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Pourquoi manger est un acte politique

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Transcription de l’émission

00:00:00Nora Bouazzouni
Bonjour et bienvenue à tous et à toutes dans ce nouvel épisode ça commence bien Nayan, je suis pas du tout du matin, toujours pas, ça fait deux ans nouvel épisode de "Bouffe de là " je suis toujours Nora Bouazzouni, je suis en train de fondre, j’espère que ça va chez vous, pas trop mal. Ici, c’est horrible, voilà, il fait 40 degrés,je suis toujours très heureuse de vous retrouver en direct et en tchat et je vois que dans le tchat, il y a déjà du monde. Il y a Euryale évidemment, bonjour Euryale toujours là, heureusement puis plusieurs personnes, il y a du monde dis donc ce matin. TT94an qui dit artiste ethnoculinaire, qu’est-ce à dire que ceci ? Eh bien, nous allons en parler, évidemment. On brûle de partout, dit Flo Copo. Ton émoji flocon de neige me fait du bien. Tu vois, bizarrement, cognitivement, je me sens plus fraîche. Merci vraiment à tout le monde, bonjour, il y a du monde, il y a du monde. Merci vraiment, c’est trop cool de voir qu’il y a autant de gens. Bon courage vraiment à tout le monde avec cette chaleur. Je regardais sur mon fil Instagram tout à l’heure, il y avait Reporterre qui a posté un article, je crois que c'était reporter, en disant qu'à Neuilly, effectivement, on ne vit pas la canicule de la même manière. Et il y à une dame qui disait que ses chiens dorment dans une pièce climatisée. Et bon, c’est super pour ses chiens, moi j’aimerais bien que déjà mon corps dorme dans une pièce climatisée. Mais elle avait l’air plutôt empathique, alors après on verra si elle vote l’empathie, le parti de l’empathie et pas le parti de l’argent. N’oubliez pas de réagir, de poser vos questions. Oui, il fait chaud en cuisine. Et oui, et puis c’est arboré Neuilly. Quelqu’un disait ça dans l’article, un disait, bah oui, il y a le bois à côté. Donc, je suis ravie. N’hésitez pas, vous poserez des questions à mon invitée qui est absolument formidable, que j’adore et je suis très contente de la recevoir. Mais d’abord, n’oubliez pas. Évidemment, évidemment de vous abonner, de vous adonner au poste pour qu’on puisse continuer l’année prochaine. Parce que évidemment on va faire une pause, la pause fraîcheur, la pause vacances là, la pause d' hydratation comme pour la Coupe du Monde, adonnez vous au poste parce que comme ça on peut continuer à vous proposer des vidéos, des émissions, des lives, de très bonnes factures, j’ai envie de vous dire quand même, on se jette des fleurs un petit peu évidemment. Et puis parce que de toute façon vous le savez très bien comme je le dis depuis deux ans : l’indépendance contrairement à la gentillesse, et bien, ça n’est pas gratuit.
00:02:37Audio
On essaye de mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant qui met ensemble les mots et les choses, les mots les images.
00:02:48Nora Bouazzouni
Aujourd’hui, on va parler d' artivisme, et oui, j’ai bien dit artivisme culinaire. Résister en mangeant, goûter les paysages, boire un coucher de soleil, des pâtes anti-fascistes italiennes aux estuaires du Rhône, de la cueillette politique à la recherche/action, qu’on va définir. Comment l’art permet-il de raconter la nourriture autrement, de faire corps avec le vivant et les territoires pour répondre à ces questions et tant d’autres ? J’ai le plaisir, et si je bouge trop, ça fait couic couic. J’ai le plaisir de recevoir en visio pour ce dernier épisode de la saison de "Bouffe de là" Floriane Facchini auteure, metteuse en scène, artiste ethno-culinaire, disclaimeur, Floriane est une amie, j’invite mes amis, mes amis sont formidables que voulez-vous ! Bonjour Floriane.
00:03:35Floriane Facchini
Bonjour Nora, bonjour tout le monde.
00:03:38Nora Bouazzouni
Comment ça va ?
00:03:40Floriane Facchini
Ça va, ça va, merci.
00:03:42Nora Bouazzouni
Je suis contente de voir ta tête.
00:03:46Floriane Facchini
On est en raccord couleur, t’as vu ?
00:03:48Nora Bouazzouni
Ah, c’est magnifique ! Et puis tu as le soleil, toi, sur ton dos avec ce livre de David Graeber, évidemment. Oh, il y a mon livre en haut ! Oh !
00:03:59Floriane Facchini
Il y a tous les livres, j’avoue je ne les ai pas bougés, ils sont là, et je les mets bien en avant.
00:04:07Nora Bouazzouni
Magnifique, je te remercie, voilà, il y a « Manger les riches » en haut à droite. Je l’ai repéré tout de suite avec cette magnifique couverture de Léa Chassagne que je salue, si elle nous regarde, si elle tombe sur cette émission un jour. Ah oui, JST42 qui dit « Ça le change beaucoup, Dave Duf, quand il se rase ». Et oui, nous ne sommes pas la même personne, je vous le répète encore une fois, oui, on nous a vus dans la même pièce, je ne suis pas Batman, il n’est pas,j’allais dire John Wayne, n’importe quoi. Bruce Wayne, évidemment, voilà, Nayan se moque de moi, je le sais bien, il a bien raison. Floriane je suis ravie déjà que tu acceptes cette invitation, ça fait longtemps qu’on veut discuter toutes les deux dans cette émission, donc je suis très contente qu’on puisse le faire, en plus tu clos la saison de "Bouffe de là". On s’est rencontrées à Marseille, tu m’as invitée à collaborer à un de tes projets au sein du Zef, qui est une scène nationale. Toi tu travailles en tant qu’artiste associée au sein de plusieurs scènes nationales, notamment le Zef de Marseille, la Garance à Cavaillon. C’est quoi une scène nationale déjà et c' est quoi une artiste associée ?
00:05:09Floriane Facchini
Donc, scène nationale, c’est un label qui est décerné par le ministère de la culture à des théâtres publics, français et leurs objectifs, leurs obligations, donc leur cahier des charges, comme ils disent, c’est de faire des programmations pluridisciplinaires dans le domaine du spectacle vivant, du théâtre, de la performance, aujourd’hui, de plus en plus aussi des arts culinaires, de la danse, etc. Il y a beaucoup de scènes nationales qui accompagnent et qui mènent aujourd’hui aussi des projets des territoires, donc des projets sur le temps long ce qui permet d’activer un vrai temps de travail avec la population locale, les quartiers dans lesquels le théâtre est implanté, par exemple. Et donc, être artiste associée, bon déjà c’est une chance, c’est super, c’est vraiment quelque chose que, en tout cas moi dans mon parcours, j’ai construit après des années, des années et des années de travail, c’est pas tombé comme ça je suis devenu artiste associée à 45 ans, j’ai commencé le théâtre de manière professionnelle à l'âge de 20 ans. Donc c’est quelque chose qui peut arriver au début, au milieu de son propre parcours. J’espère pas à la fin, mais en tout cas c'était quelque chose qui arrive à un moment aussi. Moi comme je l’ai vécu, ça a été un moment pour moi qui m’a permis, et qui est en train de me permettre encore aujourd’hui, de développer des projets sur un temps long d’avoir un accompagnement aussi sous mes créations futures, ça c’est très important. Parce que dans le monde du spectacle vivant, chaque nouveau spectacle, chaque nouvelle création, c' est un monde à part, on recommence tout à zéro, bien évidemment on a notre réseau, mais il faut rechercher les partenaires, les personnes qui nous produisent, etc. Donc être artiste associée, ça permet aussi d'être accompagnée sur un temps de 2, 3, 4 ans pour certains artistes. Et ça permet aussi de tisser un lien, je dirais, privilégié avec un théâtre, mais aussi avec la population, les habitants et les artistes qui rayonnent autour de ces théâtres et de ces territoires. Voilà, après c’est aussi des contraintes, bien évidemment, parce qu’il faut donc créer pendant le temps qu’on est artiste associé, créer des événements, des projets être constamment aussi en échange, ça va, c’est des contraintes assez cools, mais c’est vrai que les projets territoires et les créations demandent beaucoup d'énergie, ce sont des projets ceux de territoires par exemple vraiment chronophages dans lesquels on travaille des heures, des heures pour prendre une décision, donc voilà ce sont aussi des engagements importants forts à tenir.
00:07:59Nora Bouazzouni
Oui, parce qu’on rappelle quand même quand on est artiste, artiste autrice, artiste auteur, toute la recherche, le temps de recherche, et le temps création, c’est pas un temps qui est facilement rémunéré, ni même rémunéré tout court. Donc c’est vrai comme tu le disais, pouvoir avoir ce temps là qui est rémunéré par les salles nationales, c’est vrai que c’est un privilège, mais un privilège que toi t’as gagné évidemment en bossant depuis très longtemps comme tu l’as rappelé. Mais voilà, je tiens à le rappeler pour les gens qui nous écoutent que quand on écrit un livre, quand on monte une pièce ou une performance pour un spectacle, tout le temps de recherche ne nous est absolument pas rémunéré. On n’a pas ce qu’on appelle la continuité des revenus et d’ailleurs, si vous voulez aller vous renseigner là-dessus, la continuité des revenus, il y a un site qui est fait aussi par les syndicats des artistes auteurices pour nous soutenir parce qu’on n’a pas le droit au chômage non plus, en tant qu’artiste, auteurice. Je voudrais que tu nous racontes un peu ton parcours parce que toi t’es diplômée en histoire du théâtre et dramaturgie à Rome, parce que tu es née à Rome et puis après tu es partie au Danemark et tu as fait l’International School of Theatre Anthropology. Qu’est-ce que ça a apporté à ta pratique ? C’est quoi ce parcours, cette école d’anthropologie du théâtre ? Et comment tu en as entendu parler ? Parce que moi je ne connaissais même pas quand tu m’en as parlé, j'étais là mais qu’est ce que c’est que ça ?
00:09:15Floriane Facchini
Alors en fait, elle se nomme comme une école internationale d’anthropologie mais je dirais que de manière plus précise, c’est un réseau qui a été créé par Eugenio Barba. Eugenio Barba aujourd’hui, il a plus de 80 ans, donc c'était un metteur en scène, pédagogue, homme de théâtre, originaire d’Italie, des Pouilles qui est parti au Danemark, d’abord en Auvergne et au Danemark, c'était un élève de Grotowski, donc un autre homme de théâtre, qui a eu beaucoup d’importance en Italie, en tout cas pendant les années 70 parce que tous ces gens-là ont interrogé la technique de l’acteur et ils ont proposé un travail qui était davantage ancré dans les corps de l’acteur. Donc moi, j’avais étudié tout cela à l’université, ça m’avait fascinée et j’y avais aussi étudié j’avais fait quelques examens en parallèle d’anthropologie et voilà, c'était vraiment la dernière année. Donc, j’avais vraiment flashé et je m'étais dit que je voulais absolument trouver une école de théâtre, en tout cas un master, une formation qui me permettait de continuer mes études de pratiques théâtrales, mais aussi de m’ouvrir à ces champs de l’anthropologie en général. Au début, je pensais vraiment à l’anthropologie, donc vraiment à l'étude des cultures, de comment les êtres humains vivent dans leurs territoires, etc. Mais en fait, quand je suis arrivée au Danemark, pour poursuivre cette formation, j’ai compris que là, c'était plutôt un théâtre. C’est-à-dire que c'était vraiment un domaine spécialisé qui a été inventé, développé en tout cas par Eugenio Barba. Et l’idée c’est pas d'étudier en général les cultures elles-mêmes mais un peu les principes du comportement humain dans la performance scénique. Donc on étudiait l’utilisation des corps d’acteur au travers de différentes traditions comme le théâtre asiatique, occidental, les différents rituels, les danses. Au début, j'étais complètement enchantée, fascinée parce que j’avais terminé mes études à Rome sur Mahabharata de Peter Brook, Peter Brook metteur en scène, qui est décédé il y a peu, anglais, qui a été très très connu en France parce qu’il a été aussi, entre autres, le directeur des Bouffes du Nord. Voilà, il avait mis en œuvre ce spectacle qui s’appelle Mahabharata. Je pense qu’il a été présenté dans les années 80 à Avignon j’ai été complètement fascinée parce que c'était un mélange, c'était l’histoire déjà du Mahabharata c’est un peu comme la Bible. Désolée pour la référence, mais c’est un peu ça que je vois là. Un peu la Bible pour la culture hindouiste, indienne, mais voilà, c’est vraiment un livre passionnant. Et j’avais vu ça en scène avec des auteurs qui venaient de partout dans le monde, avec une présence scénique qui m’avait vraiment frappé. Donc je ne l’avais pas vu au théâtre, je l’ai vu à l’université dans une vidéo. Tout ça m’a donné envie de partir. Et quand j’arrive, comme je le disais, j'étudie d’abord les techniques du théâtre japonais et le Kathakali indien, et puis je me rends compte assez vite que je tourne en rond. En fait, ce n’est pas trop toutes ces techniques-là qui m’intéressent, mais moi je voulais mener des enquêtes, je voulais écrire des pièces qui s’appuyaient sur des principes d’enquête ethnographiques. Et donc après deux ans, je n’ai pas vraiment terminé tout mon cursus. Je suis partie en Afrique faire une tournée, un voyage. Et voilà, ma vie après a changé, je suis arrivée en France et voilà. Donc ça a été un passage de deux ans et demi qui m’a permis vraiment aussi de saisir un peu la différence entre l’anthropologie culturelle, l’anthropologie du théâtre et il m’a permis de comprendre ce que j’avais vraiment envie de faire, en tout cas que je m'étais un tout petit peu trompée de chemin. Et en même temps, ça m' a tellement enrichie parce que ça m’a déplacée dans mon travail de jeu d’actrice et de metteuse en scène, puisque moi j’ai travaillé les deux à cette époque-là. Et ça m’a vraiment intéressé, la question du corps, des codes, de la symbolique et du rituel. Voilà, et je pense que c’est là que ça a aussi toute l’attention que j’ai encore aujourd’hui à la question de corps, du théâtre culinaire et de la question culinaire, et les questions de rituels.
