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Pour l’amour du fisc. Avec Yannick Kergoat, réalisateur de « La (Très) grande évasion »

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Alors donc, je vais regarder où en est le copain Yannick. est ce que tu es prêt ? Voilà le visage de l’anti-France. Le visage de celui qui ne veut pas que les riches soient riches. Comment vas-tu ?
Yannick Kergoat
Ça va très bien. Je suis ravi d'être là, évidemment, en ta compagnie et en la compagnie. Deux de tous ceux qui se lèvent tôt, on va dire.
David Dufresne
Eh bien voilà, c’est ça. Donc, Yannick, tu es le réalisateur de la Très Grande Évasion qui est sur les écrans depuis hier, après des années de travail, on va parler de tout ça qui est un film tragi-comique. On pourrait dire c’est comme ça que je le vois, je le vois tragique par le fond est comique parfois, souvent par la forme, ce qui fait qu' on peut le regarder que si l’on a battu le film et donc sorti hier. Je rappelle que tu as beaucoup travaillé avec un dénommé Costa-Gavras, le père, pas le fils que tu as travaillé notamment, Kassovitz Klapisch avec Dominique Molle, que tu as même remporté un César du meilleur montage.
Yannick Kergoat
Oui, c’est vrai. Alors ce n’est pas ce que je regrette. Je retiendrai en priorité ma carrière, mais j’ai toujours une sorte de rejet assez profond des Césars, de la cérémonie. Bref, ça signifie etc. Donc je n'étais pas particulièrement heureux très très honnêtement à l'époque d’avoir cette distinction, je ne le souhaitais pas. Mais bon, on n’a pas le choix d’une certaine manière, on vous demande pas votre autorisation. Donc je ne veux pas donner le sentiment de cracher dans la soupe de quoi que ce soit, c’est juste ma position personnelle et donc je ne suis pas allé le chercher.
David Dufresne
Alors je comprends mieux parce que la vérité commande de dire que Yannick on s’est croisé au passage, Gustave le peut dans le 11ᵉ arrondissement chez un producteur nommé Fèvre Bertrand. Le bureau filmé, c’est Yannick le film qui est sorti hier et moi un autre, un autre film dans la salle d'à côté. Et je me dis il est marrant ce monteur qui a eu le César, on dirait un monteur qui n’a pas eu le César. Il est très sympa.
Yannick Kergoat
Je sais pas si c’est le fait de le refuser garantit la modestie parce que d’une certaine manière, je faisais un peu de l’orgueil aussi. Mais maintenant j’ai un rapport et j’essaie d’avoir un rapport politique comme toi par exemple, dans notre vie quotidienne quoi. Et puis ce n’est pas parce que cette cérémonie prestigieuse, c’est pas pour ce que ça peut apporter comme ça au niveau d’une carrière qu’on doit systématiquement accepter ce genre de manifestation. Je n’ai pas le sentiment que les films y sont fait pour rentrer en compétition. Libre à nous vis-à vis des autres. J’ai surtout pas le sentiment qu’un César technique, en tout cas à l'époque, peut être un peu changé maintenant. Récompenser vraiment un travail particulier. Mouss a toujours été un peu le prix. Le prix des entrées quoi. Voilà, donc je me dis qu’on a besoin de vérité dans sa vie et quand on a l’occasion d’en mettre un peu de vérité, autant autant s’en saisir, c’est tout. Donc voilà, j’ai aucune gloriole, ça ne m’intéresse pas, je ne vais pas le chercher. Alors si encore une fois tu disais au début il y a il y a des choses dont on ne s’acclimate pas dans la vie quoi.
David Dufresne
Ouais, c’est ça. Après il faut que je dise aussi que tu es un des gourous, un des fondateurs d’Acrimed. Je ne me trompe pas.
Yannick Kergoat
Fondateur non, c’est beaucoup dire. Mais effectivement un des co-animateur pendant une période assez longue effectivement et aujourd’hui simple adhérent de l’association. Mais oui, en fait c’est ça a été une partie importante de ma vie. Acrimed La critique des médias, ça ne peut compter.
David Dufresne
Qu’on retrouve, qu’on retrouve évidemment dans les nouveaux chiens de garde documentaires de chevet ici et qu’on retrouve là dedans puisque perce quand même ici ou là ton mauvais esprit. Parce que le garçon a l’air extrêmement sympathique, mais en fait, c’est le mauvais esprit du film. Ça, c’est que quelqu’un dit dans le champ c’est une maison mal famée, c’est la maison malfamée Il faut le dire, c’est quand même un peu le village d’Astérix, cette affaire-là. On va parler de ça donc, je disais dans le film, là, je vais mettre la bande annonce, après on va regarder des extraits pendant la conversation aussi, dans le film Perle, t’attends ta vision des médias critiques. Il y a notamment un David Pujadas qu’on retrouve assez souvent. Tu crois que ça reste important de critiquer les médias à travers tes films ? Tu penses que c’est un pouvoir qui qui qui mérite qu’on le regarde comme ça ou pas bien ?
Yannick Kergoat
Je pense que dans sa version dominante et notamment dominante en termes d’audience dominante, en termes économiques, effectivement, c’est très important de continuer à avoir un discours critique, voire extrêmement critique sur les médias, parce qu’il y a un enjeu démocratique évident, et sur la question de la fiscalité de l’impôt, des questions que traite le film. Ben oui, les médias ont un rôle, ils ont le rôle habituel de transmission, on va dire, du discours dominant sur la question de l’invisibilisation d’un certain nombre de questions qui sont liées au problème de la fraude et l'évasion fiscale. Donc c'était absolument indispensable à mon sens, effectivement, de rendre compte. Ce n’est pas le centre du film, c’est pas non ni même son objet, mais voilà, de rendre compte de ce qu’est le discours médiatique dominant sur ces questions là. Et à qui profite ce discours ?
David Dufresne
Évidemment, quand je mets la bande annonce, elle est là, elle dure ne minute 37. Elle est super ! Et après on attaque.
Vidéo
Chaque jour, des millions de francs français en Suisse. Il n’y a pas d’argent magique. Mais ouvrir un compte n’est qu’une formalité. Un nom et une adresse, même fictive. Il n’y a pas de paradis fiscal à l’intérieur de l’Union européenne. Les enjeux sont énormes, trop lourds pour le court terme. Et il y a des gens qui ont dix, 20, 35 ans sans société offshore. Ils s’adaptent toujours aux nouvelles législations. Toujours. Nous payons tous nos impôts exigés par la loi. Oui, oui, tout est taxé. Quand ils payent beaucoup, ils payent deux ou 3 %. Si. Tu fais une transaction chose ça va pas. Mais le mal c’est.Quand même. On se retrouve face à un système de tricherie. Est ce que j’ai l’air de me sentir mal ? Je n’ai jamais eu de compte à l'étranger. 600 milliards d’euros. Oui, pour de vrai. Les Panama Papers, pour vous, c’est bien fait. C’est une machine à gagner du temps qui rogne même du temps. Dans ce documentaire français, ils prennent du temps, ils nous prennent du temps. C’est ce qu’ils veulent. Et ça marche. Vous savez, je connais par cœur.
David Dufresne
Un de nos camarades québécois. Voilà qui quitte ce philosophe économiste comme tu le qualifierais.
Yannick Kergoat
Euh non, je ne sais pas comment on peut le qualifier, mais ce qui est certain, c’est qu' il a vachement bien compris le système. Voilà. Et il l’explique très bien aussi. Moi, j’ai été vraiment impressionné par ces réflexions, ses capacités d’analyse, sa manière de rendre compte de ses propres, de ses problèmes et puis de prendre de la hauteur. Quoi ? De ne pas toujours être dans la machinerie, mais se mettre à distance et de raconter ça à hauteur de citoyen et de penseur engagé comme il l’est. Il est extrêmement brillant. Ses livres sont. Extraordinaires. Enfin, pour moi, c’est vraiment extrêmement éclairant. Il n’a travaillé que sur la question des paradis fiscaux, mais sur œuvre, notamment la question de l’oligarchie, etc. Un certain nombre de notions comme ça qui qui sont quand même au cœur de notre société, de leurs problèmes. Donc franchement, je conseille la lecture de ces livres. Et puis c’est quelqu’un qui s’engage, qui a pris des coups énormes quand il a notamment écrit des livres sur Total ou sur la corruption qui règne au Canada, etc. Voilà, il y va et il prend des coups.
David Dufresne
Justement, on va on va parler de ce que c’est que l'évasion fiscale. Tu dis qu’elle l’a très bien compris, mais j’avais justement une question préalable pour toi c’est quoi le plus dur ? C’est de comprendre l'évasion fiscale ou de la faire comprendre ?
Yannick Kergoat
Ces deux étapes difficiles évidemment. Pour moi qui ne suis pas un spécialiste ni de l'évasion fiscale, je n’ai pas fait d'études d'économie, je suis pas fiscaliste, suis pas avocat, je suis pas conseiller d’une grande entreprise sur ces questions là. Ou gestionnaire de fortune, donc. Eh bien, au moment de commencer l'écriture de Steve, il a fallu comprendre ce que c'était. J’ai compris, notamment à travers la lecture de nombreux ouvrages, dont ceux d’Alain Delon, mais évidemment, ce n’est pas les seuls. Donc il y a, il y a effectivement un énorme travail énorme. Le mot peut être excessif, en tout cas, il y a un travail important et assez long d’enquête et de compréhension du phénomène pour ensuite en rendre compte. Et effectivement, c’est à nouveau une difficulté. Mais ça c’est une difficulté différente, c’est celle du travail, de l'écriture d’un film, d’un scénario, d’un récit, d’un montage, etc. Donc toutes les étapes successives qui conduisent à réaliser un film et à le finir. A. La principale difficulté a consisté effectivement à essayer de rendre linéaire un phénomène qui est très éclaté, avec énormément de points d’entrée, de questions annexes, etc. Et donc voilà, de créer un récit linéaire qui passe par toutes les étapes, on va dire important de la démonstration. C’est vrai que c'était pas si facile.
David Dufresne
Alors c’est quoi la très grande évasion fiscale ? En quelques mots, qu’est ce que tu pourrais dire ?
Yannick Kergoat
La très grande évasion. Alors d’abord, c’est un projet de film, C’est le projet de raconter cette histoire de l'évasion fiscale. Pourquoi en faire un film ? Parce que on n’a pas dit non.
David Dufresne
Je ne parle pas du film.Pour l’instant, je te parlais de l'état du monde.
Yannick Kergoat
Puisque là je vois le mec qui est robotisé, ça y est, il fait 200 débarquements par jour et l'économie n' écoute que les questions d'énergie.
David Dufresne
Bon alors j’ai un truc à dire.
Yannick Kergoat
Mais c’est un peu vrai. Je vois l’attrait, la très grande évasion, on peut la résumer, c’est une somme colossale qui échappe au budget de l'État, aux recettes de l'État, donc à nos hôpitaux, nos écoles, nos routes, nos infrastructures, notre police, notre justice, tout ce qui fait la vie collective, qui a besoin d’argent pour fonctionner. Et bien aujourd’hui, la très grande évasion, c’est entre 80 et 100 milliards d’euros qui échappent chaque année à la collectivité. 100 milliards pour donner à la collectivité française ou à la collectivité du monde. Là, je parle dans le cadre français, c’est 80 et 100 milliards d’euros, c’est son évaluation actuelle de la totalité, on va dire, de l'évitement de l’impôt. Donc on pourra détailler un tout petit peu ce que ça veut dire, mais c’est entre un tiers et un quart du budget de l'État, donc c’est colossal. C’est colossal au regard du discours qu’on entend maintenant, puis au moins une trentaine d’années, il n’y a pas d’argent dans les caisses, l’argent manque. Il faut réformer en vue de dépenser moins systématiquement, il y a plus. Il n’y a pas une réforme conséquente d’un domaine régalien de l'État. Je parle de l'école, de la santé, dont l’arrière pensée n’est pas budgétaire. Voilà, c’est ça qu’on vit sur le régime, le régime de ces politiques d’austérité depuis des dizaines d’années. Or. Si on récupérait ne serait-ce qu’une partie de cet argent de la fraude et de l'évasion fiscale, une grande partie des problèmes budgétaires serait réglée. Par exemple. Donc voilà, c’est ça la très grande évasion, c’est ça. C’est l’enjeu de comprendre les mécanismes et les acteurs, et c’est l’enjeu de pointer les responsabilités politiques. Tout ça évidemment, fonctionner ensemble.
David Dufresne
A l’origine, je suis très emmerdé parce que, à l’origine du film, si je me suis pas gouré, j’ai deux patrons. Donc là, c’est un film patronal pour moi et Bertrand Faivre et Denis Robert de Blast et toi évidemment, au centre du jeu qui va mener t’as la classe, Tu vas porter ce film sur tes épaules comme Atlas. Porter la planète. C’est ça ? Vous dites un jour Tiens, si on faisait un film sur le pognon, c’est ça ?
Yannick Kergoat
Ouais, c’est exactement ça. Ah non, mais voilà. Donc on parle du film cette là, on parle du fond, c’est pas mal par ici.
David Dufresne
Je sais, c’est très décousu, c’est fait exprès.
