Procès CRS/Burger King et la condamnation de Morandini : pourquoi il a fallu 7 et 10 ans à la justice
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Bonjour, il est 7 heures. 6 février, non, qu’est-ce que je raconte ? 9 février, amis du Super Bowl, amis de l’Amérique, amis des nuits courtes, amis du café ! Bonjour ! Chaque lundi matin, auposte tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant France Déter accueille des invités et un animateur crevé tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages, des luttes, explore le passé et trie le présent. C’est en direct, c’est fait maison ! Au menu ce lundi, à 7h30, si BFM le libère, l’avocat Arié Alimi, qui est invité chez Apolline de Malherbe à 7 h 20, on n’en a rien à faire, il sera ici à 7 heures 30.
Ces images n’ont jamais été dévoilées. Des caméras de vidéosurveillance filmant la charge de CRS à l’intérieur d’un fast-food On y voit des manifestants, violemment frappés au sol, à coups de matraques et à coup de pied. C'était au pic des manifestations des Gilets jaunes. Pour ces violences, neuf policiers sont jugés lundi, plus de sept ans après les faits.Ce jour-là, cette jeune femme se trouvait à l’intérieur du restaurant avec son compagnon.En revoyant ces images, toujours le même trauma n’y a pas de sortez où on vous emmène, il n' y a pas les mains en l’air, il y a aucune sommation On l’aperçoit ici avec son compagnon sur les images de vidéosurveillance. Lui lève les mains en l’air quelques secondes seulement avant l’intervention. La charge des CRS dure moins de trois minutes. Elle a été analysée seconde par seconde, par la police des polices. C’est un dossier qui, sans les vidéosurveillances, aurait, je pense, eu une autre dimension. Les vidéosurveillances vont agir comme une espèce d'œil froid, objectif, qui va vraiment fixer, figer la situation. À 19h, très exactement, l’intrusion de 50 manifestants. Les premiers forcent la porte du restaurant pour échapper aux gaz lacrymogènes, selon la police des polices. À l’intérieur, pas de pillages, ni même de dégradations ou de vols, à l’exception de cette bouteille d’eau utilisée par un manifestant pour se nettoyer les yeux. Ces méthodes policières étaient-elles justifiées ? Au cours de l’enquête, les fonctionnaires se défendent. L’un d’eux évoque des gestes instinctifs pour faire accélérer le mouvement. On n’avait pas 50 000 solutions pour les évacuer, ajoute un autre. Mais confrontés aux images, plusieurs reconnaissent des gestes déplacés. C’est beaucoup en termes de coups. C'était n’importe quoi, la honte de ma carrière. Tous rappellent l’ultra-violence à laquelle ils viennent alors d'être confrontés autour de l’Arc de Triomphe.
Euh non, c’est pas ça l’ultra-violence.
Contacté, l’avocat des policiers mis en cause n’a pas souhaité s’exprimer, pas plus que les syndicats que nous avons sollicités.
Non, arrêtez de raconter quand même toujours ce même truc, l’ultra-violence c’est pas ça, l’ultra- violence c’est pas ça, bon bah ce n’est pas grave. Oui, alors en effet, sans ces images de caméras, voilà, Arié vient d’arriver, voilà. Allez hop, on va aller, on va faire du BFM quoi, on va aller directement, on va aller directement à la source, Arié tu m’entends ?
Oui, mais pas très bien, désolé.
Bon, de toute façon c’est toi qu’on veut entendre, ce n’est pas moi, tu es en direct des locaux de RMC/BFM, merci pour la publicité juste derrière toi. Tu seras tout à l’heure devant le tribunal de justice de Paris pour l’affaire dite du Burger King. On vient de voir un petit reportage de France Info et une toute première question, ça va durer quatre jours. Comment, d’après toi, les choses peuvent se dérouler exactement ?
Alors, comment ça va se passer ? On a un planning, donc on sait déjà à peu près comment ça va se passer. Aujourd’hui, il va y avoir un rapport qui va être fait ce matin. L’après-midi, on va commencer à avoir une audition de 4 ou 5 des CRS qui sont impliqués dans l’effet de violence dans le Burger King. Demain, le reste des CRS et les parties civiles, donc les victimes, celles et ceux qui ont été frappés et qui sont possibles des parties civiles. Et puis, on va avoir une chose très intéressante demain après-midi, c’est qu’il y a plusieurs témoins qui vont être auditionnés, dont l’inénarrable Fabien Jobard, qui a écrit « Politique du désordre », et puis surtout quatre ou cinq supérieurs hiérarchiques qui sont cités par les prévenus, dont le fameux commandant Siniscalco. Et ceux qui ont donné finalement les ordres de maintien d’ordre et pendant le mouvement des Gilets jaunes, et ce jour-là spécifiquement. Et donc là, ça va vraiment être un moment important. Et enfin, le jour des plaidoiries et des réquisitions qui aura lieu jeudi. Il y a un jour de battement mercredi.
Alors, je rappelle l’effet, nous sommes le 1er décembre 2018, nous sommes sur le plus gros rond-point de France, la place de l'étoile. Les gilets jaunes prennent la place au petit matin. Au départ, d’ailleurs, on peut le rappeler, c'était plutôt l’extrême droite, puis ensuite, ce sera plutôt des gens de gauche. Mais qu’apportent ? Il y a à peu près 5 500 personnes selon la préfecture qui manifestent, et vers 18h, une colonne de CRS, la compagnie 43, entre l’avenue de Wagram. Il y aura au total, ce jour-là, 400 interpellations, c’est l’acte 3 des Gilets jaunes. Sauf erreur de ma part, n’ont été retenues en termes de délit que deux bouteilles d’eau volées et une porte vitrée qui a volé en éclat. On est bien d’accord que, contrairement à ce qui avait été dit, Les gilets jaunes qui sont entrés dans le Burger King ne sont pas entrés pour le saccager mais pour s’abriter des gaz lacrymogènes.
