Mediapart : quand la justice censure. Plenel Au Poste.
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Ça y est, ça y est, voilà ! Il est là, As-tu du café à côté de toi ?Comment vas tu ?
D’abord, ça va bien,tant qu’on se bat, ça va.
Un huissier toque à la porte de Mediapart.
Quel goût pour la mise en scène.
Cette fois, si vous le laissez passer parce qu’une fois vous vous êtes opposés physiquement pour une perquisition.
Puis un huissier, bon, c’est tous les jours, c’est la routine sauf que finalement, c’est comme ça. Sauf que là, l’huissier vous apporte un truc abracadabrantesque, comme dirait Chirac.
Ouais, on n’avait jamais vu ça c’est à dire qu’il nous apporte ce qu’on appelle une ordonnance, c’est à dire une décision judiciaire qui est très courte et qui reprend en fait en copié collé, ce qui était en conclusion d’une requête. Alors la requête, c’est l’avocat. J’explique, on a un feuilleton, un des feuilletons multiples de Mediapart qui n’a pas fait tant de bruit nationalement, mais qui fait une révolution dans la 13ᵉ ville de France, Saint Etienne, connue pour son club de foot, pour toute son histoire ouvrière. C’est pas n’importe quoi,Saint Etienne, c’est une ville en plus très très sympathique et très chaleureuse. Et donc dans cette ville, nous avons révélé que le maire de cette ville qui a failli être ministre parce que c’est un des républicain compatibles, un proche proche de la majorité actuelle, le maire Gaël Perdriau et son entourage tenait depuis huit ans comme on dit. Je te tiens comme des méthodes mafieuses. On ne peut pas dire ça autrement. Son rival qui est centriste et qui est son premier adjoint parce qu’ils ont ils ont fait alliance et ils craignaient que ce rival, Gilles Artigues, se retourne contre lui. C’est de la politicaillerie la plus la plus basse pour elle, et elle est si basse que pour tenir ce premier adjoint et pour qu’il ne se retourne pas contre lui, ils ont monté ce qu’on appellerait à Moscou, chez Monsieur Poutine, un complot, c’est à dire une vidéo intime qui est censée vous foutre la honte et vous mettre dans l’embarras. C’est une histoire assez douloureuse on a mis sept mois à pouvoir la sortir parce qu’il fallait l’assentiment de la victime qui est une personne qui qui est connue pour ses engagements au sein de l'Église catholique, qui a une famille nombreuse et qui se voyait tenu par une vidéo le filmant en compagnie d’un escort boy, donc dans une relation homosexuelle.
Vidéo dont vous avez récupéré les images, dont il a récupéré les images, a diffusé quelques images et expliqué la machination ourdie contre lui.
C’est bien avec son accord, avec l’accord de sa femme et on a montré cette machination et on a pu le faire. D’autant plus que ce monsieur article pour se protéger et dans un moment où il envisageait même de se suicider, tout ça était assez lourd. On avait fait des enregistrements dans un lieu professionnel qu’est le bureau du maire à l’hôtel de ville et dans des réunions de travail où il y avait aussi le directeur de cabinet de la mairie qui déclarait des propos genre très très violents dans ses vidéos. On a révélé tout ça, on a eu aucune poursuite, aucune plainte tellement c'était accablant. Ça a provoqué un séisme, un séisme politique localement au niveau de la région. Wauquiez, le président de la région, Laurent Wauquiez, qui est aussi Les Républicains, a dit Vraiment, Gaël Perdriau ne mérite pas de rester maire. Il a été exclu des républicains. Les adjoints concernés du directeur de cabinet ont dû démissionner. Lui-même s’est mis en retrait tout en démissionnant pas de la représentation de l’hôtel de ville. Et surtout, la justice se prenant le matériau révélé par Médiapart, a ouvert une information judiciaire à Lyon, confiée à deux juges qui est en cours, dans laquelle Gaël Perdriau a été un temps mis en garde à vue. La justice est en train d’exploiter tout ce qu’elle a obtenu dans des perquisitions et évidemment, il y aura des rebonds judiciaires dans les semaines et les mois à venir. La nouveauté, là qui est sidérante, qui est vraiment sidérante et qui crée un grand émoi bien au delà de Mediapart. Nous sommes au tribunal judiciaire de Paris, c’est Canal de Paris, c’est un tribunal où il y a des magistrats spécialisés dans le droit de la presse. Même une section presse du parquet et une chambre correctionnelle, la 17ᵉ spécialisée dans les affaires de presse, c’est à dire des professionnels d’un droit très particulier qui protège et régule une liberté fondamentale qui n’est pas un privilège des citoyens, mais un droit, un privilège des journalistes, pardon, mais un droit des citoyens. Je. Je la fais courte, moi, y parker. C’est que nous, on a tout à fait le droit de nous poursuivre, de dire Vous me diffamer, vous vous abusez de votre droit et on va devant cette Chambre rendre compte de notre travail en expliquant pourquoi il y a l’intérêt public, c’est à dire qu’il y a une légitimité à nos révélations. Deuxièmement, pourquoi il y a une enquête sérieuse, factuelle, avec des documents, des témoignages. Et troisièmement, il y a un respect du contradictoire, c’est à dire qu’on a donné la parole aux personnes concernées. Donc ça, c’est la règle, c’est à dire qu’il n’y a pas, il n’y a pas en démocratie de censure préalable, c’est impossible. C’est ça, on rend compte de ce qu’on a publié et parfois des erreurs qu’on a pu commettre à postériori, parce que c’est une liberté trop importante pour qu’on la censure.
De l’air, de l’air, tu dis ? Pourquoi cette censure maintenant ? Comme ça, ça te permet de respirer. Oui, je te vois, je sais que tu me connais.
Si on me lance, c’est plus possible de diffuser. Moi on se refait pas ça, tout va bien. C’est comme Obélix, je suis tombé dans la marmite.
Pas possible, vous alliez faire de nouvelles révélations. D’ailleurs, il faut préciser, c’est le jeune Antoine Rougé en kiosque.
Ou en kiosque, alors que prononçait Antonio Roger.
Jeune journaliste plutôt réservé et brillantissime, faut-il dire absolument qui suit cette affaire ?