Yannick Kergoat
Ouais, mais ça me va très bien cette conversation matinale. Comme ça va très bien. Et t’as raison que si je commence à tourner, lisez notre question. Je m’arrête. Alors oui, à l’origine, eh bien il y a un ami commun à Bertrand. C’est ce producteur qui va finir par se faire remarquer par ses petits camarades à force de faire de genre de films. Pour l’instant, il est passé. Tout ça va devoir partir à l’aventure française. Donc il y a un producteur qui fait des films de fiction et un peu de documentaires depuis des années. Ben voilà qui est un peu comme nous, qui a un rapport un peu citoyen à ses vies quotidiennes, à l’avenir de ses enfants, à la marche du monde, etc. Et donc qu’il a envie d’utiliser ce qu’il sait faire, faire des films pour agiter un peu toutes ces questions. Et moi je connais depuis une vingtaine d’années puis venait de coproduire un film de Denis et Nina Robert sur Cavanna, un film pour le cinéma. Donc il a eu l’idée de nous réunir tous les trois et nous dire et si on faisait un film ensemble ? Voilà. Et ce film, ça parlerait de quoi ? Évidemment, Denis, lui, était très engagé depuis des années sur une analyse du système financier on va dire, et notamment de la banque à travers l’affaire Clearstream, la première, les chambres de compensation, etc. Donc on s’est très vite retrouvés sur l’idée de faire un film sur la finance. Et puis, comme il fallait réduire progressivement ça assez rapidement, on s’est mis d’accord sur le fait qu’il y avait un espace comme ça. Où il y avait beaucoup de choses à dire. C'était la question des paradis fiscaux. Voilà. Et donc qui dit paradis fiscaux, dit fraude fiscale, évasion fiscale on est parti sur ça, sur ce film là,
David Dufresne
On dit, on dit aussi optimisation fiscale.
Yannick Kergoat
Alors on dit optimisation fiscale quand c’est quand ça concerne effectivement les sociétés multinationales, nous on dit évasion fiscale légalisée. Voilà, je pense que vous pourrez utiliser le terme maintenant, quand on vous parlera d’optimisation fiscale, que tout ça est légal. Bah oui, c’est de l'évasion fiscale légalisée, c’est pas autre chose. Donc voilà, on a ou on est parti comme ça, On a écrit un premier, une première version de scénario. Denis est parti sur d’autres aventures assez rapidement parce que le média et ensuite Blast. Et donc moi j’ai continué. Et comme tu dis, j’ai porté ce film très longtemps et emmené jusqu’au bout, soutenu, soutenu quand même par Denis et et et vraiment en collaboration avec Bertrand.
David Dufresne
Alors il y a déjà des questions dans le jeu. Par exemple, il y a Pimkie qui après avoir vu la bande annonce Tu sais Yannick, j’ai trois extraits. Tu me dis quand quand on envisage les lances, tu sais, il y a Tim Cook, il y a le Luxembourg et il y a Balkany. Voilà les trois extraits. Donc c’est ici pour illustrer ce que tu dis. Sinon, c'était pour te dire ça, Il y a qui après avoir vu la bande annonce, dit on a l’impression que c’est un film de braqueur de banque type “Ocean’s Eleven”. Est ce que c’est volontaire ? Vous voyez les évadés fiscaux comme d’habiles braqueur de banque ?
Yannick Kergoat
Non. Habile ? Oui. Braqueur Oui. Après on ne ferait pas des personnages de fiction positifs ? Non, on fait un film de cinéma, donc il faut que ça soit un spectacle, il faut qu’il y ait du rythme, il faut que ça soit intéressant, il faut que les gens aient envie de rester jusqu’au bout. Et donc c’est un film un peu péchu. Effectivement, c’est un film où il y a beaucoup d’humour. On essaie de se marrer parce que le rire, c’est une arme et puis c’est une manière de rendre des coups aussi au passage. Voilà, on aime bien quand même rester inactif quand on quand on analyse. Il faut que cette analyse, elle porte quoi ? Tu veux dire ? C’est l’objet de ce film ?
David Dufresne
Oui, oui, cher monsieur. Mais est ce bien charitable que de se moquer du dénommé Sarkozy Nicolas, comme vous le faites à longueur de temps ?
Yannick Kergoat
Non, j’en conviens, ce n’est pas très charitable, surtout au regard de de ses occupations actuelles quand on il va beaucoup au palais de Justice.
David Dufresne
En ce moment, il est obligé d'écouter ses propres conversations. C’est pas génial. Je dis ça parce que effectivement, j’ai eu le bonheur de voir le film deux fois, une première fois en cours de finition on va dire, et puis une deuxième fois le film terminé quoi. Et c’est drôle parce que la deuxième, la première fois, j’ai rigolé et la deuxième fois, j’ai éclaté de rire à cause de Sarkozy. Et c’est dire que je trouve que Sarkozy, c’est comme le vin qu’on a quand même avec le temps, on mesure le côté dingo de ce mec. Il y a cette scène extraordinaire où par exemple, il arrive et il dit l'évasion fiscale, c’est fini, la liste arrive dans dix minutes, c’est fini. Et là on dit mais c’est extraordinaire ?
Yannick Kergoat
Donc ça, c’est la puissance du cinéma aussi. Toi, tu regardes ça dans une salle de cinéma avec d’autres gens et tu revois ça. Et tout d’un coup tu dis quand exactement, tu dis mais merde, on a vu ça en direct. C’est vrai qu’on a vécu ça comment ? Comment on a pu y croire quoi. Et c’est toute la puissance du choix, de la répétition. Quoi que ce soit d’ailleurs, au théâtre ou au cinéma, ça vous saute au visage, quoi, Vraiment ?
David Dufresne
Absolument. Alors cela dit, est ce que de temps en temps, après on abordera le fond ? Mais est ce que de temps en temps tu te dis pas ? Finalement, le rire permet aussi de faire passer des choses. Est ce que tu n’as pas peur que ça désamorce peut être la colère que légitimement, qui cherche à créer en nous la colère ou la colère ? Voilà. Et finalement, comme on rit, ça désamorce. Est ce que de temps en temps tu t’es posé cette question là ?
Yannick Kergoat
Non, pas vraiment. Enfin. Moi j’ai déjà fait une vingtaine d’avant première, donc tu vois avec des discussions débats avec des gens, mais vraiment je parle. Petit village des Pyrénées jusqu'à la grande ville, jusqu'à le centre ville de Bordeaux, enfin à l’est, à l’ouest, au nord, donc avec des publics vraiment différents, tu vois, avec des cultures, des modes de vie quand même un peu contrastés, même si évidemment, les gens qui viennent voir le film, ils ont quelque chose en commun aussi, c’est à dire l’envie de comprendre et peut être de lutter. Euh non, la rage, je crois moi à l’arrivée et aller la rage Jean-Pierre en entière et. Et ça pèse lourd dans l’humour. C’est aussi une manière de dire moi je n’avais pas du tout envie de faire un cours universitaire sur la question d'économie surplombant, on va vous apprendre, etc. L’humour qui arrive très tôt, dès le début dans le film, c’est c’est de dire on va faire ce chemin, ce bout de chemin ensemble avec les spectateurs, c’est de rentrer en connivence avec eux, c’est de leur dire voilà, il y a bien y’a un certain nombre de choses aussi que vous savez déjà, on va les revoir ensemble et puis on va se marrer, on va se marrer aussi. Voilà, C’est pas un cours, c’est pas, c’est pas quelque chose. On ne va pas passer un moment ennuyeux et désespérant, mais on va cheminer ensemble avec une forme de connivence. Moi, j’aime bien créer tout de suite quelque chose avec le spectateur quoi. C'était, je crois le la grammaire, un peu des nouveaux chiens de garde qu’on retrouve ici. C'était très clairement celle qu’on avait envie de répéter avec Bertrand, notamment dans nos premières discussions, disons. Allons voir un film comme ça, quoi.
David Dufresne
Pour ça c’est très réussi, il y a aucun doute là dessus. Est ce que tu veux qu’on regarde un extrait ? Est ce que tu veux que je continue ma question ? C’est comme tu veux.
Yannick Kergoat
Non mais voyons, un extrait comme ça on rentre un peu dans la machinerie.
David Dufresne
Alors lequel donc ? Extrait ici au Sénat Tim Cook, LuxLeaks, au Luxembourg et en autre j’ai mis Balkany mais je crois que c’est la fin de Balkany.
Yannick Kergoat
En fait c’est plutôt Balkany parce qu’on sera dans l’ordre un peu du grec.
David Dufresne
Voilà, c’est ça, c’est ça, c’est ça. Alors attention ! Hygiène et EPS, je mets ça. Alors toi tu as pas leçon Yannick mais ce qui nous lie nous regarde, on le on le sont et toi tu connais par cœur.
Yannick Kergoat
Je revois le couple qui sera finalement condamné pour fraude fiscale puis blanchiment de fraude fiscale à un total de neuf ans de prison. Seul Patrick Balkany sera incarcéré, mais cinq mois plus tard, libéré pour raison de santé. Bientôt remis de ces raisons de santé. On le verra danser dans une rue de son ancienne municipalité. Écoutons Patrick Balkany tout juste sorti de prison. Invité à la télévision à livrer son expertise sur la question de l’incivilité en banlieue parisienne, l’ex maire de Levallois a une explication. Le problème, c’est l’impunité des délinquants.
Vidéo
Il n’y a pas non plus de chance que vous parliez des banlieues,. Pourquoi sont-ils devenus les rois ? Parce qu’on a. Ça fait quand même longtemps qu’on dit au commissaire du coin Surtout n’allez pas là bas ! Laissez la tranquille. C’est devenu telle l'économie souterraine dans certaines banlieues que les autres gens ne peuvent pas intervenir. Donc je dirais que Nicolas Sarkozy, entre 2007 et 2012, n’a pas réussi à résoudre le problème. Mais je vous dis j’espère qu’ils vont tenir le coup, qu’ils vont surmonter ce qui est une épreuve. C’est peut être qu’on peut les laisser tranquilles maintenant et peut être qu’on peut faire preuve aussi d’un peu d’orgueil. Comment dire ? De pudeur ?
David Dufresne
Voilà,je me suis trompé de sénateur. Donc là, on sait qu’on a aussi la grammaire du film avec avec des avec des typos qui arrivent, Balkany Tu te souviens de cet extrait ?
Yannick Kergoat
L’idée dans le film c'était pas forcément d’aller révéler des gens ou des gens,. Tout cela a été fait le. Le propos du film, c'était encore une fois, c'était de définir des mécanismes, de montrer les acteurs et les responsabilités politiques. Là, on a les deux parce qu’on a un ancien fraudeur, effectivement, qui a été pris la main dans le sac, on a. Une personnalité qui est aussi une responsabilité. Un homme politique qui a exercé des mandats politiques. Et puis à la télévision aussi, on en parle, mais quoi ? Et hop ! Et c’est la force du cinéma, c’est de rapprocher ça ces événements et ces et ces, ces actes et ces paroles. Donc, et puis c’est l’occasion de se marrer un peu plus. Bien sûr. Mais ce qui m’importait, c’est montrer ce sentiment d’impunité dans lequel ils sont. Si tu veux, le Balkany, Il a fraudé. Il se prend la taule, il sort de taule très rapidement, Il ne fait quasiment que cinq mois de prison. Et puis immédiatement après, il va à la télévision. Invité par Pascal Praud qui l’invite. Voilà, on est tranquille vient et puis on va parler de la délinquance et le. Et le gars au cours de l'émission du maire ou le problème de la délinquance en banlieue, on n’oublie pas que c’est une ville de banlieue, tout de suite en banlieue. C’est l’impunité des délinquants, les gars. C’est le fait que la justice, elle soit trop laxiste vis à vis de ces gens là. Voilà, c’est quand même sidérant quoi. C’est vraiment sidérant. Et. Et voilà. La. La force du cinéma, c’est de pouvoir coller ces deux images qu’on n’a pas vu, nous, forcément successivement et surtout pas aussi rapprochés. Et puis voilà, ça fait force de démonstration quoi. Et puis Sarkozy derrière qui parle de pudeur, on en parlait de Sarko. Voilà qui qui en rajoute une couche pour défendre son ami de 30 ans et lui dire Mais quand même, on pourrait les laisser tranquilles maintenant quoi ? Il pense pour lui ?
David Dufresne
Mais voilà, c’est ça, c’est ce qu’il pense. Voilà, c’est le sentiment qu’on a quand on l'écoute, on se dit bon en fait il parle de lui là, le mec, comment, comment tu as choisi ton été ? Moi donc. Et puis il faut dire qui sont les gens qui viennent parler à la barre, qui sont grosso modo des camarades plutôt, qui sont des gens qui viennent démonter, voire dénoncer ce système. Il y a les participants en fait, on les on, les ceux qui les bénéficiaires de ce système, on les voit plus par ricoché, sur des plateaux télé, sur des images, à Davos ou ailleurs. Là, ceux que tu as appelés à témoigner, ce sont des gens qui sont un peu des porte-voix. Si, je puis dire comme ça.
Yannick Kergoat
Absolument. Oui, voilà, les fraudeurs, les évadés fiscaux, les multinationales qui optimisent, euh, on les a sous forme de déclaration, on les entend dans les commissions d’enquête, on les entend à la télévision, on entend les ministres, on entend le personnel politique, les prisons, ils ont l’habitude d’en parler. Leur discours est largement cité. Moi, je n’avais pas besoin de les faire venir. Et ça, ouvrir un strapontin pour ça, je voyais pas, absolument pas l’intérêt de le faire. D’autant plus que, encore une fois, ils occupent le terrain dans le film et ils sont très largement cités ensuite. Donc les témoins du film, les gens qui vont intervenir dans le récit, il y a deux types de personnes, je vais dire il y a ceux que j’ai appelé moi, les grands témoins, ils sont tous filmés sur le même fond, avec une adresse directe à la caméra, à travers un système de prise de vue à travers un miroir, ça se dit réfléchissant, Donc ils sont designers, sont des économistes, des philosophes, des représentants d’ONG qui ont une vision assez large du phénomène et qui sont là pour nous donner un peu de distance. Et puis il y a un deuxième type de témoin, ce sont des gens qui sont plus dans l’action, qui sont soit des femmes ou des hommes politiques qui agissent, soit des responsables. De comment dire ? Politiques. Enfin voilà, on a des gens qui sont dans l’action et moi je voulais distinguer ça. Donc les gens qui sont dans l’action, les films chez eux, dans leur bureau, sont là où ils agissent. Et puis mes grands témoins, je les signe tous derrière la même feuille de décor et de la même manière.
