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Nicolas Richard, le traducteur hors-pair des plus grands

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Notre invité rivalise avec le papier peint d’Alain Damasio pour vous le dire. Il est là notre invité. Bonjour, Bonjour Nicolas Richard.
Nicolas Richard
Bonsoir David Dufresne.
David Dufresne
Est ce que vous avez entendu Nicolas ? Car si, si vous l’avez. Parfait. Bon sang de bonsoir ! C’est la première fois non, écoute, là, ça y est, on vient de trouver son fils Spector est entré. Là ! Et puis en plus, c’est avec toi que ça se passe ! C’est génial ! Alors attendez les amis, J’ai essayé de caler un peu le chat. En plus on a parlé musique après musique, mais surtout littérature. Traduction Alors je vérifie. Oui, tout est impec. Image et son u, ça jamais été aussi bien, pas aussi super alors. Un peu de café. Nicolas Richard Bonjour Monsieur Nicolas Richard. Vous êtes né le 10 janvier 1963. Vous avez fait une école de commerce à Lyon. Alors ça, c’est assez étrange. J’ai vu ça dans Wikipédia qui indique que tu as posé nue pour des étudiants, retaper des appartements à Brooklyn, fait la vaisselle à Bâle, Bâle, en Suisse, que tu as été bûcheron dans le Valais, en Suisse, également manager de groupe de rock. Je me souviens notamment d’un groupe de rock qui s’appelait Forget Not. Je t’avais piqué un jour la caisse. Je ne sais pas si tu te souviens. Bien sûr, je rends toujours l’argent. Tu es romancier. Tu as notamment publié Les Cailloux sacrés en 2002, les Sonics, avec un dénommé Keith Loko, bien, bien défavorablement connu de nos services. Et bien sûr, comme je l’ai dit depuis quelques jours sur les réseaux, tu es une machine de guerre à Tua. Tu as traduit prodiguant Philip K.Dick, Dylan, Truman, Capote, Tarantino, Patti Smith, Stephen Dickson, le Gros Kremer et l’immense Hunter Thomson. Tu publies enfin, pas aujourd’hui, mais tu publies ces jours ci ce bouquin absolument hilarant qui s’appelle Par instant le sol penche bizarrement. Site et carnet de traducteur. Dans lequel tu nous emmène notamment au bar avec avec Tarantino, à l’hôtel, avec Lynch dans les secrets de Dylan et sans parler du dossier Balto, le dossier Balto d’un président noir américain dont on taira le nom. Ça c’est extraordinaire ! C’est à la fin du bouquin où tu nous racontes comment ça se passe. Alors je regarde en bas. Je suis désolé, mes notes sont en bas, en forêt, je change de caméra, de place. Donc tu traduis ça Et j’avais aussi noté. Tu es la seule personne que je connaisse depuis maintenant plus de 30 ans. Quand on. L’appelle. Tu dis toujours quand on te dit comment ça va, tu réponds. Tu réponds toujours ça va bien.
Nicolas Richard
Bah ouais.
David Dufresne
Écoute, je t’ai jamais entendu dire ça ne va pas bien, je suis pas content. Toujours nickel, toujours. Mais là, t’as l’air tendu et il faut dire que c’est le deuxième.
Nicolas Richard
Je sais, je suis hypnotisé par ta voix et par ce que tu racontes du pauvre.
David Dufresne
C’est ton deuxième zoom dans la vie.
Nicolas Richard
Il paraît que je te confie à l’instant. Je fais partie des rares chanceux qui, malgré les temps actuels, ont réussi à complètement se calmer et passer à côté des hommes. Donc ouais, je ne pratique pas le zoom, je travaille à l’ancienne, j’y travaille.
David Dufresne
D’ailleurs, ça se voit parce que là tu te baisses de plus en plus, ce qui fait que. Bon alors mon cher Nicolas, tu es là, tu es là pour ça, pour ce bouquin d’ailleurs. Très belle couv, portée et forte
Nicolas Richard
Couverture de Rémi Pépin, faut le signaler.
David Dufresne
Ah, je n’avais pas vu Rémi Pépin. Ah ben oui, c’est marqué. Ah bah bonjour Rémi, Je ne sais pas si. Sinon, regarde, Rémi est également défavorablement connu. Nos services enquêtés étaient dans le rock n roll qui a écrit deux bouquins sur le rock alternatif notamment et qui est graphiste. Couverture assez grungy, j’aime beaucoup. D’autres ont traduit 120 bouquins.
Nicolas Richard
Oui. Euh.
David Dufresne
De temps en temps, tu vas te dire plus que oui ou non.
Nicolas Richard
Je ne sais pas si elle est terminée ta question ou si à jamais.
David Dufresne
T’as traduit 120 bouquins, je finis la traduction, t’as traduit 120, 120 bouquins. Et là tu fais une sorte de tu appelles ça une sorte de catalogue d’auteurs que tu as rangés par catégories. Il y a des auteurs archi connus, ce que j’ai cité tout à l’heure, d’autres que je ne connais pas, mais peut être que je suis ignare et qui me sont moins connus et tous que tu as envie de nous faire aimer si on ne les connaît pas. Grosso modo, c’est quand même une déclaration d’amour à la fois à ton travail et aux auteurs que tu que tu sers exactement.
Nicolas Richard
Là je ne sais pas si vous avez terminé ou pas, mais c’est et c’est exactement l’objet du bouquin en fait. C’est à dire qu’il y a des auteurs connus que j’ai traduit, mais il y a des auteurs très peu connus qui méritent vraiment le détour. Donc on en reparlera si tu veux, mais des gens comme Tom, Drury, Rabbit à la Médine ou il y en a plein d’autres comme ça et c’est un peu l’objectif du bouquin. Si vous connaissez Tarantino, vous connaissez Obama, mais vous ne connaissez peut-être pas les autres. Venez découvrir.
David Dufresne
Alors les catégories ? D’auteurs que tu as à la main, c’est à la fin. Qu’est ce que tu as donné pour. Pour mettre un peu l’eau à la bouche, on ne va pas piocher, on va piocher dans toutes les catégories. Mais on ne va pas évidemment revoir tout le temps tous les auteurs. Il y a portrait du traducteur en jeune homme, c’est à dire c’est toi. Au début, tu vas, on va, on va en parler parce que c’est très drôle. Tu reprends tes premières traductions en expliquant combien euh, tu t’es viandé et combien c'était soit approximatif, soit à côté, etc. Et tout en disant ça, en fait, tu nous expliques comment, comment, comment tu travailles ? Installer les rythmiques. Troisième catégorie : les langues se délient. Quatrième catégorie : la langue. Polarisées cinq Entre enchantement, écrasement six Le projectionniste Le monde du cinéma sept. L’ingénieur du son. Le monde de la musique avec Springsteen Dylan Leonard Cohen, Richard Mason Le philosophe et le président avec notamment le dénommé Balto dans le dossier Balto. Dont on parlera à la fin. Parce que, quand même, c’est quand même super fendard. Alors, mon cher Nicolas, j’ai lu une interview de toi, je t’ai vu à la Grande Librairie. On va essayer de. Ne pas te poser les mêmes questions.
Nicolas Richard
Mais tu poses des questions différentes et je donne des réponses différentes.
David Dufresne
C’est ça, Alors d’abord, le premier truc, c’est que tu dis page 76 de cette phrase tu dis traduire c’est trancher.
Nicolas Richard
Et je précise d’ailleurs si tu regardes la note de bas de page, que c’est suite à une discussion avec un universitaire du nord de l'État de New York qui s’appelle Rob Couteau et je précise que Rob Couteau ne me démentira pas.
David Dufresne
C’est ça. Et ce n’est pas Rob Couteau qui me contredira. Monsieur le traducteur, il faut être très précis, c’est contredire Qui a écrit ça ?
David Dufresne
Et attends, ici, on a bossé, je peux te dire, c’est pas comme à la Grande Librairie où le mec qui n’a pas lu ton bouquin ici, ici on l’a lu anglais, il l’avait pas lu honnêtement, il avait lu trois ou trois passages.
Nicolas Richard
Et tu crois pas que ce n’est pas un salaud
David Dufresne
T’as raté mon petit effet. Parce que si traduire, c’est trancher. Est ce que ce livre c’est l’affûtage de vos couteaux ?
Nicolas Richard
Tu vas m’obliger à filer la métaphore, là, ça va être saignant pour bien. Non mais en tout cas, c’est amusant la façon dont tu t’es emparé de l’objet. Parce que. Je parle de traduction parce que c’est ça que je fais, mais c’est. J’assume que c’est mon point d’observation. Mais l’objectif c’est quand même vraiment de donner envie de lire des bouquins dont on a pas entendu parler. C’est exactement ce que t’as dit tout à l’heure. T’en connais certains, tu ne connais pas d’autres. Et en fait moi je me rends compte, je sais pas si c’est pareil pour toi ou pas, mais moi je me rends compte que la façon dont j’aborde la littérature depuis que je lis, en fait, c’est. C’est la plupart du temps des copains qui m’en parlent ou des copines qui me disent tiens, lis ce truc là. Et donc je me dis voilà, peut être que ce sous sol penché, là, il peut avoir cette fonction de dire Tiens !
David Dufresne
Et est ce que tu as déjà rencontré des lecteurs du livre ou pas ?
Nicolas Richard
Ah oui !
David Dufresne
. Est ce que les gens lisent tout ou est ce qu’ils vont d’abord piocher des auteurs qu’ils connaissent ? Thomson heu, ou Anne ou grommelant ou d’ailleurs, il faut que je te dise un truc à propos de Philippe qui a dit qu’après.
Nicolas Richard
Alors c’est rigolo parce que c’est la question que tu poses. C’est la première question que je me suis posée le jour où le livre est sorti. Et donc, parmi les premiers lecteurs, j’ai posé la question et il y a les deux catégories, c’est-à dire qu’il y a les lecteurs. Je ne sais pas si on peut dire qu’ils sont disciplinés ou je ne sais pas, mais qui lisent de A à Z. Et puis il y a ceux dont j’aurais fait partie si ce n’est pas moi qui l’avais écrit qui vont piocher dans le désordre en disant tiens, je connais, je connais cromlech, je connais Auteur Thompson, je connais Valeria Louise, donc je commence à attaquer par là, puis après finalement on se rabat sur le reste. Donc tous les deux.
David Dufresne
Alors bon, mon cher Nicolas, il vient de se passer un truc extraordinaire. Nous sommes victimes d’un raid amical. J’imagine que tu ne sais rien de Twitch. Un raid amical, c’est quoi ? C’est quelqu’un qui a une autre chaîne Twitch qui en partant dit Ah les gars ou les filles, allez donc écouter untel. Et donc c’est un dénommé Dag JDM qui nous envoie 229 personnes. C’est à dire que tout d’un coup, il y a énormément de monde, ça s’appelle un raid amical. Alors chers amis, bonjour, bienvenue, Installez vous. Nous sommes avec Nicolas Richard le, le traducteur de la littérature anglo-saxonne contemporaine qui sort là son bouquin. Par instant, le sol penche bizarrement, qui est un carnet de carnet de traducteur où il raconte à la fois ses traductions et les rencontres avec les auteurs. Et ça, on va en parler parce qu'évidemment, il y a deux ou trois trucs avec David Lynch, Tarantino, etc. Qui sont quand même parce que tu l’achèves chez la popote, parce que des gens viennent d’arriver. Donc tu traduis des romans avant toute chose, mais aussi des scénarios, mais aussi des mémoires et un tout petit peu de poésie.
Nicolas Richard
Scénario, pratiquement pas. Même le dernier. Le bouquin de Tarantino, là, qui est sorti dernièrement, c’est vraiment un roman, ce n’est pas un scénario.
David Dufresne
Oui, oui, si, mais si tu parles quand même de quelques de quelques répliques anti-françaises.
Nicolas Richard
C'était des répliques d’ "Inglorious Bastards ", mais c'était les dialogues pour le coup. Peu importe par où je peux détailler si tu veux.
David Dufresne
Mais bien sûr, bien sûr, dans le vas y Détails.
Nicolas Richard
C'était assez amusant de Tarantino parce que c’est un film qui est sorti en version originale dans trois langues si je ne sais pas s’il y en a dans la dans l'équipe là qui y ont vu le film. Donc il y a une partie en allemand, une partie en anglais, une partie en français. Et j’ai eu pour mission de trouver tous les personnages qui s’expriment en français dans le film. Voilà, c’est moi qui ai traduit leur réplique, mais finalement dans ce que je fais habituellement, c’est un peu. C’est un peu exceptionnel. Par contre, c'était marrant parce que c'était l’occasion d’approcher la bête et de voir qu’on était sur des longueurs d’onde relativement différentes vu que lui, il était vraiment. Il n’avait que des références cinématographiques en fait alignées. Et donc quand j’ai demandé des précisions, je me suis trouvé hyper scolaire pour le coup je pense. Je lui posais des questions sur le sens des mots, le sens des phrases et puis lui me répondait un plan de cinéma à tel film. Donc c'était assez amusant pour ça de voir qu’on était sur des références différentes.
David Dufresne
Alors déjà, dans le Dans le chat, tu as Dada Doc Dada qui te demande comment traduit tout Tarantino, quels sont les dangers, les défis, les folies.
Nicolas Richard
Ben ça c’est une bonne question.Alors là, ça c’est le fun. Pas de manière générale, quand c’est quand je traduis un roman, j’ai tous les éléments en main. Le roman est publié, donc normalement, si le texte est bon, il n’y a pas besoin d’aller chercher trop ailleurs. Le problème avec un scénario mauvais, Je ne suis pas tellement lecteur de scénario, ni théâtre. J’en ai lu peu et c’est qu’il y C’est vraiment nécessaire. Enfin, c’est hyper utile d’avoir l’intention du réalisateur quand il écrit une scène en particulier avec Alex Tarantino. Il y a plusieurs fois où je ne savais pas si c'était bizarre, maladroit ou super comique. Et ça, lui, il avait précisément en tête la scène. Il savait que ça allait être marrant. Et donc c’est pour ça que là, j’ai été content de pouvoir lui parler, de pouvoir lui poser les questions. Et ce qui était assez amusant comme scène qui a duré quand même assez longtemps dans un café à Paris, c'était quand il éclatait de rire à ses propres blagues. Donc ça, c'était un indice. Un produit qui, a priori, était censé être une scène comique. Et ce qui n'était pas évident à la simple lecture du texte, le texte, c’est une des rares fois où le texte ne se suffisait pas. En fait.
