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Police partout, Poutou nulle part

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café. Bonjour. La pause, plutôt la pause plutôt classique, la pause des affiches. Comment ça va Philippe ?
Philippe Poutou
Ça va, ça va le son, c’est bon.
David Dufresne
Le son est bon, l’image est parfaite.
Philippe Poutou
C’est parfait.
David Dufresne
Il y a Picasso derrière toi.
Philippe Poutou
Oui, oui. Je ne suis pas chez moi et je me suis dit que c'était pas mal comme illustration.
David Dufresne
Guernica, c’est ça ? C’est bien ça ? Bon, dis-moi là, tu es à Mulhouse à la pêche aux parrainages, c’est bien ça ?
Philippe Poutou
Euh là c’est des meetings en fait. En même temps, quand on a beaucoup d'énergie à consacrer aux parrainages, évidemment, puisque ça c’est incontournable si on veut être candidat officiel.Mais à côté de ça, on fait une campagne normale, on fait des meetings, des rencontres militantes, des rencontres avec des collectifs en lutte dès qu’on peut. Voilà, ça c’est l’activité normale d’une campagne.Et à côté de ça, on a une préoccupation qui est très pesante, c’est celle effectivement d’obtenir les 500 parrainages, c’est l’actualité, on en parle dans les médias.Donc on s’est aperçu que dans les médias, l’inquiétude, c'était pas pour nous, c'était plus pour Zemmour, Le Pen ou Mélenchon, mais que personne ne s’inquiétait trop de savoir si on allait, nous, les obtenir. Mais en tout cas, on se bat pour ça. Et l’objectif, c’est vraiment de les avoir dans les dix jours qui viennent.
David Dufresne
Je dois te dire là Philippe, je dois être tout à fait franc. On s’est déjà rencontré au mois d’août au NPA et moi je t’ai dit vos histoires de deux signatures, c’est du bluff. J’y crois pas.
Philippe Poutou
On est officiellement candidat que si on franchit cette barrière-là. Une barrière qui est pour nous antidémocratique parce que c’est un filtre. Mais ces 500 parrainages, il faut aller les chercher. Et il n’y a que les petites candidatures qui sont obligées d’aller les chercher. Puisque les partis ont des élus, ils n’ont pas besoin d’aller chercher là, ils appellent, en appellent à leurs élus et ils ramassent comme ça 500 parrainages.
David Dufresne
Ça avait été absolument passionnant. Tu nous avais expliqué que vous preniez la petite Kangoo et que vous alliez de mairie en mairie pour aller chercher et qu’en réalité c'était très dur. Ce n’est pas du bluff, on est d’accord.
Philippe Poutou
Mais là on le voit au compteur officiel. Hier c'était 224. Donc ça, ce sont les parrainages qui sont validés par le Conseil constitutionnel. On sait qu’on a une trentaine de formulaires qui ont été envoyés par la poste et en plus on a une cinquantaine de promesses sur lesquelles on peut compter. Donc en fait, on est autour de 300. C’est à la fois inquiétant et inquiétant parce qu’il y a cinq ans, on était dans ce niveau de retard. Mais c’est aussi à ce moment-là que les maires se décident. C’est au dernier moment parce qu’en fait, plus c’est tard, plus les maires sont un peu à l’aise parce que ça apparaît comme une caution démocratique et pas comme un soutien politique. Alors là, on est effectivement sur les routes encore. Il y a des camarades qui sont sur les routes avec leur voiture, pas forcément leur Kangoo, hein, ça peut être aussi des fois des voitures de location parce que tous les camarades n’ont pas de voiture, et puis on donne des coups de fil aussi parce que dès qu’on a rencontré des élus une ou deux fois, on se permet de les appeler. C’est quand même plus simple à partir du moment où il y a eu un contact humain. Déjà, on est sur cette bataille pour convaincre à travers des discussions qu’on est utiles au débat politique et que ce serait mieux qu’on soit dans cette campagne-là plutôt qu’absents de cette campagne-là.
David Dufresne
Objectivement, tu penses que vous allez y arriver ou que vous vous inquiétez vraiment ?
Philippe Poutou
Pendant que vraiment on s’inquiète à chaque fois ? Mais c’est vrai qu’on n’a aucune garantie. En plus, on est dans une, dans une, dans une ambiance où la plupart des élus n’ont pas envie de parrainer parce qu’il y a des pressions, parce que c’est des raisons diverses et je crois que c’est un tiers, à peine, des élus qui parrainent. Les choix des uns et des autres sont toujours en crainte des réactions ou des conséquences. Donc on est sur quelque chose de très timoré et il faut qu’on force un peu les choses donc, et on ne sait pas si au bout du compte, on réussira à convaincre suffisamment d'élus. On ne va pas dire qu’on est confiant parce que, parce que c’est comme ça, le risque est réel de passer à côté et si on ne les a pas, alors on se tape dessus en disant maintenant mais on les aura. Et même moi, je n’ai pas le droit de dire « et si on ne les a pas fait ».
David Dufresne
Philippe, d’abord je pense qu’il faudrait que tu redresses un tout petit peu ton ordinateur. Non pas toi, ordinateur, animateur up et non Toto. Et maintenant sur ta gauche. Si tu peux le tourner, si tu peux le tourner un peu, je pense qu’il va s'éclater. Voilà, voilà, là c’est bien. Là, c’est la photo officielle de Philippe Poutou en campagne sur Twitch. Comment tu expliques que Lutte Ouvrière ait ses 500 signatures et pas vous ? Alors on parle de la discipline du parti. Mais en fait, moi ce qu’on me dit, c’est que non, non seulement les types et les filles, ils réseautent, s’y prennent beaucoup plus tôt que nous. Nous, on démarre en juillet et en juillet de l’année précédente. On désigne d’ailleurs notre candidature en juin de l’année précédente. Et en fait, on démarre les parrainages quand on a un autre candidat Lutte Ouvrière. Et devant cette préoccupation permanente, ça, une fois que la présidentielle est passée, ils sont déjà sur la suivante. Ils ne font pas que ça. Évidemment, ils sont en activité militante, mais. Mais c’est vrai qu’ils ont quelque chose qui est permanent, qui continue. Et nous, en fait, c’est une préoccupation qui était lancée la dernière année, mais on n’a pas envie non plus de s’en occuper avant. C’est aussi un choix politique. On se complique la vie, certainement.
David Dufresne
En 86, je me demande : est-ce que vous ciblez plutôt des élus de gauche ou de n’importe quel parti ?