C’est un formidable enquêteur De Gaulle. Enquête de Médiapart qui est co-animé par Fabrice Arfi, Michael Steinberg et où il y a tout ce travail collectif et avec beaucoup de précautions, beaucoup de discussions. Nous, nous apprécions. Antioche s’apprêtait à faire de nouvelles révélations. C’est ça, en fait, en exploitant le même matériau, ces enregistrements qui sont entre les mains de la police et de la justice. Nous avions découvert d’autres pratiques tout à fait condamnables et discutables du maire de Saint Etienne. Cette fois, la victime est un camarade de parti et c’est carrément une figure de la politique nationale puisqu’il a des ambitions présidentielles. C’est Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et on découvre dans ses enregistrements. Je ne peux pas en dire plus tant que le papier n’est pas publié, bien sûr, des méthodes non pas de chantage, mais d’utilisation de la rumeur en politique pour discréditer quelqu’un et de la rumeur à nouveau sur l’intimité, sur voilà pour discréditer intimement.
Et il se trouve par ailleurs que c’est un peu votre nouvelle marotte, à Mediapart, puisque vous avez fait plusieurs papiers aussi sur des entreprises dont le travail est justement de nuire à la réputation de tel ou tel, ou au contraire de redorer le blason de tel ou tel. On apprend aussi que des journalistes de Mediapart ont été victimes et d’autres, mais de Médiapart, ont été victimes d’orchestration pour nuire à leur réputation. C’est à dire qu’en fait c’est un enjeu qui qui est devenu important, quoi, Ce n’est pas garanti, c’est politiquement correct
De la même manière que nous, on a de nouvelles armes pour informer, ils ont de nouvelles armes pour nous discréditer. Tu fais allusion à Visa Partner et tu fais allusion aux officines utilisées sans doute par le Qatar ? Par rapport à nos révélations sur sur le Mondial, Yann Philippin a reçu des mails tout à fait bien fait avec une photo de ses neveux qui avaient l’air de venir de sa sœur. Et en fait, c'était un piège. Heureusement, il n’est pas tombé dedans pour arriver à capter son ordinateur. Et quant à Avisa Partner, il utilisait y compris le club participatif de Mediapart. C’est fait pour répandre des fausses nouvelles, pour discréditer des personnes. Voilà. Et peut-être que nous n’avons qu’un petit bout de l’iceberg. Et je crois que voilà que parmi certaines campagnes qui ont été faites contre nous ou d’autres, il y a ces mêmes méthodes. Donc, d’une certaine manière, nous avions une nouvelle illustration et notre article était prêt vendredi. Pourquoi ? Parce que nous avions bien vu l’intérêt général de cette affaire. Nous avions une base matérielle suffisante et surtout, nous avions fait le contradictoire. Toutes les personnes concernées par ce que nous allions révéler avaient été interrogées. Monsieur Wauquiez avait réagi, donc il sait très bien ce que nous allions révéler. Et surtout Gaël Perdriau lui-même, le maire de Saint-Etienne, savait ce que nous allions révéler.
3 h avant de publier à 12 h 57, vous receviez des réponses détaillées de Gaël Perdriau. Et en fait, c’est 3 h plus tard que vous apprenez que vous ne pouvez pas publier.
En fait, on allait publier en fin de journée pour la soirée de 19 h. Voilà exactement l'édition du soir. Et là, on arrive vers donc un peu avant 16 h, cet huissier. Tout ça dans la précipitation. Il y avait un problème de date de je ne sais pas quoi dans le document. Il a dû repasser et tout. L’huissier nous amène cette ordonnance. Cette ordonnance fait droit à une requête de l’avocat de Monsieur Perdriau, Christophe, un grand qui s’est fait une spécialité car c’est le même dans l’affaire Reflet. C’est ça, c’est ça. Donc il s’est fait une spécialité de ces procédures de bâillon, de censure préalable. Donc donc, cette ordonnance nous enjoint de ne pas publier, de ne rien faire, c’est à dire avant même de savoir ce qu’on allait publier. On nous dit Vous ne pouvez pas publier. Alors, cette ordonnance ne tient pas la route. Elle est. Elle dit d’abord ne pas publier en raison de de sinon d’une astreinte de 10 000 € par extrait. Alors c’est déjà bizarre parce que d’habitude, une ordonnance, elle dit par extrait ou par jour une presse. Il y a même il n’y a pas par jour, il y a par extraits, par extraits des au lieu dit 10 000 balles, 10 000 balles par jour près, soit soit en citation, soit en audio que l’on peut écouter. Deuxièmement, cette ordonnance est adressée à la directrice générale de l’entreprise Mediapart, Marie-Hélène Smits, qui n’est pas journaliste et évidemment, elle n’a aucun pouvoir sur les contenus de Mediapart. C’est une règle simple. Nous, on est des journalistes et donc c’est un travail qui se fait entre journalistes et le seul responsable légal du contenu d’un journal. C’est ce qu’on appelle le directeur de publication. C’est même légalement l’auteur principal, c’est moi. Eh bien, cette ordonnance ne met pas adressée, elle est adressée à la directrice générale. Enfin, elle s’appuie sur deux articles, dont l’un s’applique uniquement dans le cas des questions de commerce. Donc c’est tout à fait des tribunaux de commerce. Donc nous ne sommes pas dans une histoire. Donc, en fait, c’est une procédure qui est détournée. En fait, la procédure, elle existe, vous, vous pouvez. Un avocat se précipite, obtient d’un magistrat dans l’urgence pour créer un effet de surprise, une requête. Et c’est là l’aspect essentiel, sans contradictoire. Ces deux articles permettent de ne pas consulter, invertir, discuter, écouter les arguments de la part de l’autre partie de la partie qui est visée. Alors dans quel cadre ? Ça existe ? Ça existe par exemple dans des histoires de contrefaçon, vous voulez bloquer des pièces pour montrer qu’il y a eu, que vous avez dans votre entrepôt des contrefaçons d’Hermès ou de je ne sais pas quel produit de luxe. Eh bien vous obtenez en urgence des post rapido presta, vous allez vous boucler et ça ne bouge pas et les pièces à conviction ne bougent pas. C’est vraiment une procédure qui n’a rien à voir avec la presse qui a à voir vraiment avec les questions de disparition de preuves pourrait on dire, et dont et dans des affaires économiques, dans des affaires de carambouille, dans des affaires commerciales.
C’est la première fois que quelqu’un utilise ces articles-là pour séduire les articles de Presse.
