Porno français : la machine à broyer les femmes
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Amis, amis du café, amis de la police, amis des punks qui attaquent la police. Amis des femmes courageuses, et bien bonjour. Nous allons, alors je le dis tout de suite, c’est une émission qui n’est pas faite pour les enfants, éventuellement les pré-ados, puisque ils sont les premiers à consommer, enfin ils consomment très tôt du porno. Sous nos regards, récits de la violence pornographique, ça sort à la maison le Seuil et nous avons déjà deux des trois invités. Bonjour Alice Géraud, favorablement connue de nos services. Alors là, on dit bonjour.
Bon, je croyais que ce n'était pas terminé. Donc bonjour David Dufresne.
Hélène Devynck, qui est à ta gauche. C’est la première fois qu’on se voit en vrai.
Bonjour David.
On peut dire raisonnablement que tout le monde ou presque regarde du porno.
Quand tu dis tout le monde tu parles des hommes ou aussi des femmes ?
Les femmes en regardent aussi, mais pour ce qui est d’une consommation, on va dire massive, effectivement, les hommes sont davantage concernés. Mais les femmes en regardent aussi. Et les enfants ? C’est ça le problème.
À 12 ans, un garçon sur deux a déjà regardé du porno et 90 % de ce porno est violent. La catégorie de pornographie dont il est question dans ses procès, Jacquie et Michel et French Bukkake c’est ce qu’on appelle le porno amateur. Or dans la pornographies, les mots sont toujours déformés, sont toujours tordus. C’est à dire que la pornographe dite amateur, Ce serait une pornographie qu’on pourrait faire, nous tous, moi, vous, avec qui on veut, et qui serait gratuite, et un usage strictement personnel, et personne n’a rien à redire à ça. La pornographies amateur, comme on dit, am, pro-am, professionnel amateur dont il est question là, c’est complètement autre chose. C’est-à-dire que personne n’est amateur dans l’histoire et les hommes sont payées en viol, où les producteurs sont payés en argent et les filles sont payée mais très peu, et ça a l’air amateur, alors qu’en fait c’est une industrie, au moins si ce n’est pas une industrie, dans le cas de French Bukkake un artisanat assez solide où il y a de l’argent qui circule, donc ce n’est pas du tout, ce sont pas les bons mots quoi.
Noélie est installée, elle est quelque part dans le studio, elle a de la chance, elle est en fait en régie, donc à côté de Nayan, merci beaucoup d'être avec nous, on parlait à l’instant avec Alice et Hélène du fait que vous ne vous reconnaissiez absolument pas comme une actrice, et j’aimerais qu’on commence par là pour que vous expliquiez pourquoi vous tenez tant, et je pense que vous avez raison, au fait qu’on ne doit pas vous considérer comme une actrice.
Et bien tout simplement parce qu’une actrice elle joue un rôle, elle fait semblant et ce n’est absolument pas mon cas, ni le cas de toutes les victimes. En tout cas, je peux aller plus loin dans l’industrie pornographique, je crois qu’il n’y a pas question de scénario, il n’a pas question de simuler quoi que ce soit, c’est des acteurs réels qu’ils se passent. Et en ce sens, je ne suis pas une actrice et aucune des victimes plaignantes de ce procès n’en est une non plus.
42 femmes se sont constituées en effet partie civile et 16 hommes, producteurs et acteurs, parce que eux se font appeler acteurs sont mis en examen pour des faits de viols aggravés, complicité de viols, proxénétisme aggravé, traite des êtres humains à des fins de viol. Diffusion d’images de viol parmi eux, Pascal Ollitrault à la tête de la plateforme French Bukkake, Julien Dossy alias Axel, on va en parler, chargé du rabattage des victimes. Mathieu Laudenay et Célian Varini, à la fois acteur de ces films et réalisateur. Je ne sais pas d’Hélène ou de Noélie laquelle de vous deux veut raconter ce qui vous est arrivé brièvement. Je n’ai pas du tout envie de vous faire revivre un traumatisme, mais si vous pensez que c’est mieux que ce soit Hélène qui raconte ou vous ?
Oui, Hélène, tu peux.
