#Police : la loi de l’omerta. Deux flics balancent.
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Amis du café. Amis des lanceurs d’alerte. Amis des programmations de dingues avec des caméras mal branchées. Bonjour tout le monde ! Regardez ce magnifique mug, bientôt dans la boutique d’auposte.fr, vous allez pouvoir acquérir ces pots magnifiques créés avec amour par Émile Cheval présentement dans le chat. Bon, les amis, j’ai fini ce matin ce livre. Il y a des passages, c’est de la bombe, je vous le dis. La loi de l’omerta. Police, Soit tu fermes ta gueule, soit tu fermes ta gueule. Deux policiers, deux ex policiers, une ex capitaine, un ex. L’OPJ des stups. Fabien et Agnès seront là dans dix minutes Alors c’est un livre qui critique avant toute chose le fonctionnement de la police et par ricochet, les pratiques policières notamment. Vous allez voir les fous en écriture publique, les collègues couverts en cas de violence, la violence policière illégitime, Je dis bonjour à Olivier, à Euryale, à Jessy, à Nicolas et à Robin qui nous a lâchés. Je n’ai plus aucune nouvelle de notre agent belge infiltré, à mon avis, qui est en train d’infiltrer d’autres twitcheurs. Alors donc, dans quelques minutes Bilheran et Naudin flics et lanceurs d’alerte. L’Esprit de corps s’effrite. Des policiers parlent du racisme dans leurs rangs, de la corruption, des PV et traficoter des violences tue et qui tuent. Fabien, officier de police judiciaire spécialisé dans les stups, et Agnès Naudin, capitaine de police, sont allés à la rencontre de leurs collègues partis dans une fronde contre l’omerta de l’intérieur. Et cette machine qui broie ses rouages. Bonjour Fabien, Je disais que tu es habillé comme un flic des stups quand même. Oui, un petit peu aujourd’hui. Il n’y a rien à trouver ici. Comment ça va ?
Ben un peu fatigué, je ne te cache pas jusque-là depuis la sortie du livre, c’est un peu intense pour nous. On est très heureux en tout cas de pouvoir venir présenter notre démarche collective dans ton émission. J’espère qu’Agnès pourra arriver pour qu’on puisse justement t’expliquer tout ça et discuter ensemble de ces livres que tu as lus visiblement hier
Partie et tout. Jusqu'à ce matin, je terminais. Je l’ai lu pour une fois, je ne l’ai pas lu dans l’ordre. Je suis d’abord allé voir votre témoignage, le tien, celui d’Agnès. Après, je suis remonté et je l’ai terminé ce matin. C’est la moindre des choses. Si je te tutoie, ce n’est pas parce que j’ai fait mon flic, c’est parce qu’on se connaît un peu l’honnêteté commande de dire comment on se connaît. Est-ce que tu veux raconter ça simplement pour les gens en disant que ça fait un petit moment qu’on échange ensemble ?
Je sais, je ne saurais plus te dire la date d’ailleurs. Mais oui, on a eu l’occasion de se rencontrer, d'échanger, de partager nos visions de la police. Donc voilà, je ne sais pas si tu vas donner des détails ici.
Bonjour Agnès, on vous voit mais on ne vous entend pas, on ne vous entend pas. Vous êtes au téléphone ou en ordinateur ? C’est vrai, quand il est question de l'équipement de la police dans le bouquin. Mais là, je dois dire qu’en a la preuve. Qu’est-ce que c’est ça ? Et qu’est-ce que ça veut dire ? Mais non mais non, Non mais je pense que Fabien, on peut dire dans mon souvenir, dans mon souvenir, tu tenais un compte Twitter dont tu parles et on va en parler parce que ça joue à un moment donné dans ta carrière, tu tenais un compte Twitter où tu racontais les saloperies que tu pouvais entendre. Je dis saloperie, c’est moi qui le dis. Tu ne le dis pas comme ça que tu pouvais entendre bien au sein du au sein du commissariat et étudier sur Twitter, voilà notamment les racistes que tu pouvais entendre, etc. Et à un moment donné, au moment où moi je faisais Allô, place Beauvau, je t’ai vu arriver une ou deux fois défendre. On ne se connaissait pas à ce moment-là. Défendre ma démarche auprès de ce qui était encore à ce moment-là tes collègues. Et je me suis dit tiens, bah lui, pas lui quand même, il joue le garçon quoi.
Est ce que comme ça, ça ne fonctionne pas ?
Alors le son, oui. Fabien Je crois que c’est comme ça qu’on s’est connus. Tu tenais un compte Twitter que tu as toujours qui a été donné dans le comment dirais-je dans le tchat et ensuite on va se voir à une ou deux reprises où tu vas me raconter l’histoire de certains de tes collègues que je vais retrouver dans ce livre qui sort ces jours-ci. La police, La loi de l’omerta. Tu fermes ta gueule, sois tu fermes ta gueule. Ça, c’est le sous-titre Livre qui fait du bruit ? On peut le dire.
Mais en tout cas, on espère qu’il fasse du bruit. Pas uniquement pour faire du bruit, mais en tout cas parce qu’on a essayé de construire avec Agnès et les témoins une démarche qui se veut vraiment collective. Parce que on ne voulait pas tomber dans l'écueil dénonciation personnelle de cas individuels et particuliers, mais vraiment montrer l’ampleur du phénomène d’omerta que l’on dénonce au travers de différents témoignages, différents services, différents parcours, différents lieux pour montrer en fait que dans la police, ça se passe à peu près partout comme ça, dès qu’un policier ose, on va dire affronter la hiérarchie, réfléchir ou avoir un regard critique en tout cas. Et voilà, le. C’est ce qu’on essaie de dénoncer dans le bouquin, c’est les mécanismes de l’omerta, c’est à dire tout ce qui conduit en fait à ce que des policiers, y compris honnêtes en fait, n’arrivent pas à exprimer les choses ou ne puissent pas exprimer pour différents enjeux, différentes contraintes.
Voilà. Donc en fait, votre démarche est que tous les deux, toi et Agnès, vous vous êtes retrouvés, vous est dit Tiens, et si on faisait un livre de témoignage ? Et vous avez retrouvé certains collègues ou ex-collègues, parce que parmi vos témoins, certains sont toujours policiers, d’autres ne le sont plus, qui ont accepté de témoigner à visage découvert sous leur nom, ce qui est quasiment une première. Puisque vous êtes soumis au devoir de réserve. Normalement, vous ne pouvez pas parler de cette manière-là, de cette manière aussi franche et c’est comme ça qu’est né le bouquin. Le bouquin est sorti il y a quelques jours, vous avez fait le tour des popotes, au point qu’au début je me suis dit bah ce n’est pas la peine que je les invite, ils vont partout : RTL, Paris-Match, Mediapart, enfin toute la presse. Et puis finalement, je me suis dit que ce serait quand même bien qu’ils viennent parce que nous, on a le temps. Et puis peut-être que les questions ne seront pas exactement les mêmes. En préambule, je dois quand même dire que le livre est avant tout un livre qui critique le fonctionnement de la police avant de critiquer ses pratiques policières. C’est à dire que vous, vous ne remettez pas en cause, hormis sur certains points, on va en parler, les faux en écriture publique, les tabassages, les choses comme ça. Mais votre propos, c’est avant tout d’expliquer comment le fonctionnement de la machine broie certains de ses rouages plutôt qu’une analyse générale sur les pratiques policières. J’ai raison ou je me goure ?
En partie je dirais dans le sens où on s’est appuyé d’abord sur des récits de vie, des parcours humains, de policiers. À mon sens, c'était et à notre sens d’ailleurs avec Agnès, c’est primordial qu’on s’appuie sur le vraiment, le vécu, le ressenti. L’expérience policière pourra pour, pour ceux qui peuvent témoigner, pour essayer justement de montrer dans un premier temps les mécanismes, euh je dirais presque d’oppression que les policiers peuvent rencontrer dans la dénonciation des dysfonctionnements. Et on n’a pas voulu tomber dans l'écueil de l’analyse, de la thèse, de la demande, de l’analyse globale structurelle. Mais on s’est attaché, on va dire, à donner des éléments de réflexion, des éléments de compréhension de l’intérieur sur comment s’organise la structure. Alors bien sûr, il y a des parties qui sont assez critiques à dû bien sûr par des politiques publiques en général, de certaines méthodologies du travail, mais tout ça, je dirais, lié à l’usage politique qui fait de la police qu’il faut que l’on constate, nous, en tout cas dans nombre, dans nos parcours, que tu avais déjà remarqué dans des diverses engagements et prises de position. Donc voilà, je pense que globalement, même si ça ne se veut pas une analyse structurelle de la police, on y retrouve quand même pas mal d'éléments de compréhension qui permettent de compléter pour le dire, l’ensemble des points de vue, puisque toi tu as un point de vue. Dispenser la police. Voilà, je pense que nos points de vue peuvent se compléter grâce à l’apport de ces témoignages justement.
Agnès On a très bien entendu tout va bien, le son est bon, l’image est parfaite.
On va y arriver.
Fabien vient de terminer le PV de constatation, donc on va pouvoir passer à la suite directement.
Pas un interrogatoire.
Il faut que je vous présente tous les deux Allez-y, présentez-vous ! Qu’est-ce que vous avez foutu dans la police, vous, l’un et l’autre ?
Eh bien, pas grand-chose en deux ans, J’ai commencé. Je suis rentré dans la police en 2010 en école des officiers de police en Formation Universitaire à plein temps, une fois que je suis sorti de l'école des officiers de police, je suis arrivé à la PAF à Police aux Frontières à Roissy Charles de Gaulle où j’ai passé quatre ans. Durant ces quatre années, j’ai fait trois services différents. J’ai fait le premier en aérogare pendant un an et demi. Voilà. Ensuite, j’ai fait pendant deux ans de la Demande, sur la plateforme et l'éloignement des étrangers. Ensuite, j’ai fait un an au Bourget. J’ai eu quelques petits soucis au niveau management quand j'étais là-bas et du coup, pour m’extraire de cette situation, j’ai demandé à faire une formation pour passer le concours de commissaire en interne et que j’ai réussi. Donc je suis parti à Clermont-Ferrand pendant six mois pour préparer ce concours. Et pendant que j'étais là-bas, je me suis rendu compte que mon enfant avait deux ans et demi, que bientôt il allait rentrer à l'école maternelle et qu’entre l’endroit où j’habitais et le Bourget, et bah c'était très compliqué d'être à deux endroits en même temps à la fois. Et. Et comme je voulais vraiment passer le concours de commissaire, je savais qu’il fallait que je fasse autre chose que de la police aux frontières et j’ai voulu faire du judiciaire. Donc je suis et j’ai demandé. Il y avait des postes qui étaient ouverts à la sûreté départementale du 92, valable à l'époque, et on m’a donné le choix entre les cambriolages et les mineurs. Et j’ai pris les mineurs et j’y ai passé trois ans pendant lesquels j’ai appris dans cette matière, l’acte est éminemment très enrichissant et ça m’a énormément apporté, apporté. Des ennuis aussi. J’ai commencé à écrire, donc là, mes ennuis ont continué. Soit des ennuis. En fait, c’est une espèce de black-out. C’est comme si ce bouquin n’avait pas été écrit, n'était pas sorti, n’avait pas été dans la presse. Je pense susciter beaucoup de jalousie, même si on ne pouvait pas me reprocher de ne pas faire mon boulot. Le reste, bien évidemment, a continué à suivre et. Et puis Maggy Bukowski s’est suicidée quand j'étais en train d'écrire le deuxième livre. Et là, j’ai décidé que dans le deuxième, j’allais parler des problèmes de management. Et donc. Et donc j’ai commencé vraiment à avoir un peu peur, on va dire, de VA, la situation n'était déjà pas évidente et donc j’ai décidé de me mettre en disponibilité avant la sortie du deuxième.
Je voulais reprendre en détail son témoignage puisque c’est l’avant-dernier témoignage de l’ouvrage, le dernier étant celui de Fabien. Si j’ai bien lu votre chapitre, à peu près ce que vous. Votre carrière, là où on nous le raconte. Moi, je voudrais commencer par le début parce qu’il y a un truc qui est marrant dans votre bouquin quand même. Il n’y a pas beaucoup de choses marrantes, mais il y en a une marrante, c’est que j’ai l’impression que tous les policiers qui témoignent, dont vous deux, au départ, c’est un rêve d’enfant. C’est bizarre, vous vous y êtes déjà fliquette à neuf ans déjà ? Si j’ai bien lu, c’est ça ?
Exactement. Je voulais travailler sur tout ce qui était les réseaux de prostitution de lest et les enlèvements internationaux. Alors je ne sais pas, peut être que mes parents auraient dû faire attention à ce que je regardais à la télé. Certainement. Doit y avoir un truc là-dedans. Je ne sais pas exactement d’où tout ça venait, mais j’ai poursuivi ça et ça, ça m’a suivi tout au long de mes études. Je suis rentré en droit sans me poser de questions. Voilà, après je me suis un peu perdu à un moment donné en passant le concours d’avocat parce que je tenais énormément à ma liberté. Voilà. Mais à l’avocat, le jour où je me suis présenté à l’oral et qu’on m’a posé une question, je me suis rendu compte qu’en fait, la présomption d’innocence, ce n’était pas le principe de procédure pénale que je préférais et que. Et que si j’avais voulu être magistrat, j’aurais été parquet ou juge d’instruction. Donc en fait, je me suis dit que je n'étais pas du tout au bon endroit et qu’il fallait que je revienne à ce que je voulais faire depuis le début, c’est-à -dire rentrer dans la police. Et une fois que j’ai pris cette décision et que j’ai passé des concours, je les ai eus tout de suite et je suis rentrée à l'école des officiers.
Parce que vous étiez capitaine, donc vous étiez officier. Je vous demande ça parce que je me demande si dans la souffrance qu’on lit pour le coup, à toutes les pages de vos témoins et de vous-même, il n’y a pas un décalage en fait entre vos rêves d’enfant ou d’adolescent et le choc de la réalité de ce que c’est que d'être policier. Je me suis posé la question.
Pour moi, pour moi, mais ça me choque, ça me concerne. Quand je suis rentrée dans la police, de la même manière que quand je suis arrivé en brigade des mineurs, je n’avais aucune idée. Je ne me suis pas posé la question un seul instant de ce à quoi j’allais être confronté. Et c’est en ça que. Peut-être. Et donc il n’y a pas eu de désillusion puisque je ne m’attendais à rien. Ce que je savais, c’est que je voulais me mettre au service des autres. Ça a toujours été le cas et je tiens à cette fibre-là. Ma mère qui était infirmière donc. Souvent d’ailleurs. Et. Et donc, quand je suis rentré, je suis rentré avec papa une idée de ce qu'était la police ou de ce qu’elle devrait être, ou rien de tout ça. Je suis rentré en voulant simplement me mettre au service des autres et une fois que je suis rentré dedans, ce qui m’a frappé, mais tout de suite, c’est à dire en école de police, une des premières choses qui m’a marqué, c'était le positionnement des syndicats en rentrant, parce que quand on m’a expliqué comment ça se passait, je me suis dit je, je ne comprends pas quel est le rôle des syndicats dans la police. J’ai l’impression qu’ils ne sont pas à leur place. Et à l'époque, j’avais rencontré le syndicat
Les syndicats des officiers de police.
Exactement et qui m’avaient demandé de participer à une enquête qui était faite par l’IGAS, donc l’inspection générale de l’administration à l'époque, sur l’idée du rapprochement entre les officiers et les commissaires, sur ce qui s’appelait chez eux les hauts potentiels. Et. Et donc je suis rentré un peu là-dedans. Et quand on m’a demandé si je ne voulais pas faire partie du syndicat, je me rappelle à l'époque, donc c’est à douze ans déjà. Alors je leur ai dit mon ami, me prenez pas parce que sinon vous allez mettre le ver dans la pomme et moi je vais avoir qu’une envie, c'était de détruire du truc de l’intérieur parce que vous n'êtes pas à votre place.
Ouais.
Et ça c'était une idée qui est arrivée très vite en école. Et après il y a eu énormément de choses dans l'école pendant un an et demi. Un an et demi après, je vis dans le monde des Bisounours. La bienveillance, l'écoute. Tu as des choses à dire mais non mais tu n’as rien compris, tu vas te faire démolir, tu tues, ce sont des méchants. Voilà les gardiens de la paix, il faut s’en méfier. Il y avait, et souvent d’ailleurs, de la part de ce qu’on appelle des internes chez nous, c’est-à -dire d’anciens gardiens de la paix qui ont passé grand parents qui sont passés en interne et. Et. OK, alors peut-être que j'étais très naïve. Et effectivement, en école de bouddhisme, mon livre de chevet était Plaidoyer pour le bonheur de Matthieu Ricard, hein. Donc pas forcément que ce qu’on avait l’habitude de voir. Et je me suis dit pas ce n’est pas grave, on verra bien comment ça se passera quand je serai en camp, quand je serai en position de commandement et les quatre premières années à chaque fois, effectivement, à la PAF, je suis parti parce que j’ai eu toujours des problèmes avec mes officiers. Donc pas forcément les commissaires, pas les gardiens. Mais j’ai eu des vrais mecs, mes supérieurs qui eux étaient toujours dans le même moule, qui étaient de dire pas de vagues, Le système marche comme ça, ils ne marchent pas autrement. Toute initiative était écrasée entre guillemets dans le chef et avec aucune possibilité de rien faire. Donc plutôt que de me battre généralement je partais. Parce qu’après tout, si ça ne me plaît pas à moi, c’est peut-être moi le problème. Donc je m’en vais et j’ai changé comme ça. Donc deux fois de poste alors et en ayant une idée très précise du malaise qui avait déjà à l'époque entre les policiers, les rapports entre les policiers et les syndicats étaient déjà hyper négatifs. C’est à dire que ça crée une injustice que tout le monde ressentait et dans laquelle ils ne pouvaient rien faire, ils ne pouvaient rien dire et qui confirmait ce que je pensais des jours d'école. C’est-à -dire que les syndicats ne sont pas à leur place dans la police.
Alors on vous, on vous demande des précisions. Lila vous demande pourquoi vous dites qu’ils ne sont pas à leur place. Il faut être plus précis.
Parce qu’ils ne sont pas là pour faire de la cogestion. Le syndicat, il n’est pas là pour gérer la carrière et la carrière des policiers, quels qu’ils soient. Ils sont là pour représenter les policiers dans leur problématique, essentiellement pour moi d’ordre général, c’est à dire quelle police on veut, quel type de fonction veux, quel type de métier on veut, Comment est-ce qu’on fait pour améliorer la fonction, la fonction policière et non pas pour gérer des mutations. Et quand y a des injustices qui sont faites dans le cadre des mutations ou dans le cadre d’obtention de grades, dans ces cas-là, effectivement le syndicat doit faire l’interface et doit être là, mais pour le policier et non pas pour l’administration.
Votre livre de témoignages, et perles de témoignages de deux policiers qui étaient pourtant bien notés ou qui, à un moment donné, ne le sont plus. On verra pourquoi tout à l’heure, mais qui se voit souffler leur place ? Parce que les syndicats ont placé leurs gars à leur place alors que par des gens un peu à peu un peu moins bien notés. C’est pour ça que quand vous parlez de cogestion, c’est pour préciser, c’est à dire qu’en fait les syndicats gèrent la carrière, co-gérer la carrière avec l’institution des policiers.
Ben en fait, l’administration va dire à tel endroit il y a un poste qui est ouvert. Les syndicats en face seraient partis, c’est-à -dire ce serait un peu comme une épicerie fine, c’est-à -dire des diapos par mois. J’ai le temps de voir, je suis représentatif à 30 %. Donc en gros, je vais avoir l’opportunité de choisir pour tant de postes, de mettre mes personnes à cette place-là. Donc on va, on va privilégier l’appartenance à un syndicat en fonction de sa taille et donc de ses possibilités de pouvoir placer ses et ses adhérents à tel endroit ou à telle autre. Au détriment à mon sens, d’une part de la compétence de ces agents-là, et aussi du choix du commissaire. Je veux dire, quand on est chef de service et qu’on n’a pas la possibilité, en faisant des entretiens, faire un truc qu’on fait partout dans le privé, en fait, et de se dire bon, bah là j’ai, on m’envoie trois, quatre dossiers, peu importe de quel office, de quel syndicat ils soient et de me dire à l'âge de quatre ou cinq candidats je vais tous les entendre, je vais faire un recrutement et je vais choisir et on devrait avoir la possible. Ils devraient avoir la possibilité de faire ça à la place. On leur parachute des gens qu’ils ont jamais vus bien souvent, dont ils n’ont pas forcément, qui sont pas forcément à la bonne place, qui viennent chercher des grades, qui viennent chercher un peu, qui, qui peuvent avoir l’intérêt de la matière, bien évidemment rangés en brigade des mineurs si on a pas envie d’y aller. Je veux dire, rares sont ceux qui viennent postuler pour prendre des grades en brigade mineurs comme ça existe. Et donc on a des gens qui arrivent, qui ne sont pas forcément formés, qui ne sont pas forcément formés à ça, mais qui sont parachutés. Parce que être, est ce que c’est le syndicat qui les a placés là et le commissaire a pas son mot à dire et ça c’est pour moi, ce n’est pas normal.
Alors Fabien, faut pas hésiter à couper, dire c’est une discussion à bâtons rompus. Fabien faites gaffe, fais gaffe parce que tu as été repéré ton œil. Mediapart, ça s’est vu là, donc ça t’a repéré, Faut faire gaffe. Par ailleurs, je vous dis, c’est important. Un de vos collègues est venu il y a un an et demi témoigner au poste Amar Ben Mohamed, celui qui a dénoncé les agissements de ses collègues, agissements racistes, insultes, etc. Dans le pays de justice, je le sais et il m’a autorisé à le dire. Il a été entendu par l’IGPN et il lui a été reproché d'être venu parler ici. Je vous le dis parce que c’est juste pour que vous n’oubliiez pas que probablement parmi les gens qui nous écoutent, il n’y a pas que des camarades.
Enfin, je vais dire dans le livre, on ne peut pas s'être mis entre guillemets à poil que ce qu’on a fait, ça c’est clair.
On va en parler. Alors Fabien, si tu veux intervenir à tout moment, parce que là, ce que je propose, c’est de dérouler encore l’histoire d’Agnès, de revenir sur le chapitre du bouquin. Si toi tu veux intervenir, si tu veux répondre aussi au chat, si tu arrives à lire ce que je te dis, il ne faut pas hésiter. Et l’idée c’est de vraiment faire faire un dialogue. Agnès Quand vous arrivez à la PAF, vous vous rendez compte d’une chose c’est excitant, c’est un système. Répressif qui qui qui s’arrange avec la réalité notamment. Vous, vous parlez des délits, des obligations de quitter le territoire français, les OQTF dont on parle tant, et vous nous expliquez en fait qu’il y a un tour de passe statistique. Ça se passe, ça se passe page 167 Est ce que vous voulez nous en parler un peu ? Ça, c’est au tout début, quand vous arrivez à Charles de Gaulle.
Alors en fait, quand on est le rôle d’un officier, quand on est en France, en police, aux frontières, on a entre 70 et 120 personnes à peu près sous nos ordres. Donc on récupère tout un tas de y’a autant du judiciaire, des enquêtes judiciaires que l’administratif je pense. Et à un moment donné, ils ont mis en place ce qu’on appelle les procédures d'éloignement simplifiées.