Ah, on est plus que d’accord et même tout le monde le reconnaît aujourd’hui. Pensez au départ, et en tout cas c’est ce qu’on leur a dit, que c'était des pilleurs. C’est déjà en soi une aberration. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce jour-là, les Gilets jaunes qui arrivaient sur le champ des Champs-Élysées, pas très loin du haut point, il y avait des confrontations depuis le matin, depuis 8 heures du matin il y a déjà des confrontation entre les CRS et un certain nombre de personnes. Mais il y avait beaucoup beaucoup de gilets jaunes qui arrivaient de toute la France et qui ont défilé de manière assez joyeuse finalement jusqu’aux Champs-Élysées.
Alors, première question importante, les faits ont donc lieu le 1er décembre 2018, c’est-à-dire il y a maintenant 7 ans. Pourquoi une telle lenteur ? Est-ce que c'était vous, les avocats des parties civiles, qui avez réclamé des actes, des actions, histoire d’allonger l’instruction, ou est-ce qu’il y a d’autres raisons ?
Tu imagines bien que quand on a des vidéos aussi explicites, normalement nous le lendemain on aurait pu être en audience pour plaider l’affaire. On n’avait pas besoin d’une instruction qui dure aussi longtemps, les vidéos ont été diffusées sur internet mais également sur BFM. Rappelons que ça a été un moment aussi de bascule communicationnel dans la guerre de communication entre les polices et les Gilets jaunes et les organisations de lois humaines puisque pour la première fois, une chaîne d’information continue, et c’est la raison d’ailleurs pour laquelle je suis là aujourd’hui chez eux, à accepter de diffuser et de montrer l’envers du décor, c'était-à-dire les violences commises sur les gilets jaunes. Et donc, ces images auraient suffi en elles-mêmes, le parquet aurait pu poursuivre s’il l’avait voulu comme il le faisait d’ailleurs pour nombreuses gilets jaunes, il les envoyait en comparution immédiate, le Parquet avait la possibilité de juger ou de faire juger les 8, 9 ou voire plus CRS impliqués dans ces violences. Il aurait suffi d’imposer ou de demander à la hiérarchie qui intervenait d’ailleurs en police judiciaire puisque considère que c'était un pillage, de transmettre les noms de ceux qui avaient été intervenus, et puis c'était fini sauf que ça a pris sept ans. Pourquoi ? Quelle différence entre un jour ou 48 heures et sept ans ?
Pourquoi la hiérarchie des CRS, si j’ai bien compris, il y a deux commandants qui ne seront pas sur le banc des prévenus ce matin, et donc en fait il y à 9 CRS sur les 13, me semble-t-il, qui sont entrés dans le Burger King. Alors certains ont été mis hors de cause parce qu’ils n’ont pas tabassé les gilets jaunes, mais il y a des chefs. Pourquoi les chefs ne sont pas poursuivis ?
Figure-toi qu’il y en a un qui s’appelle Gilbert Siniscalco, qu’on va entendre demain, donc son témoignage va être extrêmement important et édifiant même. C’est celui qui a donné l’ordre de rentrer dans le Burger King, et donc on aurait pu se dire, celui qui donne l’ordre va être jugé, un peu comme d’ailleurs le commissaire divisionnaire Rabah Souchi, si vous vous souvenez, dont l’affaire de Geneviève Legay à Nice, cette dame qui avait été poussée par une charge de CRS illégale, qui a été jugée à Lyon et qui d’ailleurs, pour la petite information, un petit scoop David Dufresne : qui va être rejugé en cours d’appel le 25 février prochain, donc ce sera probablement l’audience définitive.
À propos, alors, il y a les vidéos évidemment du Burger King qui vont jouer un rôle essentiel dans le fait que ce procès ait lieu, même s’il faut énormément d’années. On vient de voir des images qui étaient inédites des caméras de surveillance du Burger King, mais on doit aussi évoquer le rôle des journalistes et notamment des streetreporters. Je crois qu’il y a Nicolas Mercier, celui qui avait filmé ce travelling absolument incroyable de l’extérieur du Burger King, où il progresse en même temps que les CRS progressent. Et je crois qu’il y a aussi d’autres journalistes qui sont parmi les victimes qui vont être là pendant quatre jours.
On peut dire, objectivement, que les journalistes sont les premiers responsables de tout ça. Parce que sans eux, il n’y aurait pas d’image. Et donc, il n’y aurait rien à voir dans notre existence. Donc oui, les journalistes sont responsables. Évidemment, c'était un joke. Mais sans eux, effectivement, nous n’aurions pas ces images. Le Burger King et l’affaire du Burger King n’existeraient pas. C’est les images de Nicolas Mercier qui ont été transmises et cédées à BFM à l'époque. Vous pouvez le voir cette histoire parce que je ne suis pas pour rien, et que c’est ça qui a permis finalement la bascule communicationnelle pour montrer au regard du public et donc de construire l’opinion publique les violences policières sur les Gilets jaunes et pas uniquement les dégradations qu’on leur reprochait. Et pour cause, les journalistes ne sont pas que ce qu’ils montrent, ne sont pas qu’un média dans les manifestations, Ils font partie de la même chose. Les traites, et ça a vraiment été une question de manifestation, objectivement. La question c’est comment est-ce que les forces de l’ordre sont importantes et toujours, et on voit dans l’affaire du Burger King la façon dont les CRS ont traité les journalistes à l’intérieur et à l’extérieur, parce qu’on a des images où on voit des journalistes qui sont matraqués.