00:14:14Nora Bouazzouni
Justement, on va en reparler. Tu te définis comme une artiste culinaire. Ça veut dire quoi pour toi, artiste, culinaire ? Parce que c’est vrai que moi, là, il y a des gens qui demandaient artiste ethno-culinaire. Parce que, c'était comme ça que je t’ai appelée dans la petite description. Qu’est-ce que ça veut dire, artiste culinaire ? C’est ça qu’on se dit, mais attend de quoi ? Qu’est-ce qu’elle raconte ? Qu’est ce qu’elle fait ? Est-ce-qu’elle se barbouille de chocolat en performance ? On a des images un peu caricaturales quand on pense à des performances qui allient nourriture aussi et théâtre, ou nourriture et art. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?
00:14:46Floriane Facchini
Moi je viens du théâtre, à la base je suis metteuse en scène, c’est ça que j’ai étudié. C’est depuis cet endroit-là qu'à faire à mesure de mon parcours, de mes expériences, de tous mes projets, j’ai décidé de me définir artiste culinaire. Pour moi les choix ont été faits aussi pour donner de la valeur aux gestes performatifs de la cuisine sur scène. Et donc pour moi aujourd’hui, ça consiste tout simplement à envisager la cuisine, la nourriture, aussi comme un langage artistique à part entière, comme par exemple la danse, la vidéo, etc. Pour moi, la nourriture est un vrai outil de création et de narration. Voilà, donc c’est vraiment un matériau que j’utilise pour, en même temps que le corps, la danse, donc la vidéo et l'écriture. Je l’utilise pour inviter les publics à rentrer dans une histoire et dans une narration culinaire et en plus la question de la cuisine, elle n’est pas simplement de l’histoire et de sa construction, mais elle est intégrée aussi aux projets scéniques. Donc dans tous mes projets performatifs, cette question de la table est vraiment très très importante, la question du repas dans laquelle j’ai envie publier ne consiste pas simplement à vivre un spectacle, mais aussi à ingérer son acteur, à faire corps avec.
00:16:23Nora Bouazzouni
Il y a peut-être 94 pour cent qui disent ok et ça se concrétise comment ? Eh bien justement, c’est ma prochaine question. On va quand même parler avant que je te pose des questions sur la manière dont tu travailles. Concrètement, je voudrais te poser la question sur ton projet. Est-ce que tu veux parler d’abord de Cuccine ou de A Tavola ?
00:16:35Floriane Facchini
Oui, les deux me vont.
00:16:40Nora Bouazzouni
Allez, on parle de A Tavola en premier. Alors, ton projet en cours s’appelle A Tavola de quoi est-ce qu’il s’agit ?
00:16:51Floriane Facchini
Alors A Tavola, déjà peut-être préciser juste que j’ai fait des spectacles, voilà, c’est-à-dire des récits dans lesquels j’invite le public à vivre une expérience pendant 1, 2, 3 heures avec un temps de banquet. Donc j'écris ce type de projet-là, mais la majorité du temps, en fait, je mène des projets, de recherche/création, c’est-à-dire des projets sur le temps long qui mélangent l’art à la science et à la question alimentaire. A Tavola, ça fait partie de ce types de projets, de recherche et de création. Donc, c’est un projet que je mène et qui va durer deux ans. Donc, ça fait un an, un an et demi qu’on le mène. Donc, je ne suis pas toute seule à ce projet. Je le mène avec des agriculteurs, des agricultrices, des scientifiques, des professionnels de la cuisine, d’autres artistes, mais aussi des acteurs du territoire entre les Alpilles et le Lubéron dans le parc régional des Alpilles, et aussi la scène nationale de la Garance et les Citrons-jeunes à Port-Saint louis-du-Rhône, c’est un CNAREP, un Centre national des arts de la rue et de l’espace public. Donc on est nombreux et tous ensemble, on est parti d’une question très simple, mais qui est quand même essentielle et très complexe : que mangerons-nous demain dans le contexte d’aujourd’hui, des bouleversements climatiques, des transformations agricoles, etc. Donc ce projet, c’est un projet des recherche création qui mène toutes les équipes dont je vous ai parlées à s’interroger ensemble autour de cette question. Il s’est créé à travers des moments d’enquête dans les territoires. Donc c'était des enquêtes inductives, dans lesquelles on n’essaye pas d’avoir toutes nos questions précises, prêtes, écrites, mais on essaye, on part d’une trame, on essaye de comprendre ce qu’on est en train de chercher ensemble avec les agriculteurs, agricultrices. On essaye surtout d'être à l'écoute de pratiques des agriculteurs, agricultrices, de leurs questionnements, et aussi de tout ce qui met en œuvre pour tisser des alliances avec la question de la biodiversité. Donc, très concrètement, c’est un temps de recherche dans lequel chaque spécialiste arrive avec sa spécialité, mais l’idée, c’est que les compétences de chacun, chacune puissent se mélanger, puissent être partagées. Il y a des temps d'échange, il y a de temps dans lesquels on se balade d’aller ferme, on enregistre les agriculteurs-agricultrices, on leur pose des questions. Moi, je leur fais goûter de boissons topiques, c'était-à-dire des gens qui racontent les territoires qui racontent, des questions que ces territoires en soi me révèlent. Et ensemble, par la gestion, on essaye de trouver aussi des recettes, on essayent d'écrire ensemble des recettes, des expériences culinaires immersives qui puissent permettre à la fin de ce projet, au public qui viendra découvrir les banquets "finale", en fait ces recettes elles deviennent notre trame narrative pour saisir les enjeux et pour recevoir les récits qu’on a collectés. Et l’idée, c’est vraiment en fait, j’ai eu très envie de travailler ces projets parce que j’avais déjà travaillé dans ces territoires pendant deux ans avec un autre projet que tu citais tout à l’heure, qui s’appelle Cuccine. Et en fait j’avais envie vraiment de transformer tout ce que j’avais collecté chez les habitants, les mangeurs, les mangeuses, mais aussi chez les agriculteurs sous les territoires, mes propres inquiétudes envers la question climatique. Et j’avais envie de transformer tout ça en imaginaire. Et je m'étais dit que, encore une fois, l’art accompagné par des chercheurs, il pouvait être vraiment un espace grâce à l’alimentation dans lequel on pouvait essayer de travailler notre marge d’inventivité. C’est-à-dire comment nous, les mangeurs, les mangeuses, on peut reprendre de la place, on peut prendre de la créativité aussi sur notre système agro-alimentaire, et imaginer un nouveau système ensemble avec les agriculteurs, agricultrices, les paysans et les paysannes qui sont déjà en train de le mettre en œuvre. Ça a l’air peut-être encore d’un projet, comment dire, un peu complexe. En quelque sorte, il l’est, parce que ce sont des projets qui demandent du temps long. Et donc ça demande aussi, c’est des projets qui déplacent même la question de public. Ce n’est pas un rendez-vous auquel on vient au théâtre, on s’assoit et on écoute une histoire qui elle est déjà façonnée, écrite, mise en scène. Les agriculteurs qui travaillent avec nous, on leur demande, ils décident et ensuite ils nous accompagnent et ils deviennent eux aussi créateurs de cette aventure et le public à la fin, ce qu’il voit c’est aussi une sorte de pointe d’iceberg, c’est vraiment la partie finale d’un processus qui est très profond, qui est long et qui nous demande à chacun chacune un peu aussi de se déplacer parce qu’on ne parle pas tous la même langue entre paysans, paysannes, artistes, scientifiques. Et c’est ça, je pense, la puissance et l’intérêt de ces types de projets.
00:22:48Nora Bouazzouni
Tu parlais de breuvages topiques, est-ce que tu peux, il y a un côté dans ton travail que j’aime beaucoup parce qu’il y a à la fois, comme tu le disais, une enquête sociologique, des mises en commun, des savoirs, des compétences, des savoirs concrets, des choses un peu plus abstraites, et puis il y aussi beaucoup de poésie. Est-ce-que tu peux nous donner des exemples de ces breuvages topiques, ces boissons, justement, où on fait corps avec un territoire ou avec une région ?
00:23:18Floriane Facchini
Alors, j’ai travaillé sous ce mot topique, c’est Camille de Toledo, c'était un auteur juriste qui m’a inspiré ces mots. En fait, je voulais créer des recettes, et tout particulièrement des boissons, donc des breuvages, pas utopiques, mais topiques, c’est-à-dire de topos situés. Je voulais partir avec des plantes de fleurs des fruits, des légumes qui sont présentes et à partir de là, à partir de leur présence, je voulais comprendre les interdépendances, je voulais aussi comprendre ce qui pousse dans un territoire, on nous relève aussi ses spécificités et sa complexité. Donc tout est né comme ça dans un autre projet que je porte aussi qui s’appelle ce que nous dit l’eau, rituel d’attachement. Ce projet, je l’ai imaginé comme un projet qui puisse inviter les spectateurs-spectatrices à s’attacher, à s’intéresser à une rivière, à un cours d’eau, par l’effet d'élan gérer, d’en faire corps avec. Parce que l’eau déjà, elle aide à tout ce qu’on mange, et nos corps, ce sont même des empilements de paysages. Et donc j’avais envie de donner, de faire vivre de manière très expérientielle cette sensation de dire que chaque fois qu’on boit on ingère des paysages avec tout ce qu’il y a de bon et aussi pas forcément de mauvais, mais aussi de dangereux. Et tout ce qu’on met dans ce breuvage, on a les plantes, mais on a aussi tout ce que nous les humains on a mis dans l’eau. Et donc c'était une sorte de jeu de miroir qui commence souvent par un nom un peu carte postale, comme boire un coucher de soleil sur la Loire, sur la Durance, sur le Chéran. Donc tout le monde, normalement, est assez enchanté d’imaginer pouvoir boire un coucher de soleil en lien avec les rivières, et à faire à mesure qu’on boit, normalement je suis accompagnée par des êtres botanistes aussi pour la création de cette boisson, on tire un fil, celle de tous les composants qui sont là-dedans, en essayant de et faire comprendre aussi que nos actions ont une influence cruciale aussi sous les cours d’eau et sous la nature. Et aujourd’hui, je sais que la question de la santé, elle est une question, elle porte un intérêt très important pour sensibiliser, pour réveiller justement la personne autour de la question d’alimentation. Et je m'étais dit de prendre conscience qu’en fait tout ce qu’on ingère aussi vient d’un autre corps, qui serait celui de la terre. C’est celui des rivières et que ce corps on l’ingère constamment au travers la nourriture. Je m'étais dit que ça pouvait être en tout cas une porte d’entée intéressante. J’espère pas moraliste, mais ça pouvait être vraiment un temps poétique qui pouvait permettre d’ouvrir les échanges, les perceptions aussi. Le breuvage on boit un coucher de soleil. Alors, c’est le cas à chaque fois. C’est-à-dire, j’essaie de chercher, quand il est possible, j’essaye de travailler avec l’eau de la rivière, du cours d’eau dans lequel je suis en train de travailler. Il y a des fois où c' est réalisable, c est-à-dire, on peut la filtrer. Et c’est possible de la boire, il y a d’autres fois où ce n’est vraiment pas du tout recommandé de travailler avec l’eau de certaines rivières ou de cours d’eau. Voilà, donc ce canevas, c’est une partition que j’adapte à chaque fois à chaque territoire. Il y a la question de l’eau, des plantes d’eau en présence, donc je me balade souvent avec Clarisse Lebas, c' est une botaniste avec qui je travaille depuis plus de trois ans maintenant, Elle est basée à Marseille. Mais parfois, je cherche aussi des complices dans les lieux qui attendent d’accueillir les projets. Là, la la semaine passée, j'étais dans le parc régional des Bauges, le long du Chéran. J’ai travaillé avec un ethnobotaniste qui s’appelle Lionel Scatour. Donc, on a passé des heures à se balader le long du Chéran, à des endroits précis. Il a vraiment essayé de me faire comprendre l’importance de la ripisylve,. Donc, de tous les arbres, de tous les végétaux qui sont au bord des rivières. Voilà, et on a essayé cette boisson, donc, de choisir des plantes qui pouvaient nous faire comprendre l’importance de la ripisylve voilà.Pour revenir à la recette donc la question c’est la recette elle est située donc elle change à chaque fois c’est plutôt un protocole qui nous permet de saisir la problématique locale On était au Chéran c'était une des 30 rivières sauvages de France mais il y a une les nappes phréatiques du Chéran Elle est aussi très polluée par les PFAS Téfal etc. Je pense que beaucoup de monde a entendu cette histoire. Donc cette boisson, qui à nouveau a un nom très poétique, est une porte d’entrée pour parler des questions extrêmement complexes, problématiques, qu’elles font quand même, que pour moi c'était fondamental de mettre dans un des gestes les plus simples qu’on a, c’est-à-dire boire. Tous les jours on boit et tous les jours, qu' on soit conscient, consciente au pas, on ingère tout ce qui est dans l’eau. Et voilà, donc à nouveau, il n’y a pas une recette précise, c' est un processus et dans cela, je me fais accompagner par des spécialistes qui m’aident à saisir les enjeux et après mon travail c’est de le mettre en recette en récit théâtral.
