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Où en sommes-nous avec la dérive sécuritaire ?

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonsoir amis du café, Amis de la police. Bonsoir, Bonsoir. Il est 18 h 47. On va recevoir Éliane Assassi. Éliane Assassi c’est cette sénatrice du groupe communiste Républicain, Citoyen et écologiste. Je vois qu’elle est en train d’arriver sur l’autre écran, ça c’est assez formidable. Bonjour tout le monde, bonsoir tout le monde, On est là pour 2 h à peu près. On est là pour parler de police, pour parler de sécurité publique, de libertés publiques, de libertés fondamentales.Voilà, alors pour vous dire que on va avoir le Bonheur je dis le bonheur parce qu’elle m’a prévenu, il y a un associé, elle m’a dit moi je n’ai pas ma langue dans ma poche, donc on va faire en sorte qu’elle n’ait pas sa langue dans sa poche. On l’avait suivie en direct, rappelez-vous pendant les débats au Sénat. C'était dans les premières émissions autour de la loi sécurité globale.C’est elle qui a le fameux mot, qui est devenu un peu notre cri de ralliement ici, que j’envoie ici.
Audio
Point barre !
David Dufresne
Donc elle sera là tout à l’heure. Là, pour l’instant elle ne m’entend pas, mais. Mais elle va m’entendre dans quelques instants et elle sera en ligne,Le temps pour moi de vous montrer une archive de l’INA, mais voilà, je n’ai pas eu encore vraiment scellé le partenariat avec l’INA, mais ça ne saurait tarder.Donc ce que je vais faire c’est je vais vous montrer en bonus de Un pays qui se tient sage.C’est Flore Dièse, la maman de Lilian, Lilian Dièse, cet adolescent qui avait été blessé à Strasbourg en janvier 2019, qui avait reçu un projectile de LBD Bonsoir Éliane.
Éliane Assassi
Bonsoir David, Merci pour cette invitation Je vais bien, je vous en prie.
David Dufresne
Alors, je vous l’avais dit. Alors d’abord, si vous revenez d’Arménie pas plus tard que tout à l’heure. Donc je sais que vous êtes un peu déphasée, et puis vous allez nous faire. Voilà, vous avez vécu un truc qui vous a un peu secoué et dont vous n'êtes pas forcément au mieux de votre forme. C’est à moi de vous requinquer, mais je pense que ça va être assez rapide en fait, ça va être assez facile.
Éliane Assassi
Oui, c’est ça.
David Dufresne
Voilà. Alors donc, vous êtes députée depuis longtemps.
Éliane Assassi
Sénatrice.
David Dufresne
Pardon, sénatrice les frères ennemis, c’est comme si je disais un policier qui était gendarme ou un gendarme qu’il est policier.
On va faire un cours d’instruction civique ? Sénatrice depuis 2004.
David Dufresne
Mais on fera un petit cours d’instruction civique parce qu’il y a un truc assez génial, je crois, avec le confinement, c’est que. Il me semble que les gens se sont mis à regarder Public Sénat. La chaîne de l’Assemblée a regardé un peu comment la loi est fabriquée. Est ce que vous ressentez ça ou pas ?
Éliane Assassi
Oui, on le ressent d’autant plus que bon, il y a effectivement le fait qu’il y a eu d’abord l’affaire Benalla quand même.Les gens se sont beaucoup intéressés à cette affaire-là. Et Public Sénat avait bien relayé en fait les travaux de la commission d’enquête qui avait été demandée par le Sénat. Il y a eu d’abord ça. Et puis je crois qu’aujourd’hui beaucoup de choses passent par la loi dans notre pays, on parle de sécurité. On pourrait parler aussi de la loi sur le respect des principes de la République, dite loi séparatisme. En fait, il y a beaucoup de choses qui interpellent. Les gens ne peuvent pas bouger, manifester, aller dans la rue, etc. Même s’il y a eu quand même des mouvements, notamment sur l’article 24 de la loi sécurité globale, les gens ont de la pétoche contrairement à ce qu’on peut penser, ou de la prudence pour le débat parlementaire pour que je juge. Les choix des parlementaires, des groupes politiques influents forcément sur le quotidien des gens
David Dufresne
Voilà, les présentations sont faites, alors on revient au point de départ. Alors, je sais que vous avez envie de discuter de la loi dite séparatisme. Et ce soir, on est avant tout là pour la loi sécurité globale, même si les deux sont liés. Ici, on a pendant 15 h suivi les débats au Sénat parce qu’on n’existait pas encore quand c'était à l’Assemblée. Moi, j’aimerais d’abord vous demander, à vous, à votre sensation, qu’est ce que vous avez ressenti pendant ces débats ? On a senti jour après jour que vous étiez de plus en plus remontée. Mais ce que ce qu’on a vu, c’est le spectacle ordinaire de la fabrication de la loi ?
Éliane Assassi
Je suis très sensible à toutes les questions qui touchent à la justice et à la sécurité. Et on a assisté avec ce texte à une manipulation, en fait. Une commande du gouvernement à des parlementaires de son obédience politique, La République en marche, à un texte qui. Du coup passe sous les fourches, caudines du Conseil d'État. Pas d'étude d’impact. C’est une forfanterie, mais quand même, qui est devenu un marqueur de l’idéologie répressive du gouvernement. Et c’est ça qui m’a mis en colère. C’est-à-dire que le gouvernement s’est servi de sa majorité pour nous présenter un texte qui est un texte abominable. Tout le monde parlait de l’article 24, mais il n’y a pas que l’article 24 dans ce dont dans ce texte. Moi, j’ai été très satisfait que des milliers de gens descendent dans la rue pour hurler contre cet article 24. Nous, ce que nous demandions, c'était le retrait total de cette loi. C’est une loi inique. qui donne des pouvoirs considérables aux forces de police dans notre pays mais qui plus est maintenant inscrit dans la loi le fait que des boîtes de sécurité privées assurent notre sécurité et ça, ce n’est pas admissible. C’est-à-dire qu’on change de paradigme. On change, d’une police au service des citoyens, à une police dont la mission principale est la répression sur commande du gouvernement. Et ça, sincèrement, ce n’est pas acceptable. C’est une dérive extrêmement dangereuse. À laquelle on est, dans laquelle on est aujourd’hui. Et pour, plus Ferme sur le sujet. Regardez, il y a eu ce qu’on appelle la commission mixte paritaire, on va parvenir dans le jargon institutionnel, etc. Mais c’est le lieu où les députés et les sénateurs sont censés se mettre d’accord ou pas d’accord sur une loi. Ils sont d’accord. C’est -à -dire que la droite, avec des dérives extrêmes. De la part d’un certain. Nombre de. Sénateurs et sénateurs, les républicains au Sénat se sont acoquinés avec la majorité pour la majorité. La République en Marche pour nous faire adopter un texte qui est extrêmement dangereux pour nos droits et pour nos libertés. Alors c’est ça qui m’a démonté. C’est à dire que vous ne pouvez strictement rien dire, vous ne pouvez strictement rien proposer, vous ne pouvez pas revenir sur ce qui devrait être, ce que devraient être les missions premières d’une police dans notre pays, sans qu’on vous taxent d’angélisme, de laxisme ou que sais je encore. Ça m’a mis en colère et ça me met toujours en colère.
David Dufresne
Vous, vous étiez, deux ou trois à être en colère.
Éliane Assassi
Et je dirais malheureusement pas par pas forcément toute la gauche avec une même tonalité aigüe. C’est vrai, on n’était pas quand on n’était pas nombreux. Moi c’est dans mes gènes donc voilà, c’est quand je dis point barre, c’est qu’il y a en plus certains utilisés en face de nous à droite cette. Loi pour. Exprimer des dérives sur l’immigration, sur un tas de choses qui étaient vraiment hors sujet. Effectivement, on n’est toujours pas assez nombreux
David Dufresne
Alors il y a déjà plein de questions dans le tchat et je remercie les modos de les remonter. Notamment il y a des gens qui parlent d’autre chose, mais évidemment ça s’accélère tellement il y a la lettre des généraux. Alors je ne sais pas si vous êtes au courant parce que vous étiez en Arménie.
Éliane Assassi
Mais ça participe de tout ça. Vous savez, une fois que la brèche est ouverte, la porte est ouverte un certain nombre de personnages ou d’idéologies s’engouffrent dans la brèche. Alors. Résister. Encore.
David Dufresne
Alors oui, mais est ce que le Sénat est un lieu de résistance ?
Éliane Assassi
Oui.
David Dufresne
Moi oui. Prenez votre bouffée de cigarette électronique et répondez bien à ma question :Est ce que vous croyez vraiment que le Sénat, alors que le Sénat a gagné un peu de sa superbe avec l’affaire Benalla ?