Ces images mais il y a aussi des audios
Oui aussi bien des Gilets jaunes.
Il y a donc, la défense va les faire diffuser dans la salle, dans le prétoire mais il y a des audios, c’est-à-dire les bandes de la radio de la préfecture, avec des phrases qui sont assez terribles. J’en prends juste une parmi beaucoup d’autres. Vous défoncez tout ce qui se présente à vous. Alors là, on est bien d’accord, c’est un chef qui dit ça, à ses sous-chefs qui eux-mêmes font passer le message.
Objectivement, et d’ailleurs on va certainement interroger, les chefs, sur ces ordres qui sont donnés et qui objectivement sont des ordres manifestement illégaux. Le fait de défoncer tout ce qui se présente à vous, quelles que soient les choses qui sont réalisées ou faites, ce sont des ordres de violence illégitimes puisqu’ils ne sont conditionnés par rien, ni par une nécessité, ni par une proportionnalité. Et donc, on comprend mieux comment les CRS arrivent dans un endroit où ils voient des Gilets jaunes en train de suffoquer, en train vomir parce que ne pouvant plus respirer, en train d’essayer simplement de trouver un refuge au sens premier du terme et qui vont commencer tout simplement à les matraquer sans leur demander de partir, simplement pour les matraquer et les matraquer au sol. Moi, ces images de Maxime qui essaye de protéger sa femme, Manon, des coups de matraque et qui met son corps sur elle pour éviter qu’elle ne soit matraquée par ce policier qui n’a plus rien d’une action, d’un décision humaine. On voit simplement un déferlement de violence et ce déferlement de violence, il n’y a pas de nulle part. Il n’est pas que dans la fatigue. Ou dans l'épuisement des CRS, il est aussi dans les ordres qui leur sont donnés, il est dans la formation, parce qu’ils considèrent que pour les faire sortir, il est normal de les matraquer.
Tu as tout à fait raison, mais rappelons qu'à ce moment-là, Didier Lallement n’est pas encore le préfet de police de Paris, mais l’idée qu’il avait donnée place d’Italie résume la pensée générale. Mais justement, à propos de général, alors je sais que tu dois partir pour aller au tribunal, mais encore deux, trois minutes. Qu’est-ce que tu dirais à tous ceux qui disent que les procès finalement ne servent à rien, que les flics s’en sortent toujours, que la justice éponge ce que peut faire la police ? Qu’est-ce tu réponds à ça ? Toi qui, depuis des années, travaille sur ces dossiers-là ?
Mais en fait pas uniquement à ceux qui disent que ça sert à rien, mais aussi à ceux qui instrumentalisent politiquement à outrance. C’est-à-dire qu’il y a plusieurs opérateurs en matière de violence policière. Il y a évidemment tous ceux qui pensent que la justice ne sert à rire parce que c’est un outil répressif, et que c’est l’outil répressif de l'État. Et j’aurais tendance à leur dire, c' est vrai, et en même temps c’est une arme, et donc on peut changer l’arme de main. Et c’est ce que nous faisons depuis bientôt 20 ans, et ça commence à aboutir, c' est la première chose. Et la deuxième chose, à ceux qui instrumentalisent beaucoup trop, et uniquement à des fins électoralistes, les violences policières, il faut bien comprendre, il faut que vous sachiez ce qu’ils le font. C’est qu' on peut bien comprendre que c' est un sujet fondamental, et ça l' est, et que politiquement il faut l’investir. Encore faut-il qu’on ne l’investisse pas qu'à un mois ou deux d’une campagne municipale ou d’une campagne présidentielle. Il faut l’investir en permanence avec les victimes et ne pas leur faire croire que tout va changer pour eux et qu’il n’y aura plus de violences policières après. Donc voilà, ce sont à ces deux opérateurs que j’avais vraiment quelque chose à dire parce que ça fait 15-20 ans maintenant qu’on travaille sur la question des violences policières.
Dernière chose, tu vas affronter d’avocat à avocat maître Liénard et cela fait des années que c’est un combat qui se déroule sous nos yeux entre vous deux. Est-ce que tu n’es pas un peu las de ça, est-ce qu’il n’y a pas un risque finalement d’une forme d'épuisement des arguments des uns et des autres ? On va sans doute entendre maître Liénard nous parler de l’effet tunnel des policiers, comme il le fait à chaque fois, tu vas lui répondre avec des réponses qui sont les tiennes. Est- ce qu' il n' y a pas de risque que les choses se normalisent ?