Philippe Poutou
On cible les communes, les petites communes, on ne va pas voir les députés, on ne va pas voir les sénateurs, on ne va pas voir dans les grandes agglomérations, dans les grandes villes. En fait, on ne va pas voir les élus qui sont encartés ou qui sont déjà connus pour appartenir à tel ou tel parti. Ça sert à rien parce qu’il y a des consignes internes de parti qui disent qu’il faut parrainer le candidat du parti et donc pas sur tout ce qui est gros parti, on ne va pas les voir et donc du coup on va voir des élus, des maires qui sont de sensibilités différentes, on ne vérifie pas. On a des noms qu’on connaît puisqu’on a les élus qui nous ont parrainés il y a cinq ans, qui nous ont parrainés il y a dix ans. Donc ceux-là, on va les revoir. Pour celles et ceux qui sont encore élus, on va les revoir, mais après on fait, on ratisse le territoire, c’est-à-dire qu’on a des petits circuits. Par exemple, quand on a une équipe de deux en bagnole, on se fait le circuit avec la liste des mairies qui appartient à tel canton et on va voir tout le monde. Le parrainage, c’est une caution démocratique, ce n’est pas un geste de soutien politique, ce n’est pas un geste qui dit « oui, je suis d’accord avec telle ou telle candidature », c’est juste de dire « on pense que cette candidature-là est utile et j’accepte de la présenter ». On peut avoir des maires de sensibilité de droite qui considèrent que c’est chouette qu’on y soit.
David Dufresne
En échange, est-ce que tu prends le pouls du pays et notamment… Très bien le café, très bonne note, très bonne tasse. Est-ce que dans le même temps, ça te permet, ça vous permet d’apprendre le pays et notamment ce pays des campagnes, ce pays des petites communes dont on ne parle jamais et dont on me dit qu’il y a beaucoup, beaucoup de souffrances totalement invisibles ? Est-ce qu’il y a des discussions politiques pour le dire autrement avec ces gens-là ou c’est uniquement « signe le papier, file ta cotise » ?
Philippe Poutou
Dès qu’on a la chance de rencontrer des maires et qu’ils acceptent la discussion, c’est des discussions qui peuvent durer 1 h, 2 h. On est militants tout le temps, on sait qu’on discute et on discute de tout. Et les élus dans les petites communes, c’est des gens avec qui on est très proches parce qu’en fait c’est souvent des travailleurs ou des travailleuses et ce sont bien souvent du milieu agriculteurs, agricultrices, mais c’est aussi les salariés de service public, c’est les salariés des fois retraités de grosses boîtes. Enfin on a tous les cas de figure, en fait, on se retrouve à discuter avec des gens, on va dire entre guillemets, ça n’a pas trop de sens, mais « normaux ».
David Dufresne
Par exemple dans tes rencontres, est-ce qu’il y a des discussions qui t’ont ébranlé sur les bases, sur ton programme ? Est-ce qu’il y a des choses où vous vous dites « Ah mais on n’avait pas vu » ?
Philippe Poutou
Il faudrait peut-être qu’on en parle tellement. Je ne sais pas, je n’ai pas d’exemple en tête. Mais ce qu’on voit en tout cas, c’est qu’il y a quand même le même ras-le-bol que dans l’ensemble de la société, les mêmes inquiétudes. Quand on discute par exemple des élections qui viennent et de la question de la gauche et de la faiblesse de la gauche, la division de la gauche, la puissance de la gauche. C’est-à-dire qu’on voit aussi toutes ces inquiétudes qu’il y a du côté des gens qui ont cette sensibilité-là. Globalement, c’est aussi la vision d’une société qui n’est pas démocratique. Il y a un ras-le-bol des élus qui ne se sentent pas respectés, qui ne se sentent pas entendus. Ils contestent d’ailleurs l'évolution des institutions : de moins en moins de pouvoir pour les petites communes, de plus en plus de pouvoir pour les départements, les régions ou ce qu’on appelle les intercommunalités, les agglomérations. Donc on voit ces élus qui se retrouvent avec un sentiment d’impuissance et qui contestent l'évolution des choses : moins de dotations publiques, de plus en plus de difficultés à gérer une commune. Donc en fait, on se retrouve avec la même critique de l'évolution de la société et là, par contre, on est aussi avec des élus qui sont de sensibilités très diverses.
David Dufresne
Il est 9 h 15. Dès qu’on dit, les élus nous parlent de la division de la gauche, mais quand vous arrivez, vous êtes la division, même, mais tu vois ce que je veux dire ? Eh oui ! Alors qu’est-ce que tu réponds à ça ?
Philippe Poutou
On l’assume parce qu’ensemble, on n’est pas de cette famille non plus, de cette gauche institutionnelle, de cette gauche de pouvoir. Donc en fait, depuis que les élections présidentielles existent, il y a des candidatures à l’extrême gauche. On connaît évidemment Arlette Laguiller qui a été candidate pendant des années et à chaque fois, on a reproché à l’extrême gauche d’exister aux côtés de la gauche. À chaque fois, on a reproché à l’extrême gauche de prendre le risque de faire perdre la gauche. Et donc on est toujours là-dedans. Alors la différence aujourd’hui, c’est qu’en fait, la gauche, elle est très affaiblie, elle est plus que divisée, c’est galère. On en voit bien une impuissance de la gauche, mais qui est quand même grandement liée aux reniements de la gauche quand elle était au pouvoir. Donc après, nous, on est là encore aujourd’hui, on ne grossit pas. D’ailleurs, c’est le côté un peu marrant, c’est quand on voit dans les sondages qu’on est à peu près au niveau du PS. Si on nous avait dit ça il y a 20 ans, on se serait dit « putain, l’extrême gauche va grossir, grossir, grossir ». En fait, c’est l’inverse qui se passe, c’est que c’est le PS qui sombre.
David Dufresne
Je ne sais pas si c’est très bon, si, mais non.
Philippe Poutou
Non, pas du tout. C’est le genre de chose dont on ne se satisfait pas parce qu’autant l'écroulement du PS, ce n’est pas un problème pour nous. Mais le problème, c’est qu'à la place du PS, il n’y a rien qui se construit. C’est vrai que nous, on aimerait bien qu’il y ait une gauche combative, une gauche anticapitaliste, une gauche liée aux mouvements sociaux qui parle de lutte et de transformation radicale du système. Mais on n’a pas ça. Donc c’est vrai qu’on ne peut pas se satisfaire de la situation actuelle. Mais ceci dit, on pense que si on n’est pas là pour essayer de mettre ça en débat, y compris même par rapport à Mélenchon ou par rapport aux camarades du Parti communiste, d’arriver à discuter « c’est quoi qui va changer d’avis ? Est-ce que c’est vraiment un super candidat de gauche alors qu’on a déjà quand même des expériences de trahisons diverses ? » Ou est-ce que c’est la question des mobilisations, la question d’un rapport de force dans la société au quotidien ? Nous, on pense qu’on a cette utilité-là d'être là, de dire « ben oui, comment on va changer les choses ? Et ben on les sauvera parce qu’on prend nos affaires en main ». C’est tout ça. Donc du coup, on est à la fois évidemment un des éléments de la division, mais en même temps, il faut quand même constater que la gauche, elle a plusieurs familles et qu’on n’a pas tous la même histoire, qu’on n’a pas tous les mêmes responsabilités dans la situation actuelle et que c’est quand même bien de faire exister l’anticapitalisme, l’internationalisme, voilà, et toutes les idées de la révolte et en tout cas d’essayer de jouer un rôle dans un débat politique dont les forces de gauche ont besoin.