00:29:59Nora Bouazzouni
Oui, parce que je ne l’ai pas dit mais ton projet A Tavola, qui veut dire donc à table, est parti du programme national ERABLE, qui est une stratégie nationale pour la biodiversité 2030. Donc voilà, j’ai oublié de le dire, mais ça s’inscrit aussi dans ces projets nationaux-là, justement d’information, de sensibilisation à des enjeux de territoire. Toi, tu travailles vraiment sur le territoire et tu t’interroges et tu travailles aussi beaucoup cette notion de territoire.
00:30:28Floriane Facchini
Oui, alors, cette notion des territoire, je sais que c’est une notion que moi-même j’ai beaucoup critiquée parce qu’elle est devenue un peu un mot d’ordre institutionnel qui est très utilisé. Mais en fait, ce qui m’intéresse là-dedans d’un projet territoire, c'était que déjà ça m’a permis de sortir un tout petit peu dans une logique théâtrale qu’elle était purement événementielle, c’est-à-dire on fait un spectacle, on arrive sur un territoire, on fait un spectacle et puis on repart. Pour moi c'était important de s’inscrire sous les temps longs et de valoriser et donner vraiment de l’importance à des formes artistiques à nouveau situées donc qui s'écrivent aussi à partir de ce que les territoires, ce que ce lieu révèle. À nouveau, ce sont des résidences longues avec des enquêtes. Et je trouve que là où c’est très intéressant, ce qui permet aussi d’inviter les spectateurs à vivre une expérience qui est plus longue, c' est-à-dire il y a toujours une partie des spectateurs, normalement pour nous c’est toujours entre 14, 15, 16 personnes qui peuvent nous suivre. Pendant l’enquête, qui peut partir de tous les ateliers culinaires qu’on met en œuvre aussi pour créer les banquets au final. Et ce sont aussi des projets qu’ont porté nos compagnies, mais que les lieux aussi, les théâtres portent, autour desquels toute une programmation de films, de conférences et une mise en scène. C’est d’ailleurs dans les cadres d’un des projets territoires que j’ai eu la possibilité, la chance aussi d’inviter. Toi, Nora, comme par exemple Pauline Scherer, qui est sociologue et travaille autour de la démocratie alimentaire. En fait là où je trouve extraordinaire, c’est que moi en tant qu’artiste, bien évidemment j’ai déjà la place d’aller dans mes spectacles pour pouvoir raconter, en tout cas mettre l’attention sous des sujets que je trouve importants dont j’en vis d'être en échange et en conversation avec le public. Mais les temps de projet territoire, c’est vingt ans privilégiés dans lesquels des thématiques politiques, sociales, écologiques s’inscrivent dans un lieu précis. Et ce sont aussi les spécialistes du lieu, aussi les habitants, les habitantes qui révèlent aussi leurs pratiques et leurs questions. Et tout cela, après, ça se retrouve dans la restitution finale avec leurs implications. C’est ça qui m’intéresse, c’est pour cela que j’ai eu très envie de m’investir. Moi quand je suis arrivée en France, ça fait 20 ans, pendant 12-13 ans j’ai voulu faire que des projets territoires qui finissent toujours avec des formes spectaculaires, mais voilà j'étais vraiment sortie de la logique spectacle et je viens d’y retourner maintenant à ma nouvelle création, la Pastasciutta antifascista de Casa Cervi, parce que c’est lui là que j’avais très envie que tourne, c'était une histoire que j’avais envie d’aller raconter à beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde. Et les projets territoires, vu qu’ils sont longs et qu’ils demandent beaucoup de temps, on peut en faire qu’un ou deux par an.
00:33:56Nora Bouazzouni
Voilà. On va en reparler justement, tu nous raconteras la Pastasciutta antifascista. Je voudrais que tu dises qu’on s’est rencontrées donc à Marseille, tu m’avais invitée justement pour faire partie de tes complices sur ce projet que tu menais. Est-ce que tu peux raconter justement ce qui s' est passé ? Qu’est ce que tu faisais à Marseille, au Zef ?
00:34:16Floriane Facchini
Donc à Marseille, là, je suis artiste associée et il y a bientôt trois ans, donc j’ai été invitée par la directrice Francesca Poloniato à inventer un projet à écrire, un projet artistique et culinaire des territoires pour un des lieux de la scène nationale. La scène nationale à un théâtre. Et aussi une maison avec une grande cuisine qui peut accueillir du public, un jardin et des jardins partagés.Cette maison est installée au cœur du quartier Plan d’Aou à Marseille, dans les quartiers nord. Donc la demande a été, dans la continuation de ma démarche, d'écrire vraiment un projet qui puisse s’inscrire date tout ce que je viens de présenter qui est donc la gare franche. Et moi ça faisait quelques années que j’avais envie de passer dans une phase des recherches plus politiques autour de l’alimentation. Et je viens toujours de démarrer un projet justement de collectage des récits et des recettes autour de la lutte par la nourriture, à travers l’alimentation. Et quand j’ai partagé cette thématique, ces angles d’entrée, j’y ai compris que les lieux dans lesquels j’allais mettre en œuvre ce projet allaient peut-être être sensibles à ce thème-là, parce que l’une des personnes avec qui je travaille beaucoup dans les projets territoires à Marseille, c’est Zara. C’est la cuisinière et la maîtresse de maison de cette maison/jardin. Cette femme, Zara, elle est native du quartier du Plaine et elle m’avait beaucoup touché parce qu’elle m’a dit qu’il avait commencé à cuisiner par les gens, par les personnes au moment où elle avait décidé de se battre pour la crise du logement qui avait touché justement les quartiers du Plan d’Aou Et donc j’ai senti mon intuition, en tout cas mon désir de vouloir travailler autour de la lutte. Au travers de l’alimentation, c’est aussi un sujet qui pouvait tisser des liens avec des problématiques du territoire qui n'étaient pas forcément liées qu'à la question de l’alimentation, mais aussi à des questions liées justement au logement, à des question aussi d’accès à la maison, mais à l’alimentation etc. Donc c'était un peu comme ça que c’est né, et à fur et à mesure j’ai construit et j’ai décidé, en fait, j’avais très envie que cet espace soit un laboratoire pour moi, pour mes équipes artistiques, mais aussi pour les habitants-habitantes qui souhaitaient rejoindre le projet. Donc depuis, on a constitué un groupe entre 15-25 personnes, ce sont des habitants du quartier Plan d’Aou, Saint-Antoine, Saint -André et aux alentours. Et j’y vais une semaine tous les 2-3 mois et je cuisine avec toutes les personnes qui veulent rejoindre ce temps d’atelier. Je pars de l’acte de fabriquer des pâtes fraîches ensemble et ces gestes-là simples, j’essaye de leur rendre un geste qui peut nous permettre de faire une création collective tout en transmettant des recettes et un savoir-faire, j’ai transmis des recettes de luttes par l’assiette que j’ai collectées entre l’Italie et la France et j’interroge aussi les présents, les habitants, habitantes à partager leurs propres expériences, leurs propre point de vue par rapport à cette question que peuvent la lutte, l’engagement par l’assiette et en plus j’avais rêvé vraiment que ce soit un espace dans lequel je pouvais inviter toutes les personnes qui m’avaient énormément nourrie et qui continuent à m’enrichir au travers des livres, donc il y a toi, Pauline Scherer, Flaminia Paddeu aussi qui est la géographe qui a écrit un livre très intéressant autour de la question des jardins partagés comme espace de révolte et de résistance, donc j’ai les ai rêvés comme un moment dans lequel je pouvais aussi inviter tout ce spécialiste et qui est dans un échange convivial toujours autour de cuisine, toujours autour du repas. De l’ingestion d’idées et de mets, on pouvait réfléchir un simple à ce qu’aujourd’hui ça veut dire, dans les quartiers de Plan d’Aou à Marseille, travailler autour de la lutte par l’assiette.
00:39:11Nora Bouazzouni
Et toi en plus tu as une histoire particulière avec le fait de fabriquer des pâtes. C’est l’histoire des sfogline et est-ce que tu peux nous parler ? Je crois que tu as eu une aïeule qui était elle-même sfogline ?
00:39:21Floriane Facchini
Oui en fait, sfoglina, tout simplement, donc c’est un terme italien qui désigne la personne, souvent la femme, qui réalise des pâtes fraîches. Aujourd’hui, c’est un métier qui pratique des hommes et des femmes et les termes restent toujours au féminin. Un peu comme sage-femme-homme, et bien c’est pareil, sfoligna-homme. Donc, sfoglina vient du verbe sfogliare qui signifie étaler la pâte en feuille fine. Moi, je trouve qu’on étire aussi fine que presque au mélange d’un litre. Donc, c’est une technique en social. Les savoir-faire de pâtes fraîches en Italie, on le retrouve depuis le Moyen Âge, mais même avant. Et chaque région d’Italie a sa propre pâte, ses propres techniques, ses propres outils. Moi, j’avais une arrière grand mère maternelle et qui est venue de la région de Bologne, la région aussi de l’histoire de la Pastasciutta antifascista. Donc moi quand je suis allée sur des histoires dont je vais bientôt parler, j’ai décidé de faire une pasta sfogliene, c’est-à-dire d’apprendre à réaliser des pâtes fraîches tout à la main avec des grands rouleaux qui font 105 centimètres avec la planche en bois. Et j’ai voulu vraiment m’immerger dans ces gestes d’essayer de retrouver cette connaissance aussi de la main, cette intelligence du corps qui arrive à fabriquer une pâte extrêmement fine sans l’aide d’aucune machine, à part l’aide de ce rouleau en bois, la planche, la farine et les ingrédients. Donc j’ai voulu passer par ça et en travaillant autour de cette figure et de cette technique, de cette pratique artisanale, j’ai compris au fur et à mesure de mes enquêtes que pendant le fascisme et pendant la résistance, il y avait eu beaucoup de sfoligne, des faiseuses de pâtes qui s'étaient engagées, qui avaient décidé de fabriquer un manger pour les résistants qui étaient à eau d’alimentation. Et je suis tombée aussi en particulier sur une photo qu’on retrouve dans le spectacle qui est assez emblématique où l’on voit une faiseuse de pâtes qui tient donc son rouleau avec toute sa pâte bien étalée et elle est escortée par deux partisanes, donc des femmes de la résistance. Et pendant mon enquête, quand j’ai trouvé cette photo, il y a eu quelque chose qui vraiment s’est aligné et j’ai décidé donc de vous raconter l’histoire de la Pastasciutta antifascista mais aussi par ce prisme des sfoligne parce que l’histoire de la Pastasciutta antifascista telle qu’elle m’avait été donnée quand j'étais très très jeune, c’est une histoire extraordinaire, c’est une histoire aussi devenue mythique, mais elle est tout autour, comment dire, elle est racontée tout autour de hommes de la famille Cervi. Et pour moi, c'était important aussi d'élargir et de montrer que c'était une histoire, une partition collective qui était faite aussi des femmes des sœurs, de petits-enfants et toutes les personnes qui avaient rejoint la communauté de cette maison de Cervi. Donc voilà pourquoi la sfoligna est devenue aussi un personnage très important de la pièce et chaque fois qu’on joue ce spectacle, moi et Marianna Melis, qui est la cuisinière qui m’accompagne dans la tournée, on forme des sfoligne sur place. Voilà, l’idée c'était aussi de rester à nouveau quelques jours en plus. Je n’arrive pas simplement à arriver dans un endroit, jouer et répartir. J’avais besoin de tisser des liens aussi avec les spectateurs, les spectatrices. Donc, quelques jours avant, on arrive et on fabrique presque la totalité des pâtes à la main avec les habitants et habitantes qui décident de venir se former à l’Arte de la sfoligne.