Noélie lui est arrivé ce qui est arrivé à presque toutes les plaignantes dans French Bukkake C’est à dire qu’elle a été arnaquée, c’est une histoire très sophistiquée, c'était à dire que il y avait une femme qui les contactait sur Facebook, qui s’est appelée Axelle Vercoutre, qui en fait est un faux profil, une fausse femme, ce n’est pas une femme, c’est un violeur, et c’est un rabatteur, un recruteur pour Pascal Ollitrault et au terme de différentes manipulations et notamment de ce qu’on a appelé un viol d’abattage, un premier viol qui derrière casse les défenses et bien Noélie comme les autres s’est retrouvée à tourner des choses qui étaient censées être pour une poignée de libertins canadiens et qui se retrouvait très vite sur tous les sites, c’est-à-dire des choses qui envahissent la vie, que tout le monde voit, qui deviennent très très compliquées. Je ne sais pas si tu veux en dire un peu plus.
Oui je peux d’abord pour expliquer le contexte, en fait ça a été mon cas et c’est le cas de toutes les plaignantes, c'était un point commun que l’enquête a mis en exergue. Le contexte c’était si j'étais dans une situation vulnérable, donc j'étais au chômage, ce qui peut arriver à des millions de français ici aujourd’hui. J'étais en rupture familiale, j’ai eu une histoire compliquée et à ce moment-là un faux profil comme l’a dit Hélène sur Facebook nous contacte en fait et l’enquête a révélé qu’il s’agit de trois personnes en même temps donc c’est Julien Dossy qui se cache derrière ce profil-là et donc il est à la fois le meilleur ami donc Axel, celle qui nous considère comme notre sœur, notre meilleur ami, on lui doit d’utiliser en fait nos peurs, nos craintes, de savoir exactement quoi nous dire pour nous faire amener à ce qu’ils veulent parce qu’il ne s’agit que de nous amener un point que eux désirent. Il n’est jamais question de nos désirs ou nos besoins. C’est un point essentiel, il y a une forme d’emprise. Les scientifiques peuvent mieux l’expliquer, il y a même des études qui sont déjà sorties dessus mais on nous manipule de manière à à ce que un non catégorique devienne un peut-être et puis ensuite un oui. Mais sous des conditions que nous ne connaissons absolument pas, puisqu’il n’est jamais question de vérité. C’est toujours que des mensonges, que des très jolis mots, une banalisation des mots. Ce faux-profil donc Axel, parle toujours d' escorting, parle toujours d’avoir des relations sexuelles avec des vieux hommes. Et c’est beau et c' est rapide et c est facile à faire. Et ça rapporte énormément d’argent. C’est les termes aussi qui sont importants, qui sont employés et qui nous affaiblissent en fait. Nous rendons nos défenses un peu plus faibles et cette personne est toujours présente. Axel, ce faux profil est toujours présent dans nos vies tout le temps au quotidien. Ce qui est également agent, agent d’escorte. Il est également le client dont parlait Hélène tout à l’heure qui amène au premier viol, au premier viol de cassage ou d’abattage. Donc les contextes, voilà, ces contextes vulnérables.
Pour qu’on comprenne bien ce que ça veut dire, viol d’abattage, c’est en fait ce premier viol qui permet ensuite à des hommes de vous violer encore. C’est le rempart qui s’effondre, c'était fait dans cette optique-là.
C’est exactement fait dans cette optique-là, alors à savoir, je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec des inconnus dans ma vie passée avant cette histoire-là. Et le fait de nous amener dans des situations où le contexte, nous ne le connaissons pas, la personne, nous ne l’avons jamais vue, les conditions, tous les actes qui vont être faits, nous n’en connaissions aucunement l’ensemble, en fait, le contexte, fait que… Je pense que les scientifiques le diront mieux, mais les médecins aussi. Mais il y a une forme de bon, c’est arrivé, on m’a violée. Maintenant, en fait, il peut tout m’arriver. Ce n’est pas grave. Il y a quelque chose qui se fait physiquement, ça s’appelle la dissociation. J’en ai fait les frais, malheureusement. 10 ans, presque 10 ans maintenant après, on est à 8 ans exactement. Mon corps se dissocie de mon esprit. Mes émotions également, j’agis comme un robot. Et c’est cet état de robot qui nous fait faire absolument n’importe quoi après. On devient des objets pour eux, la surprise est presque normale. Il faut savoir que dans les tournages qui ont été faits, à aucun moment nous savions ce qui allait être fait, les actes qui allaient être faits sur nous. Tout est surprise comme lorsque Pascal Ollitrault se retrouve caméraman et d’un seul coup pendant la scène, il devient acteur aussi. Il y a quelque chose de… C’est la surprise constamment, c’est les mensonges constants et cet état-là, en fait, il nous habitue à nous faire perdre nos repères, tout simplement.