Éliane Assassi
Bien parce que des gens comme vous et vous n’êtes pas tout seul heureusement. Se sont élevés contre cette loi et moi j’ai une mission, c’est être le porte voix de tous ces gens là. Et donc forcément, on n’est pas assez nombreux dans l’hémicycle. Mais c’est une question de rapport de force. On n’est pas assez nombreux dans l’hémicycle pour porter ces voix. Mais moi, je dis toujours que je me sens forte quand je sais que je suis au Sénat, je me sens forte quand ça bouge dans la rue, quand ça bouge dans la vie, quand ça ne bouge pas dans la. Vie de faire passer n’importe quoi. Et on peut rester relativement stoïque devant, y compris ce qui pourrait ressembler à des injures. On peut penser que ça ne pèse pas beaucoup mais au moins la voix des sans voix est entendue au parlement.
David Dufresne
Alors là, vous faites allusion aux 500 000 personnes. On va prendre des chiffres des organisateurs. Ou alors vous êtes communiste et vous avez l’habitude. Bon voilà, on prend les chiffres des organisateurs 500 000 le 28 novembre, le je sais plus quel jour c'était je crois, le 16 décembre devant le 16 décembre 2021, quand ça passe au Sénat, à ce moment là, nous ne sommes que quelques centaines, peut être un millier, devant le Sénat, à essayer de soutenir
Éliane Assassi
C’est une assemblée quand même ?
David Dufresne
C’est une assemblée du Palais du Luxembourg, puisque c’est son terme, c’est son nom, c’est ça le Sénat. Et est ce que, par exemple, ça le président vous dit "Il y a du monde, y a personne, on va gagner". Est ce que c’est des choses qui sont vraiment discutées ? Après, on va aller sur le fond de la loi, évidemment.
Éliane Assassi
Non, c’est pas discuté. Mais vous savez, on il y a eu cette mobilisation sur la loi Sécurité globale. Il y a eu d’autres mobilisations, par exemple sur d’autres textes importants, comme celui sur les retraites. C’est pour ça que j’insiste, moi, Sinon on ne parle pas, sinon on ne dit pas personne ne dit, personne ne porte ça Et quand il y a eu les mobilisations contre la réforme des retraites ou contre la loi El Khomri pour parler d’une autre majorité dans le pays, on était bien, on était bien, on était bien seuls à dire, pas simplement notre position, parce que ça, j’insiste. Moi, ma mission, ce n’est pas simplement de dire qu’on est contre, c’est aussi de faire des propositions. Est ce que ça ne suffit pas ? Dire qu’on est contre tout le temps, c’est bien le dire, mais c’est bien aussi de dire qu’il y a peut être d’autres choses qui sont possibles à mettre en œuvre. Et c’est vrai que ce n’est pas sur les lois que je viens de citer comme c’est le c’est vrai sur la loi sécurité globale et c’est vrai aussi sur les dernières, comme la loi sur le séparatisme. Donc c’est ça qui est important au Palais du Luxembourg, ça ne bouge pas du tout. Il y a en plus, avec la période sanitaire, le contexte de la Covid 19. Ça a été un peu six mois, mais c'était de notre devoir que de continuer à les porter parce qu’on savait qu’elle s’exprimait. Moi, comme présidente de groupe, avec mes collègues sénatrices et sénateurs, on a fait plein d’auditions, de syndicats, de mouvements, d’associations, On voyait bien que la colère était toujours là, le rejet était toujours là, même si malheureusement, il n’y avait plus 500 000 personnes dans la rue d’ailleurs.
David Dufresne
Éliane, l’honnêteté commande de dire que vous m’aviez demandé et vous avez été auditionné.
Éliane Assassi
Oui auditionné sur notre proposition de loi sur le LBD Soyons précis
David Dufresne
Soyons précis. Alors la régie me demande de vous augmenter le son parce qu’on me dit qu’on ne vous entend pas assez. Alors je vais vous augmenter. Et par ailleurs, ça m’intéresse cette idée d’audition. C’est à dire qu’il faut préciser faite moi, Vous m’aviez écoutée avec plein d’autres gens, notamment un syndicat de sécurité d’entreprises de sécurité privée. Il y avait un représentant des polices municipales. Est ce que vous pouvez nous dire comment vous travaillez ça ? Qu’est ce qui fait que vous allez écouter telle ou telle. Comment vous vous choisissez ? Et est ce que vraiment ça vous aide ensuite, quand vous êtes dans l’hémicycle pour aborder des débats.
Éliane Assassi
J’oserais dire que c’est une des raisons pour lesquelles on fait des auditions. Mon groupe a l’habitude de faire des auditions sur pratiquement tous les projets de loi qui viennent en débat au Parlement, parce que, d’abord, on n’a pas la science infuse, parce que, certes, on porte, nous, un projet politique, mais on a aussi l’ambition de partager avec d’autres de Connaître un petit peu aussi les projets des autres. Et puis quand ce sont des professionnels, on va autant les écouter parce que c’est leur métier, c’est eux qui sont confrontés au quotidien à des problématiques. Je travaille beaucoup avec le Syndicat de la magistrature, mais aussi avec l’autre syndicat, avec des syndicats, peu de policiers. Moi, j’ai déjà travaillé avec. Alliance pour eux et je ne suis pas je suis, je. Suis une femme qui avait écouté aussi toutes les contradictions qui peuvent se poser dans des sujets, sur des sujets importants, que ce soit la justice, la sécurité. C’est important d’entendre ça. Moi je suis. Je ne suis pas une femme qui a. Affaire, en tout cas une. Militante, parce que je suis avant tout responsable.
David Dufresne
Est ce que vous diriez que les auditions sont toujours plus intéressantes que les débats en hémicycle ?
Éliane Assassi
Oui, c’est vrai. Est ce qu’on a la vraie vie dans les auditions ? Dans la vraie vie, il n’y a pas de Comment dire ? Il n’y a pas de barrière idéologique, à part quand on a. Quand on a auditionné la boîte de sécurité privée, il était évident que nous aurions des oppositions fortes sur les missions qui doivent être les siennes. Mais je trouve que c’est effectivement très intéressant. Moi je dis toujours. J’aime bien écouter aussi. Et je vais faire une caricature un petit peu. Quand je travaillais à l’Humanité, le patron, Patrick Le Hyaric, me disait toujours le matin, il y a un journal à lire, c’est Le Figaro, Le Figaro et l’Humanité. Parce que c’est toujours bien de savoir ce que pensent nos adversaires politiques.
David Dufresne
vraiment adversaire.
Éliane Assassi
Oui.
David Dufresne
Il ne disait pas plus que ça de mémoire, ou peut être moins. Peut être qu’il a été un petit peu plus grossier que ça. Mais je comprends. Vous savez, le milieu de la presse est un milieu particulier, comme il y en a un certain quand même. Sauf pour certaines publications, mais un certain respect sur le métier de journalisme, En principe, c’est le débat d’idées. C’est vrai, c’est con à dire, je suis désolé de le dire, mais c’est vrai que le Figaro est un journal de droite qui affiche des idées de droite et qu’il est toujours intéressant de savoir ce que la droite pense et écrit alors je ne vais pas simplement me référer tous les matins à l’humanité, C’est pas ma Bible, j’aime bien, mais c’est pas ma Bible.
David Dufresne
Ici pour l’instant, on a surtout entendu des lecteurs de l’Huma, mais j’espère que des gens, des lecteurs du Figaro seront là aussi. Parce que moi je suis d’accord avec vous, je pense, même si c’est intéressant de les lire. Et d’ailleurs, lors de cette audition, j’avais été très frappé, je ne sais plus le nom de ce monsieur qui représentait les boîtes privées parce que évidemment il défendait son point de vue dans ce qu’il disait et j’ai senti dans les débats que ça vous avez servi, il disait quand même c’est le Far-West et les boîtes de sécurité privées, c’est à dire il vous avait très bien expliqué le caractère incroyable de la sous traitance
Éliane Assassi
Oui. Et vous savez, ça aussi c’est un long processus, mais je suis patiente aussi si on a le temps. Les entreprises de sécurité privée ont toujours et ça fait longtemps que ça existe. C’est pas nouveau. Sauf que là, on va leur donner des missions particulières, des missions qui relèvent du régalien. Eh oui. Mission de service. Public. De sécurité. Mais où est où on est ?
David Dufresne
Je me fais l’avocat du diable. Comment expliquez vous que dans vos critiques qui parfois pourraient finalement renforcer, c’est-à dire quand vous exigez plus d’encadrement des polices municipales, plus d’encadrement des boîtes de sécurité privées, certaines, me direz vous, vous pourriez dire et d’ailleurs la fameuse phrase point barre. En fait, vous expliquez bien, nous ne sommes pas contre la vidéosurveillance, mais arrêtez de l’appeler vidéo protection.