David Dufresne
Page 359 Tu as expliqué Fin août, je reçois le coup de fil de Olivia Dieu le veut à l’heure éditrice chez Flammarion, me demandant si ça m’intéresserait de traduire le prochain Tarantino. Le surlendemain, je suis dans un café du sixième arrondissement de Paris, en tête à tête avec le réalisateur, nous faisons connaissance. Il me présente son projet et m’explique que dans son film évolueront les personnages parlant l’anglais ou l’allemand, ou le français, ou plusieurs de ces trois langues. J’ai neuf jours.
David Dufresne
Neuf jours dans mes idées pour traduire la totalité des dialogues qui seront dits en français à l'écran, soit environ un tiers du scénario. A la fin de cette première entrevue, le réalisateur me serre dans ses bras comme si nous étions de vieux copains. Il me remercie d’accepter. Je repars avec le scénario sous le bras.
Nicolas Richard
Oui, je pense qu’il va tester. En fait, il m’a donné rendez- vous. Manifestement, il était à la bourre parce que le film, le tournage du film commencé très peu de temps après. Manifestement, il a vu une première version française qui ne satisfaisait pas à ce que je pensais. J’en sais rien. Mais voilà, là il y a une première rencontre d’une demi-heure. Je pense qu’il voulait savoir un peu si je ne savais pas quoi. Je ne sais pas quels étaient ses critères. On a. On a parlé de la ville de Santa Cruz et m’expliquait que quand il était quand il était, il avait une vingtaine d’années, il avait une petite copine là bas, donc il montait en stop de la centre ville dans sa petite copine. Donc en fait, je crois qu’on a surtout parlé de la ville de Santa Cruz en Californie du Nord. Et puis à la fin, c'était bon, c'était parti.
David Dufresne
Oui, mais tu vois, j’ai noté avec mes petites amies, mes petites mains. J’ai noté une question : faut-il connaître les auteurs pour bien traduire ? Parce qu’en fait, si tu fais plusieurs pages sur ta rencontre avec Tarantino, tu nous racontes aussi le truc du zoo Alors j’ai. Interrompu de temps en temps par des admirateurs qui l’abordent. Il accepte de leur serrer, il accepte de leur serrer la main, mais refuse de se faire prendre en photo. On n’est pas au zoo, dit-il. Mais oui, je ne sais pas pourquoi. Et pourtant, c’est presque la fin du bouquin. Mais tout d’un coup, je me suis posé la question Est ce que pour toi, traducteur, c’est mieux de connaître l’auteur que tu traduis quand il est vivant ou pas ?
Nicolas Richard
Alors a priori pas nécessairement. Ce qui est très pratique et ce que je pratique souvent, c’est quand j’ai des doutes de contacter l’auteur ou l’auteure, mais le connaître personnellement, je ne suis pas sûr que ça change grand chose. En revanche, tu peux le connaître un peu indirectement en ayant lu ses autres bouquins, par exemple en connaissant son univers. Mais après, en fait, par rapport à ta question, ça se passe plutôt dans l’autre sens. C’est à dire que souvent je reçois le texte à traduire, je le traduis, je communique avec l’auteur et puis après, une fois le livre publié, la rencontre a lieu. Voilà. Et là, il y a une sorte de déséquilibre qui est toujours assez marrant parce que parce qu’en fait, moi j’ai vécu trois quatre mois à traduire le bouquin, donc à avoir vécu dans la tête de l’auteur et donc j’ai l’impression de le connaître quand même. Donc la première rencontre c’est presque des retrouvailles pour moi et pour l’auteur. Pas nécessairement, évidemment.
David Dufresne
Alors je te ferai raconter tout à l’heure des choses qui sont dans ton bouquin, notamment des quiproquos avec des auteurs que tu as traduits. On verra ça, on verra ça après. Je voulais te dire Ah, parce que donc tu as notamment traduit, je crois que c’est une nouvelle de Philip K.Dick, c’est ça ?
Nicolas Richard
Non, c’est rien. C’est un roman de jeunesse.
David Dufresne
Un roman de jeunesse.
Nicolas Richard
C’est ça qui a dit qu’avant de basculer entre guillemets dans la SF, il a eu, il a écrit des romans, vraiment des romans réalistes, quatre ou cinq je crois. Les voies de l’asphalte font partie de ceux-là. Ça vibre un peu. Il y a un personnage qui déconne un peu et on sent que là, la porte commence à s’entrouvrir vers la SF, mais pas encore.
David Dufresne
Voilà, c’est ce que tu racontes. Je voulais juste te raconter une anecdote à la con. Euh. Une des raisons pour lesquelles on était là ce soir pour l'émission, c’est que tu sais, pour envoyer les notifications aux gens, j’ai mis des noms d’auteurs et de temps en temps Twitch me dit ah non, ça, ça ne marche pas, c’est pas réglementaire, j’ai choisi Mais merde, mais qu’est ce qui se passe ? Alors j’avais mis machine de guerre, Je me dis ah ça c’est le mot guerre qui leur pose un problème,
Nicolas Richard
Je cherche le truc et là j’ai fait la traduction du thème.Enfin bref. Et je me suis dit ah merde, c’est Dick Philip K. Dick.
Nicolas Richard
Comment fais tu ? C’est un peu problématique. Il y a un autre auteur que j’ai traduit qui s’appelle Onanisme.
David Dufresne
, Je voudrais qu’on reste d’abord sur les méthodes de traduction de traduction. Alors t’as à Tahiti une méthode tout simple, très belle, c’est les amis. Là, tu démarres avec ça. D’ailleurs, tu te dis alors j'éprouve le besoin d’appeler à l’aide, Il faut que je réfléchisse avec quelqu’un. Ça peut être un ami, un proche, mais il arrive régulièrement que ce soit un inconnu, que je mette à contribution une personne qui maîtrise très bien un domaine très précis à qui je soumets mes problèmes, appréciant de ne pas rester seul face à une difficulté que je ne parviens pas à résoudre.
Nicolas Richard
C’est un peu le paradoxe de ce que je fais en fait, c’est que je suis quand même seul devant l’ordi à travailler tout le temps et pour autant j’ai constamment besoin d’infos extérieures. Là, pas très loin de chez moi, il y a une caserne de pompiers et j’avais officiellement pris rendez vous parce que je traduirais un bouquin qui se passait pendant les émeutes de Los Angeles dans les années 90-1 livre de Brian Gatti qui s’appelle Six jours et il y avait un assez long développement, assez technique sur le boulot des pompiers. Et ça, même en ligne. À un moment donné, j’ai quand même éprouvé le besoin d’en parler à quelqu’un. Et donc voilà, j’ai pris rendez-vous avec le capitaine. Je suis plus Bizot je crois. Et il se trouve qu’en plus il parlait anglais et donc c'était bien parce que je lui avais montré l’anglais, je lui disais ce que je comprenais et puis lui me disait. Il me disait dans le jargon les termes que utilisés, tu vois, pour que ce soit, pour que ce soit crédible. Après quand tu lis le texte. Donc voilà où je m'étais retrouvé quand je traduirais grommelant. Il y avait pas mal de références aux armes à feu et je me suis retrouvé dans la petite rue. Là, du côté de la place de la Bourse, il y a un armurier en fait. Ouais, là je me suis pointé la gueule enfarinée avec ma petite liste en disant voilà, Mais alors je comprends pas si recharge y fait tourner quoi ? Mais c’est quoi ? C’est de la chevrotine ou c’est des balles ou. Bref, quand l’auteur est. Et si sur un truc il faut que j’arrive à être aussi précis quoi.
David Dufresne
Il y a une anecdote pour McGowan, Thomas McGowan, que tu que tu racontes page 65, c’est la pêche à la mouche. Est ce que tu n’es pas pécheur ?
Nicolas Richard
Vois tu, je ne suis pas pêcheur. Et à l'époque, ma fille avait deux ou trois ans et je l’emmenais à la crèche tous les jours. Et il y avait une des dames de la crèche qui adorait la pêche avec son mari, et j'étais toute une bande de. Toute une bande de gens qui allaient régulièrement tous les weekends à la pêche, qui faisaient des vacances, pêche et tout. Et puis c’est à ce moment là que j’ai eu ce bouquin C’est des nouvelles, ça s’appelle Intempérie. Oui, c’est une très belle nouvelle, courte de quelques pages chaque fois que des livres ou des articles sur des expériences de pêche et c’est vachement bien, même si on n’est pas pêcheur. Sauf que là, fallait pour le coup, il fallait vraiment que je comprenne ce qui se passait. Donc c’est un peu le même principe que pour l’armurerie. J’ai pris. J’ai demandé à la dame de la crèche si elle pouvait répondre à mes questions. Elle m’a dit "oh oui On va bien faire ça. Faut que vous rencontriez mon mari et puis toute la bande et ayant fait, ça tombait. Et donc on a pris rendez- vous un samedi où il ne partait pas pêcher. Et donc faut savoir qu’il y a beaucoup de pêcheurs quand ils ne partent pas pécher, ils se retrouvent quand même au magasin de pêche. Et donc je me suis. Retrouvée à Issy les Moulineaux avec quatre cinq pêcheurs. Et alors ? Eux ne parlaient pas du tout anglais. Mais le problème c'était moi, pas, ce n’était pas un point de lexique, c’est comprendre la logique de ce qui se passait, du mouvement des courants, les l’utilisation des différentes mouches et pourquoi ? Et. Et donc voilà, je me suis fait une après 12 h 01 samedi après 12 h où j’ai pu obtenir réponse à toutes mes questions. Ça c'était bien. Effectivement, de manière générale, c’est ce que j’essaye de faire. Pas. Même, même, même. Même parfois sans question spécifique. J’aime bien soumettre, j’aime bien. Il y a un petit côté Ping Pong. Donc effectivement, comme tu dis, ça peut être ça peut être des amis ou plus ou moins des inconnus. Mais voilà, c’est le paradoxe. Je suis seule, mais en fait je suis bien contente qu’il y ait du collectif tout autour.
David Dufresne
Valeurs Anarchistes demande. Tout simplement de démarrer par le début. Comment en arrive-t-on à la traduction ?
Nicolas Richard
Alors le je réponds pour moi parce qu’il y a 1000 façons ces temps ci. S’il fallait répondre de manière un peu plus générale, il y a des y a des masters de traduction, donc ça a l’air d'être une voie relativement royale. Moi c’est pas du tout ce que j’ai fait. J’avais une vingtaine d’années, un peu plus et j’ai commencé à traduire des petits poèmes de Brautigan, comme c’est ce que je raconte au début du livre. C’est dans l’idée vraiment de le faire découvrir aux potes. C’est d’ailleurs l'époque où j'écrivais pour Combo. Ah voilà, il faut le signaler quand même.
David Dufresne
Alors Combo, c'était quoi ? C'était un petit fanzine fait par un monsieur qui s’intéresse maintenant à la Sodexo.
Nicolas Richard
C'était fait par deux messieurs Nous sommes dans un livre.
David Dufresne
Je te remercie de nous citer dans ton temps, dans ton bouquin. Assez, vite d’ailleurs. Donc effectivement, il y a une trentaine d’années. On faisait ensemble un fanzine qui s’appelait Combo, dans lequel tu écrivais e
Nicolas Richard
Je suis arrivé un peu après la bataille. Vous aviez déjà lancé l’opération depuis longtemps, mais en tout cas, pour répondre à la question comment j’ai commencé ? Il y a une période comme ça où les choses n'étaient pas du tout claires pour moi, donc ça m’emballait d'écrire sur la musique ou sur des bouquins. Et puis à cette période, je crois que j’avais commencé à manager un groupe de rock, le fameux Forget Not donc, et puis parallèlement, Mais rien n’avait vraiment une vocation professionnelle. C'était surtout des choses marrantes à faire. Donc là, voilà, j’ai commencé à traduire ses poèmes et à les faire lire à deux ou trois copains qui aimaient bien Brautigan, qui aimait bien ces romans en fait. Et puis je trouvais que c'était dommage que pour ceux qui ne parlent pas anglais et pas moyen. De L’avoir, de savoir de quoi il retournait. Et puis et puis ça a continué comme ça pendant quelques années en fait, où j’ai fait avec un éditeur indépendant qui s'était monté à l'époque, qui s’appelait les éditions L’incertain. Oui, voilà, je suis allé spontanément leur soumettre les poèmes en disant Tiens, ça vous dirait de publier ça éventuellement ? Et puis après, comme j’allais assez souvent aux Etats-Unis à cette époque là, je leur ai proposé un roman de Joe Lonsdale qu’ils ont publié aussi. Enfin non, une série de nouvelles aussi d’ailleurs, de Joe Lonsdale. Et donc voilà, mon cas est un peu atypique quand même. Je ne sais pas si je suis l’exemple type à suivre.
David Dufresne
Ici, il n’y a pas un invité qui soit l’exemple type. Alors là, c’est la base. Et d’ailleurs, parmi les invités, je crois que le vieux Flynn vient de s’inscrire sur Twitch, donc vous n’imaginez pas la révolution culturelle, Le vieux flanc accidenté du bourg, c’est donc combo. Maintenant, on passe à autre chose. Il y a des questions dans le tchat qu’on est en train de remonter, qu’on met, qu’on met de côté. Je vais juste continuer un tout petit peu là, notamment sur comment on dit Pynchon.
Nicolas Richard
Pynchon,
David Dufresne
Voilà, il y a des questions sur Pynchon. Bon, voilà, Et ça, on en a, on y viendra, on y viendra après.
Nicolas Richard
Il y a, il y a bien des boulets
David Dufresne
. Mais il faut dire que tu as écrit un roman qui s’appelle La dissipation, je crois la société sur cette question, allons y. Donc la question qui était posée par phrase zéro 91 est ce que tu as également rencontré le mystérieux et génial Thomas Pynchon que personne, à part son agent, n’a rencontré ? Il y a une réponse dans le bouquin, mais peut-être un peu.
Nicolas Richard
C’est complètement faux que personne ne l’a rencontré.
David Dufresne
C’est ce que tu disais alors ?
Nicolas Richard
Je sais plus si je le précise dans livre, pas non plus son email direct, ça passe par son agent. Il m’a répondu sur papier tapé à la machine en PDF. Donc voilà, c’est assez vintage ça, Monsieur qui a 83 ans aujourd’hui. Mais bon, c’est quelqu’un qui allait à la fac avec des copains de fac, c’est quelqu’un qui a une vie maritale quand un enfant qui doit avoir 25 ans maintenant. Et en fait, le roman, euh, la dissipation, j’ai eu envie de l'écrire quand justement j’ai réalisé ce qu’on est en train de réaliser en direct. C’est - à - dire que celui dont soi-disant on ne savait rien, qui n' existait, existait à peine. Il y a comme des hypothèses comme quoi Pynchon n’existait pas. Oui, j’ai calculé ces livres- là, c'était des Radeaux à double tiroir et voilà, je suis tombé indirectement en surfant, en rencontrant des gens, je suis tombé sur eux. Je ne sais pas comment appeler ça le cercle des bonnes choses, un disparu ou un truc comme ça. Et en fait, avec des gens, selon les personnes, des niveaux de fascination qui étaient parfois amusants, parfois un peu flippants. Et en gros, il y avait des vrais stalkers, des types qui. Je suis quand même tombé bas, Je le mentionne un peu en biais dans mon roman, mais il y a quand même un type et donc plusieurs puisque j’en fais partie maintenant, qui ont. Le plan de l’appartement de Thomas Pynchon nuit avec l’endroit où on met les prises, les positions des portes, Et quand je suis rentré dans ce monde. Alors, ce qui est assez amusant, c’est qu’en plus c’est un peu feutré parce que c’est essentiellement des universitaires quand même qui s’intéressent à peu de choses, disons en un premier temps. Et donc il y a toujours une sorte de vernis et il y a en fait derrière ce vernis. J’ai pu constater des passions, parfois un peu à moitié marrantes, moitié délirantes. Voilà, c’est devenu la dissipation.
