes, etc. Et donc on est allés voir, on leur a dit c’est bien ce que vous faites, ça, ça marche bien, etc. Et donc il faut que ce que vous faites là et votre écho médiatique, il soit partagé avec les associations de terrain. La réponse c’est et cause toujours, tu m’intéresses. Donc ça, c'était dans une réunion. Deuxième chose, un exemple à Miramas, je crois que c’est à peu près un an après il y a un crime raciste. Donc nous on y va avec l'équipe de Radio Gazelle, on va voir la famille et on lui dit Bon voilà, on va vous aider mais on va faire une collecte pour avoir un avocat, etc. Et là, les familles nous remercient, très contents de se sentir soutenus, etc. 1 h après arrive une belle voiture qui est une voiture de location avec dedans Harlem Désir. Ils avaient pris l’avion Marseille, Paris, Marseille. Ensuite t’as pas pris une Twingo, il a pris une belle voiture, etc. Et il arrive, il dit à la famille Ne vous inquiétez pas, la collecte, ce n’est pas la peine. Nous allons payer les frais d’avocat. Les familles très embêtées viennent nous voir, nous disent bon, désolé, on répond vous n’avez pas à être désolé. Si vous avez les moyens d’avoir un avocat, un bon avocat, allez-y. Aucun problème pour nous. Donc on part. Et comme vous le savez, la justice française est lente. Deux ans et demi après, il y a le procès, on va au procès et 2 à 2 ans et demi après, il n’y avait pas d’avocat, il y avait un avocat commis d’office.
Boukenouche Saïd
Voilà pourquoi, au-delà de la question de la récupération, pour nous, il y a une dérive pour aller jusqu’au bout pour ce genre de faits, c’est -à -dire avoir trahi des gens, des pauvres gens qui etc. On leur a fait croire qu’ils allaient aider alors qu’ils s’en foutaient complètement. Ce qui nous intéresse, c’est le moment où les caméras, les flashes étaient là. Une fois que les caméras étaient parties, c'était terminé quoi. Donc avec l’argent public, cet argent public aurait pu servir à autre chose, ou bien ils ont fait des concerts, etc. Évidemment, si vous faites des concerts, les jeunes sont contents, ils viennent Bruel, machin, etc. Ils viennent. Et donc ça, ça leur a donné une légitimité. Et la deuxième chose, c’est que leur côté sympa, pas trop politique Ce qui a fait que les artistes ont plongé les médias, les médias les ont vus comme des gens légitimes. Je pense, avant que ça se passe, quand il y avait des crimes racistes, il y a des médias qui nous appelaient Radio Gazelle, je parle de Marseille. A partir du moment où ça s’est passé, c’est-à-dire que, à la télévision, dès qu’il y avait un problème de racisme.
David Dufresne
Mais vous aviez eu la possibilité de le leur dire.
Boukenouche Saïd
Bien sûr.
David Dufresne
Et qu’est ce que vous vous disiez ? Qu’est ce qui s’est passé exactement ?
Boukenouche Saïd
Parce que c’est toujours dans leurs mémoires. Après moi je parle des gens de Marseille, de Marseille. Je leur ai dit en face que là, que leur comportement est un comportement de salopard et après il y avait plus de possibilité de discuter avec eux, parce qu' ils le savaient, ils le savaient, ils le savaient parce que. Et puis ils essayaient de dire oui, mais il n’y a pas de oui, mais.
David Dufresne
Je me fais l’avocat du diable. Je partage ce que vous venez de nous dire, mais quand même. Par exemple, à Villepinte, quand Eric Zemmour fait son premier meeting et qu’il y a la baston, si c’est des bénévoles de ce racisme qui révèlent la violence, je ne sais pas si vous voyez à quoi je fais allusion, mais quand ils montrent leur tee shirt non racisme etc. Donc 40 ans plus tard, ça veut dire qu’il y a encore des gens qui sont là et qui alors vous appellerez ça de l’agit Prop.
Boukenouche Saïd
Je ne suis absolument pas contre ça. Ce truc, c’est qui a fait ça ? C’est ça qu’ils ont mis en avant des petits jeunes. Moi, ce qui m’intéresse, ce pour lequel j’ai une forte animosité, c’est leur chef. Parce que les jeunes qui croient que, etc. Parce que ceux qui sont allés perturber tout de Zemmour, évidemment qu’on ne peut pas dire que ce sont les salopards des 66, c’est ceux qui sont derrière qui tirent, qui tirent les ficelles et qui rabattent souvent et qui sont devenus sénateurs, députés qui sont venus, etc. Et c’est cela qui est qui m’intéresse maintenant, les jeunes qui ne sont pas informés de la nature de ce racisme, ça c’est autre chose. Et peut-être qu’il y a un élément le SOS racisme. On reçoit beaucoup d’argent pour faire des testing, pour tester s’il y a des discriminations à l’emploi, De qui se moque t on ? Le nombre de recherches ? Les chercheurs, ils ont des dossiers comme ça. Et donc on continue à payer pour faire du testing.
David Dufresne
Et dire quelque chose sur SOS racisme. Oui, je suis désolé, c’est la voix qui porte.
