« Nos frangins » : le cinéma en mémoire. Rachid Bouchareb et Samir Guesmi Au Poste
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Amis du café, amis de la police, Bonjour, Bonjour tout le monde, Bonjour tout le monde. Nous sommes au lieu-dit donc une émission punk rock. Il se demande où est ce ce qu’ils ont foutu les pieds mais vous allez voir, ça va être bien. Donc le lieu dit ce qu’on pourrait dire, cumuler les résistants de Ménilmontant et de ses environs. On vous reçoit tous les deux pour un film qui sort le 7 décembre mercredi prochain. Qui s’appelle nos frangins, qui parlent de 2 morts, un qui hante la politique française et la société française depuis 36 ans, et l’autre qui avait été oublié, qui meurt le même jour, le premier, c’est Malik Oussekine, le 2nd, c’est Abdel Benyahia.Samir, tu joues, c’est toi, tu joues le rôle du père d’Abel, oui, dans le film, Tu as 20 ans de plus.
Oui, je ne force pas, oui je suis-je plus à abîmer je ne sais plus.
Et tu es éblouissant, tu l’es là aussi, hein ? Je veux dire jeune, mais vraiment c’est bon. Vous irez voir le film Mercredi ? Ah oui, parce que les gens n’ont pas vu le film, c’est ça l’idée.Voilà, c’est une particularité de ce débat. De quoi vous allez nous parler alors ?
Je fais le papa, oui, le papa qui apprend que son fils a enfin. Il ne s’agit pas de dévoiler le film non plus, il apprend qu’il s’est passé un drame avec son fils.Il ne connaît pas les détails, il ne sait pas si son fils est mort ou vivant, on lui a dit que.Voilà qui avait une bagarre, mais en fait, je vais faire la pointe des pieds parce que je n’ai pas envie de divulguer gâché comme disent les québécois.
Mais on est quand même un petit peu obligé de dire en fait, parce que c’est quand même, j’imagine Rachid un des moteurs de pourquoi ce film existe ? Ce jour-là, en 1986, la police tue 2 fois de 2 jeunes hommes d’origine nord-africaine, l’un dans une opération de maintien de l’ordre.
Abdel Benyahia, c’est un gars de 20 ans qui sépare une bagarre dans un bar à Pantin. Et qui tout d’un coup est tué par un policier hors service armé et avec un taux d’alcool dans le sang assez élevé, donc complètement bourré en fait, et du tir à bout portant, il tue
Ce crime tu en fais un film parce qu’au même moment, l’affaire Malik Oussekine est médiatisée et ça fout la merde au gouvernement de l'époque, donc il s’agit pas qu’il y ait un double crime raciste en fait au même moment. A quel moment ça s’est su la, la mort de d’abel parce que sur l’affiche, vous mettez des pancartes d’une manifestation parmi les manifestations monstres pour Malik en disant Malik Abdel, je pense qu’il y a une, ça c’est assez vite que qui est rajouté, peut-être en montage que je leur demande, mais peut-être parce qu’on voulait que de toute façon on rend hommage à ces 2 garçons qui avaient 22 ans, l’autre 19 ans, donc c'était important.
Je dirais que dans cette grande manifestation, dans les archives que j’ai vues, je n’ai pas vu dans les grosses manifestations au lendemain de la mort de Malik, je n’ai pas vu et les jours suivants dans les archives, les photos d’Abdel Hein, les archives de l’INA. Par contre, il y a eu en banlieue et ça, j’ai vu des images de manifestations à La Courneuve, des familles qui avaient regroupé aussi la population pour faire une marche.
Pour la mort de Malik. Çà oui l’un et l’autre, vous étiez où dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 ?
J’étais plus lycéen je crois. Non, je travaillais déjà j ai fait plein de boulots, enfin ce n’est pas très intéressant, mais j’ai dû être serveur ou j’ai vendu des jeans aux puces.J'étais sorti du système scolaire.
Quand tu apprends à la radio la mort de Malik Oussekine, ça te touche, je ne dirais pas que c'était monnaie courante, mais quand même.
C’est marrant parce que hier on a présenté le film à une projection. Et il y a un acteur qui d’origine algérienne, un aîné, enfin un, un gars plus âgé que moi et il me dit totalement ce que je disais à Rachid de manière totalement détachée.Et il me dit, mais à l'époque, il y en avait tout le temps des ratonnades je me rappelle, c'était monnaie courante et c’est vrai qu’avec le temps, enfin, on raconte une histoire qui s’est passée il y a 35 ans. Et c’est vrai que je me suis dit, mais en fait ce n’était pas par hasard aussi que j'étais dans mon lit, c’est-à-dire que peut-être j’avais un papa et des parents Ouais, qui devait être au fait de tout ça et qui savait que potentiellement il y avait un danger sans être impudique et trop me dévoiler, mais j’avais un père qui voulait pas trop que je sorte le soir et c’est vrai que rétrospectivement.Je comprends un peu, on ne pouvait pas être indifférent à ça, mais je vais être honnête précisément. Non, je me souviens.