00:43:36Nora Bouazzouni
On va parler de la pasta antifascista, évidemment, attendez,, je vais pas y venir tout de suite, un petit peu de suspense quand même. Tu disais, moi je suis donc, j’ai été à Marseille avec toi deux fois. J’ai aussi fait la cuisine aussi avec les habitantes et habitants du plan d’Aou. Déjà, j’ai trouvé ça extrêmement joyeux, extrêmement émouvant aussi. Et puis c'était de la transmission, déjà, entre les générations. Entre des personnes qui ne viennent pas forcément des mêmes milieux, qui n’ont pas la même histoire de vie, il y a des recettes aussi qui diffèrent aussi. Tu mets ça là dedans, moi je ne mets pas tout ça là-dedans, mais enfin qu’est-ce que tu racontes, donc c’est assez rigolo. Toi, qu’est-ce-que le fait de cuisiner avec ces femmes, parce qu’on va le dire clairement c'était principalement des femmes, qu' est-ce ça débloque, on va dire, le fait, de cuisiner en discutant ou de discuter en cuisinant ? Qu’est-ce que toi t’as pu constater, vivre à travers justement ces expériences dont tu parlais et qui répondent, j’espère, à ta question. T'étais à 94 % sur l’action politique, la réflexion. Voilà, qu’est ce que ça permet politiquement, intellectuellement de cuisiner ensemble, de parler de ces enjeux que tu évoques juste avant ?
00:44:56Floriane Facchini
En fait, ce qui m’intéresse, c'était un choix de travailler autour de l’alimentation. Un choix que j’ai fait il y a plus de dix ans maintenant. Un choix conscient parce que j’ai cherché justement une porte d’entrée, une question qui pouvait me permettre de travailler avec tout type de public, avec différents territoires et dans lesquels chacun, chacune puisse se sentir autorisée aussi à partager sa propre expérience. J’ai trouvé que la cuisine a été une porte d’entrée formidable, parce que c’est une porte-d’entrée, je trouve, simple en apparence. C’est-à-dire, tu le disais, c'était très agréable d'être tous ensemble, pour ceux qui l’aiment, de mettre la main à la pâte, de fabriquer quelque chose, pour ceux qu’ils n’aiment pas, juste d'être à côté, de regarder, manger, déguster, écouter, donner un coup de main. En fait, on peut déjà, chacun, chacune, trouver sa place. Ça permet de mettre en mouvement notre corps, pour moi c’est très important. Ce n’est pas qu’un échange intellectuel, c' est un échange aussi, c’est un langage physique. On stimule nos sens différemment, il y a des odeurs, on goûte. Voilà, on aide à quelque chose qui pour moi est plus ancré, qui est plus riche que d'être assis à table et simplement d'échanger. Et en plus, ce qui m’intéresse, c’est que je trouve que cette porte d’entrée à l’apparence très simple de la cuisine, elle permet en réalité de rentrer dans des sujets qui sont extrêmement complexes, qui sont des questions politiques, sociales, écologiques. Et là, c’est toute la partie qui m’intéresse. Et c' est vrai que créer un cadre dans lequel on est tous ensemble en train de fabriquer quelque chose, dans lequel certaines personnes sont aussi très valorisées, ça permet à faire à mesure de rentrer dans des sujets beaucoup plus difficiles, clivants parfois, et je trouve que donc c’est une porte d’entrée formidable pour questionner aussi la partie politique. Pourquoi pour moi, aujourd’hui effectivement, la manufacture, on se pose plein de questions, mais aujourd’hui ce qui m’intéresse le plus c’est bien évidemment pourquoi on mange de la manière dont on mange, c' est une question aussi que tu as portée, qui elle est devenue fondamentale dans la manufacture, mais aussi pourquoi on mange ensemble et quel monde, quel repas on a envie de rendre possible. En fait, à travers les repas, à travers la tablée, quel monde on crée ensemble. Et aujourd’hui pour moi c’est un sujet politique et c'était un sujet très important à questionner les uns aux autres.
00:47:54Nora Bouazzouni
Tu dirais qu’il y a une forme de sensibilisation et de discussion qui est plus populaire dans le bon sens du terme populaire, pas dans le sens qui pourrait être péjoratif, dans le sens d’avoir un échange qui n’est pas descendant. Tu le disais, ce n’est pas toi qui arrive et qui fait un grand discours, ou bien moi quand tu m’invites et qui fait un grand discours et bonjour, au revoir. Il y a des échanges, on apprend des choses. Est-ce que tu dirais justement qu’une volonté, quand tu parles de cette volonté politique justement d’amener des réflexions, mais aussi de se nourrir des réflexions d’autrui, en plus je dis se nourrir tu vois, on parle de bouffe encore justement quand on dit ça. Mais voilà, est-ce que toi il y a une démarche depuis le début dans ton travail, pardon, sur ces performances culinaires, ces laboratoires, etc. Est-ce qu’il y avait une question forcément de le rendre à la fois accessible ? Sans être dogmatique ou condescendante, est-ce que c'était quelque chose de central de ton travail, de travailler avec les gens et pas de travailler devant les gens, on va dire ?
00:49:07Floriane Facchini
Absolument. Oui, oui, c’est très juste ce que tu dis. C’est-à-dire, pour moi, j’avais la sensation d’ailleurs, c'était pour ça que j'étais un peu sortie de la forme spectacle et théâtre conventionnel il y a une quinzaine d’années. Ce que je trouvais, que dans l’art vivant, dans le théâtre, on avait beaucoup de travail à faire pour inclure tout le monde, pour ouvrir réellement les portes, pour faire que les sujets traités puissent intéresser tout le monde. Et pour moi la question de la rencontre, de comment on crée les conditions de la rencontre dans lesquelles on se sent légitime, dans lequel on se sent bien accueilli, dans lequel on se sens nourrie, pas simplement intellectuellement, mais aussi de la manière dont on est accueillis, de la place qu’on me donne, de la prise des paroles, et aussi de ce que je peux en tirer. Pour moi c'était que des questions fondamentales et voilà, quand je suis arrivée en France, j’ai fait tout un cursus de travail autour de concepteur d’art d’espace public. Pour moi, c'était vraiment des questions très importantes autour desquelles j’ai travaillé pendant 18 mois, deux ans et ensuite, j’aimais mettre en place tous ces protocoles relationnels, culinaires. Et c’est pour cela qu’au début, en fait, pour moi, par exemple, quand j’avais commencé les premières expérimentations, j’ai demandé aux gens de m’amener leur recette de cœur et de me raconter toute l’histoire qu’il était derrière. Et déjà ça, ça permettait en fait de créer des récits situés avec les habitants-habitantes qui le souhaitaient, qui étaient traversés par plein des questions politiques, mais aussi des migrations, des transmissions culturelles. C'était passionnant et on avait tout simplement prononcé par un plat. Et souvent les gens, me disaient, c’est juste un plat que j’aime faire, je ne savais pas quoi dire. Et finalement, on se rendait compte que ces gestes quotidiens et universels qu’on partage avec tout le monde c’est un geste qui est tellement puissant et tellement symbolique et qui révèle énormément de choses de notre manière d'être au monde, de le questionner, etc.
00:51:23Nora Bouazzouni
Il y a Samobiwan qui dit, c’est bien le problème quand on parlait du fait que c'était principalement des femmes, qui, en tout cas moi dans ce projet où j'étais ta complice à Marseille, il dit, le jour où ce sera les hommes, alors on pourra affirmer le changement de paradigme. Vera Nikolsky l’exprime très bien à travers la question du matérialisme. Il ne faut pas que les femmes ne fassent que rentrer en résistance, même si c' est le premier pas, il nous faut changer ces paradigmes ensemble, et oui, c' est politique. Mais oui, mais c’est intéressant parce que tu parlais du fait que les femmes aussi, les sfoligne en Italie étaient en résistance, il y a un documentaire dont on a parlé toutes les deux que j’avais vu, je crois, sur Arte, sur les mandine, donc ces femmes qui moissonnant le riz en Italie. Et il y a eu d’ailleurs un film, il n’y a pas longtemps, je crois, sur ce sujet, hyper intéressant, donc la révolte des mandine aussi. Donc on voit aussi que les femmes nourricières sont les premières à se révolter, à résister aussi en se disant, bah nous on est les travailleuses précaires, les personnes qui nourrissent tout le monde. Je me rappelle aussi un chiffre, 80, il y a des pays et des régions dans le monde où la nourriture dépend à 80 % des femmes. Ce sont les femmes qui fournissent 80 % de l’alimentation. Donc les femmes sont nourricières dans le monde entier. Et pourtant, ce ne sont pas elles à qui on demande leur avis. Voilà, décision politique. Il y a RGZR7 qui dit bonjour Nora, bonjour son invitée, bonjour tout le monde, Lamoristan qui nous rejoint, bonjour aussi aux gens qui nous rejoignent, je suis avec Floriane Facchini qui est metteuse en scène, autrice, artiste culinaire. La question de Labeline66 qui dit est-ce que l’accent est mis sur l’alimentation bio dans tes projets ?
00:53:11Floriane Facchini
Quand on a la possibilité d’en faire, c’est-à-dire quand on tisse des liens avec des producteurs locaux qui sont en bio, on le fait à chaque fois parce que pour moi c'était très important pour que ces personnes puissent expliquer très concrètement de quelle manière ils travaillent. Et toute l’attention aussi qu’il y a autour de la question du sol. Après, parfois, il y a des agriculteurs, des paysans paysannes qui ont une même attention à la question de sol, à la question des intrants, mais qui n’ont pas réussi à mettre en place les labels bio. Et donc, parfois on travaille avec des personnes qui font un travail remarquable, extraordinaire. Et on a la certitude que leur travail est vraiment juste à valoriser. Et donc on le fait, donc ce n’est pas exclusivement le bio qu’on cherche. Et d’ailleurs, j’ai appris un tout petit peu à me déplacer parce que c’est hyper important, je pense, dans les projets surtout d’enquête que je mène, de travailler aussi avec des paysans, des paysannes, des agriculteurs plutôt, qui sont en conventionnel. Parce que je pense qu’on y arrive, par exemple dans le projet A Tavola, on n’en a pas beaucoup, mais on en a quelques-uns, quelques-unes, et c’est vraiment fondamental parce qu’il faut que les dialogues, l'échange des pratiques puissent vraiment continuer à exister, qu’ils soient les centres de la recherche aussi artistique ou culinaire. Les choix de travailler en bio, c'était parfois, je le fais aussi, parce que je trouve que vu que dans les banquets que j’ai faits, surtout dans les projets territoires, normalement la restitution finale est presque toujours gratuite ou demande un petit apport qui peut être autour de 5, maximum 10 euros pour un repas total. Moi je trouve que c’est super de pouvoir permettre aussi dans un spectacle, à des spectateurs, des spectatrices, de pouvoir goûter à des produits dont malheureusement parfois on ne pourrait pas avoir accès de manière directe. Donc, pour moi, la manière, c’est aussi de montrer. Parfois, ça peut créer des frustrations aussi. Ça, j’ai l’intention parce que parfois, j’ai rencontré des producteurs locaux et puis, les habitants, ils disent, bah oui, mais ça coûte trop cher. Je ne pourrais jamais en acheter là-bas. Comment faire ? Et en fait, la question, la réponse, elle est juste. Et la question est effectivement, je ne veux pas le voir parce que de toute manière, je le peux pas. Mais qu’est ce que je peux ? Qu’est-ce qui se met en œuvre aujourd’hui ? Qu’est-ce que je peux mettre en œuvre ? Et pour que tout le monde puisse y avoir accès. Et là, je pense, c’est qu’il y a une réponse, ce n’est pas la réponse, parce que le problème, il est structurel, on le sait, et ce n’est pas que nous, les habitants, habitantes, les consommateurs, de trouver des réponses, mais en tout cas, moi, en tant qu’artiste citoyenne, j’ai besoin aussi de donner de la place à plein de mouvements, à plein d’actions qui se mettent en œuvre aujourd’hui comme la Sécurité sociale de l’alimentation, la Caisse sociale de l’Alimentation à Montpellier, plein de gestes, plein de propositions qui essayent de reprendre la main notre alimentation.