Boukenouche Zohra
J’ai une bonne voix, c’est juste pour faire remonter le fil un peu. Qui était Mitterrand ? Socialiste ? Faites moi rire. C’est un mec d’extrême droite comme Mitterrand. Les gens l’ont oublié. C’est des gants noirs. C'était quoi son t-shirt Mitterrand ? Donc, Mitterrand était une imposture. Tout le monde ressemble à Mitterrand, comme si Mitterrand était le sauveur alors que nous, on savait très bien qu’ils étaient d’où ils venaient déjà. Ils venaient d’un parti d’extrême droite au début, quand il était jeune. Deuxièmement, nous les Algériens, on a la dent dure. Il a créé. C’est lui qui a créé les compagnies républicaines de sécurité qu’il envoyait en Algérie. Il était sympa. Tu as fait ça ?.
David Dufresne
Avant, il est ministre de l’intérieur et il envoie des ordures qui les créent.
Boukenouche Zohra
Donc ce beau noble qui a une histoire, qui a une histoire qui est quand même assez énorme, a pu manipuler tout le monde, même les partis communistes, en faisant le programme commun. Je veux dire, à partir de ce moment-là, moi, dès le début, Mitterrand, c’est une imposture. SOS racisme, c’est une imposture. Pourquoi ? Parce que c' est ce racisme qui a été manipulé comme le dit Saïd ? Pourquoi a-t-il été manipulé par ce racisme ? Moi je ne pense pas que ce soit des gens de mauvaise foi dans le fond. Là où il y a eu manipulation, c’est que d’un coup on leur a dit Ouh là, des armées noires débarquent, là ils deviennent citoyens, ils ont compris, ils ont des revendications. Il va falloir calmer, les renvoyer dans leurs quartiers. C’est ça que fait le racisme. Et je veux dire au jour d’aujourd’hui. Moi depuis. C’est-à-dire que quand on a commencé à travailler sur le 40 ans de la Marche, j’avais fait un podcast je ne sais plus. Il y a quelques semaines, avec une jeune fille et il y avait une copine du collectif du 5 novembre 2005 qui était là, qui me disait. Ah bon ? SOS racisme c’est les méchants, Je vais m’en faire, mais ça je le savais pas. Elle me dit Ah non, elle a une trentaine d’années. C’est-à-dire que c’est ce qui a marqué les générations. Comme tu disais, ça c’est le marketing. C’est à dire qu’il y avait tellement, ils avaient tellement de moyens pour communiquer, pour faire passer des choses qu’ils ont fait des trucs. Moi je me rappelle d’une manifestation à Paris où j'étais avec un démarcheur, Djamal Atallah. On y était. On a vu des jeunes avec la main de Fatma, on a été voir les jeunes, on a jeté à la poubelle, on a failli se faire fracasser par des gens de ce racisme. Il leur disait : Faites attention, ce sont des terroristes pro-palestiniens. Donc c’est ça, C’est ça qui pour moi, qui a marqué les esprits des gens. C’est à dire qu’effectivement nous, on n’avait pas les moyens. Bon, après, il y a eu quand même des choses qui se sont passées dans les quartiers, il y a eu quand même des collectifs qui se sont battus, etc. Avec très peu de moyens. Et voilà, C’est cela qui pour moi est intolérable. Par ce gouvernement socialiste qui se dit de gauche, c’est avoir vu une jeunesse arriver sur des violences policières. Sur le mal logement, sur la discrimination au niveau du travail, de l'école, etc. Quand je dis cela, là où il ne faut pas nous emmerder, on va te renvoyer dans leurs djebels. Et c’est ça qui moi qui me met en colère.
David Dufresne
Voilà qui a écrit. Il n’y a pas longtemps, pour la liberté, contre le racisme, pour l'égalité, contre les assignations, pour la fraternité, contre les discriminations. Voilà 40 ans que les citoyens. Entamer une marche pour revendiquer cette exigence républicaine. Ce message universel se doit encore et toujours d'être porté. Qui a écrit ça ?
Boukenouche Saïd
Macron
David Dufresne
Macron a tweeté ça, ça me fait rire
Boukenouche Saïd
Comme quoi les mots et le mot et la chose. Je vais revenir sur SOS Racisme.
Boukenouche Saïd
Parmi les ce qu'était le rideau qui a dirigé l’Union des étudiants juifs de France. Et donc ce que je ne sais pas si vous vous souvenez, mais chaque fois qu’il y avait une manif qui soutient la Palestine, SOS Racisme, soit n’en était pas, soit essayer de la bloquer en faisant comme la droite maintenant, en disant qu’ils ont dit avec la keffieh etc etc. Donc il y a sept cet aspect là, ça soit ça, soit ce racisme, il ne faut pas l’oublier, c’est dans la question du conflit israélo palestinien. Ils ont toujours été du côté israélien. Donc ça, c’est quelque chose que beaucoup ont voulu cacher parce que c'était honteux, mais au moins moi je. Donc je le dis clairement et je. Un je demande d'être contredit par un moment 30 des manifestations où il y avait sur la question de la Palestine.