Bien sûr Et toi Rachid, à ce moment-là, t’as déjà sorti ton premier film Bâton Rouge ?
Oui, oui, qui parlait aussi de d’une histoire de jeunes immigrés qui avaient le même âge qu’eux ou un petit peu plus âgé à l'époque, avec un jeune acteur qui s’appelait Amour Graya. Ça traitait du malaise dans la banlieue puis le film raconte un voyage en Amérique pour peut-être trouver un endroit où il y aurait moins de problèmes, une vie meilleure. Voilà donc, et ça ne marche pas vraiment.Au bout du périple parce qu’ils sont expulsés des États-Unis vers la France et c’est encore la galère. Donc voilà, moi je finissais ce film là, j’habitais en partie encore en banlieue parce que ma famille habitait près de chez Abdel, La Courneuve, là-bas, voilà, c’est ça Bobigny. Voilà et donc bon bah j’ai suivi. Bah tout c’est pour ça que je me souviens et j’avais envie de remettre tous ces journaux télévisés.Noël Mamère, je m’en rappelle s Claude Serillon tout ça je ces images aussi que j’avais vues et donc j’avais envie de mettre dans le film. C'était sa mémoire à moi dans les recherches, je me souvenais de quelques images, un son, un mot et les discours des hommes politiques c’est comme ça que j’ai ressorti ce qui m'était resté. A propos de Noël Mamère, j’ai eu le la chance d en fait de faire un débat avec lui autour de votre film et c’est comme ça que j’ai découvert dans un festival à Toulouse, donc j'étais avec Noël Mamère qui voyait comme moi le film pour la première fois et il était très touché.Il était évidemment très touché par le film donc il est revenu hier, y avait une projection pour France 2, il était là dans la salle. Il était là dans la salle. Mais il était là. Oui, donc visiblement il a apprécié. Ouais et il est à Toulouse, il a raconté qu’il n’avait presque pas fallu se battre pour faire du Breaking News, pour la mort de Malik Oussekine, que ça allait de soi d’en parler dans l’instant. Et là on voit que l'époque a changé, c’est-à-dire que le même drame aujourd’hui, ça met des heures et des jours à percer finalement, alors que là ils font les quelques extraits que vous montrez.Effectivement il y a Claude Serillon il y a Noël Mamère. Bonjour, je vous appelle au sujet de mon frère Malik Oussekine.Derrière des lycéens et des étudiants inquiets ce sont les professionnels de la déstabilisation. Et là-bas. Il ne sait pas que son fils est mort. Le gamin s’appelait Abdel.On ne dit rien sur cette affaire pour le moment, on va ne pas encore plus charger la police. Votre fils a été blessé dans une bagarre.Monsieur, Madame Oussekine. Oui. Votre frère est mort cette nuit ? Pourquoi vous nous montrez derrière une vitre.La police ne va rien nous dire. En savoir bientôt plus.Mais on ne va rien savoir. Plusieurs témoins sont mis en cause. Le comportement de la police. Je parlais au commissaire. Mon unité, elle n’a rien à voir avec cette affaire. J’ai voulu apporter à cette famille en deuil le témoignage de la nation. J’ai trouvé quelque chose d’intéressant, le gamin était sous dialyse. Ah bah voilà, je vais informer le juge qu’il avait des problèmes de santé. L’autopsie confirmera. Tout ça, la vraie question. C’est de savoir si sans les coups ou c’est quoi ne serait mort. Les flics montent, papa, voilà, il monte parce que moi je sais-je sais que ce n’est pas vrai moi je suis les ordres.Il y a quelque chose que je n’avais jamais vu jusqu’ici, c’est que parfois on est dans une scène de reconstitution. Par exemple, je chevauche des voltigeurs, c’est semble il les véritables images.Et puis juste dans enfin dans l’instant dans la foulée, il y a des images. Que tu as tourné toi et on a l’impression que c’est au même moment que c’est fait de la même manière, c’est à dire que. Nous avons d’abord, il y avait des archives avec les voltigeurs qui nettoyaient les rues du quartier latin qui étaient de mauvaise qualité, et le son aussi, et donc j’en ai reconstitué pas beaucoup je crois. 2 petites séquences, mais pour arriver à ça, je me suis dit, Je me suis dit, Il faut retrouver les caméras de l'époque des années 80 qu’utilisait la télévision.