David Dufresne
Est ce que tu peux penser ? Est ce que tu peux en citer quelques uns ?
Yannick Kergoat
Pour, par exemple, ceux qui sont dans l’action, Marie et toi, d’une députée travailliste ? Quel ordinaire Halo, à l’origine d’une commission d’enquête, c’est Eva Joly, par exemple, qui est ancienne députée européenne qui a vécu de façon très très proche l’affaire des LuxLeaks. C’est Margrethe Vestager qui est aujourd’hui vice -présidente de la Commission européenne, qui a mené une campagne assez importante pour pouvoir donner des amendes aux multinationales, qui est optimisée de manière trop agressive. Donc voilà, ce sont des gens comme ça.Ou alors c’est John Christensen qui est un Anglais qui a créé Tax Justice Network, la principale ONG qui travaille sur la question des paradis fiscaux et de l'évasion fiscale. Et puis les grands témoins, on en a parlé, c’est c’est Deneault, c’est Vernier, c’est des économistes et des gens comme ça, et surtout aussi font parler Gabriel Zucman, l'économiste qui est certainement dans le monde aujourd’hui, celui qui a le plus étudié ces questions, qui aujourd’hui enseigne à Berkeley ? Voilà, c’est ce genre de gens. Mais ce qu’il faut dire, c’est que ce n’est pas eux qui font le récit du film. Moi j’ai toujours eu dès le départ l’idée que leur intervention est sens dessus dessous. Ils n’interviendront que sur un aspect du récit. Donc ce n’est pas du tout un film construit sur des têtes parlantes qui se succèdent et qui font, qui font une histoire. Non, ils interviennent vraiment pour parler d’un dogme, d’un aspect particulier de la question à un moment particulier du film. Il y en a peut être un seul qu’on retrouve à trois moments au début, au milieu, à la fin, c’est Gabriel Zucman, c’est le grand spécialiste et c’est lui qui nous donne les chiffres, l’ampleur du phénomène et qui revient à la fin du film sur une question qui est essentielle, c’est c’est tout simplement la question de l’impôt et du rôle de l’impôt.
David Dufresne
Alors justement, il y a, il y a pas mal de questions sur ces milliards qui échappent à l’impôt. Et par exemple YALI, là, qui dit où vont ces 80 à 100 milliards ? Y a t il du blanchiment ?
Yannick Kergoat
Il y a du blanchiment évidemment quand ça revient parce qu’on évade ou en fraude. On va donc loger cet avion dans les paradis fiscaux, c’est-à-dire dans les banques qui sont installées dans les paradis fiscaux. Évidemment, ça ne génère pas de la croissance ou du bien être dans ces vies paradisiaques ou dans ces territoires un peu exotiques, de là où va l’argent ? Non, l’argent y va dans le système financier, en gros, il va sur des comptes en banque, ses comptes en banque génèrent des profits, ses comptes en banque, c’est des fonds d’investissement, c’est des livrets, C’est tout le capital et la manière dont le capital produit des bénéfices. Euh pour dire ça, simplement. Quand il revient,à un moment donné, cet argent, il faut faire revenir pour pouvoir acheter des biens, des villas, des bateaux.
David Dufresne
À en profiter ou en personne d’en profiter..
Yannick Kergoat
Exactement c’est par exemple pour ça que le groupe Balkany se fait. Il y a un premier procès sur lui sur l'évasion d'évasion fiscale et un deuxième, un deuxième volet sur le blanchiment, c’est évasion fiscal donc ils sont condamnés deux fois.
David Dufresne
Tachi demande Qu’est ce qui a concrètement changé depuis 2009, quand Sarko a déclaré qu' il n’y a plus de paradis fiscaux ? Treize ans plus tard, il y a eu un échange.
Yannick Kergoat
Ce qui avait changé, c’est la crise de 2009 qui était une crise du financement des États parce qu’il fallait mettre des milliards et des milliards pour sauver le système financier. Sauver les banques donc. D’où endettement, d’où crise des recettes de l'État. Et tout d’un coup, les membres du G20 se disent merde quand même, il y a beaucoup d’argent dans les paradis fiscaux, Tout ça nous coûte très cher. Il serait temps qu’on fasse quelque chose. Donc qu’on lance avant tout un discours aux yeux de nos citoyens, aux yeux du public. Vous inquiétez pas, on va faire quelque chose, on va s’en occuper. Il y a un certain nombre de de mesures qui sont élaborées pendant des années, votées au niveau de l’OCDE. Mais. Mais ce dont on s’aperçoit très rapidement, c’est que ces mesures sont globalement inefficaces. Alors oui, il y a eu des avancées, il faut le dire, notamment sur la question du secret bancaire, hein. Ce qu’on appelle l'échange automatique d’informations bancaires continue un certain nombre de pays avec beaucoup de trous dans la raquette. Je te rassure, tu pourras continuer à aller planquer ton argent tranquillement.
David Dufresne
Mais avant, il pleut en ce moment qui ruisselle de partout.
Yannick Kergoat
Les 3 € d’abonnement dégringolent comme une pluie, une manne céleste. C’est ça ? Voilà. Et donc il y a un certain nombre d’avancées aussi.
David Dufresne
Attends, c’est quoi cet échange d’informations automatiques entre banques ?
Yannick Kergoat
Quand ? Quand deux états signent ce type ? D’accord, ça a obligé les banques qui sont actives sur leur pays à échanger, à donner à l’administration fiscale du pays dans lequel le client est résident. L'État du compte possédé, je suis français, j’ai un compte en Suisse. Aujourd’hui, la Suisse va donner chaque année à l’administration fiscale française les sommes qui sont sur mon compte et l’argent que ça a généré. Voilà tout simplement donc mon nom, mon mon pognon et combien ça me rapporte. Voilà. Donc sous entendu, si le contribuable il a pas sur sa feuille d’impôts en France déclarer les sommes générées par son compte en Suisse, ce fait est potentiellement attrapé évidemment. Mais ce que raconte le film très tôt, c’est qu’il y a un moyen assez cool et rapide et facile de s’extraire de ce piège de la transparence. C’est la société écran. Donc c’est le fait que cette directive s’applique aux individus et pas aux sociétés. Donc on crée une société qui a un compte en banque et on se cache derrière cette société. Est ce que ce qu’on explique dans le film, à travers plein de petites animations, etc. C’est que des sociétés écrans, on peut en avoir plein et elles peuvent être dans plein de pays différents. On peut trouver des administrateurs fantômes, on peut trouver des actionnaires fantômes. Enfin on a plein, plein, plein. De manière technique, je redouter.
David Dufresne
J’ai redouté cet instant. Compliqué pour moi d’expliquer ce qu’on est en train de faire avec une société écran, etc. Donc s’il te plaît Yannick.
Yannick Kergoat
Surtout toi, t’as des rapports assez concrets avec la Suisse quoi. Ils passent la frontière régulièrement, non ? Ah ouais, je sais,
David Dufresne
J’ai horreur des frontières. Je ne sais pas ce que c’est que les frontières, mais voilà, il y a un ballon effectivement.
Yannick Kergoat
Libre, c’est pas juste.
David Dufresne
Je donne des cours en Suisse, je donne des cours aussi.
Yannick Kergoat
Voilà, voilà.
David Dufresne
Et donc voilà, je vais de temps en temps en Suisse. Est ce que parmi les témoins tu as essuyé des refus ou est ce que dans le tchat quelqu’un évoque quelqu’un évoque des menaces qu’aurait reçues Eva Joly, passeport avorté dans ton film, mais sur son travail, Est ce que cette cette dimension là est arrivée dans le processus du film ou pas ? Soit des gens qui avaient peur, soit des gens menacés, soit des gens qui ont refusé. Je ne mens pas forcément.
Yannick Kergoat
Non pas parmi ceux qu’on a contactés, à qui on a proposé de participer à ce film, de témoigner dans le cas de ce film, d’une partie de leurs activités, ou de venir parler de leurs analyses dont personne ont refusé. En revanche, quand le camp l’idée de ce film est venu public, on a su qu’il y avait un film qui allait se faire. Moi, j’ai reçu pas mal de coups de fil de gens qui m’ont dit, par exemple de gens de chez Tracfin, un fonctionnaire de chez Tracfin qui qui m’ont dit bah voilà, moi j’ai des choses à vous raconter, mais il faudra pas me citer quoi, Faudra pas donner mon nom et je ne veux pas témoigner directement. C’est un peu la la police financière en fait, qui est chargée de recueillir, notamment auprès des banques, etc. Des suspicions de fraude ou de blanchiment. C’est des. Songe d’argent qui serait potentiellement criminel aussi. Ou il y a le crime organisé. Et ce qui est intéressant de comprendre, c’est que justement, les mécanismes de la fraude aujourd’hui sont très proches de celle du crime organisé, de la corruption, etc. Ce sont, sont ou sont aujourd’hui les mêmes intermédiaires, les mêmes mécanismes pour exfiltrer l’argent et effectivement le blanchir. Donc voilà, les gens de chez Tracfin. Étudient les signalements, enquêtent sur sur les le les potentiels évasion fiscale ou corruption ou affaires financières.
David Dufresne
Alors quand ils te disent Bon, moi je suis prêt à témoigner, mais je ne peux pas le faire à visage découvert. Après tout, c’est la loi et il y a un devoir de réserve des fonctionnaires. Tu rencontres d’autres, d’autres personnes comme ça.
Yannick Kergoat
Alors je te dis aussi que je rencontre des avocats fiscalistes qui travaillent pour des grandes fortunes, mais avec, en le regrettant un petit peu. Et voilà qu’il m’explique comment ça marche un certain nombre de mécanismes C’est des gens qui travaillent dans les multinationales. Par exemple, il y a un garçon qui est un Français, mais qui travaille aux États-Unis pour une très grande multinationale, qui m’a appelé à un moment donné, on a fait un échange par zoom et puis après il est revenu en France pour une période de vacances dans sa famille. On s’est rencontré, on a déjeuné ensemble et par exemple, il m’a raconté à quel point le mécanisme de ce qu’on appelle les prix transfert voyage, ce n’est pas si compliqué. On l’explique très bien dans le film concerne les la manière dont une multinationale déplacer bénéfice en utilisant l'échange de biens et de biens et de services entre filiales. Voilà, il me raconte, lui, comment cette dimension des prix de transfert est totalement inclus dans leur travail, dans leur travail quotidien. C’est une préoccupation permanente, c’est géré par des logiciels, par tout un système, etc. Et que lui, il a appris à le faire à l’université. Et s’il fait aujourd’hui aux Etats-Unis dans une pour une grande multinationale, c’est parce qu’ils sont bien formés en France, dans l’université pour appliquer ces techniques plus tard. Donc voilà, c’est intéressant de saisir cette dimension, de comprendre que l'évasion fiscale, l’optimisation fiscale des grandes entreprises et multinationales, c’est une préoccupation majeure de leur activité.
David Dufresne
Absolument. Tu faisais un lien tout à l’heure entre la criminalité et on a dit tout à l’heure l'évasion fiscale légalisée ?
Yannick Kergoat
La corruption. Je parlais de corruption.
David Dufresne
Et tu as dit qu’en gros, il y avait des mécanismes similaires entre l'évasion fiscale et la criminalité. Est ce que. Est ce que parfois ça va jusqu'à un mélange des genres et des gens ? Est ce qu’il y a des échanges de bons procédés ? Est ce que les réseaux criminels sont là dedans ou c’est étanche ? Il y a des questions dans le château, par exemple, le trafic d’armes, on peut le relier au blanchiment d’argent et à l’optimisation fiscale ou pas.
Yannick Kergoat
On peut le relier concrètement par une passe technique et les acteurs de l'évasion fiscale par les intermédiaires sont. Ils sont effectivement tout à fait communs, sont les mêmes banques qui agissent. C’est les mêmes banques qui transportent l’argent d’un territoire à l’autre, qui l’accueillent de la Suisse à Singapour, de Singapour à Dubaï,. sont les ennemis sont les mêmes intermédiaires financiers à l’origine, évidemment, l’argent ne vient pas du même endroit, il atterrit pas au même endroit. Mais voilà, les vendeurs d’armes aussi ont un mode de vie qui coûte cher et ils ont des besoins. Donc il y a un moment donné, ils ont besoin de loger leurs familles, de les envoyer en vacances, de leur acheter quelques cadeaux,. Donc à l’arrivée, ces deux domaines se rejoignent. Et ça c’est vraiment ce que ce que m’ont dit les juges d’instruction par exemple, qui avaient l’habitude d’enquêter sur des affaires criminelles, hein, le trafic d’armes, la prostitution, l’argent de la drogue et tout ça, et qui disent Ben voilà, on a affaire maintenant à des intermédiaires qui sont les mêmes que ceux qu’on trouvait, non sur la fraude et l'évasion fiscale.
David Dufresne
Et ça et ça, par exemple, ça s’est passé comment ? Ça ne pose pas de problème à ceux qui bénéficient de l'évasion fiscale et qui sont par ailleurs souvent balkaniques, par exemple, qui sont des donneurs de leçons moraux, tu vois, qui se vivent comme comme du bon côté de la société. Il n’y a pas des moments où ils se disent :quand même, on agit, je vois et on agit avec des méthodes de voyou, on devient voyou dont ils s’en foutent.