David Dufresne
Macron quand il écrit ça, qu’est ce que vous pensez ? Parce que là on parle de l’héritage, de la marche, de ce qu’il en reste. On n’oubliera pas SOS Racisme dix minutes
Boukenouche Saïd
Macron, Macron, il a fait ce qu’il a fait là, c’est comme ce qu’il a fait pour tout le reste. Sur les retraites, c’est ce qu’il a dit au début. Qu’est ce qu’il a dit après pour les questions de laïcité, qu’est ce qu’il a dit au début ? Qu’est ce qu’il a dit après ? C’est à dire que c’est un vrai politicard, c’est -à -dire qu’ 'il est capable de dire le discours que les gens entendent au moment où il est là et un an après, deux ans après, il peut dire absolument l’inverse. Et c’est vrai que ce qu’il a dit là, c'était des mots. Mais la question qui pour nous est très simple, c’est qu’est ce que vous avez fait depuis six ans pour que les choses changent ? Est ce qu’en prenant des choses simples, les contrôles au faciès ? Vous connaissez bien l’histoire. Question de police. Est ce que ça coûterait très cher de faire disparaître ça ?
David Dufresne
Non, ça fera même des économies.
Boukenouche Saïd
Pour d’autres, pour d’autres choses, et ça coûte très cher. Donc ça veut dire que si on le fait pas ça, c’est qu’on veut qu’il y ait des contrôles discriminatoires, c’est qu’on veut qu’il y ait des incidences, qu’on veut qu’il y ait une bagarre. Deuxième exemple, la carte scolaire, les écoles ghettos. Là aussi, est-ce que ça coûterait cher de faire en sorte que les écoles soient ad hoc, que les élèves soient répartis de manière harmonieuse pour qu’il y ait des gens de divers milieux sociaux et culturels ? Ça coûterait cher ? La réponse, c’est non. Le ministre. De l'Éducation nationale a essayé de faire quelque chose de timide. Et il s’est fait ramasser. Alors que c’est quelque chose qui ne demande pas beaucoup de budget. Donc, si pour ces deux éléments qui demandent pas de moyens, on ne le fait pas, comment voulez-vous voulez qu’ils fassent vraiment les choses au niveau du logement, au niveau de l’emploi,. Ça veut dire qu’il y a une vraie volonté de ne pas faire de vraie volonté, de continuer les discriminations et ensuite de dire aux gens mais non.
Boukenouche Saïd
Vous vous victimisez mais non, vous avez tort, etc. C’est pour ça que pour moi c’est très grave, parce que c’est le manque de volonté, parce qu’il y a pour le logement, ça coûtera très cher pour faire en sorte que le logement, ça oui, mais pour la pour les questions d'école et pour les questions de contrôle au faciès, ça coûte pas cher, on ne le fait pas.
David Dufresne
Qu’est ce qui reste de la marche aujourd’hui ? Pour vous. Pas pour vous personnellement. Ça, vous pouvez le dire personnellement, mais.
Boukenouche Saïd
Ce qui reste pour la marche et de la marche pour un, probablement, c’est une prise de conscience d’abord de la population en général et aussi des gens des milieux populaires à commencer que commencer à se dire bon, il faut commencer à essayer de s’engager et essayer de parler. Nous, on s’occupait d’une radio à l'époque. Puis je rappelle aux plus jeunes que la télévision française, entendre une chanson arabe, ça n’existait pas, ça n’existait pas. Je dirais que c’est ce changement quand même. Au niveau culturel existe déjà Jamel Debbouze, Omar Sy, etc. Je prends les plus connus, mais il y en a beaucoup d’autres qui sont beaucoup moins connus. Donc la question culturelle a avancé. Évidemment, on est encore loin d’une parité, d’une égalité, etc. Mais enfin, les gens sont visibles. Donc l’action de la visibilité, la question de l’expression, ça, ça sert à avancer. Maintenant, pour les choses globalement, les choses fondamentales, c’est à dire l'école, c’est à dire le logement, Force est de constater que ça n’a pas avancé, que le poids va aller, il y a des petites avancées, puis des reculs, etc. Mais globalement, on ne peut pas être du tout satisfait de ce qui s’est passé. Ce qui veut dire que la marche, c'était un moment très beau, très fort, etc. Mais ce n’est pas un moment magique.
Boukenouche Zohra
Alors pour revenir sur Macron, juste rappeler au peuple français que pour les marcheurs, il y. J’ai souri tout à l’heure parce que j'étais à côté du Djamal Atallah qui était des marcheurs permanents des Minguettes et il me disait regarde ce que je vais dire de Macron et qu’est ce qu’on fait ? Donc on a rigolé. Je laisse tomber ce qu’est. Aujourd’hui, c’est la fête du départ de la marche. On était en train de regarder l’expo à la mairie du Casa et on verra plus tard. Et pour revenir sur Macron, donc la réponse qu’il a faite par rapport aux marcheurs, c’est la réponse qu’il fait au peuple de France, c’est à dire du mépris. C’est un libéral capitaliste et il va nous écraser nous tous. Donc les pauvres qui ont voté Macron, qui pensaient que Macron c'était quelque chose de formidable, c’est une bavure, c’est pour moi, c’est une bavure de ce président, c’est une honte. Je dis on est dans un état français ce monsieur, il travaille que pour le grand patronat, il appauvrit les gens. C’est quoi aujourd’hui ? La situation en France ? Effectivement, c’est des populations qui le plus évidemment, c’est les immigrés les plus précaires etc. Mais toute la population est en train de s’appauvrir et on est dans un pays d’une violence extrême. Il a envoyé la police pour les gilets jaunes, il a envoyé la police. Il y a eu des effondrements dans la rue d’Aubagne où il y a eu quand même huit morts du neuvième. Donc effectivement, s’il est méprisant avec les classes populaires qui se battent sur des questions sociales, etc. Vous imaginez que sur les questions de l’immigration postcoloniale, du racisme, etc. Je pense que ce n’est pas quelque chose qui l’intéresse beaucoup quoi.