David Dufresne
Mais là, restons sur les parrainages si tu veux bien. Le café ? Bien. Et ma Mimi me demande : est-ce que les gens qui vous disent non vous disent pourquoi ?
Philippe Poutou
Oui, oui, oui, bien sûr à beaucoup. C’est comme tout dans la société. Est-ce qu’il y en a ? Il y en a. Il y a plein de gens qui ont du mal à dire non ou qui vont un peu fuir la discussion et qui ne vont pas répondre, qui vont se démerder pour filer avec le secrétariat de mairie. Donc on a ça aussi évidemment, mais sinon il y en a, il y en a beaucoup. Mais en fait l’argument qui vient en avant, c’est assez dit par la… Beaucoup de candidatures aussi dans les médias, c’est la peur, la peur des conséquences.
David Dufresne
Depuis assez peu de temps en fait, les parrainages sont publics, il y a trop de transparence et donc il y a des maires qui semblent ne pas vouloir rendre des comptes à leurs administrés en disant « j’ai donné ma voix à Poutou » par exemple. C’est ça, c’est ce qu’on vous dit.
Philippe Poutou
Mais oui, c’est ce qui est mis en avant. Alors même sur la question de la publicité des noms, c’est pas tout à fait vrai parce qu’il y a toujours eu des noms rendus publics, c'étaient les 500 tirés au sort. Par exemple, quand on a 550 parrainages, il y en a 500 qui sont rendus publics. C’est tiré au sort, jusqu'à 500, ça a toujours été ça. La différence, c’est qu’aujourd’hui, c’est la totalité. Alors la différence, c’est plus pour les grosses candidatures, les grosses écuries, parce que, par exemple, Pécresse a plus de 2000 parrainages, ce sont les 2000 qui sont publics. Avant c'était 500 sur les 2000. On ne défend pas l’idée que ce ne doit pas être public, on pense que c’est normal en fait que ce soit public parce que ce sont des cautions démocratiques, c’est facile à assumer, ce n’est pas un soutien politique et puis c’est comme ça. La loi donne la responsabilité aux élus de permettre à ce que des candidatures qui soient autres que celles des gros partis politiques existent. Donc ça, c’est un peu ça, assumer. Et nous, on pense que c’est logique, ça s’assume. On est d’ailleurs plutôt pour la transparence de la vie politique, donc ça, ça ne nous gêne pas. Mais c’est vrai que par contre des élus sont gênés par ça. Et c’est vrai que dans le climat politique actuel, parce que les pressions, elles sont diverses, il y a à la fois les pressions de parti pour les adhérents de parti, il y a la pression des pouvoirs politiques locaux comme les départements, les régions. Et c’est vrai que les maires, ils sont tellement en situation de faiblesse que des fois ils ont un peu peur de perdre une subvention ou un peu peur de dégrader des relations qui ne sont pas toujours simples. Donc du coup, assumer aujourd’hui, dans la période actuelle où il y a quand même un climat réactionnaire, un électorat qui pense très à droite, c’est vrai que des élus s’inquiètent un peu du signal qu’ils donneraient en parrainant une candidature gauchiste comme nous, les « méchants » qui seraient pour renverser le capitalisme. Et même s’ils trouvent nos idées sympas, ils ont des craintes à assumer. Mais en même temps, des fois, c’est des peurs qui sont fantasmées, ils se font des montagnes de leur choix alors qu’il y a plein de maires qui parrainent et qui n’ont pas de problèmes derrière et qui sont réélus derrière. Donc c’est ça qu’on essaie de discuter avec eux, mais surtout de mettre en avant la question de la responsabilité politique. Si les maires dans les petites communes n’osent pas faire ce geste-là, ça veut dire que, alors qu’ils critiquent le système, ça veut dire qu’en fait ils laissent le système continuer sans son petit jeu et donc ils ont une responsabilité de faire en sorte qu’il y ait des candidatures neutres qui soient là. Comme on essaie de convaincre sur tout.
David Dufresne
On te demande quel serait le système de parrainage idéal, s’il en faut un.
Philippe Poutou
Bah déjà, t’as son idole. C’est difficile à dire parce que l'élection présidentielle, c’est pas un système idéal. Donc il n’y a pas que la question des parrainages qu’il faudrait revoir, c’est la question de la fonction présidentielle, la question de toutes les règles électorales qui permettent aux plus gros partis, à ceux qui ont du pognon, de s’en sortir mieux que ceux qui n’en ont pas. Donc la démocratie est déjà très limitée. Mais sur la question précise des parrainages, on pense que la meilleure des solutions, ce n’est d’ailleurs pas que nous qui le disons, c’est aussi du côté de Mélenchon, du côté du Parti de gauche, ça s’est défendu. C’est l’idée d’un parrainage de citoyens, d’un parrainage des électeurs, tout simplement de la population, avec un seuil à 100 000 ou 150 000, on ne sait pas trop, mais en tout cas, ce serait plus logique que ce soit la population elle-même qui soit en position de dire « eh bien cette candidature-là, on pense qu’elle est utile et on a le sens même de dire on va voter pour elle ». Mais c’est un peu le même principe que pour les élus, sauf que ce serait ouvert à l’ensemble de la population, ça permettrait quand même quelque chose de plus direct, plus démocratique.
David Dufresne
Alors encore un autre nous dit une question assez rigolote, j’aime bien, qui fait allusion évidemment à ta position de candidat chômeur. Comment ? Si tu n’as pas les parrainages, comment feras-tu pour justifier que ta candidature n’a pas été retenue à Pôle emploi ?
Philippe Poutou
J’ai vu qu’il y avait des dessins qui circulaient, qui étaient assez rigolos. Comme quoi, en fait, c’est Pôle emploi qui m’a proposé cet emploi, cette candidature, faire acte de candidature.
David Dufresne
Et traverser la rue.
Philippe Poutou
Pour être découvert. Ouais, c’est assez marrant, mais des fois c’est ce que je split dans les meetings. C’est qu’en fait, voilà, j’ai besoin d’un boulot et il me faut celui-là cette année, à l’aller. Les autres fois, ce n’était pas si grave que ça, mais cette fois, il faut vraiment.
David Dufresne
Yanis nous te demande pourquoi tu as rempilé une troisième fois alors que deux fois, c’est deux fois maximum et qu’une femme était pressentie.