Il y a eu un communiqué hier de l’Association des avocats praticiens du droit de la presse, dont le président est maître Christophe Bigot, qui est par ailleurs l’avocat du monde. Cette association, si elle regroupe tous les pénalistes qui défendent des médias, donc y compris des médias qui n’ont rien à voir avec Mediapart, donc y sont. Ils sont tombés de leur fauteuil, ils disent on a jamais vu ça, ils disent que le tribunal judiciaire de Paris perd la boussole, perd la boussole. C’est comme ça qui dit je le redis, on n’est pas au tribunal de commerce justement, on n’est pas dans ce détournement. On est dans un tribunal où la question de la liberté de la presse, on la connaît, on a une tradition juridique et là on a dans une discussion entre seulement deux personnes, le. Président du tribunal de Paris avec une magistrate qui agit pour lui par délégation. L’avocat de Perdriau et ces deux personnes dont le secret le plus total dans le secret du cabinet, les mœurs d’Ancien Régime se mettent d’accord et hop ! Il y a un texte qui arrive à propos de Mediapart. Vous ne pouvez rien faire. Censure préalable. C’est évidemment tout à fait aberrant si l’on laisse cette pratique totalement inédite, sans réaction et surtout si on n’arrive pas à la faire tomber. Ce n’est pas Mediapart qui est concerné, c’est tout le monde. J’ai vu et je les en remercie. Le directeur de Libération, la directrice des Jours et d’autres dire Mais nous, on est prêt à publier l’enquête de Médiapart ici.
Au poste aussi.
On ne peut pas finasser avec ça. C’est-à dire qu’on publiera cette enquête, mais on la publiera après avoir mené la bataille de droit et c’est ce qu’on va faire ce 12 h. Ce 12 h, nos avocats vont demander ce n’est pas automatique. Attention donc vont demander de pouvoir avoir ce qu’on appelle un référé d’heure en heure. C’est-à-dire une urgence. Il y a un désordre, un désordre démocratique, il faut le faire cesser, pour le faire cesser, il faut qu’on agisse très vite, pas dans un mois, pas dans deux mois, et donc il y aura une audience va être fixée dans la semaine, je l’espère, pour faire tomber cette ordonnance totalement liberticide, totalement arbitraire, en clair digne de l’ancien régime. Comme je l’ai écrit, je redis vraiment, il y a quand même un drôle d’air du temps parce qu’il y a l’histoire qui est arrivée à Reflets, je m’en souviens très bien. La ministre de la Communication de la culture à l'époque était Françoise Nyssen. Et quand il y a eu cette loi sur le secret des affaires, je lui ai dit Mais, mais vous allez voir, ça va être utilisé contre la presse. Non, non, on vous assure, ce n’est pas contre la presse, etc. Voyez, ça y est, c’est contre la presse. Bon, il y a eu, je vous le rappelle, la tentative de perquisition contre Mediapart. Nous avons fait condamner l’Etat en juin dernier. La décision, elle, n’a pas été assez médiatisée. Ils n’ont pas fait appel. Nous avons fait condamner l’Etat pour cette tentative de perquisition. Ce qui veut dire qu’il y a une bataille au sein de la magistrature. Bien sûr, puisque ce parquet a accepté de faire cette tentative de perquisition. C'était dans le cadre de l’affaire Benalla, c'était pareil. Il y avait des audios, ils ne voulaient pas et ils voulaient absolument porter atteinte aux sources qui nous avaient permis d’obtenir. Ces audios qui étaient accablants pour Benalla et pour son sont son collègue Vincent Crase qui montrait comment ils violaient leur contrôle judiciaire, comment ils étaient en lien avec un oligarque russe, etc. Ce que je veux souligner, c’est comment dans le contexte actuel, il y a quand même de la même manière qu’il y a eu au parquet de Paris des gens pour dire bah oui, une tentative de perquisition à Médiapart, bah oui, on y va et personne pour dire mais attendez Monsieur le procureur, ça ne va pas la tête ? De la même manière, vendredi, je ne sais pas si c’est le président du tribunal judiciaire lui même, Stéphane Noël, ou la magistrate qui a signé en son nom son Il n’y a pas eu personne pour dire Attendez, ça ne va pas votre truc, Ça ne marche pas
Edwy, si tu penses que c’est une boulette ou tu penses que c’est une provocation ? Est ce que tu penses que ça te de l’air du temps peut dans leur cerveau ?
Je pense qu’ils savent maintenant qu’ils ont fait une connerie. Ils reviennent à toute réaction. Mais ce que je veux dire par là, et ça rejoint d’autres domaines que tu as et que tu as amplement traités, qui sont les ce qui se passe au sein de la police, c’est à dire la dégradation de la culture démocratique, c’est à dire on le voit sur le terrain judiciaire et c’est une bataille au sein de la justice, on l’a vu sur le terrain du maintien de l’ordre ou nous on sait que toi, moi et d’autres, on sait qu’il y a toute une tradition du maintien de l’ordre à la française qui n'était pas celle de tout ce qui s’est passé au moment des gilets jaunes et où tout d’un coup il y a des traditions démocratiques qui recule. C’est comme les piliers d’une table, il y a des droits fondamentaux : le droit de s’informer, le droit de s’exprimer, le droit de se réunir, le droit de manifester, le droit de s’assembler, le droit de pétitionner, etc. Le droit de protester. Et ces piliers fondamentaux, si on les laisse tomber, la table s’effondre, c’est à -dire le monde commun politique. Et c’est ce qui s’est joué sur la façon de réprimer terriblement les manifestations ces dernières années. Et c’est ce qui se joue sur la question de la presse.
Voilà Reflets est empêché par le secret des affaires. Des gens passent par le droit de la presse pour attaquer la presse. Est ce que ça aussi ça fait partie de l’air du temps ?
Oui, bien sûr. Bien sûr, ça fait partie d’un. En fait, c’est ce qui m’a sidéré sous cette présidence, c’est -à -dire sous la fin de la présidence. De Hollande avec Manuel Valls. C’est comment ? Un moment. Des gens qui normalement ont été, comment dire ? Il y a des divergences politiques, il y a des divergences sur les politiques sociales et économiques internationales. Elles existent, mais comment dire ? Il y a normalement un fonds commun démocratique, un fonds commun démocratique qui est dans nos textes, qui est dans les préambule de la Constitution, qui est dans la Convention européenne des droits de l’homme, etc. Et on s’aperçoit tout d’un coup qu’il y a des gens qui l’oublient et pour qui ça ne compte pas. Et ce sont les mêmes personnes qui prétendent hélas nous dire c’est nous qui qui allons faire barrage ou pire, à des pouvoirs autoritaires et à des pouvoirs qui piétinent justement les droits et les libertés. Bien, c’est là où il y a vraiment, il y a vraiment quelque chose de très inquiétant..
Moi, ce qui me rassure quand tu t’accroches. Alors Edwy, entre nous, entre nous, on est 1000.