Tu as raison, c’est un vrai risque et il faut le souligner, on entend toujours les mêmes musiques et ce qui risque d’arriver c' est une forme de musicalité, un peu monotone d’ailleurs. Je ne crois pas, je crois même qu’on en est à l’apex du traitement judiciaire des violences policières. On a un tunnel, oui, mais pas un effet tunnel, on a un tunnel pendant trois ans là, avec énormément d’affaires de violences policières qui arrivent enfin devant les tribunaux. On va pouvoir, mais ça va dépendre évidemment de tous ceux qui ont été victimes et prises à partie pendant ce mouvement, les journalistes, les avocats, les organisations de droits humains et la justice aussi, de travailler ensemble pour en finir avec l’explosion des violences policières telles qu’on l’a connues et pour en finir avec une certaine idée du maintien de l’ordre. Je crois profondément qu' on est très loin de la musicalité, on a aujourd’hui la possibilité de questionner ce qu’est la violence et la façon dont l'État en use et la façon dont elle s’approprie, la question de la violence. Il y a un film documentaire que j’ai vu il y a quelques années…
Arrête, arrête, arrête.
Qui a posé cette question et je crois vraiment que d’abord elle a été posée de manière très précise et je pense qu’on est en train d’y répondre loin d’une forme de musicalité monotone.
Juste pour préciser, quels sont les procès qui s’annoncent. On a appris la semaine dernière que Jérôme Rodrigues, qui a été éborgné place de la Bastille, on s’en souvient évidemment tous, aura droit à la justice, en tout cas à un procès, ce n’est pas lui évidemment qui sera en procès c’est son éborgneur, est-ce qu’on a déjà une date d’audiencement pour Jérôme Rodrigues et quels sont les autres procès ? Après on te libère parce que tu as du travail et tu es très encouragé par le tchat qui te remercie pour ton combat etc. Mais d’abord, quels seront les prochains rendez-vous judiciaires après le Burger King qui va durer 4 jours ?
Il y en a beaucoup, le 25 février d’abord, à Lyon, tous à Lyon parce que c’est un moment très important pour la suite avec l’arrêt d’appel pour Rabah Souchi.
Je n’y pensais plus.
La charge illégale contre Geneviève Legay. Pour les autres dates, je ne les ai pas en tête, je vais être franc, mais il y en a plusieurs, il y en a beaucoup qui sont dans l’attente, c’est-à-dire des affaires qui sont censées être renvoyées. Je pense à la famille de Cédric Chouviat par exemple, qui attend une date d’audience, le policier est renvoyé devant le tribunal correctionnel et on n’arrête pas d’envoyer des courriers au parquet, le parquet ne nous donne pas de date, donc il faut nous aider là-dessus, parce que ça dépend vraiment du parquet. Je pense évidemment à Jérôme Rodrigues qui a attendu des plombes simplement pour avoir une date d’audience. Je pense à Manu Kwan et je pense à tous les autres, évidemment. J’en oblige, je suis désolé, je n’ai pas tous les noms en tête, il y en a beaucoup beaucoup trop. Mais je pense vraiment à toutes et à tous qui attendent d’avoir une audience pour essayer d' avoir justice. On n’y est pas encore mais on se bat pour ça.
Zigo Toto te demande comment peut-on aider et les autres te remercient.
À l’endroit où on est, on peut aider, on peut diffuser, on peut relayer, on peu essayer d’expliquer à son proche, à son voisin, on peut essayer de sur les réseaux sociaux d’envoyer des messages pour expliquer, on peut faire plein plein plein de choses à l' endroit où on est, je crois profondément, c’est à n’importe quel endroit où l’on peut arriver à changer le cours des choses.
Merci Maître, à bientôt, à tout à l’heure, je passerai vous voir, c’est la 12e chambre, c’est bien ça, je rappelle que c’est public, la 10e, je rappelle que la justice est prétendument rendue en notre nom. Merci Arié, à toute à l’heure et merci encore.
Je suis arrivé, j’ai fait le cacou là comme ça. J’ai rationalisé,mutualisé,supprimé. Bon, alors on a fait ce qu’on a pu. Visiblement la police de projection que j’aie proposé, là ça vaut pas un clou. Ça fait monter les tensions dans le pays, ça aide pas à lutter contre la délinquance.Alors c’est sûr que électoralement ça fait voter à droite.
Alors je n’ai pas de nouvelles de Fanny, normalement elle devrait arriver. Je lui envoie un petit message.Bonjour ! Fanny est arrivée, je vais te mettre directement en live. Est-ce que tu es prête ? Oui, tu as l’air.Bonjour, bonjour la cycliste. Tu es donc cycliste ? C’est bien ça ?
Ouais, cycliste, là c’est la pièce un peu foutraque, il y a des vélos, des lits, des plantes, un ventilateur, mon linge mais vous ne voyez pas qu’il sèche.
Très bien ! Bonjour Fanny, tu es né en 1991, c’est bien ça ?
Tout à fait.
Tu es diplômé de Sciences Po-Grenoble, tu es ancienne rédactrice en chef adjointe des Inrockcuptibles, aujourd’hui journaliste indépendante, on te voit, on voit ta signature me semble-t-il à reporter, à Mediapart, à Alternatives Économiques, à Libération, enfin on voit le genre de sauce dans laquelle tu travailles et tu es spécialisée dans les questions d'éducation, notamment d’enfance, de violence sexuelle. Tu as reçu plusieurs distinctions pour tes enquêtes, dont celle sur Morandini, c’est la raison pour laquelle tu es là ce matin. Est-ce que je me suis trompé dans la présentation ou est-ce que tout va bien ?
Tout va bien.
Bon, super. Le 14 janvier dernier, la Cour de cassation a scellé le sort judiciaire de Jean-Marc Morandini. Elle a confirmé sa condamnation à deux ans de prison avec sursis pour corruption de mineurs, à sortie d’une inscription au fichier des auteurs d’infraction sexuelle, d’un interdiction définitive d’exercer une activité au contact des mineurs. La justice a sanctionné par la même des échanges électroniques tenus entre 2009 et 2016 avec trois adolescents de 15 et 16 ans à qui l’animateur réclamait, il réclamait quoi ? À toi de jouer, dis-nous ce que tu avais révélé à l'époque.