Philippe Poutou
On n’a pas de règle. Enfin, il n’y a pas les deux fois maxi, ce n’est pas une règle. On était parti sur une camarade parce qu’on s’est dit « ah c’est vrai qu’en fait, c’est quand même, ça la fout mal pour un parti féministe d’avoir, au moment des présidentielles et tout le temps, des mecs ». Ça, c’est un problème politique, on le sait. Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a la crise sanitaire. Je mets en avant des difficultés qu’on a, hein. Donc là je réponds de suite, évidemment qu’on a plein de camarades qui peuvent faire ce job-là, et beaucoup mieux que moi, que ce soit des mecs ou des filles, on n’a pas de soucis avec ça. Maintenant, le choix qui a été fait, c’est vrai que c’est un choix sur la défensive. On est en situation de rapport de force défavorable en interne ou partout. On voit bien la gauche ou les forces militantes, on est plutôt en état de fragilité. Et aujourd’hui, la question des parrainages me pose un gros problème parce qu’on sait que c’est difficile, même avec moi. Vous voyez, c’est difficile avec un nom déjà connu, c’est difficile. Avec un nom inconnu, ce serait encore plus difficile. Et c'était cette idée-là de mettre en place un visage qui était déjà dans le paysage politique.
David Dufresne
Tu t'éloignes de plus en plus. Il faut. Quand tu ne te tapes pas de retour, tourne un petit peu l’ordinateur, encore un peu, vas-y dans l’autre sens. Oui, oui, voilà, très bien, là c’est parfait.
Philippe Poutou
Et puis ça fait chier parce qu’on porte une parole. Des fois, il y a un sentiment d’imposture. Ce n’est pas normal que ce soit moi qui parle de telle ou telle chose et pas moi. C’est pas vraiment que je parle d'écologie, ce n’est pas normal que je parle de féminisme, d’antiracisme. Alors qu’on a des camarades qui sont investis au quotidien dans ces luttes-là, dans des collectifs qui sont là. Donc il y a quelque chose qui est très compliqué à gérer, parce que pourquoi c’est moi qui suis là pour dire « Eh », les meetings, c’est aussi compliqué à gérer. C’est quoi cette parole comme ça ? Là, il y en a un qui parle à tout le monde. Heureusement qu’on a des débats dans les meetings, ça permet de faire que la parole soit plus partagée. Les tribunes, on fait un effort, on fait en sorte que les collectifs militants puissent prendre la parole. On essaie de sortir le plus possible de cette histoire de personnalisation. Mais c’est vrai que c’est chiant.
David Dufresne
Philippe, je trouve que la question se pose. Ta réponse, c’est ta réponse est… Mais je dois dire aussi que ce matin, il y a énormément de monde parce que c’est Philippe Poutou qui est au poste.
Philippe Poutou
On pensait que c'était moins compliqué de mettre un visage déjà connu pour expliquer la fin, pour essayer de convaincre de la légitimité de notre présence. Parce que déjà être là, on nous dit « ah ouais, mais là vous divisez la gauche. Mélenchon il va pas gagner à cause de vous ». Alors imaginez, on met une camarade qui arrive, qui n’est pas connue et bam ! Alors là, on a des réflexions 100 fois plus fortes parce que moi, à la limite, il y en a plein, y compris chez les camarades de F.I. ou chez les camarades du PC. De partout, il y en a plein qui considèrent que c’est chouette que je sois là parce que tout le monde se souvient du débat d’avril 17. Tout le monde s’en souvient un peu parce que, en fait, les idées, elles prennent Fillon, voilà, il est en face de moi, que des histoires. Et puis on fouille plus, plus on sent la corruption, plus on sent la triche. Et à côté de ça, donc en plus, c’est des bonhommes qui nous expliquent qu’il faut la rigueur, qu’il faut l’austérité et eux-mêmes ils piquent dans les caisses publiques. Donc il y a quand même un petit problème. Poutou là-dedans n’aime pas trop, on pourrait l’appeler comme ça. Oui, donc d’accord, merci. Donc moi, c’est ce que j’ai dit, je l’ai dit. Ensuite, il y a aussi Le Pen à côté, alors on va peut-être réagir aussi, mais Le Pen, pareil, on pique dans les caisses publiques, là ce n’est pas, c’est pas ici, c’est l’Europe. L’Europe, pour quelqu’un qui est anti-européen, ça n’arrête pas de piquer de l’argent de l’Europe. Et le pire, c’est qu’en plus, le FN qui se dit antisystème ne s’emmerde pas du tout, se protège grâce aux lois du système, grâce à l’immunité. Et donc nous refusons d’aller aux convocations policières, donc pénales. Donc là, tout ça, ça illustre ce que c’est pour la police. Ça illustre que nous, on est convoqué par la police, mais, vous voyez, par exemple, on n’a pas d’immunité ouvrière. Désolé, on y va. Voilà, vous, vous avez une chance.
David Dufresne
Le système nous protège. Tant mieux pour vous. Oui, c'était un coup d'éclat. Bon, respect, respect, c’est beau.
Philippe Poutou
Et ça reste un peu le symbole de la campagne. Mais c’est un peu comme Patrick à l’anglaise qui fait sa chanson la plus grosse, appelez-la, il a vécu toute sa vie avec son tube. Bon, moi j’ai mon tube, on a nos propres faiblesses, on a des choses qu’on ne sait pas faire et voilà. Ça, on le reconnaît sans problème. Après, on fait au mieux dans la période actuelle et après, avec… Et là, on fait avec ma gueule pour l’instant. Et je peux presque vous dire que c’est la dernière fois que j’y suis. C’est la troisième fois que je dis ça.
David Dufresne
Est-ce que presque tout est dans la presse ? Mais justement, tu viens de parler de toi, de ton dernier disque ou de ta vie ? Donc bien le café donc avril 2017. Justement, Guillaume te demande : comment as-tu pris des annonces dans la presse disant que Macron évite les débats ? A priori, il n’aurait pas envie de se retrouver face à toi parce que visiblement, quand t’avais sorti les pistolets, les balles sifflent encore.