00:56:40Nora Bouazzouni
On est à l’heure de la mentalité, de redonner de la gentilité aux gens et c’est vrai que ça passe par le fait, tu en parlais aussi, de ne pas être dans la morale, dans la moralisation, dans donner des leçons aux gens qui n’aient pas ce savoir descendant. C’est pas dire aux gens, vous mangez mal, enfin, c'était pas ce genre de démarche là. Bonjour Cindy Crochefort qui nous rejoint. Lafilleauxchiens disait, bah oui, les femmes résistent et nourrissent pendant que les hommes dirigent et font de la guerre et merci Timorophile qui me rappelle le titre de ce film que j’ai vu qui s’appelle Riz amer Riso Amaro, je crois que c’est donc un film italien. Voilà Riso amaro et voilà et je suis tombée dessus en plus l’autre jour et d’ailleurs j’ai appris, petite anecdote cinéma, Nayan a une émission cinéma maintenant sur auposte, regardez là, et donc anecdote quand je suis tomber sur ce film je me suis dit dis donc c'était un vieux film en noir et blanc, de 1949, un truc comme ça Riso amaro, Et il y a quand même ces femmes qui sont dans les rizières en Italie. Et qui sont quand même relativement dénudées, il fait chaud, etc. Et donc j’ai appris que ce film avait quand même fait parler de lui parce que les femmes on voyait des jambes nues, donc des femmes en jupe qui relevaient leurs jupes. Elles ont chaud, on voyait des corsages. Donc il y avait quand-même, il y a eu à l'époque. Et puis c’est quand même un film avec, disons-le, moi, ce qui m’a heurtée, c'était qu’il y a quand même beaucoup de mâle gaze. Clairement, vous regardez le film, le regard masculin, il est assez flagrant sur le corps de ces femmes, c’est travailleuse, mais il est hyper intéressant justement parce qu’il suit une jeune fille qui va travailler avec les mondine et qui d’ailleurs n’est pas dans la bonne équipe de mondine puisqu’il y a les femmes étrangères et les femmes italiennes de l’autre côté et donc il y a une forme de compétition qui est mise en place par le patronat évidemment, entre ces deux camps de femmes, on va dire, qui s’affrontent. Donc vraiment, si ça vous intéresse, Lamouristan dit 1949. Bah voilà, c’est la même année. Riz amer Giuseppe de Santis voilà, merci beaucoup Euryale, c’est vraiment un travail d'équipe là dans le tchat, merci pour toutes les infos. Mais voilà, si vous tombez dessus, si vous avez l’occasion de le voir, vraiment je vous le conseille, c’est un film très intéressant sur les mondine. Je voulais te demander, alors attends, ben on va parler de la Pastasciutta antifascista, évidemment, maintenant, comme ça tu en as déjà parlé. Donc le mois dernier, t’as joué dans plusieurs villes et ce mois-ci il y a un spectacle sur lequel tu travailles depuis longtemps qui s’appelle La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi Alors déjà, c’est grâce à un livre génialissime qui s’appelle La fin des coquillettes de Klaire fait Grr, que j’adore, que j’adore, une femme d’une drôlerie incroyable. Et on apprend toujours mille trucs avec elle. Allez voir ses spectacles, ils sont fabuleux. Elle est à Paris, mais pas que, évidemment, notamment à la Tête des Trois Bordes. Et c' est grâce à son livre que j' ai appris que Mussolini avait tenté de faire interdire les pâtes, en tout cas que les pâtes en Italie, à un moment, c'était quelque chose contre lequel le fascisme se battait. Donc j’avais appris ça, mais c’est toi qui m’a appris l’histoire des pâtes antifas. Donc je te laisse nous raconter l’histoire des pâtes antifas, si tu le veux bien.
00:59:54Floriane Facchini
Déjà dire qui était la famille Cervi, donc la famille La famille Cervi est à l’origine des premières fêtes antifascistes. On est en 1943, on est en Italie, précisément dans la région de Reggio Emilia, la région d’Émilie-Romagne, à côté de Reggio Emilia à Campeggio, un petit village. La famille Cervi, c’est une famille de paysans et partisans antifascistes. Qu’en 1943, quand c'était le moment où Mussolini était destitué par les rois, pendant quelques jours, l’Italie, les Italiens et les Italiennes ont cru que le fascisme était tombé, que la guerre allait finir. Et donc, précisément, le 25 juillet 1943, quand Mussolini perd le pouvoir, la famille Cervi, pour fêter la fin du fascisme, décide d’offrir une assiette de pâtes à tout le village. Et c’est un geste puissant et extrêmement démocratique parce qu’il faut imaginer que c'était la guerre. Que tout le monde meurt de faim et que la famille Cervi décide avec plein d’autres antifascistes du village, ils décident donc de partager leurs propres réserves avec toute ou toute la communauté, avec tous les villages, quelle que soit la couleur politique. Dans les récits, on découvre qu’ils offrent à manger aussi aux carabinieri aux peu de fascistes qui traînaient encore et qui gardaient leurs chemises noires. D’ailleurs, un des frères de Cervi dans les livres du père, on raconte qu’il demande aux fascistes, c'était des villageois qui avaient été contraints de porter la chemise noire du fascisme. Il lui dit, tu peux venir à table, mais il lui demande d’enlever la chemise. Et ces pauvres hommes aussi lui disent, j’ai qu’est-ce que c’est là ? Il lui dit, bon, tu peux rester, tu manges, tu vas prendre conscience aussi jusqu’où t’as amené le fascisme à avoir qu’une chemise noire, bref. C’est qu’une anecdote pour faire comprendre qu’en réalité, c'était une histoire qui parle d’un contexte italien très très précis, qui est celui du fascisme historique, donc des années 20 aux années 40 en Italie. Et c’est une histoire qui m’a toujours accompagnée dans ma jeunesse, c'était mon grand-père qui me l’a raconté quand j'étais assez jeune, j’avais 10 ans, 12 ans, c’est une histoire qui revenait souvent et c'était une histoire qui m’avait d’ailleurs déjà énormément touchée justement pour ces gestes très de solidarité, ces geste des partages extrêmement politiques, Mais c’est plus tard ! Il y a quelques années, quand j’ai commencé à travailler autour de la lutte par l’assiette, donc que j’y ai compris, que j’ai repris cette histoire, que j’ai reprise dans les mains des livres aussi que Alcide Cervi, donc que les pères avaient écrit en racontant tout leur parcours. Et c’est là que j’ai compris, encore plus, l’importance sociale et politique de Cervi donc cette famille, c'était des paysans qui avaient réussi à se libérer du métayage. Le métayage c’est l’exploitation des paysans par le propriétaire agricole. Et en Italie, on a eu de formes de métayages jusqu'à la fin des années 70. D’ailleurs, il y a un film magnifique, je fais petite parenthèse, je me permets d’Alice Rohrwacher, qui s’appelle « Heureux comme Lazzaro ».
01:03:36Nora Bouazzouni
J’allais justement en parler, merci. Vraiment ce film est d’une beauté inouïe et l’acteur principal est incroyable, vraiment pareil si vous avez l’occasion de voir ce film, heureux comme Lazzaro, il est superbe.
01:03:50Floriane Facchini
Absolument. Et d’ailleurs, une autre petite parenthèse, l’acteur principal, ce n’est pas un acteur, il n’a fait que ses films, il est devenu acteur au travers de ses films et c’est la réalisatrice qu’il a rencontré dans une lycée agricole. C’est vraiment quelqu’un qui travaille la question agricole tous les jours. Donc les films, ils sont extraordinaires et ils parlent aussi de l’histoire du métayage en Italie. Donc cette famille, il y a des paysans, il faut imaginer, c’est des paysan, des paysannes, profondément antifascistes, qui s’y libèrent, qui arrivent à se libérer des tâches parce qu’ils font un pari fou. Ils décident de louer une terre qu’il s’appelle Campiro, aussi, littéralement champ rouge, et cette terre, elle était complètement abandonnée. Personne voulait cultiver cette terre parce qu’elle était vraiment pleine de bosses et tout le monde se disait, c’est impossible de pouvoir la niveler de pouvoir la travailler. Mais la mère, Genoeffa Cocconi la mère de Cervi, donc c'était une femme vraiment extraordinaire, c’est à nouveau on est dans les années 30, 40 en Italie, elle apprend à lire et à écrire toute seule et elle transmet tout cet amour de la lecture aussi à ses enfants et ce qui rend vraiment très très fort le geste d'émancipation de Cervi, c’est qu’il commence à lire des revues justement, pour traiter les sols, pour travailler le sol. Alors pas forcément pour mettre des engrais, mais la question déjà d’apprendre les nivèlements, d' apprendre des techniques un peu aussi, entre guillemets, plus modernes qui venaient de l’Allemagne, qui venaient des Pays-Bas. Et tous ces livres-là, normalement c'était les maîtres qui les avaient. Et en fait eux, grâce au fait qu’ils apprennent à lire et à écrire, ils accèdent à une connaissance, ils saisissent, ils comprennent et ils le mettent en place, ils le met en œuvre et ils arrivent à faire de cette petite terre abandonnée une ferme extraordinaire. Et ils auraient pu s’arrêter là, c’est-à-dire se libérer du métayage et puis vivre dans une modeste abondance, assez importante à cette époque-là. Mais en fait, ils décident de mettre toutes les connaissances à disposition. Ils achètent les premiers tracteurs aussi. Il faut imaginer que dans ce contexte-là, acheter un tracteur, c'était vraiment un geste de libération aussi, vraiment fondamental, et ils décident de le partager avec tous les villages. Donc, ils ont déjà, dans un partage communautaire, des biens aussi qui peuvent servir, qui peuvent aider les paysans paysannes au quotidien. Et ensuite, il y a Aldo Cervi, donc l’un des frères Cervi, c’est celui qui amène vraiment la question politique. Et il crée des bibliothèques clandestines pour sensibiliser la population locale autour des questions politiques. Ils comprennent vraiment, ils saisissent la question de la lutte des classes et ils se battent ensemble aussi avec une compagnie de théâtre, I Sarzi. Tous ensemble et moi, quand j’ai relu ces livres, que j’ai compris toutes ces actions, voilà, avec mon regard d’aujourd’hui, j’avais vraiment vu une lutte puissante créer vraiment par plein de personnes différentes. C’est vraiment l’inter-personnalité des luttes. C'était les paysans qui se mettent avec les comédiens, les comédiennes qui font des pièces au village, qui se mettent ensemble avec les ouvrières. Et tous ensemble, ils se battent pour les fascistes contre les fascistes, pour l’antifascisme, ils se battent pour récupérer la liberté, la dignité, et surtout pour se libérer de cette violence, de cette peur que les fascistes avaient vraiment imposée et de cet totalitarisme qu’on retrouve jusque dans l’assiette. Et là, j’ai relis l’histoire de la famille Cervi à cette notion aussi de gestes politiques par l’assiette, ce que les choix des cuisiniers dans l’assiette des pâtes pour la famille Cervi n'étaient pas un choix anecdotique. Les partis fascistes de Mussolini détestent à cette époque les pâtes pour des raisons économiques, sociales, culturelles, pour faire court parce que c’est très dense, très complexe, mais on peut déjà se dire que.Mussolini prônait l’autosuffisance alimentaire, mais que l’Italie ne produisait pas assez de blé, d’ailleurs encore aujourd’hui il ne produit pas assez blé et que donc il avait décidé d’envahir l’Érythrée, à cette époque l’Italie est dans un projet de colonisation de l’Afrique du Nord, donc il décide d’envahir l’Érythrée pour planter du blé et atteindre la quantité nécessaire de farine. Et c’est à ce moment-là que Mussolini décide de mettre en place aussi ce qu’on appelle la bataille du blé, la guerre du blé, il décide donc de faire du blé l’ennemi numéro un, les pâtes surtout pardon, l’ennemi numéro 1 du fascisme. Mussolini veut dire aux Italiens, aux Italiennes quoi faire de la farine. Avec la farine on va faire que du pain, voilà l'élément essentiel pour donner à manger à toutes et à tous. Il décide d’investir beaucoup plus d’argent dans les riz qu’il importe d’Asie et qui installe justement dans les campagnes de la Pianura, Padana, là où il y a les mondine, là où les films dont tu parlais tout à