Il réclamait avec forte insistance, puisque c’est aussi la multiplicité des messages qui dessinent ce schéma-là, mais il réclamait des photos dénudées, des photos de leur sexe, des vidéos de scènes sexuelles qu’ils tournaient chez eux. Il y a plusieurs cas différents et plusieurs demandes différentes. Mais voilà, je ne sais pas, tu veux que je raconte un peu ?
Mais voilà, c’est-à-dire, si tu es d’accord, j’aimerais bien que tu nous racontes d’abord ton enquête. L’idée m’est venue tout simplement en lisant un super papier de retour sur ton enquête publiée sur le site de l’INA que je vais montrer dans un instant. Où tu racontais, et j’ignorais moi en fait, comment tu avais pu travailler il y a une dizaine d’années. Tu étais toute jeune, tu l’es toujours, tu étais tout, tout, toute jeune journaliste de 25 ans. Et tu commences à enquêter en fait sur une web série un petit peu oubliée qui s’appelait Les Faucons, et là je te laisse dérouler comment tu as travaillé et ensuite, une fois qu’on aura parlé de ton enquête, on va en venir à aujourd’hui ce qu' on peut penser, déduire, comprendre de tout ce qui s' est passé depuis, mais d’abord Les Faucons.
Alors oui, on est en 2016, à peu près mars-avril 2016, quand je commence le tout début de l’enquête. Moi, j’ai 25 ans, je suis diplômée depuis 6 mois, et je suis à ce moment-là intermittente du spectacle. Je viens de sortir d’un contrat d’intermittent du spectacle, je le dis parce que c’est important de comprendre aussi pourquoi je me lance, c’est que j’ai un petit matelas financier qui me permet de me lancer là-dessus pendant plusieurs mois. Et donc en fait, ce qui se passe, c’est que quelqu’un me dit : Moi, j’avais fait mon stage de fin d'étude aux Inrocks, c'était aussi pour ça que j’sais, puis j'étais pour eux. Et donc, quelqu’un me dit, tu devrais regarder c’est bizarre, il y a Jean-Marc Morandini qui fait la promotion sur ses réseaux sociaux. Il avait fait quelques tweets de partage d’une websérie qui s’appelle Les Faucons et il joue dedans et tu devrais regarder, ça me paraît un peu étrange sur le papier à voir ce que c’est, voir ce qu’il donne ce truc. Donc il fallait payer 2 euros sur Dailymotion pour voir, il y avait 4 épisodes à l'époque, en tout cas j’en connaissais que 4, j’y en découvrirais un bonus entre guillemets.
Alors c’est un point important, il y a une dénommée Catherine Leclerc, t’es au café ?
Là du thé pour le moment.
D’accord.
Le café, c’est après, juste après.
De la même manière, on ne comprend pas trop comment tu es passée de science-po à intermittent du spectacle. Enfin, c’est pas grave. Donc, il y a le rôle d’une dénommée Catherine Leclerc, qui n’est autre que Jean-Marc Morandini. Mais, est-ce que tu peux nous dire qui est cette Catherine Leclerc ?
Catherine Leclerc, c’est le personnage assez décisif de cette histoire, c’est- à dire que Catherine Leclerc se présente comme étant une directrice de casting. Sauf qu’en réalité, les comédiens l’ont jamais vu. Alors, voilà, elle s’adresse à eux que par mail. Et ils vont très vite, quand même, avoir des doutes. Parfois, ce genre au masculin, dans ses écrits aussi, dans ces mails. Et quand je dis qu’ils vont avoir très vite des doutes, ils se disent, bon… C’est un peu bizarre, Ils l’ont jamais vue, ils ne sont pas sûrs qu’elle existe. Personne ne l’a vue, ni même l'équipe technique. Mais ils se disent que c’est trop gros, ça ne peut pas être Jean-Marc Morandini, un animateur télé connu ça leur paraît trop gros.
Alors, 2016, c’est, je ne me trompe pas, le MeToo n’est pas passé par là. On est tout de même au cœur de l’affaire Weinstein. Epstein, lui, a été déjà condamné. Mais est-ce que, puisque ton travail depuis l’or est beaucoup axé sur ces questions-là, est- ce que tu peux nous restituer ? L’ambiance en 2016 quand on travaillait sur de tels sujets.
L’ambiance, alors je crois qu'à cette époque, journalistiquement, dans les écoles de journalisme, on ne l’aborde même pas, je pense. Ce n’est même pas une question d’enquêter sur les violences sexuelles, on n’en est pas du tout formés. Là où aujourd’hui, il peut y avoir quand même des sensibilisations, des journalistes qui viennent aussi parler de leur travail. Je pense que les journalistes ne se sont pas professionnalisés là-dessus. Moi, la seule enquête que je connais à ce moment-là, c’est l’enquête Mediapart France Inter sur l’affaire Denis Boppin qui sort en 2016, je ne sais plus quel mois exactement, peut-être que ça arrive un tout petit peu avant la sortie de mon enquête puisque une des victimes m'écrit en me disant que dans ce type d’affaires, il est en réalité plus facile de se confier à un journaliste qu'à un policier.
Oui, mais ils ne sont pas formés non plus.