Philippe Poutou
Dans l’entourage de Macron, des gens ont sorti cette formule-là : « comment voulez-vous qu’après une rencontre avec Poutine, Macron puisse se rabaisser à débattre avec Poutou ? » Voilà, on a vu tout ça. Donc en fait, jeter le nom un peu de ce qu’ils considèrent comme une candidature illégitime et inutile, c’est le pouvoir qui parle en fait, c’est le pouvoir avec son arrogance, avec son mépris social. Et moi je symbolise ça en fait parce que je pense qu’il n’en a rien à foutre de mon nom. Il n’a même pas peur. Enfin je ne crois pas. Je ne pense pas. On ne peut pas penser même un seul instant que Macron puisse être gêné de débattre, puisse craindre une discussion en face-à-face avec moi. Donc le problème, à mon avis, n’est pas là, à notre avis n’est pas là du tout. La chose qu’ils craignent, ce n’est pas tellement un ou un individu, c’est qu’en fait, dès que la politique, elle sort de leur milieu social, dès que ce sont des gens qui sont des gens comme nous, des salariés ou des ouvriers ou des chômeurs qui les emmerdent, c’est cette liberté de parole qu’on a. Ils ne contrôlent pas du tout. Ils ne sont pas habitués à discuter, à se confronter avec des gens comme nous. Donc c’est plutôt ça. C’est plutôt l’idée d’une classe riche, une classe privilégiée qui n’a pas envie de s’emmerder. Donc c’est vrai qu’on est dans une situation de mépris, d’arrogance, mais le signal donné par l’entourage de Macron, c’est presque pas juste « on ne va pas débattre avec Poutou », on ne va pas débattre avec ces gens-là. C’est aussi de dire un appel aux maires finalement : « ne parrainez pas ces gens-là ».
David Dufresne
Il y a quelqu’un qui est, pour employer le terme consacré, plus invisibilisé encore que toi, un ancien camarade. Bien, bien, le café, c’est Anasse Kazib qui n’a aucune invitation.
Philippe Poutou
Nous, on est très peu invités, mais lui encore moins invité. C’est toujours pareil, il y en a qui arrivent un petit peu à percer, il y en a qui arrivent à se faire entendre, il y en a qui arrivent à gérer les réseaux sociaux mieux que d’autres. Donc du coup, il y a des noms qui ressortent. Mais le Parti animaliste qui a fait un score de plus de 2 % aux européennes est complètement écarté des médias et c’est quand même assez scandaleux, surtout que ça représente une idée des choses qui sont importantes à discuter. Ce filtre-là aussi sert à décourager, parce que là je vais rajouter un truc extrême assez dingue dans la loi, dans la loi de parrainage, c’est qu’on est le 4 mars, c’est effectivement la date limite. On sait si on est qualifié pour la phase finale ou pas. Mais avant le 4 mars, on est obligés de commander le papier pour les professions de foi, les bulletins de vote. Donc ce sont des centaines de tonnes de papier qu’il faut payer. Alors comme c’est la crise sanitaire, ça spécule, les prix montent en flèche. Et donc du coup, on a commandé le papier pour les bulletins de vote, pour tout le matériel officiel. On a réservé les salles de meetings jusqu’au 8 avril parce qu’on ne peut pas… on ne peut pas lancer les meetings et les réservations de salle après le 4 mars, sinon on ne peut plus rien faire parce que tout est bouclé. Et donc tout ça, c’est des réservations, c’est des coûts financiers.
David Dufresne
Je trouve ça hyper intéressant.
Philippe Poutou
Et le 4 mars, si on a par exemple 450 parrainages, il nous en manque 50, on est éliminés et on est comme des cons avec nos tonnes de papier qu’on a payés et on est comme des cons avec tous les meetings qui sont réservés. Donc il faut se rendre compte qu’en fait, tout le système est fait pour décourager, pour intimider et pour ne pas oser faire. On est petits, on a des faibles forces, c’est tous ces défauts-là. Mais on se dit on va y arriver quand même et on prend un risque. C’est un pari.
David Dufresne
S’il n’y a pas de débat, est-ce que ta candidature est toujours aussi utile ? S’il n’y a pas de débat à la télévision et finalement s’il n’y a pas toi la caisse de résonance ? Parce que bon, là ou pas, c’est sympa les meetings, c’est sympa. Mais bon, l’enjeu on est bien d’accord, c’est la grand-messe. Si Macron refuse de discuter avec toi, si ce tri s’opère de plus en plus, est-ce que là vous n'êtes pas pris dans votre propre logique ?
Philippe Poutou
S’il n’y a pas de débat avec nous ? Si tous les débats comme ça se passent, d’ailleurs dès maintenant, sont organisés sans des candidatures comme la nôtre, c’est sûr que ça diminue l’impact. Mais ceci dit, l’impact de la campagne, ce n’est pas juste des débats, il y a la présence dans les médias, on a une présence dans les médias qui est comparable avec le temps normal. En temps normal, on n’est jamais invité dans un film entre deux présidentielles, on n’est pas invité ou alors une fois ou deux sur cinq ans. Et quand je dis nous, c’est Olivier Besancenot par exemple, ou moi-même. Si on fait la somme des invitations sur les cinq ans entre deux élections présidentielles, c’est quand même très réduit. Et puis on peut parler de Lutte ouvrière, on peut parler même globalement de militants, envoyer syndicalistes en dehors de la campagne. Elle permet, à notre avis, de faire exister des choses qui n’existent pas en temps normal, alors que c’est n’importe quel passage médiatique. Nous, pour nous, un passage médiatique, c’est quelques minutes qui permettent de faire entendre autre chose. On ne prend pas toutes les invitations médiatiques non plus, on sélectionne. C’est pas parce qu’on n’est pas invité qu’on va prendre tout et n’importe quoi. Je ne vais pas lister les invitations qu’on a refusées ces dernières semaines, mais en tout cas, on choisit aussi si on n’en a pas envie.
David Dufresne
Je voudrais aborder la question de Zemmour. Tu as parlé des éboueurs et compagnie. Est-ce que vos équipes, là, quand vous sillonnez les campagnes pour votre campagne, est-ce que vous sentez monter le fascisme ? Est-ce qu’il y a des maires qui vous parlent de violence, qui vous parlent de ceci, de cela ou pas ?
Philippe Poutou
Je ne crois pas qu’on ait des retours comme ça de maires qui soient victimes de violence ou qui fassent remonter ce genre de problèmes-là. Il y a une inquiétude globale sur la société, comme elle évolue, il y a une inquiétude globale sur des aspects antidémocratiques qui sont liés à l’impuissance des maires dans les petites communes. Bon, on a ça, mais après des violences physiques ou des violences caractérisées, non. Par contre, on a des maires qui sont inquiets d’une pression par en bas, du point de vue de l'électorat, quand l'électorat penche à droite et bien à droite et à l’extrême droite, on sent bien les élus qui sont mal à l’aise avec ça et qui donc du coup ne sont pas forcément très à l’aise à parrainer une candidature qui est à l’opposé. Donc on sent en tout cas que le climat social est pesant et le climat politique, avec la domination des idées réactionnaires, de l’ordre moral, des idées de haine envers les autres. Tout ça c’est très pesant, c’est sûr. Après, nous, on a les exemples de violence de l’extrême droite. C’est plutôt à travers les réseaux militants. Il y a des villes comme Lyon évidemment, à Lille, à Montpellier, dans des villes comme ça, où il y a des petits groupes de nazillons, des petits groupes d’extrême droite qui passent à l’acte et on sent bien le danger qui est là. Et puis on voit aussi à travers le mouvement anti-vaccins, on voit aussi comment l’extrême droite se reconstruit un peu. Elle reprend un peu de place, y compris dans des manifs ou dans le mouvement social. Donc on sent le danger. Nous, on sent le danger, on pense qu’il y a un véritable danger fasciste. Alors est-ce que c’est dans six mois, dans un an, est-ce que ce sont les résultats des élections qui vont accélérer un processus ou pas ? Ça, on n’est pas capable de le dire, mais on sent que la société est de plus en plus violente et on sent une extrême droite et une fascisation qui est particulièrement inquiétante.