David Dufresne
Alors à propos de moitié marrant, moitié délirant, il y a il y a une page très inquiétante.
Nicolas Richard
À une scène. Ah non putain, ça y est, c’est réveillé.
David Dufresne
Mais il y en a une qui y en a une qui est inquiétante, c’est la page 137. Est ce que tu te souviens de ce que tu dis page 137 ?
Nicolas Richard
rafraîchis moi un tout petit peu la mémoire quand même.
David Dufresne
Comment on traduit l’anglais kling ? Alors je vais lire parce que je lis mal, mais vous allez quand même bien comprendre la teneur du bouquin de Nicolas, là. Donc tu as un problème, tu dois faire des interviews, tu ne peux pas traduire Tom Wolfe. Donc déjà c’est quand même pas rien. Et t’as un problème puisque Tom Wolfe écrit Klink à propos d’un parapluie. Donc tu dis j’entends effectivement cling ! J’entends effectivement le chuintement du parapluie à l’ouverture. Mon premier réflexe, c’est de traduire l’anglais Klink par Klink. Puis je m’interroge sur le souffle ample du parapluie. Je me lève de mon bureau, m’avance dans le couloir de l’entrée, m’empare du parapluie posé de biais contre le mur sous le porte manteau. Le couloir étant trop étroit, je suis obligé de sortir de la maison pour l’ouvrir. Je procède d’un geste sec, tendant l’oreille pour voir ou plutôt entendre le fracas caractéristique. Ces travaux pratiques sont décevants. Je ne nomme pas Toper n’est pas la retranscription d’un bruit réel, c’est une constriction qui puise dans un imaginaire variable. Je me retrouve devant la porte de chez moi à refermer mon parapluie, à le rouvrir, le refermer, le rouvrir en attendant la révélation d’une onomatopée qui ne vient pas. J’envisage Choc qui m'évoque un battement d’ailes, puis je suis tenté par Floc’h. C’est génial. Grand malade ?
Nicolas Richard
Non mais là tu vois, c’est amusant parce que c’est en fait ce que tous les traducteurs et ce que tous les actrices font. C’est comme quand tu lis un livre, tu peux l’apprécier à fond, mais il y a certaines choses sur lesquelles tu glisses. Ce n’est pas un problème quand tu dois le traduire, c’est quand tu dois vraiment en donner une version française. T’es obligé de lever toutes les zones d’ombre. Donc parfois, voilà, parfois c’est comique et parfois tu passes un temps démesuré sur des détails. Mais il faut trouver une solution.
David Dufresne
Alors je confirme, c’est plus que c’est plus que poilant, mais je vous laisse la surprise parce qu’en fait tu vas trouver le son. Le mot comment. On pourrait appeler ça ? On dit pas qui, mais la grande culture populaire française, on peut dire ça comme ça. Un grand personnage breton qui débarque à Paris ?
Nicolas Richard
Donc on finit cette histoire de cling, Comment les paupières vont aller ? La phrase de Wolf, c'était comment traduire les paupières qui s’ouvrent comme des parapluies et. Et donc c’est le correcteur Maxence Colin. Extrêmement courtois et extrêmement brillant, qui fait des suggestions qui très modestement, mais qui y sont à chaque fois, qui font mouche, qui sont, qui marchent bien. Et là il me dit bah pour le parapluie, j’ai bien trouvé un truc, mais alors j’ai regardé dans Bécassine la bande dessinée Bécassine et ils disent spleen. Et là je signe. Mais c’est fabuleux ! Ben oui, mais c’est exactement ça, on ne va pas trouver mieux. Et cette petite anecdote montre un peu ce que je fais et ce qu’on fait. 12 h Foutre traducteur c’est que voilà, c’est en allant fouiner Jean Dutourd dans une bande dessinée qui a quand même un certain âge que la solution a été trouvée. Et évidemment, y a jamais une méthode. C’est une fois chez les pompiers, une fois à l’armurerie, une fois chez les pêcheurs et une fois chez Bécassine. Et voilà. Chaque mot, chaque texte apporte son lot de problèmes spécifiques à chaque fois. Faut trouver des astuces pour essayer de répondre aux questions.
David Dufresne
Alors Nath la gitane pose une question justement, est ce que c’est pas une mauvaise habitude de vraiment tout traduire ? Les onomatopées, les titres etc. Est ce que ce n’est pas une manie typiquement française ?
Nicolas Richard
Alors là, une fois de plus, je ne vais pas répondre de manière systématique parce que je n’ai pas de. Il y a des thèses qui ont été écrites sur les onomatopées. C’est un truc assez travaillé. En tout cas, si on prend l’inverse de la question, il n’y a pas de raison que toutes les langues et toutes les oreilles entendent les bruits ou essaie de les représenter de la même manière. Donc ça c’est un travail qu’il faut refaire. Je ne veux pas dire qu'à chaque fois il faut partir à zéro parce que des onomatopées dans la langue française, ça fait quand même quelques siècles que qu’on en voit. Mais, mais. Je ne sais pas si c’est un défaut français parce que je ne sais pas comment font les Allemands, les Italiens, les Espagnols. C’est peut être une des conclusions a contrario de mon bouquin, c’est de dire je suis bien en mal de développer une théorie. Je vois bien qu’au coup par coup, il faut trouver, il faut trouver des combines. Et là, Kling traduire par Kling, j’ai trouvé que c'était, ce n’était pas l’idéal. Et l’apparition grâce à Bécassine du clubbing me plaît bien. Je ne sais pas si c’est clair ou pas, je ne me pose pas du tout. Je ne dis pas que c’est la bonne solution bien sûr. Voilà ce que j’ai tenté, ce n’est pas voilà, quand on traduit comme ça, on essaye des trucs heureusement et des relecteurs et des correcteurs. Mais ce n’est pas la meilleure solution. Nécessairement. On s’est embrassés en toute conscience et ce qui m’a paru le mieux au moment donné.
David Dufresne
Alors j’ai complètement oublié de préciser une chose, c’est que chaque chapitre en fait, démarré par le nom de l’auteur que tu vas traduire, l’ouvrage que tu as traduit, un petit extrait et ensuite ton travail, comment tu as traduit ? Quelles étaient tes difficultés ? Tes errements ou tes rencontres avec les auteurs ? Et alors, pour finir sur la censure, sur la méthode pour Nick Cave, tu parles de mathématiques en fait tu dis euh. Une énigme de traduction peut ressembler à un problème de math, à la différence près qu’en traduction, on n’est pas toujours certain que la solution existe dessus. D’ailleurs ton fils le dit en math non plus. Me réprimande mon fils ce n’est pas Prince. Et tu nous expliques par exemple avec cette phrase, avec cette page, cette double page là. Comment en fait tu tu, tu fais des mathématiques, c’est à dire que tu démarres sur trois mots à traduire et tu fais. Alors je ne sais pas comment on appellerait ça en mathématique, mais des axiomes ou des équations. Enfin j’en sais rien moi je suis très mauvais en mathématiques comme en anglais, donc c’est pour ça, je suis ravi de t'écouter. B Voilà, tu parles de mathématiques ?
Nicolas Richard
Oui, parce que l’exemple de l’exemple de Nico F très précisément, c’est trois têtes de chapitre. Le bouquin s’appelle Bonnie Monroe, donc Bonnie, mon nouveau personnage. Donc le roman s’appelle La mort de Bobby Monroe et il a. Il a trois chapitres très compacts. Bah tu sais, Scott a montré ses Cox Man, Salzmann et Deadman. Donc voilà, on voit ça. Donc mot à mot Walkman, c’est rapidement l’homme à la bite. Salzmann c’est le vendeur et Deadman c’est l’homme mort. Et sauf qu’en anglais il y a, c’est vraiment, il y a une belle symétrie. Euh. Parce que bah on a le man qui revient tout le temps. Et là je me suis retrouvé un peu comme dans les machines à sous à Las Vegas. À essayer de faire tourner les trois les trois données en même temps pour essayer de trouver une mine pour essayer de trouver quelque chose qui marche à peu près en français quoi. Et donc dans le livre J, je détaille un peu mes atermoiements.
David Dufresne
Et c’est fendard et c’est absolument fendard. On laisse les gens qui nous écoutent découvrir et là aussi c’est marrant et c’est un autre cas. Je ne sais pas pourquoi je me suis arrêté là dessus où finalement tu vas aller puiser chez Francis Carco pour le coup. En fait, l’inspiration pour traduire, c’est à dire en fait le vieil argot français pour aller et pour aller traduire comme Paris en quoi ?
Nicolas Richard
Ben oui, mais voilà, il fallait trouver une langue une fois de plus et une façon de rendre ça. En fait, ce qui s’est passé, c’est que j’avais fait une première proposition en me disant bon bah là il y a l'éditrice, j’ai remis mon travail et puis quelques mois, pas plus. Le temps du livre est parfois assez long, ça dépend des occasions. Et puis quelques jours à peine avant le lancement de la fabrication, elle m’appelle et elle me dit quand même ça me gêne là les chapitres et je sais plus ce que je lui ai proposé, mais elle me dit c’est dommage qu’on n’ait pas les trois qui reviennent. X-Men, Deadman, Salzmann, Deadman. Est ce que tu ne pourrais pas ? Est ce qu’on ne pourrait pas encore chercher un peu ? On était trois dans des auditions ici, tout le monde se creusait les méninges, quoi. Et donc là, voilà, c’est là où j’ai vraiment fait une sorte de recherche systématique. J’ai fait trois colonnes et puis j’ai essayé de voir comment on pouvait faire correspondre les mots et je sais pas si on donne la solution ou pas. On laisse au lecteur le plaisir de découvrir, non ?
David Dufresne
On laisse au lecteur le plaisir de découvrir. Il y a Vio Blake qui te demande si les traducteurs traductrices ont la main sur la traduction du titre. Alors la même. La question c’est ont ils totalement la main ? La traduction.
Nicolas Richard
Du titre ? Non, totalement. Alors je réponds pour moi mais. Je ne suis jamais en mesure d’imposer un titre et c’est plutôt une bonne chose en fait.
David Dufresne
Oui. Pourquoi ?
Nicolas Richard
Parce que je ne suis pas sûr d'être le mieux placé pour Chouchou. A la limite, je connais presque mieux le marché du livre américain que le marché du livre français. Et donc je ne suis pas sûr que y ait plein de critères pour un titre. Et il y a des trucs qui peuvent très bien marcher en anglais et moins bien en français. Donc j’ai trouvé une solution. Ce que je fais systématiquement depuis des années, c’est qu’au lieu de proposer un titre unique et de me battre bec et ongle pour que ce soit celui là qui soit choisi et dont tout le monde a tort, je propose plein de titres.
Nicolas Richard
Et voila l'éditeur trouve autre chose. Moi j’en propose un, celui qui me paraît le mieux possible et ce n’est pas toujours le mieux possible. Et voilà, je dis que je ne me crispe pas du tout là dessus. En fait, je me rends compte. que pour beaucoup de gens, c’est pareil, quand on regarde, c’est quand même plein le titre, c’est ce qu’il y a lecteur, la boîte quoi. Après c’est quand même plus beau. Après faut rentrer dans le texte, donc j’accorde pas tant d’importance que ça en fait.
David Dufresne
On voit toute la modestie du personnage. Richard, Nicolas.. Alors je reviens quand même sur tes débuts puisque toi même tu le fais et ça commence pas très fort. Page 39 tu parlais de tout à l’heure et justement à propos de Joe Lonsdale, donc il faut peut être à peu à peu expliquer qu’il est, puisque moi je l’ai grâce à toi, je l’ai connu, mais je ne suis pas sûr que je l’aurais connu 100 ans sans toi à l'époque. Je veux dire, c’est pas un auteur fameux aussi..
Nicolas Richard
Et je ne sais pas. En tout cas, à l'époque, c’est sûr qu’il ne l’était pas. C’est un auteur originaire de la région orientale du Texas, donc ce n’est même pas le Texas. Des clichés avec les cactus et les déserts, c’est plutôt une zone marécageuse. Et c’est un auteur finalement pas si éloigné. Des gens comme Harry Crews. C’est le sud poisseux, le Sud raciste. Et lui, il est drôle. Il est sur un registre parfois un peu fantastique, parfois violent, brutal. Et j’ai l’impression que, au fil des ans, il a quand même eu une réputation. Il a publié la Série noire. Donc je pense que c’est quand même un auteur maintenant assez relativement visible. Mais effectivement, à l'époque, à l'époque de combo, à l'époque où je lisais dans le désordre, remarque, ça n’a pas tellement changé. Voilà, j'étais tombé sur ce recueil de nouvelles, ça paraissait une super idée de le traduire sans que j’aie vraiment de notion de. Déjà les nouvelles en France, c’est une sorte de truc que j’entends depuis des décennies, mais ça n’a changé personne lis nouvelles en France donc c’est pas une super idée. C'était un éditeur quand même peu visible, mais bref, c'était l’occasion de le faire. Et puis et puis finalement, et ça c’est une fin, ça correspond encore à l’idée que je me fais du métier, quoi, de mon activité, C’est aussi c'était l’occasion de faire découvrir quelqu’un qui plaisait bien.
David Dufresne
Oui, bien sûr,
Nicolas Richard
Et en fait, je voyais, un rapprochement. Je ne sais pas s’il est si évident, s’il est artificiel ou pas, mais je voyais un rapprochement avec les groupes que j'écoutais à l'époque. Je jouais, j'écoutais d’autres Texans qui s’appelaient Les Potos surfers en particulier.
David Dufresne
Tu nous fais chier avec ça.
Nicolas Richard
Ah ouais ?
