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#Mayotte : vers la guerre civile ? Avec notre correspondant Grégoire Mérot

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis des nouveaux studios, amis des tasses avec elle, tous les modos de la terre entière, les meilleurs modos de la terre entière ici Donnelapapatte Pimiko !Bonjour à tous, Bonjour à vous tous. Nous sommes dimanche, jour de messe et nous sommes en relation avec, je peux le dire, notre correspondant Grégoire Mérot. Je vais vous dire tout à l’heure pourquoi Grégoire était déjà venu il y a quinze jours. Grégoire vit à Mayotte depuis cinq ans. Il connaît mieux que personne la situation et il me semblait important qu’on revienne sur ce qui est en train de se passer à Mayotte.Nous allons faire le point. Nous allons surtout écouter Grégoire nous expliquer ce qui est en train de se passer en notre nom, en le nom de la République française. Donc la moindre des choses, c’est de s’intéresser à ce que la République fait quand elle fait des choses en notre nom.Et c’est la raison d'être d’Au poste. J’ai dit à notre correspondant de Grégoire, parce que je suis hyper fier de vous annoncer que, grâce à vous, grâce à ceux qui peuvent s’abonner, qui peuvent donner bien on est en train de mettre en place un petit écosystème modestement, qui nous donne la possibilité de piger Grégoire, puisque Grégoire est journaliste, donc il est là en tant que journaliste, il n’est pas là en tant qu’invité. Il est évident que jamais, au grand jamais, on paiera le moindre invité. Ça, c’est absolument impossible. Mais Grégoire fait un travail de journaliste. Il va nous le rapporter ici et je lui ai proposé il a refusé au départ puis après il fera ce qu’il veut de la petite pige On le fait grâce à vous. On peut acheter du matos, on peut développer des outils, on peut payer les modératrices, on peut payer l’animation, Et là mon cher Grégoire, je te fais un petit signe. Est ce que tu es prêt ? Regardez, Grégoire est prêt et regardez depuis qu’il est pigé Il a sorti la belle caméra. On le voit bien cette fois-ci. Comment est-il ? Grégoire ?
Grégoire Mérot
Mais écoute, ça va forcément un peu sous pression, à l’image du territoire, mais c’est comme ça et il faut tenir bon.
David Dufresne
Tu dis que tu dis territoire pour Mayotte, Moi je sais jamais ce qu’il faut dire.
Grégoire Mérot
Bah ouais. De toute façon, dans l'état actuel des choses, il est indéniable que c’est un territoire sous administration française, un département qui devrait être administré de la même manière que les Hauts de Seine. Toujours est-il que. Par exemple, je traite avec des médias internationaux, notamment américains et à barre forcée. On est obligé de dire qu’il y a une revendication comorienne que l’ONU ne reconnaît pas forcément Mayotte comme étant comme étant un département français, comme beaucoup, beaucoup de pays dans le monde et considèrent Mayotte comme un. Comme un territoire sous administration française, mais en contradiction avec le droit international.
David Dufresne
Mon cher Grégoire, j’avais préparé et préparé une petite introduction. Je vais essayer de la lire. Tu me diras si elle te convient et on pourra lancer non pas des hostilités ni des festivités, mais mets le débat et on va t'écouter pour nous raconter ce qui se passe, ce qui se fait depuis quinze jours et le lancement de l’opération Wuambushu. L'Île s’enfonce ou le territoire dans une crise où la guerre civile semble pointer son spectre comme dans une terrible prophétie auto-réalisatrice. Pour les tenants de l’opération, sur place, la situation est des plus confuses. Entre les va-t en guerre, les désespérés, ceux qui détruisent leur maison de fortune pour préserver quelques boulons, pour construire d’autres maisons plus tard, entre des partisans et des opposants de l’opération, entre les journalistes de préfecture en batterie et une élite locale qui se déchire. Grégoire ça, ça te fait rire. Envoyé spécial en batterie, tu me diras pourquoi. Évidemment, on ne parle pas de lui et de son camarade de jeu dont j’oublie toujours le prénom.
Grégoire Mérot
Il y a eu et il y a eu aussi d’autres très bons journalistes, très bons d’ailleurs, journalistes aussi. Je pense à Giulia et Nejma. Il y a eu, il y a eu de la qualité aussi.
David Dufresne
Julia c’est dans une spéciale du monde.
Grégoire Mérot
C’est ça.
David Dufresne
Et Nejma ?
Grégoire Mérot
Mediapart.
David Dufresne
Mediapart voilà, parce qu’on a vu des photos d’Envoyé spécial de CNews bardés de protection en4X4. Enfin bon, espèce de truc assez délirant. Grégoire, c’est donc toi Grégoire ? Un journaliste indépendant connaît mieux la situation que personne. Il vit sur place depuis 2018. C’est la deuxième fois que Grégoire vient au poste. Un immense merci à toi et je le redis aux abonnés donateurs qui nous permettent de réaliser ce direct digne des plus beaux direct de BFM. Voilà mon cher Grégoire, vers la guerre civile. C’est excessif.
Grégoire Mérot
Ou.
David Dufresne
C’est ce que tu ressens ? Avec un point d’interrogation.
Grégoire Mérot
C’est excessif. C'était excessif, c'était excessif. Quand ça a été agité comme un chiffon rouge par les députés de Mayotte, notamment Kamardine et Stella et Youssoupha. On n'était pas, on n'était pas dans un clivage total de la société à ce moment-là. Il est vrai qu' il y avait des groupes qui se mêlent à la terreur. Plutôt que de chercher à expliquer les origines de cette violence, on les a, comment dire, essentialisés, en considérant que c’est plutôt les origines qui posaient problème et qui était la raison de cette violence. C’est quelque chose qui est totalement faux.Oui, quand on disait guerre civile à cette époque là, c'était totalement faux. Il y a du côté de l'élite mahoraise, évidemment, c’est cet esprit va t en guerre qui a qui de toute façon a besoin d’un ennemi. Même s’il est fictif pour survivre. Parce que voilà, c’est comme ça qu’il arrive à tenir un peu les rênes du territoire. Mais l’immense majorité de la population restait pacifique. Et pour une partie, aussi bien les sans droits, les sans voix encore dociles. Donc en réalité, il y avait d’un côté, il n’y avait que des réalités radicales qui s’opposaient à la radicalité des collectifs xénophobes et des députés. Il faut bien dire que, en fait, ils sont dans une démarche extrêmement radicale et l’autre radicale radicalité qui est une partie de la jeunesse qui est révoltée mais qui n’est pas dynamique, qui n’est pas, qui ne conduit pas ça en un an, dans un but politique. Structuré. Donc non, voilà, la population était prise un peu entre ces deux, ces deux partis. Mais. Mais guerre civile à l'époque était totalement exagéré, effectivement. Toujours est-il que voilà, c’est pour ça qu’on peut parler un peu de prophétie auto-réalisatrice, c’est qu’aujourd’hui le pouvoir en place, les tenants de la de la société, ceux qui ont leur mot à dire, obligent chaque individu à choisir un camp. Dans ce camp, il y a les pros, on dit voilà, on fait ça pour Mayotte. C’est comme ça qu’ils se décrivent. Euh. Et bien en fait, ceux qui sont contre, c’est un amas qui est créé par ces mêmes personnes. Voilà des gens qui essaient de prendre du recul, d’essayer de comprendre la situation, d’essayer d’aider ceux qui sont victimes des attaques les plus, les plus dures, hallucinantes dans leurs droits fondamentaux. Ces gens là déjà, sont étiquetés par la droite. La ministre a besoin de se promener un peu la rhétorique et toute la population, en fait, qui est visée par cette opération ? La population étrangère ou d’origine étrangère est. En fait globalement les plus précaires.
David Dufresne
Alors je viens de mettre à l'écran une carte que je pompe à Alice Clerc du journal de Libération. On va mettre le lien évidemment tout à l’heure pour qu’on ait une petite idée de la situation de Mayotte. On a déjà une urne, on a déjà des questions et des conseils de lecture dans le tchat. L’une d’elles, elle est peut être pointue et je ne sais pas ce qu’elle veut dire, mais peut être que toi Grégoire, elle va te, elle va te parler, elle c’est SIM HB qui te dit bonjour Grégoire petit rappel sur la ZEE maritime autour de Mayotte pour comprendre si c’est un maillon important de l’obstination française là bas ?.