David Dufresne
On te demande : Monsieur Poutou, ami du café ou ami de la police ?
Philippe Poutou
Ah plutôt ami du café, c’est assez clair, et pas ami de la police, même si c’est pareil. On arrive à avoir des discussions avec des policiers qui se disent de gauche et qui se sentent de gauche et qui sont un peu mal à l’aise par rapport à tout ça et qui sont même mal à l’aise dans la critique de l’institution parce qu’ils se sentent visés alors qu’ils ne sont pas tous pareils. Mais oui, la critique de la police, il faut la faire. La critique de la violence policière, la critique d’une police qui tue, il faut le faire malgré les pressions du pouvoir, malgré le déni du pouvoir ou les dénis des syndicats d’extrême droite de la police par exemple. Darmanin a déposé plainte contre moi.
David Dufresne
La plainte a été déposée en fait, tu t’attends à être convoqué, c’est ça ?
Philippe Poutou
On va être convoqué pour une enquête préliminaire, donc ce sera une audition libre. Et alors il y a à la fois la plainte qui est déposée, mais aussi la prudence de Darmanin, du pouvoir. C’est-à-dire qu’en fait, ils prennent leur temps. Là aujourd’hui, la plainte est déposée, mais c’est pas encore validé. Et donc il y a une enquête préliminaire pour vérifier le pourquoi j’ai dit « la police ».
David Dufresne
Je te remercie publiquement de m’avoir foutu dans la merde puisque tu as cité mon travail et le travail d’autres personnes, mais moi nommément sur je ne sais plus quelle chaîne où d’ailleurs le journaliste a pouffé quand tu as prononcé mon nom, je l’ai trouvé… et j’ai trouvé ça aimable. La police a tué des manifestants, la police a tué récemment des manifestants.
Philippe Poutou
On a Rémi Fraisse et Zineb de Marseille, ça c’est déjà clair, c’est dans les manifestations, mais maintenant je vous dis dans les quartiers populaires. Mais ça, ce sont des travaux qui existent, et là on veut bien débattre là-dessus. Si vous voulez, on va sur les plateaux, on va discuter sur la base de travaux qui sont faits sur la base de chiffres sérieux qui sont faits, y compris même avec des journalistes qui font le travail, on peut voir avec David Dufresne, on peut voir des tas de gens comme ça qui ont répertorié, qui ont discuté, qui ont essayé de mesurer le niveau de répression de la police.
David Dufresne
C’est une confirmation. Voilà, si tu vois de quoi je veux parler, mais ça n’a aucune espèce d’importance. Donc Darmanin a déposé plainte. Est-ce que tu penses qu’il le fait pour défendre l’institution ou pour calmer les troupes ?
Philippe Poutou
Alors après, c’est difficile à analyser, mais on peut penser que c’est tellement absurde. En fait, c’est tellement pas tenable. Quand on pense que son premier souci c'était de plaire aux syndicats de la police. Mais là, ce qui est marrant à voir, c’est qu’en fait on a l’impression qu’il essaie de gagner du temps et qu’après les élections, ils vont lâcher l’affaire. Mais ça peut aussi aller au bout, hein. On n’est pas en train de faire les malins parce que tout est possible. On a bien vu des décisions de justice qui sont complètement aberrantes, ça peut le faire. C’est quand même aussi intéressant d'être là pour dire ces choses-là et de dénoncer la violence policière, mais pas juste de dénoncer, aussi de dénoncer la violence politique et la répression politique. C’est d’essayer de faire ce lien parce qu’en fait, la police, elle n’est pas violente parce que c’est des cowboys qui sont méchants comme ça. C’est qu’il y a aussi une police qui est là pour défendre un certain ordre social. Et cet ordre social, c’est déjà de faire taire la contestation. Et puis cet ordre social, c’est aussi toute la domination idéologique des privilégiés. Et ça se mélange avec le mépris social, y compris le racisme. Donc c’est un peu tout ça qu’il faudrait qu’on arrive à discuter, à mettre à plat. Et puis ça pose le problème d’une population qui va se poser les problèmes de comment elle se défend par rapport à ces dérives-là.
David Dufresne
Une des affiches de campagne, « Oui la police tue ». Tu affirmes le propos que tu as tenu dans nos quartiers et nos manifs. Donc ça c’est intéressant parce que vous, vous ne restez pas sur le maintien de l’ordre social dans les manifs qu’on a vu à l'œuvre dans les manifs où vous mettez les quartiers. Là, on voit bien votre sens historique des choses. Et le slogan, c’est le désarmement de la police. La question de la police, parce qu’elle n’existait pas vraiment dans vos précédentes campagnes. Donc ce qui m’intéresse, moi, c’est de savoir pourquoi aujourd’hui vous en parlez comme d’un argument majeur. Vous avez aussi des choses contre la discrimination sur la santé, sur les salaires et maintenant il y a la police. Pourquoi la police surgit dans votre programme ?