l’heure, est inventé. Il met en place tous ces systèmes économiques qui veulent le rendre complètement autonome. Il n’y arrive bien évidemment pas parce que les pâtes, il faut imaginer qu'à cette époque-là, donc à nouveau, on est autour de fin des années 30, début des années 40, les pâtes à ce moment-là en Italie ne sont pas si emblématiques aujourd’hui dans la cuisine italienne. La mode des pâtes, elle s’est développée beaucoup plus tard. C’est vraiment le boom économique et c’est aussi grâce à les industries des pâtes sèches que les pâtes se développent partout en Italie. D’abord, si on schématise un tout petit peu, dans le nord d’Italie, on mangeait beaucoup de polenta ou des bouillies, pas simplement avec le maïs qui était arrivé beaucoup plus tard, mais avec plein de farines locales, avec un peu de fromage, voilà, quelques fruits dans le Nord quand on trouvait des pommes des poires, plus on descend, plus on a des légumes, le pain c’est l’aliment de base, des lombards. On nous appelait i mangiatori di foglie, les mangeurs de feuilles, donc vraiment beaucoup de légumes et beaucoup de plantes sauvages. Donc l’Italie, elle était quand même à l'époque, comme aujourd’hui, un peu coupée aussi d’assez, comment dire, de pratiques alimentaires. Tout le monde avait la même identité finalement. Absolument ce qui l’a réunifié, c’est que tout le monde mourrait de faim. Voilà, parce que le fascisme, ça a été vraiment extrêmement violent aussi, parce quand il est entré en guerre, donc tout c’est que ça a amené aussi par rapport à la question de cette violence dès la fin au quotidien. Et donc, dans ce contexte là, la famille de Cervi décide de faire des pâtes. De faire des pâtes, alors, dernièrement, j’ai discuté avec un des descendants de la famille Cervi quelqu’un dit que c'était un choix complètement conscient, d’autres ils disent ben non ils ont fait Ils ont fait la recette, que sur le moment, représente la recette un peu presque exotique, si on peut dire, ou la recette des fêtes. En tout cas, ils ont choisi un plat qui symboliquement représente aussi tous les totalitarismes jusqu'à l’assiette que Mussolini était en train de mettre en œuvre. Il faut savoir en plus que Mussolini s'était fait aider de cette lutte contre les pâtes par un artiste Filippo Tommaso Marinetti, c’est le père du mouvement futuriste et il est aussi affectionné du fascisme. Filippo Tommaso Marinetti a écrit un livre qui s’appelle « Les manifestes de la cuisine futuriste ». Et dans ce livre, ce qu’il nous dit, c’est qu’en quelque sorte, les pâtes sont un aliment du passé qui rendent les gens gros, mous, impuissants et pacifiques. Donc pas prêts à aller à la guerre et surtout aussi à conquérir des femmes. Donc quand on le lit, c’est complètement obscène. Mais à l'époque, c'était vraiment de la propagande qui arrivait jusqu'à nos assiettes. Donc c'était pour toutes ces questions-là que j’ai pu décrypter à ce moment de mon enquête, des allers-retours que j’ai faits avec l’Italie, la France, les échanges avec les historiens, etc. C’est pour toutes les questions- là que j’ai compris que les récits de la pastasciutta antifascista des casa Cervi et au-delà sont un récit puissant d’un geste humaniste de partage des réserves pendant la guerre étaient aussi un geste des luttes et des résistances au travers d’un antifascisme culinaire. Un antifascisme culinaire qui s’opposait aussi à qui ne voulait pas forcément s’y opposer mais en tout cas qui montrait aussi un chemin autre que celui de la lutte armée. Et ils pouvaient montrer un chemin à toutes et à tous dans lesquels on pouvait s’engager, dans le quotidien. Et c’est ça qui m’a énormément touchée. D’autant plus, quand je l’ai vu il y a quelques années en Italie, que ces fêtes, donc des pâtes antifascistes qu’on fait tous les 25 juillet, pour se rappeler de ces gestes, quand je me suis rendue compte que tous ces fêtes commençaient à être interdites, ou instrumentalisées, etc. Je me suis dit que cette histoire était vraiment extrêmement puissante et qu’elle rentrait énormément en écho avec ce qui s’est passé aujourd’hui. Et je l’ai vu comme un merveilleux protocole culinaire, relationnel, antifasciste à transmettre à tout le monde. C’est pour ça que j’ai décidé de travailler autour de ce spectacle et de cette histoire.
01:14:19Nora Bouazzouni
Donc c’est un spectacle où toi tu racontes l’histoire de la casa Cervi. D’ailleurs ça ne s’est pas bien fini pour eux parce que plusieurs hommes de la famille ont été fusillés. Absolument. Le père a survécu, c'était ça. Donc il a pu écrire un livre dont tu parlais tout à l’heure. Mais dans ton spectacle, tu raconte toute cette histoire.
01:14:43Floriane Facchini
Le vieux livre, pardon.
01:14:45Nora Bouazzouni
Pardon, attends, c’est super. Tu racontes cette histoire de la casa Cervi, en faisant des pâtes. Donc tu es en plein air, souvent. D’ailleurs, c’est beaucoup de tes spectacles, ou en tout cas de ce que tu produis, qui est aussi à l’extérieur, comme tu le dis, qui n’est pas forcément toujours dans une salle de théâtre, etc. Donc des lieux aussi publics, pour que les gens qui passent puissent voir ce qui se passe, comme tu disais, c’est souvent gratuit. Et donc Tu as une assemblée et moi, je t’ai vu réfléchir depuis qu’on se connaît à la table, à l’objet de la table. Est-ce que tu peux juste nous dire, parce que tu disais, ça finit par un banquet et toi, les gens, dans tous tes projets, les gens ingèrent aussi les choses. Tu parlais de forme de rituel, une forme de symbolique aussi. Et puis je trouve qu' on en a parlé toutes les deux, je trouve que quand on parle d’alimentation avec les gens. Quand on parle alimentaire d’un point de vue sociologique, politique, etc., on ne peut pas faire ça le ventre vide. Parce qu’en plus, ça veut dire qu’il y a des gens qui n’ont pas forcément, peut-être, suffisamment à manger, qui vont venir et entendre parler de bouffe et repartir avec le ventre vide. Donc déjà, c’est quand même pas très correct. Est-ce que tu peux nous parler de cette table ? Je t’ai vue, la dernière fois qu’on s’est vue, elle était en cours de construction. Et moi, je t’avais vue la phase d’avant quand tu réfléchissais encore. Parle-nous de la table. La table à laquelle sont assises et assis les personnes qui assistent à la Pastasciutta antifascista
01:16:15Floriane Facchini
Oui, alors déjà juste avant, si tu me permets, je voulais faire une petite précision du coup de la forme du dedans et dehors de la passage à la chute anti-fasciste. La partie du récit dans laquelle je raconte l’histoire et je montre les étapes de l’enquête et je réalise les pâtes, je la fais à l’intérieur. C’est l’espace qu’on a nommé plus récit. Et ensuite j’invite le public à répéter les gestes de la famille Cervi, c’est-à-dire de sortir dehors, de prendre sa chaise, d’aller reconquérir l’espace public. Et de faire un banquet tous dehors et d’ingérer une Pastasciutta anti-fasciste. Et c’est là que la table rentre en jeu, quand les gens sortent du théâtre, dans la salle dans laquelle on a fait la représentation. Et du coup, dehors, dans l’espace public, devant le parvis du théâtre, dans un jardin à côté, on installe le public il est invité à assembler une table. Cette table, elle a une particularité elle n’a pas de pieds et elle ne tient qu'à l’engagement des uns et des autres. En fait, cette table, elle est née d’une longue réflexion. Je voulais effectivement que cette table ne soit pas juste un objet dans lequel on s’assoit et on partage notre nourriture. Déjà, c’est là que ça m’intéressait, parce que ça allait être l’axe de la rencontre, de la convivialité, de la commercialité. Mais je voulais dépasser cette étape-là et je voulais que la table, ce soit un vrai outil qui nous confronte spatialement, physiquement, collectivement à l'épreuve de l’engagement et à l'épreuve de la démocratie. J’ai imaginé un peu cette table comme une table sans pieds qui est lourde à porter, qu’il faut que chacun, chacune porte. Parfois on a envie de la lâcher parce qu’elle est trop fatigante. On ne la porte pas tous de la même manière. Et pourtant si on a envie de continuer tout et tous à manger, à être ensemble, il faut qu’on reste malgré les différences, malgré le conflit, qu’on reste là à côté des uns et des autres et qu’on se regarde les uns et les autres, qu’on réagissent aux gestes à chacun, à chacune. Donc voilà, d’abord, c'était vraiment une réflexion mentale. Et j’ai été accompagnée par Manu David, qui est le co-auteur, régisseur de la compagnie, scénographe aussi. Et aussi la table la plus, c’est réalisé prendre vie grâce à la collaboration artistique que j’ai réalisé avec Barreau & Charbonnet C’est un collectif, un collectif de designers qui ont conçu, dessiné, au fur et à mesure des allers-retours avec mon équipe ont réalisé donc la table finale. Et c'était une expérience assez typique à faire vivre aux spectateurs, aux spectatrices. Souvent quand les gens sortent, pourtant je leur explique à la fin du récit, un peu comme je viens d’expliquer, qu’on va, pour pouvoir ingérer une assiette de pâtes anti-fascistes, il faut assembler la table. Eh bien, il y en a beaucoup qui se regardent autour, qui attendent, soit qu’on les serve soit que l’on les aide, ou peut-être, je ne sais pas, peut-être qu’ils sont juste tout simplement en train d’ingérer.En tout cas c’est très intéressant de voir à chaque fois comme chaque groupe des spectateurs spectatrices réagit différemment à la table et du coup c' est un objet vivant, un objet symbolique du quotidien à nouveau qui fait partie de la manière de manger et il est retravaillé symboliquement pour amener un geste dramaturgique fort. Voilà, c’est un peu ça que j’ai voulu travailler autour de la table anti-fasciste.
01:20:07Nora Bouazzouni
Dans ton travail, il y a beaucoup cette idée de l’attention. Moi, c’est ça que j’apprécie énormément, que je trouve assez original aussi, enfin très original même. L’attention portée aux gestes, l' attention portée au récit, l' attention portée à l’esprit, tu disais l’Attention portée aux autres, en fait. Et il y à eu un article de Libé qui était consacré tout à l’heure, Euryale l’a mis dans le tchat, passage antifasciste. Et bon, sans surprise, l' extrême droite. Tu es tombée dessus, pourquoi à ton avis ça a fâché les fachos ?
01:20:47Floriane Facchini
Mais parce que ça rentre en écho avec ce que se passe aujourd’hui, bien évidemment, parce que ces spectacles et cette histoire, c’est une manière très simple et très incarnée de dire que depuis toujours, la nourriture a toujours été un geste politique, et qu’on ne le veuille pas, qu’on soit conscient ou pas, manger, cuisiner, offrir à manger, créer une tablée en espaces publics. Choisi à ce qu’on y mette dedans, qu' on soit assis ou pas, tout cela est politique. Tout cela a à nouveau créé les mondes qu' on veut créer. Et donc je pense que ça a questionné à cet endroit-là. C’est très révélateur en fait aussi comment chacun se positionne face à cette question que manger est politique !
01:21:39Nora Bouazzouni
Je pense aussi qu’il y a l’aspect artistique qui ne leur plaît pas parce que l’extrême droite, elle est contre la culture, on ne va pas passer par quatre chemins. Donc je pense qu' il y a aussi ça, une forme de haine vis-à-vis d’une culture qui n’est pas comme on parlait du fascisme italien, on peut parler des nazis aussi qui détruisent des œuvres qui n'étaient pas au goût de leur idéologie et de leur projet politique. Donc il y aussi cette haine de certaines formes de culture qui, à mon avis, sont, et justement, au cœur du fait de critiquer toi, de critiqués aussi d’autres artistes. Mais surtout, oui, moi je sais que, enfin tu sais très bien, on a déjà parlé, le cyberharcèlement que je prends, la lettre, j’ai reçu une lettre anonyme d’insultes chez moi, globalement, à chaque fois c’est mais il faut arrêter de politiser l’alimentation, tous ces gauchistes racontent n’importe quoi, ce n’est pas du tout politique.