Oui, ils ne sont pas formés non plus et nous, on n’est pas des policiers non plus, donc on ne fait pas le même travail.
Absolument, absolument.
Mais oui, c’est sûr que moi, je découvre complètement aussi ce que ça implique d’enquêter sur ce type d’affaires. Je découvre sur le tas, la relation aux sources, qui en fait, il faut quand même arriver à termes, je veux dire de recouper le plus d’informations possibles, d’essayer d’obtenir le plus de preuves possibles. L'étape du contradictoire, tout ça c’est des choses qui sont très importantes dans tous les tous les types d’enquêtes mais je pense que c'était la relation aux sources qui n’est pas tout à fait la même dans le sens où là où, sur le papier, on aurait pu se dire qu'être jeune et inexpérimentée aurait pu être ma faiblesse. Je pense qu’avoir quasiment le même âge que certains des comédiens a peut-être aidé, aussi finalement, puisqu' il faut réaliser qu’ils confient énormément de choses très intimes qui leur sont arrivées.
L’honnêteté commande de rappeler que Morandini a toujours nié les faits, y compris après ses condamnations. Je crois que, enfin le tchat nous dit qu’il envisagerait un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, ça j’avais pas vu passer, il nie toujours tout geste déplacé ou agression. En 2016, quand sort ton enquête, il se trouve que Morandini est en train d’arriver par la grâce de son ami Bolloré au sein de I Télé, chaîne d’information qui appartenait à Canal Plus, donc rachetée par Bolloré. Il va y avoir une grève gigantesque de la part d’une grande partie de la rédaction d' iTélé. Est-ce que ton enquête avait joué un rôle dans la mobilisation ou pas des journalistes ?
Je rembobine un peu. Il avait dit qu’il irait devant la Cour européenne des droits de l’homme. Il a toujours nié les faits. Il y a une semaine, je crois, le vendredi précédent, il a fait un communiqué qui sentait un peu le roussi pour lui chez CNews, où il a présenté ses excuses. C'était la première fois qu’ils ne niait plus les faits, il y a dix jours, tout en disant qu' il a abandonné les recours.
La cassation en tout cas, oui.
Enfin, non, il est condamné en cassation.
Oui, pardon.
Et il dit qu’il abandonne tout recours, donc on comprend entre les lignes qu’ils iraient finalement peut-être plus devant la Cour européenne des droits de l’homme. Bon, voilà, tout est encore possible, mais en tout cas, condamnation définitive. Et donc, pour ce qui est de iTélé, qui deviendra CNews, En fait c’est sûr que déjà avant même que mes enquêtes sortent, donc mes enquête elles sortent au mois de juillet On sent que les journalistes, ils ne sont pas hyper friands du fait que Jean-Marc Morandini arrive à l’antenne. Parce qu’il faut quand même voir que Jean Marc Morandini, à ce moment-là, c’est quelqu’un qui présente surtout des émissions liées à la télé et réalité ou aux faits divers sur NRJ12, qui a déjà bidonné par ailleurs des émissions, c’est-à-dire qu'à un moment donné, il fait croire que son chroniqueur était en live depuis Los Angeles pour les obsèques de Michael Jackson, et en réalité, il y avait eu des enquêtes journalistes qui avaient révélé que le chroniqueurs était au sous-sol de la boite de prod. Il n’a pas une super image journalistique pour une chaîne aussi sérieuse qu' I télé à l'époque, avec une chaîne d’information en continu qui est quand même aussi très tournée vers les questions internationales à l'époque. Beaucoup de terrain, beaucoup de reporters partout, donc voilà il y a ça. Et alors mon enquête pour le coup, oui, j’allais dire elle met le feu aux poudres, dans leurs revendications il y avait aussi la baisse de la dégradation de leurs conditions de travail, la baisse des moyens avec une reprise en main de Bolloré qui les inquiétait, mais c’est sûr que mon article, c'était un point de non-retour pour eux. C’est-à-dire que vraiment, ils me disent à l'époque, parce que moi je vais couvrir ensuite la crise chez I télé, ils m’expliquent qu’ils ont eu envie de vomir, que la crédibilité journalistique de la chaîne est durablement entachée et que pour eux c' est intenable d’avoir un animateur mis en cause pour de tels faits qui présentait une émission quotidienne, un journal d’info, c’est pas possible. C’est sûr que ça va cristalliser en tout cas la crise sur l’arrivée de Jean-Marc Morandini et c' est d’ailleurs ce qui va permettre à Vincent Bolloré en réalité d’asseoir aussi son pouvoir sur la chaîne. Puisque l’arrivée de Jean-Marc Morandini, elle sert aussi d'épouvantail pour faire fuir tous les journalistes qui contesteraient cette décision.
Alors justement, par rapport à aujourd’hui, est-ce que le maintien de Morandini à l’antenne de CNews doit se lire de la même manière ? C’est-à-dire que c’est une arme de dissuasion massive auprès des collaborateurs de CNEWS, en gros, pour tester leur loyauté à leur patron qui protège Morandini. Est-ce que c’est comme ça qu’on doit prendre les choses ?