David Dufresne
Et de la marche. Qu’est ce qui reste pour vous ?
Boukenouche Zohra
Qu’est ce qu’il reste ? Comme on dit. Effectivement, il y a des avancées qui sont mais qui seront minimes. C’est-à-dire que l’accès à la scolarité pour des études supérieures doit fonctionner. Il y a des gens qui se retrouvent dans des postes intéressants, importants. Mais quand on va vers. Dans un mot. Par exemple, si vous allez à l’hôpital, il y a un blanc et un noir, on va aller vers le blanc qui est l’infirmier et qui On pense que le médecin alors que c’est ça. Ça, c’est au cours des actions qui choquent. Donc ça, il a oublié de le dire, lui, quand il était prof, quand il était arrivé dans son collège, et même les élèves si c’est là bas, si on lui montrait où c’est qu’il y avait le local pour l’entretien alors que les enseignants. Et donc ça, ce sont des choses qui restent. J’ai Quand j’entends mon neveu ingénieur qui dit Quand je suis en réunion, à un moment donné, il faut que j’arrête de parler parce qu’on me regarde un peu bizarrement. Voilà, c’est donc pour moi, ce n’est pas fait. Il y a des avancées, mais des avancées. Il y a des blocages même dans ces avancées là. Et donc je trouve que la situation est difficile parce que bon, si on parle de Nahel, et de Swal, puisque ces projections de films offrent un débat sur SOAD, c’est à dire que ces jeunes qui ont encore 20 ans en 2023, c’est les mêmes que ceux de 85. Donc on est toujours dans des violences policières, on est toujours dans ce qu’on appelle chez nous la hogra, le mépris. Donc malheureusement, je trouve que c’est compliqué. C’est difficile de dire que qu’est ce que d’amener cette marche ? Elle a mené la citoyenneté à certaines personnes, mais pas entièrement.
David Dufresne
Et est ce que ça vous énerve qu’on vous ouvre, qu’on vienne vous voir tous les dix ans, pour les dix ans, pour les 20 ans, pour les 30 ans maintenant, pour les 40 ans ?
Boukenouche Zohra
Non, vous n'êtes pas au pouvoir. Nous avons décidé de faire des choses les dix ans, les 20 ans, les 30 ans, là, les 40 ans. Nous, pour nous, c’est la der des der comme on dit. C’est à dire qu’on a fait oui, c’est ici, on a fait au niveau de la. Il y a eu une coordination nationale qui s’est créée avec Marseille, Lyon, Paris, qui sont des trois villes importantes pour dire qu’il faut qu’on fasse quelque chose d’important. Et tout à l’heure, j’ai parlé d’une expo. Donc on a mis on a travaillé cet été sur une expo qui parle de la marche, mais pas que. Ce qui s’est passé avant la marche avec le mouvement des travailleurs arabes, avec Couthon 61, les ratonnades, la marche et après la marche. Il y a des panneaux indiquant que Madame la République est toujours aux abonnés absents. C’est-à dire qu’il y a un panneau qui explique qu’il y avait effectivement 40 ans. Après il y a des choses qui ne sont pas passées. Donc ça, on a fait un livret. Quand on donne aux jeunes qu’on offre aux jeunes pour expliquer l’histoire, etc. Et on dit Maintenant, nous, on vous a transmis l’histoire. C’est vous qui devez maintenant prendre en charge votre avenir. On sera là pour vous soutenir, mais nous, on ne va pas continuer dans dix ans. Je ne vais pas venir faire des essais quand on a de la marge.
Boukenouche Saïd
Effectivement, ce qu’on a fait ici pour le canton, c’est l’idée qu’on veut travailler sous le sceau de la transmission.. Il ne s’agit pas pour nous de ressasser les choses, mais d’une sorte de bilan. C’est vrai qu'à 40 ans, ça fait quand même ça commence à faire un bail. Et c’est vrai que pour nous, l’idée, c’est de faire en sorte que d’autres générations puissent voir ce qui s’est passé. Oh bien sûr, pas comme des anciens combattants qui leur disent nous on a tout bien fait, démerdez vous, mais c’est de dire regardez ce qu’on a fait, il y a des choses qui étaient bien, c’est essayer de faire pareil et mieux. Une chose qui n'était pas bien à laisser tomber. Vous avez vous avez la possibilité de continuer, mais c’est pas du tout une histoire qu’on va continuer à perpétuer. Donc là je pense que ça va. Vu les âges canoniques auxquels on arrive, je pense que ça va aller et que les luttes, de toute façon, c’est pas, ce n’est pas dans dix ans, c’est tout de suite que ça se passe et surtout qu’on est dans une situation pour moi qui est absolument terrible à tous les points de vue, c’est à dire la manière dont ça se passe avec les médias aujourd’hui, c’est une histoire de fou. Moi, je commence à rencontrer des jeunes qui me disent mais ça devient irrespirable. Je veux dire, qu’est ce que. Il faut trouver une solution qui est de quitter ce pays. Je veux dire, on en est là. Je ne sais pas. C’est quelque chose que j’ai rarement entendu. Mais quand je parle, quand je dis ça, je parle de gens qui sont bien installés dans leur vie, qui ont, qui ont fait des études, et qui se disent c’est irrespirable,
David Dufresne
C’est à dire que ce qu’ils pensent, est ce que vous pensez que le discours médiatique, pour le coup parisien est très précis, représente le discours du pays, de tout ce qui peut se dire dans les campagnes, dans les petites villes, dans les grandes villes, dans les préfectures, les sous préfectures.