Nicolas Richard
Mon obsession en clin d'œil. Aller un cran plus loin. Parce qu’en fait, j’ai quand même les Beatles Surfers que j’aimais vraiment bien. Eux avaient sorti une compile avec deux autres bons, dont Daniel Johnston d’ailleurs. Qui s’appelait Texas Stup, un événement. Il y avait trois groupes qui se partageaient. Je ne sais pas si c'était du vinyle à l'époque, ça devait être deux faces. Et puis donc j’avais. Voilà, pour une fois, c'était un titre que j’avais proposé et qui avait été retenu. Et donc voilà, le recueil de nouvelles de Joe Landelles s’appelle Texas.
David Dufresne
Alors on y revient. Alors il faudrait que si j’ai un truc qui me passe par la tête, ça va rester, ça va rester là, je vais éviter de sortir. Donc on revient à Lonsdale à tes débuts, on est en 91 et tu écris Hatch, tu démarres ton bouquin avec ça ? C’est fortiche. Je commets une cascade de maladresses tellement embarrassantes qu’elles méritent d'être rapportées ainsi. Je choisis de garder une expression très fortuite. Je dis. Malin, Non, non, César. En V.O. Soit. Sauf que je me fends d’une note du traducteur aussi longue que do, aussi longue que douteuse. Et ce n’est pas tout. Car euh, cerise sur le gâteau, ou plutôt noix de pécan sur la soupe au là, alors là. Alors là, tu nous expliques que la soupe populaire, c’est un beignet mexicain qu’on retrouve au Texas et dans les histoires de Joe Lonsdale. Bon, très bien, je laisse la note du traducteur dans le corps du texte. Entre parenthèses. C'était mon premier ordinateur. Je découvrais tout juste les joies du traitement de texte, confiant à l'éditeur le soin de placer la note là où elle est censée figurer au bas de la page. Pourquoi pas, mais c’est là que ça se complique. Et j’ai oublié de préciser la consigne en rendant ma traduction à l'éditeur. C’est possible. L'éditeur a t il oublié la consigne que je lui avais transmise ? Toujours est-il que dans le dernier paragraphe de la page 31 de Texas Strip, une remarque entre parenthèses arrache.
Nicolas Richard
Le lecteur à sa Lecture, occupant pas moins de six lignes sans qu’on sache qu’elle est du traducteur, puisqu’elle est seulement précédée du mot nota. Ça fait un peu mal aux yeux quand on remet ça. Mais bon, ça mérite d'être souligné.
David Dufresne
Par exemple, sur l’idée de l’outil, là tu dis je découvre les joies de l’ordinateur. Bon, visiblement tu nous racontes plus tard que tu tu as et tu as une visioconférence qui est prévue avec quelqu’un et y' a rien qui marche. Les gens l’entendent mais ils ne te voient pas et c’est ton fils qui te fait comprendre qu’en fait, il n’y a pas de caméra sur ton ordinateur, ce qui est un bijou assez élevé de geekerie, d’antiquaire. D’antiquité. Mais est ce que par exemple, depuis que tu t’es mis à la traduction depuis. Plus de 30 ans. Est ce que les outils à ta disposition ont modifié la donne, c’est-à dire les traitements textes ?
Nicolas Richard
Non, mais c’est vrai.Parce que là, en fait, c’est amusant parce qu’en entendant, je me rends compte qu’on parle d’un autre temps. Et moi, je suis vraiment moi. C'était vraiment la queue de la comète. Mais j’ai vraiment commencé mes premières traductions de Brautigan. Je les ai réellement faites sur une machine et une machine à l’ancienne, comme écrire.
David Dufresne
Une machine de commissariat.
Nicolas Richard
Oui, exactement. Effectivement, lui, il y avait quoi ? Il y avait la bibli pour avoir des ressources, il y en avait. Bon effectivement, demander un peu à droite à gauche, mais. Mais là là, ça change vraiment tout. D’avoir tous ces tous ces dictionnaires en ligne, d’avoir et puis même de pouvoir contacter l’auteur très simplement par mail. Euh oui voilà, là pour le coup, effectivement, là, en 30 ans, disons ça, vraiment, les ressources sont plus accessibles, donc c’est. Il y a plein de choses qu’on peut résoudre très facilement maintenant, ce qui était moins le cas avant quand même je pense. Typiquement, tu vois, je pense au McGowan, je pense juste aux noms d’oiseaux tout bêtement, ou aux noms de poisson. Euh, on ne sait pas si c’est aussi bon. Si on consulte des Flore, on a le nom latin, mais on ne sait pas vraiment quel est le nom usuel, quel est le nom argotique et et là maintenant quand même, c’est y reste plein d’autres problèmes constamment et c’est pour ça que c’est marrant mais quand même, ça on est passé à autre chose.
David Dufresne
Natlagitane te demande est ce que le son de la machine à écrire ne vous manque pas ?
Nicolas Richard
Moi je l’ai vraiment très peu pratiqué quand même. De ce que vous faites, j’aime bien le doux gazouillis des doigts sur le clavier d’ordi, mais ça me va bien aussi.
David Dufresne
Et c’est drôle que Nat la gitane te pose la question du son parce que on sent bien par l’entretien et évidemment par la lecture, ton bouquin que tu es imbibé d’alcool et de musique dans en pas d’alcool, de musique. Et en fait à la grande librairie où t’as été invité et moi j’en venais pas. Le présentateur te demande si tu entres le son et le sens, ce que tu privilégies, et tu as l’air très embarrassé par cette question que tu sembles trouver stupide. Donc je ne te la pose pas, mais. Ce qui est étonnant, c’est qu’en fait tu n’en parles. Ne semble t-il jamais dans le bouquin cette question de la sonorité. Au fond, tu ne parle que de ça, mais sans le dire aussi précisément.
Nicolas Richard
Oui ben oui, non mais c’est très bien vu. C’est-à dire que j'évite de théoriser. En fait, il me semble que je présente les choses On. En essayant de donner envie de lire les très bons livres et en donnant des exemples. Voilà, je cite les passages en anglais, souvent très brefs et je les discute. Mais moi j’aime bien lire ce qu’on appelle la traductologie search et je suis friand de ça, les gens qui y réfléchissent vraiment sur un plan théorique à ces questions, le son et le sens. Ou alors les onomatopées. Il y a des recherches très poussées là-dessus. Moi je suis client en tant que lecteur, mais je me rends compte que ce n’est pas ce que je fais. Et donc voilà, j’assume. Je ne vais pas à ce coup passer à la théorie, je la lis mais je n’en produis pas. Et donc c’est le cliché, c’est le cliché du traducteur. Un traducteur est-il un artisan ou pas ? Je vois vraiment les choses comme ça, c’est -à -dire que je bidouille mes trucs. Mais ce n’est pas pour ça que je vais faire une fois que mon pain sera terminé, que je vais faire la théorie du pain à travers les âges.
David Dufresne
Alors James grommelant Alors je reste dans tes débuts difficiles,
Nicolas Richard
Le premier numéro de la noire.
David Dufresne
Le premier numéro de la noire. Et il se trouve que voilà. Créée en 92 par le par Patrick Raynal, alors directeur de la série Noire. Bon, bref. Et tu. Tu nous racontes que tu te promènes avec Commlink ? Tu te promènes avec lui ? Attends, je passe parce qu’il y a plein de trucs que j’avais noté en Belgique, c’est bien ça ? Et puis voilà c’est ça. J’accompagne James Grommeler dans une librairie à Bruxelles à l’occasion de la sortie de un pour marquer la cadence. Quelques mots de présentation du libraire, des questions posées à l’auteur, lecture de plusieurs passages en français, en anglais, question du public. Et soudain, un des participants qui a déjà lu le livre demande à l’auteur ce qu’il a contre les Belges. Je traduis la question en anglais pour que James Crowley comprenne. Silence dans la salle. L’auteur fronce les sourcils, ne comprend pas. Je répète. Le lecteur voudrait savoir ce que James grommèle contre les Belges. Légère crispation collective et perplexe. Je suis perplexe moi aussi. Le lecteur tient un exemplaire du livre. Il a repéré la page de la version française et lit tout haut le paragraphe où se trouve la formule incriminée. Si c’est du belge. Et là, il y a un problème. Quel est le problème, Monsieur Nicolas Richard ?
Nicolas Richard
Ben il y a un petit problème, c’est que Comment est ce ? Et on demande à combler ce qu’il a contre les Belges puisque dans son premier roman, il aurait écrit Sucez du Belge. C’est là. Sa ligne de défense est assez inattaquable. Il dit bien, écoutez, je n’ai pas pu écrire ça parce que, à l'époque où j'écris livre, excusez moi, mais j’ignorais l’existence de la Belgique. Donc je n’ai jamais pu écrire ça, puis écrire ce truc.
David Dufresne
Ce qui est quand même typiquement une phrase d’américain.
Nicolas Richard
Ouais, c’est bon. Bref, il s’humilie.
Nicolas Richard
Il est parti tôt à l’armée, il a jamais prétendu être à l’université. Enfin bref. Et donc là, évidemment, tous les yeux dans la librairie se tournent vers le traducteur C’est toi, c’est moi. En plus, j'étais vraiment gamin comme là, il avait trois fois mon âge et il faisait trois fois mon volume et quatre fois mon poids. Donc je. Pas évident. Voilà, c’est une situation un peu délicate et là, je suis forcé de reconnaître en public que ce qui s’est passé, c’est. Que ton enthousiasme. C’est un roman de vipère, un roman de jeunesse militaire ou en tout cas de cadence. Pour marquer la cadence. Et voilà, j’ai hésité, mais j’avais l’impression de rester dans l’esprit en ajoutant ce succès du Belge. Et puis plusieurs personnes dans la librairie m’ont fait remarquer que ce n'était pas ça l’expression correcte. C’est fume, c’est du belge, on ne dit pas sucer du sang de black con avec des copains. Mais c'était totalement private joke. Et voilà, on arrivait au stade où ça commençait à pouffer, à ricaner un peu, un peu très grave. Et puis. Et du coup, la poudre pour y faire le lit. Parce que j’ai trouvé cette anecdote. J’ai quand même enquêté un petit peu parce que voilà, c’est un peu une sorte de déformation maintenant. Et je me suis rendu compte que la formule Si c’est du Belge, apparaissait déjà chez San-Antonio. Donc je colle dans le livre, je donne les références. Et donc ça, c’est un phénomène assez marrant parce que c’est un peu ce que tu disais pour un Icare ou pour Bécassine. Quand on va chercher des références, là c’est pratiquement sûr que j’ai lu ce San Antonio. C’est même possible que l’expression m’ait bien fait marrer. Et en fait, je l’ai recyclé, mais littéralement, inconsciemment. Et donc ça c’est marrant parce que voilà, il y a une sorte, il y a une phrase qui est passée, qui a traversé d’un livre à l’autre et le pauvre auteur et n’a pas été mis au courant. En quelques bières et tout le monde était content.
David Dufresne
Alors un auteur que tu vas traduire beaucoup plus tard, pour moi, plus que de chevet, c’est Hunter Thompson. Donc un des pères, si ce n’est le père du ce qu’on va appeler le gonzo, ce qu’il appelle lui-même le voilà. Peut être que tu peux nous dire de quoi il s’agit quand tu évoques ton travail sur Thompson. Et après on parlera de la fameuse lettre qu’il écrit à Anthony Burgess. Mais d’abord, c’est qui d’abord ? C’est qui Thompson ? Et c’est qui pour toi ?
Nicolas Richard
Alors, Thompson. Il écrit, y publie son premier roman, son premier livre. Euh, en 65 je crois. Aizen Gil et il meurt dans les années 80. Effectivement, c’est un journaliste, alors il se trouve par parenthèse que j’ai traduit aussi le document écrit par son fils Owen Thompson.
David Dufresne
Dont tu parles quelques pages plus loin.
Nicolas Richard
Il s’intitule Fils de Gonzo. Et c’est assez rigolo parce que pour lui, un Thompson n’a jamais écrit de roman. Et effectivement, même le plus connu, c’est Las Vegas Parano five wi fi à Los Angeles Vegas. Pour son fils, c’est pas un, c’est pas un roman. Donc déjà c’est assez intéressant. En gros, c’est l’idée d’un journaliste constamment drogué, qui raconte. Qui raconte ce qui lui arrive. Et là bas, la parano a donné lieu à un film, le premier El Angel. Donc c’est une sorte de documentaire au document en immersion dans le milieu des motards américains qui se finit par une dérouillée. Le livre se finit, se fait casser la gueule par les Angels.
David Dufresne
À haute voix, d’un doute en train de dire que toi, pour toi, c’est du roman tout ça.
Nicolas Richard
Ben mais pour moi, Las Vegas parano, il y avait une dimension romanesque.
David Dufresne
Romanesque bien sûr, exagérée.
Nicolas Richard
Mais voilà, il y a une sorte d’outrance. Mais pour le FIS, alors c’est la vie du fils. Et puis on s’en fiche, c’est du Hunter Thompson pour son fils et son père était comme ça quoi. C’est que c’est ça que vivait son père au quotidien. Et il faut quand même signaler que moi, là où il m’a marqué à plein de titres, mais en particulier sur l’aspect journalistique, il avait une colonne dans le San Francisco Chronicle où. assez longtemps. Et puis il a toujours été totalement fasciné par la politique américaine et ça, c’est un phénomène rigolo. Donc il n’y a pas mal de ces bouquins qui sont des compilations d’articles. Où on connaît des gens qui sont dans le dans le tchatche passé, le vieux flingue est toujours là où étaient les à cette heure ci. B Qui par exemple, ne croit pas en la politique à cause d’une certaine scène, de ce qu’il pouvait raconter sur eux, sur les délires, il me semble. Un peu de coke dans le QG de campagne de Nixon, espèce de truc complètement délirant puisque effectivement Thompson va écrire la campagne. Il me semble que la campagne électorale de Nixon. Mais la grande chasse aux requins.
David Dufresne
Voilà, c’est ça aux éditions Tristram.