Ben c’est à l’heure actuelle la seule explication un peu tangible que je vois puisque, en réalité, on est nombreux à se poser la question de pourquoi est-ce qu’il est maintenu coûte que coûte. C’est-à-dire que tous les arguments qui étaient avancés par la chaîne sont tous tombés un à un. C’est-à-dire qu’au départ, c'était « oui mais il va faire de bonnes audiences ». Certes, peut-être qu’il fait des audiences pas trop mauvaises, mais en réalité, ça rapporterait, parce qu’y a pas d’annonceurs et les annonceurs ne veulent pas être associés à Jean-Marc Morandini Et puis, l’autre argument, c'était tant qu il n’y a pas de condamnation définitive, on ne bouge pas. Alors maintenant, y a une double condamnation définitive. Donc, on voit bien que ça ne change pas grand chose. En réalité Jean-Marc Morandini, c’est aussi un bon soldat de Vincent Bolloré. Déjà, ils se connaissent depuis très longtemps. En fait, ils s’y connaissent depuis le début des années 2000, puisque Jean-Marc Morandini a travaillé sur D8. Il a travaillé pour les journaux gratuits de Vincent Bolloré direct soir, direct matin. Il a ensuite officié sur NRJ 12, NRJ 12 Seine où Gérald-Brice Viret, qui est aujourd’hui le patron du groupe Canal, était le patron d’NRJ 12 à cette époque-là. Les deux hommes d’ailleurs sont assez proches, tout ce monde-là se connaît depuis longtemps et à une époque aussi où les audiences n'étaient pas celles qu’elles sont aujourd’hui. Donc il y a une forme de loyauté, d’entraide, mais aussi en fait ce qu’on voit avec notamment la seule journaliste qui a un peu élevé publiquement la voix récemment, c’est Sonia Mabrouk. 10 ans après, ça fait 10 ans que c’est son collègue et il y a 10 ans il y avait une centaine de journalistes qui avaient fait grève pendant plus d’un mois et qui avaient quitté la chaîne. Mieux vaut tard que jamais, mais on n’est pas sur le même degré de mobilisation, on voit bien qu’elle a annoncé son départ de la chaîne vendredi, très peu dans la chaîne ont osé prendre la parole.
Le fait que les politiques, alors certains ont réagi très vite en disant qu’ils n’iront plus dans son émission, mais certains ont tardé, et il est toujours bon de rappeler que les derniers avoir dit qu’il n’irait plus chez Morandini, c’est le RN. J’ai souvenir que dans tes papiers d’il y a quelques années déjà, tu parlais d’un système autour de Morandini, avec un certain nombre de complices, producteurs, dirigeants de chaînes, annonceurs, etc. Ce système semble s’effriter, sauf que maintenant il a vraiment un rempart, c’est Bolloré. Mais comment tu expliques que les politiques aient mis un peu de temps quand même à réagir et à comprendre que ce n'était pas jojo d’aller là-bas ?
Je me l’explique difficilement,alors bon voilà, certains donnaient l’argument de tant qu’ils n’aient pas condamné définitivement, nous ça compte pas, alors maintenant quand il y a eu les deux décisions de la Cour de cassation, je crois que Jordan Bardella a mis plus de 8 jours avant de demander à ses équipes de ne plus aller dans l'émission. Bon, ce qu’on peut dire, c’est que je ne sais pas comment je vais essayer de le formuler de manière très factuelle, mais ces émissions-là, elles servent vraiment l’idéologie de Vincent Bolloré et de l’extrême droite en France. L'émission de Jean-Marc Morandini, on retrouve régulièrement plein de chroniqueurs de médias d’extrême droite, les chroniqueurs de Frontières. C’est ça quand je dis Jean-Marc Morandini c’est le monsieur loyal de Vincent Bolloré.Son émission c'était une autoroute pour l’extrême droite. Il n’y a pas de contestation. Il y a eu des scènes ultra totalement lunaires où Jean-Marc Morandini et lui commentent des affaires de violences sexuelles.
Absolument. Absolument, à l’antenne.
À l’antenne oui c’est lunaire, on a l’impression d'être dans une dystopie quand on voit ça.
Fanny, si je me fais l’avocat du diable, il y a une décision de justice, la justice est rendue, elle passe, le gars est condamné, on peut juger qu’il est faiblement condamnée, mais il est condamné, demander son retrait, est-ce que c’est pas une forme de double peine ?
C’est la culture.
Alors lui, il parle par exemple de, comment il a dit, une seconde chance de rédemption. Mais au-delà de son cas à lui, est-ce que tu penses que dans les affaires de VSS, les décisions de justice seules ne suffisent pas ? Et si oui, pourquoi ?
En réalité, là, ce n’est pas n’importe qui, Jean-Marc Morandini, ça reste quand même en fait, il faut réaliser qu’il a un métier public, c’est une figure publique, dans un média, dans une scène d’infos continue qui est un faiseur d’opinion. N’importe quel média, de toute manière, aide aussi, là c'était aussi le but des médias et du travail journalistique de former l’opinion de chacun, mais là, on est clairement, on n’aime plus sur du factuel chez CNews depuis longtemps, donc voilà, c’est que ce n’est pas n’importe qui. En fait, là, on parle d’un animateur télé qui présente une émission quotidienne et qui ose, j’ai envie de dire même parfois lui-même, commenter des décisions de justice ou des affaires liées à des violences sexuelles sur mineurs. C’est intenable, en réalité, c’est vraiment une manière de banaliser complètement ces violences. En fait quel message ça renvoie aux victimes ? Parce qu’il y a mes enquêtes qui ont abouti à une condamnation pour harcèlement sexuel, mais il y a aussi une condamnation pour corruption de mineurs. On parle de jeunes mineurs, après mon enquête, ils ont trouvé le courage de déposer plainte. Et il faut aller au procès pour voir aussi, pour comprendre exactement le système Morandini et pour réaliser la déflagration que ça a eu sur ces jeunes âgés à l'époque de 14, 15, 16 ans qui recevaient des dizaines et des dizaine de messages de Jean-Marc Morandini jusqu'à une quarantaine en un mois en leur demandant d’envoyer des photos d’eux, de leur sexe et compagnie. En fait, il faut réaliser quel message ça envoie aussi à ces jeunes-là. Encore une fois, être animateur d’une émission quotidienne sur une chaîne d’infos continue, hyper regardée, ce n’est pas anodin en fait quel message ça envoie à ces victimes ? C’est un métier public qu’il fait. Et en plus de ça, il commente des affaires de violences sexuelles. C’est comme si demain on avait PPDA qui interviewait une victime de viol. C’est lunaire, c’est intenable en fait !