Boukenouche Saïd
Non mais justement, la question c’est que comment se forme aujourd’hui quand il y a les réseaux sociaux et il y a un certain nombre de chaînes info et il y a une sorte de synergie entre tout ça, ce qui fait que ça tourne en rond. Et donc soit on a vraiment, vraiment le temps de s’intéresser à tout et on se dit bon, il y a des éléments d’optimisme, mais globalement, on va dire que quelqu’un qui est musulman tranquille va prendre de compte tout le nombre de polémiques qu’il y a eu sur les musulmans depuis 40 ans, depuis aller depuis le soir de Creil, etc. Le foulard, etc. Et donc tout le monde s’y met. Donc le printemps républicain, c’est de l’islamophobie personnifiée de maintenant, parce qu’ils ont fait de pas mal comme président quelqu’un d’origine maghrébine. C’est donc une caution pour pouvoir faire affirmer les choses. Et donc qu’on entende des faits le rappeler. Du pain au chocolat ou du pain au chocolat ? Il y a un débat sur le pain au chocolat en France, le burkini. C’est vrai que qui ? On peut imaginer que les gens qui sont de culture musulmane, ils doivent se dire putain mais qu’est ce qu’on fait ? Où on va ?
David Dufresne
Je vous pose cette question parce qu’il se trouve qu’hier dans le Monde, il y a eu un article très long d’un chemin qui va chercher des chercheurs, des sociologues, etc. Et qui justement font vraiment le distinguo entre un discours médiatique porté notamment par Le Pen, par le FN et qui est auto alimenté en permanence et qui est absolument suffocant, insupportable et tout ça, et une certaine réalité qui ne serait pas du tout raccord. Donc voilà, je vous invite à lire ce papier et vous verrez.
Boukenouche Saïd
j’en ai entendu parler. Mais là. Mais la question c’est vous. Vous avez 25 ans.
David Dufresne
Un peu plus
Boukenouche Saïd
Je suis sûr que donc vous ne vous intéressez pas trop à la politique Vous vivez tranquille, tranquille, etc. Dans votre travail, dans votre club de sport, les gens vous parlent sans arrêt de ceci, de cela, Daesh, de Bush. Vous imaginez ça ou vous imaginez ça ? Je vais employer l’expression nouvelle la charge mentale ou la charge mentale, sans arrêt oui, oui, oui à Charlie. Allez, tous là, vous devez manifester la communauté musulmane, vous devez vous regrouper et manifester, sinon vous êtes suspect. Attention, attention, dire tous faits tout ce que tous, tous, tous vécu là pendant des années, même si c’est vrai ce que dit le journaliste du Monde, c’est que c’est quand même étouffant. C’est quand même pour laisser se dire putain mais qu’est ce qu’ils veulent ? Pourquoi ils nous veulent autant ?
David Dufresne
Non, bien sur ce que vous disiez tout à l’heure sur l’aspect culturel qui a quand même considérablement avancé ces 40 dernières années. Il n’en est pas question dans l’article, mais les mariages mixtes sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui qu’il y a 40 ans, etc. Et que des meurtres racistes, il y en a beaucoup moins aujourd’hui qu’il y a 40 ans. Même s’il y en a toujours, même s’il y a toujours du racisme. Ce que je veux dire pas d’accord.
Boukenouche Zohra
Si c’est non mais ce n’est pas ça, c’est que la société a changé. Je me rappelle quand la première et quand il y a eu la première guerre en Irak, Qu’est ce qui s’est passé à Marseille ? Moi, à l'époque, j'étais au centre social Belsunce. On s’est réuni avec plein de communautés en se disant il faut dire halte à la guerre. 40 ans après, qu’est ce qui se passe ? Moi, ce qu’a fait le Hamas, c’est violent, mais l’opinion publique, c’est qu’il faut bombarder Gaza. Alors qu’avant on disait non, il faut la paix, il faut la paix. Donc le discours change et la société change. Et c’est ça qui m’inquiète à un moment donné, même si les choses sont difficiles. Je veux dire, on se. On se réunissait pour se dire il faut manifester contre la guerre. Aujourd’hui, hors du Parlement, il faut manifester contre la guerre. On dit qu’Israël a le droit de se défendre.
David Dufresne
Non, mais c’est un peu plus que ça puisqu’on nous empêche de manifester contre la guerre. Vous voyez, c’est non, non. Il y a aussi des choses.
Boukenouche Zohra
Je parle des réunions, pour faire une réunion dans un centre social, dans une salle lambda, pour dire Il faut qu’on se rencontre entre militants pour se dire On va faire, on va faire une manif contre la guerre. A l'époque de la première guerre d’Irak, il y avait plein de gens, des religieux, des associations, des syndicats, etc. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Vous me parlez d’interdiction de manifester, je ne parle pas de ça. Je parle de rencontres inter associatives. L’Association intercommunautaire est ce qu’on veut pour dire non, Nous on va dire allez à la guerre. Je veux dire, on n’est pas dans ce discours là. Donc, si vous voulez, pour moi, la société française, en 40 ans, elle a régressé sur des questions.