Grégoire Mérot
Voici la donnée économique. En fait c’est les eaux territoriales qui entourent Mayotte et en fait c’est tout. Tout dépend. Je pense qu’en zone économique, l’enjeu n’est pas tellement là. En zone stratégique militaire évidemment, parce que contrôler Mayotte c’est contrôler les flux dans le canal du Mozambique, c’est une position extrêmement stratégique économiquement. Je pense que si on avait voulu, euh, comment dire, tirer vers des ressources, qu’elles soient halieutique ou des œuvres d’art du pétrole, bon, je pense qu’on aurait mis ça en place d’ailleurs, ça aurait peut être permis de développer un peu Mayotte, mais. Mais on voit que ce n’est pas l’objet et l’intérêt de la France. L’idée, ce n’est pas de tirer profit économique de Mayotte, c’est avant tout de tirer de Mayotte une position géostratégique.
David Dufresne
Est ce que, en deux mots et après on va arriver sur l’actualité ? Mais en deux mots, est ce que tu peux nous dire quelle est la situation, les forces en présence ? Il y a eu un vote il y a quelques années parce qu’ici en métropole, on entend tout et son contraire. Donc est ce que tu pourrais dire en quelques mots, je suis désolé de te demander ça, mais de dresser la table comme on dit, comme on dit au Québec, c’est quoi les forces en présence ? Et en gros, quelles sont les contradictions qui traversent la société de Mayotte ?
Grégoire Mérot
Je pense que pour comprendre déjà. On va faire un rappel historique. Mais avant tout, rappel historique, on va faire un rappel quant à l’histoire de Mayotte qui est extrêmement instrumentalisée, qui voilà, produit des romans nationaux complètement biaisés pour servir un discours politique. Et je pense qu’il faut garder ça en tête et garder beaucoup de distance sur l’histoire de Mayotte. Et voilà. Donc 1841 le sultan Adrien, celui qui est, qui est venu de Madagascar parce que il était, il était un peu sur la sellette là bas, s’est établi à Mayotte depuis quelques années et s’est autoproclamé sultan de l'île. Et en 1841 et du vent dans le territoire à la France par l’intermédiaire du commandant Passot. Yvan, Yvan, Mayotte le Cher, je crois que c'était 1000 piastres de rente. Mais surtout, il la vend en échange de sa sécurité. On dit que c'était aussi en échange de la sécurité de la population locale qui effectivement était menacée par des razzias régulières venues d’autres, d’autres îles. Toujours est-il que bon, la population n’a pas tellement tiré profit de cette sécurité dans les dans les premières années. Donc Mayotte, premier territoire français de l’archipel des Comores. Par la suite, la France colonise le reste de l’archipel. Les trois autres îles qui sont qui sont Grande Comores, Anjouan et Mohéli. Et au fur et à mesure des années, tout cela forme un ensemble administratif cohérent. Et comme on peut le voir dans beaucoup de pays d’Afrique, la manière d’administrer a créé des grandes divisions entre les îles. C’est à dire qu’initialement, l’administration française, par exemple, était basée à Ad Saoudi, à Mayotte. Et puis, au fur et à mesure des années, tout a été déménagé à Moroni, la capitale de Grande Comores. Tout le développement qui accompagnait justement cette colonisation, la construction d'écoles, d’hôpitaux, etc. A bénéficié quasiment exclusivement à la Grande Comores et pas du tout à Mayotte. A l'époque, l’administration française n’a absolument pas développé Mayotte, n’a rien fait pour développer ce territoire et donc en développant la Grande Comores au détriment de Mayotte. Et là, on a déjà connu les premières tensions. Ben oui voilà, c'était un peu de la jalousie, etc. Tensions sur lesquelles ont également joué des responsables politiques comoriens. Et voilà ça exaspère une partie de la population locale, notamment l’Iran, les notables presque blasés. Il y avait concrètement une injustice. Voilà, il faut le dire. Toujours est-il que voilà, les Comores ont plutôt suivi le rythme international des mouvements de décolonisation, etc. Donc, dès les années 50, après la Seconde Guerre mondiale, ces voix se faisaient entendre très fortement aux Comores, qui avaient de plus en plus de. Comment dire ?. De mainmise politique sur leur territoire ? Et à Mayotte ? Parce qu’il y avait justement un peu ce clivage entre notables, etc. Il y a eu un mouvement justement à l’opposé de ce que veulent revendiquer les Comores, en premier lieu sous l'égide de Georges Daouda Georges la Houda qui est métisse franco malgache, établie à Mayotte aux intérêts commerciaux et politiques locaux. Et comment dire ? Ses camarades notables puissants sur le territoire ont mené campagne pour que Mayotte reste à tout prix dans le giron français. Et voilà, c’est dans ce cadre là que ma 974. Il n'était absolument pas question que. L’on sépare les différentes îles au moment du premier référendum indépendant sur l’indépendance. Toujours est-il que bien la France a effectivement trouvé avec l'élite locale des intérêts évidents, on l’a rappelé tout à l’heure, notamment Géo et le lobby d’apparat, des informations, etc. En fait. Et puis il faut le dire, c’est quelque chose qui est important à rappeler aussi à cette époque là, et c’est encore. C’est encore pas mal le cas, mais de moins en moins. Euh. On ne vote pas en son âme et conscience, c’est à dire bien. C’est-à-dire que dans chaque village, globalement, il y a un conseil des sages innombrables. En fait, les notables se mettent d’accord sur un choix de vote et toute la population suit. Il faut avoir conscience de ça. Je pense que quand on parle de l’autodétermination du peuple mahorais. Donc 1974, premier référendum évidemment. L’indépendance, la volonté d’indépendance arrive en tête. Sauf à Mayotte, sauf à Mayotte. Et donc à ce moment-là, Giscard dit encore ce n’est pas possible, voilà, on va pas séparer les îles. Mais au fur et à mesure des tractations, etc. On fait d’autres référendums et on décide que l’on va, on va trancher. Il est pareil. Et effectivement, Mayotte est la seule à avoir en majorité voté pour le maintien dans le giron français. Donc à partir de là, Mayotte est restée sous administration française, Les Comores n’ont jamais lâché le morceau, même si euh voilà, c’est aussi leur. Dieu du point de vue de l'élite politique comorienne, c’est aussi une manière d’exister. Le sujet de Mayotte. Donc voilà, les deux, ce sont en fait leur chemin, leur chemin sous des statuts administratifs différents. Mais il y avait aussi une réalité sociale et culturelle qui a un reste à préserver. C’est-à-dire qu’il y avait énormément de circulation entre les différentes îles. C’est quelque chose qui n’avait pas changé. Il y a du commerce, les familles, toutes ont des cousins, des parents sur les autres îles, etc. Donc voilà, il y a toujours ces mouvements. Intra archi pélagiques, extrêmement forts et extrêmement présents. Et moins.
David Dufresne
Oui, vas-y, continue.
Grégoire Mérot
Voilà, tout ça jusqu’ en 1995 instauration de ce qu’on appelle le visa Balladur. Et en fait, seul Visa Balladur a été réclamé par, encore une fois, l'élite locale. Qui a trouvé le bon moment pour eux pour demander ça en assurant voilà du soutien politique de la population de Mayotte dans un contexte de drague de campagne politique en métropole. Donc ils ont arraché ce soir ce visa Balladur et ce visa Balladur. Concrètement, ça veut dire que ben les Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte sont obligés de demander en amont de leur voyage un visa. Et en fait, ce visa est extrêmement restrictif et aujourd’hui on le vend comme une urgence vitale qui ne peut pas être soignée aux Comores, ne permet pas d’obtenir un visa pour se faire soigner à Mayotte. Ou alors. Ou alors c’est vraiment fonction de la personnalité concernée. Mais le qu’en dire ? Le Comorien, le Comorien moyen. Là, aujourd’hui, pas de possibilité de se rendre à mi temps à Mayotte de façon légale. Il y a un an, on délivre plus de visas pour circuler entre les îles.
David Dufresne
Ces 95 ont fait un saut dans le temps, dans le dans le temps. Ici, je mets des graphiques où on voit que la population de Mayotte augmente très largement et de manière de manière exponentielle. Je parle de ça parce qu’évidemment, c’est la question qui est explicite. D’ailleurs dans le discours de Darmanin, dans le discours de Marine Le Pen. C’est l’idée de dire que l’immigration pose un problème et le cas d'école, si c’est Mayotte, l’immigration poserait un problème à la métropole, au pays et ce serait Mayotte. C’est un peu le sens de notre discussion d’une quinzaine de jours sur comment cette question-là est instrumentalisée. Est ce que tu peux revenir là dessus en quelques mots ?