Je suis pas du tout pessimiste, je pense que l'époque est difficile et en même temps elle est pleine de résistance et je pense que chaque fois qu’il y a qui a dit voilà des personnes qui font face, eh bien ça donne du courage à d’autres. Alors bien sûr que c’est Dieu. Les vents sont mauvais, les vents sont mauvais.
Mais au contraire, les vents sont contraires.
Ils sont contraires mais en même temps, c’est peut être plus excitant et plus stimulant que quand on est poussé par un vent ou c’est facile, par un vent d’arrière qui vous emporte alors que vous.
Vous êtes poussés par 200 000 abonnés, je crois, ou quelque chose comme ça.
100 000 abonnés bon, et puis, et puisque ce que nous faisons, simplement, ce qui est, ce qui est, on va on va se le dire aussi comme comment on le sent, c’est-à dire qu’on voit bien. Et là je crois que toi, tu as été un pionnier, tu es un pionnier et tu as. Quand on s’est retrouvé au début de Mediapart, tu étais un des premiers dans notre profession à avoir compris ce qui se jouait sur le numérique. Mais il faut aussi se dire les choses comme toute révolution industrielle, commerciale et culturelle. Elle a d’immenses potentialités démocratiques. C’est ce que nous faisons. Oui, et en même temps, quand les pouvoirs commencent à voir ces potentialités démocratiques, ils commencent à s’organiser pour les limiter. Et donc, nous, nous vivons aujourd’hui sur le numérique aussi, je pense. On a un peu mangé notre pain blanc et on vit le moment d’une bataille qui s’incarne par ce qui se joue sur les plateformes et le muscle, les licenciements et la brutalité sociale dans le monde du numérique, le règne des opinions.
Il y avait un très bon papier de Martine Orange là dessus sur les géants du numérique. Découvrez le monde réel et les sales méthodes du monde réel bien sûr, on licencie.
On met l'économie. C’est bien cela ? CIP, C’est sûr, c’est des méthodes barbares, Il n’y a pas de droits sociaux, on te licencie par mail en deux jours, etc. Et puis aussi, nous, on a eu le rêve et c’est ce qu’on défend, que c'était le moyen de partager des savoirs, des connaissances, des informations. Et là on voit ce qui donne la main aux médias de haine qu’il y a dans notre pays, aux médias d’opinion, aux médias de masse. C’est le règne des opinions, blablabla. J’ai le droit de tout dire, y compris le pire et du coup il y a plus de vérité et on tue la vérité. Et donc, et d’où ? D’où toutes ces fermes à fake news, toutes ces opérations pour ces lieux financiers, ces lieux d’argent au service des pouvoirs. Ce n’est pas, c’est pas le peuple, ce n’est pas, ce n’est pas le peuple numérique qui serait le problème. Le problème, c’est comment les pouvoirs économiques, politiques, partisans, étatiques viennent pour essayer de d’entraver les potentialités démocratiques du numérique. Et donc tout ça est une bataille comme au XIXᵉ siècle. C'était une bataille face à la première révolution de la presse et au bout du compte, on va la gagner.
Eh oui, très bien, très bien. Mais alors si, si, si, on est, et je le crois vraiment comme toi, dans une contre révolution numérique, au rapport à la révolution qu’elle était il y a 20 ans, où il y a 25 ans, pas plus qu’on est en plein dans une contre révolution avec effectivement, on voit bien que c’est un tremplin, notamment pour le populisme, pour l’extrême droite, les réseaux sociaux, pour dire maintenant tout un tas d'études qui démontrent tout ça. On le sait et tu as aussi. Des chercheurs aux États-Unis qui disent "Et ça, ça touche Mediapart. Pas directement, mais ils disent que finalement, l’investigation telle que Mediapart t’amène, découragé, démotivé et amène le. Le discours nourrit le discours du tous pourris. Qu’est ce que tu réponds à ça ?
C’est marrant, je n’ai pas du tout cette perception là. Je me doute peut être que non, mais peut être aussi que dans le contexte américain, c’est très différent puisque comme tu sais, l’investigation, elle est beaucoup plus partagée. Moi, ce que j’ai vécu avec Mediapart, comme tu sais, c’est l’investigation, l’enquête, le fait d’apporter tout bêtement des informations inédites. C’est quelque chose que j’ai toujours défendu, y compris dans la presse traditionnelle, bien avant le numérique, mais avec Mediapart, grâce au côté participatif et beaucoup plus, comment dire, en lien avec le public où on est descendu de l’estrade. Moi, je ne vis pas du tout la même chose et je dis souvent le virtuel, c’est du réel. C’est fou le nombre de gens que je rencontre qui me disent Bon, je ne suis pas toujours d’accord avec vous, je n’ai pas juste, je ne pense pas comme vous, je ne suis pas, je n’ai pas vos opinions ou je ne sais pas quoi ou ou ce que je suppose être vos opinions. Mais heureusement que vous existez. Pas moi. Mediapart, tant que vous existez sur le thème, ça redonne confiance pas ça démoralise, au contraire. C’est à dire que moi je crois que le côté allez, je vais prendre l’image Robin des bois qu’on peut avoir, c’est à dire des gens qui vont prendre des secrets indûment. Très honnêtement, il faut les voir, les rendre et les rendre à ceux qui ont le droit de savoir. Je crois que ça donne. C’est au contraire populaire, C’est au contraire utile. Voilà. Et que. Et que ça donne plutôt confiance justement dans un moment où la politique quand même. Alors peut être c’est une différence avec les États-Unis entre nous, où la politique en France, c’est -à -dire la représentation politique, est quand même très déprimante. Faut quand même le dire, elle est. Le débat politique n’a pas un haut niveau. Certains politiques qui prétendent le relever acceptent d’aller dans les médias ou dans les médias, de haine dans les médias. Là dessus, j’ai un désaccord public avec ce qui a été fait du côté de la France Insoumise. Maintenant, c’est fini et heureusement, ils s’en sont aperçus grâce aux émissions de séries de Hanouna. Comme je l’ai dit, on ne discute pas, c’est pas une formule de moi, mais d’un grand monsieur qui est disparu. On ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages. Mais bien sûr, on ne va pas, on ne va pas dans ces univers-là. Et je crois que le niveau du débat public du côté des professionnels du débat public a profondément baissé. Et nous, on essaye de défendre, pas seulement l’investigation, je crois c’est aussi donner du sens.
Etoile du Soir qui vient à ton secours ? Je trouve que le côté tous pourris en France est plus alimenté par les reprises partielles des articles de Médiapart par les autres médias que les articles de Mediapart en eux mêmes.