C’est ça ?Voilà, c’est caméras qu’on a retrouvées après 2 ou 3 mois en faisant le tour même jusqu’au bon coin je crois. Ils ont fait le tour pour les retrouver, on en a trouvé 2, on a remis en état et puis ça permettait un de retrouver le même type d’image, d’accord.
Puis à ce moment-là, de pouvoir passer de l’un à l’autre, c’est-à-dire que quand les forces de l’ordre entrent à la Sorbonne. On a l’archive, mais après dedans, les caméras passaient plus il y a pas de iPhone, y a rien pour filmer bien sûr, c'était le problème aussi pour la déco, les accessoires, tout le monde et même pour moi des fois de me dire mais il y a 35 ans, mais c’est plus dur.Il y a 35 ans parce que c’est plus dur qu’un film dans les années 40, 30 ou 20.Parce qu’on doit encore dans les mêmes costumes, on est encore et puis aller retour de la mode des années 80, bon c’est difficile quoi de pouvoir vraiment bien cibler le travail. Alors là je m'éloigne mais pour revenir aux caméras ça a permis donc de filmer ce que les étudiants faisaient à l’intérieur, plus l'évacuation. L’amphi et tout ça. Passait de l’affection aux archives et puis des fois, je passais de l’archive en rentrant dans les lacets ou des fois bon.Bref, c’est dans le film parce que après ça s’est composé au montage. Mais quand on a trouvé les caméras, j’ai pris le risque d’aller dans cette confusion aussi. Avec qui ? Intéressant. Ah oui, et qu’on a du temps à parce que c’est au montage, après que qu’on travaille pour être certain.On s’est dit ce que les gens y vont capter ils sont où ils se trouvent. Voilà, mais ça, ça marche parce qu’on a montré le film partout. Ah c’est, redoutable ça marche, c’est absolument redoutable et moi je n’avais jamais vu à ce point quelque chose d’aussi fin.Je ne voulais pas réduire le format travail au laboratoire numérique, vieillir l’image et tout. J’ai dit, mais pourquoi toute cette complexité ? Et en plus ça laisse pas de liberté puisque je me dis c’est après moi, je préfère avoir les caméras.Là, on avait 2 caméras. Et on les sort tout le temps des fois ce n’est pas grave les trucs des motards, vas-y, sors moi ça et je filmerai aussi. Et donc j’avais tout ça comme matériel si on dit après. Je sais même pas après si j’aurais choisi de filmer de voilà, il faut choisir des plans, dire je vais, voilà, c’est compliqué, même à expliquer.On a essayé quand même de rester dans le cadre de ce qui aurait pu se passer ou ce qui se passe. Par exemple, reconstitution de voltigeurs qui frappent un couple qui est là. Et puis le gars il dit on n’est pas au Chili, ça c’est vrai, mais c'était tellement pourri dans l’original qu’il a fallu refaire le plan, le garçon qui s’est frappé entre 2 voitures et tout ça.
Parmi les images d’archives, il y a, il y a ce moment peut-être que vous vous en souvenez, qui était terrible. Ce week-end là, c’est les 10 ans du RPR. Tu remontes ces moments-là de gêne, mais il faut quand même la fête, il y a nos amis quoi. Il y a Chirac ? Il y a Juppé à côté de lui je crois, je sais plus quoi aussi, y a pas de quoi bien sûr ce cours là. Oui, il y a tout le monde qui est assis là. Je ne me souviens plus. Il faut que je revois le film aussi, mais. Mais ça. Je l’ai découvert dans la recherche des archives parce que ça, je me souvenais.
Pas parce que c’est vrai. Je ne suivais pas ce chapitre, ça arrêtait la télé le samedi, il y avait ma mère et dimanche, je sais que c'était le RPR, donc je reprends lundi. Non, mais je ne suivais pas. Tout ? Oui, bien sûr, donc. Là, je suis tombée sur l’anniversaire de mes 10 ans, mais je ne connaissais pas ça.Et encore y' a pas tout là parce que t’as quand même tout un choix avec des majorettes, il y a de la musique que bon, c’est un grand truc quoi. Oui, c’est un gros, c’est un grand truc, un truc un peu à l’américaine, c’est des débuts très cinématographique.Ouais à utiliser, mais moi j’ai découvert dans le travail il y a 3 ans ces archives. Et qui étaient quand même un moment d’indécence incroyable quand même. Enfin voilà, politiquement, voilà, mais on sent très bien dans le film qu’ils font la fête, mais qu’ils sont un peu gênés.