Grégoire Mérot
D’abord, je pense qu’il ne faut pas que les habitants de métropole se leurrent quant à ce discours. Pour une raison extrêmement simple, c’est d’abord que les titres de séjour délivrés à Mayotte ne permettent pas de se rendre en métropole. Donc voilà comment Mayotte n’est pas une porte d’entrée pour la France et l’Union européenne. Ça c’est complètement faux. Voilà. Toujours est-il que, en fait, voilà, on en fait ce qu’on va reprendre cette histoire de 95 à 95, on bloque la circulation entre les îles. Euh. Mais est la réalité archipélagique des voyages et de et des liens familiaux elle reste. Sauf que des habitants d’Anjouan, de Mohéli, de Grande Comores, une fois qu’ils ont fait le choix de devenir clandestinement à Mayotte, et bien ils en partirent. Il y a plus de circulation est obligée de s'établir parce que en fait, ce voyage, en quoi ça sert ? C’est à utiliser au péril de sa vie. C’est très cher. Euh non on ne va pas prendre le kwassa tous les six mois quoi. Avant, c’est ce qui se faisait. Avant, circulez, on restait quelques mois sur le territoire, on a visité la famille, on est allé sur l'île pendant le ramadan. Voilà, il y avait de cette circulation là. Mais à partir du moment où on a clandestin le voyage, les gens étaient forcés de s'établir. Et donc ça, c’est avant tout. Voilà les personnes qu’on considère étrangères. Il faut aussi rappeler qu’avant 74, elles avaient le même statut. Et puis du jour au lendemain, en fait, il y a une partie de la population qui a plus les mêmes droits que les autres. Donc voilà je ne rentre pas sur les débats sur l’immigration de manière générale dans le monde et la notion d'étranger ? Ce qui est important de rappeler, c’est ici que la notion d’immigration et d'étrangers est une fabrication politique.
David Dufresne
Excuse-moi, j'étais perdue dans la technique de fabrication politique alors depuis quinze jours. Grégoire Il s’est passé beaucoup de choses on pourrait dater du 24 avril, tu me diras si je me trompe. Le début officiel de l’opération dont nous parlons depuis tout à l’heure. Cette opération démarre en fait par une réaction attendue qui est celle des cris, celle des émeutes des émeutiers. Est ce que. Est ce que je me trompe en présentant les choses comme ça ou pas ?
Grégoire Mérot
Non, tu te trompes. C’est juste.
David Dufresne
J’ai cru comprendre que les émeutiers, eux, étaient l’inverse du Black Blocs puisqu’ils étaient en blanc. C’est vrai, ça ou pas ?
Grégoire Mérot
Vraiment tout à fait.
David Dufresne
C’est quoi cette histoire ? Ça peut servir de.
Grégoire Mérot
Dossier, des techniques de dissimulation localement, là en l’occurrence ici, des combinaisons de pinces à linge, c’est comme ça. Voilà, en gros, on peint à la bombe les bâtiments. Voici des combinaisons de. De peintre. Il y a quelques années, c'était en fait un stock de combinaisons dédiées à l’Agence régionale de santé pour faire des traitements anti-moustique qui avaient été volés. Pendant longtemps. Et un peu rigolos quand même. Voilà. Et donc en fait, c’est parti de là, et puis voilà, les réseaux sociaux et tout. Il y a eu ce petit engouement sur les combinaisons blanches et c’est devenu effectivement un truc effectivement assez local. Il y a d’autres, il y a d’autres techniques dans d’autres quartiers, ça dépend aussi. On voit de plus en plus que les jeunes émeutiers se déguisent, se déguisent en filles, y mettent des perruques et y mettent le boubou, puis un masque de buis à la machette. Quoi ! Voilà des techniques de dissimulation. Parce qu’en plus de ça, ils savent qu’aujourd’hui, ils sont filmés par les policiers en intervention bavarde. Quelques journalistes qui n’hésitent pas à montrer les visages. Ils sont filmés par drones et ils sont filmés par hélicoptère. Et ils sont filmés par en bas, par les habitants en fait. Parce que les émeutes, elles ne sont pas à la campagne, elles sont en ville, non ? Donc voilà, tout ça est très filmé. Donc c’est une technique de dissimulation assez basique.
David Dufresne
On parlera tout à l’heure de qui a eu des tirs à balles réelles de la part de la police, mais on y viendra après. Restons d’abord du côté on va dire émeutier. Est-ce que ces émeutes qui démarrent le 20 avril perdurent aujourd’hui ou la situation est différente à l’heure où on se parle ?
Grégoire Mérot
Non. La situation n’est pas différente. Ça éclate un peu partout. De manière sporadique ceci étant dit. On a connu pire à Mayotte, alors je sais bien qu’en 2019 2020, notamment dans le secteur sud de Mamoudzou, c'était tous les huit jours, impossible de circuler. C'était vraiment mais absolument quotidien. On n’est pas encore à ce degré d’intensité. Cela dit, et ô joie que tous les éléments sont réunis pour que ça pète.
David Dufresne
Mais comment tu expliques ça ? Pourquoi, alors qu’il y a eu une opération exceptionnelle, pourquoi finalement il y a un peu moins d'émeutes que ce qui a pu se passer par le passé ?
Grégoire Mérot
Alors il y a plusieurs éléments. D’abord ce qu’on considérait comme des émeutes auparavant, c'était essentiellement des coups de filet de la police aux frontières qui visaient à viser péter un quartier pour. Ou des affrontements entre le monde et les affrontements entre bandes est quelque part l’essentiel de la violence qu’on pouvait constater aujourd’hui. Il y a deux choses. D’abord, trois choses. D’abord, il y a beaucoup d’enfants, donc on attend de voir un peu, on teste, on voit comment ils réagissent, comment ils opèrent, si les renforts vont durer longtemps, etc. On s’organise un peu en conscience. Alors deuxième chose, on tire depuis lundi 24 et ça sera plus vrai mardi prochain. En été, en période de vacances scolaires, pas de vacances scolaires, ça veut dire que bah les jeunes y sont un peu éparpillés sur le territoire. Voilà. Donc ils sont moins en situation de force dans les quartiers. Et. Et s’ajoute à ça le fait que contrairement à. Allez au climat ambiant habituel. Y a plus d’affrontement, autrement y a plus d’affrontement entre bandes et pas. Il y a une espèce d’union sacrée. On ne s’attaque plus. Et on rit. On défend nos quartiers. Voilà. Toujours est-il que s’il y a un peu de circulation, on n’est pas dans le dans le cas de figure. Ou bien en fait, il y a de la circulation par. Par l'école ? Parce que tous les gamins prennent le bus pour aller à l'école, cibler les collèges et les lycées en fonction des spécialités, etc. Sans s’en éloigner. Donc c’est peut être à ce moment-là, plus de débordement
David Dufresne
Tu parlais tout à l’heure de machette. La nature des émeutes par rapport à ce qu’on peut connaître en métropole, si c’est différent ou pas.
Grégoire Mérot
Waouh ! En fait, il faut distinguer deux choses. Encore une fois, avant, il y a des émeutes en réaction à une intervention policière ou aux wolofs. Et il y a les affrontements entre bandes eu, affrontements entre bandes. Effectivement, le large. On s’attaque à la machette et il n’y a plus forcément de limites. Aussi. Et voilà, Il y a deux jours, un groupe français de jeunes à Mayotte. Il y a les Waterloo et les terroristes et Waterloo. On connaît son cas, son cas, mais on ne tue pas. Un terroriste peut tuer. Donc voilà, il y a de ci de ces deux éléments là. Et puis. Entre eux, effectivement, il peut y avoir des crimes horribles. Il y a aussi de la violence gratuite envers des automobilistes, envers des enfants, des passants, etc. Parce que bien voilà, on est dans une stratégie de racket, une délinquance de survie, Mais tellement. Tellement marginalisés et radicalisés depuis des années que, en fait, la vie n’a pas beaucoup de valeur. Mettre un coup de machette, ce n’est pas forcément. Voilà, ils n’ont pas conscience de ce qu’ils font je pense. Et sinon, bah les émeutes ce n’est plus à proprement parler, euh. C’est essentiellement des cailloux, des cocktails Molotov. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que l’arabe, comme l’État, annonce qu’il veut détruire les bidonvilles, eh bien les émeutiers détruisent quasi systématiquement les engins de chantier.
David Dufresne
Est ce que tu fais une relation entre la pauvreté et la violence ? Parce que Mayotte, c’est le département le plus jeune et le plus pauvre de France, le 101ᵉ.