01:22:36Nora Bouazzouni
Est-ce que tu as joué ton spectacle en Italie ?
01:22:37Floriane Facchini
Non. Alors déjà, préciser ce spectacle, il est né en mai 2026, donc il y a un mois. C’est les fruits de deux ans de recherche, mais il est tout frais, il est tout nouveau, donc moi ça fait plus de, ou ça fait 25 ans, 26 ans que je vis plus en Italie. Donc j’ai plus l’habitude de travailler, de tourner en France, en Suisse, en Belgique, donc dans des pays francophones, et moi en Italie il y a des théâtres qui ont soutenu le projet dont Sardegna Teatro, donc en Sardaigne, qui souhaiterait énormément l’accueillir, aussi Erte Emilia Romagna Teatri, donc les théâtre régionaux de la région de la famille Cervi, qui souhaiteraient nous inviter. Pour le moment, on n’a pas encore pu réaliser, c’est un programme, mais il serait très important en fait de ravoir un temps de réadaptation. Pas simplement pour la question de la langue, mais aussi pour des questions culturelles. Parce que voilà, ce qu’aujourd’hui raconte la Pastasciutta antifascista en France, ce n’est pas la même chose qu’il va raconter en Italie. Donc voilà, c’est un pas dans l immédiat mais on a très très très envie de pouvoir le réaliser. Par contre, en Italie ce qui est génial, c’est qu’existe déjà la fête communautaire du 25 juillet des pâtes antifascistes. D’ailleurs, moi, ça fait deux ans que j’y vais tous les 25 juillet, je vais à Casa Cervi, donc la ferme de la maison de Cervi devenue un lieu de mémoire de la résistance, mais un lieu de mémoire vivant, comme ils disent. Et donc chaque année, la famille Cervi tous les descendants, ils offrent à manger des assiettes des pâtes à plus de 4000 personnes. Et on traite de sujets extraordinaires actuels. L’année dernière, chacun pouvait donner ce qu’il voulait. En échange de cette assiette de pâtes et tout l’argent a été dévolu aussi à la lutte pour la Palestine libre. Donc c’est extraordinaire, on ne traite pas que de sujets de la résistance des années 40, mais à nouveau c'était vraiment l’intentionnalité des luttes, que ce soit d’un point de vue du sol, du territoire, mais aussi, par exemple, je trouve extraordinaire. Toutes les personnes qui servent, ce sont les pasta, parce qu’il y a beaucoup de serveurs et serveuses pour servir 4000 personnes, ce sont des jeunes qui sont engagés dans un projet d’un des fermes qui s’est battu contre la mafia. Parce qu’en Italie, beaucoup de fermes sont assujetties à cette violence, à ce pouvoir invisible, mais très très très violente de la mafia, donc ce sont des jeunes qui font tout un programme pour prendre conscience de cela et pour accompagner les agriculteurs, agricultrices qui vivent cette violence. Donc c’est extraordinaire, j’ai envie de tout et tous y aller. Voilà, c’est à Campegine, vous pouvez aller sur le site internet de l’Istituto Cervi. Donc prochainement peut-être le spectacle en Italie, mais entre temps, pour ceux qui sont en Italien, vous pouvez aller fêter la Pastasciutta antifascista casa Cervi. Et d’ailleurs, un des objectifs du spectacle, c’est qu'à la fin, je donne justement toutes les informations pour pouvoir réaliser une Pastasciutta antifasciste chez soi, aussi en France. Parce que la Pasta Antifa s’est faite dans plus de 350 lieux dans le monde, mais pas encore en France. Et d’ailleurs, c'était une des demandes de Mario Cervi, le fils d’Agostino, un des sept frères Cervi qui est mort en 1943, qui m’a demandé d'être un peu la passeuse de cette histoire et d’organiser des Pastasciutta antifascista en France
01:26:13Nora Bouazzouni
On va justement finir en parlant des banquets et puis aussi du réseau « Ça mijote » D’ailleurs, est-ce que tu as des dates en France à nouveau pour ce spectacle qui sont prévues ?
01:26:25Floriane Facchini
Oui, alors ils vont être bientôt affichés sur mon site internet. C’est à partir de mois d’octobre, on sera à Bordeaux, et puis ensuite on sera en Rhône-Alpes, au Théâtre de Vénissieux, en janvier, et puis on va revenir dans le sud de la France à Toulon, et encore et encore des dates, on se sera aussi au Nest, centre dramatique transfrontalier de Thionville. Voilà, toutes les dates seront bientôt affichées sur floriane facchini.com. Ça sera facile de trouver les informations dans l’agenda.
01:27:02Nora Bouazzouni
Aux gens qui nous rejoignent, bonjour Euryale dit le monsieur mort en 1943. Non c’est plusieurs en fait, c'était plusieurs membres de la famille Cervi qui sont morts en 43 et il y a eu le papa qui lui n’a pas été fusillé donc j’espère que je réponds à ta question Euryale. Oui parce qu’on parlait de l’Italie aussi parce qu' en Italie bien évidemment vous n’ignorez pas de savoir qu’il y a un gouvernement fasciste. Au pouvoir et on n’est pas dans un fascisme qui se cache en plus, il est vraiment, il est bien bien frontal ce fascisme. Je voudrais finir pour parler des banquets et justement hyper intéressant et Euryale a mis un lien aussi vers le France déter du 27 avril où on parle des canons, du canon français qui donc sont des banquets financés en partie, co-dirigé maintenant par le fonds d’investissement Otium du milliardaire d’extrême droite, catho traditionaliste Pierre-Edouard Stérin. Donc des banquets qui sont organisés un peu partout en France, qui sont des banquets qui coûtent quand même très cher, c’est 80 euros par personne dans toutes les régions possibles. Et là-bas on mange quoi ? On mange principalement de la charcuterie, du cochon. Et on boit du vin et on a documenté des saluts nazis, des propos racistes, antisémites, islamophobes, xénophobes. Donc il y a des bérets et des drapeaux tricolores, non pas que le béret et le drapeau tricolore soient des symboles ontologiquement fascistes ou nationalistes, mais en tout cas on sait que ces banquets peuvent être un véhicule de l’extrême droite en France notamment. Et donc je trouve vraiment hyper intéressant ce que tu dis sur la volonté de la famille Cervi, que ces pâtes antifa, que ces banquets populaires arrivent en France pour contrer aussi finalement d’autres banquets qui aujourd’hui ont pris, disons, une place qui commence à être importante et qui sont une espèce de véhicule de l’extrême droite et qui instrumentalisent l’alimentation à des fins politiques et politiques d’extrême-droite. Donc c’est aussi cette question du gastro-nationalisme qui, tu le sais, est cher à mon cœur et sur lequel je travaille beaucoup en ce moment pour peut-être un prochain ouvrage (teaser, teaser) Oui, et puis je vous le rappelle, Pierre-Édouard Stérin un milliardaire, évadé fiscal évidemment, sinon ce serait pas drôle. Les patriotes français évadés fiscaux, on les adore vraiment. Je voudrais, pour terminer, que tu nous parles du réseau « Ça mijote »
01:29:53Floriane Facchini
Oui, alors les réseaux « Ça mijote » c’est un réseau dont j’ai fait partie, qui a été initié par Chloé Tournier de l’Association nationale de la Garance. Donc, c’est la directrice. Ce réseau, il a été pensé avec des artistes du monde de spectacles vivants, mais voilà, liés à la question culinaire, des cuisiniers aussi. Mais plus particulièrement, il est né de se réunir à un réseau des spécialistes du secteur, des programmeurs, des directeurs et directrices des théâtres, qui décident d’amener dans les programmes des spectacles d’art culinaire et qui décident d’accompagner des artistes qui sont aussi des artistes culinaires. C’est un réseau qui a permis déjà de nous dire que nous sommes un certain nombre intéressés à ce sujet, à partager les mêmes questions, les mêmes problématiques Il peut partager toutes les expertises qu’on est en train de partager ensemble, à faire en mesure de monter ensemble des projets artistiques au culinaire, etc. Et il peut être aussi un endroit pour donner de la valeur à l’art culinaire qui pendant des années, pendant des siècles, n’a jamais été considéré comme un vrai art. Là, c’est marrant, hein ? Dans le monde gastronomique, la cuisine devient quelque chose d’artistique pour les chefs, mais très très cher, inaccessible. Alors que dans les théâtres, la cuisine a pris vraiment du temps à être valorisée et récompensée à sa juste valeur, avec tout ce qu’elle apporte aussi à niveau de structure narrative. Et de l’expérience en soi, il faut préciser que dans l’art contemporain, il y a toujours eu des artistes qui ont travaillé avec l’alimentation mais voilà, dans une niche, et moi c’est aussi dans le monde du spectacle vivant, on s’empare de cet art, de cet langage et ça permet aussi de donner accès à ce grand nombre de publics. Avec des prix, des spectacles, entre 5 et 20 euros, et qui intègre un coup de billet de spectacles et un repas. Donc je trouve que c’est vraiment très intéressant aussi de donner de l’ouverture, de la friture aussi au monde du spectacle vivant. Parce que la cuisine, on l’a dit encore une fois, amène plein de questions politiques et sociales. Et donc ces réseaux servent à accompagner les artistes et à soutenir leur diffusion.
01:32:48Nora Bouazzouni
Oui, réapproprions-nous l’alimentation, la cuisine, l’acte culinaire, les rituels culinaires aussi. Ne les laissons pas, comme tu le disais, au 1 % aux plus privilégiés qui peuvent s’asseoir dans un resto avec une nappe blanche et payer des menus à 200 euros. Mais oui, la cuisine c’est pour tout le monde, la bouffe, on peut en parler qu’on est 7 ans, 77 ans et quel que soit le nombre de hausses sur son compte en banque. Ça se voit que je fatigue avec la chaleur, là je n’en peux plus, j’ai le cerveau qui fond littéralement. Il mijote, tu vois, ça mijote. Et concernant les créations autour de l’art culinaire, si vous voulez aller voir les autres créations, en plus de celles de Floriane Facchini, vous pouvez aller sur le site de La Garance, donc à Cavaillon, la scène Nationale, il y a eu un festival, il n’y a pas longtemps, qui s’appelait Confit. Et il y a eu beaucoup beaucoup de créations culinaires, dont Autophagie, que je rêve de voir, que j’ai toujours pas vu d’Eva Doumbia, qui a l’air absolument incroyable. Donc si vous voulez aller un peu voir tout ce qui se passe autour, vous allez voir la programmation passée de ce festival, et vous allez avoir envie de voir beaucoup de choses, je pense. Où est-ce qu’on peut te voir bientôt Floriane ?
01:34:00Floriane Facchini
Bientôt bientôt, Bella, c’est la manufacture qui va continuer à la scène nationale de Marseille, au ZEF, qui va reprendre deux mois de septembre. Ensuite, il y a tous les projets, entre les Alpilles et le Lubéron, qui vont s’ouvrir au public par des dégustations, par des moments de partage d’enquête qui s’appellent les mises en bouche. Pareil, toutes ces dates-là seront bientôt affichées sous les sites Internet. Puis je vais travailler aussi, donc je vais mettre en œuvre une étape deux de La Manifatura, cette fois-ci, au Cest, donc au Centre dramatique transfrontalier de Thionville. Et ensuite, je vais travail pas mal en Suisse, parce que je suis artiste associée aussi à la Chaux de Fonds, et il y a un projet aussi avec Bourges, avec Camille de Toledo, que ce sera la suite de Ce que nous dit l’eau. Donc c’est ces rituels culinaires d’attachement au travers de la rivière, il y aura une suite qui se fera avec et à partir du nouveau projet de cet auteur Camille de Toledo qui s’appelle L’Internationale des Rivières. Et bien évidemment la Pasta Antifa, comme on disait tout à l’heure, à partir de mois d’octobre, va continuer. Et puis… Là, je vais démarrer les nouveaux projets qui s’appellent La Rivolta delle Gelsomine et Altre Storie di Lotta e di Piante, la Rivolte delle Gilsomine, Autre Histoire des luttes et des plantes. Donc, les Gilsommine, ce sont des femmes qui cueillaient les jasmins en Sicile dans les années 40. Ce sont les premières qui se sont révélées. Et donc, je parle des mondine, entre autres, mais je parle aussi des cueilleuses en Sardaigne et qu’aujourd’hui ce n’est pas contre des radars anti-migrants. Donc, je parle cette fois-ci de la cueillette et j’essaye de montrer que comme la cuisine, ce n’est pas un geste neutre qui est toujours pris entre lutte, et emprise, etc donc, il y aura aussi beaucoup de résistances autour de cette nouvelle création.