Tu joues donc le père de d’Abel dans le dans le film, Tu es méconnaissable. Qu’est-ce qui décide d’accepter ce rôle là ?Pourquoi tu veux faire ce rôle là ? Est-ce que c’est par rapport à ta propre trajectoire ou simplement en tant que comédien t’estimes que c’est un bon rôle ?
On avait déjà travaillé ensemble, mais un rôle avec une moindre importance, mais enfin important quand même et là, quand Rachid me propose le rôle du papa d’Abel Banya.Voilà, t’es obligé d’accepter d’y aller et là c’est une autre paire de manches parce que effectivement, c’est un Monsieur que je connais. Enfin, c’est une génération de gens. Enfin c’est mon papa en fait, ça c’est la génération de mes, de nos pairs, des gens.Comment dire ? Effacer, ce n’est pas le mot, mais enfin qu’on ne voit pas, voit pas dans le paysage médiatique cinématographique, c’est ce qu’on appelle les invisibles sont ceux qui se lèvent tôt, qui vont au travail, dont on parle pas et qui bossent.Voilà et moi c'était aussi une manière de leur rendre hommage, de d’accepter un rôle pareil après le travail, il a été, il a été incroyable parce que. C’est c’est une des rares fois où on vieillit comme ça où j’ai une perruque ou t’es ? J'étais à Coudray donc t’as un peu le sentiment que t’es un peu déguisé mais y a un œil. Enfin, comment dire ?Je Crois que c’est la première fois de ma vie d’acteurs que je joue quelqu’un qui a existé, donc qui a existé dans des circonstances assez tragiques, donc c’est à la fois une démarche très sur la pointe des pieds, parce que parce que t’as envie d'être, t’as envie d'être fidèle, t’as envie d'être respectueux Il y avait la distance et à la fois c’était aussi incarner un Monsieur qui venait de perdre son fils. Voilà donc ça c’est ça s’invente en fait justement, c’est l’imaginaire. On ne fait pas appel à la mémoire donc c’est quelque chose de compliqué, à la fois simple dans le travail avec Rachid, on rase les murs à la fois, on garde une dignité à la fois à la fois.Un drame se joue à la fois, on est extrêmement vulnérable à la fois, on est fort à la fois, voilà, on est une cible, il est sur un fil. Je reviens à l’artistique et au travail d’acteur, c’est super pour un acteur de d’incarner ça. Je n’ai pas fait de procès-verbal vu que les ordres étaient d’attendre arrivée.Le père, là oui, il y en a aussi là-bas. Ses voisins l’ont prévenu, mais il. Est au courant de rien. Il ne sait pas que son fils est mort. Le gamin s’appelait Abdel, sa famille habite La Courneuve.Bonsoir Monsieur. Je suis l’inspecteur Mattei Bon, votre fils a été blessé dans une bagarre.Vous comprenez ce que je dis ? Ouais, je comprends, oui. Alors le Samu l’a pris en charge. Qu’est-ce qu’il y a ? Ne vous inquiétez pas, il est entre de bonnes mains. Mais vous ne pourrez pas le voir cette nuit.Pourquoi c’est Monsieur ? Laissez-nous faire notre travail. On ne sait pas encore ce qui s’est passé, il y a une enquête qui est en cours là. Votre fils est majeur, vous savez ça ? Quand je le vois. Comment ? C’est votre fils aîné ? Oui, c’est bon en fait,ouais.C’est comme il va falloir mettre vos enfants dans le droit chemin, Monsieur. Ils ne peuvent pas se battre dans les rues comme ça, c’est un trouble à l’ordre public, vous savez ça ? Je reviens simplement à cette scène parce que, en vous écoutant et franchement en la regardant, je me suis demandé si ce n’était pas une des raisons pour lesquelles vous avez fait ce film ? Parce que je trouve qu’en fait ça raconte beaucoup. L’immigration. Et comment certaines générations se sont comportées par rapport à d’autres. Et le fils était moins de cette relation à l’autorité et le fils, il était moins de ça et là c’est trop. Il arrive à un moment où pour lui, il a, il est plus âgé je crois. Il a 23 ans,22. Et pour lui, ça y est, c’est le début de ce qu’on appellera la 2nde génération qui dit stop.
C’est ça.