Éliane Assassi
C’est une école magique.
David Dufresne
Comment vous expliquez qu’en face, pour parler rapidement, on n’utilise pas finalement vos critiques qui pourraient renforcer finalement le système et on les balaie d’un revers de manche Parce que c'était quand même assez sidérant de voir que toute opposition a été balayée.
Éliane Assassi
Oui mais David, c’est ce que je vous disais tout à l’heure, on est dans un rapport de forces. En plus, on est dans une période donnée que tout le monde. Connaît. Et puis on est à quelques mois d’une échéance électorale importante dans le pays. Donc la question des rapports de force avec elle se pose encore, encore avec plus d’acuité. Et c’est-à dire qu’il refuse d’entendre. Moi je suis une élue communiste, certes, mais je suis une républicaine.
David Dufresne
Mais alors il y a là où j’ai, j’ai une interrogation, c’est que là, tout le monde se renvoie sur la question de la police, c’est à dire que vos amis d’alliance ne sont pas vos amis, vous les avez cités.
Éliane Assassi
Voilà j'étais à la commission d’enquête sur les suicides dans la police c’est pas que je les ai rencontrés, je ne me justifie pas.
David Dufresne
Il n’y a pas de souci. Ce que je veux dire, c’est qu’en fait, c’est un peu court de parler de la République quand on parle de la police. Je veux dire qu’aujourd’hui ça parle de Service public.
Éliane Assassi
Quand je parle de la police, je passe service. C’est quoi un service public ?.
David Dufresne
C’est un service pour le public.
Éliane Assassi
Exactement. Et donc la police doit rester un service public et non pas un service marchand. Parce que sa tendance, on l’a. On le voit d’ailleurs avec la vidéo surveillance que certains veulent appeler maintenant vidéo protection. On est dans un système qui devient un système marchand ou un système de la police qui devient marchand. Moi je suis pour que la police reste une mission régalienne de service public au service du public.
David Dufresne
Est ce que c’est ça le point le plus terrible pour vous dans cette loi ou si vous deviez faire un war staff de cette loi Sécurité globale, c’est quoi ? Si c’est la privatisation de la sécurité, c’est le continuum sécuritaire.
Éliane Assassi
. En fait, y a une logique. c’est toute une logique parce que vous regardez les lois d’abord. Une des lois sécuritaires, on en a dit plus combien ? Maintenant, c’est pareil que les lois sur les migrants. Je ne sais pas combien on en a là. Il y a eu malheureusement le meurtre d’une jeune policière. On y va. Encore une. Nouvelle loi. Bientôt. Sur la responsabilité pénale. Et en fait, il y a un continuum de lois de plus en plus répressives. Vous avez l’ordonnance de 45 sur les mineurs, c’est-à-dire que la justice des mineurs sur celle. Des. Majeurs et adultes. Vous avez la loi Sécurité globale, vous avez le Livre blanc sur la sur la sécurité, vous avez enfin bon, bref, vous avez un panoplie de textes. Qui sont tous qui ont le même. Comment dire, qui ont un dénominateur commun, c’est la répression, c’est à dire qu’on ne s’attache pas à regarder ce qui ne va pas dans notre pays parce qu’on ne peut pas dire que tout va bien et qu’on essaie de travailler des solutions qui n’ont pas comme objectif de réduire nos libertés et de toucher à nos droits les plus fondamentaux. C’est ça qui est embêtant. Ce n’est pas qu’une seule loi. Et ses contenus.
David Dufresne
Oui, mais alors ensemble.
Éliane Assassi
On est dans une période dangereuse. David. Moi je trouve que franchement les choses depuis. Alors on pourrait remonter à Sarkozy, mais je trouve que ces derniers temps on est dans une surenchère répressive et je regrette. Bien sûr, il y a des manifestants Qui râlent sur la sécurité globale, mais je le dis sincèrement un peu trop que sur l’article 24. Or, il y a tout le reste. Il y a la sécurité privée, il y a les drones. Il y a le renforcement de la vidéo surveillance. Enfin bon, bref, il y a un tas de choses dans cette loi. Et je pense que le gouvernement a utilisé la colère contre l’article 24 qui a été réécrit de sa main. Faut pas non plus raconter des histoires. Et puis donc le reste est passé complètement
David Dufresne
Alors ça, c’est une belle discussion, parce que comment dirais je ? Je n'étais pas le dernier à m’occuper de cet article, 24 en étaient quelques-uns. La question c’est est ce que vous pensez qu’on serait tombé dans un piège ? C’est à -dire, c'était un chiffon rouge pour faire passer le reste ? Ou est ce que vous pensez qu'à un moment donné c’est les médias qui ne se sont qui n’ont parlé que de ça ? Parce que finalement ça allait toucher, on va dire de près puisqu’il s’agissait à ce moment-là de toucher à la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Vous pensez vraiment qu’il y avait quelque chose de machiavélique ou est ce que vraiment cet article était complètement dingue, mal ficelé ?
Éliane Assassi
Non, mais ce n’est pas contradictoire, bien évidemment. C’est un article complètement dingue. Mais enfin, la réécriture de l’article 24 est tout aussi dingue que l’article d’origine. Donc je pense qu’il y avait, il y avait, des deux. Franchement, on peut pas simplement dire, car ce serait quand même un raccourci que de dire que 500 000 personnes se sont fait piéger et 500 000 dans la rue et plus ceux qui n’y sont pas descendus. Non, je pense que c’est là aussi que la presse a joué le rôle très le sien bien évidemment, parce qu’elle était directement concernée. Je pense que les gens ne sont pas bêtes et ils ont compris que ça les aide. Ça pouvait les atteindre aussi personnellement. Donc c’est un peu ça, un peu des deux. De là à dire que le gouvernement est machiavélique, oui, des fois oui.
David Dufresne
Non, bien sûr que non, bien sûr.
Éliane Assassi
Mais pour arriver à ses buts. Je pense que des fois, il agite un chiffon rouge qui fait passer la pilule plus facilement sur d’autres sujets. Donc en d’autres temps, le continuum de sécurité aurait fait monter au plafond, y compris des maires.
David Dufresne
Alors le continuum sécuritaire ? Il faut rappeler. C’est l’idée que la sécurité. Ce terme générique va être partagé entre le public, la police nationale, la police municipale et les entreprises privées.
Éliane Assassi
C’est ça.
David Dufresne
C’est ça au départ, cette loi, ça n’est que ça D’ailleurs, son petit nom, son premier petit nom. C’est la loi de continuum sécuritaire. Bon alors, juste en reliant les maires, y compris des maires de chez vous, je vais dire les cocos. Pourquoi ne protestent pas Qu’est ce qui s’est passé ? Racontez-nous.
Éliane Assassi
Écoutez ça, c’est un sujet très intéressant qui mériterait vraiment qu’on ait des vrais débats. Parce que ce fut un temps où nos élus et moi même étions contre les polices municipales, comme nous étions contre la vidéo, la vidéosurveillance. Et puisque je vous disais tout à l’heure, c’est-à-dire que quand on fait. Monter dans le pays le fait que le sentiment d’insécurité serait la première préoccupation. Concitoyennes et concitoyens, forcément, c’est l'élu de proximité que l’on va voir. On toque à sa porte, on regarde bien, ça ne va pas bien dans ma ville et tout ça, ça va être compliqué, la police. Donc qu’est ce qu’ils font les maires ? Parce que les maires, ils ont. Des échéances électorales, donc ils crient La plupart du temps, ils plient. Y compris des maires communistes. Première étape OK, on fait une police municipale parce qu’il y a plus de commissariats dans la ville, parce que la sécurité n’est plus assurée et est attaquée. Parce que les trafics se développent, parce que tout ce que vous voulez. Et puis il y a un moment donné où les. Policiers qui disent Ah ouais, mais nous, on assure la sécurité des gens sur le territoire de la commune, mais, on n’est pas traités à égalité avec la police nationale qui est dotée d’armes et patati et patata.
David Dufresne
Pourquoi ? C’est quoi vos arguments ?
Éliane Assassi
Mais c’est ce que je vous disais tout à l’heure. Moi je pense que la sécurité, c’est un sujet. Beaucoup trop important pour. Être confié à d’autres personnes que des policiers nationaux, avec une doctrine d’emploi bien précise, avec une formation bien fournie. Je ne trouve pas, je ne trouve pas le terme. Ce qui n’est pas le cas des policiers municipaux, en particulier des palissades. Je ne dis pas que ce sont de mauvaises personnes, pas du tout. Pas du tout. Je comprend bien si on est. Pas en train de. Penser à un mal de tête de ces femmes et de ces hommes qui assurent ces missions de service de police municipale. Mais voilà, ils ne sont pas aptes. Ils n’ont pas la même. Formation et ils n’ont pas la même doctrine. Donc moi je suis attachée au régalien en matière de sécurité. Comme je suis attaché au régalien en matière de justice, comme je suis attaché aux réseaux de santé.