Grégoire Mérot
Oui, il y a un lien évident entre pauvreté et délinquance, mais pas que. Déjà, en termes de pauvreté, rappelons que 40 % de la population vit avec moins de 160 € par mois. Mayotte est un département français et ne produisant que très peu localement. Tout est importé. C’est un tout petit territoire, donc pas beaucoup de marge pour les entreprises. Donc le coût de la vie est aussi extrêmement cher, extrêmement cher. Le logement aussi est extrêmement cher, Tout est extrêmement cher. Donc avec 160 € par mois, on a un peu du mal quoi. Et c’est pour ça que, bah c’est souvent les femmes, les enfants, souvent le seul repas de 12h qu’ils ont car c’est le repas qu’ils ont à l'école qui n’est pas un repas parce qu’il n’y a pas de cantine. C’est un vieux sandwich infâme qui. Qui coupe en deux. Soit pour partager, soit pour manger un bout le 12 h 01 bout le soir. Donc en fait, on a une population qui vit dans une précarité extrême. Mais rappelons que si Mayotte est le territoire français le plus pauvre, c’est aussi là où il y a les plus fortes inégalités. Y a. Si les inégalités de richesses sont six fois plus importantes à Mayotte qu’en métropole. Donc en fait, il y a un gouffre réel entre une grande partie de la population qui est absolument, absolument précaire et qui est juste en fait dans la survie. Et bah d’une part la population qui s’en sort mieux, qui sont, voilà essentiellement dans la fonction publique et tout. Et là on retrouve justement Satellite local dont on parlait tout à l’heure. Puis il y a aussi les voisins de Boule et les métropolitains qui eux aussi sont dans l’administration, etc. Et qui voient ces deux parties de la population, elles ont un rythme de vie qui a un qui est, qui est, qui est bon. Un prof est trois fois plus payé à Mayotte qu’en métropole parce que bah il faut les attirer. Personne ne peut venir dans ce bourbier actuellement.
David Dufresne
Je reviens sur la chronologie des événements. Donc on a dit au tout début réaction avec émeutiers à l’arrivée des forces de l’ordre. Il faudrait peut-être dire le nombre de CRS, de gendarmes mobiles. Il y a le raid qui est là aussi, la famille est réduite, il y a des gendarmes mobiles. En gros, il y a combien de. Tu parlais de renforts sur ces rangs, Force est combien de divisions ?
Grégoire Mérot
Là, on est tous effectifs confondus à 1800 personnes. Raid GIGN, CRS, policiers, gendarmes, mobiles, voilà tout confondus. On a un effectif de 1800 actuellement.
David Dufresne
Ça a été. Donc c’est le tout début. Et puis très vite, il va y avoir des problèmes d’un point de vue Darmanesque, si je puis m’exprimer ainsi. Par exemple, le premier navire transportant des expulsés de Mayotte vers l'île comorienne d’Anjouan va devoir rebrousser chemin. C’est-à-dire que les autorités comoriennes disent "Eh non, on ne va pas jouer votre jeu. Comment tu expliques que ça, ce n’était pas que ça n’avait pas été dealé à l’avance ou ça n’avait pas été prévu ? Comment se fait-il que la surpuissance de la France ne tombe sur ce premier OS ?
Grégoire Mérot
Il y a beaucoup d'éléments et à partir de cela, on va pouvoir déduire qu' on est dans une logique. Paternalisme de la France qui dirait.
David Dufresne
C’est ça.
Grégoire Mérot
Zorro, on y arrivera de toute façon parce que bon, voilà, nous c’est la France et ou une logique de. Encore une fois, ce n’est absolument pas les dynamiques locales. Donc avoir. Toujours est-il que le deal principal qu’on explique, euh, entre les autorités comoriennes et l’État français, c'était. Le lobbying diplomatique français pour permettre au colonel Azali de regagner le fauteuil de président de l’Union africaine. Voilà, c’est joué avec le Kenya, avec le Kenya. Franchement. Voilà. Le Kenya a beaucoup plus d’influence en Afrique que les Comores. Et puis. Puis Azali n’est pas tellement écouté en Afrique parce que dans un sens, ça reste un despote corrompu comme tant d’autres. Il a par ailleurs l’aura panafricaine ou quoi que ce soit. Toujours est-il que, fort de cette présidence de l’Union africaine, il avait la possibilité bas de montrer les muscles aussi de son côté et de faire volte face. Et on sait que le pouvoir comorien n’a pas forcément, comment dire, une parole très sacrée et donc yassa. Et surtout, surtout, surtout, c’est que l’ensemble de la société civile de l’opposition comorienne a énormément fait pression pour que justement le pays s’oppose à l’opération Wuambushu. Dans un contexte où l’année prochaine c’est les élections présidentielles. Donc Colonel Azali que tout le monde considère comme un traître, un corrompu, a l’occasion de se racheter une petite légitimité. Voilà, parce que, en interne aussi, le sujet de Mayotte de cette opération est Azali. Si à Azali, voilà. Et docile avec la France, c’est potentiellement, c’est son avenir politique aussi qui est en jeu.
David Dufresne
Deuxième os sur lequel tombe la France, enfin la France, le gouvernement et notamment Darmanin. C’est le tribunal. Je ne sais plus s’il y avait tribunal administratif. En tout cas un oui ou qui suspens.
Grégoire Mérot
J’allais dire en fait de même, il y a eu des affaires devant le tribunal judiciaire et la parce que c'était aux voies de fait voies de fait. En fait, le juge judiciaire se saisit dès lors qu’il considère qu’un acte de l’administration porte sur une si grave atteinte à des libertés fondamentales ou au droit de la propriété que c’est on est dans ou dans une même dans une logique que le pénal, quoique l’acte administratif perd sa valeur administrative et devient un acte, Voilà de qui est considéré comme une atteinte fondamentale. Quoi !
David Dufresne
Il énonce des lois, il est bon, il est bon, il est précis. J’aime ça, j’adore, j’adore. Donc il y a deux tribunaux qui révoquent l’opération : un tribunal judiciaire, un tribunal administratif qui ordonne la suspension de l’opération dans un des quartiers, je crois, qui s’appelle le quartier Talus deux, quelque chose comme ça ou talus, je ne sais pas. Est ce que tu peux me dire ce qui se passe après ? On va on va parler de comment ces décisions ont été, ont été commentées ici en métropole. Mais d’abord, c’est quoi ce Tokaj ?
Grégoire Mérot
Ah alors là voilà, c’est très intéressant parce que c’est l’occasion de faire un petit, un petit, un petit rappel avec quelques précisions. Je sais que j’adore ça et on prépare en fait ce qu’on appelle les dégazages de destruction de bidonville. Rappelons ce qu’est un dégazage à l’origine dégazage, c’est une partie de la population qui se lève pour aller casser ou brûler les maisons de certains habitants dans une logique d’ostracisme. Ah voilà, on bannit du village.
David Dufresne
Excusez moi pour le coup.
Grégoire Mérot
Mais à l’origine c'était le dégazage.
David Dufresne
C’est vraiment si ce sont des actes racistes, ce sont des actes de propriétaires, ce sont des actes de propriétaires et de racisme. C’est quoi ça ? Ce que t’es en train de dire ?
Grégoire Mérot
Oui, oui, globalement, c’est un peu ça. C’est aussi parce qu’on peut considérer que les parents, ce que la famille et il y a des délinquants dedans, les parents s’en occupent de leurs gosses ou pas. Mais ça c’est quelque chose qui a toujours plus ou moins existé. Enfin voilà, c’est au banni du villageois. Le dégazage c’est ça. Dans les années, dans les années 80, ça a pris une tournure effectivement plus politique donc, et xénophobe. Et depuis qu’il y a eu la départementalisation en 2011, on a assisté à des cassages complètement xénophobes. C'était le seul objet de ces dégazages. Ils ont été d’abord populaires. Il y a aussi eu le maire de Bandolais qui lui a fait brûler tout un quartier. Est ce que c’est l’affaire Amouroux ? Ça c'était en 2016 si mes souvenirs sont bons. 2018. Il y a eu effectivement des dégazages aussi sauvages, populaires et régulièrement sous l'œil vigilant des gendarmes. Et en fait 2019 2020. Euh. L'État a dit bon en fait on est dans la même logique, nous aussi on veut la même chose. Bah on va le faire, on va le faire nous mêmes. A cette époque là, on ne parle pas de dégazage. Est ce que c’est pas joli à voir ? On parle de destruction de quartiers insalubres. Aujourd’hui. Le mot dégazage est revenu dans la bouche des politiques. Le préfet parle de dégazage. Euh. Je ne sais pas si Darmanin parle de dégazage. Je n’ai pas souvenir que le préfet parle de dégazage, donc on retrouve cette logique à de extrêmement violente. On ne leur est rien en disant que qu’on faisait ça pour la dignité des personnes, pour leur santé alors que y avait aucune solution de relogement de proposer derrière. Mais les mots n'étaient pas les mêmes. Voilà, ça c’est dit. Donc depuis 2019 2020, l'État applique à Mayotte ce qu’on appelle la loi ÉLAN qui, dans son article 197, prévoit pour la Guyane et Mayotte la possibilité pour la préfecture de détruire des quartiers considérés comme insalubres. La première année, il y a eu énormément. Les deux premières années, il y a eu beaucoup, beaucoup de destructions. On estime que 10 000 personnes se sont fait détruire leurs maisons sans que la préfecture ne réponde aux obligations légales imposées par la loi Élan et même quelques contreparties qui justement prévoient une proposition de relogement adaptée pour chaque personne. Aujourd’hui, par exemple, Darmanin dit qu’on va proposer des solutions de relogement aux Français qui y ont droit. Non, ce n’est pas Il n’y a pas de restriction ici. Alors de toute façon, même une personne étrangère en situation totalement irrégulière, si on dit qu'à sa maison l'État est censé, voilà, lui offrir au moins un hébergement d’urgence.