Qu’est-ce que vous voulez transmettre au-delà de votre récit, de ce qui vous est arrivé ?
Il y a beaucoup de choses à dire. Vous parlez tout à l’air des millions de consommateurs de pornographie. Honnêtement, ces gens-là qui regardent la pornographies, il y a une espèce de paradoxe constant que je me rends compte. C’est qu'à la fois, ils trouvent ces femmes sales de faire de la pornographie parce que… Quand on voit le nombre de déménagements que certains ont dû subir, et donc moi également le nombre du travail qu’on a dû changer quand on est reconnues, et en même temps ces hommes-là se masturbent dessus. Donc il y a quelque chose que alors pas que je comprends pas, parce que je commence un petit peu à comprendre maintenant, je suis forcée de d'étudier un petit peut la chose, puisque je la subis au quotidien. Mais ces gens-là qui Je me demande en fait si c’est nécessaire aujourd’hui de continuer à avoir de la pornographie dans notre monde. En fait, à quoi sert la pornographie aujourd’hui si ce n’est véhiculer des messages tels que les femmes « On adore être souillées, on adore être dominées, on adore et être soumises », c' est ce qui est véhiculé. Quand j’ai été reconnue, j' ai été harcelée, menacée, suivie jusqu'à chez moi. Et l’homme, en question, s’est retrouvé devant ma porte en me demandant bon, maintenant, est-ce qu’on peut avoir une relation sexuelle ? L’air de dire, en fait, c’est normal que je dise absolument oui à un inconnu, à ma porte, et que c' est normal, en fait, que je veuille avoir une relation sexuelle à n’importe quel moment de ma vie. Je me posais la question vraiment de savoir si aujourd’hui, c’est ce qu' on veut pour notre société. Que les messages de la pornographie, au-delà des messages, j’ai vécu la torture dedans. Donc je suis là et il y a 47 plaignantes aujourd’hui pour le dire. Il y a un procès également et ce procès-là également ne veut pas reconnaître la torture qu’on a vécue. Donc c’est une vraie question que je me pose.
Je ne sais plus si c’est votre avocate ou l’avocate de quelqu’un d’autre, je suis vraiment désolé, qui a compté le nombre de…
C’est mon avocate.
C’est si bien vous.
242.
C’est ça !
242 viols, oui.
Exactement 242 pénétrations en trois jours de tournage. Personne va dire que ce n’est pas de la torture. Mais ce que Noélie disait à l’instant, c’est très intéressant. Ça s’appuie sur un archétype vraiment archaïque du patriarcat qui est ce qu’on appelle le double standard. C’est-à-dire que les femmes sont ou des vierges ou des putains ou des femmes respectables ou des femmes publiques dont on peut faire ce qu on veut. Et ça, c’est une vieille arme extrêmement efficace.
Je voulais pas le croire, mais les hommes ont une haine profonde contre les femmes pour en arriver là, pour nous insulter, en plus avec grande lâcheté, c’est sûr que sur des réseaux sociaux, enfin en grande majorité sur des des réseau sociaux, ils nous envoient nos propres vidéos sur les réseaux sociaux, enfin c' est quand même assez incroyable, mais à côté de ça, ça continue d’en consommer. Et ça vraiment, c’est le paradoxe même, c est le message fort de la pornographie. C’est un homme ne peut bander que s’il voit une femme souffrir. Une femme ne veut plus avoir de relations sexuelles parce qu’un homme est ultra-violent et il est déshumanisant vis-à-vis de la femme, en tout cas des femmes de manière générale. Et un autre sujet aussi, c' est, on remarque dans les statistiques que de plus en plus de mineurs violent d’autres mineurs. Enfin, on en est là. Merci la liberté sexuelle. J’ai pas envie d’avoir cette sexualité, moi, dans ma vie. Enfin, j’aimerais être juste respectée, en fait, tout simplement, avec la liberté sexuelle. Sa définition scientifique et médicale, c’est avoir le désir et se sentir respecté dans ma relation sexuelle. Il n’a jamais été question de soumission, de domination, de fouet, de violents, d’insultes et on n’en a pas parlé dans ce sujet, c’est le racisme. J’ai été racisée tout le temps on parle de Beurette à Beuret. Enfin, je veux dire, moi dans ma vie de tous les jours, je ne supporte pas ou j’interdis toute personne de m’appeler Beurette. Et aujourd’hui, dans les films pornographiques, les titres sont indécents. Ils sont à vomir, et je ne parle que de ma situation, je ne parlais même pas des autres types de racisme. Vraiment, si vous regardez, déjà il faut se poser des questions là-dessus.