David Dufresne
Très, très bien, très bien, très bien. On voit, on voit la communiste en vous, bien sûr, on voit, on voit, on voit la femme qui aime l'État. Mais en quoi ? En quoi la police nationale peut quand même repérer régulièrement ? Comment dirais-je, des réactions ? Et alors on ne parlera pas ici de bavures, etc. Mais il y a un problème systémique. Enfin, ce n’est pas pour rien qu’il y a quand même un débat aujourd’hui, etc. Quelle garantie vous avez que ce serait mieux ? On vous demande dans le dans le chat, mais les policiers nationaux, faut les gérer aussi. Cette question-là, par exemple, du contrôle de la police, n’a pas du tout été abordée évidemment, dans la sécurité globale, ce n’était pas son but.
Éliane Assassi
On est jugé par ses pairs, ses profs, ce n’est pas forcément la meilleure idée du siècle. Nous on est pour une refonte complète. L’IGPN voilà. Mais ce n’est pas mieux. Ce n’est pas venu dans le débat malheureusement, mais j’ai l’intention de déposer une proposition de loi sur mesure sur le sujet.
David Dufresne
Soyons clairs de gauche comme de droite.
Éliane Assassi
Ah oui, tout à fait, de gauche comme de droite. Vous savez, moi j’ai fait les quatorze ou quinze manifs contre la loi El Khomri et j’imagine que vous y étiez aussi.
David Dufresne
Vous avez assez peu parlé des drones pour l’instant.
Éliane Assassi
Oui, oui, oui. C’est un sujet que je ne maîtrise pas bien pour être honnête.
David Dufresne
Alors on passe à autre chose, alors on va voir ce que c’est. On ne va pas faire semblant.
Éliane Assassi
Donc ce n’est pas parce que la question des drones, si j’ai bien compris, la question des drones dans la loi de sécurité globale, c’est que quand même, personne ne peut savoir qu’il est surveillé ou qu’elle est surveillée par un drone. C’est à dire que là, pour le coup, c’est vraiment une attaque. Aux libertés et aux droits essentiels. C’est l’illustration parfaite de ça. Alors on nous dit mais on va prévenir, on préviendra les gens. Quand. Il y aura des drones. Tuer une manifestation, on est d’accord ? Mais tu fais comment mon biquet pour informer les gens qui va y avoir des drones ou tuer la manifestation ?
David Dufresne
Je reviens juste quand même sur le glissement comme ça de la gauche, parce que la droite on n’attend pas grand chose de la droite sur ces questions là. Comment vous expliquer à vous David Sarkozy ? De mon point de vue, c’est avant. Mais comment vous expliquer la RGPP ?
Éliane Assassi
Pour moi c’est comme Sarko. Mais disons que le grand virage de vos alliés d’antan, le PS, c'était Villepinte, c'était dans les années 90. Mais qu’importe comment vous expliquer que la gauche dans son ensemble se soit retirée de ces affaires là aussi, c’est-à dire et lissé du terrain, que ce soit dans les villes ? Vous venez de l’expliquer d’un point de vue micro, mais même d’un point de vue macro, on a l’impression, je ne parle pas d’un point de vue Macron, on a l’impression que voilà, c’est des questions qui. Qui ne sont pas payantes électoralement et donc elles sont abandonnées à la droite. Je crois que les discours de la gauche sur la question de la sécurité ont toujours été d’une grande ambiguïté. On a jamais parlé de ma formation politique à moi. Je crois qu’on. A toujours été très dans l’histoire. Malheureusement, l’histoire est marquée par ça. Et on nous le reproche encore aujourd’hui, y compris parmi les syndicats de policiers. Comme si on avait un rejet de. ce métier et de ses fonctions. Alors que dans un État, dans une démocratie, on a besoin de personnels formés pour assurer notre sécurité, On a toujours eu, on l’a ou on avait ce même rapport aussi avec l’armée. Je vais vous faire une petite confidence moi je ne voulais en fait pas été n’a rien du tout, je voulais être commissaire de police.
David Dufresne
Sans déconner.
Éliane Assassi
Parce que pour les raisons que je viens de vous dire, c’est ce que pour moi, protéger les personnes, c'était. C'était aussi quelque chose de très important. De. Très important ? Et puis dans mon parti, à l'époque, comme impossible que je le fasse, c'était mal vu de rentrer dans la police, comme c'était mal vu de rentrer dans l’armée parce que c'était la répression. Voilà, du vécu. Et donc on a ou on a toujours eu ce rapport. Je ne sais pas comment vous l’expliquer.
David Dufresne
Et vous pensez qu’aujourd’hui, puisque vous ne pouvez pas de l’intérieur être commissaire ? Est ce que vous pensez que ça serait des communistes dans la police ? Peut être que ça irait mieux. Alors, il y a la CGT Police représentée par Antoine
Éliane Assassi
C’est difficile, on prend un chemin, c’est difficile pour eux, ce n’est pas facile.
David Dufresne
Et est ce que vous pensez réellement que vous pouvez réformer la police par l’extérieur puisque vous n’avez pas pu être commissaire ? Commissaire Assassi
Éliane Assassi
J’ai beaucoup de respect pour la police de la République. Et je pense que c’est un métier difficile et que malheureusement, les ordres qu’on leur donne. Et l’encadrement qui est le leur et les directives politiques qu’on leur demande de respecter ne sont pas les bonnes. Voilà, c’est ça, C’est le politique encore qui fait que la police peut avoir des comportements. Comme. Elle a eu ces derniers temps, notamment failli. Pas que ces derniers temps à Charonne, ce n’était pas sous Macron, du moins.
David Dufresne
Je reviens aux questions policières.
Éliane Assassi
Elles datent de plusieurs décennies quand même. Sans ça, remonter jusqu'à Vichy ?
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr. Alors cela dit, la venue va nous amener. Nous avons encore un peu de temps voilà, vous êtes au poste. Le rêve de vos rêves, vos rêves d’antan. Et là, vous abordez une question importante qui est celle de puisque vous connaissez bien les questions de police et de justice, vous les suivez depuis très longtemps. Vous croyez vraiment que c’est systémique ? Il y a deux écoles dans la critique de la police. C’est ceux qui disent c’est le système, il y a ceux qui disent c’est l’autonomie des policiers, c’est des individus,
Éliane Assassi
C’est des choix politiques. David C’est les choix politiques. La police répond trop souvent. A des ordres. Venant du gouvernement pour réprimer. Vous avez entendu parler ces derniers temps ? Je parle de même dans la loi sécurité globale d’une loi au service du bien être des gens est à date. Non, non, non, non, non, non, non. Chaque alinéa de la loi, c’est du plus répressif. Donc c’est une commande politique, c’est une commande politique.
David Dufresne
Sur la gauche aussi. Vous n’avez pas vraiment répondu quand même. Pourquoi cette commande politique ? Elle vient aussi de la gauche.
Éliane Assassi :
Parce qu’il y a une capacité à répondre à d’autres choix. C’est pourquoi il y a de la répression dans la rue, parce qu’il y a beaucoup de mécontentement. Enfin, pourquoi y a-t-il déjà des manifestations ? Est-ce qu’il y a des mécontentements ? Que ce soit sur l’emploi, que ce soit sur la santé, sur divers sujets. Il y a des idées, des éléments sur lesquels les politiques n’apportent pas de réponses qui correspondent aux besoins des gens. Et dont on peut rire ? On réprime. Je pense qu’il faut examiner cela de manière plus profonde.
David Dufresne
: Alors, je me fais attaquer dans le chat à gauche, entre guillemets. On me reprend, donc évidemment, je voulais parler plutôt de la guerre aux cheveux parlementaires, etc. Mais bon. Je reviens au chat et à la sécurité globale, puisqu’il y a 87 députés pour faire un recours auprès…
Éliane Assassi :
Du Conseil, 69.
David Dufresne
: Donc ils sont 87, il en faut 60, oui, mais tous les 187, oui…
Éliane Assassi :
Nous aussi, on l’a fait au Sénat cette semaine.
David Dufresne
: Ah, vous l’avez fait aussi ?
Éliane Assassi :
Oui.
David Dufresne
: Alors pourquoi on n’est pas au courant ?
Éliane Assassi :
On l’a déposé jeudi, ou jeudi ou vendredi, au Conseil.
David Dufresne
: Et pour ça, vous étiez combien ? Expliquez-moi pourquoi vous êtes trois dans l’hémicycle et 60 pour signer le recours.