David Dufresne
L'état, si j’ai bien compris, c’est non seulement un hébergement d’urgence, mais en réalité provisoire et limité dans le temps. On propose aux gens de les reloger pour six mois, là où parfois ils vivent là depuis des années. Certes, ce qu’on détruit ici.
Grégoire Mérot
Exactement, mais ça alors, ça si Et si tu veux bien.
David Dufresne
Très bien, je te laisse faire. Laisse faire. Mais c’est toi maintenant, tu sais, Grégoire.
Grégoire Mérot
Mais d’abord, il y a eu ce mouvement préfectoral de destruction des quartiers qui ne s’est pas accompagné de relogement. Constatant ça, eu des personnes de terrain qui s’indignent, qui connaissent les quartiers, dit des avocats, se saisissent de ça. Comment on peut foutre les gens dans la rue comme ça dans un département français ? Donc systématiquement, les arrêtés préfectoraux de démolition ont été attaqués. Et à partir du moment où ils ont été attaqués. Tous les arrêtés quasiment sans WEF. Quasiment tous on vraiment. Je n’ai pas le souvenir qu’il n’y ai pas qui est et n’est pas attaqué qui n’ait pas été suspendu par le juge. Le juge des référés Tous les arrêtés, toutes les procédures de démolition ont été suspendues parce que le juge administratif constate que l'État ne remplit pas son obligation de relogement. Dans l’affaire de Talus deux, ça a été, ça a été, le voilà le la première. Le premier stockage, mais qui date déjà de plusieurs mois. Et en fait, on se rend compte que bah, ils tiennent pour le coup tellement à cette opération et ils sentent le regard braqué sur la légalité de cette opération que. Il essaye vraiment à tout prix de trouver quelque relogement pour voler pour les requérants. Mais en fait, à travers ça, on voit que l’État. Mais cinq mois. À rentrer dans les clous. Sur la question de reloger 20 personnes. C’est hallucinant. C. C’est complètement hallucinant. Et effectivement, voilà les logements proposés. Entrent aujourd’hui dans une certaine dynamique de la part des autorités. C’est à dire qu’on va essayer de se conformer à cette obligation légale, mais on va tout faire. Pour que les gens refusent. En fait, les propositions, ça passe par quoi ?
David Dufresne
. Ça veut dire que l’État n’a plus rien à faire. Il peut faire ce qu’il veut, quoi, C’est ça ?
Grégoire Mérot
Exactement. Les gens refusent. Pourquoi ? Parce qu’on leur pose des hébergements quand c’est le cas d’urgence. Deux ou trois semaines après, plus rien. Euh Régulièrement, c’est trois mois et le plus long, c’est six mois. Mais en fait, ces six mois qui veulent dire déscolarisation des enfants. Est ce que les mères ? Au mépris. La loi refuse d’inscrire les gamins, surtout s’ils sont étrangers, surtout si c’est des gamins. Des cases, Euh. Donc six mois de déscolarisation pour les enfants parce que le logement qu’on leur propose est complètement à l’autre bout de l'île. Il n’y a pas de transport en commun à Mayotte, donc tout le petit tissu économique, social des habitants est brisé en fait. Et de toute façon, on le voit pour toutes les opérations précédentes, les 10 000 personnes que j'évoquais tout à l’heure, ceux qui ont la chance d’avoir été relogés après six mois, il n’y a plus rien, n’y a plus rien. Donc on a plus de maison, voilà, c’est donc on paupérise et on marginalise encore plus ces populations là qui n’ont absolument pas d’autre choix que de récupérer leurs chevrons, leurs tôles pour aller construire ailleurs, plus loin, des raccordements, plus loin des services publics, dans des environnements plutôt hostiles, inaccessibles aux pompiers, etc. Mais. Mais en fait, ces gens ne disparaissent pas.
David Dufresne
Au point au point. Si, j’ai bien compris que certains sont en train de démolir leur propre maison pour récupérer ce qui serait récupérable pour construire ailleurs, c’est ça ? Des boules.
Grégoire Mérot
. Alors quand je dis que justement l'état fait tout pour ne pas reloger les personnes, il y a cette pression qui est mise sur les quartiers en fait, il y a peu d’arrêtés préfectoraux, des procédures qui sont vraiment concrètes qui vont arriver. Mais il y a une telle communication sur le fait qu’on va casser les quartiers partout. Et bien, en fait, la police encercle les quartiers où les hélicoptères font de la rase-motte au-dessus des quartiers. Donc les gens y vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Et ça, tout le monde se dit on sait très bien que ça va arriver plutôt que ce soit le bulldozer qui vient et qui casse tout et qui et qui est détruit. Le peu de matériaux qu’on a dans on va faire nous mêmes, puis on va aller s’installer ailleurs.
David Dufresne
Alors, je reviens sur les décisions de justice parce que je ne sais pas si tu as entendu parler de ça en métropole, il y a eu. Il y a eu des choses assez étonnantes qui se sont passées comme ça, il y a pas mal de monde qui viennent d’arriver. Je précise que Grégoire est en direct depuis Mayotte. Journaliste indépendant installé sur l'île depuis plus de plus de cinq ans. Peut être tu as entendu parler de ça européen avec un de ces journalistes de préfecture les plus vaillants qui s’appellent William Molinié a enquêté sur le fait que Catherine Vannier, la juge qui avait suspendu la destruction d’un bus et d’un bidonville, appartenait au Syndicat de la magistrature. Donc, sous entendu, les syndicats, eux, les juges rouges. S’ensuit tout un portrait pour essayer d’expliquer que le syndicat, le syndicat, la magistrature s'étant opposé à l’opération Wuambushu, eh bien peut être que la décision de la juge était posée et posée et posait problème en termes d’indépendance. Article proprement hallucinant, mais qui fait quand même le tour du monde du landerneau médiatique parisien. Est ce que. Est ce qu’il y a quelque chose de vrai malgré tout là dedans ? Ou est ce que si complètement, ça fait partie des opérations de déstabilisation de ceux qui essayent de faire appliquer un état de droit qui est visiblement bafoué vu la. Je t'écoute. Je suis absolument sidéré parce que l'état français est en train de faire sur place. Comment toi tu aurais eu Tu réagis à ça ?
Grégoire Mérot
Ben non, non, effectivement, on est dans un dans une logique. Ce qui est assez marrant, c’est justement que maintenant les mêmes dynamiques soient à l'œuvre en Hexagone, mais localement, toute personne qui aurait une position pour dire neutre ou objective est de toute façon un ennemi de Mayotte désigné comme tel par l'élite locale, dès lors que de toute façon on veut justement défendre le respect et les droits des personnes, on est un ennemi et donc à partir de là, tous les moyens sont bons pour eux pour décrédibiliser, attaquer, etc. Euh là on parle d’une président du tribunal. Effectivement, elle a son appartenance syndicale. Toujours est-il que je pense que les magistrats ont quand même un sens aigu, enfin j’espère en tout cas de leur mission. Et. Et non, on ne fait pas de politique au tribunal. En fait, il y a des lois et aujourd’hui on voit que l’État ne les respecte pas. Le problème, il est là, il est par ailleurs.
David Dufresne
Mais toi par exemple, sans te demander quelle rédaction, est ce que tu as des rédactions parisiennes qui te plaisent ? Et donc, c’est quoi ce juge là ? Tu ne pourrais pas nous faire un portrait ou pas ? Ou tu travailles pour des journaux ?
Grégoire Mérot
Non, je vote pour ce livre. Quand on connait un peu mon travail, on ne demande pas ce genre de chose.
David Dufresne
Mais toi coco, quand tu as vu ça arriver, tu t’es dit quoi ?