. Le commentaire qui dit que la police ne fait que s’arranger avec la réalité en permanence, en permanence. Ce serait un peu caricatural parce qu’il y a quand même des bonnes actions qui sont faites, qui sont aussi mises en avant que le travail est bien fait. Mais effectivement, ce qu’on a, ce qu’on dénonce un peu au travers du bouquin et notamment dans mon témoignage sur la lutte anti -stups, les politiques des drogues, c’est quand et qui on va dire. La partie émergée de l’iceberg de la politique du chiffre, puisque c’est quand même là-dessus que la police fait essentiellement des saisies, des gardes à vue, des interpellations, des amendes forfaitaires délictuelles, etc. Et effectivement, comme on entend le discours politique utilisé suite à ça, en disant regardez, cette année, on n’a jamais fait autant de saisies, on n’a jamais fait autant d’interpellations pour stups etc. Bah effectivement, ça s’arrange avec la réalité puisque quand on met l’accent sur uniquement la capacité à interpeller des consommateurs, par exemple sur un point de vue de rue, c’est à dire le politique visible, ou qu’on va essayer de, voilà de deux de faire un maximum de volume, parce que c’est ça les objectifs qui sont influer, en tout cas dans la dynamique d’action policière, effectivement, on s’arrange avec la réalité puisque la réalité du trafic, c’est pas ça, c’est la réalité du trafic, c’est une consommation, une production mondiale, notamment pour la cocaïne qui a jamais été aussi importante. C’est à dire que c’est normal qu’on voie une augmentation du volume des saisies puisqu’il y a beaucoup plus de marchandises qui circulent. On voit par exemple la consommation des mineurs qui est quand même assez inquiétante en France, notamment sur la question du cannabis, mais pas que, qui augmente régulièrement aussi, sans qu’on en puisse avoir vraiment un réel impact en termes de santé publique. L’impact sur les prix est nul. C’est à dire que si la police fait vraiment une pression sur la criminalité organisée, sur le les réseaux d’approvisionnement criminels, théoriquement, c’est censé faire augmenter les prix à la pression en tout cas. Et. Or, on constate depuis maintenant 20 ans une diminution globale des prix à l’achat. Ça sans parler bien sûr de tout ce qui est la souffrance éthique des policiers puisqu’on l’a vu dans un certain film de voyous d’action récemment, qui a fait la pub, on va dire, dans les réseaux d’extrême droite et dans la récupération politique juste avant la présidentielle. Je ne citerai pas le film parce que j’ai pas envie de lui faire de la pub parce que pour moi ça a été une vision caricaturale, mais en tout cas voilà. Mais en tout cas, tout ça pour dire que tout ça a des conséquences plutôt néfastes sur la relation plus population qui est dégradée sur les ordres policiers qui sont donnés. Je veux dire, on parle de pilonner des points de deal, de tenir des zones d’un engagement militaire. Exactement en langage militaire, avec un équipement en plus qui s’est quand même diversifié et militarisé depuis que moi je suis rentré, je suis rentré en 2008. D’ailleurs ce n’est pas si vieux que ça. Et depuis 2008, j’ai déjà constaté le changement on va dire des équipements, mais maintenant des tous des gilets tactiques alors qu’avant ce n’était pas autorisé. Y a certains qui ont par exemple l’arme qui est portée à la cuisse plutôt qu'à la ceinture, ça fait un petit peu l’effet entre dans le groupe d’intervention, même si d’ailleurs j’ai une petite nuance à apporter là-dessus. Et peut-être que vous ne le savez pas, c’est que. Bah tous les policiers portent une arme en fait. En fait pas tous, mais en tout cas beaucoup ont des problèmes physiques. C’est à dire que le poids de l’arme va provoquer des décalages de bassin, donc on est régulièrement amené à aller chez des ostéopathes et autres pour se remettre en place parce que ça nous propose à nous, ça nous provoque un déséquilibre au niveau du squelette musculaire qui entraîne des douleurs. Et ça ne s’est pas forcément su d’ailleurs la population. Mais c’est aussi pour ça que les policiers préconisent le port de l’arme à la cuisse au-delà du côté joie. Mais c’est aussi une raison de santé ou de confort au travail puisque par exemple, quand on a l’arme à la ceinture et qu’on est attaché dans la voiture, quand on essaie de détacher la voiture en coinçant l’arme, etc. En fait c’est toujours un bordel par rapport à ça et de fait, on se retrouve coincé, on fait des faux mouvements.
Et après quand je vois le sourire d’Agnès, Fabien, visiblement elle t’entend, et puis ça a l’air de la faire rire, donc on sent l’expérience-là qui parle.
En tout cas, voilà, tout ça pour dire, pour résumer, qu’il y a vraiment une évolution. De l’action de la police qui ne va malheureusement pas dans le bon sens, notamment sur la politique des drogues puisque c’est une fuite en avant permanente vers la politique du chiffre vers on va courir derrière un mec qui a une sacoche comme dans le film en espérant trouver les plantations, l’argent, le stock d’armes, tous les tous les têtes du trafic au même endroit. Seulement voilà, ce n’est pas c’est pas comme ça que ça fonctionne la lutte anti stups en tout cas concrètement sur le terrain et malheureusement ce qui encouragé c’est les actions coup de poing, c’est les petites, les petites saisies, les petites opérations et surtout le volume d’affaires traitées qui permet après au ministre de l’intérieur de dire regardez, on a interpellé tant de trafiquants cette année, c’est exceptionnel. Alors que quand on regarde vraiment dans le détail, il n’y a pas beaucoup de trafiquants qui vendent plus de. Voilà, je vais dire une connerie, mais plus de 50 grammes de cannabis, il n’y en a pas beaucoup dans les statistiques. En fait, il y a beaucoup de petits consommateurs ou de petits revendeurs. Donc voilà, c’est un peu tout ça qu’on entend, comme si on essaie de porter la connaissance du public. Parce que voilà, l’USA statistiques policières est très largement quand même relayée médiatiquement par pas mal de personnalités politiques, mais il ne reflète pas la réalité de ce qui se passe, il reflète surtout l’action de la police. Donc forcément, quand on dit à la police de faire telle action et qu’après on vante les mérites de cette action, bah tu sais, c’est assez facile en fait, les outils sont là pour étayer on va dire ce qui est, ce qui ressort de l’intérieur.
Alors le livre est effectivement traversé. Je disais tout à l’heure que sur les politiques de la police où vous étiez moins précis que sur le fonctionnement hiérarchique dont on va parler, etc. Mais cela dit, sur la question de la drogue, sur la guerre à la drogue par le terme consacré, alors là, vous êtes, vous êtes radicalement opposé à ce qui est fait, fabriqué depuis 20, 30 ans. Vous parlez de narratif, médiatique, politico médiatique, policière ou politico médiatique en fait. Et donc là-dessus, vous êtes complètement en décalage avec tout ce qui est vanté par les Darmanin, les Castaner et les Cazeneuve et tout ça.
On est bien d’accord. Alors si tu dis que je suis en décalage par rapport à l’idéologie de la guerre. La drogue, complètement, puisque toutes les études scientifiques le montrent, beaucoup de pays à l’international en reviennent. On voit beaucoup d'états. Aux États-Unis, on a vu l’Uruguay, le Canada, on a vu la dépénalisation de l’usage de toutes les drogues au Portugal dans la fin des années 90. Là, au niveau européen, il y a un mal qui se positionne pour la légalisation du cannabis. On voit qu’en Allemagne, ça fait partie du projet de gouvernement. Donc il y a un retour, on va dire, en arrière, par rapport à cette politique de prohibition qu’on pourrait comparer, par exemple, à la politique de prohibition aux États-Unis de l’alcool à l'époque, qui avait d’ailleurs fait émerger la mafia et et ses stars de l'époque. Voilà donc maintenant la critique. Elle est effectivement très forte parce que moi, je considère qu’il y a urgence dans le changement de paradigme, en tout cas, qui est proposé. Serge par exemple, dans son témoignage, il évoque qu’en 2007 ou 2008, j’ai plus la date exacte qu'à l'époque où il travaille à l’INESSS, donc à l’Institut national des hautes études à la sécurité. Il fait un rapport sur les politiques des drogues assez incisif. Enfin je veux dire un constat clair et juste avec une vision du terrain. Et bon, voilà, ce rapport est allé caler une armoire à Beauvau une fois de plus. Et là on se retrouve quinze ans après avec une évolution qui va vraiment vers la dérive. C’est-à -dire qu’on accélère les objectifs, on demande beaucoup plus de rendement. Là, actuellement, les policiers ont par brigades, on leur recommande de faire une amende forfaitaire délictuelle par vacation. C’est écrit. Enfin, je veux dire, on a des mails écrits qui donnent des consignes. Euh pour quel sens ? Moi je fais genre je n’envoie pas les policiers, on ne voit pas le sens de tout ça sur le sur le terrain. Et pire que ça en fait, c’est que quand on analyse un petit peu ce qui se passe en termes de politique des drogues, on voit que l’action policière fait en sorte en fait de faire émerger les trafiquants les plus violents. Parce que quand on démantèle un point, Didier le four, voilà le Lola. Là, on va dire la caricature de la tour d’immeuble où il y a les guetteurs, les vendeurs, le portier, le rabatteur, le ravitailleur, le charbonné, Quand on s’attaque à un point de deal comme ça et quand on fait une enquête parce que c’est une enquête au long cours, ce n’est pas on attrape la sacoche et tout le monde est interpellé, tout le monde va en prison. Là, c’est pas du tout comme ça que ça marche. Il y a beaucoup de travail d’investigation et de fond à faire. Et quand on arrive à faire ce travail qui grosso modo peut prendre six mois, un an, deux ans comme démantèlent tout le monde, ben 1 h après le trafic, il se remet en place. Et ça, ça a toujours été une énorme frustration pour moi. Aux stups de me dire excusez-moi du terme parce que je suis battu, je suis du sud, donc il y a un peu de ponctuation et me dire mais putain !.
Avec un putain !
Exactement. Comment ça se fait quand on continue dans cette démarche inutile ? Parce que là, tout le travail qu’on a fait, il est réduit à néant en l’espace d’une heure. C’est à dire qu’on arrivait avec des renforts, des unités, une centaine de policiers pour interpeller dix personnes en même temps, pour éviter qu’on se débarrasse de la drogue, de l’argent, des armes, etc. Et une fois que l’opération est faite et qu’on est rentré au commissariat, ben ça continue à vendre. Donc quel est l’intérêt en fait de mobiliser autant de policiers, autant de moyens, autant de voies, de peu de temps de travail qui pourraient être utiles ailleurs, par exemple sur les violences conjugales ? Il y a un réel besoin sur les atteintes aux personnes ayant un réel besoin, en tout cas de présence policière ou en tout cas d’action. Et là, en fait, on épuise globalement 20 % de la capacité policière à faire du trafic de stupéfiants et à faire de la politique du chiffre. Juste pour finir, parce que je faisais un petit cadeau quand même, vu qu’on est chez toi Auposte. Voilà, c'était là la veste que j’avais. Donc là, à la brigade des stups. Et ce qui est intéressant, ce n’est pas tellement la veste en soi, c’est surtout le logo l’Hydra. Donc voilà, c’est l’hydre qui ça représente. Là on voit le sur le bouclier, l’écusson de la ville de Paris. Voilà pourquoi la brigade des stups de Paris. Ouais, et en fait, symboliquement, c’est l’hydre. Alors c’est un policier d’ailleurs qui a dessiné ce logo il y a une vingtaine d’années, qui représente donc le chevalier qui s’attaque à l’hydre, Donc cette espèce de dragon pour lequel quand on coupe la tête, y a deux têtes qui repoussent. Et moi je trouve que symboliquement, c’est quand même assez fort d’avoir la brigade des stups, ce symbole-là, puisque c’est effectivement ce que j’ai constaté sur le terrain. Donc, ce que j’ai raconté là juste avant, c’est que, bah non seulement le trafic remet en place derrière, mais en plus ça fait émerger les trafiquants, les purs. Parce que pour reprendre le terrain, pour reprendre le business, ils tirent dessus. Et ce n’est pas d’ailleurs des règlements de compte à moi. Je pense que tu l’as vu dans le livre, mais pour moi, le terme de règlement de compte, il est galvaudé. On parle bien d’assassinat ou de tentative d’assassinat parce que dans l’esprit collectif et notamment dans les médias, quand on parle de règlement de comptes, on dit bah voilà, on a des voyous entre eux qui règlent leurs petits, leurs qui leur qui différemment monétaire. Bon, c’est quelques dettes, voilà, on a l’impression que voilà c’est les petits arrangements. Non c’est pas des arrangements, c’est de la criminalité organisée, c’est des tentatives d’assassinat, c’est des assassinats. Tu vois par exemple quand j'étais à Colombes, en plus ce cours, pendant quatre ans, je me suis amusé à compter le nombre de fois où j'étais intervenu pour des tentatives d’homicide ou des homicides liés à la guerre de territoire En matière sur les points de deal à ciel ouvert, je suis intervenu 25 fois sur des blessés par balles ou des coups de couteau, ou vraiment des morts, puisque voilà, j’ai aussi été confronté à la mort en intervention sur ce type d’affaire. Et on voit en fait que. Plus on démantèle plus ceux qui reprennent la place sont encore plus violents avec en plus des méthodes de management pour le coup, dans le trafic qui promeut la violence, l’omerta, voire la torture. Je veux dire, il y a des. Il y a des gamins de quinze ans qui se faisaient attraper et tabasser dans des caves parce qu’ils n’avaient pas crié assez vite à la police ou parce qu’il manquait 50 grammes à la fin de la journée pour faire le compte sur le chiffre d’affaires du trafic. Et ce qui est dommage, c’est que la police, elle est quand même censée faire de la prévention aussi. Elle est censée s’appuyer sur un équilibre prévention et répression. Et là, pour le coup, on n’est même pas capable d’anticiper ou deux ou de réfléchir à est ce que l’action de la police n’a pas un effet néfaste justement sur la prévention des trafics, sur la prévention des assassinats ? Et je pense que t’as dû entendre parler puisque tu l’as déjà vécu dans tes émissions. Il y a aussi la problématique des amendes forfaitaires délictuelle. Alors si actuellement se développe, on parlera peut-être sur le blog.
Je voulais revenir sur la PAF et les OQTF. Je vais dire le passage qui m’intéressait par exemple, écrivez-vous, il nous est demandé de faire de nombreuses procédures administratives pour les étrangers en situation irrégulière. Est-ce que cela signifie qu’on arrête au départ des étrangers dont le visa est dépassé ? On leur notifie une obligation de quitter le territoire OQTF avec une amende en fonction de ce que l’individu a sur lui. Le tout avant de le mettre dans l’avion qu’il a lui-même payé. Statistiquement parlant, cela veut dire OQTF et sortie du territoire le Graal. Le ministère de l’Intérieur explique ensuite que ces services délivrent tant de TF sur le territoire national et procèdent à tant de reconduites à la frontière alors que tout le monde sait que ce n’est pas l'étranger qui veut rentrer chez lui qui pose un problème en matière d’immigration. La loi des chiffres trois points de suspension. Et donc, c'était ce passage là que je voulais signifier. Où on voit qu’il y a un tour de passe-passe sur les chiffres. Et ça, en lisant votre bouquin, on se rend compte que ce tour de passe -passe sur les chiffres. Il est presque à tous les étages, dans quasiment tous les domaines.
Exactement. Et d’ailleurs, que ce soit la politique des drogues ou la politique d’immigration. En tout cas, je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça, mais qui en fait un usage dévoyé qui permet de transformer les échecs en succès ? En fait tout simplement un par le, le, le, la comptabilité qui en effet est l’usage derrière politique, médiatique qui est fait de ces chiffres. Donc les deux sont au demeurant à l’impression, mais en tout cas on a l’impression que c’est complètement différent. Ça veut dire la chasse aux trafiquants ou la chasse aux immigrés. Mais on se rend compte que dalle en termes de comptabilité, en termes de, de, de magouille, parce que c’est clairement ça sur les statistiques. Voilà, ça, ça ne sert que le narratif policier.
Effectivement, ce qui m'énerve énormément quand j'étais à la police la frontière. Cette mine était cette histoire d’étrangers en situation irrégulière, c’est à dire codés ce que nous on appelait au départ les gens qui prenaient l’avion, souvent des Chinois, puisque c'était souvent le cas, arrivaient. Donc ils avaient l’air bien, ils avaient tout ce qui fallait. Sauf qu’ici, c'était installé sur le territoire pendant un peu trop longtemps. Genre ils avaient un visa de deux ou trois mois et puis ça faisait déjà cinq six ans qu’ils étaient là. Et donc quand ils arrivaient, forcément, bah les visas étaient dépassés, donc ils étaient considérés comme des étrangers en situation irrégulière. Et nous, ce qu’on nous demandait, c’est avant qu’ils prennent l’avion. Il ne fallait quand même pas que la France paye. Le billet d’avion dû à un retard de procédure, c'était de leur délivrer une OQTF et ensuite de les faire repartir alors qu’eux ils avaient pris un billet d’avion et que de toute façon ils partaient. Comme on ne fait pas la différence au niveau des OQTF, de savoir si elles sont délivrées sur le territoire, à l’aéroport ou à tel endroit, Ce n’est pas de la vraie politique migratoire ça, C’est simplement la manière de faire gonfler de façon artificielle les chiffres des OQTF en disant on a délivré tant de OQTF, y a tant de personnes qui sont repartis. Donc nous, on a fait le job.
Vous découvrez peu de temps après ces pages 172. A ce moment-là, mon service, qui n’avait pas été inquiété jusqu’ici, est confronté à une affaire de corruption. Je vous rappelle que vous êtes à vos affaires au Bourget. Certains fonctionnaires sont soupçonnés de prendre quelques billets à la sortie des jets. Nous finissons par trouver un vrai témoin, brigadier-chef que j’ai justement recruté au sein du service pour son intégrité. Forte de ce témoignage, je demande au directeur l’ouverture d’une enquête administrative, à défaut d'être judiciaire. Il m’explique que c’est compliqué, qu’il va falloir auditionner tout le monde, que ça accouchera d’une souris. Donc si vous êtes confronté à la corruption, pas par vous directement, mais par votre service, vous essayez de dire halte là et là on vous dit tu ne bouges pas.
Non mais en fait, quand on en parlait, on décrivait ce phénomène là comme un vieux serpent de mer. C'était souvent l’expression utilisée pour dire que c’est quelque chose qui était su, qui n’avait jamais été prouvé. On n’avait jamais eu le moindre début de commencement de preuve de quoi que ce soit. Et au moment où on a réorganisé avec la commandante qui était là le service, il fallait qu’on change. C'était le moment où on passait, on changeait de cycle horaire. Et donc, il venait des chefs dans chaque brigade. Et en fait, j’en ai récupéré deux, un avec qui j’avais déjà travaillé quand j'étais à l’unité locale d'éloignement et un autre qui venait l’aérogare, avec qui je n’avais pas travaillé mais qui avait un discours et une manière de faire où je sentais que j’avais une intégrité et une intégrité. Je ne parle pas de loyauté, je parle vraiment d’intégrité. Et c’est pour ça d’ailleurs que je disais à ce que je laissais venir et il n’a pas fallu attendre une semaine. Vraiment, ça a été dans un temps très court où ce chef est arrivé, où effectivement il me dit bah voilà, j’ai vu ça, il s’est passé ça, ça c’est chouette, Allez, on y va, on essaye de faire quelque chose et voilà. Et là on m’a expliqué que c'était clairement qu’il allait falloir entendre tout le monde. Mais ça va, je m’en fous en fait, c’est un peu votre boulot. Donc c’est parti, on y va. Donc on l’a fait. Ils ont effectivement entendu, ils ont fait une enquête administrative, disons qu’ils ont lancé, ils ont fait, ils ont auditionné, je pense, tous les membres qui disent J'étais au bureau, et le directeur, quelques temps plus tard, le convainc dans son bureau et me dit Vraiment là, ben évidemment, ça n’a rien donné, on a personne qui corrobore. Bah oui, ils ne vont pas bien évidemment dire ah bah si, nous ignorons toujours l’argent.
Mais tout c’est de l’argent de qui il faut préciser et toucher de l’argent de qui ? Au nom de quoi ?
Alors que je ne connaissais personne venant de l’extérieur du Bourget par exemple je ne vais pas la citer. Je ne vais pas la nommer bien évidemment, mais j’en avais deux ou trois. Il y a des personnes qui travaillaient au sein du Bourget, qui connaissaient bien les filles qui travaillaient là, et voilà. Et donc c’est un peu comme si tout était su, mais ça arrangeait tout le monde et on ne disait rien. Et donc. Et donc moi j’ai vraiment insisté pour être, pour être entendu et pour parler de ces choses-là. Donc là, le directeur, clairement, m’a dit Tu me fais chier, jouis, mais ce n’est pas grave, je veux quand même être entendu. Donc j’ai été entendue par une commissaire que j’appréciais beaucoup d’ailleurs, du dû, de la plateforme extérieure à mon service. Hé et. Et voilà. Et c’est parti en enquête quatre Donc l’enquête administrative j’imagine, a été a été clôturée. Elle a dû certainement monter au directeur central de la PAF et euh. Et voilà. Et je ne sais pas ce que ça a donné comme suite. Je ne sais pas exactement ce qui c’est ce qui s’est passé. En tout cas, moi je n’en ai plus jamais entendu parler. Puis après de toute façon, je suis partie.
Et alors après c’est un peu le début de vos emmerdes. Si, je comprends bien. Enfin, c’est à peu près la même période. Vous avez des problèmes avec la hiérarchie, Vous avez des problèmes parce que vous essayez de trier les choses et vous écrivez page 185 La parole chez nous n’est pas libre et témoigner peut nous apporter beaucoup de problèmes avec la hiérarchie comme avec les collègues. Est-ce que vous pouvez nous donner des détails ? Quels sont les problèmes, la nature des problèmes que vous avez rencontrés ?
Là en l’occurrence le problème. Il était multiple parce que ce directeur, donc le directeur, était vraiment le grand chef de Roissy. Enfin je veux dire, il est à un grade de contrôleur général donc il n’y en a pas. Il y en a 60 en France. Donc j’ai fait vraiment partie des très gros postes puisque c’est à cet endroit-là qui a le plus de flics en France. Dans une direction je veux dire. Et le problème de harcèlement entre guillemets sexuels que j’avais avec lui, je mets entre guillemets parce que. Parce que je pense que j’ai encore du mal à me considérer comme victime. J’ai plutôt vécu cette situation comme une situation d’emprise. Et dans laquelle je me vois. Moi je culpabilisais. Je pensais que c'était aussi de ma faute et que c'était moi qui avait généré cette situation-là. Et donc j’ai essayé de faire autant que je pouvais pour eux, pour gérer cette situation-là. Et par-dessus est arrivée l’histoire de la corruption. Donc tout ça mis bout à bout et aussi le travail de sape qui a été fait par le contrôleur pour pouvoir couper les liens que j’avais avec les officiers parce que j’avais des gens avec qui je m’entendais très bien sur la plateforme. Au fur et à mesure, ces enseignants-là se sont distendus et. Et le directeur me disait sans arrêt que de toute façon, il était le seul à me soutenir et que et que et que c'était mon ange gardien Et en prenant du recul par rapport à ça et en voyant vraiment la situation malsaine dans laquelle j'étais, la seule solution que j’ai eue, c'était de de passer ce concours pour pouvoir poursuivre, pour aller suivre une formation pour eux, pour me préparer au concours de commissaire avec les. Quand j'étais au Bourget, on était dans un petit poste. Voilà, je faisais mon travail. En plus on était l’année du salon du Bourget, donc il y a eu énormément d’activités que j’ai faites. Voilà, j’ai fait la sourde oreille, c’est-à -dire que je me suis vraiment concentré sur ce que j’avais à faire et pas à imaginer ce qui se passait, ce qui se passait à Roissy. Et me défaire de ça en me disant qu’après tout, si les gens avaient vraiment envie de savoir ou plutôt d'écouter les rumeurs d’agir. Voilà, je suis quelqu’un qui écoute la porte toujours ouverte. Donc ils pouvaient venir me voir. Ils ne l’ont pas fait et donc y a pas eu, y a eu aucun soutien de rien, mais ou par méconnaissance, ou parce qu’il fallait s'écraser, parce qu’encore une fois c'était contre l’arsenal. Donc il n'était pas question de de l’ouvrir ou de se mettre entre guillemets entre nous et de me défendre. Et c’est comme ça que j’en suis parti. Les effectifs sur place, j’avoue que je m’entendais bien avec eux. Puis quand il y a des problèmes de ce genre, pareil d’hypocrisie, Bref, on est des humains.
Donc en résumé du dit dans le chat du vrai harcèlement. Pas une exclamation. C'était ça de mémoire dans le livre de témoignages, il y a une chose qui surgit très souvent, c’est effectivement les rapports sur vous. En tant que fonctionnaire, vous avez. Vous êtes souvent en enfer, vous êtes soumis à des rapports de la hiérarchie, vous, Agnès, en 2017, vous écrivez Voici ce que vos supérieurs écrivent de vous. Madame Naudin, c’est Vous avez une personnalité dynamique, ça se voit, ayant la volonté de bien faire. Elle doit toutefois être plus respectueuse dans ses rapports avec la hiérarchie judiciaire et administrative. Ça, ça veut dire quoi quand on lit ça ?