Yannick Kergoat
Ben ouais, je pense qu’il y a une sorte de voile de bonne conscience qui se met sur toutes ces pratiques là. Alors je ne parle pas, moi, des criminels, des vendeurs d’armes de rue, des réseaux de prostitution, de vente de drogue. Non, je pense que là c’est très différent. Mais non, ils ont l’impression d'être dans leur bon droit. Ils sont accompagnés par des gens très raisonnables quand pignon sur rue, cravaté et costard et qui leur dit mais bien non mais ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. On a l’habitude de faire ça et tout ça se passe dans des salons luxueux. Évidemment qu’on conseille des grandes banques, on sait quand c’est des grands gestionnaires de fortune, c’est très policé, quoi, hein ?
David Dufresne
Donc c’est courtois
Yannick Kergoat
C’est courtois, n’est pas dans des arrière boutique de restaurant chinois, tu vois, un peu crade. Non, non, ça y est, ça se passe derrière des grilles de golf au moment, en sortant d’un opéra, etc.
David Dufresne
Il y a un voile de bonne conscience pour évoquer la corruption. Ici, il y a une scène tordante dont on ne peut pas trop parler. On ne parle pas en détail, mais elle est dans la bande annonce. C’est quelqu’un de qui essaie d’acheter une nationalité. Dans une île où il y a plus de, il y a plus de passeports que d’habitants quoi. Grosso modo, et ça se passe dans un bel hôtel qui n’est pas situé. On imagine ce genre d’hôtel très luxueux. Donc en effet, avec des hôtesses d’accueil, il n’y a pas de saisie, c’est très court. Et puis on peut, oui, on peut devenir citoyen des îles Caïmans ou je ne sais où.
Yannick Kergoat
C’est exactement ça. C’est ce que je disais. Donc ça se passe à Cannes, on peut le dire, c’est que c’est un salon tout à fait officiel, dans l’un des trois grands hôtels très luxueux de la ville qui dorment sur un bord de mer avec un accès direct à la plage effectivement, l’entrée, évidemment, n’entre pas n’importe qui, évidemment. D’abord parce qu’il faut payer une somme assez conséquente pour pouvoir bénéficier d’un badge. Et effectivement, tout se passe entre bonne compagnie des gens qui se qui se reconnaissent entre eux, qui font partie du même monde et qui sont très très bien accueillis. Et l’objet de ce salon, donc des exposants, c’est de leur vendre effectivement la possibilité d’avoir un passeport et donc devenir citoyen d’un autre pays afin justement que l'échange automatique d’informations bancaires au lieu si on est russe et qu’on a un passeport des grenadines. L’information ne reviendra pas en Russie où si on est français ou si on est espagnol, etc. Elle reviendra logiquement parce qu’on sera citoyen de Grenade et la Grenadine mettra le papier à la poubelle.
David Dufresne
Et alors tu dis c’est pas bon, c’est pas une saison.
Yannick Kergoat
. Les passeports dorés.
David Dufresne
Les passeports dorés, j’aimerais bien en avoir quand même, mais c’est une scène digne quand même. Je ne sais pas. Là pour moi c’est du cinéma. Et je veux dire, ça, ça pourrait être Les Affranchis quoi, Ça pourrait être Il y a, il y a là, c’est très mafieux quand même.
Yannick Kergoat
La CIA car mafieux, mafieux et évidemment c’est très très mafieux. Bon, c’est une scène effectivement en caméra cachée, avec les risques que Bertrand fait parce que c’est lui qui s’y collait, parce qu’il fallait quelqu’un qui parle très bien l’anglais pour on avait créé toute une légende avec parce qu’on rentre pas dans le film comme ça. D’abord il y a des coups de fils, etc. Il faut envoyer un peu son curriculum vitae et montrer patte blanche qui on est. Donc on avait fabriqué des faux, une fausse identité, des faux pas, une fausse, une fausse identité, on peut le dire, mais qui était un peu proche de celle de Bertrand pour que, quand même, il puisse s’y retrouver des cartes de visite. Et puis c'était le seul moyen d’aller filmer à l’intérieur, c’est de le faire, ce qu’on appelle en caméra discrète. Donc voilà, il y a une forme de prise de risque parce que dans ce salon, très clairement, il y avait pas mal d’oligarques russes accompagnés de leurs gardes du corps. Donc l’idée n'était pas de se retrouver avec trois soldats avec les pieds dans les dents, dans un seau de ciment au milieu de la baie des Anges. Le truc c'était c'était de pouvoir franchir la porte dans un sens, mais dans l’autre sens aussi. Donc voilà, c'était très mafieux.
David Dufresne
Pour le coup vers l'évasion fiscale et le blanchiment Mais les montrer ? Non mais pourquoi ?
Yannick Kergoat
Parce que ce salon, il y a lieu dans plusieurs villes capitales du monde et quand il a lieu à Cannes, c’est évidemment parce qu’on veut toucher une population de gens ultra riches, et notamment ces oligarques qui achètent des grandes maisons sur la Côte d’Azur et qui sont ceux qui sont très demandeurs aussi de ces passeports dorés. Parce qu'à voir quand tu es russe et que tu obtiens un passeport portugais par exemple, ou chypriote, eh bien tout d’un coup, t’as accès à tout l’espace de Schengen, tu as. Donc tu peux te balader un peu partout en Europe avec ce passeport là. Donc ils sont très friends, ça consiste en quoi ? En deux mots à dire tu investis une somme d’argent conséquent dans le pays, en échange de quoi on te file la nationalité ou le visa qui va avec quoi
David Dufresne
Et alors c’est là où si je te suis bien, tu dis que d’un côté les choses ont quand même évolué par rapport par exemple à la déclaration de Sarkozy en 2009. Mais si on suit bien le film, c’est qu’en fait la parade est à chaque fois trouvée automatiquement.
Yannick Kergoat
Voilà, c’est ça. Ils ont toujours un train, un métro, un avion d’avance quoi, par rapport à la législation. En matière d'école. Ou alors ils sont vicieux. C’est ce que disent en permanence les juges d’instruction. Tu vois qui, eux, sont tenus d’envoyer leurs commissions rogatoires. Tu dois attendre qu’un juge étranger veuille bien traiter, aller chercher l’information auprès de la banque considérée, renvoyer les informations. Entre-temps, l’argent s’est déplacé ailleurs. Donc on lance une nouvelle commission rogatoire. Les enquêtes prennent des années et des années. La justice, elle, est extrêmement lente. Elle a des moyens dérisoires face effectivement aux fraudeurs qui bénéficient de ces réseaux financiers et de ces intermédiaires dispersés partout sur la planète et et d’un certain nombre d'États et d’administrations extrêmement accueillants pour ces pratiques.
David Dufresne
A propos de fraudeurs, il y a une championne qui vient de débouler dans le chat qui s’appelle Mélanie Simon Franza qui est donc la grande distribution qui bosse ici, c’est la pétroleuse du cinéma parisien. C’est elle qui organise tous les tous les débats autour du film, c’est ça ?
Yannick Kergoat
Voilà. Elle fait là bas un énorme boulot et c’est un peu la cheville ouvrière de la distribution de ce film. Aujourd’hui, elle fait ce qu’on appelle le hors médias. C’est à dire on a les équipes de Weinberg qui est le distributeur qui sort le film, qui font un énorme boulot pour essayer de convaincre les exploitants de mettre le film sur leurs écrans qui font tout le boulot de promotion, d’affichage, de bande annonce et eux qui ont, qui ont réalisé la bande annonce, qui ont conçu l’affiche, Mélanie, anime tous les réseaux autour, les associations, le tissu associatif, militant, etc. Pour leur faire savoir que le film existe, organiser des projections débats, trouver des intervenants, planifier tout ça et les faire faire connaître le film. On va dire au-delà de ce qu’est un diffuseur traditionnel, avec ses affiches, une bande annonce et un peu de moyens publicitaires peut faire.
David Dufresne
Et tout ça avec un grand rire tonitruant de Mélanie que j’embrasse alors et qui, je ne sais pas si je peux le dire.elle organise un festival début janvier à Paris, sponsorisé par Mediapart qui s’appelle La Grande Révolte. Voilà, Mélanie C’est ça aussi.
Yannick Kergoat
Et la très Grande évasion y sera, y sera montrée aussi.
David Dufresne
J Bonnet qui te demande selon vous, est ce que c’est pas trop tard ? Excusez- moi par rapport à la sortie du film. On va revenir sur le fond dans ces sorties hors du réseau de salles de cinéma, est il possible de projeter ce film au sein d’une rencontre publique ? Si oui, sous quelles conditions ?
Yannick Kergoat
Alors oui, oui, c’est tout à fait possible, à la condition de demander à Mélanie notamment qui gère le tout ça. On a aussi la possibilité, parce qu'évidemment on bénéficie pas de la même sortie, qu’on va bénéficier Avatar par exemple, qui va déboucher la semaine prochaine. Et alors que dans un.
David Dufresne
Gros budget d’animation. Alors ça, c’est dégueulasse parce qu’il y a un groupe d’animation, il y a beaucoup d’animation dans le film, donc je ne vois pas pourquoi.
Yannick Kergoat
Avec des ronds, des carrés, des triangles qui sont extraordinairement sympathiques et expressifs. Voilà ce qui porte une émotion extraordinaire. Donc voilà 3 h 15 de dessin animé effectivement, qui vont occuper beaucoup de place. Mais on peut aller voir son cinéma, on peut aller voir le cinéma municipal, le cinéma art et essayer de sa petite ville, de son village, etc. Parce qu’il y a un tissu très très dense comme ça, le cinéma en France. Et puis leur dire nous, on voudrait monter le film, on est un petit collectif, on a une bande de potes, on est un groupe de voisins, j’en sais rien, on a envie de le voir. Est ce que vous pourriez le programmer ? Et en général, on est accueilli très favorablement. Les cinémas aiment beaucoup être sollicités de cette manière là et puis disent Ok, on va faire une, on va faire une mais.
David Dufresne
Mais rassure moi, c’est pas et c’est quand même pas des réunions Tupperware autour de l'évasion fiscale. Les gens arrivent avec des mallettes en disant Hum, c’est quand ? Comment c’est arrivé ?
Yannick Kergoat
C'était la blague que je faisais un peu systématiquement déjà pour eux, pour me donner le ton quand je faisais des des avant premières, je dis ah bah si vous êtes là, c’est parce que vous avez à cacher et il y a un malentendu. Mais on va vous expliquer quand même.
David Dufresne
C’est ça, c’est ça. Ceci dit, il faut qu’on en parle un tout petit peu à la sortie du film. Qui est sorti hier. Des gens demandent où est ce qu’on peut voir ou est ce qu’il est à l’affiche ? Soit sur Wild Bunch, soit Allociné, etc. Bon, il faut reconnaître que le film n’a pas forcément rencontré l’accueil des exploitants qu’on pouvait attendre. Est ce que je peux le dire comme ça ?
Yannick Kergoat
Bon, je ne sais pas si c’est vraiment une surprise, mais c’est vrai qu’on s’attendait quand même à avoir à obtenir un peu plus d'écrans, un peu plus de salles, un peu plus d’intérêt de la part des exploitants. Clairement, les grands réseaux ne veulent pas JC, Pathé, Gaumont, CGR, c’est pas du tout leur came, ça c’est clair. Le débat public, les enjeux de société, la démocratie, enfin voilà, tout ça c’est pourri n’a rien à faire au cinéma. Éventuellement, on peut en parler de temps en temps après 22h ou 23h à la télé, mais bon.
David Dufresne
Mais ça, c’est que si c’est clairement dit ou pas.
Yannick Kergoat
C’est clairement dit dans les faits. Après, quand on leur a proposé, il a dit non de manière systématique. Quand je parle des réseaux, ils ont beaucoup de salles, c’est pas eux. Non mais si vous avez raison, on va le prendre dans un ou une ou deux. Nous, nos salles, c’est non. On tourne la tête, on regarde ailleurs. Mais encore une fois, je le dis, il y a quand même un réseau de salles d’art et de cinéma, d’exploitants indépendants, de cinémas municipaux animés par des gens qui ont encore la conviction que le cinéma, c’est c’est un lieu d’expression, c’est un espace public et qu’il faut accueillir ce type de films. Et donc, même si.
David Dufresne
Mais alors il y a une forme de censure sourde, c’est celle là, on y arrive quand même. Est ce qu’elle était prévisible cette censure ou pas ? Je vais te mettre sur la voie. Est ce que le monde du cinéma Alors passe évidemment celui que toi tu fréquentes, que nous fréquentons. Mais le monde du cinéma dans son ensemble, c’est un monde, c’est une industrie financière tout de même, avec toutes ces entreprises. Tu sais, dans l’ingénierie que l’on voit, sauf en cas de 800 watts, etc. Tout ça c’est des sociétés d’optimisation fiscale quand c’est pour payer moins d’impôts, etc. Donc, est ce que tu penses que le film cogne cette logique à l'œuvre dans le monde du cinéma, une partie du monde du cinéma ?