Beaucoup de questions sont tournées vers toi, on a bientôt terminé parce que je crois que tu as du boulot. C’est plutôt des encouragements, beaucoup de remerciements chaleureux, mais je pense par exemple à Veuvechyco qui te demande, peut-être ça peut être la dernière question, comment on sort d’une telle enquête quand on comprend la gravité des crimes commis, l’impunité et l’impunité de l’auteur, l' impunité là, tu viens d’en parler, en tout cas ce sentiment d’impunité qui fait dire qu’il peut toujours animer des émissions de télé. Voilà, où est-ce que t’as plus éteint la force de travailler en solitaire à l'époque.
C’est une bonne question parfois, quand je regarde en arrière, je me dis comment j’ai fait. Mais c’est vrai que j'étais journaliste indépendante quand j’y ai réalisé ces enquêtes. J'étais très seule, je travaillais seule chez moi, j'étais très précaire, j'étais même retournée vivre chez mes parents un temps… Le temps de l’enquête, et ça moralement, moi j’en parlais à la fois à peu de monde parce que j'étais un peu terrifiée en fait, je voulais pas que ça se sache, ça peut aller très très vite aussi, que ça remonte aux oreilles d’autres journalistes, donc j’y en avais parlé à deux trois copains journalistes de mon âge très jeunes qui ne savaient pas vraiment comment m’aider non plus, qui étaient un peu désemparés, qui me disaient en réalité, pour mener une telle enquête, il faudrait que tu sois tous les jours dans la rédaction et que tu sois hyper soutenue, encadrée. C'était très lourd moralement,c'était dur. Après, ça me faisait tenir aussi de voir que les jeunes comédiens me faisaient confiance, que quand j’arrivais à débloquer de nouveaux témoignages, obtenir de nouveaux documents, ça ne me paraissait pas moralement, moi je dis la seule personne qui m’a un peu aidée à l'époque parce qu’il faut quand même réaliser à quel point il faut être formée aussi je pense pour entendre ces récits-là. Je ne pouvais pas vider mon sac auprès de n’importe qui non plus, clairement. C'était dur pour certaines personnes aussi qui me disaient, c’est trop dur pour moi, je ne peux pas écouter. La seule personne qui m’a un peu aidée de monde d’entourage qui est formée là-dessus, c’est ma mère qui est assistante sociale et qui s’occupe notamment de venir en aide beaucoup aux femmes ou aux enfants victimes de violences.
La SCAM, c’est la société civile des auteurs multimédias, alors il y a énormément de "mercis à toi" mais aussi merci à ta maman ! Voilà, et là j'étais en train de chercher le lien vers ton livre Les enfants sacrifiés des pensionnats sanitaires qui est paru l’année dernière chez Jean-Claude Lattès dont tu viens de parler. Ultime question, est-ce que la décision définitive de justice pour toi est comme une fermeture du dossier, d’une certaine manière une forme de consécration, de soulagement à tout le moins ou pas ?
Pour moi, c’est une reconnaissance, c’est sûr, de mon travail. Après, pour les victimes aussi, c’est quand même aussi un souci.
Bien sûr.
Pour eux, enfin, imaginons, 10 ans de combat judiciaire contre un animateur télé connu, c’est aussi une forme de soulagement. Pour eux est-ce que ça clôt le chapitre ? Je ne suis pas sûre. Je reçois régulièrement des alertes à chaque nouvelle affaire, à chaque médiatisation. Je reçois des alertes. Ça ne veut pas dire que ça fera forcément l’objet d’une enquête journalistique, mais en tout cas moi je ne ferme pas la porte.
Merci infiniment de l’avoir ouverte, cette porte, aux aupostiens et aupostiennes qui te remercient et qui te félicitent pour ton travail. Bon courage à toi, bonne journée à toi Fanny, bon thé, et passe vite au café s’il te plait, à très bientôt,
Merci beaucoup,c'était super, à bientôt, merci beaucoup.
Et voilà chers amis chères amies. Voilà camarades, eh bien c’est terminé, il est 9h06, nous sommes le 9 février 2026, c'était France Déter. Demain, à 8 heures, nous serons avec Ludivine Gilli pour parler de la police américaine. Toute la semaine, des rendez-vous quasiment tous les jours.À partir de demain, tous les matins à 8h sur le site de auposte.media La chronique judiciaire est illustrée par Ana Pich du procès du Burger King. On a cinq ans et toutes nos dents excusez-moi, j’ai été claqué par le Super Bowl à 2h30 du matin à 3h du matin, je me suis levé à 5h pour venir ici. Voilà, si mes relances étaient parfois approximatives, et bien vous avez l’explication.