D’abord, ça, c'était une notation et une notation. Pardonnez et donc donnez, voilà. Et la notation. Et c’est ça aussi qu’on dénonce, mais que tous les témoins du haut du livre et 1 milliard d’autres en a formé que 150 000. Mais je pense que là on est vers tous ceux qui vont à l’encontre de ce qui est demandé, se retrouvent à un moment donné dans ce système-là. C’est que, au moment des notations, on se fait sabrer et de cette notation découle après derrière des prises de grade et les mutations, ça je le rappelle, parce que c’est vraiment très important, là, ce qui a été dit dans cette notation-là, c’est presque à plusieurs reprises. Donc, je suis, je rappelle, je suis en brigade des mineurs, on est en 2015, on est en pleine période, entre guillemets, de problématiques liées au terrorisme et il y a une formation que j’ai très envie de faire qui est sur justement. Comme quels sont les signaux entre guillemets de et les signaux faibles du terrorisme ? Je demande à faire cette formation là pour un peu comprendre comment fonctionne ce mécanisme. Parce que en brigade des mineurs, on en a aussi un, pas de terrorisme, mais on peut avoir des idées sur la radicalisation. Moi je n’aime pas trop ce mot-là. Mais voilà, l’idée c'était à cette époque-là. Comment est-ce qu’on fait pour dire, dé radicaliser ces personnes ? Bon, ça, on en est revenu depuis mai, mais voilà. Et je voulais comprendre ça une semaine à une semaine à l'école des officiers, c'était pour moi une manière de de comprendre ce phénomène. Et là on me dit qu’en fait il n’a aucun lien avec la brigade des mineurs par ici. En fait, on en a souvent des signalements de mineurs qui peuvent être radicalisés ou autres. Je pense qu’il y a un lien aussi dans les écoles foncées. On est en plein dans le cul, dans le cœur, on fait partie de cette machine et. Et donc on me dit non, je dis bien bah très bien, d’accord. Et deux jours après, je reçois un signalement du parquet d’une jeune fille qui a dénoncé des faits d’agressions sexuelles et dans lequel il y a marqué en gros un panneau warning avec marqué potentiel radicalisation dans Qu’est-ce que je fais ? Fort de ce de ce signalement et de cette saisine du parquet, je rentre dans le bureau du patron, un peu énervé parce que du coup, je vois, je tiens à mon truc en disant mais si, regardez, ça a vraiment un lien avec votre maintien, laissez-moi le faire. Sauf que ce n’était pas le même pas. C'était le premier, c’est celui qui m’a dit non. Et le deuxième, c'était le ce qu’on appelle chez nous petit patron, c’est à dire l’adjoint. Et lui finit par accéder à ma demande, sachant que le patron n’en était pas là à ce moment-là. Et donc lui, il a pas su. Il a pensé que je n’avais pas vu, que j'étais passé entre guillemets par un autre biais pour obtenir ce que lui m’avait refusé. Et j’ai fini par la faire cette formation-là. Mais quelques mois après, c’est revenu comme ça dans le cerveau du comme ça, dans la notation, c'était par rapport à la hiérarchie et par rapport au judiciaire, par rapport au judiciaire. C’est dit. C’est effectivement à la suite de ce que je raconte dans mon deuxième livre. Alors, je vais faire un très condensé de temps dans ce livre, la police, la loi, l’omerta. Mais je le développe très bien dans les, dans le dans le livre à d’Ados y a. Et le troisième enfant sans danger dans lequel j’explique donc puisque là on est sur une temporalité qui est plus courte, puisqu’un bouquin, ça fait à peu près une année où on suit vraiment dans le quotidien ce qui se passe très précisément et où et où. En gros, je, je, je suis dans l'écriture du premier livre. Tout le monde est parfaitement au courant, c’est-à -dire les juges d’instruction. Les parquets savent quelles sont les histoires que j’ai envie de relater dedans, parce que j’ai fait œuvre de transparence en expliquant et en cherchant en plus des informations sur comment respecter le secret de l’instruction. Et en fait, je pense qu’il y a. Mais ça, ce n’est que mon analyse. Je pense qu’il y a, parce qu’il y a une affaire dedans qui concerne une enquête qui a été classée, donc une enquête de viol conjugal qui a été classée, et c’est bien normal qu’elle ait été classée parce que. Est-ce qu’effectivement je suis d’accord avec le magistrat dans le sens où il n’y avait pas assez d'éléments pour pouvoir ensuite poursuivre et aller devant un tribunal ? Et quand je lui pose la question de savoir si cette enquête classée est couverte de la même manière par le secret d’instruction, je pense que lui a eu peur et donc a remonté cette information-là. Au niveau du parquet, ça a bougé et ils ont convoqué mon patron pour lui expliquer que. Que j’avais des rapports avec les magistrats qui étaient qui étaient trop familiers, qu’il ne se sentait pas à l’aise avec moi. Alors que jusqu’ici j’avais. Mais c’est mon point de vue, donc de très bons rapports avec les parquets avec qui ça se passait très bien, mais où effectivement je leur parlais de la même manière que j’aurais pu parler au commissaire, à un officier, à un gardien de la paix, parce que parce que je parle de la même façon avec tout le monde, je veux, je pense, être quelqu’un qui m’exprime bien, je suis respectueuse et en même temps je dis les choses quand ça va pas ou quand on me demande mon avis, je le donne même si je sais que c’est pas ou un avis partagé ou que c’est quelque chose qui va déplaire. Et ça. Et je pense que voilà, le parquet à ce moment là a peut être mal interprété ou je me suis mal exprimé, enfin j’en sais rien, il y a eu une mauvaise interprétation, mais plutôt que de me demander à moi ce que j’allais faire, ce que potentiellement je vois là et quel était mon pourquoi est ce que j’avais envie d'écrire là dessus ? Qu’est ce que je voulais raconter ? Il y a eu sept, il y a eu sept réunions au parquet avec mon chef qui lui. Du coup, là, hyper mal pris parce que c'était la première fois que je le convoque pour faire ça, et donc assez mal vu, parce que il ne faut pas faire de vague, parce qu’il ne faut pas avoir des officiers qui sortent des rangs et que. Et qu’on est quelques-uns là. Et c’est comme ça que c’est arrivé dans la notation, dans la notation par la suite.
Voilà. Et donc cette logique de notation ou de rapport, on la voit à l'œuvre dans tous les témoignages, c’est-à -dire qu'à un moment donné, pour une raison ou pour une autre, on vous voit très bien pour une raison ou pour une autre. Vous vous emmerder le monde. Et donc là arrive ce genre de ce genre de procédé. Alors je vais maintenant donner la parole à Fabien pour qu’il nous raconte, lui, rapidement, sa vie. Alors je vais, je vais, je vais t’aider. Tu arrives dans la police parce que tu tues, tu puis investis d’une mission. Pour toi, c’est la drogue, pas la lutte contre la drogue. Voilà. Tu restes d’ailleurs assez discret sur tes motivations. Et à la sortie de l'école, on te dit d’aller à Colombes, le commissariat de Colombes, où là tu fais tes premières armes. Et très vite, tu vas être confronté à la hiérarchie, tu vas être confronté à des problèmes de tentative de corruption. On t'écoute.
Alors oui, effectivement, je suis rentré dans la police en 2008. Je n’avais pas ce concours en 2006 ou 2007, je sais plus exactement de gardien de la paix. Donc après une année de formation à l'école de police de Nîmes, euh ben voilà, juste pour expliquer aussi la sortie d'école, parce que je sais que c’est des questions qui reviennent beaucoup, mais en gros, à la fin de la scolarité, on a tout un ensemble de notations qui nous donnent des notes pour notre parcours à l'école et à la fin ça fait un classement et en fonction de ce classement, on va le premier arrivé en premier et choisi, etc. Et les autres qui suivent récupèrent les postes qui restent au fur et à mesure. Donc moi je crois que j'étais classé dans les 300 350 sur 1400. Donc ce qui me laissait, on va dire largement le choix de deux d’avoir le secteur que je voulais, sauf que je n’avais pas vraiment de choix puisque moi je voulais vraiment bosser. C’est-à -dire que peu importe d’aller à un endroit ou un autre d’ailleurs de la région parisienne. Parce que pour moi, venir du Sud et arriver à Paris, Paris, la banlieue, les départements limitrophes, etc. Pour moi c’est tout pareil. Donc voilà, j’ai demandé à mon chef à l'époque de me dire où est ce que je peux aller et qu’est ce que tu me conseilles donc pour les stups, puisque c'était spécifiquement ce que je voulais faire, je me recommande à la Colombe parce qu’effectivement, Colombe, à l'époque, quand je suis arrivé là bas, il y avait quatorze points de deal à ciel ouvert visiblement. C’est à dire que voilà Stella, une commune qui était largement connue en tout cas, et reconnue pour les policiers, les trafiquants, pour être ce qu’on appelait à l'époque une sorte de plate-forme face à ce genre de choses à l’heure de la drogue. Et donc voilà, effectivement, je. Quand je suis arrivé des premiers jours en Police Secours, à ma première intervention, ça a été sur un jeune qui avait mon âge à 23 ans, qui avait pris une balle dans la tête en plein milieu d’un quartier. Donc je raconte un petit peu comment je découvre la hauteur des tours par rapport au maximum quatre étages des tours de Carcassonne, enfin dans ce genre de chose et en même temps.
Dont tu es originaire. Il faut le dire tout à fait.
Oui, tout à fait..
Sur cette intervention. C’est assez difficile puisqu' on arrive après la bataille puisque il y a quelqu’un qui a tué. Donc forcément on a beaucoup d’animosité de la population qui me dit mais pourquoi vous n’étiez pas là avant ? Ça ne sert à rien d’arriver après à être aussi nombreux. Pourquoi tout ça alors que tout est fini ? Ben voilà, on a eu des projectiles à ce moment là et tout et on est quasiment au même moment dans la radio, on entend à appel d’urgence, il y a un évadé du commissariat, il a sauté du deuxième étage, il est recherché pour viol, description physique, etc. Et là, je me tourne vers mes collègues. C'était vraiment mon premier jour. Je me tourne vers mes collègues, je leur dis C’est comme ça tous les jours ils disent Bienvenue à Colombes, stagiaires de merde. Je ne l’ai pas précisé dans le bouquin.
Alors je sais, ce n’est pas très clair.
C’est exactement. Mais parce que là c'était anecdotique, mais alors jamais. Alors je vous parle.
J’avance parce que tu as l’honnêteté de dire page 205, tu es à peine arrivé, tu dis Voilà. Très vite, je m’adapte à ce nouvel environnement que tu viens de décrire. J’intègre les codes policiers sans trop réfléchir. Je me fonds dans le groupe et le corporatisme. Je pense police, Je dors. Je vis. Police. Je fais tout pour être intégré. Même si pour réussir à entrer dans certains cercles policiers, il faut tenir des propos racistes. Une norme partagée par beaucoup à laquelle j’adhère inconsciemment. Ensuite, tu vas expliquer que tu vas justement créer le site le compte Twitter dont j’ai parlé tout à l’heure, où justement tu dénonces les agissements et les insultes racistes de tes collègues. Mais est ce que tu peux préciser comment on se trouve obligé à se fondre dans cet esprit de caserne ? Si tu ne le fais pas, qu’est ce qui t’arrive ?
C’est-à -dire que moi quand j’arrive, je ne connais pas la région. Je suis complètement naïf de la police parce qu’il faut savoir que dans ma famille, ils étaient tous gendarmes, mes oncles, mon grand-père étaient tous gendarmes. Donc j’avais une certaine vision de l’intérieur, mais qui n'était pas forcément la même, le même code civil pour paraphraser certains propos. Et. Et voilà, Moi j’avais une vision idéale. En fait, je, je. Pour moi c'était il fallait s’intégrer parce que la mission, Bien tout simplement. Voilà le seul choix que j’avais fait d’intégrer la police correspondait à mes idéaux. Moi, j’y suis arrivé la fleur au fusil en disant ben voilà, la police est comme ça, je m’adapte. En fait, je n’avais pas du tout de culture politique à l'époque. Je n’avais pas de réflexion ou de profondeur sur ce que pouvaient être les propos racistes. La discrimination, je ne m’en rendais pas compte en fait. Pour moi, c'était normal. En fait, c'était déjà intégré depuis l'école de police puisqu'à l'école de police y a déjà ce mot là. En fait, qui est, qui est, qui est mis en place, où on tolère des propos discriminants, des propos sexistes, des propos racistes parce que bon, on entre nous comme si on était la machine à café, comme si on était en salle de pause. Et dans tous les cas, on dit ce qui est, ce qui se dit au commissariat, ça ne sort pas du commissariat ce genre de conditionnement. Et moi je ne me suis pas forcément rendu compte tout de suite de l’impact que ça pouvait avoir. Et j’ai géré. J’ai même lentement dérivé vers des propos qu’on pourrait qualifier de d’extrême droite Maintenant, avec le recul, mais je ne m’en suis pas rendu compte dans la mesure où c'était une norme partagée. Là où je me suis rendu compte, c’est qu’effectivement il y avait des unités ou des groupes de policiers où là, ils étaient beaucoup plus durs dans leurs propos et que vraiment, pour intégrer ces groupes, c’est à dire pour être reconnus par ses pairs, pour pouvoir avoir des discussions profondes avec eux, pour pouvoir partager leur vision de la police, il fallait en gros montrer patte blanche si je puis dire. Et là, pour le coup, il fallait tenir des propos pour montrer qu’on était entre guillemets du même bord. Et c’est ce qui m’a aussi permis d’aller vraiment au cœur de certains propos, voire groupuscules racistes dans la police. Et après j’ai déconstruit tout ça, on va dire, à partir du moment où il y a eu des attentats. Parce que quand il y a eu des attentats, ça m’a profondément choqué. Je me suis beaucoup questionné sur Robert, le rôle de la police dans la société, est ce que, comment on peut faire pour éviter que ça se reproduise, Au delà de l’enquête judiciaire qui interpelle bien sûr les uns, les complices, les terroristes, il y avait aussi une réflexion de fond à se faire
Fabien justement le tchat s’interroge Comment on ne peut, on peut ne pas se rendre compte qu’on dérive dans cet esprit facho, raciste.
Mais c’est ce que tu as dit en citant la citation Je vis la police, je dors, la police je mange, la police, je me douche, la police, je transpire, la police, je vais faire du sport avec des flics, etc. Mon milieu social est essentiellement centré sur la police, donc il y a un effet de groupe en fait qui se met en place sans que je m’en rende compte. Parce qu’en plus je m’entends très bien avec mes collègues et d’ailleurs ils ne sont clairement pas tous racistes et ils tiennent pas tous à ce genre de propos. Mais disons que voilà, ça fait partie des normes partagées. Moi je veux dire, je ne sais pas, j’ai pas vraiment d'éducation à la discrimination à ce genre de choses à la base. Avant de partir dans la police, je ne me posais pas du tout ce genre de questions avant les policiers parce que voilà, pour moi le fait. Je ne suis pas victime de racisme, je ne suis pas victime de discrimination à la base, je me rends pas compte de ça. J’ai bien sûr des amis avec qui on en parle, mais pour moi c’est un peu abstrait, c’est un peu lointain, ça ne me concerne pas en fait. C’est dur à dire à mes yeux, c’est comme ça que je le vis. Et c’est vrai que de rester en vase clos dans une institution qui rejette un peu tout le monde en fait, les médias c’est aussi les pourris qui vont cracher sur la police. Regardez les manifestations anti-flics, tout le monde est contre nous et ça fait qu’il y a une espèce de repli sur soi. En fait, à propos de la sociologue, appelle ça pour moi la forteresse assiégée.
La forteresse assiégée. Agnès vous entendez, il y a des ça, oui, là c’est super, là, on vous voit tout super, on voit vos yeux qui bougent comme ça. Il y a. Donc là, profitons-en pour que la connexion soit bonne. L’effet tunnel dont parle Fabien, est ce que vous, vous l’avez senti aussi ? Ou est-ce que vous avez vu des collègues sombrer dans cet effet tunnel, c’est-à -dire l’idée qu’on s’enferme dans la forteresse assiégée ?
Pas moi, l’ayant vécu, je ne suis pas vue tomber dedans. Je ne me suis pas vu tomber dedans parce que quand j'étais à Roissy. Concrètement, je suis au Bourget et je compte vraiment les problèmes à commencer. Mon fils avait quelques mois. J’avais beaucoup de routine parce que je ne vivais pas du tout à côté de la plateforme. Je n’avais pas des horaires décalés, mais bon, j'étais dans une situation qui n'était pas forcément évidente. J’ai. J’ai perdu quasiment dix kilos, je ne m’en suis pas rendu compte, sauf abandonner. En rentrant dans le pantalon, je me suis dit ou lala ça flotte et les gens aussi de mon entourage qui disait ah le visage très émacié t’a perdu, t’as perdu déjà tout ça et. Et de toute façon, à un moment donné, j'étais et j'étais et j'étais en colère. Et comme je voulais vraiment passer le concours de commissaire, j’ai trouvé cette porte de sortie. Et en fait, ce n’est qu’une fois sortie de là-bas et en étant à Clermont-Ferrand que je me suis rendu compte que j’allais devoir pas y retourner sur la plateforme parce qu’il y avait six mois j'étais en détachement pendant six mois et après, en gros, je suis bien parti, j’ai là-bas et là. Et c’est cette idée de devoir y retourner. Qui fait que je ne me sentais pas bien, que j'étais et que j'étais pas bien. Et je me suis dit normal en fait, il faut que je m’en aille. Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à recevoir les télégrammes de mutation et que je n’ai pas vu à ce moment-là, les perches comptent faire que l’univers en tout cas m’envoyait et que je les ai effacés les premiers parce que je j’avais même pas dans l’idée d’imiter. J'étais vraiment dans l’objectif de réussir le concours et puis de retourner sur la plateforme et. Et voilà. Et c’est comme ça que je suis sorti de là. Et je suis arrivé en brigade des mineurs. Donc en fait, je pense que je suis rentré dans le tunnel. J’ai réussi à trouver le truc pour en sortir, mais ça n'était qu’une fois sorti du terrain que je me suis rendu compte qu’en fait il y avait un truc qui allait bien. Et quand je suis passé ce putain de concours parce que ce n’était quand même pas la première fois que je le passais, je suis parti à Clermont-Ferrand, j'étais tout seul. Mon fils avait à l'époque deux ans et demi, donc mère célibataire je le rappelle pour préparer un concours, lui, il fallait l’emmener à l'école, je le récupère et le soir je n’avais pas le temps de travailler et ça impliquait une, comment dire. Une gestion quotidienne qui était vraiment difficile. Et à un moment je me suis dit mais en fait t’es en train de faire tout ça pour rien parce que lui va te saboter, te saborder la planche, y va ? Je ne sais pas parce que je sais que le cahier des commissaires, c’est un petit milieu. Et j’ai réalisé en fait à ce moment-là que j'étais en train de faire tout ça pour rien et qu’en plus de ça, lui ne comprenait pas. Parce que ça, je crois que je le raconte. Je sais plus si je ne le raconte pas, mais en tout cas dans le livre, quand je demande ma mutation et que et que et que du coup je la lui demande. Oui puisque c’est mon référent direct en fait. Donc c’est lui qui m’accorde les choses ou pas et qui me répond et qui me répond bah oui, tant mieux que ça, tu seras plus sous mes ordres
Vous le racontez.
Et donc je vais pouvoir t’aider à passer le concours de commissaire. Et puis je vais continuer, être là. Je vais être derrière toi, je vais te soutenir et puis comme ça on sera plus à, tu seras plus sous mes ordres. Donc à autrement dit à ton excuse. De deux, on a un derrière archaïque, donc il faut qu’on en reste là, ça ne fonctionnera plus. Et en mai je me suis dit mais ça fait un an que je répète les choses, là il ne comprend pas, je pourrais pas m’en sortir et il se trouve et ça c’est encore. Voilà, je pense que l’univers nous envoie souvent des choses, après c’est à nous de les capter ou pas. Il se trouve qu'à cette époque-là, je connaissais quelqu’un qui était dans l’armée et qui avait été en poste à l'époque avec l’actuel directeur central de la PAF. Il se connaissait très bien et. Et donc en fait, j’ai été obligé encore une fois de passer par quelqu’un qui était extérieur à la boîte pour que cette personne-là, qui avait la confiance du directeur parce qu’ils avaient travaillé ensemble à l'étranger, lui dise Reçois là tu peux lui faire confiance, en gros, reçoit là et et le directeur central, à l'époque, il en retraite maintenant, a accepté effectivement de me recevoir. Et donc je me suis retrouvé devant ce bureau, devant ce bureau, avec eux des épaves, la directrice des ressources humaines. Et puis.
Il n’a pas fait ça parce que ?
devait effectivement déballer tout ça.
Ce n’est pas facile, il faut dire. Directeur central, la police aux frontières, parce que nous, on ne connaît pas tout, vous savez.
Même pour nous, c’est compliqué de tout retenir. D’ailleurs, en échange, on le dit.
Le directeur de Roissy. Son chef direct était directeur central de la police aux frontières. Et à l'époque ils ne s’entendaient pas du tout tous les deux. C'était guerre ouverte et ça je le savais et donc je ne pouvais pas avoir accès directement au directeur central en passant par la ligne à archives entre guillemet direct. Il fallait forcément que je trouve un bar extérieur et comme ça que j’y suis parvenu et que je. Et c’est lui qui essaie. D’ailleurs, c’est lui ses deux sous-directeurs centraux. Est-ce que j’avais des preuves ? J’avais des preuves écrites. Mais ça, ça peut être qualifié de harcèlement sexuel. Si vous voulez porter plainte, vous pouvez le faire. Je suis en train de passer mon concours
Non.
Je ne vais pas porter plainte. En fait, ce que je veux, c’est juste qu’il me laisse tranquille et de pouvoir assurer une forme d’objectivité. Pour le concours. Et à l'époque, j’avais même pas analysé que la directrice de l’IGPN, donc de l’Inspection générale des services de la presse nationale.
D’ailleurs, vous ne la citez pas.
Ça me permet de rebondir sur ce qui a été dit pour Agnès. Là, sur le côté effet tunnel, je lisais un peu les trucs dans le chat, là sur le corporatisme, etc. Dans ma situation, ce qui m’a permis aussi de prendre du recul et d’ouvrir, on va dire. Mais mes perspectives, mes réflexions, ça a été l’information aux PJ en 2015, juste après les attentats où j’ai passé six mois en école de police à Oissel, où là, pour le coup, c’est un moment de respiration, on va dire dans une carrière puisque en fait, moi j'étais interne là-bas, je voulais absolument avoir un papa, pas avoir à me déplacer pour pouvoir réviser le soir et tout. Et c’est vraiment pour répondre à ce qui a été dit. Voilà, c’est ce moment-là qui m’a permis de prendre du recul sur mes pratiques professionnelles, de réfléchir un peu plus largement sur le métier et d’ouvrir, on va dire ma réflexion à justement le contact avec les magistrats, le contact avec les avocats Et c’est à partir de ce moment-là, je dirais que le, le, la prise de recul a été efficace. Ça a commencé à entamer chez moi une réflexion plus approfondie. Plus posée et plus équilibrée. On va dire que vraiment, le corporatisme qui guide, voilà, sans qu’on s’en rendre compte, on s’entend, on s’alimente tous mutuellement. Avoir une vision assez noire de la police qui rejette tout le monde et qui était. Voilà, donc c'était pour illustrer un petit peu parce que voilà, Agnès A. Décrivez très bien aussi ce mécanisme de prise de recul qui a été bénéfique et salvateur, on va dire, pour avoir la compréhension et la réflexivité nécessaire sur ce roman, sur ce qu’elle avait vécu, partager au quotidien.
Alors Fabien, il y a dans ton chapitre, il y a le pardon
Je voudrais juste terminer parce qu’en fait c’est coupé au moment crucial qui était justement de montrer que, effectivement, le directeur central de la police aux frontières, mais qui a très bien joué son rôle et qui m’a très bien accueilli et vraiment j’ai. Voilà, je n’ai rien à dire sur le sujet, effectivement, lui a rapporté donc ses faits là à la directrice de DGPN de l'époque et ils ont convenu ensemble que, en gros, il fallait lui faire une lettre de mise en garde et le mettre. À l'écart car après il est mis dans un placard. Donc Vienne c’est elle la chef du jury du concours des comme ça.
Voilà, c’est ça.
Mais ça ne sera pas la fin. Le jour de l’oral, j’arrive dans la voix devant la porte et je vois afficher la composition des jurys et je regarde le nom là et je me dis mais oh mais c’est de ma faute ! En même temps, j’aurais dû percuter bien avant. Je vais à ces genres de choses-là en long. J’aurais dû le savoir. Oui, c'était ça. Et je l’ai découvert devant la porte et je me suis dit Ah mais non, mais c’est terminé ! Elle s’est. Elle sait ce qui s’est passé, elle sait. Alors elle n’a pas appris par le jour du jury, le jour du Grand Oral, elle a très peu parlé. Je pense qu’elle s’est volontairement mise en retrait.
Mais alors à propos de langue, on a. Je pense que le silence explique ce que vous vouliez dire à propos de l’IGPN. Fabien, très tôt, tu es confronté à l’IGPN. On peut aller vite sur cette histoire de lucarne, elle est plus rigolote qu’autre chose. Ouais, c’est vrai.