Éliane Assassi :
Écoute, nous, on est trois dans l’hémicycle. D’abord, il faut regarder la façon dont se déroulent les débats parlementaires en ce moment. Ce n’est pas toujours facile. En plus, avec les restrictions actuelles, on représente notre groupe. Même si nous ne sommes qu’un ou deux dans l’hémicycle, nous représentons tout notre groupe. J’ai une chance inouïe : je préside un groupe où tout le monde, sans même entrer dans les détails de la loi, s’est déclaré opposé à ce texte. Mes quinze sénatrices et sénateurs communistes ont signé. Ils sont contre cette loi dite de sécurité globale. Mais c’est pareil pour les socialistes, et il doit y avoir des Verts aussi. Oui, les Verts ont également signé le recours, la saisine au Conseil constitutionnel par d’autres. Voilà donc les deux chambres
David Dufresne
Et les deux chambres. Donc on vous demande quelles sont les chances de ces deux chambres. Ou plus exactement quels sont les articles du texte qui pourrait se faire censurer par le Conseil constitutionnel, d’après vous ?
Éliane Assassi
Eh bien, il y a la réécriture de l’article 24 que j’ai sous les yeux, là, c’est cette réécriture, en fait. Il n’y a plus donc dedans la question de l’usage malveillant de l’image dans dans la nouvelle réécriture, parce que, effectivement, ça posait des difficultés. Dans.
David Dufresne
Donc là, vous me faites la liste des articles qui font l’objet de la saisine.
Éliane Assassi
Je ne suis pas au Conseil constitutionnel. C’est. Alain Juppé qui y est. Donc non, mais là, par exemple, trêve de plaisanterie, ne sommes-nous pas au cœur du problème ? C’est-à-dire, que peut-on attendre d’un Conseil constitutionnel sur ces questions, sachant qu’il est composé de personnes comme Juppé, Fabius et d’autres qui, depuis 20 ou 30 ans, accompagnent cette vision sécuritaire de la question, uniquement sur le plan institutionnel ? Sortons de cette perspective, parce que je trouve que parfois les débats sont un peu trop… C’est marrant, c’est ce que je disais aussi en Arménie : on parle toujours des institutions et des chômeurs, comme s’ils n’existaient pas. La démocratie représentative, c’est d’abord une question de gens, pas seulement d’institutions. Nous n’avons pas grand-chose à attendre du Conseil constitutionnel pour les raisons que vous avez évoquées concernant sa composition. Cela dit, il y a tout de même quelques membres un peu sensés au Conseil, notamment d’anciens sénateurs qui y siègent et qui ont un regard sur le droit et sur les libertés, un peu plus démocratique que ce qu’on pourrait penser au premier abord.
David Dufresne
Justement, il y a six ans, 91 morts. Ici, les gens, ils n’ont pas confiance, ils prennent des pseudos bizarres.
Éliane Assassi
Mais c’est chez nous aussi, bien.
David Dufresne
: Chez vous aussi, c’est un vieux truc. Alors bonjour. Avec tout mon respect, madame Assassi, vous posez la déviance de la police sous l’excuse, entre guillemets, de la pression politique. Pourtant, vous êtes sénatrice. Quel est le pouvoir et le rôle des sénateurs dans cette question ? Désignez-vous uniquement le gouvernement ? En particulier, le Sénat pourrait-il peser davantage sur cette question ?
Éliane Assassi :
Eh bien, si la majorité au Sénat était différente, oui. Mais vous savez, parfois, le Sénat, c’est pour ça que j’essaie de sortir de cette seule question institutionnelle. Vous vous rappelez du fameux débat sur le prélèvement de l’ADN des étrangers, des enfants, et des personnes qui se disent mineures, alors que certains pourraient en fait être majeurs ? Il y avait cette idée de prélever l’ADN. Heureusement, on retrouve ce concept au Conseil constitutionnel. Malgré une majorité de droite au Sénat, certains sénateurs de droite se sont levés contre cette décision, qui a finalement été rejetée. Donc, au sein du Parlement, et particulièrement au Sénat, il y a des juristes, des avocats, à droite comme à gauche, qui ont un certain sens des choses et qui ne font pas forcément accepter n’importe quelle mesure. De là à faire basculer les choses, oui, mais c’est une question de rapport de force politique. Il faut avoir plus de sénatrices et sénateurs communistes au Sénat.
David Dufresne
: Non, mais vous êtes en train de transformer cette émission en tract pour le PCF ?
Éliane Assassi :
Non, non, non. Je connais les rapports de force. Comme dirait ma petite-fille, c’est un peu couillon. Je connais bien la question. Oui, c’est une question de rapport de force, mais il faut aussi pousser. Nous, on ne cède pas. Je dis toujours à mes parlementaires, excusez-moi de me les approprier, qu’il faut porter les revendications pour être efficaces. Même si on est battus à la fin, il faut avoir un pied dehors et un pied dedans, être le plus possible avec les gens dans nos départements, dans les mouvements, dans les manifestations, etc. Il faut aller jusqu’au bout. Après, la démocratie, les institutions, font que, au bout d’un mois, il y a un vote. Et nous, on est quinze. Les socialistes sont soixante-dix, et ils ne sont pas toujours d’accord entre eux. Maintenant, c’est une réalité, mais ne vous inquiétez pas, je leur dis que ce n’est pas grave. Voilà où nous en sommes.
David Dufresne
: Au début de l'émission, vous avez dit que ce qui se passe dans la rue pèse et peut vraiment aider le Sénat. On vous pose donc la question dans le chat : comment modifier le rapport de force lorsque l’on constate les mutilations lors des manifestations ? C’est-à-dire que le rapport de force devient même impossible à établir.
Éliane Assassi :
Vous savez, il y a bien évidemment des violences policières. Et là-dessus, je vous fais totalement confiance. Mais c’est chaud, et je l’ai vu. Je vais à des manifestations, donc je suis témoin de ce qui se passe. Dans ce pays, on a des dirigeants qui contribuent à étouffer la voix des corps intermédiaires et du mouvement syndical, parce qu’on parle de sécurité. Regardez ce qui se passe dans les entreprises : les licenciements, les fermetures, tout cela, et ça ne bouge pas. On contribue aussi à affaiblir le mouvement associatif, toutes les forces qui pourraient réagir de manière positive face aux choix qu’on veut leur imposer. Il y a toute une stratégie derrière ça. Ce n’est pas simplement le fait que les gens ne descendent pas dans la rue à cause des violences policières. Ce n’est pas seulement ça.
David Dufresne
: Excusez-moi, mais pour faire un parallèle osé, ce n’est pas parce qu’il y a des violences policières que les gens ne vont plus voter.
Éliane Assassi :
Bon point. Merci.
David Dufresne
: On vous suggère dans le chat des pistes, notamment la question médiatique. Par exemple, pourquoi a-t-on l’impression de n’entendre que Larcher et Retailleau chez les sénateurs dans les médias ?
Éliane Assassi :
Non, je ne suis pas d’accord. Dans mon groupe, par exemple, je n’aime pas ça. Je vous le dis tout de suite. Je n’aime pas aller sur les plateaux télé. Je préfère être plus tranquille, plus à l’aise. Mais j’ai deux porte-parole, Cécile Cukierman et Fabien Gay, sénateur de la Seine-Saint-Denis, avec qui je me cache parfois. Ils passent souvent sur les plateaux de BFM.
David Dufresne
: Je suis sur les listes aussi. Il n’y a pas marqué "Coyote" ou pas ?
Éliane Assassi :
À mon fils ? Ma petite-fille, oui. Mais quand mon fils était petit, je lui disais : "C’est son métier." Bref, il n’y a pas marqué "Coyote". Fabien passe souvent sur BFM, et Cécile également. Vous savez, parfois, on veut entendre la voix de ceux qu’on a envie d'écouter. Mais il y a une répartition du temps de parole entre les formations politiques, et forcément, vu notre nombre au Sénat, j’ai moins de temps de parole que Larcher ou Retailleau. Ça, c’est évident.
David Dufresne
: Pourquoi n'êtes-vous pas à l’aise ? Pourquoi n’y allez-vous pas ?
Éliane Assassi :
Ah, je n’aime pas ça ! Je n’ai jamais aimé. Je suis plutôt dans l'écrit que dans l’oral.
David Dufresne
: Vous pouvez écrire des tribunes, par exemple.
Éliane Assassi :
Oui, sauf que là, mon grand, il faudrait avoir du temps, car on est souvent pris.
David Dufresne
Et le problème des tribunes, il faut, il faut l’expliquer à ceux qui nous écoutent. Si vous écrivez une tribune, là, on vous invite sur les plateaux télé parce qu’ils sont assez feignants.