Merci parce que c’est ce que j'étais en train d’expliquer. Je crois que nous on essaie de donner du sens, c’est à dire c’est pas eux, ce n’est pas l’histoire. L’aspect éphémère des choses qui nous intéresse, c’est qu’est ce que ça dit au fond ? Et pour illustrer ce que vient de dire Etoile du Soir, nous on est parfois sidéré de voir que certaines révélations que nous on ne pense pas les plus importantes font un buzz totalement fou. Le meilleur exemple, c’est le homard des repas de François de Rugy. Ou la, ça part en spread total, en boucle, etc. Alors que des révélations autrement graves, autrement lourdes, autrement décisives. Le Graal étant l’affaire Sarkozy. Kadhafi bien sûr, qui est ce que nous traitons depuis onze ans, qui va aboutir d’ici un an, un an et demi, deux ans, à un grand procès qui est une histoire immense, immense J'étais hier pendant qu’on écoutait
Elle qui n’est pas au sommet des nouvelles des médias, La hiérarchie de l’information, le sens de l’information. Nous, on essaie de le donner et on s’applique à le donner. Après, la façon dont ces médias restent en surface est pour moi et pour moi en effet sidérante.
Et par exemple, l’affaire dite de Saint-Étienne qui vous vaut des déboires mais qui nous touche tous, évidemment, c’est pour ça que ça touche en fait absolument tout le monde. Vous vous attendiez à ce que ça fasse plus de bruit ?
C’est ce que c’est ce que tu veux d’abord. Moi, j'étais content de la France, comme on est un pays centralisé. Pour le pire. Souvent le côté presse parisienne et ce qui se passe en région. On a fait une rencontre publique à Saint Étienne dans au cinéma Le Méliès. Pendant 3 h, il y avait tous les médias, on a invité tous les médias locaux. D’abord ça a tourné à l’Agora démocratique. C’est à dire que le débat qui n’avait pas pu avoir, il y avait les gens du conseil municipal, ils étaient dans la salle, l’opposition, les gens anciens de la majorité de Monsieur Perdriau, la personne qui avait alerté Mediapart, qui expliquait pourquoi elle ne pouvait pas devant nous, consœurs et confrères locaux et elle leur expliquer pourquoi ils ne pouvaient pas contacter les médias locaux, pourquoi il y avait trop de conflits d’intérêts et d’imbrication qui faisait qu’on ne pouvait pas donner ça à d’autres puisque nous ça nous a mis en évidence. Et je crois que ça existe dans d’autres villes. C’est comment ? Par Gaël Perdriau Il n’est pas seulement maire et pas un mauvais maire d’ailleurs de saint Étienne, il est aussi le président de la métropole. Et c’est comment, comment ? Par le pouvoir qu’a donné la décentralisation à des élus locaux ? Tu as une sorte de déresponsabilisation. C’est un vrai ruissellement comme il y a, comme il y a un président qui a une sorte de droit absolu, je veux dire.
C’est le ruissellement en marche.
Et voilà, c’est en levant ce couvercle, on découvre au fond des pratiques tout à fait folles. Le directeur de cabinet a des formules, mais d’une violence inouïe dans ses enregistrements en disant qu’il est en se comportant comme mafieux, criminel. Voilà très et et le dise en disant je n’ai aucun état d'âme et donc je pense qu’on découvre quelque part parce que je vais le dire brutalement derrière, il appelle ça la gâche très souvent, c’est à dire qu’en fait, il faut le dire, nos élus ne sont plus, je ne parle pas des petites communes, je parle pas des gens qui se dévouent au bien public, mais nos élus,c’est une bonne chose en démocratie, ils sont bien payés. Je prends un simple exemple un élu au conseil régional d'Île de France, c’est 2 500 € par mois donc, et sans compter les collaborateurs, etc. Donc il y a un enjeu tout simple, c’est de garder des avantages, hein, de garder. Voilà. Et puis par ailleurs, une clientèle, les fonctionnaires territoriaux les envoient et donc il y a tout un monde, là, qui a une certaine violence, justement, de pratiques mafieuses, c’est-à-dire de quelqu’un qui, une fois qu’il est installé, contrôle à eux. Et je crois que ce que l’affaire de Saint Étienne nous montre, c’est peut être des pratiques qui existent ailleurs, des pratiques tout à fait dignes. Il n’y a pas que dans les romans policiers en clair que ça existe et ça existe dans la réalité puisque au fond, c’est une histoire de polar. Saint Étienne, c’est comment on monte un coup pour pour coincer quelqu’un, pour le tenir, pour obtenir ses votes, son silence et peut être que d’ailleurs il n’y a qu’une petite partie de la réalité dans tout ce qu’on a trouvé, puisque c’est une affaire qui dure depuis huit ans.
Il y a 50000 questions, je ne vais pas utiliser toutes les possibilités.
Mais on va prolonger, mais prolonger, je surveille.
Attention, de toute façon, la conférence de presse est à 12 h.
Et à 15 h.
À 15 h. Donc tu n’aurais pas dû me dire ça au journal. Bien sûr, les amis, à Mediapart, ils disent toujours le journal, ça a toujours été que les avocats, ça s’appelle le journal Le Crieur, le site, le site. Enfin je sais pas, demain je trouverai ce journal, je sais.
Je sais mener la bataille pour que le nom journal, ce n’est pas une question de support papier. Rappelle-toi, rappelle-toi, on ne voulait pas nous reconnaître comme des journaux complets. Cette bataille, c’est pas le support qui fait le journal justement.
J’allais y venir. Petite incise il se trouve que pas plus tard que demain, la commission paritaire va étudier le dossier au poste pour voir si au poste, pour être considéré comme un éditeur en ligne afin de bénéficier de la TVA à 2,1 %.
Figure-toi. Je regrette parce qu’il y a quelques années, comme tu sais, c’est moi qui siégeait à la commission paritaire pour la presse en ligne, donc j’aurais défendu votre dossier avec acharnement. et je suis convaincu qu’on va le faire.
Voilà absolument, absolument nous sommes adhérents. Mais c’est important peut être d’expliquer ça. C’est un combat que Mediapart a mené, de dire justement, les sites d’information sont des journaux.