Ouais, elle est plus rigolote qu’autre chose, même si pour le coup, il y a quand même deux colonnes, deux de mes collègues qui ont été menacés d’exclusion, donc ce n’était pas rigolo du tout sur le moment. Mais pour faire très bref, on avait des locaux vraiment pourris à Colombes au niveau du commissariat et à l’est, il était largement dégradé et pendant une nuit de garde à vue, il y avait beaucoup de personnes en garde à vue et il y avait beaucoup de vent, de bruit, de violence. Les mecs tapent à la porte, pour par énervement par. Voilà l’enfermement. C’est toujours très compliqué et à force de taper sur la vitre, la vitre s’est cassée et du coup ils ont réussi à se faufiler par une petite lucarne, donc de 18 cm de large sur 60 64 cm de haut. Je m’en souviens très bien puisque le lendemain les l 'IGPN arrive pour faire les constatations etc. Donc moi j'étais présent puisque j'étais chargé de la surveillance des gardes à vue. Et là je repars en disant qu’un être humain ne peut pas passer par la lucarne, ce n’est pas possible, C’est forcément les collègues qui sont complices d’avoir soit laissé les clefs sur la porte, soit d’avoir volé un porte. Donc c’est bon, c’est carré, c’est l’exclusion. Donc moi je j’hallucine, je me dis mais c’est quoi cette enquête ? C’est quoi l’IGN ? Moi j’avais, je pensais les bœufs carotte qui vraiment ? Voilà qui étaient des enquêteurs chevronnés qui faisaient vraiment leur enquête jusqu’au bout dans les détails et qui après justement cuisiné à l’audition pour mettre face aux responsabilités des policiers qui auraient commis des fautes. Et là, pas du tout, c'était bâclé. Et quand j’ai été voir mon chef, j’ai dit voilà, c’est fait, ce n’est pas possible ce qu’il disait. Donc mon chef me dit voyez l’IGPN, ils ont raison, je pense aussi, etc. On prend le pari. Et là je me suis faufilé du coup par cette lucarne avec ma tenue, un d’uniforme, c’est à dire j’avais encore mon gilet pare-balles et tout, ce n’était pas on pouvait passer assez facilement. La technique c'était de passer la tête en bas des radars en large et après de tourner les épaules et de pouvoir se glisser comme ça. Et bref, je me retrouve à faire ça, à être filmé, à avoir toute la hiérarchie qui me regarde, à faire ça et qui a lucide un peu sur le procédé parce qu’il y avait certains n’avaient pas imaginé. Et le soir même, direct, le commissaire m’appelle en disant rien à foutre de ma gueule, on n’est pas rendu compte sur la cellule Je me dis bah non, pas du tout, Au contraire, vous étiez là ? Non, je ne veux pas savoir, Je ne vais pas ranger bien à côté de moi demain matin à 8h, vous êtes là-bas. Donc je me dis bon, un mot sur l'époque fenêtre stagiaire bientôt titulaire, je me dis bon, j’espère que ça ne va pas me poser trop de soucis. Et quand j’arrive là-bas, l’audition se déroule et les mecs me prennent pour un promoteur. En fait, je leur dis Venez avec moi, colonel, je vous montre. Et bah voilà la suite. C'était pour moi un peu comique puisque j’ai vu leur tête se décomposer quand ils m’ont vu faire leur procédé en 20 secondes sans faire de bruit, etc. Et surtout, j'étais très content parce que ça m’a permis de pour le coup blanc sur mes collègues qui subissaient les conditions de travail et pour lesquelles on voulait les sanctionner. Parce que voilà, c’est toujours pareil en inter général c’est le fusible, c’est ceux sur qui tout repose tombe en termes de responsabilité. Or là, il y avait eu des rapports qui avaient été faits justement pour signaler les conditions de locaux, la dégradation des locaux. Donc ça a permis à mes collègues de se sauver de l’exclusion et un et je suis très content. Sauf que derrière, forcément, voilà, l' IGPN un peu vexé, m’a convoqué pour je ne sais plus combien de fois en l’espace de six mois, mais vraiment pour des conneries. C’est-à -dire ? Par exemple, j’ai un collègue qui avait été interpellé.
Page 208 Monsieur, Monsieur, attendez, attendez, je reviens, je reviens au dossier page 212. Par la suite, il me convoque à plusieurs reprises pour me mettre en cause dans des affaires toujours plus ubuesques et délirantes. Et tu poses la question par vengeance pour son discrédit, pour interrogation et tu ajoutes Je ne sais pas.
Moi, c’est ma conviction personnelle. Après tout, tout le monde pourra y dire ce qu’il interprétera. Mais en tout cas, quand j’ai été, je me suis retrouvé convoqué pour des violences, donc aggravées puisque j'étais dans l’exercice de mes fonctions sur un gamin de quinze ans qui se plaignait d’avoir pris des coups, de ranger dans le dos. En fait, au moment de l’audition, je leur ai dit bah montrez-moi le certificat médical puisque s’il est mineur, il est obligatoirement vu par un médecin, donc le médecin a constaté ses blessures, etc. Et sur le certificat médical, à chaque fois c'était bah néant, Pas de blessure, rien. Et en fait, c'était des accusations un peu un peu bidon, un peu mais pas fouillées, même pas étayées. Et je me retrouvais là, juste en convocation. Je leur dis mais en fait, pourquoi vous convoquer ? C’est ridicule. Et je. Et ça a duré comme ça, quatre, cinq, six fois en l’espace de six mois. Un autre truc un peu différent, c’est qu’ils ont retrouvé en perquisition chez un policier une copie donne des procès-verbaux qui n'étaient pas du tout signés ou quoi que ce soit. C'était juste une copie, comme n’importe quel policier, carrément au commissariat, qui peut récupérer des modèles pour dire par exemple le modèle de PV de vol de véhicule. C’est ça le problème. Le modèle de PV d’interpellation, c’est ça ? Pour avoir un petit peu la gymnastique intellectuelle pour la rédaction de procédures et je me retrouve accusé de faire de recel d’informations ou je ne sais quoi. Alors que ben en fait c’est une copie d’un PV et voilà, je ne sais pas d’où il sort, il aurait pu sortir de de n’importe où. Donc voilà. Moi je trouvais ça assez ridicule d’ailleurs de passer beaucoup de temps sur des faits bidons en fait, alors que je voyais au quotidien des gens pour le motif.
J’allais y venir. J’aimerais pouvoir lire le passage. Mais tu parles d’un commissaire. Le second commissaire rencontré dans mon parcours à Colombes. Donc c’est le commissariat dans lequel tu fais tes classes est présent. Il s’agit de Vincent A. Il déclenche une bagarre générale en frappant de plusieurs grands coups de poing au visage le plus volubile, certes très vulgaire et insultant Des gardés à vue. Le jeune a quinze ans. Personne n’ose dénoncer ces violences. Il y en a même qui sont ravies à l’idée de l’exemple qu’elles donnent et les légitime ainsi. Pourtant, cette violence du commissaire n’est pas sans conséquence sur le quotidien des policiers. Quant à l’adolescent frappé, il radicalise son comportement envers toute uniforme bleu. La défiance se transforme en haine à la vue des policiers, il devient incontrôlable. Il sera condamné à sa majorité pour avoir menacé de révéler plusieurs agents. Dans quelques instants. Je vais dire qui était ce commissaire. Est-ce que ça, par exemple, cette scène là à laquelle visiblement tu assistes ? Donc tabassage dans le commissariat sur un gamin de quinze ans ? Est-ce que ça fait partie des moments où tu te dis. Je suis dans un monde qui n’est pas celui auquel je voulais appartenir.
Sur le moment. Non, je ne sais pas. Je n’ai pas cette capacité de réflexion à ce moment-là parce que je vais redonner le contexte, puisqu’on aime bien le contexte dans la police, c’est que c'était une affaire de. Ce qui est d’ailleurs intéressant en soi en termes de pratique policière. Je venais de sortir la police secours pour arriver dans un groupe d’enquête qui s’appelait Les Vol Violence. Donc moi, quand j’arrive, je reçois mon dossier, je commence à décortiquer les procédures, etc. Et je vois en fait que toute une série de vols violents correspondent au même profil d’individus que j’identifie très vite. Parce que voilà, les secteurs, les quartiers, je le connaissais puisque j'étais sur le terrain et tout de suite je fais une planche photo on va dire, et je présente aux victimes. Et là tout de suite, c’est Ah oui, c’est lui, Ah oui, c’est lui ! Ah oui, c’est lui. Et j’arrive à établir comme ça un petit réseau de deux gamins parce que grosso modo, ils ont entre treize et 18 ans qui s'équipent à trois, quatre, cinq et qui vont voler les petits, les petits riches du lycée privé à côté pour dépouiller leur portable ou leur veste. A l'époque, c'était légal Canada Goose ce genre de choses. Et donc on regroupe tout ça, on fait un gros travail d’enquête, on regroupe plus de 80 plaintes pour raccrocher, on va dire à cette même équipe assez large puisqu’on interpelle au final 25 personnes mises en cause et pour interpeller 25 personnes mises en cause dans un commissariat, C’est quand même assez compliqué en termes de logistique. Donc pour cette opération-là, le commissariat était fermé pendant une semaine, c’est à dire qu’on recevait plus de public, on recevait plus de garde à vue autre et on se concentrait tous le commissariat en termes d’enquêteur, se concentrer uniquement sur la résolution et l’enquête et la garde à vue et son déroulement. Et donc là, ça faisait déjà trois jours, On va dire qu’on était en garde à vue nous aussi, puisqu’on devait surveiller, on devait enquêter etc. Donc c'était des horaires de 6 h du matin à 0 h. Le soir, on était quand même soumis à beaucoup, beaucoup de pression, beaucoup de monde de tension, parce que c'était un fort enjeu on va dire, en termes d’investigation et on n’avait pas l’habitude de ce genre d’affaires dans un commissariat puisque d’habitude on traite les petits délits quotidiens séparés, éventuellement un vol violent séparé. Mais là, vu le volume, c'était quand même un à assez, une charge de travail assez importante. Et là, on se retrouve donc le troisième jour de garde à vue, c’est à dire qu’il y en a qui ont déjà fait 172 en trois jours et on se retrouve à devoir faire une présentation devant la centaine à toutes les victimes, donc les 80 victimes,
Vol avec violence, ça permet des gardes à vue prolongées, c’est ça ?
Alors il y a une petite subtilité là pour le coup juridique vol avec violence, c’est vol avec vols avec arme, etc. C’est 48 h de garde à vue théoriquement. Sauf que là on l’avait. Le motif c'était vol en bande organisée, ce qui nous permettait d’avoir des on va dire des habilitations spéciales avec des d’extension de pouvoir dans le cadre de la garde à vue qui permettait d’autoriser en tout cas pour les mineurs de 16 à 18 ans et les machins. J’ai dû aller jusqu'à quatre 20 16 h de garde à vue, donc quatre jours. Et donc là, pour certains, on va dire la moitié d’entre eux, on était déjà trois jours, on avait fait une deuxième vague d’interpellation avec. Donc voilà 25 personnes à présenter, on les aurait présentées par vagues de cinq au poste. Ça, c’est comme ça que ça s’appelle Au commissariat, c’est. À dire comme par hasard dans la grande salle. À l’intérieur du commissariat. Et là donc, on faisait défiler par tranche de cinq les individus devant les victimes. Et là, forcément, avec toute cette tension, toute cette pression qu’y avait. Et puis comme je le dis, c’est quand même certains étaient très agressifs, très volubiles, très insultants. Et là, on en a un qui clash un moment avec un d’entre eux qui s’en prend directement à un témoin dans la porte en disant si tu témoignes, je vais te menacer. Donc là, nous tout de suite on intervient en disant ça ne va pas se faire, ça va pas se passer comme ça, c’est toi qui ne menace personne. Et là c’est parti complètement en vrille à partir du moment où pour nous, pour le coup, on a été très surpris. Le commissaire a commencé à balancer des coups de poing au visage quoi. Donc forcément, gros pugilat, bagarre générale dans le poste puisque les copains qui étaient en présentation à ce moment-là se révoltent. Les policiers interviennent pour séparer tout le monde, etc. Et ensuite le l’enquêteur reprend son chemin Et moi, si tu veux, dans cette configuration-là, j'étais directeur d’enquête, donc j’avais une pression. C'était ma première grosse, grosse affaire. Tu vois, en tant qu' enquêteur et je voulais pas, tu vois ça ? Donc il y avait cette logique-là de me dire Bon, je ne peux pas dénoncer, là, rien du tout en ce moment, parce que sinon mon enquête tombe à l’eau. Et au-delà de ça, voilà, je suis gardien au pays des commissaires. Il y a beaucoup de monde au poste, il y a beaucoup de monde, beaucoup de témoins de ces faits-là et personne ne dit rien. C’est une chape de plomb complète. Il y en a même qui se réjouissent en disant Putain, t’as vu le commissaire ? Et de voir ce qui lui a mis dans la tronche est tout à fait génial et tout au moins, lui ne pourra pas nous dire quoi que ce soit si jamais ne on se fout d’un gamin. Donc voilà, c'était ce genre de propos après d’ailleurs qui était véhiculé après, après son action. Et voilà. Après je te laisserai raconter peut-être la suite puisque je note d’impatience.
Oui je lis la suite, je lis la suite et ici. Je perds de vue ce commissaire après sa mutation, jusqu'à ce qu’il fasse de nouveau parler de lui en 2019. Et là, écoutez bien. Il est alors chef à Mantes la Jolie. Une vidéo de lycéen circulant à genoux face à un mur, mains sur la tête pour certains, tandis que d’autres sont mandatés dans le dos. La vidéo provoque l’indignation des parents et fait le tour des réseaux sociaux. Quand j’apprends qu’il est responsable, je ne peux m’empêcher de me dire de manière cynique qu’il s’occupe toujours aussi bien des adolescents. C’est la fameuse scène. Ce n’est pas lui qui filme, mais c’est la fameuse scène. Voilà une classe qui se tient sage. Et donc effectivement, quand je. Quand je découvre dans ton livre que ce commissaire dont tu parles, bah c’est le même, je me dis. Il y a un vrai souci dans l’institution.
Mais il y a effectivement un vrai souci. D’autant plus que c’est ce que je décris aussi dans le récit. Après le jeune qui a pris les coups de poing.
À partir de ce moment-là de garde à vue, ils deviennent complètement ingérables quand ils voient un uniforme. C’est à dire que les policiers en première ligne sur le terrain qui vont exercer leur mission quotidienne de police, vont eux, pour le coup, subir l’animosité de ce jeune qui est complètement réfractaire, devient complètement hystérique face à la police. Donc l’action de ce commissaire au commissariat, entre bonhommes on va dire policiers qui se font respecter par la violence parce que c’est un peu l’idée de certains, malheureusement. Ben là c’est le commissaire. Lui qui ne se rend pas compte, c’est que derrière tous les agents de police courent en uniforme, y compris les enquêteurs qui vont potentiellement croiser cette personne et son entourage. Parce que ça aussi a un impact sur ses amis, sur ses sur sa famille, sur ses connaissances et autres. Ils vont être encore plus tendus, encore plus à l’opposition de la police. Et là, on crée vraiment une fracture avec la population par cette action du commissaire, puisque derrière il n’y a plus de dialogue possible. Forcément, le jeune, il va dire quoi ? Il va dire non mais attendez, les flics, vous m’avez visité tout ça, vous avez vu le bastonner la gueule et vous n’avez rien fait. Comment puis-je vous faire confiance ?
N’hésitez pas. Je ne sais pas si vous lisez le tchat, mais si vous lisez le tchat et que vous voulez réagir, faites là, il n’y a pas de souci, au contraire. Mais c’est quoi la finalité ? C’est de créer de la délinquance, c’est de créer de la violence, c’est de créer la criminalité pour assurer sa légitimité.
Parce qu’à un moment donné, quand on demande, je pense qu’il n’y a pas de finalité, c’est de la réaction, d’un état pur, de voilà, je verrai. Agir et. Et puis. Et puis après, de manière insidieuse dans les comportements. Et c’est ce que dit Fabien. Une fois que le chef fait, ça bombarde sa légitime en fait tout le reste, puisque lui, une fois qu’il a fait sa conseiller devant ses gars, je dirais si demain il y a un des gardiens qui commet des violences et que et que ça c’est dénoncer au commissariat pour rien dire, s’obstine à montrer l’exemple. Et je ne pense pas qu’il y ait une vérité à proprement parler. Je pense que c’est plein de comportements individuels qui nous mettent dans cette ambiance là et mais qui mais qui ? Comme ils ne sont jamais ou en tout cas trop peu, euh on va dire judiciariser ou contester, c’est-à -dire qu’ils le sont. A mon sens, quand il y a des vidéos qui sont faites, ça en gros quand on ne peut pas y échapper, L’exemple de Jean-Marc à Pau en est une illustration. Souvent ça se balade, on ne sait pas, on ne dit pas et puis ça et puis ça remonte.
Je ne sais pas. Trop ta question David sur justement, est ce qu’il y a une finalité ? Mais je pense qu’il n’y a pas de finalité à proprement dit dans l’action, comme le dit Agnès, puisqu’il n’y a pas de réflexivité, il n’y a pas de vision à long terme de se dire, de mesurer chaque action qu’on fait au quotidien pour savoir quel impact ça va avoir. Ce n’est pas une éducation française, en tout cas dans la police, de se projeter un peu à long terme par rapport à son action. C’est juste pour préciser. Aussi par rapport à par rapport à ce commissaire, pour essayer de. Voilà quelque chose qui n’est pas dans le bouquin. Il faut savoir qu'à son arrivée à Colombes, il y a eu une visite du préfet de police avec le directeur de la police parisienne sur des quartiers on va dire dits difficiles, c’est à dire classés en ZSP, zone de sécurité prioritaire où il y avait beaucoup de deal, de de tentatives d’assassinat, de bagarres, de vols en tout genre, etc. Et il y avait une volonté à l'époque de remettre un peu de police de proximité puisqu’on s’est rendu compte que la détruire, ça avait détruit le lien nécessaire et la population pour être vraiment implantée et avoir la capacité opérationnelle de renseignement qu’on pouvait avoir au niveau local. Et ce commissaire m’a demandé de mentir au préfet de police et au directeur de la police parisienne en me faisant passer pour quelqu’un d’une unité de VTT. Alors en disant en gros il fallait que je dise c’est génial le VTT, on permet de nous faufiler dans les quartiers, dans les bâtiments et les rues qu’on ne peut pas passer en voiture et autre, On est au contact de la population, Sauf que je n’ai jamais fait de VTT de la police. Qu’on soit bien clair, je n’ai jamais exercé mes missions comme ça. Mais ça ne te dérange absolument pas ce commissaire de me pousser à le faire. Parce que bon, voilà, je parlais bien et je me sentais bien. Il s’est dit bon bah ça va bien faire avec le préfet, etc. Et voilà. Ce que je veux dire par là, c’est que quelles que soient les situations, j’y revienne. Sur ce qu’on dit dans le bouquin, c’est que voilà, on transforme l'échec en opportunité pour vendre après la bonne action de la police. Et moi je pense que ce qui est, ce qui est, ce que je dis, ce qu’on voit en tout cas et ce qu’on observe tous, c’est de voir la récupération qui est faite après de ça, c’est à dire typiquement quand le gamin, il va dire à tous les policiers présents ce jour-là je vais vous rafler derrière, qu’est ce qui va être récupéré par les syndicats de police ? Qu’est ce qui va être récupéré par le narratif policier ? C’est là une anti-flics et on ne va voir que ça pour mieux cliver tel comme tel autre, etc. Pour justement entretenir cette animosité et cet effet d’affrontement entre bandes d’un côté les policiers, d’un côté les jeunes, c'était voilà. Cette fracture-là, elle est ensuite entretenue et récupérée par les syndicats et par le narratif policier. Mais à proprement dit, je pense que c’est le défaut de réflexivité et le défaut de vision de l’activité et des conséquences qu’il peut y avoir à long terme qui produit justement ce genre de comportement.
Alors, on a des outils qui pourraient très bien être mis en place de manière assez simple, je ne parle pas forcément des enquêtes de victimisation, mais de demander à observer en amont dans le service public un truc à l’entrée où y' a marqué est ce que vous êtes satisfait du service ? Oui, non moyen ou ce genre de choses-là, on pourrait tout à fait demander au plaignant et à toute personne qui rentre dans le commissariat, quelle que soit sa demande, d’exprimer son avis sur la manière dont il a été reçu, le temps d’attente, enfin toutes ces choses-là en fait, et que ce soit à eux de donner leur avis sur le service qui leur est rendu, parce que c’est un service public qui s’auto évalue. Donc si on met en dehors celui qui reçoit ce service, c’est-à -dire le citoyen, on ne peut pas avoir une bonne, une bonne analyse et une bonne heure. Comment dire ? Une bonne vision de la réalité ?
Il y a nicotine dans le chat qui nous dit qu’il y a des comico qui ont des bonnes notes sur Google ? Je n’ai jamais fait gaffe à ça,
Je n’avais pas à en donner. C’est vrai et tant mieux. Et parce qu’en plus en plus de ça, je dis Et même pour les policiers qui sont aux plaintes, qui sont, qui sont en prise avec, avec justement tout le public, toute la journée, dans des situations qui sont complexes, en ayant souvent pas le temps. On ne parle même pas des formations, parce que ça, on l’a déjà dit, redit et compagnie. On perd les nerfs. Et qui voudrait prendre le temps de recevoir les victimes, de faire ceci, de faire cela et qui ne l’ont pas ? Et eux-mêmes, ça les bouffe parce que parce qu’ils voient bien qu’ils n’arrivent pas à faire ce qu’il faudrait faire et qu’on leur donne des ordres entre guillemets contradictoires et à l’agonie, faut être irréprochable. Et de l’autre côté. Mais en fait vous n’avez qu’un quart d’heure pour être irréprochable, donc là vous vous débrouillez. Mais la plainte là, il faut qu' ça trace et hop et compagnie. Parce qu’en fait, ce qui est important c’est que je n’ai pas d’attente dans les commissariats. In fine, l’objectif c’est celui-là, pas l’efficacité, mais juste au moins d’avoir à attendre. Ça, c’est ça, c’est ça, c’est ça. Ce n’est pas possible en fait. Alors il faut absolument changer.
Il y a tellement de questions du Tchad que j’accélère un tout petit peu la carrière de Fabien. En plus, je voulais parler des témoignages de Jean-Marc, de Christophe. Je ne sais pas si on aura si on aura le temps. Moi j’ai le temps, mais c’est pour vous Fabien. Je fais entrer en 2016 Viry Châtillon, vos deux collègues qui sont victimes de cocktails Molotov. C’est un traumatisme pour vous comme pour toute la corporation. Et il faut, il faut le rappeler. Vous parlez aussi en 2020 des indemnités IRPP. Alors c’est quoi déjà ? Des indemnités.
De résultats de performance que je qualifie bien volontiers. Je l’ai pas écrit dans le bouquin Pour moi de primo harcèlement moral, vas-y. C’est-à -dire que c’est l’IRPP qui est à mon sens le cœur de la machine, de la politique, du chiffre. Quand je dis la machine, c’est à dire la machine policière, comment on incite les policiers à comment on oriente, en tout cas en termes d’objectifs, le travail policier. Et pour moi, quand on touche des primes sur le nombre d’interpellations, sur le manque de garde à vue, sur le nombre de gens qui n’attendent pas beaucoup en salle d’attente à l’accueil, et que ces objectifs définissent une partie de la rémunération des policiers. Euh, on oriente clairement une politique publique, en l’occurrence la politique de sécurité et à mon sens c’est pas du tout ce qu’on décrit de façon autre au travers du bouquin. Si on ne joue pas le jeu de ces statistiques, on ne va pas hésiter à nous mettre la pression. C’est pour justifier l’indemnité.
Responsabilité de performance IRP qui contribue à entretenir la pression hiérarchique sur les subordonnés, qui doivent se justifier par des statistiques elles-mêmes modifiées pour satisfaire les attentes et les mises en paiement. Un gardien de la paix touche au mieux une prime de 600 € annuels pour bon résultat entre guillemets, tandis qu’un directeur peut toucher des dizaines de milliers d’euros, soit plusieurs fois le salaire annuel d’un gardien de la paix ou d’un adjoint de sécurité. Je rappelle à celui qui déboule sur le tchat que vous n’êtes pas des flics des années 50. Alors vous avez quitté la police il y a quelques mois, quelques années, c’est-à -dire ce dont vous parlez, vous ? Oui, vous y êtes toujours.
C’est moi. Oui.
Oui, je sais, je sais, je sais, je ne sais pas vous avez été rattrapés par la patrouille. Si j’ai bien lu votre chapitre, vous avez failli partir. Et puis finalement, vous êtes revenu. Ce que je veux dire, ce que vous racontez, c’est la réalité d’aujourd’hui.