Philippe Poutou
Si on ne dit pas parce que, en 2017, on était sur le désarmement de la police et on avait eu des gros problèmes aussi sur ces questions-là. En plus, il y avait eu un attentat terroriste à la fin de la campagne, donc du coup tout avait été mélangé. On était pour le désarmement de la police, donc du coup on laissait les terroristes faire ce qu’ils voulaient faire. On avait déjà eu beaucoup de difficultés là-dessus. Aujourd’hui, à la limite, le désarmement de la police, on le voit avec Mélenchon qui le défend aussi, on le voit avec d’autres à gauche qui le défendent. C’est plutôt quelque chose qui rentre un peu dans les préoccupations politiques avec la répression des gilets jaunes. Et puis il y a tout ce qui s’est passé autour de Macron, ça fait partie des sujets politiques importants de la violence policière. Elle est vieille. Ça fait des décennies que dans les quartiers populaires, qui est-ce qui sont visés ? Ce sont les personnes d’origine immigrée, c’est les Blacks, les Arabes, on le sait. Et d’ailleurs, quand on voit la liste des jeunes qui sont tués, ce sont des Noirs ou des Arabes. Ce racisme d'État est lié aux politiques coloniales. Et aujourd’hui on sait que ce n’est pas que du passé, le colonialisme, en tout cas, ce sentiment de domination et d'écrasement est toujours d’actualité. Donc ça c’est la partie visible. Après, on voudrait discuter non pas d’une police qui est violente ou qui est méchante. On voudrait discuter aussi d’un pouvoir politique qui défend son ordre, qui défend ses privilèges. Et dans une période où le chômage explose, la pauvreté et la précarité, les inégalités sociales, où les difficultés et les souffrances sociales se généralisent, on imagine bien un pouvoir qui est en train d’essayer de se protéger et la seule façon qu’il a de se protéger dans les périodes de crise ouverte comme aujourd’hui, c’est d’intimider, d'écraser et de se servir de sa police, de sa justice qui sont des outils entre les mains de l'État pour museler la population et pour la calmer. Ce qu’on dit. On a eu des discussions avec des policiers, qui sont en civil et tout ça. C’est un peu plus facile dans certaines situations très particulières. Ce que je te disais au début, c’est que des fois ils sont mal à l’aise avec ce qu’on dit parce qu’ils se sentent visés aussi. Mais ils comprennent aussi que tout ça, ce n’est pas si simple que ça. Et on n’est pas non plus vus comme des amis par toute la police. Mais il faut quand même arriver à poser les problèmes de cette institution-là. On ne vise pas les policiers, on ne les vise pas, on vise la police, l’institution. On vise les policiers racistes, les policiers violents, ça c’est sûr, ça existe, il faut en parler. Les contrôles au faciès, tout ça. Ce n’est pas possible de nier ces choses-là, elles existent, il faut en parler. J’ai lu la bande dessinée qui s’appelle Flic il n’y a pas longtemps, qui est tirée d’un bouquin qui s’appelle Flic. Qui était donc ce journaliste qui s’est infiltré pendant deux ans. Il a passé quelques mois dans le commissariat du 19ᵉ arrondissement à Paris. C’est hyper intéressant la description qu’il fait et il n’est pas en train de faire un truc en disant « les policiers, c’est des enfoirés » et tout ça. Il est en train de raconter une réalité d’une violence avec sexisme, racisme, une sorte d’impunité de la police. Ça existe et ça doit exister dans énormément d’endroits. Et ça, il faut qu’on en parle et on ne peut pas… Et c’est la démocratie aussi. C’est la question de la transparence, la question de la justice sociale. Donc, pour nous, à la campagne, oui, ça prend un aspect très important parce qu’on est de fait confrontés à ça, même si personnellement, je suis un vieux blanc, a priori, je ne suis pas celui qui serait le plus visé par les problèmes avec la police.
David Dufresne
Deux dernières questions. On a vu tout à l’heure : s’il n’y a pas de débats télévisés, finalement, le jeu de la campagne, il est un peu faussé. Et quand vous arrivez dans l’exercice du pouvoir, ça ne fonctionne pas. Est-ce que vous ne vous posez pas, vous, le NPA, des questions sur : est-ce que c’est bien notre rôle, le rôle du parti, que d’aller dans des instances qui ne sont peut-être pas faites pour vous, au fond ?
Philippe Poutou
C’est vrai qu’on force un peu les choses. C’est-à-dire qu’on essaie de forcer une invitation alors qu’on n’est pas invité. C’est un peu comme quand on pique un carton d’invitation impliquant un essai de danse. C’est ce qu’on essaie de faire. En fait, c’est de laisser se démerder, avoir un carton d’invitation et y aller à un endroit où ce n'était pas fait pour ça. Et donc on en est conscient, ça. Mais c’est toujours pareil, c’est derrière, ça se discute dans les milieux militants et il y a des courants libertaires par exemple, qui disent « Non, non, il ne faut vraiment pas y aller, il ne faut pas jouer ce jeu-là, il faut se concentrer sur les luttes, sur tout ce qu’on a à faire aujourd’hui et ne pas s'éparpiller ». Ça se discute. Et nous, on considère quand même, comme tu dis, malgré toutes les difficultés, malgré même le risque que ce soit pas si efficace que ça d'être là s’il n’y a pas de débat, un écho qui sera beaucoup plus limité, c’est vrai. Mais malgré tout ça, malgré toutes ces difficultés, malgré les emmerdes dans lesquelles on se met, parce que si jamais on n’a pas les parrainages, on va avoir un début de dette. Il va falloir gérer le papier qu’on a, qui ne nous servira à rien. Il va falloir gérer les tas de soucis par la suite, ok. Mais on se dit quand même qu’en réalité, si on prend le raisonnement à l’envers, pourquoi on n’irait pas là ? Pourquoi on n’irait pas les faire chier ? Pourquoi on n’irait pas faire entendre une voix de colère, de révolte ? Pourquoi on ne se mettrait pas dans ces chaînes de télé, de milliardaires ? C’est vrai qu’on a envie de les faire chier. On a envie d'être là, on a envie de bousculer. On n’est pas prétentieux au point de penser que parce qu’on est là, ça va tout changer. Évidemment que non. Mais c’est ce qu’on dit dans les meetings. C’est une parole comme la nôtre et pas que la nôtre. Il y a celle de Nathalie Arthaud. On n’est pas non plus en train de dire « il n’y a que nous » ou même si FI arrive, c’est par là, ça compte, ça compte parce qu’il y en a marre d'être étouffés, envahis par des paroles d’ultralibéraux, de conservateurs, de petits fachos, de racistes. Et on veut faire entendre tout ça. Et même une petite voix, ça peut donner un peu de confiance. Aujourd’hui, il y a une jeunesse qui aspire à autre chose, qui a envie de respirer cette envie d’oxygène. Et nous, on a un petit peu cet oxygène-là. On n’est pas dans une société de merde. Il y a autre chose qui existe et nous, on veut le faire exister, en tout cas être un de celles et ceux qui peuvent faire exister ça. Et donc voilà, au bout du compte, on se dit : il faut qu’on y soit. Voilà, ça ne peut être qu’utile.
David Dufresne
Là-dessus, Olivier Azam des Mutins de Pangée, que je salue, te dit : « Mais alors pourquoi ne pas aller sur CNews ? » Mais tu n’es pas obligé de répondre. Une dernière question. Bien, bien. Double café.