David Dufresne
Alors je vais poser une question du tchat, puis après on va laisser le public s’exprimer s’il le souhaite. J’espère qu’il le souhaite, parce que sinon ce n’est pas cool. On vous demande dans le chat est ce que pendant la marche, à un moment ou à un autre, il y a eu de la répression policière ? Et l’article du Monde s’intitule Merci. Qui l’a retrouvé ? Immigration, tolérance de la société, vote à l’extrême droite. Le paradoxe français par Anne Chemin que je vous invite vraiment à lire.
Boukenouche Saïd
Non, pendant la marche, il n’y a pas eu de problème avec la police parce que un parce qu’il n’y a pas eu d’incident spécialement, donc il n’y a pas. Donc la marche était suivie par le renforcement général.
David Dufresne
Après tout, on parlait beaucoup de ces gens-là. Vous les aimez bien ou quoi ? Qu’est ce qui se passe avec les Renseignements généraux ?
Boukenouche Saïd
Oui, bien, j'étais là pour suivre. Certains disaient qu'à un moment donné, ils étaient tentés de faire capoter rapidement la marche. Ah oui, mais oui. Et donc du coup. Mais sinon, les rapports avec la police, c'était des rapports normaux. C’est des policiers qui n'étaient pas pour la répression, mais pour faire faire la circulation comme ça quand on passait dans des villes et des villages. Donc il n’y a pas eu à ma connaissance du tout de problèmes avec des policiers.
David Dufresne
Tout à l’heure, je parlais des photos de Libération, il y a une photo d’Alain Besos, donc le photographe à qui on doit notamment cette planche contact extraordinaire de Mesrine. Mais bon, bref, c’est tout à fait autre chose. Il y a une photo, on voit en fait des motards, des motards, de la police ouvrir. Enfin ils ouvraient la marche en fait avec une belle BMW. Enfin là aussi c’est autre chose.
Boukenouche Zohra
Non, là c’est là mon anecdote. D’abord parce que bon, à l'époque, donc, le 15 octobre, je travaillais et à un moment donné de la manifestation passe devant, là où je travaillais, je sors pour voir les marches, je vois un motard qui s’approche de moi. Je veux qu’est ce qu’il me veut lui ? Et il lève sa visière. Donc je reconnais un client qui vient manger dans le lieu où je travaille. Et là il me dit Ne vous inquiétez pas madame, je m’occupe de vos amis. Moi je trouve ça bizarre. Quelques jours après, il a mangé des snacks et il m’a dit je suis d’origine italienne et nous les Italiens on a morflé. Et donc je lui dis pour ceux qui connaissent ou sinon vous allez chercher à Aigues-Mortes. Et je lui dis ah ben ça me fait plaisir que de voir qu’un policier vienne me dire que lui aussi est d’origine italienne, qu’il a connu le racisme, etc. C’est un policier, c’est comme ça, on aura plus de problèmes de contrôles. Voilà, donc c'était une petite anecdote sur la police. Bon, 90 % du pour 100 peut être qui sont bien. Aujourd’hui, je ne sais pas combien il y a plus de gens chez l’Alliance qu’ailleurs.
David Dufresne
Est ce que le public veut prendre la parole ?
Boukenouche Zohra
Oui, alors là, on fête les 40 ans de la marche de 83. Mais d’après mes souvenirs, il y a une deuxième marche qui s’applique. Pourquoi Il y a une deuxième marche ?
David Dufresne
Avec des mobylettes, avec des mules. Il y en a même eu une troisième.
Boukenouche Saïd
La deuxième marche.
David Dufresne
Alors attention, je précise aux gens qui nous regardent que le monsieur qui a parlé, visiblement il connaît des gens de la salle. Je connais ces techniques. C’est une très bonne question au demeurant.
Spectateur
J’habite le quartier
David Dufresne
Non mais très bien monsieur. C’est super. Mais c’est juste racontez un peu le hors champ. Donc une deuxième manif en 84.
Boukenouche Saïd
Ça, ça a un rapport avec la une de Libé, la marche des Beurs. Parce que effectivement, dans les marcheurs, beaucoup sont d’origine maghrébine et donc certains invoquent la marche. On dit mais il n’y a pas assez de mélange et pas de portugais donc ils ont pris ce que je ne trouvais pas. A cette époque là, je n'étais pas encore dans ce débat là. Donc je dis pourquoi pas sous forme de nouvelle marche. Alors allons-y. Et donc il disait son slogan, c'était la France. C’est comme une mobylette. Pour avancer, il faut un mélange des mêmes.
David Dufresne
Et là, ça ne dit rien aux gens de moins de 30 ans à la même époque.
Boukenouche Saïd
Et à postériori, je peux dire que c’est que l’analyse était vraiment mauvaise.
David Dufresne
C’est-à-dire ?