Grégoire Mérot
Bah logique. De toute façon, ça fait un an, ça fait des années aussi que la justice est attaquée à Mayotte. Je rappelle que le dernier procureur de la République, enfin l’avant dernier du coup, Camille, est parti de Mayotte parce qu’il était victime tous les jours d’attaques racistes absolument scandaleuses. Des attaques ad hominem. Voilà. Est ce qu’il y était d’origine africaine ? Et voilà, il s’est fait traiter de singe et tout va bien. On est à Mayotte, une population noire, etc. Qui a acquis et assène un racisme aussi décomplexé ? Et ben en fait on hallucine un peu, ça veut bien dire que tout est bon en fait. Où aller ? Aller descendre quelqu’un publiquement ? Donc voilà ce monsieur, ce procureur de la République qu’on accusait en fait de, de d’angélisme à travers. À travers ses décisions. Quant aux délinquants, en fait. Et l’on se rend très bien compte que le réel événement déclencheur et qui a abouti sont dans son australisation. Ce procureur, C’est que. Il y a des personnes présentées comme bon père de famille. Et qui se sont autorisées à kidnapper, séquestrer, torturer puis tuer un jeune qu’il supposait délinquant. Ces personnes ont été poursuivies par la justice. Le jour de leur déferlement, le tribunal judiciaire de Mamoudzou était bloqué par les manifestants, par les collectifs. On punit les bons Mahorais et les délinquants. Ils ont le droit de courir dans la rue globalement, c’est ça. Donc en fait, la justice, oui. Et puis. En fait, elle est aussi victime de l’hypocrisie locale. Qui a dit en haut on est français, on est français. Le rattachement à la France est extrêmement, extrêmement fort, etc. Mais quand ça arrange pas les discours, ben voilà. En fait c’est une justice de blancs et une justice de droits de l’hommiste
David Dufresne
Pas d'élites aux postes demande dans le Tchad. Quels sont les médias les plus lus, les plus écoutés, les plus regardés à Mayotte ?
Grégoire Mérot
Mayotte La manière dont on ne reçoit pas les journaux. Déjà, on ne vend pas de journal papier. C’est dire l’attachement qu’on a à l’information. Donc on ne vend pas de journal papier. Il y a une chaîne de service public local quand même. Mais la première, euh, voilà. Et puis il y a une chaîne privée également qui est notoirement xénophobe, qui. Voilà, c’est en gros le C News local encore plus chinois.
David Dufresne
Mais ça n’existe pas, Monsieur. Monsieur, Voilà. Vous n'êtes pas de. Ce n’est pas possible. Si, à droite.
Grégoire Mérot
Si, si ! On est bon pour innover ici. Mais. Mais sinon, le principal canal d’information, c’est les réseaux sociaux et le bouche à bouche et tout ce que ça implique de rumeurs, etc. Quoi ?
David Dufresne
Justement, à propos de ces news, j’ai retrouvé cette interview de Camille chez et Michel que nous connaissons puisque nous l’avions reçue. Il a dans les temps anciens d’OPA. C’est la porte-parole d’Areva, une des porte-parole du ministère de l’Intérieur. Elle a été invitée il n’y a pas très longtemps à ces news parce qu’elle a fait. Dis-moi si je me trompe, un saut à Mayotte pour notamment piloter la communication, là aussi d’une opération qui se transforme en pantalonnade. Donc là, on la voit sur ses news Camille Chaize, porte parole du ministère de l’Intérieur et le titre Si ça s’arrête, c’est aussi des poursuites, de la sécurisation à Mayotte. Là, on voit bien le choix des mots. Tu peux, tu peux nous parler de cette opération qui a eu lieu à Langonnet, dans le nord de l'île.
Grégoire Mérot
Bon, encore une fois. C’est un c’est d’un ridicule qu’on voudrait drôle. Le problème c’est que bah à chaque fois que la préfecture se ridiculise comme ça, la réalité c’est qu’il y a aussi une souffrance qui est assurée.
David Dufresne
Bien sûr.
Grégoire Mérot
Ce qui s’est passé à l’agonie, c’est qu’en fait, par après la pantalonnade, je reprends tes mots du quartier t’as vu deux qui devaient être vraiment le point de départ de one man show avec cette action spectaculaire de Darmanin. Ce qu’il vit depuis des mois, c’est des actions spectaculaires dans un quartier relativement important.. Donc voilà, vraiment c'était. Il fallait marquer les esprits avec les bulldozers qui cassent le derche des dizaines et des dizaines de maisons. Ils n’ont pas pu le faire. Et. Et dans le même temps, il y avait aussi tous les envoyés spéciaux qui étaient là, qui voulaient ces images. Et ils étaient venus là même initialement. Donc, la préfecture avec la. Comment dire ? La main dans la main forte de ce kamikaze qui était venu pour justement les sauver un peu la communication étatique, on s’est dit bah on va quand même faire une opération, il fallait casser à tout prix, il fallait des images, etc. Bon, on a encore un arrêté préfectoral en suspens qu’on n’a jamais exécuté. Pourquoi on ne l’a pas exécuté ? Bah tout simplement parce qu’il n’y a quasiment personne sur site, à part quelques cabanes d’agriculteurs et une maison en construction. Ben voilà, il n’y a pas d’urgence. Pas. Mais là, il y avait urgence à faire des images, donc ils se sont précipités sur la destruction.
David Dufresne
Mais dis moi Grégoire, quand tu dis qu’il y avait urgence à faire des images ? Tu entendais des confrères se plaindre, trouver le temps long, faire les cents pas, s’emmerder. Ou si, si, c’est les autorités qui disaient aux malades qu’il faudrait leur donner à manger à cela, cela fait la poule.
Grégoire Mérot
Si les douze il y aura, il y a. Oui, il y a toujours un peu des deux
David Dufresne
C’est si on n’est pas corporate, t’es pas obligé de balancer des noms, mais c’est plutôt d’avoir ce défaut.
Grégoire Mérot
Mais effectivement, le l'élément déterminant c’est et il vient surtout effectivement de la communication de Mathias pilotée par Beauvau. On voit très bien qu’aujourd’hui la préfecture est aussi sous tutelle, il fallait ces images, il fallait casser, Il fallait montrer que la fausse traduction de Wuambushu reprise était été à l'œuvre. Sauf que ben en fait, ils sont tombés sur un os, encore une fois. Parce que d’un côté, le préfet est arrivé avec les bulldozers et les journalistes à 7 h du matin, ben y avait un petit comité d’accueil et ce comité d’accueil, en fait, c’est une famille mahoraise importante à préciser dans le contexte actuel. Famille mahoraise qui. Se revendiquer propriétaire du terrain et de la maison qui était en construction sur le site. Donc voilà un scandale. Effectivement, la préfecture casse leurs biens et spolie leurs terrains aussi. En fait, il s’avère que de ce qu’on arrive un peu à reconstituer ce qu’il y a. Un frère en fait de la fratrie, qui aurait donné son accord en catimini à la préfecture, qui n’est même pas vrai.
David Dufresne
Et qui serait introuvable aujourd’hui. C’est ça.
Grégoire Mérot
Exactement. Et l’idée ?
David Dufresne
Et par rapport aux USA, je sais si c’est crédible ou pas.
Grégoire Mérot
C’est totalement crédible, c’est un russe et c’est totalement crédible. Et des gros soucis. Fonciers. C’est une question extrêmement importante à Mayotte et la régularisation foncière a été toujours un sujet très épineux. Et encore aujourd’hui. Le souci c’est qu’au Bahia, il y a beaucoup de titres de propriété qui sont encore sous forme de droits qu'à Dial, donc pas des actes notariés, officiels, etc. Et surtout à Mayotte, les familles, elles sont, elles sont nombreuses. Donc les problèmes de succession, de division, créent des problèmes juridiques assez réguliers.
David Dufresne
Et donc l’opération ne se passe pas comme prévu. C’est ça ?
Grégoire Mérot
Ah bah non, c’est le moins qu’on puisse dire.
David Dufresne
Et donc, comment réagissent les autorités ?
Grégoire Mérot
L’objectif, c'était d’expulser le maximum de personnes et de détruire le maximum de maisons. Aujourd’hui, ils ont détruit une maison en construction de propriétaires adorés et ils ont expulsé trois Sri-lankais qui étaient candidats au départ. Et je dirai, une dizaine de ressortissants malgaches. Voilà, pas expulsé puisqu’il paraît il, a débarqué les personnes et les personnes expulsées en recommandant, foi de Dieu, rétablir les deux éléments principaux de l’opération. Donc complètement à l’eau. Et on voit très bien que pour sauver la face, il faut encore des images. Il faut montrer l’utilité de cette opération et on met sous pression les quartiers pour que ça pète un peu. Et quand on voit que la police n’a pas la tête à se tourner les pouces car.