Éliane Assassi :
Donc non, ce n’est pas assez pour moi. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la résonance qu’on peut donner aux sénatrices et sénateurs. De plus, j’ai aussi un parti politique aussi. Il y a un autre groupe à l’Assemblée nationale, car ce qui vaut pour nous au Sénat vaut aussi pour notre groupe à l’Assemblée. Les temps de parole y sont répartis. Cela se vérifie. Là, nous rentrons dans une période électorale, donc c’est encore plus drastique en termes de présence sur les plateaux télé. Je l’accorde à la personne qui a posé la question : il est vrai que pour le Sénat, on a tendance à n’entendre que Larcher. C’est normal, c’est le président du Sénat, le deuxième personnage de l'État. Quant à Retailleau, c’est simplement parce qu’il est un prétendant à la candidature suprême.
David Dufresne
: Je profite que vous soyez là pour vous poser une question sur l’intitulé de la loi. La loi a porté quatre noms. Le premier nom était "Continuum sécurité". Le deuxième, le plus connu, celui qui a fait le tour du monde, était "loi sécurité globale". Ensuite, devant vos yeux ébahis, ainsi que ceux de Darmanin, qui ne comprenaient pas trop pourquoi la loi avait changé de nom, certains sénateurs avaient proposé un nouveau nom : "loi pour un nouveau pacte de sécurité respectueux des libertés". Je me souviens que Darmanin a dit qu’il ne s’y opposait pas, mais qu’on avait oublié les gardes champêtres. Ce gars-là peut avoir de l’humour. Je ne sais pas si vous vous en souvenez. Finalement, le nouveau nom est devenu "loi pour une sécurité globale préservant les libertés". Passons sur l’aspect orwellien dont il a beaucoup été question ici. Pourquoi change-t-on de nom comme ça en cours de discussion ? Est-ce un tour de passe-passe, ou pas ?
Éliane Assassi :
C’est un tour de jeu, et ils sont tellement mal à l’aise sur cette loi. Comme vous le dites, elle a créé, même si ça s’est essoufflé par la suite, un certain nombre de mini-manifestations de mobilisation. Je pense qu’ils se sont dit qu’il fallait peut-être trouver un équilibre en préservant les libertés publiques, car on a tellement, tellement, tellement rabâché que cette loi s’attaquait aux libertés. Ils ont voulu trouver un équilibre. Mais bon, ça arrive, et je suis désolée d’y revenir, mais avec la loi sur le séparatisme, Retailleau avait voulu modifier l’intitulé de la loi pour y faire référence à l’intégrisme musulman. Fort heureusement, cela a été balayé. La majorité de droite, si mes souvenirs sont bons, a déposé un scrutin public, ce qui signifie qu’une personne peut voter pour l’ensemble du groupe. Forcément, comme ils sont majoritaires… Je crois qu’il y avait un réflexe en se disant que "sécurité globale", ça ne le faisait pas. On est attaqués de toute part en disant que la droite républicaine, et parce qu’il y a des échéances électorales, il faut toujours garder cela en tête. Quand ils proposent des idées, des amendements, ils ont toujours en perspective les prochaines échéances électorales, et là, en l’occurrence, la présidentielle. Ce n’est pas pour rien que je faisais référence à Retailleau comme candidat à la candidature suprême. Voilà, vous voyez ce que je veux dire ?
David Dufresne
: Absolument. Alors, je vais faire écouter à ceux qui nous regardent… Vous n’allez pas l’entendre, mais vous connaissez ce moment célèbre, car je voudrais rappeler à ceux qui nous regardent le fameux moment de la deuxième séance du deuxième jour, où vous allez vous énerver sur la loi sécurité globale, notamment sur le point où vous allez utiliser cette expression légendaire : "ici, point barre". Malheureusement, vous ne pourrez pas l’entendre.
Éliane Assassi :
C’est dommage que je ne m’en souvienne pas.
David Dufresne
: Non, je ne peux malheureusement pas vous le faire écouter.
Audio :
L’article 20, ce n’est pas de savoir si ce soir on est pour ou contre la vidéosurveillance. Que certains continuent, ça va. Que certains continuent à appeler cela "vidéo protection", ce n’est pas le sujet ce soir. Cécile Cukierman l’a bien précisé : des maires, dans leur diversité politique, y compris de ma famille politique, mettent en place des vidéosurveillances. Je vais même vous dire qu’il y a des maires communistes qui, dans leur ville, ont des polices municipales. Point barre. Le débat d’idées, c’est le débat démocratique, non ? Donc ne tombons pas dans des excès de langage et ne tombons pas à côté de l’objet de cet amendement ou de cet article. Plus précisément, que disons-nous ? Nous disons simplement que le visionnage de ces images doit être rigoureusement encadré, dans le respect des libertés privées et individuelles des citoyennes et des citoyens, et nous refusons que cette possibilité soit donnée aux polices municipales. Point barre. On n’est pas en train de dire qu’il ne faut pas de vidéosurveillance. Nous avons des réserves quant au fait que le visionnage des images puisse être fait par la police municipale. Donc revenons au vrai sujet. Je vous remercie.
David Dufresne
: Merci. C'était sur le fait que vous vous opposez à ce que les polices municipales puissent visionner les images des caméras de surveillance. Vous étiez presque survoltée. Je voulais montrer ce passage parce qu’il est fondateur.
Éliane Assassi :
Ça y est, je me souviens, je me suis énervée. Vous savez, ça m’arrive rarement de sortir de mes gonds comme ça. Monsieur Grand a tendance à laisser croire que le pays va mal parce que les communistes sont d’accord mais bon, il est gentil, monsieur, mais voilà.
David Dufresne
: Sachez que vous l’avez vécu en direct, comme l’a rappelé le chat. Donc le changement de nom, vous dites, en fait, il n’est pas innocent.
Éliane Assassi :
C’est quelque chose de pensé pour renvoyer l’idée que la droite n’est pas, allez, moins méchante que le gouvernement. Donc on va rajouter un petit truc sur le respect des libertés. Mais bon, ça ne trompe personne.
David Dufresne
: On vous repose des questions sur les auditions que vous menez avant les débats à l’hémicycle. Est-ce que ce sont vraiment Gladys qui vous demande ça ? Est-ce que cela vous permet vraiment de retravailler vos textes, ou est-ce que c’est purement formel ? Il y a aussi une question d’une autre personne. J’ai essayé de retrouver de Lightman, que je salue pour les questions sécuritaires, qui est auditionné contre les syndicats de police ou les sociétés privées de sécurité. Qui sont les gens auditionnés dans les cours pour travailler avant les groupes ? Est-ce qu’il y a des avocats ? Est-ce qu’il y a des familles de victimes ? Est-ce qu’il y a des abolitionnistes de la police ? Est-ce qu’il y a une parole vraiment critique, ou est-ce que ça reste bon enfant ?
Éliane Assassi :
Si je fais des auditions, ce n’est pas pour entendre des discours ennuyeux. Quand je fais des auditions, j’essaie d’avoir un panel représentatif, avec des hauts représentants de syndicats et d’associations dans leur diversité. Rappelez-vous, quand on a fait cela à propos de notre proposition de loi contre le BT, il y avait un panel de personnes ayant des avis divergents, ou qui peuvent penser la même chose, "stop aux LBD", mais prenant des chemins différents pour atteindre cet objectif. Non, j’aime bien faire des auditions contradictoires. Par exemple, pour la loi sur le séparatisme, j’ai auditionné des constitutionnalistes de gauche et de droite, car nous en avons besoin. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver ce qui peut faire consensus malgré les divergences, et de porter ce consensus dans l’hémicycle. Oui, c’est ça qui est intéressant. Je leur envoie les textes pour qu’ils puissent donner leur avis sur les amendements, et il m’est même arrivé, puisque c’est moi qui les ai écrits, de leur renvoyer mes interventions en séance pour leur demander leur avis. Non, ce n’est pas juste pour entendre des gentillesses.
David Dufresne
Vous venez de répondre alors que vous ne voyez pas le chat. Vous devriez. Vous venez de répondre à JH J. Bonnet qui demande s’il y a des juristes qui sont parfois auditionnés et si c’est effectivement le cas sur la loi sécurité globale. Est ce que vous pensez que c’est l’Europe qui va nous sauver de cette merdasse ? Qu’en pensez-vous. Alors, question d’un juriste, là, visiblement. Est ce que c’est stratégiquement mieux de passer au Conseil constitutionnel maintenant ou d’attendre une condamnation pour faire une question prioritaire de constitutionnalité ? Là, j’avoue que je ne connais pas la nuance. Est ce que.
Éliane Assassi
C’est une question prioritaire de constituer avec les gens, les gens, les citoyens peuvent déposer une question prioritaire. Voilà.