Mais sur la question de la consommation de ces images et de la contamination de notre imaginaire sexuel, c’est une question qui est discutée mais qui est bien sûr importante. C’est-à-dire qu’on est tous absorbés par ces images de domination, de soumission, etc., hommes et femmes. Et bien sûr que ça a une conséquence sur la sexualité de tout un chacun. C’est pour ça que c’est aussi puissant et que c’est aussi grave.
Oui, et les femmes, nous, en fait, on a été habituées à penser que c'était normal d'être soumises, dominées, un peu violentées. C’est exactement ce qu’Hélène dit. Les hommes et les femmes, en fait, ont été colonisés par cette industrie pornographique, qui, je le répète, engrange des milliards. Donc c’est un business avant d’être une sexualité, comme elle veut bien le montrer.
Hélène, tu écris, page 105, et ça concerne Noélie. Moyennant un abonnement de quelques euros, des hommes sont invités le jour dit dans un hangar du 13e arrondissement de Paris. Ils viennent par dizaines, cagoulés, le pénis à l’air, ils éjaculent tous sur le visage d’une femme dont ils violent la bouche, et tout ce qu’ils peuvent, à tour de rôle. Tout à l’heure, quelqu’un demandait c’est quoi Bukkake ? Voilà, c’est ça. C’est des mecs nus. Autour d’une femme, en général à genoux, évidemment pour renforcer l’humiliation.
Dans les fichiers de Pascal Ollitrault, je crois qu’il y avait 500 hommes qui ont participé à des Bukkake donc qui sont pénalement poursuivables puisque c’est pas très différent d’un viol collectif. Simplement c'était trop. C’est à dire que la justice cale parce qu’elle n’a pas les moyens d’aller chercher ces 500 hommes les uns après les autres.
Alors le chapitre que tu consacres à Noélie est aussi consacré à une autre jeune femme et le titre s’appelle « La carcasse de poulets » et là accrochez-vous les amis, Hélène, est-ce que tu peux nous dire pourquoi tu as pris ce titre ? Qu’est-ce qui s’est passé pour l’autre jeune femme ?
La carcasse de poulet, c’est Pauline qui raconte, qui est également plaignante dans l’affaire French Bukkake qui racontent qu’elle a été amenée par Pascal Ollitrault et d’autres hommes dans un pavillon d’une petite ville, elle sait pas où elle est et elle va être enfermée là pendant deux jours et le soir on lui donne à manger la carcasse du poulet qui était réservée au chien, dont elle dit qu’elle a trouvé chez ces chiens, plus d’humanité que chez les hommes qui étaient là. Et je décris rapidement ce qui lui est arrivé. Elle dit que le corps humain n’est pas fait pour ça. …
Alors, je vais expliciter une question qui doit tarauder un certain nombre de personnes, c’est la question que, enfin c'était plus exactement ce qu’une avocate vous a dit, Noélie, c’est pas j’en dis, c´est renversant, Hélène dit de vous que vous vous souvenez des mots d’une avocate dédaigneuse et condescendante, vous vous souvenez ce qu´elle vous a dit, cette avocate, qui n’est pas votre avocate actuelle, que nous saluons, Lorraine ?