Et qui dure depuis des années, je veux dire, depuis qu’on a démantelé la police de proximité, depuis que la police a été soumise à des objectifs pour répondre à une idéologie politique. Euh voilà, on en est là. Hélas, ça se perd, ça se cumule. Les ministres de l’Intérieur successifs ont dit à plus de politique du chiffre, ça n’existe pas. Mais la politique du chiffre, ce n’est pas juste dire qu’on fait la statue, c’est toute la mécanique qu’il y a derrière qui va encourager à un regard policier biaisé sur la vision de la délinquance par exemple. Je vais te citer l’exemple des stups. L’exemple des stups, c’est que tous les policiers qui se concentrent sur les stups ne font que le deal à ciel ouvert, c’est-à -dire qu’ils ont une vision étriquée complètement maintenant. En plus, depuis pas mal d’années, ça se développe. Mais je vais finir. Ils ont une vision étriquée, étriquée du trafic en disant le trafic, ça se résume à une tour, un four et la vente de cannabis, cette cocaïne par exemple. Alors que depuis 2014, on l’a constaté beaucoup dans les services de police, il y a eu Snapchat qui est arrivé, Facebook, Instagram. Et là, notamment à Paris, il y a des livraisons à domicile qui s’exercent. Alors, certes, les tarifs sont un peu plus élevés que quand on va l’acheter sur le point de deal, mais en gros, si on habite dans un beau quartier et qu’on a un numéro de téléphone de dealer, on a juste un texto à envoyer et on est livré à la maison et on ne prend pas de risque de se faire contrôler, on ne prend pas le risque de se faire interpeller et on ne prend pas le risque de faire une amende. Par contre, celui qui n’a pas les moyens de se faire livrer à domicile, ou tout simplement celui qui ne peut pas pour des raisons X ou Y, est obligé d’aller sur le point de deal. Ben lui par contre, il va se faire allumer. Il y a beaucoup plus de chances de se faire allumer. Quand je dis allumé. Voilà, je me comprends mal, les amendes. Donc ça pose question. Tant d'égalité en fait en termes de réponse policière et derrière on va dire mais oui, regardez, on interpelle tant de gens dans ce quartier là, c’est qu’il y a un problème. Ben en fait c’est sûr que si on met tous les effectifs dans ce quartier là pour interpeller tous ceux qui viennent dans ce quartier-là, il va y avoir plus d’interpellations. Fin voilà, je pense que ça démontre, on va dire malheureusement, la politique du chiffre, l’absence de réflexion et de vision globale de la police et même à moyen terme, parce qu’on ne réagit pas.
C’est bien la même chose, la même chose pour l’enfance, c’est à dire que la brigade des mineurs, de la même manière, on va relever beaucoup plus d’infractions ou de ou de problématiques dans les endroits où il y a une plus forte visibilité. C’est à dire que dans les milieux sociaux défavorisés où il y a une action sociale qui est mise en place, et bien forcément, il y aura plus de signalements, il y aura plus de remontées que sur ce qui se passe dans les dans des endroits entre guillemets qui sont favorisés. C’est-à -dire que de savoir ce qui se passe dans une maison à Neuilly, c’est quand même beaucoup plus compliqué que de savoir ce qui se passe dans une, dans une, dans une cité à Clichy. En fait, on regarde là où on met, là où on met l'éclairage et là où on met l’accent.
Et c’est une loi de Saint-Cloud qui nous dit si, si, j’ai bien lu votre. Voilà, tout à fait. Donc vous, vous venez d’où ? Vous êtes plutôt Neuilly quoi exactement ? Ah oui, mais j’ai lu, j’ai lu le bouquin, j’ai lu le bouquin, mais c’est absolument dingue. Il y en a plein. Il y a beaucoup de questions que je mets de côté, donc n’hésitez pas les amis du chat à poser vos questions, je les remettrai après la. J’essaierai de continuer les carrières de l’un et de l’autre. Fabien très vite tu vas te retrouver YVP Donc encore un signe. Alors là, ça veut dire interdit de vie, de vie, interdit.
Oui, c’est exactement ça. Là-dessus, c’est très intéressant.
En termes de vie sociale pour un policier, c’est à dire interdit de voir indique comment ça se passe et comment tu arrives à être muté. C’est écrit Là, vous avez mon carnet, Tout, tout est là où je vais être très court.
Je m’investis énormément dans les policiers en colère de 2016 suite à Éric Ciotti, comme tu l’as expliqué. Voilà. Et très vite je me fais remarquer un petit peu quand même parce que voilà, j’y vais très franchement pour essayer de motiver, de susciter dialogue avec la hiérarchie, pour essayer de trouver des solutions. Mais vraiment, c’est un objectif de non pas uniquement dénonciation, mais vraiment d’essayer d’apporter des solutions.
Manifestations de 2016. Il faut rappeler quand même ce que c’est. Excuse-moi Fabien, c'était pour dénoncer la cogestion des promotions et mutations entre l’administration et les syndicats majoritaires. Et une des choses, ce sont les policiers qui ne sont pas syndiqués, qui vont manifester. J’ai toujours su, je te le dis, j’ai toujours suivi, j’ai toujours pensé. On m’a toujours dit que c'était l’extrême droite qui était derrière les policiers en colère. Est-ce qu'à ce moment-là tu es d’extrême droite ? Est-ce que, à ce moment-là, ce mouvement est quand même un certain nombre. Je vais expliquer certains des flics qui sont à tes côtés, qui sont aujourd’hui catalogués à l’extrême droite. Je veux dire qu’il y a une porosité à ce moment-là, il faut quand même, non ?
Alors oui, il y a une porosité qui est dans toute la police, enfin, je veux dire, ce n’est pas lié aux policiers en colère, là, ce serait fini, je veux dire. Quand les syndicats disaient que les policiers en colère sont d’extrême droite, c’est un peu le camembert qui dit euro fort, tu pues quoi ? Je veux dire, c’est un petit peu cocasse je trouve, comme les policiers.
Et les militaires, c’est toujours très sûr.
Mais fait venir les policiers en colère. Pour moi et pour beaucoup d’autres, un vrai engagement. Je dirais presque de gilets jaunes dans l’esprit. C’est-à -dire qu’on ne se reconnaissait plus dans les syndicats. Les circuits de remontées d’informations pour l’administration, c’est-à -dire sur les conditions des locaux que j’ai déjà énoncées ailleurs. Je veux dire, il y a beaucoup de détails dans le bouquin, Je pourrais même y venir si tu veux, plus en détail sur le volume d’heures de travail, parce que ça c’est vraiment intéressant. Mais voilà, en gros, on essaie de se mobiliser pour trouver des solutions pour essayer devant la porte une parole qui n’arrive pas à percer en interne et par les syndicats. Et là, il y a un soir, on se retrouve sur les Champs Élysées, donc de nuit. Ah bon, les flics aiment bien chanter la Marseillaise. Parce qu’il y a ces représentatifs à cette symbolique pour eux.
Ça oui, mais non, Non, d’accord, mais on entend bonification sauvage. Vous êtes armés un certain L’automne, La Marseillaise. On sait que des gens du FN sont venus grossir vos rangs.
J’y viens, j’y viens, j’y viens. C’est-à -dire qu’au début de la manif, ils se placent à l’Arc de Triomphe. Voilà. Et je veux dire, c’est que comme symbolique pour tous les manifestants en général et à ce moment-là, on chante en Marseillaise et ensuite on décide de descendre vers l’Élysée symboliquement en descendant les Champs-Élysées. Et effectivement on est masqués, cagoulés. Pourquoi ? Parce qu’en fait, on a peur. On a peur de se faire exploser par la hiérarchie, on a peur de se faire identifier par les gens. Ben on a peur des poursuites, on a peur de se faire virer. On risque la révocation clairement. Et effectivement, il y a des policiers armés, mais pas tous. Parce que clairement, nous donner des consignes de ne pas venir armés au maximum parce qu’on sait très bien qu’une manifestation en armes c’est dangereux, c’est problématique, etc. Mais il faut rappeler qu’en 2016, il y a eu Magnanville trois mois avant trois quatre mois avant. Les policiers sont traumatisés. Ils retournent dans la rue. Quand ils rentrent chez eux, ils changent de trajet pour revenir chez eux parce qu’ils ont peur de se faire. Voilà. Identifiés déjà publiquement sur la manifestation par la rue Archi, mais aussi pour potentiellement être des cibles djihadistes. Parce qu'à ce moment-là, on a peur. On est quand même dans un contexte d’attentats à Paris majeurs où il y a eu des attaques sans précédent.
Magnanville, c’est un couple de policiers qui a été assassiné chez lui.
À leur domicile devant leurs enfants.
Donc voilà. Et ça, ça a été vraiment un traumatisme profond pour la police et pour les policiers. Et il ne faut pas oublier que voilà, on est dans cette nous, en tout cas dans nos têtes. On a très peur d’un attentat parce qu’on sait qu’en plus une manif de policiers, on se dit bon bah si un mec qui veut faire un carton, dans ces moments, on est très attentif à ça. Et donc on descend les Champs-Élysées avec comme dit Nocagoulas. Et donc il faisait très froid. D’ailleurs c'était très pratique les écharpes et autres. On arrive devant les grilles on va dire pour le passage à l'Élysée, on tombe sur nos cousins gendarmes qui n’ont pas le casque etc. et tout et on leur dit bon les gars, vous nous laissez pas à l’Élysée maintenant, vous ne pouvez pas y aller. Donc là on discute de leurs conditions de travail. Ça a duré un petit moment et ce jour-là, il y a effectivement un ancien SDF, donc un mec qui n’est même pas policier rattaché au Front national, qui se fait repérer sur la manif. Et alors là, tout de suite, ça a été le prétexte pour dire que les policiers en colère, c’est l’extrême droite, ils viennent tous de l’extrême droite, ils sont venus de l’extrême droite, etc. Alors que la démarche initiale, au départ, c'était vraiment tellement spontané et tellement révoltant pour nous de voir Viry-Châtillon dans tout le contexte qui était le nôtre, de surcharge de travail due aux attentats, les gardes statiques. Je l’explique un peu dans le bouquin que voilà, on veut s’exprimer, c’est tout. Et d’ailleurs, à titre d’exemple, j’ai recroisé d’autres collègues sur cette manif plus tard dans les services que je ne connaissais pas sur le moment et avec qui on a échangé. C’est des mecs qui à certains m’ont avoué voter Mélenchon. Il y en a qui ont voté Macron après. Je veux dire, ce n’est pas des gens d’extrême droite, idéologique, idéologue. Bien sûr qu’après le mouvement a été noyauté et récupéré et d’ailleurs dès le départ par le syndicat Alliance. Et derrière, politiquement, par tous ceux qui essayaient de faire monter la colère. Je veux dire, on connaît les mécanismes de l’extrême droite pour attiser, attiser les peurs, les haines, eux, pour justement cliver.
Ce qui est intéressant pour dire ce qui est intéressant dans le mouvement, je te coupe, excuse-moi au-delà de la récupération politique et des clivages sur le noir. Et ça, Fabien l’explique très bien dans le livre. C’est la manière aussi dont on leur a expliqué qu’en fait ils n’avaient pas le droit de le faire comme ça, comme ils voulaient et qu’il fallait, qui se rattachent et qui se mettent en rapport avec leur syndicat. Ce que justement le mouvement des policiers en colère disait ben non, nous aussi on en a marre des syndicats. Et c’est ce qui fait qu’ils se sont constitués en association. Et ça, ce phénomène-là de tissu associatif qui s’est reproduit avec Pep’s, La mention au suicide a été mise en place ? Pour moi, c’est la première manifestation que j’ai faite de ma vie. C'était en octobre 2019 et octobre 2019.
Je voulais dire en tant que manifestante.
En tant que manifestant.
Vous en aviez fait d’autres ? Mais de l’autre côté ?
Oui, on avait les taxis à Roissy, d’accord, mais effectivement en profitons en étant dans le cortège. Et ils en étaient au tout début. Ça faisait quelques mois qu’ils avaient commencé à se constituer en association et les syndicats derrière ont demandé la suppression de cette association. C’est-à -dire que c’est le combat qu’ils ne défendent pas. Ce qu’ils ne font pas qui oblige des policiers en interne à se constituer en association pour la plupart sur leur temps bénévole. Les syndicats ont demandé à ce que ces associations disparaissent. Là, aujourd’hui, on est en train d’essayer de mettre sur de mettre sur pied une association qui serait complètement et parfaitement va extérieure à la police nationale qui serait fondée par d’anciens flics qui sont aujourd’hui dans le privé pour essayer de d’ouvrir la porte à ceux qui veulent partir et qui ne savent pas comment faire et qui savent pas comment retrouver du boulot derrière. Et d’accompagner entre guillemets les policiers qui veulent partir, qui veulent trouver du boulot. Ça, normalement, c’est la reconversion. Il devrait y avoir en interne comme dans les gendarmes, dès aide des services qui s’occupent de ça, de la reconversion. Sauf que ces services-là, ils existent. C’est encore de l’affichage, presque. Parce que de manière officieuse, quand on leur demande de faire, c’est de faire en sorte que les flics restent à l’intérieur et donc de les retrouver, ou des mutations qui ont permis ou ce genre de choses-là, ou de faire des formations en interne qui obligent à dresser, et y proposent tout un tas de choses, mais, mais de limiter au maximum, de les envoyer vers des ruptures conventionnelles parce que ça coûte cher, vers un certain nombre de choses, et voilà. Et il va falloir faire encore quelque chose qui est extérieur à tout ce système là pour que ça puisse porter ses fruits, parce que aujourd’hui en sont à quatre ou cinq. Dis-moi Fabien, si je me trompe, mais au moins à quatre années d’existence, ils ont réussi à, voilà à se développer, à mettre en place énormément de choses et ils gèrent l’interface entre eux, entre les entre les policiers et l’administration. Mais ils ont peiné à la faire sa place. Alors là, les syndicats ont tout fait pour.
C’est une question plus que délicate en l’occurrence de parler de suicide puisque Fabien dans le livre tu racontes que tu as fait une tentative de suicide. Vous rappelez très souvent dans le livre, que ce soit vos collègues ou vous-même, c’est ce fantôme qu’est le suicide. C’est à dire qu’il y a un chantage au suicide dans tous les sens par rapport à l’arme de service, etc. Mais vous rappelez ce chiffre dingue : 1000 1100 suicides, c’est ça.
1100 suicides. C’est une moyenne terrible de 44 suicides par an.
Et ces gens ont 25 ans donc c’est la première cause de mortalité chez les policiers.
Exactement, et de très loin, je veux dire de très loin. Donc pour vous, pour moi, c’est absolument terrible. En tout cas, quand on en arrive à ce qu’une organisation du travail dysfonctionne au point que ses agents en 40 % de plus de chance de mettre fin à leurs jours que la moyenne, on va dire, de la population générale. Donc, ça dit quelque chose quand même, qu’il y a vraiment une difficulté particulière sur le sur le métier. Mais contrairement à ce qu’on peut penser, est ce que, comme disait Agnès d’ailleurs quand on parlait en introduction, quand on rentre à l'école de police, on s’attend forcément à l’animosité de l’incrédulité organisée, les voyous très durs potentiellement à des manifestations compliquées à gérer. Mais jamais sur la violence, ce qui se passe en interne. On n’est pas du tout préparé à ça. On n’est pas non plus du tout préparé à la gestion du stress, à tout ce qui est psychologique, etc. En école de police, on n’est pas du tout sensibilisé à la prévention du suicide.
Qu’est-ce que ce que ce que ce que ce soit veut que ce soit pour vous même ou pour ce que certains appellent la clientèle ? C’est à dire que même par exemple, pour recevoir des plaintes, on ne vous explique pas les B-A-BA de la psychologie.
Non, non, non. Après bon, il y a des stages et des formations qui peuvent permettre d'évoluer et bien sûr, mais en tout cas à l'école de police, dès le départ, c’est assez limité. Il y a des choses qui bougent maintenant, il faut le reconnaître, il y a des choses qui volent. Je pourrais peut être le développer après, mais en tout cas, sur le suicide, il y avait urgence à notre sens, puisque c’est lié à la souffrance au travail. C’est lié aux conditions de travail qu’on développait déjà dans l’expression publique des policiers en colère en 2016 Et en fait le président de BEP, en fait, pour l’association présente ce suicide, a décidé de créer un groupe Facebook fermé pour les policiers en 2018. De mémoire, je ne veux pas dire de bêtises, mais c’est 2018 et y crée ce groupe. Et le lendemain, Maggy, la figure de proue, la tête affichée, en tout cas des représentants des policiers en colère, met fin à ses jours avec son arme de service. Et là, pour le coup, toute la police a été profondément choquée parce que ça faisait déjà deux ans qu’elle était capable de pondre. En tout cas pour nous, d’avoir les épaules d’affronter les syndicats, d’affronter l’administration de Sud, de résister à la pression et de porter une parole qui était assez libre. On en pense qu’on en veut après du fond, mais en tout cas qui était courageuse pour tous les policiers. Et là, de voir quelqu’un qui aurait été la dernière sur la liste des personnes qu’on aurait imaginée passer à l’acte. C’est ôter la vie.
Juste pour finir Maggie, j’ai oublié son nom de famille tout à l’heure. Agnès ‘a cité Bukowski No comment. Quand on n’a pas entendu Comment ?
Bukowski.
Voilà, c’est ça, effectivement. Vous, vous parlez d’elle, C'était un peu la porte-parole, si on peut le dire comme ça. Une des porte-parole du mouvement des policiers en colère Je parlais d’extrême droite tout à l’heure. Il y a des syndicalistes que je qualifierai d’extrême droite qui se revendiquent aussi d’elle pour expliquer le travail. Si pour des gens qui sont à l’extérieur de l’institution, c’est parfois un peu compliqué à comprendre. Les tenants et les aboutissants ? Non.
Faut juste arrêter en fait de sous sans arrêt, renvoyer à la division à droite, à gauche, les extrêmes,Je dis à tous les policiers qui sont là-dedans et qui vivent ça, savent très bien, savent très bien et n’importe qui peut le dénoncer. En fait.
Dans les poules en l’air, il y avait des policiers de gauche, il y avait des policiers à la fibre écolo, il y avait des policiers de droite dure, il y avait des policiers pro-gouvernementaux, des policiers socialistes. Il y avait de tout. Bien sûr qu’après, dans les proportions, on voit bien en tout cas qu’il y a quand même beaucoup de tendances réactionnaires droitières dans la police. Mais il y a aussi une diversité d’opinions. Et c’est justement en étant de l’intérieur, en étant, on va dire, une espèce de réceptacle à toutes les revendications qui avaient des policiers en colère à l'époque. Moi, quand j’ai des policiers qui entendent parler de conditions de travail, de relations humaines avec la population, de la fin des primes et de la rentabilité, C’est pour moi ces discours de gauchiste. Si on analyse un petit peu. Donc dire que c’est de l’extrême droite, je suis désolé mais c’est la caricature dans le sens où bien sûr il y avait des gens d’extrême droite au milieu. Moi je ne le nie pas. Un Je me suis même fricote avec eux plusieurs fois parce qu’ils voulaient crier les racailles en prison. Et le problème de la police, la justice, moi je leur disais non. Déjà on fait notre propre introspection policière pour ensuite on verra si on critique étant musicien on ne fait pas semblant.
D’ailleurs, vous avez vu, ça.
Oui ça a été un combat au début.
Vous avez un commentaire ? Vous avez une jolie phrase dans votre bouquin. Le problème de la police, c’est l’injustice, écrivez-vous. Je trouve ça intéressant comme com, comme retournement de situation. Je cavale, tu deviens, tu passes au téléphone.
Oui, j’y passe.
Tu sais le début du calvaire, On te retire ton arme, on interdit de la voie publique. C’est à dire qu’en gros t’as pris la parole au nom des policiers en colère. Toi tu dépasses. Donc on va te. On va te couper la tête si je puis dire. Enfin en tout cas, symboliquement tu as quinze ans, tu vas quand même te retrouver au 36 quai des Orfèvres qui était ton rêve de toujours. Pas de bol, le 36 quai des Orfèvres, quinze jours plus tard, déménager aussi au 36, mais ailleurs. Et là, il t’arrive deux choses. Il t’arrive deux choses dont je voudrais vraiment que tu nous parles. La première, c’est page 238. Je vais retrouver le passage lorsque j’ai intégré une unité d’enquête. Donc là, à ce moment-là, on est d’accord, tu as rejoint les stups, le Graal, les stups à Paris, c’est ça ?
Non, mais c’est une digression on va dire, parce que je n’ai pas précisé quelle unité, ni dans quel endroit, ni dans quel temps. Parce que l’objectif c’est de décrire le mécanisme et ne pas dénoncer nominativement les policiers concernés.
Donc ça, c’est pour des raisons évidemment juridiques. On voit très bien que les avocats de Le Cherche-Midi ont passé tout ça à la sulfateuse puisqu’il y a plus de vie, il n’y a pas de nom, etc. Mais tu as raison, de toute façon, nous, en tant que lecteur, ce qui nous intéresse c’est les mécaniques, c’est la mécanique à l'œuvre. Voilà, c’est que ce soit tel ou tel, ça on les connaît pas, c’est pas le problème. Ce qui est intéressant, c’est les logiques à l'œuvre. Et là, page 238, lorsque j’ai intégré une unité d’enquête, alors c'était une autre. Qu’importe, À la suite de ma première affaire, le chef de groupe m’a tendu une enveloppe contenant une partie de billets dérobés lors de la perquisition. Il y a plein de questions dans le château là-dessus. 100 €. La corruption commence ici. Écriture. Le choix est simple : soit je prends cette enveloppe et je tolère ses dérives, soit je me retrouve à la marge. C’est l’effet tunnel dont on parlait tout à l’heure. C’est une petite somme au départ presque insignifiante, mais le pacte est scellé. Agnès. Fabien Comment on refuse une enveloppe comme ça, quand tous les cas une partie des collègues l’acceptent ?
On ne me l’a jamais proposé encore et je pense que si on l’avait fait.
Ça serait mal passé.
Bon après, quand on rêve comme moi d’arriver aux stups, quand on idéalise la lutte anti-drogue au départ et qu’on a un objectif de carrière d’arriver quand même dans un établissement prestigieux qui est un peu la vitrine de la police nationale. Malheureusement, mon intérêt individuel a été de faire tout pour réussir, y compris de taire beaucoup de choses. Parce que voilà, je m'étais dit bon, ce n’est pas grave ça ne me convient pas, ça ne me plaît pas. Mais il faut avancer, il faut avancer pour arriver à mon objectif. Et. Ce qui est terrible, c’est que c’est fait dès l’arrivée dans le groupe. En fait, ce n’est pas on laisse prendre le temps de prendre les marques, de voir, de se jauger, etc. C’est tout de suite, on est mis devant la responsabilité du choix en très peu de temps. Et forcément, quand on arrive qu’on soit nouveau dans une unité, que voilà, il faut apprendre à faire confiance à ses collègues. Que c’est le chef, C’est le chef quand même qui a un officier qui et qui tend l’enveloppe. Moi je me retrouve devant lui, je me dis euh. Il voit très bien que je fais la moue, que je suis emmerdé et tout et il me dit non mais je ne respecte rien si jamais tu refuses l’enveloppe. Mais en fait, je sais très bien que dans son discours, si je la refuse, c’est clairement moche pour moi. Parce que je ne serai pas dans la confiance et dans l’intimité on va dire des prises de décisions. Donc c’est très difficile comme choix. Et moi, ça m’a beaucoup questionné par la suite parce que là j’ai été un peu pris au dépourvu sur le moment, mais après, voilà. Et c’est vraiment par la suite que j’ai pris conscience que dans ce jeu, le jeu, je ne pouvais pas tolérer ça. Ce n’était pas possible en fait que je me sentais sale. C’est ce que j’ai écrit dans le bouquin, c’est ça, C'était sali, corrompu. Je dis ça alors que vraiment c’est pas du tout ma façon de voir les choses, et ça pas du tout ma façon de voir le métier, mais de ce piège-là. Parce que pour moi c’est un piège, un petit peu une emprise qui se met en place on va dire. Dans le groupe. J’ai regretté de pas avoir été capable sur le moment de m’y opposer, mais ça n’a pas empêché que par la suite, voilà, ça c'était pour moi toutes les sommes d’argent en fait, on va dire que j’avais récolté pour pouvoir être intégré, etc. Je les ai récupérés, je les ai donnés à des associations, c’est-à -dire Orphée aux poulies. Comme une tirelire. Alors les enfants orphelins de policiers, les associations. Voilà au sens large, il prend son suicide d’entraide, de maraudes. Tout un tas de choses en fait. Voilà, je me suis dit on va dire purger à mon niveau pour me redonner, on va dire.
ne vous rentre pas dans les détails, mais pour vous la corruption dans la police, si c’est ça qu’est le niveau. C’est-à -dire ? Enfin, je veux dire, c’est à quelle échelle ?