Non mais mais parce que c’est quoi le fond à la loi de 1881 quand on se lance en 2008 ? Et en effet, comme en plus on avait ce modèle inédit de modèle payant, c’est à dire nous, nous on dit on est un journal, voilà. Et donc on veut être reconnu comme un journal. Donc on fait une demande à la CPP. La commission paritaire des publications et agences de presse et la réponse non journal, c’est papier. Depuis 1881, on ne bouge pas, c’est papier. Et le président, qui était un conseiller d’Etat, est très embarrassé. Notre demande est refusée avec beaucoup d’hypocrisie. C’est-à dire tous les syndicats professionnels de la vieille presse, entre guillemets. J’en viens ce n’est pas du. Ce n’est pas un préjugé et je ne suis pas tout jeune donc de la vieille presse. Puisque Monsieur a travaillé à mon âme sans état d'âme,le président est obligé de faire une lettre au Conseil d’Etat en disant J’ai un problème. En l'état de la loi, un journal, c’est du papier. Et nous, on dit C’est stupide, un journal, c’est ce n’est pas le support qui va faire le journal. Pour nous, l’enjeu était tout simple, c'était Nous sommes un journal, donc nous avons droit à la même TVA super réduite de 2,5. C’est la bataille que nous avons menée, que nous avons gagné pour tout le monde. Aujourd’hui, même au niveau européen, la TVA sur la presse est la même, qu’on soit imprimé ou qu’on soit sur le numérique. Et souvent, les nouveaux droits supposent que des gens aient pris des coups pour que ces nouveaux droits existent. Et ça vaut pour les droits sociaux, les droits démocratiques, les droits des femmes. Voilà, c’est comme ça et on touche du bois. Mais nous vivons quand même une situation où, pour l’heure, on ne nous met pas en prison pour les conquérir.
Est ce le marquage de la fin de l’information pour le prolongement du spectacle ? C'était par rapport au moment où tu parlais des émissions type Hanouna, etc. Je transforme peut être la question est ce que est ce que par rapport à l’expérience que tu as, tu penses que nous on vit dans une période très particulière où finalement c’est la suite des années Tapie dans les années 80, Tapie, Le Pen, etc. Où est-ce que là il y a vraiment un changement ?
Il y a un vrai changement, c’est-à dire l’absence totale de régulation. C’est totalement fou. Nous avons une puissance publique et des autorités de contrôle qui ont renoncé à leur travail pour dire très simplement les choses de l’art, comme l’ancien CSA quand il donne une radio et une télévision, c’est à dire une convention à un opérateur pour exploiter une fréquence hertzienne, ils signent un accord, une convention qui fait qu’en démocratie, comme ce sont des médias en accès libre radio et télévision financés par la publicité, ça ne peut pas être des média d’opinion à sens unique. Sinon, demain, après demain, y aura Radio 1000 Collines, la radio qui a annoncé le tout, qui a accompagné le génocide au Rwanda, au Rwanda, c’est à dire un média d’opinion, tu vas l’acheter, tu décides d’aller vers ce média d’opinion, tu décides de l’acheter en kiosque ou d’aller le chercher sur Internet. Une radio et une télévision que tu entends sans avec, simplement en te branchant, ça t’arrive sur ton écran. Ça ne peut pas être un média d’opinion à sens unique en démocratie, et c’est ce que d’ailleurs défendent très clairement encore d’autres démocraties Il suffit d’aller en Belgique, en Allemagne, ailleurs. Donc ce qui se passe de manière caricaturale avec le groupe Bolloré, mais qui et entraîne tous les autres, c’est à dire le fait de dire on peut dire ce qu’on veut et y compris le pire et y compris des choses qui contreviennent à l’article premier de la ligne de la Déclaration des droits de l’homme sur l'égalité. Eh bien, ça ne devrait pas être possible on ne peut pas. Et les conventions que ces chaînes ont signé disent ça, disent qu’ils doivent respecter. Et donc, ce que nous avons sous les yeux aujourd’hui devrait susciter une mobilisation et une remise en cause générale de la part des autorités de contrôle. Sinon, demain, on aura des médias de haine.
Donc ça, c’est une réponse courte, les amis. Est ce que l’on a pu encore faire plus court ? Marmelade te demande est ce que la publication a été réfléchie pour intervenir pendant la primaire des Républicains ? La publication qui vous est imposée aujourd’hui ou pas ? Et le sous texte est de temps en temps Mediapart.
Oui, de temps en temps, on a le sens du timing. Oui, oui, mais ça c’est aussi vieux que la presse. Comme parfois quand on me dit vous feuilles, tenez, c’est aussi vieux de la presse. Et d’ailleurs ça a donné des œuvres littéraires, Alexandre Dumas et d’autres on feuillette. Oui, on tient en haleine le lecteur, ça s’appelle une série et vous en regardez à la télé, sur vos écrans plutôt et sur vos plateformes avec bonheur. Donc là, c’est pas non, il n’y avait pas de timing sur la primaire des Républicains. En revanche, il y a peut être un timing du côté de Monsieur Perdriau, c’est qu’il devait être entendu dans sa procédure à lui et dans l’urgence de sa procédure par une commission des Républicains sur l’appel qu’il a formé sur le fait d'être exclu des Républicains. Donc je crois que le timing, il est plutôt de son.
Côté question désagréable : Est ce que vous faites vos enquêtes autrement qu’en recevant des documents de magistrats ou policiers amis ?
Ce n’est pas désagréable et ça ne se passe vraiment pas comme ça. Quand on a créé Mediapart, j’avais dit "Il y a deux objectifs, il y a un objectif, c’est Follow de money, c’est à dire déranger les partis politiques, les affaires d'État. J’avais fait ça le pouvoir étatique ou le pouvoir partisan ? On l’a déjà fait, mais il y a plus difficile et le plus difficile, c’est le pouvoir de l’argent. Et nos premières enquêtes, ça a été l’affaire des caisses d'épargne et beaucoup d’autres enquêtes. C’est autour, vraiment tout ça est dans le débat public aujourd’hui, l'évasion fiscale, le pouvoir des multinationales, vraiment ça, c’est c’est autrement coton que d’embêter, même si c’est dur, le pouvoir d'État ou le pouvoir étatique ou le pouvoir politique. Mais là, il y a une puissance de l’argent corruptrice et violente qui est essentielle. Mais l’autre objectif pour répondre à la question. J’ai dit en effet, il y a un journalisme supposé d’enquête qui est un journalisme fainéant. C’est ce journaliste qui dit à même élection révélations, je vous révèle ce qu’il y a dans un dossier, dans un dossier judiciaire, dans un dossier d’enquête. Ça, c’est fastoche. Il suffit de connaître des avocats, il suffit de connaître des parties prenantes d’un dossier. Et si vous regardez ce que fait Mediapart depuis sa création, ce n’est pas ça. Et le défi qu’on a voulu faire à Mediapart, c’est de révéler des faits avant que la justice ne les connaissent, c’est ce qui fait qu’on a pas mal de procès parce que ça dérange, c’est-à-dire qu’on met sous les yeux. Et il y a aussi des journalistes qui sont dérangés par ça et qui disent, qui disent que vous vous prenez pour des justiciers, pour Danone. Et on révèle des faits que la police et la justice ne connaissent pas. Et après, la justice et la police s’en emparent. Il n’y a pas plus beau métier que de ça, c’est à dire d’arriver à trouver des réalités par l’enquête, vraiment par l’enquête et dans tous les domaines. Et vous voyez bien qu’il n’y a pas que le domaine des grandes affaires ou sens financière, politique ou de la corruption. Prenez Mee too c’est quoi les enquêtes Mee too ? Bien c’est d'ébranler une indifférence de la justice, c’est d'ébranler plus qu’une indifférence, pas de moyens et parfois des attitudes très détestables de certains milieux policiers par rapport aux plaignantes. Comme nous l’avons souvent dit, ce n’est pas que la parole n'était pas libérée, c’est qu’elle n'était pas entendue. Donc quand on a on est monté en puissance avec l’affaire Baupin. L’affaire Adèle, elle ne fait pas Adèle, elle plaignante plutôt, et avec d’autres affaires. Et depuis, tout le monde voit bien ce qu’il en est sur ces questions de violences sexistes et sexuelles. Eh bien, c’est aussi pour ébranler le silence, l’immobilisme, l’absence de moyens, l’indifférence des institutions. Donc, pour répondre vraiment à la question, on n’est pas sûr que ça arrive. Il y a parfois des sources, un bon carnet d’adresses et des sources qui nous informent. J’aime pas trop ce terme qui est très novlangue, proactif, mais. Mais voilà, nous créons une réalité par nos propres dynamiques et non pas en étant comme des marionnettes que des gens actionnent.