Yannick Kergoat
Oui, évidemment. Oui, c’est une industrie finalement. Il y a quelques-uns des grands acteurs de cette industrie qui ont notamment été épinglés, cités dans les Panama Papers, par exemple, dans des affaires révélées d'évasion, d'évasion fiscale. Donc, évidemment, ils n’ont pas nécessairement envie qu’on fasse la promotion d’un film critique et explicatif citoyen sur ces questions-là. Oui, tout à fait. La préoccupation de ces grands acteurs du cinéma, elle est très éloignée de l’intérêt général, vient via l’intérêt particulier d Effectivement, une industrie qui doit faire des profits dont la raison d'être est de faire des profits, pas d’avoir une activité, etc. Mais, mais clairement pas de se penser comme un lieu d’expression et comme un lieu qui fait vivre la démocratie. Voilà un homme au fait de la culture. C’est, c’est sûr, on fait du divertissement et énormément, vraiment. Le divertissement qui divertit, qui fait diversion comme aurait dit Bourdieu.
David Dufresne
Et puis ben là, on voit le travail.
Yannick Kergoat
Et donc moi, ce que je constate. C’est que le film plaît vraiment parce que je l’ai vu dans les salons. J’ai fait 20 20 premières. Encore hier soir, on avait eu une salle pleine au sein des Arts et et vraiment tu. Les gens aiment le film,ils viennent me le dire après la projection. Une première version. Claudie C’est tout. Donc on a le sentiment d’avoir bien fait le boulot, toi d’avoir fait un film où les gens restent, sont intéressés et comprennent ce qu’on leur dit et jugent que c’est ce que ce que les films leur révèle et leur apprend est important. Mais c’est vrai qu’on a une forme de censure sourde, mais on n’a pas le plein. L’intérêt du monde du cinéma est à la hauteur de ce qu’on pensait être quand même un film. Alors court.
David Dufresne
Alors que j’imagine que toi tu es là dans le monde du cinéma, parce que c’est quand même le dernier endroit où il y a un peu de liberté, parce que ça passe à la télévision, C'était même pas la peine d’aller les voir, les gens de la télé.
Yannick Kergoat
Absolument. Si on fait un film de cinéma, c’est aussi pour la liberté éditoriale. Parce qu’une fois qu’on a réussi à financer le film, à surmonter une forme de censure économique, et bien on y dit ce qu’on veut, quoi. Y a pas un directeur de programme, une chargée de programme qui vient de dire non, non, mais tu ne peux pas quand même parler d’Amazon ou d’Apple parce qu’ils font de la pub sur notre antenne. Tu as essayé de trouver un autre exemple où il ne faut pas trop fâcher telle personnalité politique en vue parce qu' elle est sur la liste des ministrables etc etc etc. Tout ce qui fait que, eh bien la démonstration, elle est rabotée, tu vois, elle perd de sa force et de sa puissance, bien sûr. Donc au cinéma, on fait ce qu’on veut.
David Dufresne
On fait ce qu’on veut. Et la censure sourde, c’est en tout cas ça n’engage que moi, je le sais d’une certaine manière, de faire en sorte que le film ne soit pas facilement accessible, qu’il ne soit pas surtout plus d'écran. C’est une façon de dire bah euh, le film est sorti, on est dans un pays libre, mais pas forcément de le disposer comme il le devrait, comme il le mériterait. Parce qu’effectivement le film est super, la bande annonce donc tu vois. Et le tchat le comprend très bien. Certains parce que Gilles était venu parler de son film et avait expliqué je crois. Je crois qu’il faut le rappeler parce que les gens ne savent pas forcément combien c’est important et en fait les premiers jours. En gros, jusqu'à ce weekend, il faut qu’il y ait du monde parce que c’est lundi prochain que les programmations se font pour la semaine qui suit et que donc les premiers jours sont importants.
Yannick Kergoat
Oui, le premier jour et enfin voilà, Les trois premiers jours sont importants en terme d’audience, parce que comme tu le dis très bien, ça va mesurer, ça va donner aux exploitants les signes de. On garde le film ou bien pas le film, mais nous on sait aussi que notre film va durer plus longtemps, qu’il a une durée de vie plus longue qu’un film de fiction. Voilà qui va disparaître des écrans plus ou moins rapidement à l’issue de la première, deuxième ou troisième semaine, qui va perdre des spectateurs très rapidement et et qui va quitter les écrans. Nous, on sait qu’on va avoir des projections, bien sûr, même même uniques. Voilà, dans un cinéma, même une fois. Et puis il y aura un débat et on a déjà une liste de projections de prévues jusqu’au mois de mars, tu vois.
David Dufresne
Donc on voit ça avec Mélanie et c’est sûr de bosser.
Yannick Kergoat
Mais encore une fois, et je le redis, vous pouvez aller voir votre cinéma, vous pouvez leur dire qu’on veut faire une projection. Et c’est vrai que c’est un peu un crève cœur de recevoir des messages sur Twitter en disant mais merde, j’habite en Indre et Loire et y a aucune salle qu’ils diffusent dans le département quoi. Voilà, c’est sur un crève-cœur.
David Dufresne
Un exploitant de cinéma qui ne prend pas de film ce jour le prendra demain. S’il voit que les chiffres sont bons, il n’hésitera ou refusera. Si ce n’est pas le cas, c’est signé Mélanie Simon dans le château. Elle est partout. Elle est. Elle est même là pour pour. Pour terminer là dessus, réclamer le film dans vos ciné dit absolument c’est ça qu’il faut faire. Pour terminer là dessus, on revient sur le fond, je dirais on va mettre un extrait. Ouais, mais allez. Ah d’accord, tu ne voulais pas. Moi je voulais quand même parler d’un truc.
Yannick Kergoat
Non mais mais tu m’as dit vas y, dis moi à quel moment il faut mettre un extrait. J’ai senti que là, dans le rythme, on avait fermé un chapitre et qu’on pouvait non juste utiliser.
David Dufresne
C’est un peu bizarre comme endroit. Donc fais gaffe quand tu crois que c’est fini. C’est là où se pose la question. J’ai ouï dire je ne donne pas de nom, je ne balance pas. J’ai ouï dire qu’une chaîne d’information n’avait pas voulu diffuser la bande annonce publicitaire puisque maintenant le cinéma a le droit de faire de la pub à la télévision, si c’est exact ou pas.
Yannick Kergoat
Oui, c’est vrai, On peut citer aussi BFMTV qui n’a pas souhaité effectivement diffuser la bande annonce. Le distributeur Wild Bunch avait proposé d’ailleurs de payer pour que les diffuse la bande annonce. Parce qu'évidemment, si j’ai une information musicale pour faire un film, l’information à un coût un. Merci. Ils ont fusé pour. Ce qui n’est pas. Très. Honnêtement, je ne connais pas le dossier exact. Il faudrait demander à Bertrand, qui sait très précisément les termes des échanges qu’ils ont pu avoir. Mais à un moment donné, ils nous ont demandé de supprimer quelques images dans la bande annonce ou chais pas quoi, de changer quelque chose pour un point de règlement qui disait qu’on n’a pas le droit de parler sur une antenne d’une certaine manière, de quelque chose qu’on a fait ? Je crois qu’ici ça a été demandé et ça a été refusé quand même. Après voilà.
David Dufresne
Ça s’appelle la censure sourde.
Yannick Kergoat
Oui, sûrement une censure sournoise. Moi je sais ce que c’est, ce que c’est une caméra, Ce qu’ils appellent leur jeu, c’est ça.
David Dufresne
C’est la première chaîne d’information en France qui n’accepte pas un spot publicitaire. Parce qu’en fait c’est ça, à ce moment-là, c’est son droit. Mais sur un film qui parle d’un phénomène central, 80 à 100 milliards d’euros chaque année, qui disparaissent des écrans et qui est un tiers du budget de l'État, et la chaîne d’information principale refuse. Finalement d'évoquer, de faire en sorte que ce soit sûr sur l’antenne. Il y aura peut être une interview de toi à 2 h du matin ou je ne sais quoi, et encore, c’est pas sûr, mais ça c’est voilà. C’est quand même le monde, le monde moderne comme dirait l’autre dans lequel on est loin.
Yannick Kergoat
Et puis il faut entendre que sont aussi des entreprises efficaces et que ces entreprises, elles sont en majorité en face des grandes entreprises de presse, radio, télé. Les journaux sont en majorité en France aujourd’hui et c’est, c’est presque un marronnier de le dire, des propriétaires de très grandes fortunes, vivant de marchés publics, souvent de grands industriels et effectivement, qui sont eux mêmes des acteurs très puissants de cette mondialisation financière qui profite de l'évasion fiscale et des maux. Voilà, ils n’ont pas forcément envie d’en parler, mais les rédactions, ce n’est pas non plus quelque chose de tout, toujours très homogène. Bien sûr, effectivement, il y a les directions de rédactions qui font le tri. Et puis à l’intérieur des rédactions, il y a quand même des journalistes qui essayent de faire leur boulot, donc il y a des rapports de force malgré tout. Bien sûr, Et puis on n’est pas à l’abri, à un moment donné, d’un petit rapport de force qui nous soit un peu plus favorable. Et puis tout d’un coup, paf, l’information, elle sort dans un endroit où on n’imaginait pas pouvoir sortir. Voilà. Il ne faut pas non plus désespérer tout le monde, quoi ?
David Dufresne
Voilà. Absolument d’une certaine manière, le rapport de force, c’est aussi l'évoquer ici. Si ça peut donner un peu des billes à certains à l’intérieur qui peuvent dire ah non mais attends, qu’est ce qui se passe ? Voilà, c'était pas BFM Business. On peut comprendre que BFM Business c’est bien présent était diffusé, la porte c'était BFM, BFM. Bon alors Monsieur le menteur, Monsieur le garant du rythme, tu dis un extrait ? Lequel ? Il me reste deux. Il y a Tim Cook et le Luxembourg.
Yannick Kergoat
Les LuxLeaks. Et bien dans l’ordre, mettons les LuxLeaks.
David Dufresne
Ouais, c’est ça. D’accord, je le mets, je le mets. Donc ça démarre. Par un extrait du journal télévisé. Je disais tout à l’heure le, le, le. La vision médiatique des choses apparaît régulièrement. Cette espèce de truc qui se supposerait, quoi, finalement, de tout ça ? On y va ?
Vidéo
Le temps du secret bancaire est révolu. En 2009, la lutte contre les paradis fiscaux s'était résumée à essayer d’en finir avec le secret bancaire en occultant soigneusement une dimension essentielle de l'évasion fiscale, celle des grandes entreprises. Et c’est un autre scandale qui va brutalement la mettre à la une de l’actualité. Ce scandale touche lui aussi un petit pays moins peuplé encore que le Panama, mais situé cette fois au cœur de l’Europe. Révélations qui vont à nouveau ébranler l’optimisme de David Pujadas. Bonsoir à tous, Dans l’actualité ce soir, les révélations sur les pratiques du Luxembourg des accords secrets ont été passés avec plus de 300 multinationales pour qu’elles échappent à l’impôt. Cela représente des centaines de milles Amazon ces pays voisins. Une fuite de documents issus d’un grand cabinet d’audit révèle que le Luxembourg a passé des accords fiscaux secrets avec 340 multinationales qui leur ont permis de diminuer considérablement leurs impôts. Jean-Claude Juncker, celui qui fut Premier ministre et ministre de L'économie du Luxembourg pendant près de 20 ans, vient d'être élu. Quatre jours seulement avant que n'éclate le scandale LuxLeaks. A la tête de la Commission européenne.
David Dufresne
Je coupe la vidéo d’après, c’est Juncker et j’avoue, ça, c’est la force du cinéma. C’est à dire que tu nous rappelles ce qu’on a oublié à l'époque en fait. Voilà le type au pouvoir au moment même où son pays est au cœur du tumulte pas possible.
Yannick Kergoat
Ouais, ouais, c’est ça,ça dit déjà deux choses. Qu’une chose est importante, c’est que l’essentiel de ce qu’on sait sur les mécanismes de la fraude et de l'évasion fiscale, concrètement, on le doit à des lanceurs d’alerte et à des journaux et au travail de journalistes derrière nous. Donc on le doit pas par l’effet de la transparence de la vie démocratique, des affaires et de la justice, de l’administration fiscale, etc. Non, on le doit parce qu'à un moment donné, ben il y a Raphaël Halet et Antoine Deltour qui décident de révéler ce qui se passe entre les multinationales et l’administration fiscale où il s’embourgeoise de sortir les pièces, les rescrits fiscaux et de les rendre publiques. Voilà, ça c’est une première chose. Mais ce que ça dit, évidemment, c’est que, à travers son scandale, les citoyens européens dans leur ensemble, et il a été conséquent, ont découvert la manière dont les multinationales échappent à l’impôt. Une des techniques en tout cas, est l’un des pays par lequel cet argent s'échappe, le Luxembourg. Et effectivement, ça se déroule au même moment, c’est quatre jours avant. C’est pas complètement non plus un hasard que la faire sortir de l’UE avant que l’ACCIS agit a décidé de publier à ce moment-là. C’est parce que Jean-Claude Juncker, qui a été le président, le Premier ministre du pays pendant des années, prend la tête de la Commission européenne, donc à un poste de pouvoir très important au niveau de l’Union européenne et que c’est l’acteur principal de l'évasion fiscale des multinationales. De ces montages qui ont permis à ces multinationales d'échapper à l’impôt en sachant très bien que le scandale LuxLeaks ne concerne qu’un seul cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers, il y en a au moins trois.
David Dufresne
Je reconnais bien parce que c’est un film trompeur.