Boukenouche Saïd
C’est à dire que le mélange y était, qu’il n’y avait pas de question d’hégémonie de telle ou telle communauté. Ce sont ceux qui ont pensé ça se sont trompés parce que bon, il y avait que moi je connaissais quelques Portugais qui étaient des militants qui étaient tout le temps et qui n’arrivaient pas à faire venir leur communauté entre guillemets. Parce que cette communauté, c’est d’abord des individus. Ils n’arrivaient pas à les faire venir dans le mouvement. Ils arrivaient pourtant, ils arrivaient à beaucoup les rassembler dans les structures sportives, etc. Autant dans les trucs, donc dans les mobilisations, ils n’arrivaient pas à les faire venir. Et donc il y a eu ceux pour, entre autres. Pour eux, il y a une certaine frustration et apparemment ils se sont dit bon, il faut faire des mélanges. Et moi, j’ai participé à la fois à la marche, à la fois aussi aux assises. Déjà sur l’immigration, la question des origines, ne s’est jamais posée. Donc c’est que c’est une marche qui s’est faite, qui à mon avis n’avait pas vraiment un objet très important. D’ailleurs, moi j’ai rencontré ensuite les promoteurs et ils ne sont pas tous d’accord sur sur pourquoi ils ont, ils ont, ils ont fait ça.
Boukenouche Zohra
Il y a quand même une troisième marche qui a eu lieu, qui est partie, je crois, de Bordeaux à Paris. C'était pour nos droits de vote, pour que les jeunes s’inscrivent sur les listes électorales.
David Dufresne
Alors qui veut poser une question ? Faites pas les parisiens, s’il vous plaît. Normalement, je fais le maximum pour provoquer quand même, non ? Personne ne veut parler, tout le monde veut rentrer chez lui, c’est ça ?
Boukenouche Zohra
Puisque, en deux ans et demi, en 1983, on sortait le disque Les enfants des quartiers Nord et que moi j'étais gamine et j’avais assisté beaucoup à des crimes, même dans mon quartier. La Paternelle où je me suis dit Super, je veux y aller, je vais y aller. J'étais trop petite, mes parents n’ont pas voulu me laisser y aller, mais j’avais beaucoup d’espoir. Je me suis dit super, ça y est, on est, on tient, on joue quelque chose qui va permettre d’ouvrir ce mélange et cette belle énergie. Et comme vous, j’ai été très déçue par cette grosse arnaque. On s’est fait bien fait avoir et à chaque fois c’est pareil racisme. Donc voilà, j’ai dit non. C’est une grosse arnaque puisque j’ai jamais vu des personnes comme vous nous représenter cet élan qui a été attrapé quoi. Donc pour moi c’est une grosse arnaque. Voilà, c’est tout ce que je voulais vous dire et je suis très contente d'être venue parce que c’est très agréable de vous entendre, parce que c’est comme si j’avais aussi participé d’une manière ou d’une autre à la marche.
David Dufresne
Merci beaucoup. Alors monsieur m’a prévenu qu’il prendrait le micro. Je vous ai vu tout à l’heure. Non. On m’a dit que vous étiez bavard.
Spectateur
Non, je vais essayer. Je vais essayer d'être présent et essayer. De ne pas l'être. Je vais essayer d'être bref. Comme si je voulais juste dire merci. Parce que nous on est parti à Paris, on a fait Marseille. Paris aussi. Malheureusement, c’est raté parce qu’on n’était pas nombreux et il y en a eu la désillusion à l’arrivée parce qu’il y a eu beaucoup plus de flics que nous les marcheurs. Mais je vais vous dire merci. Voilà, on a voulu dans l’idée de la marche de 84, avoir un poids politique à l’arrivée. Parce que moi, le truc que je répète, ça n’a pas été simple. On est parti plusieurs fois, une fois en 2006, 2012. En 2012, il y a eu plusieurs départs. C'était ça s’appelait la marche des possibles, si vous voulez retrouver les traces. Mais voilà ce que je dis de la marche. J’ai pris comme modèle la marche Pour l'égalité contre le racisme parce que moi, ce que je disais pour faire un peu la pub, c'était qu'à l'époque j’avais le chiffre de 200 000 personnes. Alors il y a un gros écart. Vous avez dit 100 000 personnes, Moi je dis toujours 200 000 Mais effectivement, il y avait un vrai poids politique. Et ce que je dis aussi, je ne sais pas si c’est complètement vrai, mais Mitterrand avait accepté à peu près toutes les revendications des marcheurs. Donc 200 000 personnes qui déboulent à Paris, ça fait un poids politique. Et on a essayé, on n’a pas réussi, mais après on a encore deux pieds, deux jambes si ça peut intéresser des mouvements pour moi.
David Dufresne
Merci, monsieur. Merci beaucoup. Quelqu’un veut prendre la parole ou c’est terminé ? Il y a une dernière question du chat. Ce n’est pas tout gai qui vous demande n’y a t il pas eu une énorme baisse de subvention ? Un déclin associatif et du nombre de bénévoles depuis l'époque ? Pour les quartiers, dans les quartiers, les associations
Boukenouche Zohra
Franchement, si vous voulez, il y a deux formes d’association. Il y a des associations qui sont financées et des associations qui ne sont pas financées. Il me semble que les associations financées, notamment comme les centres sociaux, ont fermé effectivement base de subventions. Après, il y a quand même, je pense, un préjugé il faudrait demander à un chercheur de faire un peu un point pour moi quand même. Dans des quartiers, il y a toujours des associations qui existent et qui travaillent sur plusieurs thèmes et notamment. C’est vrai que bon, pour mettre un peu à la place des femmes, c’est vrai qu’on ne parle pas des femmes mais des femmes. Elles ont toujours fait des choses et elles continuent à le faire dans tous les quartiers de Marseille, si on prend par exemple sur le 11ᵉ quartier, c’est plus rebelle, c’est qu’elles se battent depuis des années, contre les organismes HLM. Donc il y a quand même des choses qui se font. Après, effectivement, il y a de grosses baisses de subventions, mais ça c’est politique.