Mais en stups, c’est tout le monde. Je veux dire en supporter tout le monde. Il faut, il faut qu’on soit bien clair. Je sais que je vais choquer en disant ça, mais je veux tous les groupes Stups par lesquels je suis passé. Tous les collègues qui travaillent aux stups, avec qui j’ai échangé, Il y a les mêmes pratiques dans tous les groupes. Après, il y a des policiers qui nient, qui ne veulent pas y être confrontés ou qui le refusent et qui sont marginaux dans leur unité. Et il a et il en souffre aussi. Et voilà, il y a là c’est assis. En fait, tout le monde le sait. Et je veux dire qu’il y a des flics qui viennent aussi pour faire du pognon. Parce que quand on a des infos sur tel ou tel dealer, qu’on sait que voilà le mec IP et que potentiellement perquisition on va trouver 200 000 €, ce n’est pas un dealer qui va déposer plainte contre la police si la police ne retrouve que 150 kilos par exemple. Voilà, il y a ces logiques-là. Donc il y en a vraiment un que j’ai rencontré au cours de ma carrière et heureusement, ce n’est pas non plus la majorité, mais qui venaient là pour cibler les trafiquants les plus riches, pour se faire du pognon en perquisition en voulant clairement l’argent des perquisitions. Il y a aussi des pratiques où on est censé envoyer le stups à la destruction. Donc quand je dis le stups à la destruction, ce n’est pas dix grammes, on en est sur des quantités beaucoup plus importantes. Et le stup n’est pas détruit, le PV de destruction est fait. Tout le monde croit qu’on l’a emmené à l’incinérateur, mais en fait le sac est encore dans le coffre de la voiture et on va le refiler pour qu’il le revend et pour récupérer du pognon dessus. Donc voilà, je veux dire, il y a quand même un aspect.
C’est-à -dire c’est bien à dire que vous redonnez à des tontons ce que tu appelles les tontons, les informateurs dont tu parles. Et les indices dont tu parles beaucoup. C’est absolument passionnant, mais j’y vais. Il faudrait rester 48 h ou mieux encore, lire le livre où tu racontes justement les relations très compliquées, très grises, avec les indics et la hiérarchie qui veut les noms des indics. Mais toi, tu ne veux pas les donner. Ici, c’est extrêmement compliqué. Mais là, si j’ai bien compris, des policiers gardent des saisies de drogue, les refilent à des ou à des dealers et prennent de l’argent sur la vente
Et ce qui leur sert aussi à acheter du matos.
Bien sûr.
Laissons parler Agnès.
Mais je connais beaucoup moins en Sud. Mais je sais aussi que dans les problèmes je ne parle pas de la PJ qui est généralement sur ces choses-là a énormément de moyens, mais dans les commissariats ils en ont, ils n’en ont pas. Donc en dessous voilà, acheter du matériel qui permet d'être un peu plus efficace que ce qu’on a déjà, c’est à dire pas grand-chose et que et que pour les obtenir ils n’arrivent pas à vendre. Là je sais aussi qui se sert de cet argent là pour un. Voilà pour ça.
Mais même à la PJ, il y a cette logique-là. Je vais te donner un exemple sur les casques audio, quand on faisait les écoutes ou les sonorisations, on avait des casques audio fournis, on va dire à tout le monde et moi j’avais mon casque perso, un truc un peu plus élaboré, un peu plus fin en termes de qualité de sons, etc. Et un matin, j’arrive au boulot, mon chef me pourri en disant mais Fabien vient de raconter de la merde, t’as écrit n’importe quoi sur la retranscription d'écoute, on n’entend pas ce que tu retranscris. Donc moi je me dis bon, je n’entends rien, je veux réécouter et je réécoute avec mon casque, j’entends clairement ce que j’entends à l'écoute et là je dis écoute, c’est en fait mon casque. Et là, tout le monde se rend compte que les casques sont pourris, c’est-à -dire qu’on a, on n’entend pas l’ensemble du spectre de qualité du son pour pouvoir écouter des moments en plus hyper important. Et donc là on l’aventure, Vous allez lire un livre, Je gueule encore une fois, j’obtiens des casques.
Oui parce que ça a l’air sympathique comme ça, mais tu passes ton temps à râler Je veux dire à tous les deux, là, vous êtes un peu des emmerdeurs. Vous n'êtes pas un exemple.
On est des emmerdeurs parce qu’on a envie que ça change et que ça s’améliore. Mais pour revenir sur les logiques de financement de matériel, il y a aussi une logique de de récupérer un peu d’argent sur les perquisitions pour financer du matos. Si ça peut exister des balises GPS, ça peut être des portables, ça peut être voilà tout un tas d'équipements. Il y a des groupes qui vont avoir cette logique parce qu’ils disent Ok, moi je n’ai pas assez les moyens de faire ce que je conçois, ce qu’on me demande de faire. Pour vraiment avoir de la réussite, il me faudrait tel type ou tel type d'équipement. Donc on va se servir de certains détournements pour financer euh le matos policier et y compris à la PJ. Et ensuite il y a d’autres où là vraiment la logique, c’est l’enrichissement personnel. Il y a, il faut bien faire le distinguo entre les deux parce qu’il y a deux types de profils, et d’ailleurs par groupes aussi, là il y a des types de profils, c’est que certains vont avoir tendance, avec un peu de facilité à se dire bonne façon en voilà, ils ne veulent pas payer, on va prendre l’argent du dealer en valeur reversée dans la lutte entre stups. Bon, quelque part c’est des arrangements, mais il y a une logique, on va dire de travail et bon après voilà, c’est ça d’autres qui vraiment ne pensent à enrichissement, mais en tout cas tous les groupes sont concernés ou tous les groupes, ce sont ceux se sont à minima confrontés à ces situations.
Quels sont les risques que vous prenez là tous les deux, là, nous raconter tout ça ?
ne risque plus rien. Il est sorcier. Donc voilà. 23 ans en internat après une récente chose.
Mais un bon administratif ne bouge pas. Un petit conseil de discipline ? Madame, vous avez enfreint votre devoir de réserve et vous manquez de loyauté. Ce n’est pas bien.
Mais ce qu’on vous demande, c’est aussi le récit des autres policiers collègues que vous avez rencontrés. En fait, ce qu’on leur reproche très souvent, c’est le manque de loyauté à l’institution qui est quand même truquée. Si c’est l'épée de Damoclès, il faut choisir, c’est-à -dire riposter.
Je me rappelle avoir écrit un texte au moment où on était en confinement, donc c'était début 2020. Je sais que ce texte a été a été édité dans un bouquin où il y avait pas mal de personnes qui parlaient et moi je représentais effectivement la voix de la police et j’avais écrit ce texte là sur le devoir de réserve en disant que le devoir de réserve, je n’ai pas de candidat, je ne sais pas exactement à quoi il sert. Je ne lui trouve plus une utilité aujourd’hui, c’est-à -dire à part, à part bâillonner en fait. C’est à dire que quand on continue de se taire et qu’on ne dit rien et qu’en face, c’est banal, mais les comportements insidieux de la hiérarchie se cachent derrière soi en fait.
Le devoir de réserve peut se comprendre pour la bonne suite d’une enquête, par exemple d’une enquête judiciaire que les policiers. Oui, ça c’est le secret, l’enquête et l’instruction. Ah oui, c’est vrai.
Dans Le devoir de loyauté, c’est vraiment, et on me l’a rappelé à juste titre, juste avant qu’on aille à l’Assemblée nationale, le mercredi, on va appeler un spécifiquement alors qu’on ne m’appelle jamais pour me rappeler mon devoir de réserve qui est dans le rouge et qui dit qu’on n’a pas le droit de critiquer une institution dans la calomnie.
A quel niveau on vous a appelé ? Je ne demande pas de noms, mais à quel niveau ? Dans la hiérarchie. Donc quelqu’un très haut dans la hiérarchie, vous a appelé avant votre témoignage à l’Assemblée nationale, vous avez été reçu par un dénommé Bernalicis. Ugo Très défavorablement connu nos services. Je crois qu’il y a des doutes. Il y avait aussi. Le JI Horizon et il y a la fille qui était représentée plusieurs années, plusieurs députés de tout le monde de tout bord.
Ou est ce qu’on ne voyait pas ? Est-ce que derrière la caméra, il y avait qui se sont qui ont défilé ? Une quarantaine de députés de différents bords politiques qui ont qui sont passés pour écouter, ou alors à en tout cas qui avaient leur attaché parlementaire qu’ils représentaient pour écouter notre parole. Donc voilà. On remercie d’ailleurs beaucoup, monsieur le député Bernalicis et madame la députée rigolote. Je ne veux pas me prononcer sur son arrivée. Et il y a eu aussi, monsieur, monsieur Coquerel, qui a participé à la mise en place de cette réunion. Mais voilà, en tout cas, nous, on n’est pas idéologiquement rattachés à un parti ou à une ou un bord politique, et on voulait en tout cas avoir la possibilité de parler dans une institution officielle de la République à l’Assemblée nationale, devant la représentation parlementaire des difficultés qu’on rencontre en interne, et notamment c’est lié avec le devoir de réserve, qui est d’ailleurs une obligation de réserve techniquement, qui nous empêche de parler, qui nous a empêchés de faire remonter les problèmes, les problématiques en interne. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on écrit ce bouquin. Et c’est aussi pour ça qu’on a essayé de porter la parole à l’Assemblée pour éclairer le débat démocratique sur la police et ses élus.
Et le jour où vous voulez le faire Agnès reçoit un coup de pression.
Je n’ai eu aucune nouvelle du service de communication de ma hiérarchie depuis le début de la sortie du livre, à quelque moment que ce soit, parce que j’informe à chaque fois que je passe dans les médias. Je n’ai eu de nouvelles qu’au moment où il y a eu l’Assemblée nationale. Donc là. Est-ce que ça les blesse ? Ça les dérange ? Oui, très certainement. Et les six témoins ont eu des retours qui ont été complexes dans les rapports avec leur hiérarchie. Au moment où on a annoncé qu’on allait voir l’Assemblée nationale.
Les témoins, les six témoins de l’ouvrage.
Moins d’ouvrage qui sont venus en fait, qui on a tous été conviés et c’est la première fois qu’on se retrouvait tous ensemble, effectivement, ou même au même endroit. Et à l’Assemblée nationale, c'était retransmis en visio aussi. Donc, en fait, je pense qu’au ministère de l’Intérieur, ils devaient quand même regarder ça de manière attentive. Mais, mais, mais justement, c’est le devoir de réserve. Je reviens là-dessus. Je pense que nos autorités se cachent derrière ça et c’est ça aussi qui permet tous les comportements délétères qu’on connaît. Et si aujourd’hui on en arrive à écrire ce livre, à aller devant l’Assemblée nationale, à aller dans les médias, à être encore ici, à dire des choses et donc à être obligés d’enfreindre ce devoir de réserve là et de prendre les risques qui vont avec, c’est parce qu’en fait, on a plus le choix, On a déjà fait tout ce qu’on pouvait. Donc moi je me bats. Je. Oui, je risque, je risque ma place dans la police, je risque des emmerdes, Je risque un certain nombre de choses, mais je le sais. J’y suis préparé, je le sens le plus grave, je dirais qu'à un moment donné on va, si on continue comme ça, on va avoir de plus en plus de suicides, on en a déjà, on a déjà suffisamment d’histoires avec des morts aussi. C’est ça la vie.
Tu voulais parler des témoins justement ? Moi j’aimerais beaucoup parler de Jean-Marc Germain
Qui est le deuxième témoin du bouquin, celui à qui par exemple, on dit vous n'êtes pas rentable parce qu’il ne va pas, qui ne va pas assez vite, à qui on demande de falsifier le temps de travail.
Et qui a au final dénoncé des violences policières. Et pour ce fait là, il s’est retrouvé mis en accusation avec une légère, une inversion totale de la charge de la preuve au tribunal, il est passé deux fois au tribunal, deux fois il a obtenu sa relaxe et pour lui, ça fait dix ans que ça dure. Dix ans que son quotidien est pourri. Détruit. Abîmé. Ultra dur pour lui et toute sa famille et tout son entourage. Donc lui, en fait, il est encore très marqué par tout ça. Mais il est tellement. Il en a tellement ras le bol en fait qu’il est prêt à prendre le risque de se faire virer ou prêt à prendre le risque de quitter la police. Je pense qu’on est tous là pour lui.
Et il avait déjà commencé en fait, avant qu’il écrive le livre, il avait déjà commencé puisqu’il y a un truc dont on n’a pas parlé jusqu’ici qui est la médecine. Alors on en parle encore ensemble sur le l’instrumentalisation de la médecine, c’est ça ? Super pouvoir faire sortir les policiers. J’ai dit pose problème. Donc ils partent en dépression parce que bien évidemment, avec tout ce qu’ils subissent, à un moment donné, ça finit, ça finit en dépression. Donc ils sont mis en arrêt maladie pendant un certain temps qui peut durer jusqu'à un an et à partir de un an, c’est une autre machine qui est morte et dans ce cas-là, on les met en disponibilité d’office pour raisons de santé et donc là, ils tombent à mi traitements.
Et dire dira amis, c’est à dire pour expliquer. Dans ma situation, j’ai vécu ça aussi. Je suis passé d’un salaire de 2 400 € à 800 € d’un coup. C’est-à -dire que peu importent les crédits, peu importent les dépenses, peu importe les charges, etc. et tout, on se retrouve en précarité financière. Et ça, c’est d’autant plus pratique que l’administration policière refuse la protection fonctionnelle au policier qui dépose plainte en interne contre leur hiérarchie. Donc pas de soutien financier. On va dire à l’avocat. Et d’ailleurs tu l’as peut-être lu en conclusion. La protection fonctionnelle a quand même été accordée à l'époque à Claude Guéant, Merci bien pour ce qui est son œuvre, l’ensemble, son œuvre au ministère de l’Intérieur et notamment à Maurice Papon. Enfin, je veux dire, on n’est pas là à juger si c’est nécessaire ou pas. La protection fonctionnelle, c’est un dispositif qui est prévu par l'État pour les fonctionnaires dans l’exercice de leurs missions, qui serait confronté ou à qui aurait besoin en tout cas de se défendre devant un tribunal. Les policiers qui dénoncent n’y ont pas droit et en plus avec le principe médical, on leur réduit leur salaire et en plus on les isole Parce que s’il y en a dispo d’office pour raisons de santé, on se dit il a un problème et faut surtout pas l’approcher, ça va être contagieux. Donc ça l’isole aussi de ses collègues. Donc là, c’est vraiment une mécanique dévoyée de l’usage du corps, du contrôle médical, du contrôle statutaire qui est fait pour isoler encore une fois les policiers qui auraient l’envie ou le courage de.
Dénoncer les injonctions données, et puis et puis les appauvrir. Et donc effectivement, réussir plus la rente plus payer les avocats, c’est déjà très cher. Donc, et ça, ce n’est que. Et ça, c’est ça, c’est inhumain, on en a une autre pareille. Ça fait plus de deux ans qu’elle a demandé la reconnaissance de son, de sa maladie professionnelle et en fait, l’administration ne répond pas. Donc comme elle ne répond pas pour l’instant, il l’amène dans ce qu’on appelle un institut provisoire et associatif provisoire qui dure dans le temps. Sauf que le jour où on va dire bah non, votre maladie, elle est connue, il va falloir que rétroactivement elle rembourse tout ce qu’elle a perçu depuis deux ans. Et là on parle de dizaines de milliers d’euros.
C’est ça la réalité en fait, de ceux qui essaient de danser. C’est-à -dire qu’il y a toute une mécanique complexe et particulièrement délirante. Parce que quand on sait que c’est avec l’argent public quand même que tout c’est fait, on se pose sérieusement des questions sur les priorités policières parce que ça coûte énormément d’argent en plus de devoir faire avec tout ce qu’il faut, même si pour nous ça nous coûte aussi de l’argent de ne plus en avoir. Mais, mais voilà, c’est. Surtout quand en plus on apprend des difficultés comme j’ai eu le cas. Je veux dire, j’ai affronté le harcèlement moral pendant un an assez copieux, où je me suis retrouvé dans un bureau et des cafards, où je me suis retrouvé avec interdiction de rentrer dans mon propre commissariat avec marqué sur le registre et une mention juste à côté d’eux. N’oubliez pas de sortir les poubelles. Enfin je veux dire, c’est déjà ultra violent à supporter. Et quand on va enfin voir un médecin qu’on se dit il y a une autorité médicale, il y a quelqu’un qui va pouvoir prendre ma parole en compte d’un point de vue distancié et professionnel. Et que là on se heurte à des médecins avec qui on fait une visite qui dure 30 secondes. Il n’y a même pas d’auscultation, il n’y a même pas de propos. C’est un bon un. En gros, ça va, Oui, vous reprenez quand ? Vous ne reprenez pas tout de suite ? Bon, retenez mon point. Et ça s’arrête là. Je veux dire, on peut revenir sur le sujet ? J’en ai fait une tentative de suicide, de tout ça, de tout ça, de tous ces éléments. Et six mois après avoir reçu le suicide d’une convocation médicale où on en parle ? Absolument pas, ce n’est qu’un non-sujet. Il n’y a pas de suivi psychologique qui m’est proposé en interne et derrière un seul objectif qu’on se maintienne et me le dit clairement, qu’il va falloir reprendre le travail. Monsieur, ça fait déjà six mois que vous êtes reposé. Non ? Ce n’est pas possible en fait d’avoir des médecins qui sont à la solde de l’administration et qui servent de leur pouvoir médical et de leur autorité symbolique et effective.
Donc vous voyez, ce qu’on peut comprendre, c’est que des policiers qui veulent briser l’omerta comme vous, peuvent se trouver confrontés à la hiérarchie, peuvent se trouver confrontés à l IGPN, peuvent se trouver confrontés à l’institution, notamment incarnée par la médecine statutaire, c’est à dire le médecin qui vous, qui vous juge, qui en fait, il est payé par le même employeur dont il est saisi quand même une partie. Il est juge et partie. Alors je profite, puisque le Tchad salue votre courage, de deux détails, deux tweets qui l’un m’a fait sourire, l’autre. Alors celui qui m’a fait sourire, c’est parce qu’il nous concerne tous les deux. Fabien Je ne sais pas si tu l’as vu. Tu avais annoncé le 25 novembre ta venue avec Agnès au poste. Dans un tweet, les auteurs sont convoqués au poste par Dave Dupont pour une audition de 2 h. Et la réponse de quelqu’un qui, semble-t-il, se fait passer pour un policier, qui peut être policier ou policier. Des policiers qui parlent de ce qui ne va pas dans leur boulot, d’accord, mais faudrait surtout pas le faire à l’extérieur puisqu’elle ajoute. Mais la crédibilité de David Dufresne sur le sujet de la police a disparu il y a un moment et puis après je m’en prends plein la gueule par d’autres etc. Là on comprend que bon, allez ok, entre collègues, on peut peut-être parler des problèmes, il ne faudrait pas que ça sorte. Mais c’est beaucoup plus grave me semble-t-il, parce que c’est fait, c’est fait par un syndicat, c’est fait au nom d’un syndicat. C'était hier, le 7 décembre, c’est ça ? Oui ou non ? Avant hier ? Donc, tu es invité de RTL. L’ex policier Fabien Millerand raconte le jour où on lui a proposé une enveloppe avec 100 € de billets dérobés lors d’une perquisition. Un test de confiance que le chef de groupe m’impose, dit tu, et Synergie, officier qui n’est pas n’importe quel syndicat puisque c’est la même famille que Alliance, mais sauf que c’est pour les officiers. Un garçon visiblement fragile. Ce n’est pas lui qui, au gré de ses interviews, trouve de plus en plus de motifs fantasmés pour expliquer qu’il a quitté la police et pour cracher dessus avec acrimonie l’ego et l’aigreur. Alors moi qui ai lu le livre, ce que ne s’est pas donné la peine de faire, Visiblement le manager tu ne trouves pas de plus en plus de motif. Ils y sont tous déjà dans le livre, tous les inventeurs de mesures, Ils sont dans le livre et tu.
peut regarder derrière moi. J’irai citer ce tweet hier soir parce que je suis tombé dessus, on me l’a signalé et ça m’a fait beaucoup marrer parce que ça illustre parfaitement ce qu’on dénonce dans le bouquin. Mais en fait c’est ça, c’est que la hiérarchie en plus, cela au bord d’officiers, donc des gens qui ont sous leurs ordres des responsabilités, enfin des gens aux responsabilités et y compris, et je tiens à le rappeler, tous les supérieurs hiérarchiques ont une obligation légale pour s’assurer de la santé physique et mentale de leur effectif. Donc là, quand j’ai un syndicat de police d’officier qui va me traiter de fragile, qui viennent dénigrer mes propos alors que, entre guillemets, parce que pour moi ce n’est pas du courage, on pourrait en discuter dans un autre cadre si tu veux, mais je parle librement de ma tentative de suicide. Je parle librement des mécanismes qui m’ont conduit à ça pour justement libérer la parole sur la première cause de mortalité des gardiens de la paix et ses premières causes de mortalité dans la police et les cercles d’officiers. Quand on prend la parole courageusement sur ce sujet, nous dénigrant, et là c’est parfaitement l’illustration exacte de tout ce qu’on arrive à apporter collectivement dans ce dans ce livre, c’est que quand on a un regard critique, y compris sur la prévention du suicide qui devrait être la cause majeure du ministère de l’Intérieur, les syndiqués se permettent de nous salir comme ça sur les réseaux sociaux. Moi, je les invite à venir me contacter directement s’ils ont quelque chose à me dire. Parce qu’ils ont envie de régler les problèmes en interne, qu’on se discute directement, il n’y a aucun souci. C’est ouvert au dialogue, contrairement à ce qu’ils pourraient véhiculer, comme un écho aux idées reçues. Mais merde, Mais en tout cas, on ne peut pas se permettre, et je leur expliquerais pourquoi je ferais preuve de pédagogie par rapport à la prévention du suicide qu’on ne peut pas se permettre de véhiculer ce genre de comportement viril qui légitime toutes les dérives et tous les dénigrements de policiers qui se retrouvent en difficulté psychologique. Et c’est pour ça que les policiers ont du mal à se confier. C’est pour ça que les policiers n’arrivent pas à aller voir des psys. Et c’est pour ça que malheureusement, d’un certain côté, l’association PEP fonctionne parce que c’est des policiers qui ne jugent pas et qui sont prêts à écouter quelle que soit la difficulté. Moi, j’accompagne des auteurs. De violences policières. Sur le plan psychologique, je veux dire je je. Autant je les dénonce, les violences policières, autant ça ne m’empêche pas d'être humain et de prendre en considération la souffrance psychique de mon collègue pour l’accompagner, pour éviter qu’il passe à l’acte et pour l’accompagner dans son processus de réflexion. Voilà, c’est de ça dont on parle et c’est de ça que les syndicats essaient de casser.
Ce qui est intéressant dans ce qui est dit dans ce tweets, c’est le mot qui employé fragilité rime déjà. On le retrouve toujours à dire que c’est nous le problème de fragilité. Puisqu’on a reçu plein de messages de la part de policiers. Depuis que le livre est sorti, il y en a une, on lui dit qu’elle est trop émotive etc. Et donc en fait le vais le nommer : Tu es un petit garçon J’assume être un petit garçon adolescent. Ma part de féminité, je suis très à l’aise avec ça. Donc c’est un c’est un vocabulaire, c’est à dire que c’est une forme aussi de manipulation et c’est le verbiage complètement dans le sens de l’administration. Moi je n’avais pas vu qu’il y avait ça. Je me disais tiens c’est marrant, Il n’y a personne qui me tape dessus. Mais effectivement, comme on était en élections professionnelles, il ne disait rien et maintenant effectivement on parle très bien.
Jusqu'à il y a juste quelques jours et jusqu'à quelques jours, les syndicats, il y avait effectivement des élections et donc les syndicats ne pouvaient pas. Il y a une neutralité qui faisait qu’ils ne pouvaient pas Twitter.
Là, c’est surtout très embêté pour un enquêteur. Il ne savait pas trop quoi dire par rapport à ça quand même, parce que ça a été largement montré tous les mécanismes justement de pression syndicale en interne, qu’on va chercher les gardiens de la paix, de l'école de police comme les collègues, leur propose un service après-vente de défense 24 sur 24, sept jours sur sept, Mais concrètement, quand il y a justement la problématique de de prévention de suicide qui est évoquée et qui est porté courageusement par y compris mes collègues d’associations, mais au sens large, il y a beaucoup d’autres associations qui s’occupent de ça, il y a un support qui est acquis et qui participe, il y en a plein d’autres. Il y a là le cours bas aussi qui est géré par la DDASS, etc. Mais je veux dire, il y a plein d’autres démarches. Et de là de voir que les syndicats d’officiers représentatifs dénigrent le droit de parler sur ces sujets à des policiers qui ont vécu des souffrances, pour moi c’est inacceptable. Et juste parce que je n’ai pas envie de trop parler, de leur faire la publicité aussi, on voit très bien leur comportement de façon sur les réseaux sociaux. Pour moi, ils se sont radicalisés clairement à médiatiquement dans leur propos. Et moi ce que je. Ma lecture en tout cas de leurs tweets, c’est que je sais, c’est psychologique l’effet miroir. Moi j’ai l’impression qu'à chaque fois ils parlent d’eux en fait, et que c’est eux les fragiles, là pour le coup, parce qu’ils n’ont pas de fond, ils ont pas de réflexion, ils ont pas de prospective pour améliorer la fonction et ils ont pas de solutions à proposer pour la prévention du suicide. C’est ça la réalité.