Oui, alors mon avocate c’est Lorraine Questiaux effectivement, qui n’a absolument rien à voir avec cette personne-là. Oui. Je pense que vous parlez du moment où je suis allée voir l’ordre des avocats. Donc vraiment, avant que cette enquête ne soit ouverte, que je cherchais des réponses et que je suis allée voir 7 heures des avocats qui est ouvert, je crois, tous les mercredis à 8 heures du matin. Il fallait arriver parmi les 10 premiers. Et j’avais un contrat qui avait été signé, qui aujourd’hui, nous savons, est complètement caduque parce qu’aucun contrat ne peut permettre de donner son intégrité, son image à 99 ans et au-delà, c'était exactement ce qu’il a écrit sur le contrat, et en fait je suis allée voir cette dame, je me suis présentée à elle, je lui ai montré les contrats et en fait elle l’a à peine lue très sincèrement, elle m’a dit comme ça de but en blanc, elle me dit madame avant de signer quoi que ce soit, vous pourriez lire quand même. Alors, ça m’a choquée, je ne suis pas avocate, je n’y suis pas dans le droit. Je m’attendais à plus d’empathie, plus d’humanité, de sa part aussi. Je m’attendais juste à du service, en fait, tout simplement, parce qu’elle était là pour ça, répondre à mes questions. Elle n’a pas lu le contrat, très honnêtement. Elle l’a feuilleté, balayé des yeux. Et ce contrat, juste pour expliquer, parce que… C’est encore une fois un contrat qu’a dû qu’il ne vaut absolument rien, mais surtout qu' il est signé après les scènes, après tous les tournages qui sont demandés. Ils sont signés à la va-vite entre deux trajets de voiture ou quand on pose des questions, Pascal ne nous répond pas. On dit non, non, mais t’inquiète pas, c'était rien, c’est rien. Et évidemment, tous les termes qui sont utilisés, bon, on les connaît pas trop. Et voilà, c est fait encore une fois de manière à ce qu’on ne prête pas attention à ce contrat, qu' on l’oublie très rapidement. Et voilà, cette avocate a été odieuse. Et aujourd’hui, je pense qu’elle est aussi… Je trouve ça légalement très, très moyen pour pas utiliser un autre terme pour une avocate qui a passé son barreau.
Oui, c’est totalement naze.
Oui, on est bien d’accord, bien sûr. Je n’ai pas les mots. Je crois que Noélie, ce que tu ne dis pas, c’est que tu as passé des années à essayer de trouver justice. Elle a écrit au procureur, qui n’a jamais répondu. Elle a fait tous les points de droit accessibles, etc., pour chercher de l’aide.
Il y a énormément de victimes qui ont besoin d’avancer, j’ai besoin d’être reconnue en tant que victime. J’ai la double peine, j’sais des vidéos qui continuent de circuler, vous me demandiez ce que j’attends, je veux que ces vidéos soient supprimées en fait. Les vidéos de mes viols, je veut qu’elles disparaissent, qu’elle n’existent plus. Ce n’est pas normal, je n’ai même pas le droit au droit. Je veux qu’une vidéo de moi soit supprimée sur internet, je ne peux pas, j’veux même pas ce droit-là. Et en plus des vidéos de torture et de viols. C’est quand même hallucinant. On en est là, l’État ne veut même pas faire cette action-là. Et du procès, j’en attends, oui, que les actes de torture et de haine soient reconnus, déjà dans un premier temps, que tous les accusés soient dans la procédure et que j’ai pas un procès à rabais, comme d’autres victimes l’ont dit aussi.
Le procès, il n’y a aucun doute qu’il va être à la fois porteur d’espoir et ultra-violent. La défense, enfin vous en avez un exemple là David, avec la petite intervention de l’avocat de Jaquie et Michel. Mais les avocats de la défense vont jouer sur ce qu’Alice a défini tout à l’heure comme la mauvaise victime, c’est-à-dire que ça va être dévastateur et elles le savent, elles le savent toutes, donc elles s’y préparent. Mais en même temps, un procès, c’est aussi l’espoir d’une reconnaissance sociale, du mal qui leur a été fait et de remettre juste les choses dans le bon sens. C’est-à-dire, voilà, où sont les méchants, où sont les gentils ? C’est aussi basique que ça. Et là, il y a vraiment quelque chose à retourner.