David Dufresne
Mais pourquoi attendre une condamnation ? on attendait.
Éliane Assassi
Je pense que ce n’est pas contradictoire. C’est aussi une forme d’action. La saisine du Conseil constitutionnel comme les C.P.C, des questions prioritaires de constitution comme maintenant, un outil que personne ne connaît. Et ça, c’est bien dommage. Qui existe au Sénat. C’est à dire que vous pouvez déposer des pétitions en ligne au Sénat et sitôt que la pétition atteint 100 000 signataires. La Conférence des présidents du Sénat, à laquelle je siège, peut décider que cette pétition soit rédigée sous Forme de. Proposition de loi pour être présentée au débat. C’est vachement intéressant. La dernière alors, une des seules qui est arrivé à plus de 100 000, c’est celle sur l’allocation adulte handicapé et qu’elle puisse bénéficier qu’elle soit individualisée dans un couple. Aujourd’hui, il y a une hache qui est versée, nous ont demandé à ce que le couple. Ou une. Famille où il y a plusieurs personnes handicapées puissent chacun toucher.
David Dufresne
La pétition sur le site du Sénat, je la trouve où ?
Éliane Assassi
Bah je ne sais pas mais c’est intéressant ça ! C’est très intéressant.
David Dufresne
Attendez, parce que là, avant et pour.
Éliane Assassi
L’instant, cet outil qui est un outil pour le coup.
David Dufresne
Là, je suis. Ah oui ? Ah bah non, c’est sur la home. Attendez, je regarde en direct, je regarde, je fais le truc en direct. C’est tout bête. Oh ouais, heu. Pétition : Participez, signez, déposez des pétitions. Faut dire que le site du Sénat, il a un petit côté désuet d’un petit côté 90 que j’aime bien.
Éliane Assassi
Voilà. Et donc vous déposez des pétitions et sitôt qu’on atteint 100 000 signataires. Le sujet de la pétition est discuté en conférence des présidents et. Peut être traduit par un groupe ou par le Sénat. Le président, en proposition des lois, est soumis au débat parlementaire. C’est si, si ! Ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la démocratie participative, mais bon.
David Dufresne
Je reviens de la loi Sécurité globale. Donc le Conseil constitutionnel, on a compris que vous attendiez. Vous espériez que parce qu’il y aura des sénateurs proches de votre mouvance et qui peut être de faire sauter ou de dire papier à ou deux articles. Et si on veut que ce soit plus que ça, c’est quoi ? C’est l’Europe ou on s’est foutu ou c’est plié ?
Éliane Assassi
Non ? Bah non parce que là, sur le sujet de la sécurité, c’est royal. Il y a des jurys qui sont là qui répondent mieux que moi, mais je pense que c’est un c’est celui- ci. Si c’est pas de la responsabilité, on est pas sur des questions comme l’immigration, l’immigration, etc. La sécurité, c’est une responsabilité régalienne. Ce que j’ai dit tout à l’heure, c’est comme la santé, la santé, c’est pas à l’Europe de décider du système de santé. En France. La sécurité c’est pareil, sauf quand ça touche à des aspects tels que malheureusement, ils assimilent toujours la sécurité, l’immigration.Donc, sur la loi sécurité globale, c’est plié.
Éliane Assassi
Dans mes choix. Je crois qu’il faut continuer la pression. Et c’est pas pour rien que je faisais référence à cette pétition. Enfin cette possibilité de deux petits. Je pense qu’il ne faut pas baisser, il ne faut pas baisser les bras. Et puis après la loi, elle va trouver si elle est adoptée, si le Conseil constitutionnel la valide définitivement, elle va trouver et elle va être mise en application dans les dans les collectivités pour parler des polices municipales, mais aussi pour parler des des. Arrêt des entreprises privées de sécurité. Et là, il y a peut être des principes de réalité qui vont, qui vont, qui vont faire qu’il y aura peut être des résistances. Et je le répète, un David. Ce que fait une loi, une autre loi peut le défaire.
David Dufresne
Alors quand même, là, on va, on va vient, on va vers la fin, parce que je ne veux pas vous prendre toute la soirée, mais on est quand même un peu obligés de parler de ce qui se passe là, que pourquoi c’est pas foutu de faire l’union de la gauche ?
Éliane Assassi
Ah mon Dieu ! Et je ne suis pas croyante. Comment vous dire les choses ? Je lui ai parlé du Parti communiste français. C’est celui que je connais le mieux. Maintenant je pense que je ne pense pas, je suppose. Beaucoup trop de communistes ne pensent que l’affaiblissement de la gauche. Est. Aussi le fruit de l’affaiblissement du Parti communiste français, ce qui est vrai. Je pense que c’est vrai, mais ils en ont une traduction avec laquelle je ne suis pas forcément en accord, c’est-à-dire la peur de l’effacement du parti communiste. Et pour que celui-ci ne soit pas effacé de l'échiquier politique, il faut qu’il se présente à une élection avec laquelle on n’est pas favorable à cette élection présidentielle. Le Parti communiste français. Mais bon. Voilà Vous avez Mélenchon de l’autre côté qui est parti très vite. Tout seul aussi sans discussion. Il y a cette tentative qui a été faite la semaine dernière par Jadot de rassembler les gauches. Mais comme certains à gauche ont déjà désigné le candidat Mélenchon et Fabien Roussel qui est pour le Parti communiste français, qui sera sans doute à la fin de la semaine, pas celle ci la semaine d’après. Bon voilà, les dés sont pipés. Je pense qu’il aurait fallu à un moment, bien en amont. D’une rencontre. De toute la gauche dans notre pays pour essayer de construire. Je ne veux pas dire un programme. Commun parce que ce ne serait peut être pas.
David Dufresne
Comment se fait-il que tous ces gens là en 2021 n’aient pas compris, alors que vous ne cessez depuis 1 h 15 de nous expliquer, à raison, que tout est affaire de rapport de force ? Que en faisant ça, ils tuent tout rapport de force.
Éliane Assassi
C’est. Alors je vais être précise, là c’est Éliane Assassi qui parle.
David Dufresne
Et en tant que sénatrice, est ce que vous pouvez comprendre que ce genre de comportement n’est pas le vôtre, mais de ce dont on vient de parler finalement, fait que les gens de gauche viennent sur Twitch plutôt que d’aller voter.
Éliane Assassi :
Écrire des livres, c’est bien, surtout parce que ça montre qu’on s’intéresse à la pensée de façon générale et à la politique en particulier. Je suis très contente de cela. Mais ce qui m’inquiète vraiment aujourd’hui, c’est l’abstention, la défiance grandissante des gens envers le politique. Voilà, je vais vous faire une confidence qui n’en est pas vraiment une. Ma grande crainte, au-delà de tous ces textes abominables qui stigmatisent et qui augmentent la répression dans le pays, c’est ça. Et la dame blonde a un réservoir qui pourrait lui permettre d’en profiter. Comment reconquérir le cœur de celles et ceux qui ne voteront plus ? Ce n’est pas seulement à cause des violences policières. Ce phénomène ne se crée pas à quelques semaines d’une échéance électorale, comme la présidentielle.
David Dufresne
: Mais tout à l’heure, vous disiez que, en tant que sénateurs, vous entendez la rue et que cela vous aide. Que peuvent faire les gens de gauche qui s'énervent dans le chat pour répondre à ce dont vous venez de parler, les Jadot, les Mélenchon ?
Éliane Assassi :
Ce qui est dit est vrai. Après, je pense que chacun veut jouer dans son couloir, ce qui est très mauvais. J’en suis persuadée. Les formations politiques de gauche ont souvent déçu, car elles ont été au pouvoir récemment. L’aspiration à ce que notre société aille vers le meilleur grâce à la gauche au pouvoir semble s'éteindre. C’est une idée qui s’est affaiblie. Les forces politiques se sont également affaiblies. Moi, je suis dans cette famille. Je suis communiste et je suis émue parce que je suis militante avant tout. Je sens bien que le rapport aux gens, le dialogue avec eux, devient de plus en plus compliqué, car ils sont enfermés dans leurs problématiques quotidiennes. Le désespoir, la fatalité… Comment renouer tout ça ? C’est un travail de longue haleine. Je n’ai pas la clé. Comment redonner de l’espoir aux gens ? Aujourd’hui, ils manquent d’espoir. Il y a des urgences qui se posent dans le pays, mais aussi sur la planète. Ce n’est pas un problème franco-français, et il n’y a plus personne pour leur redonner de l’espoir. Les idéologies qui ont échoué ont fait du mal à des millions de personnes. Il y a des idéologies qui sont arrivées au pouvoir et qui se sont complètement déshabillées de leurs idées et engagements pris pendant les campagnes électorales. Bref, tout ça, vous le connaissez. C’est ça, la désespérance. Donc comment redonner de l’espoir ?