Alors il y a Donne La Papatte dans le tchat à propos de complément d’enquête, il y avait des questions aussi là-dessus. J’ai eu une idée. Je ne sais pas si tu serais d’accord Fabien, si puisque tu apparais dans complément d’enquête, ce serait qu’on regarde en direct Auposte tous les deux avec les gens du chat, l'émission et qu’on s’arrête de temps en temps ce qu’on appelle un React, tu vois ? Parce que j’ai beaucoup de choses à dire sur cette émission quand même.
Et moi aussi.
Donc courant décembre, je te propose Fabien, on va retrouver l'émission si tu veux qu’on fasse un React sur cette émission en direct Auposte. Camarade policier : Les conditions sont détestables dans la société civile. Le monde du travail est également au moins aussi dégueulasse et dur. Je ne nie pas vos difficultés à des chocs car au sein d’une institution et pas n’importe laquelle, mais gardez à l’esprit que vos souffrances sont les mêmes que les nôtres. Je ne dis pas ça pour relativiser votre situation, mais pour faire réaliser que nous sommes tous victimes des mêmes causes, le pouvoir et son idéologie. On ne nie absolument pas le fait que dans la société civile, dans les entreprises, vous rencontrez les mêmes problématiques que nous. Bien évidemment, on ne dit pas ça simplement. Je pense qu’il y a beaucoup plus d’outils qui peuvent être mis en place dans certaines entreprises, bien évidemment pas dans toutes. Je ne pense pas qu’Amazon par exemple, pour ne citer qu’elles. Ou Uber en France. Ces grosses machines mettent en place des outils de management et plutôt des outils de performance. Mais Orange, à un moment donné, alors qui est un service semi-privé semi-public, a fini par réussir à sortir une ligne. La jurisprudence sur Orange justement sur le sur l’imputabilité des et des suicides au service. Ça a fait une jurisprudence et c’est à vous aussi de lui dire de bouger.
Alors on nous dit oui mais dans ce cas-là, si vous n’êtes pas content, allez voir ailleurs. Ok. Sauf que nous, quand on est à l’intérieur de la police, allez voir, allez voir ailleurs, c’est beaucoup plus complexe. Alors là, il y en a une dernièrement, mais effectivement, elle va changer de ministère. Elle a repassé un concours pour pouvoir partir et aller dans un autre ministère parce que. Parce que perso ça fait deux ans qu’elle est dans une situation terrible et on va dire d’elle c’est celle dont on disait qu’elle était émotive. Et la nana elle a quand même 45 ans, elle gagne aujourd’hui je ne sais pas combien d’euros par mois mais à un certain moment et elle va. Donc elle passe un concours à lancer major, elle va repartir en école, perdre de l’argent sur son salaire et on me dit ce genre de personne là, qu’elle soit émotive. Donc bien évidemment, on ne nie pas que dans le privé, ça se passe de la même manière. Et pas que le privé d’ailleurs. Ça c’est la fonction publique en général, où on retrouve les mêmes mécanismes partout. Un public, on les retrouve. Effectivement, il n’y a pas que la police, l'Éducation nationale par taille, on vous passe tous les messages qu’on a depuis qu’on a sorti le bouquin. C’est la décrépitude du service public qui est organisé depuis un certain nombre d’années et voilà qui ne va pas en s’arrangeant mais en même temps. Donc oui, pourtant les moyens alloués à la police augmentent plus que n’importe quel autre ministère. Les chiffres le montrent, il n’y a encore pas de problème de moyens et on en parle. On n’a pas à parler de problème de on va dire de de moyens, des profs de service, des problèmes de voiture, des barèmes de on n’est pas, on n’est pas sur cette critique là puisque celle-ci, c’est celle qui a été faite au monde et du mouvement des policiers en colère. Et quand on voit ce que ça a donné, il y a eu énormément d’efforts qui ont été faits. Donc je me dis OK, peut être que si là, on arrive à avoir le même poids et que et qu' on arrive à changer les notations, l'équivalent qu’est ce quelque chose qui est structurel chez nous et qui ne demande pas d’argent pour une fois, c’est à ça qu’on demande. Si on ne demande pas plus de policiers, on demande plus de sens à l’action qu’on mène et on demande plus d’humanité et de vie sociale à l’intérieur de cette grande maison. Et à changer. Ce n’est pas ou je pense pas que ce soit quelque chose qui prenne énormément de temps et qui prenne où on va avoir besoin de prendre un cabinet extérieur qu’on va payer.
Moi je vous invite tout à fait officiellement si vous voulez qu’on fasse une émission par mois avec les associations dont vous parlez. Moi je suis d’accord. Voilà, je vous le dis peut-être un peu moins longue que celle d’aujourd’hui, mais moi ça me va très bien. On se donne encore une demi-heure, ça vous va ou pas
Je vais aller chercher un café J’ai déjà proposé des thés et des cafés à la maison.
Du thé, il n’en est pas question. Si c’est du café, vous allez y aller.
Je sais que c’est mal vu par certains, mais on boit le café, les avocats aussi dans les commissariats. Donc contrairement à ce qui est, ce qui est véhiculé, et c’est d’ailleurs toujours un moment très intéressant parce que ça permet de créer un lien aussi avec l’avocat qui n’est pas non plus notre ennemi quand on est enquêteur. Parce que moi je me suis beaucoup appuyé sur les avocats, donc par exemple la recherche d’aveux de certains, de certaines mises en cause parce que les faits étaient tellement éloquents que voilà, c'était plus l’idée à exprimer les choses pour que la justice fasse comprendre que voilà de le mettre en difficulté. Donc il avait un intérêt commun avec des avocats qui y poussaient des fois des personnes à avouer devant l'évidence de certaines, de certaines enquêtes. Et j’aimerais quand même juste parce que on avait fait une parenthèse tout à l’heure et juste enchaîner sur la question qui va être posée, là, sur les conditions de travail en général et les mécanismes qu’on retrouve partout, vraiment partout dans le monde, dans tous les secteurs d’activité. Moi, depuis la sortie du bouquin, j’ai beaucoup de militaires en fait, qui m’envoient des messages pour me dire c’est exactement les mêmes mécanismes à l’armée. Alors je ne connais pas l’armée Je ne pourrais pas dire parce que je pense que c’est par rapport à ça, mais ils s’y retrouvent beaucoup. Ça les touche beaucoup d’ailleurs, parce que il y a aussi des problématiques de stress post-traumatique, des faits de corps, de d’effet tunnel, Toutes ces logiques-là, on les retrouve dans le bouquin spécifique, spécifiquement pour les policiers, puisque c’est forcément notre, notre spécialité. Mais au-delà de ça, j’espère que ça va donner aussi des outils de compréhension au sens plus large sur la mécanique qu’il peut y avoir dans divers métiers. Et juste pour revenir un peu, parce que j’ai un exemple précis que je vous ai préparé hier soir. Sur les conditions de travail justement, et sur la façon dont sont traités les lanceurs d’alerte à la police. Voilà, j’ai un collègue qui a été impliqué dans une affaire judiciaire qui ensuite a été complètement blanchi de cette affaire. Il a été clairement foutu à la porte de son service et il faut revenir un petit peu quelques années en arrière pour comprendre l’investissement qu’il a fait au travail. C’est un policier qui, pendant 25 ans de carrière, a sacrifié sa vie. Quand je dis sacrifié sa vie, c’est qu’il n’avait pas de vie personnelle parce que c'était une unité spécialisée complètement dédiée à un travail d’enquêteur long et vraiment prenant. Donc il en était à 1000 heures sup par an. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça fait, mais c’est déjà plus de la moitié, plus de plus du tiers d’une année de travail classique en plus de son année de travail classique, donc c’est déjà énorme. Là, actuellement, il lui reste trois ans de congés à solde pour écluser ses compteurs d’heures sup. Il lui reste encore 2100 heures. Un accusé sans parler de RTT, compte, épargne, temps opposé, il ne s’est pas opposé à ça puisque c'était vraiment un enquêteur passionné par son travail qui allait au bout des choses sur des problématiques très complexes. Et là, ils ont fait travailler 57 jours d’affilée sur une enquête précise. Il a eu 57 jours de travail d’affilée sans repos. C’est aussi pour expliquer un peu les conditions de travail et malgré le fait qu’il ait été blanchi par la justice quand il se retrouve à la discipline plus tard. Donc, la discipline ressources et compétences de la police nationale, les ressources humaines, blablabla. Encore un sigle. Bien. Bien sûr, on est d’accord. Mais. Quand il se retrouve à dire ses peines pour demander son avancement. Mais en fait, puisqu’il a été blanchi de tout, de toute procédure et autres d’ailleurs, on se rend compte que la discipline a visiblement un fichier pour les policiers qui ont été impliqués ou qui ont été ciblés. Et clairement, on lui rétorque non, non, mais vu l’affaire de laquelle il a été impliqué, on ne peut pas lui donner son avancement. Donc il y a aussi par ce biais-là, par le biais de deux fausses accusations au final l’ostracisation des policiers qui pour lui et vraiment moi, j’ai été touché par son témoignage quand j’ai quand je l’ai reçu là, actuellement, il en est au point où il s’est tellement fait broyé par l’administration que c’est sa mère qui subit ses besoins. Il n’a pas 20 ans. Il a 25 ans de boutique. C’est sa mère qui suggère ses besoins parce qu’il ne peut plus se retourner par rapport à toutes les difficultés de l’administration. Donc tout ça pour dire que les conditions de travail, quand on est des enquêteurs passionnés comme moi je l’ai été et je pense que j’arrive à essayer en tout cas de l’illustrer dans le livre. Et tous les autres étaient passionnés, etc. Quand on est dans un service d’enquête, qu’il faut faire beaucoup d’heures, etc. Parce que c’est la police judiciaire, que parce qu’on ne compte pas les heures, parce que c’est comme ça, parce que voilà, ça a des conséquences. Et le sacrifice de 25 années de carrière avec quand même fait moi ça, j’ai été choqué. 57 jours de travail d’affilée, deux mois de boulot d’affilée sans repos. On en est là sur le sacrifice de deux de ces policiers qui sont derrière, jetés et broyés à partir du moment où ils s’opposent à au dogme, au collectif en fait. Donc voilà, j’ai conscience que dans le privé, dans d’autres secteurs d’activité, c’est aussi des difficultés qu’on retrouve. Mais moi, ce qui est d’autant plus important pour moi et pour nous et pour tous les témoins, c’est Koné policier. On est censé faire respecter la loi, on est respecté, on est censé accompagner les victimes dans leur démarche. On est censé faire cesser les délits, on est censé faire de la prévention, de la délinquance. Or là on nous empêche de le faire.
Alors des questions en rafale. Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ? Grâce à Maggie, on peut dire ça ?
Ouais, grâce à Maggie, je vais dans le détail parce que je suis trop dans le détail.
On s’est rencontré en bon ami de famille, on a mis du temps, même à savoir qu’on la connaissait tous les deux.
Alors oui, c’est venu bien après. D’ailleurs, même les similitudes qu’on a dans nos témoignages sur les personnes impliquées dans la haute hiérarchie ou le procureur, on s’en est rendu compte au fur et à mesure de l'écriture. Quand on se croisait, les témoignages, tous les regards en disaient mais t’as eu le même commissaire, t’as eu le même directeur, t’as eu le même procureur. On a découvert beaucoup de choses, notamment Maggie et moi. Comment on en est venu là ? C’est que, en fait, on se connaît depuis un certain temps. On a beaucoup parlé de City et de bouquins un moment ensemble, parce que j’avais été en réflexion de savoir comment porter la parole des policiers vers l’extérieur. Je réfléchissais beaucoup aux modalités, le faire, etc. Et là, je vois que la nièce a déjà écrit quatre bouquins, que les écrits tout plutôt très bien, que en plus elle a une petite expérience dans les médias, elle est très à l’aise face à la caméra pour porter justement une parole apaisée, juste, qui ne soit pas dans la revendication, dans la vengeance et l’animosité ou autre. Et je me suis dit Agnès, elle a parfaitement le profil qui correspond à ce que je recherche, mais je reste quand même méfiant. On fait nos enquêtes dans la police, on vérifie un petit peu comment elle se comporte, comment fonctionne. Et au bout de quelques mois, je me suis dit bon, elle a l’air de tenir la route
Vous étiez au courant ? Est ce qu’elle avait fait une enquête sur vous avant de travailler avec vous ?
Enquête administrative officieuse ? Bien sûr. Il n’y a pas de trace. Il n’y a pas de traçabilité. Il n’y aura pas de reconnaissance si vous êtes né. Mais non, En fait, j’ai fait une enquête en source ouverte, donc ça pourrait vous cacher.
Donc voilà, les vidéos, les interviews en fait, je veux dire, c’est comme ça que ça se comporte de retrouver, ça donne un peu l'état d’esprit de la personne à qui on s’intéresse. Et en fait, c’est Agnès. Elle a publié quelque chose sur les réseaux sociaux, sur les ruptures conventionnelles. Elle s’intéresse au sujet. Elle essayait de faire émerger, d’accompagner justement les policiers qui voulaient quitter l’administration que pour eux, pour leur survie à la plupart. Et moi, quand je vois ça, je me dis ah ben tiens, ça tombe bien, ça fait un an que j’ai demandé ma rupture commerciale et que je n’ai pas de réponse. C’est l’occasion parfaite pour commencer à discuter. Et en fait, bah on en a parlé quoi, soit 20 minutes au téléphone. On s’est vus 1 h en direct et au bout d’une heure, on savait déjà qu’on avait écrit un bouquin ensemble. Enfin je veux dire, c'était une évidence pour nous deux. On collait parfaitement en termes de complémentarité, de recherche, de compréhension.
Agnès Il parle tout le temps, il parle tout le temps comme ça. Il ne voulait jamais parler ou quoi penser. C’est quoi ce garçon ?
Non mais Jean-Marc, c’est lui qui est à l’initiative de ça.
Alors Agnès, j’ai une question pour vous, une question pour vous maintenant y a-t-il des préconisations dans le livre ou elles sont faites en creux avec les témoignages surprise ?
Alors elles sont faites. On peut répondre à la question si elles sont faites en prenant témoignage. Est-ce que s’il avait fallu rajouter un autre chapitre sur vraiment toutes les préconisations, tout ce qu’on voulait faire, je pense que là c'était l'éditeur qui allait finir par un par craquer, Un parce que ce livre était beaucoup plus gros de parler de beaucoup plus long, il y avait plus de témoignages dedans. Et une demande resserrée parce que c’est très complexe à chaque fois, il faut amener, il faut vulgariser, il faut expliquer l’univers dans lequel on arrive, que ce soit celui des mineurs, ce soit celui de la police aux frontières, voilà les CRS. Donc effectivement, on l’avait fait parce qu’il y a une thèse en plus à faire et on et on n’a pas envie de réfléchir à ce sujet-là tout seul dans notre monde. Non, ce qu’on aimerait et c’est ce qu’on a demandé justement à l’Assemblée nationale, avant bien sûr de ne plus mettre ça dans le débat public et d’essayer de trouver des solutions ensemble. Pas que les gens qui sont haut dans la hiérarchie et qu’on va demander et on va leur demander de faire des audits et de réfléchir à des solutions qui vont être mises en place. Mais pour pouvoir faire un bel affichage et dire "Regardez, voilà, on s’en occupe". Après la parole, le problème de savoir si ces visions ou pas, en gros, ça ne nous concerne pas. Donc on a déjà beaucoup discuté. De deux on a dénoncé, c’est-à -dire tout ce qui n’allait pas en démontrant pourquoi ça ne fonctionnait pas. Après, on a aussi énoncé à plusieurs reprises lors de nos interviews ou autres. Voilà un des potentiels outils ou des pistes de réflexion qui peuvent, voilà qui peuvent être bien. Emparez-vous de ça, Discutez un jeu de gars. Il faudrait refaire le Beauvau, ce n’est pas le bureau de la sécurité qu’il faut faire. La CSST, c’est beaucoup de l’intérieur.
Que pensez-vous du désarmement de la police ?
Pour moi, le désarmement de la police, c’est un signe à mon sens, à mes yeux en tout cas, de policier. Un faux débat puisque le problème, ce n’est pas tellement celui des policiers armés puisque voilà, on l’a bien vu, il y a quand même besoin d’une force armée pour répondre à certaines situations, mais surtout l’usage et le rapport qu’on a à l’arme qui est le plus important.
Pour rappel, je pense que tout le monde le sait ici, puisqu’il y a des auditeurs assidus et éclairés. On a toujours été l’avant-garde de la critique.
On a trois tirs d’entraînement par an, trois séances de tirs d’entraînement par an.
300 cartouches.
20 cartouches à chaque fois, ça fait 60 cartouches par an. Autant te dire que pour tirer les pneus dans les pneus d’un véhicule en refusant d’obtempérer, ça arrive. J’ai des collègues qui l’ont fait parce qu’il s’entraînait beaucoup à côté, dans les stands de tir à titre privé, pour justement être prêt au cas où. Mais clairement, trois tirs pourtant, ce n’est pas assez pour être à l’aise avec son arme. Déjà ça pour un policier, pour être précis, en situation de stress, en situation de complexité et autres. Et surtout, il faut quand même le rappeler, c’est le principal outil des policiers pour mettre fin à leurs jours. Donc moi je pense que c’est surtout une réflexion sur l’arme, comment on l’utilise, comment elle appréhende, comment on accompagne les gens qui vont être susceptibles de l’utiliser ou pas d’ailleurs. Moi, je n’ai jamais utilisé mon arme sur la voie publique. J’ai eu plusieurs fois l’opportunité de tirer en légitime défense, mais ça a été un choix. Je ne l’ai pas fait. Voilà. Mais on peut très bien ne jamais utiliser son arme dans toute sa carrière et d’ailleurs c’est tout ce que les policiers souhaitent je pense. On n’est pas rentré pour faire des fusillades ou pour ce genre de choses, mais je pense qu’il y a une réflexion à se poser aussi sur quand on ramène son armée à domicile. Parce que là maintenant on a l’opportunité grâce à Alliance et au ministère de l’Intérieur, de pouvoir voyager gratuitement à condition d’avoir son arme, donc d'être en service, il faut le rappeler. Donc ça veut dire une charge mentale potentielle supplémentaire pour les policiers. Si j’ai mon ordinateur et qu’en aucun cas, je veux dire une arme, c’est une responsabilité. Tu ne peux pas la laisser traîner sur un banc, un sac à dos, une sacoche ou sur la table. Enfin, c’est surtout quand il y a des enfants autour. Enfin voilà, c’est quand même des choses à prendre en compte, à sécuriser. Et surtout, on a indirectement un accès facilité à mettre fin à ses souffrances quand on a un moment d’extrême difficulté et on l’a à disposition. Et d’autant plus que c’est un symbole de l’arme pour les policiers. Il y a une vraie réflexion à avoir. Parce que tu vois, tout à l’heure, on parlait de désarmer. Désarmer pour moi qui n'était pas suicidaire à l'époque, y avait pas eu dix, des noirs, etc. qui tuent ostracisés, c'était révoltant. Voilà. Mais pour le policier qui est en difficulté, lui enlever son arme, c’est lui enlever le symbole de son métier, c’est lui enlever sa capacité à être policier normal sur la voie publique. Et psychologiquement, c’est très dur à accepter. Parce que voilà tout, tout, tout s'écroule, on se sent plus capable d’exercer et voilà. Je pense qu’au-delà du débat, on va dire désarmer la police ou autre. Moi je pense que déjà dans un premier temps, tous ceux qui sont en possession d’une arme actuellement, faudrait déjà qu’ils soient un peu mieux accompagnés. Mais après il y a une aussi une réflexion, je dirais plus sur l’ordre des polices municipales qui est malheureusement dans certains cas sur la pâle copie de la police nationale, donc avec une milice, militarisation, armement, etc. Et là, il devrait y avoir une réflexion sur la police nationale, déjà armée et déjà en capacité d'être réactive sur les événements et autres. Pourquoi on ne complètera pas la police municipale qui serait à elle non armée et qui serait beaucoup plus au contact, beaucoup plus dans le lien, beaucoup plus dans la prévention pour compléter justement les actions de police secours des policiers sur le terrain. Là c’est plus en termes de répartition des forces ou des répartitions de déport d’armes qu’il y aurait des débats. Après je ne sais pas si ça suscite des réactions,
Ça n’arrête pas, mais je passe à autre chose mais on en parlera il y a mais je pense qu’il faut en reparler. Mais effectivement il y a beaucoup, beaucoup de réactions. On vous pose aussi beaucoup de questions sur les mutilés, sur les éborgnés, donc sur le résultat des armes. Je ne sais pas si vous avez quelque chose à dire. Est-ce que tu as parlé tout à l’heure du mouvement de 2016 des policiers comme un mouvement gilets jaunes, c’est à dire qui se défait des corps intermédiaires pour, pour, pour prendre la chaussée, pour prendre la rue ? Finalement, une question là-dessus quand même quel a été votre sentiment quand vous avez vu ces mutilations à répétition ?
Comme pour la plupart des dernières lois on va dire sur les cinq six dernières années et le problème qui est entre guillemets, arrivé avec les gilets jaunes et tout à l’heure a bien utilisé un mot qui est très juste la militarisation. Ça veut dire qu’aujourd’hui, on a des policiers qui ont, qui ont des armures avec des gestes qu’on appelle des gilets lourds. Les casques seront excellents et les armes qui vont avec, qui ont été formés à la hâte en quatrième vitesse, qui n’en ont pas. Donc là, on revient sur le volet problématique de la formation. Et ça, c’est quelque chose qui est rare, qui a déjà été remonté sur soi dans les services. On en a déjà discuté avec Fabien, avec un moniteur à bébé des CRS qui est chargé de ça et qui est souvent alerte en disant attention, ils ne sont pas assez, ils ne sont pas assez formés pour pouvoir les porter sur le terrain. Mais comme il y a un objectif de rapidité et d’efficacité entre guillemets d’affichage, il faut se dépêcher et on les envoie et devant les enfants, mais complètement sur le fond. Et après on s'étonne qu’ils aient des problématiques et que des bavures. Mais ils ont des armes qu’ils ne savent et qui payent, ils ne savent quasiment pas tirer avec. Donc forcément, ça amène à des problèmes comme ça, forcément.