Yannick Kergoat
On ne sait pas si c’est Dorf qui fait la voix. Évidemment, la voix, c’est la signature que voilà. Et ils aiment bien cette boîte-là. Tu nous en parles pas mal, tu l’aimes bien quand même. C’est des bons clients. C’est intéressant d’aller comprendre ce qui se passe. Et donc voilà que ces mécanismes, ces entreprises, elles sont gigantesques et sont nombreuses, ce sont des sommes considérables qui échappent à l’impôt dans les autres pays de l’Union européenne au profit simplement du Luxembourg. Mais il faut dire au profit du Luxembourg, au petit profit du Luxembourg. Parce que le principe pour le Luxembourg, c’est de taxer très très peu, mais sur une base fiscale gigantesque de l’ensemble des bénéfices qui sont qui sont localisés dans le pays. Et il faut rappeler que le pays, le Luxembourg, c’est 350 000 habitants, donc c’est l'équivalent d’une grosse ville française et avec cet argent, ça fait vivre très bien le pays.
David Dufresne
Alors donc, il y a Jean-Claude Juncker, on vient de voir. Qui est presque voilà, on est au paroxysme. Du cynisme, du cynisme et de la politique, Et par ailleurs, il y en a quelques. Hommes et femmes politiques dans ton film, soit des témoins, soit des images d’archives. Il y a sept, il y a cette députée anglaise, il y a ce sénateur américain. Il y a Eva Joly,Il y en a quelques uns qui ferraillent quand même, qui essayent de gripper la machine.
Yannick Kergoat
Et puis oui, et puis il y a des parlementaires européens. Parce qu’il faut quand même rappeler qu'à l’issue des LuxLeaks, ce scandale gigantesque qui a entaché tout le début du mandat Juncker, il y a une commission d’enquête parlementaire du Parlement européen qui se met en place, qui s’est renouvelé trois fois, dans lequel d’ailleurs Eva Joly était la vice présidente et qui a produit un travail d’auditions, de compréhension de ces mécanismes et de propositions législatives pour essayer d’y remédier. Donc ils ont fait un travail somme un travail vraiment hyper intéressant. Le problème, c’est que le Parlement n’a pas l’initiative des lois, tu le sais en Europe, dont elle n’est pas en mesure de proposer des lois. Et cette initiative, elle est laissée à la Commission et que la commission n’en a pas voulu, hein, ou elle en a filtré, on va dire l’aspect le plus pertinent pour n’en garder que quelques petites mesures dans le fond, qui sont décidées, comme je le dis, à l'étage du dessus, c’est à dire au niveau de l’OCDE, et on a transposé, transcrit dans le droit européen un certain nombre de mesures pris dans l’OCDE, mais qui qui sont valeur, qui ne sont pas des mesures qui sont suffisantes et largement suffisantes pour endiguer le phénomène. Et voilà, au cours des années, on s’en est largement aperçu. Donc voilà, il y a quand même aussi des députés qui essaient de travailler sur ces questions, de faire valoir des solutions. Mais le pouvoir est verrouillé d’une certaine manière et à la fois le Conseil, la réunion des chefs d'État et de gouvernement et la Commission font barrage aujourd’hui. Mais il y a un exemple très, très récent de ce barrage, de ce verrouillage, on va dire institutionnel sur les questions de fiscalité. C’est la fameuse taxe de 15 % votée au niveau de l’OCDE, 15 % minimum de l’impôt pour les multinationales, quels que soient les endroits où elles agissent et déplacent leurs bénéfices. Donc ça a été voté à l’OCDE à l’initiative des Etats Unis. C’est au moment du changement de l’administration américaine, entre Trump et Biden, que cette proposition qui était sur la table depuis des années, des années, débouche sur la signature d’un accord, cet accord, il n’est pas appliqué en Europe parce que. Il n’est pas signé par la totalité des pays des 27 pays membres, ni aujourd’hui avant hier,
David Dufresne
Notamment l’Irlande.
Yannick Kergoat
Au début, c’est l’Irlande qui s’y opposait, donc qui a fait modifier un peu le texte en sa faveur. Après, ça a été la Pologne qu’on ne voulait pas. Aujourd’hui, c’est la Hongrie et encore avant hier, la Hongrie vient de refuser cette loi, donc qui n’est toujours pas appliquée et qui ne sera peut être jamais appliquée en Europe.
David Dufresne
Donc cette loi, c’est qu’Amazon tu dois payer 15 % et Amazon.
Yannick Kergoat
Apple National ne peut payer moins de 15 % d’impôt sur les bénéfices, quels que soient les territoires où elle opère ou où sont ses salariés, où elle a son activité, où elle vend ses produits et évidemment, quel que soit l’endroit où elle localise ses bénéfices.
David Dufresne
Et cela porte un joli nom, nous le rappelle Mélanie dans le chat, la doublette irlandaise. Et là, je laisse ceux qui sont en train de discuter dans le tchat, de nous écouter, etc. D’aller découvrir tout à l’heure, cet après 12 h au cinéma, ce que c’est que la doublette Hot Hits et le sandwich hollandais.
Yannick Kergoat
Ça va ensemble.
David Dufresne
Quelle équipe ? Et le sandwich hollandais ? Et oui les amis, c’est comme ça qu’on va se faire tuer. La doublette irlandaise et le sandwich hollandais. Tu as. Tu as des questions ? En Europe, y a t il des sorcières qui te demandent ? Y a t il une évaluation de l'évasion fiscale par pays ? Une évaluation ?
Yannick Kergoat
Oui, il y a certains pays qui évaluent ce qu’on appelle le tax gap un, notamment l’Angleterre. Je ne les ai pas tous en tête, mais il y a l’Australie, qui sait ? Enfin, je crois que la Suède le fait. Donc ils essayent régulièrement, chaque année ou tous les deux ans, d'évaluer si ces recettes qui échapperaient à l’État et évidemment trouver des mesures pour limiter cette fraude et cette évasion fiscale. Ce qu’on s’est aperçu, nous, en France et d’ailleurs, ça fait l’objet d’un chapitre dans le film, évidemment, c’est que cette évaluation officielle, portée par exemple par un organisme de statistique droit économique indépendant en France, n’existe pas. Voilà. Et. Et pourtant, y a quand même une évaluation. L'évaluation des 80 à 100 milliards d’euros qu’on que je compte qu’on évoque dans le film, elle est là, elle est faite par Solidaires Finances publiques. C’est le syndicat majoritaire des impôts, un des fonctionnaires des impôts depuis le début des années 2000, au début des années 2010. La première évaluation date de 2013, ont évalué la fraude fiscale. Ou plus exactement le non-respect de la loi fiscale. Voilà pour ça concerne l’ensemble des impôts, impôts, TVA comprises, impôt indirect compris. Et ils ont refait cette évaluation en 2018, donc avec des outils statistiques, en partant du contrôle fiscal, avec des formules mathématiques assez complexes de compensation, etc etc. Pour aboutir à cette fourchette de 80 à 100 milliards d’euros de recettes fiscales qui échappent à la collectivité chaque année.
David Dufresne
Mais on est d’accord, ce ne sont pas des chiffres officiels, il n’y a rien d’officiel. Et donc ne pas nommer c’est c’est évidemment déjà un acte politique.
Yannick Kergoat
Et ne pas nommer ces terres d’une certaine manière, évidemment, on telle la question. Il y a eu des déclarations récentes de Darmanin qui a dit qu’on va le chiffrer officiellement. Ensuite Macron a dit non, on va le faire autrement. Donc il a annulé la promesse de Darmanin d’une certaine manière, pour au moment, au moment de la crise de gilets jaunes, dire ça y est, l’État va s’en occuper, on va faire quelque chose et puis et puis non, en fin de compte, ça ne s’est pas produit non plus, comme un certain nombre d’annonces régulières du gouvernement. Voilà, on nous dit on va faire quelque chose, c’est promis, on s’en occupe. Et puis il ne se passe rien. Et d’ailleurs, dans le domaine de l'évaluation de la fraude fiscale, aujourd’hui, le gouvernement a abandonné l’idée de chiffrer, de la chiffrer officiellement,c’est plus du tout à l’ordre du jour.
David Dufresne
Est ce que ça, ce n’est pas l’illustration de ce que le film essaie de démontrer, je crois, qui est de dire que l'évasion fiscale, c’est ce n’est pas quelque chose d'à part. En fait, c’est un mécanisme essentiel du monde libéral dans lequel on est. Est ce qu’on peut aller jusqu'à dire que le monde libéral dans lequel on est s’appuie, c’est là dessus ou en tout cas en bénéficie tellement que c’est central et c’est pas c’est pas des faux frais quoi. Ce n’est pas possible pour personne.
Yannick Kergoat
C’est exactement ce à quoi je pense que ce que le film dit in fine, enfin c’est la conclusion du film, pour moi, c’est celle-là. Et ça a été aussi ce que j’ai découvert moi, en faisant ce film très clairement, c’est je me suis aperçu ça c’est que la fraude fiscale, c’est pas un défaut du système néo libéral dont on pourrait s’accommoder, ou un effet pervers qu’on pourrait redresser avec une petite mesure ou une petite série de mesures. C’est vraiment un rouage essentiel de la machinerie néolibérale qui produit des inégalités en mars, tu vois. Donc une extrême richesse d’un côté et une pauvreté croissante de l’autre, et qui donne aussi un pouvoir démesuré aux multinationales qui sont aujourd’hui des géants économiques, mais aussi des géants politiques. Parce que cette puissance économique leur donne une puissance politique, hein ? Le patron d’Amazon, quand il vient en France, est reçu comme un chef d'État, réellement comme un chef d'État. Et c’est, et c’est le pouvoir d’influence qu’on sait. Ces entreprises gigantesques, on le voit à travers la personnalité d’un certain nombre de ses propriétaires, comme Elon Musk aujourd’hui, qui rachète Twitter quand fait ce qu’il veut. Qui influe qui ? Qui cherche à influencer très directement, concrètement la politique américaine, qui remet Trump, qui qui ouvre le compte de Trump, etc. Ces milliardaires qui sont qui bénéficient de cette puissance considérable aujourd’hui, y compris les multinationales. Et cette puissance, elle est donnée par quoi ? En tout cas. Et c’est pour ça que c’est un rouage important par le fait qui paye très peu d’impôts et donc qui sont un avantage concurrentiel énorme. Vis à vis des entreprises qui elles vont payer 25 %, 33 % d’impôt, etc etc. Les autres ont une marge de manœuvre financière, tu vois, qui leur permet de s’imposer partout, sur tous les marchés et de grossir et de racheter les autres sociétés et de racheter l’innovation imaginée ailleurs et de redistribuer cet argent à leurs actionnaires. Et on sait aujourd’hui, enfin, c’est très très bien qui sont les actionnaires en majorité et les bénéficiaires des sommes gigantesques captées par ces multinationales. C’est la frange la plus riche. Des populations, ce n’est pas toi et moi, ce ne sont pas les pauvres. C. C’est ceux qui ont suffisamment d’argent disponible pour acheter des actions, spéculer en bourse, etc
David Dufresne
D’où l’importance du film et du combat qui est mené par certains des témoins qui sont dans qui, qui sont ou qui sont dans le film. Est ce que tu veux qu’on regarde le troisième extrait ou sinon je te parle de ton propre financement ? Parlons du financement. Tiens, pour le coût. On change de rythme. Au départ, sociofinancement au départ était le verbe était KissKissBankBank puisqu’au départ il y a 4650 donateurs qui vont vous encourager donner du pognon de sorte d’amorcer la machine. Pourquoi êtes-vous passé par ça ?
Yannick Kergoat
Au départ, à nouveau, il y a une forme de censure douce qui ne se dit pas réellement, puisque quand on a eu écrit cette première version du scénario avec Denis, Robert Bertrand est parti au charbon, il a fait son boulot de producteur et fait ce que toute productrice ou producteur fait. Quand on produit un film pour le cinéma, on va voir les services cinéma des chaînes de télévision, qu’elles soient publiques ou privées, parce qu’elles ont l’obligation légale d’investir une partie de leur fils à faire dans la production, la coproduction de films français ou européens, documentaire ou fiction. Donc, très naturellement, Bertrand a été voir l' ensemble des services cinéma et des chaînes de télévision français. Je me rappelle privé ou public et il a pris l’habitude de dire qu' il l’a même écrit. C’est un garçon qui prend des risques que l’après. La première fois qu’il a eue, qu’il a eu une réponse aussi rapide, ça a été non tout de suite. Donc la seule solution pour boucler le budget pour rendre financièrement ce film possible, c'était de faire un confondiez financement participatif. Oui, donc voilà, on a monté une campagne avec Denis Bertrand, l'équipe du Gros et et 4645 personnes très précisément, effectivement, ont donné de l’argent pour que ce film existe. Faisons preuve d’une chose aussi et au-delà de nous aider, nous, de le rendre possible, de financer le film, les chaînes de télévision de manière très systématique, nous opposer le fait que l'évasion fiscale, ça n’intéressait pas les gens. Voilà c’est pour ça qu’ils n’allaient pas donner le moindre euro pour la fabrication de ce film. Et parmi les 4645 personnes je pense, on fait la preuve aussi que c’est intéresser les gens. Et c’est comme ça qu’on a réussi à faire le film.
David Dufresne
Ces donateurs sont venus voir le film, sont en train de voir le film. Ils sont, ils sont contents de leur, de leur mise. Je vais y aller. Retour sur investissement Et comment ? Alors il y en a qui râlent. Remboursez !
Yannick Kergoat
Alors il faudrait les interroger un parent pour savoir ? Non, moi j’en ai vu un certain nombre, leurs dents dans les avant premières hier soir, etc et qui sont venus me parler. Je leur ai dit alors bon, j'étais un peu inquiet. Honnêtement, ça vous a quand même plu Et les réponses sont, oui, sont très favorables. Je pense que les gens sont vraiment contents du film, heureux d’y avoir participé, d'être un peu à l’origine du projet. Et puis moi je le dis maintenant de manière assez systématique, voilà, je n’ai pas le sentiment que ça soit mon film à moi, tu vois, d’avoir fait mon film, j’ai l’impression que c’est notre film, votre film ensemble. Voilà. Alors après, ils ont attendu longtemps pour connaître. Il y en avait certains, ils avaient carrément. Mais moi. quand j’ai donné cette idée et c'était des anciens euros, c'était des francs français.