Voilà et lui il est témoin, il encaisse tout, mais il est mal et à partir de sa sortie du commissariat, il est quelqu’un d’autre et il est en révolte avec son père. L’émancipation absolument, On a un père que j’incarne donc qui a je ne sais pas, 50 ans dans les années 80 qu’a connu Sharon certainement, ou qui a connu un couvre-feu à Paris 17 octobre, qui sont sortis dans la rue parce que. Pour les gens qui ne savent pas, mais je crois qu’on a affaire à des gens qui savent. Dans les années 60 avant l’indépendance algérienne, tous les Maghrébins en France, algériens, marocains confondus, Tunisiens étaient soumis à un couvre-feu. Il devait être à la maison pour que les Algériens soient d’accord. Je rebondis sur la question ou cette scène racontait, l’immigration n'était pas symbolique de l’immigration en France. Effectivement, ce Monsieur donc j’incarne donc son passé, c’est celui-là où il a connu la guerre d’Algérie, la colonisation.Il a été voilà, il était indigène, il a été sujet de l’armée. Voilà, c’était ça donc il a un rapport à l’autorité, un rapport à l’uniforme, un rapport français qui est un peu comme on dit, en rébellion, méfiant quoi. Parce qu’il il risque gros son gamin qui est né en France, qui a pas la même histoire mais qui voit comment son père se comporte. Et c’est insoutenable pour lui que ce monsieur policier, il ne va pas jusqu'à lui parler mal, mais il est au bord de voilà et il. Lui fait la leçon, alors que, alors qu’en fait le policier, c’est que le fils est mort, il ne lui dit pas à ce moment-là.Mais à ce moment-là, personne ne le sait. Enfin, le papa ne le sait. Donc oui, ce rapport à l’autorité n’est pas le même. Et voilà ce qu’on disait, L'émancipation va commencer enfin par l’intermédiaire des de la 2e génération où voilà où est ce que dit Rachid ? C’est en sortant du commissariat. Le jeune homme est.Il s’est passé quelque chose dans sa vie
Voilà, tu dis que c’est la première fois que tu incarnes quelqu’un qui a existé. Oui, ce père a existé je crois. Oui est-ce que vous avez travaillé avec la famille D’Abel ? Est-ce que vous avez rencontré ?
Je ne sais pas, c’est proche frères et sœurs, s’il en avait ou. J’ai rencontré ce garçon là qui dont je m’inspire, qui s’appelait Kader, qui est le frère ? D’accord, lui était là et qui n'était pas témoin de ce qui s’est passé parce qu’il était dans le bar quand son frère était dehors et qu’il a été tué par le policier.Et, et c’est lui que j’ai rencontré 2 fois je crois, et c’est lui qui m’a raconté de l’intérieur, mais après, c'était difficile. Il ne retrouvait plus exactement ce qui s'était passé sur le trottoir. Il se souvient qu’une ambulance l’a emmené à son frère.Il se souvient de quelques paroles que son frère lui aurait dit, C’est un peu toute la scène d’après dans le film, C’est ça qui est dans le film. Voilà, ça, c’est ce que lui m’a raconté. C’est le seul membre de la famille avec qui j’ai eu un contact parce que après j’ai très vite senti aussi que tout ça, c’est douloureux. Bien sûr. Amener tout, c’est un peu la même chose avec la famille Oussekine. J’ai beaucoup parlé avec la sœur, il y avait le COVID aussi qui ne nous permettait pas trop de se voir. Sauf que Kader, il a pu à un moment se déplacer quand il y avait un créneau. J’avais déjà écrit le scénario parce que je ne veux pas être au départ non plus parce que je pressentais que je n’aime pas trop me mettre au sein de souvenirs familiaux douloureux comme ça pour après aller écrire une histoire, j’avais déjà construit.Ouais, à partir de ce que j’ai lu à partir de ce que j’ai entendu à partir de tu, tu as des choses et des choses qui me sont restées.Et puis après je me suis dit, mais ça, je ne peux peut-être pas le faire, il faut que je demande quand même. Et quand on m’a confirmé. Et puis qu’on m’a donné quelques éléments supplémentaires assez étonnants dans le film. Que même moi je n’aurais pas pu écrire dans sa relation personnelle.Voilà, c’est comme ça que ça s’est fait. Mais la question c’est, est-ce que quand on est acteur ou quand on est scénariste et réalisateur, le fait de s’inspirer non à la