Boukenouche Saïd
Oui bien sûr ça me rappelle autre chose. Là je ne reviens pas en arrière.
David Dufresne
C’est de famille C’est votre truc de revenir en arrière à chaque fois. C’est fort, vous êtes très fort. Le futur, il faut connaître le passé. Très bien.
Boukenouche Saïd
Je pense qu’il y avait autre chose, c’est que le monde 81, 82, 83, il y avait les problèmes de ce qu’on appelait alors les rodéos. Et du coup, il y a eu un plan qui a été chaud où ont commencé à faire des sorties pour les jeunes, etc. Et ensuite, il y a eu un truc qui s’appelait le défunt, à 300 ou 3000, je ne sais pas. Des fois c’est le diplôme pour devenir directeur de centre social. Nous sommes mauvaises langues. On a pensé que. Les postulats de cette formation de trois ans pour devenir directeur, etc. Elles ont été données beaucoup à des gens qui étaient leaders dans leur quartier. Qui était un peu contestataire et donc pour acheter la paix sociale. Le fait de leur donner cette formation et moi et moi, je l’ai depuis le début. Je n’ai aucune animosité. D’ailleurs, c’est normal que des gens veuillent avoir un métier, s’en sortir. Mais ceux qui ont qui ont fait ça avec cette arrière pensée en disant en gros une association, tout le monde connaît qu’il y a en général, pas beaucoup de gens qui y sont qui là, qui la dirigent et il y a quelques leaders dans l’association et les autres sont un peu dans l’expectative. Et donc le fait d’embaucher dans cette formation des FA, beaucoup de jeunes de quartiers populaires qui étaient leader a fait qu’évidemment, après ils n'étaient plus actifs et il fallait suivre leurs études pour pouvoir s’en sortir. Encore une fois, je dis que c'était tout à fait légitime de faire ce qu’ils ont fait, mais c’est ceux qui ont fait le calcul qui sont un peu à blâmer. Sinon, en termes de subvention, il est évident que quelque chose se passe déjà avant. Ce n’est pas terrible, mais c’est encore pire. Est ce qu’il faut aussi, à mon avis, bien voir c’est que la manière d’attribuer la subvention, le clientélisme, c’est une folie totale.
David Dufresne
Je pense à Marseille.
Boukenouche Saïd
Surtout pas à Marseille, surtout pas à Marseille. Je vais prendre l’exemple encore un peu avant 83 à 81, il y avait ce qu’on appelait le stage jeunes stage d’insertion. Et donc on devait faire des dossiers pour faire des stages. Donc moi j'étais avant notre prof, j'étais formateur et donc le directeur de la boite me disait bon, il faut faire un bon dossier de droit, donc il fallait créer un dossier. Et que j'étais naïve, j’ai beaucoup travaillé Et après un copain qui lui était dans le trou du planteur, il me dit ne te casse pas la tête. Cet organisme aura sept stages sarkozystes à droite, l’autre en aura cinq etc. C’est du pipeau tout ce que vous écrivez, ça n’a aucune importance, c’est déjà négocié avec le politique derrière. Et donc tout le reste c’est du baratin. Et c’est ce clientélisme qui fait que les associations ont commencé à péricliter, notamment celles de quartiers populaires et des centres sociaux. Maintenant, il faut quand même dire que les centres sociaux sont devenus des sortes de prestataires de services. A l'époque où j'étais président de centre social, c'était à bassesse. C'était vraiment les habitants. Ce n’était pas un truc où des professionnels arrivés, étaient formés, C'était les habitants qui étaient au conseil d’administration. C’est des habitants qui fixent des orientations, embaucher des gens qualifiés, etc. Aujourd’hui, la plupart du temps, c’est des prestataires de services qui rendent service. Ils font des gardes d’enfants quand on a des enfants, en faisant des sorties, etc. Et c’est ça qui manque beaucoup dans ce que nous avons fait de ce que nous on a connu, c’est l'éducation populaire, les gens sont vraiment moteurs du travail que je fais et pas seulement des usagers.
David Dufresne
Ultime question : Qu’est ce qu’on a fait là pendant 1 h et demie selon vous ? Comment décririez-vous décririez cette soirée ?
Boukenouche Saïd
Normalement cette question c’est aux personnes qui sont autour de nous qu’il faut la poser. Donc nous on a répondu aux questions
Boukenouche Zohra
On va dire que puisqu’on était dans des radios libres à l'époque, on informe autrement. Donc on est sur notre format d’information et donc on n’a pas fait. Vous n’avez pas de rédacteur en chef qui vous surveille pour voir si on sait parler les gens. On a essayé de transmettre un peu de l’histoire, donc de la marche. Donc en sachant qu’il y a quand même pas mal de programmes. Et pour ceux qui sont sur Marseille, allez voir l’expo au musée d’histoire et pour ceux qui sont ailleurs, il se passe aussi des choses en région lyonnaise, à Saint-Étienne, à Paris, etc. Jusqu'à la fin du mois de décembre. Voilà.
David Dufresne
Eh bien, merci beaucoup à vous deux, merci au public si loquace qui était là et un immense merci. Alors je ne sais pas si sont là Juliette et Akim du cinéma qui nous a accueillis au Gyptis le plus ancien cinéma marseillais
Boukenouche Zohra
C’est vrai, c’est le plus vieux.

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