David Dufresne
C'était n’importe quoi.
Yannick Kergoat
Pour le film, il faut reconnaître j’ai mis beaucoup, beaucoup de temps à le faire. Pour plein de raisons, notamment aussi parce qu’il y a eu le coup vide au milieu qui a quand même mis un gros coup à tout ça quoi. Et donc ils ont été patients, vraiment, On a essayé de les tenir au courant au cours du processus de fabrication, régulièrement pour leur dire Vous inquiétez pas, on en est là, attention, ça va venir et. Et franchement, personne n’a râlé quoi. Et. Mais je pense que pour certains c'était une bonne surprise parce qu’ils avaient oublié qu’ils avaient des papiers.
David Dufresne
Troisième extrait et le dernier Tim Cook, donc le PDG d’Apple qui est qui est entendu au Sénat, c’est ça, au Sénat américain, on est à quel moment dans le film à peu près ?
Yannick Kergoat
Bah on est dans le deuxième, dans le dernier tiers, au début du dernier tiers, on a un peu découvert comment les multinationales faisaient pour échapper à l’impôt. Quel mécanisme, quel et comment il s’y prenait concrètement. Là, on a un peu évoqué les prix de transfert, qui sont un mécanisme très ancien, à travers un extrait aussi de 1000 milliards de dollars, notamment d’Henri Verneuil qui.était génial, qui est génial dans les années 80 déjà, qui est vraiment extraordinaire de pédagogie. Il y a un petit dessin animé qui nous raconte tout ça avec une. Table, une table digne de celle de comment il s’appelle Poutine en Italie.
Yannick Kergoat
S’il passe avec Poutine, il est d’un côté, ça a été fait. de Sade, c’est la star d’après. Mais ils sont puissants, toi. Et puis voilà, il y a Tim Cook, auditionné au Sénat parce que l’argent qui ne paye pas en Europe, dans leur pays, ils le payent pas non plus aux Etats-Unis. Surprise ! Et là, le Sénat, le Sénat américain quand même, s’en émeut. Donc auditionne les principaux dirigeants d' Apple. Donc on a les réponses Cot cot, cot cot font le SAV d' Apple devant la commission d’enquête sénatoriale américaine. Et puis après on a le débriefing de la mission par Tim Cook tout seul et c’est plutôt rigolo.
David Dufresne
Voilà. Alors je le revois,
Yannick Kergoat
Il n’y a pas qu’en Europe qu’on demande à Apple de rendre des comptes. Car n’allez pas croire que les impôts qui auraient dû être payés dans l’Union européenne le sont aux Etats-Unis, pays de la maison mère. C’est devant le Sénat américain et grâce aux questions du toujours inflexible Carl Levine qui a révélé l’entourloupe au. Niveau national, on a du troc et une coopération..
Yannick Kergoat
Et Plus tard, dans une situation moins solennelle qu’une commission d’enquête, agacée qu’on le renvoie encore à ces devoir civique, le patron d’Apple aura des mots moins solennels Votez pour Notre propre taxe. On sème les poubelles. La liste Todo crap est en berne..
David Dufresne
Aïe, aïe aïe ! Un super digital up ! J’adule TAP tap. Qu’est ce que c’est ça ? Dans les faits, c’est tout à fait autre chose.
Yannick Kergoat
Oh, tu sais, la concurrence.
David Dufresne
C’est lundi matin. Ah oui, c’est la concurrence Bertrand j’adore cet extrait Tout à coup, le Tim Cook, le côté cool de Silicon Valley. J’ai changé le mot Apple machin. Tu vois quand même le cynisme du nom du gars interviewé par je ne sais plus quelle chaîne. Ce que j’aime aussi, c’est quand même la teneur des échanges. C’est quand même autre chose que les auditions au Sénat français.
Yannick Kergoat
Ouais, je suis assez d’accord et c’est quand même autre chose. Et puis. Et puis les mecs, ils envoient, ils pétoche quand même. Oui, parce que mentir au cours d’une commission d’enquête officielle du Sénat américain, tu prends un risque juridique autrement plus important que celui que tu peux prendre. Et d’ailleurs, tu lis un autre extrait d’une commission d’enquête sénatoriale qui concerne un grand dirigeant d’une banque française très connue dans le film où il est pris la main dans le sac d’avoir menti sous serment, etc. Il va rien lui arriver hein ? Donc en aux Etats Unis, non ce n’est pas le cas. Donc les mecs y pataugent. Donc ils ont bien préparé leur affaire. Ils choisissent très clairement les termes, tu vois, de leur, de leur déclaration, de leur témoignage. Tout ça est validé par des batteries d’avocats en amont, etc. Et donc il faut bien choisir les termes pour ne pas être pris en flagrant délit de mensonge, mais pouvoir dire mais non mais je vous ai pas dit ça, je dis ça exactement comme ça. Donc tu vois une co qui dit je ne sais pas ce que légalement ça peut vouloir dire précisément, mais oui, c’est ça, c’est ça. Évidemment, quand il est plus dans la commission d’enquête, il est devant 60 minutes et une émission très ciblée.
Yannick Kergoat
C’est bien, c’est historique.
David Dufresne
C’est leur envoyé spécial, quoi !
Yannick Kergoat
Là aussi, il pèse très très précisément ses termes quand il dit c’est des conneries politiciennes. Voilà, c’est des mots très très forts, mais qui sont aussi extrêmement pesés. Voilà, c’est. C’est le message qu’il veut faire passer. Laissez nous faire notre business. Arrêtez de mêler politique et affaires.
David Dufresne
Je sais, je trouve que c’est vachement au dessus de ça. Je trouve que c’est le pouvoir du business sur le pouvoir. Là c’est quand même une façon de dire ça. Mais votre gueule !
Yannick Kergoat
Oui, c’est ça.
David Dufresne
On est au-dessus du Ciel.
Yannick Kergoat
C’est le discours classique des grands patrons d’industrie américaine. C’est comme ça qu’on se pense au-dessus de la société. On travaille pour le pays parce qu’on fait rentrer de l’argent. Si ce n’est pas des recettes fiscales, bah tant pis. Mais. Et ne mêlez pas la politique avec les affaires, c’est ça ? C’est leur vision. C’est vraiment leur vision des choses.
David Dufresne
Selon vous, pourrait-il y avoir une action en justice de la part des collectivités locales et des services publics au détriment desquels se fait cette évasion fiscale ?
Yannick Kergoat
Est ce que tu peux reprendre ?.
David Dufresne
On n’est pas chez les cons ici, selon vous, C’est à dire selon toi, ou pourrait il y avoir une action en justice de la part des collectivités locales et de la part des services publics aux détriments desquels se fait cette évasion fiscale ? Les hôpitaux pourraient-ils en pâtir ? Je parle des hôpitaux puisque les locaux vides ont une certaine influence dans ton film, puisque ça démarre là dessus. Sur le fait que l’on s’est rendu compte à ce moment-là du désastre hospitalier, etc. Du pognon que ce pognon. Ça fait 2h qu’on en parle, on sait où il est dans certains paradis. Et donc ce que te demande c’est est ce que finalement il pourrait y avoir des class actions ou des recours en justice contre ces multinationales, contre ces milliardaires ?
Yannick Kergoat
Et je trouve que c’est une super bonne idée. Vraiment, je n’y avais pas pensé, mais tout d’un coup, tu sais, ça connecte avec ce qui s’est passé sur le climat. Tu sais, il y a eu une affaire de justice et ça a même été jugé, etc. Et le gouvernement a été condamné pour inaction climatique et l’action climatique. Putain, c’est vraiment ce qu’on doit faire. Il faudrait qu’on fasse une action pour inaction fiscale, pour pour juger le gouvernement au titre qui ne fait pas ce qu’il faut pour que l’argent rentre enfin. Cet argent qui devrait légalement entrer dans les caisses de l’Etat ne rentre pas et on fait une class action tous ensemble, citoyenne évidemment avec des collectifs d’infirmières qui sont parties prenantes, avec tout un tas d’administrations qui manquent d’argent et de parents qui ne peuvent pas faire soigner leurs enfants. Écoles fermées, profs absents, métros qui n’arrivent plus aujourd’hui. Et puis on se met tous ensemble et on fait une class action sur rien de sûr. Sur ces questions là. J’ai oublié le terme Kerviel. Qui a été employé pour sur la question du climat, à porter un nom, j’ai un peu oublié. Le terme peut donc être très long.
David Dufresne
Je crois que citer une action climatique.
Yannick Kergoat
Ou une action climatique. Mais il y avait un terme juridique. Enfin, il y en avait une. Ça avait pris une forme, une action juridique qui avait été effectivement sanctionnée et le gouvernement avait été effectivement sanctionné. C’est vrai, on devrait faire exactement la même chose pour l'évasion fiscale. Je suis d’accord. Je trouve que c’est une super bonne idée.
David Dufresne
Voilà. Oui, ça réagit. Quand est-ce que je signe ? Ou de celui qui nous suit de Suisse ? Donc c’est dire les risques qu’il prend. Je crois qu’il y a une grosse affaire en Suisse, là. D’ailleurs, à propos de toutes ces histoires-là, il y a plein d’aspects. Il n’y a pas d' archives qui ont brûlé au tribunal de je sais pas quoi. Il y a un gros machin en ce moment.
Yannick Kergoat
Je n' en ai pas entendu parler.
David Dufresne
Un appel aux avocats.
Yannick Kergoat
On dit souvent la fraude, y a que toi. Ça c est fini.
David Dufresne
Prenez un poste de douane. Moi je connais bien qui avait qui avait posé cette question et j’ai lu quelques critiques. En disant ouais, le film est super mais on n’apprend rien. Alors moi je déteste ces phrases de journalistes qui veulent toujours en fait en disant on apprend rien, il va le dire, mais nous on a déjà fait le travail, ça sert à rien. Donc je ne me fais pas ton porte voix mais c’est ce que je pense quand je dis le truc. Les papiers sont vachement bien. Ouais mais bon, finalement on n’apprend pas grand chose, tout ça, on sait, etc. Est ce que c’est pas la clé du problème ? C’est que justement c’est légal. Tu l’as dit tout à l’heure, on le sait, mais en réalité c’est totalement invisible. Voilà donc une criminalité puisqu’il faut appeler les choses par leur nom invisible qui ne fait pas d’image. Il n’y a pas d’image, je veux dire, il n’y a pas d’image, il n’y a pas de, il n’y a pas de sang, il n’y a pas de chose comme ça. Et pourtant il y a au fond, il y a des morts symboliques. Chaque minute, finalement, c’est évitement de l’impôt, etc. C’est quoi toi, ta réponse par rapport à ça ? Alors j’ai passé plein de trucs, le bon, j’ai très bien foutu les extraits, donc il y a plein de super papiers élogieux, mais il y en a quelques uns qui font un peu les difficiles. Qu’est ce que tu réponds à ça ?.
Yannick Kergoat
Moi je dirais que ça fait partie de cette opération de visibilisation. Tu vois, on dit ouah, le film existe. Mais bon, c’est pas intéressant d’aller le voir quand on peut le citer. C’est le journaliste qui a chroniqué le film dans Libération que Edwy Plenel a qualifié de journaliste assis hier soir au cours de la projection débat Vous entendrez des Arabes. Je suis assez d’accord avec la formule euh. Voilà. Il conclut son article en disant bon, au bout d’un moment, le film c’est un empilement de de choses connues. Donc c’est ça. Évidemment, c’est un peu surprenant de la part d’un journaliste qui est censé informer et non pas censé dire que lui c’est quoi ? Voilà, il peut, il pourrait s’intéresser de savoir si les gens le savent vraiment, etc. Quand il parle d’empilement de choses connues, honnêtement, on peut critiquer le film de plein de manières différentes. Un tout, tout est critiquable, mais c’est certainement pas un empilement, c’est si c’est la création d’une image complète, circonstanciée, détaillée, point par point, cohérente. De deux ce que c’est que la fraude et l'évasion fiscale dans nos sociétés aujourd’hui. Donc c’est vraiment un travail didactique qui s’adresse au spectateur et à tous les spectateurs, qui fait l’effort d'être accessible à tout le monde. Mais c’est certainement pas un empilement de choses comme le sont pas du tout quoi. Voilà, donc c’est ça un article vraiment extrêmement déplaisant, bon, qui vient d’un journaliste, d’un journal qui. Ce qui normalement se veut quand même plutôt sensible aux questions sociales et à ce type de débat. Voilà, c’est un peu surprenant. Euh non, moi ça m'énerve encore, mais franchement, ça m’a énervé il y a un an, j'étais un peu. Je dis merde quand même parce que c’est absolument toutes les critiques, mais qu’on rentre dans le champ quand même de ce que c’est que ce film et de son projet.
David Dufresne
C’est d’autant plus con que moi j’ai bien aimé le titre L’amour du fisc pour ça, mais pas parce que tu sais que ce n’est pas les mêmes qui font les titres. Et j’allais t’en parler. Tu sais, j’ai passé dix ans de ma vie à Libération, donc je sais bien que ce qui fait les titres ne sont pas les mêmes, mais je pense que tu es tombé. Voilà, je le dis. Alors ça commence à être un peu vieux. Mes souvenirs c’est il y a 20 ans, mais je pense que c’est la rupture de Libération. Elle est là, c’est que le service économique est passé et passé à droite.