fois de bon, de faits réels, mais surtout de personnages ayant existé ? Selon le l’adage ça te donne une responsabilité particulière ou un moment donné ? C’est toute une science en art. Non, après moi je j’imagine après avoir vu quelques archives où on voit le père qui dit 2 3 mots dans le salon. Sur son fils quand la famille, bien après, est filmée. Je me dis bon ben ça ressemble beaucoup à ma famille. Le salon, ouais, comment ils sont disposés, toute la famille, femme de plusieurs générations qui sont là. Bon, ça y est je suis, j’ai cette confirmation, ça me suffit après de partir dans mon voyage aussi Ouais, bien sûr, si je rentre là. Chaque détail, parce que quand tu mets le doigt là-dedans, ça veut dire que chaque, chaque respiration, elles doivent être précises, inspirées. Donc tu ne peux pas rester enfermé là il faut à un moment partir On avait les fondations du père, c’est ça qui comptait qui soit ouvrier dans le bâtiment ou mécanicien, peu importe. Moi ce que je peux dire de mon travail et du sens aussi que je peux donner c’est comme un hommage que je leur donne, c’est comme des condoléances que je leur présente. En incarnant un rôle pareil, c’est voilà, j’espère que ça va être. Mais de la part de qui ? De ma part. De ta part à ? Toi personnelle ? Ouais, bien sûr. Oui, c’est un voilà, c’est une forme de solidarité, d’hommage, Non, c’est Mohammed, il est où Malik ? J’ai appelé la police, j’ai appelé ses copains, personne ne l’a vu, personne ne sait rien. La police, pourquoi t’as appelé la police ? Qu’est-ce qui se passe ? La télévision, mais on est en train de le chercher là avec Sarah allez. Maman.Non maman. Si c'était vraiment mêlé, Kenza ou la police, d’accord, c’est la procédure, c’est comme ça. Donc la défaite d’armes, maître, c’est quoi votre regard sur la police de l'époque et que ce qui s’est passé au moment où vous écriviez le film au moment où le réalisiez, c’est-à-dire une sorte de révélation quand même pour la population française ?Enfin une partie de ses brutalités policières, des violences policières, est-ce que ça a joué dans l'écriture, dans le, dans le filmage, dans le tournage, dans le jeu d’acteur ? Relation à la police, elle est dans la, dans la scène avec le père et le fils. Je dirais qu’on se reconnaissait tous là-dedans.Quoi ? C’était ma génération, donc. Ce qui est dit dans les dialogues et ce qui est fait après, je ne vais pas dire les scènes encore une fois mais voilà, ça représentait ce qu’on pensait nous de l’autorité, des mensonges, du mépris, de tout ça.Là je révèlerai rien quoi, d’exceptionnel. Surtout à cette époque, moi alors il y a un plan-séquence exceptionnel, moi je trouve absolument exceptionnel d’un des policiers, je dirais pas lequel pour voilà ou où j’ai le sentiment que tu veux faire passer au policier qui est coupable de quelque chose d’important que tu veux quand même faire passer des failles humaines. Tu n’es pas dans un discours frontal anti flics là. Non, mais antique, toute l’histoire le dit, tout le film le dit, tout le thème le dit.Moi après je fais un film, j’essaie de rentrer comme on peut le voir par exemple, qui, qui incarne la police des polices. Moi je n’ai pas eu dès d’infos ni accès aux archives tout ça.Donc j’imagine quelqu’un qui est dans le Bureau le vendredi soir d’astre pointe à 00h00 ou à ou à 22h00 et qu’on appelle qui était peut-être à moitié endormi, je ne sais pas comment ça marche là-bas, j’y ai pas travaillé. Non, je ne me regarde pas comme ça. Donc, et puis qui se retrouve à débarquer en banlieue, puis après il se retrouve à Paris. Et puis il est dans la chaîne qui lui demande d’exécuter sa quoi ? Toutes les tâches à faire tout au long de l’histoire et donc le film le dit, le thème, les images, tout quoi, les archives qui sont là, tout est là, la colère des manifestants
Vous étiez là ils ont exprimé tout ça C’est dans le film. Après, aller dans le cas particulier de la police n’était pas le sujet principal pour moi. Pour moi, c'était la douleur des familles et l’injustice qu’ils allaient vivre et l’injustice qui s’additionne depuis tellement d’années.