A propos de dynamique, il y a Marcel du Québec. D’ailleurs, le fait d’avoir voulu censurer un média, le fait de censurer alors qu’il est un média, a t on par le fait même, produit l’effet Streisand ? Est ce que tu penses que c’est si bien ?
Disons qu’on s’en est occupé.
Ah oui, quand on sort les gros moyens la la couverture de Mediapart, l’article gratuit, la vidéo, c’est qu’on a quand même envie que ça change. C’est bon ça les grands moyens. Mais comment tu expliques ça, par exemple ? Ça veut dire qu’il y a quelque chose d'énorme à cacher et que le risque est plus grand.
Je pense que je ne peux pas trop déflorer. Je crois que l’avocat de Gilles Artigues l’a dit, qui était un célèbre avocat de Saint Étienne et qui d’ailleurs s'était occupé des histoires de foot à saint Étienne. Et il a dit, Il a dit que lui, il sait. Est ce que nous allions révéler, puisque son client est un des protagonistes de tout ça. Il sait que ce que nous allons révéler est vrai et il sait que c’est un séisme politique. Je pense que Monsieur Perdriau qui, tout en répondant à nos questions, a voulu empêcher la révélation de quelque chose auquel peut-être pas survivre politiquement. Pour l’instant, comme vous le savez peut-être à Saint-Étienne, le groupe des élus de droite de Saint-Étienne n’a pas demandé à Monsieur Perdriau de renoncer à son mandat de maire. Et les Républicains, nous voilà, l’ont peut être exclu, mais il n’y a pas eu cette pression politique. Or là, les révélations que nous nous apprêtons à faire sur la façon dont il s’est comporté à l’encontre du président du principal personnage politique des républicains de sa région, Laurent Wauquiez, qui a qui est un présidentiable potentiel et Laurent Wauquiez lui-même. C’est ce que nous allons révéler et il nous a déjà dit sa réaction que nous ne pouvons pas révéler pour l’instant, mais qui est d’une réaction, d’une d’une très, très grande, d’une très grande colère et d’une très grande fermeté. Nous pensons, nous. Notre hypothèse, c’est que Monsieur Perdriau sait qu’il aura beaucoup de mal à survivre politiquement, non pas judiciairement cette fois, mais politiquement à ces révélations là.
Il y a dans le chat un certain nombre de gens qui aiment bien la France insoumise, qui aiment bien Mélenchon, Jean-Luc.
Mélenchon,c’est tout à fait respectable.
Et ils disent que vous ne vous respectez pas beaucoup. Jean-Luc Mélenchon qui a voulu la bousculer. Qu’est ce que tu réponds à ça ? On vous attache beaucoup là-dessus, tu le sais ?
Oui.
C’est l’occasion de répondre d’abord.
Comme tu sais, beaucoup de réponses sont sur Mediapart et y compris on a, on a. On a même fait des vidéos d’explication dans certains moments. Bon voilà, nous on est un média indépendant. C’est pas parce qu’on publie des enquêtes sur l'évasion fiscale, sur les questions sociales, sur la corruption du pouvoir actuel, qu’on est aligné sur l’opposition à ce pouvoir. Donc on est aussi indépendant à l'égard de ces oppositions. Et c’est tout simple. Évidemment que quand il y a une affaire judiciaire qui concerne le financement de campagnes électorales précédentes de la France insoumise, nous faisons notre travail. Nous, nous avons fait des révélations successives sur ce dossier qui est en aux mains de la justice, dans lequel des proches de Jean-Luc Mélenchon sont mis en examen et dans lequel une députée actuelle, Sophia Chikirou, communicante un peu de la France insoumise et est actuellement dans le collimateur de la justice par un rapport de la police judiciaire que nous avons révélé cet été. Donc voilà, c’est des choses que les gens, comment dire, qui n’ont pas de préjugés et qui n’ont pas de réflexe d’aveuglement militant à la France insoumise, savent qu’on fait simplement correctement notre travail. Deuxièmement, nous avons évidemment aussi exprimé des divergences qui ne sont pas idéologiques, qui sont des divergences à l'égard de la réalité à l'égard des faits, avec non pas La France insoumise, mais je dirais Jean-Luc Mélenchon, plus particulièrement sur ce qu’il dit sur les questions internationales et que l'événement qui est arrivé depuis le 24 février avec l’invasion russe de l’Ukraine, a mis sous les yeux de tout le monde. Alors, Jean-Luc Mélenchon et son mouvement n’ont rien à voir avec la compromission de l’extrême droite qui a été financée par le régime de Poutine et qui a été totalement compromise et corrompue, pourrait on dire, par des liens de matériel avec ce régime aujourd’hui dictatorial. Mais nous pensons de manière très factuelle démontrer que sur les questions géopolitiques internationales, sur la Syrie, sur l’Ukraine, sur l’essentialisation d’un camp anglo-saxon qui serait forcément. Méchant, alors qu’en face il y aurait un camp de la paix qui serait le camp russe et le camp chinois. Eh bien, Jean-Luc Mélenchon a, je le dis gentiment, a dit des bêtises ainsi, dire des choses qui concrètement, n’ont pas aidé à être lucides sur la réalité de la situation. Ça ne nous empêche pas de raconter le travail militant de la France insoumise, son travail législatif, ses débats internes. Et là, pour revenir à ces débats internes, c’est vrai que aussi notre travail, c’est de raconter les problèmes internes de formation politique. Je crois que tout le monde le sait. L’affaire Katinan l’a mis sous les yeux de tout le monde. Le fonctionnement d’un mouvement gazeux, comme a dit Jean-Luc Mélenchon, où il n’y a pas clairement de procédure, où il n’y a pas clairement de règles de pouvoir, de contre pouvoir, où il y a un pouvoir et une autorité du leader qui n’est pas contrebalancée par d’autres pouvoirs, eh bien ça pose des problèmes et parfois ça peut provoquer des sorties de route. Donc, nous, on fait notre travail de manière loyale. Et contrairement à ce que pensent certains, ils disent je le sais, Plenel n’aime pas Mélenchon. Non G G, ce n’est pas une question personnelle. On a le même âge,ça veut dire que forcément vous avez des prix..