Yannick Kergoat
A droite.
David Dufresne
L’arme à droite à cet endroit là, en bas à droite dans les années 80, le virage vive la crise, etc. On se souvient, Yves Montand, Les années Tapie, etc. Là où sur l’aspect aujourd’hui on dit sociétale, bah Libé reste quand même a priori l’arme à gauche, mais bon, voilà. Et donc je ne sais pas si c’est un critique cinéma ou un mec de l'économie du service.
Yannick Kergoat
Économie, c’est un mec de l'économie.
David Dufresne
Ben voilà, c’est un exemple.
Yannick Kergoat
Ben voilà. Et donc ce qui prend plus le titre de grand reporter, là, ça fait vendre reporter, tu sais, ça évoque toujours le mec ils sont allés sur les lieux de conflit et qui va dans les pays où c’est vous, c’est compliqué d’aller, etc. Bon, là on a un peu le sentiment qui est il a jamais fait grand-chose que de traverser un boulevard parisien quoi. Mais tu ne dis rien.
David Dufresne
Mais et d’une manière plus générale, je trouve que la critique qui consiste à dire on n’apprend rien et la critique la plus pauvre qui soit quoi. Parce que parfois c’est justement parce que des choses. Tu parlais tout à l’heure, je me souviens du film I comme Icare qui a été fait ou où tout est sous les yeux du personnage central, alors que t’as passé pendant 1h et demie à essayer de trouver qui était incarné par mon ange, quoi. Et tout est là, tout est là. Ils cherchent des choses cachées alors qu’en fait ils ne voient pas l'évidence. Et si c’est la beauté de ton film, c’est qu’en fait tu nous montres cette évidence qui est à longueur de temps. Tu. On a dit tout à l’heure BFM qui prend pas votre votre, votre votre pub etc. Moi ça me paraît important de raconter tout ça. Voilà, une fois qu’on a parlé des films et de ces valeurs.
Yannick Kergoat
Mais dans 1000 milliards de dollars, l’autre film d’Henri Verneuil. Et puis non, non, il y a un extrait dans le film. C’est aussi un journaliste qui fait le boulot, c’est une journaliste d’enquête et qui va finir à la fin, publiée dans La petite feuille de chou locale pour être sûr que son enquête ne sera pas censurée. Donc je le redis, effectivement, une mauvaise critique d’un journalisme parisien, c’est extrêmement anecdotique face au fait que, quand même, il faut le rappeler à une grande majorité de ce qu’on sait sur les mécanismes de fraude et l'évasion fiscale, On le doit aux lanceurs d’alerte et au travail de journalistes, sur les sur les documents qui ont pu être exfiltrés et ont fait l’objet de leaks. Donc voilà, non, il y a des journalistes debout qui bossent sur ces questions et qui ne prétendent pas tout savoir et qui prétendent non informer les citoyens, informer le public et faire le boulot du fameux quatrième pouvoir, leur boulot de contre pouvoir.
David Dufresne
Alors moi j’ai des très bonnes nouvelles. Je sens que le film va créer des couples hors sol qui demandent est ce qu’il y a des Orléanais qui veulent venir voir le film avec moi aux Carmes, le cinéma des Carmes, il y a. Il y a Cahors qui dit dans Télérama, il parle d’un doc intelligent et pédagogue. Qu’est ce que d’autre ? Le film est visible au Concorde, à Nantes. Bon voilà, ça y est, le château est en train de se préparer des sorties. Tout le monde va aller au cinéma muni de son sandwich hollandais. Hé hé hé ! Et regardez et regardez, regardez ça ! On arrêtera là, peut-être. Il y a des éclairs de lucidité extraordinaire dans le film qui viennent parfois, je trouve du pas forcément du côté de la barricade que nous avons l’habitude de fréquenter. Je pense à cette scène à Davos. Est ce qu’on peut en parler ou tu veux la garder ?
Yannick Kergoat
L'Épiphanie, évidemment.
David Dufresne
Je l’adore cette scène, c’est sûr.
Yannick Kergoat
Sur la fin du film, on en vient à se poser la question de l’impôt du taux d’imposition, puisque l’un des arguments principal qui est opposé. À l’inaction qui justifie l’inaction politique, c’est dire Oui, l'évasion fiscale. S’il y a de l'évasion fiscale, c’est parce qu’il y a trop d’impôts, C’est ça ? Ça, c’est un discours qu’on entend régulièrement partout, dans les médias, à la télé, dans la bouche de certaines femmes et hommes politiques. Donc fallait questionner cette question du taux d’imposition en gros. Trop d’impôt tue l’impôt, etc etc. Et rappeler qu'à une certaine époque, dans un pays comme les États-Unis, les taux d’imposition, les taux marginaux, le taux marginal, c’est le taux supérieur d’imposition ont été extrêmement élevés, et ça pendant des dizaines et dizaines d’années. Et la scène, elle est lancée par effectivement un colloque dans le cadre de Davos du Forum économique mondial qui réunit chaque année. Voilà tous les grands chefs d’entreprise, tous les penseurs du néolibéralisme, tous les économistes à la solde de ce système là. Et la question est posée par la journaliste de façon assez naïve aux gens qui animent cette conférence. Et c’est Michael Dell, l’une des 10ᵉ grande fortune américaine.
David Dufresne
Des ordinateurs Dell.
Yannick Kergoat
Voilà des ordinateurs, qui rigole en disant ben non, payer trop d’impôts, ça n’a pas de sens. Et puis il me dit moi j’ai une fondation et puis voilà. Je préfère que l’argent que je donne à cette fondation soit utilisé comme ça, plutôt que de donner à l’Etat, en gros, qu’il gaspille quoi. Et la petite parenthèse, c’est aussi la vision qu’ont les riches et les ultra riches de l’impôt Ils veulent bien payer des impôts à deux. Selon deux raisons. La première, c’est que c’est eux qui fixent le montant de ce qu’ils veulent donner, etc. Et la deuxième, c’est qu’ils veulent, eux, décider de l’usage de cet argent. Voilà, donc c’est pas un État. Moi je veux bien donner comme comme le font la fondation d’un autre fabricant d’ordinateurs très connu, mais c’est uniquement sur la santé par exemple. Microsoft. Donc voilà, Microsoft a une énorme fondation sur la santé, donc voilà, ils veulent pointer cet argent là et ils ne veulent pas que ça soit d’autres qui décident à leur place de l’usage collectif de l’argent. Et puis effectivement, sur place, sur le plateau, il y a un historien qui lui a bien expliqué les taux d’imposition,, ils ont été très élevés aux Etats-Unis pendant des dizaines d’années et c'était une période de France forte croissance économique il y a beaucoup d'économistes qui disent qu’au contraire un taux important d’impôts et de donc de redistribution, parce que l’impôt, c’est quoi ? C’est de l’argent qu’on redistribue, c’est l’argent pour tout le monde, c’est l’argent qui va dans ces services publics, mais qui sont qui ont aussi une activité économique qui aussi génère des salaires, Eh bien il dit qu’un taux d’imposition très élevé n’est pas du tout incompatible avec une activité, une très bonne activité économique. Donc, il rappelle ça et il rappelle notamment que sous Roosevelt, les taux d’imposition, le taux marginal d’imposition était de….
David Dufresne
Écoutez bien, écoutez bien, écoutez de 93 %
Yannick Kergoat
Donc on peut dire pas très loin du pourcentage qu'à un moment donné Mélenchon a proposé, quand il disait voilà au dessus de 10 millions d’euros de revenus ou je ne sais pas quoi, je me souviens plus, eh bien je prends tout. C’est exactement ce que faisaient les Etats-Unis. Et ils l’ont fait pendant des années et des années, au moment où le rêve américain n’a jamais été aussi fort, ou la ou la ou l'économie américaine n’a jamais été aussi florissante. Alors évidemment, en partie grâce à l’industrie de la guerre, mais pas uniquement. Enfin je veux dire, voilà les années dorées du rêve américain, c’est là où c'était le plus opposé. Et ça a très bien marché. Et avec avec l’idée derrière de limiter les inégalités, que l’impôt allait limiter les inégalités et que dans une démocratie, eh bien les inégalités, elles devaient être quand même contenues, hein ? Et puis d’empêcher que se crée une dynasties de gens ultra riches hein, qui transmettent leur patrimoine à leurs descendants, etc etc. Et donc de créer une oligarchie d’ultra riches qui se reproduit de génération en génération. C'était ça cette idée de l’impôt je pense que c'était très important de rappeler ça dans le cadre de ce film.
David Dufresne
C’est formidable, vous la verrez cet après-midi dans vos cinémas. absolument formidable parce que le mec, il ressort ça, il y a un côté pince sans rire chez lui il sait qu’il va faire de l’effet et l’effet est encore plus fort
Yannick Kergoat
. c’est tout ce qu’on croit et qu’on veut faire croire tout s'écroule soudain ici et là, une espèce de silence gêné et lourd. Et il le dit sans aucune agressivité. Non, non, non mais vraiment. Je veux dire, ça ne s’est pas passé comme ça dans l’ombre. Et écoutez, regardez, c’est vrai que c’est très rigolo pas.
David Dufresne
Ton quotidien, ça va être quoi aujourd’hui ? Tu fais d’autres débats demain ? Comment ça se passe sur la route ?
Yannick Kergoat
J'étais pas mal sur la route ce dernier mois pour faire ces avant premières un peu partout en France. Dès demain, j’ai une projection à Hérouville, à côté de Caen vendredi j’irai à Rouen samedi.
David Dufresne
Dans une salle orange, une salle orange à Hérouville.
Yannick Kergoat
Je ne connais pas
David Dufresne
Oui, tu vas voir, c’est extraordinaire, tu vas adorer.
Yannick Kergoat
Je serai à Versailles dimanche. Pour ceux que ça intéresse, il y a une projection débat à Versailles. On va faire une petite pause pour les fêtes de Noël. Enfin, ça va un peu s’arrêter mais ça va reprendre. Au mois de janvier, Mélanie a une liste précise. On a des visuels qui nous permettent de communiquer sur ses dates, mais en tout cas, on peut tout trouver. Toutes les projections débats sur le site de Wild Bunch à qui le distributeur de films. Et voilà, on les annonce. Et ces débats, ce n’est pas toujours moi qui les anime. Il y a des collectifs. Et attends qui ? À Oxfam, il y a la Ligue des droits de l’homme, il y a Anticor, il y a CCFD-Terre Solidaire qui sont partenaires de la diffusion de ce film. Et pour moi, c’est une grande fierté que ces associations qui luttent pour la justice fiscale et sur les questions de fiscalité. Et c’est une question d'évasion fiscale depuis des années et quotidiennement, soit partenaire du film. D’abord, c’est un label. Pour moi, ça veut dire que le film leur semble intéressant et puis que c’est un outil pour eux. Donc ils se saisissent de cet outil qu’on a fabriqué. Et puis ils l’utilisent pour continuer. À proposer, à lutter, à informer, à essayer de réveiller les consciences sur ces questions là.
David Dufresne
Quand tu dis un outil, après j’arrêterai là, est-ce que tu as le sentiment que le cinéma peut peut être peut faire œuvre d'éducation populaire ? Et est ce que tu trouves que puisque tu as dit tout à l’heure que tu étais dans le secteur depuis un certain temps, est ce que tu trouves qu’il y a une évolution du public par rapport à ça ? Est ce que dans les débats, tu trouves qu’il y a des différences entre aujourd’hui sur les attentes, sur les curiosités des uns et des autres vis à vis des cinéastes comme toi et des films ou c’est pareil qu’il y a 20 ans, 30 ans,
Yannick Kergoat
Ce que je constate, c’est que il y a 30 ans ou 40 ans, le documentaire ou au cinéma, c'était Connaissance du monde. Je ne sais pas si tu te souviens de ce genre de truc. Bon voilà, c'étaient des documentaires qui étaient montrés au cinéma, il y avait des projections avec des conférences derrière. On a visité un pays, c'était du tourisme. En gros, ça s’appelait Connaissance du monde et le combat politique, c'était les films de Costa-Gavras. Et oui, toi d’Henri Verneuil qui était la fiction, et bien on a l’impression que les choses sont inversées aujourd’hui. Ce qui est ce qui cherche à informer sur l'état du monde, des rapports de force, des questions de société. C’est beaucoup plus un documentaire que de la fiction. C’est clairement ça quoi. Alors ça veut pas dire qu’il n’y a pas des documentaires animaliers, ça existe et qu’il n’y a pas de cinéma de fiction qui s’intéresse à des questions politiques et sociales. Mais je trouve que ça s’est inversé et aujourd’hui ça s’incarne beaucoup dans le documentaire et donc dans le cinéma documentaire. Pour la salle, Voilà, c’est ton film, c’est un certain nombre de films qui sortent chaque année, c’est les documentaires. Gilles Pérez Tu vois, ça s’est imposé quand même, comme au cinéma, et je trouve que c’est une très bonne chose. Mais c’est aussi peut être une chose un peu qu’on peut regretter, quoique le cinéma de fiction ne soit plus ce cinéma d'émancipation qu’on a connu.
David Dufresne
C’est super ! Merci beaucoup Yannick ! Qu’est ce que tu veux ajouter quelque chose ?
Yannick Kergoat
Je voulais vraiment te remercier et remercier tout ceux qu’ont suivi Au poste ce matin tôt et qui ont réagi.
David Dufresne
Merci, merci dans le tchat Merci beaucoup. J’espère que ce film fera du bruit, super pressé d’aller voir le film, c’est du super boulot. A très vite, à très vite, Salut à toi pour la sortie.

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