David Dufresne
: Sur ce sujet, Éliane, je voudrais vous poser une question précise. Nous discutons surtout de questions de police, de libertés publiques et fondamentales. On voit très clairement que la question de la sécurité, à nouveau, est au centre du débat. Mais pourquoi cela fonctionne-t-il sur la droite et l’extrême droite ? Pourquoi à gauche, ce n’est pas porteur ? Pour une partie de la gauche, on entend parfois des questions comme : "Est-ce que la gauche existe ?"
Éliane Assassi :
Je comprends ces questions, qui sont tout à fait légitimes. Aujourd’hui, la gauche dans le pays est complètement aphone. Elle ne parle pas aux gens. Quand je dis que les gens ont envie de souffler, de respirer, d’avoir de l’espoir, c’est pour leur avenir, pour leurs enfants. Mais la gauche est incapable de répondre à cela. Elle est enfermée dans ses couloirs et refuse de changer.
David Dufresne
: Mais mettez-vous en colère, il n’y a pas de souci.
Éliane Assassi :
La question est pourquoi la gauche a abandonné la question de la sécurité.
David Dufresne
: Exactement.
Éliane Assassi :
La peur, nous ne l’avons pas abandonnée, mais le rouleau compresseur de la droite et de l’extrême droite est relativement puissant. Et donc la gauche n’a pas résisté. Ce ne sont pas quinze petits sénateurs, ou même cent, qui peuvent modifier la donne. En matière de sécurité, de liberté, de droits, d’autres choix peuvent être faits que ceux qui sont actuellement en vigueur. Mais une fois qu’on a dit cela dans l’hémicycle, ce n’est pas suffisant. Il faut le porter auprès des gens. Et c’est là où nous avons des faiblesses. Les gens rejettent ceux qui n’ont pas tenu leurs promesses, et ils se disent finalement : "La seule qu’ils n’ont pas encore essayée, c’est la dame blonde." Ils s’engagent dans cette voie.
David Dufresne
On ne résiste pas, vous les résistez comment ?
Éliane Assassi :
En renouant, en portant notre projet politique
David Dufresne
Comment le PC a-t-il pu passer à côté d’un mouvement populaire comme les gilets jaunes ?
Éliane Assassi :
Exactement. Certains ont considéré que, comme ce mouvement n'était pas porté par des syndicats ou des structures associatives, c'étaient des extrémistes. Pas forcément de droite, mais c'était perçu comme tel. Les gilets jaunes représentent une diversité, une expression de différentes voix qui n'étaient pas accompagnées par des syndicats, et c'était une erreur. C’est une erreur parce que les gilets jaunes étaient un mouvement divers, avec des opinions variées. Je voulais vous raconter une petite anecdote en lien avec la loi sur la dignité, avec Darmanin. Ce dernier a dit, en off, que son texte était un texte de droite. D’accord, on avait compris. Et moi, je vais voir… En tout cas, un homme de droite observe le monde. Et en fait, il a bien joué. Il a proposé un texte de droite pour pousser la droite à ses extrémités, et c’est ce que nous avons vu avec la loi sur la sécurité globale et la loi sur le séparatisme.
David Dufresne
Et Darmanin, il vous fait cette finance quand ?
Éliane Assassi :
Voilà, il est de droite et propose un texte porté par le gouvernement de droite. On repassera… Ça pousse à droite, à ces extrémités. D’où ces amendements dont j’ai parlé. Personne n’en parle. Ça n’a pas l’air de bouleverser grand monde que l’on supprime les allocations familiales des familles dont un enfant ne va plus à l'école. Ça ne choque personne qu’on interdise à des mamans d’accompagner des sorties scolaires.
David Dufresne
: Quelles sont les règles qui pourraient faire l’objet de prosélytisme musulman ?
Éliane Assassi :
Bien évidemment, puisque les autres n’existent pas.
David Dufresne
: Donc, Éliane, je m’adresse à la communiste que vous êtes. Le Parti communiste, un vieux parti avec une histoire, connaît l’histoire sans en faire l’histoire. Comment décririez-vous l'époque actuelle ? Est-ce qu’on se paie de mots en parlant de fascisme rampant et brutal ?
Éliane Assassi :
Elle est violente, elle est dangereuse. Qui sont ces hommes et ces femmes ? Pas forcément de gauche, mais qui ont une certaine idée de ce que doit être la République et une démocratie. Ils se soulèvent. Voilà. Et si on ne laisse pas passer la dame blonde en 2022, alors pas coûte que coûte.
Éliane Assassi :
Ou quoi qu’il en coûte. Si on pouvait éviter encore le scénario du choix par défaut, ce serait pas mal, je pense.
Éliane Assassi :
Le problème, c’est qu’on y va, ni la dame blonde ni le choix par défaut.
David Dufresne
: Vous reviendrez pour nous expliquer comment on peut faire. Vous parliez de République réveillée.
Éliane Assassi :
Ce que vous faites, après 20 heures, c’est des pierres portées à l'édifice. Mais il y a peu de résonance, quand même. On n’a pas grand-chose en cours.
David Dufresne
: Dans le tchat, on vous dit que ce n’est pas très gentil pour les dames blondes, donc on ne va peut-être pas les appeler comme ça. Il y a plein de questions pour vous. Vous reviendrez quand vous voudrez, avec grand plaisir. Je voudrais juste terminer par une question d’Anthony Caillé, qui est bien connu de nos services.
Éliane Assassi :
Alias Anthony.
David Dufresne
: Donc, visiblement, vous avez bourré les urnes. Pour ceux qui ne le savent pas, Anthony Caillé est le secrétaire national de la CGT Police. Il vous pose la question suivante : le Sénat peut-il intervenir sur la position des 20 généraux proches de la sédition dans un canard d’extrême droite ?
Éliane Assassi :
Oui, oui, oui.
Éliane Assassi :
J’ai appris cela quand j'étais en Arménie. C’est assez surréaliste que ce genre de choses puisse se produire. La société est dans cet état par choix. Là, il y a la suspension des travaux du Sénat encore cette semaine, mais pour demain, je vais essayer de faire un communiqué et de poser une question d’actualité au gouvernement la semaine prochaine sur ce sujet.
David Dufresne
: Pensez-vous que c’est un chiffon rouge ?
Éliane Assassi :
C’est une construction, et quand je parlais de brèche tout à l’heure, certains s’y précipitent. Non, ce n’est pas qu’un chiffon rouge, c’est très sérieux. Que ce soit porté par un journal… on en pense ce qu’on veut, vous comme moi. C’est l’impression de revenir 50 ans en arrière.
David Dufresne
: C’est pour ça que je parle des ultimes questions. Vous en avez parlé plusieurs fois. Il y a des gens dans le tchat qui vous demandent quelle est l’atmosphère en Arménie, puisque vous revenez d’Inde et d’Arménie.
Éliane Assassi :
C’est très compliqué. J’y suis allée avec le président du Sénat et les présidents de groupe qui ont signé, en novembre dernier, une proposition de résolution demandant au gouvernement la reconnaissance du Haut-Karabagh. C'était très rare au Sénat, pratiquement tous les groupes politiques ont signé, y compris le mien. Cette résolution a été adoptée à l’unanimité, sauf une voix, mais cette personne a ensuite déclaré qu’elle était favorable.Nous avons porté cette résolution aux institutions arméniennes. Le 24 avril, c'était le 106ᵉ anniversaire du génocide arménien, et nous avons participé à des commémorations très émouvantes, vraiment pieuses. La situation est très difficile parce qu’il y a eu une guerre récemment. Beaucoup de gens sont morts. Nous avons visité une université française à Erevan, et onze élèves de cette université sont morts pendant cette guerre. C’est une situation très dure économiquement. C’est un beau pays, petit mais beau, qui appelle toutes celles et ceux qui veulent y passer quelques jours ou semaines. Économiquement, il est complètement exsangue, avec une agriculture pas au top, et il traverse une crise institutionnelle, le premier ministre ayant démissionné hier. Il va y avoir des élections en juin prochain. La situation est tendue, avec lassitude. La Turquie et Erdogan ont très mal réagi au communiqué de Bagdad qui a reconnu le génocide arménien. Donc, il y a des tensions très fortes : militaires, économiques, sociales et sanitaires, car le quotidien fait des ravages considérables en Arménie. Le système de santé est exsangue. C’est vraiment très difficile pour les Arméniens en ce moment.
David Dufresne
: Merci beaucoup, Éliane. C'était la première fois de ma vie que j’interviewais en direct une personnalité politique. Ce n’est pas de la tarte, ce n’est pas facile.
Éliane Assassi
Elle l’a dit quand même. Merci à vous toutes et à vous tous. Merci à vous David.

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