Depuis tellement d’années, voilà, c’est ça le sujet. Quand il y a une fin. Il représente l’Algérie aux Oscars, là celui-là quand même, on ne va pas chez les cons hein, il y a quelques écarts avec la à la avec la vérité qui sont revendiqués, y a pas y' a aucun souci, y a pas trop pris sur la marchandise.C’est à dire que il y a le personnage de la morgue dont Ousmane dont on se doute puisqu’il fait le lien en fait entre les vous allez voir assez vite travaille rien là il fait le lien entre les 2 morts puisque les Corses arrivent à la morgue au même moment, et cetera, il y a le rôle de ce policier de l’IGS, il n’a pas existé tout à fait, c’est-à-dire un inspecteur de l’IGS qui aurait eu à traiter des 2 affaires La même nuit, donc ça c’est une liberté d’auteur que tu prends j’imagine. Qu’il soit seul, 2 ou 3, mais c’est sûr que la police des polices, elle a géré les 2 affaires. Bien sûr. Moi je demande à voir les dossiers mais à mon avis j’ai vu une image d’actualité où un commentaire dit Ah et on voit 2 petites sortir en imperméable de la rue de l’immeuble.Remonter Rue le Prince. Et puis je crois que c’est un journaliste qui dit, Ah mais je crois que c’est des gens de la police, ou c’est ou c’est dit clairement je me rappelle plus. Je me suis dit Bon bah voilà donc c’est évident ils sont venus là, ils étaient là-bas parce que comment est-ce qu’on peut décider de gérer Abdel par rapport à Malik ? C’est que les 2 affaires sont en main. Bien sûr, d’une manière générale. Comment on imbrique des faits réels et de la fiction pourquoi tu fais de la fiction, à ce moment-là, on ne peut pas les avoir, c’est à dire que quand je fais un film comme « Indigène », je fais le tour, je vais au Maghreb, je vais dans quelques pays d’Afrique, je vais en France, je vais partout, je vois les soldats français, marocains, tunisiens, Burkinabés, sénégalais. Chacun va me raconter l’histoire parce qu’il n’y a pas de matériel donc on va me raconter toutes les histoires. Dans ce cas-là ce n’est pas pareil ce que je veux dire c’est qu’on n’a pas accès à tout le matériel pour mais là ça devient un documentaire pour moi ce que je veux, c’est quand le frère ou la sœur ?L’un des deux qui sont dans chaque famille me disent, je leur dis voilà mon histoire, je ne raconte pas toute l’histoire, non bien sûr, mais je dis voilà, il y a ça,, ils me disent oui, on me raconte des événements importants par exemple. Abdel et le café. Son frère Kader, il y était, ça c’est important pour moi d’entendre ça.Lui, il me le raconte. Voilà ça, je voudrais que ce flic soit concret, comme celui de Malik Oussekine dans la cage d’escalier où on a même des témoins qui sont en archive. Ça c’est des faits importants. Et puis y a d’autres choses que quand on a le contact et qu’on parle avec les membres de la famille qui étaient impliqués voilà, il vous donne d’autres choses sur puisque j’ai un des personnages qui est la sœur et puis qui vous parle aussi de la famille.
Donc là il vous ajoutez à votre histoire sans que vous l’ayez raconté hein ? J’ai je n’ai pas raconté, j’ai dit je vais parler d’infrastructure et d’un et d’Abdel Et puis il vous rajoute des choses et puis après ils vous mettent sur les pistes pour pas être un peu, je dirais à côté quoi.
Donc voilà, ça sert aussi à ça quand je me suis ancré là, ça y est moi je peux partir et puis faire raconter l’histoire comme je veux tu vois ce que je veux dire ? Mais j’ai les fondations. La question c’est, est-ce que tu fais ça par plaisir ou par souci d’efficacité ?
C’est ça que je ne comprends pas ce que tu penses ? La, la fiction permet de transmettre parce que elle s’accorde un peu de liberté. Tu peux synthétiser, tu peux prendre 3 histoires, en faire une seule, et puis est-ce que c’est ça le fond ?
Je sais pas moi, je fais pas de réflexion avant je prends les histoires, je vois où est-ce qu’elle m’emmène aussi parce que c’est aussi une rencontre avec un des membres de la famille, puis l’autre, ça, ça déplace aussi le fait d’avoir entendu les voix. Bien sûr de d’avoir vu physiquement, de ressentir quand il vous donne un récit douloureux, violent comme celui-là. Donc c’est toutes ces choses qui viennent après remplacer l’information de que je n’ai pas de je ne sais pas quoi, mais cette vérité qui est mon donné, ce sentiment que j’ai ressenti.
Alors il est dans le film. C’est ça qui est important pour moi, bien sûr. Et il est mêlé à la fiction, mais quand même, il est là pour que quand le père se retrouve dans telle ou telle situation avec son fils, voilà, il y a bon, je ne sais pas si ça veut dire quelque chose.