Nicolas Richard
Non mais en fait, c’est moi. C’est peut être là ce titre là qui m’a le plus marqué, Thompson et qui me marque encore. En fait, c'était une détonation retardée parce que quand j’ai commencé à le lire, je trouvais ça hilarant et délirant quand même. Il parlait de politique en ces termes et en fait y parle de politique en termes d’addiction. Et à l'époque, ça me paraît maintenant, ça me paraît complètement limpide. Et puis je pense que c’est devenu un lieu commun que pour les politiciens. Il y a vraiment un phénomène d’accoutumance. Quand on entre en politique et qu’on commence à avoir un certain succès. Mais Torreton disait ça. De manière outrée et comme personne d’autre le racontait. Et ça, c’est une voix. Et moi je suis tombé vraiment dans la politique américaine de manière un peu addictive. En 2015, à partir du moment où Trump a commencé à être -1 blague et plus une menace. Et depuis là jusqu'à aujourd’hui, je passe pratiquement 1h à regarder par jour, à regarder les infos américaines à la télé américaine, MSNBC en particulier. Et donc ça, c’est quand je dis que c’est un truc à retardement, c’est que, en lisant les chroniques d’Owen Thompson de 1972, il me raconte ce que je vais vivre 50 ans plus tard. Ce sera. Dans un degré différent, bien entendu, mais quand même, ce que c’est que l’addiction pour les politiciens. Et puis quand on s’intéresse de près à la politique américaine. Donc ça, c’est un phénomène intéressant. Et puis l’air de ne pas y toucher pour finir sur la présentation de Thompson, c’est un ancien styliste en fait. C’est un type ultra exigeant sur son écriture. C’est d’ailleurs. Voilà, si tu veux parler de Tony Bergès, c’est ça. C’est à dire que ce qui a propulsé Thompson a pour finir le panorama de présentation, c’est que sa montée en puissance a coïncidé avec le lancement du magazine Rolling Stone de Yann Weiner. Et donc là, il avait une place. Et est ce qu'à l'époque on a appelé la génération jeune ou la génération rock, même si lui parlait peu de musique, mais en tout cas ça permettait un style un peu en peu libéré, totalement libéré et qui n’en était pas moins pertinent pour autant. Voilà, le voilà. Et pour terminer, moi j’ai traduit. En fait, j’ai traduit deux textes de lui, c’est seulement une partie de sa correspondance. Et puis de Curse of Lonzo qui s’appelle le marathon de Honolulu en français.
David Dufresne
Ah oui, et alors ? Justement, c’est ceux-là. Le premier paru chez le Robert Laffont que tu aimes bien puisque c’est ton éditeur en 2005 et l’autre en 2012 chez Tristram que tu aimes et que tu aimes aussi. Alors sur Thompson, je vais quand même lire ce que tu traduis la phrase, la lettre qu’il écrit et dont il faut quand même rappeler que c’est l’auteur d’Orange Mécanique qui propose ses services. C’est Rolling Stone, c’est ça, hein ? Et. Et donc ta Hunter Thompson qui lui dit Dégagez votre cul de la Piazza et collez vous à la machine à écrire. Des comme vous, on en trouve à la pelle par ici Burgess Alors j’aime autant vous dire que je ne vais pas me faire baiser à poireauter 100 000 ans. Cher Monsieur Burgess, malheureusement nous n’avons pas de bureau du charabia. International, sinon. C’est là que votre lettre aurait atterri. Qu’est ce que c’est que cette entourloupe à moitié débile que vous essayez de nous faire là ? Quand Rolling Stone demande un article de fond ? Nom d’une pipe, on veut un putain d’article de fond ! Et n’essayez pas de faire le malin une fois. Si je cite Angliche, c’est excessivement démentiel. Ça rappelle un peu les lettres d’insultes des situationnistes, mais moi je me souviens, je me souviens dans Excuse moi, vas y, dis.
Nicolas Richard
Non, non, non, non, mais c’est amusant parce que cet exemple, ça montre vraiment les on a un concentré là, de ce qu’est ce que fait un Doc Thompson, c’est à dire que il est, il est déconnant, il est outré, mais il est totalement passionné, il est hyper exigeant. Et donc voilà. Auréolé de son succès. Et Burgess arrive en disant oui, je peux peut être vous faire un papier d’ambiance ou je sais plus comment il présente ça et il dit non, non, là c’est pas parce qu’on peut faire des longs articles sur dix pages que tu vas me faire un papier d’ambiance, mais toi ta chaise est boss.
David Dufresne
Alors tu dis avec Thompson, il faut surveiller les dosettes parce que là, je reviens quand même à ton travail de traducteur, le vieux flingue et de question pour toi, je vais, je vais te la poser juste après avec un Thompson. Il faut surveiller les dosages, conserver l'équilibre entre irrévérence survoltée et goût de la formule qui explose à la figure. L'écriture a pour Thompson valeur d’acte. Elle vise à prolonger l’action passée ou à préparer une action future..
Nicolas Richard
Il faut. Il faut rappeler pour commenter ça, que lui-même a brigué des mandats locaux. Politiquement, il était dans le Colorado, il a fait un projet qui est super intéressant, qui est vraiment dans l’esprit du fanzine. D’ailleurs, il avait fait un tract politique qui était en même temps imposteur, avec tout l’argumentation, tout le programme en fait, le programme étant. Et ça aussi c’est amusant parce que sur le coup, ça me faisait juste rire et rétrospectivement, je trouve ça assez extra lucide. Leur programme, c'était en particulier Faut situer l’action. C'était en 1970. Leur programme, c'était de faire en sorte qu’il n’y ait pas de mauvaises drogues qui circulent. C'était pas du tout de discours anti-drogue, c’est -à -dire en particulier avec l’ACID, qu’on ne fasse pas circuler des trucs chimiques merdiques. Mais ce n'était pas du tout du tout le discours des Républicains, la drogue c’est mal, non ? Il dit, lui dit que la drogue c’est bien. Par contre, ne faut pas que ce soient des mauvaises drogues qui circulent.
David Dufresne
Mais d’une certaine manière, est ce que. Est ce que là on n’est pas en train de parler d’un malentendu ? C’est à dire que Thompson, par ses écrits et la moitié des écrivains qui sont là dedans, appartenait à ce qu’on appelait à l'époque la contre culture, c’est à dire quelque chose qui était et s'élever contre ce qui était dominant. Et en fait c’est devenu archi dominant. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, eh ben Thompson, c’est Hollywood, quoi. Voilà. D’une certaine manière, Tarantino dont on parlera, dont on a parlé tout à l’heure, voilà, c’est l’archétype de cette culture B qui devient, et je dis ça avec beaucoup d’amour, qui devient finalement dominant. Qu’est ce qu’on fait de ça ? Par exemple, qu’est ce qu’on fait de ça quand on a traduit tous ces livres, quand on les a lus ? Est ce qu’ils gardent leur force ou est ce qu’on se dit Mais finalement il y avait, il y avait quelque chose qui les rendait finalement plus fréquentables qu’on a pu penser il y a 20 ou 30 ans.
Nicolas Richard
Ouais, ben. Déjà sur les 120 livres dont je parlais, il y en a. Il y en a quand même pas tant que ça qui sont vraiment filiation directe de la contre culture. Il y a peut-être une quinzaine aussi. Bon, tu ne sais pas, ce n’est pas la majeure partie du tout. Et puis après, ce qui fait la différence, c’est la littérature. C’est à dire que c’est un peu comme son je lis, pas uniquement comme pour quelqu’un qui ferait passer un message et ce n’est pas justement c’est pas c’est un écrivain et donc c’est un style paradoxalement très travaillé. Euh y gère une sorte d’urgence, mais. C’est vraiment de la littérature. Et y compris dans ses lettres. C’est. Elle mérite, Elle mérite le détour quand il écrit à un gamin de douze ans qui dit :, j’ai lu ton livre sur les Angels, c’est génial ! Dis-moi comment je peux faire pour faire partie de ces choses là. Il prend la peine de lui écrire une longue lettre et lui dit Mais non, il faut que tu te trouves ton truc à toi. Euh va pas, va pas rejoindre ces couillons. Et ça, il le dit de manière vraiment précise, attentionnée et tout. Donc c’est ce qui est intéressant aussi, peut être de saint Paul sur la figure de Thompson, c’est que tu as évoqué le fait que c’est lui qui avait créé un peu la marque Gonzo. Sûrement inspiré des gangs de Boston, Ça fait partie de ces écrivains américains qui ne sont peut être pas les premiers, mais en tout cas qui a clairement compris l’usage, la nécessité ou en tout cas l’utilité d’avoir une image. Et donc, il avait carrément son papier en tête. Il avait dessiné et il essayait de faire rentrer. Et en fait il a. Ce qu’il faut dire quand même, c’est qu' il a toute sa vie, c’est écrire un livre qui n’a pas réussi à lire, à écrire sur le sur l’Amérique. Il voulait. Il voulait écrire une sorte de roman, de texte total sur l’histoire de l’Amérique. Et ça, il a dans sa correspondance qu’on voit tous les pitches, qui fait qu’il envoie aux différents éditeurs, aux différents Jose, rédacteur en chef et tout. Finalement, ça n’a jamais vraiment vu le jour.
David Dufresne
Alors je ne sais pas si je me souviens bien, mais c’est Tiji jusqu’ici. Il a 20 ans maintenant, mais il me semble que dans sept dans ce recueil et tu traduis, il y a aussi des lettres qu’il envoie à son banquier.
Nicolas Richard
Ou il insulte, c’est ça ? Alors je lui dis arrête, arrête de faire chier etc. Mais c’est extraordinaire, y a en plus ce qu’il faut dire, c’est que c’est nul. Bon, ce qui est sorti en français, c’est une fraction, une petite fraction.
David Dufresne
C’est ce que tu racontes.
Nicolas Richard
Je crois qu’il y en a par rapport à ce qu’il a écrit. Il était franchement graphomane et donc il ne cessait d'écrire. Donc il proposait les articles un. Souvent même avant d’avoir un contrat, il les envoyait clairement. Et puis il y avait cette correspondance hallucinante. Et donc moi, il a fallu que je choisisse parmi le choix qui avait déjà été fait pour l'édition, l'édition anglaise, édition anglaise, enfin américaine, ces deux gros volumes de 700 pages et la version française, c’est quand même beaucoup moins. Donc j’assume totalement une part aussi de subjectivité dans le choix des lettres, et en particulier, voilà la lettre les lettres d’insultes à Tom Wolfe à Burgess, la lettre amusante au dentiste où quand il est démarché par les chasseurs. Et voilà, les échanges, je les trouve truculents et je trouve qu’il apporte quelque chose, pas seulement au mythe du bonhomme, mais aussi de voir ce qu’il fait avec l'écriture. Et c’est toujours soigné, c’est toujours tendu, c’est jamais floppy comme disent les Anglais, c’est toujours tenu.
David Dufresne
Saperlipopette ! Ah oui, et ici les gens ont des pseudos qu’ils choisissent nous dit j’ai son affiche quand il voulait être shérif à Aspen. Question ou question ? Question qui nous vient de Moissac. Question qui nous vient de Moissac, dans le Sud-ouest. Un dénommé Le vieux flingue dans la veine poisseuse. Somme David Somme Nicolas de nous raconter le passage à Paris d’Harry Crews, qu’il passe hélas sous silence dans son remarquable et trop recommandé ouvrage que je remontre à l’antenne. Voici, Voici, Voilà. Hi Cruz.
Nicolas Richard
A droite, le vieux flingue me met dans une impasse. Pour des raisons, pour des raisons, des raisons de respect de l’auteur. Je ne peux pas en parler en fait. C’est un petit peu embarrassant pour la mémoire de l’auteur. Et d’accord. Alors on. A délibérément. Le vieux flingue a bien remarqué que je passais la fameuse scène sous silence et où il m’a été demandé de ne pas en parler publiquement. Et là, je respecte mon engagement là dessus.
David Dufresne
Alors on passe, on passe, on passe à la suite. Tu sais, le vieux flingue, je pense que ç'aurait pu être le plus grand journaliste d’investigation plus que Edwy Plenel, mais il n’a pas voulu. Après le jour, il a dit J’arrête. Bref, on en reparlera dans d’autres jours. Les questions qui fâchent, c’est toujours avec lui. Alors Nick ? Nick Hornby Alors, page 222, est ce que tu peux nous présenter ce bon vieux Nick.
Nicolas Richard
Di Gambit, auteur britannique et ce qui commence par un High Fidelity ? Ou est ce que c’est un. Je sais plus par quel livre commencer. C’est un. C’est un auteur britannique comme je les adore, dans le sens où il est fan de musique. Bon, il est fan de foot, ça c’est pas mon cas, mais il a une proximité. Il a une façon de raconter les histoires qui à chaque fois font mouche. Et en plus, il avait aussi une chronique dans The Believer où il racontait très bien le rapport qu’on peut avoir au livre. C’est dans sa chronique, y disait je sais plus exactement les mots, mais sa chronique s’intitulait Les les livres que j’ai reçu, les livres que j’ai achetés et les livres que j’ai lus, les livres que j’ai pas lus.. Il disait quelque chose du flux dans lequel on est pris quand on aime bien lire et le désir un peu à deux étages de livres. C’est-à-dire que des fois on les a, mais on se rend compte qu’on ne les lit pas et des fois on n’avait pas prévu de les lire. Et au bout de deux jours, le livre est terminé. Et il y. En tout cas, dans sa chronique du Beaver, il parlait de 50 bis, un type que je trouve vraiment attachant et en particulier avec Fidelity. J’ai trouvé ça. En fait, c’est rigolo parce que ça m’arrive rarement de me faire cette réflexion, mais là je me suis dit, c’est exactement le livre que j’aurais voulu écrire.
David Dufresne
Alors justement, Denis Cambier, tu dis qu’il nous fait apprécier les diverses langues anglaise selon les origines géographiques et sociales. Oui, certes, mais qu’est ce qui te caractérise dans une traduction française ? La voix d’un auteur britannique par rapport à celle, disons, d’un auteur américain ? Et surtout, quels sont les outils dont je dispose pour résoudre ce problème ? Au sens mathématique, on y revient, dont on parlait tout à l’heure. Question inextricable que je laisse pour l’heure en suspens, dont la réponse émane de l’analyse du texte original, de la connaissance de ce qui se fait en la matière de traduction jusqu’alors, mais aussi de la pratique concrète, solitaire, de la translation en français dans cet espace. J’adore cette phrase. Je vais lire maintenant dans cet espace où la langue française que vous allez élaborer est encore un aliène, personne ne vous entend traduire des contes.
Nicolas Richard
C’est moi, C’est le problème plus général des accents quand on va en Grande-Bretagne, entre l'écossais et l’irlandais, le cockney à Londres ou même entre Glasgow et Édimbourg, ce n’est pas tout à fait les mêmes accents. Et. Et après, qu’est ce qu’on en fait en français de ça ? Et donc là, il y a une connivence qui s’installe entre l’auteur et le lecteur anglais ou y. Le lecteur anglais peut entendre ses différents accents. Et puis évidemment, il y a la classe sociale. En Angleterre, c’est très net pour définir les accents, en France aussi. Et voilà, il faut se dépatouiller avec ça pour ni conduire une oreille incroyable, il arrive à faire entendre en deux répliques un présentateur de télé vieillissant, mais plutôt de famille bourgeoise. Et puis une dame plutôt prolétaire qui vient d’une autre région et. Et là, on se retrouve un petit peu. Enfin, je me retrouve un peu démuni, comme souvent, beaucoup traducteur d’un genre de situation. Quand le texte joue sur les mots, sur les accents, sur les contrastes entre les différents accents. Alors bah voilà, il faut se dépatouiller.