Pardon, et si je le fais pas, qui le fera pour moi, honnêtement ? Ça fait des années que je suis pas la seule dans cette situation. Ça fait deux années que des femmes essayent. La dernière fois, c’est dans les années 70 et elles n’ont pas été entendues et elles ont perdu le procès. Ce procès là, c’est la même chose qui s’est passé dans les années 70. Et si aujourd’hui, je ne vais pas au bout, qui le fera ? Vous me demandiez ce que j’aimerais dire à la fin, ce que j’aimais de plus par rapport à ce procès, effectivement, c'était que… Je l’ai déjà dit, mais les consommateurs sont responsables. Étant donné la multitude de consommateurs de pornographie aujourd’hui, vous êtes tous responsables et en fait, vous me disiez, je demandais si je ne vais pas le faire moi, qui va le faire à ma place. Il y a aussi une question de la société en fait. Comment vous nous accueillerez si demain je décide de témoigner à visage découvert ? Est-ce que vous allez nous soutenir ou est-ce que vous aller encore plus m’abattre ? Parce que c’est ce qui se passe aujourd’hui. Donc vous êtes responsable aussi de ce qui ce passe. Vous êtes responsables du fait que je me cache aujourd’hui et toutes les victimes se cachent. Vous êtes responsable du fait que l’industrie pornographique se croit toute puissante. Vous consommez ces vidéos. Donc j’attends aussi effectivement que la société change, en tout cas ouvre les yeux, parce qu’il y a une vraie problématique, il y a un énorme débat à soulever sur ce qu’on regarde. Et aujourd’hui, le procès qui va arriver, de quelle manière vous allez nous soutenir ? Je ne le ferai pas encore pour perdre encore le peu que j’ai reconstruit. Ce procès aussi a mis en lumière ça. En tout cas, j’espère que la société va le comprendre. Ça peut arriver à tout le monde, à vos mères, à votre sœur, à tout le monde à vos filles. Effectivement, je n’ai pas du tout le même profil que Loubna, mais ça ne fait pas de moi une bonne victime. Et Loubna, également, c’est une victime de cette affaire. Et si on lit les autres histoires, elles ne se ressemblent aucunement. En revanche, j’ai eu aussi une vulnérabilité. J’ai eue un abandon de mon père, j’ai eu des violences aussi. Donc, aucune femme, aucun être humain, peu importe sa vulnérabilité, peu importé son histoire. C’est très intéressant ce que vous dites là. Dans votre imaginaire, vous avez pensé que c'était tous des Loubna. Mais parce qu’on ne met le doigt que sur la victime. Mais t’es sûre qu’elle n'était pas habillée un peu bien ? T’es sûr qu’il n’a pas un peu chauffé ? T’est sûr qu’elle n’a pas fait quelque chose pour mériter ça ? Et je le dis dans mon livre, c’est une de mes premières phrases. Et c' est Hélène qui l’a très bien écrite et retranscrite. Arrêtons de pointer sur la victime. Bien sûr. Pardon, je ne dis pas ça pour vous, mais… C’est un peu l’idée, je suis d’accord avec vous, il y a cet imaginaire-là, mais il faut sortir de cet imaginaire-là et justement ça représente un peu ce que la société dit très facilement, on est encore sur le viol dans une rue noire, menacé au couteau et on ne peut plus rien faire.
Il y a quelque chose d’intéressant, David, dans votre stupéfaction, c’est-à-dire que vous dites c’est dingue, elles sont pas toutes des Loubna. C’est à dire que, en fait, on imagine qu’il faudrait un destin social particulièrement cruel, une naissance, etc., pour être victime, parce que ça nous rassure, parce qu’on se dit, ben oui, mais alors moi non, alors les gens que je connais, non, alors que, mais en fait c'était vraiment un réflexe de classe. Et qui est faux, qui nous masque une partie de la réalité.
Ce terme « French Bukkake », personne ne comprend exactement ce que ça veut dire, mais en fait c’est ce qu’on appelle dans la rubrique fait divers « une tournante », en fait. Sauf qu’il y a une fois de plus un vocabulaire qui sert à acheter bonne conscience à tout le monde, on ne comprend pas en ce que c'était un mot japonais, mais c' est une tournante en fait !
Et tournante, si on va plus loin, c’est un viol collectif.
Un viol collectif, oui oui. Parce que tournante, c'était déjà une féminisation du terme viol collectif, en fait. Dans les années 90, mais tu n'étais point née.
Et non.
Mais c’est super important parce que l’industrie pornographique, elle crée elle-même son propre vocabulaire. Pour que ce soit joliment accepté à l’oreille, qu’on puisse mieux le comprendre, que ce soit beau à dire, à entendre, elle a créé de toutes pièces tous ces mots-là.
Ce livre est notre manifeste sorore de défense légitime contre cette industrie mondiale qui est au centre du système sociétal de prédation des femmes et des filles.
La réponse, c’est vous. Donnez au poste. Soutenez-nous sur auposte.fr