C’est par l’intime, en fait, qu’on raconte l’histoire. Un documentaire ne va pas réussir à revivre la situation. Enfin, on, on est au cœur de l’histoire, on est, on est, on, on, on est chez les gens, on est dans leur salon, on est avec lui, on est dans son garage, on est la réalité en fait. Enfin, malgré la fiction, c’est Henri Michaux qui parle de l’infiniment petit. Plus, plus on va dans l’intime, plus on rentre dans l’universel, plus, plus, plus on se rapproche au plus juste au plus près comme dans le film, plus on parle à un plus grand nombre. C’est dans ce sens-là. En fait, alors j’ai une dernière question, je divulgue un tout petit peu. Tu tombes à un moment donné, tu t'écroules enfin le père, le personnage qui s'écroule, ça c’est écrit, c’est parce que c’est bouleversant, je te le dis, tu vois, j’ai la chair de poule. Et ça, c’est de la fiction, c’est à dire c’est de la mise en scène pure, c’est écrit. C’est au moment du tournage, à quel moment tu ? Je sais plus si c’est une suggestion de Rachid vous voyez laquelle ?Je parle quand même là. Il y a des séquences qui sont modifiées complètement dans le contenu, par exemple raconter que le père va apprendre ça. Bon, à un moment, ce qui avait été écrit, c’est fini. On est dans la réalité, on est dans un décor, il est dans un costume et c’est passé déjà 40 jours de tournage, on a changé, on change par rapport à l’histoire. À chaque fois qu’on raconte une scène, elle nous change et on évolue tout en tournant le film. Et quand on arrive à cette scène qui est la plus difficile, qu’on retarde le plus possible et que moi je compte sur lui en lui disant, Ah oui mais maintenant moi j’ai écrit bon alors ce qui est écrit C’est fini et je lui dis Bon bah on va faire autre chose, on en parle et puis après c’est lui qui est maître à bord,
Ça marche, je peux vous dire pour le spectateur. C’est ça, c’est à la fois, c’est, c’est compliqué d’apprendre la mort d’un proche, c’est que comment ? Comment on fait ? C’est à dire que c’est à la fois t’as toute la latitude du monde, t’as je ne sais pas combien d’individus sur terre. Et autant d’individus que de manière de recevoir bien sûr, donc finalement. Je ne sais pas, j’ai l’impression qu’à 01h00 d’intervalle on aurait fait autrement. On aurait peut-être pas tombé ou c’est à dire que c’est des scènes qui très vite elles sont essentielles pour le film, mais dont on se dit mais putain ça peut pas être raté.
Ah bah là ce n’est pas raté non mais ça ne peut pas et ça c’est traumatisant. Moi je ne dors pas la veille. Lui il dormait bien je pense il a l’air de bien dormir, lui.Oui.En décembre 86 pendant le tournage. Il dort lui, mais parce que c’est lui qui a fait le boulot en fait, parce que là j’apprends ce que Rachid trimbalait ce jour-là effectivement moi il m’a jamais fait penser. J’aimais faire, ressentir que c'était la scène la plus importante et qu’il ne fallait pas qu’elle soit ratée. T’imagines le mauvais réalisateur qui vient de voir qui dit alors là t’as pas intérêt à la rater mais donc il m’a dit tout l’inverse. Ouais c’est là, allez, faut tu peux faire n’importe quoi, mais limite, amuse-toi à prendre du plaisir, c'était le leitmotiv, c'était le, c'était la direction, c'était. On nous laissait enfin, il nous laissait de la liberté à chercher à se planter et c’est propice à ce qui se passe. Ouais.Si je me suis permis après on arrête là de parler de cette scène, c’est parce que je trouve que justement, c’est le moment où l’interprétation au sens acteur et cetera. Euh. Donne toute sa force au cinéma, c’est à dire qu’en effet c’est plus vrai que vrai quoi.C’est-à-dire qu'à ce moment-là on y est quoi ? Il y a y a quelque chose d’exceptionnel et ça, ça sent. Moi, quand je pleure dans une scène, mais c’est vrai, pendant que je la tourne et que l'équipe technique elle est chou dit rien. C’est que ça y est, c’est fait pour moi, c’est bon, il y a, il y a pas d’autres disent, mais vraiment et ça, ça existe quand on est là et que on a les larmes qui viennent parce que la scène, elle nous a marqué, donc là c’est fait et quand je dis à sa à Samir, non mais ça y est, c’est bien. Lui me dit, mais. Maintenant, je n’ai pas fini de jouir. C’est bien quoi, ça va quoi, on ne va pas encore ? Bon, vas-y, tu vas en faire une autre. Mais moi ça y est, je suis autre part parce que ça y est, c’est fait après oui mais ça c’est la vérité sur le plateau. Mais c’est vrai ce que je dis et si il y a pas à ce moment de à ce moment-là de cette scène les voilà vraiment les larmes comme au cinéma. J’estime qu’on n’y est pas quoi, on n’y est pas encore, mais l’acteur le sait aussi, il le sait aussi que on n’est, on n’y est pas. Et donc si on n’a pas ça du moment que j’ai été le seul spectateur à pleurer, ça me suffit. Moi, après, le public ne pleure pas.
Il pleure aussi, je te rassure. Ouais mais bon, ce que je veux dire c’est qu' au moins on a un étalon pour avancer.Ouais, ouais, c’est soi-même. Et puis les gens qui sont derrière quand ils disent rien. Et que tout le monde a une émotion, on le sent quoi ? Ben merci beaucoup à vous 2, merci.
Merci ouais, c'était un plaisir et puis bravo pour l'émission.