David Dufresne
On refait toujours les quinze jours, les quinze derniers jours depuis. Depuis ta venue, la première venue au poste qui était la veille de l’opération. Et aujourd’hui il y a cette déclaration évidemment qui fait énormément de bruit d’un dénommé Salim Madère qui est le premier vice -président du Conseil départemental. Il répond justement à la chaîne publique Mayotte première, je crois. De mémoire, je mets juste le passage, ça dure une petite minute.
Vidéo
Il faut peut-être un pied. Les gamins qu’on voit de loin, ce n’est même pas des gamins. Je refuse d’ailleurs qu’on emploie ces termes-là, jeunes ou gamins. Ces délinquants, ces voyous, ces terroristes. Il faut un moment donné, il faut peut-être prendre pied. Je pèse mes mots. Il faut peut-être une cuillère pour qu’ils ne puissent pas vous laisser. Oui, oui, non, vous ne pouvez pas me les laisser. Mais s’il y en a pas un qui est tué, il y en aura toujours d’autres qui vont oser entendre Papa, j’aimerais des policiers. Non mais c’est bien qu’il y ait des policiers. La légitime défense là dedans ?
David Dufresne
Voilà. Donc c’est une déclaration absolument, absolument terrible. Qu’est ce que. Qu’est ce que toi, tu ? Qu’est ce que tu ressens quand tu la vois ? Est ce que tu te dis finalement, ce monsieur est en train de dire tout haut ce qu’une partie de la population pense tout bas ? Heu, ça veut dire quoi tout ça ?
Grégoire Mérot
Oui, c’est exactement ça, c’est pieds. En fait, on voit très bien que les discours, les actes, etc. À la fois elle montre que on est capable de tout pour préserver cette emprise sur si on va sur le territoire et que la raison en est, elle a besoin d’un ennemi, on a besoin de cette, de ce, de ce, de ces images de guerre etc. Pour exister, pour pouvoir et rester en place. Ouais. Alors là, y pensez pas en fait, ce. Comment dire. Je. Vous voyez qu’il est très à l’aise en fait quand il dit ça, parce que c’est des choses qui se disent ici quoi. Oui, très à l’aise, mais c’est tombé au mauvais moment, là, pour le coup. Ah, génial, Adjoumani, la journaliste l’a repris, etc. Donc il a senti que là ça passait pas, mais dans d’autres contextes, ça serait très bien passé, et puis à un endroit que dans les manifestations etc. Les discours sont les mêmes.
David Dufresne
C’est à dire je ne veux pas du tout accabler la journaliste, mais quand elle dit on ne peut pas dire ça sur une chaîne publique et on ne sait pas si ici, ce qu’elle veut dire, c’est que finalement ce discours là, il se dit ailleurs, mais là, vous ne pouvez pas le dire quoi ? C’est comme ça que je le ressens ?
Grégoire Mérot
Je dirais non, En fait, je lui jetterai pas la pierre parce qu' en fait, on réagit, elle.
David Dufresne
Réagit en plus on va dire.
Grégoire Mérot
Là voilà. Mais effectivement, effectivement, c’est exactement ça, c’est que.
David Dufresne
Est ce que ce monsieur est sans étiquette ? Est ce qu’il appartient à un parti ? Est ce que on peut tirer des conclusions de ce qu’il dit sur la politique menée par le gouvernement ou pas ?
Grégoire Mérot
C’est un peu ce qu’on disait il y a quinze jours, c’est que, en fait, les partis politiques et les couleurs politiques ici n’ont pas du tout la même valeur que ce qu’on peut imaginer en France. C’est à dire que, par exemple, un syndicaliste CGT ici éprouve un bout’chou et les gamins, c’est des terroristes et voilà. Donc en fait, il faut bien prendre conscience que l’ensemble de l'élite locale, les élus et les collectifs y sont ensemble dans le même discours xénophobe, raciste et est dans cette stratégie de chiffon rouge de la guerre civile pour exister et pour maintenir leur mainmise
David Dufresne
Parce qu’on a attribué une étiquette et les à ce monsieur, ensuite LR etc. Mais de toute façon ce que tu nous dis c’est que dans aucun cas ça n’a de sens réel. C’est ça. En tous cas, ça n’a pas le même sens qu’en métropole.
Grégoire Mérot
Non, non, ça n’a pas du tout le même sang sur notre Paul. Puis en plus de ça, il y a aussi les partis politiques locaux, le MDM par exemple, des trucs comme ça. Non, en fait, se dire que peu importe l'éthique. Toutes les positions ou presque sont et sont unanimes. Et de toute façon, comme les élus ne parlent que d’immigration et de sécurité et qui sont tous d’accord sur les mêmes termes, sur la même vision des choses. Globalement, ils sont dans un consensus.
David Dufresne
Ce qui est patent.
Grégoire Mérot
Si on devait trouver, comment dire, une anecdote pour Le Rassemblement national C’est un peu trop mou comme dirait Darmanin i.
David Dufresne
Malheureusement, ça a coupé, mais on a compris l’essence de ce que tu disais, à propos de Le Pen. Sentierbatttant rappelle fort à propos dans le tchat qu’au second tour de la présidentielle de 2022, Marine Le Pen a fait 59,1 % des votes exprimés à Mayotte. Ce qui d’ailleurs, je crois, avait surpris le parti lui-même. Est ce que là on peut faire un lien de cause à effet ?
Grégoire Mérot
Ne lisons pas les résultats électoraux de la même manière, avec les mêmes lunettes à Mayotte qu’en métropole. Encore une fois, comme je l’ai dit, il y a, il y a, il y a ce poids encore très fort. De larmes, de, de, de la. Des dynamiques sociétales qui font qu’on ne vote pas vraiment en son âme et conscience d’abord, et deuxièmement, sur un territoire où 50 % de la population est étrangère, donc n’a pas le droit de vote, 50 même aux élections locales. 50 % de la population a moins de 18 ans. Et une bonne partie s’en fout aussi. Qui vote en fait ? En fait, il faut regarder aussi le nombre de votants par rapport à la population globale qui part en fait. On retrouve en fait parmi les votants un peu cette même élite locale qui s’auto alimente dans les discours haineux et. Et voilà, globalement. Ce chiffre, aussi hallucinant soit-il, révèle qu’effectivement, une partie de la population est et est en accord avec ses idées là. Mais même si c’est la majorité des suffrages exprimés, ce n’est pas du tout la majorité de la population, en aucun cas. En aucun cas quand, sauf quand. Voilà justement les autorités étatiques et tous présentent le consensus qu’il y aurait sur cette opération à Mayotte. En fait, on parle toujours de la même catégorie de population qui capte tout le tout. Toute prise de parole au sujet de Mayotte. Voilà les collectifs qui se sont institutionnalisés au tel, à tel point que bah voilà, ils ont réussi à mettre Estelle du sofa députée et en fait Darmanin, la préfecture, ils reçoivent, c’est collectif, ils parlent avec eux et les élus locaux ne peuvent pas faire sans ces collectifs, etc. Donc en fait il n’y a pas on est sur une. Comment dire ? Oui, une captation de toute l’expression populaire et exclusive.
David Dufresne
Et est ce que justement, ce n’est pas l’enjeu à long terme qui quitte qui ? Qui est à l'œuvre là ? Une jeune génération ni française ? Qui ? Qui pourrait prendre le pouvoir avec tout à fait autre chose, et donc une crispation des élites dominantes actuelles qui ont peur de perdre le peu qu’elles ou ce qu’elles ont ? Est ce que c’est ça qui se joue ?
Grégoire Mérot
Mais c’est exactement ça. En tout cas, c’est ma lecture. Je ne sais pas comment tu as fait pour pouvoir voter, mais y a un souci.
David Dufresne
. Voilà, Grégoire a eu l’immense gentillesse de me de m’envoyer hier un papier qui va paraître dans quelques, quelques heures, quelques jours. Et il y a ce moment là dans le papier que j’ai trouvé assez saisissant. Je rends à César ce qui appartient à Grégoire, à toi. Je peux même dire la phrase exacte, si tu veux. Cette élite le sait, une nouvelle génération née à Mayotte, française dans sa majorité, ne fera peut être pas le choix de la docilité consentie par leurs parents pour tenter de préserver le peu qu’ils ont sur leur territoire, sur le territoire.
Grégoire Mérot
Voilà, c’est ça. Et en fait. Du coup, quand on a cette idée là en tête, comment ne pas voir à quel point justement, les prises de parole et les demandes des élus locaux sont par ici grossiers ? Quand ce Kamardine demande la déchéance de nationalité pour les binationaux franco -comoriens, qui critiquent l’opération ? On est là dedans, on est pleinement là dedans. Quand on demande à un mou à supprimer le droit du sol là dedans, parce qu’il ne faudrait pas que. En fait, il ne faudrait pas que les gens aient le droit et des droits. Il ne faudrait pas que des personnes puissent s’exprimer et revendiquer leurs droits. Si c’est juste ça la question. Et à partir du moment où justement on peut. On pourrait avoir une génération un peu plus éclairée et diverse. Et bien non, on ne serait pas sur les mêmes résultats électoraux, bien évidemment.