Philippe Poutou
Bien. Je peux répondre vite fait à ça. Oui, bien sûr. C’est vrai que pour aller chez Hanouna ou pas par exemple, on dit un non à la saison, c’est un nom d'émission, on n’y va pas. Alors est-ce qu’on a raison ? Ce sont des émissions populaires, c’est des émissions où forcément ça donnerait un peu d'écho. Mais nous, on se dit qu’on n’est pas prêts non plus à tout faire parce qu’il y a des endroits où c’est que de la polémique, où c’est que de la provoc et c’est fait pour qu’on dérape, c’est fait pour qu’on dise des choses. On n’a pas envie de ça, on n’a pas envie de ce côté spectacle. CNews, à ces moments-là, symboliquement, on n’a vraiment pas envie d’y aller. C’est un endroit pour nous où ça véhicule toutes les idées de merde, de haine, de racisme, même quasiment sans complexe. On ne veut vraiment pas être sur ce terrain-là et donc on ne sait pas. Ça ne veut pas dire qu’on a raison de faire comme ça, mais aujourd’hui on le sent comme ça, on dit : ben ouais, on va choisir les endroits où on va, il n’y a pas de raison d’aller faire le malin n’importe où.
David Dufresne
Comment le NPA voit son rôle, pas dans la campagne électorale, mais au-delà ?
David Dufresne
On met à part l’hypothèse que tu sois président de la République…
Philippe Poutou
Ce n’est pas le plus probable.
David Dufresne
Si tu ne l’es pas ?
Philippe Poutou
En fait, ce qu’on essaie de discuter dans cette campagne, c’est comment on peut reconstruire un outil politique qui soit celui des opprimés, des exploités avec d’autres. Et l’on sait qu’il y a des recompositions nécessaires. On sait qu’il faut construire des outils plus larges et on espère que la suite de la présidentielle va être un début de concrétisation, en tout cas de prise de conscience de l’urgence qu’il y a de se retrouver, de se battre. On a déjà, à notre avis, une bataille unitaire antifasciste à amorcer quand même le plus rapidement possible. Et puis à côté de ça, c’est des mouvements sociaux. Parce que derrière l'élection, le plus probable, c’est que c’est Macron qui reste. Si ce n’est pas Macron, le plus probable c’est que c’est Pécresse ou Le Pen qui l’emporte. Dans tous les cas de figure, c’est hyper flippant et c’est hyper dangereux pour nous. Donc on sait qu’on n’aura pas le choix qu'à un moment donné de se poser les problèmes ensemble, très largement, de la reconstruction à la fois du mouvement social, mais de la reconstruction d’outils militants, d’outils politiques. Et donc ça suppose une recomposition quelque part du côté de la gauche radicale. Il faudra voir comment on peut faire, comment on peut rassembler les forces militantes, mais de la même manière qu’il va y avoir une recomposition à droite et à l’extrême droite. Donc, du coup, il y a une forme de course de vitesse. On a intérêt, nous, à être à la hauteur de la période.
David Dufresne
Alors, deux questions, une sympa et une plus embarrassante. On fait laquelle d’abord ? Et après ? C’est fini, je te promets.
Philippe Poutou
Ouais, ouais, ouais, ouais.
David Dufresne
Je vois, je sens la pression sur toi, les camarades qui sont en train de te dire « houlala, alors là, ça va passer ». Il y a beaucoup de questions de gens qui voudraient vous aider.
Philippe Poutou
On a un site internet, on a une page Facebook. En fait, le plus simple, c’est ça, c’est de laisser des messages à des camarades qui sont normalement vigilants et qui répondent. Voilà, on a des adresses mail, là j’ai pas tout en tête, je sais pas, mais bon, il faut y aller. Voilà. Il y a un site qui s’appelle Anticapitaliste.
David Dufresne
On les donne dans le chat : Poutou2022.org.
Philippe Poutou
Ouais, tout à fait.
David Dufresne
Un twitter.com/scoreofficiel. Voilà, tout ça c’est dans le chat. Et donc la dernière question, je ne voulais pas poser de question politicienne, mais là on est quand même un petit peu obligés. De qui on va parler ?
Philippe Poutou
Bah le basique.
David Dufresne
Tony te demande : un beau jour, un rapprochement avec la France Insoumise est-il envisageable ?
Philippe Poutou
Là, c’est pas un sujet marrant pourtant. Alors le rapprochement, comme pour les élections, là ou pour après les élections ?
David Dufresne
Les deux.
Philippe Poutou
Parce que la générale, ça peut rater quoi ? Mais nous, on dédramatise. Et je pense que si du côté de l'équipe de Mélenchon, il dédramatise la division, bon après on voit Mélenchon, il est quand même plus préoccupé par recoller les morceaux avec Bruxelles qu’avec nous dans les interviews. Donc on est moins sous pression et je pense qu’il y a une conscience de part et d’autre qu’on a des choses différentes à dire, même s’il y a des points communs évidemment, puisque les camarades de la France Insoumise, mais aussi les camarades du PC, d’une certaine manière, on se côtoie quand même dans les syndicats ou dans les manifs ou dans les quartiers, là où on vit. Donc on sait qu’il y a des points communs, ça y a aucun doute. Maintenant, on a des choses différentes à dire et c’est vrai qu’une campagne présidentielle, on en aurait à d’autres moments pour le faire en dehors, dans les frais. Mais on le fait là et c’est l’occasion de discuter, de débattre des perspectives politiques. Et on sait que la probabilité est quand même que ce soit une victoire de merde à l’issue des élections et qu’on aura besoin de se battre, se défendre de toutes façons dans la rue, dans les entreprises ou dans les quartiers. Et c’est ça qu’il faudrait qu’on arrive à discuter. Donc de fait, après les élections et de suite, il faut qu’on discute de comment on fait pour se battre et changer le rapport de force dans la société. Donc il y aura un rapprochement d’une manière ou d’une autre avec les forces militantes. On discute plus facilement de rapprochement et de lien avec les militantes qu’avec les états-majors. C’est un peu plus compliqué, les états-majors, mais en tout cas la vie commune avec des militants, des équipes militantes, c’est une urgence. Il faut qu’on arrive à trouver des moyens de créer des cadres où on se rencontre, on discute et on agit ensemble.
David Dufresne
Mon cher Philippe, merci beaucoup. Il est 10 h 13, on avait dit qu’on s’arrêtait à 10 h parce que tu dois partir. Allez : Born to be live, tu dois te faire aborder sur les routes de France. Il y a quand même une dernière question qui est essentielle de P14X : « y a le Picasso derrière toi, c’est un vrai, ça va, la bourgeoisie ? »
Philippe Poutou
Je crois que c’est une reproduction, mais le vrai est vachement plus grand. Oui, là c’est vraiment, ce n’est pas qu’il est loin, là, il est vraiment à côté de moi, il est tout petit.
David Dufresne
Super, merci, merci beaucoup Philippe.
Philippe Poutou
Merci David et merci à tous les autres et au revoir.
David Dufresne
Tu dis au revoir et tu te lèves.
Philippe Poutou
Et il y avait la Marseillaise, on l’a pas là. Alors on s’en va avec l’Internationale.
David Dufresne
Ça va et c’est mieux. Vas-y, chante l’Internationale.

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