David Dufresne
Dada te repose une question : quelle est la déformation professionnelle la plus apparente qu’observent chez lui les amis de Nicolas ?
Nicolas Richard
Il y en a pas mal, mais je ne sais pas si c’est typique du lecteur un peu compulsif ou si c’est vraiment du traducteur. Je peux même vous la montrer. Je suis en train de lire un bouquin que je trouve absolument génial. Un corps tropical frais. Et je le lis. Et puis je commence à. J’y lis les premières pages, deuxième page, les 20 premières pages et je les corne toutes parce que je me dis il n’y a que des phrases vraiment bien et je voudrais les retenir. Et puis au bout et très rapidement en fait un dis donc, on dirait que tu lis du Nicolas Richard Regarde, regarde tout, toutes. Les pages que j’ai commandées, ça c’est un peu l'étape d’après. Là, tu sais, je ne sais pas si on voit C’est en moi. Ce n’est pas du travail là, c’est juste. C’est mon simple plaisir de lecture. Mais l'étape d’après, je me suis pas contenté de corner, c’est que j’ai commencé à souligner parce que je me suis dit je veux, je veux absolument, je ne vais pas mémoriser toutes ces phrases, mais je les trouve remarquables. Donc je veux pouvoir dans une semaine ou dans dix ans, quand je vais reprendre ce livre, je veux pouvoir l’ouvrir et voir les trucs que j’avais repéré et aller direct au truc sans relire tout le livre. Et on revient à la réflexion sur le thème Ça, là, c’est pas. C’est aussi l’histoire, mais c’est aussi le style. Et voilà, quand je lis un quand je tombe sur un bouquin comme le corps tropical, je me dis qu’il y fait vraiment des trucs assez magnifiques avec ces phrases Heu. Donc je crayonne là la déformation professionnelle.
David Dufresne
Tu prends un petit peu de temps Nicolas parce que j’ai encore plein de questions. Bon, super ! Alors petite précision technique, il faudrait juste que tu baisses un tout petit peu la caméra.. De sorte que voilà, parce que tu te rapproches beaucoup de la tête. Voilà. Parfait. Et pour l’identification judiciaire, c’est quand même plus pratique. Alors. Je te demande alors sur le discord de l'émission t’est il arrivé de renoncer à la traduction d’un livre en raison de propos tenus qui serait contraire à tes convictions ou principes ? Est ce que tu rencontres par ailleurs des difficultés à rester neutre entre guillemets dans tes traductions, à ne pas y ajouter ton grain de sel ?
Nicolas Richard
Alors je vais commencer par la fin, le grain de sel. Quand as-tu lu la dernière Thompson, par exemple, quand il s’adressait à Burg ? Bref, j’ai essayé de mettre de mettre approprié la phrase, d’avoir parlé un peu avec mes mots. Par contre j’ai rien ajouté. Je sais, c’est un peu une approche subjective, mais je n’ai absolument pas déformé le propos ajouté. Donc la réponse est non. Je n’ajoute pas mon grain de sel. Si c’est ça, je n’ajoute rien. J’essaye d’interpréter en étant vraiment le plus fidèle à l’intention de l’auteur et la première partie de la question. En fait, je n’accepte pas si je fais quand même beaucoup de fiction, essentiellement des romans, de la fiction, donc ce n’est pas pareil que des essais éventuellement politiques, mais je refuserais si l’occasion se présentait. Je refuserai. De. Traduire les propos de quelqu’un d’extrême droite ou d’une pensée qui serait complètement à l’opposé de mes convictions. Il n’y a pas d’hésitation en fait, et on l’est de manière plus générale. Je refuse quand même assez régulièrement des bouquins pour plus, pour des raisons stylistiques. Donc là dessus, voilà la question. Moi voilà, j’ai les idées assez claires là dessus. Si c’est contraire à mes convictions, je ne le fais pas.
Nicolas Richard
Tu ne le fais pas parce que je sais plus où tu disais ça et tu en fais. Tu refuses et refusez trois, trois, trois traductions sur quatre, non ?
Nicolas Richard
Oui ? Mais ça c’est une histoire de flux. Les éditeurs ont l’habitude de contacter les traducteurs l’un après l’autre. Bah pour l’instant, je suis dans la posture où je peux. Le prendre que les bouquins que j’adore donc. Donc je ne m’en prive pas parce qu’après je ne sais pas si c’est si clair que ça, mais un livre c’est quand même un, deux, trois, quatre, cinq, six mois de travail donc. Donc on n’en fait pas. Je n’en fais pas tant que ça quand même.
David Dufresne
Et est ce qu’il y a des écrivains qui te choisissent ? Est ce qu’il y a des écrivains qui disent Moi, je veux que ce soit Nicolas Richard qui traduise ?
Nicolas Richard
Ecoute, je ne crois pas que ça se soit fait en ces termes. Parce que quand même, tu as le livre anglais à tout un circuit. Comment ça passe par une maison d'édition de langue anglaise en ce qui me concerne. Un agent, un agent qui y trouve un éditeur en France et ensuite c’est l'éditeur qui va chercher le traducteur. Je ne crois pas qu’il y ait eu de courts circuits comme ça où un auteur a dit tiens, je veux machin plus que truc. Après, ce qui se fait traditionnellement, c’est que si j’ai traduit avant moi ou n’importe quel autre éditeur a traduit un auteur, quand ça se passe bien, ça continue.
David Dufresne
Oui, bien sûr. Stephen Dixon, qui fait partie aussi des premiers de tes premiers travaux que tu m’avais fait découvrir. Notamment, il y avait un bouquin dont tu ne parles pas, je crois, là où il raconte un accident de la route.
Nicolas Richard
Enfin, oui, il est mentionné, en tout cas il est mentionné En anglais.
David Dufresne
Voilà qui est vraiment super. Et de deux, son style Dickson, je ne m’en rends pas compte. C’est quelqu’un de connu ou pas ? Ses fans Dixon ? Je veux dire.
Nicolas Richard
Si j’ai du mal à dire qu’il est mort il y a deux ans je crois. Il a été deux fois finaliste du National Book Awards, donc c’est que c'était considéré comme un auteur prestigieux. Je pense que ça n’a jamais été un auteur commercial.
Nicolas Richard
Donc tu vois, il était dans les prix, il a enseigné une ou une partie à la fin de sa vie, il a enseigné à l’université, à des cours d'écriture, mais ça n’a pas été un auteur commercial parce qu’il est assez atypique. Il y fait un peu des trous dans la fiction. Comme Miller, il fait du Dickson. Moi j’adore. Je suis totalement fan de Steven Dickson, mais j’invite d’ailleurs ceux qui ne connaissent pas à le découvrir, soit par ses nouvelles, soit par ses romans. C’est brillant, ça ressemble pas à grand chose en fait. Je sais pas qui ferait quelque chose qui ressemblerait à du Dickson.
David Dufresne
Apple, Sex Pistols. Parce que voilà ce que t'écris. Alors j'écoute Stephen Dixon parce que tu le rencontres à New York m’expliquer qu’il écrit exclusivement à la machine à écrire. On parle d’un temps. Zuckerberg n'était pas né. J'écoute Stephen Dixon m’expliquer qu’il est qu’il écrit exclusivement à la machine à écrire et qu’une fois sa page sortie, soit il la jette et recommence, soit il la met de côté et la conserve une bonne fois pour toute. Elle est achevée et ne reviendra pas dessus. Cette conception de l'écriture m’accompagnera longtemps. Pendant des années, Stephen Dickson sera pour moi l’auteur dont chaque phrase écrite est définitive, qui ne ne rature ni ne biffe. Voilà le côté un peu punk.
Nicolas Richard
Mais j’ai lu la suite. Ce qui est assez ironique, c’est qu’effectivement donc, pendant longtemps, je me dis c’est une approche de l'écriture vraiment intéressante pour Dickson. S’il y a une chose qu’on peut dire peut être sur son sur son style général, c’est un, c’est un, c’est même pas l’auteur, c’est le style lui-même qui est pressé par le temps. Y a pas un espace sur sa page, tout est rempli comme dans un œuf. Et donc il m’avait dit ça à New York, je m’en souviens bien. Il m’a expliqué qu’il travaillait comme ça. Sauf que c'était heu je sais pas, au début des années 90 je pense, c’est ça, au siècle dernier. Et puis pour écrire le sol, Ponge, bizarrement, euh je vais quand même un peu enquêter. Je joue et je tombe sur un entretien de Dixon. Et qui contredit un peu ce qui disait à l'époque qui dit qu’en fait y reprend. Mais alors entre-temps. Et effectivement l’ordinateur est arrivé et est arrivé sur le bureau de Dixon en tout cas. Et sa façon de travailler en 1992 et avait changé en 2010 quoi. Mais ça m’a marqué comme stratégie possible d'écriture.
David Dufresne
Alors une des catégories que tu que tu développes dans ton bouquin, c’est la catégorie la langue polarisées Traduire le roman noir dans laquelle d’ailleurs tu as mis Philippe qui a dit que ça m’a surpris que tu te mettes, mais qu’importe, c’est pas de ça dont je voulais parler. Le roman noir est une galaxie en perpétuelle recomposition écriture. Un genre qui se morcelle en multiples sous genres policiers à suspense, à énigme, histoire de mafia ou de crime. De mon point de vue, chaque auteur de cette nébuleuse nécessite une stratégie de traduction qui lui est propre. Chasse à l’homme avec un Westlake polar féministe avec un Méghanne Abbott, Gotha, gothique britannique avec Goodwin, espionnage et guerre du Vietnam avec gros Est ce qu’il y a un plaisir particulier à traduire du polar ?
Nicolas Richard
C’est marrant que tu poses la question comme ça. Non en fait ce n’est pas parce que c’est du polar que ça me plait. Il y a certains polars qui me plaisent, mais en fait il y a une période qui était un peu ma période série noire où je dévorais toutes les séries noires. Et puis il y a un moment donné où justement j’ai eu l’impression d’ouvrir un peu la fenêtre et d’aller voir d’autres trucs de manière un peu plus systématique. Et mon critère à l’arrivée, que ce soit pour la lecture, ce qui fait que je vais au terme du bouquin. Ou. Que j’accepte de le traduire, c’est assez. C’est assez difficile à décrire, c’est le fait que ça va me faire vibrer ou pas en fait. Et donc y a des polars pour qui ça le fait, mais ce n’est pas systématique. Et finalement, il y a bien de quoi que ce soit. Je ne sais pas Valéria ou Zélie ou Gass Greenway ou Adams Wells. CDC C’est des stylistes et on ne peut pas vraiment dire que c’est du on ne peut pas du tout dire que c’est du polar. Ce n’en est pas. Et ça, ça me charme totalement. Donc voilà, ce n’est pas un critère.
David Dufresne
Mais concrètement. Tout le genre n’est pas un critère. Concrètement, comment ça se passe ? Un éditeur t’envoie un bouquin américain ou un PDF et te dit est ce que tu veux ?
Nicolas Richard
Est ce que je veux le livre ?
Nicolas Richard
Sur l'écran, je reçois le truc sur papier.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr. Et donc tu le lis et tu dis oui ou non
Nicolas Richard
, C’est exactement ça. C’est-à dire que de cette décision dépendra. Mon niveau d’enthousiasme dans les mois qui viennent. Donc j’ai intérêt à choisir un bouquin qui me plaît vraiment. Donc effectivement moi aussi si la lecture m’est pénible.
Nicolas Richard
Tu ne le fais pas.
Nicolas Richard
La traduction va être ultra pénible, donc je me fous vraiment d'éviter ce genre de situation quand je peux quoi. En revanche, il y a des bouquins, ça se voit dès la première page et c’est ce que je te disais tout à l’heure. En fait si le livre que j’ai reçu le lundi et le mercredi, je l’ai terminé, c’est quand même un bon signe ça veut dire qu’après, pendant plusieurs mois, comme je vais attaquer, je le ferai la fleur au fusil.
David Dufresne
Alors il y a dans autres catégories, il y a ce que tu appelles le traduire l’intraduisible dans la catégorie dans laquelle tu ranges justement Pynchon dedans. Qu’est ce que, Qu’est ce que tu veux dire par traduire l’intraduisible ?
Nicolas Richard
Bon, c’est un peu une tarte à la crème dans le monde de la traduction, c’est un peu. C’est. C’est comme le fait que Pynchon n’existe peut-être pas et personne ne l’a jamais rencontré. L’intraduisible, c’est une sorte de formule qui peut recouvrir 1000 choses différentes, mais en tout cas, c’est dans ce petit sac là, j’y mets des traductions que j’ai trouvées particulièrement ardues, l’exemple extrême étant peut être Russell Oban, unique marcheur. Je ne sais pas si t’as lu cette fiche où c’est un livre qui a été écrit en quatre ans qui est publié en 1980 je crois. Et si en fait ce n’est pas de l’anglais. C’est. À dire que l’auteur lui-même reconnaît que ce n’est pas de l’anglais, il appelle ça du. Riley,,il l’explique comme personnage, speak comme parlé. Et du coup, moi j’ai appelé cette langue non pas du français puisque ce n’est pas, mais c’est du parle énigme et en un mot, c’est une histoire de post-apocalyptique. La bombe a éclaté il y a très longtemps et la langue a été fissurée. La langue elle-même a été atomisée. Il se passe deux choses différentes entre les yeux et les oreilles. C’est à dire que ce que tu vois sur la page, ces trois mots sur quatre ne sont pas de l’anglais, c’est des c’est des tas de lettres qui ne forment rien. Et si tu les prononces à voix haute, y a des. Tu commences à entendre des choses, donc ça fait travailler le cerveau de manière très bizarre. C’est une expérience de lecture extrêmement, en fait, qui peut, qui peut faire penser. Elle n’est pas unique, Il y en a, il y en a d’autres, on fait des choses comme ça. Mais bref, c’est une sorte de code et qui te fait ressentir presque physiquement le malaise qui peut exister quand t’es privé de ta langue et quand tu as une sorte de baragouin, de brouhaha duquel tu dois tirer du sens. Et si c’est magnifiquement fait, c’est très fort. Et au bout de au bout de quelques pages, si t’arrives à percer la chose, tu te retrouves dans un univers dans lequel t’as jamais mis les pieds. C’est une expérience qu’il faut tenter sans garantie que ça marche pour tout le monde.
David Dufresne
Alors Sarah nous dit comme Alain Damasio en français d’ailleurs, Glaudioman nous dit le chapitre est dans le temps et le chapitre dans la langue inventée par Alan Moore dans Jérusalem. Je plains le traducteur.