David Dufresne
On te demande si c’est la vision de la jeunesse sur tout ça est documentée.
Grégoire Mérot
Un peu puis de toute façon, si c’est si difficile de la documenter dans le sens où effectivement, la jeunesse c’est la moitié de la population. Pas assez à mon sens. Je trouve qu’on les écoute beaucoup trop peu. Encore une fois, parce que tout ce dont tu parles public est capté en fait, par part justement à cette élite locale.
David Dufresne
Et puis cette élite locale dont tu parles là, est ce que c’est celle dont on nous a parlé à juste raison aussi ? Il y avait 1000 personnes je crois. Le 29, le 22 avril. Donc cette manifestation de soutien à l’opération de Gérald Darmanin. Si c’est de ces gens là dont tu parles ou pas.
Grégoire Mérot
Vraiment tout à fait, tout à fait. Après, il faut quand même avoir conscience que justement quand on parle d’une instrumentalisation de l’histoire de Mayotte, etc. Il faut aussi se rappeler que dans les années 70 et tous étaient des moments de tensions très fortes. Et voilà, les mamans surtout ont vécu elles aussi dans leur chair à ces moments là. Et justement, comment dire ? Transmettre ça à ses enfants, transmettre ces récits, ces moments douloureux, en fait, c’est aussi, comment dire, de la part justement des enfants. On ne peut pas le remettre en question, on ne peut pas remettre en question le discours et l’histoire de ses parents. Ce serait, ce serait les trahir. Donc il y a de ça aussi. Il y a aussi une partie de la population qui se sent. Touché dans l’intime en fait. Parce que leurs parents ont vécu des choses compliquées, etc. Et. Et voilà. Et donc cette intimité à la elle, elle empêche de se poser des questions.
David Dufresne
J’en viens à ce qui s’est passé le 27 avril dans la banlieue sud de Zouzous. Et c’est comme ça qu’on dit. Il y a un jeune homme de 17 ans qui a reçu une balle. Dans le mollet et qui depuis a été placé sous contrôle judiciaire puisqu’il est accusé d’avoir participé à des affrontements entre les émeutiers dont on parlait tout à l’heure. Et la police à la joue nous a dit C’est ça. On nous a dit Voilà. Et Mediapart a recueilli le témoignage de ce garçon. Donc il n’y a aucun doute qu’il a reçu une balle réelle. Et là, à ce moment-là, il semblerait qu’un autre, un autre adolescent ait été touché à quelques kilomètres de là, que les témoignages concordent les uns et les autres parlent de provocations policières. Qu’est ce que tu sais de ça, toi ?
Grégoire Mérot
On peut refaire un peu le film de cette journée du 27 avril justement.
David Dufresne
Moi je t'écoute avec passion, mais simplement, peut être que le temps passe. Donc c’est toi qui dit Nobel ?
Grégoire Mérot
Si, si, ça vous convient, on va finir justement sur cette affaire, sur les techniques policières à l'œuvre.
David Dufresne
Voilà. Oui, absolument. Alors allons-y.
Grégoire Mérot
Je pars de Mamoudzou. Il était 17 18 h, quelque chose comme ça. Et déjà il y avait une dizaine de camions de la série Sweet qui étaient pré positionnés, prêts à partir à leur côté. Des journalistes qui avaient été conviés pour faire un reportage Embedded, quoi ? Donc il y avait une intervention en préparation, je n'étais pas là au moment des faits, c’est ça que je tiens aussi à préciser. Je n'étais pas là au moment des faits, mais je constate que la séance huit a l’intention d’aller quelque part et que c’est prévu. De ce que me racontent les jeunes, c’est concordant avec les témoignages recueillis par Nejma. C’est Bacchus, en fait. Effectivement, j’avais besoin d’images. J’avais besoin de foutre le bordel. Et les policiers sont allés à la provoc titiller les jeunes pour que voilà, y riposte et qu’à partir de là, on puisse on puisse avoir des affrontements. Mais oui, je. Je suis en mesure d’assurer. Il y a eu de la provocation à. Et ce n’est pas la première fois. Et il y a aussi la provocation avant de râler le lendemain soir où les gamins me racontent que Mike était en train de faire un vœu un petit un petit repas traditionnel au feu de bois et que les gendarmes ont vu.
David Dufresne
L’extérieur à l’extérieur. Et Mais allez, je me fais l’avocat du diable. La police. Est ce que tu penses qu’un policier local comprendrait que ce repas au feu de bois à l’extérieur, c’est quelque chose de traditionnel ? Est ce que tu peux ? Est ce qu’on peut imaginer que des policiers aient pu penser qu’il s’agissait d’autre chose que d’un repas et du feu dans une rue à Auch ?
Grégoire Mérot
Non, je ne pense pas. Après, c’est vrai que je pense qu’il y a une extrême. Hein ? Effectivement. Et. Et en fait. Mais c’est vrai aussi pour beaucoup de gens. Et on le voit sur les réseaux sociaux où on s’informe un peu de la route et tout. Dès qu’il y a quatre jeunes en fait, tout le monde prend peur. Dès qu’il y a un petit groupe de jeunes, on pense aux possibles émeutes. Et maintenant, alors que dans la grande majorité des cas, on est isolé, ils sont disposés ensemble et entre copains et il n’y a pas grand chose à faire. Donc avoir.
David Dufresne
Et donc sur la suite de ce qui s’est passé, de ce que tu en sais. Les policiers décident de faire usage de leur arme de service. Et ça.
Grégoire Mérot
Là. Je ne vais pas encore trop m’avancer sur le sujet, je viens de voir ça. C’est quand même des affaires assez sensibles et y a besoin de d'éléments absolument concrets comment dire voilà, pas à pas d'œuvre d’imaginaire ou quoi que ce soit. Mais oui, oui, effectivement. Et puis c’est pas c’est pas, nouveau C’est quelque chose qu’on va encore documenter. D’ailleurs sur le site Mayotte Hebdo retrouvé justement un petit papier qui fera un préambule sur ce qui devrait sortir prochainement. On y voit justement devant le lycée Bamanan un policier sortir son arme de service pour tirer dans le dos de jeunes qui sont dans la rue.
David Dufresne
Une autre question et puis après on va on va te saluer, te remercier chaleureusement. Une dernière question de François qu’il a posée au tout début, mais qui reste sur la question de la police. Est ce que Grégoire a déjà assisté à une gestion du maintien de l’ordre en France métropolitaine afin de comparer à la version qualifiée impérialiste à Mayotte ou de colonialiste ? Est ce que tu serais en mesure de nous faire une étude comparée des du maintien de l’ordre ?
Grégoire Mérot
Alors après, ça fait longtemps que je n’ai pas couvert ou participé à des manifestations à Paris, tout simplement parce que c’est un peu loin de ce que je constate. De ce que je constate, on est quand même dans une répression qui et qui va en s’empirant chaque jour. Côté parisien. Je pense que, en fait, Mayotte pour ce genre de sujet est un laboratoire. Ici, il y a personne qui criera au scandale si les flics tabassent un jeune pour rien. Car en fait c’est dire que si c’est justement aussi ça que cherchent les élus locaux et tout ça en utilisant ces termes là, c’est que en fait de faire croire qu’on est en guerre, ça autorise toutes les bavures possibles et c’est un non-sujet. Un gamin qui qui, qui se serait fait tabasser parce qu’on considère que tout gamin est potentiellement un délinquant. Enfin voilà. Donc c’est très différent dans le sens où effectivement, les manifestations parisiennes, c’est avant tout des manifestations. Là, on n’est pas dans des manifestations, on est dans. On est plutôt dans de voilà deux dans des meutes, dans des caillassages, etc. Et face à ça, effectivement, il y a tout l’arsenal qui est utilisé à foison, jusqu'à jusqu’aux armes de service
David Dufresne
Merci beaucoup, Grégoire. Merci infiniment à toi d’avoir pris le temps de choper une bonne connexion et de passer 1h et demie avec nous, d’essayer de nous éclairer par rapport à ce qui peut se dire sur quelques chaînes d’info françaises avec un nombre de raccourcis dingues.
Grégoire Mérot
Je dormirai plus tard. Non terrain, terrain toujours.
David Dufresne
Super, merci ! Superbe intervention
Grégoire Mérot
Merci à toi David. Et puis merci à tous

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