Vous avez quand même des origines politiques similaires, non ?
Différentes, différentes.
Normal, ce n’est pas la même maison. Est ce qu’il s’est passé un peu le problème ?
Non, non, J’ai joué transparent comme Mélenchon. Après, il a préféré Hanouna. Mais quand Mélenchon est venu à Mediapart et la première fois où il est venu à Mediapart, j’ai été chargé de faire les questions qui fâchent sur ce sujet là. Et vous pouvez retrouver la vidéo, ça dure un petit quart d’heure. C’est quoi ? Ben c’est Mitterrand. Ça n’a rien à voir avec le trotskisme où il était lambertiste et moi j'étais à la Ligue communiste. Non, non, c’est Mitterrand. Moi, j’ai connu le jeune sénateur Mélenchon de 35 ans. Totalement mitterrandiste jusqu'à l’aveuglement. Et moi, mon travail de journaliste d’enquête, c’est que je révélais la part d’ombre du mitterrandisme. Je faisais mon boulot et tout le monde sait que ce que j’ai raconté à l'époque est vrai quoi, Voilà un pic et que la gauche aurait été un peu plus lucide. Peut être que ça aurait évité une présidence interminable de quatorze ans qui n’a pas aidé à la suite. Et je crois que la suite se paye aussi. Et je me souviens toujours un jour que Mélenchon, que je ne connais pas, a demandé à me voir. J'étais gamin, on était gamin, on avait. Je ne sais pas. Je pense que je ne vais pas avoir 40 ans ou à peine, voilà. Et lui non plus. Donc voilà. Mon gamin, c’est pas gamin, mais pour moi ça l’est aujourd’hui. Voilà. Et. Et il demande à me voir. Oui, je vais le voir. Et on a rendez vous dans le café qui est la rue de Tournon, la rue qui descend du Sénat. J’arrive et où je suis le premier et lui arrive et à sa manière, un peu brusque, il me tutoie je le vois parler.
De tout ce qu’il a fait, le rendez- vous secondaire ?
Je ne sais pas, je ne suis pas là, je ne le connais pas, je ne sais pas pourquoi je le tutoie et il me dit : "si, pourquoi t’emmerdes le vieux comme ça ? Alors le vieux ne sait pas trop ce qu’il s’est passé. Avec Mitterrand. Elle lui dit : "Écoutez, moi, je fais mon boulot. " Voilà, je vous mets des réalités sous les yeux. Dans notre attitude à Mediapart, il n’y a aucun préjugé et aucun règlement de compte. Et je le dis à tous les militants ou militantes, sincères ou adhérents ou sympathisants sincères qui sont là, de la France Insoumise, Nous on fait un travail qui ne peut qu’aider, qui ne peut qu’aider. La vérité est toujours révolutionnaire et regarder la vérité en face, c'était Lénine. Non, c'était Gramsci.
Non, seule la vraie, seule la vérité révolutionnaire, c’est Lénine.
Bien sûr.
Il y a les deux, c’est pas clair. Gramsci citant Lénine Ah non, arrêtez Gramsci !
Et moi je dis Poutou, c’est la porte ouverte à Gramsci, il a dit en citant Lénine en citant les noms t’imagines. Pas Badiou maçon, C’est une vieille histoire. Les journaux révolutionnaires, y compris ceux de l’opposition de gauche face au stalinisme, s’appelaient la vérité, ce qui est quand même une histoire de fous. Elle s’appelait la vérité, mais ça voulait dire que. Et on rejoint notre débat. Il faut bien voir qu’il y a eu une histoire dans la gauche ou déchue, immense chagrin politique, sans compter d’immenses crimes, d’immenses crimes. Et c’est ce que nous rappelle cet enfant bâtard du stalinisme qu’est Monsieur Poutine. Ont été commis. Par d’immenses mensonges et la défense, y compris des vérités qui dérangent et qui dérangent nos convictions qui dérangent nos passions politiques. C’est essentiel. L’histoire de l’opposition de gauche ou Salini, c’est des gens très minoritaires qui dans les années 30, quand il y avait le fachisme qui montait la guerre d’Espagne, ça disait oui. Les procès de Moscou, c’est une imposture. Oui, il y a des camps de concentration en Union soviétique. Oui, Staline assassine toute une génération de révolutionnaires. Il valait mieux l’avoir dit en temps et en heure que de le découvrir 50 ans après. Voilà. Bon, c’est le job, moi. Et ça. Et derrière ça, il n’y a pas de. Encore une fois, il n’y a pas de mesquinerie, il n’y a pas de petitesse et on peut en débattre à la loyale. Voilà. Et est ce que je regrette vraiment ? C’est pour ça que je. Je regrette vraiment que les logiques d’opinion, y compris dans la façon de faire de la politique du côté du du Pas de toute la France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon et de ses plus proches, soient de préférer d’aller chez Hanouna où toutes les opinions se valent dans une sorte de mépris du peuple. C’est populaire, c’est là qu’il faut aller, mais c’est là où on donne crédit. On fait la courte échelle à des gens qui qui diffusent. Le pire, c’est des pièges, c’est des dispositifs pas respectables et il vaut mieux aller face à des médias qui ne vont pas vous épargner, mais qui sont corrects, qui vous poseront des bonnes questions concrètes et il n’y a jamais de mauvaises questions.
Merci beaucoup.