01:36:10Nora Bouazzouni
Tellement hâte. Et d’ailleurs, on parle de femmes depuis tout à l’heure, de femmes nourricières, de femmes résistantes, de femme révoltées. Eh bien, ça me fait penser à une notion qui s’appelle l'écoféminisme. Et qui est la mère du mot éco-féminisme ? Eh bien ne serait-ce pas Françoise d’Eaubonne ? Et qui est Françoise D’Eaubonne ? Ne serait- ce pas la grand-mère de David Dufresne ? Eh ben oui, ben voilà, on y revient, on revient toujours au patron finalement, on revient toujours à David Dufresne. Il est partout celui-là, même là où on l’attend pas. Donc moi j’ai tellement hâte d’aller voir tout ça, et oui Bourges tu en parles parce que capitale de la culture européenne 2028 figurez-vous, et figurez vous Donc, ah oui non, une avant dernière question On parlait des banquets, pardon j’avais oublié de te demander, en Italie hormis les banquets Casa Cervi, est-ce qu’il y a d’autres banquets populaires comme ça ? Est-ce que tu sais s’il y a d’autres banquets populaires dans le pays qui se sont organisés peut-être avant le gouvernement Meloni ou depuis ce gouvernement.
01:37:13Floriane Facchini
Alors, pas que je sache, c’est clair que la nourriture, les choix, les menus, ça peut induire à exclure de gens, malgré qu’il y a une volonté au pas. En tout cas, je n’ai pas connu vraiment, je ne connais pas l’existence de banquets qui portent, voilà, c’est les valeurs que tu as présentées, c'était le canon français. Il n’y a pas la même chose. Par contre, c',est que c' est très problématique, c’est qu’on sent que la question de l’alimentation aussi est très instrumentalisée et même la question de la lutte, alors aujourd’hui, moi j’ai décidé franchement de faire ce spectacle aussi parce que je n’en pouvais plus d’entendre que le mot antifasciste devenaient un mot presque terroriste. Je ne pouvais pas entendre cela. En Italie, on a une histoire, notre constitution est antifasciste. Ce sont les antifascistes qui ont libéré, avec les alliés bien sûr, qu’ont libéré l’Italie, qui se sont battus contre le fascisme, contre le nazisme. Pour moi, c'était impossible d’oublier tout cette histoire de toutes ces femmes et ces hommes qui se sont battus, qui étaient des féministes, des antifascistes, des anticapitalistes, et qui ont fait qu’aujourd’hui, on est quand même, malgré tout, pas mal. Et donc pour moi c'était important et en Italie ce qui m’a énormément touché pendant mon enquête, c’est que même s’il y a une instrumentalisation, je vais faire un exemple très simple mais très marquant, le 1er mai en Italie on fête la fête des travailleurs, voilà. C’est une fête très importante en Italie et chaque année l’État offre aux Italiens, particulièrement aux romains, un grand concert gratuit avec des têtes d’affiche magnifiques. Et on chante bien évidemment tous les années Bella Ciao, cette année, il y a eu une nouvelle chanteuse dont je ne me souviens pas son prénom, mais c’est une jeune femme qui chante la chanson, et elle a changé les paroles de Bella Ciao, elle a enlevé Partigiano, partisan, et elle l’a remplacé par humanité. Bien évidemment, elle s’est fait huer partout. Et elle, tout son propos, c'était de dire « il faut arrêter avec cette histoire des partisans, c’est vieux, aujourd’hui ce n’est pas tant le partisan qui fait la résistance, c’est l’humanité. » Et moi j’avais envie de dire pardon, excusez-moi en fait, les deux mots, ce n’est pas du tout la même chose, et je me suis dit que là il y a des gestes vraiment flagrants, d’instrumentalisation des glissements linguistiques, des changements, des remplacements qui sont en train de se faire et heureusement toute l’Italie a vu ces changements et ce n’est pas possible en fait. Les mots sont importants, oui bien évidemment parce qu’ils nous permettent de voir ce qu’on lui a mis dedans, ce qu’il y a derrière et on ne peut pas tout simplement changer partisan, partisan par humanité. Bref, déjà dire tout cela et par contre une toute dernière chose plus réjouissante c’est de dire qu’en Italie il y a une sorte d’usage, des coutumes de cuisine antifasciste. Comme tu sais, à la manufacture de Marseille, on en a beaucoup parlé. Je t’ai raconté, il n’y a pas que la Pastasciutta antifascista. Il y a i cappelletti bastonati. Donc, il y a plein d’autres recettes qui, symboliquement, incarnent aussi des gestes de lutte par l’assiette.
01:41:30Nora Bouazzouni
Qu’est-ce que ça veut dire, cappelletti bastonatti ?
01:41:32Floriane Facchini
Cappelletti, littéralement, c’est un petit chapeau, c' est un petit raviolo. Et bastonati, c’est parce que justement c'était les repas des communistes, des antifascistes du 1er mai. C'était des petits raviolis en bouillon qu’on mangeait le 1er Mai et les fascistes, ils savaient très bien dans quelle maison aller, ils rentrent, ils défoncent les portes, ils renversent les soupières avec les cappelletti dedans et les écrasent pour empêcher les gens de manger. Et les antifascistes du coup ont changé les noms de la recette, ils les ont appelés cappelletti bastonati, c’est-à-dire des petites recettes voilà, des petits raviolis bastonnés. Et on continue à les manger même si vous allez nous bastonner. Et donc, pareil, aujourd’hui, le 1er mai, si vous allez, pareil, dans la région de Reggio Emilia, ces régions vraiment anti-fascistes historiques, là-bas vous avez la fête, la festa de la Pastasciutta anti-fasciste et des cappeletti bastonnati.
01:41:41Nora Bouazzouni
J’ai envie de dire, Viva la pasta, tu vois, et voilà, c’est comme ça. Allez, pour finir, ma question habituelle, est-ce que tu as une recommandation culturelle pour nous ? Un livre, un jeu vidéo, un film, une pièce de théâtre, un podcast, une chanson, quelque chose que tu veux nous partager ?
01:41:57Floriane Facchini
Alors, les livres je n’en ai plein. Alors, parce qu’en plus ce qui me guide toujours à chaque fois, je peux vous montrer ce que j’ai vient d’acheter là, et que je vais commencer. Donc, Joëlle Zask, Donner à manger. Politique d’un geste ordinaire, Premier Parallèle, 2026 Voilà, ça. Ça, c’est la scène nationale qui m’en a parlé. D’ailleurs, ils ont créé un festival ça me donne très envie, et puis là je suis en train de lire aussi c’est le livre de Clarisse Le Bas "Le temps du végétal", ethnobotaniste avec qui j’ai travaillé c' est un livre extraordinaire qui vient de sortir chez Acte sud et après je pense que je pourrais vous parler aussi d’un podcast que j’aime beaucoup, alors c’est un podcast qui est plutôt lié au spectacle vivant mais c’est un podcast vraiment qui mérite d'être découvert parce que, comme tu le fais, Nora, c' est vraiment de temps long dans lequel vous prenez vraiment le temps de changer avec les personnes. Et ce n’est pas juste 10, 15 minutes, 20 minutes, tu passes à la radio deux questions et c’est fini. Et c’est les podcasts de Zineb Soulaimani. C’est Le Beau Bizarre. Voilà. Si jamais quelqu’un entre vous ne le connaît pas, je vous conseille de l'écouter.
01:43:18Nora Bouazzouni
Je mettrais toutes ces recommandations évidemment dans le texte de l'émission sur le site Au poste. Merci beaucoup Floriane Facchini, je suis trop contente de t’avoir reçue donc je rappelle que vous allez sur le site, sur l’agenda, il y aura toutes les dates pour aller voir les spectacles et puis les créations, puis les enquêtes en cours et tous les projets de Floriane et puis de son équipe. Je rappelle aussi que auposte est partenaire du Frida Film Festival, il y a l’affiche devant moi, la très belle affiche du Frida Film Festival. À Paris du 26 au 29 juin, et il y a donc des projections, il y aussi une masterclass, ah bah voilà merci, il est formidable, il m’a passé le flyer ! Voilà donc avec le soutien du Centre Pompidou, les InRocks, Telerama, tout ça tout ça, une très belle photo de Jean-Gabriel Perreau, une vie manifeste du film, donc c’est Festival et Rencontre Itinérante du Film d’Art. Voilà, 27 juin 2026, Frida, film festival. Il y a David Dufresne, je ne sais pas si vous le connaissez. C'était celui qui disait Max Glycine, qui disait il paraît Pascal Praud aime beaucoup David Dufresne. Non, je rigole. Je pense qu’il aime autant David Duf qu' il aime Guillaume Murray, c’est à dire pas. Ah oui, non, en plus, j’ai l’affiche de l’autre côté. Moi, je suis vraiment, waouh, vraiment, la chaleur me fait fondre le cerveau. Il y a l’affiche qui est ici en grand. Il est temps que je rentre chez moi me mettre en slip devant devant un ventilateur poussé au max, merci Floriane merci Euryale comme d’habitude dans le tchat merci à tous les aupostiens aupostiennes qui ont suivi cette émission et qui suivent "Bouffe de là " tous les mois depuis deux ans tout ça merci bravo pour l'émission on nous dit bah bravo merci merci merci Bella Ciao c’est Yao oui c'était mieux mais écoute tout de toute façon, c’est pas grave, on a tout compris. RGZR7 qui dit : grazie mille per tutta la sua parola, et bien écoute grazie mille a voi. Voilà, merci pour le live caniculaire, nous dit Right Eyebrow, bah ouais écoute on est là, on résiste à la chaleur aussi, pas qu' aux fascistes. Merci à Nayan évidemment comme d’habitude à la réalisation, je rappelle que Nayan a une émission sur le cinéma qui s’appelle…
01:45:38Nayan Chowdhury
Silence plato.
01:45:40Nora Bouazzouni
Silence plateau, vous avez compris. Voilà, vous pouvez aller voir Silence Plato. Merci donc à tout le monde, n’oubliez pas de vous adonner, vous abonner. Maintenant, vous pourrez aussi vous abonnez à partir de 2 euros par mois. Et vous savez que les abonnements comme ça sur l’année ou par mois, ça aide aussi à avoir un peu plus loin en termes de finances. Parce que bien évidemment, on ne vous cache pas que c’est compliqué d'être un média indépendant. On espère que l’an prochain, ce ne sera pas encore plus compliqué, si vous voyez ce que je veux dire. Donc, votez bien, vous savez pour qui, de toute façon. On se retrouve à la rentrée pour deux nouvelles émissions Bouffe de la mais avant ça, on se retrouve pour "Qui va faire la vaisselle ?" mon émission sur les enjeux de genre le 29 juin où l’on va parler de "l’homme nouveau". Je mets des guillemets où je vais recevoir Mélanie Gourarier et Laura Verquère qui ont écrit un livre sur l’homme nouveau plutôt contre l’homme nouveau. Donc on va parler d’un homme nouveau, est ce que c’est une nouvelle arnaque du patriarcat ? Qu’est-ce que c’est que l’homme nouveau, déconstruit, etc. Est-ce-que ce n’est pas juste un nouvel avatar de la domination masculine ? Et bien pour le savoir, vous pouvez suivre "Qui va faire la vaisselle" le 29 juin. Voilà ! Merci encore Floriane Facchini c'était un plaisir de t'écouter. Merci à vous, merci à toi pour l’invitation, à toute l'équipe. Grazie ! Et je vois qu’Euryale a des supers émojis pour les poses hydratation. C’est Jean-Luc, il y a Jean-Luc qui boit de l’eau, puis il y aussi l'émoji eau. Je vais l’appeler "Eaurial". Voilà, Euarial comment je t’appelle Euryale et oui, Témorophile qui relie les deux : l’homme nouveau, c’est d’abord un concept de l’Italie fasciste. Euryale me dit le 30 juin, ah oui, 30 juin. Non mais vraiment, ne me demandez pas, les dates, les chiffres, j’en peux plus. Voilà, non mais là, ça suffit. Je vais rendre l’antenne, ce sera mieux pour tout le monde de me rafraîchir aussi. Merci à tous et on se voit le 30 juin au Frida Film Festival. Ciao !

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