Nicolas Richard
Chapitre 26 Ouais, ouais, de Alan Moore
Nicolas Richard
En deux mots. En plus, ce ne sont pas tes mots artificiellement. Qu’est qui est intraduisible ? Heu je vois et je précise tout ça. Donc Art Spiegelman, c’est l’auteur de Moses en deux volumes qui raconte en fait l’itinéraire de son père qui part de Pologne et qui a vécu les camps et qui s’installe en Amérique. Bon, c’est le résumé le plus brève de l’histoire de la littérature. Et moi, ce que j’ai traduit, c’est pas mal, c’est une métamorphe.
David Dufresne
Tu fais aussi les bandeaux, c’est ça ? Tu fais aussi défiler.
Nicolas Richard
C’est traduit pour aller faire les magasins, mais on laisse.
Nicolas Richard
Tout après Mao sur Wikipédia s’il y a un doute. Non, non. Ce qui est intéressant, c’est que dans mes Tamao, c’est un très beau projet parce que maman revient sur son expérience qui a précédé l'écriture de Mao et ensuite l’effet Mao qui a marqué toute sa vie en certains lieux. Et en particulier les questions qu’on ne cesse de lui poser depuis toujours, même encore 25 ans après, on lui refuse, on lui redemande de dérouler le même truc et en particulier dans ce livre. Mais. Tamao, il y a un truc qui est passionnant, c’est. La retranscription intégrale des paroles de son père Vladek. C’est là où il y a une véritable difficulté de traduction, parce que Vladek, donc, est un juif polonais qui s’exprime en anglais et il y a une façon de parler très spéciale. Et ça, c’est une première contrainte majeure. Et l’autre contrainte, c’est que ses paroles ont déjà été traduites dans Bauhaus, donc il fallait que je sois absolument cohérent avec ce qui avait été déjà écrit. Donc là, je marche sur des œufs. Et un truc qui a été vraiment pratique et utile, c’est que Françoise Molly, la femme d’article également, est française. Et elle est absolument, absolument bilingue. Elle habite à New-York depuis très longtemps et surtout, elle a connu Vladek. Donc euh, il y avait un peu le moment de vérité où Françoise Mouly allait relire mon travail. C’est-à-dire que les mots en français que j’avais prêtés à Vladek et et aller les voir enfin, elle allait me dire ou pas, si c’est c'était raccord avec ce qu’elle avait entendu en anglais. Et voilà. Donc j’ai eu son imprimatur. Donc donc ça s’est bien fini. Mais voilà, c’est un exemple de la question de, excusez moi de terminer juste, c’est une question presque d'éthique. Toi, je voudrais pas plaquer, je voudrais pas plaquer une langue qui n’est pas, qui n’est pas cohérente avec les éléments qu’avait Florence Molly par exemple. Est ce que ce que racontait Spiegelman justement quand il est passé à la Grande Librairie, je sais plus s’il a dit à l’antenne ou pas ? Ce qui est assez troublant. C’est assez marrant, rétrospectivement, c’est que, en Allemagne, la première édition de Mao a été traduite par le traducteur de Bukowski.
David Dufresne
Et il raconte ça a réveillé.
Nicolas Richard
Donc je ne vais pas répéter, mais bref, il a été obligé de faire, il a demandé à ce qu’on retire la traduction parce qu’en fait IL Le traducteur faisait parler Vladek, le père d’un Spiegelman, comme un mec bourré comme un poivrot de Los Angeles. Donc là, j’ai également mis du temps à m’en rendre compte. Mais bon, c’est un bon exemple des barrières que l’on ne peut absolument pas franchir ou montrer à tout le monde. Donc là c’est plus une question d'éthique, de de conscience de faire au mieux pour pas trahir les voix.
David Dufresne
Justement, dans cette émission dont tu parles, La Grande Librairie, on vous voit tous les deux ? Je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait une grande chaleur. C’est pas grave, mais c’est un sentiment que j’ai eu et je t’amène à ça parce qu’à un moment donné, juste après, si tu veux bien, on va parler de linge en promo. Mais est ce que. Est ce que parfois, à l’inverse de ce que je te demandais tout à l’heure, il y a deux heures. Je te retourne la question différemment. Est ce que parfois il vaudrait mieux ne pas rencontrer les auteurs ? Voilà, j’ai eu l’impression que c'était un peu distant. Le mec est en promo et puis voilà, c'était une télé parmi d’autres.
Nicolas Richard
Ben en tout cas, pour le moment, on s’est très bien entendu. Ce n’était pas la première fois qu’on se voyait en plus. Après je ne sais pas si un plateau comme ça c'était le moment pour les effusions. Je ne sais pas s’il est très fugitif non plus. J’ai énormément de respect pour ce type. Mao et sa mère, ça m’a énormément marquée. Et puis je trouve qu’il continue longtemps après la sortie de Mao sans être très exigeant dans ses projets Je ne sais pas si la Grande Librairie était le lieu pour raconter des blagues et se taper sur les cuisses avec un tapis Goldman.
David Dufresne
En tout cas, page 345 tu lui rends hommage et. Et justement, je trouve que c’est là où on voit la difficulté d'être soi même en promo puisque tu racontes une anecdote alors que tu rapportes. Je ne crois pas que tu sois, tu en sois témoin. La Foire internationale de Francfort 1987 pour la sortie du premier volume de Mao Spiegelman, voit un journaliste s’approcher de lui d’un air décidé, agressif. Le journaliste toise le dessinateur et lui hurle méchamment. Vous ne trouvez pas qu’une bédé sur Auschwitz, c’est du mauvais goût ? Artificiellement prend une grande inspiration, puis, sans se démonter, sans se démonter, lui répond Non. En revanche, j’ai trouvé Auschwitz de mauvais goût.
Nicolas Richard
Ouais, une belle répartie.
David Dufresne
Une belle répartie, une belle répartie, une belle répartie. Alors donc, voilà, encore, encore un ou deux petits trucs à raconter après, à être libérés. David Lynch en promo page trois 77. David Lynch J’avoue, je ne me souviens plus parce que j’avais lu ça. Comment je l’ai lu dans ton bouquin de Lynch ? C'était ce que j’avais lu parmi les premiers. C'était quoi déjà mon histoire vraie que tu traduis en 2008 et que tu nous racontes la promo de David Lynch à Paris ? Est ce que. Est ce que tu peux nous la raconter ou est ce que tu veux que je lise le passage ?
Nicolas Richard
Comme tu veux, tu peux dire ce que tu veux.
David Dufresne
Bon, je vais lire, je vais dire à la sortie de mon histoire vraie, dans le cadre de la promotion du livre, je me retrouve avec David Lynch sur la scène du Divan du Monde, rue des Martyrs à Paris. Le réalisateur répond aux questions du public, debout à ses côtés. Je fais office d’interprète. Pendant les deux jours précédents, j’ai accompagné Lynch dans ses entretiens avec la presse pour aider à la traduction si le besoin s’en faisait sentir. Il reçoit dans sa suite d’un hôtel chic. Je m'étonne de l’effet qu’il a sur les journalistes. Plusieurs parmi eux, parmi eux, se comportent en fans, l'écoutent comme le Messie, sans esprit critique, sans émettre d’objection à sa démarche de missionnaire, David Lynch répond mot pour mot des éléments de langage de la présentation standard mis au point en anglais par eux. Tu peux dire son nom
Nicolas Richard
Le climat est Chioggia.
Nicolas Richard
Oui, celui-là.
David Dufresne
Celui là même à qui les Beatles rendirent visite en 1948. Mais ce n’est pas tout. Cela va plus loin et c’est un peu comique. Je constate que, consciemment ou inconsciemment, Lynch imite aussi la gestuelle du mariachi, sa façon de mettre en scène ses inspirations. C’est léger mouvement latéraux de tête, sa manière de laisser tomber les épaules, de relâcher les traits du visage pour montrer combien il est détendu. J’adore ce passage.
Nicolas Richard
Oui, parce que c’est moi. J'étais vraiment très fan de Twin Peaks au moment où c’est sorti et. Et puis là j’ai trouvé que le livre était C’est un livre de promotion de la Méditation transcendantale et voilà, j’ai trouvé que c'était beau. C’est ce que fait Lynch quand même. Dernièrement, c'était presque un peu. C'était franchement douteux de capitaliser sur sa notoriété pour essayer de refourguer ça. D’autant qu’il se comportait vraiment. Vraiment. Comme un vendeur de voyage. Il essayait et c'était du prosélytisme pur. Bon, ça, il fait ce qu’il veut, ce n’est pas un souci, ça ne retire rien à la qualité de certains de ses films. Mais j’ai été étonné que les journalistes, il n’y ait pas de contradiction du tout, que personne ne le fasse remarquer. Mais là c’est un propos simpliste. On voit, c’est gros comme une maison que vous essayez de nous fourguer cet oriental en pré prêt à consommer. Et non, en fait il était les journalistes. Bon ben c’est comme ça, il voulait juste avoir l’autographe sur le bouquin, mais personne n’a remis en cause le projet. Il a réfléchi au projet et a essayé de le pousser un peu dans ses retranchements.
David Dufresne
Donc là, tu es en promo. Ce n’est pas la première fois. Est ce que de temps en temps tu te mets en pilotage automatique dans tes réponses ? Est ce que de temps en temps tu te dis tu, tu étudies ta gestuelle ou pas encore, ou tu essaies à chaque fois de te remettre en jeu ?
Nicolas Richard
Ben en fait, je me suis rendu compte de ça un peu pour moi oui, mais j’ai vu ça aussi chez des auteurs que je traduis. Et quand typiquement quand le livre sort, tu vois, je fais la tournée des librairies avec eux, avec les auteurs, il y a des rencontres et donc je suis souvent là et j’ai constaté déjà avant même que la question ne se pose pour moi, j’ai constaté qu’il y avait cette tentation, comme tu dis, d'être en pilotage automatique ou du. Dire les mêmes choses et. Et donc vu de l’extérieur, c’est. Je trouve ça gênant encore d’entendre des auteurs ou même des artistes en général répéter la même chose. Et comme tu dis, alors ce n’est pas non plus une, c’est la promo intersidérale. Mais effectivement, je suis amenée sur tout cela depuis deux mois et j’ai été amené souvent à parler de mon projet et je vois exactement l'écueil, c’est à dire qu’effectivement j’ai vite fait. J’essaye à chaque fois d’envisager des angles nouveaux, de ne pas parler toujours des mêmes auteurs par exemple. Mais malgré ça, je vois bien qu’il y en a peu ou c’est des considérations vraiment extra littéraires, mais de fait, j’y suis confronté et je vois bien que c’est un écueil. Je vois bien que c’est une tentation, que c’est une facilité. Et je constate aussi que c' est beaucoup plus marrant, quand je dis des choses différentes et quand j’essaye de présenter les choses autrement et que je vais dans des bacs dans des secteurs où je n'étais pas allé en fait. Mais, mais je vois bien et je vois bien
David Dufresne
J’en ai fait des interviews. Je crois que ceux qui étaient les plus les plus dingues par rapport à ça, c'étaient les Beastie Boys. Ils ne répondaient jamais à la question que tu posais parce qu'évidemment eux c'était dit et des promos mondiales. Donc c’est évident que tu posais la même question que moi à trois journalistes italiens, quatre japonais, etc. Les mecs, raconter n’importe quoi et bon, c'était assez fortiche quoi. C’est assez fortiche. Mais ce que je trouve chouette dans ton livre, c’est ici Avant toute chose, on a l’amour du travail bien fait. Et t’as le cœur à l’ouvrage que tu mets pour traduire les ouvrages. Mais aussi voilà ces rencontres avec les auteurs. Tu n’es jamais méchant. Mais on sent bien à part la solitude. Je tiens à te poser une question là, ce soir. Est ce qu’on a fait que ce que tu fais partout où il y a eu des auteurs dont on ne parle pas
Nicolas Richard
Non, Il y a plein d’auteurs dont on a parlé ce soir, dont je n’ai pas passé la première vague, dont je n’avais encore jamais parlé. Bon, icône, c’est vraiment un mauvais jeu de mot. Il y a une icône de la critique. Ce qui est assez marrant en fait, c’est que c’est un simple article de presse. Euh.
David Dufresne
Ça je l’ai appris, je ne savais rien de tout ça. C’est génial.
Nicolas Richard
Simple article de presse qui a déclenché une vague mondiale qui est la vague du disco. Et ce qui se passe, c’est que j’ai plus le nom du canard dans lequel le papier a été publié.
David Dufresne
L’icône raconte dans le New York Magazine en 1976. Et. Et donc l’ouvrage que tu as traduit s’intitule Rituels tribaux du samedi soir et autres histoires américaines, éditions Gallimard, 2012. Et donc, en 76, il écrit ça.
Nicolas Richard
Et donc là, le titre que tu viens de donner regroupe cinq si longs articles. Mais bref, dans l’article incriminé, il raconte ce qui se passe dans une boîte de nuit C’est Brooklyn ou c’est le Queens, je sais plus dans la banlieue de New York et en fait Brooklyn
David Dufresne
Tu sais, tu nous inquiètes le samedi soir, pas le vendredi soir.
Nicolas Richard
Il ne commence pas dès le vendredi soir.
Nicolas Richard
Bref, l’article a un effet retentissant et ça donne juste une version courte, mais ça donne le film La fièvre du samedi soir.
David Dufresne
Mais alors c’est vrai ça ou pas ?
Nicolas Richard
En fait c’est totalement vrai. Je m’appuie sur eux sur ses déclarations à lui 20 ans plus tard. C’est lui qui a fait la déclaration tonitruante après 20 ans de silence.
David Dufresne
Attends, je vais la lire. Dans un entretien con déclare C’est de notoriété publique désormais que j’ai inventé cette histoire de A à Z que je lis, publiée comme un récit véridique. Alors là, Monsieur Nicolas Richard, il y a un vrai problème à. Le discours a pourri ma vie.
Nicolas Richard
Et donc, si je crois, si je comprends bien, si tant et si bien. Que c’est génial, qui a inventé ce truc là ? De la fièvre du samedi soir ? John Travolta, Les Big J, tout ça parce qu’il y. A un mec dessus quand même, C’est. Extraordinaire. Ce qu’on peut dire quand même, c’est que les Beastie Boys que t’aimes bien, Bowie, a été marqué par la disco. Non mais ça c’est cool parce que des articles bidonnés, il y en a depuis que le journalisme existe, il y en a, mais ça déclenche un phénomène industriel, euh cinématographique.
David Dufresne
Tu parles du Figaro, comment parler du Figaro, de Libé.
Nicolas Richard
Et donc voilà, Il a déclenché, une sorte de tsunami à partir d’un simple bidonnage il a reconnu que son œuvre, que c'était du bidonnage, Ah oui, il y a quelqu’un qui dit à l’effet papillon avec des paillettes.