Et au-delà de ça, sur l’Ordre, toi qui est spécialiste, on l’a quand même vu depuis 2016, la manif, la loi travail pas très loin de la préfecture de police d’ailleurs, de mémoire, qui avait marqué un tournant dans le changement de doctrine du maintien de l’ordre avec vraiment à partir de là, on sentait en tout cas dans ce qu’il te demandait un rejet des manifestants en tant que tel. En fait, c'était on essaye vraiment de disperser la manif au maximum, de faire un maximum d’interpellations d’individus dits virulents et derrière de communiquer en disant regardez, ça a été super violent, on a interpellé tant de personnes. Moi je peux en témoigner de ça directement à mon niveau, parce qu’en étant dans la PJ, j’ai quand même fait des renforts gilets jaunes en tant que PJ, à savoir de mémoire, c'était le 1ᵉʳ décembre, le 8 décembre. Donc vraiment là où ça été le plus laborieux avec la totalité en termes d’intensité. Et moi j’ai été chargé on va dire, de récupérer les délestages de commissariat, c’est à dire toute activité qui ne pouvait pas absorber parce qu’il y avait déjà les gilets jaunes à absorber. Donc voilà le tout venant d’un cambriolage, les interpellations pour violences conjugales et autres, etc. Et au bout d’un certain moment de la nuit donc, j’ai fait 20 h 20 et 1 h à 6 h du matin pour cette opération. Et au bout d’un certain moment de la nuit, on commençait à avoir des commissariats débordés d’interpellations, de gilets jaunes qui nous délestés aussi des interpellations gilets jaunes à la PJ. Et là, on me présente des mecs où on me disait qu’il est là pour Port d’arme. Donc je disais ok, c’est quoi le gendarme ? Il avait un boulon dans la poche. Donc je dis ok, ce n’est pas une arme, oui, mais c’est une arme par destination. Dans l’armée, on retrouve le débat dans la voiture, le refus d’obtempérer. Tu connais ? Mais moi j’ai dit ben non, il n’y a pas d’infraction, je placement garde à vue. Donc voilà, main courante faite, au revoir dehors et régulièrement, comme ça, je veux dire ailleurs. Il y a eu d’autres cas, j’en ai eu deux ou trois ou quatre comme ça que j’ai refusé de placer en garde à vue. Et là je me suis fait pourrir par mon état-major en me disant mais on vous a donné des consignes claires. Tous les gilets jaunes, ces gardes à vue systématiques, Donc moi je leur ai dit non, je refuse sa non illégale, je l’ai mis par écrit hors-jeu, tout a été écrit, tout a été posé en disant non, moi je suis officier de police judiciaire. Si j’estime qu’il n’y a pas d’infractions pénales qui nécessitent la privation de liberté de la personne, je ne placerai pas cette personne en garde à vue. Et moi derrière ce que ce que ça dit. Et il y a d’autres collègues d’ailleurs dans Paris qui ont été a soumis à cette pression d’interpellation et cette pression de placement en garde à vue pour les gilets jaunes, est ce que ce qui est ce qui en découle, on va dire en termes d’analyse, qu’il y a une vraie volonté de maximiser encore une fois les chiffres d’interpellations. Pour utiliser ces chiffres ? Bien sûr, l’usage du discours politique, et c’est ça qui est terrible dans cette histoire, c’est que on a eu une instrumentalisation de tout ça alors que justement il y avait des éborgnés, il y avait des mains arrachées, il y avait beaucoup de blessés. Et moi ce qui m’a choqué d’ailleurs et qui m’a sidéré dans un premier temps, c'était de voir la violence verbale. De tout type de personne. Il n’y avait pas que les syndicats policiers à ce moment-là qui étaient à dire c’est bien fait pour sa gueule, il a cherché, il avait pas 80 manifestations. Enfin je veux dire, aucune compassion pour les victimes. Moi c’est ça qui m’a le plus choqué dans toute cette séquence, c’est que on a eu aucun mot pour dire ok, maintien de l’ordre. Il a été violent certes, et on regrette qu’il y ait des blessés. Même pas, ça n’a même pas été dit. Enfin je veux dire que le préfet qui organise la manifestation est censé faire en sorte que la manifestation se déroule pour le mieux, que les revendications s’expriment et que tout le monde rentre chez soi en bonne santé. Là, ce n’est pas le cas. Il y avait vraiment une volonté d’impacter des manifestants. C'était les mots qui étaient utilisés en interne, c'était impacter les manifestants pour les faire reculer et pour les dissuader d'être là en fait. Donc voilà, moi en tout cas, j’ai ma toute petite pierre, en tout cas de l’OPJ. J’ai essayé en tout cas d'être le plus juste possible, mais le problème c’est que sur le volume etc. de destruction et de pression qu’il a eu, il y a eu beaucoup plus d’interpellations que nécessité. Et véritablement l’action et les poursuites judiciaires qui ont découlé. Il y avait aussi des notes internes du procureur le fait, on se demandait justement un déplacement d’un garde à vue d’office systématique, etc. Sans aucun discernement. Non en fait moi je n’ai pas été une vigie pour ça, je ne suis pas ouvrier de police judiciaire, je suis officier de police judiciaire.
Il y a des gens très heureux dans le chat de vous entendre aujourd’hui et qui disent même qu’il faudrait que des policiers comme vous. Donc c’est vous croire sur parole. Moi je dis attends, on va faire comme. D’autres qui disent putain, qu’est-ce que ça fait du bien ! Attends, qu’est-ce que ça fait du bien d’entendre que tout le corps de la police pense pas comme ça ! Bon, t’as sous-entendu ? Est-ce que vous êtes en train de faire une opération de séduction et de dire non mais il y a des gentils policiers, ça c’est une formule méchante. Pour le dire autrement, vous êtes ultra minoritaires en fait.
Bah clairement, pour l’instant.
Je pense qu’il y en a plein. Il y en a beaucoup. Je pense que c’est une grosse majorité de gens qui vont par vocation dans la police et qui veulent faire leur métier, qui sont convaincus de ce qui peuvent apporter et à quelque niveau qu’ils soient et dans quelque matière, entre guillemets qu’ils soient. Mais je pense que cette grande majorité là, elle n’est pas consciente de l’instrumentalisation dont elle fait l’objet, et je pense que peu d’entre nous sont conscients de ça. Moi, c’est à ce niveau-là que je le dis. Je le définirais parce que. Et puis parce qu’il y en a plein qui effectivement, qui pensent mais qui ne disent pas. Et ça, généralement, on le sait, quand on discute avec eux en dehors d’un groupe, ils se rendent ça, mais en gros en face à face ou ce genre de choses-là. Et il y a beaucoup de, il y a énormément d’autocensure qui se fait dans des bars. Alors ça c’est conscience en dialogue, censure de je me tais parce que y' a pas fini, il y a un truc qui est moins conscient, c’est la manière dont ils vont écraser, tourner leur personnalité pour que cette personnalité-là s’adapte au moule dans lequel ils sont obligés de rentrer pour survivre. Et donc finalement, on est peut-être une minorité à ne pas vouloir, à ne pas avoir voulu s’adapter au moule, à en avoir eu conscience et avoir ouvert et avoir.
Justement, voici cet agenda que vous demandez. Est-ce que cette sorte de censure ou d’autocensure, de répression, d’intimidation existait déjà dans l'école de police, à petite dose ? Est-ce que dès lors, est-ce que l’embrigadement, quelqu’un d’autre parle d’embrigadement ? Est-ce que l’embrigadement commence à l'école de police ou chez les ADF par exemple ?
Oui, je pense qu’elle se fait rouler à Clermont Ferrand. C’est Fabien qui sera plus à même d’en parler parce qu’il a plus d’exemple de la manière dont les syndicats tractent dans ces écoles-là. Moi ce n’est pas le cas, mais on en a encore raconté quelques belles à Grenoble.
Agnès Allez-y, c’est le moment, C’est tout frais.
Dans la manière dont il les appâte en leur expliquant qu’ils les suivront. Nous espérons page 24. En gros, même s’il y a des violences qui sont commises, y en a derrière et qui font tout ça. Je si je me trompe, mais c’est comme ça et c’est ça que j’en ai retiré cinq ans et compris donc. C’est à dire que même les syndicats tractent et pour avoir des adhérents leur disent en gros quoi que vous fassiez, mais ça on le voit aussi dans leur dans la médiatisation, puisque dès qu’il y a des violences qui sont suspecté quelque part, un certain syndicat tout de suite montent au créneau en disant non, il s’est rien passé, ce n’est pas vrai, il était en état de légitime défense ou autre. Bah du coup dans, dans les écoles, ce discours-là, on l’entend aussi.
Tu sais David, quel est le premier truc qu’on apprend à l'école de police ? Je te pose une colle
Euh non, pas vraiment
. La première chose qu’on apprend en école de police, c’est marcher au pas. En section. Donc voilà un ordre serré et militaire. Ok, on apprend ça et on se déplace tous en section de la salle de cours à la salle vers. La place d’Armes pour faire l’appel le matin par section, etc. Je veux dire, c’est quand même hyper militarisé. Moi ça m’a beaucoup surpris parce qu’en plus, comme je le disais, j’avais de la famille en barbe. Je m'étais dit je vais aller dans la police un peu plus ouverte d’esprit, ça m'évitera ce côté un peu rude à Blois. Le premier truc que n’a pas de pro. Premier truc, quand on apprend, c’est marcher au pas. Et moi je trouve ça vieux. Quelque chose de par rapport à ce que ce que ce que dit Alain, c’est déjà un premier conditionnement, c’est à dire qu’on se met dans le moule, on est tous uniformes en masse, tous de la même façon, on fait tous les mêmes pas en même temps et il ne faut surtout pas décaler parce que sinon on va se retrouver tout de suite. Ah mais non, tu ne manges pas bien, t’es pas concentré. Mais voilà, c’est un conditionnement qui commence comme ça pour vraiment avoir un moule de policier quoi. Donc je trouve que c’est assez éclairant on va dire sur la dynamique. Après qui se produit dans la discussion, c’est que la première chose qu’on apprend, c’est marcher au pas.
Grand silence vous dit il faut supprimer l’anonymat des policiers ou vous aurez des révoltés anonymes.
Mais femme avec Magnanville et compagnie c’est compliqué clairement
Je ne suis pas d’accord non plus. Je ne suis pas d’accord non plus avec ce qui a été, avec ce que tu es en train de dire. Effectivement, puisque Magnanville et autres, on a quand même un enjeu de protection pour certaines et particulièrement dans certains services aussi, faut pas, faut pas l’oublier. Donc l’anonymisation est nécessaire, en tout cas pour après pour protection. Cela dit, on est obligé de sortir de l’annulation. Comme tu l’as dit, moi depuis domicile sur ce tweeter sous pseudo. Donc bon voilà, maintenant tout le pseudo et ennemi est foutu. Mais je veux dire, ça m’a permis aussi d'être anonyme, de pouvoir exprimer des idées, de pouvoir donner une autre version de la police au travers des réseaux sociaux. Donc je ne suis pas sûr que ce soit la solution. La solution, à mon sens, c’est de libérer la parole, tout simplement. C’est-à -dire que pour le meilleur et pour le pire. Parce que bien sûr, il va y avoir des expressions qui vont être désagréables et qui ne vont pas forcément plaire, que ce soit dans les idéologies politiques, que ce soit dans les convictions, que ce soit dans tout un tas d’autres choses. Mais. Mais pour ça, il y a déjà un devoir de neutralité dans la police. Et encore une fois, le fait de libérer la parole, le fait de, de voilà, de, de, de permettre aux gens de s’exprimer librement. Il y aurait déjà beaucoup moins de problèmes étouffés en interne et peut-être qu’on aurait beaucoup plus de policiers justement. Pour l’instant, on est minoritaires, actifs, mais y’a beaucoup de policiers qui nous soutiennent de manière non active, on va dire de manière cachée parce qu’ils ont. Ils ont peur aussi de deux, d'être pris dans l'œil du cyclone comme nous. Mais, mais voilà, c’est libérer la parole, ça va aussi donner du courage à ceux qui sont dans le moule depuis trop longtemps et qui n’osent même plus en fait, réagir à certains propos qui n’osent même plus, qui sont dans le renoncement quotidien en fait. Parce que c’est tellement une montagne maintenant de devoir affronter tout ça. Et c’est aussi pour ça qu’on a encore une fois fait ce livre pour le porter à la connaissance publique. On ne pourra pas le faire tout seul. On va dire la démarche qu’on fait là, d’essayer de porter la parole publiquement et d’essayer de décortiquer un peu tous les mécanismes déviants et malsains qui gâchent la relation avec la population et qui gâchent l’efficacité de la police pour la population. Et je pense que, au-delà de ça, au-delà de cette partie minoritaire plus large des policiers, il y a aussi l’intérêt de pouvoir informer la population sur comment ça se passe vraiment à l’intérieur pour qu’eux aussi mon incompétence sur le sujet et interrogent leurs élus. Il y a qu’est ce qu’on veut faire de la police ?
Il y a un truc, il y a un truc emmerdant avec des émissions qui durent aussi longtemps, c’est que plus ça dure et plus c’est frustrant. Parce que là, je vois qu’il y a plein de questions alors qu’évidemment, ça fait 3 h dont 3 h 40 qu’on est ensemble. C’est complètement dingue. Je vois bien qu’il y a parce que plus vous posez, plus ça part d’autres questions ? Je ne sais pas comment vous faites.
J’ai une collègue qui a fait 12 h 30 d’auditions administratives à l’IGPN, sans avoir le temps de pause, sans avoir le temps d’aller aux toilettes, sans avoir d’eau, etc. Parce que voilà, elle avait dénoncé des choses et qu’elle était dans l'œil du cyclone. J’espère quand même que tu ne vas pas nous faire 12 h d’audition sans pause son café.
Non, non, j’arrête, je dois arrêter. Alors je voudrais aborder une dernière question qu’on a juste un tout petit peu évoquée, que je retrouve page 234 Te concernant. Fabien, tu dis que le récit romancé des grands flics que j’ai dévoré dans le livre n’est qu’un amas de glorification autobiographique égocentrés qui entretient la légende de la guerre contre la drogue. Ça c'était juste rappeler pourquoi tu arrives à la police, etc. C’est rien. Certains parlent à votre égard d’une forme de naïveté sur ce que peut être la police. Disons que ben en fait, beaucoup de gens savent que la police, c’est à peu près ce que vous êtes en train de raconter. Sauf que vous, vous l’avez découvert de votre part, votre expérience. Et plus loin, tu parles de moulin à vent médiatique en marche. Il y a aussi Jean-Marc qui parle du récit politico-médiatique. On vous demande quel regard portez-vous sur le traitement médiatique de la question policière ? J’entends par là une certaine complaisance, voire une sacralisation de l’uniforme. Est ce qu’il y aurait des choses à changer aussi de ce point de vue-là ? Agnès Tout d’un coup, ça y est, ça y est, la garde à vue que vous avez racontée à pas mal de monde, de journalistes, de parler bouquins que vous avez pu faire. Quel regard vous portez sur le travail journalistique ? Est ce qu’il n’est pas complice d’un ordre policier
Pendant la sortie de Boudin, il y a Le Parisien qui a envoyé un message à notre cher ADC Presse en expliquant que dans le livre, tout ce qu’on racontait c'était exagéré. Donc ça m’a fait sourire parce que parce que dans les autres livres que j’avais écrit déjà auparavant, il avait fait déjà des papiers sur moi, sur ce que j’avais écrit. Je ne pensais pas que c'était à ce moment-là. Et Fabien m’a dit que tu rêves de toute façon. Le Parisien, leur source émissaire initiale derrière, ils ne vont pas se guérir avant d’avoir écrit. Donc même au cinquième livre, j’en suis encore à une forme de grosse naïveté par rapport à ça. Sur le fait que, par exemple, France deux qui pendant des jours nous a fait patienter pour savoir si potentiellement elle allait passer à 20h. Finalement, ils ont décidé de ne pas faire de sujets aux têtes qu’effectivement c’est un sujet de dispute citoyen vous savez. Donc il y a certains médias qui effectivement je pense certainement s’autocensurent ou science qui a pas de raison qu’ils ne le fassent pas par peur de se priver d’une source d’information ô combien entre guillemets importante et qu’on ne peut pas discréditer ne le font pas. Et puis il y a tous les autres, donc tous ceux qui nous ont reçus et tous ceux qui nous ont écouté, ou ceux qui sont derrière nous qui vont en vendre en absence dans les médias avec nous, entre guillemets. La convention joue le rôle qui protège et on les en remercie infiniment. Après le traitement dans les médias...
C’est marrant que vous disiez ça parce que moi j’avais un peu l’impression inverse que certains médias se racheter une virginité à bon compte en vous invitant alors que depuis des années et des années, ils servent quand même la soupe aux discours, aux récits, aux narratifs comme l’appelle Fabien. Mais peut être que je me trompe, Peut être que je suis mauvais esprit.
Mais je ne sais pas, j’en sais rien à ce que je tiens, parce que c’est qu’aujourd’hui. Si si, Eux se font le relais et le porte-voix de ce combat là avec ça finit par en par servir à quelque chose et que ça nous aide. Bien sûr que les remerciements bien sûr ! Voilà, on a le droit de changer, on a le droit de faire des erreurs, on a le droit d’appuyer en amenant de peu importe. Format. Je ne suis qu’un instrument, je ne suis que la messagère, je ne suis que. Voilà, on est là donc pour ça. Donc peu importe où passe l’eau et où se faufile le message, je vois, je remercie tout le monde parce qu’on fait tous partie et on est tous acteurs de ça. Mais sur la médiatisation de certains médias, sur l’activité policière ou la réaction à ce qui peut se passer entre ce qu’on va appeler les violences policières. Maintenant que je n’aime pas ce terme-là, Monsieur Darmanin qui disais-j’aime pas le terme violences policières. Oui, et pas que les policiers entre guillemets, qui sont violents, pas non plus stigmatisés là-dessus, sur les noms, sur les bavures, sur les problèmes qu’il peut y avoir, sur bref, tout ce qu’on connaît. Il y a une réaction des médias mais qui n’est pas là. Tu en sais en règle générale que je trouve malsaine parce que l’idée c’est toujours d’aller faire le buzz, d’aller réagir par rapport à une actualité sans forcément faire un vrai travail d’enquête derrière. Et voilà, ça je trouve que c’est dangereux par moment les médias remplacer la justice quand même on a vu pas mal de tribunes, donc c’est normal. Les médias permettent aussi d’attaquer certaines personnes quand elles ne le sont pas par la justice à chaud, que c’est dangereux comme tueur. Voilà, ça a doubleuse à double tranchant. Ce n’est pas évident de composer avec les médias et tout en restant loyal. Il y a bien des moments où on a envie de les envoyer choisir. Est ce qu’ils nous traitent de la même manière ? Et même nous, en tant qu’auteur, je vois le nombre de fois où on me demande d’intervenir. C’est précis et c’est du jour au lendemain, du matin au soir même et quand on essaye de trouver des solutions qui ne rappellent pas, y répondent pareil. Bref, il y a de tout.
Il y a de la marge.
Mais pour répondre à ça, David, je le dis dans le complément d’enquête. D’ailleurs, les journalistes qui prennent la pression pour faire taire les manifestants à l'époque en disant les syndicats m’ont appelé et m’ont dit que si jamais je continue à donner la parole aux policiers en colère, ben y aura plus de faits divers. Donc sachant que ça fait quand même partie de la machine régulière, quotidienne, d’avoir toujours un petit fond de choses à sortir en direct, notamment sur les chaînes d’info, etc. Et quand on voit que là les syndicats ont la même mise et gratuite.
Parce que là tu vois, tu vas très vite, parce que pour toi c’est totalement intégré. Ce que tu veux dire, c’est qu’au moment du mouvement policier en colère 2016, il s’est trouvé des syndicats de police pour faire pression sur des journalistes en disant que si vous continuez à leur donner la parole, vous n’aurez plus d’infos sur des faits divers. Donc vous allez couper vos sources.
Donc voilà, c’est du chantage, ils sont sous la pression, c’est une forme de corruption intellectuelle. C’est à dire que là, en fait, on se rend compte du mécanisme derrière, ça veut dire que tout ce qui est sujet de la police, si le syndicat de police n’a pas son mot à dire, ça pose un problème. Et on en a marre en fait, de la vision étriquée des syndicats. On aimerait aussi justement une police plus diversifiée et plus humaine, avec des gens qui s’expriment avec leurs qualités, leurs défauts. Fait. Je veux dire, on n’a pas la prétention d'être pas parfait, on n’est pas des chevaliers blancs, on n’est pas tout ça. Nous, on s’exprime justement au travers de tout ça pour essayer de prendre le contre-pied de la caricature médiatique et la radicalisation des syndicats par rapport à ça, y compris dans les chantages dans leur comportement auprès des journalistes. Et j’aimerais d’ailleurs que le journaliste qui le subit, s’il commence à en parler parce qu' il y en a beaucoup en fait qui m’ont rapporté ça depuis ces derniers jours. Donc voilà, ce que je veux dire par là, c’est que quand on a une seule vision proposée de la police, qui est en plus caricaturale et qui en plus vise à diviser et à séparer entre deux camps, ça n’est pas acceptable parce que c’est beaucoup plus divers que ça, beaucoup plus humain comme ça que ça. Il y a beaucoup de contraintes, de mécanismes qui font que les policiers ne peuvent pas s’exprimer publiquement, mais beaucoup en rêvent en fait.
Je n’ai pas le temps de sortir des élections professionnelles et lorsque tu dis-je dire, nos détracteurs auront raison de répondre oui. Mais en même temps, les policiers ont voté et les policiers ont voté en masse pour les syndicats d’alliance, le bloc syndical comme ils l’appellent. Et écoutez, qu’est ce qu’on peut répondre à ça ?
Très simplement, de savoir comment s’organisent des élections en interne aussi, faut en parler. Enfin, je veux dire, j’ai reçu encore des messages hier soir pour m’expliquer que pendant ce weekend il y avait des syndicats. Alors visiblement ils ont le contrôle de savoir qui vote, qui ne vote pas en temps réel pendant les élections, ça pose déjà problème et qui mettent la pression à tous ceux qui n’ont pas voté, qui se déplacent avec leur ordinateur pour dire regarde je vote pour toi même si tu veux, donne-moi des codes. Et il y a une pression qui est mise jusqu’au bout par tous les syndicats majoritaires pour justement voter. Forcément, on se retrouve avec un taux de participation à 80 %. Si tout le monde, celui qui ne vote pas et qui est adhérent pour un syndicat, clairement il oublie sa mutation derrière et oublie son grade derrière. C’est ça que ça veut dire en fait dans la mécanique. Donc ça veut dire que là on a une organisation des organisations syndicales qui pousse à la participation sous prétexte de chantage et de manœuvres d’ailleurs frauduleuses. Il y en a qui ont récupéré les codes de policiers pour pouvoir voter à leur place. Il y en a un qui propose des cartes de police. Je ne citerai pas la marque à une quarantaine d’euros pour qu’on puisse mettre sa carte de police, etc. En échange cadeau de savoir sur un aller voter pour eux, etc. Je veux dire, on est dans une manipulation, je ne dirai pas totale parce que ça serait galvaudé, mais en tout cas il y a beaucoup de stratégies de manipulation qui poussent à ce qu’on ait 80 % de participation et dire qu’est ce qu’ils font les syndicats ? Ils arrivent au ministère. La direction, Monsieur Darmanin, en représente 80 % de la profession qui s’est mobilisée pour nous, pour voter pour nous. Donc il va falloir nous écouter maintenant. Et c’est ça que ça veut dire, c’est que le poids syndicat de la police est biaisé.
Eh bien, je m’arrête. Je dois vous libérer. Ça ne me fait pas plaisir. D’ailleurs, je vous aurai bien gardé un peu, je vais vous inviter avec plaisir en tout cas, j’espère. Agnès a parlé des problèmes techniques.
Mais bientôt j’aurai la fibre.
On attend la fibre et vous revenez. Voilà. Merci beaucoup pour votre venue. Vous dit le chat. C'était chouette, En conclusion, j’aurais envie d'être de dire broyés par les systèmes malsains, Unissons-nous !
Tu sais David, ça ne s’est pas trop ressenti dans le bouquin, mais j’ai beaucoup d’engagements pour améliorer la relation police population. Je fais beaucoup d'échanges avec des jeunes, des MJC, on va faire des débats, on regarde des films ensemble, on en discute, et moi, c’est ce qui m’a nourri. Ce qui m’a apporté énormément dans toute ma carrière, c’est justement d’avoir la reconnaissance de la population qui est tout simplement heureuse. Et c’est triste à dire et heureuse d’avoir un autre discours policier. Et je pense que si j’entendais des initiatives qui appelaient à être collectif, j’encourage ça et c’est cette émulation ces échanges. Parce qu’un policier tout seul, les policiers tout seuls que nous sommes en fait à faire cette démarche ne pourront pas s’en sortir sans la population, sans les citoyens, pour essayer de faire émerger une autre forme de police. Et moi, j’invite vraiment tout le monde à se saisir de cette question et de porter dans le débat public quelle police voulons-nous et de la co-construire ensemble, d’y réfléchir ensemble. Et c’est pour ça effectivement, je vous remercie tous énormément pour ces messages parce que voilà, pour moi c’est l’essence même du métier de policier, c’est la reconnaissance de la population et pas la reconnaissance.
Et je te rappelle Fabien que tu n’es plus flic.
Non mais si tu veux je suis passionné. C’est ça mon problème. Mais tu vois, je parle aussi pour les témoins, pour tous ceux qui ne sont pas dans le livre et pour tous ceux qui accompagnent et qui partagent nos idéaux et qui ont envie d’une autre police. Donc voilà, merci vraiment à tous pour les messages.
Police, la loi de l’omerta. Je pense qu’on peut refaire des émissions ensemble Fabien, je te propose qu’on fasse un réact de complément d’enquête parce que je crois qu’il y a des choses à dire sur cette émission qui contrairement peut être à ce que tu as dit ou je ne sais plus au contraire ça a beaucoup plu au syndicat en question, ça a déplu à certains syndicats qui ont considéré que c'était de la publicité faite pour alliance, pour Synergie et autres. On en reparlera si tu veux, quand la pression médiatique sera retombée et que à ce moment-là, les pressions hiérarchiques se feront peut-être plus insistantes. Ça vaudra le coup de vous donner la parole, parce que là, là, c’est là, vous êtes en ce moment, il y a le vent en poupe, mais moi je serai là quand il y aura moins de vent. Merci les amis. Il faut que je vous laisse et je reste avec le tchat. Je vous remercie. Vous avez passé 4 h à peu près ensemble, enfin au moins trois heures et demie. Merci d’avoir pris tout ce temps pour vous exprimer,
Merci.
Merci, merci pour l’accueil et à très vite,