David Dufresne
. Ah bah d’accord, voilà. Alors il en reste deux au Panthéon, enfin, au Panthéon, au Panthéon de face, il y en a un au Panthéon. Dylan tu vas traduire le texte qu’il va rendre quand il va recevoir le Prix Nobel de littérature, c’est bien ça, Et quand on te dit bon bah là, mon. Bonhomme. De combo, tu passes à Dylan. Je veux dire que quand toi tu dis Dylan, tu n’as pas peur ?
Nicolas Richard
Oh mais non mais j’adore ! Parce qu’en plus c’est complètement sulfureux cette affaire, si tu te souviens. C’est complètement scandaleux que pour beaucoup que le prix Nobel de littérature soit alloué à un chanteur. Donc là, voilà. Alors que le prix est remis à des chimistes, à des scientifiques de tout poil et tout. Finalement, tout le reste est occulté par l’affaire Bob Dylan, c’est déjà assez marrant en soi. Et. Et puis lui, il a cette attitude, il envenime les choses et vit vraiment de l’huile sur le feu. Il met des semaines à répondre. Il a quand même un des honneurs les plus hauts qui soient. Il met des semaines à répondre à quelques heures avant la date limite qui fait qu’il n’aurait pas touché la somme. C’est quand même un peu difficile de le défendre en toute bonne foi. Et puis. Et en plus, il fait savoir qu’il ne viendra pas et il ne se déplace pas. Alors les petits malins doivent vérifier. En plus, s’il y avait pas de tournée à l'époque, il n’est pas spécialement apparemment de problème de santé ni rien. C’est ça l’emmerder. Et c’est assez marrant parce qu’en fait je revois dans le film de Scorsese, je crois que c’est en 65. Alors là, les Dylan nous corrigeront, mais je ne sais plus si c’est 65. Oui je crois que c’est 1945 quand il arrive en Angleterre et qu’il est passé à l'électrique. Vincennes. L’histoire est connue, c’est lui. Les fans de la première heure, les fans de Folk disent c’est un traître, etc. Donc déjà, j’ai en tête le visage de Dylan sur scène à ce moment-là.
David Dufresne
C’est ce que tu racontes d’ailleurs. Tu le dis dans le livre je sais plus ce que j’ai dit, ce que j’ai pu dire, mais bon, il y avait là, il a une sorte de tête mystérieuse, un peu hargneuse. Ton traducteur a écrit Pour toi, je croyais deviner aussi la moue narquoise du Dylan de 1965, quand le public le hue parce qu’il renonce à l’acoustique et donne ses premiers concerts électriques, l’air de dire Je fais ce que je veux.
Nicolas Richard
Et donc, au moment de la reprise de la remise du prix Nobel, il a encore cette attitude ? Donc, en tout et pour tout, au lieu de répondre immédiatement, d’accepter les honneurs au lieu de se déplacer, il envoie un discours qu’il a enregistré. Et donc voilà, c’est ça que j’ai traduit. Donc c’est ce discours très court qui doit durer une vingtaine de minutes et qui est assez émouvant en fait, parce qu’ il parle des trois œuvres qui l’ont marqué. Dont Buddy Holly, je crois. Mais, mais c’est très étrange ce qui fait avec ce texte. En fait, il est là. Je trouve que c’est vraiment de la littérature ce petit texte, ça doit coûter 5 €. Je ne sais pas combien ça coûte. Si vous pouvez vous le procurer, ça vaut vraiment le coup de jeter un œil ou bien tout simplement de l'écouter. On peut le trouver sur YouTube assez facilement je crois, parce qu’il y parle de ces trois œuvres non pas comme un adulte qu’aurait eu du recul sur un sur trois bouquins qui l’ont marqué, mais comme un gamin de C.M. Deux ou de je ne sais pas de sixième qu’aurait du corps été obligé de lire ça et qui faisait une rédaction un peu bourrin, un peu je m’en foutiste et finalement, ce que je crois comprendre et ce qui fait la magie de ce texte, c’est que y regardent pas avec surplomb les œuvres qui l’ont marqué. Il y a une sorte de. Ligne, comme disent les anglais se propulse mentalement dans son état d’esprit. Dans le Zimmerman qui avait douze ans et sachant que c’est une écriture et de lecture est vraiment intéressante sur la peur de l'écrivain au moment du penalty et de la traduction de quelqu’un comme Dylan. Non. Pas moins qu’un autre, je veux dire. Mais en fait, tu sais, c’est ce qu’il faut préciser quand même, même si c’est peut être évident pour beaucoup de gens, c’est que ce n’est pas du direct. Tu vois, c’est un texte que lui a quand même travaillé avant de le dire et moi je vais prendre le temps de le travailler. Donc je vais surtout savoir si c’est Bob Dylan, mais en fait c’est le cas pour tous les bouquins. Je vais prendre le temps de le relire. Je prends le temps d’identifier les questions qui se posent, les problèmes que je n’arrive pas à résoudre. Et puis une fois que je l’aurai remis, ça va être relu, On va rediscuter avec une correctrice, donc on n’est pas dans un temps immédiat. Et en fait, je me suis rendu compte, j’ai mis un peu de temps, mais je me suis rendu compte que c’est ce temps là qui me convenait bien, peut être plus que le temps du zoom qui va céder le temps de l'écriture.
David Dufresne
De la relecture. Alors là, je peux te dire que si tu lisais le tchat, les gens disent que c’est génial, que t’es top, patati patata ter qu’il y en a même qui vont revoir le replay. Enfin bon, d’accord. Non, non, tout va, tout va bien. Mésange à propos du texte de dedans, elle dit J’ai bien aimé ce texte et sans connaître les dessous, j’ai estimé qu’il rendait la monnaie de sa pièce aux vieilles badernes qui ont contesté le prix.
Nicolas Richard
Oui, c’est ça, il y a l’art, c’est une qualité, c’est un truc très spécial et il a l’art de mettre les gens en rogne depuis et depuis plus d’un demi-siècle. Et là, il a eu une occasion en or de réitérer quand il est passé à l'électrique. Eh bien c’est ça qu’il voulait faire quand il voulait. Il y a eu toute sa phase de reprise de standards et de morceaux de blues. C’est ça qui fait. Et c’est aussi l’artiste qui aime et qui maîtrise son embarcation et son texte. Et parce qu’en fait, c’est un type qui n’a jamais cessé d'écrire des chansons et de les jouer sur scène. Donc c’est ce truc là, en fait, qui canalise. Et c’est ça qui était passionnant à traduire en fait.
David Dufresne
Alors une blague d’Olivier, ce n’est pas vous, j’espère ? Qui avait commis l’erreur de traduire frappe, frappe, frappe la porte du paradis pour Eddy Mitchell.
Nicolas Richard
Je ne connais pas cette chanson là. On fait bien allusion. Bon, est ce plutôt un toc Toc toc. C’est ça
David Dufresne
Alors on termine avec l’opération Balto. L’opération Balto, c’est quand même quelque chose d’assez extraordinaire. D’ailleurs, je fais durer le plaisir depuis le début parce que je fais comme toi, un cercle aussi à la fin. C’est quand même le dernier que tu traduis. Balto, c’est un nom de code, un nom de travail, Il faut que tu nous en dises un petit peu plus maintenant.
Nicolas Richard
Alors par quoi commencer ? Il faut dire que par rapport à ce que je fais, Seb c’est un peu hors normes. On peut commencer par dire ça. Dernier un livre que nous avons traduit à trois avec mes collègues Pierre de Marty et Charles Coursé. Et c’est un livre qui a été entouré de mesures de sécurité qui m’ont paru délirantes, mais parce que j’ai pas l’habitude, qui paraîtront peut être pas délirantes, ou très grand chef d’entreprise ou très grande star. Mais c’est une traduction qui a été nimbée de mystère et c’est la seule fiche de tout le livre où je précise en note de bas de page que sciemment, je ne vais pas dire non seulement je ne vais pas dire toute la vérité, mais je vais parfois mentir sur certains trucs parce que j’ai signé un contrat d’une clause de confidentialité qui m’interdit de trop parler, typique du livre.
David Dufresne
Ah putain, je ne l’avais pas lu merde ! Pour des raisons de confidentialité, peut-être ne s’agit-il pas du véritable nom de code Balto ? En fait, ce n’est pas le vrai nom, d’accord ? En outre, pour ces mêmes raisons de confidentialité, il est possible que certains passages de cette notice soient délibérément erronés.
Nicolas Richard
Enfin voilà Ce qui se passe est que pour les livres, ça je l’ai appris parce que ça m'était arrivé un peu une fois, mais à moindre échelle, avec la bio de Bruce Springsteen. Mais là, c'était vraiment assez extrême pour des raisons de confidentialité. On n’a pas eu le droit aux noms des trois traducteurs pour traduire un livre à un gros potentiel commercial. De fait, l’histoire va prouver qu’effectivement c’est un livre qui s’est vendu en très grande quantité, jamais traduit. Un livre qui s’est autant vendu et on n’a pas le droit de prononcer le nom de l’auteur, mais on n’a pas le droit de l'écrire sur les réseaux sociaux, on n’a pas le droit de l'écrire par mail, même dans les modèles perso, mais on n’a pas le droit d’en parler au téléphone. Je n’ai pas le droit de prononcer le nom de l’auteur et je n’ai même pas le droit d’en parler à mes proches. J’ai signé un contrat stipulant ces petites choses là. Donc la l’auteur dont il est question c’est attends.
David Dufresne
On ne va pas le dire, je vais le montrer, puisqu’on n’a pas le droit de le dire, je vais montrer, puisque tu l’as écrit, on n’a pas droit de le dire. Attends, bouge pas. Mais quand même, avant, avant ça, avant ça, tout ça, on nous dit ok. Donc c’est très étrange tout ça, bien sûr. D’ailleurs c’est tellement étrange que page 456, pendant tout le temps de la traduction, mon ordinateur n’est pas connecté à Internet. Mes recherches en ligne, environ une demi-heure tôt le matin ou tard le soir, sont effectuées à partir d’un autre ordinateur prêté par les éditions Fayard, sur lequel n’est stocké ni ne transite aucun fichier lié de près ou de loin au livre en question.
Nicolas Richard
C’est là que j’ai appris la notion de bunker électronique que toi tu dois connaître par cœur. C’est-à-dire qu’on travaille dans des bulles ne laissant aucune trace sur votre ordinateur. Donc c’est des conditions dont on ne dit toujours pas le nom de l’auteur. Je te laisserai le loisir de l’annoncer. Moi je traduis quand même plutôt généralement de la littérature. Là, c'était un témoignage passionnant, vraiment bien écrit, mais dans des conditions. Voilà des conditions de temps qui étaient assez draconiennes. Fallait vraiment traduire très vite et c'était une expérience passionnante. Mais je ne ferai pas ça toute l’année. C’est assez usant de travailler tant que ça pratiquement sans filet.
David Dufresne
Alors maintenant, on va faire le silence une seule seconde s’il vous plaît. On n’a pas le droit de prononcer ce mot. Le nom de cette personne.
Nicolas Richard
Est ce qu’on va le voir celui-là ?.
David Dufresne
Président noir des Etats-Unis. On ne peut pas dire on ne peut pas dire ça,
Nicolas Richard
Maintenant.
David Dufresne
. Tu parles de bunker électronique. Nous avons fait un atelier d’autodéfense numérique avec La Quadrature du Net. Cela dit, c’est complètement sidérant.
Nicolas Richard
Non, c’est complètement sidérant. Et donc là, on peut vraiment prononcer le mot. Barack Obama. Non mais c'était pendant le stop, pendant les mois, les mois qu’a duré la traduction. On était sous ces contraintes là, à trois, trois traducteurs à travailler, pratiquement simultanés voilà, ce sont des sites, c’est des conditions un peu particulières, la crainte étant, comme tu t’en doutes, des fuites. C’est des sorties quand c’est des sorties commerciales. Enfin, j’imagine que c’est des sorties commerciales comme ça, très synchronisées. L’idée étant que le plus possible de mots traduits sort en même temps que la version originale. C’est ça. C’est pour ça qu’il faut aller très vite et ça n’empêche pas que ce soit très bien. Donc il y a un peu plus de monde qui travaille sur le projet. C’est un peu exceptionnel, c’est totalement exceptionnel.
David Dufresne
Voilà.
Nicolas Richard
Et comme ils veulent une sortie commerciale synchronisée. La grande crainte c’est que dans une partie ou le tout du texte filtre like avant le avant la sortie officielle. C’est ça qu’on a réussi à éviter.
David Dufresne
Et puis bon, je laisse les uns et les autres découvrir tout ça. Je cite encore deux petites secondes, je prends deux trois questions On me fait remarquer que nous avons surtout parlé de garçons et assez peu d’auteurs femmes. Alors il y a Patti Smith qui est dans le livre. Il y a des gens ici qui sont allés regarder ta fiche, qui ont vu que tu avais aussi traduit Miranda de Julie Gonzalez, dont tu parles page 160, assez peu en fait d’auteur Femmes C’est parce que tu dis refuse ou quoi ?
Nicolas Richard
Non, je ne pense pas J’ai refusé aucune femme et j’ai refusé des dizaines et des dizaines d’hommes.
David Dufresne
Est ce qu’il y a des livres que tu voudrais traduire à nouveau et pourquoi ?
Nicolas Richard
j’aurais déjà traduit ou qui ont déjà été traduits par quelqu’un d’autre. Est ce que la question le précise ?
David Dufresne
Non que la question ne précise pas.
Nicolas Richard
Je n’ai pas envie de revenir sur des textes que j’aurais fait comme ça. Là par contre, ce que j’ai fait récemment, c’est reprendre Hold Ginsberg. Là, je ne sais pas, moi qui l’avait traduit initialement, il a été traduit dans les années 70 en français et ça va ressortir en 2022. C'était pas mal de le retraduire et j’ai trouvé ça fabuleux de bosser là dessus. Mais en tout cas, je suis. Si c’est l’esprit de la question qui vient d'être posée, je n’éprouve pas le besoin de revenir. Euh. Une sorte d'éventuel besoin pathologique de revenir sur un truc que j’aurais fait là, justement, dans mon lit. Je reviens sur un ton un peu léger, sur des modes que j’ai pu faire, mais en gros, quand c’est fait, au moins pendant quelques décennies, ça tient.
David Dufresne
. Et dernière question qui est plus technique que penses-tu des titres anglais traduits en anglais, par exemple Ang over devenu « Very bad trip » ?
Nicolas Richard
Je n’en pense pas spécialement du mal. Il y a aussi un exemple récent, le « Jewish Cock ». C’est le titre français, le titre anglais est différent.
David Dufresne
Amis des sales coups et des bons coups et des coups par coup lisez ça, C’est bientôt Noël.
Nicolas Richard
Salut
David Dufresne
. Merci beaucoup, Nicolas.

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